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Une lueur d’espoir

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La catastrophe humanitaire, dont on peut redouter l’impact important sur les populations démunies, peut catalyser l’émergence de vraies nations, dont la Kabylie, capables de s’organiser harmonieusement – contrairement aux Etats postcoloniaux comme l’Algérie.


En mars 2020, contre toute attente, l’ordre mondial s’est écroulé. Bâti sur les ruines du féodalisme, il avait connu son extension à l’ensemble des continents par la colonisation et s’était fortifié à travers des institutions internationales politiques, économiques et financières. Il avait pour moteur la rivalité entre grandes puissances militaires pour la domination du monde. Ceci a favorisé la course aux armements par le biais, entre autres, de l’innovation technologique.

Sauve-qui-peut et chacun pour soi

Une matière, invisible à l’œil nu, a eu raison de tout l’édifice qui s’est effondré comme un château de cartes. Un tsunami pandémique en a eu raison. En l’espace de quelques semaines il ne reste ni ONU, ni Europe ni une quelconque organisation régionale crédible. Le sauve-qui-peut et le « chacun pour soi » se sont emparés de tous les gouvernants qui ont tordu le cou à la notion d’alliances et de coopération internationale.

Les stratèges militaires qui, jusque-là, n’incitaient leurs dirigeants qu’à (se) préparer des guerres, se surarmer pour dissuader d’éventuels adversaires contre des attaques ou des résistances, se retrouvent devant un ennemi aussi inconnu qu’inattendu. L’arrogance de la puissance fait place à la panique générale qui aveugle les dirigeants devenus, en l’espace de quelques semaines, davantage soucieux de ne pas perdre la face devant leurs futurs électeurs que d’organiser une véritable riposte à la hauteur du défi pandémique.

Sur le plan économique et financier, la folie de la surconsommation retombe du jour au lendemain, et devant la surabondance de gadgets à écouler à travers le monde, tous les États se retrouvent confrontés à une pénurie de masques, de blouses et une absence de médicaments et de traitements pour faire face à la maladie du coronavirus.

Révolution des moeurs

Exprimée plus poétiquement par « le monde devenu village », la mondialisation, censée ignorer les frontières des peuples et des nations, s’est vue brutalement freinée par le repli sur lui-même de chacun de ses pays promoteurs. Du coup, les États vassaux, en réalité esclaves, créés par la colonisation, se voient abandonnés à leur sort. Londres et Paris ne peuvent plus s’occuper du Commonwealth et de l’empire français en Afrique.

Les transformations sociales, que des réformes sociopolitiques et administratives n’arrivaient pas à imposer (télétravail, télécommerce, téléscolarité, télémédecine…), sont en passe de se réaliser par la menace du Covid-19. De nouvelles mœurs, de nouveaux comportements et de nouveaux modes de penser et d’agir commencent à s’installer.

La pollution, contre laquelle aucun consensus international n’était possible jusque-là, du fait d’un paradigme économique devenu incontrôlable, est stoppée net depuis début mars 2020. Ni avions, ni voitures, ni usines ne déversent leurs fumées dans l’air. Les bateaux sont contraints de laisser en paix les mers et les océans. Comme s’ils en étaient le pendant, l’émigration du Sud vers le Nord s’est évanouie et le pétrole ne vaut plus grand-chose.

Un monde nouveau… sur quelles bases ?

Une révolution s’est brusquement imposée pour faire passer l’humanité d’un âge des puissances militaires et économiques vers celui d’un monde nouveau aux contours encore trop flous. Rien ne garantit qu’il puisse être meilleur mais cette crise mondiale interpelle sur ce qu’est l’humanité, ses civilisations et ses choix d’organisation.

La réflexion, qui mérite d’être engagée aujourd’hui, est de savoir sur quelles nouvelles bases on va reconstruire une humanité politique solidaire, respectueuse autant des droits des peuples que de leurs diversité et de leurs richesses immatérielles ; respectueuse autant des communautés et des individus que de la nature, de la faune et de la flore.

D’ailleurs, plutôt que de vivre sous la menace de nouvelles guerres entre nations, idéologies ou religions, ne serait-il pas le moment de réfléchir aux scénarios catastrophes aussi bien d’origines naturelles qu’humaines ? Cette pandémie du coronavirus ne serait-elle pas une sorte de répétition générale pour de funestes spectacles plus terribles les uns que les autres appelés à déferler sur notre Terre ? Peut-on se poser la question de savoir à quoi servirait tout l’or du monde en cas d’une météorite frappant de plein fouet notre planète ; de la fonte brutale des glaces polaires et des tornades et autres cyclones continentaux ?

Fermeture des frontières

Ce qu’il ne faut absolument pas refaire est de réfléchir avec les mêmes idées qui ont mené à l’effondrement général actuel. La philosophie doit reprendre ses droits et ses investigations tout en poursuivant la recherche scientifique et l’innovation technologique orientées vers le bien être général de l’humanité, de la planète, des peuples, des espèces et des individus.

Aujourd’hui, peut-on mettre fin à l’injustice qui frappe des centaines de peuples auxquels on interdit l’existence par la loi du plus fort ? Si l’on parle difficilement de la Catalogne, de l’Écosse, du Québec en Occident, des Kurdes, on oublie complaisamment les Kabyles, le Darfour, les Baloutches, …

Les peuples d’Afrique et d’Asie auxquels l’ordre mondial qui vient de s’écrouler avait fermé la porte au nez doivent désormais se prendre en charge et ne compter que sur eux-mêmes, leurs ressources et leurs solidarités.

Les pays occidentaux ne pourront pas rouvrir leurs frontières, pendant plusieurs années, sans risquer le retour sur leur territoire de la pandémie. Et leurs économies, fortement endommagées, ne seront plus en mesure d’apporter à l’Afrique et à l’Asie, les sempiternels « cautères sur des jambes de bois ».

Vers de vraies nations

La catastrophe humanitaire, dont on peut redouter l’impact important sur les populations démunies des pays dits sous-développés, peut catalyser l’émergence de vraies nations, dont la Kabylie, capables de s’organiser harmonieusement au détriment des États postcoloniaux comme je l’ai annoncé en 2010, dans mon livre Le Siècle identitaire (Éd. Michalon). C’est, là, l’une des conditions essentielles pour parvenir, demain, à un monde de paix, de liberté, de prospérité et de justice que l’humanité appelle tant depuis toujours.

La réflexion doit s’engager sur le nouveau modèle politique mondial à substituer à celui qui s’écroule sous nos yeux. Changer de paradigme est désormais vital. Le capitalisme est à dépasser par de nouveaux rapports sociaux plus apaisés et plus consentis par tous.

Pour le moment, personne n’en détient la recette miracle et c’est de l’effort collectif de réflexion que des solutions vont voir le jour. Aux XVIIIe et XIXe siècles, l’intelligentsia européenne, confrontée à l’agonie de l’ordre féodal, réfléchissait aux possibles modèles de substitution. Nous voici devant la fin de l’ordre capitaliste à remplacer, il faut l’espérer, par un ordre humaniste, basé sur le respect de l’être humain et de la nature auxquels la recherche scientifique et l’innovation technologique doivent être exclusivement dédiées.

Ce sera, déjà, dans ce contexte mondial inédit et tragique, une petite flamme d’espoir qu’il nous appartient d’entretenir et de répandre.

Le siècle identitaire: la fin des États postcoloniaux

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Le droit au dépaysement

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Insécurité culturelle. Driss Ghali explique pourquoi il est urgent de combattre ces appels à la prière entendus dans certaines mosquées en Europe, à la faveur de la crise sanitaire. L’islam n’est pas chez lui et doit rester une religion invitée, pas plus.


Les appels à la prière (adhan) fleurissent en Europe à mesure que la crise du coronavirus s’approfondit. De la France à l’Espagne, des « petits malins » profitent de l’affolement et de l’incompétence des autorités pour appeler à la prière à partir de plateformes improvisées. Ils occupent un vide qui existe depuis longtemps. Plus qu’un vide, il s’agit d’un trou béant creusé par les capitulations successives des élites politiques européennes face à l’islamisme.

L’Europe n’est pas une terre d’islam

Ces manifestations publiques et ostensibles du culte islamique n’ont pas lieu d’être pour la bonne et simple raison que l’Europe n’est pas une terre d’Islam. Nous n’avons pas le droit de revenir sur une décision qui avait jusqu’à présent été tranchée en France au cours du VIII° siècle (à Poitiers puis à Narbonne), en Espagne en 1492 et en Autriche en 1529 (siège de Vienne) !

Nos anciens (dans mon cas, il s’agit d’une filiation morale et non génétique) ont délivré l’Europe de l’ouest de la présence de l’Islam qui représente une civilisation certes formidable, mais qui est à plus d’un titre une antithèse absolue de ce que veut dire l’Occident.

A lire aussi: Majid Oukacha: « L’islam est une religion violente, misogyne et liberticide »

Il n’appartient pas à notre monde occidental décadent (la gestion de la crise du coronavirus en offre une preuve de plus) de remettre l’Islam au cœur de l’Europe. C’est en ces termes qu’il faudrait, à mes yeux, poser le sujet. L’enjeu est de défendre une tradition léguée par des générations qui ont construit cet édifice merveilleux qu’est l’Europe, civilisation et territoire homogène. Accepter l’adhan reviendrait à détruire cet héritage, je m’exprime donc ici en tant que conservateur d’une œuvre humaine (l’Europe) et non en tant que pourfendeur de l’Islam. Je dirais la même chose si les bouddhistes voulaient édifier une statue géante en Alsace à l’effigie du Bouddha, je les inviterais dans ce cas à réinvestir la vallée du Gange et les riches vallées du Sri-Lanka.

Une religion invitée, c’est tout

D’ailleurs, il n’y a aucune contradiction entre respecter et aimer les musulmans d’Europe et restreindre fortement l’expression publique du culte musulman.  L’Islam en France et dans l’UE est une religion invitée et non enracinée. Elle occupe donc « la chambre des amis » et non le cœur de la maisonnée. Si nous voulons vraiment banaliser la présence musulmane en Europe et permettre à ceux qui veulent (et peuvent) s’assimiler de le faire alors il faudrait éteindre toutes les sources de friction et de méfiance dont les prières de rue, les adhan et autres provocations gratuites.

À titre personnel, l’appel à la prière me fait pleurer d’émotion quand je l’écoute au Maroc, au fond de mon jardin. Il soulève en moi la conviction que l’Islam est puissant et que Dieu a toujours le dernier mot. Par contre, à Paris, Malaga ou Milan, entendre l’appel à la prière musulmane me ferait pleurer des larmes de rage et de tristesse !  Défigurer l’Europe est un crime, une inanité commise par une génération d’irresponsables et d’inconscients. Que Dieu leur pardonne parce que moi je ne m’en sens pas capable. 

Maladie opportuniste

Nous avons tous le droit au dépaysement. Vous et moi. L’arabe musulman que je suis a le droit de se sentir « à l’étranger » quand il se balade sur les bords de la Marne ou du Tage. Vous, chers amis européens, êtes en droit de ressentir le frisson de l’exotisme en admirant la grande mosquée d’Abou Dhabi ou en vous promenant dans les jardins de la Menara. Ne vous laissez pas ôter ce droit de l’homme ! 

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L’Europe cède devant des islamistes qui n’ont ni la grandeur ni la fougue des grands conquérants de l’Islam, ce sont des petits joueurs qui enfument des pouvoirs aux abois. Ce sont des maladies opportunistes qui se greffent sur un corps dévasté par quarante ans de progressisme.

Peut-être que le réveil de l’Europe viendra de « métèques » qui se révolteront contre l’incurie de ceux qui sont censés être les héritiers légitimes de la plus sublime des civilisations, celle de Sénèque, Maquiavel et Saint-Exupéry.

Mon père, le Maroc et moi: Une chronique contemporaine

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Armées confucéennes et hordes européennes

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Le Vietnam gère de façon admirable la crise du coronavirus. Le pays identifiait son premier cas le 23 janvier, et sa frontière avec la Chine était fermée le 1er février. Les Vietnamiens ne déplorent pour l’instant aucun mort. Le Français Jean-Noël Poirier, hospitalisé là-bas, décrit leurs méthodes.


Espagne, Italie, France, Royaume-Uni, États-Unis. L’Occident qui se pensait porteur de valeurs se retrouve porteur de virus. Un virus bien plus universel que lesdites valeurs. Face à nous, on l’a assez dit, les pays asiatiques – plus précisément les pays de culture confucéenne – ont réussi jusqu’à présent à endiguer et contenir la vague que nous prenons tous de plein fouet. 

Zéro mort

Chine, Taïwan, Singapour, Hong-Kong, Japon et Corée du sud sont cités en exemple. On oublie le dernier pays confucéen de la bande, pourtant cher à notre cœur et à notre histoire : le Vietnam. Or son succès face à la maladie est encore plus éloquent que celui de la Corée du sud, désormais grande puissance industrielle. En développement rapide depuis vingt ans (PIB de 2700$/hab, +7% de croissance en 2019), mais néanmoins très loin de la Corée du sud ou de Taïwan en termes économique ou d’infrastructures, le Vietnam obtient des résultats prodigieux. À la mi-avril 2020, le nombre de personnes positives au Covi 19 ne dépasse toujours pas les 300 cas et la mortalité reste scotchée à zéro mort. 

Dans le monde confucéen, au Vietnam comme en Corée, au Japon comme dans le monde chinois (Chine, Taïwan, Hong-Kong, Singapour), la défense et les intérêts du groupe l’emportent sur le droit de l’individu

Le Vietnam n’a pas perdu de temps à l’allumage. Extrêmement prudents, les écoles qui avaient fermé le 18 janvier pour les vacances du Nouvel-An vietnamien n’ont pas rouvert depuis. La population, qui portait déjà des masques pour se protéger du soleil ou de la pollution, a systématisé son utilisation. Des flacons d’alcool hydraulique ont été installés dans tous les espaces publics dès la fin janvier (cafés, entrées d’immeuble, ascenseurs…). La frontière avec les pays touchés a été fermée très tôt, en commençant par la Chine dès le 1er février, une semaine à peine après l’apparition du premier cas (une personne de retour de Wuhan et déclarée positive le 23 janvier 2020). Enfin, le Vietnam a appliqué dès le premier jour une méthodologie très stricte : identifier les personnes et les groupes à risque, les confiner, les tester et isoler les cas positifs. Une méthodologie pas très éloignée de la méthode préconisée par le directeur général de l’OMS : « tester, tester, tester et isoler ». Pas sorcier non plus. Mais encore fallait-il décider de le faire dès la première alerte. Bien joué.

Je vous écris depuis l’hôpital d’Hanoï

« Régime communiste, chiffres bidons ! Ils cachent forcément la réalité ! » Hélas, même pas. Des « invisibles », ces porteurs sains contaminant sans le savoir, existent forcément, comme partout, et ne rentrent pas dans les statistiques officielles. Mais ni plus ni moins qu’en Europe, et probablement moins, vu la politique de test et de confinement systématique pratiquée au Vietnam. Le nombre des cas connus est juste et demeure formidablement bas, pour un pays situé à trois heures d’avion de Wuhan.

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Les hôpitaux ne sont pas débordés et le flux des patients, rentrants et sortants, est sous contrôle. Vous pouvez me croire sur parole. Je vous écris depuis la chambre 541 de l’hôpital des maladies tropicales de Hanoï qui regroupe tous les cas détectés. Testé positif au virus après deux semaines passées à Paris, j’ai été transféré à l’hôpital à 2 h du matin le 25 mars. Je n’ai développé aucun symptôme, ne suis pas malade, mais resterai à l’hôpital tant que je ne serai pas redevenu négatif. Si je suis cloué à l’hôpital, ce n’est pas pour moi, mais pour la communauté qu’il convient de protéger de ma contagiosité. Renvoyer chez lui, de surcroit sans masque, un patient diagnostiqué positif mais sans problème physique grave, est inimaginable ici. Au Vietnam, la protection du groupe l’emporte sur toute autre considération. Ma liberté individuelle attendra.

L’individu n’est rien, le groupe est tout

La stratégie vietnamienne face au virus est simple et empiète allègrement sur la vie privée. Toute personne contaminée (le F0) doit donner séance tenante l’identité de toutes les personnes qu’il a côtoyées (les F1) dans les jours précédents et lister tous les lieux où elle s’est rendue. Je l’ai moi-même fait, dans la nuit du 24 au 25 mars, avant de partir à l’hôpital. Et mieux vaut ne pas mentir. Le système d’encadrement de la population, consubstantiel du régime communiste en place depuis 1954 au nord et 1975 au sud, saura débusquer la moindre cachoterie et pourrait vous le reprocher vivement, au nom de la protection de la santé publique. 

