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Mars : laissez-nous rêver!

L’humanité est en train de conquérir Mars. Une avancée scientifique majeure qui pourrait reléguer la planète rouge au statut de simple province de la Terre. Et aussi, malheureusement, mettre fin aux mythes et aux fantasmes qui, depuis des siècles, stimulaient l’imagination et la soif d’aventures intellectuelles.


La conquête de l’espace aurait-elle cessé de passionner les foules ? Les états d’âme de Meghan et Harry auront en tout cas provoqué une onde de choc planétaire nettement plus spectaculaire que l’arrivée du rover Perseverance sur la planète Mars le 18 février 2021. Il est vrai que quiconque observe l’état de la Terre et des rapports humains qu’on y entretient n’a guère envie de s’extasier, comme on le fit au siècle dernier, sur le génie humain capable d’accrocher un jour la conquête de Mars à son tableau de chasse. Ce récent exploit scientifique – car c’en est un – tombe par ailleurs d’autant plus mal qu’un symbolisme millénaire associe à la « planète rouge » guerres, épidémies et ravages divers. Menacés par le dérèglement climatique et la pandémie, apeurés et appauvris, les Terriens ont autre chose à faire que d’espérer des jours meilleurs dans cet hypothétique « ailleurs » : « On se lasse de tout, même de la planète Mars », écrivait en 1900 déjà le médecin psychologue Théodore Flournoy[1] tandis que certains de ses contemporains, tel Camille Flammarion, spéculaient sur de possibles communications télépathiques avec les Martiens[2].

Mars, alter ego de la Terre

Considérant jadis la planète Mars comme une sorte d’alter ego de leur maison mère, les Terriens ne pouvaient lui donner pour habitants que des créatures qui soient leurs complices potentiels ou leurs adversaires. C’était à qui conquerra, civilisera, de gré ou de force, ou exterminera les autres. Civilisés par les conquistadors terriens dans la fiction de Gustave Le Rouge (Le Prisonnier de la planète Mars, 1908) ou bien envahisseurs aux desseins meurtriers dans La Guerre des mondes de Herbert George Wells (1898), les Martiens jouèrent à merveille le rôle qu’on attendait d’eux et qui n’a guère changé depuis le Micromégas de Voltaire (1752) : incarner l’altérité qui devrait permettre aux Terriens les plus sensés de s’interroger sur leur identité toujours relative et d’apprendre à se tolérer les uns les autres au lieu de s’entretuer. Selon qu’ils étaient des êtres encore primitifs, ou les derniers représentants d’une antique civilisation disparue (Alexis Tolstoï, Aélita, 1923), les Martiens confortaient les Terriens dans leur rôle civilisateur ou les confrontaient à la nécessité de se réapproprier le savoir essentiel qu’ils ont perdu. Mais peut-être est-il déjà trop tard et les nouveaux habitants de Mars apparaissent de plus en plus fréquemment dans les fictions comme des fuyards désertant la planète qu’ils ont saccagée (Ray Bradbury, Chroniques martiennes, 1954). Les pionniers hyper spécialisés qui entreprennent la « terraformation » de Mars dans la trilogie de Kim Stanley Robinson[3] tentent au mieux de réaliser de manière rationnelle la société égalitaire que leurs congénères ont échoué à fonder sur Terre. Définitivement anéantis par le rayon laser de la science, les Martiens aux formes improbables et aux yeux couleur d’or vont décidément beaucoup nous manquer !

Désertique et inhabitée, glaciale et inhospitalière, la planète Mars semble avoir devancé par son refroidissement le dépérissement prévisible de la Terre

On sait en effet aujourd’hui que la tête de la fusée « Science » n’atteint Mars qu’en se séparant de la fiction et en larguant un imaginaire devenu incompatible avec ses propres observations. Est-ce une raison pour ne pas regretter le temps où l’imaginaire, inventif et aventureux plus que conquérant, était le fer de lance des grandes explorations ? L’emploi spontané de termes devenus suspects lorsqu’il s’agit de la Terre – exploitation, colonisation – révèle que les prédateurs humains s’apprêtent à renouveler leurs exploits ailleurs, très loin, fût-ce au détriment des Martiens si leur existence était avérée.

Les financiers d’ailleurs déjà s’affairent, pressés d’acquérir des parts du grand marché interplanétaire désormais ouvert. La pureté morale des scientifiques d’aujourd’hui n’arrêtera pas davantage les ardeurs spéculatives et guerrières qu’elle n’a pu s’opposer hier aux applications dévastatrices de la fission de l’atome.

Mars, reflet de notre futur

Mais avant de devenir la base stratégique à partir de laquelle les nouveaux maîtres du monde pourraient contrôler la Terre, ou l’Eden où de rares privilégiés pourraient un jour trouver refuge, Mars est le miroir dans lequel les Terriens sont invités à contempler ce qui les attend collectivement, à très long terme évidemment. Désertique et inhabitée, glaciale et inhospitalière, la planète Mars semble avoir devancé par son refroidissement le dépérissement prévisible de la Terre, aggravant ainsi l’angoisse des humains de se savoir seuls dans le système solaire et d’être, en dépit des quelques sauts de puce effectués dans l’espace, assignés à résidence sur une planète en voie de perdition. La curiosité intellectuelle mise à part, on se demande même quelle motivation masochiste pousse les hommes à s’en aller si loin chercher les traces éventuelles d’une vie microscopique aujourd’hui disparue, si tant est qu’elle fût. La fiction était plus stimulante quand elle dotait la planète rouge des vertiges d’une antique civilisation déchue. Du moins cette vision mélancolique, cette poétique des ruines à l’échelle cosmique pouvait-elle redonner aux Terriens l’envie de préserver à tout prix leur culture !

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Si le désir de s’arracher à la pesanteur terrestre est très ancien, les réponses apportées par les avancées scientifiques ne font que repousser les murs de la prison cosmique dont le démantèlement requiert d’autres moyens. Le prophète Élie emporté au ciel sur un char de feu, Mithra rejoignant le Soleil dans sa course autour de la Terre ne préfigurent pas la conquête de l’espace ; pas plus que Giordano Bruno se libérant en pensée de l’attraction terrestre et s’en allant à la recherche d’un lien perdu avec l’univers (De l’infini, de l’univers et des mondes, 1584). La science-fiction en a parfois dit à ce sujet plus long que la conquête spatiale, antichambre du tourisme du même nom. L’astrophysique en révèle encore davantage, et qui veut quitter mentalement le système solaire devrait apprendre à en déchiffrer les arcanes afin que « le silence éternel de ces espaces infinis » lui paraisse moins effrayant qu’il le fut pour Pascal.


[1]. Auteur de Des Indes à la planète Mars (1900).

[2]. Ami de Zola et de Nadar, Camille Flammarion (1842-1925) est l’auteur (entre autres essais) de La Pluralité des mondes habités (1862), La Planète Mars et ses conditions d’habitabilité (1892). 

[3]. Mars la rouge (1992), Mars la verte (1993), Mars la bleue (1996).

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EELV fait le tri parmi les électeurs: urne verte pour les verts, poubelle noire pour les autres


Julien Bayou, le secrétaire national d’EELV, a lancé sa campagne pour les élections régionales d’une bien étrange manière, en stigmatisant par avance les électeurs connus et inconnus qui ne voteront pas pour lui mais aussi une potentielle partie de son électorat, à savoir ces « seniors » ou « boomers » qui ne l’ont pas attendu pour être écolos.

