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Le monde de Nemo

Mécontent de la participation d’Israël au prochain concours européen de la chanson, le Suisse Nemo a finalement rendu son trophée cassé et entouré de papier toilette. Quelques jours avant, l’hebdomadaire Weltwoche avait publié des révélations concernant l’artiste.


À l’Eurovision comme sur toute scène médiatique, la morale est un numéro d’équilibriste. Et quand on s’y affiche en incarnation de la vertu universelle, il est prudent de vérifier que la lumière des projecteurs ne révèle pas, en arrière-plan, quelques ombres généalogiques.

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Une enquête de l’hebdomadaire suisse Weltwoche, publiée en janvier, a terni la victoire de la star helvète Nemo, en 2024, remportée avec la chanson The Code. Nemo, qui se revendique non binaire, devenue figure militante internationale, voit ressurgir un passé familial pour le moins embarrassant : plusieurs membres de la lignée Mettler, son nom de famille, auraient entretenu des liens étroits avec l’idéologie nazie.

Son arrière-grand-père, Arnold Mettler, élu de la municipalité de Saint-Gall, était un industriel fortuné, sympathisant déclaré du régime hitlérien. Directeur d’un journal fasciste, soutien financier à des cercles d’extrême droite de tout poil, propos niant l’extermination des juifs : le portrait est lourd selon le quotidien à l’origine des révélations. Son épouse aurait même combattu tout projet d’accueil de réfugiés juifs en Suisse. Plus troublant encore, on trouve un membre de sa famille engagé dans la Waffen-SS qui aura le bon ton de mourir sur le front de l’Est avec ses convictions.

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Si nul ne choisit ni son époque, ni ses ancêtres, cette indiscrétion s’avère ironique quand on connaît les prises de position virulentes de la star de 26 ans contre la participation d’Israël à l’Eurovision, jusqu’à restituer son trophée en 2025 au nom de ses « valeurs » humanistes.

Weltwoche précise toutefois que ce passé était connu, mais que le silence de l’artiste interroge, au regard de son engagement public. La question n’est d’ailleurs pas d’hériter d’une faute, mais d’assumer en réalité une cohérence. Car à force de distribuer des leçons de morale à la planète entière, on finit par s’exposer à en recevoir. Et si cette affaire rappelle quelque chose, c’est peut-être ceci : avant de juger l’histoire des autres, il est parfois prudent d’ouvrir le grenier de la sienne et balayer un tant soit peu devant sa porte.

La mort au guichet

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Notre directrice de la rédaction revenait dans sa chronique radio matinale sur le vote de la loi sur l’aide à mourir. Nous vous proposons de l’écouter. Loin de faire le consensus, ce texte très discuté a finalement été voté par 299 députés et rejeté par 226. De son côté, le texte sur l’extension des soins palliatifs a été voté à l’unanimité.


La loi sur l’aide à mourir a été votée à l’Assemblée nationale hier soir. Un nouveau droit est né. Les progressistes triomphent. Macron salue une avancée humaniste. Pour moi, c’est un jour funeste que celui où la mort est devenue en France une affaire étatique, bureaucratique et médicale, un soin parmi d’autres. Pour mourir, c’est quel guichet SVP ?

Sous couvert de compassion, l’individualisme forcené de notre société est consacré. Puisqu’on ne vous enlève rien, pourquoi ça vous gêne ? Comme si la mort, la naissance, la filiation relevaient du «c’est mon choix» de chacun.

Il y a derrière cette loi le fantasme de la maitrise totale. La singularité de la condition humaine, c’est que nous avons conscience de notre mort à venir, de notre finitude – mais qu’on ne choisit ni le jour ni l’heure. C’est avec ce mystère, avec l’idée que nous ne sommes pas totalement maîtres de notre destin, qu’on prétend donc en finir.

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Les dérives en Belgique ou au Canada (une dame qui a changé d’avis a été exécutée) devraient au moins faire douter. Les garde-fous promis ont déjà été assouplis. Pour le professeur Philippe Juvin (LR), ce n’est plus une loi d’ultime recours. Et les autres garde-fous sauteront. A la tribune, la rapporteuse LFI regrettait que ce beau droit n’ait pas encore été ouvert aux mineurs émancipés. Ça viendra. Et puis on l’ouvrira aux mineurs, aux déprimés ou aux déficients mentaux, pourquoi pas. La logique implacable des droits qui doivent se déployer sans entrave, c’est que cela ne s’arrête jamais. Prenons l’exemple de l’IVG: au départ, c’est un dernier recours très encadré, comme le voulait Simone Veil. Depuis, on n’a cessé d’allonger le délai et l’IVG est devenue un mode de contraception. Un jour, la mort assistée sera la norme et ceux qui voudront laisser faire le destin seront regardés comme de doux dingues.

Mais qui veut finir dans d’atroces souffrances ? me réplique-t-on toujours. C’est avec cette terrible question que le débat a été posé et pipé. Voulez-vous agoniser dans la douleur ou partir en douceur ? Qui répondrait moi je veux souffrir ? Il y a trois réponses à cela :

  • Premièrement, la Loi Léonetti permet d’éviter cela dans l’énorme majorité des cas ;
  • Ensuite, l’aide à mourir, ça se passe déjà dans le secret et dans l’accord médecins/patients/familles. Tout dans la vie humaine n’est pas forcément soluble dans la loi, et c’est très bien ;
  • Enfin, nous savons que la demande d’euthanasie décroit avec l’offre de soins. Et j’en reviens à la déchirante intervention de Philippe Juvin qui a parlé d’une loi « votée par des gens riches et bien-portants, qui ont peur de la déchéance ». Ce sont évidemment les plus pauvres, les plus seuls, les plus faibles ou ceux qui sont considérés comme « inutiles » qui seront incités à ne plus être à la charge de la collectivité. Comme le résumait le journaliste Joseph Macé-Scaron hier, à l’arrivée, ce sera les meilleurs soins palliatifs pour les riches et l’euthanasie pour les pauvres. Et on appelle cela de l’humanisme ?

L’héritage du libelle de sang

Michaël Prazan s’emploie depuis longtemps à analyser les discours de haine qui se cachent derrière le masque de l’information et de l’idéologie. Pour lui, l’affaire Al-Durah, qui a réactivé le mythe du juif tueur d’enfants, s’inscrit dans la continuité de l’antisémitisme chrétien et du nazisme.


Écrivain, documentariste, docteur en lettres, auteur de La Vérité sur le Hamas et ses idiots utiles, Michaël Prazan a consacré plusieurs de ses travaux à l’histoire du judaïsme et de la Shoah, mais aussi à celle des Frères musulmans et du terrorisme.


Causeur. Depuis le 7-Octobre, les Israéliens ont remporté plusieurs victoires militaires décisives, mais perdu une grande part de leur crédit moral. Ce qui a fourni un alibi aux antisémites.

Michaël Prazan. Les innombrables photos de Gaza en ruines n’ont pas arrangé la réputation d’Israël. Pour autant, ce ne sont pas les images du conflit israélo-arabe, même les plus choquantes, qui expliquent la recrudescence du sentiment antijuif à travers le monde. Gaza n’est pas l’unique endroit de la planète où se produisent des violences spectaculaires. Les médias nous ont abreuvés de reportages sur la répression en Iran, avec des clichés terribles, où l’on voit des cadavres entassés par dizaines à même le sol. Or, très peu de gens sont descendus dans la rue pour protester contre cette boucherie. Alors que la guerre à Gaza a suscité une immense vague de manifestations, notamment sur les campus occidentaux. Seulement, les images qui viennent d’Israël réactivent quelque chose de plus profond : un antisémitisme ancestral, plurimillénaire, intériorisé par bon nombre de nos contemporains, qui n’attend qu’un prétexte pour se réveiller.

En réalité, la réprobation d’Israël et l’antisémitisme qui va avec ne connaissent pas le repos.

En effet, avant le 7-Octobre, un nouvel épisode de tensions dans les territoires palestiniens provoquait généralement une poussée planétaire de fièvre antijuive de quelques semaines, puis les choses se tassaient. Mais à présent, la propagande djihadiste se déverse à jet ininterrompu sur les écrans de millions d’internautes dans le monde. À quoi il faut ajouter l’idéologie décolonialiste qui se répand dans la jeunesse et fait aussi le lit de l’antisémitisme, comme on l’a vu à la conférence de l’ONU contre le racisme de Durban, en 2000.

Cette fièvre antijuive ravive aisément les vieilles accusations, en particulier celles de meurtre rituel. Des siècles de civilisation et nous sommes toujours aussi vulnérables aux bobards de masse.

En effet, et l’un des plus vivaces est l’accusation de meurtre rituel, cette rumeur prétendant que les juifs avaient l’habitude d’enlever des enfants chrétiens à Pâques pour confectionner du pain azyme avec leur sang. Ce mythe du juif tueur d’enfants, qui a voyagé dans l’espace et dans le temps, justifiant l’assassinat de milliers de juifs, hante singulièrement l’affaire Al-Durah.

Peut-on dater sa naissance ?

Sa première apparition est répertoriée en l’an 38, quand, à Alexandrie, alors sous domination de Rome, un certain Apion déclenche une émeute antijuive en relayant dans son ouvrage Les Égyptiaques une rumeur de crime rituel. L’affaire fait tellement de bruit qu’un demi-siècle plus tard, le fameux historien Flavius Josèphe rédigera un Contre Apion. Il est à noter qu’Apion n’était pas chrétien, mais de culture hellénique. Toutefois, l’accusation de crime rituel a cours tout au long du Moyen Âge dans le monde chrétien. Elle se fonde notamment sur un passage de l’Évangile, appelé « libelle de sang » dans lequel la foule juive lance à Ponce Pilate au sujet du Christ : « Que son sang soit sur nous, et sur nos enfants ! » Les massacres antisémites perpétrés en référence à ce texte se multiplient à partir du xiie siècle, d’abord en Angleterre, puis en France et en Espagne, avant de gagner le monde germanique. Un pic est atteint au cours du xive siècle, pendant la peste noire, avec 350 pogroms recensés sur l’ensemble du continent, la plupart provoqués par une accusation de crime rituel. L’ampleur du phénomène est telle que pas moins de six papes doivent condamner les persécutions.

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À partir du xve siècle, quand une majorité de juifs d’Occident migrent vers l’Europe de l’Est pour fuir les violences, la rumeur fusionne avec une autre légende, d’origine roumaine celle-là, le mythe de Dracula. Il faut dire que les deux récits ont beaucoup de points communs : l’anthropophagie, le sang, l’hostie. Le vampire devient ainsi une représentation en vogue chez les antisémites. On la retrouve chez Édouard Drumont et bien sûr chez les hitlériens, avec la métaphore du juif aux dents pointues qui suce le sang des jeunes victimes, et à travers celles-ci le sang des nations. En 1946, après la chute du IIIe Reich, le pogrom de Kielce, qui cause 42 morts dans la Pologne communiste, répond encore à une rumeur de crime rituel. En réalité, on craignait que les juifs qui avaient survécu à la Shoah veuillent reprendre leurs maisons.

Comment le monde arabo-musulman finit-il par être contaminé ?

Dans l’entre-deux-guerres, l’accusation de crime rituel s’exporte en Iran et en Égypte par l’intermédiaire des professeurs allemands acquis à l’antisémitisme nazi officiant dans les écoles d’ingénieurs, et par la propagande des médias allemands qui y étaient implantés. Un demi-siècle plus tard, durant la première Intifada, plusieurs journaux proche-orientaux publient des caricatures montrant Ariel Sharon en train de manger des enfants. Et le 20 février 2025, derrière la camionnette contenant le corps d’otages israéliens (parmi lesquels les dépouilles des enfants Ariel et Kfir Bibas), on pouvait voir une immense affiche représentant Benyamin Netanyahou avec des dents de vampire dégoulinant de sang.

En France, des prétendus propalestiniens arrachaient les affiches des enfants Bibas…

Oui, en expliquant que les images étaient fausses, que personne n’avait jamais été enlevé. Une journaliste de France Inter, Marion L’Hour, donnait à l’antenne la version du Hamas selon laquelle les enfants Bibas n’avaient pas été tués par leurs geôliers, mais par un bombardement israélien. Le crime rituel, le mensonge et le culte du secret imputés aux juifs sont à la racine des théories du complot qui ont encore largement cours aujourd’hui.

Curieusement, cet antisémitisme frénétique se déploie dans des régions « judenrein ».

Ce paradoxe apparent est récurrent dans l’histoire. La haine des juifs ne se calme pas avec leur disparition, elle s’en nourrit. Dans le monde arabo-musulman, l’absence de juifs donne libre cours aux pires fantasmes. Faute de juifs concrets, d’amis juifs que l’on pourrait opposer aux clichés, on peut imputer aux juifs tous les maux de la terre.

Les autorités israéliennes n’ont-elles pas sous-estimé l’arme redoutable que représente le martyrologue des enfants palestiniens ?

Les Israéliens pensent que de toute manière le monde entier les déteste et qu’il est donc inutile de lutter sur ce terrain. C’est une erreur. Mohammed al-Durah est devenu une figure indétrônable au panthéon des enfants palestiniens assassinés par la barbarie juive. Il est essentiel de contrer cette réécriture de l’histoire, surtout à l’heure où disparaissent les derniers survivants de la Shoah.

