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Le coût de la vie


Pour répondre aux besoins sanitaires illimités d’une population angoissée, l’Etat-Providence dispose de ressources limitées. A l’heure où la mort est devenue inacceptable, la puissance publique doit définir des priorités. Et évaluer le coût de chaque vie sauvée.


Dans une situation de pandémie, il est compréhensible que les besoins en santé d’une population angoissée soient illimités. Les ressources restant limitées, cette demande exponentielle révèle l’existence d’un domaine que la plupart d’entre nous ignorent : l’économie de la santé. Comme l’a écrit Michel Foucault, il s’agit « de la mise en rapport d’une demande infinie avec un système fini. […] Il va falloir décider que telle maladie, tel type de souffrance ne bénéficieront plus d’aucune couverture, que la vie même dans certains cas, ne relèvera plus d’aucune protection. […] C’est à cet endroit qu’une certaine rationalité devient elle-même scandale. » Cette citation renvoie à l’une des principales caractéristiques de notre civilisation postmoderne : l’exigence du risque zéro, la transformation de la maladie, de la souffrance et de la mort en scandales inacceptables. Pour ceux qui sont supposés répondre à cette attente – les professionnels de la santé, ainsi que ceux qui les financent et les contrôlent –, c’est une sacrée gageure.

Stratégie d’optimisation des ressources

La question du prix de la vie humaine a commencé à être étudiée de façon théorique dans les années 1970 avec l’avènement de l’État-providence. Il ne s’agissait pas de coller une étiquette de prix sur des personnes, mais d’optimiser les ressources disponibles pour sauver le plus de vies possible. Après un quart de siècle d’investissements prioritaires dans les structures, les équipements et le personnel, une question s’est imposée face à l’augmentation de la part des dépenses de la santé dans les PIB des différents pays occidentaux : quelle stratégie permet d’utiliser au mieux les moyens à notre disposition pour sauver une vie ? De telles évaluations deviennent d’autant plus utiles que le déficit de l’Assurance-maladie se creuse et que les finances publiques servent de garantie. Il devient donc urgent de pouvoir identifier les meilleures mesures de santé publique en termes de rapport coût/efficacité.

En posant des questions nécessaires à la formulation de priorités, l’économie de la santé se trouve confrontée à l’éthique. Les professionnels de la santé le savent bien, eux qui s’y frottent au quotidien et font des arbitrages au cas par cas. Mais à l’échelle d’une nation, il revient à la puissance publique de définir les priorités sanitaires. Les gouvernants sont alors tentés d’imposer leurs choix, quitte à s’enfoncer dans une dérive techno-dictatoriale loin des débats démocratiques. Il est ainsi très facile de trouver des fondements scientifiques aux politiques imposées par le pouvoir. Tous les dictateurs ont eu leurs conseillers scientifiques !

Des choix politiques

Ces choix, y compris en temps de crise, sont souvent le produit de rapports de forces entre technocrates, politiques et acteurs économiques. Sélectionner quel patient sera admis en réanimation ou aura accès à un respirateur au détriment d’un autre, c’est décider que la vie de tel jeune adulte primera celle d’une personne âgée, ou bien qu’un chargé de famille sera prioritaire sur un célibataire. Ces situations, arbitrées in fine par les équipes soignantes, obéissent à des choix politiques qui imposent des priorités en matière d’allocation des moyens. Tout ne se réduit d’ailleurs pas à l’argent, comme le montre le cas du numerus clausus. Dès le début de la crise sanitaire du Covid-19, des conflits entre familles de malades se disputant l’accès à l’unique ECMO (Extracorporeal Membran Oxygenation) ont éclaté au seuil des services de réanimation. Il faut dire que la prise en charge par cette machine rare et sophistiquée peut durer plusieurs semaines, en privant les autres malades de l’opportunité d’être maintenus en vie. Et c’est ainsi que, BFMTV aidant, la France entière assiste médusée à un séminaire en économie et politique publique de la santé…

Par la même occasion, la population découvre que la vie peut avoir un coût et servir de base à des calculs macroéconomiques. L’Insee estime, par exemple, le coût mensuel du confinement imposé à la population française à 35 % du PIB, c’est-à-dire 75 milliards d’euros par mois. Si l’on considère que le nombre de décès a progressé de 15 000 cas en un mois de confinement, on peut supposer que cette mesure coercitive de santé publique en a évité autant. Chaque mort évité aura donc coûté à la société 5 millions d’euros. Ce calcul productiviste fondé sur la perte de PIB est très théorique. Tout décès a un coût pour la société, approximativement calculé sur la base de ce qu’aurait pu apporter l’individu à la société s’il était resté en vie. Reste que le coût des vies sauvées est d’autant plus élevé que chaque journée supplémentaire de confinement aggrave la violence de la crise économique. Et cette crise aura indubitablement des conséquences en termes de vies humaines et de santé publique.

Des choix qui peuvent être biaisés

Ces chiffres révèlent nos priorités inavouées. Jusqu’à la pandémie actuelle, les équipes soignantes avaient tendance à prendre en considération, plus ou moins consciemment, le critère de l’âge pour adapter le niveau d’intensité des soins au pronostic et à l’espérance de vie. On peut se demander si le gouvernement aurait agi aussi vigoureusement pour sauver les 15 000 personnes âgées décimées par la canicule de l’été 2003, que pour protéger les mêmes contre le Covid-19 (l’âge moyen de décès avoisinerait les 81 ans en France),.

Cette observation suggère qu’aux yeux des décideurs publics, la vie d’une personne identifiée, par exemple hospitalisée en service de soins intensifs, a beaucoup plus de valeur que celle d’une personne anonyme qui décéderait toute seule chez elle d’un coup de chaleur. Et pour cause : on pourrait plus aisément leur reprocher leur inaction dans le premier cas. Cela aboutit à des absurdités économiques, uniquement compréhensibles sur un plan psychologique, voire électoraliste.

Il est par exemple admis de dépenser des sommes très importantes pour aller chercher une personne en danger imminent (disparue en montagne, enfouie sous les décombres d’une mine, bloquée dans un tunnel), ou même pour sauver des animaux en danger, mais uniquement si ceux-ci sont considérés comme sympathiques. En 1988, trois baleines prisonnières de la banquise en Alaska ont déclenché la plus coûteuse opération de sauvetage jamais entreprise. Les animaux à la réputation moins enviable comme les gros reptiles (crocodiles marins, dragons de Komodo, cobras…) n’ont jamais eu cette chance… De même, en économie de la santé, la puissance publique favorise les investissements qui plaisent aux électeurs ou réduisent au maximum sa responsabilité.

Evaluation ou expérimentation ?

Dans cette perspective, le projet Fluresp, financé par la Commission européenne lors de la pandémie de grippe H1N1 en 2009, est à ce jour la seule étude au monde comparant le coût et l’efficacité de 18 mesures de santé publique contre la grippe pandémique. Ses résultats démontrent que la stratégie la plus efficace en termes de réduction de la mortalité pour les premières phases d’épidémie (ce qui correspond à la situation en France entre fin janvier et mi-mars) a été l’introduction de nouveaux équipements comme les ECMO dans les services de réanimation. Ces appareils permettent de lutter efficacement contre le syndrome de détresse respiratoire aiguë (SDRA) dont souffrent des malades de Covid-19 en oxygénant le sang par l’extérieur, quand les simples respirateurs deviennent inefficaces sur des poumons gravement atteints.

Le codage de l’ARN du virus, condition sine qua non pour créer des tests, ayant été diffusé par les scientifiques chinois fin janvier, il était relativement facile pour les laboratoires européens spécialisés de concevoir et de fabriquer rapidement des tests de détection de l’ARN viral, dont les fameux tests RT-PCR.

Quand la situation s’aggrave et qu’une pandémie est en cours (comme en France depuis mi-mars), la stratégie la plus efficace consiste à réduire les infections secondaires (fermeture des écoles, des transports publics, annulation des événements à forte concentration de population). La stratégie de confinement total d’un pays n’a pas été testée, car l’assignation à domicile dans un même foyer de personnes potentiellement contaminées et non contaminées est une mesure inédite qui n’a jamais été jugée apte à réduire les infections secondaires !

Ces prochaines années, les mesures de santé publique imposées durant la pandémie de Covid-19 feront l’objet de très nombreuses évaluations en termes de performance, coûts économiques et conséquences humaines du fait de la désorganisation brutale du pays. La population est en droit de se demander pourquoi tant de professionnels de la santé (chercheurs, hauts fonctionnaires, OMS et autres organisations internationales), au lieu d’exécuter des plans préparés d’avance et des mesures longuement réfléchies, ont appliqué, notamment en France, une stratégie inédite, jamais discutée, évaluée ou testée.

De l’importance de pouvoir s’adapter

L’une des raisons pourrait être la suivante : appliquer des stratégies préparées à l’avance suppose la disponibilité des moyens nécessaires (masques, médicaments, appareils de réanimation, tests et produits nécessaires à leur production). Or, dès fin janvier-début février 2020, il est apparu évident que la préparation logistique à une pandémie par virus respiratoire serait impossible, car le premier fournisseur mondial de matériel – la Chine – était aussi le premier pays touché par le virus.

Ainsi, il y a trois mois, beaucoup ont fait ce même constat amer. C’était le moment pour les États concernés de déployer leurs capacités de réaction et leur créativité pour produire en urgence les équipements absents et se procurer les matériels et les produits manquants. Là aussi, l’économie de la santé, qui s’intéresse aux capacités d’organisation et de décision, et non pas uniquement à la quantification et à la comptabilité, nous éclaire.

Prenons l’exemple de la production de tests de dépistage du Covid-19, un élément essentiel dans toute stratégie de lutte contre la pandémie. L’absence de ces tests est l’une des raisons du confinement imposé à tout le pays. Le codage de l’ARN du virus, condition sine qua non pour créer des tests, ayant été diffusé par les scientifiques chinois fin janvier, il était relativement facile pour les laboratoires européens spécialisés de concevoir et de fabriquer rapidement des tests de détection de l’ARN viral, dont les fameux tests RT-PCR.

L’aversion au risque de la bureaucratie française

Si certains pays ont réussi à produire des tests en quantité pour des programmes de dépistage de la population à grande échelle, c’est parce qu’ils ont su acheter immédiatement les matières premières nécessaires à leur fabrication chez des fournisseurs étrangers et locaux. Quitte à sortir de la procédure normale d’appel d’offres et à autoriser les centres régionaux à produire leurs propres tests. En temps de crise, des décideurs ont su adapter les procédures à l’urgence de la situation. En l’occurrence, loin d’être parfaits, les tests fabriqués par plusieurs laboratoires auraient néanmoins permis une gestion plus fine de la crise. Autrement dit, ils auraient limité la casse. C’est ce qui s’est passé en Allemagne où les directives techniques de production des tests RT-PCR (la « recette ») ont été communiquées par l’université de médecine de la Charité à Berlin à l’ensemble des laboratoires en régions capables de les fabriquer.

Tel n’a pas été le cas en France – sauf à la Fondation Méditerranée infection qui a produit ses propres tests sous l’impulsion du professeur Didier Raoult – où les autorités centrales ont préféré attendre l’arrivée incertaine de tests industriels RT-PCR certifiés et validés. Des productions régionales indépendantes, comme celle de la Fondation Méditerranée infection à Marseille, se sont tout de même développées pour faire face aux besoins locaux, sans attendre la disponibilité de tests industriels. Cela confirme l’origine du problème : non pas tant le manque de capacités techniques que des freins bureaucratiques. En tout état de cause, la culture du service public à la française a révélé l’incapacité des autorités à s’adapter à une crise en évolution rapide, de s’affranchir des règles administratives nécessaires en temps normal, mais dangereuses en temps de crise. Bref, notre appareil bureaucratique a tout simplement tardé à changer de logiciel. Aux prises avec cette situation inédite, il aurait fallu accepter de prendre des risques et les assumer. Mais cette façon de procéder n’est pas dans l’ADN de la technocratie française, mise en déroute par un petit morceau d’ARN nommé SARS-CoV-2.

“Monde d’après”: demain, tous fanatiques d’OnlyFans?


Sur internet, le réseau social OnlyFans ubérise le porno ! À première vue, on peut se réjouir de ce que les jeunes femmes qui y monnaient leurs charmes puissent éviter les violences physiques de la prostitution ou du porno à l’ancienne. Mais ce type de plateforme permet aussi une interaction personnalisée entre l’actrice de charme et son public, ce qui peut également attirer à elle les profils les plus inquiétants…


Même si le monde entier est confiné, l’ubérisation de nos sociétés poursuit son petit bonhomme de chemin ! 

Nous ne vous parlerons pas ici du succès des livraisons de repas via Uber eats, mais du récent regain de popularité d’un autre site : OnlyFans. Le nombre de ses nouveaux utilisateurs aurait augmenté de 75%, rien que durant les deux premières semaines de mars.[tooltips content= »selon Forbes et le Huffington Post« ]1[/tooltips]

OnlyFans est initialement un réseau social assez classique, proposant de mettre en relation des créateurs de « contenu » avec des spectateurs susceptibles de payer pour voir ce contenu (essentiellement des vidéos, mais “contenu” peut désigner aussi l’ensemble des textes ou photos que l’on peut produire pour Internet). Le site se distingue des plateformes de divertissement numérique concurrentes (Twitch, Youtube ou Instagram) : le contenu qui y est proposé est intégralement payant, et ses conditions d’utilisation sont plus souples.

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Une commission de 20%

Ces deux particularités en ont fait la plateforme idéale pour le commerce de contenu à caractère pornographique, qui constitue vraisemblablement plus de la moitié du site et un divertissement de choix pour les milliards de confinés sur la planète.

On savait que l’industrie pornographique avait beaucoup souffert de la première vague de digitalisation (l’émergence de mastodontes monopolistiques comme Pornhub a forcé les petites productions à collaborer ou à disparaitre). L’arrivée de OnlyFans sur le marché pourrait avoir cette fois des effets bénéfiques pour toute une nouvelle génération de stars du porno. Comme le dit l’écrivain(e) féministe Julie Bindel dans le journal anglais The Spectator, en mettant fournisseur et consommateur en contact direct, « OnlyFans réinjecte l’argent dans la production » (moins sa commission de 20%). 

Exit donc sites pornos, cassettes VHS, DVD et studios avec leurs producteurs et caméramen. Ne reste que le client et le créateur ou, bien plus souvent, la créatrice. Le client n’est plus un spectateur passif. Au contraire, il devient le « réalisateur de son propre porno » pour reprendre le pitch d’une des stars du réseau, Danni Hardwood. Concrètement, il donne des instructions de mise en scène, réclame des contenus particuliers ou peut échanger directement par messages. La quasi-totalité des créatrices interviewées dans la presse insistent particulièrement sur ce dernier point : échanger avec les « fans » devient une activité extrêmement chronophage, qui se prolonge tard dans la nuit. Ces attentions personnelles sont évidemment des services qui se monnayent et constituent, avec les « dons », l’essentiel des revenus des créateurs (l’abonnement « classique » et standardisé n’offre pas ce rapprochement avec la célébrité). La plupart des comptes proposent même une option « girlfriend experience », qui est concrètement un mélange de conversation en ligne et de photos érotiques personnalisées qui se veulent l’imitation d’une relation « réelle ».

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« Je leur donne ce qu’ils réclament : de l’attention »

Ce business est fort lucratif pour quelques utilisatrices très en vue. Plusieurs créatrices disent ainsi générer entre 20 000 et 30 000 euros par mois! C’est évidemment un job à plein temps, et en réalité un travail qui se rapproche plus de celui d’une agence de communication ou d’un directeur marketing que de celui d’un « travailleur du sexe », pour employer le néologisme du moment. « Je leur donne ce qu’ils réclament : de l’attention » confesse Megan (du compte « ThatFatBabe »). 

