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Le monde de Nemo

Leçons de morale et fantômes du passé


Le monde de Nemo
Le chanteur arrive à l'aéroport de Zurich après sa victroire à l'Eurovision, 12 mai 2024 © Walter Bieri/AP/SIPA

Mécontent de la participation d’Israël au prochain concours européen de la chanson, le Suisse Nemo a finalement rendu son trophée cassé et entouré de papier toilette. Quelques jours avant, l’hebdomadaire Weltwoche avait publié des révélations concernant l’artiste.


À l’Eurovision comme sur toute scène médiatique, la morale est un numéro d’équilibriste. Et quand on s’y affiche en incarnation de la vertu universelle, il est prudent de vérifier que la lumière des projecteurs ne révèle pas, en arrière-plan, quelques ombres généalogiques.

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Une enquête de l’hebdomadaire suisse Weltwoche, publiée en janvier, a terni la victoire de la star helvète Nemo, en 2024, remportée avec la chanson The Code. Nemo, qui se revendique non binaire, devenue figure militante internationale, voit ressurgir un passé familial pour le moins embarrassant : plusieurs membres de la lignée Mettler, son nom de famille, auraient entretenu des liens étroits avec l’idéologie nazie.

Son arrière-grand-père, Arnold Mettler, élu de la municipalité de Saint-Gall, était un industriel fortuné, sympathisant déclaré du régime hitlérien. Directeur d’un journal fasciste, soutien financier à des cercles d’extrême droite de tout poil, propos niant l’extermination des juifs : le portrait est lourd selon le quotidien à l’origine des révélations. Son épouse aurait même combattu tout projet d’accueil de réfugiés juifs en Suisse. Plus troublant encore, on trouve un membre de sa famille engagé dans la Waffen-SS qui aura le bon ton de mourir sur le front de l’Est avec ses convictions.

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Si nul ne choisit ni son époque, ni ses ancêtres, cette indiscrétion s’avère ironique quand on connaît les prises de position virulentes de la star de 26 ans contre la participation d’Israël à l’Eurovision, jusqu’à restituer son trophée en 2025 au nom de ses « valeurs » humanistes.

Weltwoche précise toutefois que ce passé était connu, mais que le silence de l’artiste interroge, au regard de son engagement public. La question n’est d’ailleurs pas d’hériter d’une faute, mais d’assumer en réalité une cohérence. Car à force de distribuer des leçons de morale à la planète entière, on finit par s’exposer à en recevoir. Et si cette affaire rappelle quelque chose, c’est peut-être ceci : avant de juger l’histoire des autres, il est parfois prudent d’ouvrir le grenier de la sienne et balayer un tant soit peu devant sa porte.




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Journaliste , conférencier et historien.

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