Accueil Site Page 1352

Séparatisme ou séparation?

0

Les mesures pas assez radicales proposées par Emmanuel Macron lors de son discours aux Mureaux sont des pansements sur une jambe de bois. Gabriel Robin, auteur du Non du peuple, craint en outre que la France de la raison ne soit en train de se transformer en celle de la bêtise. Analyse.


« Séparatisme » : le mot du mois. L’intervention présidentielle était attendue. De fait, elle avait même été savamment scénarisée par les équipes de communicants d’Emmanuel Macron. La question du « séparatisme » est, on l’a bien deviné, centrale dans la réflexion macronienne en vue de la prochaine élection présidentielle. Alors : un nouveau coup pour rien ou une réussite tactique ?

Depuis Les Mureaux, lieu hautement symbolique, Emmanuel Macron a longuement discouru derrière son pupitre décoré du drapeau français surmonté d’un écriteau où figurait la mention « La République en actes », comme pour mieux indiquer qu’avec lui seuls les actes compteraient. Oui, les actes comptent plus que les mots de la même manière que les paroles s’envolent quand les écrits restent. Nous, mauvais esprits, Gaulois réfractaires et autres râleurs impénitents, savons pourtant que déclarer « prendre acte » d’une situation ne signifie pourtant pas toujours qu’on puisse en sortir, ni même qu’on en ait véritablement la volonté.

Trop tard

Emmanuel Macron a-t-il conscience de son impuissance relative ? Mesure-t-il à quel point la France est désormais traversée par ces frontières invisibles qui font que les populations qui y vivent n’ont plus qu’un fugace souvenir de leur unité passée ?

Nous sommes pris dans la mâchoire du piège à cons, non pas séparés mais atomisés entre la génération des boomers et celle des zoomers, les islamistes misogynes et les lesbiennes misandres, les braconniers cruels et les antispécistes fanatiques… les tièdes et les hystériques

Lui qui prétend que son rôle est d’agir plutôt que de réagir – ce qui est exact -, semble pourtant avancer en tâtonnant. La grande séparation était acquise dès le moment où la France mit le doigt dans l’engrenage de l’immigration massive accompagnée du laxisme et de la culture de l’excuse.

A lire ensuite, Céline Pina: La fin du déni

« Il y a dans cet islamisme radical, puisque c’est le cœur du sujet (…), une volonté revendiquée d’afficher une organisation méthodique pour contrevenir aux lois de la République et créer un ordre parallèle d’autres valeurs, développer une autre organisation de la société », a déclaré Emmanuel Macron sous forme de constat. Et que prévoit-il pour y répondre ? Des mesurettes absurdes, dont la logique flirte parfois avec un républicanisme hors-sol et autoritaire. Imposer l’école dès trois ans à tous les enfants sera-t-il de nature à empêcher des adolescents et de jeunes adultes de basculer dans un islam terroriste ou de vivre selon des mœurs que nous jugeons archaïques ? Non.

Scolarité imposée dès 3 ans: l’islam fait bien reculer nos libertés

Ceux qui ont commis des attentats sur le sol français étaient tous, à l’exception du patient zéro Kelkal, des petits voyous ou des criminels déscolarisés après la période de l’enfance. Ils n’avaient pas le profil des musulmans éduqués dans des familles islamistes cultivées, lesquels poursuivent souvent des études et évitent la rue. C’est d’ailleurs tout le paradoxe du problème qui nous occupe. En obligeant les parents à mettre leurs enfants à l’école dès trois ans (hors dérogations pour raisons de santé), le président attente aux libertés publiques fondamentales des Français. Ne seront d’ailleurs embêtés qu’une poignée de concitoyens qui n’ont rien demandé à personne ! Idem pour la question de l’école à domicile ou l’encadrement renforcé des écoles hors contrat.

Toutes ces mesures sont des pansements sur une jambe de bois, inutiles quand elles ne sont pas dangereuses. Le président doit comprendre qu’il est d’abord et avant tout le garant de l’Ordre public. Il ne doit pas être celui qui amène à légiférer sur une foi : idéal absolu qui ne se négocie pas pour ceux qui en ont une. C’est perdu d’avance. Quand Emmanuel Macron appelle à la naissance d’un « islam des Lumières », il sort de son rôle et ne peut qu’entendre l’écho des ricanements des imams les plus orthodoxes. Emmanuel Macron doit simplement rappeler ce qui est permis et ce qui est interdit en France. Ce n’est pas compliqué mais ça demande des vertèbres… qu’il n’a pas.

Piège à cons

L’autre liberté en danger est celle du droit d’association. Au mieux, les signataires adopteront la charte de la laïcité de manière hypocrite. Au pire, ils reconstitueront des associations dissoutes, à la manière des ligues et partis interdits. « Toute association sollicitant une subvention auprès de l’Etat ou d’une collectivité territoriale devra signer un contrat de respect des valeurs de la République », a-t-il ainsi déclaré. Soit, mais la mesure s’appliquera-t-elle à ces nombreuses associations qui ne se contentent pas de ne pas adhérer aux principes républicains mais en violent les lois en aidant à l’entrée et au séjour des immigrés clandestins ? Aux associations et groupements prétendument antifascistes qui appellent au renversement de l’Etat ? Aux associations féministes dont les membres prétendent désormais qu’il faut imposer un couvre-feu aux hommes quand elles ne veulent pas carrément les éliminer de tous les emplois publics ? On peut en douter.

A lire aussi, Pierre Jolibert: Un enseignement naïf de l’histoire en secondaire peut-il conduire des jeunes vers le salafisme?

Nous sommes pris dans la mâchoire du piège à cons, non pas séparés mais atomisés entre la génération des boomers et celle des zoomers, les islamistes misogynes et les lesbiennes misandres, les braconniers cruels et les antispécistes fanatiques… les tièdes et les hystériques. Ce que n’ont pas saisi Emmanuel Macron et ses proches, c’est que la grande séparation tient d’abord dans l’éloignement entre la France de la raison et celle de la bêtise. La bêtise gagne quand le porte-parole du gouvernement singe le peuple chez Cyril Hanouna. Elle gagne quand la musique populaire se réduit à Wejdene et Aya Nakamura. Elle gagne quand les Français s’adonnent à la junk food plutôt qu’à la cuisine de leurs ancêtres.

Cette loi sur le séparatisme n’aura aucune incidence sur notre devenir. Elle sera impuissante contre l’islamisme. Impuissante contre les voyous. Impuissante contre notre progressif abrutissement. Un coup pour rien… sauf pour gagner une élection présidentielle.

Le non du peuple

Prix: 25,00 €

1 d'occasion et neuf disponible à partir de 25,00 €

Histoire de l'islamisation française: Quarante ans de soumission

Prix: 25,00 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 8,00 €

Le Suicide français

Prix: 26,09 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 2,79 €

Rillieux-la-Pape: notre église brûle, ne regardons pas ailleurs

0

L’église Saint Pierre Chanel de Rillieux-la-Pape a été incendiée dans la nuit de samedi à dimanche. Après cet acte visant à semer la discorde, ceux qui savent doivent dénoncer les coupables.


Dans la nuit de samedi à dimanche, une église catholique a été prise pour cible à Rillieux-la-Pape. Cette église moderne en béton, au cœur du quartier le plus populaire de cette ville de banlieue lyonnaise a vu un véhicule enflammé précipité sur sa façade.

Quand une église catholique est prise pour cible par des incendiaires, il ne faut pas le laisser sous silence car ce n’est pas innocent. Cela ne l’est jamais.

Nous savons bien où veulent nous conduire ceux qui se livrent à de pareils actes, trop fréquents en France pour être anodins, nous savons bien ce qu’ils veulent. Tout cela a été théorisé, tout cela a été écrit, tout cela est appliqué, tout cela produit des effets.

Alors que faire?

Déjà, il ne faut pas le taire, il faut que ces images, le message du Maire de cette ville, fassent le tour de France, le tour du monde, pour que nous rendions témoignage de ce que subit notre pays.

Il ne faut pas que l’on se dise que « ce n’est rien ». Car ce n’est pas rien.

En s’attaquant à des symboles, à des édifices catholiques, on s’attaque à une partie de notre culture. Des racailles se prenant pour des terroristes, car on va être très clair, je ne vois pas ce que cela peut être d’autre sur cette église, veulent faire passer un message, ils veulent montrer à la France entière que c’est la religion chrétienne qui doit partir en fumée.

Un symbole terrible

C’est un symbole, c’est une image forte, violente, d’une église de quartier qui brule.

Les témoignages qui nous arrivent indiquent que les auteurs, cagoulés, ont hurlé que le Maire était raciste et qu’ils souhaitaient qu’il dégage.

A lire ensuite, Céline Pina: La fin du déni

Ne nous mentons pas, les incendiaires sont des jeunes un peu bas de plafond à qui on a monté la tête. Ce qui doit retenir notre attention, c’est qu’ils ont, pour punir le soi-disant racisme d’un Maire réélu à 67% au premier tour des élections, décidé de brûler l’église de leur quartier. Pas l’une des autres églises plus anciennes mais celle-ci précisément. Ils considèrent donc que le racisme du Maire se combat en faisant partir en fumée le symbole de sa religion supposée.

Pour bien connaitre Alexandre Vincendet, force est de constater qu’il n’est pas vraiment une grenouille de bénitier, mais ce qui est important, ici, c’est le symbole: pour combattre le racisme on précipite un véhicule enflammé sur une église.

Cette guerre civile qui menace la France

Une nouvelle fois, c’est à nous de réagir. Qu’allons-nous dire ou faire?

Ce qu’ils veulent, c’est la guerre civile, ce n’est pas moi qui l’ai écrit, ce sont leurs maîtres à penser, et en premier lieu Abu Mussa Al Suri. Ce qu’ils veulent, c’est un soulèvement.

Ils n’ont évidemment jamais lu la moindre ligne d’Al Suri, pas plus qu’ils ne fréquentent la grande mosquée de Rillieux-la-Pape, dont j’imagine dans quel état doivent être les dirigeants cette semaine. Il y a fort à penser que cet incendie d’église n’est pas une séquence planifiée d’un grand complot mondial.

Et pourtant, cela en a toutes les apparences. Cet incendie vient après d’autres incendies de deux mosquées dans la région lyonnaise qui avaient fait les gros titres de la presse nationale. Il n’est pas possible que ces racailles n’aient pas été inspirées par ces actes. Cela signifierait qu’il y a une réponse, un début d’escalade, les prémisses d’une guerre civile.

Il nous appartient d’être capable de les contraindre, de les écraser en misant sur l’intelligence collective, en misant sur notre confiance en nos compatriotes de confession musulmane car nous savons qu’ils ne souhaitent pas cet affrontement. Nous savons qu’ils souhaitent autant que nous que les coupables soient écrasés, qu’ils soient mis hors d’état de nuire. Nous savons parfaitement aussi que malgré tout ce que l’on entend, l’embourgeoisement d’une partie significative des Français de confession musulmane de deuxième et troisième génération est une réalité et qu’aucun d’eux n’a intérêt à tout perdre dans des affrontements communautaires.

Nous savons, en tout cas nous l’espérons, que le salut viendra de ceux qui ont vu, de ceux qui savent, de ceux qui veulent que tout cela cesse et qui donneront les informations pour que ces salopards soient punis. Et bannis de notre société.

L'église Saint Pierre Chanel. Image: capture d'écran Google Maps.
L’église Saint Pierre Chanel. Image: capture d’écran Google Maps.

La fin du déni

0

Le discours des Mureaux est venu mettre un terme à des décennies de mansuétude face aux visées de l’islamisme au pays des Lumières et de la laïcité. Mais nous jugerons sur pièces la politique d’Emmanuel Macron contre ce péril terrible, quand la loi nous sera soumise. L’analyse de Céline Pina.


La prise de parole du président de la République, à l’occasion de son déplacement aux Mureaux, était d’autant plus attendue que le contexte en France se durcit énormément : le procès Charlie est en train de démontrer qu’en cinq ans l’influence de l’idéologie islamiste a progressé et que son emprise sur les musulmans et notamment sur la jeunesse ne cesse d’augmenter[tooltips content= »Selon la dernière enquête IFOP, 74% des jeunes musulmans font passer l’islam avant la loi »](1)[/tooltips], la republication des caricatures a montré à quel point le niveau de menace dans le pays restait élevé et à quel point la liberté d’expression suscite encore et toujours de virulentes attaques. Dans ce cadre, les Français ont souvent eu l’impression que nombre de leurs représentants se distinguaient par leur lâcheté et leur déni. Là où les citoyens voyaient leurs vies, idéaux, principes et mœurs devenir les cibles de la propagande de l’islam politique, l’Etat trop souvent détournait les yeux ou préférait traiter de racistes et de suppôts d’extrême-droite les lanceurs d’alerte.

Toutes les religions ne posent pas problème

A ce titre, ce discours aura déjà au moins accompli une rupture symbolique : la réalité de ce qui se passe dans les quartiers a été dite, la volonté de l’islam politique de déstabiliser le pays a été reconnue, les ennemis ont été nommés, le danger séparatiste clairement décrit. Expliquer clairement que ce ne sont pas toutes les religions qui posent problème mais une seule était nécessaire. Cela a été fait. Autre point intéressant, le fait de s’appuyer sur le réel, de donner des exemples concrets et des réponses qui le sont tout autant : l’obligation de la scolarisation à trois ans, la fin de l’enseignement à la maison. Les faiblesses et clientélisme de certains élus ont été franchement abordés. Le meilleur contrôle des actes administratifs et la mise sous tutelle par le préfet des maires qui ne respectent pas la République est un très bon point. Il fallait le dire et l’oser. En illustrant son discours d’exemples précis, le président montre la volonté de l’Etat de reprendre en main le contrôle des services publics concédés. L’imposition de la neutralité aux employés est une vraie réponse aux dérives constatées au sein de la RATP, des bagagistes de Roissy…

Avec ce discours nous sommes au milieu du gué. Il offre une promesse de réveil mais derrière la fermeté républicaine affichée, le loup islamiste peut trouver une bergerie en mode portes ouvertes et des sources de financement non négligeables

Il fallait aussi du courage pour parler de l’entrisme au sein du monde associatif et de ses effets en termes de propagande. Le fait d’envisager le renforcement des contrôles et de donner plus de moyens pour dissoudre certaines associations quand elles contreviennent à nos lois et principes, est essentiel. Tout comme le contrôle des financements. Sur ces questions, il va falloir passer des mots aux actes et donner très vite des gages. La publicité des sanctions fait partie de la reconquête. Car l’islamisme ne pose pas seulement la question du séparatisme mais aussi celle de l’entrisme.

Qu’après une telle prise de position en termes d’ordre public, le président ait consacré un passage au réengagement de la République témoigne d’un souci d’équilibre lié à une majorité hétéroclite dont il faut nourrir à la fois l’aile droite et l’aile gauche, il est cependant dommage que le président ne parle souvent de république que pour la mettre en accusation et évoquer ses abandons, plutôt qu’en rappelant que la République n’est pas un guichet mais avant tout un projet commun et des idéaux partagés. Le réengagement de la république c’est avant tout le réveil citoyen. Quand le président dit que les islamistes ont construit leur projet sur nos reculs, il reprend assez bêtement une antienne de la gauche que le réel dément. La solidarité sociale est très forte chez nous. Ce qui recule ce n’est pas le soutien apporté au quotidien, c’est la croyance dans le fait que l’avenir sera meilleur que le présent. Et cela hélas concerne tout le monde. Mais c’est surtout oublier qu’en France, l’effort politique des islamistes porte moins sur le secours social, que sur la culture du ressentiment et du rejet, l’exaltation du clan et la haine des principes et idéaux qui nous constituent en tant que peuple. Leur discours installe les gens dans une infantilisation et une attitude passive où tout est attendu des pouvoirs publics comme un dû et où nul n’a conscience du capital social investi sur chaque habitant via la prise en charge de ses loyers, les aides pour payer chauffage, gaz, électricité, la CMU et la CMU C, les vacances payées par la CAF… Ces quartiers sont certes ghettoïsés mais ne sont pas abandonnés. Notre pays investit du capital social afin de compenser l’absence de capital privé des habitants des quartiers en difficulté et les outils permettant de s’emparer de leur destin existent (médiathèques, écoles, MJC , Maisons de quartier…), il est dommage que nous ne sachions pas le rappeler en expliquant que c’est là la traduction concrète du fait que nous formons une société politique d’égaux et de solidaires et que nous croyons en chacun de nos enfants. Il n’en reste pas moins que le président ayant déjà bousculé quelques vaches sacrées, n’avait peut-être pas envie de voir charger tout le troupeau, ce qui peut se comprendre.

