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« Quand on est française, on ne porte pas un hijab »

Entretien avec Lydia Guirous, qui publie Assimilation, en finir avec ce tabou français (Editions de l’Observatoire, 2021). Le retour dans le débat de la notion clivante d’assimilation est-il un phénomène de mode ou peut-on envisager des traductions dans le réel?


Née en Kabylie, arrivée à l’âge de six ans à Roubaix et d’origine modeste, Lydia Guirous a un parcours politique singulier. Après avoir évolué dans sa jeunesse dans les milieux associatifs, où elle détonne, voilà presque dix ans qu’elle est en politique, à droite. Son nouvel essai, Assimilation, en finir avec ce tabou français, disponible en librairies, aborde une question très présente dans le débat français actuel. Question sur laquelle ses positions courageuses sont connues depuis longtemps. Elle les y précise. 

La France s’est gravement fourvoyée en misant sur la simple intégration des immigrés. La France a délaissé l’assimilation, pourtant indispensable à notre bonne cohésion républicaine, d’autant que les flux migratoires vers le pays sont monstrueux. Attachée à l’identité française, Lydia Guirous constate que la France n’est plus un “eldorado économique” mais demeure un “eldorado social”. Selon elle, la doctrine de l’intégration, c’est en réalité “un laxisme (…), un je-m’en-foutisme sans vision à long terme”. Elle dénonce: “quand des sociologues, des journalistes ou des universitaires donnent du crédit aux thèses indigénistes, ils jouent aux pyromanes”. Alors que la tragédie est déjà là : “une partie des adultes de demain croient en la charia plus qu’en la République” ! Lydia Guirous estime que la France doit faire un “reboot” de son logiciel d’intégration. Nous lui avons demandé comment. Entretien.

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Causeur. Quelles analyses vous inspire le parcours de Jamel G, l’attaquant de Rambouillet, tel que nous l’a décrit la presse?

Lydia Guirous. Le terroriste Jamal G qui a tué à coups de couteau cette mère de famille de 49 ans, fonctionnaire qui travaillait au commissariat de Rambouillet, démontre à quel point il y a des trous dans la raquette des régularisations. Le parcours de Jamal G met en lumière toutes les faiblesses et incohérences de notre politique migratoire. 

Dès octobre 2020 il y a sur son profil Facebook des messages haineux, des textes religieux radicaux. Il partageait les messages des officines de l’islam politique, de leurs collabos qui parlent d’islamophobie d’État et, on y retrouvait aussi leurs apôtres Jean-Luc Melenchon, Edwy Plenel, Tariq Ramadan… Cela ne l’a pas empêché d’être régularisé le 28 décembre 2020 pour passer à l’acte quatre mois plus tard. Ainsi, en situation irrégulière pendant dix ans, il a été récompensé par la régularisation de sa situation, car il justifiait d’un CDI de livreur. La fin du délit de séjour illégal est une invitation au séjour irrégulier et un message de faiblesse. Il est suicidaire de régulariser des personnes qui haïssent la France, un rapide tour sur son Facebook prouvait sa haine viscérale de notre pays et de notre société.

La gauche intellectuelle parisienne essaye de se dédouaner aujourd’hui de sa responsabilité… mais elle est peu crédible. Son obsession des minorités et sa recherche permanente de nouveaux prolétaires pour sa petite révolte rose pâle nous a menés dans le mur!

Je plaide pour que l’assimilation soit exigée avec rigueur et autorité, car c’est la seule solution pour éviter la désintégration et la déflagration culturelle qui couve. Je rappelle que c’est la loi. Les articles 21 et 24 du code civil disent clairement que l’assimilation est une obligation pour être naturalisé. Elle doit aussi l’être pour être régularisé. La France n’est ni une page blanche, ni un paillasson. Il faut la respecter et elle doit se faire respecter. Défendre l’identité de la France, c’est vouloir la France debout. Nous n’avons pas à rougir, ni à nous excuser car de belles valeurs émancipatrices fondent l’ADN politique de notre pays et de notre République.

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Ceux que vous qualifiez de « Français par hasard » dans votre livre recouvrent-ils parfaitement la notion de « Français de papier » utilisée péjorativement à la droite de la droite ? Classeriez-vous la femme voilée qui a interpellé Emmanuel Macron à Montpellier parmi ces Français de hasard ?

Oui ce sont généralement les mêmes, mais mon appellation permet de ne pas restreindre le débat sur la nationalité et sur l’éternelle dichotomie droit du sang/droit du sol. Ce que je veux exprimer est simple: on ne devient pas uniquement français par le droit et les fluctuations législatives mais par l’acquisition d’un patrimoine culturel et la naissance d’un sentiment patriotique réel. Quant à votre seconde question, c’est une évidence : cette femme en hijab est une Française par hasard, qui a l’intention de vivre en France sans reconnaître le creuset républicain et l’unité de la nation française. Elle est le fruit de politiques d’intégration ratées depuis des décennies, où l’on a fermé les yeux sur les îlots communautaristes qui grandissaient devant nous. Pour être plus claire, quand on est française, on ne porte pas un hijab comme au fin fond de l’Arabie-Saoudite ou autres charmantes démocraties en pointe sur l’égalité homme-femme! Ce n’est pas raciste que de dire cela et il ne faut pas avoir peur de le dire. Ce qui est raciste, c’est de ne pas vouloir se mélanger avec les autres et préférer vivre à côté des autres. Subtilement, et l’on reconnait bien la patte de l’islam politique derrière ses paroles, la femme de Montpellier essaye de nous culpabiliser en nous disant que ces enfants ne voient pas assez de « Pierre »… Mais nul peut se prévaloir de sa propre turpitude. Si elle veut voir des Pierre, qu’elle retire son voile ainsi que ses amis et arrête de vouloir imposer sa culture et sa religion dans l’espace public.

Les Français réalisent que le multiculturalisme, sympathique de prime abord, recèle quelques poisons. Le retour dans le débat politique ou intellectuel de la notion d’assimilation, clivante, est-il un phénomène de mode ou peut-on envisager des traductions rapides dans le monde réel ?

Je crois que l’on a touché les limites du laxisme des politiques d’intégration à la sauce mitterrandienne des belles années de SOS racisme où le mot d’ordre était : faites ce que vous voulez dans notre pays, mais votez pour nous car vous êtes les nouveaux prolétaires de notre révolte rose ! Les gens sont fatigués de cette dénaturation de la France, de son histoire et de ses valeurs. Une grande lassitude et une sensation forte de déclassement social et culturel se trouve aujourd’hui dans l’opinion publique. À l’exception d’une élite pseudo-intellectuelle de gauche, les Français sont aujourd’hui prêts à revenir à une logique d’assimilation stricte concernant les immigrés. Le premier signal fort que l’on pourrait envoyer à l’islam politique est l’interdiction du voile dans l’espace public. Si l’on a ce courage, alors on sera respecté… même par nos ennemis. 

Interdire le voile dans l’espace public, voilà une proposition que seul le RN proposait jusqu’à présent ! Deux autres propositions phares dans votre essai : déclarer les Frères musulmans comme organisation terroriste, et revenir sur un droit du sol trop généreux. Avec qui pouvez-vous entendre pour porter et appliquer ces propositions en cas de retour de LR aux responsabilités nationales ?

Concernant le voile, c’est une proposition que je porte depuis longtemps, elle a commencé à mûrir dans les esprits et pas uniquement au RN mais chez de nombreux dirigeants de droite. Par ailleurs ce n’est pas une proposition, mais la réponse spontanée, la plus rationnelle et la plus visible aux agressions et au prosélytisme incessant de l’islam politique en France. C’est le signal fort qu’il faut envoyer aux islamistes qui ne respectent que la force et ne comprennent que les rapports de force. Quant à déclarer les Frères musulmans comme organisation terroriste et donc dissoudre l’UOIF (renommé « Musulmans de France »), c’est également une mesure de bon sens partagée par de nombreux spécialistes et de nombreux pays, comme l’Angleterre et l’Égypte par exemple. Je soutiendrai toujours, dans la droite ligne de mon engagement intellectuel, celui qui osera combattre de front l’islam politique et défendre les valeurs de la République française et notamment l’égalité homme-femme par l’interdiction du voile, au moins en entreprise, lors du temps scolaire et à l’Université… À gauche, comme à droite, je peux vous dire qu’ils ne seront pas nombreux!

Vous dites que les belles années de SOS Racisme sont loin, que nous sommes à la fin d’un long processus initié par Mitterrand. Dans votre livre, vous postulez que nos ennuis actuels liés à l’islamisme ne commencent pas vraiment avec l’affaire du voile de Creil – ce qu’on dit le plus souvent – mais avec la sympathique marche des Beurs. En quoi était-elle problématique selon vous ?

Quand je parle des belles années de SOS racisme, c’est ironique bien sûr comme vous l’avez sûrement compris. Elles sont la période où tous les maux actuels liés à l’immigration sont apparus: logique communautariste, discrimination positive et nivellement par le bas, relativisme culturel et perte du sentiment patriotique, naissance d’un racisme anti-blanc, révision de l’histoire et exacerbation d’un sentiment de culpabilité post coloniale… je dirais même que ces années de relativisme et de culte des minorités portaient les germes des mouvements intersectionnalistes et racialistes actuels. La gauche intellectuelle parisienne essaye de se dédouaner aujourd’hui de sa responsabilité… mais elle est peu crédible, car c’est bien son obsession des minorités et sa recherche permanente de nouveaux prolétaires pour sa petite révolte rose pâle qui nous a menés dans le mur!

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Quant à la marche des beurs (dite « marche pour l’égalité » initialement), ce n’est pas elle que je cible, mais sa dénaturation politique par la gauche. En soi, c’était une marche noble contre le racisme, puis Mitterrand en a fait la marche des minorités… relayant les maghrébins au rang d’éternels citoyens de seconde zone. Rôle dans lequel nombreux d’entre eux se complaisent par facilité. Les droits plus que les devoirs: c’est tellement simple! C’est cela que je dénonce en pointant les années SOS racisme et la marche des beurs. Mitterrand a légitimé la logique communautariste en France.

Depuis son discours aux Mureaux, vous êtes plutôt indulgente vis-à-vis de notre actuel président. Concernant la loi séparatisme, vous dites que le rôle de chaque citoyen est de soutenir le gouvernement. Je suis désolé, mais pour beaucoup cela ne va pas être possible… Emmanuel Macron est-il finalement au clair avec l’idée d’assimilation ?

Un citoyen rationnel doit soutenir tout ce qui protège la République et ses valeurs, et je pense que la loi sur le séparatisme va dans le bon sens en matière de combat contre l’islamisme… même si elle ne va pas assez loin sur le voile des petites filles ou les mères accompagnatrices voilées par exemple. Disons que je lui laisse le bénéfice du doute et que les intentions me semblent bonnes.

Le président Emmanuel Macron aux Mureaux le 2 octobre 2020 © Ludovic Marin/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22499019_000005

Quant à la position du président Macron sur l’assimilation, effectivement il y semble opposé ou en tout cas pas encore converti. Souhaitons qu’il évolue dans le bon sens pour défendre la France et combattre efficacement le prosélytisme de l’islam politique. Seule l’assimilation permet de lutter réellement contre la partition violente qui vient, surtout chez les plus jeunes qui rejettent de plus en plus les lois de la République pour préférer celles de la charia. Il faut retrouver une autorité, une fermeté, une fierté française et une École digne de celle des hussards noirs dont l’objectif est de fabriquer des Français de cœur et des républicains. Aujourd’hui nous en sommes loin. Mais le redressement de notre pays est encore possible. 

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L’aristocratie victimaire

L’ancienne aristocratie croyait en l’hérédité de la valeur. Sa déclinaison moderne croit en l’hérédité de la souffrance...


Il est bon parfois de se replonger dans les œuvres du passé, pour mesurer la profondeur des abîmes dans lesquels l’époque en vient régulièrement à se précipiter. Telle est, en tout cas, devant la fièvre victimaire dont l’époque est saisie, la pensée qu’a suscité chez moi la lecture ou relecture des stoïciens impériaux.

Au 1er siècle de notre ère, Sénèque écrivait ainsi – et l’on est comme saisi de vertige devant l’impossibilité moderne de concevoir les choses pareillement, devant cette prose quasi extraterrestre – : « il faut bien comprendre à présent que l’on peut commettre une injustice à mon égard sans que pour autant je la subisse« . On peine à se convaincre de la réalité d’une telle phrase, tant le sentiment d’étrangeté qu’elle provoque en nous est fort, et persiste avec les relectures. Pourtant, en poursuivant sa découverte des textes, on s’assure bien qu’il ne s’agit pas d’une coquille ; car on trouve, dans le manuel d’Épictète par exemple, d’autres formulations qui nous font l’effet d’être tout aussi abracadabrantesques, et notamment ce propos rapporté de Socrate, qui nous laisse littéralement scié : « Anytos et Mélétos peuvent me tuer, mais non me nuire. » A ce stade, il est généralement nécessaire d’aller s’allonger quelques minutes, le temps de digérer la leçon…

Il faut bien comprendre à présent que je peux subir une injustice sans que pour autant on en ait commise à mon égard…

Le victimocratisme contemporain est l’exacte inversion de la perspective stoïcienne, comme son image par un miroir ; c’est pourquoi, quand on a toujours baigné dans son substrat, on ne peut guère réagir, à la découverte des thèses antiques, que sur les modes de l’incrédulité, et de l’abasourdissement. On a le sentiment d’avoir été soudainement branché sur une autre dimension ; comme si, vivantes antennes, nous captions tout d’un coup des fréquences venues d’ailleurs.

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L’incompatibilité principielle de ces deux philosophies, l’exposé de la profession de foi victimaire l’illustre on ne peut mieux ; car elle tient dans le renversement pur et simple de la proposition sénéquienne. « Il faut bien comprendre à présent que je peux subir une injustice sans que pour autant on en ait commise à mon égard » : cette déclaration mériterait d’ouvrir le manifeste de bien des officines modernes spécialisées dans la chasse aux inéquités…

Le statut de victime découplé de l’expérience personnelle d’un tort

Si la symétrie des formes souligne ainsi la béance séparant les imaginaires dans lesquels les Anciens évoluaient, et ceux dans lesquels nous nous mouvons, ce n’est pas pour sa seule qualité à illustrer cet éloignement des continents mentaux antiques et modernes que j’ai retenu cette phrase. C’est aussi, et avant tout, pour la retranscription exemplaire qu’elle fournit de l’état d’esprit victimaire – savoir, la déconnexion consommée entre le statut de victime, et l’expérience personnelle d’un tort -.

Car tel, en effet, est l’innovation moderne : l’état de victime, situation alors conçue comme conjoncturelle et réversible, dont Sénèque entendait nier jusqu’à la possibilité pour en émanciper les hommes, se voit au contraire pérennisé à vie par notre époque, et élevé au rang de qualité inaliénablement attachée à un individu. Autrement dit, ce qui n’était auparavant pensable que sur un mode transitoire, se voit désormais institutionnalisé pour acquérir le caractère d’une permanence.

De l’hérédité de la valeur à l’hérédité de la souffrance

C’est l’acte de naissance d’une aristocratie victimaire, au sens, non d’un gouvernement des meilleurs – aristos –, mais de l’hérédité des places. Il flotte sur notre modernité comme un parfum d’Ancien Régime, la distinction en moins : on se réclame d’une ascendance souffrante à la manière dont, dans une société d’ordres, on comptabilise les quartiers de noblesse de ses ancêtres. L’étendard de victime a désormais remplacé le drapeau blanc d’Henri IV.

« Victime » a ainsi cessé d’être un état dans lequel on tombe, pour devenir un titre de noblesse, obtenu à la naissance, et conservé jusqu’au tombeau, ouvrant droit à des égards, et attachant des privilèges, qu’on transmettra – si possible – à ses enfants. L’ancienne aristocratie croyait en l’hérédité de la valeur ; sa déclinaison moderne croit en l’hérédité de la souffrance. On brandit désormais le malheur de ses ancêtres comme on brandissait autrefois leurs hauts faits…

Le hochet victimaire est un joujou dont personne ne saurait être privé

Il ne faudrait cependant pas croire que l’ascendance directe soit le seul mode d’accession aux dignités victimaires : comme toute aristocratie installée mais point idiote, elle se contente de réserver pour elle-même les plus juteuses sinécures, sans se fermer absolument aux parvenus de grand talent. Davantage même : consciente que ses velléités prévaricatrices risqueraient de lui aliéner une trop forte partie de la population, elle cherche constamment à élargir sa base pour intéresser un maximum de partisans à la survie de son système.

C’est le sens de ces grandes braderies mémorielles que l’homme moderne a appris à aimer : on fouille parmi les nippes de l’Histoire jusqu’à exhumer quelque groupe souffrant dont on avait jusque-là sous-estimé la millénaire oppression ; et on en fait le nouveau produit d’appel de la foire. Évidemment, pareilles têtes d’affiches ne sont pas faciles à renouveler sur une base annuelle, le consommateur se lasse ; mais c’est l’habilité du marketing – dont on ne dira jamais assez qu’il est le vrai génie de l’époque -, que de suppléer à un désir en berne, et d’en faire naître d’inédits. Chaque participant à la fête doit ainsi repartir avec l’envie, chevillée au corps, de recevoir lui aussi un jour son hochet victimaire pour le consoler des misères que l’Histoire lui a faites.

Les Aventuriers de la larme perdue

Mais le libéralisme intéressé avec lequel l’aristocratie en place a accueilli de nouvelles familles de rentiers mémoriels met désormais en péril sa propre position ; un destin à la John Sutter la menace. Chacun, en effet, pouvant constater la prospérité amenée par cette activité, entend pratiquer à son tour l’archéologie de l’injustice ; c’est une nouvelle ruée vers l’or qui commence. Le passé prend chaque jour davantage des allures de Californie alternative, vers laquelle les prospecteurs victimaires s’élancent à la recherche des filons qui assureront leurs fortunes.