D’aucuns aimeraient voir dans ce qui relève en réalité de l’ubérisation de la prostitution une protection bienvenue contre les dangers du plus vieux métier du monde, notamment le risque de subir des violences. Mais ce phénomène rappelle aussi par beaucoup d’aspects celui des « idols » au Japon, ces jeunes gens au physique avantageux dont on sanctifie les moindres faits et gestes, scrutés sur les réseaux sociaux nippons par les fans souvent maniaques. À Tokyo, les meilleures filles des bars à « hôtesses » se doivent aussi de connaître sur le bout des doigts les goûts de leurs clients réguliers ou la date de leur anniversaire… bref le plus de détails possibles pour atténuer leur solitude et combler leur besoin d’attention. Les Japonais savent bien que l’univers doré des « idols » cache des dessous sombres et malsains : on ne compte plus les faits divers d’agressions de ces « idoles » par des « fans » estimant avoir été trahis. 

OnlyFans ne fournit pas encore de « bodyguard »

La plupart de ces agresseurs étaient les « fans » les plus inconditionnels qui se rendaient à chaque concert, achetaient tous les disques et les innombrables produits dérivés. 

Atteints du trouble bien connu d’érotomanie, ils avaient la conviction que leur passion était réciproque et considéraient cette réciprocité comme un dû. Un conseil aux créateurs stars sur OnlyFans: ils feraient bien de ne pas oublier l’avertissement du comte Aldebert 1er de la Marche au premier des Capétiens, qui disait en substance « N’oublie pas qui t’a fait roi »…

Dans la grâce de Dieu


« La Sainteté ! » s’écrie Menou-Segrais, « en prononçant ce mot devant vous, pour vous seul, je sais le mal que je vous fais ! Vous n’ignorez pas ce qu’elle est : une vocation, un appel. Là où Dieu vous attend, il vous faudra monter, monter ou vous perdre» Georges Bernanos


Pialat contre la mort de Dieu

Sous le soleil de Satan est le film le plus controversé de son auteur, hué, lorsqu’il reçut a Palme d’or au Festival du film de Cannes en 1987, par la foule incrédule et inculte. Maurice Pialat, hanté par le chef d’œuvre de Georges Bernanos tourne une adaptation personnelle et libre. Il a cette intuition qu’un roman dont l’histoire est située à la fin du dix-neuvième siècle fortement marqué par les idées sur «mort de Dieu» peut devenir un film essentiel dans un vingtième siècle qui est celui de la montée en puissance de Satan. 

Il simplifie le roman en supprimant certains chapitres et personnages tout en gardant la succession des évènements dramatiques: le meurtre de Cadignan, le rejet de Mouchette par le député Gallet, la rencontre de l’abbé Donissan avec le diable, puis avec Mouchette, le suicide de Mouchette, le miracle de l’enfant ressuscité et la mort de Donissan.

Dans notre monde déchristianisé, le cinéaste nous livre une version d’une grande force métaphysique de l’œuvre de Bernanos. Pialat a précisément eu l’ambition de fournir aux spectateurs une clé possible – celle d’un agnostique – à la lecture de Sous le soleil de Satan. Il prend le roman à bras le corps et le transpose en une succession de blocs erratiques, fulgurants, incandescents, telluriques. Par la science de sa mise en scène somptueuse, les cadres précis et tranchants de Jacques Loiseleux, la beauté picturale des lumières sombres et nocturnes du chef opérateur Willy Kurant, le montage abrupt de Yann Dedet et servi par des acteurs exceptionnels, il compose à la manière d’un peintre un sublime portait de l’abbé Donissan: Gérard Depardieu, inoubliable, humble, incarne ce jeune prêtre, face aux puissances des ténèbres. On oublie trop souvent, d’ailleurs, que Pialat fut également un peintre qui exposa à la Libération.

Avec pour directeur de conscience l’abbé Menou-Segrais (Maurice Pialat, impeccable), le jeune abbé  semble désorienté, en proie aux doutes et aux excès (flagellations, oraisons emportés…). Mais, très vite le Doyen de Campagne-en-Artois comprend que son jeune protégé possède une flamme intérieure intense et que c’est un homme et un prêtre de grande valeur dont la vie physique et spirituelle est en prise avec le combat du Bien contre le Mal, à l’affrontement de Dieu contre Satan.

Satan en maquignon maléfique

Le premier lieu de ce combat est la paroisse où Donissan, lorsqu’il se rend à Étaples pour aider un autre curé, se perd de nuit dans une nature sauvage, sous un ciel plombé, les pieds s’enfonçant dans une terre lourde qui colle aux souliers, et affronte Satan caché sous la figure du maquignon (Jean-Christophe Bouvet maléfique à souhait). Après un âpre combat, il le rejette – retire toi Satan. Puis, ayant reçu de Dieu – même si le doute le taraude – la grâce de voir aux tréfonds des âmes,  il tente d’arracher Mouchette (Sandrine Bonnaire, possédée, émouvante) à Satan afin de la rendre à Dieu.

Chemin de croix

Des années plus tard, c’est dans la paroisse de Lumbres où il a été nommé curé, que le chemin de croix, le parcours de sainteté de Donissan se termine. Son deuxième combat contre le Malin est resserré sur une seule journée, la dernière de la vie du prêtre. Dans le désespoir, le seul guide du jeune abbé est sa lumière intérieure. Cerné des ténèbres, dans un monde de désolations, il va faire preuve de courage malgré ses doutes, et use de ressources profondes et d’une Foi ardente face au drame de la mort d’un enfant afin de le rendre, dans une scène inouïe de beauté, à la vie intense auprès de notre Seigneur. Maurice Pialat comme Georges Bernanos nous rappelle que Dieu est en nous.

Dans la grâce de Dieu, l’abbé Donissan, le Saint de Lumbres, est un homme qui vit l’imitation du Christ et dont l’immense charité, celle de l’amour sans condition pour l’être  aimé et unique, le Christ, le conduit à donner sa vie pour lui et le salut des âmes.

Sous le soleil de Satan,  Maurice Pialat – France – 1987 – 1h43
Palme d’Or Festival du film Cannes 1987

Interprétation: Gérard Depardieu (Donissan), Sandrine Bonnaire (Germaine Malhorty, dite Mouchette), Maurice Pialat (Menou-Segrais), Alain Artur (Cadignan), Yann Dedet (Gallet), Jean-Christophe Bouvet (Le maquignon/Satan)…

Sous le soleil de Satan

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Joe Biden, l’homme qui pensait à la place des Noirs


L’essentialisme racial peut compter sur un nouveau représentant de taille. Tollé aux Etats-Unis! Le 22 mai, l’ancien vice-président américain, Joe Biden, a dit à un animateur de radio afro-américain qu’il n’était pas vraiment «Noir» s’il votait pour Donald Trump à la prochaine élection présidentielle.


La déclaration du candidat démocrate est devenue en quelques secondes l’objet de toutes les railleries.

«Vous n’avez plus de questions? Je vais vous dire, si vous avez un problème à décider si vous êtes pour moi ou pour Trump, alors vous n’êtes pas Noir», a laissé tomber Biden dans la populaire émission new-yorkaise The Breakfast Club, en s’adressant au co-animateur, le dénommé Charlamagne Tha God.

#BidenIsRacist

Alors que des partisans de Trump accusent Biden d’être carrément raciste, ces derniers sont accusés par leurs adversaires d’hypocrisie et surtout, de nier le « racisme systémique ».

«Cette crise expose au grand jour le racisme institutionnel qui prévaut encore dans notre société», affirmait Biden dans la même émission.

Sur Twitter, le mot clic #BidenIsRacist a été l’un des plus publiés en Amérique du Nord dans la journée du 22 mai.

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L’homme de 77 ans a beau s’être vite rétracté, sa déclaration a de quoi raviver les tensions dans un pays durement touché par le Covid-19 et déjà très divisé en clientèles économiques et raciales. En proportion, les communautés noires ont été beaucoup plus frappées que les communautés «WASP» par le virus, un sujet très sensible au pays de l’Oncle Sam. Cette réalité n’empêche pas des dizaines de milliers d’Afro-américains de continuer à soutenir Trump, malgré une baisse des appuis de la communauté noire en sa faveur, selon ce que rapportent les médias.

L’antiracisme dévoyé

Si la déclaration de Biden pourrait lui faire perdre bien des appuis, elle est surtout révélatrice d’un courant antiraciste jouant plus que jamais la carte de l’enfermement communautaire. Un courant pour qui la race détermine une grande partie de la réalité d’un individu jusqu’à ses préférences politiques.

Après l’assignation à résidence identitaire, l’assignation à résidence électorale?

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La face cachée du multiculturalisme

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Quand l’Union européenne insiste pour subventionner des soutiens au terrorisme palestinien

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Un courrier du chef de mission de l’Union européenne auprès de la Cisjordanie et de la bande de Gaza indigne


 

Sven Kühn von Burgsdorff a le profil du gendre idéal : grand, blond, athlétique, ce haut fonctionnaire de l’Union Européenne a donné satisfaction dans tous les postes à responsabilité qu’il a occupé au Mozambique, en Slovaquie, à Cuba ou même à Haïti. Mais le Moyen Orient, si riche en tensions de toutes sortes, pourrait lui être fatal. Sven Kühn von Burgsdorff qui occupe aujourd’hui les fonctions de chef de mission de l’Union européenne auprès de la Cisjordanie et de la bande de Gaza a, le 30 mars dernier, affirmé par écrit à tout un chapelet d’organisations palestiniennes que oui, il est vrai que l’Union européenne ne saurait financer le terrorisme fut-il palestinien, mais enfin, parfois, quand même, dans certains cas, si l’on réfléchit bien, il ne serait pas exclu que des individus au parcours atypique et proches de certaines organisations comme BDS (Boycott Désinvestissement Sanction) ou le FPLP (Front populaire de libération de la Palestine) puissent bénéficier de la manne européenne. 

Généreuse UE

« Alors que les entités et les groupes inclus dans les listes restrictives de l’UE ne peuvent pas bénéficier d’activités financées par l’UE, il est admis qu’un individu affilié à, sympathisant de, ou soutenant des groupes mentionnés dans des listes restrictives de l’UE n’est pas exclu [d’emblée] des activités financées par l’UE, à moins que son nom et prénom précis… soient répertoriés dans les listes restrictives de l’UE », précise la lettre de Sven Kühn von Burgsdorff. C’est ainsi qu’un « chercheur » proche du Hamas a été récemment richement doté par l’Union européenne!

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Par malchance pour Sven Kühn von Burgsdorff, cette lettre adressée au Réseau palestinien des ONG, une fédération basée à Ramallah qui regroupe pas moins de 130 ONG palestiniennes, a fuité presque immédiatement dans les médias israéliens. La radio de l’armée israélienne a été la première à avoir évoqué le nom de Sven Kühn von Burgsdorff, suivie du Times of Israël, puis du Jérusalem Post et de tous les autres médias israéliens. La diplomatie israélienne a immédiatement convoqué l’ambassadeur de l’UE en Israël, Emanuele Giaufret, pour lui faire part de son plus vif mécontentement. L’ambassadeur a dû aussi entendre les reproches de la vice-directrice générale du ministère pour l’Europe, Anna Azari.

Les Israéliens dénoncent une duplicité

Le ministère israélien des Affaires stratégiques, en charge de la lutte contre BDS, ne s’est pas privé de fustiger la duplicité de l’UE. Bref, l’Union européenne, prise en flagrant délit de double discours, va devoir clarifier ses positions. Oui ou non, l’UE va-t-elle rompre avec ses complaisances d’antan envers certaines organisations palestiniennes s’adonnant au terrorisme ? 

Depuis 2017, l’affaire semblait entendue : l’Union européenne ne financerait pas/plus le terrorisme, fut-il palestinien. En mai 2017, le Parlement européen avait voté une résolution demandant instamment aux responsables de l’UE de « veiller à ce qu’aucun financement de l’UE ne puisse être directement ou indirectement détourné vers des organisations ou des activités terroristes qui incitent à ces actes ». 

En 2019, dans chaque contrat passé avec une ONG, l’Union européenne a ajouté une clause dite de contre-terrorisme, qui engage l’ONG bénéficiaire de fonds européens à ne pas s’associer au mouvement BDS (Boycott Désinvestissement Sanction), ni à d’autres organisations terroristes comme le Hamas ou le FPLP (Front populaire de libération de la Palestine, fondé par Georges Habache, une organisation qui est sur la liste des organisations terroristes de l’Union européenne, des États-Unis, du Canada et d’Israël).

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Cette clause avait déplu. Le 1er janvier 2020, plus d’une centaine d’ONG palestiniennes, dont la plupart soutenaient le BDS et dont certaines avaient un lien avec le FPLP, ont bruyamment fait savoir qu’elles renonçaient à demander des subventions à l’Union européenne. Cette manifestation de colère des ONG palestiniennes a reçu le soutien officiel de l’Autorité Palestinienne. Mais, au moins en apparence, l’UE a campé ferme sur ses orientations : l’argent du contribuable européen ne financerait plus le terrorisme. 

Monsieur Várhelyi, levez l’ambiguïté!

La lettre de Sven Kühn von Burgsdorff destinée à consoler ces ONG palestiniennes qui ne se remettent pas d’avoir perdu des financements qu’elles croyaient inamovibles, a donc provoqué un scandale. Un groupe de députés européens appartenant à plusieurs partis a demandé au Haut représentant de l’UE pour la politique étrangère, Josep Borrell, de clarifier la politique de financement de l’UE et d’enquêter sur cette affaire. Ledit Josep Borell ne passe pas pour un grand ami d’Israël, mais aux fonctions qu’il occupe, il ne saurait légitimer à nouveau la douteuse politique d’antan.

Pour calmer la fureur des officiels israéliens, Olivér Várhelyi, haut fonctionnaire de l’Union européenne a fait savoir à la mi-mai à la commission des affaires étrangères du Parlement européen qu’il a ordonné un passage en revue intégral de la politique d’attribution de subventions de l’Union européenne. « S’il y a la moindre ambiguïté, nous agirons immédiatement » a-t-il précisé. Question : le sémillant Sven Kühn von Burgsdorff va-t-il demeurer en poste ?

« Into the night », les Belges assurent

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Une série belge de SF, ce n’était pas gagné. Et pourtant…


La plateforme Netflix, les plus anciens verront peut-être de quoi je veux parler, me fait penser aux premiers vidéoclubs et à la sensation qu’on avait éprouvée alors : un vague égarement heureux devant la profusion de titres soudain disponibles. On louait deux ou trois cassettes pour le week-end, parfois plus, et on savait très bien qu’on n’aurait probablement pas le temps de tout voir, mais quelle importance, on savait que c’était désormais à notre disposition.

Je me promenais donc dans les rayons virtuels après avoir terminé la saison 3 d’Ozark qui m’avait un peu déçu alors que j’avais adoré les deux premières qui renouaient avec la vraie force des grands romans noirs : plonger des gens normaux dans un cauchemar. J’évitais la profusion des séries sur la sexualité des ados, même si elles sont parfois vives et drôles comme Sex Education. J’aurais bien choisi une bonne série de SF mais il faut reconnaître que là aussi, elles sont très majoritairement faites pour nos chers lycéens qui en sont les héros.

Une série surprenante

C’est alors que je suis tombé sur Into the night. C’est une série de SF belge. Dit comme ça, cela peut prêter à sourire. On aurait tort surtout que les séries françaises sur Netflix ne sont pas franchement convaincantes, et c’est un euphémisme, quand on songe à Marseille ou à Marianne.

Into the night est ce que j’ai vu de meilleur en matière de fictions post-apocalyptiques depuis un bon bout de temps. En six épisodes de 40 minutes, on retient son souffle difficilement. L’argument est simple : le soleil est devenu mortel. Ne me demandez pas comment, les explications ont l’air très convaincantes, mais je n’y ai rien compris et de toute manière, ce n’est pas très important.

