Accusé par Zineb el-Rhazoui d’être lié aux Frères musulmans, Hakim el Karoui se défend dans l’Opinon. Yves Mamou, auteur du Grand abandon: Les élites françaises et l’islamisme (2018) décortique pour Causeur les propos parfois ambigus tenus par le président de l’Association musulmane pour l’Islam de France (Amif).


« Moi un islamiste ? Ah- Ah -Ah, la bonne blague !  » Telle est (en substance), la réponse d’Hakim el Karoui, président de l’Association musulmane pour l’Islam de France (Amif) à la question du journal l’Opinion : est-il oui ou non, « un islamiste lié aux Frères Musulmans » comme l’en accuse Zineb el Razhoui ?

Hakim el Karoui répond qu’il n’est pas islamiste et que les Frères Musulmans qui l’entourent sont de gentils ex-Frères Musulmans : « certains ont pu être proches de l’UOIF. Mais, ils ont eu le temps de prouver qu’ils avaient changé ». Quelles sont les preuves de leur désaffiliation ? On ne le saura pas.

La meilleure défense c’est l’attaque

La proximité d’el Karoui avec les Frères Musulmans ne se remarque pas aux demi-vérités qu’il profère, mais aux accusations qu’il porte contre ses contradicteurs. Zineb el Razhoui ferait ainsi partie d’un club d’islamophobes dont « la solution serait qu’il n’y ait plus de musulmans et pas d’islam dans notre pays » ; cette courageuse journaliste qui vit sous protection policière en raison des risques que les islamistes font peser sur son existence est accusée de pratiquer un « maccarthysme anti-musulman » et -pire que tout aux yeux de M. el Karoui, elle serait objectivement proche d’Eric Zemmour qui ose proférer des énormités telles que « les musulmans doivent choisir entre la République et l’islam ». On ne saurait en effet être plus violemment raciste !

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Au-delà de ces approximations et divagations l’intérêt de l’entretien qu’Hakim el Karoui a accordé à l’Opinion réside dans les quelques phrases qui laissent entrevoir une réalité que le gouvernement connait et cache.

Ainsi, à propos de l’affaire Mila : « il est extrêmement inquiétant qu’elle ait dû être placée sous protection ». On n’en saura pas plus. L’intolérance des musulmans au blasphème, le désir de meurtre qu’ils expriment et manifestent contre les blasphémateurs seraient-ils des signes de guerre civile ? M. el Karoui ne dira pas le fond de sa pensée.

La confrontation arrive

Autre propos révélateur : « Nous sommes conscients de la montée des périls et de la confrontation qui arrive ». Hakim el Karoui dit bien : « la confrontation qui arrive »… Qu’insinuerait-il ? Au djihad scolaire mené contre la jeune Mila ? Au djihad au couteau des « déséquilibrés » musulmans qui attaquent, n’importe où en France, des passants sur un rythme quasi quotidien ? Au djihad judiciaire mené contre toute personne qui tiendrait des propos hostiles à l’islam ? Au djihad du voile et du halal qui s’exprime dans les entreprises ? Toutes ces offensives ne seraient donc que des prémices ? Une autre confrontation, plus violente et plus globale, serait donc en gestation ?

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Hakim el Karoui laisse en tous cas entendre qu’entre les salafistes qui veulent « faire croire que l’islam, c’est l’islamisme » et les « enfants et petits-enfants d’immigrés » qui entendent « relever la tête grâce à (leur) religion », il y a péril en la demeure.

Mais que le bon peuple de France dorme tranquille : M. el Karoui a trouvé la parade. Le pognon ! Le pognon ? Le pognon des musulmans eux-mêmes !

Taxer le halal, capter les dons, monopoliser le pèlerinage à La Mecque représentent une manne de 500 à 700 millions d’euros par an qu’il importe de centraliser. Pourquoi faire ? Mener « la bataille des idées ». À savoir, « financer des islamologues et des théologiens, la recherche et la formation. Nous devons pouvoir salarier des imams ou être présent sur les réseaux sociaux, sur lesquels il existe une demande de religieux. Il faut donc pouvoir proposer une offre pour ne pas laisser le champ libre aux islamistes ».

Les Frères musulmans se préparent

Former des imams « républicains », élaborer « une offre » islamique laïque pour lutter contre l’islamisme ? Soit ! Après tout pourquoi pas ? Mais où trouver ces nouveaux hussards de la République qui partiraient à l’assaut du salafisme dans les mosquées, les rues et les réseaux sociaux ?

C’est ici que nous retombons sur Zineb el Razhoui accusant Hakim el Karoui d’être un islamiste proche des Frères Musulmans. El Karoui, Macron ou Castaner sont bien incapables de « structurer » l’islam de France et de lutter contre l’islamisme tout seuls. Ils ont besoin d’un tiers sur qui s’appuyer. Et ce « tiers de confiance » est incarné par les Frères Musulmans, ces Frères Musulmans à la Abdallah Zekri, ces Frères Musulmans du Conseil français du culte musulman (CFCM) qui estiment que la jeune Mila – chassée de son école et menacée de mort pour blasphème – a seulement récolté ce qu’elle a semé.

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C’est aux Frères Musulmans que le gouvernement entend confier le magot du halal et du pèlerinage à la Mecque. À charge pour eux de ramener les salafistes à la raison et de distribuer des baffes aux « djeunes » de banlieue. Les Frères joueraient ainsi les grands frères dans les cités et deviendraient l’interlocuteur choyé de l’État. Et le tour sera joué ! Macron et el Karoui semblent croire que la paix civile règnera quand l’islamisme « soft » des Frères aura prépondérance sur l’islamisme « hard » des salafistes et des banlieues.

Ce plan de la dernière chance avant la guerre civile, ce plan d’énarques qui croient que l’islam et l’islamisme sont solubles dans le pognon, n’est en réalité qu’une démission de la République. Et une erreur stratégique. Les Frères Musulmans d’aujourd’hui sont les descendants du Grand Mufti de Jérusalem qui s’est acoquiné avec Adolf Hitler. Ils n’ont pas pour vocation de faire mumuse avec l’Élysée ou la Place Beauvau. Les Frères Musulmans ont le même but que les salafistes. Ils veulent dominer le monde. Leur faire la courte échelle en France comme le fait el Karoui ne peut qu’accélérer la montée de la violence. En sus, cela porte un nom, la trahison.

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