En Allemagne, la coordination entre les différents échelons du système sanitaire et la chaîne de production industrielle ont permis d’endiguer l’épidémie en pratiquant des dépistages massifs. Sans jamais se soucier du reste de l’Europe.


 

La crise du coronavirus met à nu les fragilités et les qualités organisationnelles des États. Depuis quelques jours, on s’interroge, en France, sur les raisons d’un nombre de morts moins important en Allemagne. Le 31 mars au soir, il y a environ 68 000 personnes identifiées comme infectées par le Covid-19 outre-Rhin ; et seulement 710 morts. À comparer avec les 3 523 morts français pour 52 000 personnes infectées identifiées.

Depuis trente ans au moins, les dirigeants français ont sans cesse le « modèle allemand » à la bouche. Il fallait avoir la même politique monétaire que l’Allemagne, réformer le Code du travail pour aller dans le même sens que notre voisin, etc. J’ai montré dans un livre récent[1] que l’imitation de l’Allemagne par nos gouvernants a été le plus souvent superficielle. Dans le cas qui nous occupe, l’importation du « modèle allemand » n’est plus à l’ordre du jour.

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La politique allemande contre le coronavirus présente quatre caractéristiques.

  1. La décentralisation. On serait tenté de commencer par une boutade. Heureusement pour notre voisin, la chancelière est politiquement très affaiblie. Elle ne cherche pas à se mêler en permanence de la gestion de crise. C’est à l’opposé du comportement du président français. Cependant, affirmer que le gouvernement central est absent dans l’organisation de la lutte contre la pandémie serait injuste vis-à-vis de l’excellent ministre de la Santé, Jens Spahn. Ce qui l’emporte, c’est en fait un facteur essentiel, la décentralisation dans la gestion du pays ; l’existence au niveau des Länder de ministères de la santé régionaux permet une gestion de la crise au plus près du terrain. Il y a même un niveau encore en dessous dans la subsidiarité allemande : les services locaux de santé publique ; ce sont eux précisément qui sont compétents dans la prévention et la lutte contre les maladies infectieuses. Une dispute comme celle qui concerne les travaux du professeur Raoult est impensable en Allemagne. La possibilité d’expérimenter un traitement contre la maladie aurait été entérinée au niveau régional. Par comparaison, nos agences régionales de santé apparaissent comme des démultiplications à moyenne échelle des comportements centralistes français. Bien entendu, on ne transpose pas du jour au lendemain une gestion subsidiaire de la santé. En revanche, la France pourrait apprendre à faire confiance aux dizaines d’initiatives proposées sur le terrain, mais bridées ou non relayées par les services déconcentrés de l’État ou les agences.
  2. L’anticipation et la coordination. Cette grande décentralisation n’a pas empêché la coordination entre les ministères de la santé régionaux dès la dernière décade de janvier lorsque la naissance d’une possible pandémie a été identifiée. Les ministres-présidents

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Avril 2020 - Causeur #78

Article extrait du Magazine Causeur

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