Le soleil est devenu mortel, mais par cette nuit à l’aéroport de Zaventem, personne ne le sait encore. Des passagers s’apprêtent à prendre un vol Bruxelles-Moscou quand un soldat italien de l’Otan arrive paniqué, un fusil d’assaut dans les mains, force les premiers passagers à embarquer et le pilote à décoller après l’avoir blessé à la main.

À bord, on trouve une autre ancienne militaire en Afghanistan qui vient de perdre l’homme qu’elle aimait, une femme russe avec son enfant atteint de la mucoviscidose, un agent de sécurité vieillissant, catholique et célibataire qui partait en Russie pour chercher sa future épouse trouvée sur Internet, un mafieux turc même si on ne le sait pas tout de suite, un Musulman qui n’est pas islamiste mais qui est regardé avec circonspection (encore un euphémisme) par l’agent de sécurité, deux jeunes hommes sympathiques et une influenceuse sur Instagram qu’on a envie de gifler ainsi que le pilote avec des problèmes de couple.

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J’attends la saison 2

Le soldat de l’Otan qu’on prend pour un dingue explique qu’il faut voler vers l’Ouest et ne jamais retrouver le jour. Les quelques passagers sont assez vite convaincus quand les premières infos tombent sur les téléphones portables.

À partir de ce moment, les scénaristes s’en donnent à cœur joie. Un huis-clos à dix mille mètre d’altitude, la mort aux trousses, les inévitables tensions. Ce qui étonne le plus, c’est que sans forcer la note, et avec des dialogues plutôt bien écrits, il n’y a pas une longueur ou un moment où on n’y croit pas.

Les personnages prennent de plus en plus d’épaisseur et de complexité et, avec un sadisme consommé, les scénaristes n’hésitent pas à en sacrifier quelques-uns dont on pensait pourtant qu’ils joueraient un rôle essentiel. C’est toujours la même chose, comme dans Ozark : des gens qui nous ressemblent confrontés à un danger mortel et on se sent forcément concernés. Effet renforcé par une distribution où l’absence de stars donne à tous une égale importance.

On parle déjà d’une éventuelle saison 2 qu’une fin ouverte laisse possible. Parce que tout de même, tout ce petit monde-là ne va pas pouvoir passer sa vie dans un cockpit, même dans l’espace réservé aux premières classes où la distanciation sociale ne fait pas problème.

Il est vrai que le Covid n’est plus un souci quand le moindre rayon de soleil a sur vous les effets d’un four à micro onde et vous cuit de l’intérieur.

Sans brûler l’emballage.

«Into the Night», série belge de Jason George, avec Pauline Etienne, Laurent Capulleto, Stefano Cassetti… (6 épisodes d’environ 40 mn). Sur Netflix

Covid-19: c’est l’avènement de l’État « nounou » !

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Elisabeth Lévy et Pierre Manent se demandent si nous ne sommes pas rentrés dans l’ère de l’État « nounou ». Selon les deux penseurs, il fait écho à l’Etat « Big mother » décrit par Michel Schneider. À la protection d’un corps politique se substitue la protection d’une multitude d’individualités…


Causeur vous propose cet après-midi de lire un extrait des dernières interventions de Pierre Manent sur REACnROLL, la webtélé des mécontemporains (5€ par mois).

Pierre Manent. Dès lors que l’État se soucie de notre santé, il renonce à prendre en considération tout autre aspect de la vie commune, d’où cette conséquence que vous avez relevée avec consternation comme beaucoup de Français. [Nos dirigeants] ont adopté une mesure d’une extrême brutalité qui traite les Français comme des enfants adoucis et qui leur ôte sans raison convaincante certaines de leurs libertés les plus élémentaires.

(…)

Elisabeth Lévy. Ce qui a changé c’est que la protection des individus va de plus en plus loin. Ce que nous attendons de l’État ce n’est plus qu’il nous protège contre les catastrophes, mais qu’il nous assure en quelque sorte le risque zéro.

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Pierre Manent. En réalité, nous ne sommes plus dans un gouvernement politique, parce que l’État, en même temps qu’il nous domine, nous citoyens, de façon aussi impressionnante, reste notre instrument par la façon dont nous requérons ses services. Nous demandons par exemple aux juges de condamner les gouvernements parce qu’ils n’ont pas éclairci notre atmosphère suffisamment rapidement! nous demandons au conseil scientifique de nous dire si nous pouvons ou ne pouvons pas reprendre les cours!


Donc en réalité nous continuons de considérer l’État comme notre instrument, non pas du bien commun, mais l’instrument de protection de ma vie, ou de la vie de mes enfants. Alors que la raison d’être de l’État c’est aussi de protéger les frontières de la Nation, l’indépendance nationale et les composantes principales du bien commun. L’État s’est réduit aujourd’hui à la protection du bien public dans la mesure où ce bien se confond avec le bien de chacun.

Elisabeth Lévy. Cela va une fois de plus avec ce que nous sommes ; beaucoup disent que c’est pour protéger les autres. Or on a tout de même le sentiment que chacun cherche à assurer d’abord sa propre protection.

Pierre Manent. L’amour de soi pousse chacun dans cette direction. Seulement, le gouvernement pourrait faire autre chose qu’être simplement au service de cette étroitesse du souci collectif ; au contraire il ne fait que l’encourager. Donc c’est cela, je crois, qui est le principal problème : le gouvernement est tellement impuissant pour prendre les décisions les plus importantes pour le bien commun, qu’il s’accorde une souveraineté illimitée dès lors qu’elle peut être justifiée par la protection des intérêts strictement individuels (…) L’État ordonne la vie française mais il n’ordonne pas nos vies comme des membres de ce corps politique appelé « France » ; il ordonne nos vies comme des membres de l’espèce humaine dont la vie doit être préservée.

>>> Découvrez une heure d’échanges d’Elisabeth Lévy avec Pierre Manent sur REACnROLL ! <<<

Big Mother: Psychopathologie de la vie politique

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Tant qu’il y aura des… DVD


« Le critique de cinéma, c’est l’inspecteur des travaux finis », disait François Truffaut. À l’heure où les salles de cinéma sont fermées, Jean Chauvet a trouvé quelques pépites en DVD à regarder chez soi.


 

Le regain de mémoire

Le Procès, de Georg Wilhelm Pabst.
À retrouver dans le coffret Le Mystère d’une âme, édité par Tamasa

De G. W. Pabst, immense cinéaste autrichien, on croit tout connaître et tout savoir parce qu’on a vu notamment Loulou, La Rue sans joie et L’Opéra de quat’sous et que l’on associe son nom à ceux de Greta Garbo et Louise Brooks. Mais on est loin du compte, comme l’édition récente d’un coffret de 12 films en DVD nous permet de le mesurer. On y retrouve certes ces classiques-là et ces égéries superbes. On y découvre surtout d’autres pépites méconnues ou restées dans l’ombre au sein d’une filmographie que la Seconde Guerre mondiale a fracturée de l’intérieur.

Pabst commence sa carrière de cinéaste dans les années 1920 et se fait remarquer très vite avec La Rue sans joie (1925), terrible description de la Vienne d’après-guerre. Les succès s’enchaînent ensuite, dont le plus important, Loulou, ainsi qu’une charge très violente contre le militarisme ambiant en 1930 avec Quatre de l’infanterie. En 1933, en raison du climat politique autrichien, Pabst émigre à Paris, mais sa carrière française n’engendre que des films mineurs. Et, juste avant le déclenchement de la guerre, il reçoit et accepte des propositions de Goebbels pour qui le retour du cinéaste constitue une victoire annoncée à grand renfort de publicité. Il reste difficile d’expliquer ce reniement, même si les deux films qui en résultèrent sont deux biopics anodins sans portée politique, sans le moindre soutien à l’idéologie nazie.

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Or, en 1948, Pabst réalise en Autriche Le Procès, un projet qu’il avait déjà porté en France en 1933, mais que le climat antisémite d’alors lui avait interdit de concrétiser. Le film raconte l’histoire du procès intenté en 1882 à toute la communauté juive d’un village austro-hongrois, accusée à tort du meurtre rituel d’une jeune fille catholique. Incendie de la synagogue, faux aveux extorqués, tortures, appels au meurtre, détention arbitraire, justice sous pression : sont rassemblés ici tous les éléments qui feront le quotidien de la montée du nazisme en Allemagne cinquante ans plus tard. C’est évidemment pour Pabst le film de la rédemption et du rachat par excellence. Il décrit la montée et la propagation de la haine antisémite avec une précision d’autant plus terrible que le film déploie en parallèle un éblouissant travail sur la forme. La grâce et le mystère des films de Dreyer ne sont pas loin. Dans un noir et blanc somptueux, Pabst mêle sans cesse expressionnisme et impressionnisme. Loin d’être une œuvre de circonstance ou d’opportunisme, Le Procès signe en fait le retour au cinéma d’un artiste qui a manifestement mis un temps, mais quel temps, sa conscience en sommeil.

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Littéralement ignoré en Allemagne comme aux États-Unis où il ne trouva aucun distributeur, méprisé en France, mais couvert de lauriers au Festival de Venise, Le Procès sombra presque dans l’oubli. La renaissance dont il bénéficie aujourd’hui grâce à l’édition de ce très beau coffret consacré à Pabst n’est que justice. Les bons esprits trouvèrent le film habile, voire manipulateur, alors qu’il n’est rien moins que sincère dans sa description minutieuse d’un antisémitisme d’État soutenu par les notables et les institutions – dont la police et la justice notamment. Mais il est vrai que ce miroir tendu par quelqu’un qui avait failli ne saurait être recevable par les éternels tenants de la vertu totalitaire. On peut pourtant préférer les repentis sincères aux donneurs de leçons inconséquents, mais permanents. Sur grand écran comme ailleurs. Deux autres films suivants de Pabst, présents dans le coffret, s’inscrivent dans cette même veine, mais avec moins de force toutefois. Tous deux, tournés en 1955, ont en effet Hitler pour figure essentielle à travers ses derniers jours (La Fin d’Hitler) et l’ultime tentative d’assassinat dont il fut l’objet (C’est arrivé le 20 juillet). De facture classique, ces films prouvent à nouveau la probité et la lucidité de Pabst dont le regard s’avère désormais aussi nécessaire que talentueux.

Une âme simple

Un idiot à Paris, de Serge Korber (1967).
Édité par Gaumont

« Je suis ancien combattant, militant socialiste et bistrot, c’est dire si des conneries, j’en ai entendu dans ma vie. » Une réplique comme celle-là suffit à vous faire aimer le film dont elle est issue. On la doit (évidemment, serait-on tenté de dire) à la verve de Michel Audiard, au service cette fois d’un cinéaste mésestimé, Serge Korber. Ce dernier fut également le réalisateur d’un savoureux film avec de Funès, Sur un arbre perché. Pour l’heure, on s’intéresse donc à Un idiot à Paris, parfait récit de l’itinéraire d’un crétin, ou jugé comme tel, qu’incarne Jean Lefebvre. Mais comme souvent, le meilleur est dans les seconds rôles, comme avec la réplique susdite prononcée par le génial Robert Dalban (le larbin dans Les Tontons flingueurs), sans oublier Bernard Blier, impérial dans le rôle d’un patron autoritaire qui ne jure que par l’Assistance publique dont il vient. On ne s’en lasse pas.

Un Idiot à Paris

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Valse à deux temps

Les amoureux sont seuls au monde, d’Henri Decoin.
Édité par Pathé
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On n’en finit pas de redécouvrir le cinéma d’Henri Decoin. Cette perle-là date de 1947 et, que voulez-vous, toutes les fées se sont penchées sur son berceau. Outre l’élégante mise en scène de Decoin, on se pourlèche les babines d’un dialogue mené tambour battant par un Henri Jeanson en très grande forme avec, par exemple, ce définitif « aimer est un verbe irréfléchi » ou bien encore « un film doublé, c’est un film dont il manque la moitié ». Et ces dialogues ciselés sont sublimés par un Jouvet dans un rôle à la fois glorieux et mélancolique, mais également par Dany Robin et Renée Devillers, impeccables toutes les deux. Avec, cerise sur le gâteau, une partition, avec notamment une valse fatale, écrite par Henry Sauguet. Les producteurs, imbéciles, imposèrent, comme pour La Belle Équipe en son temps, une autre fin, heureuse. On voit aujourd’hui les deux et c’est tant mieux.

La mésaventure de Valdémard Lecreux-d’Airain


Très chère Cousine, les Français ne se lavent plus…


Depuis qu’ils ont gagné les confins, les Français s’abandonnent à des rêveries incertaines, qui abolissent leur sens commun. Ils ont à cela des excuses.

L’Académie Diafoirus

Au début de cette épidémie, ils ont entendu sans broncher les membres les plus éminents de l’Académie Diafoirus dire lundi une chose et mardi une autre, qui était son contraire. Mercredi, l’un de ces physiciens apportait sur la maladie une lueur que deux de ses confrères éteignaient jeudi. Vendredi, il en venait un, qui tenait des propos émollients : la population passait alors un plaisant samedi et un beau dimanche. Le lundi suivant, un morticole certifié embouchait son olifant, qui portait loin la menace d’une épouvante à bacilles frénétiques ! Celui-ci disait que se prémunir en portant un masque ne servait de rien, celui-là se tordait les doigts en nous recommandant de nous couvrir le nez, les oreilles, les yeux, les cheveux, bref, de sortir revêtus comme ces femmes de pays compliqués et lointains, que la pudibonderie religieuse contraint à dissimuler leurs formes sous une camisole de feutre. Cet autre encore donnait trois heures de survie aux microbes à l’air libre, mais son confrère le contredisait deux jours plus tard, en assurant que le risque de contamination était au moins de 24 heures ! C’est alors que, jaillissant des vapeurs colorées de ses éprouvettes, un savant à bonnet, l’air farouche, prétendait avec la conviction des hommes à monocle et jaquette à col de velours qu’il avait vu, de ses yeux vu, des cultures du virus qui bougeaient encore sous son microscope, 48 heures après qu’il les y avait placées ! Qui croire, à qui se fier, où donc aller quand la science s’affole et nous égare ?

Les gazetiers augmentaient la confusion en y ajoutant leurs propres épices d’interprétation: leur brouet était composé d’incertain, d’à-peu-près, d’entendu-dire et de rapporté de troisième bouche. Ces gens manifestaient une maladresse de laborantins agités, qui fait courir le plus grand péril à toute la verrerie, de la moindre éprouvette à la plus grosse cornue.

Direz-vous que je suis mauvaise langue ? Ce serait bien la première fois que vous trouveriez que je fais auprès de vous un mauvais usage de cet organe…

Barbes hirsutes, femmes négligées

Les Français ne se lavent plus.

Les hommes portent des barbes hirsutes, les femmes se négligent, et tous tentent de couvrir momentanément les effluves malodorantes, qui les suivent et les précèdent, en s’aspergeant d’eau parfumée.

Dans les confins, ils errent, moroses et résignés tout à la fois. Le soir venu, on entend, dans leurs bols, claquer d’effroi les dentiers des vieillards: on sait qu’ils paient à la maladie le plus lourd tribut. Le gouvernement a interdit toute circulation. Et nous voilà contraints à domicile. Pour vous, cousine délicieuse, ce mot n’a pas la même signification que pour nous autres, infortunés citadins. J’imagine que la loi générale ne vous empêche nullement de parcourir à cheval les cinquante hectares clos de mur et fermés par de hautes grilles qui cernent votre château. Quel pandore assermenté oserait pénétrer sur votre domaine pour constater que vous ne respectez pas la consigne ? Si la maréchaussée vous surveille, c’est de loin, et pour admirer votre silhouette. Ah, ma cousine, à ce moment précis combien j’envie votre cheval, le contact si tendre et si intime qui vous unit, la troublante figure que vous composez avec lui, alors que vous rentrez tous deux de votre course, en sueur, épuisés, ravis !