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L’ancienne conditionnalité de la manne à l’expérience personnelle d’un tort limitait drastiquement les ambitions ; avec sa suppression, les carrières s’ouvrent en grand à tous les explorateurs de la mémoire. Chaque souffrance est désormais comme un trésor perdu attendant sa redécouverte ; et il faut imaginer de nouveaux Indiana Jones, armés non plus de fouets, mais de mouchoirs. Car qu’on ne s’y trompe pas : l’arche d’alliance est démodée ; c’est la vallée des larmes qui fait figure d’Eldorado.

Architecture d’une Bourse d’échange des titres victimaires

Marx nous avait avertis des velléités spatialement et socialement expansives du capital, cherchant à inféoder l’ensemble de la pratique sociale à sa logique, et même à la totaliser ; le traitement de la question historique et mémorielle lui donne raison. On pouvait jusqu’ici spéculer sur le futur ; on peut désormais agioter sur le passé. « Hier » aura bientôt ses produits dérivés. Un véritable système boursier se met en place, dans lequel chaque signature victimaire est cotée à la manière des actions d’une entreprise.

Les parlements, nationaux et supranationaux, en forment les places de marché : c’est en leur sein que la valeur des souffrances catégorielles s’apprécie ou se déprécie, suivant un cours indexé sur le degré de reconnaissance législative dont chacune est entourée, les politiques de quotas dont leurs communautés ressortissantes bénéficient, et leurs dynamiques à la hausse ou à la baisse.

Intelligentsia et médias, quant à eux, jouent le rôle d’agences de notation, évaluant le degré de solvabilité des obligations émises, et, par-là, la qualité et la robustesse de chaque signature victimaire ; leur appréciation est suivie anxieusement, aussi bien par les places boursières que par les entreprises elles-mêmes.

Enfin, les tribunaux – et les cours d’ultime ressort tout particulièrement – occupent la fonction d’autorités de régulation, assurant la tutelle des marchés financiers ; à ce titre, elles n’hésitent pas à remédier elles-mêmes à ce qu’elles identifient comme des défaillances et des distorsions parlementaires dans le sain jeu de la compétition victimaire.

Une leçon de machiavélisme

C’est dans ce cadre concurrentiel au darwinisme accru que s’inscrit l’offensive idéologique et politique de grande ampleur lancée par les militants décoloniaux cet été : alors que la libéralisation absolue du secteur vient à peine d’être décidée, il s’agit pour eux d’installer durablement leurs causes mémorielles à la tête des capitalisations victimaires, pour traverser sans heurts la phase de bouillonnement boursier qui débute.

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C’est que ceux-ci, en effet, sont pleinement conscients de ce fait simple : la conservation du leadership mémoriel est l’affaire d’une propagande continuelle ; elle requiert un engagement politique permanent. En la matière, n’occuper pas le terrain, c’est en céder. Or, la multiplication des écuries victimaires va le raréfier d’autant ; il faut donc durcir la ligne idéologique, radicaliser le mouvement et les actions, pour laisser aux autres – aux tièdes -, l’infortune de finir ruinés.

De Maistre rapportait, citant la correspondance de Grimm : « Tous les grands hommes ont été intolérants, et il faut l’être. Si l’on rencontre sur son chemin un prince débonnaire, il faut lui prêcher la tolérance, afin qu’il donne dans le piège, et que le parti écrasé ait le temps de se relever par la tolérance qu’on lui accorde, et d’écraser son adversaire à son tour. Ainsi le sermon de Voltaire, qui rabâche sur la tolérance, est un sermon fait aux sots ou aux gens dupes, ou à des gens qui n’ont aucun intérêt à la chose. » L’intolérance, avantage évolutif dans la lutte des idées : cette analyse machiavélienne n’a pas été perdue pour tout le monde…

Didier Lemaire: qui a tué Samuel Paty ?


Douze personnes sont pénalement comptables de l’exécution de Samuel Paty, de l’assassin à la collégienne affabulatrice et son père le diffamateur. Mais ses collègues, sa hiérarchie, des décennies de politiques clientélistes – et finalement nous tous qui refusons d’être ce que nous sommes – en partagent la responsabilité morale.


On connaît l’assassin. Abdoullakh Anzorov. 18 ans, citoyen russe d’origine tchétchène. Arrivé en France à 6 ans, bénéficiant du statut de réfugié. Un jeune homme, comme il en existe tant d’autres, qui pratique l’islam de façon obsessionnelle. Il s’en prend aux juifs, aux athées, condamne la danse, Netflix et même le Caprice des Dieux qu’il juge « impur », car « polythéiste ». Scolarisé dans un lycée professionnel, il parsème son agenda de symboles religieux et de « Allah Akbar ». Il ne parle pas aux filles qu’il appelle « les femelles ». Exclu à la suite d’une violente bagarre, il travaille dans le bâtiment. Le 25 septembre 2020, il se met en chasse de personnes qu’il pourrait exécuter, puis prend contact avec deux djihadistes en Syrie. Après son passage à l’acte, le 16 octobre, il adresse au chef de l’État ce défi : « J’ai exécuté un de tes chiens de l’enfer qui a osé rabaisser Muhammad. »

On connaît également les présumés complices. Tous mis en examen pour « complicité d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste ». Ceux qui, par assistance, ont participé à l’exécution de Samuel Paty : trois proches qui l’ont accompagné pour l’achat d’une arme et l’ont transporté. Ceux qui, par incitation, ont désigné au bourreau sa victime. La jeune fabulatrice Z. Chnina qui accuse son professeur d’avoir « stigmatisé les musulmans ». Son père Brahim Chnina qui publie plusieurs vidéos dénonçant « l’islamophobie » de l’enseignant (il porte plainte pour « diffusion d’image pornographique »). Abdelhakim Sefrioui, l’activiste islamiste fiché S pour « radicalisation à caractère terroriste », connu depuis 2004 pour ses positions antisémites et ses accointances avec les négationnistes d’extrême droite. C’est lui qui lance sur les réseaux sociaux la campagne calomnieuse contre Samuel Paty. Enfin, cinq collégiens, âgés de 14 et 15 ans, qui désignent au tueur l’enseignant en échange d’argent. L’un d’eux explique, lors de son audition à la PJ : « Je trouvais ça bizarre qu’un mec paye 300 euros juste pour des excuses. Avec les copains on s’est imaginé des trucs, qu’il allait le tuer ou le kidnapper. Mais je le trouvais pas menaçant. »

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Sur un plan strictement juridique, il y aurait donc 12 responsables : le tueur et ses 11 complices. On aimerait s’arrêter sur les motivations névrotiques de la famille Chnina : la jalousie de Z. envers sa sœur jumelle, le goût familial prononcé pour la fabulation. On est glacé par l’absence de remords de la fillette. Après avoir fini par admettre ses mensonges, celle-ci déclare : « Si je n’avais pas dit ça à mon père, il n’y aurait pas eu tout ça et ça n’aurait pas pris cette ampleur. » De quelle « ampleur » parle-t-elle ? On est aussi troublé par la duplicité de nombreux collégiens. D’après des personnes bien informées, ils sont encore beaucoup en décembre à posséder sur leur téléphone une capture d’écran de la vidéo de la tête décapitée du professeur. Et que penser de ces collégiennes qui revêtent le djilbeb le week-end et s’habillent normalement la semaine pour ne pas attirer l’attention, la consigne de leurs parents étant de faire profil bas ? Et puis, quelle est la part de responsabilité de tous ceux – collègues, personnels administratifs, responsables syndicaux, responsables de l’Éducation nationale – qui n’ont ni soutenu ni protégé le professeur parce qu’ils croyaient que ces menaces n’étaient pas sérieuses ? On découvre que la FCPE, que Jean-Pierre Obin compte, à juste titre, parmi les organisations « entrées dans l’orbite islamo-gauchiste », aurait même « rappelé » au père qu’il pouvait porter plainte. Ces personnes ne savaient-elles donc pas, depuis la tuerie de Charlie Hebdo, qu’il suffit d’une prétendue agression verbale ou symbolique pour déclencher une tuerie ?

Hommage à Samuel Paty au lycée François-Magendie de Bordeaux, 2 novembre 2020 © Philippe LOPEZ / AFP

En effet, l’accusation d’islamophobie ou de blasphème ne sert pas seulement à faire taire toute critique de l’islam ou de comportements incompatibles avec nos lois comme nos mœurs. Elle est devenue une manière de désigner une cible. N’importe quel enseignant accusé publiquement d’islamophobie, qu’il enseigne à Trappes ou à Science-Po, sait ce qu’il risque. Car dans l’écosystème islamiste, il y aura toujours un Kouachi pour passer à l’acte.

Les conditions pour que cet assassinat ou plutôt cette exécution puisse être commise sont connues : une immigration non maîtrisée, une intégration manquée, un islam qui refuse les lois de la République, des territoires gagnés à la « communauté ». Mais ces conditions ne font pas des responsables. Et les responsables ne se limitent évidemment pas au tueur, à ses 11 complices ni aux poignées d’hommes et de femmes qui « ne savaient pas ».

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Alors qui donc a tué Samuel Paty ? La droite clientéliste qui achète des voix avec des subventions quand ça l’arrange, négocie avec des organisations criminelles fréristes, promet le karcher dans les cités, mais supprime 13 000 postes de policiers et casse la police de proximité ? La gauche, morte de ses lâchetés, qui a troqué l’universalisme pour le différentialisme depuis SOS Racisme relayant le discours victimaire qui fait croire chaque jour un peu plus aux « musulmans » que les Français sont leurs ennemis ? Ses alliés d’extrême gauche, islamo-gauchistes, indigénistes, devenus antisémites et racistes, qui réduisent les hommes à une appartenance tribale ? La République en Marche qui a fermé les yeux pendant quatre ans sur les progrès de l’islamisme et qui traite à coups de mesurettes le fléau qui menace notre pays ? L’extrême droite nationaliste qui ajoute encore un peu plus de bêtise et de haine dans une situation déjà périlleuse ? J’ai posé la question à un commissaire de police :

« Monsieur le commissaire de police, selon vous, qui a tué Samuel Paty ? »

Après quelques instants de réflexion, celui-ci m’a répondu :

« Le refus d’être qui nous sommes. »

Terrorisme: un projet de loi mal pensé de plus

Algorithme, suivi des radicalisés: le projet de loi «terrorisme et renseignement» présente des mesures insuffisantes


Quoi qu’on veuille nous faire croire, la sortie précipitée de ce projet apparaît comme un contre-feu de « com » après l’attentat de Rambouillet, point d’orgue d’une semaine calamiteuse où Macron qui voulait nous jouer « plus sécuritaire que moi, tu meurs », a, en fait, reçu en pleine face le choc de la dure réalité réduisant à néant son prétendu combat «  pour une vie paisible », annoncé à Montpellier devant les policiers et qui se heurtait «  en même temps » et presque au même endroit à une fusillade où un homme était criblé de balles…

Ce énième texte sur le terrorisme, qui s’ajoute à une vingtaine d’autres lors des vingt-cinq dernières années, montre bien à quel point les pouvoirs publics pratiquent la politique au fil de l’eau, réagissant au coup par coup, pour essayer de donner l’illusion qu’ils peuvent encore maîtriser un phénomène qui les dépasse depuis longtemps. Ce zapping législatif, qui discrédite la loi et le législateur, est le signe même de l’absence, là comme ailleurs, d’une vision stratégique d’ensemble.

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Le crime de Rambouillet est exemplaire à cet égard : pendant qu’on prétend lutter contre le terrorisme islamique, on laisse des frontières-passoires et la France être un sanctuaire pour des irréguliers qu’on finit toujours par régulariser parmi lesquels prolifèrent les potentiels soutiens et acteurs du même terrorisme ! Bien sûr, on ne fera pas la fine bouche devant quelques mesures destinées à renforcer l’efficacité des services de police dans la détection ou le suivi des terroristes, mais la grande réforme que j’appelle de mes vœux depuis 2015 n’est toujours pas à l’ordre du jour.

La succession de textes en la matière signe surtout l’incapacité et l’irresponsabilité du gouvernement qui n’ose jamais aller jusqu’au bout. Quand j’appelais en novembre 2015 à une vaste et indispensable réorganisation de la justice antiterroriste, le président Hollande ne fit rien et le président Macron ne reprit qu’une partie de mon projet avec la seule création du parquet national antiterroriste.

Les dispositions du nouveau texte ? La technique de l’algorithme ? [La technique de l’algorithme, qui serait étendue par la nouvelle loi, permet le traitement automatisé des données de connexion pour détecter les menaces sur internet NDLR]

D’abord un paradoxe : alors que Dupond-Moretti protège plus que jamais ses confrères avocats, en allant jusqu’à rendre impossible de consulter de simples fadettes, l’ensemble de la population, elle, va être soumise à d’obscurs et secrets systèmes autorisés à fouiller les communications…  On peut craindre des dévoiements politiques : quand on voit que le gouvernement s’en est pris à une organisation comme Génération identitaire, qui n’a jamais été condamnée, alors que de puissantes organisations islamiques radicales, notamment liées à la Turquie, ont pignon sur rue et peuvent, en toute impunité, semer la haine antifrançaise, on est en droit d’être méfiant et de s’interroger sur ses véritables cibles !… 

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Le suivi des radicalisés libérés de prison ? On présente comme un formidable progrès le fait de passer d’un an à… deux ans ! On se moque du monde. Et encore faudra-t-il que le Conseil Constitutionnel ne vienne pas décider que c’est encore trop, ou que la mesure ne puisse être rétroactive, d’où une application réelle dans plusieurs années. Il en sera de même pour les « visites domiciliaires » et la création de « périmètres de sécurité ». De fait, entre le Conseil Constitutionnel et les juridictions européennes, notre pays est corseté, bridé dans ses moyens d’action. Tant qu’il n’aura pas retrouvé sa souveraineté juridique, il sera condamné aux demi-mesures, corollaire également d’une demi-volonté politique.

Le fond du problème, c’est la crédibilité de celui qui mène cette guerre contre le terrorisme. A cet égard, Emmanuel Macron se disqualifie de jour en jour, avec ses discours contradictoires, avec à ses côtés, un ministre de la Justice dont le personnage et l’image sont un démenti permanent aux postures de fermeté face au crime. Comment l’avocat, ô combien agressif et acharné, du frère d’un terroriste pourrait-il gagner cette guerre… ?

N’en déplaise au mouvement Black Lives matter, George Floyd avait été interpellé par une équipe pluri-ethnique

Les torrents de haine visant le policier américain Derek Chauvin occultent une vérité qui n’est peut-être pas bonne à dire: l’homme jugé coupable de la mort de George Floyd dirigeait une équipe tout ce qu’il y a de plus «diverse».


Après leur incarcération, les trois collègues-policiers de Derek Chauvin attendent leur procès en liberté et sous caution. La justice de l’État du Minnesota devra établir s’ils portent une part de responsabilité dans le décès de M. Floyd après son arrestation musclée, il y a presqu’un an, par la patrouille de M. Chauvin.

Le 20 avril, un jury de Minneapolis le jugea coupable d’assassinat. Chauvin risque d’être condamné à une peine de quarante ans de prison. Le Parquet accuse ses trois assistants de ne pas s’être opposés à leur supérieur hiérarchique lorsque celui-ci posa un genou sur la nuque de M. Floyd pendant un peu plus de neuf minutes, malgré les suppliques de ce géant noir. Ils auraient ainsi, par leur silence, contribué à la lente asphyxie de M. Floyd, filmée par les portables de quelques badauds, images d’une cruauté insoutenable qui firent le tour du monde.

Il n’y a pas que le New York Times dans la vie !

Des commentateurs américains et européens ne tardèrent pas à expliquer que le manque d’action du trio visiblement dépassé par les événements témoignait de la culture raciste dont serait imprégnée la police américaine en général et le corps du Minnesota en particulier. Mais rien dans leur passé, ni dans celui de M. Chauvin d’ailleurs, ne permet de telles conclusions. Certains accusés avaient même fait preuve de sympathie envers les minorités ethniques, auxquelles appartiennent deux d’entre eux.

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C’est ce qui ressort de la lecture de la presse de Minneapolis et de l’État du Minnesota, notamment les journaux Star Tribune et Pioneer Press. Là où les grands journaux nationaux, tels les très politiquement corrects New York Times et Washington Post, voient du racisme « systémique » partout, les humbles médias régionaux assurent une couverture bien plus nuancée et intéressante. Le New York Times a d’ailleurs vu dans le drame de George Floyd une bonne raison d’écrire désormais lui aussi l’adjectif « Black » (noir) avec une majuscule s’agissant de personnes ou de leur culture, honneur que les whites (blancs) attendent encore. Cela donne des phrases à l’orthographe absurde comme : « A white police officer shot a Black girl ». Vous avez dit discrimination linguistique anti-blanche ?

Thomas Lane, pas franchement un trumpiste

Dès que le jury eut déclaré M. Chauvin (44 ans) coupable, les plus hautes instances politiques et juridiques régionales ont annoncé une révision de fond en comble du fonctionnement de la police municipale de Minneapolis. Avertissement lourd de menaces d’une épuration en bonne et due forme. Mais gageons que l’équipe de M. Chauvin pourrait facilement gagner un hypothétique concours de diversité policière, avec la mention « excellente ».

Car le quatuor tant décrié était composé de deux Blancs et de deux hommes à la peau foncée. L’agent Tou Thao (35 ans) est le fils d’immigrés du Laos. L’agent Alexander Kueng serait, selon certains médias, le fils d’une mère blanche américaine et d’un père africain qui se volatilisa plutôt que de prendre ses responsabilités paternelles, tout comme le géniteur kenyan de Barack Obama. L’ancien président fut élevé par sa mère blanche et ses grands-parents maternels. Président, M. Obama avait fustigé dans un discours très remarquée « l’absence » des pères noirs dont souffrirait la communauté tout entière.

Une autre version veut que l’agent Alexander Kueng (26 ans) fut adopté par sa mère à l’âge de quatre ans. Quoiqu’il en soit, il se considère, malgré sa peau plutôt claire, comme un « Africain américain » et partage l’idéal du mouvement Black Lives Matter d’une police en meilleurs termes avec la population noire. Celle-ci reproche cependant à M. Kueng de ne pas être allé à la rescousse de son « frère » George Floyd agonisant sous le genou de Derek Chauvin.