La laïcité trop rapidement évoquée

Finalement, alors que ce discours paraissait clair, carré, pensé et réfléchi, ce sont les questions qui ont suivi qui ont montré que derrière les paroles fortes, le positionnement restait peut-être encore léger. Quatre marqueurs sont des révélateurs très forts de la difficulté du président à s’emparer vraiment de ces questions : l’évacuation de la laïcité en une phrase lapidaire et assez discutable (« la laïcité c’est la liberté »), l’absence de mention de la violence spécifique que subissent les juifs du fait de la réactivation de la haine religieuse par les islamistes, la question du voile et la volonté de construire un islam de France alors que les frères musulmans attendent ce moment comme une épiphanie.

A lire aussi: Maryam Pougetoux à l’Assemblée: se lever et partir ou rester?

L’évacuation de la laïcité du discours présidentiel n’est pas un scoop. Emmanuel Macron n’est pas à l’aise avec cette idée. On a l’impression qu’il ne la comprend pas. Pourtant là est bien le nœud du problème. Il y a un refus viscéral pour les islamistes d’admettre que l’homme puisse former une société politique en se liant en faisant usage de sa raison et en se donnant des lois. Politiquement, la laïcité n’a rien à voir avec la neutralité. C’est la primauté de la raison humaine sur la soumission divine. Cela entraîne de fait une neutralité juridique vis-à-vis des religions qui sont reléguées à un rôle subalterne et sont égales entre elles aux yeux de l’Etat. Ceci dit, tant que le président maintiendra à la tête de l’Observatoire de la laïcité le duo Bianco/Cadène, on peut craindre que dans la réalité de l’action gouvernementale, la laïcité reste la parente pauvre de l’action publique.

L’emprise du voile, le départ des juifs

Le fait de ne pas évoquer la situation des juifs, premières victimes du séparatisme est étonnant. Pourtant eux peuvent témoigner du fait que lorsqu’on appartient vraiment à une minorité, tous vos droits peuvent être bafoués sans que nuls ne réagissent. Pourtant le phénomène d’alya interne dans certaines villes de banlieue (Français de confession juive chassés de chez eux du fait de la violence exercée par des personnes de confession musulmane) ou le fait que sur certains territoires, les enfants portant un nom juif ne peuvent être accueillis dans l’école de la République parle aussi de la violence séparatiste.

L’autre marqueur très fort pour les islamistes que le président feint d’ignorer est le voile.

Il y a là une lutte d’influence menée pour le contrôle de la communauté musulmane par l’islam politique, la multiplication des voiles est une façon d’affirmer son emprise et sa force sur un quartier. Or les musulmans ne peuvent rester passifs dans ce combat car l’islam politique tente de les instrumentaliser en s’appuyant notamment sur l’existence d’un conflit de loyauté réelle entre l’islam et la République qui est porté au paroxysme par le fait que, là où l’islam est la religion dominante, sans que les islamistes soient au pouvoir, les femmes par exemple ont moins de droits que les hommes. L’inégalité femmes/hommes est inscrite dans le droit des pays arabes. Sur ce point il y a une clarification à faire, l’adhésion à notre contrat social passe par l’acceptation du fait que la base de notre société politique est le concept d’égalité entre les citoyens. Il faut être clair sur ce qui est aussi attendu des Français de confession musulmane, à la fois cible de conquête des islamistes mais aussi victimes de leurs agissements. Pour trier le bon grain de l’ivraie, encore faut-il des marqueurs clairs. Le chantage exercé par les islamistes sur une population souvent fragile, ghettoïsée et sous influence se combattra aussi en proposant des choix simples et clairs sur ce qu’est d’être un citoyen français ou de servir une cause qui s’attaque aux racines de notre pacte politique.

L’acceptation de l’égalité femmes/hommes sur notre sol n’est pas négociable. Or en la matière le voile est un révélateur.

Inquiétudes

Dernier point mais pas le moindre, ce discours apparemment lucide pourrait ainsi très bien accoucher à terme d’une structuration de l’islam de France entre les mains des frères musulmans, avec l’aide de l’AMIF, association qui compte en son sein des proches de la nébuleuse islamiste. Ils sont en effet les seuls à disposer d’un vaste réseau de mosquées, d’organismes de formation et d’éducation et ont des interlocuteurs au sein de l’Etat. Vouloir combattre l’islamisme en donnant du pouvoir à une de ses sectes les plus puissantes car elle est infiltrée, a des alliés au sein des cercles de pouvoir et des associations amies, semble déconcertant. C’est quand même ce qui parait se dessiner. Pourtant, en la matière il faut vraiment vouloir s’aveugler pour ne pas se rendre compte de l’ambiguïté d’un Mohamed Bajrafil, comme du manque de discernement d’un Hakim El Karaoui dans le choix de son entourage, tant la volonté de contrôler le marché juteux du hallal et du pèlerinage a l’air de faire oublier toute retenue. Il faut être réaliste, aujourd’hui la formation des imams est tenue par la mouvance des frères musulmans, comme d’ailleurs les écoles sous contrat type lycée Averroes. Il ne faut pas ouvrir la porte à la création d’un islam de France aujourd’hui, seuls les islamistes ont les moyens de s’en emparer. C’est par ce biais que la loi contre le séparatisme peut faire la fortune des islamistes.

A lire aussi, du même auteur: Indécise et couarde, voilà la gauche Laurent Joffrin!

Avec ce discours nous sommes au milieu du gué. Il offre une promesse de réveil mais derrière la fermeté républicaine affichée, le loup islamiste peut trouver une bergerie en mode portes ouvertes et des sources de financement non négligeables. Il est très surprenant par exemple de voir un Etat dire vouloir lutter contre le séparatisme, tout en promouvant le hallal comme moyen de financement de la religion. C’est oublier que, justement, le but des islamistes est de construire une société hallal, distincte de celle des kouffars, autrement dit de nous. Bref si ce discours semble nourri en partie d’une vraie prise de conscience politique de ce que nous sommes en tant que civilisation et de ce que nous n’accepterons pas en tant que peuple, sa traduction concrète risque de nous fragiliser encore un peu plus. Mais nous ne sommes qu’au début du processus, il faut écrire la loi, procéder à des auditions, rencontrer les grands acteurs sur ce dossier.

Nous jugerons sur pièces quand la loi nous sera soumise, d’ici là certaines choses peuvent encore évoluer. Il faut le souhaiter à la France.

Une photo de Noir est-elle un Noir?

Il fut un temps où Roland Barthes estimait que Elle était un inestimable fournisseur de mythologies modernes. C’en est bien fini : le Monde peut aujourd’hui revendiquer cette distinction.

Le 25 septembre dernier, le « quotidien de référence » de la boboïtude et du politiquement correct se demandait doctement, sous la plume de son rédacteur en chef, Michel Guerrin, « Un Blanc peut-il photographier un Noir ? » Le prétexte de cette question fondamentale était l’exposition, à la Fondation Cartier-Bresson, des images de l’Américain Gregory Halpern — par ailleurs d’un vrai intérêt plastique. Intitulée Let the Sun Beheaded Be (traduit en « Soleil cou coupé » par référence au recueil homonyme d’Aimé Césaire paru en 1948 — qui s’appropriait un vers d’Apollinaire, et il avait bien raison, la poésie n’a pas de couleur de peau), elle dévoile les images fixées par le photographe à la Guadeloupe. Libé, l’autre quotidien de référence de la bien-pensance, voit dans ces images une vision « nimbée d’une ambiguïté souvent aux confins du malaise, solidement ancrée, par-delà les clichés ensoleillés, dans l’histoire complexe et douloureuse du territoire ultramarin marqué par plusieurs siècles de colonisation ». Diable !

Le chroniqueur du Monde, dans le plus pur style crypto-catho, s’interroge gravement : « Un artiste blanc peut-il encore photographier des Noirs ? Ou une autre communauté que la sienne ? » Et il justifie sa problématique aberrante : « En contact avec le réel, la photographie est au cœur du débat, pour le moins crispé, sur l’appropriation culturelle. »

Interdire de fixer des images de corps noirs sous prétexte que l’image serait « colonialiste » témoigne d’une bêtise saisissante

Des Blancs qui photographient des Noirs, il y en a depuis lurette. On sent bien que les deux journaux de la boboïtude triomphante pensent aux cartes postales de beautés bronzées et dénudées dont le prétexte ethnologique permettait, dans les années 1900-1930, d’outrepasser les normes étroites de la décence et de faire les beaux jours de l’exposition coloniale de1931 à la Porte Dorée. Par exemple cette très belle « Bédouine tunisienne » photographiée vers 1910 par Rudolf Lehnert — transposition de l’orientalisme qui sévissait déjà depuis un siècle et montrait volontiers des beautés dénudées, y compris nombre de Blanches vendues comme esclaves :

image-brighelli

Dans l’exposition de la Fondation, ces cartels explicitent les images. Le Noir tenant une Blanche dans ses bras, dans l’eau, n’est pas en train de la secourir (ou de la noyer), il « pratique un massage par flottaison ». Et il est bien précisé qu’aucune de ces photos n’a été extorquée — nombre de modèles ont d’ailleurs posé. Sait-on jamais…

Que des Noirs s’imaginent que des Blancs qui les photographient leur volent quelque chose (leur âme, peut-être bien) est déjà stupéfiant et témoigne d’un recul culturel abyssal. Les diverses négresses nues de Rembrandt, Manet ou Marie-Guillemine Benoist — des Blancs colonialistes certainement — ne seraient plus politiquement correctes, d’ailleurs le tableau de Benoist a changé de nom lorsqu’il a été exposé à Orsay, il est devenu Portrait de Madeleine. Interdire de fixer des images de corps noirs sous prétexte que l’image serait « colonialiste » témoigne d’une bêtise saisissante.

Pourquoi ? Parce que c’est croire que la représentation est l’objet représenté. Ah oui ? « Ceci n’est pas une pipe » — eh non, on ne peut pas la fumer. C’est l’image, rien qu’une image. Pour parodier Spinoza, l’image d’un chien ne mord pas. Ou comme disait Godard, « le plus con des cinéastes suisses pro-chinois » (dixit je ne sais plus quel situationniste), « Ce n’est pas une image juste, c’est juste une image ». Et il avait raison, le bougre…

L’image d’un Noir n’est pas un Noir. C’est une image. C’est le regard du spectateur qui restitue à l’image le poids du réel primitif. Par manque de culture. « Ciel, un Noir ! » dit le béotien — quelle que soit sa couleur — en voyant l’image d’un Noir.

Admettons un instant qu’il y ait un soupçon de vérité dans cette perception du crétin ordinaire. Admettons même qu’il y ait chez certains photographes la volonté de heurter les représentations figées que le spectateur se fait de la réalité. Ruth Bernhard, en 1962, photographie ainsi l’étreinte de deux femmes nues, l’une blanche et l’autre noire — en pleine ségrégation, et à une époque où les lesbiennes s’affichaient fort peu. Cela s’intitule Two Forms.

Volonté de choquer l’Amérique bien-pensante, certainement. Mais au final, une magnifique combinaison de formes, qui renvoie à d’autres images de la photographe qui intitule « Sand » un corps de femme allongée, allant au-delà de l’anecdote : avant d’être un Blanc ou un Noir, ou une pipe, une image est une combinaison de formes et de couleurs en un certain ordre assemblées, et c’est tout. De même les fabuleuses photos des Noubas réalisées par Leni Riefenstahl en 1974. Ah mais c’était une ex-nazi, bla-bla-bla… Justement : la Beauté, que Riefenstahl avait exaltée dans les 10 premières minutes des Dieux du stade, est partout — et pas seulement chez les belles brutes blondes. Elle est dans une certaine combinaison de lignes et de proportions. Qu’importait à la photographe que les Noubas fussent noirs ?

On en revient toujours au même problème culturel. Ce n’est pas l’image qui est problématique, c’est le regard de l’hilote qui se pose sur elle. Ce n’est pas la jeune fille en crop top qui est provocante, c’est le regard lascif du mâle mal éduqué qui se pose sur elle — comme une limace glisse sur une fleur. Ce n’est pas le Noir qui est capturé par le photographe blanc, c’est le Noir (ou le Blanc) qui croit qu’il n’y a entre Noirs et Blancs que des rapports de domination. Il en est d’ailleurs de même avec les photos de corps nus, quel que soit leur sexe : il faut être extraordinairement barbare et mal éduqué pour y voir un prétexte à surexciter sa libido — ou la preuve du machisme ambiant.

Le pouvoir du mâle ne s’exprime pas sur la photo qu’il fait. Il s’exprime bien davantage dans l’écart de salaire persistant entre hommes et femmes, dans l’assignation à domicile et à vocation matrimoniale qui va de soi dans certaines cultures, dans les sifflets qui accompagnent les mini-jupes et les pantalons dans nombre de rues de ce pays, voire dans les agressions que subissent des femmes simplement parce qu’elles sont habillées… en femmes.

https://www.henricartierbresson.org/publications/gregory-halpern-soleil-cou-coupe

Quand l’inclusif a un goût de discrimination

0

Déterminé à lutter contre les discriminations sexistes dont est truffé notre patois, le maire de Lyon en butte à un écueil imprévu.


Malgré une poignée d’irréductibles amoureux de la langue française qui luttent encore et toujours contre leurs détracteurs, l’écriture inclusive gagne du terrain, soutenue par plusieurs de nos mairies françaises. Parmi ces adeptes, c’est la mairie de Lyon et son nouvel élu Grégory Doucet qui trouvent de farouches opposants dans leur choix de l’inclusif.

L’APHPP alerte sur les dangers de l’écriture inclusive

En effet, déterminé à lutter contre les discriminations sexistes dont est truffé notre patois, Grégory Doucet s’est heurté à une autre discrimination imprévue : les handicaps. Car la myriade de petits points et autres tirets qui égrènent dorénavant nos textes ne sont pas qu’une affaire d’esthétique déplaisante et dénaturante, elles sont maintenant de l’ordre de la discrimination. 

A lire ensuite: Égalitarisme à l’école: marelle et foot à égalité

Selon l’Association pour la prise en compte du handicap dans les politiques publiques et privées (APHPP), l’écriture inclusive est discriminante pour les personnes « en situation de handicap en leur rendant les textes inaccessibles ». En effet, pour les aveugles tout d’abord qui utilisent une synthèse vocale leur dictant chaque mot, la lecture de l’écriture inclusive relève vite du casse-tête. Et même si les petits points peuvent évoquer par certains aspects le braille, ils n’en restent pas moins illisibles.

« Dys »-crimininations nouvelles

Et quid de nos fameux « dys » ? Car les dyspraxiques, dysorthographiques et dyslexiques sont eux-aussi « dys »-criminés par ce modèle rédactionnel soi-disant égalitaire. Mais attention, si l’écriture inclusive pose problème au sein même des groupes féministes, nombreuses sont les militantes à proposer l’alternative de la novlangue dénommée « Féminine universelle » qui, elle, s’adapterait aux handicaps. Finis les points et tirets, place au renouveau syntaxique du sexiste langage français : « Elle était une fois, une France inclusive à noues-toutes ». Pas sûr que les discriminés y gagnent au change.

Les Parisiens à Anne Hidalgo: «Le Havre c’est encore loin?» sa réponse : «Taisez-vous et nagez!»

0

Tout en laissant planer le doute sur une éventuelle candidature à la présidentielle, Anne Hidalgo plaidait la semaine dernière en faveur d’une «grande région capitale qui irait jusqu’à la mer»… Le Maire du Havre, un certain Edouard Philippe, est ravi.


Les Parisiens à Anne Hidalgo : «  Le Havre c’est encore loin ? ». Sa réponse : « Taisez-vous et nagez ! »

La maire de Paris a deux ambitions pour sa ville. 