Les personnes côtoyées, les F1, sont envoyés immédiatement en quatorzaine dans un centre fermé ou à la maison et testés. Obligation est faite à chaque F1 de prévenir les personnes avec lesquelles il a été en contact. Ce sont les F2. Tarif pour les F2 : distanciation sociale et si possible confinement à la maison durant 14 jours. Au 4 avril 2020, plus de 73 000 personnes étaient placées en quarantaine, plus de 40% dans un centre fermé souvent géré par l’armée, ou à la maison ou à l’hôpital.

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Si un des F1 se révèle positif, rebelote. Tous ses F2 deviennent alors des F1, sont envoyés à leur tour en quarantaine et testés. Et ainsi de suite. Ce travail de suivi pyramidal de la population infectée et à risque est un travail de titan ou de fourmi au choix. Il n’est pas seulement possible parce que le Vietnam est un pays communiste doté d’un réseau d’encadrement étroit de la population. La Corée du sud et le Japon, démocraties pluralistes, ont utilisé des méthodes de suivi analogues dans l’esprit. Si cette politique fonctionne et donne des résultats au niveau d’une population de près de 100 millions d’habitants, c’est simplement qu’elle est approuvée et appliquée par toute la population. Au Vietnam comme au Japon, en Corée ou dans les pays chinois, ce consensus en faveur de méthodes aussi intrusives est fondé sur un fait culturel et civilisationnel fondamental. Dans le monde confucéen, au Vietnam comme en Corée, au Japon comme dans le monde chinois (Chine, Taïwan, Hong-Kong, Singapour), la défense et les intérêts du groupe l’emportent sur le droit de l’individu. Chacun accepte sans broncher de partir deux semaines en quarantaine dans un camp militaire à trente kilomètres de chez soi car ce sacrifice est considéré par tous comme nécessaire à la santé publique et à la défense de toute la communauté. Refuser n’est tout simplement pas une option.

N’est pas confucéen qui veut !

Les méthodes utilisées au Vietnam seraient insupportables à nos compatriotes. Nous les jugerions inacceptables et hautement incompatibles avec nos valeurs. Ces valeurs dont, soit dit en passant, s’accommode fort bien le coronavirus pour se diffuser partout en Europe. L’avenir dira si la méthode employée par le Vietnam et ses voisins aura été plus pertinente que le patchwork de mesures qui s’est progressivement imposé chez nous. Pour l’heure, il n’y a pas photo et, sans tambour ni trompette (à l’exception du Président Xi Jing Ping), les pays confucéens nous rappellent une leçon veille comme le monde. 

Une leçon d’évidence. Face à l’adversité, un groupe soudé, discipliné et – si possible – bien dirigé, l’emporte toujours sur une masse d’individus autonomes et rétifs à l’autorité. Leçon éternelle. 

Il y a deux mille ans, Jules César et son armée disciplinée, disposée en tortue romaine, battaient les hordes de barbares fonçant dans le tas, tête baissée. Il y a dix ans, la France perdait un méga-contrat de deux centrales nucléaires aux Émirats Arabes Unis au profit des Coréens pour les mêmes raisons. Bisbilles et rivalités franco-françaises d’un côté, alignement et unité de toutes les parties coréennes de l’autre. Le spectacle de nos divisions inquiétait les Emiriens et faisait la joie d’une équipe de Corée alignée sur une offre rationnelle entérinée par tous. Cadre d’Areva à cette époque, j’ai gardé un vif souvenir de cette triste débandade. Ce n’est pas avec un patchwork de groupes d’intérêt ou de minorités aux préoccupations divergentes que l’on fait face à une armée en ordre de marche. Surtout sur un terrain de jeu plat comme un billard, le fameux « level playing field » sans la moindre barrière, douanières ou non.

Froid constat, dans presque tous les domaines, l’ordre et de la discipline collective des pays confucéens, quand elle est mobilisée par une politique éclairée et non par un communiste arriéré et sanguinaire, l’emporte sur l’individualisme occidental. Industrie, instruction, sécurité publique et maintenant santé publique. Pas un domaine où nous ne soyons dépassés ou du moins rattrapés. La prodigieuse émergence de la Corée du sud ces trente dernières années devraient suffire à convaincre les plus myopes d’entre nous. On peut se rassurer en se disant que notre individualisme nous permet d’être « plus créatifs, plus inventifs ». Vraiment ? Parasite, Oscar du meilleur film, est un bijou coréen qui n’a rien à envier à nos chefs-d’œuvre.

Parasite © 2019 - The Jokers / Capricci Films
Parasite © 2019 – The Jokers / Capricci Films

Alors, oui, nos libertés individuelles n’ont pas de prix et le modèle confucéen en fait volontiers l’économie au profit de l’intérêt de la collectivité. Mais rappelons-nous. Intérêt collectif et liberté individuelle ont cohabité harmonieusement en France. Ce que nous appelions autrefois « le sens civique » n’était rien d’autre que le respect par tous de règles collectives pour le bien de l’ensemble de la population. Ce n’est pas le confucianisme, mais on s’en approche. Ce sens civique – attention particulière apportée à la collectivité – a largement disparu, remplacé par la nouvelle injonction « c’est mon droit ! » portée par les revendications d’innombrables groupes minoritaires. Si nous ne retrouvons pas ce subtil compromis entre sens collectif et espace individuel qui a fait notre force jusqu’au début des années 80, je crains fort que nous n’ayons d’autres choix que de voir les disciplinées pays confucéens continuer de nous battre sur tous les plans.

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En 1870, l’empereur japonais envoyait une mission en Europe pour étudier comment les puissances européennes avaient pu développer une aussi grande puissance politique, militaire et scientifique. Ce fut le début de l’ère Meiji. Près d’un siècle et demi plus tard, ne serait-il pas à nous, Européens, d’envoyer humblement des missions dans cette Asie confucéenne afin de redécouvrir quelques règles simples du succès collectif ? 

Épilogue

Après 17 jours confiné dans une chambre avec cinq autres patients et trois tests négatifs de suite, j’ai pu sortir de l’hôpital et rentrer chez moi. Pour immédiatement entamer une nouvelle quatorzaine de confinement strict, avec interdiction de sortir de mon appartement. Les autorités sanitaires ayant détecté quelques rares cas de résurgence d’une faible positivité après plusieurs tests négatifs, une nouvelle quarantaine est imposée à tous les patients pourtant déclarés guéris. Les autorités ne veulent pas prendre le moindre risque. Encore une fois, la préservation du groupe l’emporte sur la liberté individuelle. Choix collectif entériné par toute la société vietnamienne. Un choix de société inenvisageable chez nous.

Article achevé le 13 avril 2020. Le bilan du Vietnam était alors de 262 cas identifiés et zéro mort.

Les restaurateurs rêvaient de rouvrir le 11 mai aussi

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Les restaurateurs, les hôteliers et cafetiers sont les grands sacrifiés du plan de déconfinement d’Emmanuel Macron 


Le 16 mars dernier, c’est avec stupeur que nous avons appris que pour la première fois de son histoire, la France allait devoir respecter à l’échelle nationale des règles de confinement afin de protéger ses citoyens d’un virus en provenance d’Asie : le Covid-19. Dès le lendemain, les restaurants, les hôtels, les bars et les cafés ont alors dû fermer boutique, plongeant leurs gérants, leurs employés et leurs clients dans un désespoir profond que la durée interminable de cette mise en quarantaine forcée n’a fait que décupler au fur et à mesure du temps. 

Notre identité nationale bouleversée

Adieu petit café du matin dans notre petite brasserie de quartier préférée au sein de laquelle on aime discuter de la pluie et du beau temps. Adieu petit restaurant du samedi soir qui a vu défiler depuis tant d’années nos anniversaires entre amis, nos petits coups d’un soir et autres évènements familiaux qui ont illuminé la maisonnée. Adieu petit bar sympathique à côté du bureau qui autour d’un bon verre de vin a su éponger nos petits tracas du boulot.

Lundi 13 avril, en annonçant la réouverture des établissements scolaires et pas celle des restaurants, des hôtels et des cafés, Emmanuel Macron n’a pas fait que susciter encore un peu plus de désespoir chez les professionnels du secteur…

Avec la fermeture de tous ces établissements, c’est bien notre vie quotidienne dans sa dimension la plus intime qui a été totalement bouleversée. C’est bien notre manière de vivre, partie intégrante de notre culture et de notre identité, qui a pour un temps été complètement décimée. 

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Cette catastrophe qui a été très mal vécue par certains clients réguliers s’est transformée en une véritable tragédie pour les gérants et leurs employés. En effet, même s’il est compliqué de donner des chiffres précis, l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH), principale organisation patronale française du secteur de l’hôtellerie-restauration, estime la perte des hôtels, des restaurants et des cafés à six milliards d’euros depuis le début du confinement, soit 65% du chiffre d’affaires produit par l’ensemble du secteur du tourisme. Beaucoup de restaurateurs, d’hôteliers et de gérants de bistrot se retrouvent effectivement aujourd’hui avec des trésoreries cadavériques et ne savent absolument pas comment ils vont faire pour payer leurs fournisseurs, avancer les salaires de leurs employés en attendant que le chômage partiel leur soit remboursé et payer les charges, même si le gouvernement a annoncé qu’elles allaient être reportées voire en partie annulées. 

Un secteur en apnée

Au-delà de l’aide accordée par l’État qui a pu en soulager plus d’un, la plupart de ces établissements connaissent des difficultés dans leurs relations avec les banques, les bailleurs et les assureurs qui, en cette période compliquée, ne jouent assurément pas le jeu. En effet, il apparaît complexe pour beaucoup d’entre eux d’accéder aux prêts garantis par l’État, de demander un report pour payer leurs loyers ou encore pour se faire indemniser. D’après l’UMIH, alors que 60% des chefs d’entreprises ont fait valoir la garantie perte d’exploitation auprès de leur assureur, près de 98% des demandes ont été refusées. Autant dire que pour beaucoup de restaurateurs, d’hôteliers ou encore de cafetiers, c’est un véritable parcours du combattant pour tenter de sortir la tête de l’eau.

C’est bien pour cela qu’il apparaît aujourd’hui vital de rouvrir rapidement l’ensemble de ces établissements afin qu’ils puissent à terme réussir à s’en sortir. Alors que près de neuf établissements sur 10 sont aujourd’hui fermés, alors que le secteur de l’hôtellerie et de la restauration perd entre 150 millions et 200 millions d’euros de chiffre d’affaires par jour, il est inenvisageable de poursuivre ce que l’on pourrait assimiler à une destruction en règle de tout un pan de notre économie. 

Lundi 13 avril, en annonçant la réouverture des établissements scolaires et pas celle des restaurants, des hôtels et des cafés, Emmanuel Macron n’a pas fait que susciter encore un peu plus de désespoir chez les professionnels du secteur, il a surtout provoqué l’indignation de beaucoup de Français qui ne comprennent pas que l’on puisse rouvrir les salles de classe où s’entassent des dizaines d’élèves sans l’envisager pour les bars, les hôtels, les cafés ou encore les salles de restaurant. Il ne s’agit évidemment pas de faire comme si le Covid-19 avait disparu mais de permettre aux hôteliers, aux restaurateurs et aux cafetiers de relancer leur activité en l’adaptant à la situation sanitaire afin de protéger aussi bien les employés que les clients. 

Pendant ce temps, c’est Uber eats et Deliveroo qui régalent!

Aujourd’hui, seuls les restaurateurs qui sont spécialisés ou qui se sont lancés dans la vente à emporter ou la vente en livraison et seuls les hôtels qui accueillent des personnes en hébergement d’urgence, des routiers ou encore des soignants réussissent tant faire se peut à tirer difficilement leur épingle du jeu, ce qui est absolument catastrophique ! Il est effectivement temps de comprendre que l’aspect économique de la crise que nous vivons est d’un certain point de vue aussi important que son aspect sanitaire. 

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En effet, à force de céder aux diktats des médecins et autres conseillers scientifiques, on en oublie que derrière les choix qui sont actuellement faits, il y a des femmes et des hommes qui sont en train de perdre le travail et l’investissement de toute une vie. Seule la réouverture de leur établissement peut encore les sauver. Par conséquent, Emmanuel Macron doit le plus rapidement possible revenir à la raison et décréter dès le 11 mai la possibilité pour les restaurateurs, les hôteliers et les cafetiers de rouvrir. Il en va de l’avenir de ces chefs d’entreprise et de leurs employés, il en va de l’avenir économique de la France.

24 avril 1915, je me souviens du génocide arménien

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En 1916, 1,5 millions d’Arméniens sont massacrés. Erdogan continue de nier.


C’est le 19 janvier 2007 qu’un journaliste turc d’origine arménienne, Hrant Dink, est assassiné à Istambul, devant le siège de son journal, par un jeune nationaliste qui ne supportait pas que l’on puisse être Turc et mener un combat pour la reconnaissance du génocide arménien. Génocide qui, comme nul ne l’ignore, est une pure invention des Arméniens eux-mêmes. Aghet (la catastrophe) est le nom arménien donné à cette période dramatique de leur Histoire, le mot génocide ayant été inventé bien plus tard, après la Deuxième Guerre mondiale, par la nécessité de définir clairement la Shoah. 

La Turquie a toujours été habitée par divers peuples, dont les Arméniens, Chrétiens, pacifistes, absolument pas expansionnistes et présents dans tout l’empire, à l’Est comme à l’Ouest. Ils sont pourtant traités comme des sujets de deuxième classe. En 1895 déjà, deux cent mille Arméniens avaient été massacrés parce qu’ils réclamaient d’être considérés comme des citoyens turcs à part entière. Ces premiers massacres illustraient parfaitement la discrimination qui les frappait de plein fouet au quotidien. 

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Du point de vue national, le pays est alors dirigé par un triumvirat d’officiers supérieurs appelés « les jeunes Turcs ». Ils agissent comme des dictateurs absolus et raniment et exacerbent le sentiment anti-arménien. Leur devise : la Turquie aux Turcs. Ultranationalistes, ils veulent un empire grand et homogène, calqué sur celui de l’ère ottomane. En 1914, lorsque la Première Guerre mondiale éclate, ils s’allient tout de suite aux Allemands lesquels se moquent éperdument du sort des Arméniens, les estimant liés à la politique interne de la Turquie. Lorsqu’en janvier 1915, l’empire perd 80 000 hommes sur les 100 000 engagés sur le front russe, c’est une grave défaite que les Turcs ne peuvent assumer qu’en accusant immédiatement les soldats arméniens (qui pourtant se sont très loyalement battus) d’avoir pactisé avec les ennemis russes. Ils sont désarmés et 60 000 d’entre eux massacrés. 

Les « restes de l’épée »

C’est dans cet état d’esprit que le 24 avril 1915 une rafle estimée à 2500 intellectuels de premier plan marquera le début officiel du génocide arménien. La machine est lancée, rien ne pourra plus désormais l’arrêter. S’enchaîne alors directement la politique dite des expulsions du territoire turc, officiellement ouvertes vers des nouveaux territoires en Syrie. Parallèlement pour pousser chaque Arménien à accepter ces départs, la population turque est montée contre eux, porteurs de tous les péchés anti turcs du monde. C’est le début du grand déplacement pour les femmes et les enfants, les hommes, eux, étant généralement massacrés sur place. La police turque, elle, se ruait sur les Arméniens comme le Vésuve sur Pompéi. Les tortures étaient courantes, première étape avant que les hommes ne soient directement égorgés en masse. Leurs cadavres étaient alors entassés dans les rivières, dès lors nommées « rivières de sang ». Et là on reconnaît ce que sera Daesh bien plus tard. Un responsable turc, écœuré par ce qu’il voyait, avoua qu’il eût été plus humain de tuer les gens plutôt que de les soumettre à des supplices innommables, estimant par ailleurs que les déportations étaient plus cruelles que les massacres eux-mêmes. Autre méthode : celle des précipices. On commence par y jeter les hommes vivants, alors que les femmes et les enfants sont parqués un peu plus loin. Quand on en a fini avec eux, femmes et enfants sont appelés à les rejoindre et précipités à leur tour dans le vide. Aujourd’hui encore on nomme ces lieux « les précipices arméniens ».