Avant son entrée dans la police, l’agent blanc Thomas Lane s’était porté volontaire pour aider des réfugiés somaliens à s’intégrer au Minnesota. Ce qui rappelle un discours à Minneapolis dans lequel l’ancien président Donald Trump fustigeait justement ces Somaliens pour leur incapacité ou manque de volonté de s’adapter, tout comme d’autres migrants de « shithole countries » africains et latino-américains. L’agent Lane serait-il un de ces « immigrationnistes » voués aux gémonies par les trumpistes ?

L’Amérique vit sous la menace permanente des émeutes raciales

L’avocat de M. Lane n’aura, lors du procès prévu fin août, pas de difficultés à balayer les accusations de racisme contre son client aux allures d’acteur de cinéma. Accusations dont ne se priveront pas les manifestants devant le palais de justice, eux qui, lors du procès de Derek Chauvin, avaient menacé de mettre Minneapolis à feu et à sang en cas de non-lieu, ce qui de leur part n’est pas une vaine menace.

Parmi les accusés, c’est surtout l’agent Alexander Kueng qui peut avec un peu de bonne volonté être qualifié de « woke ». Enfant, il lui manqua une fratrie. C’est la raison pour laquelle sa mère, professeur dans le secondaire, adopta pas moins de trois petits frères et sœurs noirs. Le journal Star Tribune brossa de lui un portrait dithyrambique, en louant son comportement comme jeune agent de sécurité dans le grand magasin Macy’s, où il appréhendait les voleurs avec calme et sans violence. Entre ses études payées grâce à son travail de vigile, Alexander Kueng trouva encore le temps pour du volontariat à Haïti et pour suivre un cours de langue russe. Citoyen modèle avec, pour couronner le tout, une fiancée d’origine laotienne. Difficile de faire plus divers.

Son chef Derek Chauvin n’a au fond lui non plus rien à se reprocher sur le terrain de la diversité. Il était en effet marié à une belle femme laotienne, Kelly, couronnée Mrs. Minnesota America en 2018. Preuve d’intégration et d’émancipation d’une femme qui, jeune fille, dut épouser le mari laotien que ses parents lui avaient choisi et dont elle divorça dès qu’elle put gagner sa vie comme infirmière. Kelly appartient au groupe ethnique Hmong, une minorité au Laos dont des membres prêtèrent main forte aux forces armées américaines pendant les guerres en Indochine du siècle dernier. Après les victoires des communistes, bon nombre de Hmong s’exilèrent aux États-Unis. Kelly Chauvin se sépara de Derek dès son arrestation pour la mort de George Floyd. Après son couronnement comme Mrs. Minnesota, elle l’avait encore, dans une interview au Pioneer Press, loué comme « a gentleman and a softie ».

À lire aussi : L’Amérique ne pouvait pas ne pas condamner Chauvin

Seul l’agent Tou Thao, Hmong lui aussi, aurait dans sa carrière eu maille à partir avec des Noirs de Minneapolis, ce qui ne prouve pas qu’il y était pour quelque chose. Les tensions entre les communautés noire et asiatique sont notoires; la première jalouserait les succès économiques et sociales de la seconde. Pendant les émeutes de Los Angeles en 1992, après le passage à tabac du jeune Noir Rodney King par trois flics blancs et un latino, les magasins du quartier de Koreatown furent pillés avant d’être incendiés par des meutes déchaînées.

Retour au 25 mai de l’année dernière, quand la police de Minneapolis reçut un appel téléphonique d’un des propriétaires palestino-américains du magasin Cup Foods : un homme noir, visiblement sous l’influence d’alcool ou de drogues, mais non-violent, aurait acheté un paquet de cigarettes avec un faux billet de vingt dollars. Les agents Kueng et Lane, dans leur première semaine de policiers licenciés, arrivèrent rapidement sur les lieux. Ils échouèrent à faire entrer M. Floyd, qui se rebiffait, dans l’arrière de leur voiture. Ils firent donc appel à deux collègues plus expérimentés, MM. Chauvin et Thao. Quelques minutes plus tard, George Floyd, avec un casier judiciaire long comme son bras de géant, deviendrait le énième martyre des Noirs américains. Qu’il est loin le temps où cette population pouvait être fière d’icônes bien plus dignes.

Kundera: Ariane Chemin contre elle-même

Pourquoi je ne lirai pas À la recherche de Milan Kundera d’Ariane Chemin


Ariane Chemin a beaucoup de talent. Grand reporter dans le journal de référence français, Le Monde, elle a publié des livres sur des sujets politiques ou sociaux, elle connait, par son métier, beaucoup des gens qui comptent à Paris. Ses livres sont donc des évènements éditoriaux, ils sont lus.

Madame Chemin est une admiratrice de l’œuvre de Kundera. Elle publie aujourd’hui une enquête sur Kundera, À la recherche de Milan Kundera. Il y a donc de fortes chances, malheureusement, que ce livre rencontre un public nombreux et éclairé. Pourtant je vous demande de ne pas le lire. Je pense d’ailleurs que Madame Chemin, elle-même, souhaite sans doute – au fond d’elle-même- que personne n’ouvre son récit. Voici pourquoi.

Kundera avec Flaubert contre la lecture autobiographique

Dans Les Testaments trahis (et dans ses autres essais, L’art du roman, Le Rideau, Une Rencontre), Kundera a exprimé son rejet de la lecture autobiographique des romans. Pour Sainte-Beuve, nous explique le maître franco-tchèque, on trouve toujours, caché derrière la prose, des éléments autobiographiques. L’étude de l’œuvre se résumerait à celle de la vie de l’auteur. D’ailleurs, souvenez-vous : «Madame Bovary c’est moi», aurait dit Flaubert. En réalité, nous apprend Kundera, c’est une critique qui dit l’avoir entendu de quelqu’un qui l’aurait entendu de Flaubert : il n’y a presque aucune chance que l’auteur de  Madame Bovary  ait jamais prononcé cette phrase, puisque, pour Flaubert, au contraire, seule l’œuvre compte, toute lecture autobiographique est une hérésie.

Résumons.

Pour les tenants de l’école Sainte-Beuve, ce qui est important, c’est de savoir si Albert Cohen et sa femme Bella ont des toilettes séparées, comme Ariane et Solal dans Belle du seigneur. Leur critique littéraire rigoureuse les conduit également à soupçonner l’épouse de Roth au moment de l’écriture de Professeur de désir, une certaine Claire Bloom, d’avoir été, à l’image de la lumineuse mais peu voluptueuse Claire dans le roman, un mauvais coup au lit. Voilà ce qui est important pour eux. Kundera dénonce cette lecture à la Sainte-Beuve : plus proche du voyeurisme que de la critique, elle méconnait et nie l’art du roman.

Dans Les Testaments trahis, il donne d’ailleurs un conseil au romancier. Si un de vos personnages est inspiré d’une personne réelle, – son long nez, son rire, ses humeurs -, effacez les traces à la fin! Sinon, votre roman sera lu comme un roman à clé, les lecteurs chercheront uniquement à savoir « qui est qui ». Jamais ces centaines de pages que vous avez noircies ne seront lues pour ce qu’elles disent de spécifique, d’ambigu, d’original. (Roth n’a pas suivi le conseil de son ami Kundera en appelant Claire un des personnages de Professeur de désir, qui fut pourtant préfacé par Kundera ; il est vrai que «Professeur de désir» est antérieur de 16 ans aux Testaments trahis.)

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Lorsque le romancier a la chance d’être inconnu, par exemple pour son premier livre, tout cela n’a strictement aucune importance. La plupart des gens (tout le monde sauf ses proches) se fichent de sa vie. Sainte-Beuve peut donc aller se rhabiller. Mais si son roman marche, il risque de cesser progressivement d’être lu comme un roman. Il y a pire. Lorsqu’un écrivain devient vraiment célèbre, tout un pays le prend pour un proche. Tout un pays le lit à la Sainte-Beuve. Et c’est horrible. L’écrivain est fichu.

L’acte inouï de Milan Kundera

Milan Kundera, au début des années 80, était un romancier réputé, mais pas une « star ». La Plaisanterie, Risibles Amours, La vie est ailleurs, Le livre du rire et de l’oubli, La Valse aux adieux, autant de chefs d’œuvre qui avaient touché un public de connaisseurs, mais pas encore le grand public.

Puis, au début de 1984, L’Insoutenable légèreté de l’être sort. Du jour au lendemain, c’est l’emballement médiatique. Kundera est l’invité vedette de l’émission Apostrophes, la France tombe amoureuse. Tous les journalistes se jettent sur le sujet. (Aujourd’hui on dirait : le hashtag le plus populaire est #milankundera) Pour une raison inconnue, les journalistes sont une corporation qui est presque en totalité sainte-beuvienne. Seule la vie de l’auteur les intéresse. Leurs questions sont toujours les mêmes : « Quels sont vos points communs avec votre personnage ? », « Qu’est-ce qui est vrai, qu’est-ce qui est faux? », ou même Bernard Pivot, dans Apostrophes : « Vous écrivez dans L’Insoutenable légèreté que l’on vit soit sous le regard du public inconnu, soit sous de nombreux regards familiers, soit sous celui de l’être aimé, soit sous celui d’un être absent imaginaire, et vous M. Kundera,  sous quel regard vivez-vous? » Et Kundera, gêné, répond à côté.

Donc tous les journalistes français se mettent en chasse.

Avec qui couche Kundera? Est-il fidèle? Est-il partouzeur? Dort-il à gauche ou à droite du lit? Pour qui vote-t-il? Pendant ce temps, les paparazzi chassent, prennent tous les risques, prêts à photographier Kundera avec une femme qui ne serait pas la sienne, au premier étage du café de Flore, pour la couverture de Match, comme un vulgaire François Hollande. Le choc des photos, le poids du rien du tout. Kundera est harcelé. Interview après interview, il doit subir les mêmes questions stupides sur ses petites manies, «Vous dormez en pyjama M. Kundera?», au lieu de pouvoir parler de ses romans. Même lorsqu’on le laisse – un peu – parler de son art, on lui attribue des propos déformés, détournés, qu’il ne reconnait pas. Il doit démentir, corriger. Et puis on veut absolument l’interroger sur la politique, au risque, là encore, de le trahir, de lire son œuvre comme une « littérature engagée », ce qu’elle n’est pas du tout, lui qui profère qu’il n’y a pas de bon « roman engagé », lui qui va jusqu’à écrire que 1984 aurait dû être un essai, et a même desservi la nécessaire lutte contre le totalitarisme en la noyant dans un kitsch fabriqué de mauvais roman. Sans parler des questions qu’on lui pose sur « l’actualité », l’affaire du jour, lui qui considère la réaction au bruit médiatique quotidien comme une perte de temps, de la non pensée.

Bientôt, il comprend que son œuvre risque de disparaître derrière une personne imaginaire (« Milan Kundera »), que plus personne ne le lira sans se dire : « Le Thomas de l’Insoutenable Légèreté aime les cunnilingus, comme Kundera! », « Le personnage de Franz est inspiré de tel intellectuel de gauche français avec lequel Kundera règle ses comptes », « Sabina, qui pose nue en chapeau melon dans l’Insoutenable légèreté, je la connais, c’est une vendeuse de fringues rencontrée par Kundera rue Dufour». Plus personne ne lira ses romans comme des romans, plus personne ne s’intéressera aux problèmes existentiels de ses personnages. Alors Kundera accomplit un acte inouï, exceptionnel : du jour au lendemain, il renonce à la gloire.

Il renonce au plaisir narcissique d’avoir sa tête dans les journaux, de « passer à la TV ». Il renonce à la dose d’héroïne pure et gratuite qu’apporte la célébrité médiatique. Personne n’en est capable, normalement. C’est inhumain de renoncer à l’infini pouvoir de séduction de la célébrité.

Pourtant, fait unique, début 1985, à l’âge de 56 ans seulement, Kundera décide de ne plus parler à un journaliste et de ne plus jamais être pris en photo. Il ne se soumettra plus jamais au 11ème commandement de notre époque médiatique (qu’il a défini dans « L’Immortalité » en 1990) : « Tu répondras à la question du journaliste ». C’était il y a 36 ans. Depuis, il n’a jamais rechuté dans la drogue médiatique. 36 ans d’abstinence. C’est incroyable. Mais vrai. Il a effectivement disparu.

La biographie de l’œuvre, pas celle de l’auteur

Et devinez quoi? Son œuvre est lue à la Flaubert. Pour ce qu’elle est. Son œuvre a effacé sa personne. L’Immortalité, par exemple, un de ses plus grands chefs d’œuvre, n’a jamais connu la moindre lecture à la Sainte-Beuve. Bravo Monsieur Kundera, vous seul étiez capable de renoncer au plaisir de la célébrité médiatique. Vous êtes un héros. Sans doute le seul héros de notre époque.

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Oui si tout est insignifiant, autant aimer l’insignifiance, comme le dit un de vos personnages (1), autant en profiter au maximum, sur un chemin de côté, en ne perdant pas de temps avec le voyeurisme de la foule et la non pensée du jour.

Vous avez montré le chemin. Vous avez ouvert une nouvelle voie. Bien entendu chez les artistes, personne, strictement personne (2), ne vous a suivi sur ce chemin de vérité.

Et aujourd’hui une de vos lectrices attentives, Ariane Chemin, refuse votre leçon ; elle enquête sur vous au lieu de relire encore et toujours vos romans, vos essais.

Votre solitude totale n’est que la validation de votre geste sacrificiel, ironie kunderienne suprême.

Donc je ne lirai pas l’enquête d’Ariane Chemin

Alors je ne lirai pas À la recherche de Milan Kundera car je ne veux pas devoir écrire bientôt : « L’œuvre de Milan Kundera ÉTAIT lue pour ce qu’elle était, jusqu’au livre d’Ariane Chemin en 2021, depuis tout le monde se consacre à la vie de l’auteur, plus personne ne lit « Risibles amours ».

(1) Dans « La fête de l’insignifiance », le personnage Ramon déclare : «L’insignifiance, mon ami, c’est l’essence de l’existence. Elle est avec nous partout et toujours. Elle est présente même là où personne ne veut la voir : dans les horreurs, dans les luttes sanglantes, dans les pires malheurs. Cela exige souvent du courage pour la reconnaître dans des conditions aussi dramatiques et pour l’appeler par son nom. Mais il ne s’agit pas seulement de la reconnaître, il faut l’aimer, l’insignifiance, il faut apprendre à l’aimer».

(2) Douleur extrême, même le grand Philippe Roth n’a pu résister dans son grand âge, à des interviews et des opinions sur la politique américaine, quelle tristesse, et maintenant certains lisent ses romans comme des romans « engagés », horreur, double tristesse.

Affaire Halimi: je n’ai plus confiance dans la justice de mon pays

Gilles-William Goldnadel déplore que le tribunal ait conclu à l’irresponsabilité pénale de Kobili Traoré, le meurtrier antisémite de Sarah Halimi, défenestrée à Paris en avril 2017. En désespoir de cause, il se tourne vers la justice israélienne.


L’incompréhensible décision concernant le meurtre de Sarah Halimi n’intervient pas dans un univers judiciaire français rationnel. Voilà trop longtemps que je ne suis plus un avocat heureux et que je me lamente contre les dysfonctionnements nombreux.

Pour l’écrire autrement je n’ai plus confiance dans la justice de mon pays. Trop lente, trop indolente, trop idéologique. Pour rester aimable.

Étant l’avocat de la sœur de la malheureuse suppliciée, je n’ai aucune objectivité. Mais même un être subjectif a le droit de faire des remarques objectives et incontestables factuellement. La juge d’instruction a refusé constamment de recevoir l’avocat des victimes que je suis. C’est la première fois dans ma longue carrière. Je ne peux qu’y voir un défaut d’humanité et de compassion. La même juge a refusé de faire droit à nos demandes de reconstitution. C’est également pour moi une grande première.

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La juge d’instruction a préféré un rapport d’expertise qui concluait à l’irresponsabilité de Traoré au premier rapport d’expertise qui aboutissait à la constatation inverse qui n’avait pas l’heur de lui plaire.

J’en arrive au cœur de la polémique qui a outré une grande partie de la France : le fait de considérer qu’un criminel ayant perdu l’esprit pour cause de prise volontaire de doses massives de cannabis puisse échapper à un châtiment pénal. On vous a fait croire que la justice ne pouvait pas faire autrement et on vous a menti. Nous ne le savions pas lorsque nous avons plaidé devant la Chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris, mais quelques mois avant la Cour de cassation avait confirmé l’arrêt de la chambre de l’instruction de Versailles du 13 février 2018, qui exactement dans les mêmes conditions de fait et de droit que dans l’affaire Traoré avait jugé que « la consommation importante de stupéfiants ne doit pas s’analyser comme une cause d’abolition du discernement mais au contraire comme une circonstance aggravante ».

Et le commentateur de cet arrêt, hélas non publié, d’observer : « il s’agissait donc d’une décision contraire à celle de la chambre de l’instruction de Paris puisque sur la même base théorique (trois expertises dont deux concluants à l’abolition du discernement) la juridiction d’instruction du second degré avait choisi de renvoyer la personne mise en examen devant la cour d’assises ». (Voir à ce sujet mon article dans le Figaro du mardi 20 avril, l’article de Paule Gonzales dans le Figaro du même jour et l’article du Canard Enchaîné du mercredi 21 avril).

A lire aussi: Sarah Halimi n’était pas qu’une juive

Voilà pourquoi il s’agit d’un déni de justice et, j’ose l’écrire, d’une parodie de justice.

Voilà pourquoi je n’ai plus confiance dans la justice de mon pays.

C’est dans cette circonstance désolante, que, littéralement, en désespoir de cause, avec mon confrère Francis Szpiner, nous traverserons la Méditerranée et saisirons la justice israélienne compétente. Parce que son article 13 de la loi de procédure prévoit que si un juif est tué en tant que juif (ce qui est reconnu par la justice française…), la justice israélienne est compétente même hors du territoire national israélien et parce que la sœur de la victime, conformément aux réquisitions de l’article 14, est israélienne.

Cela nous apaisera mais ne nous consolera pas de ce que la justice française ici encore a failli. Par incompétence et par idéologie. Il arrive que l’excès d’indulgence pour les uns prive de toute compassion pour la souffrance des autres.

