L’intérêt général commande désormais d’adopter des réflexes de bons sens (porter un masque dans le métro, etc…) afin de se protéger soi-même en préservant les autres. Il impose également de retourner dare dare au boulot si l’on veut sauver quelque chose, notamment nos hôpitaux qui vivent des richesses que nous créons. L’effroi déraisonnable, en revanche, que manifestent des individus jeunes et en bonne santé à l’idée d’être exposé à un virus qui pourrait, au pire, les aliter huit jours, risque quant à lui de transformer la société française en cauchemar.


La grippe tue chaque année 650 000 personnes sur la planète dans une indifférence générale. Je me souviens de tous ces collègues de bureau qui s’embrassaient comme du bon pain quelle que pût être l’épidémie du moment – la grippe bien sûr, mais aussi les gastro-entérites et autres cochonneries. Peu réputés pour leur hygiène corporelle ni pour leur propension à se laver les mains en sortant des toilettes, ces Français qui changent statistiquement de sous-vêtements tous les trois jours vous tendaient des pognes grasses ou des bouches fétides avec générosité — mais ça, c’était avant.

La plage est inaccessible en Bretagne, mais le métro est ouvert à Paris

La semaine dernière, j’ai voulu aller au cimetière voir une amie qui sous sa dalle de marbre, me semblait assez bien à l’abri d’une infection que j’aurais portée à mon insu. La grille du lieu, scellée par des chaînes, affichait un panneau officiel justifiant cette fermeture par la pandémie en cours (assez mollement dans la région nantaise, il faut le dire – 124 décès). L’absurdité de cette mesure cruelle et disproportionnée m’a frappé. Puis j’ai repensé aux plages barricadées et au métro ouvert, mais je n’ai ri que d’un côté de la bouche. Car j’ai imaginé les milliers de vieux agonisants dans leur maison de retraite et sur lesquels le principe de précaution s’était abattu. La porte de leur chambre demeurait aussi close que celle du cimetière et on interdisait à leurs proches un dernier adieu. L’inhumanité d’une telle décision, prise au nom d’un humanisme déréglé, n’a heurté personne, pas plus que le peu de discernement dans les mesures de confinement — appliquer aux zones rurales de l’ouest de la France le même confinement qu’à Paris ou Mulhouse, tout cela pour voir des hélicoptères de la gendarmerie tournoyer au-dessus des Alpes à la recherche d’un randonneur inconscient du risque de diffusion du covid au milieu des alpages et des bouquetins… 

Outre la crise économique, nous devrions être terrifiés pas la collusion entre Facebook, les gouvernements occidentaux et tous les progressistes en passe d’imposer le droit individuel à vivre centenaire dans une rue javellisée trois fois par jour…

Seuls les vieux ont eu le courage de se révolter — un peu. Menacés par un Président de 42 ans d’une assignation à résidence jusqu’à Noël, et conscients du nombre réduit d’étés qu’ils leur restent à goûter, les septuagénaires n’ont pas voulu qu’on les prive du soleil d’août pour les garder d’un péril que certains se sont même déclarés prêts à affronter (ils sont fous les vieux). Mais dans l’ensemble, les « irréductibles Gaulois », notamment les quadras en pleine forme, ont consenti puis réclamé à cor et à cri un confinement liberticide autant qu’économiquement suicidaire. D’une nécessité compréhensible de préserver notre capacité à soigner — donc à réanimer — nous sommes passés à une exigence d’être individuellement protégés de toute exposition possible au virus. Ces Gaulois qui ne se vaccinaient qu’à 40% contre la grippe voulaient tout à coup vivre dans un « safe space corona free ». Pyrrhus semble avoir été leur maître et la « victoire » que nous nous apprêtons à ne pas fêter pourrait bien nous détruire plus sûrement que le SARS-Cov-2.