Les survivants à tous ces carnages, réunis en colonnes, marchaient vers un nulle part décrit comme un nouveau départ. Nous sommes là fin mai 1915. Plus d’un million de personnes sont ainsi déportées vers les déserts de Syrie et de Mésopotamie. C’est à une marche à pied dramatique qu’ils sont soumis. Un aller sans retour en plein désert.  Epuisés et mourants, ils sont d’abord volés et pillés. Et lorsqu’il n’y a plus rien à prendre, on enlève les femmes et les enfants pour les vendre. C’est la faim et la soif qui aura raison des derniers survivants. Ce type de déportations mortelles, systématiquement organisées, a duré une année. Rien ni personne ne devant rester, si ce n’est les reliefs des pillages et de la mort. Le but étant d’éliminer le plus d’individus possible. Le transfert vers les camps de la mort ou vers la mort en plein désert se faisait aussi par train. Les Arméniens étaient entassés dans des wagons à bestiaux qui donnèrent, vingt-cinq ans plus tard des idées aux nazis. Les voies, tout de leur long, voyaient s’amonceler les cadavres. Un témoin de l’époque a dit et écrit qu’il y avait tant de mains coupées d’enfants entre Mossoul et Alep qu’elles auraient bien pu daller la route. Pendant ce temps, l’allié allemand se taisait et couvrait de sa passivité le génocide, l’essentiel étant de garder les Turcs de leur côté, et tant pis pour le sort réservé aux Arméniens. Du 24 avril 1915 à décembre 1916, c’est ainsi 1,5 million d’Arméniens qui seront massacrés de la pire façon qui soit. Ceux qui eurent la chance d’y échapper, entre juin et août 1915, et fuir vers l’Europe occidentale ou les Etats-Unis, furent appelés, métaphore terrible, « les restes de l’épée ».

Désinformation et tromperie

En 1918, ce qu’il reste de l’empire ottoman sortira de la guerre par une défaite des plus sévères et la perte de 80% de son territoire. Ce sera la République d’Atatürk, fermée elle aussi à la reconnaissance du génocide arménien. Génocide et nettoyage ethnique demeurent des infamies toujours pas reconnues par l’état turc. Car la Turquie moderne continue de refuser de toutes les manières possibles le souvenir du génocide. Aujourd’hui, le nationalisme turc exacerbé s’applique à faire oublier les réalités incontournables du début de notre vingtième siècle, au profit d’une histoire officielle. Il y a ainsi ceux qui ont subi le génocide mais doivent demeurer silencieux et ceux qui s’attachent au jour le jour à l’étouffer dans l’oubli. Les Turcs, sans vergogne, continuent de manipuler la mémoire des hommes. Aujourd’hui encore, un musée turc négationniste est ouvert au public et présente une vision mensongère des massacres qui ne sont plus d’Arméniens mais devenus de Turcs. Ainsi peut-on inverser les crimes. Ainsi peut-on mentir au plus haut sommet de l’état. Mais qui aura le courage de se lever et demander l’arrêt de cette imposture ? Notre planète ne serait-elle qu’un terreau pour la désinformation et la tromperie ? 

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Erdogan, puisqu’il s’agit de lui – qui rêve de se faire couronner nouveau sultan d’un monde ottoman ressuscité –, répète à l’envi que confronté à des preuves, il reconnaîtra le génocide. Pourtant à Berlin, une masse incroyable de documents d’époque, archivés et visibles, donnent à lire ce qui a été écrit à chaud par des journalistes, des militaires, des ambassadeurs, des consuls, des religieux, etc., lesquels décrivent sobrement la barbarie qui se montrait à eux. Ces documents sont à disposition de qui le veut. A fortiori donc du sieur Erdogan. Ce sont des notes qui, pour la plupart, explicitent et décrivent les agissements sauvages des Turcs. Ce sont des archives d’ambassades et consulats qui démontrent par leur seul témoignage la cruauté et la barbarie qui érigeaient des tapis de cadavres comme au sortir d’un abattoir. Le sort tragique des Arméniens était interdit de photographie et de caméra. Les preuves réclamées par Erdogan, il fallait les empêcher d’exister dès le départ ! Mais l’horreur était tellement évidente que des bribes de rapports et de regards sont demeurées à notre disposition pour que ne meure pas, dans les bras de l’Histoire, la vérité sur les victimes arméniennes et leurs bourreaux turcs.  

Il est toujours difficile aux Arméniens de Turquie, extrêmement minoritaires on s’en doute, de vivre au jour le jour leur réalité dans un univers qui n’a rien perdu de son hostilité. Il faut savoir qu’en Turquie le mot arménien est resté une insulte car ils ne sont que de vils mécréants refusant de se convertir à la religion musulmane. Mais aujourd’hui, comment accepter que des nations acquises aux droits de l’homme se refusent à défendre de même les droits des Arméniens ? Y aurait-il deux poids et deux mesures, alors que, cent cinq années plus tard, de nombreux pays se refusent toujours à reconnaître le génocide, Turquie en tête, qui en fut pourtant le maître d’œuvre ?  Turquie à qui l’Europe a mis en main les clés de la gestion des populations immigrées en route vers l’Eldorado occidental ? Turquie appartenant toujours à l’OTAN et s’appuyant sur cette appartenance pour demander une aide militaire dans sa conquête de nouveaux territoires procédant d’un néo-empire ottoman ? Turquie qui manipule gaiement des pays européens décadents, dont hélas le nôtre ? Mais il est vrai que le mensonge est devenu entre temps, le chapitre essentiel du grand livre de la communication politicienne.

Qui chroniquera le Covid-19?

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Au secours ! Bernard Frank, Alexandre Vialatte ou Jules Renard, revenez dans la presse écrite !


Quelques écrivaines humanistes à inclinaison victimaire ont bien essayé de prendre le pouls du pays, de saisir l’effroi, de poser des mots sur le virus tueur, de trouver un ton vaguement cajoleur sans y parvenir.

L’idéologie majoritaire pervertit les chroniques confinées

Elles ne sont pas à la hauteur de l’événement, trop confites dans leur milieu culturel et elles manquent d’une pratique régulière. Chroniquer l’actualité est un art qui demande de la distance, de la constance, de la férocité, de l’étrangeté aussi, ne pas coller aux faits aveuglément, savoir les percuter de côté pour emporter le lecteur ailleurs, l’extraire de sa gangue protectrice, tout en l’informant par la bande. Oui, le secouer de ses habitudes pantouflardes et trouver des formules qui, au soir couchant, le berceront d’une ironie douce. Nos braves auteures n’ont pas le goût de la bravade, des échappées solitaires, elles ont la phrase poussive et les réflexes de classe en héritage. L’idéologie majoritaire a perverti leurs billets, sentencieuses cartes postales de collégiennes en difficulté scolaire. Elles n’auront jamais l’humeur taquine ou maussade, noire ou pétroleuse, elles ne savent qu’ânonner le réel. Leur résultat tient plus du grossier tricotage que de la chronique cavalcade. La plume est engorgée, la vision est obstruée par un fatras de prudentes convenances et de fausses pudeurs, de combinazione et surtout de la peur de perdre leur influence dans les librairies.

Rien de pire qu’un chroniqueur radin

Je ne reprocherais jamais à un auteur de penser bassement si dans ses papiers circulent au moins un jus, un filet qui le distingue de ses confrères. J’accepte de me vautrer dans la prose d’autrui, même de payer un journal papier, si le chroniqueur me fait partager son talent, sa morgue, ses pulsions ou ses écœurements. Il n’y a rien de plus détestable et impoli qu’un chroniqueur radin, travaillant à l’économie, soupesant ses signes comme un communicant rédige un dossier de presse avec modération et pondération. Le lecteur n’attend pas une leçon de morale vaseuse ou un tirage à la ligne fainéant. Il veut que les mots s’entrechoquent, que la phrase ne soit pas en salle de réanimation, que l’article suspende le temps, durant juste quelques minutes. C’est trop demander, j’en conviens, nous sommes à l’ère du formatage en cascade et des réciteurs subventionnés.

>>> Retrouvez les autres chroniques de Thomas Morales ici <<<

Longtemps dans nos journaux, il y eut des feuilletonnistes qui piquaient notre curiosité au vif, ils nous prenaient à rebours et nous aimions ça. Leur prose dissonante avait des effets euphorisants sur notre santé. Aujourd’hui, entre le commentaire du commentaire et la rédaction glaiseuse, les lecteurs se sentent abandonnés. Nous exigeons notre dose quotidienne (ou hebdomadaire) de fulgurances. Faites chanter l’imprimé, mesdames, décorsetez vos lignes ! La chronique est justement le lieu de percussion entre la littérature et le journalisme, elle emprunte aux deux ce qu’ils ont de meilleur.

 « Les vrais feuilletonnistes meurent à la tâche »

Après avoir écouté des heures durant les chaînes d’info, fait la comptabilité morbide avec un professeur et pointer les carences de l’état, notre appétit de lecture n’en demeure pas moins insatisfait. Nous restons sur notre faim. Ce matin, je donnerai cher pour lire un billet ensorceleur de Bernard Frank (1929-2006) sur le Covid-19, comment ce virtuose vachard et désabusé aurait traité la situation actuelle ? Comment s’y serait-il pris pour libérer un sujet aussi confiné ? Nos chères écrivaines pourraient s’inspirer de cette réflexion recueillie dans son feuilleton Solde (Flammarion/dernière réédition 2010) : « Un livre, c’est souvent plus sale, plus humiliant qu’un article. Ça débute à reculons, ça n’avance pas, ça bute (ce qui est déjà un progrès sur le début), brusquement ça n’en finit pas. Ça se termine en détresse comme un bateau qui va couler, ça se fait vite à la fin que l’on n’a pas toujours le temps de sortir de son livre. Les feuilletons pour l’écrivain, ce sont des piqûres, des injections d’amour-propre qu’il s’offre […] Les vrais feuilletonnistes meurent à la tâche ». Autre phénomène de la presse d’antan, Alexandre Vialatte (1901-1971) aurait esquivé, comme à son habitude, dans le quotidien La Montagne (L’Auvergne produit des ministres, des fromages et des volcans), préférant s’aventurer dans le burlesque et le fantastique au lieu de s’accrocher au triste bilan sanitaire. La chronique ne répond à aucune norme AFNOR, elle n’est soumise à aucun embargo. Vialatte n’a-t-il pas écrit que ce curieux mois d’avril a « vu naître la draisienne, le vélo pliant et Landru » ! Quel sort aurait-il pu jeter au Covid-19 ? Et si le plaisir du lecteur, son souffle salvateur se nichait dans le Journal de Jules Renard (1864-1910). En cette année 1899, au mois d’avril également, il écrivait : « Sors, va ! Promène-toi ! Le beau temps perdu ne se retrouve jamais. Deux canards traversent les airs à des hauteurs où notre cruauté n’atteint pas ». Lire les grands chroniqueurs, c’est retrouver un peu de notre liberté perdue.

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Éduquer un enfant aujourd’hui, c’est « l’inadapter »?


Ma guerre en short. La chronique de Cyril Bennasar.


Après ces semaines de confinement parental passées à occuper un enfant seul du matin au soir, je vais être content de retrouver l’école. Je ne sais pas si ce sera réciproque. Depuis le début de la scolarité de mon fils qui est en moyenne section de maternelle, il y a comme une gêne entre moi et le personnel enseignant. J’ai l’impression qu’on n’est pas aussi aimable avec moi qu’avec d’autres parents. Bien sûr on n’affiche pas une hostilité ostensible mais je vois bien qu’à l’heure de l’accueil, on m’ignore, on regarde ailleurs, on se détourne. Si je ne plante pas mon regard dans celui d’une maitresse, je n’ai pas droit à un « bonjour ».

Légitime défense

Je dois l’avouer, c’est moi qui ai commencé à mettre une mauvaise ambiance. Sur l’une des fiches d’informations que l’on remplit à la rentrée, au lieu de rayer la mention inutile, j’ai rayé les deux. Incapable de décider qui de moi ou de ma femme deviendrait le « parent un » et qui serait le « parent deux », qui serait le principal et qui l’accessoire, qui aurait la vedette et qui jouerait les seconds couteaux, j’ai remplacé d’un coup de stylo peut-être un peu trop rageur les innovations administratives par les traditionnels « père » et « mère ». Nous ne sommes pas des numéros, nous sommes des êtres humains obstinément genrés. Nous préférons rester confits dans nos stéréotypes sexistes et laisser dans un flou artistique toute notion de leadership plutôt qu’introduire par les chiffres une hiérarchie dans le couple et entrer en guerre pour savoir qui serait le number one. En a-t-on déduit en milieu éducatif que j’étais homophobe ? Ce n’est pas le cas. Je me moque que des marginaux déviants élèvent des enfants entre hommes, entre femmes, entre soi. Je fais celui qui n’entend pas quand ils racontent à leurs gosses que ceux-ci ont deux papas ou deux mamans, mais quand les lobbies obtiennent que l’on bouscule l’école de la République, l’usage hétéro-normé, je corrige. Avec mon stylo bien sûr.

J’en ai toujours un sur moi, mais je ne le sors qu’en état de légitime défense, quand ma langue écrite est attaquée. Cela arrive souvent, dans la rue ou dans les parties communes de la copropriété, sur une affichette ou un graffiti. Je suis incapable de passer devant un « mort aux juif » bombé sur un mur sans m’arrêter pour ajouter le « s » qui manque. Qu’on projette de m’exterminer, je m’y suis fait, ce n’est pas nouveau. Mais de grâce, qu’on n’assassine pas ma langue ! 

L’incorrect

Hélas, je n’ai pas de limites, je ne sais pas m’arrêter de jouer le justicier qui vole au secours du français, même quand je sens que je ferais mieux de fermer les yeux sur les outrages. À l’école de mon fils, je m’obstine à corriger sur le cahier de correspondance les fautes d’orthographe, de grammaire ou de syntaxe assez rares mais bien réelles, au stylo rouge et avec des points d’exclamations consternés, ou par l’un de ces commentaires qui remplissaient les marges de mes copies pendant toute ma scolarité, « peut mieux faire », ou « pas français » et qui ont fait de moi le pénible redresseur de torts faits à ma langue que je suis devenu. Je comprends que ces interventions écrites puissent être vexantes surtout quand les fautes sont commises par des assistantes scolaires fraichement françaises et à fort accent mais je ne suis pas assez bienveillant pour laisser mon fils apprendre à lire dans son cahier en découvrant que mercredi, « les enfants sont aller à la piscine ».

Et il y a pire : Je réponds. Je ne suis jamais insolent mais peut-être parfois incorrect. Quand la maitresse accueille les parents en saluant les hommes d’un « Bonjour papa », je vois bien que je suis le seul à lui répondre « Bonjour maîtresse » alors qu’elle n’est pas plus ma maitresse que je ne suis son père. Le jour de la fête de l’école, quand tout le personnel de l’établissement, intégralement féminin, est affublé de fausses barbes et de moustaches peintes dans un bel élan collectif de “transgression” conformiste, j’ose faire remarquer à l’institutrice sur le ton de la plaisanterie que je la préfère femme. Et je vois bien que je ne fais pas rire.

Lire la chronique d’hier: Déconcentré devant ma télé

Voilà pourquoi je suis partagé quand on annonce la réouverture des écoles. Comme quand je réfléchis à cette terrible idée avancée par Renaud Camus (celui que Jérôme Garcin qualifie d’écrivain d’extrême droite sans se douter qu’à défaut de causer du tort à l’écrivain, il risque bien de réhabiliter l’extrême droite), et ainsi formulée : « éduquer un enfant aujourd’hui, c’est l’inadapter. » 

On compte les morts et on oublie nos vieux

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Le comptage des morts du Covid-19 est éminemment politique. Une manière de se polariser sur l’épidémie à l’exclusion d’autres fléaux. Et d’oublier nos vieux encore vivants ?


Nous comptons nos morts. Depuis un mois, nous avons droit au décompte macabre des victimes du coronavirus, chaque soir égrené par la bouche d’un officiel, et chaque matin, chaque midi, chaque heure par tous les journaux qui ne parlent plus que de cela. Nous sommes quotidiennement hantés, obsédés par le spectre de cette mort.

Dénombrer les trépassés

Avant cela, remarquez, nous nous étions déjà un peu préparés. Nous avions eu droit au décompte des femmes tombées sous les coups de leur conjoint.  Et avant encore, avec une fréquence moindre, heureusement, au chiffre saisonnier des morts sur la route. Ces chiffres, plus grands, plus petits, font chaque fois leur office : quels qu’ils soient, le dénombrement des trépassés nous stupéfie, nous frappe à l’imagination, et paraît-il au cœur. Nous serions donc devenus particulièrement conscients, soucieux de la mort des autres – et de la nôtre.

Le président Macron vient d’autoriser les visites aux agonisants. Il était plus que temps

Pourtant une chose devrait nous étonner : ces chiffres sont toujours choisis, sélectionnés, représentatifs d’une catégorie unique et singulière. Pourquoi après tout compter les épouses battues à mort, par exemple, et pas les enfants ? ou les maris (il y en a) ?  Pourquoi dénombrer les morts par accident de la route, et pas celui des cancers du sein ? Pourquoi celui des décès entraînés par le coronavirus, et pas celui des suicides ? On ne peut pas tout faire à la fois, sans doute. Mais ces chiffres, qui sont autant de slogans pour quelque cause entendue d’avance, n’en sont pas moins chaque fois l’arbre qui cache une immense forêt.

