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Notre État est caduc

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L’État qui se mêle de tout nous a menés au bord du précipice. Pour redresser la France il nous faut un nouvel État fondé sur l’autonomie et les libertés des collectivités locales.


La tempête coronavirus a déferlé avec une force et une violence quasi similaire dans tous les pays européens. Mais en France elle est en passe de devenir un tsunami social et économique dans un pays qui se remettait tout juste de la crise des gilets jaunes et de celle de la réforme des retraites. Une troisième crise moins médiatique, plus sourde, était en filigrane ces dernières années : celle des hôpitaux. Tous personnels confondus, des chefs de services aux brancardiers, des internes aux aides-soignants, tous criaient mois après mois l’immense disette qui ravageait l’hôpital français en arborant des brassards « en grève » sans jamais déserter leur poste. Alors que l’État se targuait d’avoir le meilleur système de santé au monde…

La crise sanitaire annonce non seulement une crise économique et sociale, mais également une crise politique

On assiste au naufrage d’un État qui veut s’occuper de tout et cherche avec son obsession des procédures et des mises en conformité, à contrôler les initiatives des forces vives et des collectivités locales. Pourtant cet État qui veut s’occuper de tout n’a pas été en mesure de garantir la sécurité sanitaire du pays, il a renoncé à une stratégie en matière industrielle et laissé faire des délocalisations qui atteignent notre indépendance nationale, il a fait preuve d’imprévoyance en liquidant les stocks d’équipement hospitaliers, il a refusé par pure idéologie de contrôler les frontières.

L’État est entravé par ses propres circulaires, directives, normes et contrôles, qui empêchent même les instructions du sommet d’être appliquées. Quant aux responsables politiques, ils sont tétanisés par la prise de risque et se cachent derrière les comités d’experts dans lesquels les batailles d’egos et d’intérêts font rage. Ils se contentent d’une communication de crise à l’anglo-saxonne, anxiogène et abrutissante, qui débite jour après jour la litanie des morts et des convalescents.

Le gouvernement est dépassé, il a déjà perdu une grande part de sa crédibilité en érigeant le non-dit, voire le mensonge en système de communication, visant à cacher ses erreurs (masques et respirateurs, tests, médicaments…). Pire encore, il a perdu la confiance des Français. Ainsi la crise sanitaire annonce non seulement une crise économique et sociale, mais également une crise politique. Le gouvernement, affolé, l’a bien compris, qui en appelle maintenant aux élus locaux pour prendre le relai des décisions qu’il a déjà prises.

Compte tenu de la gravité de la situation et étant donné l’inquiétude grandissante de leurs administrés, les élus locaux sont prêts à relever le défi. Pourtant ils supportent de moins en moins cet État qui prend tout à tour le visage froid de l’État bureaucratique ou celui faussement maternel de l’État-providence. Ils ne comprennent pas cette approche centralisée et uniforme du déconfinement. Ils savent que les pays qui ont jusqu’à maintenant le mieux géré la crise sont la Corée du Sud qui a opté pour un traitement local, et l’Allemagne qui avec les Länders a adapté les mesures région par région. Ils sont scandalisés et attristés par l’incapacité du gouvernement à gérer la fourniture de masques, tests et médicaments. Ils sont choqués par le fait que le gouvernement n’ait pas fait confiance aux laboratoires privés et publics, vétérinaires et universitaires, qui se proposaient pour mener cette campagne de tests. 

Mais maintenant que le gouvernement est au pied du mur, les élus locaux sont en droit de demander que les responsables politiques nationaux fassent enfin confiance aux initiatives des collectivités territoriales en acceptant différenciation et expérimentation, en respectant diversité et particularisme. Pour ces élus il n’est pas question de délégation de compétences, il est question de la reconnaissance et du respect de l’autonomie des collectivités locales, c’est à l’État de créer les conditions favorables pour que les collectivités locales puissent assumer leurs missions, car au lieu de vouloir tout faire et tout diriger, l’État reconnaitra enfin aux collectivités locales les missions qu’elles sont en mesure d’assumer.

Aujourd’hui, si l’on veut sortir de cette crise sanitaire, économique et sociale, il nous faut un changement de gouvernance. Ce n’est pas à une énième réforme de l’État que nous aspirons, c’est à une révolution pacifique, qui aboutira à la reconnaissance de l’autonomie des collectivités locales, qui redonnera aux citoyens la liberté d’initiative et qui permettra la mobilisation de toutes les énergies pour permettre à la nation de surmonter cette épreuve et d’engager son redressement.

L’homme est un virus pour l’homme

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Episode 8: Japon/ hazukshi, [Israël l’État-mère juive]


27 avril 2020

Rappel

Japon, Israël, deux pays miens, partagent une exigence de maîtrise, le respect pour les personnes âgées, une population lettrée, industrieuse, performante et, aujourd’hui, à majorité masquée. Japon, une nation vieillissante en péril démographique ; Israël, jeune, avec le plus haut taux de natalité de l’OCDE. Chacun son style de gestion de la pandémie du nouveau coronavirus. 

[Avis aux lecteurs : Ça déborde. L’Episode 8 sera consacré au Japon. Israël sera l’invité de l’Episode 9.]

Hazukashi

Hazukashi, la honte. Pas la honte propre aux cultures dites « honte / honneur ». La honte de la maladresse, de faillir à une responsabilité, de gêner l’autre, de se mettre en avant, de briser le consensus. La peur du faux pas devant un inconnu donne une impression de raideur. Entre eux (entre nous) les Japonais sont expansifs, drôles, bons vivants, adorablement généreux et attentionnés. Jusqu’au point où on bute sur l’écran… de quoi ? La pudeur, la modestie, la suppression de quelque chose d’intime ?

Envoyé spécial 23 janvier – 5 mars

La séparation, les va-et-vient du photographe sportif, ont toujours rythmé notre histoire, mais sept semaines, c’est un gros morceau à avaler. Sur place pour effectuer une série de démarches d’ordre administratif (qu’il déteste), avec plus d’une semaine d’attente entre chaque étape, il n’est pas sur son terrain de prédilection – l’athlétisme – et pas vraiment en ville. Tokyo, c’est les trains bondés, la rue surchargée, les retrouvailles avec collègues et amis, les magasins qui regorgent de marchandises présentées avec élégance, un choix vertigineux de délices raffinés. 

Vu d’ici, mon héros était entré dans la zone à risque, l’Asie. Les images de Wuhan, bouleversé par l’épidémie du nouveau coronavirus, faisaient partie de notre quotidien. Je connaissais l’affluence de touristes chinois au Japon. Bonne pour l’économie, agaçante pour la société. Les Chinois parlent fort, jouent les coudes, visitent les temples habillés maladroitement de kimonos de location. L’artisanat traditionnel de Kyoto s’est plié au goût chinois, abandonnant les subtils motifs traditionnels en faveur d’un réalisme criard. 

Furoshiki, mouchoirs, nappes et portemonnaies frappés de Fuji-san et grues aux ailes déployées en technicolor, d’accord, c’est malheureux. Quid du virus ? Il n’en dit rien. « Tu as vu Untel ? Tu es allé dans tel quartier ? » C’était toujours un non évasif. « Que penses-tu du Diamond Princess ? On gère mal, non ? » Sur le paquebot qui ressemble à une tour de la Défense, bloqué au large de Yokohama (à une heure de Tokyo), les passagers attrapent, l’un après l’autre, le virus. Mais le décompte n’entre pas dans le calcul des cas « Japonais ». Il m’a acheté – en ligne – une Logitech™ webcam HD. « Tu n’es pas allé à Akihabara ? »

Vue aérienne du Diamond Princess dans le port de Yokohama, le 21 février 2020 © Masahiro Sugimoto/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22430703_000036
Vue aérienne du Diamond Princess dans le port de Yokohama, le 21 février 2020 © Masahiro Sugimoto/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22430703_000036

Les semaines passent, quelques malades du Diamond Princess sont évacués vers des hôpitaux ou des centres de quarantaine, les autres restent confinés dans leur cabine. Pas d’épidémie au Japon. « Tu as mis le masque quand tu es allé à Yamanashi-ken ? Il y avait beaucoup de monde à Tokyo Station ? » Là-bas, au village, on ne craint rien. C’est à moitié abandonné. Les jeunes s’installent en ville. De retour à Tokyo, il se déplace à peine. C’est sa nièce S. qui fait les courses, désinfecte la maison, se renseigne sur les mesures à prendre. Elle ne va plus au fitness club. Le Diamond Princess, déclare un jeune médecin, n’est pas un confinement, c’est un incubateur. On raconte dans la presse israélienne les vaines tentatives de rapatrier les nationaux. Enfin le gouvernement japonais relâche tout le monde. 617 personnes sont infectées. 

C’est le début de la saison d’athlétisme. Tout est annulé. Sauf le marathon de Tokyo, fin février, mais limité aux professionnels. Pourquoi insister sur ce marathon, le virus court plus vite que nos calendriers, on refuse de modifier son billet de retour, c’est quoi, ce jeu idiot, il faut ramener tout le monde à la maison ! Si on ferme la frontière ici, s’il attrape le Covid là-bas, loin de moi? Le confinement le plus strict jamais connu n’a pas réussi à bloquer le virus à Wuhan. On meurt en Italie, à Mulhouse, en Corée du Sud et dans l’Oise. 

L’acide hydrochlorique

Le 5 mars, enfin, il rentre à Paris. Pas de contrôle sanitaire à l’aéroport. Il asperge ses vêtements et ses bagages d’un désinfectant non-identifié, m’assure qu’il avait porté un masque genre N95 pendant le vol de 13 heures, me dit en passant ce qu’il n’a pas fait et ceux qu’il n’a pas vus et je comprends que le Japon est en semi-confinement volontaire. Selon la Constitution imposée par le Général MacArthur, l’Etat ne peut pas empêcher la libre circulation des citoyens. Comme aux Etats-Unis. Je ne veux pas qu’il asperge mes chaussures élégantes et mon manteau « Maud Perl »™ en velours de soie. 

Il y a une distance qu’on n’arrive pas à franchir. Qui sommes-nous, d’où vient-on… Le taux de mortalité grimpe en France, stagne au Japon. Tous les trois jours le comité olympique japonais rassure : les Jeux Olympiques auront bel et bien lieu à Tokyo cet été. Je suis sûre que non ; il dit daijoobu, d’ici là ça ira, l’épidémie est domptée au Japon, on sait faire. Moi je crois que ce virus trouvera son chemin au dernier recoin du monde, les athlètes ne viendront pas, l’édifice du sport international s’écroule et l’argent s’évapore.

Le 7 au soir, mon diner n’a pas de goût. Le 8 je tousse. Contre toute vraisemblance je suis malade du Covid-19. J’ai eu la chance d’avoir un cas modéré et c’est déjà costaud [voir l’Episode 2]. Les amis nous racontent le supplice des proches, frappés, bastonnés, subissant la question, les membres tirés jusqu’au point de rupture, la tête éclatée, les poumons étouffés… C’est terrifiant. Un malade peut passer d’un début mine-de-rien à l’article de la mort en quelques jours. D’autres luttent pendant des semaines de souffrance atroce. L’angoisse des familles. Forcément éloignées.

Au Japon ? La pandémie ? Il y a comme un voile. 

Joozu, la dextérité

Pour manier un couteau, ranger un bol précieux, faire un paquet cadeau ou te passer une carte de visite, les mains japonaises sont douées d’une dextérité millénaire. On dirait que leur gestion de la pandémie est également joozu. Pas de confinement sévère à la française, pas de lockdown bordélique des Américains, pas l’invulnérabilité mastoc des Suédois. C’est quoi leur arme secrète ? 345 morts du Covid-19 dans une population de 125 millions. 

Là-bas, on a déjà l’habitude de porter le masque et de se laver les mains. La propreté, l’hygiène, l’alimentation saine ne sont pas de pratiques improvisées à la hâte pour lutter contre un nouveau virus. Il n’y a pas de masses misérables mal nourries et en mauvaise santé. Pas de travailleurs immigrés entassés dans des bidonvilles. L’obésité est plutôt rare. On s’occupe bien des personnes âgées, dont 70 000 centenaires. C’est un peuple discipliné qui adopte, à quelques exceptions près, des consignes de distanciation sociale. Fastoche ! On ne se fait pas la bise, pas de poignée de main. Ils ne parlent pas sans arrêt dans les lieux publics en riant aux éclats. Parmi les idées un peu loufoques qui circulent avec la pandémie, il y aurait moins de contaminés au Japon parce que le nihongo, la langue, n’a pas de lettres hautement postillonnantes comme le p et le  t … 

Une fois guérie du Covid-19, je regarde le petit sachet de poudre soigneusement préparé par S. C’est de l’acide hydrochlorique.  Je google. « …  corrosive pour les poumons, les yeux, les muqueuses. » Just what I need !  Il se défend. « C’est bien dilué ». Dilué, dilué,  je n’en veux pas de ton folklore pseudo-scientifique. Un petit clash culturel sans gravité.

Updates

154 000 exemplaires de La peste de Camus vendus au Japon en février. Nouveau tirage de plus de 600 000.

On a fini, bien entendu, par reporter les JO d’un an. La pandémie couve sous les cendres. On note quelques clusters. Cinquante-six cas à Yamanashi-ken. Des scientifiques redoutent la crise sanitaire, le premier ministre Abe déclare l’urgence nationale. Certains pachinko parlors résistent, les jeunes promènent leur insouciance, on craint un relâchement à l’occasion de la Golden Week début mai.

Il ne faut pas croire que tout se passe sans brutalité. On a rasé de près le champ de tulipes à Sakura pour empêcher l’attroupement des admirateurs. La star de télévision, Kumiko Okae, 63 ans, attrapée par le virus, hospitalisée, meurt comme tant d’anonymes sans revoir sa famille qui reçoit, sans préavis, livraison d’une boîte enveloppée d’un tissu blanc, attachée avec un cordon noir, contenant les osselets récupérés selon la tradition après l’incinération.

Vous savez maintenant dire hydroxychloroquine. Connaissez-vous l’avigan, développé par un laboratoire japonais, qui, selon des études préliminaires, sauverait des patients gravement atteints du Covid-19 ?

Episode 9

Partout, on cherche. On cherche des tests fiables, des traitements véritables, des facteurs génétiques, culturels, administratifs qui jouent sur la résistance contre ce virus pernicieux. On découvre un monde de scientifiques travaillant en étroite collaboration internationale. Les JO de 2020 2021 n’auront peut-être pas lieu, ceux de 2024 sont, dans la foulée, compromis. Mais la course aux traitements, au vaccin, à tout ce qui peut nous sauver du nouveau coronavirus est passionnant. Israël, l’Etat-mère juive, qui compte les morts un à un, va permettre à ses générations de sortir des abris. Pourvu que … 

Al Dura: long range ballistic myth

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La peste

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Nous avons les moyens de vous faire surveiller


Reconnaissance faciale, tracking anti-coronavirus, drones… voici comment nos libertés s’effritent de jour en jour, piétinées pas à pas par l’empreinte numérique et son cortège d’ingérences. Peut-on encore en sortir?


On pensait avoir atteint les sommets du flicage intrusif en découvrant la généralisation des vérifications d’identité en Chine par reconnaissance faciale. On était resté pantois lorsque l’administration locale avait mis au point son programme de « crédit social » – ces notes, bonnes ou mauvaises, décernées aux citoyens en fonction des informations collectées sur les réseaux sociaux et les caméras de surveillance. On avait vacillé en prenant connaissance du projet d’appli sur smartphone de traçage numérique destiné à connaître nos déplacements pendant la crise du coronavirus (Il sera d’ailleurs discuté prochainement à l’Assemblée Nationale). On se disait égoïstement que tout ça n’était pas bien grave, car ça n’arriverait jamais chez nous. C’était bon pour les Chinois et pour les peuplades qui marchent à l’envers – ou cul par-dessus tête – de l’autre côté du globe. On se disait qu’en France, dans notre bon pays latin au passé ô combien libertaire et révolutionnaire, on saurait s’adapter en protégeant notre irrévérence maladive, chevillée au corps. Et surtout, notre merveilleux bon sens légendaire. 

Castaner a déployé ses drones pour vous fliquer

On avait fichtrement tort ! Il y a quelques jours, au beau milieu de la crise, le Ministre de l’Intérieur a annoncé discrètement par le biais de son Bulletin Officiel, une commande de 4 millions d’euros pour l’achat de drones. Ils viendront équiper la police, la gendarmerie et la protection civile qui en possèdent déjà quelques poignées. Ces objets volants commandés à distance surveillent déjà depuis plusieurs jours les plages de Nice, rappelant vertement par haut-parleurs leur devoir aux citoyens inconséquents qui osent déambulant sur la Promenade des Anglais. Ces petits engins vont donc désormais se généraliser chez les forces de l’ordre. Et à quoi pensez-vous qu’ils serviront lorsque le Covid-19 sera enfin rentré dans son labo de Wuhan?  À soulever les capuches des sweatshirts des méchants dealers ? Ou à traquer les auteurs des parties de pétanque en étage, le sport favori des petites frappes en cité lorsqu’elles accueillent les pompiers? Non voyons. Aux contrôles routiers pardi !

A lire aussi: Le doux murmure de Castaner à l’oreille des “jeunes gens” des banlieues

Le 9 mars 2020, à Provins, sur la D619, alors que la France croyait encore à son immunité, un contrôle de grande ampleur a effectué la vérification de centaines de véhicules. Il a mobilisé 12 fonctionnaires de police pendant plusieurs heures, dont deux motards et leur nouveau drone. Fin de l’alerte routière. Passons rapidement sur le nouveau « radar tourelle » capable de vérifier, outre votre vitesse, l’espacement avec le véhicule qui vous précède, votre vignette d’assurance, la date de votre contrôle technique, le port de votre ceinture de sécurité et de compter les mégots dans votre cendrier. 

Apple a déjà déclassé l’administration française

Concentrons-nous sur la reconnaissance faciale. Vous pensiez qu’elle n’arriverait jamais chez nous? Mais le projet est en phase de test dans l’administration depuis près d’un an déjà ! Il porte le doux nom de Alicem. C’est une application mobile qui permettra aux administrés de se connecter à leur compte sur le site de l’administration publique. Kafkaïen non? 

De là à ce qu’elle se généralise rapidement aux guichets, dans les aéroports et les gares ou pourquoi pas dans la rue en passant par les caméras publiques comme à Londres, attendez-vous dans un futur assez proche, à ce que votre fromager vous sorte un reblochon des familles avant même que vous ayez passé le seuil  de son échoppe.

À quand l’analyse rétinienne comme dans les films d’espionnage ? Dépassé tout ça, cela ne sera peut-être même pas utile. On peut déjà payer sur iPhone avec l’empreinte de son pouce. La biométrie est partout, même dans les passeports. Et elle permet de connaître tout votre track record d’un coup d’œil, et même votre ADN. Apple est propriétaire de milliards d’empreintes. Plus que l’administration française elle-même. JamesBondien! Mais ce n’est pas tout. 

