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Jeux de mains

 


Tout est bon à prendre pour être confortablement confiné.


Confinement rime trop souvent avec désœuvrement. Pour limiter son exposition aux autres sans se tourner les pouces, un nombre exponentiel des 3 milliards de Terriens assignés à domicile s’est lancé dans l’achat frénétique… de sextoys. D’après des études scientifiques, ce réflexe semble excellent pour se prémunir du Covid-19 puisque l’orgasme renforce le système immunitaire et augmente le nombre de globules blancs. Le tout en rééquilibrant le niveau de cortisol (hormone du stress) qui accroît également les défenses immunitaires.  Bonne nouvelle, ce mécanisme prophylactique fonctionne aussi bien en solitaire que lors d’une partie de plaisir partagée. De plus, en ces temps propices au stress et aux fortes anxiétés, l’orgasme libère dopamine et sérotonine, deux hormones de bien-être ainsi que la célèbre ocytocine, l’hormone de l’attachement, qui crée un lien entre les amants épanouis.

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Gare cependant à ne pas tomber raide dingue de son accessoire. Entre le 1er janvier et le 6 mars, la vente de jouets coquins a explosé. Les chiffres sont impressionnants : des États-Unis (+75 %) à Hong Kong (+71 %) en passant par l’Italie (+60 %) et la France (+40 %).  Champions du monde, les Canadiens ont même augmenté de 130 % leur consommation alors que leurs cousins britanniques arrivent en queue de peloton (+13 %). Évidemment, les fabricants de gels et de piles suivent le mouvement en se frottant les mains, ce qui n’est pas forcément un geste barrière recommandé. Seul bémol : il est fort probable qu’à l’instar du Covid-19, la plupart de ces jouets soient fabriqués en Chine. Qu’on se rassure, le confinement ne devrait pas seulement favoriser les foulures du poignet. Selon toute vraisemblance, ces semaines de claustration forcée amèneront un pic de natalité d’ici Noël. On connaissait les baby-boomers et les « millenials », bienvenue aux « coronials » !

J’ai bien connu Jean Daniel


Coup sur coup, la mort de Jean Daniel et le coronavirus ! Un mois difficile à traverser pour l’humanité. En ce qui me concerne, je vous parlerai surtout de Jean, parce que je l’ai mieux connu que le Covid-19, du moins à l’heure où j’écris ces lignes.


Éloge funèbre de la gauche non-sectaire

vendredi 28 février

Hommage national à Jean Daniel aux Invalides. Pour Macron, c’est déjà le neuvième. Du coup, rompu à l’exercice, le chef de l’État sait trouver les mots d’emblée : « C’était une grande conscience de la gauche. »

Je n’aurais pas dit mieux, sauf à ajouter une phrase de lui qui me l’a toujours rendu sympathique : « La vérité me paraît être le plus souvent dans le complexe, dans le contradictoire. » Jean Daniel manifeste là une absence de sectarisme, j’allais dire une ouverture d’esprit, rare chez les siens, au point qu’on l’y a souvent pris pour un tiède, voire un traître.

« Penser contre soi-même », chacun sait comme l’exercice est difficile. Mais combien plus encore lorsqu’on est persuadé d’incarner le Progrès ! Quand on est dans le camp du Bien, on ne transige pas avec le Mal.

Il y a toujours dans la gauche un peu de Terreur qui sommeille. Pas chez Jean Daniel. Bien que structurellement progressiste, il avait compris depuis longtemps où mènent les « avenirs radieux ». Dès lors, il n’eut plus qu’un seul but, éviter le pire, et une seule méthode : le compromis.

Hélas ! Un demi-siècle durant, toutes ses belles constructions éditoriales ont été systématiquement balayées par un vent mauvais, mais pas vraiment nouveau : la volonté de puissance soufflant dans les rapports de force (Allégorie).

Sauf erreur, aucune des grandes suggestions daniélesques ne s’est jamais concrétisée, ni en politique intérieure ni a fortiori en politique étrangère. Ça ne l’a pas empêché de continuer à plaider jusqu’au bout, avec un enthousiasme intact, pour ses solutions de bon sens – à condition bien sûr de changer la nature humaine.

Un monde parfait

vendredi 6 mars

Samedi dernier, double page « Idées » dans Le Monde : « Les années 1970-1980, âge d’or de la pédophilie. » Un dossier accablant pour toute l’élite intello-médiatique de l’époque – sauf Le Monde, figure-toi.

En 15 000 signes denses, le quotidien ne trouve pas de mots assez durs pour condamner cette perversion criminelle qui passait alors, s’indigne-t-il, pour une pratique sexuelle « alternative » ».

Dans un étonnant exercice de name dropping, il livre à la vindicte mondaine des listes d’apologistes de la pédophilie, mais pas n’importe lesquels : essentiellement des personnalités disparues, ainsi que deux ou trois publications marginales de l’époque (Recherches, la revue introuvable de Félix Guattari, ou l’improbable journal maoïste Tout !…)

Ainsi Le Monde se croit-il dispensé de mettre en cause les autres pédophilophiles de l’époque : ceux qui sont toujours vivants et en activité, à commencer par lui-même. Un seul exemple, mais qui vaut son pesant de faux-culterie : évoquant une fameuse pétition de 1977 pour la libération de pédophiles emprisonnés, le journaliste livre complaisamment les passages les plus croustillants du texte, ainsi que 20 signataires. Il oublie juste de mentionner où cet appel douteux est paru : à sa une !

Apparemment, le texte incriminé serait de la plume de Gabriel Matzneff. Il faut dire qu’à l’époque, M le Maudit était dans les petits papiers du Monde, par Sollers et Josyane Savigneau interposés – jusqu’à ce que le journal lui ouvre directement ses colonnes, de 1977 à 1982.

Quarante ans plus tard, le même Monde découvre soudain avec horreur que son poulain a « soutenu l’insoutenable », voire « célébré l’incélébrable »… Que dire de ce « quotidien-de-référence » qui condamne aujourd’hui des crimes et délits dont il fut naguère complice, juste parce que c’était tendance ? Qu’il devrait être définitivement déconsidéré. Il ne l’est pas. C’est toute une époque, comme disait ma grand-mère.

Pour la prochaine fois, je propose au Monde un dossier accablant sur le thème « 1972-1977 : les zélateurs français des criminels khmers rouges ». Et si jamais ils manquent d’illustrations, je leur suggère leur propre une du 18 avril 1975 : « Atmosphère de liesse dans Phnom Penh libérée ».

« Poubel Obs » : Histoire secrète d’une parodie mort-née

samedi 14 mars

Pour en revenir à Jean Daniel, sa mort à 99 ans et demi m’a fait irrésistiblement penser à ma propre nécro, parue dans le mensuel Jalons il y a trente ans : « […] La nouvelle de sa disparition a bouleversé ses amis, qui le croyaient mort depuis longtemps. »

Du coup, ça m’a rappelé que mon unique contact avec l’ami Jean, hélas peu concluant, concernait précisément Jalons. L’anecdote, qui date de 1987, était restée inédite ; mais maintenant qu’il est mouru, il y a prescription.

Jean Daniel était alors – comme depuis toujours, me semblait-il déjà à l’époque – patron du Nouvel Obs. Plus étonnant, il avait pour directeur de la rédaction Franz-Olivier Giesbert, qui devait peu après occuper les mêmes fonctions au Figaro.

C’est ce FOG qui eut l’audace de recruter notre bande de pasticheurs déjà sulfureux, pour parodier l’hebdo officiel de l’intelligentsia dans ses propres colonnes. Sans me vanter, c’était couillu de sa part ; et le mieux, c’est que ça a failli marcher !

Notre mission, si nous l’acceptions : concocter un supplément de huit pages (textes et dessins) à encarter au milieu du journal, à l’occasion de je-ne-sais-plus-quel-anniversaire. Côté Jalons, pas de problème éthique majeur ! Être payé pour caricaturer les travers de l’idéologie dominante à travers un de ses canaux historiques, et à sa demande, c’est une offre qui ne se refuse pas. On s’en est donc donné à cœur joie, dans les limites de la common decency jalonienne bien sûr.

Le jour où j’ai soumis notre PoubelObs à l’ami FOG, en présence notamment des camarades Pierre Bénichou et Guy Sitbon, l’ambiance n’était pas à la morosité. Les éclats de rire fusaient, on lisait des passages à haute voix, et je rosissais de bonheur…

Las ! Un de nos plus grands succès, « L’éditorial de Jack Daniels », fut la cause de notre perte. Apparemment, Jean n’a pas apprécié son vrai-faux papier, au point de faire une colère. Même pas question de corriger : tout à la poubelle, ou je démissionne !

FOG m’a appelé pour m’expliquer le drame : « Désolé, l’opération est annulée. Mais ne t’inquiète pas, vous serez payés comme convenu. À condition évidemment de ne pas publier ça ailleurs… » On a été payés, on n’a pas utilisé la copie – et depuis, de toute façon, Barjot a rangé.

Confinement et conséquences

Dimanche 29 mars

OK, j’ai fini par lire le Goncourt 2019.

Que celui qui, en quinze jours de confinement, n’a fait aucune connerie me jette le premier pavé !

Le Sars Cov2, on l’a vraiment dans la peau?


Les dermatologues observent des engelures cutanées qui pourraient être liées au virus. Covid-19 est loin d’avoir livré ses mystères.


En consultation ou en téléconsultation de dermatologie, il n’est pas étonnant à l’heure actuelle d’observer des dermites d’irritation au gel hydroalcoolique ou aux lavages antiseptiques, ni de constater une recrudescence de certaines pathologies dont l’angoisse a pu être un facteur déclenchant : zona, poussée de psoriasis…

Des engelures pendant 15 jours ?

En revanche, certains signes dermatologiques, dans ce contexte épidémique, n’ont pas manqué de faire réagir nombre d’entre nous et nos collègues médecins généralistes. 