Jadis les parents d’un mort…

Car en réalité, nous ignorons la mort. Dans les années quarante, cinquante encore, on trépassait volontiers chez soi. La famille tendait un drap noir sur la façade de la maison. Les parents, les amis, les voisins rendaient visite aux proches éplorés ; on se relayait pour veiller le cher disparu, comme on s’était relayés pour veiller le malade. On buvait du café ; on évoquait la vie du défunt ; on médisait peut-être un peu… et puis on observait le corps, la dépouille, les progrès de l’état cadavérique ; on se prenait à méditer, enfin, sur la vie et sur la mort, qui vous prend comme ça un jour ou l’autre, on réalisait qu’elle surviendrait bien un jour pour nous aussi ; on s’habituait à l’idée et à la chose. La mort devenait familière. Nous étions instruits de notre destin. Sans compter qu’on avait encore un peu de religion, un peu de sens du sacré ; et le surnaturel est la sphère idéale pour appréhender ce qui nous dépasse.

A lire aussi: Les plans de la société « postmortelle » retardés

Mais les choses ont bien changé. Rares sont ceux désormais qui ont la chance de mourir à la maison, dans des lieux et près de ceux qu’ils ont longtemps connus sinon véritablement aimés. On succombe à l’hôpital où tout le monde est pressé de vous dépêcher avant que l’heure fatale ne sonne, tant on se persuade qu’on pourra toujours la retarder – ou tant elle nous fait peur. Et on rend son dernier soupir entouré d’inconnus en uniforme blanc, tout pleins de cette sollicitude médicale qui ignore tout du sens mystérieux de notre existence ; ou tout seul, bercé par le bruit des machines qui assistent et mesurent votre agonie avec exactitude.

Esprit, es-tu las ?

Les proches du défunt peuvent encore compter sur leur famille et leurs amis pour trouver un peu de consolation, de soutien ; mais ils ne reçoivent plus guère la visite de leurs voisins. Qu’importe les voisins ? direz-vous. Pourtant ces gens qui, sans être indifférents, sont nécessairement moins affectés que vous, faisaient souffler dans votre demeure le vent de la vie qui continue, heureusement. Ce n’est pas négligeable lorsqu’on est frappé par le deuil. Ils socialisaient la mort. Nous en étions socialement instruits.

Désormais, nous ne nous intéressons plus qu’à nos défunts bien à nous, à ceux qui nous touchent de plus près. Et l’espérance de vie s’étant considérablement allongée, il peut se passer un temps presque infini avant que nous nous trouvions nez à nez avec un cadavre. Notre confrontation à la mort est de plus en tardive. Nous ne côtoyons plus guère la grande faucheuse, nous ne la connaissons plus. Elle nous effraie d’autant plus. Sans compter que déspiritualisée, ne reste plus que l’horreur matérielle d’une inutile dépouille.

Notre imagination, qui se souvient confusément tout de même que le sujet nous concerne un peu, pour satisfaire son naturel appétit se rabat sur les faits divers, sur les films policiers, les films d’horreur – comme sur les chiffres abstraits des morts à la mode du jour. Ces morts-là pourtant nous fascinent plus qu’ils ne nous instruisent : non seulement ils restent abstraits, mais la cause de leur trépas est si singulière qu’elle a peu de chance d’être un jour la nôtre. Nous aimons nous faire peur, mais nous gardons prudemment nos distances. Notre naturel anéantissement recule ainsi dans un horizon toujours plus lointain, toujours plus imaginaire. Pour un peu nous nous prenons à nous croire éternels. Les journaux les plus sérieux évoquent la promesse transhumaniste d’une victoire définitive sur la mort, sans rire – et sans même en envisager les nombreux, les insurmontables inconvénients. C’est dire si nous nageons en plein fantasme.

Mort au tournant

Le mot lui-même devient difficile à prononcer : on lui préfère non pas la métaphore traditionnelle, si bien motivée en définitive, de la disparition, mais la périphrase à consonance administrative “fin de vie” qui fait l’économie de la carrière qui commence. Enfin l’euthanasie, en attendant la vie éternelle, sonne résolument une première victoire : une mort quand je veux, si je veux, en quelque sorte. Nous prétendons nous assurer du contrôle total de notre existence ; avec la mort, qui on le sait ne prévient pas toujours, c’est le hasard de notre finitude que nous révoquons, pour atteindre à la toute puissance sur nous-mêmes. La grande faucheuse n’est plus qu’une sorte de mythe qui, quand il vient à se réaliser, nous apparaît comme un véritable scandale. Quoi ? En 2020, nous mourons toujours ? Et à plusieurs encore ?

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Aussi, compter les morts comme nous le faisons en ce moment, c’est vraiment jouer à se faire peur. C’est en même temps la fascination pour cet horizon lointain que nous savons au fond de nous inéluctable, et le refus indigné du trépas. C’est la tentation du frisson, sans raison. Sans raison, car si nous comparions ces morts avec d’autres, ceux du coronavirus avec les six cent mille décès français annuels, avec les trente mille Français qui succombèrent à la grippe de Hong-Kong en trois mois, avec les cinquante millions d’hommes qui ne résistèrent pas à la grippe espagnole à travers le monde – et même avec les vingt mille victimes de la grippe en neuf semaines à peine en France il y a deux ans ; si nous faisions l’observation que dans une population ultra-vieillissante, quand quatre-vingt-dix pour cent des victimes du virus ont plus de soixante-cinq ans et que parmi les dix pour cent restant encore quatre-vingts pour cent souffrent d’autres pathologies graves ; si nous faisions sincèrement et précisément ces comparaisons nous serions peut-être forcés de comprendre que ce qui nous arrive après tout n’a rien de très extraordinaire, rien que d’assez naturel, et nous serions forcés d’avoir moins peur. Au lieu de quoi, nous comptons seulement une catégorie de morts et, persuadés que la mort est un scandale, nous offrons nos libertés en holocauste sur l’autel de la peur. Quand on clame que la vie n’a pas de prix, on est prêt à tout, même à se faire esclave.

Et nos vieux ?

Nous nous effarons qu’en 2020 une épidémie puisse encore nous frapper et faire tomber les plus fragiles d’entre nous. Mais pendant que nous comptons gravement nos morts, nous dédaignons de nous intéresser à la manière dont crèvent nos vieux. Nous n’avons d’yeux que pour le “combien ?”, et restons obstinément aveugles au “comment ?”. Personne ne semble se demander si nous les avons humainement accompagnés dans leurs derniers instants. Le président Macron vient d’autoriser les visites aux agonisants. Il était plus que temps. Mais l’année risque d’être longue, et il n’y a pas que le coronavirus qui tue. Peut-être pourrait-on autoriser tous nos vieux, et pas seulement ceux qui vivent leurs derniers instants, à voir tranquillement leurs enfants, avant qu’ils ne se laissent glisser par désespoir vers la mort : les voir pas seulement pour leur dire adieu, mais pour qu’ils ne perdent pas l’envie de vivre. Surtout quand on songe que quelques tests suffiraient dans la plupart des cas à rendre la chose possible sans danger.

Elle change de sexe et porte plainte contre la clinique

 


À Londres, une Britannique reproche à une clinique spécialisée dans les changements de sexe de l’avoir influencée.


Au Royaume-Uni, on dit des gens rongés par le remords qu’ils ont les pieds froids (« cold feet »). C’est le cas de Keira Bell, une Britannique de 23 ans, qui a entrepris à l’adolescence un traitement pour changer de sexe. Aujourd’hui, elle porte plainte contre la clinique londonienne Tavistock spécialisée dans les changements de sexe et financée par le NHS (Système national de santé). « On aurait dû me pousser davantage à réfléchir à mes troubles de l’identité et à mon désir de sauter le pas, cela aurait pu changer beaucoup de choses », plaide-t-elle. Garçon manqué dans l’enfance, la jeune fille a décidé de changer de sexe une fois adolescente à force de consulter des sites internet.

Pour répondre aux attentes des ados en quête d’identité sexuelle (qui invoquent la « dysphorie de genre », trouble reconnu, mais en réalité très rare), les services de santé britanniques ont abaissé à 12 ans (alors qu’il était fixé à 16) l’âge des prescriptions d’hormones qui bloquent la puberté. Cette première étape permet ensuite d’engager une transition sexuelle. Or, Keira est restée bloquée au milieu du gué. Encore femme, elle a senti son mal-être s’aggraver à mesure qu’elle avançait vers la masculinité. Bien que la clinique Tavistock prétende que les hormones bloquant les effets de la puberté sont sans danger et le processus réversible, le Gender Identity Development Service affirme que leur impact sur le développement du cerveau et la santé psychique reste encore largement inconnu.

À la question « Qu’auriez-vous envie de dire à la jeune fille de 16 ans que vous étiez ? » Keira Bell répond : « Je ne lui dirais rien, car à cet âge on n’écoute rien. Par contre, il appartient aux institutions comme Tavistock de se remettre en question et d’entreprendre un suivi psychologique sérieux de ces ados avant de prendre leur parole comme sacrée, car pour moi il s’agissait d’un fantasme et j’en paie de lourdes conséquences aujourd’hui. Je suis en colère. » Partie civile dans cette affaire, le NHS a commandité une enquête sur les hormones incriminées sans toutefois contester les méthodes de la clinique. C’est ce qu’on appelle se défiler à l’anglaise.

Entrepreneurs: Charles Gave sonne le tocsin

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La crise sanitaire, d’après cet économiste, risque de causer un brutal effondrement du secteur privé.


Charles Gave est un homme qui ne mâche pas ses mots. Dès son premier essai paru en 2003, Des lions menés par des ânes (Robert Laffont), il envoie du lourd en prévoyant le pire et en reprochant à nos élites de faire beaucoup d’efforts pour éviter les vrais défis que la France « [a] affrontés et [va] encore devoir affronter ». Il écrit alors que les politiques de ces élites entravent toutes les libertés en freinant la croissance et que « les seuls gagnants de cette dérive perpétuelle sont toujours les mêmes : l’État et ses technocrates, jamais l’emploi ni les profits, ces derniers étant pourtant la condition de l’emploi de demain. »

Prenant à son compte la formule de Jean-François Revel, « l’État, ce monstre gélatineux et prédateur », et après une implacable démonstration sur les dérives du « tout-État » et sur le social-clientélisme à la française, Gave enfonce le clou : chez nous « le citoyen ordinaire est abruti par une propagande étatique incessante et […] la France n’est plus aujourd’hui en démocratie car c’est un pays qui est mis en coupe réglée, sous le joug d’une écrasante technocratie ». Et il ajoute ceci : « Les technocrates au pouvoir et leur idéologie SONT le problème et attendre d’eux la solution est hilarant. Cela revient à confier la clé de sa cave à vins à un sommelier alcoolique. »

Le bon mot de Milton Friedman

Tous ces mots datent de 2003 et c’est peu dire que les choses ne se sont pas arrangées depuis. Sans compter l’infernal cercle vicieux que l’économiste avait développé ainsi : « Plus la part de l’État dans l’économie est forte, plus la croissance est faible. Plus la croissance est faible, plus le taux de chômage monte. Plus le taux de chômage monte, plus les dépenses de l’État augmentent. Et plus la croissance est faible, etc. Un cercle vicieux dans toute son horreur. »

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Charles Gave est un vrai libéral au sens philosophique du terme. Contrairement à la plupart des économistes français qui sont payés par l’État, soit directement, soit indirectement, c’est un total indépendant, un self-made-man qui a brillamment réussi dans le privé, hors de France, dans la gestion et la finance, après des études non moins brillantes à Toulouse (DESS d’économie et Sciences Po) et aux États-Unis (MBA). C’est aux États-Unis qu’il rencontre le célèbre Milton Friedman, prix Nobel d’économie en 1976 et fondateur de l’école libérale de Chicago, avec lequel il restera en contact pendant une vingtaine d’années. Par curiosité, ce Friedman est l’inventeur de la fameuse formule « There is no free lunch » (« Il n’y a pas de repas gratuit »), également l’auteur de cette sentence qui a fait le tour du monde mais sans jamais passer par Paris : « Si on paie ceux qui ne travaillent pas et si on taxe ceux qui travaillent, il ne faut pas s’étonner que le chômage augmente. »

La France à genoux

Après plusieurs livres et des centaines de chroniques sur le site de son Institut des Libertés qu’il a créé et qu’il préside, Charles Gave s’efforce aujourd’hui d’analyser « les conséquences politiques du coronavirus », ce qui est précisément le titre de sa chronique parue ces derniers jours. Et ce qu’il constate, c’est qu’un épouvantable désastre se prépare qui va mettre la France à genoux, à cause justement de tout ce qu’il avait analysé en 2003 dans Des lions menés par des ânes. C’est-à-dire un effondrement général dans le secteur privé, non pas dans les grandes entreprises ou les multinationales du CAC 40, mais chez les petits entrepreneurs et les indépendants, commerçants, restaurateurs, maraîchers, paysans, etc., « ce qui finirait de désertifier nos campagnes et nos villes petites ou moyennes, déjà bien atteintes ».

Et d’ajouter : « Un café local, l’hôtel de Paris dans une petite ville, une modeste agence de voyages, le réparateur informatique, un restaurant familial à l’écart des routes, le libraire qui avait résisté à Amazon… beaucoup risquent de ne jamais rouvrir […] et voir l’œuvre de leur vie détruite en quelques semaines car ils n’auront pas pu accumuler assez de réserves financières pour réussir à passer cette période sans dommages. » Le responsable est clairement fléché : « cet État prédateur qui cherche à empêcher les gens d’épargner pour qu’ils restent bien soumis, comme il sied aux gens de peu »…

Ce qui va baisser fortement est le PIB du privé

Sa démonstration par les chiffres est sans appel : puisque la part de l’État français dans le PIB représente 56,5 %, il ne reste plus que 43,5 % pour le secteur privé, « le chiffre le plus faible de tous les pays développés ». « Ce qui va baisser fortement dans tous les cas de figure, écrit-il, ce n’est certainement pas le PIB du secteur public, mais bien celui du privé, qui va se retrouver en quasi-dépression. Imaginons qu’il baisse de 20 %, ce qui n’aurait rien d’étonnant puisque le tourisme à lui tout seul représente 10 % du PIB total, soit environ 20 % du PIB du secteur privé. »

Voilà pourquoi Charles Gave sonne le tocsin en nous prédisant que « des hordes de petits patrons et leurs employés [vont] se ruer vers des systèmes sociaux » déjà complètement surchargés et en déficit, « auxquels parfois ils n’auront même pas droit ». Pour lui, il va se passer la même chose qu’avec nos hôpitaux actuellement « mais à la puissance 10 car les dépenses publiques vont exploser tandis que les recettes fiscales vont s’effondrer. » Résultat : la totalité du secteur privé va tomber en dessous de 40 % du PIB, peut-être même assez nettement, faisant passer le secteur public au-delà de 60 %, c’est-à-dire aux frontières d’une sorte de monde communiste où « la bataille pour se partager les morceaux de la poule aux œufs d’or que l’on vient de tuer risque d’être féroce […] avec un risque d’hyperinflation, de contrôle des changes et de contrôle des prix […] et avec un coût humain gigantesque. »

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C’est sans doute la raison pour laquelle, selon Gave, Emmanuel Macron, entraînant avec lui l’Espagne et l’Italie, voudrait mutualiser les dettes étatiques européennes, ce que des pays en meilleure santé financière que nous, comme la Hollande, l’Autriche et l’Allemagne, veulent éviter à tout prix et on peut les comprendre car ils sont un peu notre inverse : les secteurs privés y sont plus importants que les secteurs publics (57 % du PIB en Hollande, 51 % en Autriche et 56 % en Allemagne, contre, rappelons-le, 43,5 % en France). Même si les secteurs privés de ces pays perdaient quelques points de PIB dans la crise, une fois celle-ci passée et en serrant un peu les boulons, ils pourraient revenir à leur équilibre antérieur.

Telle est donc la thèse de cet économiste libéral pour qui l’Espagne, l’Italie et la France n’ont pas su ou pas voulu se réformer quand c’était possible, particulièrement la France avec son « État gélatineux et prédateur ». Dans un pays en totale faillite et dans un Hexagone chaud bouillant, le risque serait alors très grand d’entrer dans une période prérévolutionnaire avec des jacqueries à côté desquelles les mouvements des « gilets jaunes » passeraient pour des équipées folkloriques. Conclusion de Charles Gave : « Attachez vos ceintures […], nous avons en France au pouvoir des gens hors sol […] qui ne comprennent rien à la France ni à son peuple et qui d’ailleurs n’aiment ni l’un ni l’autre. »

Une lueur d’espoir

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Ferhat Mehenni, du mouvement pour l'autonomie de la Kabylie (MAK), en août 2009 © AFP STEPHAN AGOSTINI

La catastrophe humanitaire, dont on peut redouter l’impact important sur les populations démunies, peut catalyser l’émergence de vraies nations, dont la Kabylie, capables de s’organiser harmonieusement – contrairement aux Etats postcoloniaux comme l’Algérie.