La vérité sur le Hamas et ses « idiots utiles »

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Le flicage des mots

… Ou quand Aurore Bergé se lâche


« LFI, c’est l’antisémitisme, c’est un parti anti-France » a déclaré la ministre de l’Égalité entre les hommes et les femmes le dimanche 22 février sur les antennes de CNews et BFM TV.

Mal lui en a pris, car aussitôt le camp des dépositaires de la bonne parole est monté dans les tours pour déverser sur elle les huiles bouillantes de ses anathèmes. Comment a-t-elle osé, en effet, prononcer de telles paroles !

Des paroles qu’elle serait allée chercher dans le vocabulaire détestable du non moins détestable Charles Maurras (1868-1952), lui qui, en son temps, qualifiait ainsi ceux qui lui semblaient œuvrer contre le pays, du moins contre l’idée qu’il s’en faisait. L’antisémite et royaliste Charles Maurras tiennent à préciser les médias outragés. Ce qui, bien qu’exact, est tout de même quelque peu réducteur…

Infréquentable donc. Même si on doit aussi à Maurras la distinction aujourd’hui plus manifeste que jamais entre « pays réel et pays légal ». Entre le peuple et les élites, si l’on tient à simplifier. Heureusement, lorsque, lucide, on se permet de recourir à cette notion pour décrire la situation présente, personne ne s’avise trop de la condamner sous prétexte que Maurras en est l’auteur. Et c’est tant mieux. Encore faudrait-il que les contempteurs de la France Insoumise et leurs inféodés de la plume disposent de l’once de culture nécessaire pour identifier cette paternité.

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Qu’à cela ne tienne. Voilà qui ne m’empêchera pas de vous conseiller, chers amis, de bien veiller à ne pas prendre trop de risques lorsque vous vous exprimez, que ce soit par écrit ou oralement. Ainsi, s’il vous vient à l’idée de lâcher, comme cela, l’air de rien, « Il fait jour à midi », veiller à bien vous assurer que ni Maurras, ni Pétain, ni Adolf, ni Benito et quatre ou cinq autres du même tonneau n’aient pas prononcé cette phrase avant vous. Sinon, gare ! Vous voilà embrigadé d’emblée dans la faune extrême-droitière, fascisante voire néo-nazie. On ne joue pas avec les mots. Amateurs de Scrabble, tenez-le-vous pour dit. Ne tombez pas dans le piège des termes connotés parce que sortis de bouches jugées putrides.

Donc anti-France, Madame la ministre aurait dû s’abstenir. Même si, à l’analyse, il semble peu probable que le mot France ait eu très exactement dans son esprit de macroniste de la première heure le même sens, la même portée, les mêmes implications que ceux qu’y voyait l’homme lige de l’Action française.

En conséquence, voici un autre conseil, à elle adressé cette fois : dorénavant, qu’elle aille puiser – et par la même occasion chacun d’entre nous – ses références dans le répertoire des citations et expressions que l’on se fera un plaisir d’aller dénicher dans le petit Delogu Illustré, le Mélenchon encyclopédique en dix volumes ou le précis en un demi-feuillet A4 de l’intégral de la pensée de Mme Panot. Il y va de sa sécurité et de la nôtre si nous souhaitons échapper à la vindicte inquisitoriale de LFI et consorts.

Les mots sont des crapules, dit quelque part le génial Shakespeare. Tiens donc ! Il me vient à l’idée qu’emprunter à ce cher William n’est, pour l’heure, condamné par personne. Aussi, profiterais-je de l’aubaine et, suivant en cela Madame la ministre, j’irai moi aussi de ma petite pique à l’encontre du clan Mélenchon. Évidemment, j’éviterai donc de le qualifier de parti anti-France. Je me contenterai de chiper le mot shakespearien de crapule. À vous de le mettre à la sauce qui vous convient le mieux…

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Je suis solognot mais je me soigne

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En échec, le «progressisme» est sur une mauvaise pente

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Alors que les LFistes veulent mettre au pas les journalistes récalcitrants, les macronistes ne savent plus comment faire taire la colère des oubliés. Gare à la pente totalitaire, prévient Ivan Rioufol.


Face à la révolution des oubliés, ce réveil des peuples trop longtemps méprisés par la gauche, le « progressisme » renoue avec sa pente totalitaire. Refusant d’admettre leur défaite idéologique, les « humanistes » postillonnent leur haine en guise d’arguments. Ce n’est pas seulement LFI et sa Jeune Garde rouge sang qui jettent des fatwas sur le « fascisme » et le « nazisme » que représentent, à leurs yeux grands fermés, les défenseurs de la civilisation française et de ses racines chrétiennes. Emmanuel Macron s’est joint à la diabolisation de l’expression identitaire, en sonnant la charge contre « l’internationale réactionnaire ».

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Les Etats-Unis de Donald Trump et l’Italie de Giorgia Meloni ont essuyé les premiers feux du chef de l’Etat, qui n’a pas supporté d’entendre leurs inquiétudes après le meurtre politique de Quentin Deranque, lynché par l’extrême gauche éradicatrice. Hier, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, n’a pas écarté l’idée d’interdire le groupe féministe Némésis, qui proteste contre l’insécurité liée à l’immigration islamisée. Une même dissolution a été demandée par L’Humanité, appuyée par Jean-Luc Mélenchon. C’est pour protéger ce mouvement que Quentin a été piétiné à mort. Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères, a appelé pour sa part à « reprendre le contrôle de notre espace public » en prônant « une mise au pas des réseaux sociaux qui servent de plateforme à cette internationale réactionnaire qui vient perturber le débat public ». Un peu plus tôt, Mathilde Panot, au nom de LFI, avait elle-même déclaré, sans susciter l’émoi des maîtres de ballet : « Nous n’accepterons jamais que le fascisme prenne le pouvoir légalement par les urnes, ce que veut faire Marine Le Pen ». Sophia Chikirou venait d’hurler, elle, pour un renvoi des journalistes non labellisés. Bref, le vieux monde, niant ses échecs, est prêt à tout pour se maintenir en place. Comment ne pas voir dans ces censures, ces violences, ces rejets des votes, ces djihads, l’hideux printemps stalinien ?

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Le camp de la Raison, poussé dans ses retranchements, a perdu la tête. L’attitude de la macronie confirme, sans surprise, les craintes que j’exprime dans La Révolution des oubliés. J’écris, page 121, parlant de la formation présidentielle : « Cette incapacité à admettre des évidences peut faire craindre, chez les esprits embrigadés, des rejets de résultats électoraux contrariants. Leur surdité devant les plaintes du peuple maltraité est telle que des contestations de rue ne sont pas à exclure, de la part de la gauche intolérante, en cas de victoires électorales du RN, singulièrement lors de la prochaine présidentielle. Emmanuel Macron n’est pas le dernier à alimenter la peur d’une alternance qui remettrait en question « l’ordre républicain », c’est-à-dire la stabilité du système contesté. Homme sans limite, il ira au bout de sa confrontation avec le peuple rebelle afin de le faire taire. » Le meurtre de Quentin a rendu plus enragés encore les adversaires de la nation enracinée. Les « quinzaines antifascistes » vont rythmer la vie politique jusqu’en 2027, dans un abrutissement de ses promoteurs qui s’annonce spectaculaire. Macron ne fera rien pour apaiser les tensions, espérant reproduire auprès des électeurs la crainte du désordre populiste. Mais c’est la démocratie qui est menacée par le régime agonisant.

La révolution des oubliés

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Dantec, ou la revanche de la marge

Pourquoi Dantec redevient indispensable


Il existe deux types de livres-hommages : ceux qui enterrent un écrivain avec élégance, et ceux qui le ramènent parmi les vivants. Les Cahiers de la marge appartiennent clairement à la seconde catégorie. Pas de commémoration molle ici, mais une tentative de réactivation. Dix ans après sa disparition, Maurice G. Dantec réapparaît non comme figure nostalgique mais comme problème contemporain. Le volume dirigé par Maximilien Friche et Sylvain Gauthier ne cherche pas à sanctifier l’auteur : il rappelle ce qu’il avait d’irréductible. Dès l’avant-propos, Friche pose le diagnostic – Dantec fut « le dernier à accepter le sacrifice pour la littérature. »

Mot presque obscène aujourd’hui, à l’heure où l’écrivain doit avant tout rester fréquentable. Dantec, lui, écrivait contre son époque autant que contre lui-même. C’est précisément pour cela qu’il nous concerne à nouveau.

La marginalité comme position de vérité

Le livre assume ce que le champ littéraire préfère ignorer : Dantec appartient à la marge. Non pas la marge folklorique, mais celle où se maintient encore une parole libre. Les contributeurs ne composent pas un cercle d’admirateurs mais une communauté d’expériences. Ils le disent explicitement : ce qui les unit n’est pas l’amitié mais la transformation produite par la lecture.

Marc Obregon montre comment Dantec tenta de rouvrir la possibilité d’un roman chrétien dans une modernité devenue incapable de transcendance. Joan Romeo poursuit cette interrogation spirituelle tandis que Marc Alpozzo analyse une œuvre où le polar sert de véhicule à une inquiétude métaphysique. Chez Dantec, le genre n’est jamais une étiquette : c’est un outil de combat.

Juan Asensio, critique à contre-courant

La figure centrale du volume reste Juan Asensio. Le livre le décrit comme « peut-être le seul critique littéraire français ayant fait de l’érudition une arme de combat. » La formule n’est pas exagérée. À rebours d’une critique devenue accompagnement promotionnel, Asensio maintient une conception exigeante, presque morale, de la lecture. Son entretien rappelle que Dantec appartient à une tradition où la littérature engage une vision du monde entière. Lire devient alors un acte risqué : non plus consommer un texte, mais accepter d’être déplacé par lui. Cette position tranche dans un paysage critique dominé par le consensus.

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« Toute authentique littérature est un défi jeté à la face de l’humanité, et pour commencer celle de l’auteur. Un livre qui n’est pas envisagé sereinement par son auteur comme un sacrifice est une blague de potache. »

Une constellation plutôt qu’un panthéon

Le livre avance par interventions successives, sans chercher l’unité artificielle. Raphaël Denys insiste sur la dimension prospective de l’œuvre. Pierre Joncquez introduit une charge polémique contre le conformisme intellectuel contemporain. Romaric Sangars relit notre siècle à la lumière du 11-Septembre et confirme la dimension anticipatrice de Dantec

Luc-Olivier d’Algange approfondit la dimension théologique, tandis que David Atria conclut sur une tonalité presque mystique. Sylvain Gauthier, co-coordinateur, prolonge l’ensemble par un dialogue avec Richard Pinhas qui rappelle combien Dantec débordait la littérature pour investir musique, technologie et pensée stratégique. L’ensemble ne construit pas un monument mais une circulation d’idées.

Si Dantec paraît aujourd’hui moins excessif qu’autrefois, c’est peut-être parce que le monde l’a rejoint. Intelligence artificielle, surveillance diffuse, guerre informationnelle, crise spirituelle : les contributeurs soulignent le caractère prophétique d’une œuvre longtemps caricaturée. Dantec voyait déjà que la crise n’était pas seulement politique mais anthropologique. Un monde sans transcendance finit par réduire l’homme à un programme.

Le dernier écrivain ?

Ce que révèlent ces Cahiers, c’est une hypothèse dérangeante : Dantec n’a pas été dépassé, il a été marginalisé. La littérature dominante a choisi l’inoffensif. Lui écrivait pour transformer le lecteur, pour le « verticaliser », selon le terme employé dans l’avant-propos. Aujourd’hui, on demande aux livres de rassurer ; Dantec préparait à affronter. Ce volume agit donc moins comme un hommage que comme un rappel à l’ordre : la littérature peut encore être une force critique, une expérience intérieure, une résistance. Et peut-être la marge n’est-elle plus une périphérie, mais le dernier endroit où la littérature demeure vivante. « Il ne s’agissait pas seulement de raconter des histoires, mais de récapituler le monde et de verticaliser l’homme. » Maximilien Friche (avant-propos).


Sortie le 2 mars 2026.

Sous la direction de Maximilien Friche et Sylvain Gauthier avec Luc-Olivier d’Algange, Marc Alpozzo, Juan Asensio, David Atria, Raphaël Denys, Pierre Joncquez, Marc Obregon, Joan Romeo, Romaric Sangars, Sylvain Gauthier et Maximilien Friche

Nous sommes tous des artistes!

