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Le parti du meme

 


La « Coupe de France de memes » réunit 75 000 internautes. L’occasion d’expliquer ce que sont les « memes » et autres « neurchis » pour la « génération Facebook ».


 

Alors que certains se passionnent pour la Ligue des champions ou attendent déjà les premières percussions de Roland Garros – autant d’événements qui risquent de pâlir à cause du coronavirus – les écumeurs de Facebook, à commencer par les 15-25 ans, se prennent de passion pour la « coupe de France de memes », suivie par près de 75 000 internautes.

Que sont les memes ? Pour faire court un meme est une image détournée dans un autre contexte et souvent accompagnée d’un texte ou d’un sous-texte. Le meme, souvent composé d’une image et d’un texte d’introduction, illustre une situation quotidienne, politique ou historique grâce à un dessin ou à une photo détournée.

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Ces memes, on les trouve à la pelle dans des groupes que l’on appelle des « neurchis » (« chineurs » à l’envers) et qui ont chacun une thématique bien particulière. Un neurchi « OSS 117 » détournera par exemple exclusivement des plans ou des répliques de la comédie d’Hazanavicius et de Jean Dujardin. C’est ainsi que naissent des stars digitales à l’instar du célèbre Joe Kovic qui sévit sur plusieurs de ces groupes en levant chaque fois une ondée de rires digitaux.

Le meme et la politique

Comme tous les arts, celui du meme confine parfois à l’expression politique. Le groupe « neurchi d’OSS 117 » donne lieu à de nombreuses controverses sur l’engagement politique du film : dénonce-t-il le mâle blanc ou le célèbre-t-il avec une figure maladroite mais faisant toujours triompher le Bien ? Le film est-il diversitaire ou se moque-t-il au contraire des minorités qui se vexent d’un rien et ayant la nostalgie d’une liberté de ton révolue ?

Le meme est si politique que ceux qui en font profession l’utilisent déjà dans leurs campagnes.

Pepe fait de la résistance

Le meme trouve d’ailleurs son origine chez Pepe la grenouille, une figure fictive de bande dessinée qui s’est rendue célèbre lorsqu’elle a massivement été utilisée par les soutiens de Donald Trump en 2017, en particulier sur le site d’alt right 4chan où des internautes s’échangent des images de toute nature. Le « Trumpepe » prend son essor sur la toile jusqu’à ce que Donald Trump lui-même partage en octobre 2015 une image de Pepe devant un podium présidentiel. En septembre 2016, son fils en publie un autre, suscitant une réaction de l’équipe de campagne d’Hillary Clinton qui publie un article dénonçant Pepe comme un symbole suprématiste intitulé « Cette grenouille est plus sinistre que vous ne le pensez ».

Le meme est-il « populiste » ?

Les valeurs des membres les plus actifs de 4chan ou Reddit sont souvent conservatrices. En France, certains comptes de memes affichent clairement une teinte politique anti-élites, à l’instar du groupe « BFMemes », qui se gausse de BFM, du gouvernement Macron et de son service après-vente médiatique supposé. Malgré l’association du meme a un imaginaire « populiste » – ce qui s’explique en partie par le fait que les élites ne veulent plus rigoler de grand-chose –, Michael Bloomberg avait même tenté de se positionner sur cette vague en s’offrant pour sa campagne les services de gros « memeurs », notamment sur Instagram.

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Inversement, le meme est devenu un moyen d’expression pour les délaissés de la mondialisation et les gilets jaunes du monde entier qui s’unissent pour tourner en dérision, par l’image, les élites mondialisées : le rire politique n’est pas nouveau, mais celui-ci se rend accessible aux plus démunis.

Comme si, après le règne d’images consensuelles destinées à soutenir une idéologie lénifiante, le meme s’avérait être le jumeau maléfique et trash, né de la possibilité de fabriquer son propre contenu médiatique grâce à Internet.

Le rire, disait Romain Gary, est l’arme des faibles. Peut-être faut-il comprendre le meme comme un rire libérateur pour certains, un défrocage des élites pour d’autres, ou tout bêtement un peu d’humour virtuel.

Confession d’un déçu de la nouvelle économie

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Dans la startup nation, après un « échec professionnel », quand on a 40 ans, on est déjà trop vieux pour retrouver un emploi ! C’est pourtant le même âge que le chef tout puissant. Récit un peu désabusé.


Il y a quelques années de cela je décide de quitter mon sud-est natal pour « monter à la capitale »: adieu soleil et chaleur, accent chantant, féria et autres festivités locales.

A moi le métro de la liberté, la Culture, la possibilité de devenir quelqu’un. Et surtout bienvenue dans le monde du digital et des startups. Ce milieu qui m’attire et me fascine, la Silicon Valley à la Française. Ou par des Français. Ou en France.

Six ans après, le bilan est mitigé. Et la passion se mêle à un début d’amertume.

Trop vieux pour ces conneries

L’époque a changé lentement mais durablement, notre pays a connu des secousses, des mondes se côtoient mais ne se comprennent plus. Mais pas les mondes que nous présentent les médias.

Aujourd’hui, j’ai 40 ans et j’ai vécu un échec professionnel. Oui, ce mot qui fait peur alors qu’il est le quotidien de notre existence.

Echec et 40 ans, un constat qui vaut condamnation sur LinkedIn, cet outil qui n’est plus qu’un ouvrage de contes d’une génération pour qui l’expression « levées de fonds » a remplacé « chiffre d’affaires ». Argent, C.A, Bilan, sont autant de mots qu’il ne faut plus prononcer dans une startup. C’est ringard et dépassé.

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J’ai pu l’expérimenter ces derniers temps, mais chut il faut taire ces choses, tout doit être « bienveillant » pour maintenir l’histoire belle. C’est le fameux storytelling que ces entrepreneurs, un des rares mots du monde d’avant qu’ils affectionnent, adorent pratiquer. Pas moi, alors on se raconte un peu de vécu? Oui.

Elle a beau être inclusive, l’entreprise ne peut pas accepter tout le monde sur le rooftop

Sachez qu’en entretien il faut toujours rester positif, parler d’opportunités même pour des catastrophes humaines (surtout si elles ne nous touchent pas), ne jamais questionner sur le chiffre d’affaire sous peine de provoquer des silences, vénérer notre président Macron, vomir l’ancien monde (même si l’argent de papa maman permet de payer la coloc et les happy hours), ne pas parler de ventes mais de business, ne pas se raser la barbe ou alors avoir une moustache (pour les femmes à vous de voir), suivre les podcasts du CEO & Co Founder, surtout ne pas porter de costard, être fan du regretté Steve et de sa pomme.

Si en plus vous êtes healthy veggie, alors là c’est open bar. Jus détox à volonté.  Bières le vendredi à partir de 18 heures sur le rooftop.

Seul impératif à tout cela, sortir d’une école de commerce ou d’une université bien nommée, et avoir moins de 30 ans. Allez, 35 ans si le quota de 1 sur 10 n’est pas déjà atteint.  Au-dessus de cet âge on pense que « ton profil est hyper intéressant, expérience impressionnante mais le fit avec l’équipe va être compliqué, et les investisseurs souhaitent une top cohérence avec le projet de la boite ».

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Traduction: pas de vieux ici. À 40 ans, pour ce milieu, tu es dans le passé, et c’est mal. Un vêtement vieux est vintage, stylé. Un humain au-dessus de 35 ans en revanche ça craint, pas bon pour le business. Sauf s’il a du cash à donner. Pardon, à investir. Car le véritable objectif pour une grande partie des startups n’est pas le client mais bel et bien d’attirer des investisseurs afin d’être racheté rapido. Tout ceci n’est évidemment pas condamnable, mais la posture (ce mal de notre époque), elle, est critiquable. Une génération vante la liberté totale mais est une des plus stéréotypée qui soit. Elle est pour la tolérance mais ne supporte pas la contradiction, elle scande partout le vivre-ensemble pour mieux vivre entre-soi, elle exige la transparence alors qu’elle ne respire pas toujours l’honnêteté elle-même.

Et moi là-dedans? Je continue mon chemin, rassurez-vous, doucement car l’arthrose et les courbatures, vous savez… En me disant que je ne suis peut-être pas encore trop vieux pour ces conneries.

PS: Au regard de la récente actualité, merci de privilégier les calls vidéos pour toute demande d’entretien. Thx.

L'humeur vagabonde

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Nos enfants terribles


Purs produits de l’Occident qu’elles vomissent, les générations futures et leurs défenseurs zélés instruisent inlassablement notre procès. De l’apocalypse climatique au racisme, ils nous jugent coupables de tous les maux. Leur monde rêvé, plein d’idées progressistes devenues folles, combine puritanisme et transparence, lynchage et tyrannie des minorités. Bienvenue dans la terreur équitable.


Les adultes ont mauvaise presse. Il ne se passe pas de semaine sans qu’ils soient convoqués devant le tribunal de l’opinion pour répondre de leurs crimes. L’accusation est toujours menée au nom des générations futures, quand elle n’est pas directement assurée par des adolescents récriminateurs, comme l’énervante Greta Thunberg, dont les couettes n’adoucissent pas le regard éternellement courroucé, voire par des enfants éduqués à espionner leurs parents pour s’assurer qu’ils ne font pas « mal à la planète ». Mais au gré des chefs d’inculpation, le rôle du procureur peut aussi bien être tenu par des nonagénaires comme feus Michel Serres et Stéphane Hessel (que l’on traitait il est vrai de « plus jeunes d’entre nous »), par de jeunes comédiennes comme Adèle Haenel ou par les innombrables journalistes qui espèrent peut-être, par leur zèle redoublé, s’attacher les bonnes grâces des dites générations futures pour le jour où elles seront aux manettes de nos sociétés. Que ce jour se rapproche à grande allure a de quoi inquiéter quand on constate les saccages qu’elles ont déjà directement causés et ceux que l’on commet volontairement pour leur complaire, par exemple en truffant nos paysages de ces monstrueuses éoliennes [tooltips content= »Voir notre dossier « Paysages, arrêtez le massacre », du mois dernier. »][1][/tooltips]. On pense aussi à ces honorables professeurs officiant dans des institutions aussi prestigieuses que Normale Sup ou l’École des hautes études en sciences sociales qui, à l’image de bourgeois tentant, sous une dictature communiste, de faire oublier leurs origines par une ardeur prolétarienne sans faille, veulent montrer qu’ils sont dans le vent de l’histoire en truffant leur correspondance de jargon inclusif qui, non seulement défigure la langue, mais la rend incompréhensible.

Il faut ici lever un malentendu et me laver du soupçon d’amalgame. Le terme « générations futures » ne désigne évidemment pas l’ensemble des individus nés depuis les années 1990, il y en a une bonne proportion de fort aimables et civilisés, mais leurs porte-parole et, par association, l’idéologie qu’ils incarnent et l’identité qu’ils portent. Ce n’est pas une question d’âge, mais d’état d’esprit.

Vous faites notre procès

Il existe en effet un lobby de l’avenir, une nébuleuse de la table rase qui ne recoupe que partiellement la population disparate que l’on appelle la jeunesse. Il s’emploie à criminaliser le passé et réclame en conséquence le droit illimité de dénoncer et de condamner. « Vous n’avez pas fait vos devoirs », nous morigène la petite Suédoise. L’occupation principale de ce « parti de demain » n’est pas, comme on pourrait le croire, de s’instruire pour se préparer à gouverner le monde, mais d’instruire inlassablement notre procès. Du patriarcat au réchauffement climatique, du racisme à l’assignation genrée, de la guerre au judéo-christianisme, du secret au mensonge, nous avons inventé tout ce qui empêche les générations futures de marcher comme un seul Homo festivus vers leur avenir radieux. Nous sommes donc coupables. Nous les adultes, nous les Occidentaux, nous les mâles blancs – oui, on défilera peut-être un jour en scandant « Nous sommes tous des vieux mâles blancs ».

À lire aussi, l’édito d’Elisabeth Lévy sur le coronavirus: Médecins sans frontières

En attendant, puisque ces générations futures passent leur temps à nous tympaniser de leurs reproches et que je les ai sous la main, j’ai deux mots à leur dire.

Chères générations futures, autant vous le dire, vous commencez à nous courir sur le haricot.

Remarquez d’abord qu’en dépit de la propagande sur la jeunesse Facebook mondialisée et mobilisée pour la planète, vous êtes pour l’essentiel des produits de cet Occident que vous vomissez. On ne voit pas de jeunes Asiatiques et encore moins de jeunes musulmans dénoncer massivement la culture de leurs ancêtres, ni soumettre leur histoire à un inventaire permanent. Beaucoup ne sont guère portés non plus à la saine autocritique et c’est bien fâcheux. En effet, nous ne vous demandons certainement pas de renoncer à ce qui est peut-être l’invention intellectuelle la plus décisive de l’Europe : la capacité à s’interroger sur soi-même, à se soumettre au jugement critique, à affronter ses démons. Ce que vous exigez de nous, c’est autre chose, une repentance névrotique, un reniement intégral de ce que nous avons été. D’où votre détestation de l’universalisme des Modernes, auquel vous opposez un super-universalisme qui exalte les identités minoritaires et aspire à les réunir dans une alliance de tous les dominés du monde, tout en conspirant à ringardiser, pénaliser et effacer les identités anciennes qui avaient pourtant des vertus, dont celle de résister au temps. Comme le montre Bérénice Levet, à la suite de Chantal Delsol, c’est bien cet universalisme dévoyé qui explique la colère des peuples que l’on nomme populisme.

Certes, nous n’avons pas été parfaits et nos livres d’histoire abondent en récits sur notre ubris de meurtre et notre libido d’oppression. Des premiers capitalistes jusqu’aux trente-glorieusards, nous avons abusé de la planète et de ses ressources comme si elles étaient illimitées, et nous avons érigé la consommation en premier droit de l’homme, ce dont, au demeurant, vous vous accommodez volontiers, une fois votre conscience apaisée par le braillage de quelques slogans et l’achat d’une fanfreluche équitable.

Que les générations demandent des comptes à leurs aînés, c’est une loi de l’espèce. La nouveauté, c’est que vous ne nous reprochez pas seulement nos bassesses, mais aussi notre grandeur. Pour construire le monde inclusif, vous êtes prêts à détruire tout ce qui rendait la vie légère, selon la belle expression de Mona Ozouf, et que nos prédécesseurs ont mis des siècles à bâtir. Au remplacement des générations, aussi cruel que naturel, vous voulez ajouter un véritable grand-remplacement philosophique et culturel.

Soyons honnêtes, nous ne vous avons pas attendus pour saccager notre propre magasin de porcelaine. Si nous avons expulsé l’individu adulte et souverain des Lumières au profit d’un individu-roi capricieux et infantile, si nous avons troqué la liberté des Modernes contre le « c’est mon choix » des postmodernes, ce n’est pas la faute de Greta. Comme l’a fort bien décrypté Muray, le progressisme avait depuis longtemps attaqué les fondations, à savoir les grandes divisions – entre les sexes, entre les générations, entre morts et vivants – qui étaient le lot universel de la condition humaine. Mais vous persévérez dans notre erreur, vous la poussez dans ses ultimes retranchements. En somme, vous avez lancé une nouvelle phase de démolition accélérée.