La loi de finance 2020 autorise désormais le fisc et les douanes à traquer les fraudeurs sur les réseaux sociaux. Grâce à des algorithmes, ces deux administrations peuvent contrôler les contrevenants supposés qui se prennent en photo devant une voiture de sport ou sur une plage des mers du Sud. Une disposition évidemment expérimentale (et donc provisoire) dont on peut être certain qu’elle s’imposera définitivement après avoir prouvé son efficacité. Le fisc scrutait déjà les magazines people à la recherche des SER (signes extérieurs de richesse), mariages princiers et berlines de luxe. Elle le fera désormais aussi pour le menu fretin. 

Méfiez-vous de Sophie Davant!

Vous en avez assez de déguster les pubs pour les « conventions obsèques » ou pour le  régime « Comme j’aime » qui hantent les après-midi des enchères sur France 2? 

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Vous allez en être bientôt libérés. Un décret, qui devrait être prochainement publié, va autoriser la publicité ciblée. Quèsaco? Un dispositif  se basant sur votre profil va bientôt permettre à votre chère télé de vous proposer les pubs vous correspondant. Et comment croyez-vous qu’on les connaîtra, vos préférences, si ce n’est grâce aux informations personnelles connues seulement de votre opérateur? Votre lieu d’habitation, son style, vos consommations télé, vos chaînes favorites… Ah vous allez en manger du RPG7 et du Luger P08 en maquette Del Prado, vous les amateurs des docs guerriers sur RMC Découverte. Du KitchenAid Artisan et du Magimix Cook Expert mixer-blenders, comme on dit en France, passionné que vous êtes par les émissions de Cyril Lignac. Et si vous êtes consommateur de films érotiques… gare aux pubs de lingerie sexy en journée. Ça pourrait faire désordre dans la chambrée. 

Je n’ai rien à cacher

Cela ne vous inquiète pas, car vous êtes plutôt honnête. Vous réglez vos impôts locaux rubis sur l’ongle, donnez au denier du culte et pensez n’avoir rien à craindre. Vous n’avez rien à faire non plus des pubs que vous vous empressez de zapper. Et surtout vous n’avez pas plus peur de l’œil de Moscou que des ingérences supposées du compteur Linky.  Vous n’avez rien à vous reprocher, en somme. 

En êtes-vous bien sûr? N’avez-vous pas été tenté de faire un petit tour à vélo autour de chez vous  l’autre soir en plein confinement ? N’avez-vous pas mis un peu moins de temps que d’habitude sur la route pour rejoindre la belle-mère et les enfants au Crotoy, l’été dernier ? Et êtes-vous certain d’avoir respecté les distances de sécurité au volant ? De ne jamais texter en voiture ? De ne jamais tondre la pelouse les dimanches ou les jours fériés? 

La CNIL nous protège-t-elle assez ?

Dans un genre de flicage assez voisin, allez voir l’historique de vos déplacements sur Google. Le Gengis Khan des Gafa peut tout savoir de vous. Même le nom de votre boulanger, vos restaurants favoris, votre adresse, votre lieu de travail, vos rendez-vous, modes d’alimentation et activités sportives. La longueur de vos trajets… et vos haltes favorites. Les Gafa n’ignorent rien de votre passion pour Mélenchon, de votre adulation pour le saucisson de Lyon ou vos prédispositions pour le kir au Sauvignon. Ok Google? Saviez-vous que la moindre de vos demandes  qui passe par ce système de reconnaissance vocale était enregistrée? Androïd comme Siri, gardent toutes les traces. Allez faire un tour à la rubrique « données et personnalisation » du géant américain Google, précipitez-vous, c’est édifiant. 

A lire aussi: Confession d’un déçu de la nouvelle économie

Vous allez penser que nous sommes des obsédés du péril numérique. Des névropathes cycliques du complotisme. Mais toutes ces avancées modernes – qui relèguent d’ailleurs la cabine téléphonique et le Bi-Bop, au rang des alignements monolithiques de Carnac – sont des coups de canifs permanents à nos chères libertés. Des coins liberticides enfoncés peu à peu dans nos vieux cerveaux d’anars franchouillards. On n’en est pas encore au « Patriot act » autorisant la NSA américaine à écouter toutes les conversations  et à les enregistrer rien qu’à l’énoncé de certains mots clefs. Mais avouez qu’on n’en est plus très loin.

Heureusement il y a la CNIL. Et comme on dit chez le maïs Géant Vert, elle veille au grain. Ses 18 membres et ses 215 agents disposent même de 18,5 millions d’euros de budget pour protéger nos existences en ligne. On peut donc se coucher tranquille, la tête enfoncée profond dans nos polochons, la seule manière de dormir sur nos deux oreilles ?

La Chine paiera…?

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Voyant l’occasion de freiner sa politique, les pays rivaux veulent lui faire payer pour sa faute…


Dans le droit interne de tous les pays du monde, le dommage causé par une personne physique ou morale, privée ou publique, oblige l’auteur de ce dommage à le réparer. C’est le principe de responsabilité, aussi vieux que l’humanité. Ce principe a un quadruple fondement : réparateur, punitif, exemplaire, et donc préventif. Et s’il suppose parfois, pour être appliqué, la preuve d’un fait fautif, il suffit parfois aussi, simplement, d’un lien suffisant entre ce fait et le dommage sans avoir à établir une faute. Quant à la réparation elle consiste le plus souvent en une indemnité pécuniaire, mais dans certains cas aussi, en sanction pénale.

En droit international, les règles sont très similaires.

Le lourd bilan chinois

En Chine, la surpopulation, la promiscuité, la misère et le manque d’hygiène ou de civisme séculaires ont occasionné, dans l’histoire, des pandémies de peste (541, 1347, 1628, 1720), de choléra (1817, 1826, 1846), de grippe (1918, 1947, 1968), de SRAS etc…qui ont dévasté l’Europe. Fatalités, dira-t-on peut être.

Mais dans l’affaire du Covid-19 la planète n’a plus affaire à une fatalité, venue d’un pays misérable, mais à une succession de fautes et de mensonges depuis un pays qui se dit moderne et puissant et prétend dominer la planète.

Après avoir écrasé le premier cercle de ses voisins frontaliers, cette dictature capitalo-communiste arrogante a commencé à terroriser (y compris militairement) ses voisins du second cercle géographique. Et à inhiber ou corrompre les politiciens et affairistes d’Occident, et d’ailleurs.

Notre servitude volontaire

En effet, en Europe une tendance munichoise et affairiste prétend justifier sa lâcheté par la prétendue incontournabilité, si ce n’est l’irréversibilité, de notre dépendance à la Chine. Un forme de servitude volontaire, pour cause de cotation au CAC 40, de fonds de pension et de golden parachutes. On ne peut s’empêcher de songer au lamentable Chamberlain (un homme d’affaires) lors des accords de Munich en 1938 : sottise et lâcheté ; puis déshonneur, guerre, et enfin désastre économique.

A lire aussi: Chine 1, France 0 ?

Catherine Nay (Valeurs actuelles) résume très bien les fortes suspicions concordantes qui se font désormais jour, ici et là, et de plus en plus précisément, à l’encontre de la Chine, sur les causes, l’origine, l’évolution de cette épidémie, devenue pandémie, puis cataclysme économique aux conséquences à peine entrevues à ce jour. A la lumière des informations qui filtrent peu à peu, et avec la prudence qui s’impose sur ce sujet aussi complexe que secret, il y a lieu de suspecter le régime chinois d’avoir manqué aux obligations qu’impose le Règlement sanitaire international de l’OMS (2005, 2e édition). En particulier aux obligations de l’article 6 (Notification) : « 1. Chaque État Partie évalue les événements qui surviennent sur son territoire […] 2. Chaque État Partie notifie à l’OMS, par les moyens de communication les plus efficaces dont il dispose, par l’intermédiaire du point focal national RSI et dans les 24 heures suivant l’évaluation des informations de santé publique, tout événement survenu sur son territoire pouvant constituer une urgence de santé publique de portée internationale au regard de l’instrument de décision, ainsi que toute mesure sanitaire prise pour faire face à ces événements […]. Après une notification, l’État Partie continue de communiquer en temps voulu à l’OMS les informations de santé publique exactes et suffisamment détaillées dont il dispose, si possible y compris la définition des cas, les résultats de laboratoire, la source et le type de risque, le nombre des cas et des décès, les facteurs influant sur la propagation de la maladie et les mesures sanitaires utilisées ; et indique, si nécessaire, les difficultés rencontrées et l’aide dont il a besoin pour faire face à l’éventuelle urgence de santé publique de portée internationale. »

En droit international public, un Etat peut être reconnu responsable des dommages qu’il cause, volontairement ou par son incurie. Ainsi le Traité de Versailles, signé par l’Allemagne, fixa-t-il les dommages de guerre que l’Allemagne était supposée verser à ses victimes. Et qu’elle ne versa qu’en partie. La majeure partie de ses finances ayant été consacrée à se doter d’une armée surpuissante en vue de s’emparer de l’Europe (Etienne Mantoux, The Carthagian peace…). Une armée surpuissante, en vue de dominer l’Asie, voire la planète, ne serait-ce pas également la folle ambition de l’Empire chinois ? La leçon de l’histoire nous enjoint de ne pas laisser la Chine poursuivre son délire hégémonique. Si Chamberlain avait été Churchill il n’aurait pas laissé Hitler devenir Hitler.

Responsabilité internationale

La Chine doit payer pour sa faute, ce qui l’obligera à reconsidérer sa politique opaque, oppressante et agressive, et peut être à changer radicalement son fonctionnement politique au grand bénéfice de son peuple et du monde.

La responsabilité internationale d’un Etat est engagée si trois conditions sont réunies : un fait illicite, un préjudice, et son imputabilité à l’auteur du fait (les juristes peuvent aussi parler d’un lien de causalité entre l’auteur, le fait illicite et le dommage).

Pour des raisons évidentes on se concentrera sur le seul premier point, celui du fait illicite. Celui-ci « est le fondement et l’élément premier de la responsabilité, celui auquel se rattachent tous les autres : imputation du fait illicite, préjudice, réparation et éventuellement punition » (Reuter, Droit international public, 1ère éd., PUF, Paris, 1958, pp. 245-246). Un état commet un fait illicite lorsque son «comportement constitue une violation d’une obligation internationale » (Rapport de la Commission à l’Assemblée générale sur les travaux de sa cinquante-troisième session, Nations Unies, New York/Genève, 2007, p.20 et s.). L’illicéité internationale résulte «soit de la violation d’une obligation conventionnelle, soit de la violation d’une obligation coutumière, soit encore dans une abstention condamnable » (Dominique Carreau, Droit international, 2è éd., Ed. A. Pedone, Paris, 1988, p. 405 ). Une action ou une abstention. Il appartiendra à des Commissions d’enquête de confirmer et approfondir ce que l’on comprend déjà de ce drame programmé et des manquements des autorités chinoises. « Il y a violation d’une obligation internationale par un État lorsqu’un fait dudit État n’est pas conforme à ce qui est requis de lui en vertu de cette obligation, quelle que soit l’origine ou la nature de celle‐ci » (article 12). L’état qui est convaincu d’avoir commis des faits illicites doit en réparer les conséquences. Les principes des Nations Unies imposent que « 1. L’État responsable est tenu de réparer intégralement le préjudice causé par le fait internationalement illicite ; 2. Le préjudice comprend tout dommage, tant matériel que moral, résultant du fait internationalement illicite de l’État.(article 31).

Les « contre-mesures »

Bien évidement il est à craindre que le régime chinois refuse une enquête, récuse sa responsabilité et, de toute façon, un incendie particulièrement opportun a déjà ravagé le marché aux viandes de brousse d’où serait partie l’épidémie de Covid, marché situé à faible distance du laboratoire P4 de la ville de Wuhan au sein duquel on travaillait sur des virus encore sans traitements ni vaccins, transmissibles par des animaux de la faune et consommés (chauves souris, pangolins). Ce refus probable d’enquête (des médecins et journalistes lanceurs d’alertes ont disparu) devrait être considéré comme un aveu de responsabilité. Bien sûr encore il est probable que le Régime chinois refusera de payer les dommages qui se chiffreront en millions de milliards de dollars.

Les seules possibilités proposées par le droit international seront alors les  »contre-mesures » : « 1.  L’État lésé ne peut prendre de contre-mesures à l’encontre de l’État responsable du fait internationalement illicite que pour amener cet État à s’acquitter des obligations qui lui incombent… » (article 49). Les seules véritables contre-mesures qui seraient au niveau du désastre seraient des droits de douanes égalisateurs sur les produits venus de Chine. Ils auraient un effet au moins triplement bénéfique : renflouer les finances publiques et ainsi aider à indemniser ou rétablir les acteurs économiques sinistrés ; conduire à des relocalisations ; réduire l’émission des gaz à effet de serre due aux transports. Et, si le projet d’hégémonisme militaro-capitalo-communiste chinois était calmé, cela profiterait à toute la planète. Le virus pourrait tuer cette inquiétante maladie politique.

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Les Français ne doivent pas souffrir des fautes commises par l’Etat chinois. Le problème juridico-politique est qu’on les a contraints a abandonner leurs intérêts et leur destin au système bruxellois, et donc à des demi mesures issues des marchandages provoqués par les conflits d’intérêts de 27 pays, très petits ou grands. La France, si elle n’arrive pas à en convaincre ses partenaires est parfaitement fondée, en droit international (supérieur au droit de l’UE), à surtaxer les produits chinois au niveau de son préjudice (et dans la limite des niveaux de prix du marché interne). Elle est fondée à appliquer cette indemnisation aux avoirs chinois ainsi qu’aux produits européens incluant des composants chinois. La France dispose d’un atout géographique majeur : elle est le carrefour giratoire de l’Europe. Sa position centrale qui lui a, militairement, valu bien des ennuis, pourrait à présent la servir. Nécessité fait loi : si ses 26 homologues refusaient de sanctionner la Chine, il lui suffirait de fermer ses frontières aux produits des pays qui décideraient de demeurer le cheval de Troie des produits chinois. Tout transport terrestre de marchandises visées nord/sud et est/ouest serait sous son contrôle : la  »stratégie du giratoire » le peuple français la connaît bien ! En l’occurrence les importateurs seraient tenus de vérifier la traçabilité des produits entrants et les douaniers seraient à nouveau sur les frontières. Il restera aux Français à confier leur destin à une coalition tombée d’accord sur ce remède de cheval. Le seul à pouvoir guérir la nation si affaiblie.

Théorie générale de la nation: L'architecture du monde

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La Révolution qui vient


Une tribune de Florian Philippot


L’épidémie de coronavirus agit comme un révélateur cruel du déclassement français. Déjà largement sur la voie du déclin, notre pays est aujourd’hui à terre. D’un point de vue sanitaire, nous dépassons la plupart des pays en nombre de morts par habitant. D’un point de vue moral, nous avons été obligés de trier les malades dans les hôpitaux, d’abandonner nos vieux dans les Ehpad, et de nier ainsi des valeurs centrales de notre civilisation. D’un point de vue économique et social enfin, nous entamons une crise d’une violence inouïe, qui décrochera encore davantage la France des pays riches. Tout cela est vertigineux.

Éberlués, les Français regardent nos gouvernants qui n’en sont pas. Ce sont plutôt des pantins irresponsables, incapables de tenir la barre pendant la tempête. Ils se dérobent, mentent pour cacher leur inconséquence, obsédés qu’ils sont par les comptes qu’ils devront rendre devant la Justice. Comme stratégie contre l’épidémie, ils n’ont qu’un confinement moyenâgeux à nous offrir, et choisissent pour le faire respecter leur méthode préférée, celle de l’infantilisation ; le Premier ministre nous a encore répété hier que nous avions intérêt à être sages si nous voulions pouvoir déconfiner le 11 mai. Tout repose sur nos pauvres épaules, la culpabilisation est immense.

L’ampleur de la crise que nous traversons est telle qu’elle peut être salutaire, comme tout accident qui met en jeu le pronostic vital

Ce moment peut faire peur : nous nous apercevons que le déclin de la France est bien plus grave qu’il n’y paraissait, et surtout qu’il va s’accélérer désormais très rapidement. Nous avions déjà le sentiment d’être tombés bien bas, nous nous rendons désormais compte que nous sommes sur le toboggan d’une déchéance infernale.

En réalité, l’ampleur de la crise que nous traversons est telle qu’elle peut être salutaire, comme tout accident qui met en jeu le pronostic vital. Elle peut nous faire comprendre que des mesures drastiques sont aujourd’hui indispensables. Nous aurions dû les prendre depuis longtemps, nous n’avons désormais plus le choix, il en va de notre survie. Nous sommes à un moment de vérité.

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Nous sommes allés si loin dans la destruction de notre pays qu’il va falloir de toute urgence adopter un véritable programme de salut public, sursaut vital d’un pays au bord de l’effondrement.

Nous devrons d’abord avoir les mains libres et suffisamment fortes pour ne pas nous écraser sur le mur de la dette. Soyons clairs, nous devrons sortir de l’Union européenne et de son rejeton le plus pervers, l’euro, pour pouvoir faire face. Il n’y aura pas d’autre solution que de suivre Keynes et son « euthanasie des rentiers » ; il nous faut accepter un peu d’inflation et un financement direct du Trésor par la banque centrale, pour échapper à l’appauvrissement inédit que produirait une politique intégralement tournée vers le remboursement d’une dette devenue gargantuesque après la crise. C’est seulement en dehors de l’UE et de l’euro que cet élan de vie sera possible. Nous devons nous mettre à l’abri d’une Allemagne qui, plus que jamais, va utiliser la monnaie unique et l’orthodoxie monétaire, pour finir de mettre au pas les nations affaiblies du continent.

Ce n’est d’ailleurs qu’en dehors de l’Union européenne et d’un euro qui n’a jamais été autre chose que le mark qu’on pourra enfin stopper net le mouvement mortel de désindustrialisation de la France, celui qui explique pourquoi tous les regards se sont tournés des semaines durant vers d’hypothétiques et miraculeuses importations chinoises de masques alors que notre appareil industriel national n’a jamais vraiment réussi à se mettre en route pour assembler quelques bouts de tissu à des élastiques…

Bâtir un État stratège, nationaliser des fleurons nationaux, avantager ses entreprises nationales dans les marchés publics, rompre avec des décennies de libre-échange et d’empilement de traités européens de commerce (les derniers en date concernent respectivement le Vietnam et le Mexique et ont tous deux été conclus pendant la crise sanitaire…), oser même clamer une défense inconditionnelle du « Made in France », de nos créateurs, de nos PME et du pavillon tricolore, interdire les délocalisations : rien de tout cela n’est possible, ni même envisageable dans l’Union européenne et l’euro. Seul un pays souverain peut mener une telle bataille.

Le programme de salut public ne s’arrêtera pas là, il reconnectera la vie économique au réel, en nationalisant les banques et les assurances pour qu’elles redeviennent des outils au service de la production nationale et des vraies gens, et non des machines à sous qui font jackpot à tous les coups : pile mes actionnaires empochent les dividendes, face les contribuables me renflouent quand la crise arrive…

Point de salut sans frontières, sans capacité de dire enfin stop à une immigration massive utilisée cyniquement depuis des décennies comme armée de réserve du néolibéralisme et comme instrument de déstabilisation de la civilisation française

Notre énergie ne sera pas seulement mobilisée par des problèmes économiques. Le monde d’après Covid sera plus déséquilibré encore que le monde d’avant. Il sera donc encore plus incertain, plus dangereux.