En mars 2020, contre toute attente, l’ordre mondial s’est écroulé. Bâti sur les ruines du féodalisme, il avait connu son extension à l’ensemble des continents par la colonisation et s’était fortifié à travers des institutions internationales politiques, économiques et financières. Il avait pour moteur la rivalité entre grandes puissances militaires pour la domination du monde. Ceci a favorisé la course aux armements par le biais, entre autres, de l’innovation technologique.

Sauve-qui-peut et chacun pour soi

Une matière, invisible à l’œil nu, a eu raison de tout l’édifice qui s’est effondré comme un château de cartes. Un tsunami pandémique en a eu raison. En l’espace de quelques semaines il ne reste ni ONU, ni Europe ni une quelconque organisation régionale crédible. Le sauve-qui-peut et le « chacun pour soi » se sont emparés de tous les gouvernants qui ont tordu le cou à la notion d’alliances et de coopération internationale.

Les stratèges militaires qui, jusque-là, n’incitaient leurs dirigeants qu’à (se) préparer des guerres, se surarmer pour dissuader d’éventuels adversaires contre des attaques ou des résistances, se retrouvent devant un ennemi aussi inconnu qu’inattendu. L’arrogance de la puissance fait place à la panique générale qui aveugle les dirigeants devenus, en l’espace de quelques semaines, davantage soucieux de ne pas perdre la face devant leurs futurs électeurs que d’organiser une véritable riposte à la hauteur du défi pandémique.

Sur le plan économique et financier, la folie de la surconsommation retombe du jour au lendemain, et devant la surabondance de gadgets à écouler à travers le monde, tous les États se retrouvent confrontés à une pénurie de masques, de blouses et une absence de médicaments et de traitements pour faire face à la maladie du coronavirus.

Révolution des moeurs

Exprimée plus poétiquement par « le monde devenu village », la mondialisation, censée ignorer les frontières des peuples et des nations, s’est vue brutalement freinée par le repli sur lui-même de chacun de ses pays promoteurs. Du coup, les États vassaux, en réalité esclaves, créés par la colonisation, se voient abandonnés à leur sort. Londres et Paris ne peuvent plus s’occuper du Commonwealth et de l’empire français en Afrique.

Les transformations sociales, que des réformes sociopolitiques et administratives n’arrivaient pas à imposer (télétravail, télécommerce, téléscolarité, télémédecine…), sont en passe de se réaliser par la menace du Covid-19. De nouvelles mœurs, de nouveaux comportements et de nouveaux modes de penser et d’agir commencent à s’installer.

La pollution, contre laquelle aucun consensus international n’était possible jusque-là, du fait d’un paradigme économique devenu incontrôlable, est stoppée net depuis début mars 2020. Ni avions, ni voitures, ni usines ne déversent leurs fumées dans l’air. Les bateaux sont contraints de laisser en paix les mers et les océans. Comme s’ils en étaient le pendant, l’émigration du Sud vers le Nord s’est évanouie et le pétrole ne vaut plus grand-chose.

Un monde nouveau… sur quelles bases ?

Une révolution s’est brusquement imposée pour faire passer l’humanité d’un âge des puissances militaires et économiques vers celui d’un monde nouveau aux contours encore trop flous. Rien ne garantit qu’il puisse être meilleur mais cette crise mondiale interpelle sur ce qu’est l’humanité, ses civilisations et ses choix d’organisation.

La réflexion, qui mérite d’être engagée aujourd’hui, est de savoir sur quelles nouvelles bases on va reconstruire une humanité politique solidaire, respectueuse autant des droits des peuples que de leurs diversité et de leurs richesses immatérielles ; respectueuse autant des communautés et des individus que de la nature, de la faune et de la flore.

D’ailleurs, plutôt que de vivre sous la menace de nouvelles guerres entre nations, idéologies ou religions, ne serait-il pas le moment de réfléchir aux scénarios catastrophes aussi bien d’origines naturelles qu’humaines ? Cette pandémie du coronavirus ne serait-elle pas une sorte de répétition générale pour de funestes spectacles plus terribles les uns que les autres appelés à déferler sur notre Terre ? Peut-on se poser la question de savoir à quoi servirait tout l’or du monde en cas d’une météorite frappant de plein fouet notre planète ; de la fonte brutale des glaces polaires et des tornades et autres cyclones continentaux ?

Fermeture des frontières

Ce qu’il ne faut absolument pas refaire est de réfléchir avec les mêmes idées qui ont mené à l’effondrement général actuel. La philosophie doit reprendre ses droits et ses investigations tout en poursuivant la recherche scientifique et l’innovation technologique orientées vers le bien être général de l’humanité, de la planète, des peuples, des espèces et des individus.

Aujourd’hui, peut-on mettre fin à l’injustice qui frappe des centaines de peuples auxquels on interdit l’existence par la loi du plus fort ? Si l’on parle difficilement de la Catalogne, de l’Écosse, du Québec en Occident, des Kurdes, on oublie complaisamment les Kabyles, le Darfour, les Baloutches, …

Les peuples d’Afrique et d’Asie auxquels l’ordre mondial qui vient de s’écrouler avait fermé la porte au nez doivent désormais se prendre en charge et ne compter que sur eux-mêmes, leurs ressources et leurs solidarités.

Les pays occidentaux ne pourront pas rouvrir leurs frontières, pendant plusieurs années, sans risquer le retour sur leur territoire de la pandémie. Et leurs économies, fortement endommagées, ne seront plus en mesure d’apporter à l’Afrique et à l’Asie, les sempiternels « cautères sur des jambes de bois ».

Vers de vraies nations

La catastrophe humanitaire, dont on peut redouter l’impact important sur les populations démunies des pays dits sous-développés, peut catalyser l’émergence de vraies nations, dont la Kabylie, capables de s’organiser harmonieusement au détriment des États postcoloniaux comme je l’ai annoncé en 2010, dans mon livre Le Siècle identitaire (Éd. Michalon). C’est, là, l’une des conditions essentielles pour parvenir, demain, à un monde de paix, de liberté, de prospérité et de justice que l’humanité appelle tant depuis toujours.

La réflexion doit s’engager sur le nouveau modèle politique mondial à substituer à celui qui s’écroule sous nos yeux. Changer de paradigme est désormais vital. Le capitalisme est à dépasser par de nouveaux rapports sociaux plus apaisés et plus consentis par tous.

Pour le moment, personne n’en détient la recette miracle et c’est de l’effort collectif de réflexion que des solutions vont voir le jour. Aux XVIIIe et XIXe siècles, l’intelligentsia européenne, confrontée à l’agonie de l’ordre féodal, réfléchissait aux possibles modèles de substitution. Nous voici devant la fin de l’ordre capitaliste à remplacer, il faut l’espérer, par un ordre humaniste, basé sur le respect de l’être humain et de la nature auxquels la recherche scientifique et l’innovation technologique doivent être exclusivement dédiées.

Ce sera, déjà, dans ce contexte mondial inédit et tragique, une petite flamme d’espoir qu’il nous appartient d’entretenir et de répandre.

Le siècle identitaire: la fin des États postcoloniaux

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Le droit au dépaysement

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Image d'illustration Pixabay

Insécurité culturelle. Driss Ghali explique pourquoi il est urgent de combattre ces appels à la prière entendus dans certaines mosquées en Europe, à la faveur de la crise sanitaire. L’islam n’est pas chez lui et doit rester une religion invitée, pas plus.


Les appels à la prière (adhan) fleurissent en Europe à mesure que la crise du coronavirus s’approfondit. De la France à l’Espagne, des « petits malins » profitent de l’affolement et de l’incompétence des autorités pour appeler à la prière à partir de plateformes improvisées. Ils occupent un vide qui existe depuis longtemps. Plus qu’un vide, il s’agit d’un trou béant creusé par les capitulations successives des élites politiques européennes face à l’islamisme.

L’Europe n’est pas une terre d’islam

Ces manifestations publiques et ostensibles du culte islamique n’ont pas lieu d’être pour la bonne et simple raison que l’Europe n’est pas une terre d’Islam. Nous n’avons pas le droit de revenir sur une décision qui avait jusqu’à présent été tranchée en France au cours du VIII° siècle (à Poitiers puis à Narbonne), en Espagne en 1492 et en Autriche en 1529 (siège de Vienne) !

Nos anciens (dans mon cas, il s’agit d’une filiation morale et non génétique) ont délivré l’Europe de l’ouest de la présence de l’Islam qui représente une civilisation certes formidable, mais qui est à plus d’un titre une antithèse absolue de ce que veut dire l’Occident.

A lire aussi: Majid Oukacha: « L’islam est une religion violente, misogyne et liberticide »

Il n’appartient pas à notre monde occidental décadent (la gestion de la crise du coronavirus en offre une preuve de plus) de remettre l’Islam au cœur de l’Europe. C’est en ces termes qu’il faudrait, à mes yeux, poser le sujet. L’enjeu est de défendre une tradition léguée par des générations qui ont construit cet édifice merveilleux qu’est l’Europe, civilisation et territoire homogène. Accepter l’adhan reviendrait à détruire cet héritage, je m’exprime donc ici en tant que conservateur d’une œuvre humaine (l’Europe) et non en tant que pourfendeur de l’Islam. Je dirais la même chose si les bouddhistes voulaient édifier une statue géante en Alsace à l’effigie du Bouddha, je les inviterais dans ce cas à réinvestir la vallée du Gange et les riches vallées du Sri-Lanka.

Une religion invitée, c’est tout

D’ailleurs, il n’y a aucune contradiction entre respecter et aimer les musulmans d’Europe et restreindre fortement l’expression publique du culte musulman.  L’Islam en France et dans l’UE est une religion invitée et non enracinée. Elle occupe donc « la chambre des amis » et non le cœur de la maisonnée. Si nous voulons vraiment banaliser la présence musulmane en Europe et permettre à ceux qui veulent (et peuvent) s’assimiler de le faire alors il faudrait éteindre toutes les sources de friction et de méfiance dont les prières de rue, les adhan et autres provocations gratuites.

À titre personnel, l’appel à la prière me fait pleurer d’émotion quand je l’écoute au Maroc, au fond de mon jardin. Il soulève en moi la conviction que l’Islam est puissant et que Dieu a toujours le dernier mot. Par contre, à Paris, Malaga ou Milan, entendre l’appel à la prière musulmane me ferait pleurer des larmes de rage et de tristesse !  Défigurer l’Europe est un crime, une inanité commise par une génération d’irresponsables et d’inconscients. Que Dieu leur pardonne parce que moi je ne m’en sens pas capable. 

Maladie opportuniste

Nous avons tous le droit au dépaysement. Vous et moi. L’arabe musulman que je suis a le droit de se sentir « à l’étranger » quand il se balade sur les bords de la Marne ou du Tage. Vous, chers amis européens, êtes en droit de ressentir le frisson de l’exotisme en admirant la grande mosquée d’Abou Dhabi ou en vous promenant dans les jardins de la Menara. Ne vous laissez pas ôter ce droit de l’homme ! 

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L’Europe cède devant des islamistes qui n’ont ni la grandeur ni la fougue des grands conquérants de l’Islam, ce sont des petits joueurs qui enfument des pouvoirs aux abois. Ce sont des maladies opportunistes qui se greffent sur un corps dévasté par quarante ans de progressisme.

Peut-être que le réveil de l’Europe viendra de « métèques » qui se révolteront contre l’incurie de ceux qui sont censés être les héritiers légitimes de la plus sublime des civilisations, celle de Sénèque, Maquiavel et Saint-Exupéry.

Mon père, le Maroc et moi: Une chronique contemporaine

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Armées confucéennes et hordes européennes

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Le quartier de Truc Bach street à Hanoï est désinfecté, après la découverte d'un cas de coronavirus, le 7 mars 2020 © CHINE NOUVELLE/SIPA Numéro de reportage: 00948716_000005

Le Vietnam gère de façon admirable la crise du coronavirus. Le pays identifiait son premier cas le 23 janvier, et sa frontière avec la Chine était fermée le 1er février. Les Vietnamiens ne déplorent pour l’instant aucun mort. Le Français Jean-Noël Poirier, hospitalisé là-bas, décrit leurs méthodes.


Espagne, Italie, France, Royaume-Uni, États-Unis. L’Occident qui se pensait porteur de valeurs se retrouve porteur de virus. Un virus bien plus universel que lesdites valeurs. Face à nous, on l’a assez dit, les pays asiatiques – plus précisément les pays de culture confucéenne – ont réussi jusqu’à présent à endiguer et contenir la vague que nous prenons tous de plein fouet. 

Zéro mort

Chine, Taïwan, Singapour, Hong-Kong, Japon et Corée du sud sont cités en exemple. On oublie le dernier pays confucéen de la bande, pourtant cher à notre cœur et à notre histoire : le Vietnam. Or son succès face à la maladie est encore plus éloquent que celui de la Corée du sud, désormais grande puissance industrielle. En développement rapide depuis vingt ans (PIB de 2700$/hab, +7% de croissance en 2019), mais néanmoins très loin de la Corée du sud ou de Taïwan en termes économique ou d’infrastructures, le Vietnam obtient des résultats prodigieux. À la mi-avril 2020, le nombre de personnes positives au Covi 19 ne dépasse toujours pas les 300 cas et la mortalité reste scotchée à zéro mort. 

Dans le monde confucéen, au Vietnam comme en Corée, au Japon comme dans le monde chinois (Chine, Taïwan, Hong-Kong, Singapour), la défense et les intérêts du groupe l’emportent sur le droit de l’individu

Le Vietnam n’a pas perdu de temps à l’allumage. Extrêmement prudents, les écoles qui avaient fermé le 18 janvier pour les vacances du Nouvel-An vietnamien n’ont pas rouvert depuis. La population, qui portait déjà des masques pour se protéger du soleil ou de la pollution, a systématisé son utilisation. Des flacons d’alcool hydraulique ont été installés dans tous les espaces publics dès la fin janvier (cafés, entrées d’immeuble, ascenseurs…). La frontière avec les pays touchés a été fermée très tôt, en commençant par la Chine dès le 1er février, une semaine à peine après l’apparition du premier cas (une personne de retour de Wuhan et déclarée positive le 23 janvier 2020). Enfin, le Vietnam a appliqué dès le premier jour une méthodologie très stricte : identifier les personnes et les groupes à risque, les confiner, les tester et isoler les cas positifs. Une méthodologie pas très éloignée de la méthode préconisée par le directeur général de l’OMS : « tester, tester, tester et isoler ». Pas sorcier non plus. Mais encore fallait-il décider de le faire dès la première alerte. Bien joué.

Je vous écris depuis l’hôpital d’Hanoï

« Régime communiste, chiffres bidons ! Ils cachent forcément la réalité ! » Hélas, même pas. Des « invisibles », ces porteurs sains contaminant sans le savoir, existent forcément, comme partout, et ne rentrent pas dans les statistiques officielles. Mais ni plus ni moins qu’en Europe, et probablement moins, vu la politique de test et de confinement systématique pratiquée au Vietnam. Le nombre des cas connus est juste et demeure formidablement bas, pour un pays situé à trois heures d’avion de Wuhan.

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Les hôpitaux ne sont pas débordés et le flux des patients, rentrants et sortants, est sous contrôle. Vous pouvez me croire sur parole. Je vous écris depuis la chambre 541 de l’hôpital des maladies tropicales de Hanoï qui regroupe tous les cas détectés. Testé positif au virus après deux semaines passées à Paris, j’ai été transféré à l’hôpital à 2 h du matin le 25 mars. Je n’ai développé aucun symptôme, ne suis pas malade, mais resterai à l’hôpital tant que je ne serai pas redevenu négatif. Si je suis cloué à l’hôpital, ce n’est pas pour moi, mais pour la communauté qu’il convient de protéger de ma contagiosité. Renvoyer chez lui, de surcroit sans masque, un patient diagnostiqué positif mais sans problème physique grave, est inimaginable ici. Au Vietnam, la protection du groupe l’emporte sur toute autre considération. Ma liberté individuelle attendra.

L’individu n’est rien, le groupe est tout

La stratégie vietnamienne face au virus est simple et empiète allègrement sur la vie privée. Toute personne contaminée (le F0) doit donner séance tenante l’identité de toutes les personnes qu’il a côtoyées (les F1) dans les jours précédents et lister tous les lieux où elle s’est rendue. Je l’ai moi-même fait, dans la nuit du 24 au 25 mars, avant de partir à l’hôpital. Et mieux vaut ne pas mentir. Le système d’encadrement de la population, consubstantiel du régime communiste en place depuis 1954 au nord et 1975 au sud, saura débusquer la moindre cachoterie et pourrait vous le reprocher vivement, au nom de la protection de la santé publique. 