Progressisme devenu fou

Rien, dans l’édifice baroque que l’on appelle modernité occidentale, n’échappe à votre fureur éradicatrice. La langue est sexiste, la grande culture raciste, l’intimité fasciste, la nation nationaliste, la laïcité blessante et la différence des sexes transphobe. Changement de propriétaire, virez-moi ces vieilleries et tout le reste – la galanterie, le second degré, la controverse, la psychanalyse, les arrière-pensées, la choucroute, les animaux de ferme, les frontières, Balzac, Molière, les talons hauts, les phrases comportant plusieurs subordonnées, chacun complétera à sa guise.

Marche " contre les féminicides, les violences sexistes et sexuelles ", à l'initiative du collectif NousToutes, Paris, 23 novembre 2019. © Elko Hirsch/ Hans Lucas/ AFP.
Marche  » contre les féminicides, les violences sexistes et sexuelles « , à l’initiative du collectif NousToutes, Paris, 23 novembre 2019.
© Elko Hirsch/ Hans Lucas/ AFP.

Nous avions dévoyé le progrès en progressisme. Vous peuplez le monde d’idées progressistes que vous avez rendues folles. Aussi pourrait-on vous qualifier de « post-progressistes ».

Emmanuel Macron l’a bien compris, sur nombre de grands sujets, la querelle n’oppose pas la droite et la gauche, mais le vieux monde et le nouveau – les populistes et les progressistes. Ce qu’on a moins commenté, c’est que cette fracture idéologique se conjugue de plus en plus souvent à une fracture générationnelle. Vous, les générations nées dans le monde numérique (les fameux digital natives), avez adhéré avec beaucoup plus d’enthousiasme que vos aînés, même féministes, à la « révolution #metoo » et à la néo-Inquisition qui s’en est ensuivie. Et vous n’avez pas trouvé de mots assez durs pour celles qui, derrière Catherine Deneuve, Catherine Millet (et votre servante) entendent prendre le risque d’être importunées pour avoir la chance d’être séduites.

On ne s’en étonnera pas, dans l’affaire Griveaux, vous avez été nombreux à vous émouvoir non pas de la diffusion de la vidéo, mais de son contenu – ce qui ne vous empêche pas, paraît-il, de vous adonner massivement au porno, mais ça, vous ne vous en vantez pas sur les plateaux de télévision. Puritanisme et transparence, c’est vous tout craché. Comme l’observe Alain Finkielkraut, inspiré par Milan Kundera (pages 43-45 Le temps passé des temps modernes dans le magazine Causeur de mars), vous êtes des « arracheurs de rideau » – celui qui séparait le privé et le public. Quand « le désir d’apparaître pour être quelqu’un a pris le pas sur le sens de la pudeur », on peut se demander avec lui si l’exhibition permanente que vous pratiquez et exigez de tous ne scelle pas la vraie fin des Temps modernes.

Le résultat, c’est que nombre d’inventions diaboliques qui, il y a quinze ans, semblaient n’exister que par le génie créateur et l’exagération littéraire de Muray, sont désormais notre quotidien : le féminisme policier, la cage aux phobes, la procréation sans sexe, les humains qui ne sont ni hommes-ni femmes, la plage à Paris. Le lynchage comme mode normal de régulation sociale, la tyrannie des minorités susceptibles, c’est encore vous. Et quand il vous arrive de réaliser une bonne action, nous la payons au prix fort. Peut-être votre féminisme revanchard contribue-t-il à neutraliser des prédateurs sexuels, mais si c’est pour les condamner au pilori médiatique, nous n’y avons pas vraiment gagné. Nous avons même perdu un peu de notre âme.

Votre paradoxe universaliste

On ne va pas se mentir, votre rêve est notre cauchemar, notre cauchemar américain. En effet, la plupart des béliers avec lesquels vous défoncez l’un après l’autre les murs porteurs de la culture occidentale en général et républicaine en particulier, vous êtes allés les chercher sur les campus nord-américains, pour les acclimater sous nos cieux. À ce sujet, on lira avec profit la Franco-Américaine Géraldine Smith, auteur d’un livre intitulé Vu en Amérique, bientôt en France.

L’antiracisme universaliste pêchait, dites-vous, par abstraction. Eh bien vous, les nouveaux antiracistes, ne voyez plus que la race – tout en niant son existence, ce qui vous oblige à des contorsions dont vous n’avez même pas conscience – et, par glissement, l’origine, la religion. À l’arrivée, analyse Pierre-François Mansour (pages 62-65 De l’antiracisme au djihad dans le magazine Causeur de mars), en France l’antiracisme a pactisé avec l’islamisme avant de faire sa jonction avec le décolonialisme. En effet, c’est aussi sous votre effarant magistère que la pensée anticoloniale, issue de la modernité, a muté pour engendrer l’indigénisme (ou décolonialisme), qui postule que la domination coloniale, toujours vivante dans les esprits, doit être combattue sans relâche. Il suffit ensuite d’appliquer ce schéma simpliste à toutes les strates de l’identité, le genre, la religion, le rang social, et cela donne l’intersectionnalité des luttes – qui, à en croire les plus dingues d’entre vous, devrait inclure celles des animaux.

Or, en plus de leur anti-occidentalisme originel, ces théories convergent pour le coup vers un même résultat, qui est en quelque sorte leur agenda caché, y compris à vous qui en êtes les propagateurs : toutes sacrifient la liberté, celle des mœurs, qui serait le cache-sexe de l’aliénation, mais surtout celle de penser. Les marxistes méprisaient la liberté bourgeoise – qui est, disaient-ils, celle pour les renards de décimer le poulailler. Pour vous, chers amis des générations futures, « la libre communication des pensées et des opinions », inscrite dans le marbre de 1789 comme l’un « des droits les plus précieux de l’homme », est encore un des masques de l’oppression, permettant d’offenser les faibles et d’insulter le prophète de la religion des pauvres. Collés à vos écrans, vous réclamez en boucle des interdits, des sanctions, des contrôles, des restrictions, des bannissements, des têtes qui tombent. Et bien sûr, vous les obtenez.

Plus grave encore, nous vous avons abandonné l’Université. Que celle-ci soit à l’avant-garde pour transformer vos expérimentations idéologiques hasardeuses en innovations académiques fumeuses est à la fois un crève-cœur et une source de colère. Les textes d’Elliot Savy (pages 66-68 Universités: la révolution culturelle dans le magazine Causeur de mars) et de Louis Vadrot (pages 69-71 Les sous-doués passent l’agreg) regorgent d’exemples de colloques, réunions et autres thèses visant à décoloniser le genre, le sexe, la littérature, la politique, les représentations, et sans doute la décolonisation. Résultat, l’université est devenue le théâtre privilégié de vos agissements liberticides : Erwan Seznec explore les multiples voies de l’intimidation et de la censure par lesquelles vous parvenez à museler le débat intellectuel dans sa propre maison (pages 56-57 Les petits maîtres censeurs).

Chères générations futures, vous vitupérez le monde que nous allons laisser à nos enfants, comme l’a résumé l’ami Zemmour, nous devrions nous inquiéter des enfants que nous laissons à ce monde. Certes, faute d’héritiers de rechange, nous sommes bien obligés de faire avec vous, inhéritiers ingrats. Et même de vous aimer, ce qui nous place sans cesse devant la fameuse injonction contradictoire. D’ailleurs, peut-être que tous nos malheurs viennent de là. Vous auriez dû m’objecter depuis longtemps que tout est de notre faute. De fait, rien de tout cela ne serait arrivé si, au lieu de vous choyer et de vous écouter, nous vous avions fait le cadeau de vous éduquer.

Vu en Amérique... Bientôt en France

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Face au COVID-19, Macron promet de ne plus être grippe-sou

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Alors que les bourses plongent, le Président a appelé hier soir à la mobilisation générale, lors d’une efficace allocution télévisée. 12 millions d’écoliers resteront chez eux lundi. Le scrutin de dimanche est maintenu. Face à l’épreuve sanitaire, Macron assure l’ensemble des Français et les services de santé de son soutien, quoi qu’il en coûte. 


Ce qui est intéressant avec Emmanuel Macron, c’est que cet homme à la tête de la France reste un inconnu pour la plupart de ses concitoyens. De lui, ils s’attendent à tout, à défaut d’en attendre grand-chose. Mais ils gardent à l’esprit qu’il peut les surprendre.

Ainsi alors qu’il nous a été annoncé jeudi que le président de la République allait parler à la France pour ralentir l’épidémie de coronavirus, les supputations sont allées bon train. Alimentées par un article du JDD, la journée a bruissé de toutes sortes de rumeurs contradictoires : le pays allait-il s’arrêter ? Les élections allaient-elles être reportées? Le président annoncerait-il carrément le recours à l’article 16, soit l’attribution des pleins pouvoirs pour pouvoir faire face à la situation ?

Éloge de l’État providence inédit

Curieux désir d’histoire qui a amené Emmanuel Macron à caresser l’idée de l’usage de l’article 16 pour mettre ses pas dans les chaussures du grand homme de la Vème république, le général de Gaulle ! Ce qui a pu être perçu, c’est que le président de la République voulait faire de la lutte contre cette épidémie un combat épique qui engagerait la nation. Ce qui a pu être perçu, aussi, c’est le désir du politicien en situation d’échec de renouer avec l’homme d’État affrontant la crise. Et c’est exactement le personnage qu’a joué Emmanuel Macron. Et il faut le dire, à ce titre, son discours était plutôt bien pensé et bien conçu, même si, comme à son habitude, le Président n’habite pas sa parole.

A lire aussi, Dominique Reynié: Coronavirus, RN, séparatisme: si les Français ne vont pas aux urnes dimanche…

Il a su avoir immédiatement les mots d’empathie et de reconnaissance nécessaires à l’égard des soignants, comme il a su mettre de l’humain lorsqu’il a évoqué la solitude des personnes âgées ou les difficultés des parents face à la fermeture des écoles. Mais le plus étonnant est l’éloge de l’état-providence à la fin de son discours, très étonnant dans sa bouche. Son allocution télévisée a démontré que ce Président n’a ni doctrine, ni vision. Emmanuel Macron navigue au gré des courants. On ne peut s’empêcher de se demander, si on avait eu droit à une montée exponentielle de la Bourse à la place du coronavirus, s’il ne serait pas en train de démanteler le système pour le livrer au privé au nom de l’opportunité à saisir.

Notre hôpital public à l’heure de vérité

Parce que le problème, c’est qu’en la matière le Président n’a pas toujours fait preuve du même enthousiasme et n’a pas toujours été de ceux défendant la nécessité d’avoir un secteur public non marchand fort… Sans jamais l’assumer, il a toujours poussé à la privatisation. Ne vient-on pas tout juste de stopper la vente programmée d’un des fleurons de notre patrimoine, ADP ? Faut-il rappeler qu’Emmanuel Macron n’est pas pour rien non plus dans la perte des turbines d’Alstom, ce qui fait que l’on perd petit à petit notre maîtrise dans le nucléaire ? Et concernant notre protection sociale, il faudrait reparler du soi-disant reste à charge zéro sur l’optique et la dentisterie, qui aboutit dans les faits à faire porter le surcoût sur le privé (c’est ce que signifie la phrase magique « demander aux Mutuelles de faire un effort »). On pourrait aussi reparler de la démission des 1600 médecins de l’hôpital annoncée le 19 janvier, nous alertant sur la situation dramatique de l’hôpital public.

Depuis la crise des gilets jaunes, le peuple commence à se lasser des grandes envolées lyriques et des engagements forts avec des trémolos dans la voix jamais suivis d’effets. L’homme qui parlait hier soir avec de grands yeux de faon de notre sécurité sociale parait oublier qu’il a utilisé le 49.3 pour faire entériner une réforme de retraites de fort mauvaise qualité, dont personne ne veut et qui a été critiquée y compris par le Conseil d’État.

A lire aussi: La présence embarrassante d’Abd al Malik à l’hommage aux victimes du terrorisme

Certes, il n’est jamais trop tard pour bien faire et ce retournement de situation a tout pour satisfaire la majorité des Français, mais notre Président tient du feu de paille : cela brûle vite et haut mais réchauffe peu et s’éteint vite. Autre nouveauté, le mot « souveraineté ». Souveraineté nationale ? Non, après ce petit moment d’audace, il a vite fallu rajouter souveraineté de l’Europe. Mais quand même. 

La fin de son discours en hommage à l’esprit de solidarité et d’entraide qui caractérise notre contrat social sonnait un peu Conseil National de la Résistance. Foin de la start-up nation et des premiers de cordée ! Quand souffle la tempête, c’est le peuple qu’il faut retrouver et il faut reconnaître que ce discours visait à aller le chercher. Le problème c’est que coup-là Emmanuel Macron l’a fait trop de fois, séduisant avec les mots pour gifler derrière avec les actes, utilisant les circonstances au lieu de prendre la mesure des situations, laissant entendre ce que les gens désiraient pour finalement aller contre leurs intérêts. Il a un passif. Assez lourd.

Un pour tous(se), tous pour un

Il n’en reste pas moins qu’aujourd’hui et pour le temps de la lutte, il a su prendre les décisions économiques qui s’imposaient. Ses annonces ont dû soulager nombre d’entreprises et de salariés inquiets, et les mesures prises pour lutter contre le coronavirus sont censées et réfléchies en l’état actuel des connaissances scientifiques. Sur le désir du gouvernement de faire au mieux, il n’y a guère de doute. On ne peut que saluer le travail du ministre de la santé, Olivier Véran, remarquable de clarté, de pédagogie et d’humilité lors de l’émission spéciale consacrée au coronavirus sur BFMTV le lundi 9 mars.

Alors parce que quand le navire tangue, tout le monde doit être sur le pont, faisons face à l’épidémie aux côtés de notre gouvernement, sans barguigner. Mais une fois la tempête passée, il faudra que ce qui a été décidé un jeudi soir sous le coup de la peur soit tenu. Que l’hommage rendu au secteur non marchand et à l’investissement public ne soit pas oublié, que l’on arrête de vendre ou de casser nos fleurons et que l’on continue à parler de souveraineté. Il ne faudrait pas qu’une fois encore, ne sentant plus le vent du boulet, le président de la République ne retombe dans son narcissisme hautain!

Bobigny: ce qui est reproché à Lagarde

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Ses récentes interviews frôlent l’énervement, Jean-Christophe Lagarde perd son sang froid quand on lui parle de la parution du livre d’Eve Szeftel Le maire et les barbares. Clientélisme, copinage avec le gang des barbares… un dossier chargé.


Suite à la publication du Maire et les barbares, Jean-Christophe Lagarde a déclaré : « Il y a toujours des imbéciles pour croire aux manipulations ». Brandir le « complotisme », un paratonnerre aux questionnements légitimes d’un livre ? Ce n’était même pas nécessaire… Coup de bol pour le chef de l’UDI, la parution fracassante d’Albin Michel a eu lieu la semaine de l’affaire Griveaux.