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Je m’égare, alors que je voulais vous entretenir, avant que la malle-poste n’emporte cette missive, du climat politique de notre infortuné royaume. Entendez d’abord, pour votre divertissement, le récit d’un événement croustilleux, dont tout Paris s’amuse. Vous n’avez pas connu le règne de Valdémard Lecreux-d’Airain ; encore jeune quand il monta sur le trône, d’une vive intelligence sanctionnée par des diplômes prestigieux, il suscita au commencement de son règne une sympathie vraie. Une belle éducation, des manières raffinées, une certaine audace dans les premières mesures gouvernementales, et même une particularité de prononciation, un chuintement, qui, tout en épousant non sans élégance la forme de ses lèvres, laissait entendre ensemble ses origines auvergnates et ses manières de grand bourgeois, tout cela agit heureusement sur l’opinion. Il osait, il entreprenait, il étonnait.

Les Français haïssent en juillet

Un matin, il envoya l’un de ses valets auprès d’un équipage d’éboueurs, qui collectait habituellement le contenu des poubelles dans la rue du palais. On vit donc ces gaillards tout ébaubis, en tricot de laine grossière et les mains prises dans d’épaisses moufles, le visage figé dans un rictus de gène, assis autour d’une table dressée pour un petit déjeuner de gentilhomme et recouverte d’une nappe en toile délicatement damassée, hésitant à se servir en brioches contenues dans les paniers en fils d’argent posés devant eux.

VLA s’invitait régulièrement dans une famille française, rompait le pain, buvait le vin, partageait son repas. Il séduisait les hommes, qu’il irritait aussi par la conscience qu’il avait de sa supériorité de cervelle, il plaisait aux dames, et l’on dit que, plus d’une fois, il regagna au palais, dissimulé dans une grande cape de comploteur qui le couvrait des pieds jusqu’aux yeux, à l’heure où les chiffonniers commencent leur rude tache. Il laissait derrière lui une belle endormie, qui lui avait été favorable…

Bien sûr, cela ne dura pas, les Français haïssent en juillet, avec une aisance d’esprit dont s’étonnent encore les observateurs étrangers, l’homme qu’ils vénéraient encore en avril. Bref, Valdémard Lecreux d’Airain, entré à l’Élysée sur des airs de menuet et d’accordéon, quitta le palais sous les lazzis et les crachats d’un peuple chauffé à blanc par les chefs partageux, qui s’en réjouirent sans même feindre de s’en offusquer. N’ayant pu retrouver un emploi à sa mesure, il se complut dans une noble et mélancolique solitude où paraissent tour à tour et séparément l’orgueil et les regrets. Il n’est point isolé, cependant, et l’on vient de partout solliciter son opinion. Régulièrement, dans la presse, il exhorte les peuples à se croire européens. Au physique, il est aujourd’hui un vieillard un peu voûté, d’aspect presque fantomatique, avec de l’allure ; enfin, s’il paraît disposer, jusqu’à ces derniers jours, de toute sa tête, nous verrons que peut-être…

Insupportable affront

Voici les faits : Hildegarde-Waltrude Gänseblümchen, une gazetière venue de Germanie, vient de révéler au monde entier « l’insupportable affront » que lui aurait infligé Lecreux d’Airain, à la fin d’un entretien qu’elle avait sollicité. Elle se place près de lui, afin que l’opérateur qui l’accompagnait immortalisât la scène par le procédé de la photographie, que l’épatant Félix Nadar a rendu populaire. Si l’on en croit la plaignante – car elle vient de porter plainte -, l’ex-souverain la serra d’un peu près. Il lui saisit la taille, puis, de la même main il glissa vers la fesse. La dame d’outre-Rhin affirme qu’elle repoussa cette invasion française d’un territoire prussien. On voulut prendre un second cliché, et l’on se plaça comme devant : la main de Lecreux se fit aussi pressante !
Hildegarde-Waltrude jugea la situation « très dégradante », elle se sentit « humiliée ».  Si elle dit vrai, il est incontestable que Valdémard Lecreux-d’Airain s’est comporté comme un mufle, mais un procès, vraiment, après deux années ? Fallait-il en arriver à cette extrémité ? La seule issue n’était-elle que judiciaire ? Devant l’offense, ne pouvait-elle répondre par d’autres moyens ? Une tape bien sentie sur le membre envahisseur, accompagnée d’une admonestation à voix forte, suivie, quelques jours après, dans son journal et accompagnant l’entretien, de quelques lignes rapportant la scène n’auraient-ils pas été du meilleur effet ? Et pourquoi pas une remontrance en vers de douze pieds avec rupture à l’hémistiche, facile et sans prétention, qui eut mis les rieurs du côté de l’« assaillie » :

Qu’allait faire la main du président Lecreux,
Impudente et têtue, dans le creux de mes reins ?
Je suis assez jolie, n’ai pas le teint ocreux,
Je ne me soucie pas du grand seigneur d’Airain !

Et s’il désire tant tâter de la teutonne,
Qu’il aille donc ailleurs chercher bonne fortune,
Près d’une gourgandine ou d’une gaie luronne,
Qui ne trouveront pas sa main inopportune !

S’il veut flatter des croupes, il y a les juments,
Les haras en sont pleins, il pourra faire un choix.
Mais point de tribunal et point de jugement !

Le délit est patent, une amende y échoit ;
Sa main me copiera cent fois sans s’épargner :
« Sans invitation, pas de main au panier ! »

Un mouvement leste

Ces vers de mirliton, sans atteindre au Parnasse, auraient « chansonné » le malotru présumé et diverti le populaire.

Valdémard Lecreux-d’Airain affirme tout ignorer de cet épisode. Qui croire ? Que s’est-il passé ? Le vieillard libidineux perd-il la mémoire et la raison ? Sa main seule déraisonne-t-elle, manœuvrée par le souvenir voluptueux des jours anciens, quand il était roi ? Lui est-il soudainement revenu que, dans le Parc aux cerfs, jadis, le soir venu, il désignait à sa guise celle qui, dans son vaste sérail, partagerait sa fantaisie ?

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Mais fallait-il vraiment déclencher ce tonnerre ? Et la dame a-t-elle été à ce point meurtrie par ce mouvement leste ? A-t-elle vu son avenir brisé, ses espoirs anéantis ? Fut-elle alitée pendant tout ce temps, incapable de retrouver la tranquillité d’âme, comme on le voit chez les peuples où la guerre, la famine, la tornade, ont semé la plus grande désolation ?
Si elle dit la vérité, peut-on qualifier d’agression cette marque de grivoiserie ?
Une qui doit se réjouir de ce navrant feuilleton, c’est la Vergelasse : vous connaissez un peu cette nouvelle figure de l’acrimonie féminine, car je vous ai entretenu d’une action de cette intrigante dans une précédente missive. Caroline de Vergelasse fait fructifier sa petite boutique des horreurs, où elle met en vente de prétendues parades et des mises en garde à l’adresse des infortunées victimes de mâles grossiers et violents. Elle aussi se faufile partout. Il ne m’étonnerait nullement qu’elle préparât, avec le renfort des harengères qui composent sa clientèle, une manifestation, où l’on vilipendera Lecreux-d’Airain, où l’on réclamera contre lui un bain de poix brûlante, la corde et l’échafaud. Et l’on y vouera aux gémonies les hommes, ces phacochères en rut…

Laissons cela, qui n’avait d’autre but que de vous divertir : convenez que le ridicule de la chose l’apparente aux gesticulations d’une commedia dell’arte de sous-préfecture.

Voici les derniers échos du Palais, relativement à l’épisode morbide qui vient d’arrêter la marche du monde. Le peuple s’exaspère, les princes et les parvenus feignent de plaindre les gueux. Chacun a sa formule et son plan, et veut qu’on l’écoute enfin ! Dans l’ombre, les lames s’aiguisent et les avocats ouvrent leurs dossiers. Ils prononcent à haute-voix, dans le secret de leur cabinet, des plaidoiries vibrantes, qui cloueront au pilori les ministres et, d’abord, Sa Majesté elle-même. On pressent que s’avance une armée de plaignants et de juristes.
Il y eut bien des maladresses dans ce gouvernement d’un État qui se dérobe, à la manière d’un terrain miné par l’érosion. On n’y aperçoit que des courtisans ou des ectoplasmes, à l’exception du Premier, le svelte Edouard Ami-des-Chevos, « maître de lui comme de l’univers » qui s’exaspère néanmoins, chaque jour plus ouvertement, de ce qu’il tient pour de l’infantilisme chez McCaron. Solides également, le sobre chevalier des Équerres (qui tente de relever de ses ruines l’Éducation nationale, dont il détient le maroquin), le malicieux ministre des Comptes publics, Gédéon Dort-Mhalin, et le ministre des Hospices, le fringant Onésime Persé-Vérant : il attire sur lui l’animosité de la population, pourtant, je lui accorde de l’étoffe et de la sincérité, si ce mot à sa place dans le cirque politique. Au reste, trouverait-on trois personnes pour se souvenir qu’Alphonsine Boissin occupait l’emploi avant lui ? On chercherait vainement quelqu’un pour déplorer son départ ! Et le dernier de ma liste : habile, esprit délié, calculateur, tel m’apparaît le grand trésorier, Brunulphe Lemagistrat. Au milieu de cet aréopage, le roi est la clef de tout, mais elle n’ouvre aucune serrure. L’Allemagne nous regarde comme une nation d’adolescents chahuteurs : McCaron en est l’incarnation parfaite… Il se réjouit d’un prêt conséquent accordé aux pays européens, grâce aux efforts conjugués des deux États majeurs. Mais, à la fin, vers quel pays sera dirigée la plus importante somme ? Plus tard, bien plus tard, les Allemands achèteront Versailles et les Champs-Élysées…

Les Français ont la mémoire courte

Les Français ont la mémoire courte : ils n’aperçoivent plus, derrière eux, l’effarante médiocrité qui manqua emporter la couronne, lorsqu’elle était posée sur le crâne de Gouda 1er. La mine ahurie, le col gonflé par les sucreries, les joues écarlates, il semblait toujours sortir de table. Par surcroît, ce blagueur enjoué maniait un humour « de congrès », bien propre à faire s’esclaffer une salle chauffée par la camaraderie et les liqueurs. Landry Labius, le préféré de François Ier, seigneur de la Bièvre, ne cachait pas le mépris dans lequel il le tenait, mais il est vrai que Labius méprise à peu près tout le monde. Cet homme – l’une des meilleures conversations de Paris – qui n’est jamais aussi cruel que lorsqu’il manifeste de la compassion, prend un soin scrupuleux à être toujours précédé dans les salons de l’idée très illustre qu’il se fait de sa personne. Même paré de toutes ses vertus, il ne rivalise ni en talent ni en prestige avec l’illustre Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord. Ne dit-on pas que Satan, jaloux de sa réputation, songeât un temps à se faire greffer deux pieds-bots, afin de présenter une boiterie plus sévère que celle qui affectait la marche de l’évêque d’Autun, et, ainsi de mériter le titre de Diable doublement boiteux qui eut éclipsé son rival terrestre ?

Gouda n’était point sot, il nomma Labius aux Affaires Étrangères : il comblait ainsi sa vanité et lui interdisait d’exercer l’art du soutien aigre, saturé de réserve sournoise mais privé de fraternel encouragement, où il excelle.
Ah cousine, j’entends sur les pavés résonner le fer des chevaux, la malle-poste sera là dans quelques minutes, je dois à la hâte fermer cette missive, alors qu’il me reste tant à vous dire. Vous aurez la suite dans les jours qui viennent. Je dépose à vos pieds les baisers les plus tendres. À vos pieds ! Nous savons bien, vous et moi, que ce n’est pas vers vos petons que vous conduisez mes lèvres…

Reims, capitale française de l’art déco


Parmi toutes les raisons de visiter la ville champenoise, certaines sont plus surprenantes parce que moins évidentes. Assimiler uniquement à l’évocation de Reims sa majestueuse cathédrale française ou ses nombreuses caves de champagne, c’est oublier un pan entier de son histoire et du trésor architectural qu’offre encore aujourd’hui la cité. Il y a un siècle, l’art déco fut sacré à Reims, offrant à la postérité quelques témoignages de beauté, tout droit érigés du passé.


 

Reims, grande devanture de l’art déco

À seulement quarante-cinq minutes de train de Paris, Reims est la porte de l’Est de la France. Ville chargée d’histoire, elle attire de nombreux touristes pour toutes les pages du passé dont elle est l’héritière. « Cité des sacres et du champagne », la ville compte parmi les monuments français les plus classés au patrimoine mondial. Sa cathédrale est un joyau médiéval, témoin de plusieurs siècles d’onction des rois de France. Son vin pétillant a transformé le nom de la ville en une marque internationale. Mais une autre vitrine offre aux curieux une raison de plus de venir visiter Reims. Depuis les années 1920, de nombreux bâtiments art déco s’érigent dans la cité et la décorent de mosaïques et de sculptures florales et décoratives, au style assurément épuré, droit et rigoureusement dessiné. C’est ce qui définit d’ailleurs l’art déco.

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Un style architectural typiquement français qui consacre une grande importance à des formes pures et géométriques, ainsi qu’à de nombreux éléments décoratifs. Suivant l’ère de l’art nouveau, dont le cœur névralgique se situerait bien plus à l’Est encore, à Nancy, l’art déco est à son apogée en France vers 1925. S’il est très répandu aux États-Unis ou dans la péninsule ibérique, il est pourtant créé en Belgique et popularisé en France. Reims est incontestablement une de ses plus belles devantures. Là, bâtiments publics, théâtres, grands magasins ou simples appartements sont les témoins de l’effervescence architecturale de l’après-guerre. Il faut dire que le terrain y était particulièrement propice.

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, la ville dévastée laisse un grand espace de création et d’imagination pour de nombreux architectes contemporains. Pourtant, contrairement à de nombreuses communes totalement reconstruites après-guerre, la ville entière n’est pas harmonieusement rebâtie. À Reims, vous ne trouverez pas de cohésion architecturale ou de quartier art déco. Simplement, au hasard des rues, le plaisir de se replonger à une époque de construction esthétique et de soin du détail. L’unité n’existe pas même dans les matériaux ou dans les représentations d’art déco. Tantôt du marbre et des mosaïques, tantôt des sculptures de béton. Des fresques ornent parfois l’extérieur ou se cachent bien plus souvent à l’intérieur de somptueuses bâtisses, les ornant de quelques représentations des gloires de la ville martyre.

À Reims, l’art déco se mêle à merveille avec les symboles locaux. La vigne et le travail viticole sont valorisés sur les murs, les sacres apparaissent sur des éléments décoratifs et le commerce et l’industrie, les nouvelles spécialités champenoises au détour du siècle dernier, n’ont de cesse d’être valorisés par une architecture en phase avec son temps. Ici, la Révolution puis les guerres successives ont endommagé la cité jusqu’à lui détruire ses plus belles parures, mais il y a bien une relique que le temps a épargnée, c’est celle d’un style architectural aussi fascinant qu’anachronique. Si le centenaire de la Grande Guerre est passé, il reste encore à célébrer celui de l’art déco qui, il y a un siècle, chamarrait quelques rues. Et pour ce voyage dans le temps, Reims est incontestablement la plus authentique des destinations.

Un voyage dans le temps : l’art déco, un héritage de l’histoire

De septembre 1914 à octobre 1918, la ville de Reims est pratiquement continuellement bombardée. Sous les feux allemands…

Lire la fin de l’article sur Conflits

Le coût de la vie

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Des soignants s'occupent d'un patient infecté par le Covid-19, au service de réanimation de l'hôpital Lariboisière à Paris, 27 avril 2020. ©JOEL SAGET / AFP

Pour répondre aux besoins sanitaires illimités d’une population angoissée, l’Etat-Providence dispose de ressources limitées. A l’heure où la mort est devenue inacceptable, la puissance publique doit définir des priorités. Et évaluer le coût de chaque vie sauvée.