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100 jours de Joe Biden : le président qui rassemble pour mieux diviser

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Considéré par la droite américaine comme le président le plus radicalement de gauche de l’histoire contemporaine, Joe Biden s’est adressé, après 100 jours à la Maison-Blanche, pour la première fois au Congrès. Son bilan est un mélange d’exubérance racialiste, de retour aux fondamentaux en politique étrangère, et de relance économique pseudo-keynésienne à la Roosevelt. Par de telles mesures, Joe Biden divise plus qu’il ne rassemble.


Joe Biden a démarré sa présidence avec une avalanche « d’ordres exécutifs », annulant au passage certains signés par son prédécesseur Donald Trump. Symbole fort, son premier ordre exécutif épouse la révolution racialiste woke qui l’a fait élire : le Advancing Racial Equity and Support for Underserved Communities Through the Federal Government, censé améliorer le sort des minorités « qui ont été systématiquement privées de la possibilité de participer pleinement aux aspects de la vie économique, sociale et civique ». Effets secondaires immédiats, le programme d’aide aux victimes du Covid-19 ira prioritairement aux patrons de PME noirs et son ministre de l’Éducation entend permettre aux athlètes universitaires transgenres mâles biologiques de prendre part aux compétitions féminines, au mépris du droit des femmes.

À lire aussi : Joe Biden: le fossoyeur des classes moyennes sera-t-il leur sauveur?

Sitôt annoncé à la Maison-Blanche, Joe Biden, vu comme un « chic-type » par les candidats à l’immigration, a créé un appel d’air. Aux frontières sud des États-Unis se sont amassés des dizaines de milliers d’immigrés. Le goulet d’étranglement aux postes-frontières a aussitôt été mis, par la nouvelle administration, sur le compte de l’impéritie de l’administration précédente. Mais les buts limpides de Joe Biden encouragent les futurs migrants : le président démocrate a exprimé l’intention d’en légaliser des millions en deux temps d’ici 2024 et 2028. En espère-t-il autant d’électeurs supplémentaires?

Joe Biden, la lumière au bout du tunnel?

Les Démocrates comptent également, comme nous l’avons écrit ici, faire du vote par correspondance et du vote par procuration un droit universel pour les élections à venir. La gauche, aidée par une multitude de multinationales « progressistes », comme Delta Airlines, Coca-Cola ou encore la Ligue nationale de base-ball, voit dans le contrôle de l’identité des électeurs une tentative d’empêcher les minorités de voter pour les Démocrates. Car lors de l’élection présidentielle de 2020, moins il y eut de contrôles d’identité, plus il y eut d’irrégularités. Toute velléité de contrôler l’identité des électeurs (règle basique en Europe) est qualifiée de « raciste » par les sommités du Congrès comme le chef de la majorité du Sénat Chuck Schumer qui voit dans les 100 premiers jours de son président une lumière au bout du tunnel.

Dans le collimateur également : le dernier bastion conservateur, la Cour suprême, qui risque peut-être d’accueillir bientôt quatre Juges supplémentaires, tous démocrates, transformant la majorité 6/9 pour les Républicains en une majorité progressiste 7/13. Une revanche contre Donald Trump qui avait nommé à la hussarde la très chrétienne Amy Coney Barrett juste avant son départ. Même si la speaker de la Chambre, Nancy Pelosi n’est pas très enthousiaste, plusieurs députés ont déposé des projets de loi en ce sens. Joe Biden a créé, à nouveau via un ordre exécutif, une commission ad hoc qui envisage de « diluer » la haute Cour, le nombre neuf n’étant que coutumier. Selon les Républicains, ce serait une atteinte claire à la séparation des pouvoirs alors que la Cour suprême avait soigneusement évité de s’immiscer dans le processus électoral lors de la dernière présidentielle.

Une économie en mauvaise santé, hausse des taxes en vue?

Du point de vue intérieur, Joe Biden est comparé à Franklin Delano Roosevelt, puisqu’il a lancé d’abord un fonds d’aide aux victimes économiques du Covid-19 de 1 900 milliards de dollars sous forme d’une allocation sociale qui devrait booster… les importations chinoises. S’y ajoute un vaste programme de réinvestissement dans les infrastructures (routes, ponts, aéroports) de 2 000 milliards avec l’argent du contribuable sans oublier un plan d’aide aux familles de 1 800 milliards portant le total de la relance à 6.000 milliards de dollars alors que la dette publique américaine frôle les 23 000 milliards de dollars soit l’équivalent du PIB. La nouvelle école monétariste l’y encourage. Selon la conseillère du chef de file démocrate de la Commission budgétaire du Sénat Stephanie Kelton, la dette publique n’est plus qu’un artifice comptable pour la Réserve fédérale qui peut faire fonctionner la planche à billets verts autant qu’elle le souhaite du moment qu’elle maîtrise l’inflation. Dans l’intervalle, Biden devrait annoncer le passage de la taxation des 0,3% les plus riches de 20 à 39,6 % et une hausse de l’impôt sur les sociétés de 21% à 28%.

À lire aussi : Biden relance… la crise de la dette!

En politique étrangère, si son ministre des Affaires étrangères, Anthony Blinken, descendant de survivants de l’Holocauste, est le parfait prototype du centriste multilatéraliste, Joe Biden est resté sur la même ligne ou presque que son prédécesseur relativement au régime communiste chinois. Un temps velléitaire contre la Russie à la manière de Barack Obama et d’Hillary Clinton qui, en 2016, semblaient vouloir relancer la Guerre  froide, Joe Biden s’est rapidement calmé, se souvenant sans doute de la capacité nucléaire résiduaire de l’ex-Union soviétique. Il ne franchira pas la « ligne rouge » fixée par Vladimir Poutine.

Certes, un récent sondage commandé par Fox News (peu encline à lui jeter des fleurs) révèle qu’une majorité d’électeurs (54%) approuve son bilan à 100 jours. C’est moins que les 62% de Barack Obama et plus que les 45% de Donald Trump il y a quatre ans. Toutefois, il y a un écart de 81 points d’approbation du président Biden entre les Démocrates (95%) et les Républicains (14%). C’est plus que la polarisation de 76 points pour l’ancien président Trump en avril 2017. 67% des sondés estiment Biden responsable de la dégradation de la situation aux frontières et 69% trouvent le climat économique « passable à mauvais. »

Dans le New York Times, Bret Stephens estime que le président démocrate est si outrageusement progressiste que les Républicains ne tarderont pas à récupérer Chambre et Sénat en 2022 et le Bureau ovale en 2024. Comparé par certains à Lénine (!), Joe Biden et son parti préfèrent en réalité subvertir l’État de droit en restant le plus souvent dans le cadre de la légalité.

Les yeux de Chimène

 Une journaliste reproche à Eric Zemmour de l’avoir embrassée de force lors d’une université d’été du Parti socialiste à La Rochelle il y a quinze ans.


 « Chimène qui l’eût dit ? Rodrigue, qui l’eût cru ? Que notre heure fût si proche et bientôt se perdît ? Et que si près du port, contre tout apparence, un orage si prompt brisât notre espérance ? » Ainsi dit la France à son champion qui cartonne dans les tournois et se trouve dans une sale affaire. Lisez plutôt. Une jeune femme, présumée fichée PS, se plaint que le champion l’aurait embrassée, par surprise, lors d’une Université d’été du PS, dans les années 2000, à la Rochelle, en lui disant à peu près : « T’as une belle robe, tu sais ! » C’était dans des temps très anciens mais la jeune femme, alors trentenaire, a gardé cette blessure au fond d’elle-même pendant des années. Or, un matin, quel choc quand l’élue d’opposition du parti Gauche, découvre, dans cette bonne ville du Roy René, le visage de son présumé agresseur, potentiel candidat présidentiel, accroché sur un échafaudage du café célèbre du cours Mirabeau, les Deux Garçons ! Son sang ne fait qu’un tour. Pas ça, pas lui ! Tout un passé douloureux, enfoui, remonte à la mémoire de Gaëlle L. qui décide, courageusement, de libérer sa parole, sur le hashtag #Metoo, relayé par le journal Libé. Les faits remontent à loin, ma mémoire flanche, dit l’élue de gauche à propos des dates (2004 ?, 2006 ?) mais le mal fait est toujours là. Pas de répit pour les don Juan. Cette affaire, qui fait le tour de l’hexagone médiatique, suffira-t-elle à mettre hors lice un champion amoureux de la France ? Adieu la manche, et la belle ? Adieu tes yeux ô Chimène !

On ne badine pas avec la Woke. On se souvient du tollé indigné quand Madame Dufflot, soumise à l’injonction présidentielle de « penser printemps », avait troqué son jean pour une jupe fleurie et qu’un sifflement avait parcouru les bancs masculins de l’Assemblée. À présent, si vous êtes sifflée dans la rue, vous vous précipitez, évidemment, au poste de police. Car il n’y a pas que le virus qu’il faut tracter et envoyer aux autorités de surveillance, mais les baisers volés, les gestes douteux, les regards de tout genre aux mille et une nuances.

À lire aussi : #Metoo: On y passera tous!

Les jupes fleuries ne sont pas, non plus, les seules pièces litigieuses. Avec les futurs droits des animaux, le jour n’est pas loin où une vache, à la robe tachetée, se plaindra, via des avocats ad hoc, d’avoir été caressée entre les deux oreilles, au Salon de l’agriculture, par une main présidentielle, ou qu’un chevreau accusera de viol celui qui l’a pris dans ses bras. Et que fera-t-on quand La Noiraude refusera d’être exhibée par son propriétaire White ? Cette histoire de tribunal pour animaux n’est pas pur délire. Au Moyen-Âge, on faisait des procès, en bonne et due forme, aux animaux.

Le baiser, supposé coupable, de Gaëlle L., « très sérieuse et posée » selon Jean-Luc Mélenchon, interrogé, correspond à la définition légale de « l’agression sexuelle ». Écœurant, ce combat politique, déjà lancé, quand la France, affaiblie, doit se redresser et non s’enliser ? En l’occurrence, quelle pub faite à un potentiel champion de la France ! Et si le Woke et la judiciarisation de tout, en politique, c’était fini ? Et que l’on veuille, à présent, non des coups bas mais des combats à la loyale ? De vrais affrontements sur de vrais sujets ? De vrais tournois aux couleurs de la France, avec des champions à ses couleurs ? « T’as de beaux yeux, tu sais ! » 

Le beurre, l’argent du beurre — et le Bac

Les échéances se rapprochent, élèves et enseignants se rendent compte enfin que sous des prétextes prophylactiques fumeux, ils n’ont pas fait grand-chose. La liste des textes à présenter au Bac en Première a été réduite à 14 textes — en un an : serait-ce que nombre de mes collègues ont choisi de répéter le même cours, d’un groupe à l’autre, au lieu de doubler ce qu’ils ont fait en « présentiel » d’un second cours en « distanciel » ? Telle enseignante a composé des explications de textes en PDF envoyées à ceux qu’elle ne voyait pas de façon à ne pas perdre un instant. Mais combien d’enseignants ont compris la « demi-jauge » imposée par le ministère — et contre le gré même du ministre, bien conscient de l’effarante baisse de niveau qu’a induite le Covid — comme une autorisation d’enseigner à mi-temps tout en étant payé plein pot ?

Moyennant quoi les rues de Marseille, depuis des mois, sont parcourues de bandes d’adolescents désœuvrés, qui s’échangent des chichons en hurlant, et que la police, municipale ou nationale, se garde bien de sermonner, de peur de déclencher une émeute… Les mêmes qui prétendent pourtant avoir tous les droits sur Parcoursup — je vais y revenir.

En attendant, un certain nombre de ces désœuvrés se sont regroupés, sous la bannière d’organisations lycéennes aussi nébuleuses qu’équivoques, pour réclamer « l’annulation des épreuves écrites et orales du baccalauréat pour l’ensemble des filières générales et technologiques ainsi que pour les filières professionnelles et les BTS. » C’est dans Marianne qu’a paru cette tribune co-signée par une députée LREM du Nord, Jennifer de Temmerman, qui soigne déjà sa non ré-élection l’année prochaine… La pédadémagogie a de beaux jours devant elle.

A lire ensuite, Laurence David: Une loi suffira-t-elle à faire disparaître le voile des accompagnatrices de sorties scolaires?

D’autant que ces jeunes gens si soucieux d’avoir examens et concours sans les passer ont bien des soucis. « Étudier sur les bancs du lycée, dans les amphithéâtres, se rendre au cinéma, au théâtre, aux concerts, à la bibliothèque, pratiquer des activités sportives, culturelles, artistiques, aller en boîte de nuit, boire des verres entre amis. Toutes ces choses qui faisaient notre vie, qui rythmaient notre quotidien, ne sont plus », écrivent-ils. On notera la place très relative des études dans cette liste de frustrations rangée probablement en ordre d’intensité croissante.

Et d’ajouter : « ces mois ont généré des inégalités croissantes parmi les établissements scolaires. En effet, certains sont restés en « 100 % présentiel », d’autres en « 50 % présentiel », ce qui a accentué les retards dans les programmes et les inquiétudes des élèves, comme des professeurs. »

Eh bien oui. Des établissements privés ont fait cours en classe entière. Du coup, leurs élèves en ont vu deux fois plus que les petits branleurs de certains lycées publics, et en font un argument, ces jours-ci, pour valoriser les dossiers qu’ils présentent sur Parcoursup, particulièrement en Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles. Un argument qui bien sûr fait bondir le SNES. Après avoir noté que Parcoursup organise depuis le début la concurrence entre établissements (et pourquoi non, camarades ? Vous le savez bien, que les résultats d’ Henri-IV ne sont pas les mêmes que ceux de Paul-Valéry, et que tel enseignant s’acharne à monter tous ses élèves au plus haut de leurs capacités, quitte à instaurer des formes d’élitisme, tandis que d’autres se contentent du minimum… syndical), le SNES écrit : « À la faveur de la crise sanitaire et en raison de la gestion déplorable de la part du ministère, un cran supplémentaire vers l’abject a été franchi sur Parcoursup avec la tolérance de cette mention 100 % présentiel. »

La gestion déplorable de la crise ? Mais le ministre a dû louvoyer entre les recommandations alarmistes des « experts », et les exigences de syndicats qui voulaient peu ou prou annuler l’année scolaire, à force d’exiger des « protocoles » et des « distanciations » impossibles à mettre en œuvre. C’était à vous, chers collègues, à vous adapter et à mettre les bouchées doubles pour ne perdre aucun élève ! Combien d’absents sur les cours en distanciel ces jours-ci ? Combien d’excuses bidon pour ne pas être levé à 8 heures du matin pour suivre un enseignement de Français ou de Maths convenable ? Combien de devoirs envoyés via Pronote — et corrigés dans les temps pour maintenir une pression raisonnable sur les « apprenants », comme vous dites ?

J’ai déjà expliqué que le Bac est mort, et que le Covid offre au ministre une admirable opportunité pour transformer en Certificat de fin d’études un examen qui se prétend encore premier grade universitaire. Mais une telle initiative vous ferait sursauter, n’est-ce pas, vous qui depuis deux ans faites de votre mieux pour saboter les épreuves d’un rituel qui ne signifie plus rien…

A lire aussi, du même auteur: Bac 2021 à deux vitesses: Philippe de Villiers est-il dans le vrai?

Allons-y, donnons le Bac à tout le monde ! Mais laissons les enseignants qui régissent Parcoursup recruter en fonction de leurs convictions pédagogiques — les vraies — et du niveau effectif des candidats.


Il faut maintenir autant que possible les dernières épreuves encore envisagées, écrites ou orales. De toute façon, les consignes de bienveillance sont telles que vos élèves, même les plus nuls, même les plus cossards, auront quand même le chiffon de papier qui leur permettra de s’inscrire et d’aller s’écraser en Fac. Dans ma région, deux Inspecteurs Pédagogiques Régionaux, Florentina Gherman et Alain Guerpillon, viennent d’adresser aux enseignants de Lettres une « Charte des examinateurs » qui « a pour but d’édicter des critères communs d’évaluation pour garantir aux candidats la plus grande équité possible » : « Afin de garantir un cadre commun et de réduire le plus possible les écarts anormaux de notation, les examinateurs sont tenus de respecter la moyenne académique avec un écart inférieur toléré d’un point au plus, sauf situation spécifique (faible nombre de copies corrigées, importance des copies blanches ou à peine rédigées par exemple) ; ces cas de figure seront rapportés aux professeurs-relais qui nous les signaleront. Cette moyenne académique est calculée exclusivement à partir des notes mises par l’ensemble des examinateurs de l’Académie, et elle n’est en aucun cas fixée arbitrairement par le corps d’inspection ou les services du Rectorat. Seule la commission d’harmonisation qui est réunie à l’issue de l’ensemble des épreuves peut décider des notes à arrêter, lesquelles seront ajustées en fonction des moyennes académiques. »

« Tenus de respecter la moyenne académique avec un écart inférieur toléré d’un point au plus… » Un minimum social, prélude à la discrimination positive que l’on voudrait mettre en place. Elle est pas belle, la vie des futurs bacheliers ? Et à la marge, si jamais les cancres n’étaient pas dans les 98% d’admis, les experts du chichon, encouragés par une récente décision de justice, plaideront leur irresponsabilité et demanderont la compréhension des jurys — puisqu’après tout, par avance, ils ont celle de l’institution (le ministre est-il vraiment au courant de cette tambouille mitonnée dans les Inspections générales ?) et celle des syndicats.

C'est le français qu'on assassine

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« Quand on est française, on ne porte pas un hijab »

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Lydia Guirous © Hannah Assouline.

Entretien avec Lydia Guirous, qui publie Assimilation, en finir avec ce tabou français (Editions de l’Observatoire, 2021). Le retour dans le débat de la notion clivante d’assimilation est-il un phénomène de mode ou peut-on envisager des traductions dans le réel?