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Intellectuels, journalistes et autres figures du microcosme culturel parisien déplorent le triste spectacle offert par la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public menée par Jérémie Patrier-Leitus et Charles Alloncle. Il faut dire que cette petite caste, si prompte à se vouloir «disruptive» lorsqu’il s’agit de bousculer les autres, supporte plus difficilement d’être elle-même mise en cause et sortie de sa zone de confort…


Le 10 février, Le Monde publiait une tribune signée par plus de trois cents personnalités issues du monde dit de la culture – intellectuels, journalistes, artistes, etc. – s’émouvant des « méthodes inquisitoriales, diffamatoires et menaçantes employées par le rapporteur [Charles Alloncle] et par certains députés membres de la commission ». Nous ne savons pas encore si la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public permettra de nettoyer les écuries d’Augias ou finira en eau de boudin, mais il est d’ores et déjà réjouissant de voir la coterie médiatico-culturelle s’étrangler de rage au fil des jours et des révélations sur les turpitudes financières et idéologiques de l’audiovisuel public. Charles Alloncle fait un travail remarquable, espéré depuis longtemps par des Français qui financent malgré eux des médias publics dispendieux et invariablement situés au centre-gauche, à gauche et à l’extrême gauche de l’échiquier politique. Bien sûr, cela ne plaît pas à tout le monde…

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Un peu de cœur, Monsieur le député

Cela ne plaît pas, par exemple, à celle qui est à l’origine de cette tribune, la productrice Fabienne Servan-Schreiber. Son « cœur de citoyenne s’est offusqué » en voyant les auditions de cette commission d’enquête, confie-t-elle, toute frémissante, à Télérama, – rappelons que Mme Servan-Schreiber est propriétaire de Cinétévé, une société de production audiovisuelle à laquelle la télévision publique fait régulièrement appel. Ceci peut peut-être expliquer cela. Les indignés professionnels de la caste médiatico-culturelle gravitant autour de ce « grand contributeur à la création audiovisuelle » que serait l’audiovisuel public l’ont remerciée « d’avoir exprimé leur propre indignation ». Mais il fallait aussi « toucher les citoyens ». Pour ce faire, Mme Servan-Schreiber n’hésite pas à évoquer les pires moments de l’histoire. Derrière le rapporteur Charles Alloncle, qu’elle qualifie de « petit McCarthy », elle devine la main totalitaire de « l’extrême droite ». Les auditions menées par le député de l’Hérault lui ont rappelé « les procès de Moscou », rien de moins. En parlant de Moscou… Le Parisien consacre un article aux victimes des procès quasi-staliniens menés par le redoutable député Charles Alloncle. Celles-ci, apprend-on, préparent leurs auditions avec minutie, s’entraînant essentiellement à ne pas répondre aux questions qui leur seront posées. Un communicant sachant communiquer leur a donné le conseil suivant : « Il faut faire chiant, élargir les sujets au maximum, être technique et lénifiant. » Arrogants mais disciplinés, la plupart des auditionnés se sont efforcés d’appliquer cette méthode, sans parvenir toutefois à leurrer le pugnace rapporteur de cette commission. Léa Salamé a ajouté une petite note personnelle et humoristique en expliquant aux parlementaires de la commission que si elle avait décidé de créer sa propre boîte pour produire son émission du samedi soir, ce n’était pas pour s’en mettre plein les fouilles mais parce que, sinon, l’émission en question « pourrait être achetée par une société étrangère sans [qu’elle donne son] accord, par exemple une société russe qui voudrait racheter le format de “Quelle époque !” » Réflexion faite, l’argument n’est peut-être pas aussi farfelu qu’il n’y paraît de prime abord : Poutine ayant décidé, comme chacun sait, d’utiliser des punaises de lit pour mener à bien sa guerre hybride contre nous, il n’est pas impossible que le cas de Léa Salamé l’intéresse tout particulièrement.

Les députés Charles Alloncle (UDR) et Jérémie Patrier-Leitus (Horizons), commission d’enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public, Assemblée nationale, Paris, 25 novembre 2025 © Jeanne Accorsini/SIPA

Gauche culturelle indécrottable

Parmi les signataires de la tribune évoquée ci-dessus, on retrouve bien entendu Laure Adler, figure indécrottable de cette gauche culturelle aux manettes depuis cinquante ans. Elle est, il faut dire, bien entourée. Que du beau linge : le pseudo-historien Pascal Blanchard, le démographe immigrationniste Hervé Le Bras, Eva Joly, Christiane Taubira et, à leur suite, une ribambelle de cultureux, écrivains, comédiens, musiciens, réalisateurs, artistes plus ou moins subventionnés, plus ou moins intermittents, plus ou moins de gauche mais plutôt plus que moins. Ces belles âmes ne perdent jamais une occasion de sermonner ces bourrins de Français qui, d’après elles, ne doivent pas oublier que « l’audiovisuel public a pour mission d’informer avec rigueur, de garantir le pluralisme des opinions, de soutenir la création culturelle et de rendre au plus grand nombre des contenus éducatifs et citoyens ». Autant de choses que l’audiovisuel public ne fait plus, et ce depuis longtemps. Imaginez un instant à quoi pourrait ressembler un pays où le pouvoir serait entièrement entre les mains de ces artistes. À ceux qui manquent d’imagination, je conseille la lecture du dernier livre de Gérald Sibleyras, Nous sommes tous des artistes.

C’est chié, non ?

Nous sommes tous des artistes. Après des années de trouble, le déclin de l’autorité de l’État dans tous les domaines et l’absence d’une relève politique, un ultime gouvernement est créé autour du seul ministère encore debout, celui de la Culture. Les artistes prennent le pouvoir ; les Intermittents Attentifs, les Artistes Concernés et les Créateurs Vigilants sont les seuls collectifs autorisés ; une Grande Marche de la Désobéissance est organisée aux cris de « On était contre avant, on est contre pendant, on sera contre après ! » La France est désormais une République Démocratique Intermittente. Celle-ci est dirigée par Le Clown, lequel s’installe dans l’hôtel de Matignon rebaptisé « La Grande Maison des Créateurs » avec sa garde rapprochée, des artistes triés sur le volet wokiste, un idéologue trotskiste et une écologiste radicale. Pour « désanctuariser » le palais de l’Élysée, on le transforme en squat, « un lieu de création dont la façade est désormais magnifiquement taguée ». Un seul mot d’ordre : « Il n’y a plus de citoyens, il n’y a que des artistes ». Par conséquent, « au Louvre, on peut admirer une peinture flamande du XVIIe siècle à côté d’un tableau abstrait peint par Fabrice, cinquante-deux ans, informaticien. À Orsay, une baigneuse de Degas côtoie le dessin de Mourad, quatre ans ». Une journée Trapenard est décrétée fériée pour « permettre à chacun de prendre le temps de lire ». Le Prix Goncourt est remplacé par le prix Ernaux et est « remis chaque année dans un restaurant solidaire du XXe arrondissement, La Vie en Bio ». L’État, dirigé par « La Troupe » composée de quatre membres dont Le Clown et Pirouette, une « mime syndiquée », impose l’ArtPass, une application numérique obligatoire qui doit impérativement être utilisée « au moins cinq fois par mois (musée, concert, expo, cirque, théâtre, café-philo, etc.) ». Le citoyen-artiste est prié de garder son sérieux devant « les installations de la sculptrice hongroise et papesse de l’Art Rebelle, Marta Bil », entre autres celle exposant des « instruments de musique écrasés, broyés, “martyrisés par le monde de l’argent” ». Par ailleurs, la Brigade 202 – je vous laisse découvrir pour quelle raison cette officine policière s’appelle ainsi – la Brigade 202, donc, veille à ce qu’aucun citoyen ne puisse échapper à son destin artistique, soit en tant que spectateur, soit en tant que créateur, l’idéal étant qu’il devienne les deux : s’il a un coup de mou créatif, il est prévu que la maison du citoyen défaillant soit transformée en Centre Culturel Éphémère animé par des jongleurs, des magiciens, des danseurs, des chanteurs, etc., jusqu’à ce que ledit citoyen retrouve « le goût et l’amour de l’art et de la culture ». Ainsi débute le roman satirique de Gérald Sibleyras.

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Damien, le personnage principal de cette dystopie tout à la fois burlesque et effrayante, va devoir naviguer entre les innombrables parcs d’attractions – « le parc de l’Amour, le parc de l’Avenir, du Partage, du Je, du Toi, etc. » – une myriade de musées, le Festival du Grand Mélange, une kyrielle d’expositions, la Grande Fête des Gens, les Résidences d’Écrivains et les Cabanes d’Artistes. Pour subvenir à ses besoins, il travaillera pour la SAPA (Société Artistique des Parcs d’Attractions). Pour montrer qu’il est un citoyen-artiste et, surtout, pour obtenir une subvention, il participera à l’opération gouvernementale « Tous romanciers ! » en envoyant à la SNE (Société Nationale d’Édition) un obscur projet de roman supposé être « une œuvre déconstruite et souple dans laquelle la signification différentielle des mots ouvrira une perspective sur une réflexion ontologique ». Bref, sa vie s’étiolera sous la férule d’une caste despotique qui s’est donné pour tâche d’imposer coûte que coûte un régime politique exclusivement artistique, paritaire, égalitaire et inclusif – c’est-à-dire une dictature qui ne dit pas son nom. Jusqu’au jour où il découvrira l’existence d’un groupe de résistants. La Troupe au pouvoir les appelle les Extrémistes…          

Jolly 2027, vite !

Visionnaire, Philippe Muray a décrit en son temps la « festivisation progressive et totalitaire de la société » et la transformation de la culture et des arts en une gigantesque Foire du Trône progressiste – ses théâtres de rue participatifs, ses Nuits Blanches stupéfiantes, ses techno parades tolérantes, ses Fêtes de la Musique citoyennes, ses musées transgressifs et ses festivals solidaires. Récemment, le metteur en scène Thomas Jolly disait rêver d’un « Festival d’Avignon permanent » où il serait interdit de hiérarchiser les œuvres. Benjamin Britten ou les Spice Girls, Mozart ou Aya Nakamura, Shakespeare ou Édouard Louis, tout est égal, tout se vaut, selon lui, et doit pouvoir se parer d’adjectifs interchangeables et politiquement corrects : citoyen, ouvert, égalitaire, diversitaire, tolérant, inclusif, etc. Gérald Sibleyras prend Thomas Jolly au mot en décrivant le monde terrifiant que ce dernier appelle de ses vœux. On rit beaucoup en lisant Nous sommes tous des artistes,mais c’est un rire parfois amer car nous y reconnaissons des phénomènes déjà à l’œuvre, les massacres orchestrés d’œuvres anciennes, l’exposition pontifiante de pitreries modernes obligatoirement affublées de cartons explicatifs et verbeux décrivant les « ambitions de l’artiste », les fêtes de la musique dissonantes, les créations théâtrales informes, le cinéma woke, la littérature réduite à l’exploration de nombrils, etc.

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« L’apprentissage est un frein à la création. Partant du principe que, pour créer, il faut oublier ce que l’on sait, commençons pas ne rien savoir du tout pour créer tout de suite », affirment les tenants du régime artistique dans Nous sommes tous des artistes. Ce principe, la caste médiatico-culturelle actuelle, soutenue par un État et une Éducation nationale complices, l’a fait sien. Si le roman de Gérald Sibleyras – qu’apprécieront sans nul doute les lecteurs de Patrice Jean (celui de La Philosophie selon Bernard et de Tour d’ivoire) ou du regretté Benoît Duteurtre (celui de L’Ordinateur du Paradis et de Dénoncez-vous les uns les autres) – est une fiction plantant le décor d’une potentielle catastrophe à venir, il est aussi bien sûr une description caustique et parfois à peine exagérée du « monde de la culture » actuel, dans ce pays où l’on compte plus de deux mille prix littéraires, où Virginie Despentes est considérée comme « notre Balzac » sur la radio publique, où Annie Ernaux est comparée sans rire à Proust, où « la légende de la musique française » Joey Starr et le « trans-philosophe » Preciado sont encensés sur France Culture, où Édouard Louis et Christine Angot sont adulés par Télérama, où le pass culture permet aux jeunes gens d’accéder quasi-gratuitement à la Fête de l’Huma ou aux Journées du… Matrimoine, où les scènes de théâtre sont régulièrement transformées en tribunes wokes, où les discours des cérémonies de l’entre-soi artistique ne sont plus que des prêches bien-pensants, pompeux, d’un ennui insondable, où des artistes rebellocrates subventionnés par le pouvoir sermonnent les Français qui ne votent pas selon leur goût et où les représentants politiques hésitent à botter les fesses de ces faux révoltés qui s’imaginent être des phares de l’humanité, où l’art disparaît sous des couches de plus en plus épaisses de moraline et d’humanisme faisandé – dans ce pays, donc, où il n’y a jamais eu autant de gens se prétendant artistes, jamais autant d’artistes se vantant d’être humanistes, et où, par conséquent, l’art véritable se fait de plus en plus rare. « Jamais Florence au temps de sa splendeur, jamais la Grèce de Périclès, la Venise de Titien ou la France des impressionnistes n’ont compté tant de “créateurs”. Si ceux-ci prolifèrent aujourd’hui, c’est bien évidemment que le terrain sur lequel ils se multiplient est philanthropique et humanitaire ; et que c’est tout de même plus commode d’être un artiste dans ces conditions-là que du temps des âges farouches : il suffit de ne rien faire, rien voir, rien penser qui n’ait été préprogrammé par la machine philanthropique et humanitaire ; ou qui pourrait la chagriner. » Muray, toujours.

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«Coutures» ou l’esthétique de la ligne… et ses limites

La métaphore d’Alice Winocour finit un peu par lasser…


Elle se trace, elle se dessine, elle se suit. Elle pose des repères, oriente, organise, fait surgir une forme là où il n’y avait que de l’informe. Elle, c’est la ligne. La ligne crée un espace, impose une perspective, arrache le réel au chaos. Dans son dernier film, Coutures, Alice Winocour filme cette puissance organisatrice.

La réalisatrice nous plonge dans l’univers de la mode : l’effervescence d’un atelier à quelques heures du défilé, un shooting photo qui s’éternise dans un jardin parisien en plein hiver, des mannequins qui s’étourdissent dans l’ivresse de la fête une fois descendues du podium – tout un milieu où coexistent exigence et perfection, mais aussi snobisme et rudesse.