Dans une situation de pandémie, il est compréhensible que les besoins en santé d’une population angoissée soient illimités. Les ressources restant limitées, cette demande exponentielle révèle l’existence d’un domaine que la plupart d’entre nous ignorent : l’économie de la santé. Comme l’a écrit Michel Foucault, il s’agit « de la mise en rapport d’une demande infinie avec un système fini. […] Il va falloir décider que telle maladie, tel type de souffrance ne bénéficieront plus d’aucune couverture, que la vie même dans certains cas, ne relèvera plus d’aucune protection. […] C’est à cet endroit qu’une certaine rationalité devient elle-même scandale. » Cette citation renvoie à l’une des principales caractéristiques de notre civilisation postmoderne : l’exigence du risque zéro, la transformation de la maladie, de la souffrance et de la mort en scandales inacceptables. Pour ceux qui sont supposés répondre à cette attente – les professionnels de la santé, ainsi que ceux qui les financent et les contrôlent –, c’est une sacrée gageure.

Stratégie d’optimisation des ressources

La question du prix de la vie humaine a commencé à être étudiée de façon théorique dans les années 1970 avec l’avènement de l’État-providence. Il ne s’agissait pas de coller une étiquette de prix sur des personnes, mais d’optimiser les ressources disponibles pour sauver le plus de vies possible. Après un quart de siècle d’investissements prioritaires dans les structures, les équipements et le personnel, une question s’est imposée face à l’augmentation de la part des dépenses de la santé dans les PIB des différents pays occidentaux : quelle stratégie permet d’utiliser au mieux les moyens à notre disposition pour sauver une vie ? De telles évaluations deviennent d’autant plus utiles que le déficit de l’Assurance-maladie se creuse et que les finances publiques servent de garantie. Il devient donc urgent de pouvoir identifier les meilleures mesures de santé publique en termes de rapport coût/efficacité.

En posant des questions nécessaires à la formulation de priorités, l’économie de la santé se trouve confrontée à l’éthique. Les professionnels de la santé le savent bien, eux qui s’y frottent au quotidien et font des arbitrages au cas par cas. Mais à l’échelle d’une nation, il revient à la puissance publique de définir les priorités sanitaires. Les gouvernants sont alors tentés d’imposer leurs choix, quitte à s’enfoncer dans une dérive techno-dictatoriale loin des débats démocratiques. Il est ainsi très facile de trouver des fondements scientifiques aux politiques imposées par le pouvoir. Tous les dictateurs ont eu leurs conseillers scientifiques !

Des choix politiques

Ces choix, y compris en temps de crise, sont souvent le produit de rapports de forces entre technocrates, politiques et acteurs économiques. Sélectionner quel patient sera admis en réanimation ou aura accès à un respirateur au détriment d’un autre, c’est décider que la vie de tel jeune adulte primera celle d’une personne âgée, ou bien qu’un chargé de famille sera prioritaire sur un célibataire. Ces situations, arbitrées in fine par les équipes soignantes, obéissent à des choix politiques qui imposent des priorités en matière d’allocation des moyens. Tout ne se réduit d’ailleurs pas à l’argent, comme le montre le cas du numerus clausus. Dès le début de la crise sanitaire du Covid-19, des conflits entre familles de malades se disputant l’accès à l’unique ECMO (Extracorporeal Membran Oxygenation) ont éclaté au seuil des services de réanimation. Il faut dire que la prise en charge par cette machine rare et sophistiquée peut durer plusieurs semaines, en privant les autres malades de l’opportunité d’être maintenus en vie. Et c’est ainsi que, BFMTV aidant, la France entière assiste médusée à un séminaire en économie et politique publique de la santé…

Par la même occasion, la population découvre que la vie peut avoir un coût et servir de base à des calculs macroéconomiques. L’Insee estime, par exemple, le coût mensuel du confinement imposé à la population française à 35 % du PIB, c’est-à-dire 75 milliards d’euros par mois. Si l’on considère que le nombre de décès a progressé de 15 000 cas en un mois de confinement, on peut supposer que cette mesure coercitive de santé publique en a évité autant. Chaque mort évité aura donc coûté à la société 5 millions d’euros. Ce calcul productiviste fondé sur la perte de PIB est très théorique. Tout décès a un coût pour la société, approximativement calculé sur la base de ce qu’aurait pu apporter l’individu à la société s’il était resté en vie. Reste que le coût des vies sauvées est d’autant plus élevé que chaque journée supplémentaire de confinement aggrave la violence de la crise économique. Et cette crise aura indubitablement des conséquences en termes de vies humaines et de santé publique.

Des choix qui peuvent être biaisés

Ces chiffres révèlent nos priorités inavouées. Jusqu’à la pandémie actuelle, les équipes soignantes avaient tendance à prendre en considération, plus ou moins consciemment, le critère de l’âge pour adapter le niveau d’intensité des soins au pronostic et à l’espérance de vie. On peut se demander si le gouvernement aurait agi aussi vigoureusement pour sauver les 15 000 personnes âgées décimées par la canicule de l’été 2003, que pour protéger les mêmes contre le Covid-19 (l’âge moyen de décès avoisinerait les 81 ans en France),.

Cette observation suggère qu’aux yeux des décideurs publics, la vie d’une personne identifiée, par exemple hospitalisée en service de soins intensifs, a beaucoup plus de valeur que celle d’une personne anonyme qui décéderait toute seule chez elle d’un coup de chaleur. Et pour cause : on pourrait plus aisément leur reprocher leur inaction dans le premier cas. Cela aboutit à des absurdités économiques, uniquement compréhensibles sur un plan psychologique, voire électoraliste.

Il est par exemple admis de dépenser des sommes très importantes pour aller chercher une personne en danger imminent (disparue en montagne, enfouie sous les décombres d’une mine, bloquée dans un tunnel), ou même pour sauver des animaux en danger, mais uniquement si ceux-ci sont considérés comme sympathiques. En 1988, trois baleines prisonnières de la banquise en Alaska ont déclenché la plus coûteuse opération de sauvetage jamais entreprise. Les animaux à la réputation moins enviable comme les gros reptiles (crocodiles marins, dragons de Komodo, cobras…) n’ont jamais eu cette chance… De même, en économie de la santé, la puissance publique favorise les investissements qui plaisent aux électeurs ou réduisent au maximum sa responsabilité.

Evaluation ou expérimentation ?

Dans cette perspective, le projet Fluresp, financé par la Commission européenne lors de la pandémie de grippe H1N1 en 2009, est à ce jour la seule étude au monde comparant le coût et l’efficacité de 18 mesures de santé publique contre la grippe pandémique. Ses résultats démontrent que la stratégie la plus efficace en termes de réduction de la mortalité pour les premières phases d’épidémie (ce qui correspond à la situation en France entre fin janvier et mi-mars) a été l’introduction de nouveaux équipements comme les ECMO dans les services de réanimation. Ces appareils permettent de lutter efficacement contre le syndrome de détresse respiratoire aiguë (SDRA) dont souffrent des malades de Covid-19 en oxygénant le sang par l’extérieur, quand les simples respirateurs deviennent inefficaces sur des poumons gravement atteints.

Le codage de l’ARN du virus, condition sine qua non pour créer des tests, ayant été diffusé par les scientifiques chinois fin janvier, il était relativement facile pour les laboratoires européens spécialisés de concevoir et de fabriquer rapidement des tests de détection de l’ARN viral, dont les fameux tests RT-PCR.

Quand la situation s’aggrave et qu’une pandémie est en cours (comme en France depuis mi-mars), la stratégie la plus efficace consiste à réduire les infections secondaires (fermeture des écoles, des transports publics, annulation des événements à forte concentration de population). La stratégie de confinement total d’un pays n’a pas été testée, car l’assignation à domicile dans un même foyer de personnes potentiellement contaminées et non contaminées est une mesure inédite qui n’a jamais été jugée apte à réduire les infections secondaires !

Ces prochaines années, les mesures de santé publique imposées durant la pandémie de Covid-19 feront l’objet de très nombreuses évaluations en termes de performance, coûts économiques et conséquences humaines du fait de la désorganisation brutale du pays. La population est en droit de se demander pourquoi tant de professionnels de la santé (chercheurs, hauts fonctionnaires, OMS et autres organisations internationales), au lieu d’exécuter des plans préparés d’avance et des mesures longuement réfléchies, ont appliqué, notamment en France, une stratégie inédite, jamais discutée, évaluée ou testée.

De l’importance de pouvoir s’adapter

L’une des raisons pourrait être la suivante : appliquer des stratégies préparées à l’avance suppose la disponibilité des moyens nécessaires (masques, médicaments, appareils de réanimation, tests et produits nécessaires à leur production). Or, dès fin janvier-début février 2020, il est apparu évident que la préparation logistique à une pandémie par virus respiratoire serait impossible, car le premier fournisseur mondial de matériel – la Chine – était aussi le premier pays touché par le virus.

Ainsi, il y a trois mois, beaucoup ont fait ce même constat amer. C’était le moment pour les États concernés de déployer leurs capacités de réaction et leur créativité pour produire en urgence les équipements absents et se procurer les matériels et les produits manquants. Là aussi, l’économie de la santé, qui s’intéresse aux capacités d’organisation et de décision, et non pas uniquement à la quantification et à la comptabilité, nous éclaire.

Prenons l’exemple de la production de tests de dépistage du Covid-19, un élément essentiel dans toute stratégie de lutte contre la pandémie. L’absence de ces tests est l’une des raisons du confinement imposé à tout le pays. Le codage de l’ARN du virus, condition sine qua non pour créer des tests, ayant été diffusé par les scientifiques chinois fin janvier, il était relativement facile pour les laboratoires européens spécialisés de concevoir et de fabriquer rapidement des tests de détection de l’ARN viral, dont les fameux tests RT-PCR.

L’aversion au risque de la bureaucratie française

Si certains pays ont réussi à produire des tests en quantité pour des programmes de dépistage de la population à grande échelle, c’est parce qu’ils ont su acheter immédiatement les matières premières nécessaires à leur fabrication chez des fournisseurs étrangers et locaux. Quitte à sortir de la procédure normale d’appel d’offres et à autoriser les centres régionaux à produire leurs propres tests. En temps de crise, des décideurs ont su adapter les procédures à l’urgence de la situation. En l’occurrence, loin d’être parfaits, les tests fabriqués par plusieurs laboratoires auraient néanmoins permis une gestion plus fine de la crise. Autrement dit, ils auraient limité la casse. C’est ce qui s’est passé en Allemagne où les directives techniques de production des tests RT-PCR (la « recette ») ont été communiquées par l’université de médecine de la Charité à Berlin à l’ensemble des laboratoires en régions capables de les fabriquer.

Tel n’a pas été le cas en France – sauf à la Fondation Méditerranée infection qui a produit ses propres tests sous l’impulsion du professeur Didier Raoult – où les autorités centrales ont préféré attendre l’arrivée incertaine de tests industriels RT-PCR certifiés et validés. Des productions régionales indépendantes, comme celle de la Fondation Méditerranée infection à Marseille, se sont tout de même développées pour faire face aux besoins locaux, sans attendre la disponibilité de tests industriels. Cela confirme l’origine du problème : non pas tant le manque de capacités techniques que des freins bureaucratiques. En tout état de cause, la culture du service public à la française a révélé l’incapacité des autorités à s’adapter à une crise en évolution rapide, de s’affranchir des règles administratives nécessaires en temps normal, mais dangereuses en temps de crise. Bref, notre appareil bureaucratique a tout simplement tardé à changer de logiciel. Aux prises avec cette situation inédite, il aurait fallu accepter de prendre des risques et les assumer. Mais cette façon de procéder n’est pas dans l’ADN de la technocratie française, mise en déroute par un petit morceau d’ARN nommé SARS-CoV-2.

“Monde d’après”: demain, tous fanatiques d’OnlyFans?

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Image d'illustration Unsplash

Sur internet, le réseau social OnlyFans ubérise le porno ! À première vue, on peut se réjouir de ce que les jeunes femmes qui y monnaient leurs charmes puissent éviter les violences physiques de la prostitution ou du porno à l’ancienne. Mais ce type de plateforme permet aussi une interaction personnalisée entre l’actrice de charme et son public, ce qui peut également attirer à elle les profils les plus inquiétants…


Même si le monde entier est confiné, l’ubérisation de nos sociétés poursuit son petit bonhomme de chemin ! 

Nous ne vous parlerons pas ici du succès des livraisons de repas via Uber eats, mais du récent regain de popularité d’un autre site : OnlyFans. Le nombre de ses nouveaux utilisateurs aurait augmenté de 75%, rien que durant les deux premières semaines de mars.[tooltips content= »selon Forbes et le Huffington Post« ]1[/tooltips]

OnlyFans est initialement un réseau social assez classique, proposant de mettre en relation des créateurs de « contenu » avec des spectateurs susceptibles de payer pour voir ce contenu (essentiellement des vidéos, mais “contenu” peut désigner aussi l’ensemble des textes ou photos que l’on peut produire pour Internet). Le site se distingue des plateformes de divertissement numérique concurrentes (Twitch, Youtube ou Instagram) : le contenu qui y est proposé est intégralement payant, et ses conditions d’utilisation sont plus souples.

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Une commission de 20%

Ces deux particularités en ont fait la plateforme idéale pour le commerce de contenu à caractère pornographique, qui constitue vraisemblablement plus de la moitié du site et un divertissement de choix pour les milliards de confinés sur la planète.

On savait que l’industrie pornographique avait beaucoup souffert de la première vague de digitalisation (l’émergence de mastodontes monopolistiques comme Pornhub a forcé les petites productions à collaborer ou à disparaitre). L’arrivée de OnlyFans sur le marché pourrait avoir cette fois des effets bénéfiques pour toute une nouvelle génération de stars du porno. Comme le dit l’écrivain(e) féministe Julie Bindel dans le journal anglais The Spectator, en mettant fournisseur et consommateur en contact direct, « OnlyFans réinjecte l’argent dans la production » (moins sa commission de 20%). 

Exit donc sites pornos, cassettes VHS, DVD et studios avec leurs producteurs et caméramen. Ne reste que le client et le créateur ou, bien plus souvent, la créatrice. Le client n’est plus un spectateur passif. Au contraire, il devient le « réalisateur de son propre porno » pour reprendre le pitch d’une des stars du réseau, Danni Hardwood. Concrètement, il donne des instructions de mise en scène, réclame des contenus particuliers ou peut échanger directement par messages. La quasi-totalité des créatrices interviewées dans la presse insistent particulièrement sur ce dernier point : échanger avec les « fans » devient une activité extrêmement chronophage, qui se prolonge tard dans la nuit. Ces attentions personnelles sont évidemment des services qui se monnayent et constituent, avec les « dons », l’essentiel des revenus des créateurs (l’abonnement « classique » et standardisé n’offre pas ce rapprochement avec la célébrité). La plupart des comptes proposent même une option « girlfriend experience », qui est concrètement un mélange de conversation en ligne et de photos érotiques personnalisées qui se veulent l’imitation d’une relation « réelle ».

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« Je leur donne ce qu’ils réclament : de l’attention »

Ce business est fort lucratif pour quelques utilisatrices très en vue. Plusieurs créatrices disent ainsi générer entre 20 000 et 30 000 euros par mois! C’est évidemment un job à plein temps, et en réalité un travail qui se rapproche plus de celui d’une agence de communication ou d’un directeur marketing que de celui d’un « travailleur du sexe », pour employer le néologisme du moment. « Je leur donne ce qu’ils réclament : de l’attention » confesse Megan (du compte « ThatFatBabe »). 