La Chine va profiter d’être sortie la première du marasme pour accroître son emprise sur l’Asie, sur l’Afrique, et partir à la conquête de la première place mondiale. Des ressentiments vont s’exacerber, des alliances se redessiner.

La France ne pourra compter que sur elle-même pour survivre dans ce monde chamboulé.
Doublons notre budget militaire pour le porter à 3,5% du PIB et faisons d’une pierre deux coups : assurer notre protection et notre autonomie stratégique tout en investissant dans l’industrie la plus rentable qui soit en terme d’innovation et d’emplois créés, l’industrie de défense.

Sortons dans le même temps de l’OTAN, pour éviter d’avoir demain à devoir nous battre dans de nouvelles guerres illégales contraires à nos intérêts.

Redonnons dans un même mouvement des frontières nationales à la France, celles dont le président Macron a nié l’existence même jusqu’au bout en refusant de les fermer pendant la crise du coronavirus, comme s’il avouait presque explicitement qu’il déniait à la France le droit même d’exister comme nation. Point de salut sans frontières, sans capacité de dire enfin stop à une immigration massive utilisée cyniquement depuis des décennies comme armée de réserve du néolibéralisme et comme instrument de déstabilisation de la civilisation française.

Pas de salut public enfin si le peuple français ne retrouve pas confiance. Des procès devront avoir lieu après la crise pour clamer des culpabilités et prononcer des peines. Qui a dilapidé notre stock stratégique de masques ? Qui a décidé d’abandonner nos anciens à leur sort tragique ? Qui a menti et pour quelles raisons exactement ? Pourquoi avons-nous refusé mordicus de tester des traitements qui semblent marcher à Marseille et dans d’autres pays ? Il faudra que ce soit su et que les comptes soient soldés.

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La suite ne sera pas le retour en arrière : le peuple se sera manifesté et il aura raison de vouloir reprendre la barre qu’une oligarchie lui a volée, avec les conséquences que l’on voit aujourd’hui. Nous devrons très vite introduire le RIC, le vrai RIC, dans la Constitution. La souveraineté nationale reconquise par la sortie de l’UE pourra alors se superposer à une souveraineté populaire qui cessera d’être fictive.

Solide sur ces fondations, la France pourra partir à la conquête de son destin, et s’arracher à l’effroyable déclin qu’on lui avait réservé. Elle se souviendra qu’elle est un pays monde, bourré de talents qui ne demandent qu’à plancher sur les inventions et les technologies du siècle, un pays qui puise sa force dans deux mille ans d’une Histoire enviée, faite d’écroulements et de renaissances flamboyantes, à l’ombre toujours du combat pour la liberté.

Les gilets jaunes de l’après Covid, quelle que soit la forme qu’ils se choisiront dans le vaste soulèvement populaire qui viendra forcément, auront à cœur ces mesures de salut public s’ils souhaitent accomplir une révolution politique au sens vrai du terme, qui ne soit ni l’occupation sympathique mais dénuée de sens d’espaces verts sur les ronds-points de France, ni un effroyable bain de sang.

Les Lacretelle, écrivains de père en fille

 


En hommage à son père écrivain proche de Proust, Anne de Lacretelle publie Tout un monde, Jacques de Lacretelle et ses amis. Ce beau portrait d’un homosexuel amoureux de sa femme, hédoniste ascète de la plume et philosémite ami des Morand ressuscite une époque révolue.


Avec La Vie inquiète de Jean Hermelin (1920), Silbermann (1922) et La Bonifas (1925), Jacques de Lacretelle (1888-1985) connaît une rapide et belle renommée, fondée sur un talent de narration et d’analyse conjugué à l’audace dans le choix de ses sujets [tooltips content= »De La Bonifas, interprétée par Alice Sapritch à la télévision dans un film de Pierre Cardinal (1968), Anne de Lacretelle dit qu’elle est transgenre. Quant à Jean Hermelin, il serait sans doute aujourd’hui diagnostiqué autiste. »][1][/tooltips]. Et paraît, derrière la sensibilité maîtrisée, le moraliste – si loin des moralisateurs –, l’observateur attentif, le contempteur des médiocrités banales.

Anne de Lacretelle est la fille de Jacques [tooltips content= »Jacques de Lacretelle, héritier d’une famille qui comptait deux académiciens, est élu au fauteuil d’Henri de Régnier, le 12 novembre 1936. Très impliqué dans la renaissance du Figaro, à la Libération, il est nommé vice-président de la SA de ce journal, conseiller permanent à la direction, et membre du conseil de surveillance. »][2][/tooltips] et de « Souriceau », née Yolande de Naurois. Elle publie Tout un monde, Jacques de Lacretelle et ses amis, qui s’apparente à une biographie, mais qui évoque le philtre libéré d’un flacon, les effluves d’un temps révolu, les éclats de voix qui se sont tues, la grâce d’une société aimable. Et l’on est intrigué, puis séduit, emporté par l’évocation de cet homme volontiers distant et paradoxal, citoyen d’une patrie littéraire : un jour, Anne surprend Jacques, « le regard perdu, une larme coule sur sa joue […] Paul Valéry est mort ». Succédant à Jacques de Lacretelle à l’Académie française, Bertrand Poirot-Delpech écrit, dans son discours, le 29 janvier 1987 : « Le notable dont vous regrettez la finesse affable était pétri de contradictions, dont est né son art. Châtelain, mais qui change de château ; enraciné, mais avec une âme d’errant, à l’écart de tous les troupeaux ; héritier, mais attiré par le risque des courses et des jeux ; ami de Morand, en sympathie avec La Rocque, mais admirateur de Léon Blum, selon un éclectisme où il voit – comme on l’en approuve ! – la royauté de l’esprit. […] Le romancier n’a d’yeux que pour la face d’ombre de personnages meurtris, doubles désastreux de sa propre réussite. »

Dans le théâtre d’ombres que met en scène Anne de Lacretelle avec un art consommé de la surprise, chacune vient tenir son rôle auprès de son père, apparaît, disparaît sans avoir eu le temps de saluer, parfois. Et l’on assiste au beau spectacle un peu mélancolique d’une mémoire heureuse.

Anne de Lacretelle © Hannah Assouline
Anne de Lacretelle
© Hannah Assouline

Entretien avec Anne de Lacretelle

Causeur. Jacques de Lacretelle rate son bac, il publie tard son premier roman. Sait-il que la littérature lui donnera une destinée ?

Anne de Lacretelle. J’ai retrouvé un texte de lui, qui date d’un séjour à Cambridge, en été, l’université était alors déserte. Il pressent qu’il pourrait se « corréler » aux impressions qu’il reçoit du monde par le biais de l’écriture. Il en est surpris lui-même, et c’est comme une révélation. Toute proportion gardée, le choc qu’il reçoit est comparable à celui qu’éprouve Paul Claudel, derrière un pilier de Notre-Dame de Paris. Deuxième événement considérable, en 1913, la lecture d’Un amour de Swann : il affirme que ce livre lui a procuré des sensations différentes de toutes celles nées de ses lectures antérieures. Trois ou quatre ans après, il fait la connaissance de Marcel Proust, et naît alors une amitié incomparable. Proust a considérablement aidé les débuts littéraires de mon père. Il envoie un billet comminatoire à Jacques Rivière, usant d’un ton qui n’a rien de proustien : « Voici le téléphone de Jacques de Lacretelle, appelez-le. » Il fallait s’exécuter ! C’est ainsi qu’il est entré à la NRF, la voie royale.

Après la publication de son premier roman, La Vie inquiète de Jean Hermelin, Proust fait parvenir à mon père une lettre dont le contenu est tout différent, et je dois dire troublant, très émouvant. Proust s’abandonne presque, il s’identifie à cet être singulier, lequel, précise-t-il, échoue toujours à « rejoindre » les autres. On sent bien alors, dans cette manière de confession, que « rejoindre » lui est également interdit. Et je m’interroge : n’était-ce pas le secret, le ressort caché de sa fameuse gentillesse, destinée à compenser son impossibilité de « rejoindre » ?

Jacques de Lacretelle était apparenté à Aline Ménard-Dorian, qui fut l’un des modèles de Madame Verdurin. À ce propos, vous placez en addendum un texte de Marcel Proust, peu connu, adressé à votre père. Il y révèle les sources auxquelles il a puisé pour composer ses personnages. Et l’on constate qu’elles sont très nombreuses.

« Cher ami, il n’y a pas de clefs pour les personnages de ce livre, ou bien il y en a huit ou dix pour un seul. » C’est la dédicace de Proust à Jacques de Lacretelle sur l’un des six exemplaires de Du côté de chez Swann, une rareté sur papier Japon hélas disparue ! Mon père l’avait interrogé un peu cavalièrement : il voulait connaître les noms de ses modèles. Proust a cédé à cette petite inquisition, car il était séduit …

« L’un des plus beaux hommes que je connaisse », a-t-il dit de Lacretelle.

Oui, cela m’a été confirmé par plusieurs personnes. Cette séduction lui a permis d’obtenir ce texte précieux, grâce auquel on ne saurait réduire tel personnage, telle scène à une seule origine. Voyez par exemple ce qu’il dit de la sonate de Vinteuil : il nomme Saint-Saëns (« musicien que je n’aime pas »), la sonate de César Frank (« surtout joué par Enesco »), un prélude de Lohengrin, « une chose de Schubert », et encore « un ravissant morceau de piano de Fauré ». Oui, vraiment, ces lignes ont une importance considérable.

Vous parlez ouvertement de l’homosexualité de votre père.

Nos parents nous ont offert l’exemple d’un couple fusionnel, mais pas dans le sens que donnent à ce mot les journaux féminins. Ils avaient des projets communs, qu’ils menaient à leur terme. Mon père, je ne le cache pas, eut en effet des liaisons masculines et féminines. Mais sa femme est restée au centre de sa vie. Ma mère, à l’origine, ne songeait qu’à s’éblouir, à courir les boutiques des couturiers. Il l’a transformée. Mes parents étaient tout sauf des mondains affolés. Grâce au Figaro, à l’Académie française, ils fréquentaient des ambassadeurs, des attachés culturels, qui étaient souvent des écrivains. Ils ignoraient la petite mondanité, le snobisme banal. Wladimir d’Ormesson, le père de Jean, l’un des meilleurs amis de Jacques, a très bien décrit les différents niveaux de la vie mondaine parisienne, très cloisonnée, dans son livre De Saint-Pétersbourg à Rome. Mes parents avaient accès à la part la plus brillante, culturellement parlant, de cette mondanité.

On dit souvent : « Les Lacretelle et leurs châteaux. »

Ah ! les châteaux ! Je n’ai aucune honte à parler des châteaux de ma famille. Est-on vraiment propriétaire d’un château ? Lors des Journées du patrimoine je dis aux visiteurs que nous sommes des conservateurs paraétatiques, non appointés pour animer ces œuvres architecturales – animer au sens de leur donner une âme – et pour les transmettre. Nous en tirons peu d’avantages – sauf celui d’évoluer dans un beau décor. Il est absurde d’y voir de l’ostentation, une manifestation de pouvoir. Quand on possède un château, on n’a pas de yacht : tout l’argent passe dans la réfection de la toiture ! On a le devoir de le conserver, de préserver sa beauté. C’est ce que mon père et ma mère ont fait avec leurs propriétés successives. Dans les demeures familiales, j’ai acquis le sens de l’histoire, celui des archives, le goût de la transmission.

Vous étiez lié à Paul Morand, grand ami de Jacques de Lacretelle, et à Hélène, sa femme. Vous rapportez une réflexion de celle-ci : « Un homme qui ne trompe pas sa femme n’est pas un homme. »

Elle appelait Paul « mon toutou », c’est assez dire qu’il lui était inféodé. Cependant, lorsqu’elle dit cela, elle tente de faire bella figura, mais, au fond, elle en était affectée. La mort d’Hélène a laissé Paul totalement désemparé.

L’élection de Paul Morand à l’Académie, quelle aventure à rebondissements ! Enfin, il est élu, presque par surprise, en 1968 !

Le général de Gaulle, qui s’y était toujours opposé, avait d’autres chats à fouetter cette année-là. Ce fut touchant. Ce n’était pas vraiment de l’ambition banale, de la part de Morand, c’était le souhait de rejoindre cette institution. Il y eut tant d’obstacles ! Finalement, il y est entré. Plus tard, Paul a confessé son erreur de ne pas avoir reconnu la valeur du général de Gaulle. Les choix des uns et des autres sont parfois dictés par des causes très simples.

Paul Morand et sa femme étaient antisémites, or Jacques de Lacretelle, auteur de Silbermann, qui dénonce l’antisémitisme, ne l’était résolument pas.

Je peux dire ceci : je n’ai jamais entendu un propos antisémite de la bouche de Paul ni de celle d’Hélène Morand. Jamais, jamais mon père ne se serait mêlé à une conversation antisémite ! Et j’ai hérité son aversion pour l’antisémitisme.

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Votre livre, où abondent les faits et les confidences, les souvenirs, les révélations aussi, n’abolit pas entièrement le mystère de ce personnage si complexe. Être la fille de « Zeus », ainsi que vous le surnommez, ne fut pas toujours simple. Cet homme singulier ne vous imaginait pas en écrivain.

J’aurais bien aimé le titre « Zeus et compagnie », mais il ne fut pas retenu. Ah, Zeus ! Il entrait dans des colères moins redoutables par leur fracas que par leur fureur contenue, leur froideur qui nous pétrifiait. Il n’y avait guère de place pour les enfants dans le couple qu’il formait avec ma mère. Pour ce portrait, j’ai sollicité les flashs de ma mémoire, et j’ai consulté de nombreux témoignages et des correspondances. Les choses et les êtres ont pris place dans leur décor, celui d’une après-guerre, la Première, une époque folle, vraiment : ceux qui l’ont connue n’ont pas compris qu’ils dansaient sur des braises incandescentes. Cet hédoniste rompait avec le plaisir et s’isolait pour écrire. Très orgueilleux, il ne croyait pas qu’on pouvait lui succéder. En effet, il fut une figure énigmatique, et il le demeure.

Tout un monde: Jacques de Lacretelle et ses amis

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Silbermann / De Lacretelle, Jacques / Réf9111

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Les consolations d’un confiné


Quand la dope manque en temps de confinement, on peut voir la vie en rose. Et la mort aussi.


Avec le confinement, j’ai arrêté de fumer. Les queues devant les tabacs de toxicos patients et résignés ont été plus dissuasives que toutes les campagnes et que tous les cancers. Cinquante mètres et cinquante personnes, c’est trop. Je suis beaucoup trop orgueilleux pour prendre ma place dans une file de plus de cinquante mecs pour n’importe quelle raison, et même pour n’importe quelle fille. 

Quand la dope vient à manquer

Il y a une autre raison. Aujourd’hui dans ma France périphérique, les ronds-points se sont remplis de gendarmes et le marché du shit a connu des ratés dans la chaîne de distribution et des ruptures de stock. Les dealers étant confinés, seuls les prévoyants, les précautionneux, les avisés, les minables continuent de se droguer à l’abri de la pénurie. Seuls les maniaques qui bichonnent leur herbe dans leur petit jardin ou leur petite cave, avec les petites graigraines plantées, arrosées, éclairées, puis leurs petits planplans récoltés, séparés, taillés, fument encore mais attention, avec modération.

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Comme le marché international du masque, celui du cannabis, dans ma lointaine banlieue, au bord de la campagne et pas loin des cités, était tel qu’à part les petits épargnants et les grands dépendants, personne n’avait jamais craint qu’un jour la dope viendrait à manquer. Mais qui dit confinement disette, alors les fourmis tirent encore sur leurs joints quotidiens, et les cigales en manque dansent la java du sevrage.

Regards sur la mort

À l’inverse des masques, le manque, c’est bon pour la santé et pour la gracieuseté. Après deux jours d’une humeur difficile, surtout pour l’entourage, on perd son haleine, sa toux, son cynisme, ses sarcasmes et son aquoibonisme pour retrouver son souffle, son goût, son sourire, ses sentiments, ses émotions, son mojo, ses rêves et son humour. Voilà sans doute pourquoi je n’arrive pas à trouver ces temps si difficiles. Et mes co-confinés apprécient.

Mais la pénurie psychotropique n’est pas la seule raison. Depuis qu’autour de nous, des humains trouvent la mort par milliers, j’appréhende la mienne beaucoup plus sereinement. Une mort collective me semble un peu moins triste qu’une mort individuelle, quand c’est la mienne. Qu’est ce qui rend le trépas si inacceptable, enfin le mien ? Le bout de ma vie, la fin de ma pensée, la mort de mon regard, la perte de ma conscience, le retour à un néant que je ne verrai même pas, certes. Mais surtout et avant tout, l’idée que sans moi et malgré la fin de mon moi, la vie de tous les autres continue. Si je meurs en temps normal, partout dans le monde et même dans mon immeuble, et un jour dans mon appart, on continuera de regarder la télé et de faire l’amour, et la terre continuera de tourner comme si de rien n’était. En temps de mortalité collective, modestement les choses changent. Évidemment, aujourd’hui tout ne disparaîtrait pas avec moi, mais un peu moins de mes frères humains me survivraient, et ce n’est pas pour me déplaire. Si je dois être coronaviré ce soir plutôt que disparaître de mort naturelle plus tard, je me consolerai avec l’idée que je ne serai pas seul à ne plus bander demain matin. Mourir seul est un drame insupportable, partir en bande même désorganisée, une idée plus douce.

Si je devais expirer en ce moment, je le préférerais sans doute à un autre pour une autre raison encore. Comme quand, pensionnaire, j’avais échappé à la douche. Je trouverais dans mon dernier soupir la force de sourire en pensant que je vais échapper à la toilette, surtout mortuaire. N’ayant jamais abusé du savon pour entretenir mes défenses immunitaires, je n’aurais pas mérité qu’on se salisse les mains à me faire une vidange eaux et gaz, à me boucher les trous, à me tartiner de fond de teint, à me peinturlurer la tronche. De toute façon, je ne veux pas qu’on me voie : ce ne sera plus moi, juste un corps covide de mon esprit, et après la toilette, un faciès transfiguré de cire, maquillé comme un clown vivant, pathétique et grotesque. Et je n’ai pas de costume correct, ou alors il faudrait mettre mon bras sur un trou ou une tache. Déjà vivant, j’avais honte d’être l’objet de l’attention publique, alors mort… Ni présentable, ni présentation, les gestes barrière me sauveraient la mise. Si l’heure de mon trépas sonnait au temps du coronavirus, je disparaîtrais tranquille, presque incognito. Mais je précise, pas dans un four. Même avant d’être allé voir Auschwitz, je voulais être enterré.

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Enfin, une dernière pensée me fait voir la vie en rose et ma mort entre gris clair et gris foncé s’il m’arrivait de coronachavirer : je ne déplacerai pas plus de vingt personnes à mon enterrement, en attendant mieux. J’épargnerai un devoir moral et pénible, une corvée, un de ces « j’ai envie d’y aller comme de me pendre mais décemment, je ne peux pas ne pas » à des gens que je ne veux pas déranger. Et si le confinement devait se resserrer, je permettrais à mes amis ? mes enfants ? ma femme ? de pouvoir être absents sans être indécents.

