Depuis le début de la pandémie, l’administration médicale a pris le pas sur le gouvernement des hommes. Or, si ses intentions sont louables, l’exécutif ne peut faire passer la santé avant tout autre impératif. Nos libertés fondamentales et les nécessités économiques devraient également peser dans la balance.


C’est ballot, je crois que j’ai raté une élection. Non, je ne parle pas des demi-municipales, celle-là j’y étais, même si cela ne s’est pas vu dans les résultats. Non l’élection que j’ai ratée, c’est celle des conseillers d’État. J’apprends, à la faveur de l’épidémie que vous savez, que ce sont ces éminences de luxe, sorties en tête du classement de l’ENA, qui dirigent la France. Et je chipote, mais être gouvernée par des gens que je n’ai pas élus, ça me chiffonne.

Notez que les conseillers d’État ne s’invitent pas tout seuls à prendre la place des politiques. Nombre de médecins, également convaincus qu’ils savent mieux que le gouvernement ce qu’il faut faire, ne se sont pas contentés de nous engueuler tous les jours parce que nous n’étions pas assez obéissants. Le 19 mars, ils ont saisi le Conseil d’État dans le cadre de la procédure référé-liberté pour qu’il somme l’exécutif d’ordonner un confinement à la chinoise. Il ne s’agit donc plus de protéger une liberté constitutionnelle contre les manigances de l’État, mais de se substituer à l’administration jugée défaillante, en lui enjoignant de prendre telle ou telle mesure. L’avocat d’une des associations requérantes a admis qu’« il était plus facile de mettre en place ce type de système dans un régime totalitaire », tout en estimant qu’on « pouvait tout de même y arriver ». Tous chinois ! L’ennui, c’est qu’on commence à découvrir que ce formidable exemple chinois reposait sur des données totalement bidonnées…

Dans les mains de la science

En affirmant que, derrière chacune de ses décisions, il y avait des « blouses blanches », le gouvernement a lui-même semblé renoncer à ses prérogatives. Vous me direz qu’en ces temps d’urgence sanitaire, on doit s’en remettre à la science. Sauf que la science ne parle pas d’une seule voix, comme en témoigne la bataille de la chloroquine.

A lire aussi: Chloroquine: Sacré Raoult!

Surtout, de même que pour un marteau tous les problèmes sont des clous, pour les médecins qui sont sur le front, le Covid-19, l’ensemble des politiques publiques doivent être tournées vers un unique objectif, la lutte contre l’épidémie – au détriment d’ailleurs des autres pathologies : aujourd’hui, on ne peut plus soigner les cancers, s’émeuvent des médecins.

Entre les approuveurs et les complotistes, il doit y avoir de la place pour une critique raisonnable

On se rappelle la formule d’un conseiller de Bill Clinton à son adversaire bushiste : « It’s the economy, stupid ! » (« Imbécile, c’est l’économie qui compte ! ») Désormais, « It’s the epidemy, stupid ! » Et tout le reste de l’existence devrait s’effacer devant cet impératif. 

On oublie la santé mentale et l’économie!

Que la parole des médecins ait aujourd’hui la préséance, on le comprend. Elle ne saurait être exclusive. La supportabilité des mesures pour l’ensemble de la population doit être une des données de l’équation, de même que la nécessité de faire fonctionne

Article réservé aux abonnés

60 % de l’article reste à lire…

Pour poursuivre la lecture de cet article Abonnez-vous dès maintenant.

ABONNEMENT 100% NUMERIQUE
  • Tout Causeur.fr en illimité
  • Le magazine disponible la veille de la sortie kiosque
  • Tous les anciens numéros
3 €80par mois
Avril 2020 - Causeur #78

Article extrait du Magazine Causeur

Lire la suite