D’aucuns aimeraient voir dans ce qui relève en réalité de l’ubérisation de la prostitution une protection bienvenue contre les dangers du plus vieux métier du monde, notamment le risque de subir des violences. Mais ce phénomène rappelle aussi par beaucoup d’aspects celui des « idols » au Japon, ces jeunes gens au physique avantageux dont on sanctifie les moindres faits et gestes, scrutés sur les réseaux sociaux nippons par les fans souvent maniaques. À Tokyo, les meilleures filles des bars à « hôtesses » se doivent aussi de connaître sur le bout des doigts les goûts de leurs clients réguliers ou la date de leur anniversaire… bref le plus de détails possibles pour atténuer leur solitude et combler leur besoin d’attention. Les Japonais savent bien que l’univers doré des « idols » cache des dessous sombres et malsains : on ne compte plus les faits divers d’agressions de ces « idoles » par des « fans » estimant avoir été trahis. 

OnlyFans ne fournit pas encore de « bodyguard »

La plupart de ces agresseurs étaient les « fans » les plus inconditionnels qui se rendaient à chaque concert, achetaient tous les disques et les innombrables produits dérivés. 

Atteints du trouble bien connu d’érotomanie, ils avaient la conviction que leur passion était réciproque et considéraient cette réciprocité comme un dû. Un conseil aux créateurs stars sur OnlyFans: ils feraient bien de ne pas oublier l’avertissement du comte Aldebert 1er de la Marche au premier des Capétiens, qui disait en substance « N’oublie pas qui t’a fait roi »…

Dans la grâce de Dieu

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Sous le soleil de Satan, un film de Maurice Pialat © NANA PRODUCTIONS/SIPA Numéro de reportage: 00383920_000001

« La Sainteté ! » s’écrie Menou-Segrais, « en prononçant ce mot devant vous, pour vous seul, je sais le mal que je vous fais ! Vous n’ignorez pas ce qu’elle est : une vocation, un appel. Là où Dieu vous attend, il vous faudra monter, monter ou vous perdre» Georges Bernanos


Pialat contre la mort de Dieu

Sous le soleil de Satan est le film le plus controversé de son auteur, hué, lorsqu’il reçut a Palme d’or au Festival du film de Cannes en 1987, par la foule incrédule et inculte. Maurice Pialat, hanté par le chef d’œuvre de Georges Bernanos tourne une adaptation personnelle et libre. Il a cette intuition qu’un roman dont l’histoire est située à la fin du dix-neuvième siècle fortement marqué par les idées sur «mort de Dieu» peut devenir un film essentiel dans un vingtième siècle qui est celui de la montée en puissance de Satan. 

Il simplifie le roman en supprimant certains chapitres et personnages tout en gardant la succession des évènements dramatiques: le meurtre de Cadignan, le rejet de Mouchette par le député Gallet, la rencontre de l’abbé Donissan avec le diable, puis avec Mouchette, le suicide de Mouchette, le miracle de l’enfant ressuscité et la mort de Donissan.

Dans notre monde déchristianisé, le cinéaste nous livre une version d’une grande force métaphysique de l’œuvre de Bernanos. Pialat a précisément eu l’ambition de fournir aux spectateurs une clé possible – celle d’un agnostique – à la lecture de Sous le soleil de Satan. Il prend le roman à bras le corps et le transpose en une succession de blocs erratiques, fulgurants, incandescents, telluriques. Par la science de sa mise en scène somptueuse, les cadres précis et tranchants de Jacques Loiseleux, la beauté picturale des lumières sombres et nocturnes du chef opérateur Willy Kurant, le montage abrupt de Yann Dedet et servi par des acteurs exceptionnels, il compose à la manière d’un peintre un sublime portait de l’abbé Donissan: Gérard Depardieu, inoubliable, humble, incarne ce jeune prêtre, face aux puissances des ténèbres. On oublie trop souvent, d’ailleurs, que Pialat fut également un peintre qui exposa à la Libération.

Avec pour directeur de conscience l’abbé Menou-Segrais (Maurice Pialat, impeccable), le jeune abbé  semble désorienté, en proie aux doutes et aux excès (flagellations, oraisons emportés…). Mais, très vite le Doyen de Campagne-en-Artois comprend que son jeune protégé possède une flamme intérieure intense et que c’est un homme et un prêtre de grande valeur dont la vie physique et spirituelle est en prise avec le combat du Bien contre le Mal, à l’affrontement de Dieu contre Satan.

Satan en maquignon maléfique

Le premier lieu de ce combat est la paroisse où Donissan, lorsqu’il se rend à Étaples pour aider un autre curé, se perd de nuit dans une nature sauvage, sous un ciel plombé, les pieds s’enfonçant dans une terre lourde qui colle aux souliers, et affronte Satan caché sous la figure du maquignon (Jean-Christophe Bouvet maléfique à souhait). Après un âpre combat, il le rejette – retire toi Satan. Puis, ayant reçu de Dieu – même si le doute le taraude – la grâce de voir aux tréfonds des âmes,  il tente d’arracher Mouchette (Sandrine Bonnaire, possédée, émouvante) à Satan afin de la rendre à Dieu.

Chemin de croix

Des années plus tard, c’est dans la paroisse de Lumbres où il a été nommé curé, que le chemin de croix, le parcours de sainteté de Donissan se termine. Son deuxième combat contre le Malin est resserré sur une seule journée, la dernière de la vie du prêtre. Dans le désespoir, le seul guide du jeune abbé est sa lumière intérieure. Cerné des ténèbres, dans un monde de désolations, il va faire preuve de courage malgré ses doutes, et use de ressources profondes et d’une Foi ardente face au drame de la mort d’un enfant afin de le rendre, dans une scène inouïe de beauté, à la vie intense auprès de notre Seigneur. Maurice Pialat comme Georges Bernanos nous rappelle que Dieu est en nous.

Dans la grâce de Dieu, l’abbé Donissan, le Saint de Lumbres, est un homme qui vit l’imitation du Christ et dont l’immense charité, celle de l’amour sans condition pour l’être  aimé et unique, le Christ, le conduit à donner sa vie pour lui et le salut des âmes.

Sous le soleil de Satan,  Maurice Pialat – France – 1987 – 1h43
Palme d’Or Festival du film Cannes 1987

Interprétation: Gérard Depardieu (Donissan), Sandrine Bonnaire (Germaine Malhorty, dite Mouchette), Maurice Pialat (Menou-Segrais), Alain Artur (Cadignan), Yann Dedet (Gallet), Jean-Christophe Bouvet (Le maquignon/Satan)…

Sous le soleil de Satan

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Joe Biden, l’homme qui pensait à la place des Noirs

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© AP/ SIPA Numéro de reportage : AP22448821_000005

L’essentialisme racial peut compter sur un nouveau représentant de taille. Tollé aux Etats-Unis! Le 22 mai, l’ancien vice-président américain, Joe Biden, a dit à un animateur de radio afro-américain qu’il n’était pas vraiment «Noir» s’il votait pour Donald Trump à la prochaine élection présidentielle.


La déclaration du candidat démocrate est devenue en quelques secondes l’objet de toutes les railleries.

«Vous n’avez plus de questions? Je vais vous dire, si vous avez un problème à décider si vous êtes pour moi ou pour Trump, alors vous n’êtes pas Noir», a laissé tomber Biden dans la populaire émission new-yorkaise The Breakfast Club, en s’adressant au co-animateur, le dénommé Charlamagne Tha God.

#BidenIsRacist

Alors que des partisans de Trump accusent Biden d’être carrément raciste, ces derniers sont accusés par leurs adversaires d’hypocrisie et surtout, de nier le « racisme systémique ».

«Cette crise expose au grand jour le racisme institutionnel qui prévaut encore dans notre société», affirmait Biden dans la même émission.

Sur Twitter, le mot clic #BidenIsRacist a été l’un des plus publiés en Amérique du Nord dans la journée du 22 mai.

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L’homme de 77 ans a beau s’être vite rétracté, sa déclaration a de quoi raviver les tensions dans un pays durement touché par le Covid-19 et déjà très divisé en clientèles économiques et raciales. En proportion, les communautés noires ont été beaucoup plus frappées que les communautés «WASP» par le virus, un sujet très sensible au pays de l’Oncle Sam. Cette réalité n’empêche pas des dizaines de milliers d’Afro-américains de continuer à soutenir Trump, malgré une baisse des appuis de la communauté noire en sa faveur, selon ce que rapportent les médias.

L’antiracisme dévoyé

Si la déclaration de Biden pourrait lui faire perdre bien des appuis, elle est surtout révélatrice d’un courant antiraciste jouant plus que jamais la carte de l’enfermement communautaire. Un courant pour qui la race détermine une grande partie de la réalité d’un individu jusqu’à ses préférences politiques.

Après l’assignation à résidence identitaire, l’assignation à résidence électorale?

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La face cachée du multiculturalisme

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Quand l’Union européenne insiste pour subventionner des soutiens au terrorisme palestinien

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Visite de Sven Kühn von Burgsdorff,en Palestine en mai 2020 (à droite avec un masque) Photo: Facebook The Office of the European Union Representative (West Bank and Gaza Strip, UNRWA)

Un courrier du chef de mission de l’Union européenne auprès de la Cisjordanie et de la bande de Gaza indigne


 

Sven Kühn von Burgsdorff a le profil du gendre idéal : grand, blond, athlétique, ce haut fonctionnaire de l’Union Européenne a donné satisfaction dans tous les postes à responsabilité qu’il a occupé au Mozambique, en Slovaquie, à Cuba ou même à Haïti. Mais le Moyen Orient, si riche en tensions de toutes sortes, pourrait lui être fatal. Sven Kühn von Burgsdorff qui occupe aujourd’hui les fonctions de chef de mission de l’Union européenne auprès de la Cisjordanie et de la bande de Gaza a, le 30 mars dernier, affirmé par écrit à tout un chapelet d’organisations palestiniennes que oui, il est vrai que l’Union européenne ne saurait financer le terrorisme fut-il palestinien, mais enfin, parfois, quand même, dans certains cas, si l’on réfléchit bien, il ne serait pas exclu que des individus au parcours atypique et proches de certaines organisations comme BDS (Boycott Désinvestissement Sanction) ou le FPLP (Front populaire de libération de la Palestine) puissent bénéficier de la manne européenne. 

Généreuse UE

« Alors que les entités et les groupes inclus dans les listes restrictives de l’UE ne peuvent pas bénéficier d’activités financées par l’UE, il est admis qu’un individu affilié à, sympathisant de, ou soutenant des groupes mentionnés dans des listes restrictives de l’UE n’est pas exclu [d’emblée] des activités financées par l’UE, à moins que son nom et prénom précis… soient répertoriés dans les listes restrictives de l’UE », précise la lettre de Sven Kühn von Burgsdorff. C’est ainsi qu’un « chercheur » proche du Hamas a été récemment richement doté par l’Union européenne!

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Par malchance pour Sven Kühn von Burgsdorff, cette lettre adressée au Réseau palestinien des ONG, une fédération basée à Ramallah qui regroupe pas moins de 130 ONG palestiniennes, a fuité presque immédiatement dans les médias israéliens. La radio de l’armée israélienne a été la première à avoir évoqué le nom de Sven Kühn von Burgsdorff, suivie du Times of Israël, puis du Jérusalem Post et de tous les autres médias israéliens. La diplomatie israélienne a immédiatement convoqué l’ambassadeur de l’UE en Israël, Emanuele Giaufret, pour lui faire part de son plus vif mécontentement. L’ambassadeur a dû aussi entendre les reproches de la vice-directrice générale du ministère pour l’Europe, Anna Azari.

Les Israéliens dénoncent une duplicité

Le ministère israélien des Affaires stratégiques, en charge de la lutte contre BDS, ne s’est pas privé de fustiger la duplicité de l’UE. Bref, l’Union européenne, prise en flagrant délit de double discours, va devoir clarifier ses positions. Oui ou non, l’UE va-t-elle rompre avec ses complaisances d’antan envers certaines organisations palestiniennes s’adonnant au terrorisme ? 

Depuis 2017, l’affaire semblait entendue : l’Union européenne ne financerait pas/plus le terrorisme, fut-il palestinien. En mai 2017, le Parlement européen avait voté une résolution demandant instamment aux responsables de l’UE de « veiller à ce qu’aucun financement de l’UE ne puisse être directement ou indirectement détourné vers des organisations ou des activités terroristes qui incitent à ces actes ». 

En 2019, dans chaque contrat passé avec une ONG, l’Union européenne a ajouté une clause dite de contre-terrorisme, qui engage l’ONG bénéficiaire de fonds européens à ne pas s’associer au mouvement BDS (Boycott Désinvestissement Sanction), ni à d’autres organisations terroristes comme le Hamas ou le FPLP (Front populaire de libération de la Palestine, fondé par Georges Habache, une organisation qui est sur la liste des organisations terroristes de l’Union européenne, des États-Unis, du Canada et d’Israël).

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Cette clause avait déplu. Le 1er janvier 2020, plus d’une centaine d’ONG palestiniennes, dont la plupart soutenaient le BDS et dont certaines avaient un lien avec le FPLP, ont bruyamment fait savoir qu’elles renonçaient à demander des subventions à l’Union européenne. Cette manifestation de colère des ONG palestiniennes a reçu le soutien officiel de l’Autorité Palestinienne. Mais, au moins en apparence, l’UE a campé ferme sur ses orientations : l’argent du contribuable européen ne financerait plus le terrorisme. 

Monsieur Várhelyi, levez l’ambiguïté!

La lettre de Sven Kühn von Burgsdorff destinée à consoler ces ONG palestiniennes qui ne se remettent pas d’avoir perdu des financements qu’elles croyaient inamovibles, a donc provoqué un scandale. Un groupe de députés européens appartenant à plusieurs partis a demandé au Haut représentant de l’UE pour la politique étrangère, Josep Borrell, de clarifier la politique de financement de l’UE et d’enquêter sur cette affaire. Ledit Josep Borell ne passe pas pour un grand ami d’Israël, mais aux fonctions qu’il occupe, il ne saurait légitimer à nouveau la douteuse politique d’antan.

Pour calmer la fureur des officiels israéliens, Olivér Várhelyi, haut fonctionnaire de l’Union européenne a fait savoir à la mi-mai à la commission des affaires étrangères du Parlement européen qu’il a ordonné un passage en revue intégral de la politique d’attribution de subventions de l’Union européenne. « S’il y a la moindre ambiguïté, nous agirons immédiatement » a-t-il précisé. Question : le sémillant Sven Kühn von Burgsdorff va-t-il demeurer en poste ?

« Into the night », les Belges assurent

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"Into the night" Photo: Netflix

Une série belge de SF, ce n’était pas gagné. Et pourtant…


La plateforme Netflix, les plus anciens verront peut-être de quoi je veux parler, me fait penser aux premiers vidéoclubs et à la sensation qu’on avait éprouvée alors : un vague égarement heureux devant la profusion de titres soudain disponibles. On louait deux ou trois cassettes pour le week-end, parfois plus, et on savait très bien qu’on n’aurait probablement pas le temps de tout voir, mais quelle importance, on savait que c’était désormais à notre disposition.

Je me promenais donc dans les rayons virtuels après avoir terminé la saison 3 d’Ozark qui m’avait un peu déçu alors que j’avais adoré les deux premières qui renouaient avec la vraie force des grands romans noirs : plonger des gens normaux dans un cauchemar. J’évitais la profusion des séries sur la sexualité des ados, même si elles sont parfois vives et drôles comme Sex Education. J’aurais bien choisi une bonne série de SF mais il faut reconnaître que là aussi, elles sont très majoritairement faites pour nos chers lycéens qui en sont les héros.

Une série surprenante

C’est alors que je suis tombé sur Into the night. C’est une série de SF belge. Dit comme ça, cela peut prêter à sourire. On aurait tort surtout que les séries françaises sur Netflix ne sont pas franchement convaincantes, et c’est un euphémisme, quand on songe à Marseille ou à Marianne.

Into the night est ce que j’ai vu de meilleur en matière de fictions post-apocalyptiques depuis un bon bout de temps. En six épisodes de 40 minutes, on retient son souffle difficilement. L’argument est simple : le soleil est devenu mortel. Ne me demandez pas comment, les explications ont l’air très convaincantes, mais je n’y ai rien compris et de toute manière, ce n’est pas très important.