Alors, peut-on être à la fois un misanthrope égocentrique et un innocent timide ? Vous avez quatre heures ?

Edouard Philippe, l’homme seul

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Qu’on soit d’accord avec lui ou pas, Edouard Philippe rassure. Sans doute parce qu’il est le seul aujourd’hui à ressembler à l’idée qu’on se fait d’un homme d’État. Alors que le risque de reconfinement après le 11 mai est bien réel, et que le président de la République n’est bon qu’à proférer des prophéties autoréalisatrices, lui garde la tête sur les épaules. Il a présenté hier le plan du gouvernement.


 

Je n’ai, à vrai dire, aucune sympathie idéologique pour Edouard Philippe mais ce que j’ai vu hier, c’est un homme d’État, c’est-à-dire un homme qui conjugue le réalisme et l’espérance, qui promet du sang et des larmes mais qui croit malgré tout en un pays qu’il est un des rares, au gouvernement, à connaître réellement.

Une étrange assemblée

Son visage était visiblement marqué. Le fringant quadra libéral de 2017 avait le regard inquiet que tentait de démentir son discours volontariste. Dans cet hémicycle qui très symboliquement a été un des premiers clusters français de la pandémie, tout avait un air d’étrangeté, quelque chose de crépusculaire. Soixante-quinze députés dans une atmosphère de catacombe avec l’étrange et indispensable rituel de la désinfection de la tribune par les huissiers entre chaque prise de parole.

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Je persiste à croire que dans la macronie, il est le seul à avoir les pieds sur terre. On a voulu me vendre un Macron gaullien, churchillien, chef de guerre, puis président modeste. C’est tout de même un peu fort. Lors de son intervention du 15 avril, que les commentateurs décidément bien serviles ont présenté comme profondément humaine, j’ai surtout vu une manière d’illuminé qui prend ses désirs pour la réalité.

Philippe veut nous éviter « l’écroulement »

Je l’ai déjà écrit naguère mais Macron est un solipsiste : il croit que le monde est une projection de son esprit et qu’il peut le façonner par une parole performative : « Si je dis que le 11 mai, on déconfine, on déconfine ; si je dis qu’on rouvre les écoles, on rouvre les écoles ; si je dis que dans quinze jours, je veux un plan détaillé du premier ministre, il y aura un plan détaillé du premier ministre. » L’univers mental d’Emmanuel Macron est celui d’une mégalomanie dont on aurait pu et dû se douter lors de sa cérémonie d’investiture devant la pyramide du Louvre et ses métaphores jupitériennes. Il n’en est pas comme Trump à proposer des traitements à base d’UV et de détergents mais on n’en est pas loin. Après tout, n’a-t-il pas eu le droit de la part de ses thuriféraires, à l’appellation de président philosophe et thaumaturge ? S’il n’y avait pas la nécessité de la distanciation sociale, il pratiquerait l’imposition des mains pour guérir le Covid-19 qui fait figure pour lui de modernes écrouelles.

Emmanuel Macron le soir de son élection, au Louvre, le 7 mai 2017 © DAVID NIVIERE/SIPA Numéro de reportage: 00805555_000004
Emmanuel Macron le soir de son élection, au Louvre, le 7 mai 2017 © DAVID NIVIERE/SIPA Numéro de reportage: 00805555_000004

Edouard Philippe, lui, doit faire avec. Le choix totalement arbitraire du 11 mai, il a été obligé de l’atténuer, trouvant un équilibre instable entre les instances scientifiques, hier encore sacralisées et aujourd’hui vilipendées dans un bel accès d’obscurantisme irrationnel, et les nécessités politiques. On n’aimerait pas être à sa place : gérer la pénurie de moyens de base comme les masques et en même temps faire redémarrer le pays qui s’endort doucement dans une léthargie mortelle et menace ruine. C’est un drôle de défi. Edouard Philippe n’a pas voulu prononcer le mot d’effondrement, qui rappelle trop la collapsologie, mais il a bel et bien employé celui d’ « écroulement ». Pas seulement celui de l’économie mais aussi de toute notre civilisation. Il sait que les claquements de doigts et les prophéties autoréalistrices d’un président ne changeront rien à ce danger mortel.

Je marche seul, sans témoin sans personne

Les injonctions contradictoires d’un Macron ou d’un Blanquer, anxiogènes et imprudentes, il a tenté de les effacer par un discours clair, sans ambiguïtés, reconnaissant des erreurs qui ne sont pas forcément les siennes, s’offrant même le luxe de l’humour sur ceux qui exercent surtout dans les médias le ministère de la parole, exactement comme Macron lui-même. C’est peut-être précisément le péché originel de Macron, comme des commentateurs, que de ne jamais avoir été élus, c’est-à-dire de ne jamais avoir été sur le terrain. Ils sont beaucoup trop, dans notre paysage politique et médiatique, à n’avoir aucune idée de ce que signifie affronter le suffrage universel, la seule onction qui vaille en démocratie et même la seule légitimité. Quant à l’élection de Macron lui-même, c’est un coup de chance plus qu’un désir de la société : on l’a mesuré très vite avec l’apparition des gilets jaunes puis la contestation historiquement longue de la réforme de la SNCF et, encore plus, des retraites. Le premier ministre lui est maire d’une grande ville, il a donc pu s’apercevoir à quel point son N+1 avait fracturé la société et n’avait plus la légitimité suffisante pour créer cette union nationale introuvable.

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Edouard Philippe ne l’espère plus. Ce qu’il a tenté hier, c’est de limiter des dégâts humains, politiques et économiques irréversibles. Il ne réussira peut-être pas, mais au moins, il aura essayé. Et cela a quelque chose de rassurant. D’ailleurs, Edouard Philippe commence à gêner Macron et sa propre majorité, comme l’a souligné Mélenchon en montant à la tribune et en l’épargnant curieusement pour concentrer ses tirs sur le président de la République. On sent en effet Edouard Philippe sur un siège éjectable : c’est normal, à défaut d’être « le meilleur d’entre nous », il est incontestablement le moins mauvais.

Comment nous sommes devenus Chinois


Depuis le début de la pandémie, l’administration médicale a pris le pas sur le gouvernement des hommes. Or, si ses intentions sont louables, l’exécutif ne peut faire passer la santé avant tout autre impératif. Nos libertés fondamentales et les nécessités économiques devraient également peser dans la balance.


C’est ballot, je crois que j’ai raté une élection. Non, je ne parle pas des demi-municipales, celle-là j’y étais, même si cela ne s’est pas vu dans les résultats. Non l’élection que j’ai ratée, c’est celle des conseillers d’État. J’apprends, à la faveur de l’épidémie que vous savez, que ce sont ces éminences de luxe, sorties en tête du classement de l’ENA, qui dirigent la France. Et je chipote, mais être gouvernée par des gens que je n’ai pas élus, ça me chiffonne.

Notez que les conseillers d’État ne s’invitent pas tout seuls à prendre la place des politiques. Nombre de médecins, également convaincus qu’ils savent mieux que le gouvernement ce qu’il faut faire, ne se sont pas contentés de nous engueuler tous les jours parce que nous n’étions pas assez obéissants. Le 19 mars, ils ont saisi le Conseil d’État dans le cadre de la procédure référé-liberté pour qu’il somme l’exécutif d’ordonner un confinement à la chinoise. Il ne s’agit donc plus de protéger une liberté constitutionnelle contre les manigances de l’État, mais de se substituer à l’administration jugée défaillante, en lui enjoignant de prendre telle ou telle mesure. L’avocat d’une des associations requérantes a admis qu’« il était plus facile de mettre en place ce type de système dans un régime totalitaire », tout en estimant qu’on « pouvait tout de même y arriver ». Tous chinois ! L’ennui, c’est qu’on commence à découvrir que ce formidable exemple chinois reposait sur des données totalement bidonnées…

Dans les mains de la science

En affirmant que, derrière chacune de ses décisions, il y avait des « blouses blanches », le gouvernement a lui-même semblé renoncer à ses prérogatives. Vous me direz qu’en ces temps d’urgence sanitaire, on doit s’en remettre à la science. Sauf que la science ne parle pas d’une seule voix, comme en témoigne la bataille de la chloroquine.

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Surtout, de même que pour un marteau tous les problèmes sont des clous, pour les médecins qui sont sur le front, le Covid-19, l’ensemble des politiques publiques doivent être tournées vers un unique objectif, la lutte contre l’épidémie – au détriment d’ailleurs des autres pathologies : aujourd’hui, on ne peut plus soigner les cancers, s’émeuvent des médecins.

Entre les approuveurs et les complotistes, il doit y avoir de la place pour une critique raisonnable

On se rappelle la formule d’un conseiller de Bill Clinton à son adversaire bushiste : « It’s the economy, stupid ! » (« Imbécile, c’est l’économie qui compte ! ») Désormais, « It’s the epidemy, stupid ! » Et tout le reste de l’existence devrait s’effacer devant cet impératif. 

On oublie la santé mentale et l’économie!

Que la parole des médecins ait aujourd’hui la préséance, on le comprend. Elle ne saurait être exclusive. La supportabilité des mesures pour l’ensemble de la population doit être une des données de l’équation, de même que la nécessité de faire fonctionner, tant bien que mal, une partie de l’économie. Si nous restons tous chez nous 24 heures sur 24, privés du droit de se dégourdir les jambes et de sortir Médor, le virus cessera de circuler, mais nous deviendrons tous fous, sans compter que des dizaines de milliers de Français, qui continuent à bosser, perdront leur emploi ou leur outil de travail. Et non, il ne s’agit pas de caprices, ni de basses raisons mercantiles. Comme l’a écrit Renaud Girard, il ne faudrait pas que la France meure guérie.

Le gouvernement doit donc, comme toujours, arbitrer entre des impératifs et des discours contradictoires. Il ne peut se contenter d’appliquer le slogan : la santé avant tout. Cela ne signifie pas que nous devrions abandonner nos vieux, nos malades, nos sans-abri à leur sort, mais que l’émotion ne peut être le seul guide de l’action publique. Œuvrer pour la collectivité, malheureusement, ne signifie pas œuvrer pour chacun des individus qui la composent : sinon, nous ne laisserions pas les caissières, les livreurs et autres éboueurs, sans oublier les imprimeurs[tooltips content= »Que le nôtre, BGL, soit remercié pour avoir assuré malgré les difficultés »](1)[/tooltips], les kiosquiers, les postiers et tous ceux grâce à qui les journaux paraissent et sont distribués, prendre des risques pour que l’ensemble de la société puisse continuer à se nourrir, à s’informer (et à se laver). En réalité, chaque décision politique, ces jours-ci, cache un calcul fort peu ragoûtant : quel prix sommes-nous prêts à payer pour sauver combien de vies ? La preuve que nous demeurons une civilisation, cher Alain Finkielkraut, n’est pas que la vie humaine n’a pas de prix, mais que ce prix soit élevé (nous acceptons de grands sacrifices) et que ce calcul n’ait pas droit de cité sur la place publique.

Nos libertés fondamentales

Ainsi, si nous acceptons et à raison, une suspension drastique (et provisoire) de nos libertés publiques, à commencer par celle d’aller et venir, nous n’avons pas pour autant aboli l’État de droit. Nous devons exiger que les restrictions soient strictement proportionnées aux nécessités. La mise à l’arrêt de l’ensemble de la chaîne pénale, qui prolonge indûment les détentions provisoires, interdit les audiences de libération conditionnelle (et fait courir aux intéressés le risque d’être contaminé en prison), s’imposait-elle ? Il ne s’agit pas là d’un caprice parce qu’on m’a privé de mes autos-tamponneuses et de mon bac à sable, comme le dit encore Alain Finkielkraut en se moquant gentiment, mais de rien de moins que nos libertés fondamentales, et de l’égalité de traitement devant la loi. Il faut aussi se demander pourquoi le Conseil constitutionnel s’est suspendu lui-même, sans même examiner la constitutionnalité des ordonnances prises en application de l’état d’urgence. Nos juges constitutionnels n’ont-ils pas d’ordinateurs qui leur permettraient de télétravailler ?

Dans ce brouhaha de légitimités, les coupeurs de têtes sont à la fête, impatients de pouvoir traîner ministres et hauts fonctionnaires devant les tribunaux. L’union nationale n’a pas fait taire l’envie du pénal. Il existe déjà un site (plaintecovid.fr) sur lequel on peut télécharger un formulaire spécifique selon que l’on est soignant, patient ou non-malade. Cette confusion entre faute pénale et erreur politique, qui rappelle les heures sombres du procès du sang contaminé, revient, en fin de compte, à privatiser la politique puisqu’on juge l’homme pour les erreurs du ministre.

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Or, la seule alternative au gouvernement des juges, c’est la responsabilité politique. Cela signifie que la critique doit être libre, même quand elle est aussi idiote que celle d’Annie Ernaux et de tous ceux qui accusent Macron de vouloir commencer une carrière de dictateur à la faveur de la catastrophe sanitaire. Les Français ont le droit d’être traités en adultes. Certes, nous ne ferions pas mieux, mais nous n’avons pas brigué les suffrages de nos concitoyens. Entre les approuveurs et les complotistes, il doit y avoir de la place pour une critique raisonnable.

L’exécutif semble avoir fini par le comprendre. Lors de la conférence de presse du 28 mars, Olivier Véran et Édouard Philippe ont cessé de nous parler comme à des enfants de six ans incapables, non seulement d’enfiler un masque, mais de comprendre que leurs dirigeants n’étaient pas des faiseurs de miracles. C’est un premier pas. Un deuxième serait de démissionner en urgence Sibeth Ndiaye qui a prouvé son incompétence et le mépris dans lequel elle tient le bon peuple. Politiquement, la meuf est dead. Alors chiche ?

Les Rien-pensants

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La Chine des confins de Marco Polo

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Il fut un temps où le voyage ne se cantonnait pas qu’aux halls d’aéroports, où le frisson de l’aventure n’avait pas été englouti par une profusion de fictions, où l’on pouvait encore épater la galerie par des découvertes inédites.


Sept siècles après son odyssée, le pouvoir contagieux de l’envoûtement de Marco Polo n’a guère été éradiqué. Je n’avais pas attendu d’être assigné à résidence pour me plonger dans Le Dévisement du monde, mais de la relecture du Livre II – le séjour du Vénitien dans l’empire du Mongol Koubilaï Khan, qui vient alors de conquérir la Chine – émane une ode à l’enchantement du monde. Pris sous l’aile de l’empereur, le pape des aventuriers y resta vingt ans. Des décors du palais à ses festins ou ses jardins, tout est « magnifique », « somptueux », « admirable » aux yeux du jeune marchand, «moi Marco », comme il se désigne lui même sans une once de second degré. Le romantisme avant la lettre, Chateaubriand n’a qu’à bien se tenir.

Koubilaï Khan, un empire gigantesque 

Au menu des gibiers favoris de l’empereur, cerfs, chevreaux, sangliers, daims, lièvres, faucons, éperviers ou hiboux. Les curieux seront déçus: aucune trace de chauves-souris. En revanche, pour désaltérer nos papilles entre deux bouchées, « une fort bonne boisson composée de riz et de plusieurs parfums, laquelle par sa douceur surpasse la bonté du vin ». Nul doute qu’entouré de ses quatre femmes légitimes, nombreuses concubines et centaines de domestiques, Koubilaï Khan – « un fort bel homme » précise Marco – savait vivre. Mais qu’on n’y voit pas là une faiblesse pour la débauche. De l’Asie du sud-est à l’actuelle Ukraine, l’empire de Koubilaï est alors immense. Conscient qu’on ne tient pas un empire avec des grenouilles de bénitier ou autres emmerdeurs identitaires mais qu’on ne doit pas non plus les frustrer, l’empereur avait la solution: « Tous les peuples, de quelque secte qu’ils soient, chrétiens, juifs, mahométans, tartares et autres païens, sont obligés de prier leurs dieux pour la vie, la conservation et la prospérité de l’empereur ». Pas de territoires perdus sous Koubilaï. 

A lire aussi: Voyage autour de ma bibliothèque (7/10)

Chargé de surveiller la collecte des impôts dans les territoires nouvellement conquis, Marco Polo se convertit alors en une sorte d’espion au service du roi. Parmi les villes sous contrôle de ce dernier, une dénommée Wuchang. Bien plus tard, au début du XXème siècle, celle-ci se mélangera avec deux autres villes pour faire éclore une certaine Wuhan. À 700 km à l’est de celle-ci, se trouve l’ancêtre d’Hangzhou. Le serviteur du roi y admire le sens du commerce (« il y a des artisans et des négociants en si grand nombre que ça me paraîtrait incroyable si je le rapportais ») et le raffinement des citadins (« les habitants de cette ville vivent dans les délices, mais surtout les femmes ; ce qui les fait paraître plus belles qu’ailleurs »). 

L’émerveillement contre l’aseptisation du monde 

Il est aussi sensible au volet sécuritaire («pour empêcher les vols et les homicides, il y a une patrouille de dix hommes, la nuit, sur chaque pont ») et semble épaté par l’hygiène (« toutes les places de la ville sont pavées de pierres, ce qui la rend très propre […] on y voit aussi plus de trois milles bains qui servent aux hommes pour se laver : car cette nation fait consister toute la pureté dans celle du corps »). D’une façon générale, le jeune Vénitien est impressionné par cette civilisation chinoise en avance sur son temps, comme en témoigne l’existence de la monnaie sous forme de billets, authentifiés par la marque de l’empereur – et dont ceux qui auraient la mauvaise idée d’en faire des faux risquent la mort: « on se sert pour la faire de l’écorce intérieure de l’arbre qu’on appelle mûrier ». 

Bien avant l’éclosion des laboratoires P4, Marco Polo a-t-il arpenté Wuhan? Difficile de savoir, mais il confie avoir « commandé Yanghzou pendant trois ans par l’ordre du Grand Khan ». Yanghzou – située à 600 km de Wuhan – ayant alors vingt-sept autres villes sous sa dépendance, précise-t-il, on est libre d’imaginer qu’il y a mis les pieds. Mais quand certains se demandent s’il s’est vraiment rendu en Chine, quelle importance? La leçon du récit de Marco Polo, c’est que l’enchantement du monde est incompatible avec la fadeur de  l’uniformisation des civilisations. Pour combattre l’aseptisation du monde de l’empereur Corona, il va falloir inventer un monde réenchanté. À travers son récit, Marco Polo nous montre la voie. 

>>> À écouter: L’incroyable voyage de Marco Polo sur France Inter <<<

Le devisement du monde

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La Description du monde

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Notre État est caduc

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Charles Millon. Photo: Hannah Assouline

L’État qui se mêle de tout nous a menés au bord du précipice. Pour redresser la France il nous faut un nouvel État fondé sur l’autonomie et les libertés des collectivités locales.