Fil conducteur

Mais la mode n’est qu’un décor. Ce qui intéresse Alice Winocour, ce n’est pas le show mais la manière dont les existences s’organisent autour d’une ligne. Cette ligne, elle en fait un fil conducteur pour mettre en scène quatre femmes qui se croisent, se rencontrent, s’épaulent. Chacune, à sa manière, suit ou affronte sa ligne. Maxine (Angelina Jolie), réalisatrice américaine venue de Los Angeles tourner le film d’ouverture du défilé, vit dans la ligne du cadre : elle compose l’image et décide de la place des corps dans le champ. Sa ligne est celle de la mise en scène, du contrôle.

Lorsque le diagnostic du cancer du sein tombe, une autre ligne s’impose, celle que l’on trace sur elle. Le trait du chirurgien sur sa peau déplace le centre de gravité.  Celle qui cadrait l’image avec sa caméra se retrouve cadrée par le dispositif médical.

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Ada, la très jeune mannequin soudanaise, doit garder la ligne et la tenir au sens littéral : c’est à dire marcher en talons sans vaciller, apprendre à afficher une détermination qu’elle n’a pas encore tout à fait. Elle vient d’abandonner ses études de pharmacie pour devenir top model à Paris. L’argent gagné sera pour sa famille au pays et soigner son frère malade. Le défilé est pour elle une nécessité autant qu’une opportunité. C’est elle qui ouvre le show ; c’est elle aussi que Maxine choisit pour incarner l’héroïne du film d’ouverture. La ligne du catwalk, qu’elle subit d’abord, devient progressivement une conquête.

La maquilleuse travaille sur un autre registre du tracé. Elle corrige les contours et efface les cernes, mais pour elle, la ligne se prolonge dans les mots. Dans son carnet, elle raconte des fragments de vie saisis dans cet univers où tout est éphémère et compare les mannequins à des « papillons égarés », attirés par l’éclat qui les expose autant qu’il les consume. Comme la couturière qui assemble des morceaux de tissu, elle assemble des instants. Sélectionner, ordonner, relier : l’écriture devient un geste analogue à la couture. Elle retient l’éphémère et le sauve de l’oubli. La couturière enfin, la petite main, incarne le tracé le plus concret. Elle coupe pour assembler. Elle sépare pour relier. Elle demeure dans l’ombre du show, mais c’est elle qui tient le fil.

La ligne irrigue donc concrètement chaque espace du film

Dans la couture, la ligne précède tout : repère sur le mannequin, tracé à la craie avant la coupe… À l’hôpital, des lignes de couleur balisent les couloirs, orientent vers l’IRM, organisent l’attente et, sur la peau, le chirurgien en dessine une dernière, celle de l’incision. Sur le podium enfin, une ligne invisible impose son axe : il faut marcher droit, ne pas tomber, même malaisément juchée sur des talons vertigineux. Ce maillage de tracés structure le film : lignes de coupe, de marche, de marquage, de plume.

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Mais à force d’épouser cette ligne symbolique en permanence, le film adopte malheureusement par moments un tracé trop lisse et ne tient pas toujours la profondeur que sa métaphore promet. Les trajectoires des personnages se frôlent plus qu’elles ne s’affrontent ; certains basculements mériteraient une exploration dramaturgique plus aboutie.

 © Carole Bethuel / Pathé

Le choix de réduire les figures masculines à des rôles très secondaires voire fonctionnels (Vincent Lindon en chirurgien méthodique et compatissant, Louis Garrel en chef opérateur amoureux) est cohérent avec une perspective centrée sur les femmes, mais il simplifie les rapports entre les personnages et laisse parfois le récit sans aspérités. Le film s’achève sur les cris des corps suspendus dans le vide, emportés par le mouvement circulaire d’un manège. L’adrénaline du vertige. Là où le podium impose la rectitude, la fête foraine autorise le déséquilibre. Là où la ligne ordonne, le cri déborde. Tout se passe comme si, au terme de cette esthétique du tracé, quelque chose rappelait que la vie ne suit pas toujours le dessin prévu. C’est peut-être dans cette tension, entre maîtrise et vertige, que Couture trouve sa vérité.

1h47

Traiter Trump de réac’ cela vous donne un petit air de Jean Moulin

Les réceptions de l’ambassadeur… Le beau-père par alliance de Donald Trump et ambassadeur des Etats-Unis en France ne s’est pas rendu à une convocation du Quai d’Orsay, hier. Jean-Noël Barrot sévit.


L’ambassadeur américain en France pose un lapin à notre ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot. Convoqué hier à 19 heures, Charles Kushner a envoyé un sous-fifre. Mais on ne se laisse pas faire. M. Kushner n’aura plus d’accès au gouvernement français tant qu’il ne sera pas venu se faire engueuler en personne, riposte le Quai d’Orsay. Washington tremble certainement.

Ingérences

A l’origine de cette crise diplomatique, un tweet relayé par l’ambassade américaine en France évoquant une situation préoccupante après la mort de Quentin Deranque : « L’extrémisme violent de gauche est en hausse et représente une menace pour la sécurité publique. » Légèrement hors des clous diplomatiques, s’il ne faisait pas dans la dentelle, ce message relayé n’était toutefois pas réellement une attaque contre le gouvernement français. Il était en tout cas beaucoup moins choquant que la lettre ouverte publiée dans le Wall Street Journal cet été où M. Kushner fustigeait la reconnaissance de la Palestine par le président Macron et la supposée inaction du gouvernement français contre l’antisémitisme. Là, c’était vraiment de l’ingérence.

A noter que l’Italienne Georgia Meloni a aussi énervé Macron en affirmant que la mort de Quentin était une blessure pour toute l’Europe. Occupez-vous de vos affaires a répondu en substance le président. Et la citoyenneté européenne qu’il nous vantait du matin au soir, alors, c’est fini ? Cette hyper-réactivité montre que l’exécutif est très embarrassé par la mort de ce jeune qui contrevient à son récit canonique d’un danger de l’extrême droite ou fasciste en France. Curieusement, il est beaucoup moins réactif quand le gouvernement algérien feint de s’inquiéter pour ses ressortissants en France…

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Résistants d’opérette

Est-ce le rôle d’un ambassadeur de commenter la politique intérieure française ? On peut bien sûr se poser la question. Mais quand le Parlement européen a observé une minute de silence pour George Floyd, qu’avait-il fait sinon se mêler de politique américaine ? Mais c’était le camp du Bien – donc cela ne posait pas de problème. Et quand, après la prise du Capitole en janvier 2021, Emmanuel Macron a déclaré « ce qui s’est passé aujourd’hui à Washington DC n’est pas américain », c’était aussi une super-ingérence. Et je ne reviens même pas sur le tweet de Gérard Araud, supprimé depuis, où il disait que l’élection de Trump c’était l’horreur. Quand M. Barrot envoie bouler M. Kushner en expliquant qu’on n’a pas de leçon à recevoir de l’internationale réactionnaire, pardon mais il critique aussi directement et clairement un gouvernement allié. Mais traiter Trump de réac’ cela vous donne un petit air de Jean Moulin dans les diners parisiens et dans Le Monde. Alors pourquoi s’en priver ?

Si la France était respectée, Charles Kushner aurait sans doute pris des gants ou déféré à l’invitation du Quai d’Orsay. Ce n’est pas avec leurs protestations de maîtres d’école que notre gouvernement et le président vont défendre notre souveraineté. La souveraineté c’est comme l’autorité et le vivre-ensemble. On en parle d’autant plus qu’ils disparaissent.


Cette chronique a été diffusée ce matin sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale avec Patrick Roger

Le débat en France: mode d’emploi idéologique

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Le débat littéraire a été mis au pas.


On répète que la France débat encore. L’expression revient mécaniquement, comme une preuve que tout va bien. Pourtant, il suffit d’observer la vie littéraire pour voir autre chose : non pas la disparition de la parole, mais la disparition du désaccord réel. On parle beaucoup, mais dans un périmètre étroit, balisé, surveillé. La question n’est plus ce qui est écrit, mais qui écrit et depuis quelle position morale supposée. La critique ne commence plus par le texte mais par l’enquête idéologique. Avant même d’ouvrir un livre, la sentence tombe : fréquentable ou non.

Oukases littéraires

L’affaire autour de Sylvain Tesson l’a illustré avec une précision presque expérimentale. En 2023, lorsque l’association nationale du Printemps des poètes – qui n’est pas un festival mais une manifestation culturelle soutenue par le ministère de la Culture et destinée à promouvoir la poésie sur l’ensemble du territoire – annonce qu’il en sera le parrain pour l’édition 2024, une tribune signée par plusieurs centaines d’acteurs du monde culturel exige son retrait. On lui reproche moins ses livres que l’image politique qu’il incarnerait, certains signataires dénonçant la nomination d’une figure participant, selon eux, à la banalisation de positions réactionnaires. Le débat n’aura pas lieu : il est remplacé par une mise en accusation préalable. On ne discute pas une œuvre, on récuse une légitimité.

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Le mécanisme est désormais familier. Michel Houellebecq n’est presque plus lu sans précaution oratoire : chaque nouveau roman s’accompagne du procès attendu, comme si l’écrivain comparaissait avant publication. Alain Finkielkraut, dès qu’il intervient sur la culture ou l’école, est disqualifié par avance comme penseur « décliniste ». Richard Millet, après son texte polémique de 2012, a vu sa position éditoriale devenir intenable, plusieurs écrivains – parmi lesquels Annie Ernaux – cosignant une tribune affirmant que ses propos déshonoraient la littérature elle-même. Le geste est révélateur : il ne s’agit plus de contredire un auteur, mais de le placer hors du champ littéraire, comme si la littérature devait désormais délivrer des certificats moraux.

Ce déplacement a profondément transformé la critique. On ne demande plus seulement si un livre est bon ou mauvais, mais s’il est juste, s’il se situe du bon côté du temps. Critiquer certaines œuvres devient risqué non pour des raisons esthétiques mais pour ce que la critique pourrait révéler du critique lui-même. Mettre en cause un roman porté par une lecture identitaire expose immédiatement à l’accusation de racisme ; discuter une autrice engagée peut valoir soupçon de misogynie ; contester un récit militant entraîne rapidement l’étiquette d’homophobie ou de réaction. Le débat cesse alors d’être intellectuel : il devient moralement périlleux.

Comment être publié ?

Dans ce climat, un phénomène plus discret s’installe : la normalisation des sujets légitimes. Certaines thématiques ouvrent naturellement les portes éditoriales – mémoire blessée, domination sociale, réparation historique, identité – tandis que d’autres semblent condamnées à l’invisibilité ou à la suspicion. Il ne s’agit pas d’un complot ni d’une censure explicite ; tout se joue en amont, dans les comités de lecture, les invitations, les silences critiques. La création paraît parfois répondre à un horizon d’attente idéologique implicite. L’écrivain n’est plus seulement celui qui explore, mais celui qui correspond.

D’où une question devenue presque indicible : existe-t-il encore en France une légitimité littéraire indépendante du positionnement politique perçu ? Autrement dit, peut-on être publié, célébré, invité, sans appartenir symboliquement au camp culturel dominant ? Il ne s’agit pas d’affirmer qu’une seule sensibilité règnerait partout, mais de constater que l’écart devient coûteux. Celui qui s’en éloigne n’est pas toujours contredit ; il est progressivement marginalisé, réduit à une caricature commode – réac, conservateur, voire pire. Trois mots suffisent souvent à clore une discussion.

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Le paradoxe est cruel : la littérature française s’est construite contre les orthodoxies. Flaubert poursuivi pour immoralité, Baudelaire condamné, Genet scandaleux – autant d’épisodes où la littérature affrontait la morale dominante. Aujourd’hui, elle semble parfois réclamer elle-même la sanction morale. Non plus pour protéger la liberté d’écrire, mais pour en définir les limites acceptables.

Ainsi le débat subsiste, mais sous forme domestiquée. On oppose des positions prévisibles, on organise des indignations sans risque, on tolère la dissidence à condition qu’elle reste identifiable et sans conséquence. Le danger n’est plus de mal écrire ni même de mal penser, mais d’être mal classé. Et lorsqu’une société intellectuelle commence à craindre davantage l’étiquette que l’erreur, ce n’est pas seulement le débat qui s’appauvrit : c’est la littérature elle-même qui cesse d’être un lieu d’inquiétude pour devenir un espace d’approbation.

Reste alors une interrogation simple, presque naïve : si la littérature ne peut plus accueillir des voix contradictoires sans chercher immédiatement à les juger moralement, parle-t-on encore d’un débat – ou seulement d’un consensus qui se donne le nom rassurant de débat pour ne pas avoir à reconnaître qu’il n’existe plus?

Le monde de Nemo

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Le chanteur Nemo arrive à l'aéroport de Zurich après sa victoire à l'Eurovision, 12 mai 2024 © Walter Bieri/AP/SIPA

Mécontent de la participation d’Israël au prochain concours européen de la chanson, le Suisse Nemo a finalement rendu son trophée cassé et entouré de papier toilette. Quelques jours avant, l’hebdomadaire Weltwoche avait publié des révélations concernant l’artiste.


À l’Eurovision comme sur toute scène médiatique, la morale est un numéro d’équilibriste. Et quand on s’y affiche en incarnation de la vertu universelle, il est prudent de vérifier que la lumière des projecteurs ne révèle pas, en arrière-plan, quelques ombres généalogiques.