Eve Szeftel – dont vous pourrez lire un entretien dans les colonnes de Causeur lundi – livre une enquête fouillée et pleine de réflexions, fruit de ses rencontres aux abords de l’hôtel de ville de Bobigny. Coup de tonnerre dans la préfecture du département le plus pauvre de France : la municipalité aurait bien pactisé avec les barbares, cet épouvantable gang de voyous responsable de la séquestration et du meurtre du jeune Ilan Halimi en 2006 !

Tout commence par un tract

Eve Szeftel prenait en juin 2014 ses fonctions au bureau de l’Agence France Presse (AFP) de Seine-Saint-Denis, trois mois seulement après que Bobigny, bastion historiquement communiste, ne tombe aux mains de l’UDI (Centre droit). Rapidement, elle enquête sur le profil de ces nouveaux arrivants à la mairie.

C’est un tract placardé aux quatre coins de Bobigny dans la nuit du 3 au 4 juin 2014, qui lance la journaliste de l’AFP sur différentes pistes. « La mairie de Bobigny a embauché Al-Qaida » mentionne carrément le document. C’est un peu gros, mais reste qu’effectivement, le gang des barbares semble avoir un pied dans les bureaux municipaux. Plus son enquête avance, plus des membres de la mairie se trouvent effectivement liés à des activités frauduleuses voire criminelles. Le gang des barbares, c’est notamment Lynda Benakouche qui le représente. Chargée de mission politique urbaine pour Bobigny, elle est la compagne de Jean-Christophe Soumbou, le complice de Youssouf Fofana qui, lui, est incarcéré pour séquestration, barbarie et meurtre sur le jeune Ilan Halimi à Bagneux en février 2006.

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Selon Eve Szeftel, le grand marionnettiste de toute l’histoire n’est autre que Jean-Christophe Lagarde, ancien maire de Drancy, commune limitrophe à Bobigny, président de l’UDI et député de la 5e circonscription de Seine-Saint-Denis. Pour arriver au pouvoir dans cette municipalité, son parti use de procédés clientélistes et s’approprie l’approche tolérante-indigéniste habituellement courante à gauche, pour mieux faire tomber l’étiquette PC de la ville. La démocratie à Bobigny se déconstruit alors au profit d’une voyoucratie et d’un communautarisme assumé.

Pour consolider son statut de député et élargir une base électorale fragile, Lagarde devait faire basculer coûte que coûte la préfecture de Bobigny à droite. Eve Szeftel nous décrit ses méthodes par le menu et dresse la liste des personnes impliquées de près ou de loin dans l’affaire. Leur point commun ? Leur relation avec le député de la 5e circonscription, pardi ! Ainsi, Christian Bartholmé, collègue de M. Lagarde à la mairie de Drancy. Ou Kianoush Moghadam, cador de la cité Paul Éluard. Ou encore Abdeslam Berrouane, membre de l’association des musulmans de Bobigny. Ils auront à eux trois plus de pouvoir que le maire Stéphane de Paoli en personne.

Voyoucratie et communautarisme

Chacun des membres de la municipalité a son rôle et son importance. Mme Benakouche, égérie de l’affiche officielle de la liste « Rendez-nous Bobigny », voilée, et Kianoush Moghadam matérialisent à deux ce pacte entre le gang et la mairie. Abdeslam Berrouane, quant à lui, fait le lien entre le maire et les musulmans de Bobigny.

Capture d'écran youtube avec de gauche à droite Sabrina Saïdi, Christian Bartholmé et Lynda Benakouche.
Capture d’écran Youtube avec de gauche à droite Sabrina Saïdi, Christian Bartholmé et Lynda Benakouche.

La clef du succès électoral de l’UDI à Bobigny, c’est l’associatif. Jean-Christophe Lagarde distribuera plus de la moitié de sa réserve parlementaire entre 2010 et 2014 à des associations musulmanes de Bobigny : parmi elles, une salle de fitness non-mixte financée indirectement par la mairie, une mosquée à tendance salafiste… le tout, en flattant parfois le mérite des enfants d’immigrés et en prônant un discours type décolonial et indigéniste. Si certaines de ces associations ne sont plus en activité, l’association culturelle des musulmans de Bobigny touchera 80 000€. M. Lagarde est bienveillant ! Une fois les cités et les musulmans de Bobigny dans la poche, Stéphane de Paoli, candidat UDI en 2014 remporte la victoire électorale.

Bobigny comme tant d’autres…

La couleur était annoncée, et une fois l’UDI aux commandes la situation se détériore encore : clientélisme, intimidations au sein même de la mairie et violences pour lesquelles Christian Bartholmé et Kianoush Moghadam comparaissent devant la justice. En 2014, après la diffusion du fameux tract, l’hebdomadaire Marianne avait dévoilé l’enregistrement pirate d’une réunion plus que musclée où le premier adjoint et Moghadam menacent de mort une élue qu’ils soupçonnent d’être l’auteur du fameux tract.

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Ayant postulé en Seine Saint-Denis après dix ans au siège parisien de l’AFP, Eve Szeftel confie avoir voulu confronter à la réalité ses préjugés sur les banlieues. Elle n’est pas déçue du voyage. Son aventure n’a fait que grossir les traits d’une caricature tristement vraie. Le Maire et les barbares n’invente rien et nous met en garde. Ailleurs aussi, le communautarisme subventionné, le clientélisme et l’encouragement des discours antirépublicains gagnent élus et agents municipaux. Lynda Benakouche est toujours en poste à Bobigny et est même en passe de devenir fonctionnaire, malgré toutes les accusations portées contre elle. Un jalon posé dans la dangereuse islamisation de la vie politique. Le bafouement démocratique balbynien raconté par Szeftel nous montre des élus locaux pactiser avec des figures anti-juives, alors que les figures nationales du même parti font mine de s’inquiéter de la montée de l’antisémitisme.

Si l’on devait toutefois trouver des circonstances atténuantes pour l’UDI de M. Lagarde, être à la tête d’une ville n’implique pas de gouverner sans les particularités des citoyens. Bobigny n’est d’ailleurs pas n’importe quelle ville… Eve Szeftel décrit une situation qui dépasse la volonté d’un seul homme. Lagarde ne fait qu’appliquer un système de gouvernance efficace et répandu dans les banlieues, probablement considéré comme unique moyen de conserver dans ces zones de violences physiques et idéologiques une présence républicaine. À une logique démographique répond une logique politique.

Depuis la sortie de l’ouvrage, Jean-Christophe Lagarde annonce vouloir porter plainte contre la journaliste de l’AFP et l’hebdomadaire Le Point qui accole une photo du député à sa une « Ces élus qui ont vendu leur âme ». Aucune plainte n’a encore été déposée.

Le maire et les barbares

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Un peu de Cioran à la sauce coronavirus


Le billet du vaurien


Les religions me répugnent par leur acharnement à justifier à tout prix l’illégitime : l’aspiration à la vie. Le coronavirus n’a au moins pas cette prétention.

Il me semble évident que le vœu secret de tout homme soit la disparition de tous. Le destin latent de tout individu est de haïr ses semblables. Le coronavirus nous dispense de ces bisous ridicules à chaque rencontre.

Pour celui qui ne sait plus se réjouir naïvement d’une banalité, la vie perd toute saveur. Le coronavirus nous sauve de l’illusion que seraient censés provoquer les voyages, cette fuite hors de soi.

Rien n’effraye plus l’homme que le temps pur. Le coronavirus lui donne l’occasion de l’expérimenter.

Le coronavirus est la négation même du Progrès et de ses chimères, notamment de la globalisation et de cette arnaque qu’on nous vend comme le vivre-ensemble.

Une chose est sûre : la vie n’a aucun sens. Mais une autre l’est plus encore : nous vivons comme si elle en avait un. Le coronavirus nous permet de revenir à l’essentiel.

Le coronavirus nous astreint à nous tenir dans le temps, plus oisif que Dieu avant la Création en imaginant et parfois en atteignant la limite absolue de l’inutilité.

Dans les villes, nous rencontrons la mort dans les yeux des passants. Ils semblent ignorer que la vie et la mort sont dans le fond aussi insupportables l’une que l’autre et qu’il n’y a aucune raison de privilégier la première et de désavouer la seconde. Le coronavirus nous enseigne à accepter notre fin par surprise. Il est triste que l’homme n’ait qu’un seul espoir : retrouver l’espoir. Son châtiment sera d’autant plus atroce.

Sur ces bonnes paroles, n’oubliez pas de vous laver les mains !

Confession d'un gentil garçon

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L’exécutif aurait bien pu annuler l’élection


Emmanuel Macron et Edouard Philippe ne l’ont pas fait, et c’est tant mieux. Analyse.


Une psychose coronavirus balbutiante en France a conduit l’exécutif à s’interroger sérieusement sur la possibilité de reporter les élections municipales prévues les 15 et 22 mars. Les élections auront bien lieu et c’est tant mieux.

Un report aurait été techniquement faisable. Une telle hypothèse n’est pas prévue par le code électoral. Pour être mise en œuvre, elle aurait nécessité un certain bricolage juridique.

Vote d’une loi en urgence

En premier lieu, une loi pouvait être votée. La loi prévoit que les élections municipales se tiennent en mars. Le législateur pouvait donc très bien, en urgence, modifier la loi pour prévoir une nouvelle date. Sous réserve des contraintes techniques imposées en la circonstance : solliciter l’avis du Conseil d’État, déposer un projet de loi et réunir les 2 chambres afin qu’elles votent…

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Promulguer un décret

En deuxième lieu, le décret convoquant les électeurs aurait pu être modifié et prévoir un report des élections de quelques semaines et, quand bien même il aurait été à la limite de la légalité, l’invocation de circonstances exceptionnelles aurait pu constituer un fondement juridique suffisant.

Recourir à l’article 16 et aux pouvoirs exceptionnels

En troisième lieu, l’hypothèse assez surréaliste et saugrenue d’un recours par le Président de la République à l’article 16 de la Constitution pouvait aussi juridiquement tenir. Quand bien même une telle solution est réservée aux cas dans lesquels l’intégrité du territoire et l’indépendance de la nation sont menacés, ce qui n’est manifestement pas le cas, une telle décision n’est susceptible d’aucun recours. Elle pouvait donc théoriquement être mise en œuvre. Politiquement, en revanche, et compte tenu du contexte actuel, cela serait absurde et démocratiquement épouvantable.

Enfin, des reports partiels, limités aux zones les plus touchées, auraient pu être mis en œuvre localement, en application de la théorie des circonstances exceptionnelles. 

Pourtant la question des élections municipales ne saurait s’apprécier uniquement d’un point de vue strictement juridique. Au-delà d’une base juridique, un report des élections nécessite une légitimité démocratique. Il faut un consensus national. Il n’existait pas.

L’ensemble des partis politiques était hier unanime sur la nécessité de maintenir ce rendez-vous démocratique. Le Sénat, représentant des collectivités territoriales, refusait toute idée de report. Aucune enquête d’opinion réalisée auprès des Français n’est venue démontrer une volonté de report. 

L’élection sera-t-elle délégitimée ?

Si 16% des Français ont indiqué renoncer à se déplacer, on peut considérer que l’invocation d’une épidémie constitue aussi l’alibi pour certains électeurs qui, coronavirus ou non, ne seraient pas allés voter de toute façon. L’abstention sera peut-être un facteur à suivre, mais l’idée qu’elle fausse le scrutin apparaît peu probable. Rappelons qu’en 2014, 34% des électeurs avaient boudé les urnes. Il n’y avait pas d’épidémie à l’époque ni même de psychose liée aux attentats.

A lire aussi, Dominique Reynié: Coronavirus, RN, séparatisme: si les Français ne vont pas aux urnes dimanche…

Si la santé publique est un enjeu non négligeable, en démocratie, voter est primordial. La continuité démocratique de la nation ne saurait être bradée. Il convient en la circonstance de ne pas opposer protection de la santé publique et droit de vote, mais de les concilier. Des mesures barrières sont mises en place (gel hydroalcoolique, masques, gants) et les bureaux de vote sont aménagés pour faire face à cette situation inédite. La situation est sérieuse certes, mais aller à l’isoloir ne signifie pas aller à l’abattoir.

Relativiser le danger

Aucun scientifique n’a indiqué qu’aller voter constituerait un danger mortel. Au demeurant, se déplacer une heure dans un bureau de vote est-il plus dangereux que d’aller faire ses courses, aller au restaurant ou prendre les transports en commun, activités qui ne sont pas proscrites ?

La question du report semble avoir été tranchée par le Président de la République. À tout le moins pour le premier tour.

Il aurait été inutile d’ajouter une confusion politique qui, malgré la gravité de la situation, ne s’impose pas.

Enfin faire du handicap une priorité!


Tribune


Il est des causes publiques qui reviennent, inexorablement et sempiternellement, tels des rochers de Sisyphe, dans le débat politique sans qu’aucun décideur ne s’en empare avec efficacité. Il y a quinze ans déjà, en 2005, le handicap, considéré jusque-là comme devant faire l’objet d’une politique d’intégration (« il revient à la personne handicapée de s’intégrer dans la société »), devenait une politique à part entière d’inclusion, avec ce changement de paradigme : c’était enfin à la société elle-même de s’adapter aux personnes par l’accès aux droits, l’accessibilité. L’objectif annoncé à l’époque – permettre à notre pays de s’adapter et d’inclure nos compatriotes en situation d’handicap en dix ans – sera profondément remis en cause par le quinquennat Hollande. Le coup de grâce viendra à cet égard en 2015 lorsque les principes généraux de la loi du 11 février 2005 seront foulés aux pieds par les contraintes budgétaires, le ministre de l’économie, Emmanuel Macron, arguant du fait que les caisses sont vides tout en utilisant la manne du financement du handicap pour ses derniers arbitrages budgétaires.

Élu Président, le même Emmanuel Macron multipliera les mesures vexatoires pour les personnes handicapées : loi Elan qui réduit les logements accessibles aux handicapés, barèmes de la CAF réduisant l’Allocation Adulte Handicapé (AAH), CSG sur les pensions d’invalidité, PCH (prestation compensatoire handicapé) réduite… La première partie du quinquennat fut bien sombre pour les personnes handicapées en France (on en retrouva d’ailleurs dans les cortèges des manifestants et des gilets jaunes). Plus récemment, le gouvernement a décidé de revaloriser l’AAH et de mettre en place d’autres mesures, mais il ne fait que restaurer la situation d’avant 2015 et tenter de revenir sur la malheureuse séquence 2015-2018 ; où est la grande ambition pour la politique du handicap dont se targuent les décideurs publics ? En réalité, à l’aune des objectifs de 2005 et des difficultés pratiques rencontrées par les personnes en situation de handicap, il y aurait une politique plus cohérente à mener, soucieuse tant du bien être des handicapés que des équilibres financiers de l’État.