Les personnes côtoyées, les F1, sont envoyés immédiatement en quatorzaine dans un centre fermé ou à la maison et testés. Obligation est faite à chaque F1 de prévenir les personnes avec lesquelles il a été en contact. Ce sont les F2. Tarif pour les F2 : distanciation sociale et si possible confinement à la maison durant 14 jours. Au 4 avril 2020, plus de 73 000 personnes étaient placées en quarantaine, plus de 40% dans un centre fermé souvent géré par l’armée, ou à la maison ou à l’hôpital.

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Si un des F1 se révèle positif, rebelote. Tous ses F2 deviennent alors des F1, sont envoyés à leur tour en quarantaine et testés. Et ainsi de suite. Ce travail de suivi pyramidal de la population infectée et à risque est un travail de titan ou de fourmi au choix. Il n’est pas seulement possible parce que le Vietnam est un pays communiste doté d’un réseau d’encadrement étroit de la population. La Corée du sud et le Japon, démocraties pluralistes, ont utilisé des méthodes de suivi analogues dans l’esprit. Si cette politique fonctionne et donne des résultats au niveau d’une population de près de 100 millions d’habitants, c’est simplement qu’elle est approuvée et appliquée par toute la population. Au Vietnam comme au Japon, en Corée ou dans les pays chinois, ce consensus en faveur de méthodes aussi intrusives est fondé sur un fait culturel et civilisationnel fondamental. Dans le monde confucéen, au Vietnam comme en Corée, au Japon comme dans le monde chinois (Chine, Taïwan, Hong-Kong, Singapour), la défense et les intérêts du groupe l’emportent sur le droit de l’individu. Chacun accepte sans broncher de partir deux semaines en quarantaine dans un camp militaire à trente kilomètres de chez soi car ce sacrifice est considéré par tous comme nécessaire à la santé publique et à la défense de toute la communauté. Refuser n’est tout simplement pas une option.

N’est pas confucéen qui veut !

Les méthodes utilisées au Vietnam seraient insupportables à nos compatriotes. Nous les jugerions inacceptables et hautement incompatibles avec nos valeurs. Ces valeurs dont, soit dit en passant, s’accommode fort bien le coronavirus pour se diffuser partout en Europe. L’avenir dira si la méthode employée par le Vietnam et ses voisins aura été plus pertinente que le patchwork de mesures qui s’est progressivement imposé chez nous. Pour l’heure, il n’y a pas photo et, sans tambour ni trompette (à l’exception du Président Xi Jing Ping), les pays confucéens nous rappellent une leçon veille comme le monde. 

Une leçon d’évidence. Face à l’adversité, un groupe soudé, discipliné et – si possible – bien dirigé, l’emporte toujours sur une masse d’individus autonomes et rétifs à l’autorité. Leçon éternelle. 

Il y a deux mille ans, Jules César et son armée disciplinée, disposée en tortue romaine, battaient les hordes de barbares fonçant dans le tas, tête baissée. Il y a dix ans, la France perdait un méga-contrat de deux centrales nucléaires aux Émirats Arabes Unis au profit des Coréens pour les mêmes raisons. Bisbilles et rivalités franco-françaises d’un côté, alignement et unité de toutes les parties coréennes de l’autre. Le spectacle de nos divisions inquiétait les Emiriens et faisait la joie d’une équipe de Corée alignée sur une offre rationnelle entérinée par tous. Cadre d’Areva à cette époque, j’ai gardé un vif souvenir de cette triste débandade. Ce n’est pas avec un patchwork de groupes d’intérêt ou de minorités aux préoccupations divergentes que l’on fait face à une armée en ordre de marche. Surtout sur un terrain de jeu plat comme un billard, le fameux « level playing field » sans la moindre barrière, douanières ou non.

Froid constat, dans presque tous les domaines, l’ordre et de la discipline collective des pays confucéens, quand elle est mobilisée par une politique éclairée et non par un communiste arriéré et sanguinaire, l’emporte sur l’individualisme occidental. Industrie, instruction, sécurité publique et maintenant santé publique. Pas un domaine où nous ne soyons dépassés ou du moins rattrapés. La prodigieuse émergence de la Corée du sud ces trente dernières années devraient suffire à convaincre les plus myopes d’entre nous. On peut se rassurer en se disant que notre individualisme nous permet d’être « plus créatifs, plus inventifs ». Vraiment ? Parasite, Oscar du meilleur film, est un bijou coréen qui n’a rien à envier à nos chefs-d’œuvre.

Parasite © 2019 - The Jokers / Capricci Films
Parasite © 2019 – The Jokers / Capricci Films

Alors, oui, nos libertés individuelles n’ont pas de prix et le modèle confucéen en fait volontiers l’économie au profit de l’intérêt de la collectivité. Mais rappelons-nous. Intérêt collectif et liberté individuelle ont cohabité harmonieusement en France. Ce que nous appelions autrefois « le sens civique » n’était rien d’autre que le respect par tous de règles collectives pour le bien de l’ensemble de la population. Ce n’est pas le confucianisme, mais on s’en approche. Ce sens civique – attention particulière apportée à la collectivité – a largement disparu, remplacé par la nouvelle injonction « c’est mon droit ! » portée par les revendications d’innombrables groupes minoritaires. Si nous ne retrouvons pas ce subtil compromis entre sens collectif et espace individuel qui a fait notre force jusqu’au début des années 80, je crains fort que nous n’ayons d’autres choix que de voir les disciplinées pays confucéens continuer de nous battre sur tous les plans.

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En 1870, l’empereur japonais envoyait une mission en Europe pour étudier comment les puissances européennes avaient pu développer une aussi grande puissance politique, militaire et scientifique. Ce fut le début de l’ère Meiji. Près d’un siècle et demi plus tard, ne serait-il pas à nous, Européens, d’envoyer humblement des missions dans cette Asie confucéenne afin de redécouvrir quelques règles simples du succès collectif ? 

Épilogue

Après 17 jours confiné dans une chambre avec cinq autres patients et trois tests négatifs de suite, j’ai pu sortir de l’hôpital et rentrer chez moi. Pour immédiatement entamer une nouvelle quatorzaine de confinement strict, avec interdiction de sortir de mon appartement. Les autorités sanitaires ayant détecté quelques rares cas de résurgence d’une faible positivité après plusieurs tests négatifs, une nouvelle quarantaine est imposée à tous les patients pourtant déclarés guéris. Les autorités ne veulent pas prendre le moindre risque. Encore une fois, la préservation du groupe l’emporte sur la liberté individuelle. Choix collectif entériné par toute la société vietnamienne. Un choix de société inenvisageable chez nous.

Article achevé le 13 avril 2020. Le bilan du Vietnam était alors de 262 cas identifiés et zéro mort.

Les restaurateurs rêvaient de rouvrir le 11 mai aussi

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Les restaurants sont fermés depuis 30 jours en France à cause du coronavirus © SEVGI/SIPA Numéro de reportage: 00956072_000087

Les restaurateurs, les hôteliers et cafetiers sont les grands sacrifiés du plan de déconfinement d’Emmanuel Macron 


Le 16 mars dernier, c’est avec stupeur que nous avons appris que pour la première fois de son histoire, la France allait devoir respecter à l’échelle nationale des règles de confinement afin de protéger ses citoyens d’un virus en provenance d’Asie : le Covid-19. Dès le lendemain, les restaurants, les hôtels, les bars et les cafés ont alors dû fermer boutique, plongeant leurs gérants, leurs employés et leurs clients dans un désespoir profond que la durée interminable de cette mise en quarantaine forcée n’a fait que décupler au fur et à mesure du temps. 

Notre identité nationale bouleversée

Adieu petit café du matin dans notre petite brasserie de quartier préférée au sein de laquelle on aime discuter de la pluie et du beau temps. Adieu petit restaurant du samedi soir qui a vu défiler depuis tant d’années nos anniversaires entre amis, nos petits coups d’un soir et autres évènements familiaux qui ont illuminé la maisonnée. Adieu petit bar sympathique à côté du bureau qui autour d’un bon verre de vin a su éponger nos petits tracas du boulot.

Lundi 13 avril, en annonçant la réouverture des établissements scolaires et pas celle des restaurants, des hôtels et des cafés, Emmanuel Macron n’a pas fait que susciter encore un peu plus de désespoir chez les professionnels du secteur…

Avec la fermeture de tous ces établissements, c’est bien notre vie quotidienne dans sa dimension la plus intime qui a été totalement bouleversée. C’est bien notre manière de vivre, partie intégrante de notre culture et de notre identité, qui a pour un temps été complètement décimée. 

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Cette catastrophe qui a été très mal vécue par certains clients réguliers s’est transformée en une véritable tragédie pour les gérants et leurs employés. En effet, même s’il est compliqué de donner des chiffres précis, l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH), principale organisation patronale française du secteur de l’hôtellerie-restauration, estime la perte des hôtels, des restaurants et des cafés à six milliards d’euros depuis le début du confinement, soit 65% du chiffre d’affaires produit par l’ensemble du secteur du tourisme. Beaucoup de restaurateurs, d’hôteliers et de gérants de bistrot se retrouvent effectivement aujourd’hui avec des trésoreries cadavériques et ne savent absolument pas comment ils vont faire pour payer leurs fournisseurs, avancer les salaires de leurs employés en attendant que le chômage partiel leur soit remboursé et payer les charges, même si le gouvernement a annoncé qu’elles allaient être reportées voire en partie annulées. 

Un secteur en apnée

Au-delà de l’aide accordée par l’État qui a pu en soulager plus d’un, la plupart de ces établissements connaissent des difficultés dans leurs relations avec les banques, les bailleurs et les assureurs qui, en cette période compliquée, ne jouent assurément pas le jeu. En effet, il apparaît complexe pour beaucoup d’entre eux d’accéder aux prêts garantis par l’État, de demander un report pour payer leurs loyers ou encore pour se faire indemniser. D’après l’UMIH, alors que 60% des chefs d’entreprises ont fait valoir la garantie perte d’exploitation auprès de leur assureur, près de 98% des demandes ont été refusées. Autant dire que pour beaucoup de restaurateurs, d’hôteliers ou encore de cafetiers, c’est un véritable parcours du combattant pour tenter de sortir la tête de l’eau.

C’est bien pour cela qu’il apparaît aujourd’hui vital de rouvrir rapidement l’ensemble de ces établissements afin qu’ils puissent à terme réussir à s’en sortir. Alors que près de neuf établissements sur 10 sont aujourd’hui fermés, alors que le secteur de l’hôtellerie et de la restauration perd entre 150 millions et 200 millions d’euros de chiffre d’affaires par jour, il est inenvisageable de poursuivre ce que l’on pourrait assimiler à une destruction en règle de tout un pan de notre économie. 

Lundi 13 avril, en annonçant la réouverture des établissements scolaires et pas celle des restaurants, des hôtels et des cafés, Emmanuel Macron n’a pas fait que susciter encore un peu plus de désespoir chez les professionnels du secteur, il a surtout provoqué l’indignation de beaucoup de Français qui ne comprennent pas que l’on puisse rouvrir les salles de classe où s’entassent des dizaines d’élèves sans l’envisager pour les bars, les hôtels, les cafés ou encore les salles de restaurant. Il ne s’agit évidemment pas de faire comme si le Covid-19 avait disparu mais de permettre aux hôteliers, aux restaurateurs et aux cafetiers de relancer leur activité en l’adaptant à la situation sanitaire afin de protéger aussi bien les employés que les clients. 

Pendant ce temps, c’est Uber eats et Deliveroo qui régalent!

Aujourd’hui, seuls les restaurateurs qui sont spécialisés ou qui se sont lancés dans la vente à emporter ou la vente en livraison et seuls les hôtels qui accueillent des personnes en hébergement d’urgence, des routiers ou encore des soignants réussissent tant faire se peut à tirer difficilement leur épingle du jeu, ce qui est absolument catastrophique ! Il est effectivement temps de comprendre que l’aspect économique de la crise que nous vivons est d’un certain point de vue aussi important que son aspect sanitaire. 

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En effet, à force de céder aux diktats des médecins et autres conseillers scientifiques, on en oublie que derrière les choix qui sont actuellement faits, il y a des femmes et des hommes qui sont en train de perdre le travail et l’investissement de toute une vie. Seule la réouverture de leur établissement peut encore les sauver. Par conséquent, Emmanuel Macron doit le plus rapidement possible revenir à la raison et décréter dès le 11 mai la possibilité pour les restaurateurs, les hôteliers et les cafetiers de rouvrir. Il en va de l’avenir de ces chefs d’entreprise et de leurs employés, il en va de l’avenir économique de la France.

24 avril 1915, je me souviens du génocide arménien

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Manifestation de la communauté arménienne en Australie le 28 avril 2019 © Richard Milnes/REX/SIPA Numéro de reportage : Shutterstock40707268_000001

En 1916, 1,5 millions d’Arméniens sont massacrés. Erdogan continue de nier.


C’est le 19 janvier 2007 qu’un journaliste turc d’origine arménienne, Hrant Dink, est assassiné à Istambul, devant le siège de son journal, par un jeune nationaliste qui ne supportait pas que l’on puisse être Turc et mener un combat pour la reconnaissance du génocide arménien. Génocide qui, comme nul ne l’ignore, est une pure invention des Arméniens eux-mêmes. Aghet (la catastrophe) est le nom arménien donné à cette période dramatique de leur Histoire, le mot génocide ayant été inventé bien plus tard, après la Deuxième Guerre mondiale, par la nécessité de définir clairement la Shoah. 

La Turquie a toujours été habitée par divers peuples, dont les Arméniens, Chrétiens, pacifistes, absolument pas expansionnistes et présents dans tout l’empire, à l’Est comme à l’Ouest. Ils sont pourtant traités comme des sujets de deuxième classe. En 1895 déjà, deux cent mille Arméniens avaient été massacrés parce qu’ils réclamaient d’être considérés comme des citoyens turcs à part entière. Ces premiers massacres illustraient parfaitement la discrimination qui les frappait de plein fouet au quotidien. 

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Du point de vue national, le pays est alors dirigé par un triumvirat d’officiers supérieurs appelés « les jeunes Turcs ». Ils agissent comme des dictateurs absolus et raniment et exacerbent le sentiment anti-arménien. Leur devise : la Turquie aux Turcs. Ultranationalistes, ils veulent un empire grand et homogène, calqué sur celui de l’ère ottomane. En 1914, lorsque la Première Guerre mondiale éclate, ils s’allient tout de suite aux Allemands lesquels se moquent éperdument du sort des Arméniens, les estimant liés à la politique interne de la Turquie. Lorsqu’en janvier 1915, l’empire perd 80 000 hommes sur les 100 000 engagés sur le front russe, c’est une grave défaite que les Turcs ne peuvent assumer qu’en accusant immédiatement les soldats arméniens (qui pourtant se sont très loyalement battus) d’avoir pactisé avec les ennemis russes. Ils sont désarmés et 60 000 d’entre eux massacrés. 

Les « restes de l’épée »

C’est dans cet état d’esprit que le 24 avril 1915 une rafle estimée à 2500 intellectuels de premier plan marquera le début officiel du génocide arménien. La machine est lancée, rien ne pourra plus désormais l’arrêter. S’enchaîne alors directement la politique dite des expulsions du territoire turc, officiellement ouvertes vers des nouveaux territoires en Syrie. Parallèlement pour pousser chaque Arménien à accepter ces départs, la population turque est montée contre eux, porteurs de tous les péchés anti turcs du monde. C’est le début du grand déplacement pour les femmes et les enfants, les hommes, eux, étant généralement massacrés sur place. La police turque, elle, se ruait sur les Arméniens comme le Vésuve sur Pompéi. Les tortures étaient courantes, première étape avant que les hommes ne soient directement égorgés en masse. Leurs cadavres étaient alors entassés dans les rivières, dès lors nommées « rivières de sang ». Et là on reconnaît ce que sera Daesh bien plus tard. Un responsable turc, écœuré par ce qu’il voyait, avoua qu’il eût été plus humain de tuer les gens plutôt que de les soumettre à des supplices innommables, estimant par ailleurs que les déportations étaient plus cruelles que les massacres eux-mêmes. Autre méthode : celle des précipices. On commence par y jeter les hommes vivants, alors que les femmes et les enfants sont parqués un peu plus loin. Quand on en a fini avec eux, femmes et enfants sont appelés à les rejoindre et précipités à leur tour dans le vide. Aujourd’hui encore on nomme ces lieux « les précipices arméniens ».