« Les boomers, eux, ont prévu d’aller voter » 

Eric Zemmour, Alain Finkielkraut et Gérald Darmanin iront voter lors de ces élections, prévient sombrement une affiche de campagne EELV sur les réseaux sociaux – sous-entendu, si tu ne vas pas voter pour nous, blaireau, t’auras laissé le champ libre aux fachos et au chef de notre police toute pourrie. Les autres “fachos” et “les chasseurs” iront voter, prévient une autre affiche – sous-entendu, ces gros beaufs racistes et avinés vont te bouffer la laine bio sur le dos si tu ne vas pas voter pour les Verts. Plus surprenant encore, une derrière affiche représente des couples sexagénaires souriants et se promenant sur la plage : « Les boomers, eux, ont prévu d’aller voter » – sous-entendu, les “boomers”, qui ont tous bien profité des trente glorieuses et se sont gobergés sur le dos de leurs enfants et petits-enfants, ne voteront pas pour EELV le gentil parti qui dénonce la croissance, l’automobile, le sapin de Noël, les avions à hélices et les bateaux à voile, toutes ces abominations adorées par cette génération de dégénérés qui a abîmé notre “mère-planète” et qui refuse les champs d’éoliennes et les transports de troupeaux en commun.

Pour cette écologie collectiviste et punitive, l’individu propriétaire de sa maison, le solitaire au volant de sa voiture, les “boomers” censés ne rien comprendre aux “enjeux environnementaux”, sont au mieux des égoïstes, au pire des fachos. Ils doivent être clairement identifiés, désignés et punis

Les affiches à peine apparues sur les écrans, nombre de ces “boomers” ont tenu à répondre vertement à Julien Bayou. Parmi eux, une prénommée Odile lui a écrit une lettre (relayée sur son compte twitter par Eugénie Bastié) pour lui dire ses quatre vérités dont celles-ci : 1) née en 1951 elle ne l’a pas attendu pour être à sa manière et sans ostentation “écolo” ; 2) elle a commencé de travailler à l’âge de 23 ans avec un enfant de six mois sur les bras, sans pleurnicher et avec des moyens autrement plus rustiques qu’aujourd’hui (les couches en tissus, entre autres) ; 3) les vêtements étaient achetés « avec parcimonie » ou confectionnés par la « belle-mère avec sa machine à coudre », « pas de gâchis » ; 4) on apprenait aux enfants à ne pas gaspiller, à ne pas jeter les déchets par terre, à conserver leurs jouets, etc. 5) conclusion en forme de baffe : « À l’époque il n’y avait pas de parti écologiste… je n’ai pas eu besoin de vous pour être respectueuse de la nature. Cessez de nous traiter avec tant de mépris, cessez de jeter l’opprobre sur nous et cessez de nous mettre dans la catégorie des pollueurs et des profiteurs… ce qui est loin d’être la réalité… que vous ne semblez pas bien connaître. » Dans la foulée de cette lettre, des centaines de sexagénaires et septuagénaires se sont défoulés sur la toile pour confirmer les propos d’Odile, botter les fesses d’EELV, et rappeler ce qu’était la vie réelle des Français dans les années 50 et 60, bien différente de celle d’aujourd’hui et de celle qu’imaginent les jeunes militants écologistes. En soixante ans, une grande partie des ouvriers, des employés de petites entreprises et des paysans, a été remplacée par une nouvelle classe de cadres moyens, de fonctionnaires, d’employés dans le tertiaire, de diplômés du supérieur qui ont élu domicile, bon gré mal gré, dans les villes.

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En 1950, la population urbaine représentait 55% de la population totale, en 2019 le chiffre approche 80%. Nos campagnes et nos villages n’offrant guère d’autres attraits que la vie paisible au milieu des champs, et d’autres voisinages que ceux des troupeaux de vaches ou d’étranges oiseaux nocturnes, ils se désertifient. Les écologistes imaginent les solutions les plus mortelles pour les “revitaliser”, et d’abord la “transition écologique” via l’installation démesurée d’éoliennes. Un type de Français les insupporte parce qu’il fait encore obstacle : celui du monde d’avant, le “boomer”, le chasseur, le bouffeur de viande, le pilier de bistrot, l’automobiliste, le facho qui aime l’histoire de son pays, le réac qui se plaint de voir ses paysages dévastés par les éoliennes.

La nature est devenue la bio-diversité, la campagne une “zone rurale à revitaliser”

Les écolos d’EELV ne savent pas grand-chose de l’histoire de leur propre pays et de ses habitants. Pour les militants moins que quarantenaires, le Français modeste d’avant leur naissance est un peu celui de Cabu : un beauf qui pollue, qui est grossier et un peu raciste sur les bords, qui picole et se fout comme de sa première bouteille de Ricard de la nature, laquelle est tombée en désuétude pour devenir la “biodiversité” du techno-monde écologique, tandis que la campagne se transformait en “zone rurale à revitaliser”. Au simple désir de ne pas souiller la nature a succédé l’ardente prétention de protéger un “écosystème” qui évoque moins la vie des papillons que l’embourgeoisement technocratique de l’écologie politique. D’une certaine façon l’écologiste politicien combat depuis toujours le même adversaire que l’ogre davosien : le Français d’avant qui avait de si mauvaises manières, qui élevait ses enfants (et non l’inverse), qui achetait avec mesure et selon ses moyens, qui savait réparer les appareils ménagers ou le moteur de sa mobylette, qui ne savait rien de son empreinte carbone et, surtout, qui était français de ce peuple français et pas encore ce “citoyen du monde” sans attaches, gros consommateur de toute la quincaillerie numérique et écologique, dressé par ses propres enfants à remplir son cahier de devoirs écologiques et à adorer Sainte Greta.

L’écologie politique est idéologiquement collectiviste. Elle se veut la gardienne des troupeaux de post-humains égarés dans les “coulées vertes” artificielles ou les faméliques “forêts urbaines” des futures villes éco-responsables, durables, “dégenrées” et “décarbonées”. Pour cette écologie collectiviste et punitive, l’individu propriétaire de sa maison, le solitaire au volant de sa voiture, les “boomers” censés ne rien comprendre aux “enjeux environnementaux”, sont au mieux des égoïstes, au pire des fachos ; ils doivent être clairement identifiés, désignés et punis, ne serait-ce que par un placardage politique et vindicatif – en attendant le “délit d’écocide” individuel.

Bayou a adopté l’écriture inclusive

Sur les mêmes réseaux sociaux, Julien Bayou a quand même reconnu que le « visuel “boomer” était maladroit et blessant ». En revanche, les visuels sur les fachos et les chasseurs sont apparemment demeurés en l’état et ne sont donc ni maladroits ni blessants. En outre, le message d’excuses du secrétaire national d’EELV est écrit en écriture dite inclusive, ce charabia que ne peuvent comprendre que les authentiques progressistes écolos, libertaires, féministes, ou sympathisant.e.s des mouvements Génération.s et autres Engagé.e.s. Pour une grande majorité de Français cette bouillie de lettres est incompréhensible, et dans sa forme et dans son intention.