Le premier sujet est celui des infrastructures et du logement. Nos infrastructures de transport, souvent vétustes, ne sont pas adaptées aux personnes en situation de handicap : un grand plan d’infrastructures digne de ce nom doit comporter un effort massif en termes d’accessibilité. Dans le même cadre, la redéfinition de la politique de logement social doit donner la priorité aux personnes en situation d’handicap. On pourrait prévoir également la construction de centres d’accueil pour handicapés, au moins un par département.

Le second concerne la refondation de l’Allocation Adulte Handicapé. Elle doit être portée à 1000 euros (ce qui était l’ambition en 2005 – nous sommes à 900 euros) en liant son financement avec les obligations sur le marché du travail. Aujourd’hui la règle est celle de l’obligation faite aux entreprises de plus de 20 salariés d’avoir au moins 6% de personnes en situation d’handicap ; il faudrait porter l’obligation à un objectif ambitieux de 10% pour les entreprises de plus de 100 salariés. Tout en souhaitant que cette obligation soit remplie, son non-respect (qui entraine une contribution financière) financerait l’augmentation de l’AAH, qui ne couterait donc rien à l’État.

Le troisième volet de nos propositions pour le handicap concerne l’école et l’éducation. On rappellera l’importance de la formation des personnels : nous demandons ainsi la formation obligatoire (DEAES) des auxiliaires de vie scolaire (Accompagnant éducatif et social diplômé ESH) avant leur entrée en fonction. Par ailleurs, il faudrait motiver les enseignants accueillant des élèves handicapés dans leur classe par une prime spécifique. On citera enfin une politique culturelle (entrée dans les musées par exemple) qui devrait s’adapter aux personnes en situation de handicap (tarifs spécifiques) et des réflexions sur la retraite anticipée pour certains handicapés.

Aujourd’hui en France le handicap est considéré comme un problème alors qu’il pourrait être vu comme une richesse, une force pour l’ensemble de la société, permettant l’apprentissage de la tolérance, de la solidarité et de l’altérité.

Il y a un manque de dialogue entre le monde politique et les handicapés, qui souffrent d’incompréhension. Ce ne sont pas de vagues grands plans annoncés avec cynisme qui changeront cette perception, mais bien un effort continu de la société et des pouvoirs publics pour s’adapter.

David Gall, candidat à la mairie de Donville
Jacques Condat, Président de Liberté Accessibilité Handicap et ancien membre de European Disability Forum à Bruxelles
Sébastien Laye, Porte-Parole de Réconciliations !

L’islamisme est-il soluble dans la technocratie?


Le rôle que souhaite prendre l’association musulmane pour l’islam de France (AMIF) nourrit de légitimes craintes.


L’islam – non pas simplement « en France » mais – « de » France est décidément « en marche ».  Une nouvelle étape vient en effet d’être franchie vers sa constitution, en la forme d’une tribune, parue il y a quelques jours dans Le Monde et co-signée par les dirigeants du Conseil Français du Culte musulman (CFCM) et Hakim El Karoui, fondateur de ce qui est aujourd’hui l’incarnation de l’islam de France, l’AMIF (association musulmane pour l’islam de France).

Séparatisme ? L’entrisme, voilà l’ennemi !

La tribune CFCM-El Karoui / « islam de France » n’est que le troisième jalon posé ces dernières semaines par le président Macron vers la constitution d’un islam de France, en collaboration avec les islamistes. La première étape a été le discours d’Emmanuel Macron à Mulhouse du 18 février sur la stratégie du gouvernement contre ce que le président nomme le « séparatisme islamiste » (le chef de l’Etat s’était bien gardé de dénoncer l’entrisme qui représentait pourtant un danger plus grand encore que le séparatisme, on comprend maintenant pourquoi), annonçant que l’Etat avait notamment demandé au CFCM de formuler des propositions dans cet objectif. Le deuxième jalon a été posé avec les déclarations du ministre de l’intérieur Christophe Castaner le lendemain sur France Inter annonçant qu’Hakim El Karoui devait « faire partie des acteurs » impliqué dans le projet de lutte contre le séparatisme islamiste présenté par Emmanuel Macron à Mulhouse, et que le ministère de l’intérieur avait fait en sorte qu’il se rapproche du CFCM à cette fin. Voici enfin la troisième étape, l’annonce de la création d’une nouvelle structure par Hakim « islam de France » el Karoui et les dirigeants du CFCM.

Pour Hakim El Karoui, le vrai danger, le seul, c’est le salafisme, et avec lui l’influence financière des pays du Golfe et de l’Arabie Saoudite…

La tribune n’est pas toujours d’une grande clarté. Mais il y a quelques éléments à en retenir.

D’abord sur le principe même de l’implication d’Hakim El Karoui et les conséquences qu’il convient d’en tirer. Auteur de deux rapports pour l’institut Montaigne, en 2016 et 2018, ainsi que de l’islam, une religion française (Le Débat Gallimard, 2018), Hakim el Karoui, normalien, ancien directeur de la banque Rothschild ayant occupé plusieurs fonctions de conseiller au niveau politique, est conscient du fait que les Frères musulmans sont, au même titre que les salafistes, des fondamentalistes. Il reconnaît même leur volonté d’être influents sur les musulmans comme sur le pouvoir politique et sait que leur « discours de modération » a pour but de les positionner comme interlocuteur incontournable. Nonobstant, el Karoui minimise la portée de leur projet « tamkine » de conquête de l’Europe. Estimant qu’il s’agit « plus d’un vœux pieu que d’un complot », il leur fait même la courte échelle : son AMIF regroupe en effet un nombre certain de personnalités qui se retrouvent dans l’infographie très complète élaborée par le collectif de militants laïques « Lieux Communs » de ce qu’ils ont appelé « la galaxie des Frères musulmans en France ». Ainsi notamment de Tareq Oubrou, Mohamed Bajrafil, Azzedine Gaci, Abdelghani Benali, Farid Abdelkrim, Abdelhaq Nabaoui. Pour Hakim El Karoui, le vrai danger, le seul, c’est le salafisme, et avec lui l’influence financière des pays du Golfe et de l’Arabie Saoudite notamment. Tout cela est vrai mais n’enlève rien au péril que représentent les Frères musulmans, leur entrisme, leur discours « pour le moment » républicain, application parfaite de la « charia de minorité » de Youssef Al Qaradawi, leur autorité théologique suprême.

Emmanuel Macron pourrait se brûler les doigts

Que l’État donne aux Frères les moyens de structurer les Français musulmans dans le but d’avoir un interlocuteur politique (mais aussi dans l’espoir d’obtenir un vote musulman bloqué en sa faveur) laisse pantois. Comment Emmanuel Macron peut-il croire qu’il est en position de négocier un accord de long terme avec une Confrérie des Frères musulmans gigantesque, très influente, extrêmement riche, et toute entière construite sur la haine du modèle culturel occidental en général et français en particulier ? Comment ce président qui affirme lutter contre le séparatisme, peut-il le parachever dans l’espoir de le mettre à son service ? Emmanuel Macron ne voit-il pas qu’il a en réalité enclenché une infernale mécanique victimaire et revendicative ?

Chaque fois qu’un musulman voudra aller à la Mecque, manger hallal, ouvrir une salle de prière ou faire quoi que ce soit en relation avec son culte, il sera renvoyé vers cette nouvelle structure…

Deuxième enseignement : le fait que le Marocain Mohamed Moussaoui ait succédé au Turc Ahmet Ogras à tête du CFCM, montre que le gouvernement français – quoiqu’en dise Emmanuel Macron à Mulhouse quand il vilipende les financements étrangers – n’entend pas sortir totalement le vieil islam consulaire de la partie. La tribune CFCM-Hakim El Karoui suggère ainsi que les seuls financements étrangers problématiques, à « interdire », sont ceux « provenant de personnes ou d’Etats qui s’inscrivent en dehors des accords traditionnels et historiques avec les pays dont le lien sociologique avec la France est avéré et ancien ». Cette phrase un peu alambiquée peut signifier que les financements maghrébins demeureraient licites, alors que ceux des théocraties du golfe ou de la Turquie ne le seraient plus.

Concernant les financements dont bénéficiera la nouvelle structure, la tribune évoque des dons et legs mais également des taxes qui seront levées sur le halal et le hadj (pèlerinage à la Mecque), taxes qui requerront une absolution légale. Apparaît ici une collaboration avec l’Etat qui va dans le droit fil de ce qu’a annoncé Emmanuel Macron à Mulhouse : le principe de laïcité interdisant à l’Etat de s’occuper lui-même de la formation des imams, de la gestion du culte musulman et tout ce qui va avec la communautarisation globale des musulmans, l’Etat va donc en charger le CFCM. Chaque fois qu’un musulman voudra aller à la Mecque, manger hallal, ouvrir une salle de prière ou faire quoi que ce soit en relation avec son culte, il sera renvoyé vers cette nouvelle structure – gérée par le CFCM, ses fédérations pour beaucoup islamistes, ainsi que l’AMIF et ses amis proches des Frères musulmans – dont l’Etat s’assurera qu’elle dispose des financements ad hoc.

Une démarche au mieux inopérante

La composition de la structure nouvellement créée reste cependant assez floue et laisse perplexe. Le CFCM et les diverses fédérations musulmanes qui le composent (au sein desquels se retrouvent des entités islamistes telles que les Frères musulmans à travers l’UOIF, les Frères turcs représentés par le Milli Görüs et le Tabligh) ne disposeront – ô surprise – que d’un tiers des sièges, ce qui les prive de tout pouvoir de décision. Des « personnalités indépendantes » (qui ? d’où viennent-elles ? Indépendantes par rapport à quoi ou qui ?) seront majoritaires au conseil d’administration. Comment cette nouvelle usine à gaz pourra-t-elle fonctionner ? On peine à imaginer que tout ce beau monde, fondamentalistes compris, participera au « travail culturel et théologique », dans un objectif de « lutte contre l’extrémisme et la violence commise au nom de l’islam » comme les signataires de la tribune s’y engagent.

La réalité est que le gouvernement ne veut pas comprendre qu’il est aux prises avec des logiques totalitaires et que ses finasseries politiciennes ne pèseront pas sur les stratégies islamistes en cours ni ne les enrayeront. Au mieux, elles seront inopérantes, au pire, elles accélèreront le séparatisme islamiste. Comme l’a indiqué le professeur Bernard Rougier, auteur de Les territoires conquis de l’islamisme (PUF, 2020) lors de son audition par la commission « combattre la radicalisation islamiste du Sénat » le 17 décembre 2019, tous les fondamentalismes musulmans « se retrouvent quand il s’agit de se définir par rapport et en opposition à la société française. (…) Une dialectique s’instaure entre ces groupes : on s’aperçoit que le Tabligh prépare souvent le terrain au salafisme, notamment pour ceux qui sont en quête d’une « science » plus forte et plus convaincante, qui donnerait plus de place aux textes – les hadith – et moins aux personnalités – les cheikhs. Quand le Tabligh est présent dans une mosquée, il y a de très fortes chances pour que, quelques mois ou années plus tard, les salafistes aient pris leur place. C’est presque mécanique. »

La seule question qui mérite d’être posée est la suivante : jusqu’où est-il déjà trop tard ?

Les territoires conquis de l'islamisme

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La présence embarrassante d’Abd al Malik à l’hommage aux victimes du terrorisme


Le rappeur était invité de la première journée d’hommage aux victimes du terrorisme. Dans son édito, le directeur de Charlie Hebdo Riss s’en offusque.


La nouvelle devise de Macron : liberté, égalité, diversité…

C’est pourquoi il a choisi Abd al Malik pour prendre la parole lors de la journée d’hommage aux victimes du terrorisme.

Place du Trocadéro, Emmanuel Macron a fait un beau discours. Rien n’y manquait. Ils ont voulu nous faire peur et nous n’avons pas eu peur… ils ont voulu nous diviser et nous sommes plus unis que jamais… Mais, pour l’avoir écouté, il ne nous semble pas qu’il ait dit, qui étaient ces « ils »…

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On sait que le président de la République est adepte du « en même temps ». Et donc en même temps qu’il dénonçait le terrorisme, il a envoyé un message d’amitié à tous ceux qui pourraient se sentir visés par un amalgame assez logique.

Le rappeur Abd al Malik, le 11 mars 2020, au Trocadéro. Image: capture d'écran YouTube
Le rappeur Abd al Malik, le 11 mars 2020, au Trocadéro. Image: capture d’écran YouTube

Dans ce but il a demandé à Abd al Malik de prendre la parole à ses côtés. Abd al Malik est rappeur et écrivain. Il y a de cela quelques années il s’est converti à l’Islam. Régis Fayette-Mikano est alors devenu Abd al Malik. En même temps (continuant sur cette lancée) qu’il chante il écrit. Voici deux titres, parmi les plus intéressants de ses ouvrages : Qu’Allah bénisse la France et Les musulmans au secours de la République !

Riss étonné

Question bénédiction, il est évident qu’Allah avait la tête ailleurs si l’on juge par les attentats commis en son nom en France. Quant à la République, elle attend toujours les bataillons de musulmans supposés se mobiliser pour la sauver. Et comme sœur Anne, elle ne voit rien venir.

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Riss, le patron de Charlie Hebdo, a trouvé très singulier la présence d’Abd al Malik à la cérémonie. Les dessinateurs assassinés de son journal n’avaient pas été bénis par Allah. Et les frères Kouachi, musulmans, ne sont pas venus à leur secours.

Riss fait également remarquer que s’agissant de la tuerie perpétrée dans son journal, Abd al Malik, pétri de bons sentiments, a déclaré qu’il était un fervent partisan de la liberté d’expression. Mais qu’en même temps (difficile d’y échapper) les caricatures de Charlie Hebdo avaient nourri « l’islamophobie et la haine contre les musulmans »…

Une autre phrase du très complexe rappeur écrivain est à relever tellement elle est limpide. « La liberté d’expression est nécessaire. Mais il y a ceux qui l’exercent et ceux qui la subissent » ! Subir est en effet une douloureuse souffrance. Les frères Kouachi ont beaucoup subi…

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Islamophobie: Intoxication idéologique

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Le parti du meme

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pepe grenouille internet memes
Pepe la grenouille, Manifestation à Hong Kong, décembre 2019. Auteurs : Aidan Marzo / SOPA Images/Sipa U/SIPA. Numéro de reportage : SIPAUSA30193128_000001

 


La « Coupe de France de memes » réunit 75 000 internautes. L’occasion d’expliquer ce que sont les « memes » et autres « neurchis » pour la « génération Facebook ».


 

Alors que certains se passionnent pour la Ligue des champions ou attendent déjà les premières percussions de Roland Garros – autant d’événements qui risquent de pâlir à cause du coronavirus – les écumeurs de Facebook, à commencer par les 15-25 ans, se prennent de passion pour la « coupe de France de memes », suivie par près de 75 000 internautes.