A lire aussi, notre magazine chez votre marchand de journaux: Macron: médecin malgré lui

Le Dr Luc Sulimovic, président du syndicat des dermatologues, a lancé un groupe Whatsapp, qui compte plus de 400 dermatologues libéraux, hospitaliers, militaires, pour échanger sur nos retours. La Société Française de dermatologie nous a demandé de colliger les cas observés tout comme aux États-Unis son équivalent l’AAD (American Academy of Dermatology).

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D’abord, ces lésions rouges ou violacées un peu gonflées, permanentes, prurigineuses souvent, sensibles parfois, des orteils et des doigts, mimant des engelures, régressant en 8 à 15 jours. Habituellement, les engelures, forme d’acrosyndrome (trouble vaso-moteur des extrémités), surviennent en saison froide. Il existe d’autres types d’acrosyndrome comme le phénomène de Raynaud qui lui est plutôt intermittent et évolue par phases, avec des atteintes artérielles très douloureuses chez les sujets prédisposés (tabagiques, diabétiques). Les atteintes des extrémités, en particulier les orteils bleus, peuvent se manifester lors d’infections sévères et étendues, surtout en milieu hospitalier.

Le mystère reste entier

Hors là, nous remarquons ces lésions en ce moment, alors qu’il fait beau, souvent chez des adolescents, enfants, adultes jeunes, sans antécédent particulier, qui vont bien. Ils ne présentent la plupart du temps peu ou pas (ou plus) de signes faisant suspecter une infection à Covid-19 : la fièvre, la toux, la fatigue sont rares chez ces patients. Il existe un écart entre la pauvreté de la symptomatologie infectieuse et les lésions parfois très importantes des orteils ou des doigts parfois violacées presque noires. Le nombre élevé de cas similaires, le terrain, les circonstances d’apparition font donc évoquer un lien entre ce coronavirus et la peau. 

A lire aussi: Covid-19: et si c’était le sucre ?

D’autres atteintes dermatologiques ont été observées en Asie, en Europe et aux États-Unis : des éruptions urticariennes peu spécifiques sans cause retrouvée, des éruptions ressemblant à des varicelles, des éruptions mimant des réactions cutanées au soleil alors même que les patients confinés n’ont pas été exposés au soleil et qu’ils n’ont pas pris de médicament favorisant ce type de réaction… Une recrudescence d’atteintes des mains et des pieds (bulles, nodules douloureux…) est à considérer chez les petits enfants.

Enfin, des atteintes muqueuses à type d’aphtes sont également rapportées.

Il n’est pas possible de conclure à une relation avec le Sars Cov2 formellement à ce stade.

Seules des hypothèses sont émises. D’abord il faut rechercher le virus en sachant que cette recherche est surtout intéressante dans le sang (voire dans les prélèvements de peau) puisque le virus peut ne plus être présent au niveau du pharynx, et que la PCR revient souvent négative, au moment de l’apparition de ces signes cutanés.

Caillots de sang ? Réponse immunitaire ?

Puis le ou les mécanismes de l’apparition de ces lésions dermatologiques seront à identifier et à expliciter.

A lire ensuite: Chloroquine: Sacré Raoult!

On sait notamment grâce aux pneumologues que le caractère thrombogène (favorisant les caillots de sang) de ce virus est largement suspecté d’où les embolies, thromboses, micro-thromboses au niveau pulmonaire mais aussi cérébral (même en l’absence de terrain propice aux AVC), digestif… On a également l’impression que ce virus entraîne une réponse immunitaire décuplée, il conviendra de rechercher s’il déclenche des phénomènes immunitaires dans la peau.

Ces deux éléments sont des pistes de travail, à étayer grâce à nos différents bilans biologiques, histologiques.

Ce nouveau virus n’a pas fini de nous étonner tant il est l’origine de tableaux cliniques variés en touchant de multiples organes. Hormis l’atteinte broncho-pulmonaire qui en fait souvent sa sévérité, la perte de goût et d’odorat devenues classiques en quelques semaines, les diarrhées par atteinte digestive, il est possible que ce virus affecte la peau.

L’enquête est en cours.

La France coupable


En pleine épidémie, on vous reproche la traite négrière…


En ces heures de panique virale, l’actualité juridique réserve quelques bonnes nouvelles. Du moins aux adversaires de l’État français, accusé d’avoir perpétré d’innombrables crimes contre l’humanité. Fin février, la Cour européenne des droits de l’homme a en effet déclaré recevable la plainte contre la France du Mouvement international pour les réparations (MIR), une association martiniquaise d’« Afro-descendants ».

A lire aussi: « Que les nations arabo-musulmanes se penchent enfin sur leurs traites négrières »

Depuis sa création en 2005, le MIR a pour objectif de tirer les conséquences sonnantes et trébuchantes de la loi Taubira de 2001 qui qualifiait l’esclavage et la traite négrière de crime contre l’humanité, mais était conçue comme simplement mémorielle. Comme l’écrivait son président Garcin Malsa le 9 mai 2017 dans une lettre à Emmanuel Macron : « La Réparation n’est pas un texte de loi inapplicable, par le fait du prince. […] Nous affirmons notre dû. Nous exigeons notre dû. »

Un devoir de mémoire apparemment indifférent aux traites interafricaine et arabe, tout aussi blâmables, mais moins objets de ressentiment que la traite transatlantique.

Les « trans » ont la cote

Qu’importe, après quinze ans de batailles perdues dans les tribunaux français, la CEDH autorise donc le MIR à réengager des procédures contre la France ; il se peut même que l’État soit condamné pour pratiques « discriminatoires » de la part de son système judiciaire. L’association pourra en outre exiger une « expertise […] pour déterminer l’ampleur des conséquences du crime qu’a été l’esclavage sur les Afro-descendants ».

A lire aussi: L’antiracisme, idéologie d’Etat

Mais par quel prodige les « Afro-descendants » français peuvent-ils se considérer victimes d’un préjudice alors que l’esclavage a été aboli en 1848 ? Maître Spinosi, autre avocat du MIR, prétend que les « agissements fautifs » de l’État français sont « à l’origine d’un préjudice personnel et transgénérationnel subi par les descendants d’esclavisés ». Décidément, les trans ont la cote…

Une fois le principe de la réparation pécuniaire acté, reste à en définir les bénéficiaires. Interrogée par le magazine gratuit Stylist, la politologue Audrey Célestine, ancienne membre du Comité national pour la mémoire et l’his- toire de l’esclavage, s’interroge : « Est-ce qu’on s’arrête aux descendant.e.s direct.e.s. ou est-ce qu’on élargit ? Barack Obama, par exemple, n’est pas un descendant d’esclave, mais il a pu souffrir du racisme construit aux États-Unis par la matrice esclavagiste. » Autrement dit, est-ce l’hérédité ou la construction sociale qui fait la victime ? En tout cas, tout le monde connaît le coupable.

Chanteurs, laissez tomber les concerts confinés gratuits!


Ma guerre en short. La chronique de Cyril Bennasar.


Aujourd’hui, le sujet est délicat. J’aimerais tenter de rassurer les chanteurs et les chanteuses que l’on confine loin des scènes et des plateaux télé, dont le public est privé, et qui s’inquiètent pour nous.  À tous les artistes qui culpabilisent de ne pouvoir jouer leur rôle, remplir leur mission, participer à l’effort de guerre, et par leurs chansons colorer la grisaille de notre quotidien, éclairer la morosité de nos existences, nous faire oublier nos soucis, je dis : Ne vous inquiétez pas. À ces saltimbanques qui vivent mal le lien rompu avec leurs fans, qui « se mobilisent » et « chantent pour encourager les internautes confinés », à ces enfants de la balle qui s’en voudraient de ne pas offrir des « récréations poétiques » à leur public, je dis : Nous tenons le choc. À ceux qui n’arrivent pas à nous oublier, à nous abandonner en rase campagne, à rester planqués alors que c’est la guerre, à nous laisser tomber, je dis : Laissez tomber.

Un peu trop normaux…

Laissez tomber les clips de webcams, c’est une fausse bonne idée. L’image est blafarde, floue et tremblante, la guitare sèche, archi-sèche, le son est pourri et fait des bulles. L’effet est désastreux. Toutes ces expériences unplugged ne sont pas concluantes. Ne vous montrez pas tels que vous êtes, pas coiffés et sans fards, sans projecteurs pour vous arranger le portrait ni correcteurs de notes pour vous redresser la voix, sans musiciens, sans playback, sans danseuses, sans arrangements et sans même avoir été présentés. A capella, sans mise en scène et sans apparats, vous êtes normaux, un peu trop normaux. On vous regarde vous produire sans le moindre appareil, nature, et on se demande : Finalement, pourquoi est-il célèbre lui, et pas le cousin qui avait pris sa guitare aux fiançailles du frangin ?

Et quand on commence à se poser des questions, en viennent d’autres plus vaches qu’on aurait préféré éviter. Thomas Dutronc aurait-il eu cette carrière s’il s’était appelé Durand ? Ou l’aurait-il terminé dans le métro, jeté de la rame par des usagers en colère et coursé par des Roms pour sa guitare manouche ? Comment Vanessa Paradis a-t-elle pu enregistrer autant de disques ? Et en vendre ? Qui a demandé à Cœur de pirate de nous écrire une chanson pour l’occasion « Je sais que tu n’es pas à risque et que tu veux voir tes amis mais si tu le fais, des gens vont mourir », et de nous la chanter ? Qui paye d’habitude pour aller voir un concert de Raphaël ? Qui se connecte pour un live de Chris and the Queens, même gratuitement, même sur petit écran ? À part pour voir, comme autrefois à la foire, une bête curieuse. 

Lire la chronique d’hier: Éduquer un enfant aujourd’hui, c’est « l’inadapter »?

Restez chez vous pour de bon. Faites-vous plutôt désirer. Si vous arrivez à vous faire violence et à vous faire rares, nous ne l’oublierons pas. À la guerre comme à la guerre, nous nous débrouillons pour égayer nos tristes vies, et pour nous remonter le moral, nous faisons avec les moyens du bord. Nous ne sommes pas si seuls.  Un documentaire sur AC/DC visible en replay sur la chaîne Cstar m’a occupé un soir, et j’ai ressorti mes disques de Brassens pour les mois qui restent. Lui, dommage qu’on ne l’ait plus en vrai, je l’aurais bien vu en concert dans mon salon et sur mon PC, même en webcam, avec une chaise pour tout décor et sa guitare sèche.