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Vu d’EELV, ce constat – d’indécrottables Français restent, linguistiquement parlant, des réactionnaires et des fachos – sera peut-être l’occasion d’une prochaine campagne d’affichage : 

« Les ceux et ceusses, fachos et fachottes, qui refusent chacun.cune d’écrire inclusivement, ont prévu d’aller voter eux, elles, iels, uls et ols, pour défendre leurs intérêts. Et vou.e.s ? »

Boomers: Julien Bayou (EELV) démarre sa campagne avec un gros couac

Les Verts n’en sont certes pas à leur coup d’essai en termes de polémiques stupides! Leur dernier exploit en date? La campagne d’affichage discriminante pour les régionales. Tête de liste en Ile-de-France, Julien Bayou s’en est excusé.


Une campagne d’EELV destinée à mobiliser les jeunes pour les élections régionales a fait grand bruit cette semaine. La légende en est : « Les boomers, eux, iront voter ! ». Ce qui signifie évidemment « Bougez-vous, vous les jeunes ! »

L’image n’est pas dégradante. On y voit des retraités heureux et en pleine forme. Mais pourtant, cette affiche a suscité une indignation générale contre cette nouvelle discrimination, cette stigmatisation des personnes âgées. C’est de l’âgisme, dit-on !

Tous victimes

Le pire service qu’on pourrait rendre aux personnes âgées – il ne faut pas dire vieux – ce serait d’en faire le nouveau groupe discriminé ou offensé, de les traiter elles aussi comme des victimes dont il ne faudrait parler qu’en termes choisis… S’il y a bien une classe d’âge que les sondeurs scrutent attentivement c’est pourtant elles : même si elles ne votent pas en bloc, elles seraient la clé de l’élection présidentielle. Et il est vrai que cette classe d’âge n’a pas les mêmes intérêts que les jeunes. C’était là le message des Verts.

Cependant, là où l’affiche est contestable c’est que le mot « boomer » a une connotation idéologique, et bien sûr négative. Le boomer, c’est le baby-boomer, le jouisseur. « Vous avez saccagé la planète » reprochent les jeunes fans de Greta Thunberg. Lorsque la Suédoise à couettes nous sermonnait à l’ONU, tout le monde applaudissait. Mais chez les Verts, cette détestation du boomer est devenue une grille de lecture du monde : le boomer, c’est le macho, le pollueur, le monde d’avant dont il faut faire table rase. Pour ce parti, ce sont des résidus de l’histoire. Julien Bayou a finalement retiré la campagne, et s’est excusé pour cette affiche.

Ce n’est pas parce qu’il a changé d’idéologie, mais plutôt parce qu’il a eu peur que le « bad buzz » devienne incontrôlable.

Même à gauche, cette initiative a gêné. La tête de liste PS Audrey Pulvar n’a pas non plus apprécié l’affiche sur les boomers, elle s’est étonnée « qu’on désigne une catégorie de population » ainsi. « Je ne connais pas un seul grand-parent boomer qui ne s’inquiète pas du sort des générations futures » a-t-elle déclaré. Le baiser du diable.

Julien Bayou n’a pas regretté les autres affiches de cette campagne. En somme, chez EELV, le mal a trois visages : Eric Zemmour, Alain Finkielkraut et Gérald Darmanin. Pas besoin d’expliquer, c’est une évidence. C’est la minute de la haine.

Et là, curieusement, personne ou pas grand monde n’a tiqué, parce que s’en prendre aux anciens c’est très grave, mais désigner nommément trois personnes à la vindicte populaire, ça, pas de problème…

« Les fachos, eux, ont prévu d’aller voter ». Faut-il le traduire par : « soit vous votez écolo, soit vous êtes un facho » ?

Quoi qu’il en soit, c’est une très mauvaise séquence pour Julien Bayou. En communication politique, qui s’excuse s’accuse. Et même si on a la fibre écolo ou une sensibilité politique favorable pour ce parti, il n’est jamais plaisant de se rendre aux urnes pour y donner son suffrage à une tête de liste qui fait de telles erreurs.

Connaissez-vous le « racisme environnemental »?

La chaîne pour enfants Nickelodeon s’est encore illustrée. Aux États-Unis, des parents dénoncent un inquiétant lavage de cerveau.


Vous avez peut-être déjà entendu parler des concepts – plus ou moins pertinents – de racisme systémique, de racisme d’État, ou encore du racisme intériorisé. Vous allez bientôt entendre dénoncer un tout nouveau racisme : le racisme environnemental. De quoi s’agit-il ?

Pour le Earth Day, la Journée de la Terre, célébrée aux États-Unis le 22 avril, Nickelodeon, la chaîne de télévision américaine destinée aux enfants, a diffusé une émission spéciale d’une heure intitulée : Nick News : Kids and the Impact of Climate Change. Pouvant se traduire par « les enfants et les effets du changement climatique », le programme présenté par Jamie Yuccas, correspondante de CBS News, comptait la participation de John Kerry, ancien candidat présidentiel en 2004, et envoyé spécial du président Joe Biden pour le climat. Sur le compte Twitter de la chaîne, comptabilisant près de 4 millions d’abonnés,  un extrait de cette émission spéciale a été publié avec la légende suivante : « Apprenez la signification du racisme environnemental »…

Un nouveau concept fumeux de la justice sociale

La vidéo de sept minutes commence par citer des exemples de pollutions en Amérique : la multiplication des cas de cancers en Louisiane à cause de la proximité d’une raffinerie, la mauvaise qualité de l’air respiré par les habitants du Bronx, où 20% des enfants auraient développé de l’asthme.

« Qu’est-ce que ces villes ont en commun ? » demande l’animatrice. Pardi, « elles sont toutes des exemples de racisme environnemental », répond-elle, avant d’expliquer que cela était une « forme de racisme systémique où les communautés minoritaires et celles à faible revenu sont entourées de dangers pour la santé parce qu’elles vivent près des égouts, des mines, des décharges, des centrales électriques et des grandes routes. »

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L’extrait est ponctué de témoignages de femmes issues de la diversité qui affirment subir le racisme environnemental. Fiona, l’une d’elles, ancienne habitante de la ville de Duplin, en Caroline du nord, région connue pour être l’une des plus importantes dans la production de porc, raconte l’enfer d’avoir vécu dans une zone spécialisée dans l’élevage porcin ; « l’air était certains jours si irrespirable que nous devions rester calfeutrés à l’intérieur de la maison », confie la jeune femme. En fin de vidéo, la militante Greta Thunberg apparaît brièvement proclamant : « Le changement arrive que vous le souhaitiez ou non. » Sur son compte Instagram officiel, Nickelodeon a publié une définition de ce fameux racisme environnemental. La voici : « une forme de racisme systémique lorsque de grandes entreprises s’installent dans des communautés à faibles revenus et minoritaires et que leurs eaux usées, décharges, mines, centrales électriques ou autoroutes entourent ces quartiers défavorisés. »

Se pourrait-il donc, que les entreprises, à l’instar des gens à faibles revenus, s’installent là où les loyers sont les moins chers ? Quelle grande découverte !