La première : rendre la Seine propre à la baignade. Pour cela il faut la purifier et surtout la nettoyer de l’urine des rats qui l’empoisonne. Ce sera fait, parait-il, pour 2024 quand Paris, espère-t-elle accueillera les Jeux Olympiques. Anne Hidalgo veut en effet que des épreuves de natation s’y déroulent. Elle souhaite aussi que dans cette Seine redevenue pure les Parisiens s’adonnent aux plaisirs de la baignade. 

Sa deuxième ambition est plus grande encore : offrir un débouché maritime à la capitale. 

Revoilà Édouard Philippe!

Elle entend donc la prolonger jusqu’au Havre. Lors d’une conférence de presse commune elle en a parlé au maire de cette ville. Un peu surpris Edouard Philippe a hésité. Mais très vite il a reconnu la grandeur de Paris comparée à la petitesse du Havre. Anne Hidalgo lui ayant rappelé la devise fluviale de Paris, « fluctuat nec mergitur », il a dit oui tout en demandant – et ça lui a été accordé – de garder la capitainerie du Havre transformé en port parisien.

Les deux maires ont-ils déjà abordé la question complexe des moyens de locomotion qui relieront Paris au Havre ? On ne sait. Mais plusieurs pistes peuvent être envisagées. Les bateaux à vapeur qui au XIXème siècle reliaient Paris à la Manche sont trop lents et ne seront donc pas retenus.

A lire aussi: Automobilistes, vous n’imaginez pas tout ce qu’Anne Hidalgo peut faire pour vous

Cependant il y a déjà à Paris sur la Seine des embarcations nommés bateaux-mouches. Mais ils sont trop frêles pour couvrir plusieurs centaines de km. Des vedettes ultra-rapides pourraient faire l’affaire. Mais elles seraient très polluantes et les alliés écologistes d’Anne Hidalgo se rouleraient par terre. 

Horizon radieux

Reste donc la nage. C’est sain, bon pour les muscles et le rythme cardiaque. Toutefois nager sur plusieurs centaines de km sans s’arrêter représenterait un effort sur-humain. Il faudra donc prévoir des pauses. Ainsi, il y aura sur les bords de la Seine, des dizaines de guinguettes où l’on pourra boire du vin blanc et manger la friture d’éperlans. 

Puis une fois qu’ils seront arrivés au Havre, Edouard Philippe régalera les nageurs méritants avec des langoustines et des crevettes roses. L’horizon 2024 s’annonce donc radieux et maritime. Reste quand même les rats. Contrairement à la légende ils ne veulent pas quitter le navire d’Anne Hidalgo. Il est utile pour conclure de rappeler ici que le père Ubu avait une compagne : la mère Ubu. Elle lui a survécu et trône désormais à la mairie de Paris…

L’apocalypse virale, un nouveau genre romanesque?


Si la crise sanitaire vous donne des envies de reconfinement, les romans de Laurine Roux et Xabi Molia, écrits avant la pandémie, frappent par leur force prophétique et leur admirable ambiguïté.


Que nous est-il arrivé ? Depuis que s’est déclenchée la pandémie de Covid-19, le besoin de penser l’événement se fait ressentir en chacun de nous, besoin d’espérer ou, comme l’écrivait Roger Nimier à la fin de son Grand d’Espagne en 1948, le besoin de « désespérer jusqu’au bout ».

On peut et on pourra, bien sûr, compter sur les philosophes, les sociologues, les historiens pour nous y aider. On pourra aussi compter sur les écrivains.

Surtout sur les écrivains, serait-on tenté de dire. L’écrivain, le bon en tout cas, est cette créature étrange qui n’est ni sociologue, ni historien, ni philosophe, mais un peu tout ça sans le savoir et qui dispose de surcroît d’antennes, comme les insectes, qui le préviennent du danger. En plus, pour peu qu’il sache créer des personnages qui ne soient pas lui-même, il incarne nos angoisses à travers des gens qui nous ressemblent, qui ne sont pas des statistiques ou des concepts.

Aujourd’hui, il est appelé à répondre à une question lancinante : et si demain, tout s’arrêtait comment réagirions-nous, combien de temps survivrions-nous et surtout combien de temps tiendraient notre vernis de civilisation et l’idée que nous nous faisons de nous-mêmes ?

Une civilisation qui a la même fragilité qu’une vie

En cette rentrée littéraire, un peu moins abondante que d’habitude pour cause d’incertitudes économiques, on a envie de lire des romans qui nous disent quelque chose de ce monde qui peut s’arrêter ou s’effondrer, conformément au célèbre constat formulé par Paul Valéry dans La Crise de l’esprit après la Grande Guerre : « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. » Et Valéry d’ajouter : « Nous sentons qu’une civilisation a la même fragilité qu’une vie. »

Laurine Roux © DR
Laurine Roux © DR

Un bon nombre d’auteurs nous parlent d’apocalypse en tout genre, avec pléthore de resucées de Ravage de Barjavel, chef-d’œuvre paru en 1943. Quelques-uns, loin des recettes opportunistes de textes de circonstance, parviennent à explorer plutôt qu’à exploiter notre inquiétude. Nous en avons choisi deux, Laurine Roux et Xabi Molia, sur deux critères simples.

Le premier, c’est qu’ils ne sombrent pas dans le catastrophisme spectaculaire et délivrent, à travers une intrigue habile, voire retorse, un message implicite qui va à l’encontre de la doxa à la mode dans la fiction postapocalyptique – et dans le discours ambiant : « Tout est foutu, on va tous mourir ! » Le second critère est que Laurine Roux et Xabi Molia n’oublient pas la littérature en route. Ils convoquent le style, l’émotion et la paradoxale beauté qu’il y a dans l’horreur comme avait réussi à le faire, par exemple, l’écrivain américain Cormac McCarthy dans son chef-d’œuvre postapocalyptique La Route, roman dont le succès planétaire, en 2009, était déjà en lui-même un indice de notre désir inconscient de nous confronter à cette fragilité individuelle et collective si évidente désormais.

Le lyrisme cruel de Laurine Roux

On ne s’étonnera donc pas qu’une citation de Cormac McCarthy figure en exergue du deuxième roman de Laurine Roux, Le Sanctuaire: « Si le monde n’est qu’un récit, qui d’autre que le témoin peut lui donner vie ? » Le témoin, ici, est une adolescente, Gemma. Elle vit dans une grande cabane, en haute montagne, en compagnie de sa sœur aînée et de ses parents. Si c’est elle qui raconte, c’est parce qu’elle est la seule à être née dans ce monde d’après. Sa mémoire est une mémoire par procuration : elle n’a plus pour souvenirs que les souvenirs de sa propre famille qui a construit ce sanctuaire pour fuir la catastrophe. Le lecteur ne connaîtra du monde d’avant que ce que lui en dira Gemma. Il apprend, par fragments, par bribes déformées, la cause de l’effondrement : un virus, né probablement dans des élevages intensifs de volailles, a muté et s’est propagé aux autres oiseaux qui ont commencé à contaminer l’homme sans que l’on puisse trouver de remède. L’humanité a pratiquement disparu, et dans son refuge, la famille vit à l’écart et a reconstitué une microsociété qui s’amuse tristement à mimer la précédente.

Ainsi, quand le père descend dans les vallées pour aller récupérer, dans les ruines, de la nourriture, de l’essence, des graines, des matériaux divers, mais aussi des livres, il distribue les postes stratégiques dans la famille. Gemma est ministre des Armées : « chasse et entretien des couteaux ». Sa sœur aînée, June, est ministre de l’Énergie. Sa mission : « gérer le tas de bûches ». Quant à la mère, elle est ministre de la Culture et de l’Éducation, et quand on se dispute, de la Justice.

Seules traces du monde ancien, la carcasse d’une Ford devant une mine de sel abandonnée et les conversations des parents écoutées en cachette. Des conversations sur la mer que Gemma n’a jamais connue, sur les villes et les habitudes de ce temps-là.

Cependant, la force du roman est ailleurs que dans une robinsonnade survivaliste. Laurine Roux est d’abord un grand écrivain lyrique comme le montrait son premier roman, Une immense sensation de calme, qui vient de reparaître en Folio et où, déjà, dans une contrée lointaine, sans doute une Russie postnucléaire, une jeune fille partait avec un vendeur de poissons séchés dans une odyssée glacée où apparaissaient de loin en loin les traces d’un très ancien conflit et la présence menaçante des Invisibles qui portaient « les couleurs interdites » au poignet et étaient sans doute d’anciens irradiés.

Dans Le Sanctuaire, Laurine Roux continue de célébrer une certaine harmonie avec la nature malgré les dangers, mais surtout elle montre ce que signifie survivre dans le cercle restreint d’une famille qui contraste avec l’immensité d’un somptueux décor, lui-même isolé du monde.

Un jour, les certitudes de Gemma vacillent. Virtuose du tir à l’arc, au hasard de ses chasses en solitaire, elle rencontre un vieillard qui vit dans une grotte, entouré d’oiseaux et notamment d’un aigle qu’elle blessé. C’est un moment de pure terreur pour l’adolescente puisque les oiseaux doivent tous être tués à distance et surtout brûlés afin d’éviter la contagion : le père dispose même pour cela d’un lance-flammes. Gemma échappe au vieillard, mais n’ose pas parler de cette rencontre, et encore moins de son étonnement de ne pas avoir été contaminée par les oiseaux.

Comme celle de tous les grands romans, la fin du Sanctuaire est ambiguë. Au moins peut-on dire que Laurine Roux sait instiller le soupçon : pour certains d’entre nous, habités par des peurs inavouables qui confinent parfois à la folie, la seule vraie catastrophe serait que la catastrophe n’ait pas lieu.

L’ironie cruelle de Xabi Molia

C’est également autour de cette relation équivoque que nous entretenons avec la fin du monde que tourne le roman Des jours sauvages de Xabi Molia. Lui aussi avait déjà traité ce thème de l’effondrement pour cause d’épidémie dans Avant de disparaître (2011). Il y évoquait de manière très réaliste un Paris tiers-mondisé par une guerre civile elle-même provoquée par une épidémie transformant les infectés en barbares hyperviolents se surnommant eux-mêmes « les animalistes ». Dans la ville assiégée, un médecin chargé de détecter les nouveaux cas voyait sa femme disparaître sans raison et le récit se doublait habilement d’une méditation désespérée sur l’amour, cette plante vivace qui continue de fleurir dans l’horreur.

Avec Des jours sauvages, Xabi Molia se fait discrètement ironique et joue avec les codes du roman d’aventures à la manière d’un Jean Echenoz. Alors qu’une grippe incontrôlable décime l’Europe, une centaine de survivants ont embarqué en catastrophe sur un ferry à Roscoff. On y trouve des gens ordinaires, des repris de justice, des zadistes, des réfugiés et même un secrétaire d’État. Comme dans les romans maritimes d’antan, après un naufrage sur une île difficilement situable, la communauté s’organise ou du moins, essaie. Car évidemment, malgré la situation précaire, la solidarité se désagrège assez vite entre ceux qui parient sur la fin de l’épidémie et veulent repartir, et ceux pour qui, au contraire, cette île est l’occasion rêvée de tout recommencer à zéro : « Mais sur cette île, une vie meilleure s’offrait. Ils avaient laissé derrière eux les villes polluées et les étés caniculaires, l’argent, le travail salarié, le temps compté, le temps perdu sur internet, tous ces liens invisibles qui les empêchaient d’être heureux. La catastrophe était leur chance. » Très vite, il y a sécession, attaques, contre-attaques et représailles.

À travers sa multitude de personnages parfaitement maîtrisés, Xabi Molia donne une peinture acide de la société d’aujourd’hui. Ce roman profondément antirousseauiste à sa manière, qui évoque parfois à une version pour adulte de Sa Majesté des mouches de William Golding, amène à la conclusion que le pire virus qui menace l’homme n’est pas celui d’une quelconque Covid, mais une pulsion de mort trouvant son prétexte et son accomplissement dans la fin du monde, au point de la provoquer si elle n’a pas lieu ou d’empêcher par tous les moyens, si elle s’est produite, un retour à la normale.

À ce titre, ce qui réunit les romans de Laurine Roux et de Xabi Molia, c’est une saine méfiance devant la fascination du désastre qui ne dit rien d’autre que notre propre incapacité à vivre dans ce monde-là et, le cas échéant, à le faire changer. Par ces temps où les discours collapsologiques font florès, ce sont des œuvres de salubrité publique.

À signaler la reparution en folio du premier roman de Laurine Roux, Une immense sensation de calme.

Laurine Roux, Le Sanctuaire, Les éditions du sonneur, 2020.

Le Sanctuaire

Prix: 16,00 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 13,44 €

Xabi Molia, Des jours sauvages, Seuil, collection « Fiction et cie », 2020.

Des jours sauvages

Prix: 19,00 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 2,34 €

Débat public: l’intolérance crasse de Geoffroy de Lagasnerie


On savait les adeptes d’un néo-progressisme devenu fou violemment intolérants à toute forme d’opinion ou d’expression qui leur serait contraire. Ce qui se révèle un peu plus chaque jour est  leur revendication parfaitement décomplexée de la censure comme outil et moyen d’action.


L’entretien donné par le sociologue Geoffroy de Lagasnerie à France Inter le 30 septembre vaut, à cet égard (et en tant que symptôme), son pesant de pop corn au spectacle de la Révolte pour les Nuls, et l’on ne savait plus trop si l’on assistait à une interview sérieuse entre grandes personnes ou à l’un de ces sketchs pas très drôles et idéologiquement hémiplégiques auxquels la chaine audiovisuelle publique a habitué ses auditeurs-contribuables, lesquels font désormais le dos rond en attendant que ça passe. On ignorait juste que Geoffroy de Lagasnerie y avait été embauché comme comique…

Avec le débit à la fois doucereux et ultra-rapide du petit enfant survolté qui jonglerait sur son tapis d’éveil en brassant tous les nouveaux mots appris la veille, manifestement tout émoustillé à l’idée, vieille comme le monde, de choquer le bourgeois, tenant des propos aussi loufoques qu’ineptes, l’habitué des scandales disruptifs propres à la société du Spectacle dont il est l’impeccable produit, parfaitement installé dans la société et les institutions qu’il prétend combattre (au motif casuistique qu’il conviendrait de pervertir le Système de l’intérieur, ce qui est une commode manière de s’exonérer de sa position de dominant et d’hypocrite gagnant dudit Système, en parfait héritier à la Bourdieu), a livré un invraisemblable salmigondis permettant de comprendre, à lui seul, l’effondrement intellectuel d’une certaine gauche et les impasses sans retour du gauchisme culturel.