Née en Kabylie, arrivée à l’âge de six ans à Roubaix et d’origine modeste, Lydia Guirous a un parcours politique singulier. Après avoir évolué dans sa jeunesse dans les milieux associatifs, où elle détonne, voilà presque dix ans qu’elle est en politique, à droite. Son nouvel essai, Assimilation, en finir avec ce tabou français, disponible en librairies, aborde une question très présente dans le débat français actuel. Question sur laquelle ses positions courageuses sont connues depuis longtemps. Elle les y précise. 

La France s’est gravement fourvoyée en misant sur la simple intégration des immigrés. La France a délaissé l’assimilation, pourtant indispensable à notre bonne cohésion républicaine, d’autant que les flux migratoires vers le pays sont monstrueux. Attachée à l’identité française, Lydia Guirous constate que la France n’est plus un “eldorado économique” mais demeure un “eldorado social”. Selon elle, la doctrine de l’intégration, c’est en réalité “un laxisme (…), un je-m’en-foutisme sans vision à long terme”. Elle dénonce: “quand des sociologues, des journalistes ou des universitaires donnent du crédit aux thèses indigénistes, ils jouent aux pyromanes”. Alors que la tragédie est déjà là : “une partie des adultes de demain croient en la charia plus qu’en la République” ! Lydia Guirous estime que la France doit faire un “reboot” de son logiciel d’intégration. Nous lui avons demandé comment. Entretien.

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Causeur. Quelles analyses vous inspire le parcours de Jamel G, l’attaquant de Rambouillet, tel que nous l’a décrit la presse?

Lydia Guirous. Le terroriste Jamal G qui a tué à coups de couteau cette mère de famille de 49 ans, fonctionnaire qui travaillait au commissariat de Rambouillet, démontre à quel point il y a des trous dans la raquette des régularisations. Le parcours de Jamal G met en lumière toutes les faiblesses et incohérences de notre politique migratoire. 

Dès octobre 2020 il y a sur son profil Facebook des messages haineux, des textes religieux radicaux. Il partageait les messages des officines de l’islam politique, de leurs collabos qui parlent d’islamophobie d’État et, on y retrouvait aussi leurs apôtres Jean-Luc Melenchon, Edwy Plenel, Tariq Ramadan… Cela ne l’a pas empêché d’être régularisé le 28 décembre 2020 pour passer à l’acte quatre mois plus tard. Ainsi, en situation irrégulière pendant dix ans, il a été récompensé par la régularisation de sa situation, car il justifiait d’un CDI de livreur. La fin du délit de séjour illégal est une invitation au séjour irrégulier et un message de faiblesse. Il est suicidaire de régulariser des personnes qui haïssent la France, un rapide tour sur son Facebook prouvait sa haine viscérale de notre pays et de notre société.

La gauche intellectuelle parisienne essaye de se dédouaner aujourd’hui de sa responsabilité… mais elle est peu crédible. Son obsession des minorités et sa recherche permanente de nouveaux prolétaires pour sa petite révolte rose pâle nous a menés dans le mur!

Je plaide pour que l’assimilation soit exigée avec rigueur et autorité, car c’est la seule solution pour éviter la désintégration et la déflagration culturelle qui couve. Je rappelle que c’est la loi. Les articles 21 et 24 du code civil disent clairement que l’assimilation est une obligation pour être naturalisé. Elle doit aussi l’être pour être régularisé. La France n’est ni une page blanche, ni un paillasson. Il faut la respecter et elle doit se faire respecter. Défendre l’identité de la France, c’est vouloir la France debout. Nous n’avons pas à rougir, ni à nous excuser car de belles valeurs émancipatrices fondent l’ADN politique de notre pays et de notre République.

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Ceux que vous qualifiez de « Français par hasard » dans votre livre recouvrent-ils parfaitement la notion de « Français de papier » utilisée péjorativement à la droite de la droite ? Classeriez-vous la femme voilée qui a interpellé Emmanuel Macron à Montpellier parmi ces Français de hasard ?

Oui ce sont généralement les mêmes, mais mon appellation permet de ne pas restreindre le débat sur la nationalité et sur l’éternelle dichotomie droit du sang/droit du sol. Ce que je veux exprimer est simple: on ne devient pas uniquement français par le droit et les fluctuations législatives mais par l’acquisition d’un patrimoine culturel et la naissance d’un sentiment patriotique réel. Quant à votre seconde question, c’est une évidence : cette femme en hijab est une Française par hasard, qui a l’intention de vivre en France sans reconnaître le creuset républicain et l’unité de la nation française. Elle est le fruit de politiques d’intégration ratées depuis des décennies, où l’on a fermé les yeux sur les îlots communautaristes qui grandissaient devant nous. Pour être plus claire, quand on est française, on ne porte pas un hijab comme au fin fond de l’Arabie-Saoudite ou autres charmantes démocraties en pointe sur l’égalité homme-femme! Ce n’est pas raciste que de dire cela et il ne faut pas avoir peur de le dire. Ce qui est raciste, c’est de ne pas vouloir se mélanger avec les autres et préférer vivre à côté des autres. Subtilement, et l’on reconnait bien la patte de l’islam politique derrière ses paroles, la femme de Montpellier essaye de nous culpabiliser en nous disant que ces enfants ne voient pas assez de « Pierre »… Mais nul peut se prévaloir de sa propre turpitude. Si elle veut voir des Pierre, qu’elle retire son voile ainsi que ses amis et arrête de vouloir imposer sa culture et sa religion dans l’espace public.

Les Français réalisent que le multiculturalisme, sympathique de prime abord, recèle quelques poisons. Le retour dans le débat politique ou intellectuel de la notion d’assimilation, clivante, est-il un phénomène de mode ou peut-on envisager des traductions rapides dans le monde réel ?

Je crois que l’on a touché les limites du laxisme des politiques d’intégration à la sauce mitterrandienne des belles années de SOS racisme où le mot d’ordre était : faites ce que vous voulez dans notre pays, mais votez pour nous car vous êtes les nouveaux prolétaires de notre révolte rose ! Les gens sont fatigués de cette dénaturation de la France, de son histoire et de ses valeurs. Une grande lassitude et une sensation forte de déclassement social et culturel se trouve aujourd’hui dans l’opinion publique. À l’exception d’une élite pseudo-intellectuelle de gauche, les Français sont aujourd’hui prêts à revenir à une logique d’assimilation stricte concernant les immigrés. Le premier signal fort que l’on pourrait envoyer à l’islam politique est l’interdiction du voile dans l’espace public. Si l’on a ce courage, alors on sera respecté… même par nos ennemis. 

Interdire le voile dans l’espace public, voilà une proposition que seul le RN proposait jusqu’à présent ! Deux autres propositions phares dans votre essai : déclarer les Frères musulmans comme organisation terroriste, et revenir sur un droit du sol trop généreux. Avec qui pouvez-vous entendre pour porter et appliquer ces propositions en cas de retour de LR aux responsabilités nationales ?

Concernant le voile, c’est une proposition que je porte depuis longtemps, elle a commencé à mûrir dans les esprits et pas uniquement au RN mais chez de nombreux dirigeants de droite. Par ailleurs ce n’est pas une proposition, mais la réponse spontanée, la plus rationnelle et la plus visible aux agressions et au prosélytisme incessant de l’islam politique en France. C’est le signal fort qu’il faut envoyer aux islamistes qui ne respectent que la force et ne comprennent que les rapports de force. Quant à déclarer les Frères musulmans comme organisation terroriste et donc dissoudre l’UOIF (renommé « Musulmans de France »), c’est également une mesure de bon sens partagée par de nombreux spécialistes et de nombreux pays, comme l’Angleterre et l’Égypte par exemple. Je soutiendrai toujours, dans la droite ligne de mon engagement intellectuel, celui qui osera combattre de front l’islam politique et défendre les valeurs de la République française et notamment l’égalité homme-femme par l’interdiction du voile, au moins en entreprise, lors du temps scolaire et à l’Université… À gauche, comme à droite, je peux vous dire qu’ils ne seront pas nombreux!

Vous dites que les belles années de SOS Racisme sont loin, que nous sommes à la fin d’un long processus initié par Mitterrand. Dans votre livre, vous postulez que nos ennuis actuels liés à l’islamisme ne commencent pas vraiment avec l’affaire du voile de Creil – ce qu’on dit le plus souvent – mais avec la sympathique marche des Beurs. En quoi était-elle problématique selon vous ?

Quand je parle des belles années de SOS racisme, c’est ironique bien sûr comme vous l’avez sûrement compris. Elles sont la période où tous les maux actuels liés à l’immigration sont apparus: logique communautariste, discrimination positive et nivellement par le bas, relativisme culturel et perte du sentiment patriotique, naissance d’un racisme anti-blanc, révision de l’histoire et exacerbation d’un sentiment de culpabilité post coloniale… je dirais même que ces années de relativisme et de culte des minorités portaient les germes des mouvements intersectionnalistes et racialistes actuels. La gauche intellectuelle parisienne essaye de se dédouaner aujourd’hui de sa responsabilité… mais elle est peu crédible, car c’est bien son obsession des minorités et sa recherche permanente de nouveaux prolétaires pour sa petite révolte rose pâle qui nous a menés dans le mur!

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Quant à la marche des beurs (dite « marche pour l’égalité » initialement), ce n’est pas elle que je cible, mais sa dénaturation politique par la gauche. En soi, c’était une marche noble contre le racisme, puis Mitterrand en a fait la marche des minorités… relayant les maghrébins au rang d’éternels citoyens de seconde zone. Rôle dans lequel nombreux d’entre eux se complaisent par facilité. Les droits plus que les devoirs: c’est tellement simple! C’est cela que je dénonce en pointant les années SOS racisme et la marche des beurs. Mitterrand a légitimé la logique communautariste en France.

Depuis son discours aux Mureaux, vous êtes plutôt indulgente vis-à-vis de notre actuel président. Concernant la loi séparatisme, vous dites que le rôle de chaque citoyen est de soutenir le gouvernement. Je suis désolé, mais pour beaucoup cela ne va pas être possible… Emmanuel Macron est-il finalement au clair avec l’idée d’assimilation ?

Un citoyen rationnel doit soutenir tout ce qui protège la République et ses valeurs, et je pense que la loi sur le séparatisme va dans le bon sens en matière de combat contre l’islamisme… même si elle ne va pas assez loin sur le voile des petites filles ou les mères accompagnatrices voilées par exemple. Disons que je lui laisse le bénéfice du doute et que les intentions me semblent bonnes.

Le président Emmanuel Macron aux Mureaux le 2 octobre 2020 © Ludovic Marin/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22499019_000005

Quant à la position du président Macron sur l’assimilation, effectivement il y semble opposé ou en tout cas pas encore converti. Souhaitons qu’il évolue dans le bon sens pour défendre la France et combattre efficacement le prosélytisme de l’islam politique. Seule l’assimilation permet de lutter réellement contre la partition violente qui vient, surtout chez les plus jeunes qui rejettent de plus en plus les lois de la République pour préférer celles de la charia. Il faut retrouver une autorité, une fermeté, une fierté française et une École digne de celle des hussards noirs dont l’objectif est de fabriquer des Français de cœur et des républicains. Aujourd’hui nous en sommes loin. Mais le redressement de notre pays est encore possible. 

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L’aristocratie victimaire

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Parc Des Princes, 28 avril 2021 © Dave Winter/BPI/Shutterstock/SIPA Shutterstock40846835_000026

L’ancienne aristocratie croyait en l’hérédité de la valeur. Sa déclinaison moderne croit en l’hérédité de la souffrance...


Il est bon parfois de se replonger dans les œuvres du passé, pour mesurer la profondeur des abîmes dans lesquels l’époque en vient régulièrement à se précipiter. Telle est, en tout cas, devant la fièvre victimaire dont l’époque est saisie, la pensée qu’a suscité chez moi la lecture ou relecture des stoïciens impériaux.

Au 1er siècle de notre ère, Sénèque écrivait ainsi – et l’on est comme saisi de vertige devant l’impossibilité moderne de concevoir les choses pareillement, devant cette prose quasi extraterrestre – : « il faut bien comprendre à présent que l’on peut commettre une injustice à mon égard sans que pour autant je la subisse« . On peine à se convaincre de la réalité d’une telle phrase, tant le sentiment d’étrangeté qu’elle provoque en nous est fort, et persiste avec les relectures. Pourtant, en poursuivant sa découverte des textes, on s’assure bien qu’il ne s’agit pas d’une coquille ; car on trouve, dans le manuel d’Épictète par exemple, d’autres formulations qui nous font l’effet d’être tout aussi abracadabrantesques, et notamment ce propos rapporté de Socrate, qui nous laisse littéralement scié : « Anytos et Mélétos peuvent me tuer, mais non me nuire. » A ce stade, il est généralement nécessaire d’aller s’allonger quelques minutes, le temps de digérer la leçon…

Il faut bien comprendre à présent que je peux subir une injustice sans que pour autant on en ait commise à mon égard…

Le victimocratisme contemporain est l’exacte inversion de la perspective stoïcienne, comme son image par un miroir ; c’est pourquoi, quand on a toujours baigné dans son substrat, on ne peut guère réagir, à la découverte des thèses antiques, que sur les modes de l’incrédulité, et de l’abasourdissement. On a le sentiment d’avoir été soudainement branché sur une autre dimension ; comme si, vivantes antennes, nous captions tout d’un coup des fréquences venues d’ailleurs.

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L’incompatibilité principielle de ces deux philosophies, l’exposé de la profession de foi victimaire l’illustre on ne peut mieux ; car elle tient dans le renversement pur et simple de la proposition sénéquienne. « Il faut bien comprendre à présent que je peux subir une injustice sans que pour autant on en ait commise à mon égard » : cette déclaration mériterait d’ouvrir le manifeste de bien des officines modernes spécialisées dans la chasse aux inéquités…

Le statut de victime découplé de l’expérience personnelle d’un tort

Si la symétrie des formes souligne ainsi la béance séparant les imaginaires dans lesquels les Anciens évoluaient, et ceux dans lesquels nous nous mouvons, ce n’est pas pour sa seule qualité à illustrer cet éloignement des continents mentaux antiques et modernes que j’ai retenu cette phrase. C’est aussi, et avant tout, pour la retranscription exemplaire qu’elle fournit de l’état d’esprit victimaire – savoir, la déconnexion consommée entre le statut de victime, et l’expérience personnelle d’un tort -.

Car tel, en effet, est l’innovation moderne : l’état de victime, situation alors conçue comme conjoncturelle et réversible, dont Sénèque entendait nier jusqu’à la possibilité pour en émanciper les hommes, se voit au contraire pérennisé à vie par notre époque, et élevé au rang de qualité inaliénablement attachée à un individu. Autrement dit, ce qui n’était auparavant pensable que sur un mode transitoire, se voit désormais institutionnalisé pour acquérir le caractère d’une permanence.

De l’hérédité de la valeur à l’hérédité de la souffrance

C’est l’acte de naissance d’une aristocratie victimaire, au sens, non d’un gouvernement des meilleurs – aristos –, mais de l’hérédité des places. Il flotte sur notre modernité comme un parfum d’Ancien Régime, la distinction en moins : on se réclame d’une ascendance souffrante à la manière dont, dans une société d’ordres, on comptabilise les quartiers de noblesse de ses ancêtres. L’étendard de victime a désormais remplacé le drapeau blanc d’Henri IV.

« Victime » a ainsi cessé d’être un état dans lequel on tombe, pour devenir un titre de noblesse, obtenu à la naissance, et conservé jusqu’au tombeau, ouvrant droit à des égards, et attachant des privilèges, qu’on transmettra – si possible – à ses enfants. L’ancienne aristocratie croyait en l’hérédité de la valeur ; sa déclinaison moderne croit en l’hérédité de la souffrance. On brandit désormais le malheur de ses ancêtres comme on brandissait autrefois leurs hauts faits…

Le hochet victimaire est un joujou dont personne ne saurait être privé

Il ne faudrait cependant pas croire que l’ascendance directe soit le seul mode d’accession aux dignités victimaires : comme toute aristocratie installée mais point idiote, elle se contente de réserver pour elle-même les plus juteuses sinécures, sans se fermer absolument aux parvenus de grand talent. Davantage même : consciente que ses velléités prévaricatrices risqueraient de lui aliéner une trop forte partie de la population, elle cherche constamment à élargir sa base pour intéresser un maximum de partisans à la survie de son système.

C’est le sens de ces grandes braderies mémorielles que l’homme moderne a appris à aimer : on fouille parmi les nippes de l’Histoire jusqu’à exhumer quelque groupe souffrant dont on avait jusque-là sous-estimé la millénaire oppression ; et on en fait le nouveau produit d’appel de la foire. Évidemment, pareilles têtes d’affiches ne sont pas faciles à renouveler sur une base annuelle, le consommateur se lasse ; mais c’est l’habilité du marketing – dont on ne dira jamais assez qu’il est le vrai génie de l’époque -, que de suppléer à un désir en berne, et d’en faire naître d’inédits. Chaque participant à la fête doit ainsi repartir avec l’envie, chevillée au corps, de recevoir lui aussi un jour son hochet victimaire pour le consoler des misères que l’Histoire lui a faites.

Les Aventuriers de la larme perdue

Mais le libéralisme intéressé avec lequel l’aristocratie en place a accueilli de nouvelles familles de rentiers mémoriels met désormais en péril sa propre position ; un destin à la John Sutter la menace. Chacun, en effet, pouvant constater la prospérité amenée par cette activité, entend pratiquer à son tour l’archéologie de l’injustice ; c’est une nouvelle ruée vers l’or qui commence. Le passé prend chaque jour davantage des allures de Californie alternative, vers laquelle les prospecteurs victimaires s’élancent à la recherche des filons qui assureront leurs fortunes.

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L’ancienne conditionnalité de la manne à l’expérience personnelle d’un tort limitait drastiquement les ambitions ; avec sa suppression, les carrières s’ouvrent en grand à tous les explorateurs de la mémoire. Chaque souffrance est désormais comme un trésor perdu attendant sa redécouverte ; et il faut imaginer de nouveaux Indiana Jones, armés non plus de fouets, mais de mouchoirs. Car qu’on ne s’y trompe pas : l’arche d’alliance est démodée ; c’est la vallée des larmes qui fait figure d’Eldorado.