Des réactions vives

L’émission est très vite fustigée en ligne. De nombreux parents ont commenté et condamné cette démarche, la qualifiant de « propagande » destinée à « endoctriner » les enfants. Parmi ces commentaires, sur Twitter, une internaute incrimine les démocrates : « Parlons du racisme environnemental qui touche le sud du Bronx, d’accord ? Saviez-vous que les démocrates de New-York sont ceux qui ont fermé Indian Point, qui a fourni de l’énergie sans carbone et sans pollution à NYC pendant 60 ans ? Pour être remplacé par des combustibles fossiles. »

Un autre internaute a souligné que cela n’avait rien à voir avec le racisme, rappelant que « la plupart des infrastructures peu attrayantes étaient entourées de logements moins chers qui attirent les personnes à faibles revenus. Et dans certains cas, ces personnes sont des minorités. Mais pour info, 14 millions de blancs américains vivent dans la pauvreté contre 8 millions de noirs. » Les réactions furent si massivement négatives que Nickelodeon a dû désactiver les commentaires sur Twitter, ainsi que sur sa chaîne YouTube qui compte plus de neuf millions d’abonnés. 

L’origine du concept

Si Nickelodeon a évoqué le concept de « racisme environnemental », elle n’en est pas à l’origine. Celui-ci puiserait ses racines dans le domaine des sciences de l’environnement, plus exactement le champ de la « justice environnementale », qui s’affaire à démontrer que les minorités raciales sont disproportionnellement exposées aux risques climatiques. 

En 1987, une étude considérée comme fondatrice a expliqué comment les communautés avec un fort pourcentage de Noirs ou d’hispaniques avaient plus de risques d’avoir sur leur territoire un ou plusieurs sites de déchets toxiques. Les travaux sur le sujet se sont succédé depuis. Et les études sur l’environnement et le climat ont peu à peu été noyautées par ce filtre racialiste…

Nickelodéon, une chaîne très très woke

Ce n’est pas la première fois que la chaîne est ciblée par ce genre de critiques. En juin 2020, en pleines manifestations Black Lives Matter, pour rendre hommage à George Floyd, Nickelodeon avait interrompu tous les programmes, laissant un fond noir et des bruits de respiration pendant huit minutes et 46 secondes. L’initiative visait à montrer le soutien de la chaîne pour « la justice, l’égalité et les droits de l’homme. » L’initiative fut critiquée et jugée impropre pour les enfants, certains n’hésitant pas à la qualifier « d’anxiogène. » 

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Le mois dernier, la chaîne avait encore fait parler d’elle ;  trois épisodes de Bob l’éponge, jugés inappropriés pour les enfants, ont été retirés des plateformes de streaming. La raison avancée est que ceux-ci  seraient inadaptés à un public enfant, avec des thématiques anxiogènes ou jugées trop mature par le diffuseur. Et pour cause, dans l’un des épisodes, les personnages  impliqués dans un raid de culottes, entrent par effraction dans la maison d’une femme pour lui voler ses sous-vêtements. Pour certains, cela frôlerait et encouragerait la « culture du viol ». Dans un autre épisode, un inspecteur de santé découvre un cas de grippe des mollusques dans le restaurant de M. Krab, provoquant la mise en quarantaine du restaurant, des clients et des employés. L’épisode rappellerait trop la situation actuelle selon les responsables de la chaîne. Pour revenir à la notion de « racisme environnemental », puisque fatalement tous concepts progressistes traversent l’Atlantique avec un léger décalage chronologique, attendez-vous à ce que celui-ci débarque bientôt en France. D’ailleurs, plus belle la vie: Nickelodeon propose déjà une déclinaison française sur le câble.

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58% des citoyens approuvent la démarche des militaires

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La tribune des militaires publiée le 21 avril continue à faire parler d’elle. Philippe Bilger livre son analyse.


La France entre apocalypse et ridicule ? Il n’est pas interdit en effet de formuler cette interrogation à considérer la tonalité générale de ces dernières semaines et en particulier l’épisode de la lettre ouverte au président de la République de la part de plus d’une centaine de militaires en activité ou à la retraite, rédigée le 13 avril et publiée le 21 avril dans Valeurs actuelles (qui n’est pas un hebdomadaire d’extrême droite, mais d’inspiration conservatrice). D’abord l’apocalypse ou au moins l’étrange et amère volupté avec laquelle on la prévoit, on la décrit et ou même on la constaterait déjà dans notre réalité présente. En gros, ce pessimisme extrême pourrait se résumer par cette expression familière que « tout est foutu » et qu’il n’y a plus aucun espoir si ce pouvoir garde la main. Rien ne trouve grâce aux yeux de ses contempteurs paroxystiques dont les analyses sont d’autant plus impressionnantes qu’elles émanent de personnalités fulgurantes parfois et talentueuses, ou d’une candidate dont plus personne ne nie les chances sérieuses de victoire en 2022 – ce n’est pas mon point de vue – et qui devrait donc être combattue de manière politique et non avec ridicule : j’y reviendrai.

Résister à un naufrage programmé

Ces personnalités auxquelles je fais allusion sont notamment Philippe de Villiers, Eric Zemmour, Robert Ménard et sur un autre registre Michel Onfray. Je les écoute et je les lis et pour être franc, face à l’état de la France au quotidien, du délitement de l’autorité et d’une insécurité s’amplifiant gravement et se renforçant avec sa relative impunité, j’ai la conviction que ces Cassandre peuvent n’avoir pas totalement tort mais en même temps l’intuition qu’ils vont trop loin, que le désastre n’est pas encore sûr et qu’une France à la fois restaurée et apaisée n’est pas inconcevable.

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Je veux croire que l’apocalypse est la facilité indignée que s’octroient certains esprits brillants persuadés qu’une globalité absolument négative pour aujourd’hui sera forcément la possibilité du salut pour demain. J’ai conscience qu’il y a du volontarisme dans ma résolution de résister à la programmation d’un naufrage qui, à bien y réfléchir, rendrait vaine toute action politique, sociale, judiciaire, culturelle et, au sens large, démocratique. Prenons l’exemple du projet de loi sur la sécurité intérieure et contre le terrorisme. Il va s’articuler sur les lois de 2015 et de 2017 mais en ajoutant des dispositions pour repérer, grâce aux algorithmes, des signaux précoces de dangerosité et de radicalisation sur les réseaux sociaux. Ce ne sera sans doute pas l’arme décisive mais je préfère ne pas la juger négligeable contrairement à Philippe de Villiers qui y voit la mise en place de moins en moins insidieuse d’une société totalitaire.

Le ridicule peut tuer

Pourtant, si l’apocalypse est rien moins que certaine, ce pouvoir semble tout faire pour la rendre plausible et faciliter la tâche de ses adversaires, et le premier d’entre eux, le Rassemblement national. Et c’est le ridicule dont manifestement il n’a pas le sens. Je n’ai pas envie de ressasser tel un mantra ce que l’esprit public a fini par accepter comme une évidence. Cette présidence et ce gouvernement sont trop faibles sur le plan régalien, trop empêtrés dans le « en même temps » – valable pour la pensée, il est nul pour l’action – pour susciter l’adhésion, autre chose qu’une révolte lassée à force de devoir se manifester chaque jour. La démonstration la plus forte, sans paradoxe, de cette inertie, de cette impuissance réside non seulement dans la surabondance du verbe mais dans la multiplication des lois ayant peu ou prou le même objet. C’est le signe éclatant d’un pouvoir dont la vigueur et l’autorité sont trop infirmes pour se suffire à elles-mêmes. Mais qui, par compensation, hypertrophie ses réactions face aux critiques, militaires ou autres, qui le mettent en cause et incriminent, avec une raideur sans nuance, ce qui crève les yeux de chaque citoyen dans notre République : il y a des parties de France qui cherchent à échapper à la France et à sa légitime emprise et qui parfois y parviennent.