Affirmant sans rougir : «…j’assume totalement le fait qu’il faille reproduire un certain nombre de censures dans l’espace public, pour rétablir un espace où les opinions justes prennent le pouvoir sur les opinions injustes », notre Savonarole en culottes courtes, habitué des procès en opinions mauvaises, c’est-à-dire en opinions qui ne sont pas les siennes selon la partition binaire propre aux petits enfants scindant le monde entre les Gentils et les Méchants, savourant le fantasme infantile et nombriliste de son autonomie supposée, bien à l’abri des autres (avouant s’exprimer au nom d’un « on » « auto-référentiel »), n’a cessé, pendant une vingtaine de minutes, d’enfiler les énormités et absurdités. Reconnaissant ne pas faire allégeance à la loi (pourtant expression de la volonté du peuple souverain qui, dans le fond, ne l’intéresse pas davantage qu’il n’en est issu le moins du monde), notre bambin de la sociologie lui préfère ouvertement « la justice et la pureté » (sic). Et c’est à ce moment précis qu’entre la bêtise et la dangerosité s’ouvre tout le champ béant des possibles exactions commises au nom précisément d’une pureté qui, c’est pratique, ne se définit que par ceux-là même qui l’énoncent. On sait, par exemple, qui furent ceux qui combattirent pour la pureté de la race, on sait d’ailleurs de quel côté penchent ceux-là même qui, actuellement, prônent, sur le même modèle racialiste (et en réalité raciste) la même pureté ontologique des autoproclamés « racisés ». Et notre Pol-Pot des bacs à sable de poursuivre, tout à sa mission purificatrice, lorsqu’on lui demande de qui et de quoi il parle dans le fond : « Tout le monde sait très bien ce que c’est qu’un corps qui souffre… ». En effet, tout le monde sait très bien ce qu’est un corps qui souffre, par exemple le corps supplicié d’Axelle, démembré et traîné sur 800 mètres en voiture par des racailles à Lyon, ou le corps souffrant du jeune et héroïque Marin, laissé pour mort par une racaille pour avoir défendu un couple, ou encore le corps sans vie d’Adrien Perez, ou encore celui de toutes ces femmes violées, agressées, violentées parce qu’elles portent une jupe ou n’acceptent pas l’ensauvagement qui voudrait faire d’elles des objets de consommation à disposition dans un espace public décivilisé. Mais on doute que ces corps souffrants intéressent beaucoup le révolté de salon. On doute également que celui qui s’est acoquiné promptement avec le clan Traoré s’émeuve de la douleur du corps souffrant de la victime des viols répétés sous menace d’une fourchette par Adama Traoré lorsqu’il était en prison. Tout comme il y a, pour ces idéologues agités du bocal, des idées justes et pures à l’exclusion de toutes les autres, il y a les corps souffrants qui valent la peine qu’on s’en préoccupe et tous les autres qui n’ont manifestement pas de valeur. Dans l’entretien, Lagasnerie revient d’ailleurs à de nombreuses reprises sur la figure du migrant en Méditerranée, sans d’ailleurs beaucoup s’émouvoir de ce que ce trafic d’êtres humains, nourri par les passeurs et les soutiers d’un pseudo-humanisme bon teint, ne fait qu’alimenter le Capital carnassier et dérégulé que notre bambin de la Révolte croit combattre, en lui fournissant sans mollir une main d’œuvre à bas coût, au détriment d’ailleurs du prolétaire européen, abandonné depuis belle lurette par cette gauche-là, dont le corps souffrant et la souffrance sociale n’émeuvent probablement pas celui qui n’en a jamais vu la couleur ni partagé la vie une seule seconde.

Marcel Gauchet, septembre 2014. SIPA. 00700861_000028
Marcel Gauchet, septembre 2014. SIPA. 00700861_000028

Il faut dire, ce goût prononcé du sociologue (qui finit par faire honte à la discipline qu’il représente tout en en figurant  à merveille les impasses post-modernes) pour la censure, c’est un peu son fonds de commerce : on se souvient qu’il s’était déjà agité dans tous les sens en 2014 avec son comparse Edouard Louis afin d’obtenir le boycott des Rendez-vous de l’Histoire de Blois au motif que la conférence inaugurale y était tenue par le philosophe Marcel Gauchet, jugé trop réactionnaire par nos deux amuseurs, à quoi le rédacteur en chef de la revue Le Débat répondra avec drôlerie qu’il s’agissait là de « pignolerie parisienne ». Pignolerie certes mais qui fait des dégâts auprès de la jeunesse étudiante, ces « cerveaux malléables » que Lagasnerie se fixe clairement pour objectif de manipuler, exactement de la même façon qu’un patron de télévision pouvait autrefois parler de « temps de cerveau disponible » pour conquérir des parts de marché. Qui fait des dégâts dans un monde intellectuel et universitaire profondément sinistré et gangréné par ce type de figures, semi-naïves, semi-dangereuses, violemment intolérantes et profondément incapables de supporter la dialectique et le débat pourtant indispensables d’une part à l’exercice des libertés académiques, d’autre part à l’émergence de toute forme de savoir, lequel ne se construit qu’en acceptant la contradiction. Comme le disait Rosa Luxembourg, qui combattait pour le peuple ailleurs que dans des salons et le paya de sa vie : « La liberté, c’est toujours la liberté de celui qui pense autrement ». Ce n’est pas l’avis du complice en Inquisition de Lagasnerie, l’écrivain Edouard Louis, lequel sera capable d’asséner en 2020 : « La liberté d’expression, c’est connaître les questions que l’on peut poser et les questions que l’on ne peut pas poser. Il y a des questions qui ne sont pas des questions mais qui sont des insultes ». Il faut dire qu’en effet, si l’on se questionne sur le point de savoir comment ces drôles ont pu être propulsés d’une quelconque façon en position prescriptrice, gageons que ce pourrait être perçu comme une insulte…

Lagasnerie avait, pareillement, tenté en pétitionnant de faire retirer le prix Pétrarque à la sociologue Nathalie Heinich en 2017 pour d’obscurs soupçons d’homophobie cette fois-ci, suscitant la colère de ses collègues sociologues, jusqu’a son ancien directeur de recherche, Jean-Louis Fabiani qui déclarera alors : « La liberté de la pensée n’est pas un vain mot. La police de la pensée est à nos portes. Je refuse de toutes mes forces un monde où les petites frappes intellectuelles feraient la loi ».

Edouard Louis (Photo : Hannah Assouline)
Edouard Louis (Photo : Hannah Assouline)

Dans son entretien à France Inter, le jeune maître censeur déclare, dans un galimatias ronflant qui n’impressionne pas grand monde : « Moi je suis contre le paradigme du débat, contre le paradigme de la discussion ». Outre qu’on se demande bien alors pourquoi il était venu ce matin-là pour discuter avec l’argent du contribuable en assénant n’importe quoi à ce dernier, plutôt que de parler alors avec lui-même tout seul dans sa salle de bain, on relèvera tout de même la belle franchise qui consiste à reconnaître la profonde inaptitude à toute forme de pensée dialectique de la part de ces figures du Spectacle, lesquelles se débattent dans l’ombre à la manière des reflets dans la caverne de Platon.

Refuser le débat, être incapable de s’opposer dialectiquement dans le champ de notre commune humanité, transformer l’adversaire en ennemi, telle est la vieille recette recuite des enfants de la Terreur révolutionnaire pour lesquels il n’y avait « pas de liberté pour les ennemis de la liberté ».  Sauf que, comme le faisait remarquer avec une remarquable justesse Karl Marx, qui s’y connaissait un peu en analyse des rapports de force et d’oppression : « tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois […] la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce ». Saint-Just fut tragique. Ses héritiers sont tragicomiques et prêtent à rire. Par exemple, on rit encore de bon cœur lorsque Lagasnerie se lance dans une complainte victimaire selon laquelle notre société serait depuis 40 ans dominée par la droite, ignorant manifestement les 14 ans de mitterrandisme, les Jospin, les Hollande et même l’entourage de Macron abondamment fourni en anciens membres du Parti socialiste dont il est lui-même issu. On rit pareillement de bon cœur lorsque l’amuseur se pose en représentant d’une jeunesse qu’il oppose au cerveau vieux d’un Emmanuel Macron dont il précise qu’il a été forgé il y a plus de 20 ans, lorsqu’on sait que le sociologue et le Président n’ont qu’un peu plus de trois ans d’écart, soit sont exactement de la même génération. Il faut croire donc que Lagasnerie nous parle avec un vieux cerveau formaté selon un logiciel suranné, certainement celui du gauchisme culturel qui est en position dominante dans les lieux de fabrique du citoyen depuis plusieurs décennies (école, médias, culture…).

Ce qui est moins amusant, en revanche, c’est la régularité métronomique du service public audiovisuel, non pas à accorder du temps de parole à ces représentants d’un monde qui fut si longtemps idéologiquement hégémonique et dont il est lui-même le reflet, dans son goût prononcé pour la fabrique propagandiste de l’opinion, car la liberté d’expression doit permettre même aux olibrius de s’exprimer (encore que le contribuable pourrait être sollicité pour donner son avis), mais à nourrir l’absence de réel pluralisme dans cette sphère audiovisuelle-là. Ainsi de la journaliste de France Inter Sonia Devillers qui, sans scrupule et reflétant bien la panique qui s’empare d’un monde jusqu’à présent habitué à jouir de sa position idéologiquement dominante dans les instances de fabrique de l’opinion, tout affolé à l’idée que des opinions divergentes puissent enfin trouver à s’exprimer librement et qui, peu à peu, s’aperçoit que ce monopole est en train de lui échapper sous la pression populaire mais aussi du fait du renouveau des intervenants et des problématiques abordées, laquelle demandait récemment à ce que le CSA soit désormais plus sourcilleux quant à la « droitisation des plateaux de chaines d’info en continu » (sic !). Heureusement que ni la honte ni le ridicule ne tuent, sinon nous aurions eu ces derniers jours une belle hécatombe…

Liberté d'inexpression: Des formes contemporaines de la censure

Prix: 18,00 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 2,46 €

Défendre Zemmour, même s’il clive

0

La réalité que vivent bien des Français est plus déplaisante que les propos virulents de l’éditorialiste de Cnews


Les prises de position radicales et parfois essentialisantes d’Eric Zemmour suscitent l’adhésion enthousiaste d’une partie de la population et sa diabolisation par une autre partie. En ce sens, il est effectivement clivant, ce que je lui reprocherais personnellement, n’ayant pas la même approche. Mais Eric Zemmour est un polémiste. Il grossit le trait parfois parce qu’il est en guerre contre ceux qui pratiquent un déni de réalité. Il répète sans cesse qu’il n’éprouve pas de haine contre les personnes immigrées, légalement ou illégalement ou issues de l’immigration, mais qu’il combat un système qui crée une situation intenable pour tous et préjudiciable à son pays. Ce que dit Zemmour, Boualem Sansal le dit et aussi Kamel Daoud, Ayaan Hirsi Alli, Ahmad Mansour en Allemagne et tant d’autres lanceurs d’alerte venus de pays musulmans ou y vivant encore. Ceux-là ont connu de l’intérieur l’islam radical ou ses versions plus « soft », mais qui ne sont pas moins dangereuses pour nos sociétés.

A voir, Elisabeth Lévy sur Sud Radio: La chasse à la sorcière Zemmour est de nouveau ouverte!

Zemmour attaque de front avec outrance parfois parce qu’il sait que les mots peuvent être désormais détournés et vidés de nos contenus : laïcité, république, démocratie, populaire… comme au temps de l’union des républiques socialistes du national-socialisme et des démocraties populaires. Le totalitarisme vit du mensonge et meurt de la vérité, au contraire de la vraie démocratie qui vit de la vérité et meurt du mensonge.

Le succès grandissant de Zemmour malgré les procès pour incitation à la haine raciale ne vient pas de son racisme, car alors il faudrait qualifier de raciste une bonne moitié de la population française qui pense et parle comme Eric Zemmour mais de son aptitude à trouver les mots pour décrire la réalité que vivent beaucoup de Français aujourd’hui. Cette réalité n’est pas plaisante, j’en conviens. Les mots de Zemmour heurtent la sensibilité et l’humanisme de beaucoup de nos concitoyens, surtout d’ailleurs ceux qui sont protégés des aléas d’une mondialisation pas toujours tendre pour d’autres ; ils heurtent également le désir de paix et l’habitude de tolérance qui sont nés en Europe à la suite et en raison des horreurs de la Seconde guerre mondiale et de la persécution des juifs. Mais les temps changent et la brutalité oratoire de Zemmour et de ses compagnons de route en Europe mais aussi au Maghreb, en Iran, et ailleurs dans le monde musulman nous invite à réfléchir par nous-mêmes à l’évolution du monde vers des tentations totalitaires qui risquent d’exclure de nos vies la liberté de conscience, de parole et le débat véritablement démocratique.

La Thérapie Sociale

Prix: 10,90 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 6,68 €

Destin français

Prix: 14,51 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 2,53 €

Lumineuses Anaïs et Emma

0

Le film Adolescentes de Sébastien Lifshitz est une touchante chronique documentaire au long cours.


Sébastien Lifshitz a filmé cinq ans de la vie d’Emma et Anaïs, deux amies inséparables malgré leurs différences économiques, sociales et culturelles. Le film suit leur parcours depuis leur 13 ans jusqu’à leur majorité. Cinq années se déroulant de la sortie de leur enfance à leur entrée dans le monde adulte. Un temps long que le cinéaste filme avec patience, un temps où leurs sentiments, leur amitié, leur vie scolaire, sont bousculés par des transformations majeures liées à leurs premiers amours, leurs désirs sexuels, leurs études et des évènements politiques marquants: l’attentat terroriste contre la rédaction de Charlie Hebdo en janvier 2015, la sauvagerie de l’attaque barbare au Bataclan en novembre 2015, l’élection présidentielle de mai 2017.

Avoir 13 ans à Brive-la-Gaillarde

Au fond tout semble opposer ces deux jeunes adolescentes et l’on ne sait pas quelles femmes elles deviendront après leurs 18 ans, au moment où leur chemin de vie les sépare. Qu’adviendra-t-il de leur amitié? Le film se termine sur ce douloureux sentiment de la perte de repères et des liens qui les laissent libres devant le monde, ses beautés et ses difficultés.

Sébastien Lifshitz livre un magnifique portrait des deux jeunes filles, une belle chronique de la jeunesse de la province française. Le film dresse en creux le portrait de la France de ces cinq dernières années. Tourné à Brive-la-Gaillarde, ce documentaire est une œuvre filmée dans un cinémascope lumineux et un sens aigu du cadrage et révèle la beauté physique et morale de ces deux très jeunes filles, Emma et Anaïs.

Le cinéaste prend son temps et opère en montrant une succession de blocs temporels et de morceaux de la vie de chacune des deux adolescentes. Leur rapport respectif avec leurs parents, la mère surtout, est scruté avec attention. Ces relations mère-filles pleine d’amour et de fureur, d’échanges rudes et tendres montrent parfois la détresse et l’angoisse face à la vie, à la rudesse de la société et au mystère du monde. Il montre aussi les moments de vie commune qu’elles partagent avec d’autres jeunes à l’école, en vacances, lors de fêtes, anniversaires ou sorties sur les berges d’un plan d’eau…

A lire aussi: Eté 85: Ozon filme le roman qui l’a excité jeune

Il s’agit ici de filmer à la fois l’insouciante et l’impitoyable adolescence. Emma est jolie, mince, vive, bonne élève, enfant unique d’une famille de la bourgeoisie corrézienne. Douée en chant et pour jouer la comédie, elle veut en faire son métier. Elle s’oppose très souvent à sa mère de manière abrupte sur les sujets touchants aux études scolaires et au choix du projet de vie future. Anaïs est au contraire plutôt ronde, moins cultivée, en échec scolaire mais pleine de compassion et d’amour pour les plus fragiles, les enfants et les personnes âgées. Ses parents sont très modestes et elle a été placée en famille d’accueil avant de revenir au foyer familial entourée de ses deux frères, dont un déficient intellectuel. Face aux coups durs qui frappent sa famille, elle veut mettre sa vie au service des autres en intégrant un lycée professionnel,

Tact et pudeur

Adolescentes capte avec beaucoup de tact et de pudeur, d’amour aussi, l’évolution respective des deux filles ainsi que leur révolte, leur rébellion face aux parents. C’est un film qui montre, avec une grande pertinence politique et morale, et une beauté esthétique incomparable, un témoignage bouleversant et d’une rare authenticité sur le quotidien intime de deux adolescentes. Emma et Anaïs se retrouvent aussi plongés dans un monde en pleine mutation où les luttes sociales et la menace islamiste viennent s’ajouter aux inquiétudes et à l’angoisse que l’on ressent quand on est au seuil du monde des adultes.

Sébastien Lifshitz a su montrer les forces et les faiblesses d’Emma et Anaïs. Toutes deux prennent superbement la lumière et illuminent ce très beau documentaire de leur présence.

Adolescentes de Sébastien Lifshitz, sortie en salle 9 septembre 2020, 2H15

Séparatisme ou séparation?

0
Emmanuel Macron à Bormes-les-Mimosas en août 2020 © Eric Gaillard/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22483825_000007.

Les mesures pas assez radicales proposées par Emmanuel Macron lors de son discours aux Mureaux sont des pansements sur une jambe de bois. Gabriel Robin, auteur du Non du peuple, craint en outre que la France de la raison ne soit en train de se transformer en celle de la bêtise. Analyse.


