Juan Guaido était à Davos ce jeudi 23 janvier à l’occasion du Forum économique mondial (FEM). Après son entrevue avec Boris Johnson, l’opposant à Maduro poursuit donc sa tournée internationale, tout en bravant l’interdiction de sortie du territoire vénézuelien. Fera-t-il un détour par l’Élysée? Pourra-t-il rentrer dans son pays?


 

Bonne nouvelle pour les amateurs de feuilletons sans fin: la télénovela chaviste reprend!

Avouez que c’est plus excitant que les geigneries à répétition du duc Martinez et les remontrances de notre premier ministre: avec la grève RATP, c’est plus ou moins le même épisode qui nous est réchauffé tous les jours en près de deux mois. Dans le bouillonnement du Venezuela, les rebondissements s’enchaînent depuis déjà plus de vingt ans!

Nouvel épisode de cette interminable saga tragi-comique, la venue à Davos hier de l’élégant Juan Guaido. En ces temps de fraîcheur hivernale, quoi de mieux que cette brise du Nouveau monde?

Le président autoproclamé cherche le soutien de l’UE et des États-Unis

En début de semaine, le bruit courait que l’opposant préféré des dames souhaitait rencontrer à Davos un certain Donald Trump. Rappelons-nous qu’avant de s’embarquer dans ses aventures persanes, la bête noire des progressistes s’était mis en tête il y a un an de déloger le chavisme du Venezuela – cette vaste contrée où posa les pieds un certain Christophe Colomb avant de reprendre sa route vers Hispaniola…

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Devant son assemblée constituante toute soumise à sa cause, ce cabochard de Nicolas Maduro a ironisé: « l’Empire a échoué sur toute la ligne ». Si sa rhétorique tiers-mondiste n’est plus de première fraîcheur, difficile de lui donner tout à fait tort.

Autoproclamé président du Venezuela le 23 janvier 2019, Juan Guaido est tenu d’une sortie d’interdiction du territoire. Dans le très militaire laboratoire chaviste, comment a-t-il pu diable braver les obstacles? « En prenant beaucoup de risques », a simplement soufflé le vaillant Guaido aux journalistes venus s’enquérir. Sous la plume de Gérard de Villiers, son Altesse Sérénissime le prince Malko n’aurait pas dit mieux.

Un manque de crédibilité

« Dans quel pays au monde un gouvernement laisse-t-il un type se proclamer président et se balader tranquillement pour aller demander une intervention militaire ? », s’interroge de son côté un militant du Parti socialiste unifié dans les colonnes du Monde. Au paradis du chavisme, il semble justement que la corruption soit reine…

En février 2019, le sieur Guaido s’était fait remarquer en compagnie de deux paramilitaires du cartel colombien des « Rastrojos », une entreprise amazonienne consacrée aux extorsions, meurtres et trafics en tous genres. Si Guaido a assuré avoir ignoré le métier de ses deux passeurs, les photos ont terni son image auprès des partisans d’une paix colombienne.

Depuis la nébuleuse Bogota, Guaido et Mike Pompeo ont publiquement soupçonné le régime de Maduro de « soutenir le terrorisme » et d’héberger des militants du Hezbollah libanais. « Affabulateur », a tonné l’accusé depuis Caracas à destination du secrétaire d’État américain.

L’idylle Maduro-Trump

Quelques jours avant, le même Maduro d’habitude si fort en verve, suggérait dans une entrevue accordée au Washington Post, qu’il était envisageable de « créer un nouveau type de relation » avec les États-Unis. L’or noir dans le rôle du médiateur? Le commerce adoucit les mœurs, écrivit Montesquieu.

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En attendant l’idylle, l’ancien fidèle de Trump, John Bolton, a repoussé les avances du héraut de l’inflation bolivarienne: « la seule négociation possible porterait sur ce que Nicolas Maduro aimerait manger dans l’avion qui l’emmènera à Cuba ou en Russie », s’est-il amusé sur son compte Twitter. Irréconciliables ou avides d’amour vache? Le futur nous le dira.

Le chantre d’un autre Venezuela a rencontré Boris Johnson mardi à Londres. Mercredi, il est arrivé au forum de Davos. Sur son compte Facebook, il s’est affiché tout souriant aux côtés de la chancelière Angela Merkel. Et maintenant? En début de semaine, il se murmurait qu’il irait à la rencontre d’Emmanuel Macron dans notre capitale. D’après nos confrères de RFI, il semble finalement qu’il opte pour le soleil d’Espagne. Dans la pure tradition d’un bon film d’espionnage, l’opposant fait planer le suspense jusqu’au bout.

Après sa pétillante tournée dans le vieux continent, Juan Guaido pourra-t-il rentrer chez lui? Le doute est semé. Si sa virée en Europe lui causait des problèmes, pourquoi ne pas lui accorder l’asile? Voilà qui aurait le don d’agacer notre chaviste nullement repenti, le camarade Jean-Luc Mélenchon. Un divertissement bienvenu en ces temps de conflit social au parfum morose. En attendant le prochain épisode de la saga vénézuélienne, tous les espoirs sont permis!

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