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Le délitement, la déliquescence de l’ordre, l’allégresse sûre de son fait avec laquelle on offense, on attaque, on brûle, on blesse ou on tue tous ceux qui de près ou de loin relèvent de la France officielle et sont censés la protéger, le sentiment qu’il n’est pas de jours et de lieux qui ne sollicitent notre indignation citoyenne (Viry-Châtillon, Tourcoing, Rambouillet, Lille, Bagnolet par exemple) constituent autant de déplorables données qui auraient dû imposer un autre regard moins offusqué, moins condescendant sur la lettre ouverte des généraux et des militaires. Ils ne fomentent pas un coup d’État, mais font référence à l’article 36 de la Constitution sur l’état de siège. Ils ont dénoncé ce que le gouvernement connaît mais qu’il ne peut pas valider sans se condamner lui-même.

58% des Français soutiennent les militaires

Alors, comme on pouvait s’y attendre, 58% des Français approuvent cette lettre ouverte (Harris Interactive/ LCI), davantage encore la réalité d’un délitement, mais la ministre des Armées a décidé de faire traduire devant un conseil militaire 18 militaires d’active signataires qui vont risquer la radiation ou la mise à la retraite d’office. C’est le signe non pas d’une force mais d’une peur. Les messagers paieront le caractère dévastateur de leur message. Le tocsin sera puni.

Le ministre de la Défense Florence Parly, 20 avril 2021 © NICOLAS MESSYASZ/SIPA Numéro de reportage : 01015237_000028

Il est vrai que le pouvoir militaire (de Pierre de Villiers à tous les signataires de cette lettre, le chef d’Etat-Major Lecointre ne pouvant évidemment que le nier) n’a jamais eu en haute estime le président de la République alors que ses prédécesseurs sur ce plan n’en ont jamais manqué. Comme si Emmanuel Macron n’avait pas assez de densité et de crédibilité pour s’imposer et lui en imposer. Le RN, comme il est de bonne guerre – que l’on juge son exploitation immédiate de la lettre maladroite ou non – s’est engouffré dans cette brèche. Le comble est que je suis persuadé que la manière d’attaquer Marine Le Pen et de pourfendre les militaires en les méprisant comme s’ils ne représentaient rien – aujourd’hui, 15 000 signataires – a fait inéluctablement monter le RN et sa candidate. À se demander si le pouvoir a conscience de ce qu’il dit et fait, de sa communication absurde, du décalage absolu entre ses ridicules dénonciations et la vérité rude et argumentée qu’il devrait opposer au projet du RN. Il n’y a vraiment pas de quoi rire, même si Jean-Luc Mélenchon saisissant le procureur de la République pour que les « factieux » soient sanctionnés, mérite un peu d’ironie si on se souvient de sa prestation si peu républicaine lors de la perquisition à LFI.

Mépriser l’électorat de Marine Le Pen ne sera pas sans conséquences

Mais tout le reste est effarant : milice, putsch, sédition, etc. de la part du président de la République (selon Le Canard enchaîné) et de certains de ses ministres si mal inspirés sur cette lettre et sur le RN : d’abord Florence Parly, Gérald Darmanin, Marlène Schiappa et l’inévitable Éric Dupond-Moretti entre autres. La sociologie de l’électorat lepéniste rend totalement stériles les dénonciations outrancières à l’encontre d’un parti solidement installé dans l’espace républicain et qui se caractérise par le poids des catégories populaires et peu diplômées (avec en particulier un vote dominant dans les âges intermédiaires 25-64 ans et un retard comblé dans l’électorat féminin). Peut-on croire que cette adhésion au RN sera éradiquée par ces stigmatisations ? Bien sûr que non. Ces dérives de la communication gouvernementale sont d’autant plus malfaisantes qu’elles s’attachent à une cause qui sera renforcée dans son espérance de victoire. Mépriser Marine Le Pen et la part importante du peuple qui la soutient est une faute démocratique dont les effets seront à imputer au débit de ce pouvoir qui s’obstine à être de plus en plus faible dans le domaine d’où son opposant principal tire sa constante avancée. J’ose espérer qu’entre les déclinistes sans nuance et sans espoir d’aujourd’hui et les idiots utiles du RN, une autre voie existe, une embellie est possible.

Rambouillet: après la colère, la réflexion et la résolution

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Une tribune libre de Jean Messiha


Stéphanie Monferme sera-t-elle la goutte, que dis-je, le flot de sang qui fera déborder le vase ?

Elle tombée, comme tant d’autres, sous les coups de racailles issues de certaines immigrations et elles seules. Maghreb principalement mais aussi Moyen-Orient, Afghanistan, Pakistan, Tchétchénie et Afrique subsaharienne. 

Ne nous y trompons pas. Les crimes abjects commis au nom d’Allah ne sont que la pointe sanglante d’un iceberg de haine anti-française, anti-occidentale, anti-blanche et anti-chrétienne qui gangrène toute une partie de notre société. Le « djihadisme » n’est qu’un élément de la guerre qui nous est menée. S’y ajoute la guérilla urbaine des jeunes immigrés arabes et noirs contre l’Etat, les crimes atroces commis contre les Français pour un mauvais regard, un mot de travers ou une cigarette refusée. Et ne parlons même pas de ce harcèlement des femmes, blanches ou simplement libres, par des « relous », certes autrefois « gaulois », mais aujourd’hui majoritairement « reubeus » et « renois ».        

Face à cette réalité, il faut impérativement se garder de sombrer dans une rancœur raciste qui ne correspond pas à nos valeurs et ne résoudra en rien cette problématique existentielle qui nous assaille.

Mais nous ne pouvons pas non plus nous laisser endormir plus longtemps par la fable du « tout finira par s’arranger ».

Car on connait la rengaine. « Plus de milliards déversées sur les cités, moins d’élèves par classe dans les territoires de non-France ou d’après France, plus de contrition sur notre passé colonial, plus de mixité sociale (traduisez ethnique), plus de flics, plus de laïcité etc. finiront bien par résoudre cette adversité profonde ». Mais en « même temps, pour reprendre le grand écart macronien, on garde ouvertes les vannes de ces immigrations qui non seulement altèrent profondément notre identité profonde mais nous amènent pauvreté, communautarisme, extrémisme religieux, antisémitisme, sexisme, homophobie, surcoût social, sur-délinquance, terrorisme, mais aussi, et de plus en plus, une insurrection urbaine quotidienne. Guerre larvée qu’on nous oblige a subir au motif que la France reste ouverte, humaniste, fidèle à ses traditions d’accueil bla-bla-bla… quitte à en crever !

Eh bien non.

« On va s’arrêter là », répond calmement Marianne, magnifique incarnation féminine de la nation française.

Le viol du pays c’est fini.

Nous allons progressivement reprendre en main notre destin civilisationnel.

Progressivement, oui. Mais ça sera très long !

Regardons, en effet, les choses en face, chers compatriotes. Le mal s’est tellement enkysté qu’il faudra une génération pour en venir à bout. Une génération c’est une éternité, oui, et nous avons à la fois envie et besoin d’aller plus vite. Mais certainement pas au prix de la démocratie et de l’Etat de droit. Car s’affranchir de l’un et/ou de l’autre au nom de l’exaspération et de l’urgence, c’est précisément ce qui distingue les extrémistes de gauche ou de droite, les cocos ou les fachos, des républicains. 