Au théâtre ce soir avec Pascal Praud!

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Sous vos applaudissements, l’Heure des Pros amuse, divertit, agace et informe


Autrefois, on disait entre initiés, hier soir, je suis allé au Français avec la mine gourmande.  Quelle mise en scène, mes amis ! Et le jeu des acteurs, le respect du texte sans un classicisme trop corseté, la liberté dans la contrainte, l’essence même du théâtre, Molière et Racine veillaient au grain en ce temps-là, l’esprit pétillait à tous les actes, les vers coulaient sans une fausse note, la jeune première avait l’innocence d’une rosée de printemps, la vieille douairière était tordante de rire, les barbons s’enferraient dans leurs certitudes, les servantes montraient juste ce qu’il fallait de leur gorge satinée pour réveiller les spectateurs endormis du premier rang, même les hallebardiers n’avaient pas l’air de s’ennuyer. Le public parisien pouvait encore s’enorgueillir d’avoir accès à cette qualité immémoriale, par nature indémodable, alors que Londres la baroque, se vautrait dans le théâtre expérimental. Ne parlons pas de New-York qui a toujours psychologisé les planches, Freud y avait hérité d’une chaire de diction. Dans les Académies de comédie, les élèves ânonnaient, se croyant possédés par leur art oratoire. Les pauvres enfants, ils confondaient engagement et servitudes du métier. Même dans les séries Z, on jouait avec plus de sincérité et d’intensité. À Paris, jadis, Jouvet tançait les falsificateurs et les têtes boursouflées qui encombrent les cours du soir. Il gardait le cap de notre identité tatillonne et perfide.

Deux représentations par jour

Maintenant que les théâtres sont fermés depuis quatre semaines, les amateurs de « beau jeu » se rabattent, deux fois par jour, devant L’Heure des Pros sur CNews. La direction de la chaîne penserait même ouvrir la billetterie en matinée pour une troisième représentation. L’intérêt de cette émission tient à son maître de cérémonie, Pascal Praud, tantôt patelin, tantôt rieur ; ne supportant pas le temps mort, ayant à la fois la vis comica féroce et la faconde du bon bourgeois de province. Quelle plasticité ! Il feint l’ignorance pour mieux contrer ses adversaires, méfiez-vous, quand il retient ses coups dans un premier élan, la contre-attaque est ravageuse. On se régale de son numéro de duettiste à lui seul. Il est, tour à tour, Roger Pierre et Jean-Marc Thibault, ou pour ceux qui s’en souviennent, Philippe Noiret et Jean-Pierre Darras. Il alterne les rôles, s’adapte à la situation, ses interviews ne sont jamais statiques, il peut dans une même question, être vache ou tendre la patte, provoquer ou flirter, en dernier ressort, c’est lui qui demeure le métronome des débats. Un animateur lettré, ça fait quand même toute la différence à la télé.

A lire aussi, Martin Pimentel: Qui sont ceux qui dénoncent la “radicalisation” zemmourienne de la chaîne CNews?

À l’évidence, on se marre dans ce drôle d’espace, à mi-chemin du zinc et du forum romain, quand le sérieux du propos n’est pas totalement dénué de second degré. Contrairement à la plupart de ses confrères, Praud est un grand lecteur, il a lu Guitry et Léautaud, Blondin et Malaparte, il aime Hidalgo (Michel) et Lino (Ventura), il est ému comme un gosse face au commandeur Delon et le cinéma de Philippe de Broca l’emplit de joie. Un homme qui vénère ces films-là, à la nostalgie entêtante, épidermique à l’évidence, aura toujours mon estime.

La télévision grossit les traits

Comme les acteurs qui sortent du Conservatoire, il est attentif aux autres sur le plateau, il est réceptif aux moindres fluctuations, aux baisses de rythme comme aux emballements intempestifs, ce qui donne à cette info-divertissement une belle fluidité d’écoute. Je le compare à un Border Terrier qui aurait inversé les rôles. C’est lui qui envoie la balle à ses chroniqueurs, il s’amuse avec eux, les rabroue ou les cajole, leur fait la morale et malgré tout, les laisse s’exprimer quitte à se ridiculiser. Il a instauré sa dramaturgie, elle répond à une mécanique très étudiée. Son entrée en scène sera bientôt enseignée au Cours Florent. Lunettes rouges sur costume à rayures tennis, tête légèrement penchée, sourire à la limite du narquois, une gaité dans le ton, et puis, il déroule, fait la retape de son barnum du jour. Dans cette troupe composite, chacun a fini par creuser sa propre veine, construit au fil des semaines, son personnage, le densifiant au risque parfois de se caricaturer. La télévision grossit les traits, c’est pour ça qu’elle est addictive. Peu importe, l’outrance, le débordement, les égos qui craquellent, les approximations, il y a un véritable plaisir à regarder ce garçon et sa bande. Bien sûr, on peste devant son écran, certaines interventions nous font bondir, d’autres nous confortent dans nos positions, on a ses chouchous, mais quand le rideau tombe à 21 heures, on félicite les artistes et surtout leur meneur de revue. Merci pour ce moment !

L’Heure des pros, le matin à 9 heures sur Cnews (canal 16)

Confinement: la qualité de l’air ne s’est pas améliorée à Paris

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Depuis le début du confinement, avec la baisse historique de la circulation automobile, la qualité de l’air aurait du considérablement s’améliorer en région parisienne. Ce n’est pas le cas.


La cause est entendue. Pour tous les décideurs politiques ou presque, l’utilisation de la voiture est à l’origine de la pollution atmosphérique et des émissions de particules fines et d’oxyde d’azote… Lors des épisodes importants de pollution atmosphérique, la circulation alternée ou l’interdiction des véhicules les plus polluants ont été instaurées notamment à Paris et en région parisienne. La ville de Paris a interdit en 2016 et en 2019 la circulation des véhicules les plus anciens et les plus polluants. Une partie de la métropole dite du Grand Paris a décidé de reprendre cette mesure à partir du 1er juillet de cette année.

Ainsi, tous les véhicules diesel et essence de plus de 18 ans (avant 2001) ne pourront pas circuler dans les limites d’un périmètre défini par l’autoroute A86 dans la semaine et aux mêmes horaires, de 8 heures à 20 heures, qu’à Paris.

A lire ensuite: Covid-19: et si c’était le sucre ?

La maire de Paris ne compte pas s’arrêter là «pour défendre la santé des Parisiennes et des Parisiens». En 2021 seront interdits de circulation tous les véhicules Crit-Air 4, de plus de 14 ans, y compris ceux à essence. Enfin, Anne Hidalgo entend chasser des rues de la capitale en 2024 tous les véhicules avec une motorisation diesel sans distinction d’âge. Les motorisations à essence auront, si ce plan est poursuivi, un répit jusqu’en 2030.

Baisse historique de la circulation automobile

Logiquement donc, avec le confinement, l’arrêt d’une bonne partie de l’activité économique et la baisse spectaculaire de la circulation automobile, illustrée, entre autres, par l’effondrement historique de la consommation de carburants, la qualité de l’air aurait du considérablement s’améliorer. Il n’en est rien… Et pourtant, les ventes d’essence et de gazole sont en baisse en France de 70 à 85% par rapport à avant le confinement.

Mais si on compare les graphiques d’Airparif, qu’on ne peut soupçonner de partialité, en février, en mars et pour le début du mois d’avril, on ne peut parler ni d’améliorations, ni même de différences. La région parisienne a même connu un …

>>> Lire la fin de l’article et voir les graphiques sur le site de la revue Transitions & Energies<<<

Le virus du QR code


Des tombes connectées, la pointe du progrès


Depuis le début de la crise du coronavirus, les cimetières sont devenus suspects. On peut y être enterré, mais il n’est malheureusement plus possible d’accompagner en nombre un cher disparu jusqu’à sa dernière demeure. Il y a encore peu de temps, le quotidien des cimetières était paisible. On venait y chercher la paix et l’éternité, et on la trouvait. Les morts qui avaient des tendances mondaines fréquentaient le Père-Lachaise, ceux qui ne vibraient qu’au son des vagues venaient passer la morte-saison au cimetière marin de Sète. Les morts qui aimaient jouer aux petits soldats installaient leur gloire aux Invalides, tandis que les grands mâles – à qui la nation est reconnaissante – venaient frimer au Panthéon. La sérénité des cimetières, c’était avant la révolution technologique.

© D.R
© D.R

Il y a quelques années, un « QR code » (une sorte de code-barres évolué) a été apposé sur le tombeau d’une des gloires du cimetière de Montauban : Manuel Azaña, dernier président de la Seconde République espagnole, exilé en France après la victoire de Franco. Depuis, les visiteurs, équipés de leur smartphone, scannent ainsi la tombe, pour accéder au site web d’une association qui défend la mémoire du grand homme. Grâce à ce genre d’initiatives connectées, les cimetières deviennent bientôt de vastes complexes ludo-éducatifs. Homo festivus s’y balade avec son téléphone en main, bondissant de tombe en tombe, de code-barres en code-barres à la recherche des « métadonnées » qui se cachent sous les pierres tombales. Encore une péripétie qui ne donne vraiment pas envie de mourir.

De l’utilité du taoïsme par temps de pandémie

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Le billet du vaurien


Même ceux qui n’ont aucune culture philosophique, qui n’ont jamais entendu parler d’Arthur Schopenhauer (qui est au pessimisme ce que Marx fut au communisme), connaissent cette citation célèbre de l’oncle Arthur : « La vie oscille comme un pendule, de droite à gauche, de la souffrance à l’ennui. »

Cette oscillation est pratiquement une loi de l’existence. Aucun domaine ne lui échappe. Ainsi, après avoir louangé l’universalisme, nous revenons au provincialisme (même Macron a fini par s’en rendre compte). Après avoir béni l’individualisme, nous applaudissons le retour du collectivisme. Après avoir fait de la jouissance un impératif, on revient, penaud, au puritanisme. Même Dieu dont la mort nous avait soulagés, retrouve des armées prêtes à en découdre pour nous L’imposer. Bref, l’Histoire n’est qu’un Éternel Retour et l’idée de Progrès une chimère.