« Séparatisme » : le mot du mois. L’intervention présidentielle était attendue. De fait, elle avait même été savamment scénarisée par les équipes de communicants d’Emmanuel Macron. La question du « séparatisme » est, on l’a bien deviné, centrale dans la réflexion macronienne en vue de la prochaine élection présidentielle. Alors : un nouveau coup pour rien ou une réussite tactique ?

Depuis Les Mureaux, lieu hautement symbolique, Emmanuel Macron a longuement discouru derrière son pupitre décoré du drapeau français surmonté d’un écriteau où figurait la mention « La République en actes », comme pour mieux indiquer qu’avec lui seuls les actes compteraient. Oui, les actes comptent plus que les mots de la même manière que les paroles s’envolent quand les écrits restent. Nous, mauvais esprits, Gaulois réfractaires et autres râleurs impénitents, savons pourtant que déclarer « prendre acte » d’une situation ne signifie pourtant pas toujours qu’on puisse en sortir, ni même qu’on en ait véritablement la volonté.

Trop tard

Emmanuel Macron a-t-il conscience de son impuissance relative ? Mesure-t-il à quel point la France est désormais traversée par ces frontières invisibles qui font que les populations qui y vivent n’ont plus qu’un fugace souvenir de leur unité passée ?

Nous sommes pris dans la mâchoire du piège à cons, non pas séparés mais atomisés entre la génération des boomers et celle des zoomers, les islamistes misogynes et les lesbiennes misandres, les braconniers cruels et les antispécistes fanatiques… les tièdes et les hystériques

Lui qui prétend que son rôle est d’agir plutôt que de réagir – ce qui est exact -, semble pourtant avancer en tâtonnant. La grande séparation était acquise dès le moment où la France mit le doigt dans l’engrenage de l’immigration massive accompagnée du laxisme et de la culture de l’excuse.

A lire ensuite, Céline Pina: La fin du déni

« Il y a dans cet islamisme radical, puisque c’est le cœur du sujet (…), une volonté revendiquée d’afficher une organisation méthodique pour contrevenir aux lois de la République et créer un ordre parallèle d’autres valeurs, développer une autre organisation de la société », a déclaré Emmanuel Macron sous forme de constat. Et que prévoit-il pour y répondre ? Des mesurettes absurdes, dont la logique flirte parfois avec un républicanisme hors-sol et autoritaire. Imposer l’école dès trois ans à tous les enfants sera-t-il de nature à empêcher des adolescents et de jeunes adultes de basculer dans un islam terroriste ou de vivre selon des mœurs que nous jugeons archaïques ? Non.

Scolarité imposée dès 3 ans: l’islam fait bien reculer nos libertés

Ceux qui ont commis des attentats sur le sol français étaient tous, à l’exception du patient zéro Kelkal, des petits voyous ou des criminels déscolarisés après la période de l’enfance. Ils n’avaient pas le profil des musulmans éduqués dans des familles islamistes cultivées, lesquels poursuivent souvent des études et évitent la rue. C’est d’ailleurs tout le paradoxe du problème qui nous occupe. En obligeant les parents à mettre leurs enfants à l’école dès trois ans (hors dérogations pour raisons de santé), le président attente aux libertés publiques fondamentales des Français. Ne seront d’ailleurs embêtés qu’une poignée de concitoyens qui n’ont rien demandé à personne ! Idem pour la question de l’école à domicile ou l’encadrement renforcé des écoles hors contrat.

Toutes ces mesures sont des pansements sur une jambe de bois, inutiles quand elles ne sont pas dangereuses. Le président doit comprendre qu’il est d’abord et avant tout le garant de l’Ordre public. Il ne doit pas être celui qui amène à légiférer sur une foi : idéal absolu qui ne se négocie pas pour ceux qui en ont une. C’est perdu d’avance. Quand Emmanuel Macron appelle à la naissance d’un « islam des Lumières », il sort de son rôle et ne peut qu’entendre l’écho des ricanements des imams les plus orthodoxes. Emmanuel Macron doit simplement rappeler ce qui est permis et ce qui est interdit en France. Ce n’est pas compliqué mais ça demande des vertèbres… qu’il n’a pas.

Piège à cons

L’autre liberté en danger est celle du droit d’association. Au mieux, les signataires adopteront la charte de la laïcité de manière hypocrite. Au pire, ils reconstitueront des associations dissoutes, à la manière des ligues et partis interdits. « Toute association sollicitant une subvention auprès de l’Etat ou d’une collectivité territoriale devra signer un contrat de respect des valeurs de la République », a-t-il ainsi déclaré. Soit, mais la mesure s’appliquera-t-elle à ces nombreuses associations qui ne se contentent pas de ne pas adhérer aux principes républicains mais en violent les lois en aidant à l’entrée et au séjour des immigrés clandestins ? Aux associations et groupements prétendument antifascistes qui appellent au renversement de l’Etat ? Aux associations féministes dont les membres prétendent désormais qu’il faut imposer un couvre-feu aux hommes quand elles ne veulent pas carrément les éliminer de tous les emplois publics ? On peut en douter.

A lire aussi, Pierre Jolibert: Un enseignement naïf de l’histoire en secondaire peut-il conduire des jeunes vers le salafisme?

Nous sommes pris dans la mâchoire du piège à cons, non pas séparés mais atomisés entre la génération des boomers et celle des zoomers, les islamistes misogynes et les lesbiennes misandres, les braconniers cruels et les antispécistes fanatiques… les tièdes et les hystériques. Ce que n’ont pas saisi Emmanuel Macron et ses proches, c’est que la grande séparation tient d’abord dans l’éloignement entre la France de la raison et celle de la bêtise. La bêtise gagne quand le porte-parole du gouvernement singe le peuple chez Cyril Hanouna. Elle gagne quand la musique populaire se réduit à Wejdene et Aya Nakamura. Elle gagne quand les Français s’adonnent à la junk food plutôt qu’à la cuisine de leurs ancêtres.

Cette loi sur le séparatisme n’aura aucune incidence sur notre devenir. Elle sera impuissante contre l’islamisme. Impuissante contre les voyous. Impuissante contre notre progressif abrutissement. Un coup pour rien… sauf pour gagner une élection présidentielle.

Le non du peuple

Prix: 25,00 €

1 d'occasion et neuf disponible à partir de 25,00 €

Histoire de l'islamisation française: Quarante ans de soumission

Prix: 25,00 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 8,00 €

Le Suicide français

Prix: 26,09 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 2,79 €

Rillieux-la-Pape: notre église brûle, ne regardons pas ailleurs

0
Image partagée par le maire Alexandre Vincendet sur Facebook.

L’église Saint Pierre Chanel de Rillieux-la-Pape a été incendiée dans la nuit de samedi à dimanche. Après cet acte visant à semer la discorde, ceux qui savent doivent dénoncer les coupables.


Dans la nuit de samedi à dimanche, une église catholique a été prise pour cible à Rillieux-la-Pape. Cette église moderne en béton, au cœur du quartier le plus populaire de cette ville de banlieue lyonnaise a vu un véhicule enflammé précipité sur sa façade.

Quand une église catholique est prise pour cible par des incendiaires, il ne faut pas le laisser sous silence car ce n’est pas innocent. Cela ne l’est jamais.

Nous savons bien où veulent nous conduire ceux qui se livrent à de pareils actes, trop fréquents en France pour être anodins, nous savons bien ce qu’ils veulent. Tout cela a été théorisé, tout cela a été écrit, tout cela est appliqué, tout cela produit des effets.

Alors que faire?

Déjà, il ne faut pas le taire, il faut que ces images, le message du Maire de cette ville, fassent le tour de France, le tour du monde, pour que nous rendions témoignage de ce que subit notre pays.

Il ne faut pas que l’on se dise que « ce n’est rien ». Car ce n’est pas rien.

En s’attaquant à des symboles, à des édifices catholiques, on s’attaque à une partie de notre culture. Des racailles se prenant pour des terroristes, car on va être très clair, je ne vois pas ce que cela peut être d’autre sur cette église, veulent faire passer un message, ils veulent montrer à la France entière que c’est la religion chrétienne qui doit partir en fumée.

Un symbole terrible

C’est un symbole, c’est une image forte, violente, d’une église de quartier qui brule.

Les témoignages qui nous arrivent indiquent que les auteurs, cagoulés, ont hurlé que le Maire était raciste et qu’ils souhaitaient qu’il dégage.

A lire ensuite, Céline Pina: La fin du déni

Ne nous mentons pas, les incendiaires sont des jeunes un peu bas de plafond à qui on a monté la tête. Ce qui doit retenir notre attention, c’est qu’ils ont, pour punir le soi-disant racisme d’un Maire réélu à 67% au premier tour des élections, décidé de brûler l’église de leur quartier. Pas l’une des autres églises plus anciennes mais celle-ci précisément. Ils considèrent donc que le racisme du Maire se combat en faisant partir en fumée le symbole de sa religion supposée.

Pour bien connaitre Alexandre Vincendet, force est de constater qu’il n’est pas vraiment une grenouille de bénitier, mais ce qui est important, ici, c’est le symbole: pour combattre le racisme on précipite un véhicule enflammé sur une église.

Cette guerre civile qui menace la France

Une nouvelle fois, c’est à nous de réagir. Qu’allons-nous dire ou faire?

Ce qu’ils veulent, c’est la guerre civile, ce n’est pas moi qui l’ai écrit, ce sont leurs maîtres à penser, et en premier lieu Abu Mussa Al Suri. Ce qu’ils veulent, c’est un soulèvement.

Ils n’ont évidemment jamais lu la moindre ligne d’Al Suri, pas plus qu’ils ne fréquentent la grande mosquée de Rillieux-la-Pape, dont j’imagine dans quel état doivent être les dirigeants cette semaine. Il y a fort à penser que cet incendie d’église n’est pas une séquence planifiée d’un grand complot mondial.

Et pourtant, cela en a toutes les apparences. Cet incendie vient après d’autres incendies de deux mosquées dans la région lyonnaise qui avaient fait les gros titres de la presse nationale. Il n’est pas possible que ces racailles n’aient pas été inspirées par ces actes. Cela signifierait qu’il y a une réponse, un début d’escalade, les prémisses d’une guerre civile.

Il nous appartient d’être capable de les contraindre, de les écraser en misant sur l’intelligence collective, en misant sur notre confiance en nos compatriotes de confession musulmane car nous savons qu’ils ne souhaitent pas cet affrontement. Nous savons qu’ils souhaitent autant que nous que les coupables soient écrasés, qu’ils soient mis hors d’état de nuire. Nous savons parfaitement aussi que malgré tout ce que l’on entend, l’embourgeoisement d’une partie significative des Français de confession musulmane de deuxième et troisième génération est une réalité et qu’aucun d’eux n’a intérêt à tout perdre dans des affrontements communautaires.

Nous savons, en tout cas nous l’espérons, que le salut viendra de ceux qui ont vu, de ceux qui savent, de ceux qui veulent que tout cela cesse et qui donneront les informations pour que ces salopards soient punis. Et bannis de notre société.

L'église Saint Pierre Chanel. Image: capture d'écran Google Maps.
L’église Saint Pierre Chanel. Image: capture d’écran Google Maps.

La fin du déni

0
Le président Emmanuel Macron aux Mureaux le 2 octobre 2020 © Ludovic Marin/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22499019_000005

Le discours des Mureaux est venu mettre un terme à des décennies de mansuétude face aux visées de l’islamisme au pays des Lumières et de la laïcité. Mais nous jugerons sur pièces la politique d’Emmanuel Macron contre ce péril terrible, quand la loi nous sera soumise. L’analyse de Céline Pina.


La prise de parole du président de la République, à l’occasion de son déplacement aux Mureaux, était d’autant plus attendue que le contexte en France se durcit énormément : le procès Charlie est en train de démontrer qu’en cinq ans l’influence de l’idéologie islamiste a progressé et que son emprise sur les musulmans et notamment sur la jeunesse ne cesse d’augmenter[tooltips content= »Selon la dernière enquête IFOP, 74% des jeunes musulmans font passer l’islam avant la loi »](1)[/tooltips], la republication des caricatures a montré à quel point le niveau de menace dans le pays restait élevé et à quel point la liberté d’expression suscite encore et toujours de virulentes attaques. Dans ce cadre, les Français ont souvent eu l’impression que nombre de leurs représentants se distinguaient par leur lâcheté et leur déni. Là où les citoyens voyaient leurs vies, idéaux, principes et mœurs devenir les cibles de la propagande de l’islam politique, l’Etat trop souvent détournait les yeux ou préférait traiter de racistes et de suppôts d’extrême-droite les lanceurs d’alerte.

Toutes les religions ne posent pas problème

A ce titre, ce discours aura déjà au moins accompli une rupture symbolique : la réalité de ce qui se passe dans les quartiers a été dite, la volonté de l’islam politique de déstabiliser le pays a été reconnue, les ennemis ont été nommés, le danger séparatiste clairement décrit. Expliquer clairement que ce ne sont pas toutes les religions qui posent problème mais une seule était nécessaire. Cela a été fait. Autre point intéressant, le fait de s’appuyer sur le réel, de donner des exemples concrets et des réponses qui le sont tout autant : l’obligation de la scolarisation à trois ans, la fin de l’enseignement à la maison. Les faiblesses et clientélisme de certains élus ont été franchement abordés. Le meilleur contrôle des actes administratifs et la mise sous tutelle par le préfet des maires qui ne respectent pas la République est un très bon point. Il fallait le dire et l’oser. En illustrant son discours d’exemples précis, le président montre la volonté de l’Etat de reprendre en main le contrôle des services publics concédés. L’imposition de la neutralité aux employés est une vraie réponse aux dérives constatées au sein de la RATP, des bagagistes de Roissy…

Avec ce discours nous sommes au milieu du gué. Il offre une promesse de réveil mais derrière la fermeté républicaine affichée, le loup islamiste peut trouver une bergerie en mode portes ouvertes et des sources de financement non négligeables

Il fallait aussi du courage pour parler de l’entrisme au sein du monde associatif et de ses effets en termes de propagande. Le fait d’envisager le renforcement des contrôles et de donner plus de moyens pour dissoudre certaines associations quand elles contreviennent à nos lois et principes, est essentiel. Tout comme le contrôle des financements. Sur ces questions, il va falloir passer des mots aux actes et donner très vite des gages. La publicité des sanctions fait partie de la reconquête. Car l’islamisme ne pose pas seulement la question du séparatisme mais aussi celle de l’entrisme.

Qu’après une telle prise de position en termes d’ordre public, le président ait consacré un passage au réengagement de la République témoigne d’un souci d’équilibre lié à une majorité hétéroclite dont il faut nourrir à la fois l’aile droite et l’aile gauche, il est cependant dommage que le président ne parle souvent de république que pour la mettre en accusation et évoquer ses abandons, plutôt qu’en rappelant que la République n’est pas un guichet mais avant tout un projet commun et des idéaux partagés. Le réengagement de la république c’est avant tout le réveil citoyen. Quand le président dit que les islamistes ont construit leur projet sur nos reculs, il reprend assez bêtement une antienne de la gauche que le réel dément. La solidarité sociale est très forte chez nous. Ce qui recule ce n’est pas le soutien apporté au quotidien, c’est la croyance dans le fait que l’avenir sera meilleur que le présent. Et cela hélas concerne tout le monde. Mais c’est surtout oublier qu’en France, l’effort politique des islamistes porte moins sur le secours social, que sur la culture du ressentiment et du rejet, l’exaltation du clan et la haine des principes et idéaux qui nous constituent en tant que peuple. Leur discours installe les gens dans une infantilisation et une attitude passive où tout est attendu des pouvoirs publics comme un dû et où nul n’a conscience du capital social investi sur chaque habitant via la prise en charge de ses loyers, les aides pour payer chauffage, gaz, électricité, la CMU et la CMU C, les vacances payées par la CAF… Ces quartiers sont certes ghettoïsés mais ne sont pas abandonnés. Notre pays investit du capital social afin de compenser l’absence de capital privé des habitants des quartiers en difficulté et les outils permettant de s’emparer de leur destin existent (médiathèques, écoles, MJC , Maisons de quartier…), il est dommage que nous ne sachions pas le rappeler en expliquant que c’est là la traduction concrète du fait que nous formons une société politique d’égaux et de solidaires et que nous croyons en chacun de nos enfants. Il n’en reste pas moins que le président ayant déjà bousculé quelques vaches sacrées, n’avait peut-être pas envie de voir charger tout le troupeau, ce qui peut se comprendre.