La Chine ment, les Français se mentent

Aux absurdités génératrices de souffrances ignorées, s’ajoutait en effet un aveuglement général face à la nature du péril, source d’incompréhensions multiples et rageantes. La peur irrationnelle de mourir en croisant son semblable sur un trottoir allait de pair avec une inconscience complète vis-à-vis du tsunami économique qui allait prochainement s’abattre sur notre Nation. Celle-ci compte aujourd’hui 13 millions de chômeurs, et croire qu’il n’en restera que 3 millions le 12 mai relève de la pensée magique. Une croyance maladroitement entretenue par un président et son « quoi qu’il en coûte ». Dans un pays drogué à la dépense publique dont il est champion du monde, mais où les masques et les tests ont curieusement manqué, flatter le tropisme gaulois pour les RTT et la civilisation des loisirs s’apparente à un pari risqué. Il faut ainsi de l’audace pour les conforter dans l’idée que leur lieu de travail s’est mué en taudis insalubre. Une léproserie en open space qui plus est reliée par des transports en commun transmutés en boite de Pétri. Cette terreur apparaissait nécessaire pour s’assurer d’un confinement réussi (et il le fut) en l’absence d’une autre « stratégie » possible. L’on devait donc — pour ne pas immédiatement mourir — rester dans son canapé à voir la mortalité mondiale augmenter d’un modeste 0,3% à la télévision, sans toutefois s’inquiéter pour la fin du mois : Macron avait trouvé la martingale mélenchonesque pour que chaque Français soit dûment subventionné. Une formule magique tenable à court terme lorsque l’on est fonctionnaire ou employé de banque, formule hélas sans effet sur les autoentrepreneurs, les commerçants, les artisans et les millions d’autres travailleurs précaires. Certains penseurs éclairés se félicitent qu’on ait enfin déniché les milliards cachés permettant d’assurer à chacun un train de vie pré-covid, tout en demeurant dans le nid douillet de son domicile désinfecté, mais bien sûr à proximité d’un hôpital largement financé. On se demande comment on a pu passer à côté d’une telle recette ces quarante dernières années. Mais ce n’est hélas pas la seule erreur d’analyse de la situation.

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La bienveillance des médias envers une Chine menteuse — et dont les « publications » dans les revues médicales prestigieuses semblent truffées d’âneries(1) — contraste avec la sévérité avec laquelle l’Amérique de Trump se voit désignée comme le pays de l’apocalypse covidique. À population comparable pourtant, il y avait au 3 mai deux fois moins de morts aux États-Unis qu’en France, et le fait que Trump soit délirant ne change rien à cette donnée. Au moment où les plaques tectoniques géopolitiques bougent dangereusement, on trouverait sain de rappeler aux spectateurs du journal de 20H qu’une élection américaine se tiendra en novembre prochain, ce qui ne sera pas le cas de la Chine communiste de Xi-Jin-Ping — ni cette année, ni d’ailleurs la suivante. Le relai quasiment sans filtre par les médias français de l’ensemble des informations émanant d’un pays aux mœurs totalitaires, d’un Empire hostile à toute idée de transparence démocratique laisse pantois. La Chine et ses seulement 3 500 morts grâce aux hôpitaux construits en une semaine. La Chine solidaire de l’Europe qu’elle approvisionne généreusement en masques et en experts médicaux. Et Xi Jin Ping, il ne serait pas né dans un arc-en-ciel façon Kim Il Sung des fois ? 

Progressisme, ton univers impitoyable

Après avoir abdiqué ses droits individuels et ses libertés publiques en huit jours, une partie de la France rechigne à déconfiner. Elle lorgne désormais vers un contrôle social qu’on ne rêve pas ouvertement « à la chinoise », mais qui repose sur des technologies cousines que l’on prétend maîtriser. Or, sans GAFAM français, voire européens — une menace à cette échelle déjà — et sauf à ce qu’Orange ait racheté Google à la sauvette courant avril, nous restons à la merci d’entreprises étrangères suspectes. Outre la crise économique, nous devrions être terrifiés pas la collusion entre Facebook, les gouvernements occidentaux et tous les progressistes en passe d’imposer le droit individuel à vivre centenaire dans une rue javellisée trois fois par jour. Plus les dirigeants affichent leur progressisme en bandoulière, plus le confinement se montre au demeurant impitoyable. L’Espagne, l’un des gouvernements européens les plus à gauche, a interdit aux enfants la moindre sortie pendant six semaines — des gamins qui statistiquement ne risquent rien. Pré-covid, priver un môme de tout contact était assimilé à une maltraitance. Mais ça, c’était avant. Homo Festivus Confinus n’est désormais plus un animal social. Côté Festivus, il a téléchargé Zoom — économie de préservatifs en vue.

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Fidèle au court-termisme de ses vues, le progressisme humaniste préfère éviter des victimes en 2020 quitte à en sacrifier dix fois plus dans les prochaines années. Combien de cancers ne seront pas précocement soignés durant cette période où tous les moyens de l’hôpital sont mobilisés ailleurs, même dans ceux qui sont loin d’être surchargés ? À gauche, certains estiment le nombre de décès attribuables au chômage à 50 000 morts par an. Si celui-ci doublait ou triplait durablement, à qui attribuer ces 100 000 morts à venir ?

Les Khmers blancs – façon blouse blanche – ruinent avec enthousiasme les biens communs que constituent le tissu économique, la sociabilité et les libertés individuelles. La folle promesse d’une vie dénuée de risques ne pourra être tenue. Elle ne devrait d’ailleurs pas être exigée par des adultes responsables, même drogués à l’assistanat. Sa mise en œuvre effective risque de nous plonger dans un univers à la « Blade Runner », imperméable aux droits de l’Homme que les progressistes prétendent — comme toujours — être les seuls à défendre. À la manière des Khmers Rouges, ils continueront à nous faire la morale en nous tuant.

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