A lire aussi: Armées confucéennes et hordes européennes

Ne m’accusez pas trop vite d’aligner des platitudes, car je voulais en venir à un lointain ancêtre d’Arthur Schopenhauer, à savoir Lao-Tseu (570-490 avant J.-C) qui a le double mérite, à mes yeux, d’écrire bref et sous une forme poétique, en torpillant tout jugement de valeur. Ce pourquoi les jésuites assimilèrent le « Tao-tö king » à un traité de sorcellerie. Comprendre que la distinction du Bien et du Mal est une maladie de l’esprit, tout Bien entraînant un Mal et tout Mal un Bien, est difficile à accepter pour un esprit occidental. Et pourtant, comme le notait Michel Leiris, les sentences sibyllines, apparemment simples, mais douées d’étranges prolongements, sont chargées d’une vérité trop ancienne et trop élémentaire pour n’être pas incontestable.

Prenons un exemple qui aurait ravi Schopenhauer :

« Tout le monde tient le beau pour le beau,
c’est en cela que réside sa laideur.
Tout le monde tient le bien pour le bien,
c’est en cela que réside son mal. »

Une fois qu’on a compris cela, mieux vaut adopter la tactique du non-agir et pour le sage pratiquer l’enseignement sans parole, car «  toutes choses du monde surgissent sans qu’il en soit l’auteur.»

Lao-Tseu ne se faisait aucune illusion sur la portée de ses préceptes. Non sans humour, il arrivait à la conclusion que ses sentences sont certes très faciles à comprendre et à pratiquer, mais ajoutait-il, « nul ne peut les comprendre, ni les pratiquer. » Abandonnons donc les hommes à leur folie, surtout en cette période de psychose collective. Mais qui sait ? Certains trouveront peut-être dans la lecture du « Tao-tö king » et de Schopenhauer un soulagement au mal de vivre et un remède à leurs délires, notamment à celui répété ad nauseam, à savoir que plus rien ne sera comme avant après cette pandémie.

Tao-Te-King: Le livre de la Voie et de la Vertu

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Une lueur d’espoir

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La catastrophe humanitaire, dont on peut redouter l’impact important sur les populations démunies, peut catalyser l’émergence de vraies nations, dont la Kabylie, capables de s’organiser harmonieusement – contrairement aux Etats postcoloniaux comme l’Algérie.


En mars 2020, contre toute attente, l’ordre mondial s’est écroulé. Bâti sur les ruines du féodalisme, il avait connu son extension à l’ensemble des continents par la colonisation et s’était fortifié à travers des institutions internationales politiques, économiques et financières. Il avait pour moteur la rivalité entre grandes puissances militaires pour la domination du monde. Ceci a favorisé la course aux armements par le biais, entre autres, de l’innovation technologique.

Sauve-qui-peut et chacun pour soi

Une matière, invisible à l’œil nu, a eu raison de tout l’édifice qui s’est effondré comme un château de cartes. Un tsunami pandémique en a eu raison. En l’espace de quelques semaines il ne reste ni ONU, ni Europe ni une quelconque organisation régionale crédible. Le sauve-qui-peut et le « chacun pour soi » se sont emparés de tous les gouvernants qui ont tordu le cou à la notion d’alliances et de coopération internationale.

Les stratèges militaires qui, jusque-là, n’incitaient leurs dirigeants qu’à (se) préparer des guerres, se surarmer pour dissuader d’éventuels adversaires contre des attaques ou des résistances, se retrouvent devant un ennemi aussi inconnu qu’inattendu. L’arrogance de la puissance fait place à la panique générale qui aveugle les dirigeants devenus, en l’espace de quelques semaines, davantage soucieux de ne pas perdre la face devant leurs futurs électeurs que d’organiser une véritable riposte à la hauteur du défi pandémique.

Sur le plan économique et financier, la folie de la surconsommation retombe du jour au lendemain, et devant la surabondance de gadgets à écouler à travers le monde, tous les États se retrouvent confrontés à une pénurie de masques, de blouses et une absence de médicaments et de traitements pour faire face à la maladie du coronavirus.

Révolution des moeurs

Exprimée plus poétiquement par « le monde devenu village », la mondialisation, censée ignorer les frontières des peuples et des nations, s’est vue brutalement freinée par le repli sur lui-même de chacun de ses pays promoteurs. Du coup, les États vassaux, en réalité esclaves, créés par la colonisation, se voient abandonnés à leur sort. Londres et Paris ne peuvent plus s’occuper du Commonwealth et de l’empire français en Afrique.

Les transformations sociales, que des réformes sociopolitiques et administratives n’arrivaient pas à imposer (télétravail, télécommerce, téléscolarité, télémédecine…), sont en passe de se réaliser par la menace du Covid-19. De nouvelles mœurs, de nouveaux comportements et de nouveaux modes de penser et d’agir commencent à s’installer.

La pollution, contre laquelle aucun consensus international n’était possible jusque-là, du fait d’un paradigme économique devenu incontrôlable, est stoppée net depuis début mars 2020. Ni avions, ni voitures, ni usines ne déversent leurs fumées dans l’air. Les bateaux sont contraints de laisser en paix les mers et les océans. Comme s’ils en étaient le pendant, l’émigration du Sud vers le Nord s’est évanouie et le pétrole ne vaut plus grand-chose.

Un monde nouveau… sur quelles bases ?

Une révolution s’est brusquement imposée pour faire passer l’humanité d’un âge des puissances militaires et économiques vers celui d’un monde nouveau aux contours encore trop flous. Rien ne garantit qu’il puisse être meilleur mais cette crise mondiale interpelle sur ce qu’est l’humanité, ses civilisations et ses choix d’organisation.

La réflexion, qui mérite d’être engagée aujourd’hui, est de savoir sur quelles nouvelles bases on va reconstruire une humanité politique solidaire, respectueuse autant des droits des peuples que de leurs diversité et de leurs richesses immatérielles ; respectueuse autant des communautés et des individus que de la nature, de la faune et de la flore.

D’ailleurs, plutôt que de vivre sous la menace de nouvelles guerres entre nations, idéologies ou religions, ne serait-il pas le moment de réfléchir aux scénarios catastrophes aussi bien d’origines naturelles qu’humaines ? Cette pandémie du coronavirus ne serait-elle pas une sorte de répétition générale pour de funestes spectacles plus terribles les uns que les autres appelés à déferler sur notre Terre ? Peut-on se poser la question de savoir à quoi servirait tout l’or du monde en cas d’une météorite frappant de plein fouet notre planète ; de la fonte brutale des glaces polaires et des tornades et autres cyclones continentaux ?

Fermeture des frontières

Ce qu’il ne faut absolument pas refaire est de réfléchir avec les mêmes idées qui ont mené à l’effondrement général actuel. La philosophie doit reprendre ses droits et ses investigations tout en poursuivant la recherche scientifique et l’innovation technologique orientées vers le bien être général de l’humanité, de la planète, des peuples, des espèces et des individus.

Aujourd’hui, peut-on mettre fin à l’injustice qui frappe des centaines de peuples auxquels on interdit l’existence par la loi du plus fort ? Si l’on parle difficilement de la Catalogne, de l’Écosse, du Québec en Occident, des Kurdes, on oublie complaisamment les Kabyles, le Darfour, les Baloutches, …

Les peuples d’Afrique et d’Asie auxquels l’ordre mondial qui vient de s’écrouler avait fermé la porte au nez doivent désormais se prendre en charge et ne compter que sur eux-mêmes, leurs ressources et leurs solidarités.

Les pays occidentaux ne pourront pas rouvrir leurs frontières, pendant plusieurs années, sans risquer le retour sur leur territoire de la pandémie. Et leurs économies, fortement endommagées, ne seront plus en mesure d’apporter à l’Afrique et à l’Asie, les sempiternels « cautères sur des jambes de bois ».

Vers de vraies nations

La catastrophe humanitaire, dont on peut redouter l’impact important sur les populations démunies des pays dits sous-développés, peut catalyser l’émergence de vraies nations, dont la Kabylie, capables de s’organiser harmonieusement au détriment des États postcoloniaux comme je l’ai annoncé en 2010, dans mon livre Le Siècle identitaire (Éd. Michalon). C’est, là, l’une des conditions essentielles pour parvenir, demain, à un monde de paix, de liberté, de prospérité et de justice que l’humanité appelle tant depuis toujours.

La réflexion doit s’engager sur le nouveau modèle politique mondial à substituer à celui qui s’écroule sous nos yeux. Changer de paradigme est désormais vital. Le capitalisme est à dépasser par de nouveaux rapports sociaux plus apaisés et plus consentis par tous.

Pour le moment, personne n’en détient la recette miracle et c’est de l’effort collectif de réflexion que des solutions vont voir le jour. Aux XVIIIe et XIXe siècles, l’intelligentsia européenne, confrontée à l’agonie de l’ordre féodal, réfléchissait aux possibles modèles de substitution. Nous voici devant la fin de l’ordre capitaliste à remplacer, il faut l’espérer, par un ordre humaniste, basé sur le respect de l’être humain et de la nature auxquels la recherche scientifique et l’innovation technologique doivent être exclusivement dédiées.

Ce sera, déjà, dans ce contexte mondial inédit et tragique, une petite flamme d’espoir qu’il nous appartient d’entretenir et de répandre.

Le siècle identitaire: la fin des États postcoloniaux

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Jeux de mains

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© D.R.

 


Tout est bon à prendre pour être confortablement confiné.


