Les réceptions de l’ambassadeur… Le beau-père par alliance de Donald Trump et ambassadeur des Etats-Unis en France ne s’est pas rendu à une convocation du Quai d’Orsay, hier. Jean-Noël Barrot sévit.
L’ambassadeur américain en France pose un lapin à notre ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot. Convoqué hier à 19 heures, Charles Kushner a envoyé un sous-fifre. Mais on ne se laisse pas faire. M. Kushner n’aura plus d’accès au gouvernement français tant qu’il ne sera pas venu se faire engueuler en personne, riposte le Quai d’Orsay. Washington tremble certainement.
Ingérences
A l’origine de cette crise diplomatique, un tweet relayé par l’ambassade américaine en France évoquant une situation préoccupante après la mort de Quentin Deranque : « L’extrémisme violent de gauche est en hausse et représente une menace pour la sécurité publique. » Légèrement hors des clous diplomatiques, s’il ne faisait pas dans la dentelle, ce message relayé n’était toutefois pas réellement une attaque contre le gouvernement français. Il était en tout cas beaucoup moins choquant que la lettre ouverte publiée dans le Wall Street Journal cet été où M. Kushner fustigeait la reconnaissance de la Palestine par le président Macron et la supposée inaction du gouvernement français contre l’antisémitisme. Là, c’était vraiment de l’ingérence.
A noter que l’Italienne Georgia Meloni a aussi énervé Macron en affirmant que la mort de Quentin était une blessure pour toute l’Europe. Occupez-vous de vos affaires a répondu en substance le président. Et la citoyenneté européenne qu’il nous vantait du matin au soir, alors, c’est fini ? Cette hyper-réactivité montre que l’exécutif est très embarrassé par la mort de ce jeune qui contrevient à son récit canonique d’un danger de l’extrême droite ou fasciste en France. Curieusement, il est beaucoup moins réactif quand le gouvernement algérien feint de s’inquiéter pour ses ressortissants en France…
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Résistants d’opérette
Mais est-ce le rôle d’un ambassadeur de commenter la politique intérieure française ? On peut bien sûr se poser la question. Mais quand le Parlement européen a observé une minute de silence pour George Floyd, qu’avait-il fait sinon se mêler de politique américaine ? Mais c’était le camp du Bien – donc cela ne posait pas de problème. Et quand, après la prise du Capitole en janvier 2021, Emmanuel Macron a déclaré « ce qui s’est passé aujourd’hui à Washington DC n’est pas américain », c’était aussi une super-ingérence. Et je ne reviens même pas sur le tweet de Gérard Araud, supprimé depuis, où il disait que l’élection de Trump c’était l’horreur. Quand M. Barrot envoie bouler M. Kushner en expliquant qu’on n’a pas de leçon à recevoir de l’internationale réactionnaire, pardon mais il critique aussi directement et clairement un gouvernement allié. Mais traiter Trump de réac’ cela vous donne un petit air de Jean Moulin dans les diners parisiens et dans Le Monde. Alors pourquoi s’en priver ?
Si la France était respectée, Charles Kushner aurait sans doute pris des gants ou déféré à l’invitation du Quai d’Orsay. Ce n’est pas avec leurs protestations de maîtres d’école que notre gouvernement et le président vont défendre notre souveraineté. La souveraineté c’est comme l’autorité et le vivre-ensemble. On en parle d’autant plus qu’ils disparaissent.
Cette chronique a été diffusée ce matin sur Sud Radio
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