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Une enquête de l’hebdomadaire suisse Weltwoche, publiée en janvier, a terni la victoire de la star helvète Nemo, en 2024, remportée avec la chanson The Code. Nemo, qui se revendique non binaire, devenue figure militante internationale, voit ressurgir un passé familial pour le moins embarrassant : plusieurs membres de la lignée Mettler, son nom de famille, auraient entretenu des liens étroits avec l’idéologie nazie.

Son arrière-grand-père, Arnold Mettler, élu de la municipalité de Saint-Gall, était un industriel fortuné, sympathisant déclaré du régime hitlérien. Directeur d’un journal fasciste, soutien financier à des cercles d’extrême droite de tout poil, propos niant l’extermination des juifs : le portrait est lourd selon le quotidien à l’origine des révélations. Son épouse aurait même combattu tout projet d’accueil de réfugiés juifs en Suisse. Plus troublant encore, on trouve un membre de sa famille engagé dans la Waffen-SS qui aura le bon ton de mourir sur le front de l’Est avec ses convictions.

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Si nul ne choisit ni son époque, ni ses ancêtres, cette indiscrétion s’avère ironique quand on connaît les prises de position virulentes de la star de 26 ans contre la participation d’Israël à l’Eurovision, jusqu’à restituer son trophée en 2025 au nom de ses « valeurs » humanistes.

Weltwoche précise toutefois que ce passé était connu, mais que le silence de l’artiste interroge, au regard de son engagement public. La question n’est d’ailleurs pas d’hériter d’une faute, mais d’assumer en réalité une cohérence. Car à force de distribuer des leçons de morale à la planète entière, on finit par s’exposer à en recevoir. Et si cette affaire rappelle quelque chose, c’est peut-être ceci : avant de juger l’histoire des autres, il est parfois prudent d’ouvrir le grenier de la sienne et balayer un tant soit peu devant sa porte.

La mort au guichet

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Image d'illustration.

Notre directrice de la rédaction revenait dans sa chronique radio matinale sur le vote de la loi sur l’aide à mourir. Nous vous proposons de l’écouter. Loin de faire le consensus, ce texte très discuté a finalement été voté par 299 députés et rejeté par 226. De son côté, le texte sur l’extension des soins palliatifs a été voté à l’unanimité.


La loi sur l’aide à mourir a été votée à l’Assemblée nationale hier soir. Un nouveau droit est né. Les progressistes triomphent. Macron salue une avancée humaniste. Pour moi, c’est un jour funeste que celui où la mort est devenue en France une affaire étatique, bureaucratique et médicale, un soin parmi d’autres. Pour mourir, c’est quel guichet SVP ?

Sous couvert de compassion, l’individualisme forcené de notre société est consacré. Puisqu’on ne vous enlève rien, pourquoi ça vous gêne ? Comme si la mort, la naissance, la filiation relevaient du «c’est mon choix» de chacun.

Il y a derrière cette loi le fantasme de la maitrise totale. La singularité de la condition humaine, c’est que nous avons conscience de notre mort à venir, de notre finitude – mais qu’on ne choisit ni le jour ni l’heure. C’est avec ce mystère, avec l’idée que nous ne sommes pas totalement maîtres de notre destin, qu’on prétend donc en finir.

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Les dérives en Belgique ou au Canada (une dame qui a changé d’avis a été exécutée) devraient au moins faire douter. Les garde-fous promis ont déjà été assouplis. Pour le professeur Philippe Juvin (LR), ce n’est plus une loi d’ultime recours. Et les autres garde-fous sauteront. A la tribune, la rapporteuse LFI regrettait que ce beau droit n’ait pas encore été ouvert aux mineurs émancipés. Ça viendra. Et puis on l’ouvrira aux mineurs, aux déprimés ou aux déficients mentaux, pourquoi pas. La logique implacable des droits qui doivent se déployer sans entrave, c’est que cela ne s’arrête jamais. Prenons l’exemple de l’IVG: au départ, c’est un dernier recours très encadré, comme le voulait Simone Veil. Depuis, on n’a cessé d’allonger le délai et l’IVG est devenue un mode de contraception. Un jour, la mort assistée sera la norme et ceux qui voudront laisser faire le destin seront regardés comme de doux dingues.

Mais qui veut finir dans d’atroces souffrances ? me réplique-t-on toujours. C’est avec cette terrible question que le débat a été posé et pipé. Voulez-vous agoniser dans la douleur ou partir en douceur ? Qui répondrait moi je veux souffrir ? Il y a trois réponses à cela :

  • Premièrement, la Loi Léonetti permet d’éviter cela dans l’énorme majorité des cas ;
  • Ensuite, l’aide à mourir, ça se passe déjà dans le secret et dans l’accord médecins/patients/familles. Tout dans la vie humaine n’est pas forcément soluble dans la loi, et c’est très bien ;
  • Enfin, nous savons que la demande d’euthanasie décroit avec l’offre de soins. Et j’en reviens à la déchirante intervention de Philippe Juvin qui a parlé d’une loi « votée par des gens riches et bien-portants, qui ont peur de la déchéance ». Ce sont évidemment les plus pauvres, les plus seuls, les plus faibles ou ceux qui sont considérés comme « inutiles » qui seront incités à ne plus être à la charge de la collectivité. Comme le résumait le journaliste Joseph Macé-Scaron hier, à l’arrivée, ce sera les meilleurs soins palliatifs pour les riches et l’euthanasie pour les pauvres. Et on appelle cela de l’humanisme ?

L’héritage du libelle de sang

Michaël Prazan © Hannah Assouline

Michaël Prazan s’emploie depuis longtemps à analyser les discours de haine qui se cachent derrière le masque de l’information et de l’idéologie. Pour lui, l’affaire Al-Durah, qui a réactivé le mythe du juif tueur d’enfants, s’inscrit dans la continuité de l’antisémitisme chrétien et du nazisme.


Écrivain, documentariste, docteur en lettres, auteur de La Vérité sur le Hamas et ses idiots utiles, Michaël Prazan a consacré plusieurs de ses travaux à l’histoire du judaïsme et de la Shoah, mais aussi à celle des Frères musulmans et du terrorisme.


Causeur. Depuis le 7-Octobre, les Israéliens ont remporté plusieurs victoires militaires décisives, mais perdu une grande part de leur crédit moral. Ce qui a fourni un alibi aux antisémites.

Michaël Prazan. Les innombrables photos de Gaza en ruines n’ont pas arrangé la réputation d’Israël. Pour autant, ce ne sont pas les images du conflit israélo-arabe, même les plus choquantes, qui expliquent la recrudescence du sentiment antijuif à travers le monde. Gaza n’est pas l’unique endroit de la planète où se produisent des violences spectaculaires. Les médias nous ont abreuvés de reportages sur la répression en Iran, avec des clichés terribles, où l’on voit des cadavres entassés par dizaines à même le sol. Or, très peu de gens sont descendus dans la rue pour protester contre cette boucherie. Alors que la guerre à Gaza a suscité une immense vague de manifestations, notamment sur les campus occidentaux. Seulement, les images qui viennent d’Israël réactivent quelque chose de plus profond : un antisémitisme ancestral, plurimillénaire, intériorisé par bon nombre de nos contemporains, qui n’attend qu’un prétexte pour se réveiller.

En réalité, la réprobation d’Israël et l’antisémitisme qui va avec ne connaissent pas le repos.

En effet, avant le 7-Octobre, un nouvel épisode de tensions dans les territoires palestiniens provoquait généralement une poussée planétaire de fièvre antijuive de quelques semaines, puis les choses se tassaient. Mais à présent, la propagande djihadiste se déverse à jet ininterrompu sur les écrans de millions d’internautes dans le monde. À quoi il faut ajouter l’idéologie décolonialiste qui se répand dans la jeunesse et fait aussi le lit de l’antisémitisme, comme on l’a vu à la conférence de l’ONU contre le racisme de Durban, en 2000.

Cette fièvre antijuive ravive aisément les vieilles accusations, en particulier celles de meurtre rituel. Des siècles de civilisation et nous sommes toujours aussi vulnérables aux bobards de masse.

En effet, et l’un des plus vivaces est l’accusation de meurtre rituel, cette rumeur prétendant que les juifs avaient l’habitude d’enlever des enfants chrétiens à Pâques pour confectionner du pain azyme avec leur sang. Ce mythe du juif tueur d’enfants, qui a voyagé dans l’espace et dans le temps, justifiant l’assassinat de milliers de juifs, hante singulièrement l’affaire Al-Durah.

Peut-on dater sa naissance ?

Sa première apparition est répertoriée en l’an 38, quand, à Alexandrie, alors sous domination de Rome, un certain Apion déclenche une émeute antijuive en relayant dans son ouvrage Les Égyptiaques une rumeur de crime rituel. L’affaire fait tellement de bruit qu’un demi-siècle plus tard, le fameux historien Flavius Josèphe rédigera un Contre Apion. Il est à noter qu’Apion n’était pas chrétien, mais de culture hellénique. Toutefois, l’accusation de crime rituel a cours tout au long du Moyen Âge dans le monde chrétien. Elle se fonde notamment sur un passage de l’Évangile, appelé « libelle de sang » dans lequel la foule juive lance à Ponce Pilate au sujet du Christ : « Que son sang soit sur nous, et sur nos enfants ! » Les massacres antisémites perpétrés en référence à ce texte se multiplient à partir du xiie siècle, d’abord en Angleterre, puis en France et en Espagne, avant de gagner le monde germanique. Un pic est atteint au cours du xive siècle, pendant la peste noire, avec 350 pogroms recensés sur l’ensemble du continent, la plupart provoqués par une accusation de crime rituel. L’ampleur du phénomène est telle que pas moins de six papes doivent condamner les persécutions.

A lire aussi, Philippe Karsenty: Affaire Al-Durah: « le plus grand faux antisémite de notre génération »

À partir du xve siècle, quand une majorité de juifs d’Occident migrent vers l’Europe de l’Est pour fuir les violences, la rumeur fusionne avec une autre légende, d’origine roumaine celle-là, le mythe de Dracula. Il faut dire que les deux récits ont beaucoup de points communs : l’anthropophagie, le sang, l’hostie. Le vampire devient ainsi une représentation en vogue chez les antisémites. On la retrouve chez Édouard Drumont et bien sûr chez les hitlériens, avec la métaphore du juif aux dents pointues qui suce le sang des jeunes victimes, et à travers celles-ci le sang des nations. En 1946, après la chute du IIIe Reich, le pogrom de Kielce, qui cause 42 morts dans la Pologne communiste, répond encore à une rumeur de crime rituel. En réalité, on craignait que les juifs qui avaient survécu à la Shoah veuillent reprendre leurs maisons.

Comment le monde arabo-musulman finit-il par être contaminé ?

Dans l’entre-deux-guerres, l’accusation de crime rituel s’exporte en Iran et en Égypte par l’intermédiaire des professeurs allemands acquis à l’antisémitisme nazi officiant dans les écoles d’ingénieurs, et par la propagande des médias allemands qui y étaient implantés. Un demi-siècle plus tard, durant la première Intifada, plusieurs journaux proche-orientaux publient des caricatures montrant Ariel Sharon en train de manger des enfants. Et le 20 février 2025, derrière la camionnette contenant le corps d’otages israéliens (parmi lesquels les dépouilles des enfants Ariel et Kfir Bibas), on pouvait voir une immense affiche représentant Benyamin Netanyahou avec des dents de vampire dégoulinant de sang.

En France, des prétendus propalestiniens arrachaient les affiches des enfants Bibas…

Oui, en expliquant que les images étaient fausses, que personne n’avait jamais été enlevé. Une journaliste de France Inter, Marion L’Hour, donnait à l’antenne la version du Hamas selon laquelle les enfants Bibas n’avaient pas été tués par leurs geôliers, mais par un bombardement israélien. Le crime rituel, le mensonge et le culte du secret imputés aux juifs sont à la racine des théories du complot qui ont encore largement cours aujourd’hui.

Curieusement, cet antisémitisme frénétique se déploie dans des régions « judenrein ».

Ce paradoxe apparent est récurrent dans l’histoire. La haine des juifs ne se calme pas avec leur disparition, elle s’en nourrit. Dans le monde arabo-musulman, l’absence de juifs donne libre cours aux pires fantasmes. Faute de juifs concrets, d’amis juifs que l’on pourrait opposer aux clichés, on peut imputer aux juifs tous les maux de la terre.

Les autorités israéliennes n’ont-elles pas sous-estimé l’arme redoutable que représente le martyrologue des enfants palestiniens ?

Les Israéliens pensent que de toute manière le monde entier les déteste et qu’il est donc inutile de lutter sur ce terrain. C’est une erreur. Mohammed al-Durah est devenu une figure indétrônable au panthéon des enfants palestiniens assassinés par la barbarie juive. Il est essentiel de contrer cette réécriture de l’histoire, surtout à l’heure où disparaissent les derniers survivants de la Shoah.

La vérité sur le Hamas et ses « idiots utiles »

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Le flicage des mots

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La sous-ministre Aurore Bergé sur CNews, dimanche 22 février 2026. Capture.

… Ou quand Aurore Bergé se lâche


« LFI, c’est l’antisémitisme, c’est un parti anti-France » a déclaré la ministre de l’Égalité entre les hommes et les femmes le dimanche 22 février sur les antennes de CNews et BFM TV.