Confinement rime trop souvent avec désœuvrement. Pour limiter son exposition aux autres sans se tourner les pouces, un nombre exponentiel des 3 milliards de Terriens assignés à domicile s’est lancé dans l’achat frénétique… de sextoys. D’après des études scientifiques, ce réflexe semble excellent pour se prémunir du Covid-19 puisque l’orgasme renforce le système immunitaire et augmente le nombre de globules blancs. Le tout en rééquilibrant le niveau de cortisol (hormone du stress) qui accroît également les défenses immunitaires.  Bonne nouvelle, ce mécanisme prophylactique fonctionne aussi bien en solitaire que lors d’une partie de plaisir partagée. De plus, en ces temps propices au stress et aux fortes anxiétés, l’orgasme libère dopamine et sérotonine, deux hormones de bien-être ainsi que la célèbre ocytocine, l’hormone de l’attachement, qui crée un lien entre les amants épanouis.

A lire aussi: Vers une pénurie mondiale de préservatifs?

Gare cependant à ne pas tomber raide dingue de son accessoire. Entre le 1er janvier et le 6 mars, la vente de jouets coquins a explosé. Les chiffres sont impressionnants : des États-Unis (+75 %) à Hong Kong (+71 %) en passant par l’Italie (+60 %) et la France (+40 %).  Champions du monde, les Canadiens ont même augmenté de 130 % leur consommation alors que leurs cousins britanniques arrivent en queue de peloton (+13 %). Évidemment, les fabricants de gels et de piles suivent le mouvement en se frottant les mains, ce qui n’est pas forcément un geste barrière recommandé. Seul bémol : il est fort probable qu’à l’instar du Covid-19, la plupart de ces jouets soient fabriqués en Chine. Qu’on se rassure, le confinement ne devrait pas seulement favoriser les foulures du poignet. Selon toute vraisemblance, ces semaines de claustration forcée amèneront un pic de natalité d’ici Noël. On connaissait les baby-boomers et les « millenials », bienvenue aux « coronials » !

J’ai bien connu Jean Daniel

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Jean Daniel (à gauche sur la photo), Vatican, 1985 © Michele Bancilhon/ AFP

Coup sur coup, la mort de Jean Daniel et le coronavirus ! Un mois difficile à traverser pour l’humanité. En ce qui me concerne, je vous parlerai surtout de Jean, parce que je l’ai mieux connu que le Covid-19, du moins à l’heure où j’écris ces lignes.


Éloge funèbre de la gauche non-sectaire

vendredi 28 février

Hommage national à Jean Daniel aux Invalides. Pour Macron, c’est déjà le neuvième. Du coup, rompu à l’exercice, le chef de l’État sait trouver les mots d’emblée : « C’était une grande conscience de la gauche. »

Je n’aurais pas dit mieux, sauf à ajouter une phrase de lui qui me l’a toujours rendu sympathique : « La vérité me paraît être le plus souvent dans le complexe, dans le contradictoire. » Jean Daniel manifeste là une absence de sectarisme, j’allais dire une ouverture d’esprit, rare chez les siens, au point qu’on l’y a souvent pris pour un tiède, voire un traître.

« Penser contre soi-même », chacun sait comme l’exercice est difficile. Mais combien plus encore lorsqu’on est persuadé d’incarner le Progrès ! Quand on est dans le camp du Bien, on ne transige pas avec le Mal.

Il y a toujours dans la gauche un peu de Terreur qui sommeille. Pas chez Jean Daniel. Bien que structurellement progressiste, il avait compris depuis longtemps où mènent les « avenirs radieux ». Dès lors, il n’eut plus qu’un seul but, éviter le pire, et une seule méthode : le compromis.

Hélas ! Un demi-siècle durant, toutes ses belles constructions éditoriales ont été systématiquement balayées par un vent mauvais, mais pas vraiment nouveau : la volonté de puissance soufflant dans les rapports de force (Allégorie).

Sauf erreur, aucune des grandes suggestions daniélesques ne s’est jamais concrétisée, ni en politique intérieure ni a fortiori en politique étrangère. Ça ne l’a pas empêché de continuer à plaider jusqu’au bout, avec un enthousiasme intact, pour ses solutions de bon sens – à condition bien sûr de changer la nature humaine.

Un monde parfait

vendredi 6 mars

Samedi dernier, double page « Idées » dans Le Monde : « Les années 1970-1980, âge d’or de la pédophilie. » Un dossier accablant pour toute l’élite intello-médiatique de l’époque – sauf Le Monde, figure-toi.

En 15 000 signes denses, le quotidien ne trouve pas de mots assez durs pour condamner cette perversion criminelle qui passait alors, s’indigne-t-il, pour une pratique sexuelle « alternative » ».

Dans un étonnant exercice de name dropping, il livre à la vindicte mondaine des listes d’apologistes de la pédophilie, mais pas n’importe lesquels : essentiellement des personnalités disparues, ainsi que deux ou trois publications marginales de l’époque (Recherches, la revue introuvable de Félix Guattari, ou l’improbable journal maoïste Tout !…)

Ainsi Le Monde se croit-il dispensé de mettre en cause les autres pédophilophiles de l’époque : ceux qui sont toujours vivants et en activité, à commencer par lui-même. Un seul exemple, mais qui vaut son pesant de faux-culterie : évoquant une fameuse pétition de 1977 pour la libération de pédophiles emprisonnés, le journaliste livre complaisamment les passages les plus croustillants du texte, ainsi que 20 signataires. Il oublie juste de mentionner où cet appel douteux est paru : à sa une !

Apparemment, le texte incriminé serait de la plume de Gabriel Matzneff. Il faut dire qu’à l’époque, M le Maudit était dans les petits papiers du Monde, par Sollers et Josyane Savigneau interposés – jusqu’à ce que le journal lui ouvre directement ses colonnes, de 1977 à 1982.

Quarante ans plus tard, le même Monde découvre soudain avec horreur que son poulain a « soutenu l’insoutenable », voire « célébré l’incélébrable »… Que dire de ce « quotidien-de-référence » qui condamne aujourd’hui des crimes et délits dont il fut naguère complice, juste parce que c’était tendance ? Qu’il devrait être définitivement déconsidéré. Il ne l’est pas. C’est toute une époque, comme disait ma grand-mère.

Pour la prochaine fois, je propose au Monde un dossier accablant sur le thème « 1972-1977 : les zélateurs français des criminels khmers rouges ». Et si jamais ils manquent d’illustrations, je leur suggère leur propre une du 18 avril 1975 : « Atmosphère de liesse dans Phnom Penh libérée ».

« Poubel Obs » : Histoire secrète d’une parodie mort-née

samedi 14 mars

Pour en revenir à Jean Daniel, sa mort à 99 ans et demi m’a fait irrésistiblement penser à ma propre nécro, parue dans le mensuel Jalons il y a trente ans : « […] La nouvelle de sa disparition a bouleversé ses amis, qui le croyaient mort depuis longtemps. »

Du coup, ça m’a rappelé que mon unique contact avec l’ami Jean, hélas peu concluant, concernait précisément Jalons. L’anecdote, qui date de 1987, était restée inédite ; mais maintenant qu’il est mouru, il y a prescription.

Jean Daniel était alors – comme depuis toujours, me semblait-il déjà à l’époque – patron du Nouvel Obs. Plus étonnant, il avait pour directeur de la rédaction Franz-Olivier Giesbert, qui devait peu après occuper les mêmes fonctions au Figaro.

C’est ce FOG qui eut l’audace de recruter notre bande de pasticheurs déjà sulfureux, pour parodier l’hebdo officiel de l’intelligentsia dans ses propres colonnes. Sans me vanter, c’était couillu de sa part ; et le mieux, c’est que ça a failli marcher !

Notre mission, si nous l’acceptions : concocter un supplément de huit pages (textes et dessins) à encarter au milieu du journal, à l’occasion de je-ne-sais-plus-quel-anniversaire. Côté Jalons, pas de problème éthique majeur ! Être payé pour caricaturer les travers de l’idéologie dominante à travers un de ses canaux historiques, et à sa demande, c’est une offre qui ne se refuse pas. On s’en est donc donné à cœur joie, dans les limites de la common decency jalonienne bien sûr.

Le jour où j’ai soumis notre PoubelObs à l’ami FOG, en présence notamment des camarades Pierre Bénichou et Guy Sitbon, l’ambiance n’était pas à la morosité. Les éclats de rire fusaient, on lisait des passages à haute voix, et je rosissais de bonheur…

Las ! Un de nos plus grands succès, « L’éditorial de Jack Daniels », fut la cause de notre perte. Apparemment, Jean n’a pas apprécié son vrai-faux papier, au point de faire une colère. Même pas question de corriger : tout à la poubelle, ou je démissionne !

FOG m’a appelé pour m’expliquer le drame : « Désolé, l’opération est annulée. Mais ne t’inquiète pas, vous serez payés comme convenu. À condition évidemment de ne pas publier ça ailleurs… » On a été payés, on n’a pas utilisé la copie – et depuis, de toute façon, Barjot a rangé.

Confinement et conséquences

Dimanche 29 mars

OK, j’ai fini par lire le Goncourt 2019.

Que celui qui, en quinze jours de confinement, n’a fait aucune connerie me jette le premier pavé !

Le Sars Cov2, on l’a vraiment dans la peau?

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Image d'illustration Pixabay

Les dermatologues observent des engelures cutanées qui pourraient être liées au virus. Covid-19 est loin d’avoir livré ses mystères.


En consultation ou en téléconsultation de dermatologie, il n’est pas étonnant à l’heure actuelle d’observer des dermites d’irritation au gel hydroalcoolique ou aux lavages antiseptiques, ni de constater une recrudescence de certaines pathologies dont l’angoisse a pu être un facteur déclenchant : zona, poussée de psoriasis…

Des engelures pendant 15 jours ?

En revanche, certains signes dermatologiques, dans ce contexte épidémique, n’ont pas manqué de faire réagir nombre d’entre nous et nos collègues médecins généralistes. 

A lire aussi, notre magazine chez votre marchand de journaux: Macron: médecin malgré lui

Le Dr Luc Sulimovic, président du syndicat des dermatologues, a lancé un groupe Whatsapp, qui compte plus de 400 dermatologues libéraux, hospitaliers, militaires, pour échanger sur nos retours. La Société Française de dermatologie nous a demandé de colliger les cas observés tout comme aux États-Unis son équivalent l’AAD (American Academy of Dermatology).

