Un courrier du chef de mission de l’Union européenne auprès de la Cisjordanie et de la bande de Gaza indigne


 

Sven Kühn von Burgsdorff a le profil du gendre idéal : grand, blond, athlétique, ce haut fonctionnaire de l’Union Européenne a donné satisfaction dans tous les postes à responsabilité qu’il a occupé au Mozambique, en Slovaquie, à Cuba ou même à Haïti. Mais le Moyen Orient, si riche en tensions de toutes sortes, pourrait lui être fatal. Sven Kühn von Burgsdorff qui occupe aujourd’hui les fonctions de chef de mission de l’Union européenne auprès de la Cisjordanie et de la bande de Gaza a, le 30 mars dernier, affirmé par écrit à tout un chapelet d’organisations palestiniennes que oui, il est vrai que l’Union européenne ne saurait financer le terrorisme fut-il palestinien, mais enfin, parfois, quand même, dans certains cas, si l’on réfléchit bien, il ne serait pas exclu que des individus au parcours atypique et proches de certaines organisations comme BDS (Boycott Désinvestissement Sanction) ou le FPLP (Front populaire de libération de la Palestine) puissent bénéficier de la manne européenne. 

Généreuse UE

« Alors que les entités et les groupes inclus dans les listes restrictives de l’UE ne peuvent pas bénéficier d’activités financées par l’UE, il est admis qu’un individu affilié à, sympathisant de, ou soutenant des groupes mentionnés dans des listes restrictives de l’UE n’est pas exclu [d’emblée] des activités financées par l’UE, à moins que son nom et prénom précis… soient répertoriés dans les listes restrictives de l’UE », précise la lettre de Sven Kühn von Burgsdorff. C’est ainsi qu’un « chercheur » proche du Hamas a été récemment richement doté par l’Union européenne!

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Par malchance pour Sven Kühn von Burgsdorff, cette lettre adressée au Réseau palestinien des ONG, une fédération basée à Ramallah qui regroupe pas moins de 130 ONG palestiniennes, a fuité presque immédiatement dans les médias israéliens. La radio de l’armée israélienne a été la première à avoir évoqué le nom de Sven Kühn von Burgsdorff, suivie du Times of Israël, puis du Jérusalem Post et de tous les autres médias israéliens. La diplomatie israélienne a immédiatement convoqué l’ambassadeur de l’UE en Israël, Emanuele Giaufret, pour lui faire part de son plus vif mécontentement. L’ambassadeur a dû aussi entendre les reproches de la vice-directrice générale du ministère pour l’Europe, Anna Azari.

Les Israéliens dénoncent une duplicité

Le ministère israélien des Affaires stratégiques, en charge de la lutte contre BDS, ne s’est pas privé de fustiger la duplicité de l’UE. Bref, l’Union européenne, prise en flagrant délit de double discours, va devoir clarifier ses positions. Oui ou non, l’UE va-t-elle rompre avec ses complaisances d’antan envers certaines organisations palestiniennes s’adonnant au terrorisme ? 

Depuis 2017, l’affaire semblait entendue : l’Union européenne ne financerait pas/plus le terrorisme, fut-il palestinien. En mai 2017, le Parlement européen avait voté une résolution demandant instamment aux responsables de l’UE de « veiller à ce qu’aucun financement de l’UE ne puisse être directement ou indirectement détourné vers des organisations ou des activités terroristes qui incitent à ces actes ». 

En 2019, dans chaque contrat passé avec une ONG, l’Union européenne a ajouté une clause dite de contre-terrorisme, qui engage l’ONG bénéficiaire de fonds européens à ne pas s’associer au mouvement BDS (Boycott Désinvestissement Sanction), ni à d’autres organisations terroristes comme le Hamas ou le FPLP (Front populaire de libération de la Palestine, fondé par Georges Habache, une organisation qui est sur la liste des organisations terroristes de l’Union européenne, des États-Unis, du Canada et d’Israël).

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Cette clause avait déplu. Le 1er janvier 2020, plus d’une centaine d’ONG palestiniennes, dont la plupart soutenaient le BDS et dont certaines avaient un lien avec le FPLP, ont bruyamment fait savoir qu’elles renonçaient à demander des subventions à l’Union européenne. Cette manifestation de colère des ONG palestiniennes a reçu le soutien officiel de l’Autorité Palestinienne. Mais, au moins en apparence, l’UE a campé ferme sur ses orientations : l’argent du contribuable européen ne financerait plus le terrorisme. 

Monsieur Várhelyi, levez l’ambiguïté!

La lettre de Sven Kühn von Burgsdorff destinée à consoler ces ONG palestiniennes qui ne se remettent pas d’avoir perdu des financements qu’elles croyaient inamovibles, a donc provoqué un scandale. Un groupe de députés européens appartenant à plusieurs partis a demandé au Haut représentant de l’UE pour la politique étrangère, Josep Borrell, de clarifier la politique de financement de l’UE et d’enquêter sur cette affaire. Ledit Josep Borell ne passe pas pour un grand ami d’Israël, mais aux fonctions qu’il occupe, il ne saurait légitimer à nouveau la douteuse politique d’antan.

Pour calmer la fureur des officiels israéliens, Olivér Várhelyi, haut fonctionnaire de l’Union européenne a fait savoir à la mi-mai à la commission des affaires étrangères du Parlement européen qu’il a ordonné un passage en revue intégral de la politique d’attribution de subventions de l’Union européenne. « S’il y a la moindre ambiguïté, nous agirons immédiatement » a-t-il précisé. Question : le sémillant Sven Kühn von Burgsdorff va-t-il demeurer en poste ?

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