Nous devons baser notre stratégie de reconquête nationale sur la préparation, la méthode, la détermination et les lois.

Ce n’est pas parce que les textes actuels sont insatisfaisants que l’on doit s’en passer ou les dépasser. Quand les lois et leur chapiteau ultime, la constitution, ne correspondent plus aux besoins de la nation, alors on en change. Mais pour en changer il y a des règles. Et ces règles nous les respecterons. Inspirons-nous de la patience et de l’opiniâtreté de nos amis britanniques.

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Entre le lancement du processus du Brexit, qui peut être daté du Discours du Trône de mai 2015 prononcé par Sa Majesté posant le principe d’un référendum, et la sortie effective de l’Union européenne, il s’est écoulé cinq ans et demi durant lesquels tout fut fait pour empêcher la réalisation du vœu populaire.

Des millions de britanniques ont trouvé ça très long, trop long. Mais pour rien au monde et certainement pas pour aller plus vite, ce grand peuple n’aurait piétiné les règles de leur vieille et belle démocratie.

Pour mettre hors d’état de nuire les ennemis de la France, il faudra gagner deux élections clés. Celle qui conduit une femme ou un homme à l’Elysée d’une part, et celle qui porte une majorité de près de 300 députés à l’Assemblée nationale, d’autre part. Mais ce n’est pas tout. L’Etat de droit ce sont aussi cinq institutions fondamentales : le Conseil Constitutionnel, le Conseil d’Etat, la Cour de Cassation, la Cour Européenne des Droits de l’Homme et la Cour de Justice de l’Union Européenne, largement aux mains d’adversaires résolus de la France.

Nous vivons aujourd’hui dans une « République de juges » idéologisés qui se moquent comme d’une guigne des aspirations du peuple. Bien entendu, il n’est pas question de les chasser comme les marchands du temple même si l’envie nous dévore. Il faudra combattre ces félons avec l’arme suprême de la démocratie : le référendum, les révisions des traités voire au pire notre retrait. Il n’y a que devant cette arme atomique qu’ils s’inclineront. Et nous leur infligerons autant d’Hiroshima démocratiques que nécessaires jusqu’à leur capitulation devant la volonté populaire.  

Rien ne peut se faire sans la sanction du scrutin populaire.

Il n’est en effet pas question de laisser des militaires, aussi bien intentionnés et patriotes soient-ils, s’imposer ou s’interposer comme recours. En retraite, ils ont parfaitement le droit de s’exprimer pour défendre notre pays, comme d’ailleurs certains d’entre eux viennent de le faire dans une récente tribune publiée dans Valeurs Actuelles. Régulièrement d’autres professions publiques prennent la plume dans les journaux, à l’instar des magistrats en poste, sans que cela ne suscite d’ailleurs la moindre polémique. Mais les militaires, furent-ils en retraite, ne doivent pas laisser penser, même en creux et sans doute maladroitement, que l’armée interviendrait. Il est tout aussi inopportun qu’un chef de parti politique invite cette institution, par essence neutre, à prendre parti. L’armée doit protéger le pays mais doit également obéir aux ordres que le pouvoir politique légitimement élu lui donne. Et si ce dernier lui demande de l’aider à rétablir l’ordre là où il le faut, elle doit se mettre en marche. Mais ni avant ni sans cet ordre.

Nous savons que pour nous voir confier la mission de redressement du pays il nous faut convaincre avec un programme qui trace le chemin d’une reconquête totale : économique, sociale, nationale, sécuritaire et identitaire. 

J’ai déjà abordé la partie économique et j’y reviendrais dans les semaines à venir. Je vais aborder dans le détail ce que nous devons proposer aux Français en matière migratoire, sécuritaire et identitaire qui est, à juste titre et au vu de l’actualité aussi régulière que sanglante, leur priorité.

L’immigration zéro est illusoire. Mais l’établissement de quotas annuels est à la fois possible et souhaitable, même si ceux-ci doivent être pour longtemps réduits à leur portion congrue.

  • Quotas pour le regroupement familial ;
  • Quotas pour les visas de travail ;
  • Quotas pour les étudiants ;
  • Quotas pour l’asile y compris celui des mineurs isolés qui devra être demandé dans l’ambassade ou le consulat de France du premier pays d’exil ou de transit après la fuite ;
  • Zéro régularisation pour les clandestins. Ils doivent d’abord quitter le territoire et demander un visa de travail depuis leur pays d’origine.

Pour les étrangers en situation régulière présents sur notre sol, nous devons réviser la loi de façon à pouvoir supprimer le droit au séjour en cas de délits sérieux, de chômage chronique ou de menace à l’ordre public. 

Les clandestins c’est-à-dire ceux qui se sont introduits ou se maintiennent illégalement en France doivent être pourchassés – oui j’ose le terme – et internés dans les Centres de Rétention Administratif, non plus pour 90 jours maximum mais jusqu’à leur expulsion, peu importe le temps que cela prend. On réglera ainsi la question de la coopération ou non-coopération des pays d’origine.   

Cela suppose d’augmenter massivement et rapidement la capacité de ces centres, quoi qu’il en coûte et, de préférence, sur des terrains militaires abandonnés afin de ne pas être butte aux chicaneries des maires des communes hôtes.

Mais cela suppose surtout de sortir les juges trop souvent « roses » ou « rouges » y compris dans la justice administrative de la gestion migratoire.

La délivrance et le renouvellement des titres de séjour doit redevenir un acte administratif qui relève d’un choix politique porté par le Ministère de l’Intérieur en liaison avec le Ministère du Travail et basé sur des critères objectifs. Les recours doivent exister car un premier niveau de décision peut se tromper ou se montrer abusif ou inéquitable. Mais ces recours doivent demeurer au sein de l’appareil d’Etat.  Les étrangers qui ne foutent rien ou foutent le bordel et parfois les deux seront virés par décision administrative. 

Le nouveau rôle du juge devra être strictement limité à la constatation de l’existence ou du défaut de titre de séjour pour éviter les méprises et le « zèle » excessif de certains fonctionnaires.

Rien de tout cela ne se fera sans de grandes batailles médiatiques, législatives, constitutionnelles contre la mobilisation du camp des malsains qui manifestera partout pour défendre la colonisation et l’invasion.  

Dernier point à traiter, la question de ceux qui sont de nationalité française.

La réponse est largement dans la question. Quand on est Français, on est Français, quelle que soit la manière dont on a acquis notre nationalité et la date à laquelle on l’a acquise. Il existe naturellement la possibilité de sa déchéance. Mais ne nous leurrons pas cela restera nécessairement un procédé tout à fait exceptionnel et concernera ceux qui se sont rendus coupables d’actes de guerre contre la France (terrorisme).

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Nous abrogerons le droit du sol pour lui substituer un droit de la naturalisation beaucoup plus exigeant selon le principe « la nationalité française s’hérite ou se mérite ». Pour ceux qui sont devenus Français, et malgré ce que l’on pense de la folie du droit du sol, s’appliquera la loi, comme pour nous tous, et ce que nous tracions notre « francité » depuis un siècle ou depuis un an. Et cette nouvelle loi sera dure pour les prédateurs de toute nature et toutes origines.