Que sont les memes ? Pour faire court un meme est une image détournée dans un autre contexte et souvent accompagnée d’un texte ou d’un sous-texte. Le meme, souvent composé d’une image et d’un texte d’introduction, illustre une situation quotidienne, politique ou historique grâce à un dessin ou à une photo détournée.

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Ces memes, on les trouve à la pelle dans des groupes que l’on appelle des « neurchis » (« chineurs » à l’envers) et qui ont chacun une thématique bien particulière. Un neurchi « OSS 117 » détournera par exemple exclusivement des plans ou des répliques de la comédie d’Hazanavicius et de Jean Dujardin. C’est ainsi que naissent des stars digitales à l’instar du célèbre Joe Kovic qui sévit sur plusieurs de ces groupes en levant chaque fois une ondée de rires digitaux.

Le meme et la politique

Comme tous les arts, celui du meme confine parfois à l’expression politique. Le groupe « neurchi d’OSS 117 » donne lieu à de nombreuses controverses sur l’engagement politique du film : dénonce-t-il le mâle blanc ou le célèbre-t-il avec une figure maladroite mais faisant toujours triompher le Bien ? Le film est-il diversitaire ou se moque-t-il au contraire des minorités qui se vexent d’un rien et ayant la nostalgie d’une liberté de ton révolue ?

Le meme est si politique que ceux qui en font profession l’utilisent déjà dans leurs campagnes.

Pepe fait de la résistance

Le meme trouve d’ailleurs son origine chez Pepe la grenouille, une figure fictive de bande dessinée qui s’est rendue célèbre lorsqu’elle a massivement été utilisée par les soutiens de Donald Trump en 2017, en particulier sur le site d’alt right 4chan où des internautes s’échangent des images de toute nature. Le « Trumpepe » prend son essor sur la toile jusqu’à ce que Donald Trump lui-même partage en octobre 2015 une image de Pepe devant un podium présidentiel. En septembre 2016, son fils en publie un autre, suscitant une réaction de l’équipe de campagne d’Hillary Clinton qui publie un article dénonçant Pepe comme un symbole suprématiste intitulé « Cette grenouille est plus sinistre que vous ne le pensez ».

Le meme est-il « populiste » ?

Les valeurs des membres les plus actifs de 4chan ou Reddit sont souvent conservatrices. En France, certains comptes de memes affichent clairement une teinte politique anti-élites, à l’instar du groupe « BFMemes », qui se gausse de BFM, du gouvernement Macron et de son service après-vente médiatique supposé. Malgré l’association du meme a un imaginaire « populiste » – ce qui s’explique en partie par le fait que les élites ne veulent plus rigoler de grand-chose –, Michael Bloomberg avait même tenté de se positionner sur cette vague en s’offrant pour sa campagne les services de gros « memeurs », notamment sur Instagram.

A lire ensuite: Et ta sœur, elle est « genderfluid »?

Inversement, le meme est devenu un moyen d’expression pour les délaissés de la mondialisation et les gilets jaunes du monde entier qui s’unissent pour tourner en dérision, par l’image, les élites mondialisées : le rire politique n’est pas nouveau, mais celui-ci se rend accessible aux plus démunis.

Comme si, après le règne d’images consensuelles destinées à soutenir une idéologie lénifiante, le meme s’avérait être le jumeau maléfique et trash, né de la possibilité de fabriquer son propre contenu médiatique grâce à Internet.

Le rire, disait Romain Gary, est l’arme des faibles. Peut-être faut-il comprendre le meme comme un rire libérateur pour certains, un défrocage des élites pour d’autres, ou tout bêtement un peu d’humour virtuel.

Confession d’un déçu de la nouvelle économie

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Image d'illustration Photo by Proxyclick on Unsplash

Dans la startup nation, après un « échec professionnel », quand on a 40 ans, on est déjà trop vieux pour retrouver un emploi ! C’est pourtant le même âge que le chef tout puissant. Récit un peu désabusé.


Il y a quelques années de cela je décide de quitter mon sud-est natal pour « monter à la capitale »: adieu soleil et chaleur, accent chantant, féria et autres festivités locales.

A moi le métro de la liberté, la Culture, la possibilité de devenir quelqu’un. Et surtout bienvenue dans le monde du digital et des startups. Ce milieu qui m’attire et me fascine, la Silicon Valley à la Française. Ou par des Français. Ou en France.

Six ans après, le bilan est mitigé. Et la passion se mêle à un début d’amertume.

Trop vieux pour ces conneries

L’époque a changé lentement mais durablement, notre pays a connu des secousses, des mondes se côtoient mais ne se comprennent plus. Mais pas les mondes que nous présentent les médias.

Aujourd’hui, j’ai 40 ans et j’ai vécu un échec professionnel. Oui, ce mot qui fait peur alors qu’il est le quotidien de notre existence.

Echec et 40 ans, un constat qui vaut condamnation sur LinkedIn, cet outil qui n’est plus qu’un ouvrage de contes d’une génération pour qui l’expression « levées de fonds » a remplacé « chiffre d’affaires ». Argent, C.A, Bilan, sont autant de mots qu’il ne faut plus prononcer dans une startup. C’est ringard et dépassé.

A lire aussi: Grâce à ce robot du futur, vous ne serez plus en rade de papier toilette

J’ai pu l’expérimenter ces derniers temps, mais chut il faut taire ces choses, tout doit être « bienveillant » pour maintenir l’histoire belle. C’est le fameux storytelling que ces entrepreneurs, un des rares mots du monde d’avant qu’ils affectionnent, adorent pratiquer. Pas moi, alors on se raconte un peu de vécu? Oui.

Elle a beau être inclusive, l’entreprise ne peut pas accepter tout le monde sur le rooftop

Sachez qu’en entretien il faut toujours rester positif, parler d’opportunités même pour des catastrophes humaines (surtout si elles ne nous touchent pas), ne jamais questionner sur le chiffre d’affaire sous peine de provoquer des silences, vénérer notre président Macron, vomir l’ancien monde (même si l’argent de papa maman permet de payer la coloc et les happy hours), ne pas parler de ventes mais de business, ne pas se raser la barbe ou alors avoir une moustache (pour les femmes à vous de voir), suivre les podcasts du CEO & Co Founder, surtout ne pas porter de costard, être fan du regretté Steve et de sa pomme.

Si en plus vous êtes healthy veggie, alors là c’est open bar. Jus détox à volonté.  Bières le vendredi à partir de 18 heures sur le rooftop.

Seul impératif à tout cela, sortir d’une école de commerce ou d’une université bien nommée, et avoir moins de 30 ans. Allez, 35 ans si le quota de 1 sur 10 n’est pas déjà atteint.  Au-dessus de cet âge on pense que « ton profil est hyper intéressant, expérience impressionnante mais le fit avec l’équipe va être compliqué, et les investisseurs souhaitent une top cohérence avec le projet de la boite ».

A lire aussi, Daoud Boughezala: Rien dans le Slip français

Traduction: pas de vieux ici. À 40 ans, pour ce milieu, tu es dans le passé, et c’est mal. Un vêtement vieux est vintage, stylé. Un humain au-dessus de 35 ans en revanche ça craint, pas bon pour le business. Sauf s’il a du cash à donner. Pardon, à investir. Car le véritable objectif pour une grande partie des startups n’est pas le client mais bel et bien d’attirer des investisseurs afin d’être racheté rapido. Tout ceci n’est évidemment pas condamnable, mais la posture (ce mal de notre époque), elle, est critiquable. Une génération vante la liberté totale mais est une des plus stéréotypée qui soit. Elle est pour la tolérance mais ne supporte pas la contradiction, elle scande partout le vivre-ensemble pour mieux vivre entre-soi, elle exige la transparence alors qu’elle ne respire pas toujours l’honnêteté elle-même.

Et moi là-dedans? Je continue mon chemin, rassurez-vous, doucement car l’arthrose et les courbatures, vous savez… En me disant que je ne suis peut-être pas encore trop vieux pour ces conneries.

PS: Au regard de la récente actualité, merci de privilégier les calls vidéos pour toute demande d’entretien. Thx.

L'humeur vagabonde

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Nos enfants terribles

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Greta Thunberg à la Marche pour le climat, Paris, 22 février 2019. © Denis Meyer/ Hans Lucas/ AFP

Purs produits de l’Occident qu’elles vomissent, les générations futures et leurs défenseurs zélés instruisent inlassablement notre procès. De l’apocalypse climatique au racisme, ils nous jugent coupables de tous les maux. Leur monde rêvé, plein d’idées progressistes devenues folles, combine puritanisme et transparence, lynchage et tyrannie des minorités. Bienvenue dans la terreur équitable.


Les adultes ont mauvaise presse. Il ne se passe pas de semaine sans qu’ils soient convoqués devant le tribunal de l’opinion pour répondre de leurs crimes. L’accusation est toujours menée au nom des générations futures, quand elle n’est pas directement assurée par des adolescents récriminateurs, comme l’énervante Greta Thunberg, dont les couettes n’adoucissent pas le regard éternellement courroucé, voire par des enfants éduqués à espionner leurs parents pour s’assurer qu’ils ne font pas « mal à la planète ». Mais au gré des chefs d’inculpation, le rôle du procureur peut aussi bien être tenu par des nonagénaires comme feus Michel Serres et Stéphane Hessel (que l’on traitait il est vrai de « plus jeunes d’entre nous »), par de jeunes comédiennes comme Adèle Haenel ou par les innombrables journalistes qui espèrent peut-être, par leur zèle redoublé, s’attacher les bonnes grâces des dites générations futures pour le jour où elles seront aux manettes de nos sociétés. Que ce jour se rapproche à grande allure a de quoi inquiéter quand on constate les saccages qu’elles ont déjà directement causés et ceux que l’on commet volontairement pour leur complaire, par exemple en truffant nos paysages de ces monstrueuses éoliennes [tooltips content= »Voir notre dossier « Paysages, arrêtez le massacre », du mois dernier. »][1][/tooltips]. On pense aussi à ces honorables professeurs officiant dans des institutions aussi prestigieuses que Normale Sup ou l’École des hautes études en sciences sociales qui, à l’image de bourgeois tentant, sous une dictature communiste, de faire oublier leurs origines par une ardeur prolétarienne sans faille, veulent montrer qu’ils sont dans le vent de l’histoire en truffant leur correspondance de jargon inclusif qui, non seulement défigure la langue, mais la rend incompréhensible.

Il faut ici lever un malentendu et me laver du soupçon d’amalgame. Le terme « générations futures » ne désigne évidemment pas l’ensemble des individus nés depuis les années 1990, il y en a une bonne proportion de fort aimables et civilisés, mais leurs porte-parole et, par association, l’idéologie qu’ils incarnent et l’identité qu’ils portent. Ce n’est pas une question d’âge, mais d’état d’esprit.

Vous faites notre procès

Il existe en effet un lobby de l’avenir, une nébuleuse de la table rase qui ne recoupe que partiellement la population disparate que l’on appelle la jeunesse. Il s’emploie à criminaliser le passé et réclame en conséquence le droit illimité de dénoncer et de condamner. « Vous n’avez pas fait vos devoirs », nous morigène la petite Suédoise. L’occupation principale de ce « parti de demain » n’est pas, comme on pourrait le croire, de s’instruire pour se préparer à gouverner le monde, mais d’instruire inlassablement notre procès. Du patriarcat au réchauffement climatique, du racisme à l’assignation genrée, de la guerre au judéo-christianisme, du secret au mensonge, nous avons inventé tout ce qui empêche les générations futures de marcher comme un seul Homo festivus vers leur avenir radieux. Nous sommes donc coupables. Nous les adultes, nous les Occidentaux, nous les mâles blancs – oui, on défilera peut-être un jour en scandant « Nous sommes tous des vieux mâles blancs ».

À lire aussi, l’édito d’Elisabeth Lévy sur le coronavirus: Médecins sans frontières

En attendant, puisque ces générations futures passent leur temps à nous tympaniser de leurs reproches et que je les ai sous la main, j’ai deux mots à leur dire.

Chères générations futures, autant vous le dire, vous commencez à nous courir sur le haricot.

Remarquez d’abord qu’en dépit de la propagande sur la jeunesse Facebook mondialisée et mobilisée pour la planète, vous êtes pour l’essentiel des produits de cet Occident que vous vomissez. On ne voit pas de jeunes Asiatiques et encore moins de jeunes musulmans dénoncer massivement la culture de leurs ancêtres, ni soumettre leur histoire à un inventaire permanent. Beaucoup ne sont guère portés non plus à la saine autocritique et c’est bien fâcheux. En effet, nous ne vous demandons certainement pas de renoncer à ce qui est peut-être l’invention intellectuelle la plus décisive de l’Europe : la capacité à s’interroger sur soi-même, à se soumettre au jugement critique, à affronter ses démons. Ce que vous exigez de nous, c’est autre chose, une repentance névrotique, un reniement intégral de ce que nous avons été. D’où votre détestation de l’universalisme des Modernes, auquel vous opposez un super-universalisme qui exalte les identités minoritaires et aspire à les réunir dans une alliance de tous les dominés du monde, tout en conspirant à ringardiser, pénaliser et effacer les identités anciennes qui avaient pourtant des vertus, dont celle de résister au temps. Comme le montre Bérénice Levet, à la suite de Chantal Delsol, c’est bien cet universalisme dévoyé qui explique la colère des peuples que l’on nomme populisme.

Certes, nous n’avons pas été parfaits et nos livres d’histoire abondent en récits sur notre ubris de meurtre et notre libido d’oppression. Des premiers capitalistes jusqu’aux trente-glorieusards, nous avons abusé de la planète et de ses ressources comme si elles étaient illimitées, et nous avons érigé la consommation en premier droit de l’homme, ce dont, au demeurant, vous vous accommodez volontiers, une fois votre conscience apaisée par le braillage de quelques slogans et l’achat d’une fanfreluche équitable.

Que les générations demandent des comptes à leurs aînés, c’est une loi de l’espèce. La nouveauté, c’est que vous ne nous reprochez pas seulement nos bassesses, mais aussi notre grandeur. Pour construire le monde inclusif, vous êtes prêts à détruire tout ce qui rendait la vie légère, selon la belle expression de Mona Ozouf, et que nos prédécesseurs ont mis des siècles à bâtir. Au remplacement des générations, aussi cruel que naturel, vous voulez ajouter un véritable grand-remplacement philosophique et culturel.

Soyons honnêtes, nous ne vous avons pas attendus pour saccager notre propre magasin de porcelaine. Si nous avons expulsé l’individu adulte et souverain des Lumières au profit d’un individu-roi capricieux et infantile, si nous avons troqué la liberté des Modernes contre le « c’est mon choix » des postmodernes, ce n’est pas la faute de Greta. Comme l’a fort bien décrypté Muray, le progressisme avait depuis longtemps attaqué les fondations, à savoir les grandes divisions – entre les sexes, entre les générations, entre morts et vivants – qui étaient le lot universel de la condition humaine. Mais vous persévérez dans notre erreur, vous la poussez dans ses ultimes retranchements. En somme, vous avez lancé une nouvelle phase de démolition accélérée.