Les survivants à tous ces carnages, réunis en colonnes, marchaient vers un nulle part décrit comme un nouveau départ. Nous sommes là fin mai 1915. Plus d’un million de personnes sont ainsi déportées vers les déserts de Syrie et de Mésopotamie. C’est à une marche à pied dramatique qu’ils sont soumis. Un aller sans retour en plein désert.  Epuisés et mourants, ils sont d’abord volés et pillés. Et lorsqu’il n’y a plus rien à prendre, on enlève les femmes et les enfants pour les vendre. C’est la faim et la soif qui aura raison des derniers survivants. Ce type de déportations mortelles, systématiquement organisées, a duré une année. Rien ni personne ne devant rester, si ce n’est les reliefs des pillages et de la mort. Le but étant d’éliminer le plus d’individus possible. Le transfert vers les camps de la mort ou vers la mort en plein désert se faisait aussi par train. Les Arméniens étaient entassés dans des wagons à bestiaux qui donnèrent, vingt-cinq ans plus tard des idées aux nazis. Les voies, tout de leur long, voyaient s’amonceler les cadavres. Un témoin de l’époque a dit et écrit qu’il y avait tant de mains coupées d’enfants entre Mossoul et Alep qu’elles auraient bien pu daller la route. Pendant ce temps, l’allié allemand se taisait et couvrait de sa passivité le génocide, l’essentiel étant de garder les Turcs de leur côté, et tant pis pour le sort réservé aux Arméniens. Du 24 avril 1915 à décembre 1916, c’est ainsi 1,5 million d’Arméniens qui seront massacrés de la pire façon qui soit. Ceux qui eurent la chance d’y échapper, entre juin et août 1915, et fuir vers l’Europe occidentale ou les Etats-Unis, furent appelés, métaphore terrible, « les restes de l’épée ».

Désinformation et tromperie

En 1918, ce qu’il reste de l’empire ottoman sortira de la guerre par une défaite des plus sévères et la perte de 80% de son territoire. Ce sera la République d’Atatürk, fermée elle aussi à la reconnaissance du génocide arménien. Génocide et nettoyage ethnique demeurent des infamies toujours pas reconnues par l’état turc. Car la Turquie moderne continue de refuser de toutes les manières possibles le souvenir du génocide. Aujourd’hui, le nationalisme turc exacerbé s’applique à faire oublier les réalités incontournables du début de notre vingtième siècle, au profit d’une histoire officielle. Il y a ainsi ceux qui ont subi le génocide mais doivent demeurer silencieux et ceux qui s’attachent au jour le jour à l’étouffer dans l’oubli. Les Turcs, sans vergogne, continuent de manipuler la mémoire des hommes. Aujourd’hui encore, un musée turc négationniste est ouvert au public et présente une vision mensongère des massacres qui ne sont plus d’Arméniens mais devenus de Turcs. Ainsi peut-on inverser les crimes. Ainsi peut-on mentir au plus haut sommet de l’état. Mais qui aura le courage de se lever et demander l’arrêt de cette imposture ? Notre planète ne serait-elle qu’un terreau pour la désinformation et la tromperie ? 

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Erdogan, puisqu’il s’agit de lui – qui rêve de se faire couronner nouveau sultan d’un monde ottoman ressuscité –, répète à l’envi que confronté à des preuves, il reconnaîtra le génocide. Pourtant à Berlin, une masse incroyable de documents d’époque, archivés et visibles, donnent à lire ce qui a été écrit à chaud par des journalistes, des militaires, des ambassadeurs, des consuls, des religieux, etc., lesquels décrivent sobrement la barbarie qui se montrait à eux. Ces documents sont à disposition de qui le veut. A fortiori donc du sieur Erdogan. Ce sont des notes qui, pour la plupart, explicitent et décrivent les agissements sauvages des Turcs. Ce sont des archives d’ambassades et consulats qui démontrent par leur seul témoignage la cruauté et la barbarie qui érigeaient des tapis de cadavres comme au sortir d’un abattoir. Le sort tragique des Arméniens était interdit de photographie et de caméra. Les preuves réclamées par Erdogan, il fallait les empêcher d’exister dès le départ ! Mais l’horreur était tellement évidente que des bribes de rapports et de regards sont demeurées à notre disposition pour que ne meure pas, dans les bras de l’Histoire, la vérité sur les victimes arméniennes et leurs bourreaux turcs.  

Il est toujours difficile aux Arméniens de Turquie, extrêmement minoritaires on s’en doute, de vivre au jour le jour leur réalité dans un univers qui n’a rien perdu de son hostilité. Il faut savoir qu’en Turquie le mot arménien est resté une insulte car ils ne sont que de vils mécréants refusant de se convertir à la religion musulmane. Mais aujourd’hui, comment accepter que des nations acquises aux droits de l’homme se refusent à défendre de même les droits des Arméniens ? Y aurait-il deux poids et deux mesures, alors que, cent cinq années plus tard, de nombreux pays se refusent toujours à reconnaître le génocide, Turquie en tête, qui en fut pourtant le maître d’œuvre ?  Turquie à qui l’Europe a mis en main les clés de la gestion des populations immigrées en route vers l’Eldorado occidental ? Turquie appartenant toujours à l’OTAN et s’appuyant sur cette appartenance pour demander une aide militaire dans sa conquête de nouveaux territoires procédant d’un néo-empire ottoman ? Turquie qui manipule gaiement des pays européens décadents, dont hélas le nôtre ? Mais il est vrai que le mensonge est devenu entre temps, le chapitre essentiel du grand livre de la communication politicienne.

Qui chroniquera le Covid-19?

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Au secours ! Bernard Frank, Alexandre Vialatte ou Jules Renard, revenez dans la presse écrite !


Quelques écrivaines humanistes à inclinaison victimaire ont bien essayé de prendre le pouls du pays, de saisir l’effroi, de poser des mots sur le virus tueur, de trouver un ton vaguement cajoleur sans y parvenir.

L’idéologie majoritaire pervertit les chroniques confinées

Elles ne sont pas à la hauteur de l’événement, trop confites dans leur milieu culturel et elles manquent d’une pratique régulière. Chroniquer l’actualité est un art qui demande de la distance, de la constance, de la férocité, de l’étrangeté aussi, ne pas coller aux faits aveuglément, savoir les percuter de côté pour emporter le lecteur ailleurs, l’extraire de sa gangue protectrice, tout en l’informant par la bande. Oui, le secouer de ses habitudes pantouflardes et trouver des formules qui, au soir couchant, le berceront d’une ironie douce. Nos braves auteures n’ont pas le goût de la bravade, des échappées solitaires, elles ont la phrase poussive et les réflexes de classe en héritage. L’idéologie majoritaire a perverti leurs billets, sentencieuses cartes postales de collégiennes en difficulté scolaire. Elles n’auront jamais l’humeur taquine ou maussade, noire ou pétroleuse, elles ne savent qu’ânonner le réel. Leur résultat tient plus du grossier tricotage que de la chronique cavalcade. La plume est engorgée, la vision est obstruée par un fatras de prudentes convenances et de fausses pudeurs, de combinazione et surtout de la peur de perdre leur influence dans les librairies.

Rien de pire qu’un chroniqueur radin

Je ne reprocherais jamais à un auteur de penser bassement si dans ses papiers circulent au moins un jus, un filet qui le distingue de ses confrères. J’accepte de me vautrer dans la prose d’autrui, même de payer un journal papier, si le chroniqueur me fait partager son talent, sa morgue, ses pulsions ou ses écœurements. Il n’y a rien de plus détestable et impoli qu’un chroniqueur radin, travaillant à l’économie, soupesant ses signes comme un communicant rédige un dossier de presse avec modération et pondération. Le lecteur n’attend pas une leçon de morale vaseuse ou un tirage à la ligne fainéant. Il veut que les mots s’entrechoquent, que la phrase ne soit pas en salle de réanimation, que l’article suspende le temps, durant juste quelques minutes. C’est trop demander, j’en conviens, nous sommes à l’ère du formatage en cascade et des réciteurs subventionnés.

>>> Retrouvez les autres chroniques de Thomas Morales ici <<<

Longtemps dans nos journaux, il y eut des feuilletonnistes qui piquaient notre curiosité au vif, ils nous prenaient à rebours et nous aimions ça. Leur prose dissonante avait des effets euphorisants sur notre santé. Aujourd’hui, entre le commentaire du commentaire et la rédaction glaiseuse, les lecteurs se sentent abandonnés. Nous exigeons notre dose quotidienne (ou hebdomadaire) de fulgurances. Faites chanter l’imprimé, mesdames, décorsetez vos lignes ! La chronique est justement le lieu de percussion entre la littérature et le journalisme, elle emprunte aux deux ce qu’ils ont de meilleur.

 « Les vrais feuilletonnistes meurent à la tâche »

Après avoir écouté des heures durant les chaînes d’info, fait la comptabilité morbide avec un professeur et pointer les carences de l’état, notre appétit de lecture n’en demeure pas moins insatisfait. Nous restons sur notre faim. Ce matin, je donnerai cher pour lire un billet ensorceleur de Bernard Frank (1929-2006) sur le Covid-19, comment ce virtuose vachard et désabusé aurait traité la situation actuelle ? Comment s’y serait-il pris pour libérer un sujet aussi confiné ? Nos chères écrivaines pourraient s’inspirer de cette réflexion recueillie dans son feuilleton Solde (Flammarion/dernière réédition 2010) : « Un livre, c’est souvent plus sale, plus humiliant qu’un article. Ça débute à reculons, ça n’avance pas, ça bute (ce qui est déjà un progrès sur le début), brusquement ça n’en finit pas. Ça se termine en détresse comme un bateau qui va couler, ça se fait vite à la fin que l’on n’a pas toujours le temps de sortir de son livre. Les feuilletons pour l’écrivain, ce sont des piqûres, des injections d’amour-propre qu’il s’offre […] Les vrais feuilletonnistes meurent à la tâche ». Autre phénomène de la presse d’antan, Alexandre Vialatte (1901-1971) aurait esquivé, comme à son habitude, dans le quotidien La Montagne (L’Auvergne produit des ministres, des fromages et des volcans), préférant s’aventurer dans le burlesque et le fantastique au lieu de s’accrocher au triste bilan sanitaire. La chronique ne répond à aucune norme AFNOR, elle n’est soumise à aucun embargo. Vialatte n’a-t-il pas écrit que ce curieux mois d’avril a « vu naître la draisienne, le vélo pliant et Landru » ! Quel sort aurait-il pu jeter au Covid-19 ? Et si le plaisir du lecteur, son souffle salvateur se nichait dans le Journal de Jules Renard (1864-1910). En cette année 1899, au mois d’avril également, il écrivait : « Sors, va ! Promène-toi ! Le beau temps perdu ne se retrouve jamais. Deux canards traversent les airs à des hauteurs où notre cruauté n’atteint pas ». Lire les grands chroniqueurs, c’est retrouver un peu de notre liberté perdue.

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Éduquer un enfant aujourd’hui, c’est « l’inadapter »?

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Image d'illustration Pixabay

Ma guerre en short. La chronique de Cyril Bennasar.


Après ces semaines de confinement parental passées à occuper un enfant seul du matin au soir, je vais être content de retrouver l’école. Je ne sais pas si ce sera réciproque. Depuis le début de la scolarité de mon fils qui est en moyenne section de maternelle, il y a comme une gêne entre moi et le personnel enseignant. J’ai l’impression qu’on n’est pas aussi aimable avec moi qu’avec d’autres parents. Bien sûr on n’affiche pas une hostilité ostensible mais je vois bien qu’à l’heure de l’accueil, on m’ignore, on regarde ailleurs, on se détourne. Si je ne plante pas mon regard dans celui d’une maitresse, je n’ai pas droit à un « bonjour ».

Légitime défense

Je dois l’avouer, c’est moi qui ai commencé à mettre une mauvaise ambiance. Sur l’une des fiches d’informations que l’on remplit à la rentrée, au lieu de rayer la mention inutile, j’ai rayé les deux. Incapable de décider qui de moi ou de ma femme deviendrait le « parent un » et qui serait le « parent deux », qui serait le principal et qui l’accessoire, qui aurait la vedette et qui jouerait les seconds couteaux, j’ai remplacé d’un coup de stylo peut-être un peu trop rageur les innovations administratives par les traditionnels « père » et « mère ». Nous ne sommes pas des numéros, nous sommes des êtres humains obstinément genrés. Nous préférons rester confits dans nos stéréotypes sexistes et laisser dans un flou artistique toute notion de leadership plutôt qu’introduire par les chiffres une hiérarchie dans le couple et entrer en guerre pour savoir qui serait le number one. En a-t-on déduit en milieu éducatif que j’étais homophobe ? Ce n’est pas le cas. Je me moque que des marginaux déviants élèvent des enfants entre hommes, entre femmes, entre soi. Je fais celui qui n’entend pas quand ils racontent à leurs gosses que ceux-ci ont deux papas ou deux mamans, mais quand les lobbies obtiennent que l’on bouscule l’école de la République, l’usage hétéro-normé, je corrige. Avec mon stylo bien sûr.

J’en ai toujours un sur moi, mais je ne le sors qu’en état de légitime défense, quand ma langue écrite est attaquée. Cela arrive souvent, dans la rue ou dans les parties communes de la copropriété, sur une affichette ou un graffiti. Je suis incapable de passer devant un « mort aux juif » bombé sur un mur sans m’arrêter pour ajouter le « s » qui manque. Qu’on projette de m’exterminer, je m’y suis fait, ce n’est pas nouveau. Mais de grâce, qu’on n’assassine pas ma langue ! 

L’incorrect

Hélas, je n’ai pas de limites, je ne sais pas m’arrêter de jouer le justicier qui vole au secours du français, même quand je sens que je ferais mieux de fermer les yeux sur les outrages. À l’école de mon fils, je m’obstine à corriger sur le cahier de correspondance les fautes d’orthographe, de grammaire ou de syntaxe assez rares mais bien réelles, au stylo rouge et avec des points d’exclamations consternés, ou par l’un de ces commentaires qui remplissaient les marges de mes copies pendant toute ma scolarité, « peut mieux faire », ou « pas français » et qui ont fait de moi le pénible redresseur de torts faits à ma langue que je suis devenu. Je comprends que ces interventions écrites puissent être vexantes surtout quand les fautes sont commises par des assistantes scolaires fraichement françaises et à fort accent mais je ne suis pas assez bienveillant pour laisser mon fils apprendre à lire dans son cahier en découvrant que mercredi, « les enfants sont aller à la piscine ».

Et il y a pire : Je réponds. Je ne suis jamais insolent mais peut-être parfois incorrect. Quand la maitresse accueille les parents en saluant les hommes d’un « Bonjour papa », je vois bien que je suis le seul à lui répondre « Bonjour maîtresse » alors qu’elle n’est pas plus ma maitresse que je ne suis son père. Le jour de la fête de l’école, quand tout le personnel de l’établissement, intégralement féminin, est affublé de fausses barbes et de moustaches peintes dans un bel élan collectif de “transgression” conformiste, j’ose faire remarquer à l’institutrice sur le ton de la plaisanterie que je la préfère femme. Et je vois bien que je ne fais pas rire.

Lire la chronique d’hier: Déconcentré devant ma télé

Voilà pourquoi je suis partagé quand on annonce la réouverture des écoles. Comme quand je réfléchis à cette terrible idée avancée par Renaud Camus (celui que Jérôme Garcin qualifie d’écrivain d’extrême droite sans se douter qu’à défaut de causer du tort à l’écrivain, il risque bien de réhabiliter l’extrême droite), et ainsi formulée : « éduquer un enfant aujourd’hui, c’est l’inadapter. » 

On compte les morts et on oublie nos vieux

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macron covid ehpad
Le président Macron visite un Ehpad, Paris, mars 2020. Feature Reference: AP22435597_000014. Authors: Ludovic Marin/AP/SIPA

Le comptage des morts du Covid-19 est éminemment politique. Une manière de se polariser sur l’épidémie à l’exclusion d’autres fléaux. Et d’oublier nos vieux encore vivants ?


Nous comptons nos morts. Depuis un mois, nous avons droit au décompte macabre des victimes du coronavirus, chaque soir égrené par la bouche d’un officiel, et chaque matin, chaque midi, chaque heure par tous les journaux qui ne parlent plus que de cela. Nous sommes quotidiennement hantés, obsédés par le spectre de cette mort.

Dénombrer les trépassés

Avant cela, remarquez, nous nous étions déjà un peu préparés. Nous avions eu droit au décompte des femmes tombées sous les coups de leur conjoint.  Et avant encore, avec une fréquence moindre, heureusement, au chiffre saisonnier des morts sur la route. Ces chiffres, plus grands, plus petits, font chaque fois leur office : quels qu’ils soient, le dénombrement des trépassés nous stupéfie, nous frappe à l’imagination, et paraît-il au cœur. Nous serions donc devenus particulièrement conscients, soucieux de la mort des autres – et de la nôtre.

Le président Macron vient d’autoriser les visites aux agonisants. Il était plus que temps

Pourtant une chose devrait nous étonner : ces chiffres sont toujours choisis, sélectionnés, représentatifs d’une catégorie unique et singulière. Pourquoi après tout compter les épouses battues à mort, par exemple, et pas les enfants ? ou les maris (il y en a) ?  Pourquoi dénombrer les morts par accident de la route, et pas celui des cancers du sein ? Pourquoi celui des décès entraînés par le coronavirus, et pas celui des suicides ? On ne peut pas tout faire à la fois, sans doute. Mais ces chiffres, qui sont autant de slogans pour quelque cause entendue d’avance, n’en sont pas moins chaque fois l’arbre qui cache une immense forêt.