Mal lui en a pris, car aussitôt le camp des dépositaires de la bonne parole est monté dans les tours pour déverser sur elle les huiles bouillantes de ses anathèmes. Comment a-t-elle osé, en effet, prononcer de telles paroles !

Des paroles qu’elle serait allée chercher dans le vocabulaire détestable du non moins détestable Charles Maurras (1868-1952), lui qui, en son temps, qualifiait ainsi ceux qui lui semblaient œuvrer contre le pays, du moins contre l’idée qu’il s’en faisait. L’antisémite et royaliste Charles Maurras tiennent à préciser les médias outragés. Ce qui, bien qu’exact, est tout de même quelque peu réducteur…

Infréquentable donc. Même si on doit aussi à Maurras la distinction aujourd’hui plus manifeste que jamais entre « pays réel et pays légal ». Entre le peuple et les élites, si l’on tient à simplifier. Heureusement, lorsque, lucide, on se permet de recourir à cette notion pour décrire la situation présente, personne ne s’avise trop de la condamner sous prétexte que Maurras en est l’auteur. Et c’est tant mieux. Encore faudrait-il que les contempteurs de la France Insoumise et leurs inféodés de la plume disposent de l’once de culture nécessaire pour identifier cette paternité.

A lire aussi, Ivan Rioufol: En échec, le «progressisme» est sur une mauvaise pente

Qu’à cela ne tienne. Voilà qui ne m’empêchera pas de vous conseiller, chers amis, de bien veiller à ne pas prendre trop de risques lorsque vous vous exprimez, que ce soit par écrit ou oralement. Ainsi, s’il vous vient à l’idée de lâcher, comme cela, l’air de rien, « Il fait jour à midi », veiller à bien vous assurer que ni Maurras, ni Pétain, ni Adolf, ni Benito et quatre ou cinq autres du même tonneau n’aient pas prononcé cette phrase avant vous. Sinon, gare ! Vous voilà embrigadé d’emblée dans la faune extrême-droitière, fascisante voire néo-nazie. On ne joue pas avec les mots. Amateurs de Scrabble, tenez-le-vous pour dit. Ne tombez pas dans le piège des termes connotés parce que sortis de bouches jugées putrides.

Donc anti-France, Madame la ministre aurait dû s’abstenir. Même si, à l’analyse, il semble peu probable que le mot France ait eu très exactement dans son esprit de macroniste de la première heure le même sens, la même portée, les mêmes implications que ceux qu’y voyait l’homme lige de l’Action française.

En conséquence, voici un autre conseil, à elle adressé cette fois : dorénavant, qu’elle aille puiser – et par la même occasion chacun d’entre nous – ses références dans le répertoire des citations et expressions que l’on se fera un plaisir d’aller dénicher dans le petit Delogu Illustré, le Mélenchon encyclopédique en dix volumes ou le précis en un demi-feuillet A4 de l’intégral de la pensée de Mme Panot. Il y va de sa sécurité et de la nôtre si nous souhaitons échapper à la vindicte inquisitoriale de LFI et consorts.

Les mots sont des crapules, dit quelque part le génial Shakespeare. Tiens donc ! Il me vient à l’idée qu’emprunter à ce cher William n’est, pour l’heure, condamné par personne. Aussi, profiterais-je de l’aubaine et, suivant en cela Madame la ministre, j’irai moi aussi de ma petite pique à l’encontre du clan Mélenchon. Évidemment, j’éviterai donc de le qualifier de parti anti-France. Je me contenterai de chiper le mot shakespearien de crapule. À vous de le mettre à la sauce qui vous convient le mieux…

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Je suis solognot mais je me soigne

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En échec, le «progressisme» est sur une mauvaise pente

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La candidate d'extrême gauche à la mairie de Paris Sophia Chikirou, ici photographiée le dimanche 22 février, veut mettre les médias au pas © Stephane Lemouton/SIPA

Alors que les LFistes veulent mettre au pas les journalistes récalcitrants, les macronistes ne savent plus comment faire taire la colère des oubliés. Gare à la pente totalitaire, prévient Ivan Rioufol.


Face à la révolution des oubliés, ce réveil des peuples trop longtemps méprisés par la gauche, le « progressisme » renoue avec sa pente totalitaire. Refusant d’admettre leur défaite idéologique, les « humanistes » postillonnent leur haine en guise d’arguments. Ce n’est pas seulement LFI et sa Jeune Garde rouge sang qui jettent des fatwas sur le « fascisme » et le « nazisme » que représentent, à leurs yeux grands fermés, les défenseurs de la civilisation française et de ses racines chrétiennes. Emmanuel Macron s’est joint à la diabolisation de l’expression identitaire, en sonnant la charge contre « l’internationale réactionnaire ».

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Les Etats-Unis de Donald Trump et l’Italie de Giorgia Meloni ont essuyé les premiers feux du chef de l’Etat, qui n’a pas supporté d’entendre leurs inquiétudes après le meurtre politique de Quentin Deranque, lynché par l’extrême gauche éradicatrice. Hier, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, n’a pas écarté l’idée d’interdire le groupe féministe Némésis, qui proteste contre l’insécurité liée à l’immigration islamisée. Une même dissolution a été demandée par L’Humanité, appuyée par Jean-Luc Mélenchon. C’est pour protéger ce mouvement que Quentin a été piétiné à mort. Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères, a appelé pour sa part à « reprendre le contrôle de notre espace public » en prônant « une mise au pas des réseaux sociaux qui servent de plateforme à cette internationale réactionnaire qui vient perturber le débat public ». Un peu plus tôt, Mathilde Panot, au nom de LFI, avait elle-même déclaré, sans susciter l’émoi des maîtres de ballet : « Nous n’accepterons jamais que le fascisme prenne le pouvoir légalement par les urnes, ce que veut faire Marine Le Pen ». Sophia Chikirou venait d’hurler, elle, pour un renvoi des journalistes non labellisés. Bref, le vieux monde, niant ses échecs, est prêt à tout pour se maintenir en place. Comment ne pas voir dans ces censures, ces violences, ces rejets des votes, ces djihads, l’hideux printemps stalinien ?

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Le camp de la Raison, poussé dans ses retranchements, a perdu la tête. L’attitude de la macronie confirme, sans surprise, les craintes que j’exprime dans La Révolution des oubliés. J’écris, page 121, parlant de la formation présidentielle : « Cette incapacité à admettre des évidences peut faire craindre, chez les esprits embrigadés, des rejets de résultats électoraux contrariants. Leur surdité devant les plaintes du peuple maltraité est telle que des contestations de rue ne sont pas à exclure, de la part de la gauche intolérante, en cas de victoires électorales du RN, singulièrement lors de la prochaine présidentielle. Emmanuel Macron n’est pas le dernier à alimenter la peur d’une alternance qui remettrait en question « l’ordre républicain », c’est-à-dire la stabilité du système contesté. Homme sans limite, il ira au bout de sa confrontation avec le peuple rebelle afin de le faire taire. » Le meurtre de Quentin a rendu plus enragés encore les adversaires de la nation enracinée. Les « quinzaines antifascistes » vont rythmer la vie politique jusqu’en 2027, dans un abrutissement de ses promoteurs qui s’annonce spectaculaire. Macron ne fera rien pour apaiser les tensions, espérant reproduire auprès des électeurs la crainte du désordre populiste. Mais c’est la démocratie qui est menacée par le régime agonisant.

La révolution des oubliés

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Dantec, ou la revanche de la marge

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L'écrivain Maurice Dantec (1959-2016) © Hubert Artus

Pourquoi Dantec redevient indispensable


Il existe deux types de livres-hommages : ceux qui enterrent un écrivain avec élégance, et ceux qui le ramènent parmi les vivants. Les Cahiers de la marge appartiennent clairement à la seconde catégorie. Pas de commémoration molle ici, mais une tentative de réactivation. Dix ans après sa disparition, Maurice G. Dantec réapparaît non comme figure nostalgique mais comme problème contemporain. Le volume dirigé par Maximilien Friche et Sylvain Gauthier ne cherche pas à sanctifier l’auteur : il rappelle ce qu’il avait d’irréductible. Dès l’avant-propos, Friche pose le diagnostic – Dantec fut « le dernier à accepter le sacrifice pour la littérature. »

Mot presque obscène aujourd’hui, à l’heure où l’écrivain doit avant tout rester fréquentable. Dantec, lui, écrivait contre son époque autant que contre lui-même. C’est précisément pour cela qu’il nous concerne à nouveau.

La marginalité comme position de vérité

Le livre assume ce que le champ littéraire préfère ignorer : Dantec appartient à la marge. Non pas la marge folklorique, mais celle où se maintient encore une parole libre. Les contributeurs ne composent pas un cercle d’admirateurs mais une communauté d’expériences. Ils le disent explicitement : ce qui les unit n’est pas l’amitié mais la transformation produite par la lecture.

Marc Obregon montre comment Dantec tenta de rouvrir la possibilité d’un roman chrétien dans une modernité devenue incapable de transcendance. Joan Romeo poursuit cette interrogation spirituelle tandis que Marc Alpozzo analyse une œuvre où le polar sert de véhicule à une inquiétude métaphysique. Chez Dantec, le genre n’est jamais une étiquette : c’est un outil de combat.

Juan Asensio, critique à contre-courant

La figure centrale du volume reste Juan Asensio. Le livre le décrit comme « peut-être le seul critique littéraire français ayant fait de l’érudition une arme de combat. » La formule n’est pas exagérée. À rebours d’une critique devenue accompagnement promotionnel, Asensio maintient une conception exigeante, presque morale, de la lecture. Son entretien rappelle que Dantec appartient à une tradition où la littérature engage une vision du monde entière. Lire devient alors un acte risqué : non plus consommer un texte, mais accepter d’être déplacé par lui. Cette position tranche dans un paysage critique dominé par le consensus.

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« Toute authentique littérature est un défi jeté à la face de l’humanité, et pour commencer celle de l’auteur. Un livre qui n’est pas envisagé sereinement par son auteur comme un sacrifice est une blague de potache. »

Une constellation plutôt qu’un panthéon

Le livre avance par interventions successives, sans chercher l’unité artificielle. Raphaël Denys insiste sur la dimension prospective de l’œuvre. Pierre Joncquez introduit une charge polémique contre le conformisme intellectuel contemporain. Romaric Sangars relit notre siècle à la lumière du 11-Septembre et confirme la dimension anticipatrice de Dantec

Luc-Olivier d’Algange approfondit la dimension théologique, tandis que David Atria conclut sur une tonalité presque mystique. Sylvain Gauthier, co-coordinateur, prolonge l’ensemble par un dialogue avec Richard Pinhas qui rappelle combien Dantec débordait la littérature pour investir musique, technologie et pensée stratégique. L’ensemble ne construit pas un monument mais une circulation d’idées.

Si Dantec paraît aujourd’hui moins excessif qu’autrefois, c’est peut-être parce que le monde l’a rejoint. Intelligence artificielle, surveillance diffuse, guerre informationnelle, crise spirituelle : les contributeurs soulignent le caractère prophétique d’une œuvre longtemps caricaturée. Dantec voyait déjà que la crise n’était pas seulement politique mais anthropologique. Un monde sans transcendance finit par réduire l’homme à un programme.

Le dernier écrivain ?

Ce que révèlent ces Cahiers, c’est une hypothèse dérangeante : Dantec n’a pas été dépassé, il a été marginalisé. La littérature dominante a choisi l’inoffensif. Lui écrivait pour transformer le lecteur, pour le « verticaliser », selon le terme employé dans l’avant-propos. Aujourd’hui, on demande aux livres de rassurer ; Dantec préparait à affronter. Ce volume agit donc moins comme un hommage que comme un rappel à l’ordre : la littérature peut encore être une force critique, une expérience intérieure, une résistance. Et peut-être la marge n’est-elle plus une périphérie, mais le dernier endroit où la littérature demeure vivante. « Il ne s’agissait pas seulement de raconter des histoires, mais de récapituler le monde et de verticaliser l’homme. » Maximilien Friche (avant-propos).


Sortie le 2 mars 2026.

Sous la direction de Maximilien Friche et Sylvain Gauthier avec Luc-Olivier d’Algange, Marc Alpozzo, Juan Asensio, David Atria, Raphaël Denys, Pierre Joncquez, Marc Obregon, Joan Romeo, Romaric Sangars, Sylvain Gauthier et Maximilien Friche

Nous sommes tous des artistes!