Progressisme devenu fou

Rien, dans l’édifice baroque que l’on appelle modernité occidentale, n’échappe à votre fureur éradicatrice. La langue est sexiste, la grande culture raciste, l’intimité fasciste, la nation nationaliste, la laïcité blessante et la différence des sexes transphobe. Changement de propriétaire, virez-moi ces vieilleries et tout le reste – la galanterie, le second degré, la controverse, la psychanalyse, les arrière-pensées, la choucroute, les animaux de ferme, les frontières, Balzac, Molière, les talons hauts, les phrases comportant plusieurs subordonnées, chacun complétera à sa guise.

Marche " contre les féminicides, les violences sexistes et sexuelles ", à l'initiative du collectif NousToutes, Paris, 23 novembre 2019. © Elko Hirsch/ Hans Lucas/ AFP.
Marche  » contre les féminicides, les violences sexistes et sexuelles « , à l’initiative du collectif NousToutes, Paris, 23 novembre 2019.
© Elko Hirsch/ Hans Lucas/ AFP.

Nous avions dévoyé le progrès en progressisme. Vous peuplez le monde d’idées progressistes que vous avez rendues folles. Aussi pourrait-on vous qualifier de « post-progressistes ».

Emmanuel Macron l’a bien compris, sur nombre de grands sujets, la querelle n’oppose pas la droite et la gauche, mais le vieux monde et le nouveau – les populistes et les progressistes. Ce qu’on a moins commenté, c’est que cette fracture idéologique se conjugue de plus en plus souvent à une fracture générationnelle. Vous, les générations nées dans le monde numérique (les fameux digital natives), avez adhéré avec beaucoup plus d’enthousiasme que vos aînés, même féministes, à la « révolution #metoo » et à la néo-Inquisition qui s’en est ensuivie. Et vous n’avez pas trouvé de mots assez durs pour celles qui, derrière Catherine Deneuve, Catherine Millet (et votre servante) entendent prendre le risque d’être importunées pour avoir la chance d’être séduites.

On ne s’en étonnera pas, dans l’affaire Griveaux, vous avez été nombreux à vous émouvoir non pas de la diffusion de la vidéo, mais de son contenu – ce qui ne vous empêche pas, paraît-il, de vous adonner massivement au porno, mais ça, vous ne vous en vantez pas sur les plateaux de télévision. Puritanisme et transparence, c’est vous tout craché. Comme l’observe Alain Finkielkraut, inspiré par Milan Kundera (pages 43-45 Le temps passé des temps modernes dans le magazine Causeur de mars), vous êtes des « arracheurs de rideau » – celui qui séparait le privé et le public. Quand « le désir d’apparaître pour être quelqu’un a pris le pas sur le sens de la pudeur », on peut se demander avec lui si l’exhibition permanente que vous pratiquez et exigez de tous ne scelle pas la vraie fin des Temps modernes.

Le résultat, c’est que nombre d’inventions diaboliques qui, il y a quinze ans, semblaient n’exister que par le génie créateur et l’exagération littéraire de Muray, sont désormais notre quotidien : le féminisme policier, la cage aux phobes, la procréation sans sexe, les humains qui ne sont ni hommes-ni femmes, la plage à Paris. Le lynchage comme mode normal de régulation sociale, la tyrannie des minorités susceptibles, c’est encore vous. Et quand il vous arrive de réaliser une bonne action, nous la payons au prix fort. Peut-être votre féminisme revanchard contribue-t-il à neutraliser des prédateurs sexuels, mais si c’est pour les condamner au pilori médiatique, nous n’y avons pas vraiment gagné. Nous avons même perdu un peu de notre âme.

Votre paradoxe universaliste

On ne va pas se mentir, votre rêve est notre cauchemar, notre cauchemar américain. En effet, la plupart des béliers avec lesquels vous défoncez l’un après l’autre les murs porteurs de la culture occidentale en général et républicaine en particulier, vous êtes allés les chercher sur les campus nord-américains, pour les acclimater sous nos cieux. À ce sujet, on lira avec profit la Franco-Américaine Géraldine Smith, auteur d’un livre intitulé Vu en Amérique, bientôt en France.

L’antiracisme universaliste pêchait, dites-vous, par abstraction. Eh bien vous, les nouveaux antiracistes, ne voyez plus que la race – tout en niant son existence, ce qui vous oblige à des contorsions dont vous n’avez même pas conscience – et, par glissement, l’origine, la religion. À l’arrivée, analyse Pierre-François Mansour (pages 62-65 De l’antiracisme au djihad dans le magazine Causeur de mars), en France l’antiracisme a pactisé avec l’islamisme avant de faire sa jonction avec le décolonialisme. En effet, c’est aussi sous votre effarant magistère que la pensée anticoloniale, issue de la modernité, a muté pour engendrer l’indigénisme (ou décolonialisme), qui postule que la domination coloniale, toujours vivante dans les esprits, doit être combattue sans relâche. Il suffit ensuite d’appliquer ce schéma simpliste à toutes les strates de l’identité, le genre, la religion, le rang social, et cela donne l’intersectionnalité des luttes – qui, à en croire les plus dingues d’entre vous, devrait inclure celles des animaux.

Or, en plus de leur anti-occidentalisme originel, ces théories convergent pour le coup vers un même résultat, qui est en quelque sorte leur agenda caché, y compris à vous qui en êtes les propagateurs : toutes sacrifient la liberté, celle des mœurs, qui serait le cache-sexe de l’aliénation, mais surtout celle de penser. Les marxistes méprisaient la liberté bourgeoise – qui est, disaient-ils, celle pour les renards de décimer le poulailler. Pour vous, chers amis des générations futures, « la libre communication des pensées et des opinions », inscrite dans le marbre de 1789 comme l’un « des droits les plus précieux de l’homme », est encore un des masques de l’oppression, permettant d’offenser les faibles et d’insulter le prophète de la religion des pauvres. Collés à vos écrans, vous réclamez en boucle des interdits, des sanctions, des contrôles, des restrictions, des bannissements, des têtes qui tombent. Et bien sûr, vous les obtenez.

Plus grave encore, nous vous avons abandonné l’Université. Que celle-ci soit à l’avant-garde pour transformer vos expérimentations idéologiques hasardeuses en innovations académiques fumeuses est à la fois un crève-cœur et une source de colère. Les textes d’Elliot Savy (pages 66-68 Universités: la révolution culturelle dans le magazine Causeur de mars) et de Louis Vadrot (pages 69-71 Les sous-doués passent l’agreg) regorgent d’exemples de colloques, réunions et autres thèses visant à décoloniser le genre, le sexe, la littérature, la politique, les représentations, et sans doute la décolonisation. Résultat, l’université est devenue le théâtre privilégié de vos agissements liberticides : Erwan Seznec explore les multiples voies de l’intimidation et de la censure par lesquelles vous parvenez à museler le débat intellectuel dans sa propre maison (pages 56-57 Les petits maîtres censeurs).

Chères générations futures, vous vitupérez le monde que nous allons laisser à nos enfants, comme l’a résumé l’ami Zemmour, nous devrions nous inquiéter des enfants que nous laissons à ce monde. Certes, faute d’héritiers de rechange, nous sommes bien obligés de faire avec vous, inhéritiers ingrats. Et même de vous aimer, ce qui nous place sans cesse devant la fameuse injonction contradictoire. D’ailleurs, peut-être que tous nos malheurs viennent de là. Vous auriez dû m’objecter depuis longtemps que tout est de notre faute. De fait, rien de tout cela ne serait arrivé si, au lieu de vous choyer et de vous écouter, nous vous avions fait le cadeau de vous éduquer.

Vu en Amérique... Bientôt en France

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Face au COVID-19, Macron promet de ne plus être grippe-sou

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Emmanuel Macron lors de son allocution le 12 mars 2020

Alors que les bourses plongent, le Président a appelé hier soir à la mobilisation générale, lors d’une efficace allocution télévisée. 12 millions d’écoliers resteront chez eux lundi. Le scrutin de dimanche est maintenu. Face à l’épreuve sanitaire, Macron assure l’ensemble des Français et les services de santé de son soutien, quoi qu’il en coûte. 


Ce qui est intéressant avec Emmanuel Macron, c’est que cet homme à la tête de la France reste un inconnu pour la plupart de ses concitoyens. De lui, ils s’attendent à tout, à défaut d’en attendre grand-chose. Mais ils gardent à l’esprit qu’il peut les surprendre.

Ainsi alors qu’il nous a été annoncé jeudi que le président de la République allait parler à la France pour ralentir l’épidémie de coronavirus, les supputations sont allées bon train. Alimentées par un article du JDD, la journée a bruissé de toutes sortes de rumeurs contradictoires : le pays allait-il s’arrêter ? Les élections allaient-elles être reportées? Le président annoncerait-il carrément le recours à l’article 16, soit l’attribution des pleins pouvoirs pour pouvoir faire face à la situation ?

Éloge de l’État providence inédit

Curieux désir d’histoire qui a amené Emmanuel Macron à caresser l’idée de l’usage de l’article 16 pour mettre ses pas dans les chaussures du grand homme de la Vème république, le général de Gaulle ! Ce qui a pu être perçu, c’est que le président de la République voulait faire de la lutte contre cette épidémie un combat épique qui engagerait la nation. Ce qui a pu être perçu, aussi, c’est le désir du politicien en situation d’échec de renouer avec l’homme d’État affrontant la crise. Et c’est exactement le personnage qu’a joué Emmanuel Macron. Et il faut le dire, à ce titre, son discours était plutôt bien pensé et bien conçu, même si, comme à son habitude, le Président n’habite pas sa parole.

A lire aussi, Dominique Reynié: Coronavirus, RN, séparatisme: si les Français ne vont pas aux urnes dimanche…

Il a su avoir immédiatement les mots d’empathie et de reconnaissance nécessaires à l’égard des soignants, comme il a su mettre de l’humain lorsqu’il a évoqué la solitude des personnes âgées ou les difficultés des parents face à la fermeture des écoles. Mais le plus étonnant est l’éloge de l’état-providence à la fin de son discours, très étonnant dans sa bouche. Son allocution télévisée a démontré que ce Président n’a ni doctrine, ni vision. Emmanuel Macron navigue au gré des courants. On ne peut s’empêcher de se demander, si on avait eu droit à une montée exponentielle de la Bourse à la place du coronavirus, s’il ne serait pas en train de démanteler le système pour le livrer au privé au nom de l’opportunité à saisir.

Notre hôpital public à l’heure de vérité

Parce que le problème, c’est qu’en la matière le Président n’a pas toujours fait preuve du même enthousiasme et n’a pas toujours été de ceux défendant la nécessité d’avoir un secteur public non marchand fort… Sans jamais l’assumer, il a toujours poussé à la privatisation. Ne vient-on pas tout juste de stopper la vente programmée d’un des fleurons de notre patrimoine, ADP ? Faut-il rappeler qu’Emmanuel Macron n’est pas pour rien non plus dans la perte des turbines d’Alstom, ce qui fait que l’on perd petit à petit notre maîtrise dans le nucléaire ? Et concernant notre protection sociale, il faudrait reparler du soi-disant reste à charge zéro sur l’optique et la dentisterie, qui aboutit dans les faits à faire porter le surcoût sur le privé (c’est ce que signifie la phrase magique « demander aux Mutuelles de faire un effort »). On pourrait aussi reparler de la démission des 1600 médecins de l’hôpital annoncée le 19 janvier, nous alertant sur la situation dramatique de l’hôpital public.

Depuis la crise des gilets jaunes, le peuple commence à se lasser des grandes envolées lyriques et des engagements forts avec des trémolos dans la voix jamais suivis d’effets. L’homme qui parlait hier soir avec de grands yeux de faon de notre sécurité sociale parait oublier qu’il a utilisé le 49.3 pour faire entériner une réforme de retraites de fort mauvaise qualité, dont personne ne veut et qui a été critiquée y compris par le Conseil d’État.

A lire aussi: La présence embarrassante d’Abd al Malik à l’hommage aux victimes du terrorisme

Certes, il n’est jamais trop tard pour bien faire et ce retournement de situation a tout pour satisfaire la majorité des Français, mais notre Président tient du feu de paille : cela brûle vite et haut mais réchauffe peu et s’éteint vite. Autre nouveauté, le mot « souveraineté ». Souveraineté nationale ? Non, après ce petit moment d’audace, il a vite fallu rajouter souveraineté de l’Europe. Mais quand même. 

La fin de son discours en hommage à l’esprit de solidarité et d’entraide qui caractérise notre contrat social sonnait un peu Conseil National de la Résistance. Foin de la start-up nation et des premiers de cordée ! Quand souffle la tempête, c’est le peuple qu’il faut retrouver et il faut reconnaître que ce discours visait à aller le chercher. Le problème c’est que coup-là Emmanuel Macron l’a fait trop de fois, séduisant avec les mots pour gifler derrière avec les actes, utilisant les circonstances au lieu de prendre la mesure des situations, laissant entendre ce que les gens désiraient pour finalement aller contre leurs intérêts. Il a un passif. Assez lourd.

Un pour tous(se), tous pour un

Il n’en reste pas moins qu’aujourd’hui et pour le temps de la lutte, il a su prendre les décisions économiques qui s’imposaient. Ses annonces ont dû soulager nombre d’entreprises et de salariés inquiets, et les mesures prises pour lutter contre le coronavirus sont censées et réfléchies en l’état actuel des connaissances scientifiques. Sur le désir du gouvernement de faire au mieux, il n’y a guère de doute. On ne peut que saluer le travail du ministre de la santé, Olivier Véran, remarquable de clarté, de pédagogie et d’humilité lors de l’émission spéciale consacrée au coronavirus sur BFMTV le lundi 9 mars.

Alors parce que quand le navire tangue, tout le monde doit être sur le pont, faisons face à l’épidémie aux côtés de notre gouvernement, sans barguigner. Mais une fois la tempête passée, il faudra que ce qui a été décidé un jeudi soir sous le coup de la peur soit tenu. Que l’hommage rendu au secteur non marchand et à l’investissement public ne soit pas oublié, que l’on arrête de vendre ou de casser nos fleurons et que l’on continue à parler de souveraineté. Il ne faudrait pas qu’une fois encore, ne sentant plus le vent du boulet, le président de la République ne retombe dans son narcissisme hautain!

Bobigny: ce qui est reproché à Lagarde

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Jean-Christophe Lagarde à la sortie d'une séance à l'Assemblée nationale le 17 septembre 2019. © Olivier Coret/ SIPA

Ses récentes interviews frôlent l’énervement, Jean-Christophe Lagarde perd son sang froid quand on lui parle de la parution du livre d’Eve Szeftel Le maire et les barbares. Clientélisme, copinage avec le gang des barbares… un dossier chargé.


Suite à la publication du Maire et les barbares, Jean-Christophe Lagarde a déclaré : « Il y a toujours des imbéciles pour croire aux manipulations ». Brandir le « complotisme », un paratonnerre aux questionnements légitimes d’un livre ? Ce n’était même pas nécessaire… Coup de bol pour le chef de l’UDI, la parution fracassante d’Albin Michel a eu lieu la semaine de l’affaire Griveaux.