Notre contrat social est exceptionnel. Nous sommes un des pays les plus généreux du monde à l’égard de ses citoyens et nous entendons le rester. La contrepartie que je propose est la sévérité absolue à l’égard de ceux qui rompent ce pacte national. Depuis le moment où ta maman te porte dans son ventre jusqu’à ton dernier souffle, la société est à tes cotés. Elle t’éduque gratuitement, t’aide à te loger, te paie à ne rien faire quand tu ne peux (ou ne veux pas) travailler, te soigne gratuitement ou presque, t’offre mille occasions de te cultiver, te distraire ou faire du sport à un prix dérisoire (maison de la culture, clubs subventionnés, etc.), t’offre des transports en commun à une fraction de son coût réel et j’en passe. Ce que l’on exige de toi, c’est que tu respectes la collectivité qui t’accueille. Et si tu ne le fais pas, tu vas le payer et le payer d’autant plus cher que ce que tu as commis est grave.                

Il reste la question de l’islam. Que devons-nous faire de cette religion qui est la seule qui engendre menaces et attaques insupportables ?

L’islam restera en France. Il ne s’en ira pas. Il n’y a pas à lutter contre l’islam en tant que foi, car, sur le plan terrestre, cette foi en vaut bien une autre. Mais il faut lutter contre tout ce qu’elle contient de contraire et d’adverse à notre idéal républicain.  Et cela ne manque pas.

Cette religion doit être sous surveillance et il faudra prendre des mesures supplémentaires pour lui montrer que notre civilisation prévaudra sur sa part d’obscurantisme.

Nous la soumettrons aussi par les symboles, et le premier d’entre eux est celui du voile islamique qui ne devra plus avoir droit de cité dans aucun bâtiment sur lequel flotte le drapeau tricolore. Plus d’étendard féminin de l’islamo-fascisme dans nos écoles, nos universités, nos mairies, nos préfectures, nos hôpitaux publics, nos assemblées nationales et locales et autres. Pour émerger, la République a dû mater le catholicisme, alors religion de la majorité et pilier de notre civilisation. Alors nous saurons faire plier la religion de Mahomet qui n’est ni majoritaire ni historique. Encore faut-il que nous ayons le courage de nous préparer un combat long et éprouvant, combat auquel se joindront nombre de Français musulmans qui ont choisi d’être et de vivre Français.

La joie du deuil

Driss Ghali raconte une soirée sur les toits, au Brésil


Il faisait bon. Vraiment bon. Le soleil se couchait, noyé derrière les buildings gris et blancs, l’air était propre et légèrement humide, de cette humidité qui effleure la peau et ouvre les pores. Je respirais à plein poumons, un acte jouissif car illicite par les temps qui courent où suffoquer derrière un masque est un symbole de respectabilité.

Ici, sur le toit de l’immeuble, pas de caméras, pas de contrôle : la respiration est libre. La définition du luxe.

Fabio, mon voisin de palier, a monté les bières. Une dizaine de cannettes plongées dans un banal sac en plastique noir. Au fond du sac, Fabio a mis une compresse d’eau glacée, couleur vermeille, comme celle que les sportifs appliquent sur leurs lésions.

Souvenirs du Maroc

Au Maroc aussi, mes amis et moi dissimulions l’alcool dans des sacs noirs pour passer inaperçus. Combien d’imprudents ont été cueillis par la police à la sortie du supermarché pour « port d’alcool par un musulman » ! Souvent, je faisais porter le sac par Mathieu, un copain du lycée, lui il ne risquait rien, il n’était pas musulman.

Je craignais moins la police que la réaction de mon père qui ne supportait pas que des hommes en uniforme posent la main sur ses fils. « Je les ai bien élevés mes enfants, j’en suis garant, occupez-vous plutôt des voyous et des rodeurs ».

Un jour, je l’ai vu se porter volontaire pour se faire coffrer à ma place après qu’un motard de la police ait voulu m’emmener au poste. C’était un malentendu. Au beau milieu d’un rond-point, j’ai vu un motard foncer sur moi par la droite, alors j’ai pris peur et j’ai klaxonné en levant la main en guise de protestation. Il y a vu un outrage. « Emmène-moi à sa place, lui a encore besoin d’un casier vierge pour travailler, moi à mon âge je m’en fous, j’ai survécu à Oufkir, je survivrais bien à une nuit au poste ».  L’affaire s’est réglée sur place à la marocaine, le flic ayant embrassé mon père sur le front en signe de respect. Depuis, je ne lève plus la main, je me contente de sourire en toutes circonstances.

« Dis, on l’a bien niqué le syndic » me glisse Fabio en se frottant les mains. Il me fait : « avance ton verre que je te serve ».  Oui, on s’est bien moqué du syndic car il est strictement interdit d’accéder au toit de l’immeuble.

« Bon, dis-moi tu les as eues comment les clefs ? »

Fabio a une dent contre le syndic, un jeune écolo qui roule à vélo (en contre-sens et sur le trottoir) mais qui porte son masque avec le soin d’un chirurgien dans un bloc opératoire.

« J’ai fait du charme à la concierge, c’est tout, faut pas chercher plus loin ».

Exil volontaire au Brésil

Les vieilles dames ont toujours eu un faible pour moi, elles n’ont pas besoin d’une carte de visite pour savoir qui je suis : un gentil garçon, relativement inoffensif, largué en Amérique du Sud. Un bagnard volontaire qui a préféré le bagne de Cayenne à une vie comme il se doit à Paris. Un fugitif.

Perchés au-dessus de douze étages, nous avions une vue directe sur les appartements aux alentours.

« Tiens regarde la brune aux fesses rebondies…là-bas au quatrième…celle qui fait du vélo d’appartement ».

Oui, Fabio, je l’ai vu. Elle va décoller incessamment sous peu. Elle se lève et s’assoit de manière compulsive comme si le sol sous ses pieds était en train de se dérober.  C’est peut-être ça le secret pour avoir des fesses harmonieuses que les hommes détectent à cent mètres de distance.

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Nous sommes restés quelques minutes dans cet état de contemplation, calculant au cm3 près le volume de chaque fesse et de chaque cuisse. Du temps de Cro-Magnon, cette compétence était cruciale, le chasseur devant évaluer en un clin d’œil l’intérêt et le risque d’attaquer une proie. De nos jours et avec l’avènement des surgelés, ce talent est devenu inutile. Nous sommes comme des nains dotés du bouton nucléaire.

Fabio a la cinquantaine, un bel homme aux yeux bleus et aux cheveux grisonnants. Il descend (comme la plupart des habitants de São Paulo) d’ancêtres espagnols et italiens. Il bosse dans une banque, au service sécurité. Il collectionne les armes : il a un revolver Taurus, un fusil de chasse et un fusil d’assaut AR-15. Le tout dans son appartement deux étages en-dessous.  Il vote Bolsonaro bien sûr. Il estime qu’un homme est un homme quand il protège sa femme, sa famille et sa propriété. Je trouve qu’il a raison. Mon seul désaccord avec lui est que je ne suis pas né pour porter un revolver à la ceinture. Il m’est déjà arrivé de tirer au Beretta (en compagnie de policiers français qui m’ont fait une fleur, il y a très longtemps…je n’en dirais pas plus). J’ai tiré une dizaine de balles : toutes ont atterri sur le mur en bois loin, très loin de la cible. Depuis, je me suis convaincu qu’il valait mieux sous-traiter le monopole de la violence à des professionnels et laisser les rêveurs imaginer un monde où le loup caresse les agneaux au lieu de les dévorer.