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La journaliste de France 2 Léa Salamé devant la commission parlementaire, 2 février 2026 © Stephane Lemouton/SIPA

Intellectuels, journalistes et autres figures du microcosme culturel parisien déplorent le triste spectacle offert par la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public menée par Jérémie Patrier-Leitus et Charles Alloncle. Il faut dire que cette petite caste, si prompte à se vouloir «disruptive» lorsqu’il s’agit de bousculer les autres, supporte plus difficilement d’être elle-même mise en cause et sortie de sa zone de confort…


Le 10 février, Le Monde publiait une tribune signée par plus de trois cents personnalités issues du monde dit de la culture – intellectuels, journalistes, artistes, etc. – s’émouvant des « méthodes inquisitoriales, diffamatoires et menaçantes employées par le rapporteur [Charles Alloncle] et par certains députés membres de la commission ». Nous ne savons pas encore si la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public permettra de nettoyer les écuries d’Augias ou finira en eau de boudin, mais il est d’ores et déjà réjouissant de voir la coterie médiatico-culturelle s’étrangler de rage au fil des jours et des révélations sur les turpitudes financières et idéologiques de l’audiovisuel public. Charles Alloncle fait un travail remarquable, espéré depuis longtemps par des Français qui financent malgré eux des médias publics dispendieux et invariablement situés au centre-gauche, à gauche et à l’extrême gauche de l’échiquier politique. Bien sûr, cela ne plaît pas à tout le monde…

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Un peu de cœur, Monsieur le député

Cela ne plaît pas, par exemple, à celle qui est à l’origine de cette tribune, la productrice Fabienne Servan-Schreiber. Son « cœur de citoyenne s’est offusqué » en voyant les auditions de cette commission d’enquête, confie-t-elle, toute frémissante, à Télérama, – rappelons que Mme Servan-Schreiber est propriétaire de Cinétévé, une société de production audiovisuelle à laquelle la télévision publique fait régulièrement appel. Ceci peut peut-être expliquer cela. Les indignés professionnels de la caste médiatico-culturelle gravitant autour de ce « grand contributeur à la création audiovisuelle » que serait l’audiovisuel public l’ont remerciée « d’avoir exprimé leur propre indignation ». Mais il fallait aussi « toucher les citoyens ». Pour ce faire, Mme Servan-Schreiber n’hésite pas à évoquer les pires moments de l’histoire. Derrière le rapporteur Charles Alloncle, qu’elle qualifie de « petit McCarthy », elle devine la main totalitaire de « l’extrême droite ». Les auditions menées par le député de l’Hérault lui ont rappelé « les procès de Moscou », rien de moins. En parlant de Moscou… Le Parisien consacre un article aux victimes des procès quasi-staliniens menés par le redoutable député Charles Alloncle. Celles-ci, apprend-on, préparent leurs auditions avec minutie, s’entraînant essentiellement à ne pas répondre aux questions qui leur seront posées. Un communicant sachant communiquer leur a donné le conseil suivant : « Il faut faire chiant, élargir les sujets au maximum, être technique et lénifiant. » Arrogants mais disciplinés, la plupart des auditionnés se sont efforcés d’appliquer cette méthode, sans parvenir toutefois à leurrer le pugnace rapporteur de cette commission. Léa Salamé a ajouté une petite note personnelle et humoristique en expliquant aux parlementaires de la commission que si elle avait décidé de créer sa propre boîte pour produire son émission du samedi soir, ce n’était pas pour s’en mettre plein les fouilles mais parce que, sinon, l’émission en question « pourrait être achetée par une société étrangère sans [qu’elle donne son] accord, par exemple une société russe qui voudrait racheter le format de “Quelle époque !” » Réflexion faite, l’argument n’est peut-être pas aussi farfelu qu’il n’y paraît de prime abord : Poutine ayant décidé, comme chacun sait, d’utiliser des punaises de lit pour mener à bien sa guerre hybride contre nous, il n’est pas impossible que le cas de Léa Salamé l’intéresse tout particulièrement.

Les députés Charles Alloncle (UDR) et Jérémie Patrier-Leitus (Horizons), commission d’enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public, Assemblée nationale, Paris, 25 novembre 2025 © Jeanne Accorsini/SIPA

Gauche culturelle indécrottable

Parmi les signataires de la tribune évoquée ci-dessus, on retrouve bien entendu Laure Adler, figure indécrottable de cette gauche culturelle aux manettes depuis cinquante ans. Elle est, il faut dire, bien entourée. Que du beau linge : le pseudo-historien Pascal Blanchard, le démographe immigrationniste Hervé Le Bras, Eva Joly, Christiane Taubira et, à leur suite, une ribambelle de cultureux, écrivains, comédiens, musiciens, réalisateurs, artistes plus ou moins subventionnés, plus ou moins intermittents, plus ou moins de gauche mais plutôt plus que moins. Ces belles âmes ne perdent jamais une occasion de sermonner ces bourrins de Français qui, d’après elles, ne doivent pas oublier que « l’audiovisuel public a pour mission d’informer avec rigueur, de garantir le pluralisme des opinions, de soutenir la création culturelle et de rendre au plus grand nombre des contenus éducatifs et citoyens ». Autant de choses que l’audiovisuel public ne fait plus, et ce depuis longtemps. Imaginez un instant à quoi pourrait ressembler un pays où le pouvoir serait entièrement entre les mains de ces artistes. À ceux qui manquent d’imagination, je conseille la lecture du dernier livre de Gérald Sibleyras, Nous sommes tous des artistes.

C’est chié, non ?

Nous sommes tous des artistes. Après des années de trouble, le déclin de l’autorité de l’État dans tous les domaines et l’absence d’une relève politique, un ultime gouvernement est créé autour du seul ministère encore debout, celui de la Culture. Les artistes prennent le pouvoir ; les Intermittents Attentifs, les Artistes Concernés et les Créateurs Vigilants sont les seuls collectifs autorisés ; une Grande Marche de la Désobéissance est organisée aux cris de « On était contre avant, on est contre pendant, on sera contre après ! » La France est désormais une République Démocratique Intermittente. Celle-ci est dirigée par Le Clown, lequel s’installe dans l’hôtel de Matignon rebaptisé « La Grande Maison des Créateurs » avec sa garde rapprochée, des artistes triés sur le volet wokiste, un idéologue trotskiste et une écologiste radicale. Pour « désanctuariser » le palais de l’Élysée, on le transforme en squat, « un lieu de création dont la façade est désormais magnifiquement taguée ». Un seul mot d’ordre : « Il n’y a plus de citoyens, il n’y a que des artistes ». Par conséquent, « au Louvre, on peut admirer une peinture flamande du XVIIe siècle à côté d’un tableau abstrait peint par Fabrice, cinquante-deux ans, informaticien. À Orsay, une baigneuse de Degas côtoie le dessin de Mourad, quatre ans ». Une journée Trapenard est décrétée fériée pour « permettre à chacun de prendre le temps de lire ». Le Prix Goncourt est remplacé par le prix Ernaux et est « remis chaque année dans un restaurant solidaire du XXe arrondissement, La Vie en Bio ». L’État, dirigé par « La Troupe » composée de quatre membres dont Le Clown et Pirouette, une « mime syndiquée », impose l’ArtPass, une application numérique obligatoire qui doit impérativement être utilisée « au moins cinq fois par mois (musée, concert, expo, cirque, théâtre, café-philo, etc.) ». Le citoyen-artiste est prié de garder son sérieux devant « les installations de la sculptrice hongroise et papesse de l’Art Rebelle, Marta Bil », entre autres celle exposant des « instruments de musique écrasés, broyés, “martyrisés par le monde de l’argent” ». Par ailleurs, la Brigade 202 – je vous laisse découvrir pour quelle raison cette officine policière s’appelle ainsi – la Brigade 202, donc, veille à ce qu’aucun citoyen ne puisse échapper à son destin artistique, soit en tant que spectateur, soit en tant que créateur, l’idéal étant qu’il devienne les deux : s’il a un coup de mou créatif, il est prévu que la maison du citoyen défaillant soit transformée en Centre Culturel Éphémère animé par des jongleurs, des magiciens, des danseurs, des chanteurs, etc., jusqu’à ce que ledit citoyen retrouve « le goût et l’amour de l’art et de la culture ». Ainsi débute le roman satirique de Gérald Sibleyras.

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Damien, le personnage principal de cette dystopie tout à la fois burlesque et effrayante, va devoir naviguer entre les innombrables parcs d’attractions – « le parc de l’Amour, le parc de l’Avenir, du Partage, du Je, du Toi, etc. » – une myriade de musées, le Festival du Grand Mélange, une kyrielle d’expositions, la Grande Fête des Gens, les Résidences d’Écrivains et les Cabanes d’Artistes. Pour subvenir à ses besoins, il travaillera pour la SAPA (Société Artistique des Parcs d’Attractions). Pour montrer qu’il est un citoyen-artiste et, surtout, pour obtenir une subvention, il participera à l’opération gouvernementale « Tous romanciers ! » en envoyant à la SNE (Société Nationale d’Édition) un obscur projet de roman supposé être « une œuvre déconstruite et souple dans laquelle la signification différentielle des mots ouvrira une perspective sur une réflexion ontologique ». Bref, sa vie s’étiolera sous la férule d’une caste despotique qui s’est donné pour tâche d’imposer coûte que coûte un régime politique exclusivement artistique, paritaire, égalitaire et inclusif – c’est-à-dire une dictature qui ne dit pas son nom. Jusqu’au jour où il découvrira l’existence d’un groupe de résistants. La Troupe au pouvoir les appelle les Extrémistes…          

Jolly 2027, vite !

Visionnaire, Philippe Muray a décrit en son temps la « festivisation progressive et totalitaire de la société » et la transformation de la culture et des arts en une gigantesque Foire du Trône progressiste – ses théâtres de rue participatifs, ses Nuits Blanches stupéfiantes, ses techno parades tolérantes, ses Fêtes de la Musique citoyennes, ses musées transgressifs et ses festivals solidaires. Récemment, le metteur en scène Thomas Jolly disait rêver d’un « Festival d’Avignon permanent » où il serait interdit de hiérarchiser les œuvres. Benjamin Britten ou les Spice Girls, Mozart ou Aya Nakamura, Shakespeare ou Édouard Louis, tout est égal, tout se vaut, selon lui, et doit pouvoir se parer d’adjectifs interchangeables et politiquement corrects : citoyen, ouvert, égalitaire, diversitaire, tolérant, inclusif, etc. Gérald Sibleyras prend Thomas Jolly au mot en décrivant le monde terrifiant que ce dernier appelle de ses vœux. On rit beaucoup en lisant Nous sommes tous des artistes,mais c’est un rire parfois amer car nous y reconnaissons des phénomènes déjà à l’œuvre, les massacres orchestrés d’œuvres anciennes, l’exposition pontifiante de pitreries modernes obligatoirement affublées de cartons explicatifs et verbeux décrivant les « ambitions de l’artiste », les fêtes de la musique dissonantes, les créations théâtrales informes, le cinéma woke, la littérature réduite à l’exploration de nombrils, etc.

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« L’apprentissage est un frein à la création. Partant du principe que, pour créer, il faut oublier ce que l’on sait, commençons pas ne rien savoir du tout pour créer tout de suite », affirment les tenants du régime artistique dans Nous sommes tous des artistes. Ce principe, la caste médiatico-culturelle actuelle, soutenue par un État et une Éducation nationale complices, l’a fait sien. Si le roman de Gérald Sibleyras – qu’apprécieront sans nul doute les lecteurs de Patrice Jean (celui de La Philosophie selon Bernard et de Tour d’ivoire) ou du regretté Benoît Duteurtre (celui de L’Ordinateur du Paradis et de Dénoncez-vous les uns les autres) – est une fiction plantant le décor d’une potentielle catastrophe à venir, il est aussi bien sûr une description caustique et parfois à peine exagérée du « monde de la culture » actuel, dans ce pays où l’on compte plus de deux mille prix littéraires, où Virginie Despentes est considérée comme « notre Balzac » sur la radio publique, où Annie Ernaux est comparée sans rire à Proust, où « la légende de la musique française » Joey Starr et le « trans-philosophe » Preciado sont encensés sur France Culture, où Édouard Louis et Christine Angot sont adulés par Télérama, où le pass culture permet aux jeunes gens d’accéder quasi-gratuitement à la Fête de l’Huma ou aux Journées du… Matrimoine, où les scènes de théâtre sont régulièrement transformées en tribunes wokes, où les discours des cérémonies de l’entre-soi artistique ne sont plus que des prêches bien-pensants, pompeux, d’un ennui insondable, où des artistes rebellocrates subventionnés par le pouvoir sermonnent les Français qui ne votent pas selon leur goût et où les représentants politiques hésitent à botter les fesses de ces faux révoltés qui s’imaginent être des phares de l’humanité, où l’art disparaît sous des couches de plus en plus épaisses de moraline et d’humanisme faisandé – dans ce pays, donc, où il n’y a jamais eu autant de gens se prétendant artistes, jamais autant d’artistes se vantant d’être humanistes, et où, par conséquent, l’art véritable se fait de plus en plus rare. « Jamais Florence au temps de sa splendeur, jamais la Grèce de Périclès, la Venise de Titien ou la France des impressionnistes n’ont compté tant de “créateurs”. Si ceux-ci prolifèrent aujourd’hui, c’est bien évidemment que le terrain sur lequel ils se multiplient est philanthropique et humanitaire ; et que c’est tout de même plus commode d’être un artiste dans ces conditions-là que du temps des âges farouches : il suffit de ne rien faire, rien voir, rien penser qui n’ait été préprogrammé par la machine philanthropique et humanitaire ; ou qui pourrait la chagriner. » Muray, toujours.

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«Coutures» ou l’esthétique de la ligne… et ses limites

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Louis Garrel et Angelina Jolie, "Coutures" (2026) © Carole Bethuel / Pathé

La métaphore d’Alice Winocour finit un peu par lasser…


Elle se trace, elle se dessine, elle se suit. Elle pose des repères, oriente, organise, fait surgir une forme là où il n’y avait que de l’informe. Elle, c’est la ligne. La ligne crée un espace, impose une perspective, arrache le réel au chaos. Dans son dernier film, Coutures, Alice Winocour filme cette puissance organisatrice.