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D’abord, ces lésions rouges ou violacées un peu gonflées, permanentes, prurigineuses souvent, sensibles parfois, des orteils et des doigts, mimant des engelures, régressant en 8 à 15 jours. Habituellement, les engelures, forme d’acrosyndrome (trouble vaso-moteur des extrémités), surviennent en saison froide. Il existe d’autres types d’acrosyndrome comme le phénomène de Raynaud qui lui est plutôt intermittent et évolue par phases, avec des atteintes artérielles très douloureuses chez les sujets prédisposés (tabagiques, diabétiques). Les atteintes des extrémités, en particulier les orteils bleus, peuvent se manifester lors d’infections sévères et étendues, surtout en milieu hospitalier.

Le mystère reste entier

Hors là, nous remarquons ces lésions en ce moment, alors qu’il fait beau, souvent chez des adolescents, enfants, adultes jeunes, sans antécédent particulier, qui vont bien. Ils ne présentent la plupart du temps peu ou pas (ou plus) de signes faisant suspecter une infection à Covid-19 : la fièvre, la toux, la fatigue sont rares chez ces patients. Il existe un écart entre la pauvreté de la symptomatologie infectieuse et les lésions parfois très importantes des orteils ou des doigts parfois violacées presque noires. Le nombre élevé de cas similaires, le terrain, les circonstances d’apparition font donc évoquer un lien entre ce coronavirus et la peau. 

A lire aussi: Covid-19: et si c’était le sucre ?

D’autres atteintes dermatologiques ont été observées en Asie, en Europe et aux États-Unis : des éruptions urticariennes peu spécifiques sans cause retrouvée, des éruptions ressemblant à des varicelles, des éruptions mimant des réactions cutanées au soleil alors même que les patients confinés n’ont pas été exposés au soleil et qu’ils n’ont pas pris de médicament favorisant ce type de réaction… Une recrudescence d’atteintes des mains et des pieds (bulles, nodules douloureux…) est à considérer chez les petits enfants.

Enfin, des atteintes muqueuses à type d’aphtes sont également rapportées.

Il n’est pas possible de conclure à une relation avec le Sars Cov2 formellement à ce stade.

Seules des hypothèses sont émises. D’abord il faut rechercher le virus en sachant que cette recherche est surtout intéressante dans le sang (voire dans les prélèvements de peau) puisque le virus peut ne plus être présent au niveau du pharynx, et que la PCR revient souvent négative, au moment de l’apparition de ces signes cutanés.

Caillots de sang ? Réponse immunitaire ?

Puis le ou les mécanismes de l’apparition de ces lésions dermatologiques seront à identifier et à expliciter.

A lire ensuite: Chloroquine: Sacré Raoult!

On sait notamment grâce aux pneumologues que le caractère thrombogène (favorisant les caillots de sang) de ce virus est largement suspecté d’où les embolies, thromboses, micro-thromboses au niveau pulmonaire mais aussi cérébral (même en l’absence de terrain propice aux AVC), digestif… On a également l’impression que ce virus entraîne une réponse immunitaire décuplée, il conviendra de rechercher s’il déclenche des phénomènes immunitaires dans la peau.

Ces deux éléments sont des pistes de travail, à étayer grâce à nos différents bilans biologiques, histologiques.

Ce nouveau virus n’a pas fini de nous étonner tant il est l’origine de tableaux cliniques variés en touchant de multiples organes. Hormis l’atteinte broncho-pulmonaire qui en fait souvent sa sévérité, la perte de goût et d’odorat devenues classiques en quelques semaines, les diarrhées par atteinte digestive, il est possible que ce virus affecte la peau.

L’enquête est en cours.

La France coupable

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Esclaves exploités dans une plantation de canne à sucre à Antigua. © Unsplash

En pleine épidémie, on vous reproche la traite négrière…


En ces heures de panique virale, l’actualité juridique réserve quelques bonnes nouvelles. Du moins aux adversaires de l’État français, accusé d’avoir perpétré d’innombrables crimes contre l’humanité. Fin février, la Cour européenne des droits de l’homme a en effet déclaré recevable la plainte contre la France du Mouvement international pour les réparations (MIR), une association martiniquaise d’« Afro-descendants ».

A lire aussi: « Que les nations arabo-musulmanes se penchent enfin sur leurs traites négrières »

Depuis sa création en 2005, le MIR a pour objectif de tirer les conséquences sonnantes et trébuchantes de la loi Taubira de 2001 qui qualifiait l’esclavage et la traite négrière de crime contre l’humanité, mais était conçue comme simplement mémorielle. Comme l’écrivait son président Garcin Malsa le 9 mai 2017 dans une lettre à Emmanuel Macron : « La Réparation n’est pas un texte de loi inapplicable, par le fait du prince. […] Nous affirmons notre dû. Nous exigeons notre dû. »

Un devoir de mémoire apparemment indifférent aux traites interafricaine et arabe, tout aussi blâmables, mais moins objets de ressentiment que la traite transatlantique.

Les « trans » ont la cote

Qu’importe, après quinze ans de batailles perdues dans les tribunaux français, la CEDH autorise donc le MIR à réengager des procédures contre la France ; il se peut même que l’État soit condamné pour pratiques « discriminatoires » de la part de son système judiciaire. L’association pourra en outre exiger une « expertise […] pour déterminer l’ampleur des conséquences du crime qu’a été l’esclavage sur les Afro-descendants ».

A lire aussi: L’antiracisme, idéologie d’Etat

Mais par quel prodige les « Afro-descendants » français peuvent-ils se considérer victimes d’un préjudice alors que l’esclavage a été aboli en 1848 ? Maître Spinosi, autre avocat du MIR, prétend que les « agissements fautifs » de l’État français sont « à l’origine d’un préjudice personnel et transgénérationnel subi par les descendants d’esclavisés ». Décidément, les trans ont la cote…

Une fois le principe de la réparation pécuniaire acté, reste à en définir les bénéficiaires. Interrogée par le magazine gratuit Stylist, la politologue Audrey Célestine, ancienne membre du Comité national pour la mémoire et l’his- toire de l’esclavage, s’interroge : « Est-ce qu’on s’arrête aux descendant.e.s direct.e.s. ou est-ce qu’on élargit ? Barack Obama, par exemple, n’est pas un descendant d’esclave, mais il a pu souffrir du racisme construit aux États-Unis par la matrice esclavagiste. » Autrement dit, est-ce l’hérédité ou la construction sociale qui fait la victime ? En tout cas, tout le monde connaît le coupable.

Chanteurs, laissez tomber les concerts confinés gratuits!

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La délicieuse Christine and the Queens gratifiera-t-elle bientôt ses fans d'un concert confiné ? © Swan Gallet/WWD/REX/SIPA Numéro de reportage: Shutterstock40745627_000041

Ma guerre en short. La chronique de Cyril Bennasar.


Aujourd’hui, le sujet est délicat. J’aimerais tenter de rassurer les chanteurs et les chanteuses que l’on confine loin des scènes et des plateaux télé, dont le public est privé, et qui s’inquiètent pour nous.  À tous les artistes qui culpabilisent de ne pouvoir jouer leur rôle, remplir leur mission, participer à l’effort de guerre, et par leurs chansons colorer la grisaille de notre quotidien, éclairer la morosité de nos existences, nous faire oublier nos soucis, je dis : Ne vous inquiétez pas. À ces saltimbanques qui vivent mal le lien rompu avec leurs fans, qui « se mobilisent » et « chantent pour encourager les internautes confinés », à ces enfants de la balle qui s’en voudraient de ne pas offrir des « récréations poétiques » à leur public, je dis : Nous tenons le choc. À ceux qui n’arrivent pas à nous oublier, à nous abandonner en rase campagne, à rester planqués alors que c’est la guerre, à nous laisser tomber, je dis : Laissez tomber.

Un peu trop normaux…

Laissez tomber les clips de webcams, c’est une fausse bonne idée. L’image est blafarde, floue et tremblante, la guitare sèche, archi-sèche, le son est pourri et fait des bulles. L’effet est désastreux. Toutes ces expériences unplugged ne sont pas concluantes. Ne vous montrez pas tels que vous êtes, pas coiffés et sans fards, sans projecteurs pour vous arranger le portrait ni correcteurs de notes pour vous redresser la voix, sans musiciens, sans playback, sans danseuses, sans arrangements et sans même avoir été présentés. A capella, sans mise en scène et sans apparats, vous êtes normaux, un peu trop normaux. On vous regarde vous produire sans le moindre appareil, nature, et on se demande : Finalement, pourquoi est-il célèbre lui, et pas le cousin qui avait pris sa guitare aux fiançailles du frangin ?

Et quand on commence à se poser des questions, en viennent d’autres plus vaches qu’on aurait préféré éviter. Thomas Dutronc aurait-il eu cette carrière s’il s’était appelé Durand ? Ou l’aurait-il terminé dans le métro, jeté de la rame par des usagers en colère et coursé par des Roms pour sa guitare manouche ? Comment Vanessa Paradis a-t-elle pu enregistrer autant de disques ? Et en vendre ? Qui a demandé à Cœur de pirate de nous écrire une chanson pour l’occasion « Je sais que tu n’es pas à risque et que tu veux voir tes amis mais si tu le fais, des gens vont mourir », et de nous la chanter ? Qui paye d’habitude pour aller voir un concert de Raphaël ? Qui se connecte pour un live de Chris and the Queens, même gratuitement, même sur petit écran ? À part pour voir, comme autrefois à la foire, une bête curieuse. 

Lire la chronique d’hier: Éduquer un enfant aujourd’hui, c’est « l’inadapter »?

Restez chez vous pour de bon. Faites-vous plutôt désirer. Si vous arrivez à vous faire violence et à vous faire rares, nous ne l’oublierons pas. À la guerre comme à la guerre, nous nous débrouillons pour égayer nos tristes vies, et pour nous remonter le moral, nous faisons avec les moyens du bord. Nous ne sommes pas si seuls.  Un documentaire sur AC/DC visible en replay sur la chaîne Cstar m’a occupé un soir, et j’ai ressorti mes disques de Brassens pour les mois qui restent. Lui, dommage qu’on ne l’ait plus en vrai, je l’aurais bien vu en concert dans mon salon et sur mon PC, même en webcam, avec une chaise pour tout décor et sa guitare sèche.