Le soleil est devenu mortel, mais par cette nuit à l’aéroport de Zaventem, personne ne le sait encore. Des passagers s’apprêtent à prendre un vol Bruxelles-Moscou quand un soldat italien de l’Otan arrive paniqué, un fusil d’assaut dans les mains, force les premiers passagers à embarquer et le pilote à décoller après l’avoir blessé à la main.

À bord, on trouve une autre ancienne militaire en Afghanistan qui vient de perdre l’homme qu’elle aimait, une femme russe avec son enfant atteint de la mucoviscidose, un agent de sécurité vieillissant, catholique et célibataire qui partait en Russie pour chercher sa future épouse trouvée sur Internet, un mafieux turc même si on ne le sait pas tout de suite, un Musulman qui n’est pas islamiste mais qui est regardé avec circonspection (encore un euphémisme) par l’agent de sécurité, deux jeunes hommes sympathiques et une influenceuse sur Instagram qu’on a envie de gifler ainsi que le pilote avec des problèmes de couple.

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J’attends la saison 2

Le soldat de l’Otan qu’on prend pour un dingue explique qu’il faut voler vers l’Ouest et ne jamais retrouver le jour. Les quelques passagers sont assez vite convaincus quand les premières infos tombent sur les téléphones portables.

À partir de ce moment, les scénaristes s’en donnent à cœur joie. Un huis-clos à dix mille mètre d’altitude, la mort aux trousses, les inévitables tensions. Ce qui étonne le plus, c’est que sans forcer la note, et avec des dialogues plutôt bien écrits, il n’y a pas une longueur ou un moment où on n’y croit pas.

Les personnages prennent de plus en plus d’épaisseur et de complexité et, avec un sadisme consommé, les scénaristes n’hésitent pas à en sacrifier quelques-uns dont on pensait pourtant qu’ils joueraient un rôle essentiel. C’est toujours la même chose, comme dans Ozark : des gens qui nous ressemblent confrontés à un danger mortel et on se sent forcément concernés. Effet renforcé par une distribution où l’absence de stars donne à tous une égale importance.

On parle déjà d’une éventuelle saison 2 qu’une fin ouverte laisse possible. Parce que tout de même, tout ce petit monde-là ne va pas pouvoir passer sa vie dans un cockpit, même dans l’espace réservé aux premières classes où la distanciation sociale ne fait pas problème.

Il est vrai que le Covid n’est plus un souci quand le moindre rayon de soleil a sur vous les effets d’un four à micro onde et vous cuit de l’intérieur.

Sans brûler l’emballage.

«Into the Night», série belge de Jason George, avec Pauline Etienne, Laurent Capulleto, Stefano Cassetti… (6 épisodes d’environ 40 mn). Sur Netflix

Covid-19: c’est l’avènement de l’État « nounou » !

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Pierre Manent, philosophe et historien- 00531225_000002- ©IBO/SIPA

Elisabeth Lévy et Pierre Manent se demandent si nous ne sommes pas rentrés dans l’ère de l’État « nounou ». Selon les deux penseurs, il fait écho à l’Etat « Big mother » décrit par Michel Schneider. À la protection d’un corps politique se substitue la protection d’une multitude d’individualités…


Causeur vous propose cet après-midi de lire un extrait des dernières interventions de Pierre Manent sur REACnROLL, la webtélé des mécontemporains (5€ par mois).

Pierre Manent. Dès lors que l’État se soucie de notre santé, il renonce à prendre en considération tout autre aspect de la vie commune, d’où cette conséquence que vous avez relevée avec consternation comme beaucoup de Français. [Nos dirigeants] ont adopté une mesure d’une extrême brutalité qui traite les Français comme des enfants adoucis et qui leur ôte sans raison convaincante certaines de leurs libertés les plus élémentaires.

(…)

Elisabeth Lévy. Ce qui a changé c’est que la protection des individus va de plus en plus loin. Ce que nous attendons de l’État ce n’est plus qu’il nous protège contre les catastrophes, mais qu’il nous assure en quelque sorte le risque zéro.

A lire aussi: Covid-19: La fin des droits de l’Homme en leur nom?

Pierre Manent. En réalité, nous ne sommes plus dans un gouvernement politique, parce que l’État, en même temps qu’il nous domine, nous citoyens, de façon aussi impressionnante, reste notre instrument par la façon dont nous requérons ses services. Nous demandons par exemple aux juges de condamner les gouvernements parce qu’ils n’ont pas éclairci notre atmosphère suffisamment rapidement! nous demandons au conseil scientifique de nous dire si nous pouvons ou ne pouvons pas reprendre les cours!


Donc en réalité nous continuons de considérer l’État comme notre instrument, non pas du bien commun, mais l’instrument de protection de ma vie, ou de la vie de mes enfants. Alors que la raison d’être de l’État c’est aussi de protéger les frontières de la Nation, l’indépendance nationale et les composantes principales du bien commun. L’État s’est réduit aujourd’hui à la protection du bien public dans la mesure où ce bien se confond avec le bien de chacun.

Elisabeth Lévy. Cela va une fois de plus avec ce que nous sommes ; beaucoup disent que c’est pour protéger les autres. Or on a tout de même le sentiment que chacun cherche à assurer d’abord sa propre protection.

Pierre Manent. L’amour de soi pousse chacun dans cette direction. Seulement, le gouvernement pourrait faire autre chose qu’être simplement au service de cette étroitesse du souci collectif ; au contraire il ne fait que l’encourager. Donc c’est cela, je crois, qui est le principal problème : le gouvernement est tellement impuissant pour prendre les décisions les plus importantes pour le bien commun, qu’il s’accorde une souveraineté illimitée dès lors qu’elle peut être justifiée par la protection des intérêts strictement individuels (…) L’État ordonne la vie française mais il n’ordonne pas nos vies comme des membres de ce corps politique appelé « France » ; il ordonne nos vies comme des membres de l’espèce humaine dont la vie doit être préservée.

>>> Découvrez une heure d’échanges d’Elisabeth Lévy avec Pierre Manent sur REACnROLL ! <<<

Big Mother: Psychopathologie de la vie politique

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Tant qu’il y aura des… DVD

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Un idiot à Paris (1967) Photo: D.R.

« Le critique de cinéma, c’est l’inspecteur des travaux finis », disait François Truffaut. À l’heure où les salles de cinéma sont fermées, Jean Chauvet a trouvé quelques pépites en DVD à regarder chez soi.


 

Le regain de mémoire

Le Procès, de Georg Wilhelm Pabst.
À retrouver dans le coffret Le Mystère d’une âme, édité par Tamasa

De G. W. Pabst, immense cinéaste autrichien, on croit tout connaître et tout savoir parce qu’on a vu notamment Loulou, La Rue sans joie et L’Opéra de quat’sous et que l’on associe son nom à ceux de Greta Garbo et Louise Brooks. Mais on est loin du compte, comme l’édition récente d’un coffret de 12 films en DVD nous permet de le mesurer. On y retrouve certes ces classiques-là et ces égéries superbes. On y découvre surtout d’autres pépites méconnues ou restées dans l’ombre au sein d’une filmographie que la Seconde Guerre mondiale a fracturée de l’intérieur.

Pabst commence sa carrière de cinéaste dans les années 1920 et se fait remarquer très vite avec La Rue sans joie (1925), terrible description de la Vienne d’après-guerre. Les succès s’enchaînent ensuite, dont le plus important, Loulou, ainsi qu’une charge très violente contre le militarisme ambiant en 1930 avec Quatre de l’infanterie. En 1933, en raison du climat politique autrichien, Pabst émigre à Paris, mais sa carrière française n’engendre que des films mineurs. Et, juste avant le déclenchement de la guerre, il reçoit et accepte des propositions de Goebbels pour qui le retour du cinéaste constitue une victoire annoncée à grand renfort de publicité. Il reste difficile d’expliquer ce reniement, même si les deux films qui en résultèrent sont deux biopics anodins sans portée politique, sans le moindre soutien à l’idéologie nazie.

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Or, en 1948, Pabst réalise en Autriche Le Procès, un projet qu’il avait déjà porté en France en 1933, mais que le climat antisémite d’alors lui avait interdit de concrétiser. Le film raconte l’histoire du procès intenté en 1882 à toute la communauté juive d’un village austro-hongrois, accusée à tort du meurtre rituel d’une jeune fille catholique. Incendie de la synagogue, faux aveux extorqués, tortures, appels au meurtre, détention arbitraire, justice sous pression : sont rassemblés ici tous les éléments qui feront le quotidien de la montée du nazisme en Allemagne cinquante ans plus tard. C’est évidemment pour Pabst le film de la rédemption et du rachat par excellence. Il décrit la montée et la propagation de la haine antisémite avec une précision d’autant plus terrible que le film déploie en parallèle un éblouissant travail sur la forme. La grâce et le mystère des films de Dreyer ne sont pas loin. Dans un noir et blanc somptueux, Pabst mêle sans cesse expressionnisme et impressionnisme. Loin d’être une œuvre de circonstance ou d’opportunisme, Le Procès signe en fait le retour au cinéma d’un artiste qui a manifestement mis un temps, mais quel temps, sa conscience en sommeil.

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Littéralement ignoré en Allemagne comme aux États-Unis où il ne trouva aucun distributeur, méprisé en France, mais couvert de lauriers au Festival de Venise, Le Procès sombra presque dans l’oubli. La renaissance dont il bénéficie aujourd’hui grâce à l’édition de ce très beau coffret consacré à Pabst n’est que justice. Les bons esprits trouvèrent le film habile, voire manipulateur, alors qu’il n’est rien moins que sincère dans sa description minutieuse d’un antisémitisme d’État soutenu par les notables et les institutions – dont la police et la justice notamment. Mais il est vrai que ce miroir tendu par quelqu’un qui avait failli ne saurait être recevable par les éternels tenants de la vertu totalitaire. On peut pourtant préférer les repentis sincères aux donneurs de leçons inconséquents, mais permanents. Sur grand écran comme ailleurs. Deux autres films suivants de Pabst, présents dans le coffret, s’inscrivent dans cette même veine, mais avec moins de force toutefois. Tous deux, tournés en 1955, ont en effet Hitler pour figure essentielle à travers ses derniers jours (La Fin d’Hitler) et l’ultime tentative d’assassinat dont il fut l’objet (C’est arrivé le 20 juillet). De facture classique, ces films prouvent à nouveau la probité et la lucidité de Pabst dont le regard s’avère désormais aussi nécessaire que talentueux.

Une âme simple

Un idiot à Paris, de Serge Korber (1967).
Édité par Gaumont

« Je suis ancien combattant, militant socialiste et bistrot, c’est dire si des conneries, j’en ai entendu dans ma vie. » Une réplique comme celle-là suffit à vous faire aimer le film dont elle est issue. On la doit (évidemment, serait-on tenté de dire) à la verve de Michel Audiard, au service cette fois d’un cinéaste mésestimé, Serge Korber. Ce dernier fut également le réalisateur d’un savoureux film avec de Funès, Sur un arbre perché. Pour l’heure, on s’intéresse donc à Un idiot à Paris, parfait récit de l’itinéraire d’un crétin, ou jugé comme tel, qu’incarne Jean Lefebvre. Mais comme souvent, le meilleur est dans les seconds rôles, comme avec la réplique susdite prononcée par le génial Robert Dalban (le larbin dans Les Tontons flingueurs), sans oublier Bernard Blier, impérial dans le rôle d’un patron autoritaire qui ne jure que par l’Assistance publique dont il vient. On ne s’en lasse pas.

Un Idiot à Paris

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Valse à deux temps

Les amoureux sont seuls au monde, d’Henri Decoin.
Édité par Pathé
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On n’en finit pas de redécouvrir le cinéma d’Henri Decoin. Cette perle-là date de 1947 et, que voulez-vous, toutes les fées se sont penchées sur son berceau. Outre l’élégante mise en scène de Decoin, on se pourlèche les babines d’un dialogue mené tambour battant par un Henri Jeanson en très grande forme avec, par exemple, ce définitif « aimer est un verbe irréfléchi » ou bien encore « un film doublé, c’est un film dont il manque la moitié ». Et ces dialogues ciselés sont sublimés par un Jouvet dans un rôle à la fois glorieux et mélancolique, mais également par Dany Robin et Renée Devillers, impeccables toutes les deux. Avec, cerise sur le gâteau, une partition, avec notamment une valse fatale, écrite par Henry Sauguet. Les producteurs, imbéciles, imposèrent, comme pour La Belle Équipe en son temps, une autre fin, heureuse. On voit aujourd’hui les deux et c’est tant mieux.

La mésaventure de Valdémard Lecreux-d’Airain

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Auteurs : Roger Askew/Shutterstoc/SIPA. Numéro de reportage : REX40419936_000003

Très chère Cousine, les Français ne se lavent plus…


Depuis qu’ils ont gagné les confins, les Français s’abandonnent à des rêveries incertaines, qui abolissent leur sens commun. Ils ont à cela des excuses.

L’Académie Diafoirus

Au début de cette épidémie, ils ont entendu sans broncher les membres les plus éminents de l’Académie Diafoirus dire lundi une chose et mardi une autre, qui était son contraire. Mercredi, l’un de ces physiciens apportait sur la maladie une lueur que deux de ses confrères éteignaient jeudi. Vendredi, il en venait un, qui tenait des propos émollients : la population passait alors un plaisant samedi et un beau dimanche. Le lundi suivant, un morticole certifié embouchait son olifant, qui portait loin la menace d’une épouvante à bacilles frénétiques ! Celui-ci disait que se prémunir en portant un masque ne servait de rien, celui-là se tordait les doigts en nous recommandant de nous couvrir le nez, les oreilles, les yeux, les cheveux, bref, de sortir revêtus comme ces femmes de pays compliqués et lointains, que la pudibonderie religieuse contraint à dissimuler leurs formes sous une camisole de feutre. Cet autre encore donnait trois heures de survie aux microbes à l’air libre, mais son confrère le contredisait deux jours plus tard, en assurant que le risque de contamination était au moins de 24 heures ! C’est alors que, jaillissant des vapeurs colorées de ses éprouvettes, un savant à bonnet, l’air farouche, prétendait avec la conviction des hommes à monocle et jaquette à col de velours qu’il avait vu, de ses yeux vu, des cultures du virus qui bougeaient encore sous son microscope, 48 heures après qu’il les y avait placées ! Qui croire, à qui se fier, où donc aller quand la science s’affole et nous égare ?

Les gazetiers augmentaient la confusion en y ajoutant leurs propres épices d’interprétation: leur brouet était composé d’incertain, d’à-peu-près, d’entendu-dire et de rapporté de troisième bouche. Ces gens manifestaient une maladresse de laborantins agités, qui fait courir le plus grand péril à toute la verrerie, de la moindre éprouvette à la plus grosse cornue.

Direz-vous que je suis mauvaise langue ? Ce serait bien la première fois que vous trouveriez que je fais auprès de vous un mauvais usage de cet organe…

Barbes hirsutes, femmes négligées

Les Français ne se lavent plus.

Les hommes portent des barbes hirsutes, les femmes se négligent, et tous tentent de couvrir momentanément les effluves malodorantes, qui les suivent et les précèdent, en s’aspergeant d’eau parfumée.

Dans les confins, ils errent, moroses et résignés tout à la fois. Le soir venu, on entend, dans leurs bols, claquer d’effroi les dentiers des vieillards: on sait qu’ils paient à la maladie le plus lourd tribut. Le gouvernement a interdit toute circulation. Et nous voilà contraints à domicile. Pour vous, cousine délicieuse, ce mot n’a pas la même signification que pour nous autres, infortunés citadins. J’imagine que la loi générale ne vous empêche nullement de parcourir à cheval les cinquante hectares clos de mur et fermés par de hautes grilles qui cernent votre château. Quel pandore assermenté oserait pénétrer sur votre domaine pour constater que vous ne respectez pas la consigne ? Si la maréchaussée vous surveille, c’est de loin, et pour admirer votre silhouette. Ah, ma cousine, à ce moment précis combien j’envie votre cheval, le contact si tendre et si intime qui vous unit, la troublante figure que vous composez avec lui, alors que vous rentrez tous deux de votre course, en sueur, épuisés, ravis !