La tempête coronavirus a déferlé avec une force et une violence quasi similaire dans tous les pays européens. Mais en France elle est en passe de devenir un tsunami social et économique dans un pays qui se remettait tout juste de la crise des gilets jaunes et de celle de la réforme des retraites. Une troisième crise moins médiatique, plus sourde, était en filigrane ces dernières années : celle des hôpitaux. Tous personnels confondus, des chefs de services aux brancardiers, des internes aux aides-soignants, tous criaient mois après mois l’immense disette qui ravageait l’hôpital français en arborant des brassards « en grève » sans jamais déserter leur poste. Alors que l’État se targuait d’avoir le meilleur système de santé au monde…

La crise sanitaire annonce non seulement une crise économique et sociale, mais également une crise politique

On assiste au naufrage d’un État qui veut s’occuper de tout et cherche avec son obsession des procédures et des mises en conformité, à contrôler les initiatives des forces vives et des collectivités locales. Pourtant cet État qui veut s’occuper de tout n’a pas été en mesure de garantir la sécurité sanitaire du pays, il a renoncé à une stratégie en matière industrielle et laissé faire des délocalisations qui atteignent notre indépendance nationale, il a fait preuve d’imprévoyance en liquidant les stocks d’équipement hospitaliers, il a refusé par pure idéologie de contrôler les frontières.

L’État est entravé par ses propres circulaires, directives, normes et contrôles, qui empêchent même les instructions du sommet d’être appliquées. Quant aux responsables politiques, ils sont tétanisés par la prise de risque et se cachent derrière les comités d’experts dans lesquels les batailles d’egos et d’intérêts font rage. Ils se contentent d’une communication de crise à l’anglo-saxonne, anxiogène et abrutissante, qui débite jour après jour la litanie des morts et des convalescents.

Le gouvernement est dépassé, il a déjà perdu une grande part de sa crédibilité en érigeant le non-dit, voire le mensonge en système de communication, visant à cacher ses erreurs (masques et respirateurs, tests, médicaments…). Pire encore, il a perdu la confiance des Français. Ainsi la crise sanitaire annonce non seulement une crise économique et sociale, mais également une crise politique. Le gouvernement, affolé, l’a bien compris, qui en appelle maintenant aux élus locaux pour prendre le relai des décisions qu’il a déjà prises.

Compte tenu de la gravité de la situation et étant donné l’inquiétude grandissante de leurs administrés, les élus locaux sont prêts à relever le défi. Pourtant ils supportent de moins en moins cet État qui prend tout à tour le visage froid de l’État bureaucratique ou celui faussement maternel de l’État-providence. Ils ne comprennent pas cette approche centralisée et uniforme du déconfinement. Ils savent que les pays qui ont jusqu’à maintenant le mieux géré la crise sont la Corée du Sud qui a opté pour un traitement local, et l’Allemagne qui avec les Länders a adapté les mesures région par région. Ils sont scandalisés et attristés par l’incapacité du gouvernement à gérer la fourniture de masques, tests et médicaments. Ils sont choqués par le fait que le gouvernement n’ait pas fait confiance aux laboratoires privés et publics, vétérinaires et universitaires, qui se proposaient pour mener cette campagne de tests. 

Mais maintenant que le gouvernement est au pied du mur, les élus locaux sont en droit de demander que les responsables politiques nationaux fassent enfin confiance aux initiatives des collectivités territoriales en acceptant différenciation et expérimentation, en respectant diversité et particularisme. Pour ces élus il n’est pas question de délégation de compétences, il est question de la reconnaissance et du respect de l’autonomie des collectivités locales, c’est à l’État de créer les conditions favorables pour que les collectivités locales puissent assumer leurs missions, car au lieu de vouloir tout faire et tout diriger, l’État reconnaitra enfin aux collectivités locales les missions qu’elles sont en mesure d’assumer.

Aujourd’hui, si l’on veut sortir de cette crise sanitaire, économique et sociale, il nous faut un changement de gouvernance. Ce n’est pas à une énième réforme de l’État que nous aspirons, c’est à une révolution pacifique, qui aboutira à la reconnaissance de l’autonomie des collectivités locales, qui redonnera aux citoyens la liberté d’initiative et qui permettra la mobilisation de toutes les énergies pour permettre à la nation de surmonter cette épreuve et d’engager son redressement.

L’homme est un virus pour l’homme

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Japonais dans les rues de Tokyo le 27 avril 2020 © Eugene Hoshiko/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22450642_000003

Episode 8: Japon/ hazukshi, [Israël l’État-mère juive]


27 avril 2020

Rappel

Japon, Israël, deux pays miens, partagent une exigence de maîtrise, le respect pour les personnes âgées, une population lettrée, industrieuse, performante et, aujourd’hui, à majorité masquée. Japon, une nation vieillissante en péril démographique ; Israël, jeune, avec le plus haut taux de natalité de l’OCDE. Chacun son style de gestion de la pandémie du nouveau coronavirus. 

[Avis aux lecteurs : Ça déborde. L’Episode 8 sera consacré au Japon. Israël sera l’invité de l’Episode 9.]

Hazukashi

Hazukashi, la honte. Pas la honte propre aux cultures dites « honte / honneur ». La honte de la maladresse, de faillir à une responsabilité, de gêner l’autre, de se mettre en avant, de briser le consensus. La peur du faux pas devant un inconnu donne une impression de raideur. Entre eux (entre nous) les Japonais sont expansifs, drôles, bons vivants, adorablement généreux et attentionnés. Jusqu’au point où on bute sur l’écran… de quoi ? La pudeur, la modestie, la suppression de quelque chose d’intime ?

Envoyé spécial 23 janvier – 5 mars

La séparation, les va-et-vient du photographe sportif, ont toujours rythmé notre histoire, mais sept semaines, c’est un gros morceau à avaler. Sur place pour effectuer une série de démarches d’ordre administratif (qu’il déteste), avec plus d’une semaine d’attente entre chaque étape, il n’est pas sur son terrain de prédilection – l’athlétisme – et pas vraiment en ville. Tokyo, c’est les trains bondés, la rue surchargée, les retrouvailles avec collègues et amis, les magasins qui regorgent de marchandises présentées avec élégance, un choix vertigineux de délices raffinés. 

Vu d’ici, mon héros était entré dans la zone à risque, l’Asie. Les images de Wuhan, bouleversé par l’épidémie du nouveau coronavirus, faisaient partie de notre quotidien. Je connaissais l’affluence de touristes chinois au Japon. Bonne pour l’économie, agaçante pour la société. Les Chinois parlent fort, jouent les coudes, visitent les temples habillés maladroitement de kimonos de location. L’artisanat traditionnel de Kyoto s’est plié au goût chinois, abandonnant les subtils motifs traditionnels en faveur d’un réalisme criard. 

Furoshiki, mouchoirs, nappes et portemonnaies frappés de Fuji-san et grues aux ailes déployées en technicolor, d’accord, c’est malheureux. Quid du virus ? Il n’en dit rien. « Tu as vu Untel ? Tu es allé dans tel quartier ? » C’était toujours un non évasif. « Que penses-tu du Diamond Princess ? On gère mal, non ? » Sur le paquebot qui ressemble à une tour de la Défense, bloqué au large de Yokohama (à une heure de Tokyo), les passagers attrapent, l’un après l’autre, le virus. Mais le décompte n’entre pas dans le calcul des cas « Japonais ». Il m’a acheté – en ligne – une Logitech™ webcam HD. « Tu n’es pas allé à Akihabara ? »

Vue aérienne du Diamond Princess dans le port de Yokohama, le 21 février 2020 © Masahiro Sugimoto/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22430703_000036
Vue aérienne du Diamond Princess dans le port de Yokohama, le 21 février 2020 © Masahiro Sugimoto/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22430703_000036

Les semaines passent, quelques malades du Diamond Princess sont évacués vers des hôpitaux ou des centres de quarantaine, les autres restent confinés dans leur cabine. Pas d’épidémie au Japon. « Tu as mis le masque quand tu es allé à Yamanashi-ken ? Il y avait beaucoup de monde à Tokyo Station ? » Là-bas, au village, on ne craint rien. C’est à moitié abandonné. Les jeunes s’installent en ville. De retour à Tokyo, il se déplace à peine. C’est sa nièce S. qui fait les courses, désinfecte la maison, se renseigne sur les mesures à prendre. Elle ne va plus au fitness club. Le Diamond Princess, déclare un jeune médecin, n’est pas un confinement, c’est un incubateur. On raconte dans la presse israélienne les vaines tentatives de rapatrier les nationaux. Enfin le gouvernement japonais relâche tout le monde. 617 personnes sont infectées. 

C’est le début de la saison d’athlétisme. Tout est annulé. Sauf le marathon de Tokyo, fin février, mais limité aux professionnels. Pourquoi insister sur ce marathon, le virus court plus vite que nos calendriers, on refuse de modifier son billet de retour, c’est quoi, ce jeu idiot, il faut ramener tout le monde à la maison ! Si on ferme la frontière ici, s’il attrape le Covid là-bas, loin de moi? Le confinement le plus strict jamais connu n’a pas réussi à bloquer le virus à Wuhan. On meurt en Italie, à Mulhouse, en Corée du Sud et dans l’Oise. 

L’acide hydrochlorique

Le 5 mars, enfin, il rentre à Paris. Pas de contrôle sanitaire à l’aéroport. Il asperge ses vêtements et ses bagages d’un désinfectant non-identifié, m’assure qu’il avait porté un masque genre N95 pendant le vol de 13 heures, me dit en passant ce qu’il n’a pas fait et ceux qu’il n’a pas vus et je comprends que le Japon est en semi-confinement volontaire. Selon la Constitution imposée par le Général MacArthur, l’Etat ne peut pas empêcher la libre circulation des citoyens. Comme aux Etats-Unis. Je ne veux pas qu’il asperge mes chaussures élégantes et mon manteau « Maud Perl »™ en velours de soie. 

Il y a une distance qu’on n’arrive pas à franchir. Qui sommes-nous, d’où vient-on… Le taux de mortalité grimpe en France, stagne au Japon. Tous les trois jours le comité olympique japonais rassure : les Jeux Olympiques auront bel et bien lieu à Tokyo cet été. Je suis sûre que non ; il dit daijoobu, d’ici là ça ira, l’épidémie est domptée au Japon, on sait faire. Moi je crois que ce virus trouvera son chemin au dernier recoin du monde, les athlètes ne viendront pas, l’édifice du sport international s’écroule et l’argent s’évapore.

Le 7 au soir, mon diner n’a pas de goût. Le 8 je tousse. Contre toute vraisemblance je suis malade du Covid-19. J’ai eu la chance d’avoir un cas modéré et c’est déjà costaud [voir l’Episode 2]. Les amis nous racontent le supplice des proches, frappés, bastonnés, subissant la question, les membres tirés jusqu’au point de rupture, la tête éclatée, les poumons étouffés… C’est terrifiant. Un malade peut passer d’un début mine-de-rien à l’article de la mort en quelques jours. D’autres luttent pendant des semaines de souffrance atroce. L’angoisse des familles. Forcément éloignées.

Au Japon ? La pandémie ? Il y a comme un voile. 

Joozu, la dextérité

Pour manier un couteau, ranger un bol précieux, faire un paquet cadeau ou te passer une carte de visite, les mains japonaises sont douées d’une dextérité millénaire. On dirait que leur gestion de la pandémie est également joozu. Pas de confinement sévère à la française, pas de lockdown bordélique des Américains, pas l’invulnérabilité mastoc des Suédois. C’est quoi leur arme secrète ? 345 morts du Covid-19 dans une population de 125 millions. 

Là-bas, on a déjà l’habitude de porter le masque et de se laver les mains. La propreté, l’hygiène, l’alimentation saine ne sont pas de pratiques improvisées à la hâte pour lutter contre un nouveau virus. Il n’y a pas de masses misérables mal nourries et en mauvaise santé. Pas de travailleurs immigrés entassés dans des bidonvilles. L’obésité est plutôt rare. On s’occupe bien des personnes âgées, dont 70 000 centenaires. C’est un peuple discipliné qui adopte, à quelques exceptions près, des consignes de distanciation sociale. Fastoche ! On ne se fait pas la bise, pas de poignée de main. Ils ne parlent pas sans arrêt dans les lieux publics en riant aux éclats. Parmi les idées un peu loufoques qui circulent avec la pandémie, il y aurait moins de contaminés au Japon parce que le nihongo, la langue, n’a pas de lettres hautement postillonnantes comme le p et le  t … 

Une fois guérie du Covid-19, je regarde le petit sachet de poudre soigneusement préparé par S. C’est de l’acide hydrochlorique.  Je google. « …  corrosive pour les poumons, les yeux, les muqueuses. » Just what I need !  Il se défend. « C’est bien dilué ». Dilué, dilué,  je n’en veux pas de ton folklore pseudo-scientifique. Un petit clash culturel sans gravité.

Updates

154 000 exemplaires de La peste de Camus vendus au Japon en février. Nouveau tirage de plus de 600 000.

On a fini, bien entendu, par reporter les JO d’un an. La pandémie couve sous les cendres. On note quelques clusters. Cinquante-six cas à Yamanashi-ken. Des scientifiques redoutent la crise sanitaire, le premier ministre Abe déclare l’urgence nationale. Certains pachinko parlors résistent, les jeunes promènent leur insouciance, on craint un relâchement à l’occasion de la Golden Week début mai.

Il ne faut pas croire que tout se passe sans brutalité. On a rasé de près le champ de tulipes à Sakura pour empêcher l’attroupement des admirateurs. La star de télévision, Kumiko Okae, 63 ans, attrapée par le virus, hospitalisée, meurt comme tant d’anonymes sans revoir sa famille qui reçoit, sans préavis, livraison d’une boîte enveloppée d’un tissu blanc, attachée avec un cordon noir, contenant les osselets récupérés selon la tradition après l’incinération.

Vous savez maintenant dire hydroxychloroquine. Connaissez-vous l’avigan, développé par un laboratoire japonais, qui, selon des études préliminaires, sauverait des patients gravement atteints du Covid-19 ?

Episode 9

Partout, on cherche. On cherche des tests fiables, des traitements véritables, des facteurs génétiques, culturels, administratifs qui jouent sur la résistance contre ce virus pernicieux. On découvre un monde de scientifiques travaillant en étroite collaboration internationale. Les JO de 2020 2021 n’auront peut-être pas lieu, ceux de 2024 sont, dans la foulée, compromis. Mais la course aux traitements, au vaccin, à tout ce qui peut nous sauver du nouveau coronavirus est passionnant. Israël, l’Etat-mère juive, qui compte les morts un à un, va permettre à ses générations de sortir des abris. Pourvu que … 

Al Dura: long range ballistic myth

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La peste

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Nous avons les moyens de vous faire surveiller

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Image d'illustration Photo: Unsplash

Reconnaissance faciale, tracking anti-coronavirus, drones… voici comment nos libertés s’effritent de jour en jour, piétinées pas à pas par l’empreinte numérique et son cortège d’ingérences. Peut-on encore en sortir?


On pensait avoir atteint les sommets du flicage intrusif en découvrant la généralisation des vérifications d’identité en Chine par reconnaissance faciale. On était resté pantois lorsque l’administration locale avait mis au point son programme de « crédit social » – ces notes, bonnes ou mauvaises, décernées aux citoyens en fonction des informations collectées sur les réseaux sociaux et les caméras de surveillance. On avait vacillé en prenant connaissance du projet d’appli sur smartphone de traçage numérique destiné à connaître nos déplacements pendant la crise du coronavirus (Il sera d’ailleurs discuté prochainement à l’Assemblée Nationale). On se disait égoïstement que tout ça n’était pas bien grave, car ça n’arriverait jamais chez nous. C’était bon pour les Chinois et pour les peuplades qui marchent à l’envers – ou cul par-dessus tête – de l’autre côté du globe. On se disait qu’en France, dans notre bon pays latin au passé ô combien libertaire et révolutionnaire, on saurait s’adapter en protégeant notre irrévérence maladive, chevillée au corps. Et surtout, notre merveilleux bon sens légendaire. 

Castaner a déployé ses drones pour vous fliquer

On avait fichtrement tort ! Il y a quelques jours, au beau milieu de la crise, le Ministre de l’Intérieur a annoncé discrètement par le biais de son Bulletin Officiel, une commande de 4 millions d’euros pour l’achat de drones. Ils viendront équiper la police, la gendarmerie et la protection civile qui en possèdent déjà quelques poignées. Ces objets volants commandés à distance surveillent déjà depuis plusieurs jours les plages de Nice, rappelant vertement par haut-parleurs leur devoir aux citoyens inconséquents qui osent déambulant sur la Promenade des Anglais. Ces petits engins vont donc désormais se généraliser chez les forces de l’ordre. Et à quoi pensez-vous qu’ils serviront lorsque le Covid-19 sera enfin rentré dans son labo de Wuhan?  À soulever les capuches des sweatshirts des méchants dealers ? Ou à traquer les auteurs des parties de pétanque en étage, le sport favori des petites frappes en cité lorsqu’elles accueillent les pompiers? Non voyons. Aux contrôles routiers pardi !

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Le 9 mars 2020, à Provins, sur la D619, alors que la France croyait encore à son immunité, un contrôle de grande ampleur a effectué la vérification de centaines de véhicules. Il a mobilisé 12 fonctionnaires de police pendant plusieurs heures, dont deux motards et leur nouveau drone. Fin de l’alerte routière. Passons rapidement sur le nouveau « radar tourelle » capable de vérifier, outre votre vitesse, l’espacement avec le véhicule qui vous précède, votre vignette d’assurance, la date de votre contrôle technique, le port de votre ceinture de sécurité et de compter les mégots dans votre cendrier. 

Apple a déjà déclassé l’administration française

Concentrons-nous sur la reconnaissance faciale. Vous pensiez qu’elle n’arriverait jamais chez nous? Mais le projet est en phase de test dans l’administration depuis près d’un an déjà ! Il porte le doux nom de Alicem. C’est une application mobile qui permettra aux administrés de se connecter à leur compte sur le site de l’administration publique. Kafkaïen non? 

De là à ce qu’elle se généralise rapidement aux guichets, dans les aéroports et les gares ou pourquoi pas dans la rue en passant par les caméras publiques comme à Londres, attendez-vous dans un futur assez proche, à ce que votre fromager vous sorte un reblochon des familles avant même que vous ayez passé le seuil  de son échoppe.

À quand l’analyse rétinienne comme dans les films d’espionnage ? Dépassé tout ça, cela ne sera peut-être même pas utile. On peut déjà payer sur iPhone avec l’empreinte de son pouce. La biométrie est partout, même dans les passeports. Et elle permet de connaître tout votre track record d’un coup d’œil, et même votre ADN. Apple est propriétaire de milliards d’empreintes. Plus que l’administration française elle-même. JamesBondien! Mais ce n’est pas tout. 

La loi de finance 2020 autorise désormais le fisc et les douanes à traquer les fraudeurs sur les réseaux sociaux. Grâce à des algorithmes, ces deux administrations peuvent contrôler les contrevenants supposés qui se prennent en photo devant une voiture de sport ou sur une plage des mers du Sud. Une disposition évidemment expérimentale (et donc provisoire) dont on peut être certain qu’elle s’imposera définitivement après avoir prouvé son efficacité. Le fisc scrutait déjà les magazines people à la recherche des SER (signes extérieurs de richesse), mariages princiers et berlines de luxe. Elle le fera désormais aussi pour le menu fretin. 