Au théâtre ce soir avec Pascal Praud!

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Pascal Praud Image: capture d'écran Cnews

Sous vos applaudissements, l’Heure des Pros amuse, divertit, agace et informe


Autrefois, on disait entre initiés, hier soir, je suis allé au Français avec la mine gourmande.  Quelle mise en scène, mes amis ! Et le jeu des acteurs, le respect du texte sans un classicisme trop corseté, la liberté dans la contrainte, l’essence même du théâtre, Molière et Racine veillaient au grain en ce temps-là, l’esprit pétillait à tous les actes, les vers coulaient sans une fausse note, la jeune première avait l’innocence d’une rosée de printemps, la vieille douairière était tordante de rire, les barbons s’enferraient dans leurs certitudes, les servantes montraient juste ce qu’il fallait de leur gorge satinée pour réveiller les spectateurs endormis du premier rang, même les hallebardiers n’avaient pas l’air de s’ennuyer. Le public parisien pouvait encore s’enorgueillir d’avoir accès à cette qualité immémoriale, par nature indémodable, alors que Londres la baroque, se vautrait dans le théâtre expérimental. Ne parlons pas de New-York qui a toujours psychologisé les planches, Freud y avait hérité d’une chaire de diction. Dans les Académies de comédie, les élèves ânonnaient, se croyant possédés par leur art oratoire. Les pauvres enfants, ils confondaient engagement et servitudes du métier. Même dans les séries Z, on jouait avec plus de sincérité et d’intensité. À Paris, jadis, Jouvet tançait les falsificateurs et les têtes boursouflées qui encombrent les cours du soir. Il gardait le cap de notre identité tatillonne et perfide.

Deux représentations par jour

Maintenant que les théâtres sont fermés depuis quatre semaines, les amateurs de « beau jeu » se rabattent, deux fois par jour, devant L’Heure des Pros sur CNews. La direction de la chaîne penserait même ouvrir la billetterie en matinée pour une troisième représentation. L’intérêt de cette émission tient à son maître de cérémonie, Pascal Praud, tantôt patelin, tantôt rieur ; ne supportant pas le temps mort, ayant à la fois la vis comica féroce et la faconde du bon bourgeois de province. Quelle plasticité ! Il feint l’ignorance pour mieux contrer ses adversaires, méfiez-vous, quand il retient ses coups dans un premier élan, la contre-attaque est ravageuse. On se régale de son numéro de duettiste à lui seul. Il est, tour à tour, Roger Pierre et Jean-Marc Thibault, ou pour ceux qui s’en souviennent, Philippe Noiret et Jean-Pierre Darras. Il alterne les rôles, s’adapte à la situation, ses interviews ne sont jamais statiques, il peut dans une même question, être vache ou tendre la patte, provoquer ou flirter, en dernier ressort, c’est lui qui demeure le métronome des débats. Un animateur lettré, ça fait quand même toute la différence à la télé.

A lire aussi, Martin Pimentel: Qui sont ceux qui dénoncent la “radicalisation” zemmourienne de la chaîne CNews?

À l’évidence, on se marre dans ce drôle d’espace, à mi-chemin du zinc et du forum romain, quand le sérieux du propos n’est pas totalement dénué de second degré. Contrairement à la plupart de ses confrères, Praud est un grand lecteur, il a lu Guitry et Léautaud, Blondin et Malaparte, il aime Hidalgo (Michel) et Lino (Ventura), il est ému comme un gosse face au commandeur Delon et le cinéma de Philippe de Broca l’emplit de joie. Un homme qui vénère ces films-là, à la nostalgie entêtante, épidermique à l’évidence, aura toujours mon estime.

La télévision grossit les traits

Comme les acteurs qui sortent du Conservatoire, il est attentif aux autres sur le plateau, il est réceptif aux moindres fluctuations, aux baisses de rythme comme aux emballements intempestifs, ce qui donne à cette info-divertissement une belle fluidité d’écoute. Je le compare à un Border Terrier qui aurait inversé les rôles. C’est lui qui envoie la balle à ses chroniqueurs, il s’amuse avec eux, les rabroue ou les cajole, leur fait la morale et malgré tout, les laisse s’exprimer quitte à se ridiculiser. Il a instauré sa dramaturgie, elle répond à une mécanique très étudiée. Son entrée en scène sera bientôt enseignée au Cours Florent. Lunettes rouges sur costume à rayures tennis, tête légèrement penchée, sourire à la limite du narquois, une gaité dans le ton, et puis, il déroule, fait la retape de son barnum du jour. Dans cette troupe composite, chacun a fini par creuser sa propre veine, construit au fil des semaines, son personnage, le densifiant au risque parfois de se caricaturer. La télévision grossit les traits, c’est pour ça qu’elle est addictive. Peu importe, l’outrance, le débordement, les égos qui craquellent, les approximations, il y a un véritable plaisir à regarder ce garçon et sa bande. Bien sûr, on peste devant son écran, certaines interventions nous font bondir, d’autres nous confortent dans nos positions, on a ses chouchous, mais quand le rideau tombe à 21 heures, on félicite les artistes et surtout leur meneur de revue. Merci pour ce moment !

L’Heure des pros, le matin à 9 heures sur Cnews (canal 16)

Confinement: la qualité de l’air ne s’est pas améliorée à Paris

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© ACau/SIPA Numéro de reportage: 00951035_000001

Depuis le début du confinement, avec la baisse historique de la circulation automobile, la qualité de l’air aurait du considérablement s’améliorer en région parisienne. Ce n’est pas le cas.


La cause est entendue. Pour tous les décideurs politiques ou presque, l’utilisation de la voiture est à l’origine de la pollution atmosphérique et des émissions de particules fines et d’oxyde d’azote… Lors des épisodes importants de pollution atmosphérique, la circulation alternée ou l’interdiction des véhicules les plus polluants ont été instaurées notamment à Paris et en région parisienne. La ville de Paris a interdit en 2016 et en 2019 la circulation des véhicules les plus anciens et les plus polluants. Une partie de la métropole dite du Grand Paris a décidé de reprendre cette mesure à partir du 1er juillet de cette année.

Ainsi, tous les véhicules diesel et essence de plus de 18 ans (avant 2001) ne pourront pas circuler dans les limites d’un périmètre défini par l’autoroute A86 dans la semaine et aux mêmes horaires, de 8 heures à 20 heures, qu’à Paris.

A lire ensuite: Covid-19: et si c’était le sucre ?

La maire de Paris ne compte pas s’arrêter là «pour défendre la santé des Parisiennes et des Parisiens». En 2021 seront interdits de circulation tous les véhicules Crit-Air 4, de plus de 14 ans, y compris ceux à essence. Enfin, Anne Hidalgo entend chasser des rues de la capitale en 2024 tous les véhicules avec une motorisation diesel sans distinction d’âge. Les motorisations à essence auront, si ce plan est poursuivi, un répit jusqu’en 2030.

Baisse historique de la circulation automobile

Logiquement donc, avec le confinement, l’arrêt d’une bonne partie de l’activité économique et la baisse spectaculaire de la circulation automobile, illustrée, entre autres, par l’effondrement historique de la consommation de carburants, la qualité de l’air aurait du considérablement s’améliorer. Il n’en est rien… Et pourtant, les ventes d’essence et de gazole sont en baisse en France de 70 à 85% par rapport à avant le confinement.

Mais si on compare les graphiques d’Airparif, qu’on ne peut soupçonner de partialité, en février, en mars et pour le début du mois d’avril, on ne peut parler ni d’améliorations, ni même de différences. La région parisienne a même connu un …

>>> Lire la fin de l’article et voir les graphiques sur le site de la revue Transitions & Energies<<<

Le virus du QR code

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Hanwell Cemetery à Londres © Unsplash

Des tombes connectées, la pointe du progrès


Depuis le début de la crise du coronavirus, les cimetières sont devenus suspects. On peut y être enterré, mais il n’est malheureusement plus possible d’accompagner en nombre un cher disparu jusqu’à sa dernière demeure. Il y a encore peu de temps, le quotidien des cimetières était paisible. On venait y chercher la paix et l’éternité, et on la trouvait. Les morts qui avaient des tendances mondaines fréquentaient le Père-Lachaise, ceux qui ne vibraient qu’au son des vagues venaient passer la morte-saison au cimetière marin de Sète. Les morts qui aimaient jouer aux petits soldats installaient leur gloire aux Invalides, tandis que les grands mâles – à qui la nation est reconnaissante – venaient frimer au Panthéon. La sérénité des cimetières, c’était avant la révolution technologique.

© D.R
© D.R

Il y a quelques années, un « QR code » (une sorte de code-barres évolué) a été apposé sur le tombeau d’une des gloires du cimetière de Montauban : Manuel Azaña, dernier président de la Seconde République espagnole, exilé en France après la victoire de Franco. Depuis, les visiteurs, équipés de leur smartphone, scannent ainsi la tombe, pour accéder au site web d’une association qui défend la mémoire du grand homme. Grâce à ce genre d’initiatives connectées, les cimetières deviennent bientôt de vastes complexes ludo-éducatifs. Homo festivus s’y balade avec son téléphone en main, bondissant de tombe en tombe, de code-barres en code-barres à la recherche des « métadonnées » qui se cachent sous les pierres tombales. Encore une péripétie qui ne donne vraiment pas envie de mourir.