La laïcité trop rapidement évoquée

Finalement, alors que ce discours paraissait clair, carré, pensé et réfléchi, ce sont les questions qui ont suivi qui ont montré que derrière les paroles fortes, le positionnement restait peut-être encore léger. Quatre marqueurs sont des révélateurs très forts de la difficulté du président à s’emparer vraiment de ces questions : l’évacuation de la laïcité en une phrase lapidaire et assez discutable (« la laïcité c’est la liberté »), l’absence de mention de la violence spécifique que subissent les juifs du fait de la réactivation de la haine religieuse par les islamistes, la question du voile et la volonté de construire un islam de France alors que les frères musulmans attendent ce moment comme une épiphanie.

A lire aussi: Maryam Pougetoux à l’Assemblée: se lever et partir ou rester?

L’évacuation de la laïcité du discours présidentiel n’est pas un scoop. Emmanuel Macron n’est pas à l’aise avec cette idée. On a l’impression qu’il ne la comprend pas. Pourtant là est bien le nœud du problème. Il y a un refus viscéral pour les islamistes d’admettre que l’homme puisse former une société politique en se liant en faisant usage de sa raison et en se donnant des lois. Politiquement, la laïcité n’a rien à voir avec la neutralité. C’est la primauté de la raison humaine sur la soumission divine. Cela entraîne de fait une neutralité juridique vis-à-vis des religions qui sont reléguées à un rôle subalterne et sont égales entre elles aux yeux de l’Etat. Ceci dit, tant que le président maintiendra à la tête de l’Observatoire de la laïcité le duo Bianco/Cadène, on peut craindre que dans la réalité de l’action gouvernementale, la laïcité reste la parente pauvre de l’action publique.

L’emprise du voile, le départ des juifs

Le fait de ne pas évoquer la situation des juifs, premières victimes du séparatisme est étonnant. Pourtant eux peuvent témoigner du fait que lorsqu’on appartient vraiment à une minorité, tous vos droits peuvent être bafoués sans que nuls ne réagissent. Pourtant le phénomène d’alya interne dans certaines villes de banlieue (Français de confession juive chassés de chez eux du fait de la violence exercée par des personnes de confession musulmane) ou le fait que sur certains territoires, les enfants portant un nom juif ne peuvent être accueillis dans l’école de la République parle aussi de la violence séparatiste.

L’autre marqueur très fort pour les islamistes que le président feint d’ignorer est le voile.

Il y a là une lutte d’influence menée pour le contrôle de la communauté musulmane par l’islam politique, la multiplication des voiles est une façon d’affirmer son emprise et sa force sur un quartier. Or les musulmans ne peuvent rester passifs dans ce combat car l’islam politique tente de les instrumentaliser en s’appuyant notamment sur l’existence d’un conflit de loyauté réelle entre l’islam et la République qui est porté au paroxysme par le fait que, là où l’islam est la religion dominante, sans que les islamistes soient au pouvoir, les femmes par exemple ont moins de droits que les hommes. L’inégalité femmes/hommes est inscrite dans le droit des pays arabes. Sur ce point il y a une clarification à faire, l’adhésion à notre contrat social passe par l’acceptation du fait que la base de notre société politique est le concept d’égalité entre les citoyens. Il faut être clair sur ce qui est aussi attendu des Français de confession musulmane, à la fois cible de conquête des islamistes mais aussi victimes de leurs agissements. Pour trier le bon grain de l’ivraie, encore faut-il des marqueurs clairs. Le chantage exercé par les islamistes sur une population souvent fragile, ghettoïsée et sous influence se combattra aussi en proposant des choix simples et clairs sur ce qu’est d’être un citoyen français ou de servir une cause qui s’attaque aux racines de notre pacte politique.

L’acceptation de l’égalité femmes/hommes sur notre sol n’est pas négociable. Or en la matière le voile est un révélateur.

Inquiétudes

Dernier point mais pas le moindre, ce discours apparemment lucide pourrait ainsi très bien accoucher à terme d’une structuration de l’islam de France entre les mains des frères musulmans, avec l’aide de l’AMIF, association qui compte en son sein des proches de la nébuleuse islamiste. Ils sont en effet les seuls à disposer d’un vaste réseau de mosquées, d’organismes de formation et d’éducation et ont des interlocuteurs au sein de l’Etat. Vouloir combattre l’islamisme en donnant du pouvoir à une de ses sectes les plus puissantes car elle est infiltrée, a des alliés au sein des cercles de pouvoir et des associations amies, semble déconcertant. C’est quand même ce qui parait se dessiner. Pourtant, en la matière il faut vraiment vouloir s’aveugler pour ne pas se rendre compte de l’ambiguïté d’un Mohamed Bajrafil, comme du manque de discernement d’un Hakim El Karaoui dans le choix de son entourage, tant la volonté de contrôler le marché juteux du hallal et du pèlerinage a l’air de faire oublier toute retenue. Il faut être réaliste, aujourd’hui la formation des imams est tenue par la mouvance des frères musulmans, comme d’ailleurs les écoles sous contrat type lycée Averroes. Il ne faut pas ouvrir la porte à la création d’un islam de France aujourd’hui, seuls les islamistes ont les moyens de s’en emparer. C’est par ce biais que la loi contre le séparatisme peut faire la fortune des islamistes.

A lire aussi, du même auteur: Indécise et couarde, voilà la gauche Laurent Joffrin!

Avec ce discours nous sommes au milieu du gué. Il offre une promesse de réveil mais derrière la fermeté républicaine affichée, le loup islamiste peut trouver une bergerie en mode portes ouvertes et des sources de financement non négligeables. Il est très surprenant par exemple de voir un Etat dire vouloir lutter contre le séparatisme, tout en promouvant le hallal comme moyen de financement de la religion. C’est oublier que, justement, le but des islamistes est de construire une société hallal, distincte de celle des kouffars, autrement dit de nous. Bref si ce discours semble nourri en partie d’une vraie prise de conscience politique de ce que nous sommes en tant que civilisation et de ce que nous n’accepterons pas en tant que peuple, sa traduction concrète risque de nous fragiliser encore un peu plus. Mais nous ne sommes qu’au début du processus, il faut écrire la loi, procéder à des auditions, rencontrer les grands acteurs sur ce dossier.

Nous jugerons sur pièces quand la loi nous sera soumise, d’ici là certaines choses peuvent encore évoluer. Il faut le souhaiter à la France.

Une photo de Noir est-elle un Noir?

0
L'essayiste Jean-Paul Brighelli. Photo: Hannah Assouline.

Il fut un temps où Roland Barthes estimait que Elle était un inestimable fournisseur de mythologies modernes. C’en est bien fini : le Monde peut aujourd’hui revendiquer cette distinction.

Le 25 septembre dernier, le « quotidien de référence » de la boboïtude et du politiquement correct se demandait doctement, sous la plume de son rédacteur en chef, Michel Guerrin, « Un Blanc peut-il photographier un Noir ? » Le prétexte de cette question fondamentale était l’exposition, à la Fondation Cartier-Bresson, des images de l’Américain Gregory Halpern — par ailleurs d’un vrai intérêt plastique. Intitulée Let the Sun Beheaded Be (traduit en « Soleil cou coupé » par référence au recueil homonyme d’Aimé Césaire paru en 1948 — qui s’appropriait un vers d’Apollinaire, et il avait bien raison, la poésie n’a pas de couleur de peau), elle dévoile les images fixées par le photographe à la Guadeloupe. Libé, l’autre quotidien de référence de la bien-pensance, voit dans ces images une vision « nimbée d’une ambiguïté souvent aux confins du malaise, solidement ancrée, par-delà les clichés ensoleillés, dans l’histoire complexe et douloureuse du territoire ultramarin marqué par plusieurs siècles de colonisation ». Diable !

Le chroniqueur du Monde, dans le plus pur style crypto-catho, s’interroge gravement : « Un artiste blanc peut-il encore photographier des Noirs ? Ou une autre communauté que la sienne ? » Et il justifie sa problématique aberrante : « En contact avec le réel, la photographie est au cœur du débat, pour le moins crispé, sur l’appropriation culturelle. »

Interdire de fixer des images de corps noirs sous prétexte que l’image serait « colonialiste » témoigne d’une bêtise saisissante

Des Blancs qui photographient des Noirs, il y en a depuis lurette. On sent bien que les deux journaux de la boboïtude triomphante pensent aux cartes postales de beautés bronzées et dénudées dont le prétexte ethnologique permettait, dans les années 1900-1930, d’outrepasser les normes étroites de la décence et de faire les beaux jours de l’exposition coloniale de1931 à la Porte Dorée. Par exemple cette très belle « Bédouine tunisienne » photographiée vers 1910 par Rudolf Lehnert — transposition de l’orientalisme qui sévissait déjà depuis un siècle et montrait volontiers des beautés dénudées, y compris nombre de Blanches vendues comme esclaves :

image-brighelli

Dans l’exposition de la Fondation, ces cartels explicitent les images. Le Noir tenant une Blanche dans ses bras, dans l’eau, n’est pas en train de la secourir (ou de la noyer), il « pratique un massage par flottaison ». Et il est bien précisé qu’aucune de ces photos n’a été extorquée — nombre de modèles ont d’ailleurs posé. Sait-on jamais…

Que des Noirs s’imaginent que des Blancs qui les photographient leur volent quelque chose (leur âme, peut-être bien) est déjà stupéfiant et témoigne d’un recul culturel abyssal. Les diverses négresses nues de Rembrandt, Manet ou Marie-Guillemine Benoist — des Blancs colonialistes certainement — ne seraient plus politiquement correctes, d’ailleurs le tableau de Benoist a changé de nom lorsqu’il a été exposé à Orsay, il est devenu Portrait de Madeleine. Interdire de fixer des images de corps noirs sous prétexte que l’image serait « colonialiste » témoigne d’une bêtise saisissante.

Pourquoi ? Parce que c’est croire que la représentation est l’objet représenté. Ah oui ? « Ceci n’est pas une pipe » — eh non, on ne peut pas la fumer. C’est l’image, rien qu’une image. Pour parodier Spinoza, l’image d’un chien ne mord pas. Ou comme disait Godard, « le plus con des cinéastes suisses pro-chinois » (dixit je ne sais plus quel situationniste), « Ce n’est pas une image juste, c’est juste une image ». Et il avait raison, le bougre…

L’image d’un Noir n’est pas un Noir. C’est une image. C’est le regard du spectateur qui restitue à l’image le poids du réel primitif. Par manque de culture. « Ciel, un Noir ! » dit le béotien — quelle que soit sa couleur — en voyant l’image d’un Noir.

Admettons un instant qu’il y ait un soupçon de vérité dans cette perception du crétin ordinaire. Admettons même qu’il y ait chez certains photographes la volonté de heurter les représentations figées que le spectateur se fait de la réalité. Ruth Bernhard, en 1962, photographie ainsi l’étreinte de deux femmes nues, l’une blanche et l’autre noire — en pleine ségrégation, et à une époque où les lesbiennes s’affichaient fort peu. Cela s’intitule Two Forms.

Volonté de choquer l’Amérique bien-pensante, certainement. Mais au final, une magnifique combinaison de formes, qui renvoie à d’autres images de la photographe qui intitule « Sand » un corps de femme allongée, allant au-delà de l’anecdote : avant d’être un Blanc ou un Noir, ou une pipe, une image est une combinaison de formes et de couleurs en un certain ordre assemblées, et c’est tout. De même les fabuleuses photos des Noubas réalisées par Leni Riefenstahl en 1974. Ah mais c’était une ex-nazi, bla-bla-bla… Justement : la Beauté, que Riefenstahl avait exaltée dans les 10 premières minutes des Dieux du stade, est partout — et pas seulement chez les belles brutes blondes. Elle est dans une certaine combinaison de lignes et de proportions. Qu’importait à la photographe que les Noubas fussent noirs ?

On en revient toujours au même problème culturel. Ce n’est pas l’image qui est problématique, c’est le regard de l’hilote qui se pose sur elle. Ce n’est pas la jeune fille en crop top qui est provocante, c’est le regard lascif du mâle mal éduqué qui se pose sur elle — comme une limace glisse sur une fleur. Ce n’est pas le Noir qui est capturé par le photographe blanc, c’est le Noir (ou le Blanc) qui croit qu’il n’y a entre Noirs et Blancs que des rapports de domination. Il en est d’ailleurs de même avec les photos de corps nus, quel que soit leur sexe : il faut être extraordinairement barbare et mal éduqué pour y voir un prétexte à surexciter sa libido — ou la preuve du machisme ambiant.

Le pouvoir du mâle ne s’exprime pas sur la photo qu’il fait. Il s’exprime bien davantage dans l’écart de salaire persistant entre hommes et femmes, dans l’assignation à domicile et à vocation matrimoniale qui va de soi dans certaines cultures, dans les sifflets qui accompagnent les mini-jupes et les pantalons dans nombre de rues de ce pays, voire dans les agressions que subissent des femmes simplement parce qu’elles sont habillées… en femmes.

https://www.henricartierbresson.org/publications/gregory-halpern-soleil-cou-coupe

Quand l’inclusif a un goût de discrimination

0
Image d'illustration Pixabay.

Déterminé à lutter contre les discriminations sexistes dont est truffé notre patois, le maire de Lyon en butte à un écueil imprévu.


Malgré une poignée d’irréductibles amoureux de la langue française qui luttent encore et toujours contre leurs détracteurs, l’écriture inclusive gagne du terrain, soutenue par plusieurs de nos mairies françaises. Parmi ces adeptes, c’est la mairie de Lyon et son nouvel élu Grégory Doucet qui trouvent de farouches opposants dans leur choix de l’inclusif.

L’APHPP alerte sur les dangers de l’écriture inclusive

En effet, déterminé à lutter contre les discriminations sexistes dont est truffé notre patois, Grégory Doucet s’est heurté à une autre discrimination imprévue : les handicaps. Car la myriade de petits points et autres tirets qui égrènent dorénavant nos textes ne sont pas qu’une affaire d’esthétique déplaisante et dénaturante, elles sont maintenant de l’ordre de la discrimination. 

A lire ensuite: Égalitarisme à l’école: marelle et foot à égalité

Selon l’Association pour la prise en compte du handicap dans les politiques publiques et privées (APHPP), l’écriture inclusive est discriminante pour les personnes « en situation de handicap en leur rendant les textes inaccessibles ». En effet, pour les aveugles tout d’abord qui utilisent une synthèse vocale leur dictant chaque mot, la lecture de l’écriture inclusive relève vite du casse-tête. Et même si les petits points peuvent évoquer par certains aspects le braille, ils n’en restent pas moins illisibles.

« Dys »-crimininations nouvelles

Et quid de nos fameux « dys » ? Car les dyspraxiques, dysorthographiques et dyslexiques sont eux-aussi « dys »-criminés par ce modèle rédactionnel soi-disant égalitaire. Mais attention, si l’écriture inclusive pose problème au sein même des groupes féministes, nombreuses sont les militantes à proposer l’alternative de la novlangue dénommée « Féminine universelle » qui, elle, s’adapterait aux handicaps. Finis les points et tirets, place au renouveau syntaxique du sexiste langage français : « Elle était une fois, une France inclusive à noues-toutes ». Pas sûr que les discriminés y gagnent au change.

Les Parisiens à Anne Hidalgo: «Le Havre c’est encore loin?» sa réponse : «Taisez-vous et nagez!»

0
Débat "Le Grand Paris jusqu'au Havre" au Pavillon Gabriel a Paris, le 29 Septembre 2020 avec Anne Hidalgo, Maire de Paris et Edouard Philippe, Maire du Havre et ancien Premier Ministre. © ISA HARSIN/SIPA Numéro de reportage: 00983568_000038

Tout en laissant planer le doute sur une éventuelle candidature à la présidentielle, Anne Hidalgo plaidait la semaine dernière en faveur d’une «grande région capitale qui irait jusqu’à la mer»… Le Maire du Havre, un certain Edouard Philippe, est ravi.