La réalisatrice nous plonge dans l’univers de la mode : l’effervescence d’un atelier à quelques heures du défilé, un shooting photo qui s’éternise dans un jardin parisien en plein hiver, des mannequins qui s’étourdissent dans l’ivresse de la fête une fois descendues du podium – tout un milieu où coexistent exigence et perfection, mais aussi snobisme et rudesse.

Fil conducteur

Mais la mode n’est qu’un décor. Ce qui intéresse Alice Winocour, ce n’est pas le show mais la manière dont les existences s’organisent autour d’une ligne. Cette ligne, elle en fait un fil conducteur pour mettre en scène quatre femmes qui se croisent, se rencontrent, s’épaulent. Chacune, à sa manière, suit ou affronte sa ligne. Maxine (Angelina Jolie), réalisatrice américaine venue de Los Angeles tourner le film d’ouverture du défilé, vit dans la ligne du cadre : elle compose l’image et décide de la place des corps dans le champ. Sa ligne est celle de la mise en scène, du contrôle.

Lorsque le diagnostic du cancer du sein tombe, une autre ligne s’impose, celle que l’on trace sur elle. Le trait du chirurgien sur sa peau déplace le centre de gravité.  Celle qui cadrait l’image avec sa caméra se retrouve cadrée par le dispositif médical.

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Ada, la très jeune mannequin soudanaise, doit garder la ligne et la tenir au sens littéral : c’est à dire marcher en talons sans vaciller, apprendre à afficher une détermination qu’elle n’a pas encore tout à fait. Elle vient d’abandonner ses études de pharmacie pour devenir top model à Paris. L’argent gagné sera pour sa famille au pays et soigner son frère malade. Le défilé est pour elle une nécessité autant qu’une opportunité. C’est elle qui ouvre le show ; c’est elle aussi que Maxine choisit pour incarner l’héroïne du film d’ouverture. La ligne du catwalk, qu’elle subit d’abord, devient progressivement une conquête.

La maquilleuse travaille sur un autre registre du tracé. Elle corrige les contours et efface les cernes, mais pour elle, la ligne se prolonge dans les mots. Dans son carnet, elle raconte des fragments de vie saisis dans cet univers où tout est éphémère et compare les mannequins à des « papillons égarés », attirés par l’éclat qui les expose autant qu’il les consume. Comme la couturière qui assemble des morceaux de tissu, elle assemble des instants. Sélectionner, ordonner, relier : l’écriture devient un geste analogue à la couture. Elle retient l’éphémère et le sauve de l’oubli. La couturière enfin, la petite main, incarne le tracé le plus concret. Elle coupe pour assembler. Elle sépare pour relier. Elle demeure dans l’ombre du show, mais c’est elle qui tient le fil.

La ligne irrigue donc concrètement chaque espace du film

Dans la couture, la ligne précède tout : repère sur le mannequin, tracé à la craie avant la coupe… À l’hôpital, des lignes de couleur balisent les couloirs, orientent vers l’IRM, organisent l’attente et, sur la peau, le chirurgien en dessine une dernière, celle de l’incision. Sur le podium enfin, une ligne invisible impose son axe : il faut marcher droit, ne pas tomber, même malaisément juchée sur des talons vertigineux. Ce maillage de tracés structure le film : lignes de coupe, de marche, de marquage, de plume.

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Mais à force d’épouser cette ligne symbolique en permanence, le film adopte malheureusement par moments un tracé trop lisse et ne tient pas toujours la profondeur que sa métaphore promet. Les trajectoires des personnages se frôlent plus qu’elles ne s’affrontent ; certains basculements mériteraient une exploration dramaturgique plus aboutie.

 © Carole Bethuel / Pathé

Le choix de réduire les figures masculines à des rôles très secondaires voire fonctionnels (Vincent Lindon en chirurgien méthodique et compatissant, Louis Garrel en chef opérateur amoureux) est cohérent avec une perspective centrée sur les femmes, mais il simplifie les rapports entre les personnages et laisse parfois le récit sans aspérités. Le film s’achève sur les cris des corps suspendus dans le vide, emportés par le mouvement circulaire d’un manège. L’adrénaline du vertige. Là où le podium impose la rectitude, la fête foraine autorise le déséquilibre. Là où la ligne ordonne, le cri déborde. Tout se passe comme si, au terme de cette esthétique du tracé, quelque chose rappelait que la vie ne suit pas toujours le dessin prévu. C’est peut-être dans cette tension, entre maîtrise et vertige, que Couture trouve sa vérité.

1h47

Traiter Trump de réac’ cela vous donne un petit air de Jean Moulin

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L'ambassadeur des États-Unis en France Charles Kushner et le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot. Photos DR.

Les réceptions de l’ambassadeur… Le beau-père par alliance de Donald Trump et ambassadeur des Etats-Unis en France ne s’est pas rendu à une convocation du Quai d’Orsay, hier. Jean-Noël Barrot sévit.


L’ambassadeur américain en France pose un lapin à notre ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot. Convoqué hier à 19 heures, Charles Kushner a envoyé un sous-fifre. Mais on ne se laisse pas faire. M. Kushner n’aura plus d’accès au gouvernement français tant qu’il ne sera pas venu se faire engueuler en personne, riposte le Quai d’Orsay. Washington tremble certainement.

Ingérences

A l’origine de cette crise diplomatique, un tweet relayé par l’ambassade américaine en France évoquant une situation préoccupante après la mort de Quentin Deranque : « L’extrémisme violent de gauche est en hausse et représente une menace pour la sécurité publique. » Légèrement hors des clous diplomatiques, s’il ne faisait pas dans la dentelle, ce message relayé n’était toutefois pas réellement une attaque contre le gouvernement français. Il était en tout cas beaucoup moins choquant que la lettre ouverte publiée dans le Wall Street Journal cet été où M. Kushner fustigeait la reconnaissance de la Palestine par le président Macron et la supposée inaction du gouvernement français contre l’antisémitisme. Là, c’était vraiment de l’ingérence.

A noter que l’Italienne Georgia Meloni a aussi énervé Macron en affirmant que la mort de Quentin était une blessure pour toute l’Europe. Occupez-vous de vos affaires a répondu en substance le président. Et la citoyenneté européenne qu’il nous vantait du matin au soir, alors, c’est fini ? Cette hyper-réactivité montre que l’exécutif est très embarrassé par la mort de ce jeune qui contrevient à son récit canonique d’un danger de l’extrême droite ou fasciste en France. Curieusement, il est beaucoup moins réactif quand le gouvernement algérien feint de s’inquiéter pour ses ressortissants en France…

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Résistants d’opérette

Est-ce le rôle d’un ambassadeur de commenter la politique intérieure française ? On peut bien sûr se poser la question. Mais quand le Parlement européen a observé une minute de silence pour George Floyd, qu’avait-il fait sinon se mêler de politique américaine ? Mais c’était le camp du Bien – donc cela ne posait pas de problème. Et quand, après la prise du Capitole en janvier 2021, Emmanuel Macron a déclaré « ce qui s’est passé aujourd’hui à Washington DC n’est pas américain », c’était aussi une super-ingérence. Et je ne reviens même pas sur le tweet de Gérard Araud, supprimé depuis, où il disait que l’élection de Trump c’était l’horreur. Quand M. Barrot envoie bouler M. Kushner en expliquant qu’on n’a pas de leçon à recevoir de l’internationale réactionnaire, pardon mais il critique aussi directement et clairement un gouvernement allié. Mais traiter Trump de réac’ cela vous donne un petit air de Jean Moulin dans les diners parisiens et dans Le Monde. Alors pourquoi s’en priver ?

Si la France était respectée, Charles Kushner aurait sans doute pris des gants ou déféré à l’invitation du Quai d’Orsay. Ce n’est pas avec leurs protestations de maîtres d’école que notre gouvernement et le président vont défendre notre souveraineté. La souveraineté c’est comme l’autorité et le vivre-ensemble. On en parle d’autant plus qu’ils disparaissent.


Cette chronique a été diffusée ce matin sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale avec Patrick Roger

Le débat en France: mode d’emploi idéologique

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Annie Ernaux à Paris en 2023 © Rebecca-Alexie Langard/SIPA

Le débat littéraire a été mis au pas.


On répète que la France débat encore. L’expression revient mécaniquement, comme une preuve que tout va bien. Pourtant, il suffit d’observer la vie littéraire pour voir autre chose : non pas la disparition de la parole, mais la disparition du désaccord réel. On parle beaucoup, mais dans un périmètre étroit, balisé, surveillé. La question n’est plus ce qui est écrit, mais qui écrit et depuis quelle position morale supposée. La critique ne commence plus par le texte mais par l’enquête idéologique. Avant même d’ouvrir un livre, la sentence tombe : fréquentable ou non.

Oukases littéraires

L’affaire autour de Sylvain Tesson l’a illustré avec une précision presque expérimentale. En 2023, lorsque l’association nationale du Printemps des poètes – qui n’est pas un festival mais une manifestation culturelle soutenue par le ministère de la Culture et destinée à promouvoir la poésie sur l’ensemble du territoire – annonce qu’il en sera le parrain pour l’édition 2024, une tribune signée par plusieurs centaines d’acteurs du monde culturel exige son retrait. On lui reproche moins ses livres que l’image politique qu’il incarnerait, certains signataires dénonçant la nomination d’une figure participant, selon eux, à la banalisation de positions réactionnaires. Le débat n’aura pas lieu : il est remplacé par une mise en accusation préalable. On ne discute pas une œuvre, on récuse une légitimité.

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Le mécanisme est désormais familier. Michel Houellebecq n’est presque plus lu sans précaution oratoire : chaque nouveau roman s’accompagne du procès attendu, comme si l’écrivain comparaissait avant publication. Alain Finkielkraut, dès qu’il intervient sur la culture ou l’école, est disqualifié par avance comme penseur « décliniste ». Richard Millet, après son texte polémique de 2012, a vu sa position éditoriale devenir intenable, plusieurs écrivains – parmi lesquels Annie Ernaux – cosignant une tribune affirmant que ses propos déshonoraient la littérature elle-même. Le geste est révélateur : il ne s’agit plus de contredire un auteur, mais de le placer hors du champ littéraire, comme si la littérature devait désormais délivrer des certificats moraux.

Ce déplacement a profondément transformé la critique. On ne demande plus seulement si un livre est bon ou mauvais, mais s’il est juste, s’il se situe du bon côté du temps. Critiquer certaines œuvres devient risqué non pour des raisons esthétiques mais pour ce que la critique pourrait révéler du critique lui-même. Mettre en cause un roman porté par une lecture identitaire expose immédiatement à l’accusation de racisme ; discuter une autrice engagée peut valoir soupçon de misogynie ; contester un récit militant entraîne rapidement l’étiquette d’homophobie ou de réaction. Le débat cesse alors d’être intellectuel : il devient moralement périlleux.

Comment être publié ?

Dans ce climat, un phénomène plus discret s’installe : la normalisation des sujets légitimes. Certaines thématiques ouvrent naturellement les portes éditoriales – mémoire blessée, domination sociale, réparation historique, identité – tandis que d’autres semblent condamnées à l’invisibilité ou à la suspicion. Il ne s’agit pas d’un complot ni d’une censure explicite ; tout se joue en amont, dans les comités de lecture, les invitations, les silences critiques. La création paraît parfois répondre à un horizon d’attente idéologique implicite. L’écrivain n’est plus seulement celui qui explore, mais celui qui correspond.

D’où une question devenue presque indicible : existe-t-il encore en France une légitimité littéraire indépendante du positionnement politique perçu ? Autrement dit, peut-on être publié, célébré, invité, sans appartenir symboliquement au camp culturel dominant ? Il ne s’agit pas d’affirmer qu’une seule sensibilité règnerait partout, mais de constater que l’écart devient coûteux. Celui qui s’en éloigne n’est pas toujours contredit ; il est progressivement marginalisé, réduit à une caricature commode – réac, conservateur, voire pire. Trois mots suffisent souvent à clore une discussion.

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Le paradoxe est cruel : la littérature française s’est construite contre les orthodoxies. Flaubert poursuivi pour immoralité, Baudelaire condamné, Genet scandaleux – autant d’épisodes où la littérature affrontait la morale dominante. Aujourd’hui, elle semble parfois réclamer elle-même la sanction morale. Non plus pour protéger la liberté d’écrire, mais pour en définir les limites acceptables.

Ainsi le débat subsiste, mais sous forme domestiquée. On oppose des positions prévisibles, on organise des indignations sans risque, on tolère la dissidence à condition qu’elle reste identifiable et sans conséquence. Le danger n’est plus de mal écrire ni même de mal penser, mais d’être mal classé. Et lorsqu’une société intellectuelle commence à craindre davantage l’étiquette que l’erreur, ce n’est pas seulement le débat qui s’appauvrit : c’est la littérature elle-même qui cesse d’être un lieu d’inquiétude pour devenir un espace d’approbation.

Reste alors une interrogation simple, presque naïve : si la littérature ne peut plus accueillir des voix contradictoires sans chercher immédiatement à les juger moralement, parle-t-on encore d’un débat – ou seulement d’un consensus qui se donne le nom rassurant de débat pour ne pas avoir à reconnaître qu’il n’existe plus?