De l’utilité du taoïsme par temps de pandémie

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Portrait de Lao Tseu 17e siècle Chine / Auteur inconnu Bibliothèque nationale © Archives Snark / Photo12 via AFP

Le billet du vaurien


Même ceux qui n’ont aucune culture philosophique, qui n’ont jamais entendu parler d’Arthur Schopenhauer (qui est au pessimisme ce que Marx fut au communisme), connaissent cette citation célèbre de l’oncle Arthur : « La vie oscille comme un pendule, de droite à gauche, de la souffrance à l’ennui. »

Cette oscillation est pratiquement une loi de l’existence. Aucun domaine ne lui échappe. Ainsi, après avoir louangé l’universalisme, nous revenons au provincialisme (même Macron a fini par s’en rendre compte). Après avoir béni l’individualisme, nous applaudissons le retour du collectivisme. Après avoir fait de la jouissance un impératif, on revient, penaud, au puritanisme. Même Dieu dont la mort nous avait soulagés, retrouve des armées prêtes à en découdre pour nous L’imposer. Bref, l’Histoire n’est qu’un Éternel Retour et l’idée de Progrès une chimère.

A lire aussi: Armées confucéennes et hordes européennes

Ne m’accusez pas trop vite d’aligner des platitudes, car je voulais en venir à un lointain ancêtre d’Arthur Schopenhauer, à savoir Lao-Tseu (570-490 avant J.-C) qui a le double mérite, à mes yeux, d’écrire bref et sous une forme poétique, en torpillant tout jugement de valeur. Ce pourquoi les jésuites assimilèrent le « Tao-tö king » à un traité de sorcellerie. Comprendre que la distinction du Bien et du Mal est une maladie de l’esprit, tout Bien entraînant un Mal et tout Mal un Bien, est difficile à accepter pour un esprit occidental. Et pourtant, comme le notait Michel Leiris, les sentences sibyllines, apparemment simples, mais douées d’étranges prolongements, sont chargées d’une vérité trop ancienne et trop élémentaire pour n’être pas incontestable.

Prenons un exemple qui aurait ravi Schopenhauer :

« Tout le monde tient le beau pour le beau,
c’est en cela que réside sa laideur.
Tout le monde tient le bien pour le bien,
c’est en cela que réside son mal. »

Une fois qu’on a compris cela, mieux vaut adopter la tactique du non-agir et pour le sage pratiquer l’enseignement sans parole, car «  toutes choses du monde surgissent sans qu’il en soit l’auteur.»

Lao-Tseu ne se faisait aucune illusion sur la portée de ses préceptes. Non sans humour, il arrivait à la conclusion que ses sentences sont certes très faciles à comprendre et à pratiquer, mais ajoutait-il, « nul ne peut les comprendre, ni les pratiquer. » Abandonnons donc les hommes à leur folie, surtout en cette période de psychose collective. Mais qui sait ? Certains trouveront peut-être dans la lecture du « Tao-tö king » et de Schopenhauer un soulagement au mal de vivre et un remède à leurs délires, notamment à celui répété ad nauseam, à savoir que plus rien ne sera comme avant après cette pandémie.

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Une lueur d’espoir

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Ferhat Mehenni, du mouvement pour l'autonomie de la Kabylie (MAK), en août 2009 © AFP STEPHAN AGOSTINI

La catastrophe humanitaire, dont on peut redouter l’impact important sur les populations démunies, peut catalyser l’émergence de vraies nations, dont la Kabylie, capables de s’organiser harmonieusement – contrairement aux Etats postcoloniaux comme l’Algérie.


En mars 2020, contre toute attente, l’ordre mondial s’est écroulé. Bâti sur les ruines du féodalisme, il avait connu son extension à l’ensemble des continents par la colonisation et s’était fortifié à travers des institutions internationales politiques, économiques et financières. Il avait pour moteur la rivalité entre grandes puissances militaires pour la domination du monde. Ceci a favorisé la course aux armements par le biais, entre autres, de l’innovation technologique.

Sauve-qui-peut et chacun pour soi

Une matière, invisible à l’œil nu, a eu raison de tout l’édifice qui s’est effondré comme un château de cartes. Un tsunami pandémique en a eu raison. En l’espace de quelques semaines il ne reste ni ONU, ni Europe ni une quelconque organisation régionale crédible. Le sauve-qui-peut et le « chacun pour soi » se sont emparés de tous les gouvernants qui ont tordu le cou à la notion d’alliances et de coopération internationale.

Les stratèges militaires qui, jusque-là, n’incitaient leurs dirigeants qu’à (se) préparer des guerres, se surarmer pour dissuader d’éventuels adversaires contre des attaques ou des résistances, se retrouvent devant un ennemi aussi inconnu qu’inattendu. L’arrogance de la puissance fait place à la panique générale qui aveugle les dirigeants devenus, en l’espace de quelques semaines, davantage soucieux de ne pas perdre la face devant leurs futurs électeurs que d’organiser une véritable riposte à la hauteur du défi pandémique.

Sur le plan économique et financier, la folie de la surconsommation retombe du jour au lendemain, et devant la surabondance de gadgets à écouler à travers le monde, tous les États se retrouvent confrontés à une pénurie de masques, de blouses et une absence de médicaments et de traitements pour faire face à la maladie du coronavirus.

Révolution des moeurs

Exprimée plus poétiquement par « le monde devenu village », la mondialisation, censée ignorer les frontières des peuples et des nations, s’est vue brutalement freinée par le repli sur lui-même de chacun de ses pays promoteurs. Du coup, les États vassaux, en réalité esclaves, créés par la colonisation, se voient abandonnés à leur sort. Londres et Paris ne peuvent plus s’occuper du Commonwealth et de l’empire français en Afrique.

Les transformations sociales, que des réformes sociopolitiques et administratives n’arrivaient pas à imposer (télétravail, télécommerce, téléscolarité, télémédecine…), sont en passe de se réaliser par la menace du Covid-19. De nouvelles mœurs, de nouveaux comportements et de nouveaux modes de penser et d’agir commencent à s’installer.

La pollution, contre laquelle aucun consensus international n’était possible jusque-là, du fait d’un paradigme économique devenu incontrôlable, est stoppée net depuis début mars 2020. Ni avions, ni voitures, ni usines ne déversent leurs fumées dans l’air. Les bateaux sont contraints de laisser en paix les mers et les océans. Comme s’ils en étaient le pendant, l’émigration du Sud vers le Nord s’est évanouie et le pétrole ne vaut plus grand-chose.

Un monde nouveau… sur quelles bases ?

Une révolution s’est brusquement imposée pour faire passer l’humanité d’un âge des puissances militaires et économiques vers celui d’un monde nouveau aux contours encore trop flous. Rien ne garantit qu’il puisse être meilleur mais cette crise mondiale interpelle sur ce qu’est l’humanité, ses civilisations et ses choix d’organisation.

La réflexion, qui mérite d’être engagée aujourd’hui, est de savoir sur quelles nouvelles bases on va reconstruire une humanité politique solidaire, respectueuse autant des droits des peuples que de leurs diversité et de leurs richesses immatérielles ; respectueuse autant des communautés et des individus que de la nature, de la faune et de la flore.

D’ailleurs, plutôt que de vivre sous la menace de nouvelles guerres entre nations, idéologies ou religions, ne serait-il pas le moment de réfléchir aux scénarios catastrophes aussi bien d’origines naturelles qu’humaines ? Cette pandémie du coronavirus ne serait-elle pas une sorte de répétition générale pour de funestes spectacles plus terribles les uns que les autres appelés à déferler sur notre Terre ? Peut-on se poser la question de savoir à quoi servirait tout l’or du monde en cas d’une météorite frappant de plein fouet notre planète ; de la fonte brutale des glaces polaires et des tornades et autres cyclones continentaux ?

Fermeture des frontières

Ce qu’il ne faut absolument pas refaire est de réfléchir avec les mêmes idées qui ont mené à l’effondrement général actuel. La philosophie doit reprendre ses droits et ses investigations tout en poursuivant la recherche scientifique et l’innovation technologique orientées vers le bien être général de l’humanité, de la planète, des peuples, des espèces et des individus.

Aujourd’hui, peut-on mettre fin à l’injustice qui frappe des centaines de peuples auxquels on interdit l’existence par la loi du plus fort ? Si l’on parle difficilement de la Catalogne, de l’Écosse, du Québec en Occident, des Kurdes, on oublie complaisamment les Kabyles, le Darfour, les Baloutches, …

Les peuples d’Afrique et d’Asie auxquels l’ordre mondial qui vient de s’écrouler avait fermé la porte au nez doivent désormais se prendre en charge et ne compter que sur eux-mêmes, leurs ressources et leurs solidarités.

Les pays occidentaux ne pourront pas rouvrir leurs frontières, pendant plusieurs années, sans risquer le retour sur leur territoire de la pandémie. Et leurs économies, fortement endommagées, ne seront plus en mesure d’apporter à l’Afrique et à l’Asie, les sempiternels « cautères sur des jambes de bois ».

Vers de vraies nations

La catastrophe humanitaire, dont on peut redouter l’impact important sur les populations démunies des pays dits sous-développés, peut catalyser l’émergence de vraies nations, dont la Kabylie, capables de s’organiser harmonieusement au détriment des États postcoloniaux comme je l’ai annoncé en 2010, dans mon livre Le Siècle identitaire (Éd. Michalon). C’est, là, l’une des conditions essentielles pour parvenir, demain, à un monde de paix, de liberté, de prospérité et de justice que l’humanité appelle tant depuis toujours.

La réflexion doit s’engager sur le nouveau modèle politique mondial à substituer à celui qui s’écroule sous nos yeux. Changer de paradigme est désormais vital. Le capitalisme est à dépasser par de nouveaux rapports sociaux plus apaisés et plus consentis par tous.

Pour le moment, personne n’en détient la recette miracle et c’est de l’effort collectif de réflexion que des solutions vont voir le jour. Aux XVIIIe et XIXe siècles, l’intelligentsia européenne, confrontée à l’agonie de l’ordre féodal, réfléchissait aux possibles modèles de substitution. Nous voici devant la fin de l’ordre capitaliste à remplacer, il faut l’espérer, par un ordre humaniste, basé sur le respect de l’être humain et de la nature auxquels la recherche scientifique et l’innovation technologique doivent être exclusivement dédiées.

Ce sera, déjà, dans ce contexte mondial inédit et tragique, une petite flamme d’espoir qu’il nous appartient d’entretenir et de répandre.

Le siècle identitaire: la fin des États postcoloniaux

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