Architecture d’une Bourse d’échange des titres victimaires

Marx nous avait avertis des velléités spatialement et socialement expansives du capital, cherchant à inféoder l’ensemble de la pratique sociale à sa logique, et même à la totaliser ; le traitement de la question historique et mémorielle lui donne raison. On pouvait jusqu’ici spéculer sur le futur ; on peut désormais agioter sur le passé. « Hier » aura bientôt ses produits dérivés. Un véritable système boursier se met en place, dans lequel chaque signature victimaire est cotée à la manière des actions d’une entreprise.

Les parlements, nationaux et supranationaux, en forment les places de marché : c’est en leur sein que la valeur des souffrances catégorielles s’apprécie ou se déprécie, suivant un cours indexé sur le degré de reconnaissance législative dont chacune est entourée, les politiques de quotas dont leurs communautés ressortissantes bénéficient, et leurs dynamiques à la hausse ou à la baisse.

Intelligentsia et médias, quant à eux, jouent le rôle d’agences de notation, évaluant le degré de solvabilité des obligations émises, et, par-là, la qualité et la robustesse de chaque signature victimaire ; leur appréciation est suivie anxieusement, aussi bien par les places boursières que par les entreprises elles-mêmes.

Enfin, les tribunaux – et les cours d’ultime ressort tout particulièrement – occupent la fonction d’autorités de régulation, assurant la tutelle des marchés financiers ; à ce titre, elles n’hésitent pas à remédier elles-mêmes à ce qu’elles identifient comme des défaillances et des distorsions parlementaires dans le sain jeu de la compétition victimaire.

Une leçon de machiavélisme

C’est dans ce cadre concurrentiel au darwinisme accru que s’inscrit l’offensive idéologique et politique de grande ampleur lancée par les militants décoloniaux cet été : alors que la libéralisation absolue du secteur vient à peine d’être décidée, il s’agit pour eux d’installer durablement leurs causes mémorielles à la tête des capitalisations victimaires, pour traverser sans heurts la phase de bouillonnement boursier qui débute.

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C’est que ceux-ci, en effet, sont pleinement conscients de ce fait simple : la conservation du leadership mémoriel est l’affaire d’une propagande continuelle ; elle requiert un engagement politique permanent. En la matière, n’occuper pas le terrain, c’est en céder. Or, la multiplication des écuries victimaires va le raréfier d’autant ; il faut donc durcir la ligne idéologique, radicaliser le mouvement et les actions, pour laisser aux autres – aux tièdes -, l’infortune de finir ruinés.

De Maistre rapportait, citant la correspondance de Grimm : « Tous les grands hommes ont été intolérants, et il faut l’être. Si l’on rencontre sur son chemin un prince débonnaire, il faut lui prêcher la tolérance, afin qu’il donne dans le piège, et que le parti écrasé ait le temps de se relever par la tolérance qu’on lui accorde, et d’écraser son adversaire à son tour. Ainsi le sermon de Voltaire, qui rabâche sur la tolérance, est un sermon fait aux sots ou aux gens dupes, ou à des gens qui n’ont aucun intérêt à la chose. » L’intolérance, avantage évolutif dans la lutte des idées : cette analyse machiavélienne n’a pas été perdue pour tout le monde…

Didier Lemaire: qui a tué Samuel Paty ?

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Douze personnes sont pénalement comptables de l’exécution de Samuel Paty, de l’assassin à la collégienne affabulatrice et son père le diffamateur. Mais ses collègues, sa hiérarchie, des décennies de politiques clientélistes – et finalement nous tous qui refusons d’être ce que nous sommes – en partagent la responsabilité morale.


On connaît l’assassin. Abdoullakh Anzorov. 18 ans, citoyen russe d’origine tchétchène. Arrivé en France à 6 ans, bénéficiant du statut de réfugié. Un jeune homme, comme il en existe tant d’autres, qui pratique l’islam de façon obsessionnelle. Il s’en prend aux juifs, aux athées, condamne la danse, Netflix et même le Caprice des Dieux qu’il juge « impur », car « polythéiste ». Scolarisé dans un lycée professionnel, il parsème son agenda de symboles religieux et de « Allah Akbar ». Il ne parle pas aux filles qu’il appelle « les femelles ». Exclu à la suite d’une violente bagarre, il travaille dans le bâtiment. Le 25 septembre 2020, il se met en chasse de personnes qu’il pourrait exécuter, puis prend contact avec deux djihadistes en Syrie. Après son passage à l’acte, le 16 octobre, il adresse au chef de l’État ce défi : « J’ai exécuté un de tes chiens de l’enfer qui a osé rabaisser Muhammad. »

On connaît également les présumés complices. Tous mis en examen pour « complicité d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste ». Ceux qui, par assistance, ont participé à l’exécution de Samuel Paty : trois proches qui l’ont accompagné pour l’achat d’une arme et l’ont transporté. Ceux qui, par incitation, ont désigné au bourreau sa victime. La jeune fabulatrice Z. Chnina qui accuse son professeur d’avoir « stigmatisé les musulmans ». Son père Brahim Chnina qui publie plusieurs vidéos dénonçant « l’islamophobie » de l’enseignant (il porte plainte pour « diffusion d’image pornographique »). Abdelhakim Sefrioui, l’activiste islamiste fiché S pour « radicalisation à caractère terroriste », connu depuis 2004 pour ses positions antisémites et ses accointances avec les négationnistes d’extrême droite. C’est lui qui lance sur les réseaux sociaux la campagne calomnieuse contre Samuel Paty. Enfin, cinq collégiens, âgés de 14 et 15 ans, qui désignent au tueur l’enseignant en échange d’argent. L’un d’eux explique, lors de son audition à la PJ : « Je trouvais ça bizarre qu’un mec paye 300 euros juste pour des excuses. Avec les copains on s’est imaginé des trucs, qu’il allait le tuer ou le kidnapper. Mais je le trouvais pas menaçant. »

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Sur un plan strictement juridique, il y aurait donc 12 responsables : le tueur et ses 11 complices. On aimerait s’arrêter sur les motivations névrotiques de la famille Chnina : la jalousie de Z. envers sa sœur jumelle, le goût familial prononcé pour la fabulation. On est glacé par l’absence de remords de la fillette. Après avoir fini par admettre ses mensonges, celle-ci déclare : « Si je n’avais pas dit ça à mon père, il n’y aurait pas eu tout ça et ça n’aurait pas pris cette ampleur. » De quelle « ampleur » parle-t-elle ? On est aussi troublé par la duplicité de nombreux collégiens. D’après des personnes bien informées, ils sont encore beaucoup en décembre à posséder sur leur téléphone une capture d’écran de la vidéo de la tête décapitée du professeur. Et que penser de ces collégiennes qui revêtent le djilbeb le week-end et s’habillent normalement la semaine pour ne pas attirer l’attention, la consigne de leurs parents étant de faire profil bas ? Et puis, quelle est la part de responsabilité de tous ceux – collègues, personnels administratifs, responsables syndicaux, responsables de l’Éducation nationale – qui n’ont ni soutenu ni protégé le professeur parce qu’ils croyaient que ces menaces n’étaient pas sérieuses ? On découvre que la FCPE, que Jean-Pierre Obin compte, à juste titre, parmi les organisations « entrées dans l’orbite islamo-gauchiste », aurait même « rappelé » au père qu’il pouvait porter plainte. Ces personnes ne savaient-elles donc pas, depuis la tuerie de Charlie Hebdo, qu’il suffit d’une prétendue agression verbale ou symbolique pour déclencher une tuerie ?

Hommage à Samuel Paty au lycée François-Magendie de Bordeaux, 2 novembre 2020 © Philippe LOPEZ / AFP

En effet, l’accusation d’islamophobie ou de blasphème ne sert pas seulement à faire taire toute critique de l’islam ou de comportements incompatibles avec nos lois comme nos mœurs. Elle est devenue une manière de désigner une cible. N’importe quel enseignant accusé publiquement d’islamophobie, qu’il enseigne à Trappes ou à Science-Po, sait ce qu’il risque. Car dans l’écosystème islamiste, il y aura toujours un Kouachi pour passer à l’acte.

Les conditions pour que cet assassinat ou plutôt cette exécution puisse être commise sont connues : une immigration non maîtrisée, une intégration manquée, un islam qui refuse les lois de la République, des territoires gagnés à la « communauté ». Mais ces conditions ne font pas des responsables. Et les responsables ne se limitent évidemment pas au tueur, à ses 11 complices ni aux poignées d’hommes et de femmes qui « ne savaient pas ».

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Alors qui donc a tué Samuel Paty ? La droite clientéliste qui achète des voix avec des subventions quand ça l’arrange, négocie avec des organisations criminelles fréristes, promet le karcher dans les cités, mais supprime 13 000 postes de policiers et casse la police de proximité ? La gauche, morte de ses lâchetés, qui a troqué l’universalisme pour le différentialisme depuis SOS Racisme relayant le discours victimaire qui fait croire chaque jour un peu plus aux « musulmans » que les Français sont leurs ennemis ? Ses alliés d’extrême gauche, islamo-gauchistes, indigénistes, devenus antisémites et racistes, qui réduisent les hommes à une appartenance tribale ? La République en Marche qui a fermé les yeux pendant quatre ans sur les progrès de l’islamisme et qui traite à coups de mesurettes le fléau qui menace notre pays ? L’extrême droite nationaliste qui ajoute encore un peu plus de bêtise et de haine dans une situation déjà périlleuse ? J’ai posé la question à un commissaire de police :

« Monsieur le commissaire de police, selon vous, qui a tué Samuel Paty ? »

Après quelques instants de réflexion, celui-ci m’a répondu :

« Le refus d’être qui nous sommes. »

Terrorisme: un projet de loi mal pensé de plus

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Gérald Darmanin et Eric Dupond-Moretti à l'issue du Conseil des ministres du 28 avril 2021, lors duquel un nouveau projet de loi relatif à la prévention d’actes de terrorisme et au renseignement a été présenté © Gonzalo Fuentes/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22562594_000003

Algorithme, suivi des radicalisés: le projet de loi «terrorisme et renseignement» présente des mesures insuffisantes


Quoi qu’on veuille nous faire croire, la sortie précipitée de ce projet apparaît comme un contre-feu de « com » après l’attentat de Rambouillet, point d’orgue d’une semaine calamiteuse où Macron qui voulait nous jouer « plus sécuritaire que moi, tu meurs », a, en fait, reçu en pleine face le choc de la dure réalité réduisant à néant son prétendu combat «  pour une vie paisible », annoncé à Montpellier devant les policiers et qui se heurtait «  en même temps » et presque au même endroit à une fusillade où un homme était criblé de balles…

Ce énième texte sur le terrorisme, qui s’ajoute à une vingtaine d’autres lors des vingt-cinq dernières années, montre bien à quel point les pouvoirs publics pratiquent la politique au fil de l’eau, réagissant au coup par coup, pour essayer de donner l’illusion qu’ils peuvent encore maîtriser un phénomène qui les dépasse depuis longtemps. Ce zapping législatif, qui discrédite la loi et le législateur, est le signe même de l’absence, là comme ailleurs, d’une vision stratégique d’ensemble.

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Le crime de Rambouillet est exemplaire à cet égard : pendant qu’on prétend lutter contre le terrorisme islamique, on laisse des frontières-passoires et la France être un sanctuaire pour des irréguliers qu’on finit toujours par régulariser parmi lesquels prolifèrent les potentiels soutiens et acteurs du même terrorisme ! Bien sûr, on ne fera pas la fine bouche devant quelques mesures destinées à renforcer l’efficacité des services de police dans la détection ou le suivi des terroristes, mais la grande réforme que j’appelle de mes vœux depuis 2015 n’est toujours pas à l’ordre du jour.

La succession de textes en la matière signe surtout l’incapacité et l’irresponsabilité du gouvernement qui n’ose jamais aller jusqu’au bout. Quand j’appelais en novembre 2015 à une vaste et indispensable réorganisation de la justice antiterroriste, le président Hollande ne fit rien et le président Macron ne reprit qu’une partie de mon projet avec la seule création du parquet national antiterroriste.

Les dispositions du nouveau texte ? La technique de l’algorithme ? [La technique de l’algorithme, qui serait étendue par la nouvelle loi, permet le traitement automatisé des données de connexion pour détecter les menaces sur internet NDLR]

D’abord un paradoxe : alors que Dupond-Moretti protège plus que jamais ses confrères avocats, en allant jusqu’à rendre impossible de consulter de simples fadettes, l’ensemble de la population, elle, va être soumise à d’obscurs et secrets systèmes autorisés à fouiller les communications…  On peut craindre des dévoiements politiques : quand on voit que le gouvernement s’en est pris à une organisation comme Génération identitaire, qui n’a jamais été condamnée, alors que de puissantes organisations islamiques radicales, notamment liées à la Turquie, ont pignon sur rue et peuvent, en toute impunité, semer la haine antifrançaise, on est en droit d’être méfiant et de s’interroger sur ses véritables cibles !… 

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Le suivi des radicalisés libérés de prison ? On présente comme un formidable progrès le fait de passer d’un an à… deux ans ! On se moque du monde. Et encore faudra-t-il que le Conseil Constitutionnel ne vienne pas décider que c’est encore trop, ou que la mesure ne puisse être rétroactive, d’où une application réelle dans plusieurs années. Il en sera de même pour les « visites domiciliaires » et la création de « périmètres de sécurité ». De fait, entre le Conseil Constitutionnel et les juridictions européennes, notre pays est corseté, bridé dans ses moyens d’action. Tant qu’il n’aura pas retrouvé sa souveraineté juridique, il sera condamné aux demi-mesures, corollaire également d’une demi-volonté politique.

Le fond du problème, c’est la crédibilité de celui qui mène cette guerre contre le terrorisme. A cet égard, Emmanuel Macron se disqualifie de jour en jour, avec ses discours contradictoires, avec à ses côtés, un ministre de la Justice dont le personnage et l’image sont un démenti permanent aux postures de fermeté face au crime. Comment l’avocat, ô combien agressif et acharné, du frère d’un terroriste pourrait-il gagner cette guerre… ?

N’en déplaise au mouvement Black Lives matter, George Floyd avait été interpellé par une équipe pluri-ethnique

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De gauche à droite : Derek Chauvin, J. Alexander Kueng, Thomas Lane et Tou Thao, photos d'archives fournies par le comté de Hennepin, Minnesota, combinaison du 3 juin 2020 © /AP/SIPA Numéro de reportage : AP22505466_000001

Les torrents de haine visant le policier américain Derek Chauvin occultent une vérité qui n’est peut-être pas bonne à dire: l’homme jugé coupable de la mort de George Floyd dirigeait une équipe tout ce qu’il y a de plus «diverse».


Après leur incarcération, les trois collègues-policiers de Derek Chauvin attendent leur procès en liberté et sous caution. La justice de l’État du Minnesota devra établir s’ils portent une part de responsabilité dans le décès de M. Floyd après son arrestation musclée, il y a presqu’un an, par la patrouille de M. Chauvin.

Le 20 avril, un jury de Minneapolis le jugea coupable d’assassinat. Chauvin risque d’être condamné à une peine de quarante ans de prison. Le Parquet accuse ses trois assistants de ne pas s’être opposés à leur supérieur hiérarchique lorsque celui-ci posa un genou sur la nuque de M. Floyd pendant un peu plus de neuf minutes, malgré les suppliques de ce géant noir. Ils auraient ainsi, par leur silence, contribué à la lente asphyxie de M. Floyd, filmée par les portables de quelques badauds, images d’une cruauté insoutenable qui firent le tour du monde.

Il n’y a pas que le New York Times dans la vie !

Des commentateurs américains et européens ne tardèrent pas à expliquer que le manque d’action du trio visiblement dépassé par les événements témoignait de la culture raciste dont serait imprégnée la police américaine en général et le corps du Minnesota en particulier. Mais rien dans leur passé, ni dans celui de M. Chauvin d’ailleurs, ne permet de telles conclusions. Certains accusés avaient même fait preuve de sympathie envers les minorités ethniques, auxquelles appartiennent deux d’entre eux.

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C’est ce qui ressort de la lecture de la presse de Minneapolis et de l’État du Minnesota, notamment les journaux Star Tribune et Pioneer Press. Là où les grands journaux nationaux, tels les très politiquement corrects New York Times et Washington Post, voient du racisme « systémique » partout, les humbles médias régionaux assurent une couverture bien plus nuancée et intéressante. Le New York Times a d’ailleurs vu dans le drame de George Floyd une bonne raison d’écrire désormais lui aussi l’adjectif « Black » (noir) avec une majuscule s’agissant de personnes ou de leur culture, honneur que les whites (blancs) attendent encore. Cela donne des phrases à l’orthographe absurde comme : « A white police officer shot a Black girl ». Vous avez dit discrimination linguistique anti-blanche ?

Thomas Lane, pas franchement un trumpiste

Dès que le jury eut déclaré M. Chauvin (44 ans) coupable, les plus hautes instances politiques et juridiques régionales ont annoncé une révision de fond en comble du fonctionnement de la police municipale de Minneapolis. Avertissement lourd de menaces d’une épuration en bonne et due forme. Mais gageons que l’équipe de M. Chauvin pourrait facilement gagner un hypothétique concours de diversité policière, avec la mention « excellente ».

Car le quatuor tant décrié était composé de deux Blancs et de deux hommes à la peau foncée. L’agent Tou Thao (35 ans) est le fils d’immigrés du Laos. L’agent Alexander Kueng serait, selon certains médias, le fils d’une mère blanche américaine et d’un père africain qui se volatilisa plutôt que de prendre ses responsabilités paternelles, tout comme le géniteur kenyan de Barack Obama. L’ancien président fut élevé par sa mère blanche et ses grands-parents maternels. Président, M. Obama avait fustigé dans un discours très remarquée « l’absence » des pères noirs dont souffrirait la communauté tout entière.

Une autre version veut que l’agent Alexander Kueng (26 ans) fut adopté par sa mère à l’âge de quatre ans. Quoiqu’il en soit, il se considère, malgré sa peau plutôt claire, comme un « Africain américain » et partage l’idéal du mouvement Black Lives Matter d’une police en meilleurs termes avec la population noire. Celle-ci reproche cependant à M. Kueng de ne pas être allé à la rescousse de son « frère » George Floyd agonisant sous le genou de Derek Chauvin.