Les Parisiens à Anne Hidalgo : «  Le Havre c’est encore loin ? ». Sa réponse : « Taisez-vous et nagez ! »

La maire de Paris a deux ambitions pour sa ville. 

La première : rendre la Seine propre à la baignade. Pour cela il faut la purifier et surtout la nettoyer de l’urine des rats qui l’empoisonne. Ce sera fait, parait-il, pour 2024 quand Paris, espère-t-elle accueillera les Jeux Olympiques. Anne Hidalgo veut en effet que des épreuves de natation s’y déroulent. Elle souhaite aussi que dans cette Seine redevenue pure les Parisiens s’adonnent aux plaisirs de la baignade. 

Sa deuxième ambition est plus grande encore : offrir un débouché maritime à la capitale. 

Revoilà Édouard Philippe!

Elle entend donc la prolonger jusqu’au Havre. Lors d’une conférence de presse commune elle en a parlé au maire de cette ville. Un peu surpris Edouard Philippe a hésité. Mais très vite il a reconnu la grandeur de Paris comparée à la petitesse du Havre. Anne Hidalgo lui ayant rappelé la devise fluviale de Paris, « fluctuat nec mergitur », il a dit oui tout en demandant – et ça lui a été accordé – de garder la capitainerie du Havre transformé en port parisien.

Les deux maires ont-ils déjà abordé la question complexe des moyens de locomotion qui relieront Paris au Havre ? On ne sait. Mais plusieurs pistes peuvent être envisagées. Les bateaux à vapeur qui au XIXème siècle reliaient Paris à la Manche sont trop lents et ne seront donc pas retenus.

A lire aussi: Automobilistes, vous n’imaginez pas tout ce qu’Anne Hidalgo peut faire pour vous

Cependant il y a déjà à Paris sur la Seine des embarcations nommés bateaux-mouches. Mais ils sont trop frêles pour couvrir plusieurs centaines de km. Des vedettes ultra-rapides pourraient faire l’affaire. Mais elles seraient très polluantes et les alliés écologistes d’Anne Hidalgo se rouleraient par terre. 

Horizon radieux

Reste donc la nage. C’est sain, bon pour les muscles et le rythme cardiaque. Toutefois nager sur plusieurs centaines de km sans s’arrêter représenterait un effort sur-humain. Il faudra donc prévoir des pauses. Ainsi, il y aura sur les bords de la Seine, des dizaines de guinguettes où l’on pourra boire du vin blanc et manger la friture d’éperlans. 

Puis une fois qu’ils seront arrivés au Havre, Edouard Philippe régalera les nageurs méritants avec des langoustines et des crevettes roses. L’horizon 2024 s’annonce donc radieux et maritime. Reste quand même les rats. Contrairement à la légende ils ne veulent pas quitter le navire d’Anne Hidalgo. Il est utile pour conclure de rappeler ici que le père Ubu avait une compagne : la mère Ubu. Elle lui a survécu et trône désormais à la mairie de Paris…

L’apocalypse virale, un nouveau genre romanesque?

0
L'écrivain et réalisateur Xabi Molia © John Foley / Opale / Leemage.

Si la crise sanitaire vous donne des envies de reconfinement, les romans de Laurine Roux et Xabi Molia, écrits avant la pandémie, frappent par leur force prophétique et leur admirable ambiguïté.


Que nous est-il arrivé ? Depuis que s’est déclenchée la pandémie de Covid-19, le besoin de penser l’événement se fait ressentir en chacun de nous, besoin d’espérer ou, comme l’écrivait Roger Nimier à la fin de son Grand d’Espagne en 1948, le besoin de « désespérer jusqu’au bout ».

On peut et on pourra, bien sûr, compter sur les philosophes, les sociologues, les historiens pour nous y aider. On pourra aussi compter sur les écrivains.

Surtout sur les écrivains, serait-on tenté de dire. L’écrivain, le bon en tout cas, est cette créature étrange qui n’est ni sociologue, ni historien, ni philosophe, mais un peu tout ça sans le savoir et qui dispose de surcroît d’antennes, comme les insectes, qui le préviennent du danger. En plus, pour peu qu’il sache créer des personnages qui ne soient pas lui-même, il incarne nos angoisses à travers des gens qui nous ressemblent, qui ne sont pas des statistiques ou des concepts.

Aujourd’hui, il est appelé à répondre à une question lancinante : et si demain, tout s’arrêtait comment réagirions-nous, combien de temps survivrions-nous et surtout combien de temps tiendraient notre vernis de civilisation et l’idée que nous nous faisons de nous-mêmes ?

Une civilisation qui a la même fragilité qu’une vie

En cette rentrée littéraire, un peu moins abondante que d’habitude pour cause d’incertitudes économiques, on a envie de lire des romans qui nous disent quelque chose de ce monde qui peut s’arrêter ou s’effondrer, conformément au célèbre constat formulé par Paul Valéry dans La Crise de l’esprit après la Grande Guerre : « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. » Et Valéry d’ajouter : « Nous sentons qu’une civilisation a la même fragilité qu’une vie. »

Laurine Roux © DR
Laurine Roux © DR

Un bon nombre d’auteurs nous parlent d’apocalypse en tout genre, avec pléthore de resucées de Ravage de Barjavel, chef-d’œuvre paru en 1943. Quelques-uns, loin des recettes opportunistes de textes de circonstance, parviennent à explorer plutôt qu’à exploiter notre inquiétude. Nous en avons choisi deux, Laurine Roux et Xabi Molia, sur deux critères simples.

Le premier, c’est qu’ils ne sombrent pas dans le catastrophisme spectaculaire et délivrent, à travers une intrigue habile, voire retorse, un message implicite qui va à l’encontre de la doxa à la mode dans la fiction postapocalyptique – et dans le discours ambiant : « Tout est foutu, on va tous mourir ! » Le second critère est que Laurine Roux et Xabi Molia n’oublient pas la littérature en route. Ils convoquent le style, l’émotion et la paradoxale beauté qu’il y a dans l’horreur comme avait réussi à le faire, par exemple, l’écrivain américain Cormac McCarthy dans son chef-d’œuvre postapocalyptique La Route, roman dont le succès planétaire, en 2009, était déjà en lui-même un indice de notre désir inconscient de nous confronter à cette fragilité individuelle et collective si évidente désormais.

Le lyrisme cruel de Laurine Roux

On ne s’étonnera donc pas qu’une citation de Cormac McCarthy figure en exergue du deuxième roman de Laurine Roux, Le Sanctuaire: « Si le monde n’est qu’un récit, qui d’autre que le témoin peut lui donner vie ? » Le témoin, ici, est une adolescente, Gemma. Elle vit dans une grande cabane, en haute montagne, en compagnie de sa sœur aînée et de ses parents. Si c’est elle qui raconte, c’est parce qu’elle est la seule à être née dans ce monde d’après. Sa mémoire est une mémoire par procuration : elle n’a plus pour souvenirs que les souvenirs de sa propre famille qui a construit ce sanctuaire pour fuir la catastrophe. Le lecteur ne connaîtra du monde d’avant que ce que lui en dira Gemma. Il apprend, par fragments, par bribes déformées, la cause de l’effondrement : un virus, né probablement dans des élevages intensifs de volailles, a muté et s’est propagé aux autres oiseaux qui ont commencé à contaminer l’homme sans que l’on puisse trouver de remède. L’humanité a pratiquement disparu, et dans son refuge, la famille vit à l’écart et a reconstitué une microsociété qui s’amuse tristement à mimer la précédente.

Ainsi, quand le père descend dans les vallées pour aller récupérer, dans les ruines, de la nourriture, de l’essence, des graines, des matériaux divers, mais aussi des livres, il distribue les postes stratégiques dans la famille. Gemma est ministre des Armées : « chasse et entretien des couteaux ». Sa sœur aînée, June, est ministre de l’Énergie. Sa mission : « gérer le tas de bûches ». Quant à la mère, elle est ministre de la Culture et de l’Éducation, et quand on se dispute, de la Justice.

Seules traces du monde ancien, la carcasse d’une Ford devant une mine de sel abandonnée et les conversations des parents écoutées en cachette. Des conversations sur la mer que Gemma n’a jamais connue, sur les villes et les habitudes de ce temps-là.

Cependant, la force du roman est ailleurs que dans une robinsonnade survivaliste. Laurine Roux est d’abord un grand écrivain lyrique comme le montrait son premier roman, Une immense sensation de calme, qui vient de reparaître en Folio et où, déjà, dans une contrée lointaine, sans doute une Russie postnucléaire, une jeune fille partait avec un vendeur de poissons séchés dans une odyssée glacée où apparaissaient de loin en loin les traces d’un très ancien conflit et la présence menaçante des Invisibles qui portaient « les couleurs interdites » au poignet et étaient sans doute d’anciens irradiés.

Dans Le Sanctuaire, Laurine Roux continue de célébrer une certaine harmonie avec la nature malgré les dangers, mais surtout elle montre ce que signifie survivre dans le cercle restreint d’une famille qui contraste avec l’immensité d’un somptueux décor, lui-même isolé du monde.

Un jour, les certitudes de Gemma vacillent. Virtuose du tir à l’arc, au hasard de ses chasses en solitaire, elle rencontre un vieillard qui vit dans une grotte, entouré d’oiseaux et notamment d’un aigle qu’elle blessé. C’est un moment de pure terreur pour l’adolescente puisque les oiseaux doivent tous être tués à distance et surtout brûlés afin d’éviter la contagion : le père dispose même pour cela d’un lance-flammes. Gemma échappe au vieillard, mais n’ose pas parler de cette rencontre, et encore moins de son étonnement de ne pas avoir été contaminée par les oiseaux.

Comme celle de tous les grands romans, la fin du Sanctuaire est ambiguë. Au moins peut-on dire que Laurine Roux sait instiller le soupçon : pour certains d’entre nous, habités par des peurs inavouables qui confinent parfois à la folie, la seule vraie catastrophe serait que la catastrophe n’ait pas lieu.

L’ironie cruelle de Xabi Molia

C’est également autour de cette relation équivoque que nous entretenons avec la fin du monde que tourne le roman Des jours sauvages de Xabi Molia. Lui aussi avait déjà traité ce thème de l’effondrement pour cause d’épidémie dans Avant de disparaître (2011). Il y évoquait de manière très réaliste un Paris tiers-mondisé par une guerre civile elle-même provoquée par une épidémie transformant les infectés en barbares hyperviolents se surnommant eux-mêmes « les animalistes ». Dans la ville assiégée, un médecin chargé de détecter les nouveaux cas voyait sa femme disparaître sans raison et le récit se doublait habilement d’une méditation désespérée sur l’amour, cette plante vivace qui continue de fleurir dans l’horreur.

Avec Des jours sauvages, Xabi Molia se fait discrètement ironique et joue avec les codes du roman d’aventures à la manière d’un Jean Echenoz. Alors qu’une grippe incontrôlable décime l’Europe, une centaine de survivants ont embarqué en catastrophe sur un ferry à Roscoff. On y trouve des gens ordinaires, des repris de justice, des zadistes, des réfugiés et même un secrétaire d’État. Comme dans les romans maritimes d’antan, après un naufrage sur une île difficilement situable, la communauté s’organise ou du moins, essaie. Car évidemment, malgré la situation précaire, la solidarité se désagrège assez vite entre ceux qui parient sur la fin de l’épidémie et veulent repartir, et ceux pour qui, au contraire, cette île est l’occasion rêvée de tout recommencer à zéro : « Mais sur cette île, une vie meilleure s’offrait. Ils avaient laissé derrière eux les villes polluées et les étés caniculaires, l’argent, le travail salarié, le temps compté, le temps perdu sur internet, tous ces liens invisibles qui les empêchaient d’être heureux. La catastrophe était leur chance. » Très vite, il y a sécession, attaques, contre-attaques et représailles.

À travers sa multitude de personnages parfaitement maîtrisés, Xabi Molia donne une peinture acide de la société d’aujourd’hui. Ce roman profondément antirousseauiste à sa manière, qui évoque parfois à une version pour adulte de Sa Majesté des mouches de William Golding, amène à la conclusion que le pire virus qui menace l’homme n’est pas celui d’une quelconque Covid, mais une pulsion de mort trouvant son prétexte et son accomplissement dans la fin du monde, au point de la provoquer si elle n’a pas lieu ou d’empêcher par tous les moyens, si elle s’est produite, un retour à la normale.

À ce titre, ce qui réunit les romans de Laurine Roux et de Xabi Molia, c’est une saine méfiance devant la fascination du désastre qui ne dit rien d’autre que notre propre incapacité à vivre dans ce monde-là et, le cas échéant, à le faire changer. Par ces temps où les discours collapsologiques font florès, ce sont des œuvres de salubrité publique.

À signaler la reparution en folio du premier roman de Laurine Roux, Une immense sensation de calme.

Laurine Roux, Le Sanctuaire, Les éditions du sonneur, 2020.

Le Sanctuaire

Prix: 16,00 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 13,44 €

Xabi Molia, Des jours sauvages, Seuil, collection « Fiction et cie », 2020.

Des jours sauvages

Prix: 19,00 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 2,34 €

Débat public: l’intolérance crasse de Geoffroy de Lagasnerie

0
Geoffroy de Lagasnerie et Assa Traoré, Paris, 2019 © Edouard Richard / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

On savait les adeptes d’un néo-progressisme devenu fou violemment intolérants à toute forme d’opinion ou d’expression qui leur serait contraire. Ce qui se révèle un peu plus chaque jour est  leur revendication parfaitement décomplexée de la censure comme outil et moyen d’action.


L’entretien donné par le sociologue Geoffroy de Lagasnerie à France Inter le 30 septembre vaut, à cet égard (et en tant que symptôme), son pesant de pop corn au spectacle de la Révolte pour les Nuls, et l’on ne savait plus trop si l’on assistait à une interview sérieuse entre grandes personnes ou à l’un de ces sketchs pas très drôles et idéologiquement hémiplégiques auxquels la chaine audiovisuelle publique a habitué ses auditeurs-contribuables, lesquels font désormais le dos rond en attendant que ça passe. On ignorait juste que Geoffroy de Lagasnerie y avait été embauché comme comique…

Avec le débit à la fois doucereux et ultra-rapide du petit enfant survolté qui jonglerait sur son tapis d’éveil en brassant tous les nouveaux mots appris la veille, manifestement tout émoustillé à l’idée, vieille comme le monde, de choquer le bourgeois, tenant des propos aussi loufoques qu’ineptes, l’habitué des scandales disruptifs propres à la société du Spectacle dont il est l’impeccable produit, parfaitement installé dans la société et les institutions qu’il prétend combattre (au motif casuistique qu’il conviendrait de pervertir le Système de l’intérieur, ce qui est une commode manière de s’exonérer de sa position de dominant et d’hypocrite gagnant dudit Système, en parfait héritier à la Bourdieu), a livré un invraisemblable salmigondis permettant de comprendre, à lui seul, l’effondrement intellectuel d’une certaine gauche et les impasses sans retour du gauchisme culturel.

