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La mort au guichet

Le regard libre d’Elisabeth Lévy


La mort au guichet
Image d'illustration.

Notre directrice de la rédaction revenait dans sa chronique radio matinale sur le vote de la loi sur l’aide à mourir. Nous vous proposons de l’écouter. Loin de faire le consensus, ce texte très discuté a finalement été voté par 299 députés et rejeté par 226. De son côté, le texte sur l’extension des soins palliatifs a été voté à l’unanimité.


La loi sur l’aide à mourir a été votée à l’Assemblée nationale hier soir. Un nouveau droit est né. Les progressistes triomphent. Macron salue une avancée humaniste. Pour moi, c’est un jour funeste que celui où la mort est devenue en France une affaire étatique, bureaucratique et médicale, un soin parmi d’autres. Pour mourir, c’est quel guichet SVP ?

Sous couvert de compassion, l’individualisme forcené de notre société est consacré. Puisqu’on ne vous enlève rien, pourquoi ça vous gêne ? Comme si la mort, la naissance, la filiation relevaient du «c’est mon choix» de chacun.

Il y a derrière cette loi le fantasme de la maitrise totale. La singularité de la condition humaine, c’est que nous avons conscience de notre mort à venir, de notre finitude – mais qu’on ne choisit ni le jour ni l’heure. C’est avec ce mystère, avec l’idée que nous ne sommes pas totalement maîtres de notre destin, qu’on prétend donc en finir.

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Les dérives en Belgique ou au Canada (une dame qui a changé d’avis a été exécutée) devraient au moins faire douter. Les garde-fous promis ont déjà été assouplis. Pour le professeur Philippe Juvin (LR), ce n’est plus une loi d’ultime recours. Et les autres garde-fous sauteront. A la tribune, la rapporteuse LFI regrettait que ce beau droit n’ait pas encore été ouvert aux mineurs émancipés. Ça viendra. Et puis on l’ouvrira aux mineurs, aux déprimés ou aux déficients mentaux, pourquoi pas. La logique implacable des droits qui doivent se déployer sans entrave, c’est que cela ne s’arrête jamais. Prenons l’exemple de l’IVG: au départ, c’est un dernier recours très encadré, comme le voulait Simone Veil. Depuis, on n’a cessé d’allonger le délai et l’IVG est devenue un mode de contraception. Un jour, la mort assistée sera la norme et ceux qui voudront laisser faire le destin seront regardés comme de doux dingues.

Mais qui veut finir dans d’atroces souffrances ? me réplique-t-on toujours. C’est avec cette terrible question que le débat a été posé et pipé. Voulez-vous agoniser dans la douleur ou partir en douceur ? Qui répondrait moi je veux souffrir ? Il y a trois réponses à cela :

  • Premièrement, la Loi Léonetti permet d’éviter cela dans l’énorme majorité des cas ;
  • Ensuite, l’aide à mourir, ça se passe déjà dans le secret et dans l’accord médecins/patients/familles. Tout dans la vie humaine n’est pas forcément soluble dans la loi, et c’est très bien ;
  • Enfin, nous savons que la demande d’euthanasie décroit avec l’offre de soins. Et j’en reviens à la déchirante intervention de Philippe Juvin qui a parlé d’une loi « votée par des gens riches et bien-portants, qui ont peur de la déchéance ». Ce sont évidemment les plus pauvres, les plus seuls, les plus faibles ou ceux qui sont considérés comme « inutiles » qui seront incités à ne plus être à la charge de la collectivité. Comme le résumait le journaliste Joseph Macé-Scaron hier, à l’arrivée, ce sera les meilleurs soins palliatifs pour les riches et l’euthanasie pour les pauvres. Et on appelle cela de l’humanisme ?



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Fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur. Journaliste, elle est chroniqueuse sur CNews, Sud Radio... Auparavant, Elisabeth Lévy a notamment collaboré à Marianne, au Figaro Magazine, à France Culture et aux émissions de télévision de Franz-Olivier Giesbert (France 2). Elle est l’auteur de plusieurs essais, dont le dernier "Les rien-pensants" (Cerf), est sorti en 2017.

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