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Bon courage, Edouard Philippe!

Contrairement à Macron, lui est face aux réalités du déconfinement à venir

Bon courage, Edouard Philippe!
Le Premier ministre Edouard Philippe face à son ministre de l'Education, mardi 21 avril à l'Assemblée nationale © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage: 00957382_000008

S’occuper du réel alors que le président sombre dans le solipsisme, ça ne doit pas être facile tous les jours.


À un moment, pendant les deux heures interminables du service après-vente flou comme une photo de David Hamilton de la conférence de presse d’Edouard Philippe et d’Olivier Véran, j’ai eu pitié du Premier ministre. Sur le papier, il est plus à droite qu’Emmanuel Macron, comme il l’a montré dernièrement en appuyant la contre-offensive libérale du Medef sur le thème « Il faudra travailler plus », contre-offensive vite avortée malgré le soutien servile de la secrétaire d’État à l’économie, Agnès Pannier-Runacher qui doit aussi, pour son deuxième boulot, être la secrétaire de Geoffroy Roux de Bézieux, ce n’est pas possible autrement. 

On a du mal à penser qu’Edouard Philippe ait été mis au courant de la date du 11 mai. Ou alors au dernier moment…

J’ai eu pitié parce qu’Édouard Philippe m’est sympathique. Il fait de la boxe, il écrit des polars et surtout, il est aussi un élu de terrain, maire d’une grande ville. C’est-à-dire qu’il est un des rares dans ce gouvernement purement technocratique, à savoir à quoi ressemble la France. Lors du premier tour des municipales, au Havre, il a d’ailleurs senti le vent du boulet en n’étant pas réélu au premier tour et en étant talonné par un candidat d’union de la gauche qui a fait dix ou douze points de plus que prévu dans les sondages.  Il n’a pas dû être étonné. Après les gilets jaunes et les retraites, il se doutait bien que son électorat n’allait pas l’applaudir, quand bien même il serait un bon maire. 

La réouverture prochaine des écoles inquiète

Je vous rappelle, à tout hasard, que le 15 mars dernier, alors que les écoles étaient fermées, les Français ont pu voter. Là, ce sera le contraire, les Français ne pourront pas voter fin juin mais les écoles seront ouvertes. En mars, ce sont les candidats et les assesseurs dans les bureaux de vote qu’on a envoyé au casse pire, fin juin ce seront les profs et les élèves ! S’il y a une logique à tout ça, il faudra nous l’expliquer. Edouard Philippe, lui, il est du genre à savoir que c’est parfaitement absurde d’un point de vue sanitaire et criminel d’un point de vue humain. Il pourrait le dire et s’en aller, façon Chevènement pendant la guerre du Golfe. Mais on l’accuserait de désertion et comme en plus, il a le sens de l’État, il assume.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Gouvernement: le « risque zéro » pour feuille de route

Et c’est dur d’assumer, avec Macron comme président. J’ai du mal à penser qu’Édouard Philippe ait été mis au courant de la date du 11 mai. Ou alors au dernier moment. Comme Blanquer pour les écoles qui a dû ramer le lendemain de l’intervention présidentielle pour tenter de rassurer, ce qu’il sait très mal faire, et de broder sur un vide sidéral, ce qui crée chez lui un abus d’adverbe en –ment, comme prochainement  ou probablement et de doubles négations embrouillées sur l’école qui est obligatoire mais parfois facultative. D’ailleurs, il n’était pas à la conférence de presse, il devait être en train d’élaborer le plan de rentrée qui est annoncé depuis dix jours pour dans quinze jours, ce qui va tranquillement nous amener au 11 mai. Sans plan.

Philippe se coltine le réel, lui

Mais revenons à Edouard Philippe. Edouard Philippe doit lui aussi, mais dans tous les domaines, assurer l’application d’un déconfinement qui ne sera pas un déconfinement mais quand même un peu. Bref, il doit limiter la casse qui va avoir lieu dans le monde réel faute de doctrine claire et de moyens suffisants, tout ça à cause d’un président qui ne vit plus dans le monde réel mais dans un monde imaginaire où il croit sans doute qu’en disant les choses, cela suffit pour que les choses arrivent, les masques, les tests et tout le tintouin. « L’intendance suivra » doit-il se dire, le jeune président. Mais on s’aperçoit qu’il n’a pas tout à fait les épaules de De Gaulle pour se permettre ce genre de réplique. Et puis De Gaulle, lui, ne s’était pas amusé à privatiser l’intendance pour le plus grand profit de ses potes, avant de s’apercevoir qu’il faut éviter de déclarer en guerre en y allant à poil.

D’ailleurs, le pauvre Edouard Philippe doit voir arriver le moment où, en plus, on va se retrouver en délicatesse avec les Chinois parce que Macron, qui décidément ressemble de plus en plus à Trump, a décidé dans un délire complotiste évidemment relayé par ses amis de l’éditocratie, qu’il fallait un bouc émissaire à la catastrophe en cours. Edouard Philippe doit commencer à comprendre que les deux, Trump et Macron, souffrent de solipsisme, c’est-à-dire sont persuadés que le monde extérieur n’existe pas, qu’eux seuls sont la mesure du réel. Et de, fait, Trump comme Macron, correspondent bien à la définition que Schopenhauer donne du solipsiste, devenu inaccessible à la raison : « Un fou enfermé dans un bunker. »

Alors Edouard Philippe fait avec. Et il fatigue. Ca se voit à l’œil nu. Le blanchissement surprenant d’une partie de sa barbe, par exemple, qui intrigue tant et qui est dû à un vitiligo dont on apprend de source médicale qu’il est lié à des facteurs génétiques mais « qu’il pourrait aussi être lié au stress. » 

Effectivement, il y a de quoi.


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Jérôme Leroy est écrivain et membre de la rédaction de Causeur. Dernier roman publié: Vivonne (La Table Ronde, 2021)

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