Méfiez-vous de Sophie Davant!

Vous en avez assez de déguster les pubs pour les « conventions obsèques » ou pour le  régime « Comme j’aime » qui hantent les après-midi des enchères sur France 2? 

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Vous allez en être bientôt libérés. Un décret, qui devrait être prochainement publié, va autoriser la publicité ciblée. Quèsaco? Un dispositif  se basant sur votre profil va bientôt permettre à votre chère télé de vous proposer les pubs vous correspondant. Et comment croyez-vous qu’on les connaîtra, vos préférences, si ce n’est grâce aux informations personnelles connues seulement de votre opérateur? Votre lieu d’habitation, son style, vos consommations télé, vos chaînes favorites… Ah vous allez en manger du RPG7 et du Luger P08 en maquette Del Prado, vous les amateurs des docs guerriers sur RMC Découverte. Du KitchenAid Artisan et du Magimix Cook Expert mixer-blenders, comme on dit en France, passionné que vous êtes par les émissions de Cyril Lignac. Et si vous êtes consommateur de films érotiques… gare aux pubs de lingerie sexy en journée. Ça pourrait faire désordre dans la chambrée. 

Je n’ai rien à cacher

Cela ne vous inquiète pas, car vous êtes plutôt honnête. Vous réglez vos impôts locaux rubis sur l’ongle, donnez au denier du culte et pensez n’avoir rien à craindre. Vous n’avez rien à faire non plus des pubs que vous vous empressez de zapper. Et surtout vous n’avez pas plus peur de l’œil de Moscou que des ingérences supposées du compteur Linky.  Vous n’avez rien à vous reprocher, en somme. 

En êtes-vous bien sûr? N’avez-vous pas été tenté de faire un petit tour à vélo autour de chez vous  l’autre soir en plein confinement ? N’avez-vous pas mis un peu moins de temps que d’habitude sur la route pour rejoindre la belle-mère et les enfants au Crotoy, l’été dernier ? Et êtes-vous certain d’avoir respecté les distances de sécurité au volant ? De ne jamais texter en voiture ? De ne jamais tondre la pelouse les dimanches ou les jours fériés? 

La CNIL nous protège-t-elle assez ?

Dans un genre de flicage assez voisin, allez voir l’historique de vos déplacements sur Google. Le Gengis Khan des Gafa peut tout savoir de vous. Même le nom de votre boulanger, vos restaurants favoris, votre adresse, votre lieu de travail, vos rendez-vous, modes d’alimentation et activités sportives. La longueur de vos trajets… et vos haltes favorites. Les Gafa n’ignorent rien de votre passion pour Mélenchon, de votre adulation pour le saucisson de Lyon ou vos prédispositions pour le kir au Sauvignon. Ok Google? Saviez-vous que la moindre de vos demandes  qui passe par ce système de reconnaissance vocale était enregistrée? Androïd comme Siri, gardent toutes les traces. Allez faire un tour à la rubrique « données et personnalisation » du géant américain Google, précipitez-vous, c’est édifiant. 

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Vous allez penser que nous sommes des obsédés du péril numérique. Des névropathes cycliques du complotisme. Mais toutes ces avancées modernes – qui relèguent d’ailleurs la cabine téléphonique et le Bi-Bop, au rang des alignements monolithiques de Carnac – sont des coups de canifs permanents à nos chères libertés. Des coins liberticides enfoncés peu à peu dans nos vieux cerveaux d’anars franchouillards. On n’en est pas encore au « Patriot act » autorisant la NSA américaine à écouter toutes les conversations  et à les enregistrer rien qu’à l’énoncé de certains mots clefs. Mais avouez qu’on n’en est plus très loin.

Heureusement il y a la CNIL. Et comme on dit chez le maïs Géant Vert, elle veille au grain. Ses 18 membres et ses 215 agents disposent même de 18,5 millions d’euros de budget pour protéger nos existences en ligne. On peut donc se coucher tranquille, la tête enfoncée profond dans nos polochons, la seule manière de dormir sur nos deux oreilles ?

La Chine paiera…?

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Chinois face au coronavirus à Beijing © Mark Schiefelbein/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22451623_000003

Voyant l’occasion de freiner sa politique, les pays rivaux veulent lui faire payer pour sa faute…


Dans le droit interne de tous les pays du monde, le dommage causé par une personne physique ou morale, privée ou publique, oblige l’auteur de ce dommage à le réparer. C’est le principe de responsabilité, aussi vieux que l’humanité. Ce principe a un quadruple fondement : réparateur, punitif, exemplaire, et donc préventif. Et s’il suppose parfois, pour être appliqué, la preuve d’un fait fautif, il suffit parfois aussi, simplement, d’un lien suffisant entre ce fait et le dommage sans avoir à établir une faute. Quant à la réparation elle consiste le plus souvent en une indemnité pécuniaire, mais dans certains cas aussi, en sanction pénale.

En droit international, les règles sont très similaires.

Le lourd bilan chinois

En Chine, la surpopulation, la promiscuité, la misère et le manque d’hygiène ou de civisme séculaires ont occasionné, dans l’histoire, des pandémies de peste (541, 1347, 1628, 1720), de choléra (1817, 1826, 1846), de grippe (1918, 1947, 1968), de SRAS etc…qui ont dévasté l’Europe. Fatalités, dira-t-on peut être.

Mais dans l’affaire du Covid-19 la planète n’a plus affaire à une fatalité, venue d’un pays misérable, mais à une succession de fautes et de mensonges depuis un pays qui se dit moderne et puissant et prétend dominer la planète.

Après avoir écrasé le premier cercle de ses voisins frontaliers, cette dictature capitalo-communiste arrogante a commencé à terroriser (y compris militairement) ses voisins du second cercle géographique. Et à inhiber ou corrompre les politiciens et affairistes d’Occident, et d’ailleurs.

Notre servitude volontaire

En effet, en Europe une tendance munichoise et affairiste prétend justifier sa lâcheté par la prétendue incontournabilité, si ce n’est l’irréversibilité, de notre dépendance à la Chine. Un forme de servitude volontaire, pour cause de cotation au CAC 40, de fonds de pension et de golden parachutes. On ne peut s’empêcher de songer au lamentable Chamberlain (un homme d’affaires) lors des accords de Munich en 1938 : sottise et lâcheté ; puis déshonneur, guerre, et enfin désastre économique.

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Catherine Nay (Valeurs actuelles) résume très bien les fortes suspicions concordantes qui se font désormais jour, ici et là, et de plus en plus précisément, à l’encontre de la Chine, sur les causes, l’origine, l’évolution de cette épidémie, devenue pandémie, puis cataclysme économique aux conséquences à peine entrevues à ce jour. A la lumière des informations qui filtrent peu à peu, et avec la prudence qui s’impose sur ce sujet aussi complexe que secret, il y a lieu de suspecter le régime chinois d’avoir manqué aux obligations qu’impose le Règlement sanitaire international de l’OMS (2005, 2e édition). En particulier aux obligations de l’article 6 (Notification) : « 1. Chaque État Partie évalue les événements qui surviennent sur son territoire […] 2. Chaque État Partie notifie à l’OMS, par les moyens de communication les plus efficaces dont il dispose, par l’intermédiaire du point focal national RSI et dans les 24 heures suivant l’évaluation des informations de santé publique, tout événement survenu sur son territoire pouvant constituer une urgence de santé publique de portée internationale au regard de l’instrument de décision, ainsi que toute mesure sanitaire prise pour faire face à ces événements […]. Après une notification, l’État Partie continue de communiquer en temps voulu à l’OMS les informations de santé publique exactes et suffisamment détaillées dont il dispose, si possible y compris la définition des cas, les résultats de laboratoire, la source et le type de risque, le nombre des cas et des décès, les facteurs influant sur la propagation de la maladie et les mesures sanitaires utilisées ; et indique, si nécessaire, les difficultés rencontrées et l’aide dont il a besoin pour faire face à l’éventuelle urgence de santé publique de portée internationale. »

En droit international public, un Etat peut être reconnu responsable des dommages qu’il cause, volontairement ou par son incurie. Ainsi le Traité de Versailles, signé par l’Allemagne, fixa-t-il les dommages de guerre que l’Allemagne était supposée verser à ses victimes. Et qu’elle ne versa qu’en partie. La majeure partie de ses finances ayant été consacrée à se doter d’une armée surpuissante en vue de s’emparer de l’Europe (Etienne Mantoux, The Carthagian peace…). Une armée surpuissante, en vue de dominer l’Asie, voire la planète, ne serait-ce pas également la folle ambition de l’Empire chinois ? La leçon de l’histoire nous enjoint de ne pas laisser la Chine poursuivre son délire hégémonique. Si Chamberlain avait été Churchill il n’aurait pas laissé Hitler devenir Hitler.

Responsabilité internationale

La Chine doit payer pour sa faute, ce qui l’obligera à reconsidérer sa politique opaque, oppressante et agressive, et peut être à changer radicalement son fonctionnement politique au grand bénéfice de son peuple et du monde.

La responsabilité internationale d’un Etat est engagée si trois conditions sont réunies : un fait illicite, un préjudice, et son imputabilité à l’auteur du fait (les juristes peuvent aussi parler d’un lien de causalité entre l’auteur, le fait illicite et le dommage).

Pour des raisons évidentes on se concentrera sur le seul premier point, celui du fait illicite. Celui-ci « est le fondement et l’élément premier de la responsabilité, celui auquel se rattachent tous les autres : imputation du fait illicite, préjudice, réparation et éventuellement punition » (Reuter, Droit international public, 1ère éd., PUF, Paris, 1958, pp. 245-246). Un état commet un fait illicite lorsque son «comportement constitue une violation d’une obligation internationale » (Rapport de la Commission à l’Assemblée générale sur les travaux de sa cinquante-troisième session, Nations Unies, New York/Genève, 2007, p.20 et s.). L’illicéité internationale résulte «soit de la violation d’une obligation conventionnelle, soit de la violation d’une obligation coutumière, soit encore dans une abstention condamnable » (Dominique Carreau, Droit international, 2è éd., Ed. A. Pedone, Paris, 1988, p. 405 ). Une action ou une abstention. Il appartiendra à des Commissions d’enquête de confirmer et approfondir ce que l’on comprend déjà de ce drame programmé et des manquements des autorités chinoises. « Il y a violation d’une obligation internationale par un État lorsqu’un fait dudit État n’est pas conforme à ce qui est requis de lui en vertu de cette obligation, quelle que soit l’origine ou la nature de celle‐ci » (article 12). L’état qui est convaincu d’avoir commis des faits illicites doit en réparer les conséquences. Les principes des Nations Unies imposent que « 1. L’État responsable est tenu de réparer intégralement le préjudice causé par le fait internationalement illicite ; 2. Le préjudice comprend tout dommage, tant matériel que moral, résultant du fait internationalement illicite de l’État.(article 31).

Les « contre-mesures »

Bien évidement il est à craindre que le régime chinois refuse une enquête, récuse sa responsabilité et, de toute façon, un incendie particulièrement opportun a déjà ravagé le marché aux viandes de brousse d’où serait partie l’épidémie de Covid, marché situé à faible distance du laboratoire P4 de la ville de Wuhan au sein duquel on travaillait sur des virus encore sans traitements ni vaccins, transmissibles par des animaux de la faune et consommés (chauves souris, pangolins). Ce refus probable d’enquête (des médecins et journalistes lanceurs d’alertes ont disparu) devrait être considéré comme un aveu de responsabilité. Bien sûr encore il est probable que le Régime chinois refusera de payer les dommages qui se chiffreront en millions de milliards de dollars.

Les seules possibilités proposées par le droit international seront alors les  »contre-mesures » : « 1.  L’État lésé ne peut prendre de contre-mesures à l’encontre de l’État responsable du fait internationalement illicite que pour amener cet État à s’acquitter des obligations qui lui incombent… » (article 49). Les seules véritables contre-mesures qui seraient au niveau du désastre seraient des droits de douanes égalisateurs sur les produits venus de Chine. Ils auraient un effet au moins triplement bénéfique : renflouer les finances publiques et ainsi aider à indemniser ou rétablir les acteurs économiques sinistrés ; conduire à des relocalisations ; réduire l’émission des gaz à effet de serre due aux transports. Et, si le projet d’hégémonisme militaro-capitalo-communiste chinois était calmé, cela profiterait à toute la planète. Le virus pourrait tuer cette inquiétante maladie politique.

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Les Français ne doivent pas souffrir des fautes commises par l’Etat chinois. Le problème juridico-politique est qu’on les a contraints a abandonner leurs intérêts et leur destin au système bruxellois, et donc à des demi mesures issues des marchandages provoqués par les conflits d’intérêts de 27 pays, très petits ou grands. La France, si elle n’arrive pas à en convaincre ses partenaires est parfaitement fondée, en droit international (supérieur au droit de l’UE), à surtaxer les produits chinois au niveau de son préjudice (et dans la limite des niveaux de prix du marché interne). Elle est fondée à appliquer cette indemnisation aux avoirs chinois ainsi qu’aux produits européens incluant des composants chinois. La France dispose d’un atout géographique majeur : elle est le carrefour giratoire de l’Europe. Sa position centrale qui lui a, militairement, valu bien des ennuis, pourrait à présent la servir. Nécessité fait loi : si ses 26 homologues refusaient de sanctionner la Chine, il lui suffirait de fermer ses frontières aux produits des pays qui décideraient de demeurer le cheval de Troie des produits chinois. Tout transport terrestre de marchandises visées nord/sud et est/ouest serait sous son contrôle : la  »stratégie du giratoire » le peuple français la connaît bien ! En l’occurrence les importateurs seraient tenus de vérifier la traçabilité des produits entrants et les douaniers seraient à nouveau sur les frontières. Il restera aux Français à confier leur destin à une coalition tombée d’accord sur ce remède de cheval. Le seul à pouvoir guérir la nation si affaiblie.

Théorie générale de la nation: L'architecture du monde

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La Révolution qui vient

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Florian Philippot © BALTEL/SIPA Numéro de reportage: 00890663_000014

Une tribune de Florian Philippot


L’épidémie de coronavirus agit comme un révélateur cruel du déclassement français. Déjà largement sur la voie du déclin, notre pays est aujourd’hui à terre. D’un point de vue sanitaire, nous dépassons la plupart des pays en nombre de morts par habitant. D’un point de vue moral, nous avons été obligés de trier les malades dans les hôpitaux, d’abandonner nos vieux dans les Ehpad, et de nier ainsi des valeurs centrales de notre civilisation. D’un point de vue économique et social enfin, nous entamons une crise d’une violence inouïe, qui décrochera encore davantage la France des pays riches. Tout cela est vertigineux.

Éberlués, les Français regardent nos gouvernants qui n’en sont pas. Ce sont plutôt des pantins irresponsables, incapables de tenir la barre pendant la tempête. Ils se dérobent, mentent pour cacher leur inconséquence, obsédés qu’ils sont par les comptes qu’ils devront rendre devant la Justice. Comme stratégie contre l’épidémie, ils n’ont qu’un confinement moyenâgeux à nous offrir, et choisissent pour le faire respecter leur méthode préférée, celle de l’infantilisation ; le Premier ministre nous a encore répété hier que nous avions intérêt à être sages si nous voulions pouvoir déconfiner le 11 mai. Tout repose sur nos pauvres épaules, la culpabilisation est immense.

L’ampleur de la crise que nous traversons est telle qu’elle peut être salutaire, comme tout accident qui met en jeu le pronostic vital

Ce moment peut faire peur : nous nous apercevons que le déclin de la France est bien plus grave qu’il n’y paraissait, et surtout qu’il va s’accélérer désormais très rapidement. Nous avions déjà le sentiment d’être tombés bien bas, nous nous rendons désormais compte que nous sommes sur le toboggan d’une déchéance infernale.

En réalité, l’ampleur de la crise que nous traversons est telle qu’elle peut être salutaire, comme tout accident qui met en jeu le pronostic vital. Elle peut nous faire comprendre que des mesures drastiques sont aujourd’hui indispensables. Nous aurions dû les prendre depuis longtemps, nous n’avons désormais plus le choix, il en va de notre survie. Nous sommes à un moment de vérité.

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Nous sommes allés si loin dans la destruction de notre pays qu’il va falloir de toute urgence adopter un véritable programme de salut public, sursaut vital d’un pays au bord de l’effondrement.

Nous devrons d’abord avoir les mains libres et suffisamment fortes pour ne pas nous écraser sur le mur de la dette. Soyons clairs, nous devrons sortir de l’Union européenne et de son rejeton le plus pervers, l’euro, pour pouvoir faire face. Il n’y aura pas d’autre solution que de suivre Keynes et son « euthanasie des rentiers » ; il nous faut accepter un peu d’inflation et un financement direct du Trésor par la banque centrale, pour échapper à l’appauvrissement inédit que produirait une politique intégralement tournée vers le remboursement d’une dette devenue gargantuesque après la crise. C’est seulement en dehors de l’UE et de l’euro que cet élan de vie sera possible. Nous devons nous mettre à l’abri d’une Allemagne qui, plus que jamais, va utiliser la monnaie unique et l’orthodoxie monétaire, pour finir de mettre au pas les nations affaiblies du continent.

Ce n’est d’ailleurs qu’en dehors de l’Union européenne et d’un euro qui n’a jamais été autre chose que le mark qu’on pourra enfin stopper net le mouvement mortel de désindustrialisation de la France, celui qui explique pourquoi tous les regards se sont tournés des semaines durant vers d’hypothétiques et miraculeuses importations chinoises de masques alors que notre appareil industriel national n’a jamais vraiment réussi à se mettre en route pour assembler quelques bouts de tissu à des élastiques…

Bâtir un État stratège, nationaliser des fleurons nationaux, avantager ses entreprises nationales dans les marchés publics, rompre avec des décennies de libre-échange et d’empilement de traités européens de commerce (les derniers en date concernent respectivement le Vietnam et le Mexique et ont tous deux été conclus pendant la crise sanitaire…), oser même clamer une défense inconditionnelle du « Made in France », de nos créateurs, de nos PME et du pavillon tricolore, interdire les délocalisations : rien de tout cela n’est possible, ni même envisageable dans l’Union européenne et l’euro. Seul un pays souverain peut mener une telle bataille.

Le programme de salut public ne s’arrêtera pas là, il reconnectera la vie économique au réel, en nationalisant les banques et les assurances pour qu’elles redeviennent des outils au service de la production nationale et des vraies gens, et non des machines à sous qui font jackpot à tous les coups : pile mes actionnaires empochent les dividendes, face les contribuables me renflouent quand la crise arrive…

Point de salut sans frontières, sans capacité de dire enfin stop à une immigration massive utilisée cyniquement depuis des décennies comme armée de réserve du néolibéralisme et comme instrument de déstabilisation de la civilisation française

Notre énergie ne sera pas seulement mobilisée par des problèmes économiques. Le monde d’après Covid sera plus déséquilibré encore que le monde d’avant. Il sera donc encore plus incertain, plus dangereux.

La Chine va profiter d’être sortie la première du marasme pour accroître son emprise sur l’Asie, sur l’Afrique, et partir à la conquête de la première place mondiale. Des ressentiments vont s’exacerber, des alliances se redessiner.