Avant son entrée dans la police, l’agent blanc Thomas Lane s’était porté volontaire pour aider des réfugiés somaliens à s’intégrer au Minnesota. Ce qui rappelle un discours à Minneapolis dans lequel l’ancien président Donald Trump fustigeait justement ces Somaliens pour leur incapacité ou manque de volonté de s’adapter, tout comme d’autres migrants de « shithole countries » africains et latino-américains. L’agent Lane serait-il un de ces « immigrationnistes » voués aux gémonies par les trumpistes ?

L’Amérique vit sous la menace permanente des émeutes raciales

L’avocat de M. Lane n’aura, lors du procès prévu fin août, pas de difficultés à balayer les accusations de racisme contre son client aux allures d’acteur de cinéma. Accusations dont ne se priveront pas les manifestants devant le palais de justice, eux qui, lors du procès de Derek Chauvin, avaient menacé de mettre Minneapolis à feu et à sang en cas de non-lieu, ce qui de leur part n’est pas une vaine menace.

Parmi les accusés, c’est surtout l’agent Alexander Kueng qui peut avec un peu de bonne volonté être qualifié de « woke ». Enfant, il lui manqua une fratrie. C’est la raison pour laquelle sa mère, professeur dans le secondaire, adopta pas moins de trois petits frères et sœurs noirs. Le journal Star Tribune brossa de lui un portrait dithyrambique, en louant son comportement comme jeune agent de sécurité dans le grand magasin Macy’s, où il appréhendait les voleurs avec calme et sans violence. Entre ses études payées grâce à son travail de vigile, Alexander Kueng trouva encore le temps pour du volontariat à Haïti et pour suivre un cours de langue russe. Citoyen modèle avec, pour couronner le tout, une fiancée d’origine laotienne. Difficile de faire plus divers.

Son chef Derek Chauvin n’a au fond lui non plus rien à se reprocher sur le terrain de la diversité. Il était en effet marié à une belle femme laotienne, Kelly, couronnée Mrs. Minnesota America en 2018. Preuve d’intégration et d’émancipation d’une femme qui, jeune fille, dut épouser le mari laotien que ses parents lui avaient choisi et dont elle divorça dès qu’elle put gagner sa vie comme infirmière. Kelly appartient au groupe ethnique Hmong, une minorité au Laos dont des membres prêtèrent main forte aux forces armées américaines pendant les guerres en Indochine du siècle dernier. Après les victoires des communistes, bon nombre de Hmong s’exilèrent aux États-Unis. Kelly Chauvin se sépara de Derek dès son arrestation pour la mort de George Floyd. Après son couronnement comme Mrs. Minnesota, elle l’avait encore, dans une interview au Pioneer Press, loué comme « a gentleman and a softie ».

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Seul l’agent Tou Thao, Hmong lui aussi, aurait dans sa carrière eu maille à partir avec des Noirs de Minneapolis, ce qui ne prouve pas qu’il y était pour quelque chose. Les tensions entre les communautés noire et asiatique sont notoires; la première jalouserait les succès économiques et sociales de la seconde. Pendant les émeutes de Los Angeles en 1992, après le passage à tabac du jeune Noir Rodney King par trois flics blancs et un latino, les magasins du quartier de Koreatown furent pillés avant d’être incendiés par des meutes déchaînées.

Retour au 25 mai de l’année dernière, quand la police de Minneapolis reçut un appel téléphonique d’un des propriétaires palestino-américains du magasin Cup Foods : un homme noir, visiblement sous l’influence d’alcool ou de drogues, mais non-violent, aurait acheté un paquet de cigarettes avec un faux billet de vingt dollars. Les agents Kueng et Lane, dans leur première semaine de policiers licenciés, arrivèrent rapidement sur les lieux. Ils échouèrent à faire entrer M. Floyd, qui se rebiffait, dans l’arrière de leur voiture. Ils firent donc appel à deux collègues plus expérimentés, MM. Chauvin et Thao. Quelques minutes plus tard, George Floyd, avec un casier judiciaire long comme son bras de géant, deviendrait le énième martyre des Noirs américains. Qu’il est loin le temps où cette population pouvait être fière d’icônes bien plus dignes.

Kundera: Ariane Chemin contre elle-même

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© CHOCHOLA/SIPA

Pourquoi je ne lirai pas À la recherche de Milan Kundera d’Ariane Chemin


Ariane Chemin a beaucoup de talent. Grand reporter dans le journal de référence français, Le Monde, elle a publié des livres sur des sujets politiques ou sociaux, elle connait, par son métier, beaucoup des gens qui comptent à Paris. Ses livres sont donc des évènements éditoriaux, ils sont lus.

Madame Chemin est une admiratrice de l’œuvre de Kundera. Elle publie aujourd’hui une enquête sur Kundera, À la recherche de Milan Kundera. Il y a donc de fortes chances, malheureusement, que ce livre rencontre un public nombreux et éclairé. Pourtant je vous demande de ne pas le lire. Je pense d’ailleurs que Madame Chemin, elle-même, souhaite sans doute – au fond d’elle-même- que personne n’ouvre son récit. Voici pourquoi.

Kundera avec Flaubert contre la lecture autobiographique

Dans Les Testaments trahis (et dans ses autres essais, L’art du roman, Le Rideau, Une Rencontre), Kundera a exprimé son rejet de la lecture autobiographique des romans. Pour Sainte-Beuve, nous explique le maître franco-tchèque, on trouve toujours, caché derrière la prose, des éléments autobiographiques. L’étude de l’œuvre se résumerait à celle de la vie de l’auteur. D’ailleurs, souvenez-vous : «Madame Bovary c’est moi», aurait dit Flaubert. En réalité, nous apprend Kundera, c’est une critique qui dit l’avoir entendu de quelqu’un qui l’aurait entendu de Flaubert : il n’y a presque aucune chance que l’auteur de  Madame Bovary  ait jamais prononcé cette phrase, puisque, pour Flaubert, au contraire, seule l’œuvre compte, toute lecture autobiographique est une hérésie.

Résumons.

Pour les tenants de l’école Sainte-Beuve, ce qui est important, c’est de savoir si Albert Cohen et sa femme Bella ont des toilettes séparées, comme Ariane et Solal dans Belle du seigneur. Leur critique littéraire rigoureuse les conduit également à soupçonner l’épouse de Roth au moment de l’écriture de Professeur de désir, une certaine Claire Bloom, d’avoir été, à l’image de la lumineuse mais peu voluptueuse Claire dans le roman, un mauvais coup au lit. Voilà ce qui est important pour eux. Kundera dénonce cette lecture à la Sainte-Beuve : plus proche du voyeurisme que de la critique, elle méconnait et nie l’art du roman.

Dans Les Testaments trahis, il donne d’ailleurs un conseil au romancier. Si un de vos personnages est inspiré d’une personne réelle, – son long nez, son rire, ses humeurs -, effacez les traces à la fin! Sinon, votre roman sera lu comme un roman à clé, les lecteurs chercheront uniquement à savoir « qui est qui ». Jamais ces centaines de pages que vous avez noircies ne seront lues pour ce qu’elles disent de spécifique, d’ambigu, d’original. (Roth n’a pas suivi le conseil de son ami Kundera en appelant Claire un des personnages de Professeur de désir, qui fut pourtant préfacé par Kundera ; il est vrai que «Professeur de désir» est antérieur de 16 ans aux Testaments trahis.)

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Lorsque le romancier a la chance d’être inconnu, par exemple pour son premier livre, tout cela n’a strictement aucune importance. La plupart des gens (tout le monde sauf ses proches) se fichent de sa vie. Sainte-Beuve peut donc aller se rhabiller. Mais si son roman marche, il risque de cesser progressivement d’être lu comme un roman. Il y a pire. Lorsqu’un écrivain devient vraiment célèbre, tout un pays le prend pour un proche. Tout un pays le lit à la Sainte-Beuve. Et c’est horrible. L’écrivain est fichu.

L’acte inouï de Milan Kundera

Milan Kundera, au début des années 80, était un romancier réputé, mais pas une « star ». La Plaisanterie, Risibles Amours, La vie est ailleurs, Le livre du rire et de l’oubli, La Valse aux adieux, autant de chefs d’œuvre qui avaient touché un public de connaisseurs, mais pas encore le grand public.

Puis, au début de 1984, L’Insoutenable légèreté de l’être sort. Du jour au lendemain, c’est l’emballement médiatique. Kundera est l’invité vedette de l’émission Apostrophes, la France tombe amoureuse. Tous les journalistes se jettent sur le sujet. (Aujourd’hui on dirait : le hashtag le plus populaire est #milankundera) Pour une raison inconnue, les journalistes sont une corporation qui est presque en totalité sainte-beuvienne. Seule la vie de l’auteur les intéresse. Leurs questions sont toujours les mêmes : « Quels sont vos points communs avec votre personnage ? », « Qu’est-ce qui est vrai, qu’est-ce qui est faux? », ou même Bernard Pivot, dans Apostrophes : « Vous écrivez dans L’Insoutenable légèreté que l’on vit soit sous le regard du public inconnu, soit sous de nombreux regards familiers, soit sous celui de l’être aimé, soit sous celui d’un être absent imaginaire, et vous M. Kundera,  sous quel regard vivez-vous? » Et Kundera, gêné, répond à côté.

Donc tous les journalistes français se mettent en chasse.

Avec qui couche Kundera? Est-il fidèle? Est-il partouzeur? Dort-il à gauche ou à droite du lit? Pour qui vote-t-il? Pendant ce temps, les paparazzi chassent, prennent tous les risques, prêts à photographier Kundera avec une femme qui ne serait pas la sienne, au premier étage du café de Flore, pour la couverture de Match, comme un vulgaire François Hollande. Le choc des photos, le poids du rien du tout. Kundera est harcelé. Interview après interview, il doit subir les mêmes questions stupides sur ses petites manies, «Vous dormez en pyjama M. Kundera?», au lieu de pouvoir parler de ses romans. Même lorsqu’on le laisse – un peu – parler de son art, on lui attribue des propos déformés, détournés, qu’il ne reconnait pas. Il doit démentir, corriger. Et puis on veut absolument l’interroger sur la politique, au risque, là encore, de le trahir, de lire son œuvre comme une « littérature engagée », ce qu’elle n’est pas du tout, lui qui profère qu’il n’y a pas de bon « roman engagé », lui qui va jusqu’à écrire que 1984 aurait dû être un essai, et a même desservi la nécessaire lutte contre le totalitarisme en la noyant dans un kitsch fabriqué de mauvais roman. Sans parler des questions qu’on lui pose sur « l’actualité », l’affaire du jour, lui qui considère la réaction au bruit médiatique quotidien comme une perte de temps, de la non pensée.

Bientôt, il comprend que son œuvre risque de disparaître derrière une personne imaginaire (« Milan Kundera »), que plus personne ne le lira sans se dire : « Le Thomas de l’Insoutenable Légèreté aime les cunnilingus, comme Kundera! », « Le personnage de Franz est inspiré de tel intellectuel de gauche français avec lequel Kundera règle ses comptes », « Sabina, qui pose nue en chapeau melon dans l’Insoutenable légèreté, je la connais, c’est une vendeuse de fringues rencontrée par Kundera rue Dufour». Plus personne ne lira ses romans comme des romans, plus personne ne s’intéressera aux problèmes existentiels de ses personnages. Alors Kundera accomplit un acte inouï, exceptionnel : du jour au lendemain, il renonce à la gloire.

Il renonce au plaisir narcissique d’avoir sa tête dans les journaux, de « passer à la TV ». Il renonce à la dose d’héroïne pure et gratuite qu’apporte la célébrité médiatique. Personne n’en est capable, normalement. C’est inhumain de renoncer à l’infini pouvoir de séduction de la célébrité.

Pourtant, fait unique, début 1985, à l’âge de 56 ans seulement, Kundera décide de ne plus parler à un journaliste et de ne plus jamais être pris en photo. Il ne se soumettra plus jamais au 11ème commandement de notre époque médiatique (qu’il a défini dans « L’Immortalité » en 1990) : « Tu répondras à la question du journaliste ». C’était il y a 36 ans. Depuis, il n’a jamais rechuté dans la drogue médiatique. 36 ans d’abstinence. C’est incroyable. Mais vrai. Il a effectivement disparu.

La biographie de l’œuvre, pas celle de l’auteur

Et devinez quoi? Son œuvre est lue à la Flaubert. Pour ce qu’elle est. Son œuvre a effacé sa personne. L’Immortalité, par exemple, un de ses plus grands chefs d’œuvre, n’a jamais connu la moindre lecture à la Sainte-Beuve. Bravo Monsieur Kundera, vous seul étiez capable de renoncer au plaisir de la célébrité médiatique. Vous êtes un héros. Sans doute le seul héros de notre époque.

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Oui si tout est insignifiant, autant aimer l’insignifiance, comme le dit un de vos personnages (1), autant en profiter au maximum, sur un chemin de côté, en ne perdant pas de temps avec le voyeurisme de la foule et la non pensée du jour.

Vous avez montré le chemin. Vous avez ouvert une nouvelle voie. Bien entendu chez les artistes, personne, strictement personne (2), ne vous a suivi sur ce chemin de vérité.

Et aujourd’hui une de vos lectrices attentives, Ariane Chemin, refuse votre leçon ; elle enquête sur vous au lieu de relire encore et toujours vos romans, vos essais.

Votre solitude totale n’est que la validation de votre geste sacrificiel, ironie kunderienne suprême.

Donc je ne lirai pas l’enquête d’Ariane Chemin

Alors je ne lirai pas À la recherche de Milan Kundera car je ne veux pas devoir écrire bientôt : « L’œuvre de Milan Kundera ÉTAIT lue pour ce qu’elle était, jusqu’au livre d’Ariane Chemin en 2021, depuis tout le monde se consacre à la vie de l’auteur, plus personne ne lit « Risibles amours ».

(1) Dans « La fête de l’insignifiance », le personnage Ramon déclare : «L’insignifiance, mon ami, c’est l’essence de l’existence. Elle est avec nous partout et toujours. Elle est présente même là où personne ne veut la voir : dans les horreurs, dans les luttes sanglantes, dans les pires malheurs. Cela exige souvent du courage pour la reconnaître dans des conditions aussi dramatiques et pour l’appeler par son nom. Mais il ne s’agit pas seulement de la reconnaître, il faut l’aimer, l’insignifiance, il faut apprendre à l’aimer».

(2) Douleur extrême, même le grand Philippe Roth n’a pu résister dans son grand âge, à des interviews et des opinions sur la politique américaine, quelle tristesse, et maintenant certains lisent ses romans comme des romans « engagés », horreur, double tristesse.

Affaire Halimi: je n’ai plus confiance dans la justice de mon pays

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Gilles-William Goldnadel © Hannah Assouline

Gilles-William Goldnadel déplore que le tribunal ait conclu à l’irresponsabilité pénale de Kobili Traoré, le meurtrier antisémite de Sarah Halimi, défenestrée à Paris en avril 2017. En désespoir de cause, il se tourne vers la justice israélienne.


L’incompréhensible décision concernant le meurtre de Sarah Halimi n’intervient pas dans un univers judiciaire français rationnel. Voilà trop longtemps que je ne suis plus un avocat heureux et que je me lamente contre les dysfonctionnements nombreux.

Pour l’écrire autrement je n’ai plus confiance dans la justice de mon pays. Trop lente, trop indolente, trop idéologique. Pour rester aimable.

Étant l’avocat de la sœur de la malheureuse suppliciée, je n’ai aucune objectivité. Mais même un être subjectif a le droit de faire des remarques objectives et incontestables factuellement. La juge d’instruction a refusé constamment de recevoir l’avocat des victimes que je suis. C’est la première fois dans ma longue carrière. Je ne peux qu’y voir un défaut d’humanité et de compassion. La même juge a refusé de faire droit à nos demandes de reconstitution. C’est également pour moi une grande première.

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La juge d’instruction a préféré un rapport d’expertise qui concluait à l’irresponsabilité de Traoré au premier rapport d’expertise qui aboutissait à la constatation inverse qui n’avait pas l’heur de lui plaire.

J’en arrive au cœur de la polémique qui a outré une grande partie de la France : le fait de considérer qu’un criminel ayant perdu l’esprit pour cause de prise volontaire de doses massives de cannabis puisse échapper à un châtiment pénal. On vous a fait croire que la justice ne pouvait pas faire autrement et on vous a menti. Nous ne le savions pas lorsque nous avons plaidé devant la Chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris, mais quelques mois avant la Cour de cassation avait confirmé l’arrêt de la chambre de l’instruction de Versailles du 13 février 2018, qui exactement dans les mêmes conditions de fait et de droit que dans l’affaire Traoré avait jugé que « la consommation importante de stupéfiants ne doit pas s’analyser comme une cause d’abolition du discernement mais au contraire comme une circonstance aggravante ».

Et le commentateur de cet arrêt, hélas non publié, d’observer : « il s’agissait donc d’une décision contraire à celle de la chambre de l’instruction de Paris puisque sur la même base théorique (trois expertises dont deux concluants à l’abolition du discernement) la juridiction d’instruction du second degré avait choisi de renvoyer la personne mise en examen devant la cour d’assises ». (Voir à ce sujet mon article dans le Figaro du mardi 20 avril, l’article de Paule Gonzales dans le Figaro du même jour et l’article du Canard Enchaîné du mercredi 21 avril).

A lire aussi: Sarah Halimi n’était pas qu’une juive

Voilà pourquoi il s’agit d’un déni de justice et, j’ose l’écrire, d’une parodie de justice.

Voilà pourquoi je n’ai plus confiance dans la justice de mon pays.

C’est dans cette circonstance désolante, que, littéralement, en désespoir de cause, avec mon confrère Francis Szpiner, nous traverserons la Méditerranée et saisirons la justice israélienne compétente. Parce que son article 13 de la loi de procédure prévoit que si un juif est tué en tant que juif (ce qui est reconnu par la justice française…), la justice israélienne est compétente même hors du territoire national israélien et parce que la sœur de la victime, conformément aux réquisitions de l’article 14, est israélienne.