Eve Szeftel – dont vous pourrez lire un entretien dans les colonnes de Causeur lundi – livre une enquête fouillée et pleine de réflexions, fruit de ses rencontres aux abords de l’hôtel de ville de Bobigny. Coup de tonnerre dans la préfecture du département le plus pauvre de France : la municipalité aurait bien pactisé avec les barbares, cet épouvantable gang de voyous responsable de la séquestration et du meurtre du jeune Ilan Halimi en 2006 !

Tout commence par un tract

Eve Szeftel prenait en juin 2014 ses fonctions au bureau de l’Agence France Presse (AFP) de Seine-Saint-Denis, trois mois seulement après que Bobigny, bastion historiquement communiste, ne tombe aux mains de l’UDI (Centre droit). Rapidement, elle enquête sur le profil de ces nouveaux arrivants à la mairie.

C’est un tract placardé aux quatre coins de Bobigny dans la nuit du 3 au 4 juin 2014, qui lance la journaliste de l’AFP sur différentes pistes. « La mairie de Bobigny a embauché Al-Qaida » mentionne carrément le document. C’est un peu gros, mais reste qu’effectivement, le gang des barbares semble avoir un pied dans les bureaux municipaux. Plus son enquête avance, plus des membres de la mairie se trouvent effectivement liés à des activités frauduleuses voire criminelles. Le gang des barbares, c’est notamment Lynda Benakouche qui le représente. Chargée de mission politique urbaine pour Bobigny, elle est la compagne de Jean-Christophe Soumbou, le complice de Youssouf Fofana qui, lui, est incarcéré pour séquestration, barbarie et meurtre sur le jeune Ilan Halimi à Bagneux en février 2006.

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Selon Eve Szeftel, le grand marionnettiste de toute l’histoire n’est autre que Jean-Christophe Lagarde, ancien maire de Drancy, commune limitrophe à Bobigny, président de l’UDI et député de la 5e circonscription de Seine-Saint-Denis. Pour arriver au pouvoir dans cette municipalité, son parti use de procédés clientélistes et s’approprie l’approche tolérante-indigéniste habituellement courante à gauche, pour mieux faire tomber l’étiquette PC de la ville. La démocratie à Bobigny se déconstruit alors au profit d’une voyoucratie et d’un communautarisme assumé.

Pour consolider son statut de député et élargir une base électorale fragile, Lagarde devait faire basculer coûte que coûte la préfecture de Bobigny à droite. Eve Szeftel nous décrit ses méthodes par le menu et dresse la liste des personnes impliquées de près ou de loin dans l’affaire. Leur point commun ? Leur relation avec le député de la 5e circonscription, pardi ! Ainsi, Christian Bartholmé, collègue de M. Lagarde à la mairie de Drancy. Ou Kianoush Moghadam, cador de la cité Paul Éluard. Ou encore Abdeslam Berrouane, membre de l’association des musulmans de Bobigny. Ils auront à eux trois plus de pouvoir que le maire Stéphane de Paoli en personne.

Voyoucratie et communautarisme

Chacun des membres de la municipalité a son rôle et son importance. Mme Benakouche, égérie de l’affiche officielle de la liste « Rendez-nous Bobigny », voilée, et Kianoush Moghadam matérialisent à deux ce pacte entre le gang et la mairie. Abdeslam Berrouane, quant à lui, fait le lien entre le maire et les musulmans de Bobigny.

Capture d'écran youtube avec de gauche à droite Sabrina Saïdi, Christian Bartholmé et Lynda Benakouche.
Capture d’écran Youtube avec de gauche à droite Sabrina Saïdi, Christian Bartholmé et Lynda Benakouche.

La clef du succès électoral de l’UDI à Bobigny, c’est l’associatif. Jean-Christophe Lagarde distribuera plus de la moitié de sa réserve parlementaire entre 2010 et 2014 à des associations musulmanes de Bobigny : parmi elles, une salle de fitness non-mixte financée indirectement par la mairie, une mosquée à tendance salafiste… le tout, en flattant parfois le mérite des enfants d’immigrés et en prônant un discours type décolonial et indigéniste. Si certaines de ces associations ne sont plus en activité, l’association culturelle des musulmans de Bobigny touchera 80 000€. M. Lagarde est bienveillant ! Une fois les cités et les musulmans de Bobigny dans la poche, Stéphane de Paoli, candidat UDI en 2014 remporte la victoire électorale.

Bobigny comme tant d’autres…

La couleur était annoncée, et une fois l’UDI aux commandes la situation se détériore encore : clientélisme, intimidations au sein même de la mairie et violences pour lesquelles Christian Bartholmé et Kianoush Moghadam comparaissent devant la justice. En 2014, après la diffusion du fameux tract, l’hebdomadaire Marianne avait dévoilé l’enregistrement pirate d’une réunion plus que musclée où le premier adjoint et Moghadam menacent de mort une élue qu’ils soupçonnent d’être l’auteur du fameux tract.

A lire aussi: Emmanuel Macron invoque la République… et oublie la France

Ayant postulé en Seine Saint-Denis après dix ans au siège parisien de l’AFP, Eve Szeftel confie avoir voulu confronter à la réalité ses préjugés sur les banlieues. Elle n’est pas déçue du voyage. Son aventure n’a fait que grossir les traits d’une caricature tristement vraie. Le Maire et les barbares n’invente rien et nous met en garde. Ailleurs aussi, le communautarisme subventionné, le clientélisme et l’encouragement des discours antirépublicains gagnent élus et agents municipaux. Lynda Benakouche est toujours en poste à Bobigny et est même en passe de devenir fonctionnaire, malgré toutes les accusations portées contre elle. Un jalon posé dans la dangereuse islamisation de la vie politique. Le bafouement démocratique balbynien raconté par Szeftel nous montre des élus locaux pactiser avec des figures anti-juives, alors que les figures nationales du même parti font mine de s’inquiéter de la montée de l’antisémitisme.

Si l’on devait toutefois trouver des circonstances atténuantes pour l’UDI de M. Lagarde, être à la tête d’une ville n’implique pas de gouverner sans les particularités des citoyens. Bobigny n’est d’ailleurs pas n’importe quelle ville… Eve Szeftel décrit une situation qui dépasse la volonté d’un seul homme. Lagarde ne fait qu’appliquer un système de gouvernance efficace et répandu dans les banlieues, probablement considéré comme unique moyen de conserver dans ces zones de violences physiques et idéologiques une présence républicaine. À une logique démographique répond une logique politique.

Depuis la sortie de l’ouvrage, Jean-Christophe Lagarde annonce vouloir porter plainte contre la journaliste de l’AFP et l’hebdomadaire Le Point qui accole une photo du député à sa une « Ces élus qui ont vendu leur âme ». Aucune plainte n’a encore été déposée.

Le maire et les barbares

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Un peu de Cioran à la sauce coronavirus

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Coronavirus: finies les embrassades, on se salue avec les bras ou les pieds. Agnès Buzun en campagne à Paris le 13 mars 2020 © Tristan Reynaud/SIPA Numéro de reportage: 00949692_00000

Le billet du vaurien


Les religions me répugnent par leur acharnement à justifier à tout prix l’illégitime : l’aspiration à la vie. Le coronavirus n’a au moins pas cette prétention.

Il me semble évident que le vœu secret de tout homme soit la disparition de tous. Le destin latent de tout individu est de haïr ses semblables. Le coronavirus nous dispense de ces bisous ridicules à chaque rencontre.

Pour celui qui ne sait plus se réjouir naïvement d’une banalité, la vie perd toute saveur. Le coronavirus nous sauve de l’illusion que seraient censés provoquer les voyages, cette fuite hors de soi.

Rien n’effraye plus l’homme que le temps pur. Le coronavirus lui donne l’occasion de l’expérimenter.

Le coronavirus est la négation même du Progrès et de ses chimères, notamment de la globalisation et de cette arnaque qu’on nous vend comme le vivre-ensemble.

Une chose est sûre : la vie n’a aucun sens. Mais une autre l’est plus encore : nous vivons comme si elle en avait un. Le coronavirus nous permet de revenir à l’essentiel.

Le coronavirus nous astreint à nous tenir dans le temps, plus oisif que Dieu avant la Création en imaginant et parfois en atteignant la limite absolue de l’inutilité.

Dans les villes, nous rencontrons la mort dans les yeux des passants. Ils semblent ignorer que la vie et la mort sont dans le fond aussi insupportables l’une que l’autre et qu’il n’y a aucune raison de privilégier la première et de désavouer la seconde. Le coronavirus nous enseigne à accepter notre fin par surprise. Il est triste que l’homme n’ait qu’un seul espoir : retrouver l’espoir. Son châtiment sera d’autant plus atroce.

Sur ces bonnes paroles, n’oubliez pas de vous laver les mains !

Confession d'un gentil garçon

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L’exécutif aurait bien pu annuler l’élection

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Invité du journal de 13 heures, le premier ministre a réaffirmé qu'aller au bureau de vote ne représentait pas de danger particulier. Image: capture d'écran TF1

Emmanuel Macron et Edouard Philippe ne l’ont pas fait, et c’est tant mieux. Analyse.


Une psychose coronavirus balbutiante en France a conduit l’exécutif à s’interroger sérieusement sur la possibilité de reporter les élections municipales prévues les 15 et 22 mars. Les élections auront bien lieu et c’est tant mieux.

Un report aurait été techniquement faisable. Une telle hypothèse n’est pas prévue par le code électoral. Pour être mise en œuvre, elle aurait nécessité un certain bricolage juridique.

Vote d’une loi en urgence

En premier lieu, une loi pouvait être votée. La loi prévoit que les élections municipales se tiennent en mars. Le législateur pouvait donc très bien, en urgence, modifier la loi pour prévoir une nouvelle date. Sous réserve des contraintes techniques imposées en la circonstance : solliciter l’avis du Conseil d’État, déposer un projet de loi et réunir les 2 chambres afin qu’elles votent…

A lire ensuite, Céline Pina: Face au COVID-19, Macron promet de ne plus être grippe-sou

Promulguer un décret

En deuxième lieu, le décret convoquant les électeurs aurait pu être modifié et prévoir un report des élections de quelques semaines et, quand bien même il aurait été à la limite de la légalité, l’invocation de circonstances exceptionnelles aurait pu constituer un fondement juridique suffisant.

Recourir à l’article 16 et aux pouvoirs exceptionnels

En troisième lieu, l’hypothèse assez surréaliste et saugrenue d’un recours par le Président de la République à l’article 16 de la Constitution pouvait aussi juridiquement tenir. Quand bien même une telle solution est réservée aux cas dans lesquels l’intégrité du territoire et l’indépendance de la nation sont menacés, ce qui n’est manifestement pas le cas, une telle décision n’est susceptible d’aucun recours. Elle pouvait donc théoriquement être mise en œuvre. Politiquement, en revanche, et compte tenu du contexte actuel, cela serait absurde et démocratiquement épouvantable.

Enfin, des reports partiels, limités aux zones les plus touchées, auraient pu être mis en œuvre localement, en application de la théorie des circonstances exceptionnelles. 

Pourtant la question des élections municipales ne saurait s’apprécier uniquement d’un point de vue strictement juridique. Au-delà d’une base juridique, un report des élections nécessite une légitimité démocratique. Il faut un consensus national. Il n’existait pas.

L’ensemble des partis politiques était hier unanime sur la nécessité de maintenir ce rendez-vous démocratique. Le Sénat, représentant des collectivités territoriales, refusait toute idée de report. Aucune enquête d’opinion réalisée auprès des Français n’est venue démontrer une volonté de report. 

L’élection sera-t-elle délégitimée ?

Si 16% des Français ont indiqué renoncer à se déplacer, on peut considérer que l’invocation d’une épidémie constitue aussi l’alibi pour certains électeurs qui, coronavirus ou non, ne seraient pas allés voter de toute façon. L’abstention sera peut-être un facteur à suivre, mais l’idée qu’elle fausse le scrutin apparaît peu probable. Rappelons qu’en 2014, 34% des électeurs avaient boudé les urnes. Il n’y avait pas d’épidémie à l’époque ni même de psychose liée aux attentats.

A lire aussi, Dominique Reynié: Coronavirus, RN, séparatisme: si les Français ne vont pas aux urnes dimanche…

Si la santé publique est un enjeu non négligeable, en démocratie, voter est primordial. La continuité démocratique de la nation ne saurait être bradée. Il convient en la circonstance de ne pas opposer protection de la santé publique et droit de vote, mais de les concilier. Des mesures barrières sont mises en place (gel hydroalcoolique, masques, gants) et les bureaux de vote sont aménagés pour faire face à cette situation inédite. La situation est sérieuse certes, mais aller à l’isoloir ne signifie pas aller à l’abattoir.

Relativiser le danger

Aucun scientifique n’a indiqué qu’aller voter constituerait un danger mortel. Au demeurant, se déplacer une heure dans un bureau de vote est-il plus dangereux que d’aller faire ses courses, aller au restaurant ou prendre les transports en commun, activités qui ne sont pas proscrites ?

La question du report semble avoir été tranchée par le Président de la République. À tout le moins pour le premier tour.

Il aurait été inutile d’ajouter une confusion politique qui, malgré la gravité de la situation, ne s’impose pas.

Enfin faire du handicap une priorité!

Image: Pixabay

Tribune


Il est des causes publiques qui reviennent, inexorablement et sempiternellement, tels des rochers de Sisyphe, dans le débat politique sans qu’aucun décideur ne s’en empare avec efficacité. Il y a quinze ans déjà, en 2005, le handicap, considéré jusque-là comme devant faire l’objet d’une politique d’intégration (« il revient à la personne handicapée de s’intégrer dans la société »), devenait une politique à part entière d’inclusion, avec ce changement de paradigme : c’était enfin à la société elle-même de s’adapter aux personnes par l’accès aux droits, l’accessibilité. L’objectif annoncé à l’époque – permettre à notre pays de s’adapter et d’inclure nos compatriotes en situation d’handicap en dix ans – sera profondément remis en cause par le quinquennat Hollande. Le coup de grâce viendra à cet égard en 2015 lorsque les principes généraux de la loi du 11 février 2005 seront foulés aux pieds par les contraintes budgétaires, le ministre de l’économie, Emmanuel Macron, arguant du fait que les caisses sont vides tout en utilisant la manne du financement du handicap pour ses derniers arbitrages budgétaires.