Jadis les parents d’un mort…

Car en réalité, nous ignorons la mort. Dans les années quarante, cinquante encore, on trépassait volontiers chez soi. La famille tendait un drap noir sur la façade de la maison. Les parents, les amis, les voisins rendaient visite aux proches éplorés ; on se relayait pour veiller le cher disparu, comme on s’était relayés pour veiller le malade. On buvait du café ; on évoquait la vie du défunt ; on médisait peut-être un peu… et puis on observait le corps, la dépouille, les progrès de l’état cadavérique ; on se prenait à méditer, enfin, sur la vie et sur la mort, qui vous prend comme ça un jour ou l’autre, on réalisait qu’elle surviendrait bien un jour pour nous aussi ; on s’habituait à l’idée et à la chose. La mort devenait familière. Nous étions instruits de notre destin. Sans compter qu’on avait encore un peu de religion, un peu de sens du sacré ; et le surnaturel est la sphère idéale pour appréhender ce qui nous dépasse.

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Mais les choses ont bien changé. Rares sont ceux désormais qui ont la chance de mourir à la maison, dans des lieux et près de ceux qu’ils ont longtemps connus sinon véritablement aimés. On succombe à l’hôpital où tout le monde est pressé de vous dépêcher avant que l’heure fatale ne sonne, tant on se persuade qu’on pourra toujours la retarder – ou tant elle nous fait peur. Et on rend son dernier soupir entouré d’inconnus en uniforme blanc, tout pleins de cette sollicitude médicale qui ignore tout du sens mystérieux de notre existence ; ou tout seul, bercé par le bruit des machines qui assistent et mesurent votre agonie avec exactitude.

Esprit, es-tu las ?

Les proches du défunt peuvent encore compter sur leur famille et leurs amis pour trouver un peu de consolation, de soutien ; mais ils ne reçoivent plus guère la visite de leurs voisins. Qu’importe les voisins ? direz-vous. Pourtant ces gens qui, sans être indifférents, sont nécessairement moins affectés que vous, faisaient souffler dans votre demeure le vent de la vie qui continue, heureusement. Ce n’est pas négligeable lorsqu’on est frappé par le deuil. Ils socialisaient la mort. Nous en étions socialement instruits.

Désormais, nous ne nous intéressons plus qu’à nos défunts bien à nous, à ceux qui nous touchent de plus près. Et l’espérance de vie s’étant considérablement allongée, il peut se passer un temps presque infini avant que nous nous trouvions nez à nez avec un cadavre. Notre confrontation à la mort est de plus en tardive. Nous ne côtoyons plus guère la grande faucheuse, nous ne la connaissons plus. Elle nous effraie d’autant plus. Sans compter que déspiritualisée, ne reste plus que l’horreur matérielle d’une inutile dépouille.

Notre imagination, qui se souvient confusément tout de même que le sujet nous concerne un peu, pour satisfaire son naturel appétit se rabat sur les faits divers, sur les films policiers, les films d’horreur – comme sur les chiffres abstraits des morts à la mode du jour. Ces morts-là pourtant nous fascinent plus qu’ils ne nous instruisent : non seulement ils restent abstraits, mais la cause de leur trépas est si singulière qu’elle a peu de chance d’être un jour la nôtre. Nous aimons nous faire peur, mais nous gardons prudemment nos distances. Notre naturel anéantissement recule ainsi dans un horizon toujours plus lointain, toujours plus imaginaire. Pour un peu nous nous prenons à nous croire éternels. Les journaux les plus sérieux évoquent la promesse transhumaniste d’une victoire définitive sur la mort, sans rire – et sans même en envisager les nombreux, les insurmontables inconvénients. C’est dire si nous nageons en plein fantasme.

Mort au tournant

Le mot lui-même devient difficile à prononcer : on lui préfère non pas la métaphore traditionnelle, si bien motivée en définitive, de la disparition, mais la périphrase à consonance administrative “fin de vie” qui fait l’économie de la carrière qui commence. Enfin l’euthanasie, en attendant la vie éternelle, sonne résolument une première victoire : une mort quand je veux, si je veux, en quelque sorte. Nous prétendons nous assurer du contrôle total de notre existence ; avec la mort, qui on le sait ne prévient pas toujours, c’est le hasard de notre finitude que nous révoquons, pour atteindre à la toute puissance sur nous-mêmes. La grande faucheuse n’est plus qu’une sorte de mythe qui, quand il vient à se réaliser, nous apparaît comme un véritable scandale. Quoi ? En 2020, nous mourons toujours ? Et à plusieurs encore ?

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Aussi, compter les morts comme nous le faisons en ce moment, c’est vraiment jouer à se faire peur. C’est en même temps la fascination pour cet horizon lointain que nous savons au fond de nous inéluctable, et le refus indigné du trépas. C’est la tentation du frisson, sans raison. Sans raison, car si nous comparions ces morts avec d’autres, ceux du coronavirus avec les six cent mille décès français annuels, avec les trente mille Français qui succombèrent à la grippe de Hong-Kong en trois mois, avec les cinquante millions d’hommes qui ne résistèrent pas à la grippe espagnole à travers le monde – et même avec les vingt mille victimes de la grippe en neuf semaines à peine en France il y a deux ans ; si nous faisions l’observation que dans une population ultra-vieillissante, quand quatre-vingt-dix pour cent des victimes du virus ont plus de soixante-cinq ans et que parmi les dix pour cent restant encore quatre-vingts pour cent souffrent d’autres pathologies graves ; si nous faisions sincèrement et précisément ces comparaisons nous serions peut-être forcés de comprendre que ce qui nous arrive après tout n’a rien de très extraordinaire, rien que d’assez naturel, et nous serions forcés d’avoir moins peur. Au lieu de quoi, nous comptons seulement une catégorie de morts et, persuadés que la mort est un scandale, nous offrons nos libertés en holocauste sur l’autel de la peur. Quand on clame que la vie n’a pas de prix, on est prêt à tout, même à se faire esclave.

Et nos vieux ?

Nous nous effarons qu’en 2020 une épidémie puisse encore nous frapper et faire tomber les plus fragiles d’entre nous. Mais pendant que nous comptons gravement nos morts, nous dédaignons de nous intéresser à la manière dont crèvent nos vieux. Nous n’avons d’yeux que pour le “combien ?”, et restons obstinément aveugles au “comment ?”. Personne ne semble se demander si nous les avons humainement accompagnés dans leurs derniers instants. Le président Macron vient d’autoriser les visites aux agonisants. Il était plus que temps. Mais l’année risque d’être longue, et il n’y a pas que le coronavirus qui tue. Peut-être pourrait-on autoriser tous nos vieux, et pas seulement ceux qui vivent leurs derniers instants, à voir tranquillement leurs enfants, avant qu’ils ne se laissent glisser par désespoir vers la mort : les voir pas seulement pour leur dire adieu, mais pour qu’ils ne perdent pas l’envie de vivre. Surtout quand on songe que quelques tests suffiraient dans la plupart des cas à rendre la chose possible sans danger.

Elle change de sexe et porte plainte contre la clinique

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© D.R.

 


À Londres, une Britannique reproche à une clinique spécialisée dans les changements de sexe de l’avoir influencée.


Au Royaume-Uni, on dit des gens rongés par le remords qu’ils ont les pieds froids (« cold feet »). C’est le cas de Keira Bell, une Britannique de 23 ans, qui a entrepris à l’adolescence un traitement pour changer de sexe. Aujourd’hui, elle porte plainte contre la clinique londonienne Tavistock spécialisée dans les changements de sexe et financée par le NHS (Système national de santé). « On aurait dû me pousser davantage à réfléchir à mes troubles de l’identité et à mon désir de sauter le pas, cela aurait pu changer beaucoup de choses », plaide-t-elle. Garçon manqué dans l’enfance, la jeune fille a décidé de changer de sexe une fois adolescente à force de consulter des sites internet.

Pour répondre aux attentes des ados en quête d’identité sexuelle (qui invoquent la « dysphorie de genre », trouble reconnu, mais en réalité très rare), les services de santé britanniques ont abaissé à 12 ans (alors qu’il était fixé à 16) l’âge des prescriptions d’hormones qui bloquent la puberté. Cette première étape permet ensuite d’engager une transition sexuelle. Or, Keira est restée bloquée au milieu du gué. Encore femme, elle a senti son mal-être s’aggraver à mesure qu’elle avançait vers la masculinité. Bien que la clinique Tavistock prétende que les hormones bloquant les effets de la puberté sont sans danger et le processus réversible, le Gender Identity Development Service affirme que leur impact sur le développement du cerveau et la santé psychique reste encore largement inconnu.

À la question « Qu’auriez-vous envie de dire à la jeune fille de 16 ans que vous étiez ? » Keira Bell répond : « Je ne lui dirais rien, car à cet âge on n’écoute rien. Par contre, il appartient aux institutions comme Tavistock de se remettre en question et d’entreprendre un suivi psychologique sérieux de ces ados avant de prendre leur parole comme sacrée, car pour moi il s’agissait d’un fantasme et j’en paie de lourdes conséquences aujourd’hui. Je suis en colère. » Partie civile dans cette affaire, le NHS a commandité une enquête sur les hormones incriminées sans toutefois contester les méthodes de la clinique. C’est ce qu’on appelle se défiler à l’anglaise.

Entrepreneurs: Charles Gave sonne le tocsin

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Une manifestante distribue un tract à Marseille, novembre 2019 © Daniel Cole/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22399791_000003

La crise sanitaire, d’après cet économiste, risque de causer un brutal effondrement du secteur privé.


Charles Gave est un homme qui ne mâche pas ses mots. Dès son premier essai paru en 2003, Des lions menés par des ânes (Robert Laffont), il envoie du lourd en prévoyant le pire et en reprochant à nos élites de faire beaucoup d’efforts pour éviter les vrais défis que la France « [a] affrontés et [va] encore devoir affronter ». Il écrit alors que les politiques de ces élites entravent toutes les libertés en freinant la croissance et que « les seuls gagnants de cette dérive perpétuelle sont toujours les mêmes : l’État et ses technocrates, jamais l’emploi ni les profits, ces derniers étant pourtant la condition de l’emploi de demain. »

Prenant à son compte la formule de Jean-François Revel, « l’État, ce monstre gélatineux et prédateur », et après une implacable démonstration sur les dérives du « tout-État » et sur le social-clientélisme à la française, Gave enfonce le clou : chez nous « le citoyen ordinaire est abruti par une propagande étatique incessante et […] la France n’est plus aujourd’hui en démocratie car c’est un pays qui est mis en coupe réglée, sous le joug d’une écrasante technocratie ». Et il ajoute ceci : « Les technocrates au pouvoir et leur idéologie SONT le problème et attendre d’eux la solution est hilarant. Cela revient à confier la clé de sa cave à vins à un sommelier alcoolique. »

Le bon mot de Milton Friedman

Tous ces mots datent de 2003 et c’est peu dire que les choses ne se sont pas arrangées depuis. Sans compter l’infernal cercle vicieux que l’économiste avait développé ainsi : « Plus la part de l’État dans l’économie est forte, plus la croissance est faible. Plus la croissance est faible, plus le taux de chômage monte. Plus le taux de chômage monte, plus les dépenses de l’État augmentent. Et plus la croissance est faible, etc. Un cercle vicieux dans toute son horreur. »

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Charles Gave est un vrai libéral au sens philosophique du terme. Contrairement à la plupart des économistes français qui sont payés par l’État, soit directement, soit indirectement, c’est un total indépendant, un self-made-man qui a brillamment réussi dans le privé, hors de France, dans la gestion et la finance, après des études non moins brillantes à Toulouse (DESS d’économie et Sciences Po) et aux États-Unis (MBA). C’est aux États-Unis qu’il rencontre le célèbre Milton Friedman, prix Nobel d’économie en 1976 et fondateur de l’école libérale de Chicago, avec lequel il restera en contact pendant une vingtaine d’années. Par curiosité, ce Friedman est l’inventeur de la fameuse formule « There is no free lunch » (« Il n’y a pas de repas gratuit »), également l’auteur de cette sentence qui a fait le tour du monde mais sans jamais passer par Paris : « Si on paie ceux qui ne travaillent pas et si on taxe ceux qui travaillent, il ne faut pas s’étonner que le chômage augmente. »

La France à genoux

Après plusieurs livres et des centaines de chroniques sur le site de son Institut des Libertés qu’il a créé et qu’il préside, Charles Gave s’efforce aujourd’hui d’analyser « les conséquences politiques du coronavirus », ce qui est précisément le titre de sa chronique parue ces derniers jours. Et ce qu’il constate, c’est qu’un épouvantable désastre se prépare qui va mettre la France à genoux, à cause justement de tout ce qu’il avait analysé en 2003 dans Des lions menés par des ânes. C’est-à-dire un effondrement général dans le secteur privé, non pas dans les grandes entreprises ou les multinationales du CAC 40, mais chez les petits entrepreneurs et les indépendants, commerçants, restaurateurs, maraîchers, paysans, etc., « ce qui finirait de désertifier nos campagnes et nos villes petites ou moyennes, déjà bien atteintes ».

Et d’ajouter : « Un café local, l’hôtel de Paris dans une petite ville, une modeste agence de voyages, le réparateur informatique, un restaurant familial à l’écart des routes, le libraire qui avait résisté à Amazon… beaucoup risquent de ne jamais rouvrir […] et voir l’œuvre de leur vie détruite en quelques semaines car ils n’auront pas pu accumuler assez de réserves financières pour réussir à passer cette période sans dommages. » Le responsable est clairement fléché : « cet État prédateur qui cherche à empêcher les gens d’épargner pour qu’ils restent bien soumis, comme il sied aux gens de peu »…

Ce qui va baisser fortement est le PIB du privé

Sa démonstration par les chiffres est sans appel : puisque la part de l’État français dans le PIB représente 56,5 %, il ne reste plus que 43,5 % pour le secteur privé, « le chiffre le plus faible de tous les pays développés ». « Ce qui va baisser fortement dans tous les cas de figure, écrit-il, ce n’est certainement pas le PIB du secteur public, mais bien celui du privé, qui va se retrouver en quasi-dépression. Imaginons qu’il baisse de 20 %, ce qui n’aurait rien d’étonnant puisque le tourisme à lui tout seul représente 10 % du PIB total, soit environ 20 % du PIB du secteur privé. »

Voilà pourquoi Charles Gave sonne le tocsin en nous prédisant que « des hordes de petits patrons et leurs employés [vont] se ruer vers des systèmes sociaux » déjà complètement surchargés et en déficit, « auxquels parfois ils n’auront même pas droit ». Pour lui, il va se passer la même chose qu’avec nos hôpitaux actuellement « mais à la puissance 10 car les dépenses publiques vont exploser tandis que les recettes fiscales vont s’effondrer. » Résultat : la totalité du secteur privé va tomber en dessous de 40 % du PIB, peut-être même assez nettement, faisant passer le secteur public au-delà de 60 %, c’est-à-dire aux frontières d’une sorte de monde communiste où « la bataille pour se partager les morceaux de la poule aux œufs d’or que l’on vient de tuer risque d’être féroce […] avec un risque d’hyperinflation, de contrôle des changes et de contrôle des prix […] et avec un coût humain gigantesque. »

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C’est sans doute la raison pour laquelle, selon Gave, Emmanuel Macron, entraînant avec lui l’Espagne et l’Italie, voudrait mutualiser les dettes étatiques européennes, ce que des pays en meilleure santé financière que nous, comme la Hollande, l’Autriche et l’Allemagne, veulent éviter à tout prix et on peut les comprendre car ils sont un peu notre inverse : les secteurs privés y sont plus importants que les secteurs publics (57 % du PIB en Hollande, 51 % en Autriche et 56 % en Allemagne, contre, rappelons-le, 43,5 % en France). Même si les secteurs privés de ces pays perdaient quelques points de PIB dans la crise, une fois celle-ci passée et en serrant un peu les boulons, ils pourraient revenir à leur équilibre antérieur.

Telle est donc la thèse de cet économiste libéral pour qui l’Espagne, l’Italie et la France n’ont pas su ou pas voulu se réformer quand c’était possible, particulièrement la France avec son « État gélatineux et prédateur ». Dans un pays en totale faillite et dans un Hexagone chaud bouillant, le risque serait alors très grand d’entrer dans une période prérévolutionnaire avec des jacqueries à côté desquelles les mouvements des « gilets jaunes » passeraient pour des équipées folkloriques. Conclusion de Charles Gave : « Attachez vos ceintures […], nous avons en France au pouvoir des gens hors sol […] qui ne comprennent rien à la France ni à son peuple et qui d’ailleurs n’aiment ni l’un ni l’autre. »