Cela nous apaisera mais ne nous consolera pas de ce que la justice française ici encore a failli. Par incompétence et par idéologie. Il arrive que l’excès d’indulgence pour les uns prive de toute compassion pour la souffrance des autres.

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100 jours de Joe Biden : le président qui rassemble pour mieux diviser

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Le président Joe Biden s'adresse au Congrès lors d'une session conjointe, hémicycle du Capitole, Washington, 28 avril 2021 © Jim Watson/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22562844_000141

Considéré par la droite américaine comme le président le plus radicalement de gauche de l’histoire contemporaine, Joe Biden s’est adressé, après 100 jours à la Maison-Blanche, pour la première fois au Congrès. Son bilan est un mélange d’exubérance racialiste, de retour aux fondamentaux en politique étrangère, et de relance économique pseudo-keynésienne à la Roosevelt. Par de telles mesures, Joe Biden divise plus qu’il ne rassemble.


Joe Biden a démarré sa présidence avec une avalanche « d’ordres exécutifs », annulant au passage certains signés par son prédécesseur Donald Trump. Symbole fort, son premier ordre exécutif épouse la révolution racialiste woke qui l’a fait élire : le Advancing Racial Equity and Support for Underserved Communities Through the Federal Government, censé améliorer le sort des minorités « qui ont été systématiquement privées de la possibilité de participer pleinement aux aspects de la vie économique, sociale et civique ». Effets secondaires immédiats, le programme d’aide aux victimes du Covid-19 ira prioritairement aux patrons de PME noirs et son ministre de l’Éducation entend permettre aux athlètes universitaires transgenres mâles biologiques de prendre part aux compétitions féminines, au mépris du droit des femmes.

À lire aussi : Joe Biden: le fossoyeur des classes moyennes sera-t-il leur sauveur?

Sitôt annoncé à la Maison-Blanche, Joe Biden, vu comme un « chic-type » par les candidats à l’immigration, a créé un appel d’air. Aux frontières sud des États-Unis se sont amassés des dizaines de milliers d’immigrés. Le goulet d’étranglement aux postes-frontières a aussitôt été mis, par la nouvelle administration, sur le compte de l’impéritie de l’administration précédente. Mais les buts limpides de Joe Biden encouragent les futurs migrants : le président démocrate a exprimé l’intention d’en légaliser des millions en deux temps d’ici 2024 et 2028. En espère-t-il autant d’électeurs supplémentaires?

Joe Biden, la lumière au bout du tunnel?

Les Démocrates comptent également, comme nous l’avons écrit ici, faire du vote par correspondance et du vote par procuration un droit universel pour les élections à venir. La gauche, aidée par une multitude de multinationales « progressistes », comme Delta Airlines, Coca-Cola ou encore la Ligue nationale de base-ball, voit dans le contrôle de l’identité des électeurs une tentative d’empêcher les minorités de voter pour les Démocrates. Car lors de l’élection présidentielle de 2020, moins il y eut de contrôles d’identité, plus il y eut d’irrégularités. Toute velléité de contrôler l’identité des électeurs (règle basique en Europe) est qualifiée de « raciste » par les sommités du Congrès comme le chef de la majorité du Sénat Chuck Schumer qui voit dans les 100 premiers jours de son président une lumière au bout du tunnel.

Dans le collimateur également : le dernier bastion conservateur, la Cour suprême, qui risque peut-être d’accueillir bientôt quatre Juges supplémentaires, tous démocrates, transformant la majorité 6/9 pour les Républicains en une majorité progressiste 7/13. Une revanche contre Donald Trump qui avait nommé à la hussarde la très chrétienne Amy Coney Barrett juste avant son départ. Même si la speaker de la Chambre, Nancy Pelosi n’est pas très enthousiaste, plusieurs députés ont déposé des projets de loi en ce sens. Joe Biden a créé, à nouveau via un ordre exécutif, une commission ad hoc qui envisage de « diluer » la haute Cour, le nombre neuf n’étant que coutumier. Selon les Républicains, ce serait une atteinte claire à la séparation des pouvoirs alors que la Cour suprême avait soigneusement évité de s’immiscer dans le processus électoral lors de la dernière présidentielle.

Une économie en mauvaise santé, hausse des taxes en vue?

Du point de vue intérieur, Joe Biden est comparé à Franklin Delano Roosevelt, puisqu’il a lancé d’abord un fonds d’aide aux victimes économiques du Covid-19 de 1 900 milliards de dollars sous forme d’une allocation sociale qui devrait booster… les importations chinoises. S’y ajoute un vaste programme de réinvestissement dans les infrastructures (routes, ponts, aéroports) de 2 000 milliards avec l’argent du contribuable sans oublier un plan d’aide aux familles de 1 800 milliards portant le total de la relance à 6.000 milliards de dollars alors que la dette publique américaine frôle les 23 000 milliards de dollars soit l’équivalent du PIB. La nouvelle école monétariste l’y encourage. Selon la conseillère du chef de file démocrate de la Commission budgétaire du Sénat Stephanie Kelton, la dette publique n’est plus qu’un artifice comptable pour la Réserve fédérale qui peut faire fonctionner la planche à billets verts autant qu’elle le souhaite du moment qu’elle maîtrise l’inflation. Dans l’intervalle, Biden devrait annoncer le passage de la taxation des 0,3% les plus riches de 20 à 39,6 % et une hausse de l’impôt sur les sociétés de 21% à 28%.

À lire aussi : Biden relance… la crise de la dette!

En politique étrangère, si son ministre des Affaires étrangères, Anthony Blinken, descendant de survivants de l’Holocauste, est le parfait prototype du centriste multilatéraliste, Joe Biden est resté sur la même ligne ou presque que son prédécesseur relativement au régime communiste chinois. Un temps velléitaire contre la Russie à la manière de Barack Obama et d’Hillary Clinton qui, en 2016, semblaient vouloir relancer la Guerre  froide, Joe Biden s’est rapidement calmé, se souvenant sans doute de la capacité nucléaire résiduaire de l’ex-Union soviétique. Il ne franchira pas la « ligne rouge » fixée par Vladimir Poutine.

Certes, un récent sondage commandé par Fox News (peu encline à lui jeter des fleurs) révèle qu’une majorité d’électeurs (54%) approuve son bilan à 100 jours. C’est moins que les 62% de Barack Obama et plus que les 45% de Donald Trump il y a quatre ans. Toutefois, il y a un écart de 81 points d’approbation du président Biden entre les Démocrates (95%) et les Républicains (14%). C’est plus que la polarisation de 76 points pour l’ancien président Trump en avril 2017. 67% des sondés estiment Biden responsable de la dégradation de la situation aux frontières et 69% trouvent le climat économique « passable à mauvais. »

Dans le New York Times, Bret Stephens estime que le président démocrate est si outrageusement progressiste que les Républicains ne tarderont pas à récupérer Chambre et Sénat en 2022 et le Bureau ovale en 2024. Comparé par certains à Lénine (!), Joe Biden et son parti préfèrent en réalité subvertir l’État de droit en restant le plus souvent dans le cadre de la légalité.

Les yeux de Chimène

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Affiche géante à l'effigie d'Éric Zemmour sur un échafaudage du cours Mirabeau à Aix-en-Provence, avril 2021 © DR

 Une journaliste reproche à Eric Zemmour de l’avoir embrassée de force lors d’une université d’été du Parti socialiste à La Rochelle il y a quinze ans.


 « Chimène qui l’eût dit ? Rodrigue, qui l’eût cru ? Que notre heure fût si proche et bientôt se perdît ? Et que si près du port, contre tout apparence, un orage si prompt brisât notre espérance ? » Ainsi dit la France à son champion qui cartonne dans les tournois et se trouve dans une sale affaire. Lisez plutôt. Une jeune femme, présumée fichée PS, se plaint que le champion l’aurait embrassée, par surprise, lors d’une Université d’été du PS, dans les années 2000, à la Rochelle, en lui disant à peu près : « T’as une belle robe, tu sais ! » C’était dans des temps très anciens mais la jeune femme, alors trentenaire, a gardé cette blessure au fond d’elle-même pendant des années. Or, un matin, quel choc quand l’élue d’opposition du parti Gauche, découvre, dans cette bonne ville du Roy René, le visage de son présumé agresseur, potentiel candidat présidentiel, accroché sur un échafaudage du café célèbre du cours Mirabeau, les Deux Garçons ! Son sang ne fait qu’un tour. Pas ça, pas lui ! Tout un passé douloureux, enfoui, remonte à la mémoire de Gaëlle L. qui décide, courageusement, de libérer sa parole, sur le hashtag #Metoo, relayé par le journal Libé. Les faits remontent à loin, ma mémoire flanche, dit l’élue de gauche à propos des dates (2004 ?, 2006 ?) mais le mal fait est toujours là. Pas de répit pour les don Juan. Cette affaire, qui fait le tour de l’hexagone médiatique, suffira-t-elle à mettre hors lice un champion amoureux de la France ? Adieu la manche, et la belle ? Adieu tes yeux ô Chimène !

On ne badine pas avec la Woke. On se souvient du tollé indigné quand Madame Dufflot, soumise à l’injonction présidentielle de « penser printemps », avait troqué son jean pour une jupe fleurie et qu’un sifflement avait parcouru les bancs masculins de l’Assemblée. À présent, si vous êtes sifflée dans la rue, vous vous précipitez, évidemment, au poste de police. Car il n’y a pas que le virus qu’il faut tracter et envoyer aux autorités de surveillance, mais les baisers volés, les gestes douteux, les regards de tout genre aux mille et une nuances.

À lire aussi : #Metoo: On y passera tous!

Les jupes fleuries ne sont pas, non plus, les seules pièces litigieuses. Avec les futurs droits des animaux, le jour n’est pas loin où une vache, à la robe tachetée, se plaindra, via des avocats ad hoc, d’avoir été caressée entre les deux oreilles, au Salon de l’agriculture, par une main présidentielle, ou qu’un chevreau accusera de viol celui qui l’a pris dans ses bras. Et que fera-t-on quand La Noiraude refusera d’être exhibée par son propriétaire White ? Cette histoire de tribunal pour animaux n’est pas pur délire. Au Moyen-Âge, on faisait des procès, en bonne et due forme, aux animaux.

Le baiser, supposé coupable, de Gaëlle L., « très sérieuse et posée » selon Jean-Luc Mélenchon, interrogé, correspond à la définition légale de « l’agression sexuelle ». Écœurant, ce combat politique, déjà lancé, quand la France, affaiblie, doit se redresser et non s’enliser ? En l’occurrence, quelle pub faite à un potentiel champion de la France ! Et si le Woke et la judiciarisation de tout, en politique, c’était fini ? Et que l’on veuille, à présent, non des coups bas mais des combats à la loyale ? De vrais affrontements sur de vrais sujets ? De vrais tournois aux couleurs de la France, avec des champions à ses couleurs ? « T’as de beaux yeux, tu sais ! » 

Le beurre, l’argent du beurre — et le Bac

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Épreuve de philosophie du baccalauréat 2018, Dijon © KONRAD K./SIPA Numéro de reportage : 00851240_000004

Les échéances se rapprochent, élèves et enseignants se rendent compte enfin que sous des prétextes prophylactiques fumeux, ils n’ont pas fait grand-chose. La liste des textes à présenter au Bac en Première a été réduite à 14 textes — en un an : serait-ce que nombre de mes collègues ont choisi de répéter le même cours, d’un groupe à l’autre, au lieu de doubler ce qu’ils ont fait en « présentiel » d’un second cours en « distanciel » ? Telle enseignante a composé des explications de textes en PDF envoyées à ceux qu’elle ne voyait pas de façon à ne pas perdre un instant. Mais combien d’enseignants ont compris la « demi-jauge » imposée par le ministère — et contre le gré même du ministre, bien conscient de l’effarante baisse de niveau qu’a induite le Covid — comme une autorisation d’enseigner à mi-temps tout en étant payé plein pot ?

Moyennant quoi les rues de Marseille, depuis des mois, sont parcourues de bandes d’adolescents désœuvrés, qui s’échangent des chichons en hurlant, et que la police, municipale ou nationale, se garde bien de sermonner, de peur de déclencher une émeute… Les mêmes qui prétendent pourtant avoir tous les droits sur Parcoursup — je vais y revenir.

En attendant, un certain nombre de ces désœuvrés se sont regroupés, sous la bannière d’organisations lycéennes aussi nébuleuses qu’équivoques, pour réclamer « l’annulation des épreuves écrites et orales du baccalauréat pour l’ensemble des filières générales et technologiques ainsi que pour les filières professionnelles et les BTS. » C’est dans Marianne qu’a paru cette tribune co-signée par une députée LREM du Nord, Jennifer de Temmerman, qui soigne déjà sa non ré-élection l’année prochaine… La pédadémagogie a de beaux jours devant elle.

A lire ensuite, Laurence David: Une loi suffira-t-elle à faire disparaître le voile des accompagnatrices de sorties scolaires?

D’autant que ces jeunes gens si soucieux d’avoir examens et concours sans les passer ont bien des soucis. « Étudier sur les bancs du lycée, dans les amphithéâtres, se rendre au cinéma, au théâtre, aux concerts, à la bibliothèque, pratiquer des activités sportives, culturelles, artistiques, aller en boîte de nuit, boire des verres entre amis. Toutes ces choses qui faisaient notre vie, qui rythmaient notre quotidien, ne sont plus », écrivent-ils. On notera la place très relative des études dans cette liste de frustrations rangée probablement en ordre d’intensité croissante.

Et d’ajouter : « ces mois ont généré des inégalités croissantes parmi les établissements scolaires. En effet, certains sont restés en « 100 % présentiel », d’autres en « 50 % présentiel », ce qui a accentué les retards dans les programmes et les inquiétudes des élèves, comme des professeurs. »

Eh bien oui. Des établissements privés ont fait cours en classe entière. Du coup, leurs élèves en ont vu deux fois plus que les petits branleurs de certains lycées publics, et en font un argument, ces jours-ci, pour valoriser les dossiers qu’ils présentent sur Parcoursup, particulièrement en Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles. Un argument qui bien sûr fait bondir le SNES. Après avoir noté que Parcoursup organise depuis le début la concurrence entre établissements (et pourquoi non, camarades ? Vous le savez bien, que les résultats d’ Henri-IV ne sont pas les mêmes que ceux de Paul-Valéry, et que tel enseignant s’acharne à monter tous ses élèves au plus haut de leurs capacités, quitte à instaurer des formes d’élitisme, tandis que d’autres se contentent du minimum… syndical), le SNES écrit : « À la faveur de la crise sanitaire et en raison de la gestion déplorable de la part du ministère, un cran supplémentaire vers l’abject a été franchi sur Parcoursup avec la tolérance de cette mention 100 % présentiel. »

La gestion déplorable de la crise ? Mais le ministre a dû louvoyer entre les recommandations alarmistes des « experts », et les exigences de syndicats qui voulaient peu ou prou annuler l’année scolaire, à force d’exiger des « protocoles » et des « distanciations » impossibles à mettre en œuvre. C’était à vous, chers collègues, à vous adapter et à mettre les bouchées doubles pour ne perdre aucun élève ! Combien d’absents sur les cours en distanciel ces jours-ci ? Combien d’excuses bidon pour ne pas être levé à 8 heures du matin pour suivre un enseignement de Français ou de Maths convenable ? Combien de devoirs envoyés via Pronote — et corrigés dans les temps pour maintenir une pression raisonnable sur les « apprenants », comme vous dites ?

J’ai déjà expliqué que le Bac est mort, et que le Covid offre au ministre une admirable opportunité pour transformer en Certificat de fin d’études un examen qui se prétend encore premier grade universitaire. Mais une telle initiative vous ferait sursauter, n’est-ce pas, vous qui depuis deux ans faites de votre mieux pour saboter les épreuves d’un rituel qui ne signifie plus rien…

A lire aussi, du même auteur: Bac 2021 à deux vitesses: Philippe de Villiers est-il dans le vrai?

Allons-y, donnons le Bac à tout le monde ! Mais laissons les enseignants qui régissent Parcoursup recruter en fonction de leurs convictions pédagogiques — les vraies — et du niveau effectif des candidats.


Il faut maintenir autant que possible les dernières épreuves encore envisagées, écrites ou orales. De toute façon, les consignes de bienveillance sont telles que vos élèves, même les plus nuls, même les plus cossards, auront quand même le chiffon de papier qui leur permettra de s’inscrire et d’aller s’écraser en Fac. Dans ma région, deux Inspecteurs Pédagogiques Régionaux, Florentina Gherman et Alain Guerpillon, viennent d’adresser aux enseignants de Lettres une « Charte des examinateurs » qui « a pour but d’édicter des critères communs d’évaluation pour garantir aux candidats la plus grande équité possible » : « Afin de garantir un cadre commun et de réduire le plus possible les écarts anormaux de notation, les examinateurs sont tenus de respecter la moyenne académique avec un écart inférieur toléré d’un point au plus, sauf situation spécifique (faible nombre de copies corrigées, importance des copies blanches ou à peine rédigées par exemple) ; ces cas de figure seront rapportés aux professeurs-relais qui nous les signaleront. Cette moyenne académique est calculée exclusivement à partir des notes mises par l’ensemble des examinateurs de l’Académie, et elle n’est en aucun cas fixée arbitrairement par le corps d’inspection ou les services du Rectorat. Seule la commission d’harmonisation qui est réunie à l’issue de l’ensemble des épreuves peut décider des notes à arrêter, lesquelles seront ajustées en fonction des moyennes académiques. »

« Tenus de respecter la moyenne académique avec un écart inférieur toléré d’un point au plus… » Un minimum social, prélude à la discrimination positive que l’on voudrait mettre en place. Elle est pas belle, la vie des futurs bacheliers ? Et à la marge, si jamais les cancres n’étaient pas dans les 98% d’admis, les experts du chichon, encouragés par une récente décision de justice, plaideront leur irresponsabilité et demanderont la compréhension des jurys — puisqu’après tout, par avance, ils ont celle de l’institution (le ministre est-il vraiment au courant de cette tambouille mitonnée dans les Inspections générales ?) et celle des syndicats.

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