Affirmant sans rougir : «…j’assume totalement le fait qu’il faille reproduire un certain nombre de censures dans l’espace public, pour rétablir un espace où les opinions justes prennent le pouvoir sur les opinions injustes », notre Savonarole en culottes courtes, habitué des procès en opinions mauvaises, c’est-à-dire en opinions qui ne sont pas les siennes selon la partition binaire propre aux petits enfants scindant le monde entre les Gentils et les Méchants, savourant le fantasme infantile et nombriliste de son autonomie supposée, bien à l’abri des autres (avouant s’exprimer au nom d’un « on » « auto-référentiel »), n’a cessé, pendant une vingtaine de minutes, d’enfiler les énormités et absurdités. Reconnaissant ne pas faire allégeance à la loi (pourtant expression de la volonté du peuple souverain qui, dans le fond, ne l’intéresse pas davantage qu’il n’en est issu le moins du monde), notre bambin de la sociologie lui préfère ouvertement « la justice et la pureté » (sic). Et c’est à ce moment précis qu’entre la bêtise et la dangerosité s’ouvre tout le champ béant des possibles exactions commises au nom précisément d’une pureté qui, c’est pratique, ne se définit que par ceux-là même qui l’énoncent. On sait, par exemple, qui furent ceux qui combattirent pour la pureté de la race, on sait d’ailleurs de quel côté penchent ceux-là même qui, actuellement, prônent, sur le même modèle racialiste (et en réalité raciste) la même pureté ontologique des autoproclamés « racisés ». Et notre Pol-Pot des bacs à sable de poursuivre, tout à sa mission purificatrice, lorsqu’on lui demande de qui et de quoi il parle dans le fond : « Tout le monde sait très bien ce que c’est qu’un corps qui souffre… ». En effet, tout le monde sait très bien ce qu’est un corps qui souffre, par exemple le corps supplicié d’Axelle, démembré et traîné sur 800 mètres en voiture par des racailles à Lyon, ou le corps souffrant du jeune et héroïque Marin, laissé pour mort par une racaille pour avoir défendu un couple, ou encore le corps sans vie d’Adrien Perez, ou encore celui de toutes ces femmes violées, agressées, violentées parce qu’elles portent une jupe ou n’acceptent pas l’ensauvagement qui voudrait faire d’elles des objets de consommation à disposition dans un espace public décivilisé. Mais on doute que ces corps souffrants intéressent beaucoup le révolté de salon. On doute également que celui qui s’est acoquiné promptement avec le clan Traoré s’émeuve de la douleur du corps souffrant de la victime des viols répétés sous menace d’une fourchette par Adama Traoré lorsqu’il était en prison. Tout comme il y a, pour ces idéologues agités du bocal, des idées justes et pures à l’exclusion de toutes les autres, il y a les corps souffrants qui valent la peine qu’on s’en préoccupe et tous les autres qui n’ont manifestement pas de valeur. Dans l’entretien, Lagasnerie revient d’ailleurs à de nombreuses reprises sur la figure du migrant en Méditerranée, sans d’ailleurs beaucoup s’émouvoir de ce que ce trafic d’êtres humains, nourri par les passeurs et les soutiers d’un pseudo-humanisme bon teint, ne fait qu’alimenter le Capital carnassier et dérégulé que notre bambin de la Révolte croit combattre, en lui fournissant sans mollir une main d’œuvre à bas coût, au détriment d’ailleurs du prolétaire européen, abandonné depuis belle lurette par cette gauche-là, dont le corps souffrant et la souffrance sociale n’émeuvent probablement pas celui qui n’en a jamais vu la couleur ni partagé la vie une seule seconde.

Marcel Gauchet, septembre 2014. SIPA. 00700861_000028
Marcel Gauchet, septembre 2014. SIPA. 00700861_000028

Il faut dire, ce goût prononcé du sociologue (qui finit par faire honte à la discipline qu’il représente tout en en figurant  à merveille les impasses post-modernes) pour la censure, c’est un peu son fonds de commerce : on se souvient qu’il s’était déjà agité dans tous les sens en 2014 avec son comparse Edouard Louis afin d’obtenir le boycott des Rendez-vous de l’Histoire de Blois au motif que la conférence inaugurale y était tenue par le philosophe Marcel Gauchet, jugé trop réactionnaire par nos deux amuseurs, à quoi le rédacteur en chef de la revue Le Débat répondra avec drôlerie qu’il s’agissait là de « pignolerie parisienne ». Pignolerie certes mais qui fait des dégâts auprès de la jeunesse étudiante, ces « cerveaux malléables » que Lagasnerie se fixe clairement pour objectif de manipuler, exactement de la même façon qu’un patron de télévision pouvait autrefois parler de « temps de cerveau disponible » pour conquérir des parts de marché. Qui fait des dégâts dans un monde intellectuel et universitaire profondément sinistré et gangréné par ce type de figures, semi-naïves, semi-dangereuses, violemment intolérantes et profondément incapables de supporter la dialectique et le débat pourtant indispensables d’une part à l’exercice des libertés académiques, d’autre part à l’émergence de toute forme de savoir, lequel ne se construit qu’en acceptant la contradiction. Comme le disait Rosa Luxembourg, qui combattait pour le peuple ailleurs que dans des salons et le paya de sa vie : « La liberté, c’est toujours la liberté de celui qui pense autrement ». Ce n’est pas l’avis du complice en Inquisition de Lagasnerie, l’écrivain Edouard Louis, lequel sera capable d’asséner en 2020 : « La liberté d’expression, c’est connaître les questions que l’on peut poser et les questions que l’on ne peut pas poser. Il y a des questions qui ne sont pas des questions mais qui sont des insultes ». Il faut dire qu’en effet, si l’on se questionne sur le point de savoir comment ces drôles ont pu être propulsés d’une quelconque façon en position prescriptrice, gageons que ce pourrait être perçu comme une insulte…

Lagasnerie avait, pareillement, tenté en pétitionnant de faire retirer le prix Pétrarque à la sociologue Nathalie Heinich en 2017 pour d’obscurs soupçons d’homophobie cette fois-ci, suscitant la colère de ses collègues sociologues, jusqu’a son ancien directeur de recherche, Jean-Louis Fabiani qui déclarera alors : « La liberté de la pensée n’est pas un vain mot. La police de la pensée est à nos portes. Je refuse de toutes mes forces un monde où les petites frappes intellectuelles feraient la loi ».

Edouard Louis (Photo : Hannah Assouline)
Edouard Louis (Photo : Hannah Assouline)

Dans son entretien à France Inter, le jeune maître censeur déclare, dans un galimatias ronflant qui n’impressionne pas grand monde : « Moi je suis contre le paradigme du débat, contre le paradigme de la discussion ». Outre qu’on se demande bien alors pourquoi il était venu ce matin-là pour discuter avec l’argent du contribuable en assénant n’importe quoi à ce dernier, plutôt que de parler alors avec lui-même tout seul dans sa salle de bain, on relèvera tout de même la belle franchise qui consiste à reconnaître la profonde inaptitude à toute forme de pensée dialectique de la part de ces figures du Spectacle, lesquelles se débattent dans l’ombre à la manière des reflets dans la caverne de Platon.

Refuser le débat, être incapable de s’opposer dialectiquement dans le champ de notre commune humanité, transformer l’adversaire en ennemi, telle est la vieille recette recuite des enfants de la Terreur révolutionnaire pour lesquels il n’y avait « pas de liberté pour les ennemis de la liberté ».  Sauf que, comme le faisait remarquer avec une remarquable justesse Karl Marx, qui s’y connaissait un peu en analyse des rapports de force et d’oppression : « tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois […] la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce ». Saint-Just fut tragique. Ses héritiers sont tragicomiques et prêtent à rire. Par exemple, on rit encore de bon cœur lorsque Lagasnerie se lance dans une complainte victimaire selon laquelle notre société serait depuis 40 ans dominée par la droite, ignorant manifestement les 14 ans de mitterrandisme, les Jospin, les Hollande et même l’entourage de Macron abondamment fourni en anciens membres du Parti socialiste dont il est lui-même issu. On rit pareillement de bon cœur lorsque l’amuseur se pose en représentant d’une jeunesse qu’il oppose au cerveau vieux d’un Emmanuel Macron dont il précise qu’il a été forgé il y a plus de 20 ans, lorsqu’on sait que le sociologue et le Président n’ont qu’un peu plus de trois ans d’écart, soit sont exactement de la même génération. Il faut croire donc que Lagasnerie nous parle avec un vieux cerveau formaté selon un logiciel suranné, certainement celui du gauchisme culturel qui est en position dominante dans les lieux de fabrique du citoyen depuis plusieurs décennies (école, médias, culture…).

Ce qui est moins amusant, en revanche, c’est la régularité métronomique du service public audiovisuel, non pas à accorder du temps de parole à ces représentants d’un monde qui fut si longtemps idéologiquement hégémonique et dont il est lui-même le reflet, dans son goût prononcé pour la fabrique propagandiste de l’opinion, car la liberté d’expression doit permettre même aux olibrius de s’exprimer (encore que le contribuable pourrait être sollicité pour donner son avis), mais à nourrir l’absence de réel pluralisme dans cette sphère audiovisuelle-là. Ainsi de la journaliste de France Inter Sonia Devillers qui, sans scrupule et reflétant bien la panique qui s’empare d’un monde jusqu’à présent habitué à jouir de sa position idéologiquement dominante dans les instances de fabrique de l’opinion, tout affolé à l’idée que des opinions divergentes puissent enfin trouver à s’exprimer librement et qui, peu à peu, s’aperçoit que ce monopole est en train de lui échapper sous la pression populaire mais aussi du fait du renouveau des intervenants et des problématiques abordées, laquelle demandait récemment à ce que le CSA soit désormais plus sourcilleux quant à la « droitisation des plateaux de chaines d’info en continu » (sic !). Heureusement que ni la honte ni le ridicule ne tuent, sinon nous aurions eu ces derniers jours une belle hécatombe…

Liberté d'inexpression: Des formes contemporaines de la censure

Prix: 18,00 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 2,46 €

Défendre Zemmour, même s’il clive

0
Christine Kelly et Eric Zemmour. Image: capture d'écran Cnews.

La réalité que vivent bien des Français est plus déplaisante que les propos virulents de l’éditorialiste de Cnews


Les prises de position radicales et parfois essentialisantes d’Eric Zemmour suscitent l’adhésion enthousiaste d’une partie de la population et sa diabolisation par une autre partie. En ce sens, il est effectivement clivant, ce que je lui reprocherais personnellement, n’ayant pas la même approche. Mais Eric Zemmour est un polémiste. Il grossit le trait parfois parce qu’il est en guerre contre ceux qui pratiquent un déni de réalité. Il répète sans cesse qu’il n’éprouve pas de haine contre les personnes immigrées, légalement ou illégalement ou issues de l’immigration, mais qu’il combat un système qui crée une situation intenable pour tous et préjudiciable à son pays. Ce que dit Zemmour, Boualem Sansal le dit et aussi Kamel Daoud, Ayaan Hirsi Alli, Ahmad Mansour en Allemagne et tant d’autres lanceurs d’alerte venus de pays musulmans ou y vivant encore. Ceux-là ont connu de l’intérieur l’islam radical ou ses versions plus « soft », mais qui ne sont pas moins dangereuses pour nos sociétés.

A voir, Elisabeth Lévy sur Sud Radio: La chasse à la sorcière Zemmour est de nouveau ouverte!

Zemmour attaque de front avec outrance parfois parce qu’il sait que les mots peuvent être désormais détournés et vidés de nos contenus : laïcité, république, démocratie, populaire… comme au temps de l’union des républiques socialistes du national-socialisme et des démocraties populaires. Le totalitarisme vit du mensonge et meurt de la vérité, au contraire de la vraie démocratie qui vit de la vérité et meurt du mensonge.

Le succès grandissant de Zemmour malgré les procès pour incitation à la haine raciale ne vient pas de son racisme, car alors il faudrait qualifier de raciste une bonne moitié de la population française qui pense et parle comme Eric Zemmour mais de son aptitude à trouver les mots pour décrire la réalité que vivent beaucoup de Français aujourd’hui. Cette réalité n’est pas plaisante, j’en conviens. Les mots de Zemmour heurtent la sensibilité et l’humanisme de beaucoup de nos concitoyens, surtout d’ailleurs ceux qui sont protégés des aléas d’une mondialisation pas toujours tendre pour d’autres ; ils heurtent également le désir de paix et l’habitude de tolérance qui sont nés en Europe à la suite et en raison des horreurs de la Seconde guerre mondiale et de la persécution des juifs. Mais les temps changent et la brutalité oratoire de Zemmour et de ses compagnons de route en Europe mais aussi au Maghreb, en Iran, et ailleurs dans le monde musulman nous invite à réfléchir par nous-mêmes à l’évolution du monde vers des tentations totalitaires qui risquent d’exclure de nos vies la liberté de conscience, de parole et le débat véritablement démocratique.

La Thérapie Sociale

Prix: 10,90 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 6,68 €

Destin français

Prix: 14,51 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 2,53 €

Lumineuses Anaïs et Emma

0
"Adolescentes", film de Sébastien Lifshitz. Photo: © AD VITAM Distribution AGAT FILMS & CIE – ARTE France Cinéma – LES PRODUCTIONS CHAOCORP, 2019

Le film Adolescentes de Sébastien Lifshitz est une touchante chronique documentaire au long cours.


Sébastien Lifshitz a filmé cinq ans de la vie d’Emma et Anaïs, deux amies inséparables malgré leurs différences économiques, sociales et culturelles. Le film suit leur parcours depuis leur 13 ans jusqu’à leur majorité. Cinq années se déroulant de la sortie de leur enfance à leur entrée dans le monde adulte. Un temps long que le cinéaste filme avec patience, un temps où leurs sentiments, leur amitié, leur vie scolaire, sont bousculés par des transformations majeures liées à leurs premiers amours, leurs désirs sexuels, leurs études et des évènements politiques marquants: l’attentat terroriste contre la rédaction de Charlie Hebdo en janvier 2015, la sauvagerie de l’attaque barbare au Bataclan en novembre 2015, l’élection présidentielle de mai 2017.

Avoir 13 ans à Brive-la-Gaillarde

Au fond tout semble opposer ces deux jeunes adolescentes et l’on ne sait pas quelles femmes elles deviendront après leurs 18 ans, au moment où leur chemin de vie les sépare. Qu’adviendra-t-il de leur amitié? Le film se termine sur ce douloureux sentiment de la perte de repères et des liens qui les laissent libres devant le monde, ses beautés et ses difficultés.

Sébastien Lifshitz livre un magnifique portrait des deux jeunes filles, une belle chronique de la jeunesse de la province française. Le film dresse en creux le portrait de la France de ces cinq dernières années. Tourné à Brive-la-Gaillarde, ce documentaire est une œuvre filmée dans un cinémascope lumineux et un sens aigu du cadrage et révèle la beauté physique et morale de ces deux très jeunes filles, Emma et Anaïs.

Le cinéaste prend son temps et opère en montrant une succession de blocs temporels et de morceaux de la vie de chacune des deux adolescentes. Leur rapport respectif avec leurs parents, la mère surtout, est scruté avec attention. Ces relations mère-filles pleine d’amour et de fureur, d’échanges rudes et tendres montrent parfois la détresse et l’angoisse face à la vie, à la rudesse de la société et au mystère du monde. Il montre aussi les moments de vie commune qu’elles partagent avec d’autres jeunes à l’école, en vacances, lors de fêtes, anniversaires ou sorties sur les berges d’un plan d’eau…

A lire aussi: Eté 85: Ozon filme le roman qui l’a excité jeune

Il s’agit ici de filmer à la fois l’insouciante et l’impitoyable adolescence. Emma est jolie, mince, vive, bonne élève, enfant unique d’une famille de la bourgeoisie corrézienne. Douée en chant et pour jouer la comédie, elle veut en faire son métier. Elle s’oppose très souvent à sa mère de manière abrupte sur les sujets touchants aux études scolaires et au choix du projet de vie future. Anaïs est au contraire plutôt ronde, moins cultivée, en échec scolaire mais pleine de compassion et d’amour pour les plus fragiles, les enfants et les personnes âgées. Ses parents sont très modestes et elle a été placée en famille d’accueil avant de revenir au foyer familial entourée de ses deux frères, dont un déficient intellectuel. Face aux coups durs qui frappent sa famille, elle veut mettre sa vie au service des autres en intégrant un lycée professionnel,

Tact et pudeur

Adolescentes capte avec beaucoup de tact et de pudeur, d’amour aussi, l’évolution respective des deux filles ainsi que leur révolte, leur rébellion face aux parents. C’est un film qui montre, avec une grande pertinence politique et morale, et une beauté esthétique incomparable, un témoignage bouleversant et d’une rare authenticité sur le quotidien intime de deux adolescentes. Emma et Anaïs se retrouvent aussi plongés dans un monde en pleine mutation où les luttes sociales et la menace islamiste viennent s’ajouter aux inquiétudes et à l’angoisse que l’on ressent quand on est au seuil du monde des adultes.

Sébastien Lifshitz a su montrer les forces et les faiblesses d’Emma et Anaïs. Toutes deux prennent superbement la lumière et illuminent ce très beau documentaire de leur présence.

Adolescentes de Sébastien Lifshitz, sortie en salle 9 septembre 2020, 2H15