Élu Président, le même Emmanuel Macron multipliera les mesures vexatoires pour les personnes handicapées : loi Elan qui réduit les logements accessibles aux handicapés, barèmes de la CAF réduisant l’Allocation Adulte Handicapé (AAH), CSG sur les pensions d’invalidité, PCH (prestation compensatoire handicapé) réduite… La première partie du quinquennat fut bien sombre pour les personnes handicapées en France (on en retrouva d’ailleurs dans les cortèges des manifestants et des gilets jaunes). Plus récemment, le gouvernement a décidé de revaloriser l’AAH et de mettre en place d’autres mesures, mais il ne fait que restaurer la situation d’avant 2015 et tenter de revenir sur la malheureuse séquence 2015-2018 ; où est la grande ambition pour la politique du handicap dont se targuent les décideurs publics ? En réalité, à l’aune des objectifs de 2005 et des difficultés pratiques rencontrées par les personnes en situation de handicap, il y aurait une politique plus cohérente à mener, soucieuse tant du bien être des handicapés que des équilibres financiers de l’État.

Le premier sujet est celui des infrastructures et du logement. Nos infrastructures de transport, souvent vétustes, ne sont pas adaptées aux personnes en situation de handicap : un grand plan d’infrastructures digne de ce nom doit comporter un effort massif en termes d’accessibilité. Dans le même cadre, la redéfinition de la politique de logement social doit donner la priorité aux personnes en situation d’handicap. On pourrait prévoir également la construction de centres d’accueil pour handicapés, au moins un par département.

Le second concerne la refondation de l’Allocation Adulte Handicapé. Elle doit être portée à 1000 euros (ce qui était l’ambition en 2005 – nous sommes à 900 euros) en liant son financement avec les obligations sur le marché du travail. Aujourd’hui la règle est celle de l’obligation faite aux entreprises de plus de 20 salariés d’avoir au moins 6% de personnes en situation d’handicap ; il faudrait porter l’obligation à un objectif ambitieux de 10% pour les entreprises de plus de 100 salariés. Tout en souhaitant que cette obligation soit remplie, son non-respect (qui entraine une contribution financière) financerait l’augmentation de l’AAH, qui ne couterait donc rien à l’État.

Le troisième volet de nos propositions pour le handicap concerne l’école et l’éducation. On rappellera l’importance de la formation des personnels : nous demandons ainsi la formation obligatoire (DEAES) des auxiliaires de vie scolaire (Accompagnant éducatif et social diplômé ESH) avant leur entrée en fonction. Par ailleurs, il faudrait motiver les enseignants accueillant des élèves handicapés dans leur classe par une prime spécifique. On citera enfin une politique culturelle (entrée dans les musées par exemple) qui devrait s’adapter aux personnes en situation de handicap (tarifs spécifiques) et des réflexions sur la retraite anticipée pour certains handicapés.

Aujourd’hui en France le handicap est considéré comme un problème alors qu’il pourrait être vu comme une richesse, une force pour l’ensemble de la société, permettant l’apprentissage de la tolérance, de la solidarité et de l’altérité.

Il y a un manque de dialogue entre le monde politique et les handicapés, qui souffrent d’incompréhension. Ce ne sont pas de vagues grands plans annoncés avec cynisme qui changeront cette perception, mais bien un effort continu de la société et des pouvoirs publics pour s’adapter.

David Gall, candidat à la mairie de Donville
Jacques Condat, Président de Liberté Accessibilité Handicap et ancien membre de European Disability Forum à Bruxelles
Sébastien Laye, Porte-Parole de Réconciliations !

L’islamisme est-il soluble dans la technocratie?

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Hakim El Karoui, président de l'AMIF, sur le point de se faire confier d'importantes responsabilités. Image: Capture d'écran Facebook

Le rôle que souhaite prendre l’association musulmane pour l’islam de France (AMIF) nourrit de légitimes craintes.


L’islam – non pas simplement « en France » mais – « de » France est décidément « en marche ».  Une nouvelle étape vient en effet d’être franchie vers sa constitution, en la forme d’une tribune, parue il y a quelques jours dans Le Monde et co-signée par les dirigeants du Conseil Français du Culte musulman (CFCM) et Hakim El Karoui, fondateur de ce qui est aujourd’hui l’incarnation de l’islam de France, l’AMIF (association musulmane pour l’islam de France).

Séparatisme ? L’entrisme, voilà l’ennemi !

La tribune CFCM-El Karoui / « islam de France » n’est que le troisième jalon posé ces dernières semaines par le président Macron vers la constitution d’un islam de France, en collaboration avec les islamistes. La première étape a été le discours d’Emmanuel Macron à Mulhouse du 18 février sur la stratégie du gouvernement contre ce que le président nomme le « séparatisme islamiste » (le chef de l’Etat s’était bien gardé de dénoncer l’entrisme qui représentait pourtant un danger plus grand encore que le séparatisme, on comprend maintenant pourquoi), annonçant que l’Etat avait notamment demandé au CFCM de formuler des propositions dans cet objectif. Le deuxième jalon a été posé avec les déclarations du ministre de l’intérieur Christophe Castaner le lendemain sur France Inter annonçant qu’Hakim El Karoui devait « faire partie des acteurs » impliqué dans le projet de lutte contre le séparatisme islamiste présenté par Emmanuel Macron à Mulhouse, et que le ministère de l’intérieur avait fait en sorte qu’il se rapproche du CFCM à cette fin. Voici enfin la troisième étape, l’annonce de la création d’une nouvelle structure par Hakim « islam de France » el Karoui et les dirigeants du CFCM.

Pour Hakim El Karoui, le vrai danger, le seul, c’est le salafisme, et avec lui l’influence financière des pays du Golfe et de l’Arabie Saoudite…

La tribune n’est pas toujours d’une grande clarté. Mais il y a quelques éléments à en retenir.

D’abord sur le principe même de l’implication d’Hakim El Karoui et les conséquences qu’il convient d’en tirer. Auteur de deux rapports pour l’institut Montaigne, en 2016 et 2018, ainsi que de l’islam, une religion française (Le Débat Gallimard, 2018), Hakim el Karoui, normalien, ancien directeur de la banque Rothschild ayant occupé plusieurs fonctions de conseiller au niveau politique, est conscient du fait que les Frères musulmans sont, au même titre que les salafistes, des fondamentalistes. Il reconnaît même leur volonté d’être influents sur les musulmans comme sur le pouvoir politique et sait que leur « discours de modération » a pour but de les positionner comme interlocuteur incontournable. Nonobstant, el Karoui minimise la portée de leur projet « tamkine » de conquête de l’Europe. Estimant qu’il s’agit « plus d’un vœux pieu que d’un complot », il leur fait même la courte échelle : son AMIF regroupe en effet un nombre certain de personnalités qui se retrouvent dans l’infographie très complète élaborée par le collectif de militants laïques « Lieux Communs » de ce qu’ils ont appelé « la galaxie des Frères musulmans en France ». Ainsi notamment de Tareq Oubrou, Mohamed Bajrafil, Azzedine Gaci, Abdelghani Benali, Farid Abdelkrim, Abdelhaq Nabaoui. Pour Hakim El Karoui, le vrai danger, le seul, c’est le salafisme, et avec lui l’influence financière des pays du Golfe et de l’Arabie Saoudite notamment. Tout cela est vrai mais n’enlève rien au péril que représentent les Frères musulmans, leur entrisme, leur discours « pour le moment » républicain, application parfaite de la « charia de minorité » de Youssef Al Qaradawi, leur autorité théologique suprême.

Emmanuel Macron pourrait se brûler les doigts

Que l’État donne aux Frères les moyens de structurer les Français musulmans dans le but d’avoir un interlocuteur politique (mais aussi dans l’espoir d’obtenir un vote musulman bloqué en sa faveur) laisse pantois. Comment Emmanuel Macron peut-il croire qu’il est en position de négocier un accord de long terme avec une Confrérie des Frères musulmans gigantesque, très influente, extrêmement riche, et toute entière construite sur la haine du modèle culturel occidental en général et français en particulier ? Comment ce président qui affirme lutter contre le séparatisme, peut-il le parachever dans l’espoir de le mettre à son service ? Emmanuel Macron ne voit-il pas qu’il a en réalité enclenché une infernale mécanique victimaire et revendicative ?

Chaque fois qu’un musulman voudra aller à la Mecque, manger hallal, ouvrir une salle de prière ou faire quoi que ce soit en relation avec son culte, il sera renvoyé vers cette nouvelle structure…

Deuxième enseignement : le fait que le Marocain Mohamed Moussaoui ait succédé au Turc Ahmet Ogras à tête du CFCM, montre que le gouvernement français – quoiqu’en dise Emmanuel Macron à Mulhouse quand il vilipende les financements étrangers – n’entend pas sortir totalement le vieil islam consulaire de la partie. La tribune CFCM-Hakim El Karoui suggère ainsi que les seuls financements étrangers problématiques, à « interdire », sont ceux « provenant de personnes ou d’Etats qui s’inscrivent en dehors des accords traditionnels et historiques avec les pays dont le lien sociologique avec la France est avéré et ancien ». Cette phrase un peu alambiquée peut signifier que les financements maghrébins demeureraient licites, alors que ceux des théocraties du golfe ou de la Turquie ne le seraient plus.

Concernant les financements dont bénéficiera la nouvelle structure, la tribune évoque des dons et legs mais également des taxes qui seront levées sur le halal et le hadj (pèlerinage à la Mecque), taxes qui requerront une absolution légale. Apparaît ici une collaboration avec l’Etat qui va dans le droit fil de ce qu’a annoncé Emmanuel Macron à Mulhouse : le principe de laïcité interdisant à l’Etat de s’occuper lui-même de la formation des imams, de la gestion du culte musulman et tout ce qui va avec la communautarisation globale des musulmans, l’Etat va donc en charger le CFCM. Chaque fois qu’un musulman voudra aller à la Mecque, manger hallal, ouvrir une salle de prière ou faire quoi que ce soit en relation avec son culte, il sera renvoyé vers cette nouvelle structure – gérée par le CFCM, ses fédérations pour beaucoup islamistes, ainsi que l’AMIF et ses amis proches des Frères musulmans – dont l’Etat s’assurera qu’elle dispose des financements ad hoc.

Une démarche au mieux inopérante

La composition de la structure nouvellement créée reste cependant assez floue et laisse perplexe. Le CFCM et les diverses fédérations musulmanes qui le composent (au sein desquels se retrouvent des entités islamistes telles que les Frères musulmans à travers l’UOIF, les Frères turcs représentés par le Milli Görüs et le Tabligh) ne disposeront – ô surprise – que d’un tiers des sièges, ce qui les prive de tout pouvoir de décision. Des « personnalités indépendantes » (qui ? d’où viennent-elles ? Indépendantes par rapport à quoi ou qui ?) seront majoritaires au conseil d’administration. Comment cette nouvelle usine à gaz pourra-t-elle fonctionner ? On peine à imaginer que tout ce beau monde, fondamentalistes compris, participera au « travail culturel et théologique », dans un objectif de « lutte contre l’extrémisme et la violence commise au nom de l’islam » comme les signataires de la tribune s’y engagent.

La réalité est que le gouvernement ne veut pas comprendre qu’il est aux prises avec des logiques totalitaires et que ses finasseries politiciennes ne pèseront pas sur les stratégies islamistes en cours ni ne les enrayeront. Au mieux, elles seront inopérantes, au pire, elles accélèreront le séparatisme islamiste. Comme l’a indiqué le professeur Bernard Rougier, auteur de Les territoires conquis de l’islamisme (PUF, 2020) lors de son audition par la commission « combattre la radicalisation islamiste du Sénat » le 17 décembre 2019, tous les fondamentalismes musulmans « se retrouvent quand il s’agit de se définir par rapport et en opposition à la société française. (…) Une dialectique s’instaure entre ces groupes : on s’aperçoit que le Tabligh prépare souvent le terrain au salafisme, notamment pour ceux qui sont en quête d’une « science » plus forte et plus convaincante, qui donnerait plus de place aux textes – les hadith – et moins aux personnalités – les cheikhs. Quand le Tabligh est présent dans une mosquée, il y a de très fortes chances pour que, quelques mois ou années plus tard, les salafistes aient pris leur place. C’est presque mécanique. »

La seule question qui mérite d’être posée est la suivante : jusqu’où est-il déjà trop tard ?

Les territoires conquis de l'islamisme

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La présence embarrassante d’Abd al Malik à l’hommage aux victimes du terrorisme

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Emmanuel Macron à Paris le 11 mars 2020, Première journée d'hommage aux victimes du terrorisme © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage : 00949459_000058

Le rappeur était invité de la première journée d’hommage aux victimes du terrorisme. Dans son édito, le directeur de Charlie Hebdo Riss s’en offusque.


La nouvelle devise de Macron : liberté, égalité, diversité…

C’est pourquoi il a choisi Abd al Malik pour prendre la parole lors de la journée d’hommage aux victimes du terrorisme.

Place du Trocadéro, Emmanuel Macron a fait un beau discours. Rien n’y manquait. Ils ont voulu nous faire peur et nous n’avons pas eu peur… ils ont voulu nous diviser et nous sommes plus unis que jamais… Mais, pour l’avoir écouté, il ne nous semble pas qu’il ait dit, qui étaient ces « ils »…

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On sait que le président de la République est adepte du « en même temps ». Et donc en même temps qu’il dénonçait le terrorisme, il a envoyé un message d’amitié à tous ceux qui pourraient se sentir visés par un amalgame assez logique.

Le rappeur Abd al Malik, le 11 mars 2020, au Trocadéro. Image: capture d'écran YouTube
Le rappeur Abd al Malik, le 11 mars 2020, au Trocadéro. Image: capture d’écran YouTube

Dans ce but il a demandé à Abd al Malik de prendre la parole à ses côtés. Abd al Malik est rappeur et écrivain. Il y a de cela quelques années il s’est converti à l’Islam. Régis Fayette-Mikano est alors devenu Abd al Malik. En même temps (continuant sur cette lancée) qu’il chante il écrit. Voici deux titres, parmi les plus intéressants de ses ouvrages : Qu’Allah bénisse la France et Les musulmans au secours de la République !

Riss étonné

Question bénédiction, il est évident qu’Allah avait la tête ailleurs si l’on juge par les attentats commis en son nom en France. Quant à la République, elle attend toujours les bataillons de musulmans supposés se mobiliser pour la sauver. Et comme sœur Anne, elle ne voit rien venir.

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Riss, le patron de Charlie Hebdo, a trouvé très singulier la présence d’Abd al Malik à la cérémonie. Les dessinateurs assassinés de son journal n’avaient pas été bénis par Allah. Et les frères Kouachi, musulmans, ne sont pas venus à leur secours.

Riss fait également remarquer que s’agissant de la tuerie perpétrée dans son journal, Abd al Malik, pétri de bons sentiments, a déclaré qu’il était un fervent partisan de la liberté d’expression. Mais qu’en même temps (difficile d’y échapper) les caricatures de Charlie Hebdo avaient nourri « l’islamophobie et la haine contre les musulmans »…

Une autre phrase du très complexe rappeur écrivain est à relever tellement elle est limpide. « La liberté d’expression est nécessaire. Mais il y a ceux qui l’exercent et ceux qui la subissent » ! Subir est en effet une douloureuse souffrance. Les frères Kouachi ont beaucoup subi…

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Islamophobie: Intoxication idéologique

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