La France ne pourra compter que sur elle-même pour survivre dans ce monde chamboulé.
Doublons notre budget militaire pour le porter à 3,5% du PIB et faisons d’une pierre deux coups : assurer notre protection et notre autonomie stratégique tout en investissant dans l’industrie la plus rentable qui soit en terme d’innovation et d’emplois créés, l’industrie de défense.

Sortons dans le même temps de l’OTAN, pour éviter d’avoir demain à devoir nous battre dans de nouvelles guerres illégales contraires à nos intérêts.

Redonnons dans un même mouvement des frontières nationales à la France, celles dont le président Macron a nié l’existence même jusqu’au bout en refusant de les fermer pendant la crise du coronavirus, comme s’il avouait presque explicitement qu’il déniait à la France le droit même d’exister comme nation. Point de salut sans frontières, sans capacité de dire enfin stop à une immigration massive utilisée cyniquement depuis des décennies comme armée de réserve du néolibéralisme et comme instrument de déstabilisation de la civilisation française.

Pas de salut public enfin si le peuple français ne retrouve pas confiance. Des procès devront avoir lieu après la crise pour clamer des culpabilités et prononcer des peines. Qui a dilapidé notre stock stratégique de masques ? Qui a décidé d’abandonner nos anciens à leur sort tragique ? Qui a menti et pour quelles raisons exactement ? Pourquoi avons-nous refusé mordicus de tester des traitements qui semblent marcher à Marseille et dans d’autres pays ? Il faudra que ce soit su et que les comptes soient soldés.

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La suite ne sera pas le retour en arrière : le peuple se sera manifesté et il aura raison de vouloir reprendre la barre qu’une oligarchie lui a volée, avec les conséquences que l’on voit aujourd’hui. Nous devrons très vite introduire le RIC, le vrai RIC, dans la Constitution. La souveraineté nationale reconquise par la sortie de l’UE pourra alors se superposer à une souveraineté populaire qui cessera d’être fictive.

Solide sur ces fondations, la France pourra partir à la conquête de son destin, et s’arracher à l’effroyable déclin qu’on lui avait réservé. Elle se souviendra qu’elle est un pays monde, bourré de talents qui ne demandent qu’à plancher sur les inventions et les technologies du siècle, un pays qui puise sa force dans deux mille ans d’une Histoire enviée, faite d’écroulements et de renaissances flamboyantes, à l’ombre toujours du combat pour la liberté.

Les gilets jaunes de l’après Covid, quelle que soit la forme qu’ils se choisiront dans le vaste soulèvement populaire qui viendra forcément, auront à cœur ces mesures de salut public s’ils souhaitent accomplir une révolution politique au sens vrai du terme, qui ne soit ni l’occupation sympathique mais dénuée de sens d’espaces verts sur les ronds-points de France, ni un effroyable bain de sang.

Les Lacretelle, écrivains de père en fille

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Jacques de Lacretelle, 1922 © Rene Dazy/ Bridgeman images

 


En hommage à son père écrivain proche de Proust, Anne de Lacretelle publie Tout un monde, Jacques de Lacretelle et ses amis. Ce beau portrait d’un homosexuel amoureux de sa femme, hédoniste ascète de la plume et philosémite ami des Morand ressuscite une époque révolue.


Avec La Vie inquiète de Jean Hermelin (1920), Silbermann (1922) et La Bonifas (1925), Jacques de Lacretelle (1888-1985) connaît une rapide et belle renommée, fondée sur un talent de narration et d’analyse conjugué à l’audace dans le choix de ses sujets [tooltips content= »De La Bonifas, interprétée par Alice Sapritch à la télévision dans un film de Pierre Cardinal (1968), Anne de Lacretelle dit qu’elle est transgenre. Quant à Jean Hermelin, il serait sans doute aujourd’hui diagnostiqué autiste. »][1][/tooltips]. Et paraît, derrière la sensibilité maîtrisée, le moraliste – si loin des moralisateurs –, l’observateur attentif, le contempteur des médiocrités banales.

Anne de Lacretelle est la fille de Jacques [tooltips content= »Jacques de Lacretelle, héritier d’une famille qui comptait deux académiciens, est élu au fauteuil d’Henri de Régnier, le 12 novembre 1936. Très impliqué dans la renaissance du Figaro, à la Libération, il est nommé vice-président de la SA de ce journal, conseiller permanent à la direction, et membre du conseil de surveillance. »][2][/tooltips] et de « Souriceau », née Yolande de Naurois. Elle publie Tout un monde, Jacques de Lacretelle et ses amis, qui s’apparente à une biographie, mais qui évoque le philtre libéré d’un flacon, les effluves d’un temps révolu, les éclats de voix qui se sont tues, la grâce d’une société aimable. Et l’on est intrigué, puis séduit, emporté par l’évocation de cet homme volontiers distant et paradoxal, citoyen d’une patrie littéraire : un jour, Anne surprend Jacques, « le regard perdu, une larme coule sur sa joue […] Paul Valéry est mort ». Succédant à Jacques de Lacretelle à l’Académie française, Bertrand Poirot-Delpech écrit, dans son discours, le 29 janvier 1987 : « Le notable dont vous regrettez la finesse affable était pétri de contradictions, dont est né son art. Châtelain, mais qui change de château ; enraciné, mais avec une âme d’errant, à l’écart de tous les troupeaux ; héritier, mais attiré par le risque des courses et des jeux ; ami de Morand, en sympathie avec La Rocque, mais admirateur de Léon Blum, selon un éclectisme où il voit – comme on l’en approuve ! – la royauté de l’esprit. […] Le romancier n’a d’yeux que pour la face d’ombre de personnages meurtris, doubles désastreux de sa propre réussite. »

Dans le théâtre d’ombres que met en scène Anne de Lacretelle avec un art consommé de la surprise, chacune vient tenir son rôle auprès de son père, apparaît, disparaît sans avoir eu le temps de saluer, parfois. Et l’on assiste au beau spectacle un peu mélancolique d’une mémoire heureuse.

Anne de Lacretelle © Hannah Assouline
Anne de Lacretelle
© Hannah Assouline

Entretien avec Anne de Lacretelle

Causeur. Jacques de Lacretelle rate son bac, il publie tard son premier roman. Sait-il que la littérature lui donnera une destinée ?

Anne de Lacretelle. J’ai retrouvé un texte de lui, qui date d’un séjour à Cambridge, en été, l’université était alors déserte. Il pressent qu’il pourrait se « corréler » aux impressions qu’il reçoit du monde par le biais de l’écriture. Il en est surpris lui-même, et c’est comme une révélation. Toute proportion gardée, le choc qu’il reçoit est comparable à celui qu’éprouve Paul Claudel, derrière un pilier de Notre-Dame de Paris. Deuxième événement considérable, en 1913, la lecture d’Un amour de Swann : il affirme que ce livre lui a procuré des sensations différentes de toutes celles nées de ses lectures antérieures. Trois ou quatre ans après, il fait la connaissance de Marcel Proust, et naît alors une amitié incomparable. Proust a considérablement aidé les débuts littéraires de mon père. Il envoie un billet comminatoire à Jacques Rivière, usant d’un ton qui n’a rien de proustien : « Voici le téléphone de Jacques de Lacretelle, appelez-le. » Il fallait s’exécuter ! C’est ainsi qu’il est entré à la NRF, la voie royale.

Après la publication de son premier roman, La Vie inquiète de Jean Hermelin, Proust fait parvenir à mon père une lettre dont le contenu est tout différent, et je dois dire troublant, très émouvant. Proust s’abandonne presque, il s’identifie à cet être singulier, lequel, précise-t-il, échoue toujours à « rejoindre » les autres. On sent bien alors, dans cette manière de confession, que « rejoindre » lui est également interdit. Et je m’interroge : n’était-ce pas le secret, le ressort caché de sa fameuse gentillesse, destinée à compenser son impossibilité de « rejoindre » ?

Jacques de Lacretelle était apparenté à Aline Ménard-Dorian, qui fut l’un des modèles de Madame Verdurin. À ce propos, vous placez en addendum un texte de Marcel Proust, peu connu, adressé à votre père. Il y révèle les sources auxquelles il a puisé pour composer ses personnages. Et l’on constate qu’elles sont très nombreuses.

« Cher ami, il n’y a pas de clefs pour les personnages de ce livre, ou bien il y en a huit ou dix pour un seul. » C’est la dédicace de Proust à Jacques de Lacretelle sur l’un des six exemplaires de Du côté de chez Swann, une rareté sur papier Japon hélas disparue ! Mon père l’avait interrogé un peu cavalièrement : il voulait connaître les noms de ses modèles. Proust a cédé à cette petite inquisition, car il était séduit …

« L’un des plus beaux hommes que je connaisse », a-t-il dit de Lacretelle.

Oui, cela m’a été confirmé par plusieurs personnes. Cette séduction lui a permis d’obtenir ce texte précieux, grâce auquel on ne saurait réduire tel personnage, telle scène à une seule origine. Voyez par exemple ce qu’il dit de la sonate de Vinteuil : il nomme Saint-Saëns (« musicien que je n’aime pas »), la sonate de César Frank (« surtout joué par Enesco »), un prélude de Lohengrin, « une chose de Schubert », et encore « un ravissant morceau de piano de Fauré ». Oui, vraiment, ces lignes ont une importance considérable.

Vous parlez ouvertement de l’homosexualité de votre père.

Nos parents nous ont offert l’exemple d’un couple fusionnel, mais pas dans le sens que donnent à ce mot les journaux féminins. Ils avaient des projets communs, qu’ils menaient à leur terme. Mon père, je ne le cache pas, eut en effet des liaisons masculines et féminines. Mais sa femme est restée au centre de sa vie. Ma mère, à l’origine, ne songeait qu’à s’éblouir, à courir les boutiques des couturiers. Il l’a transformée. Mes parents étaient tout sauf des mondains affolés. Grâce au Figaro, à l’Académie française, ils fréquentaient des ambassadeurs, des attachés culturels, qui étaient souvent des écrivains. Ils ignoraient la petite mondanité, le snobisme banal. Wladimir d’Ormesson, le père de Jean, l’un des meilleurs amis de Jacques, a très bien décrit les différents niveaux de la vie mondaine parisienne, très cloisonnée, dans son livre De Saint-Pétersbourg à Rome. Mes parents avaient accès à la part la plus brillante, culturellement parlant, de cette mondanité.

On dit souvent : « Les Lacretelle et leurs châteaux. »

Ah ! les châteaux ! Je n’ai aucune honte à parler des châteaux de ma famille. Est-on vraiment propriétaire d’un château ? Lors des Journées du patrimoine je dis aux visiteurs que nous sommes des conservateurs paraétatiques, non appointés pour animer ces œuvres architecturales – animer au sens de leur donner une âme – et pour les transmettre. Nous en tirons peu d’avantages – sauf celui d’évoluer dans un beau décor. Il est absurde d’y voir de l’ostentation, une manifestation de pouvoir. Quand on possède un château, on n’a pas de yacht : tout l’argent passe dans la réfection de la toiture ! On a le devoir de le conserver, de préserver sa beauté. C’est ce que mon père et ma mère ont fait avec leurs propriétés successives. Dans les demeures familiales, j’ai acquis le sens de l’histoire, celui des archives, le goût de la transmission.

Vous étiez lié à Paul Morand, grand ami de Jacques de Lacretelle, et à Hélène, sa femme. Vous rapportez une réflexion de celle-ci : « Un homme qui ne trompe pas sa femme n’est pas un homme. »

Elle appelait Paul « mon toutou », c’est assez dire qu’il lui était inféodé. Cependant, lorsqu’elle dit cela, elle tente de faire bella figura, mais, au fond, elle en était affectée. La mort d’Hélène a laissé Paul totalement désemparé.

L’élection de Paul Morand à l’Académie, quelle aventure à rebondissements ! Enfin, il est élu, presque par surprise, en 1968 !

Le général de Gaulle, qui s’y était toujours opposé, avait d’autres chats à fouetter cette année-là. Ce fut touchant. Ce n’était pas vraiment de l’ambition banale, de la part de Morand, c’était le souhait de rejoindre cette institution. Il y eut tant d’obstacles ! Finalement, il y est entré. Plus tard, Paul a confessé son erreur de ne pas avoir reconnu la valeur du général de Gaulle. Les choix des uns et des autres sont parfois dictés par des causes très simples.

Paul Morand et sa femme étaient antisémites, or Jacques de Lacretelle, auteur de Silbermann, qui dénonce l’antisémitisme, ne l’était résolument pas.

Je peux dire ceci : je n’ai jamais entendu un propos antisémite de la bouche de Paul ni de celle d’Hélène Morand. Jamais, jamais mon père ne se serait mêlé à une conversation antisémite ! Et j’ai hérité son aversion pour l’antisémitisme.

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Votre livre, où abondent les faits et les confidences, les souvenirs, les révélations aussi, n’abolit pas entièrement le mystère de ce personnage si complexe. Être la fille de « Zeus », ainsi que vous le surnommez, ne fut pas toujours simple. Cet homme singulier ne vous imaginait pas en écrivain.

J’aurais bien aimé le titre « Zeus et compagnie », mais il ne fut pas retenu. Ah, Zeus ! Il entrait dans des colères moins redoutables par leur fracas que par leur fureur contenue, leur froideur qui nous pétrifiait. Il n’y avait guère de place pour les enfants dans le couple qu’il formait avec ma mère. Pour ce portrait, j’ai sollicité les flashs de ma mémoire, et j’ai consulté de nombreux témoignages et des correspondances. Les choses et les êtres ont pris place dans leur décor, celui d’une après-guerre, la Première, une époque folle, vraiment : ceux qui l’ont connue n’ont pas compris qu’ils dansaient sur des braises incandescentes. Cet hédoniste rompait avec le plaisir et s’isolait pour écrire. Très orgueilleux, il ne croyait pas qu’on pouvait lui succéder. En effet, il fut une figure énigmatique, et il le demeure.

Tout un monde: Jacques de Lacretelle et ses amis

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Silbermann / De Lacretelle, Jacques / Réf9111

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Les consolations d’un confiné

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Le gérant d’un bureau de tabac devant son commerce, Toulouse, 19 mars 2020. © Pablo Tupin/ Hans Lucas/ AFP

Quand la dope manque en temps de confinement, on peut voir la vie en rose. Et la mort aussi.


Avec le confinement, j’ai arrêté de fumer. Les queues devant les tabacs de toxicos patients et résignés ont été plus dissuasives que toutes les campagnes et que tous les cancers. Cinquante mètres et cinquante personnes, c’est trop. Je suis beaucoup trop orgueilleux pour prendre ma place dans une file de plus de cinquante mecs pour n’importe quelle raison, et même pour n’importe quelle fille. 

Quand la dope vient à manquer

Il y a une autre raison. Aujourd’hui dans ma France périphérique, les ronds-points se sont remplis de gendarmes et le marché du shit a connu des ratés dans la chaîne de distribution et des ruptures de stock. Les dealers étant confinés, seuls les prévoyants, les précautionneux, les avisés, les minables continuent de se droguer à l’abri de la pénurie. Seuls les maniaques qui bichonnent leur herbe dans leur petit jardin ou leur petite cave, avec les petites graigraines plantées, arrosées, éclairées, puis leurs petits planplans récoltés, séparés, taillés, fument encore mais attention, avec modération.

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Comme le marché international du masque, celui du cannabis, dans ma lointaine banlieue, au bord de la campagne et pas loin des cités, était tel qu’à part les petits épargnants et les grands dépendants, personne n’avait jamais craint qu’un jour la dope viendrait à manquer. Mais qui dit confinement disette, alors les fourmis tirent encore sur leurs joints quotidiens, et les cigales en manque dansent la java du sevrage.

Regards sur la mort

À l’inverse des masques, le manque, c’est bon pour la santé et pour la gracieuseté. Après deux jours d’une humeur difficile, surtout pour l’entourage, on perd son haleine, sa toux, son cynisme, ses sarcasmes et son aquoibonisme pour retrouver son souffle, son goût, son sourire, ses sentiments, ses émotions, son mojo, ses rêves et son humour. Voilà sans doute pourquoi je n’arrive pas à trouver ces temps si difficiles. Et mes co-confinés apprécient.

Mais la pénurie psychotropique n’est pas la seule raison. Depuis qu’autour de nous, des humains trouvent la mort par milliers, j’appréhende la mienne beaucoup plus sereinement. Une mort collective me semble un peu moins triste qu’une mort individuelle, quand c’est la mienne. Qu’est ce qui rend le trépas si inacceptable, enfin le mien ? Le bout de ma vie, la fin de ma pensée, la mort de mon regard, la perte de ma conscience, le retour à un néant que je ne verrai même pas, certes. Mais surtout et avant tout, l’idée que sans moi et malgré la fin de mon moi, la vie de tous les autres continue. Si je meurs en temps normal, partout dans le monde et même dans mon immeuble, et un jour dans mon appart, on continuera de regarder la télé et de faire l’amour, et la terre continuera de tourner comme si de rien n’était. En temps de mortalité collective, modestement les choses changent. Évidemment, aujourd’hui tout ne disparaîtrait pas avec moi, mais un peu moins de mes frères humains me survivraient, et ce n’est pas pour me déplaire. Si je dois être coronaviré ce soir plutôt que disparaître de mort naturelle plus tard, je me consolerai avec l’idée que je ne serai pas seul à ne plus bander demain matin. Mourir seul est un drame insupportable, partir en bande même désorganisée, une idée plus douce.

Si je devais expirer en ce moment, je le préférerais sans doute à un autre pour une autre raison encore. Comme quand, pensionnaire, j’avais échappé à la douche. Je trouverais dans mon dernier soupir la force de sourire en pensant que je vais échapper à la toilette, surtout mortuaire. N’ayant jamais abusé du savon pour entretenir mes défenses immunitaires, je n’aurais pas mérité qu’on se salisse les mains à me faire une vidange eaux et gaz, à me boucher les trous, à me tartiner de fond de teint, à me peinturlurer la tronche. De toute façon, je ne veux pas qu’on me voie : ce ne sera plus moi, juste un corps covide de mon esprit, et après la toilette, un faciès transfiguré de cire, maquillé comme un clown vivant, pathétique et grotesque. Et je n’ai pas de costume correct, ou alors il faudrait mettre mon bras sur un trou ou une tache. Déjà vivant, j’avais honte d’être l’objet de l’attention publique, alors mort… Ni présentable, ni présentation, les gestes barrière me sauveraient la mise. Si l’heure de mon trépas sonnait au temps du coronavirus, je disparaîtrais tranquille, presque incognito. Mais je précise, pas dans un four. Même avant d’être allé voir Auschwitz, je voulais être enterré.

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Enfin, une dernière pensée me fait voir la vie en rose et ma mort entre gris clair et gris foncé s’il m’arrivait de coronachavirer : je ne déplacerai pas plus de vingt personnes à mon enterrement, en attendant mieux. J’épargnerai un devoir moral et pénible, une corvée, un de ces « j’ai envie d’y aller comme de me pendre mais décemment, je ne peux pas ne pas » à des gens que je ne veux pas déranger. Et si le confinement devait se resserrer, je permettrais à mes amis ? mes enfants ? ma femme ? de pouvoir être absents sans être indécents.