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Je m’égare, alors que je voulais vous entretenir, avant que la malle-poste n’emporte cette missive, du climat politique de notre infortuné royaume. Entendez d’abord, pour votre divertissement, le récit d’un événement croustilleux, dont tout Paris s’amuse. Vous n’avez pas connu le règne de Valdémard Lecreux-d’Airain ; encore jeune quand il monta sur le trône, d’une vive intelligence sanctionnée par des diplômes prestigieux, il suscita au commencement de son règne une sympathie vraie. Une belle éducation, des manières raffinées, une certaine audace dans les premières mesures gouvernementales, et même une particularité de prononciation, un chuintement, qui, tout en épousant non sans élégance la forme de ses lèvres, laissait entendre ensemble ses origines auvergnates et ses manières de grand bourgeois, tout cela agit heureusement sur l’opinion. Il osait, il entreprenait, il étonnait.

Les Français haïssent en juillet

Un matin, il envoya l’un de ses valets auprès d’un équipage d’éboueurs, qui collectait habituellement le contenu des poubelles dans la rue du palais. On vit donc ces gaillards tout ébaubis, en tricot de laine grossière et les mains prises dans d’épaisses moufles, le visage figé dans un rictus de gène, assis autour d’une table dressée pour un petit déjeuner de gentilhomme et recouverte d’une nappe en toile délicatement damassée, hésitant à se servir en brioches contenues dans les paniers en fils d’argent posés devant eux.

VLA s’invitait régulièrement dans une famille française, rompait le pain, buvait le vin, partageait son repas. Il séduisait les hommes, qu’il irritait aussi par la conscience qu’il avait de sa supériorité de cervelle, il plaisait aux dames, et l’on dit que, plus d’une fois, il regagna au palais, dissimulé dans une grande cape de comploteur qui le couvrait des pieds jusqu’aux yeux, à l’heure où les chiffonniers commencent leur rude tache. Il laissait derrière lui une belle endormie, qui lui avait été favorable…

Bien sûr, cela ne dura pas, les Français haïssent en juillet, avec une aisance d’esprit dont s’étonnent encore les observateurs étrangers, l’homme qu’ils vénéraient encore en avril. Bref, Valdémard Lecreux d’Airain, entré à l’Élysée sur des airs de menuet et d’accordéon, quitta le palais sous les lazzis et les crachats d’un peuple chauffé à blanc par les chefs partageux, qui s’en réjouirent sans même feindre de s’en offusquer. N’ayant pu retrouver un emploi à sa mesure, il se complut dans une noble et mélancolique solitude où paraissent tour à tour et séparément l’orgueil et les regrets. Il n’est point isolé, cependant, et l’on vient de partout solliciter son opinion. Régulièrement, dans la presse, il exhorte les peuples à se croire européens. Au physique, il est aujourd’hui un vieillard un peu voûté, d’aspect presque fantomatique, avec de l’allure ; enfin, s’il paraît disposer, jusqu’à ces derniers jours, de toute sa tête, nous verrons que peut-être…

Insupportable affront

Voici les faits : Hildegarde-Waltrude Gänseblümchen, une gazetière venue de Germanie, vient de révéler au monde entier « l’insupportable affront » que lui aurait infligé Lecreux d’Airain, à la fin d’un entretien qu’elle avait sollicité. Elle se place près de lui, afin que l’opérateur qui l’accompagnait immortalisât la scène par le procédé de la photographie, que l’épatant Félix Nadar a rendu populaire. Si l’on en croit la plaignante – car elle vient de porter plainte -, l’ex-souverain la serra d’un peu près. Il lui saisit la taille, puis, de la même main il glissa vers la fesse. La dame d’outre-Rhin affirme qu’elle repoussa cette invasion française d’un territoire prussien. On voulut prendre un second cliché, et l’on se plaça comme devant : la main de Lecreux se fit aussi pressante !
Hildegarde-Waltrude jugea la situation « très dégradante », elle se sentit « humiliée ».  Si elle dit vrai, il est incontestable que Valdémard Lecreux-d’Airain s’est comporté comme un mufle, mais un procès, vraiment, après deux années ? Fallait-il en arriver à cette extrémité ? La seule issue n’était-elle que judiciaire ? Devant l’offense, ne pouvait-elle répondre par d’autres moyens ? Une tape bien sentie sur le membre envahisseur, accompagnée d’une admonestation à voix forte, suivie, quelques jours après, dans son journal et accompagnant l’entretien, de quelques lignes rapportant la scène n’auraient-ils pas été du meilleur effet ? Et pourquoi pas une remontrance en vers de douze pieds avec rupture à l’hémistiche, facile et sans prétention, qui eut mis les rieurs du côté de l’« assaillie » :

Qu’allait faire la main du président Lecreux,
Impudente et têtue, dans le creux de mes reins ?
Je suis assez jolie, n’ai pas le teint ocreux,
Je ne me soucie pas du grand seigneur d’Airain !

Et s’il désire tant tâter de la teutonne,
Qu’il aille donc ailleurs chercher bonne fortune,
Près d’une gourgandine ou d’une gaie luronne,
Qui ne trouveront pas sa main inopportune !

S’il veut flatter des croupes, il y a les juments,
Les haras en sont pleins, il pourra faire un choix.
Mais point de tribunal et point de jugement !

Le délit est patent, une amende y échoit ;
Sa main me copiera cent fois sans s’épargner :
« Sans invitation, pas de main au panier ! »

Un mouvement leste

Ces vers de mirliton, sans atteindre au Parnasse, auraient « chansonné » le malotru présumé et diverti le populaire.

Valdémard Lecreux-d’Airain affirme tout ignorer de cet épisode. Qui croire ? Que s’est-il passé ? Le vieillard libidineux perd-il la mémoire et la raison ? Sa main seule déraisonne-t-elle, manœuvrée par le souvenir voluptueux des jours anciens, quand il était roi ? Lui est-il soudainement revenu que, dans le Parc aux cerfs, jadis, le soir venu, il désignait à sa guise celle qui, dans son vaste sérail, partagerait sa fantaisie ?

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Mais fallait-il vraiment déclencher ce tonnerre ? Et la dame a-t-elle été à ce point meurtrie par ce mouvement leste ? A-t-elle vu son avenir brisé, ses espoirs anéantis ? Fut-elle alitée pendant tout ce temps, incapable de retrouver la tranquillité d’âme, comme on le voit chez les peuples où la guerre, la famine, la tornade, ont semé la plus grande désolation ?
Si elle dit la vérité, peut-on qualifier d’agression cette marque de grivoiserie ?
Une qui doit se réjouir de ce navrant feuilleton, c’est la Vergelasse : vous connaissez un peu cette nouvelle figure de l’acrimonie féminine, car je vous ai entretenu d’une action de cette intrigante dans une précédente missive. Caroline de Vergelasse fait fructifier sa petite boutique des horreurs, où elle met en vente de prétendues parades et des mises en garde à l’adresse des infortunées victimes de mâles grossiers et violents. Elle aussi se faufile partout. Il ne m’étonnerait nullement qu’elle préparât, avec le renfort des harengères qui composent sa clientèle, une manifestation, où l’on vilipendera Lecreux-d’Airain, où l’on réclamera contre lui un bain de poix brûlante, la corde et l’échafaud. Et l’on y vouera aux gémonies les hommes, ces phacochères en rut…

Laissons cela, qui n’avait d’autre but que de vous divertir : convenez que le ridicule de la chose l’apparente aux gesticulations d’une commedia dell’arte de sous-préfecture.

Voici les derniers échos du Palais, relativement à l’épisode morbide qui vient d’arrêter la marche du monde. Le peuple s’exaspère, les princes et les parvenus feignent de plaindre les gueux. Chacun a sa formule et son plan, et veut qu’on l’écoute enfin ! Dans l’ombre, les lames s’aiguisent et les avocats ouvrent leurs dossiers. Ils prononcent à haute-voix, dans le secret de leur cabinet, des plaidoiries vibrantes, qui cloueront au pilori les ministres et, d’abord, Sa Majesté elle-même. On pressent que s’avance une armée de plaignants et de juristes.
Il y eut bien des maladresses dans ce gouvernement d’un État qui se dérobe, à la manière d’un terrain miné par l’érosion. On n’y aperçoit que des courtisans ou des ectoplasmes, à l’exception du Premier, le svelte Edouard Ami-des-Chevos, « maître de lui comme de l’univers » qui s’exaspère néanmoins, chaque jour plus ouvertement, de ce qu’il tient pour de l’infantilisme chez McCaron. Solides également, le sobre chevalier des Équerres (qui tente de relever de ses ruines l’Éducation nationale, dont il détient le maroquin), le malicieux ministre des Comptes publics, Gédéon Dort-Mhalin, et le ministre des Hospices, le fringant Onésime Persé-Vérant : il attire sur lui l’animosité de la population, pourtant, je lui accorde de l’étoffe et de la sincérité, si ce mot à sa place dans le cirque politique. Au reste, trouverait-on trois personnes pour se souvenir qu’Alphonsine Boissin occupait l’emploi avant lui ? On chercherait vainement quelqu’un pour déplorer son départ ! Et le dernier de ma liste : habile, esprit délié, calculateur, tel m’apparaît le grand trésorier, Brunulphe Lemagistrat. Au milieu de cet aréopage, le roi est la clef de tout, mais elle n’ouvre aucune serrure. L’Allemagne nous regarde comme une nation d’adolescents chahuteurs : McCaron en est l’incarnation parfaite… Il se réjouit d’un prêt conséquent accordé aux pays européens, grâce aux efforts conjugués des deux États majeurs. Mais, à la fin, vers quel pays sera dirigée la plus importante somme ? Plus tard, bien plus tard, les Allemands achèteront Versailles et les Champs-Élysées…

Les Français ont la mémoire courte

Les Français ont la mémoire courte : ils n’aperçoivent plus, derrière eux, l’effarante médiocrité qui manqua emporter la couronne, lorsqu’elle était posée sur le crâne de Gouda 1er. La mine ahurie, le col gonflé par les sucreries, les joues écarlates, il semblait toujours sortir de table. Par surcroît, ce blagueur enjoué maniait un humour « de congrès », bien propre à faire s’esclaffer une salle chauffée par la camaraderie et les liqueurs. Landry Labius, le préféré de François Ier, seigneur de la Bièvre, ne cachait pas le mépris dans lequel il le tenait, mais il est vrai que Labius méprise à peu près tout le monde. Cet homme – l’une des meilleures conversations de Paris – qui n’est jamais aussi cruel que lorsqu’il manifeste de la compassion, prend un soin scrupuleux à être toujours précédé dans les salons de l’idée très illustre qu’il se fait de sa personne. Même paré de toutes ses vertus, il ne rivalise ni en talent ni en prestige avec l’illustre Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord. Ne dit-on pas que Satan, jaloux de sa réputation, songeât un temps à se faire greffer deux pieds-bots, afin de présenter une boiterie plus sévère que celle qui affectait la marche de l’évêque d’Autun, et, ainsi de mériter le titre de Diable doublement boiteux qui eut éclipsé son rival terrestre ?

Gouda n’était point sot, il nomma Labius aux Affaires Étrangères : il comblait ainsi sa vanité et lui interdisait d’exercer l’art du soutien aigre, saturé de réserve sournoise mais privé de fraternel encouragement, où il excelle.
Ah cousine, j’entends sur les pavés résonner le fer des chevaux, la malle-poste sera là dans quelques minutes, je dois à la hâte fermer cette missive, alors qu’il me reste tant à vous dire. Vous aurez la suite dans les jours qui viennent. Je dépose à vos pieds les baisers les plus tendres. À vos pieds ! Nous savons bien, vous et moi, que ce n’est pas vers vos petons que vous conduisez mes lèvres…

Reims, capitale française de l’art déco

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Reims, Immeuble art déco, 24 rue Henri IV, Architecture-Art-Déco.com

Parmi toutes les raisons de visiter la ville champenoise, certaines sont plus surprenantes parce que moins évidentes. Assimiler uniquement à l’évocation de Reims sa majestueuse cathédrale française ou ses nombreuses caves de champagne, c’est oublier un pan entier de son histoire et du trésor architectural qu’offre encore aujourd’hui la cité. Il y a un siècle, l’art déco fut sacré à Reims, offrant à la postérité quelques témoignages de beauté, tout droit érigés du passé.


 

Reims, grande devanture de l’art déco

À seulement quarante-cinq minutes de train de Paris, Reims est la porte de l’Est de la France. Ville chargée d’histoire, elle attire de nombreux touristes pour toutes les pages du passé dont elle est l’héritière. « Cité des sacres et du champagne », la ville compte parmi les monuments français les plus classés au patrimoine mondial. Sa cathédrale est un joyau médiéval, témoin de plusieurs siècles d’onction des rois de France. Son vin pétillant a transformé le nom de la ville en une marque internationale. Mais une autre vitrine offre aux curieux une raison de plus de venir visiter Reims. Depuis les années 1920, de nombreux bâtiments art déco s’érigent dans la cité et la décorent de mosaïques et de sculptures florales et décoratives, au style assurément épuré, droit et rigoureusement dessiné. C’est ce qui définit d’ailleurs l’art déco.

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Un style architectural typiquement français qui consacre une grande importance à des formes pures et géométriques, ainsi qu’à de nombreux éléments décoratifs. Suivant l’ère de l’art nouveau, dont le cœur névralgique se situerait bien plus à l’Est encore, à Nancy, l’art déco est à son apogée en France vers 1925. S’il est très répandu aux États-Unis ou dans la péninsule ibérique, il est pourtant créé en Belgique et popularisé en France. Reims est incontestablement une de ses plus belles devantures. Là, bâtiments publics, théâtres, grands magasins ou simples appartements sont les témoins de l’effervescence architecturale de l’après-guerre. Il faut dire que le terrain y était particulièrement propice.

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, la ville dévastée laisse un grand espace de création et d’imagination pour de nombreux architectes contemporains. Pourtant, contrairement à de nombreuses communes totalement reconstruites après-guerre, la ville entière n’est pas harmonieusement rebâtie. À Reims, vous ne trouverez pas de cohésion architecturale ou de quartier art déco. Simplement, au hasard des rues, le plaisir de se replonger à une époque de construction esthétique et de soin du détail. L’unité n’existe pas même dans les matériaux ou dans les représentations d’art déco. Tantôt du marbre et des mosaïques, tantôt des sculptures de béton. Des fresques ornent parfois l’extérieur ou se cachent bien plus souvent à l’intérieur de somptueuses bâtisses, les ornant de quelques représentations des gloires de la ville martyre.

À Reims, l’art déco se mêle à merveille avec les symboles locaux. La vigne et le travail viticole sont valorisés sur les murs, les sacres apparaissent sur des éléments décoratifs et le commerce et l’industrie, les nouvelles spécialités champenoises au détour du siècle dernier, n’ont de cesse d’être valorisés par une architecture en phase avec son temps. Ici, la Révolution puis les guerres successives ont endommagé la cité jusqu’à lui détruire ses plus belles parures, mais il y a bien une relique que le temps a épargnée, c’est celle d’un style architectural aussi fascinant qu’anachronique. Si le centenaire de la Grande Guerre est passé, il reste encore à célébrer celui de l’art déco qui, il y a un siècle, chamarrait quelques rues. Et pour ce voyage dans le temps, Reims est incontestablement la plus authentique des destinations.

Un voyage dans le temps : l’art déco, un héritage de l’histoire

De septembre 1914 à octobre 1918, la ville de Reims est pratiquement continuellement bombardée. Sous les feux allemands…

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