Alors, peut-on être à la fois un misanthrope égocentrique et un innocent timide ? Vous avez quatre heures ?

Edouard Philippe, l’homme seul

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A Bordeaux, une femme et son enfant regardent à la télévision le Premier ministre présenter le programme du déconfinement de la France à l'Assemblée nationale, le 28 avril 2020 © UGO AMEZ/SIPA Numéro de reportage: 00958714_000002

Qu’on soit d’accord avec lui ou pas, Edouard Philippe rassure. Sans doute parce qu’il est le seul aujourd’hui à ressembler à l’idée qu’on se fait d’un homme d’État. Alors que le risque de reconfinement après le 11 mai est bien réel, et que le président de la République n’est bon qu’à proférer des prophéties autoréalisatrices, lui garde la tête sur les épaules. Il a présenté hier le plan du gouvernement.


 

Je n’ai, à vrai dire, aucune sympathie idéologique pour Edouard Philippe mais ce que j’ai vu hier, c’est un homme d’État, c’est-à-dire un homme qui conjugue le réalisme et l’espérance, qui promet du sang et des larmes mais qui croit malgré tout en un pays qu’il est un des rares, au gouvernement, à connaître réellement.

Une étrange assemblée

Son visage était visiblement marqué. Le fringant quadra libéral de 2017 avait le regard inquiet que tentait de démentir son discours volontariste. Dans cet hémicycle qui très symboliquement a été un des premiers clusters français de la pandémie, tout avait un air d’étrangeté, quelque chose de crépusculaire. Soixante-quinze députés dans une atmosphère de catacombe avec l’étrange et indispensable rituel de la désinfection de la tribune par les huissiers entre chaque prise de parole.

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Je persiste à croire que dans la macronie, il est le seul à avoir les pieds sur terre. On a voulu me vendre un Macron gaullien, churchillien, chef de guerre, puis président modeste. C’est tout de même un peu fort. Lors de son intervention du 15 avril, que les commentateurs décidément bien serviles ont présenté comme profondément humaine, j’ai surtout vu une manière d’illuminé qui prend ses désirs pour la réalité.

Philippe veut nous éviter « l’écroulement »

Je l’ai déjà écrit naguère mais Macron est un solipsiste : il croit que le monde est une projection de son esprit et qu’il peut le façonner par une parole performative : « Si je dis que le 11 mai, on déconfine, on déconfine ; si je dis qu’on rouvre les écoles, on rouvre les écoles ; si je dis que dans quinze jours, je veux un plan détaillé du premier ministre, il y aura un plan détaillé du premier ministre. » L’univers mental d’Emmanuel Macron est celui d’une mégalomanie dont on aurait pu et dû se douter lors de sa cérémonie d’investiture devant la pyramide du Louvre et ses métaphores jupitériennes. Il n’en est pas comme Trump à proposer des traitements à base d’UV et de détergents mais on n’en est pas loin. Après tout, n’a-t-il pas eu le droit de la part de ses thuriféraires, à l’appellation de président philosophe et thaumaturge ? S’il n’y avait pas la nécessité de la distanciation sociale, il pratiquerait l’imposition des mains pour guérir le Covid-19 qui fait figure pour lui de modernes écrouelles.

Emmanuel Macron le soir de son élection, au Louvre, le 7 mai 2017 © DAVID NIVIERE/SIPA Numéro de reportage: 00805555_000004
Emmanuel Macron le soir de son élection, au Louvre, le 7 mai 2017 © DAVID NIVIERE/SIPA Numéro de reportage: 00805555_000004

Edouard Philippe, lui, doit faire avec. Le choix totalement arbitraire du 11 mai, il a été obligé de l’atténuer, trouvant un équilibre instable entre les instances scientifiques, hier encore sacralisées et aujourd’hui vilipendées dans un bel accès d’obscurantisme irrationnel, et les nécessités politiques. On n’aimerait pas être à sa place : gérer la pénurie de moyens de base comme les masques et en même temps faire redémarrer le pays qui s’endort doucement dans une léthargie mortelle et menace ruine. C’est un drôle de défi. Edouard Philippe n’a pas voulu prononcer le mot d’effondrement, qui rappelle trop la collapsologie, mais il a bel et bien employé celui d’ « écroulement ». Pas seulement celui de l’économie mais aussi de toute notre civilisation. Il sait que les claquements de doigts et les prophéties autoréalistrices d’un président ne changeront rien à ce danger mortel.

Je marche seul, sans témoin sans personne

Les injonctions contradictoires d’un Macron ou d’un Blanquer, anxiogènes et imprudentes, il a tenté de les effacer par un discours clair, sans ambiguïtés, reconnaissant des erreurs qui ne sont pas forcément les siennes, s’offrant même le luxe de l’humour sur ceux qui exercent surtout dans les médias le ministère de la parole, exactement comme Macron lui-même. C’est peut-être précisément le péché originel de Macron, comme des commentateurs, que de ne jamais avoir été élus, c’est-à-dire de ne jamais avoir été sur le terrain. Ils sont beaucoup trop, dans notre paysage politique et médiatique, à n’avoir aucune idée de ce que signifie affronter le suffrage universel, la seule onction qui vaille en démocratie et même la seule légitimité. Quant à l’élection de Macron lui-même, c’est un coup de chance plus qu’un désir de la société : on l’a mesuré très vite avec l’apparition des gilets jaunes puis la contestation historiquement longue de la réforme de la SNCF et, encore plus, des retraites. Le premier ministre lui est maire d’une grande ville, il a donc pu s’apercevoir à quel point son N+1 avait fracturé la société et n’avait plus la légitimité suffisante pour créer cette union nationale introuvable.

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Edouard Philippe ne l’espère plus. Ce qu’il a tenté hier, c’est de limiter des dégâts humains, politiques et économiques irréversibles. Il ne réussira peut-être pas, mais au moins, il aura essayé. Et cela a quelque chose de rassurant. D’ailleurs, Edouard Philippe commence à gêner Macron et sa propre majorité, comme l’a souligné Mélenchon en montant à la tribune et en l’épargnant curieusement pour concentrer ses tirs sur le président de la République. On sent en effet Edouard Philippe sur un siège éjectable : c’est normal, à défaut d’être « le meilleur d’entre nous », il est incontestablement le moins mauvais.

Comment nous sommes devenus Chinois

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Édouard Philippe annonce la fermeture jusqu’à nouvel ordre de tous les « lieux recevant du public non indispensables à la vie du pays », Paris, 14 mars 2020. © Xosé Bouzas/ Hans Lucas/ AFP

Depuis le début de la pandémie, l’administration médicale a pris le pas sur le gouvernement des hommes. Or, si ses intentions sont louables, l’exécutif ne peut faire passer la santé avant tout autre impératif. Nos libertés fondamentales et les nécessités économiques devraient également peser dans la balance.


C’est ballot, je crois que j’ai raté une élection. Non, je ne parle pas des demi-municipales, celle-là j’y étais, même si cela ne s’est pas vu dans les résultats. Non l’élection que j’ai ratée, c’est celle des conseillers d’État. J’apprends, à la faveur de l’épidémie que vous savez, que ce sont ces éminences de luxe, sorties en tête du classement de l’ENA, qui dirigent la France. Et je chipote, mais être gouvernée par des gens que je n’ai pas élus, ça me chiffonne.

Notez que les conseillers d’État ne s’invitent pas tout seuls à prendre la place des politiques. Nombre de médecins, également convaincus qu’ils savent mieux que le gouvernement ce qu’il faut faire, ne se sont pas contentés de nous engueuler tous les jours parce que nous n’étions pas assez obéissants. Le 19 mars, ils ont saisi le Conseil d’État dans le cadre de la procédure référé-liberté pour qu’il somme l’exécutif d’ordonner un confinement à la chinoise. Il ne s’agit donc plus de protéger une liberté constitutionnelle contre les manigances de l’État, mais de se substituer à l’administration jugée défaillante, en lui enjoignant de prendre telle ou telle mesure. L’avocat d’une des associations requérantes a admis qu’« il était plus facile de mettre en place ce type de système dans un régime totalitaire », tout en estimant qu’on « pouvait tout de même y arriver ». Tous chinois ! L’ennui, c’est qu’on commence à découvrir que ce formidable exemple chinois reposait sur des données totalement bidonnées…

Dans les mains de la science

En affirmant que, derrière chacune de ses décisions, il y avait des « blouses blanches », le gouvernement a lui-même semblé renoncer à ses prérogatives. Vous me direz qu’en ces temps d’urgence sanitaire, on doit s’en remettre à la science. Sauf que la science ne parle pas d’une seule voix, comme en témoigne la bataille de la chloroquine.

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Surtout, de même que pour un marteau tous les problèmes sont des clous, pour les médecins qui sont sur le front, le Covid-19, l’ensemble des politiques publiques doivent être tournées vers un unique objectif, la lutte contre l’épidémie – au détriment d’ailleurs des autres pathologies : aujourd’hui, on ne peut plus soigner les cancers, s’émeuvent des médecins.

Entre les approuveurs et les complotistes, il doit y avoir de la place pour une critique raisonnable

On se rappelle la formule d’un conseiller de Bill Clinton à son adversaire bushiste : « It’s the economy, stupid ! » (« Imbécile, c’est l’économie qui compte ! ») Désormais, « It’s the epidemy, stupid ! » Et tout le reste de l’existence devrait s’effacer devant cet impératif. 

On oublie la santé mentale et l’économie!

Que la parole des médecins ait aujourd’hui la préséance, on le comprend. Elle ne saurait être exclusive. La supportabilité des mesures pour l’ensemble de la population doit être une des données de l’équation, de même que la nécessité de faire fonctionner, tant bien que mal, une partie de l’économie. Si nous restons tous chez nous 24 heures sur 24, privés du droit de se dégourdir les jambes et de sortir Médor, le virus cessera de circuler, mais nous deviendrons tous fous, sans compter que des dizaines de milliers de Français, qui continuent à bosser, perdront leur emploi ou leur outil de travail. Et non, il ne s’agit pas de caprices, ni de basses raisons mercantiles. Comme l’a écrit Renaud Girard, il ne faudrait pas que la France meure guérie.

Le gouvernement doit donc, comme toujours, arbitrer entre des impératifs et des discours contradictoires. Il ne peut se contenter d’appliquer le slogan : la santé avant tout. Cela ne signifie pas que nous devrions abandonner nos vieux, nos malades, nos sans-abri à leur sort, mais que l’émotion ne peut être le seul guide de l’action publique. Œuvrer pour la collectivité, malheureusement, ne signifie pas œuvrer pour chacun des individus qui la composent : sinon, nous ne laisserions pas les caissières, les livreurs et autres éboueurs, sans oublier les imprimeurs[tooltips content= »Que le nôtre, BGL, soit remercié pour avoir assuré malgré les difficultés »](1)[/tooltips], les kiosquiers, les postiers et tous ceux grâce à qui les journaux paraissent et sont distribués, prendre des risques pour que l’ensemble de la société puisse continuer à se nourrir, à s’informer (et à se laver). En réalité, chaque décision politique, ces jours-ci, cache un calcul fort peu ragoûtant : quel prix sommes-nous prêts à payer pour sauver combien de vies ? La preuve que nous demeurons une civilisation, cher Alain Finkielkraut, n’est pas que la vie humaine n’a pas de prix, mais que ce prix soit élevé (nous acceptons de grands sacrifices) et que ce calcul n’ait pas droit de cité sur la place publique.

Nos libertés fondamentales

Ainsi, si nous acceptons et à raison, une suspension drastique (et provisoire) de nos libertés publiques, à commencer par celle d’aller et venir, nous n’avons pas pour autant aboli l’État de droit. Nous devons exiger que les restrictions soient strictement proportionnées aux nécessités. La mise à l’arrêt de l’ensemble de la chaîne pénale, qui prolonge indûment les détentions provisoires, interdit les audiences de libération conditionnelle (et fait courir aux intéressés le risque d’être contaminé en prison), s’imposait-elle ? Il ne s’agit pas là d’un caprice parce qu’on m’a privé de mes autos-tamponneuses et de mon bac à sable, comme le dit encore Alain Finkielkraut en se moquant gentiment, mais de rien de moins que nos libertés fondamentales, et de l’égalité de traitement devant la loi. Il faut aussi se demander pourquoi le Conseil constitutionnel s’est suspendu lui-même, sans même examiner la constitutionnalité des ordonnances prises en application de l’état d’urgence. Nos juges constitutionnels n’ont-ils pas d’ordinateurs qui leur permettraient de télétravailler ?

Dans ce brouhaha de légitimités, les coupeurs de têtes sont à la fête, impatients de pouvoir traîner ministres et hauts fonctionnaires devant les tribunaux. L’union nationale n’a pas fait taire l’envie du pénal. Il existe déjà un site (plaintecovid.fr) sur lequel on peut télécharger un formulaire spécifique selon que l’on est soignant, patient ou non-malade. Cette confusion entre faute pénale et erreur politique, qui rappelle les heures sombres du procès du sang contaminé, revient, en fin de compte, à privatiser la politique puisqu’on juge l’homme pour les erreurs du ministre.

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Or, la seule alternative au gouvernement des juges, c’est la responsabilité politique. Cela signifie que la critique doit être libre, même quand elle est aussi idiote que celle d’Annie Ernaux et de tous ceux qui accusent Macron de vouloir commencer une carrière de dictateur à la faveur de la catastrophe sanitaire. Les Français ont le droit d’être traités en adultes. Certes, nous ne ferions pas mieux, mais nous n’avons pas brigué les suffrages de nos concitoyens. Entre les approuveurs et les complotistes, il doit y avoir de la place pour une critique raisonnable.

L’exécutif semble avoir fini par le comprendre. Lors de la conférence de presse du 28 mars, Olivier Véran et Édouard Philippe ont cessé de nous parler comme à des enfants de six ans incapables, non seulement d’enfiler un masque, mais de comprendre que leurs dirigeants n’étaient pas des faiseurs de miracles. C’est un premier pas. Un deuxième serait de démissionner en urgence Sibeth Ndiaye qui a prouvé son incompétence et le mépris dans lequel elle tient le bon peuple. Politiquement, la meuf est dead. Alors chiche ?

Les Rien-pensants

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La Chine des confins de Marco Polo

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Marco Polo s'embarquant pour l'Asie, Venise, 1338 © MARY EVANS/SIPA Numéro de reportage : 51337521_000001

Il fut un temps où le voyage ne se cantonnait pas qu’aux halls d’aéroports, où le frisson de l’aventure n’avait pas été englouti par une profusion de fictions, où l’on pouvait encore épater la galerie par des découvertes inédites.


Sept siècles après son odyssée, le pouvoir contagieux de l’envoûtement de Marco Polo n’a guère été éradiqué. Je n’avais pas attendu d’être assigné à résidence pour me plonger dans Le Dévisement du monde, mais de la relecture du Livre II – le séjour du Vénitien dans l’empire du Mongol Koubilaï Khan, qui vient alors de conquérir la Chine – émane une ode à l’enchantement du monde. Pris sous l’aile de l’empereur, le pape des aventuriers y resta vingt ans. Des décors du palais à ses festins ou ses jardins, tout est « magnifique », « somptueux », « admirable » aux yeux du jeune marchand, «moi Marco », comme il se désigne lui même sans une once de second degré. Le romantisme avant la lettre, Chateaubriand n’a qu’à bien se tenir.

Koubilaï Khan, un empire gigantesque 

Au menu des gibiers favoris de l’empereur, cerfs, chevreaux, sangliers, daims, lièvres, faucons, éperviers ou hiboux. Les curieux seront déçus: aucune trace de chauves-souris. En revanche, pour désaltérer nos papilles entre deux bouchées, « une fort bonne boisson composée de riz et de plusieurs parfums, laquelle par sa douceur surpasse la bonté du vin ». Nul doute qu’entouré de ses quatre femmes légitimes, nombreuses concubines et centaines de domestiques, Koubilaï Khan – « un fort bel homme » précise Marco – savait vivre. Mais qu’on n’y voit pas là une faiblesse pour la débauche. De l’Asie du sud-est à l’actuelle Ukraine, l’empire de Koubilaï est alors immense. Conscient qu’on ne tient pas un empire avec des grenouilles de bénitier ou autres emmerdeurs identitaires mais qu’on ne doit pas non plus les frustrer, l’empereur avait la solution: « Tous les peuples, de quelque secte qu’ils soient, chrétiens, juifs, mahométans, tartares et autres païens, sont obligés de prier leurs dieux pour la vie, la conservation et la prospérité de l’empereur ». Pas de territoires perdus sous Koubilaï. 

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Chargé de surveiller la collecte des impôts dans les territoires nouvellement conquis, Marco Polo se convertit alors en une sorte d’espion au service du roi. Parmi les villes sous contrôle de ce dernier, une dénommée Wuchang. Bien plus tard, au début du XXème siècle, celle-ci se mélangera avec deux autres villes pour faire éclore une certaine Wuhan. À 700 km à l’est de celle-ci, se trouve l’ancêtre d’Hangzhou. Le serviteur du roi y admire le sens du commerce (« il y a des artisans et des négociants en si grand nombre que ça me paraîtrait incroyable si je le rapportais ») et le raffinement des citadins (« les habitants de cette ville vivent dans les délices, mais surtout les femmes ; ce qui les fait paraître plus belles qu’ailleurs »). 

L’émerveillement contre l’aseptisation du monde 

Il est aussi sensible au volet sécuritaire («pour empêcher les vols et les homicides, il y a une patrouille de dix hommes, la nuit, sur chaque pont ») et semble épaté par l’hygiène (« toutes les places de la ville sont pavées de pierres, ce qui la rend très propre […] on y voit aussi plus de trois milles bains qui servent aux hommes pour se laver : car cette nation fait consister toute la pureté dans celle du corps »). D’une façon générale, le jeune Vénitien est impressionné par cette civilisation chinoise en avance sur son temps, comme en témoigne l’existence de la monnaie sous forme de billets, authentifiés par la marque de l’empereur – et dont ceux qui auraient la mauvaise idée d’en faire des faux risquent la mort: « on se sert pour la faire de l’écorce intérieure de l’arbre qu’on appelle mûrier ». 

Bien avant l’éclosion des laboratoires P4, Marco Polo a-t-il arpenté Wuhan? Difficile de savoir, mais il confie avoir « commandé Yanghzou pendant trois ans par l’ordre du Grand Khan ». Yanghzou – située à 600 km de Wuhan – ayant alors vingt-sept autres villes sous sa dépendance, précise-t-il, on est libre d’imaginer qu’il y a mis les pieds. Mais quand certains se demandent s’il s’est vraiment rendu en Chine, quelle importance? La leçon du récit de Marco Polo, c’est que l’enchantement du monde est incompatible avec la fadeur de  l’uniformisation des civilisations. Pour combattre l’aseptisation du monde de l’empereur Corona, il va falloir inventer un monde réenchanté. À travers son récit, Marco Polo nous montre la voie. 

>>> À écouter: L’incroyable voyage de Marco Polo sur France Inter <<<

Le devisement du monde

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La Description du monde

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