Le vent se lève. Une brise embrasse nos joues pâles. Je lève les yeux au ciel où je vois la trainée de fumée d’un avion. Jadis, je me demandais si l’avion avait mis le cap sur une destination exotique. Désormais, je remercie Dieu de ne pas mettre les pieds dans un aéroport pour me faire palper par un inconnu et me faire enfoncer un coton-tige dans les narines.

La brune continue à manœuvrer en bout de piste. Et nous de la regarder, une cannette de bière fraiche et mouillée à la main. Un bonheur simple.

L’appel des origines

Je me sens bien. Avant de monter, j’ai passé quelques minutes à méditer, à ma manière dans un syncrétisme qui mêle respiration ralentie et musique relaxante. Aujourd’hui, j’ai répondu à l’appel de mes origines et écouté les yeux fermés les psalmodies des tijanis, des musulmans du Sénégal. A contre-courant de la gravité ambiante, les tijanis prient avec le sourire. Ils ont vraiment l’air heureux d’être ensemble et de scander des louanges interminables à leur maître, un certain Tijani, un Algérien né au XVIII° siècle.  

Les tijanis sont comme moi, ils ont besoin d’amour et non de morale. Mes parents ont déjà fait le travail : ils m’ont appris le sens du Bien et du Mal.

Je ne vous en dirai pas plus car je ne veux pas en savoir plus. En matière de religion comme de femmes, plus on s’approfondit dans le sujet plus on risque d’avoir de mauvaises surprises.

Un jour peut-être, j’irai au Sénégal pour entendre chanter ces jeunes hommes au visage d’ébène. Vous me verriez alors flottant dans un boubou rose et blanc, posé sur un sofa, les jambes croisées, la tête qui va et vient au rythme de la musique. De son vivant, mon père me disait que j’avais une vocation de prêtre. Il n’avait pas tout à fait tort.

« Tiens, regarde qui vient ».

Histoire de femmes

La femme de Fabio a trouvé notre cachette. Elle ramène des amuse-gueules en plus de sa chevelure châtain clair. Elle glisse sur le béton poli, toutes voiles dehors. Menue mais svelte, ni moche ni belle, elle est une pure création du yoga et de la diète végane.  Sa mère est perse, son père est un Brésilien de souche, un amérindien tupinamba. Ce pays assimile tout ce qu’il touche car il est intransigeant : soit tu te mélanges, soit tu meurs. Trop de contradictions, trop de paradoxes ici, au lieu de les combattre, il vaut mieux se les injecter dans le sang comme on s’injecte un vaccin.

Deisy m’aime bien et c’est réciproque. Je suis un des rares à ne pas la draguer. Elle croit que je suis intelligent (les gens confondent souvent culture et intelligence) et me demande constamment ce que je pense de l’avenir du régime iranien, si les ayatollahs vont partir un jour etc. « Ma mère est née à Ispahan et elle veut revoir la maison de son enfance avant de mourir. »

Ce n’est pas gagné…

« Tu sais Deisy, tu as de la chance de ne pas avoir de connexion charnelle avec le Moyen-Orient. Tu ne souffriras pas comme ta mère. Il vaut mieux penser à préserver l’Amazonie que de sauver des peuples qui prennent la politique trop au sérieux »

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Ses yeux brillent : elle doit croire que je suis intelligent, je suis juste tragique.

Deisy a les pupilles jaune-marron, elle est déjà sauvée : c’est une panthère de la savane brésilienne, une panthère végane mais un animal tropical quand même. Comme quoi un certain métissage guérit contre les malheurs et les dettes inacquittables de la vie.

Ça y est. Fabio et moi sommes en train d’arriver à bout du stock de bières. Il est temps de prendre une décision essentielle : on reste sur la bière ou on monte une bouteille de vin ? Fabio décide pour nous : il préfère la Heineken.

Deisy se retire, elle craint la bière comme on craint un danger imminent. « Le houblon, ça fait enfler. »

Enfin à deux, je peux titiller Fabio.

« Tu en es où avec la nana de la banque ? »

J’adore entendre les histoires sentimentales des autres, c’est une école de l’humain, une œuvre édificatrice.

Il jette un dernier coup d’œil en direction de la brune au vélo d’appartement et me répond :

– Ah la stagiaire, tu veux dire ? C’est fini, elle s’est trouvé un petit copain de son âge.
– Et l’étudiante en médecine ?
– Je l’ai vue ce matin.
– T’as pas peur d’attraper le corona ?
– Tu sais du moment qu’elle ne tombe pas enceinte… Le corona, ça se soigne. Une grossesse, non.

Il est déjà 20h. Il est temps de descendre. On partage la dernière canette et on remballe le matériel.

On prend les escaliers en faisant attention, l’alcool a fait son effet. Pendant que Fabio me raconte sa dernière consultation médicale, je me demande si nous serons sauvés un jour, si nous serons appelés pour la vie d’après, ou bien si notre existence va se résumer à soudoyer la concierge pour boire des bières sur le toit.

– Dis Fabio, pourquoi tu fais ce que tu fais ? Pourquoi pas avoir une seule femme ?
– Parce qu’il y a trop de bonnes femmes disponibles !
– Comment ça ?
– Les mecs ont la trouille du corona, ils veulent plus entendre parler de gonzesses, ils veulent même plus mettre le nez dehors, alors baiser tu parles ! J’en profite comme je peux avant…
– Avant que ta femme ne découvre…
– Avant que ça pète, bon sang ! Tu crois que ça va continuer comme ça cette plaisanterie ? Personne ne bosse, les boîtes font faillite, y en a que pour les vaccins, c’est pas tenable ! La machine finira par s’arrêter et on commencera à se bouffer les uns les autres. D’ici là, je me tape tout ce qui bouge et m’entraîne au tir. Tu devrais faire pareil, c’est moi qui te le dis.
– Je sais pas tirer…
– Prends des cours tant que c’est encore possible. Je te débrouille la licence de tir sportif, j’ai des contacts.

Si j’étais sage, je sauverais ma peau et laisserais sombrer le navire. Qu’ils aillent au diable les idiots et les myopes qui nous ont lancé à pleine vapeur contre l’iceberg. Qu’ils crèvent ! Plus tard, quand tout sera fini, les survivants reconstruiront une nouvelle civilisation, meilleure et plus belle que la précédente. L’essentiel est de survivre à la grande débâcle pour participer à la Renaissance.

Quelques instants plus tard, je rentrai chez moi, le sourire au visage, transporté par la joie émancipatrice du deuil.

Oui, les militaires ont un perpétuel devoir de réserve!

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La tribune d’une poignée de militaires à la retraite exposant au grand jour le programme du Rassemblement national, à défaut d’être un réel danger, est un très mauvais signe pour la République, selon Jérôme Leroy. Selon lui les militaires doivent rester silencieux même lorsqu’ils ne sont plus en activité.


Des militaires ont-ils le droit de dire qu’il s’inquiètent pour la France, demande Aurélien Marq. Eh bien, la réponse est claire. Non, ils n’en ont pas le droit. Le préfet Prouteau, ce gauchiste ancien chef du GIGN, rappelait sur CNews, que non seulement ils ont un devoir de réserve mais aussi une obligation de réserve. La Grand Muette, comme son nom l’indique, n’a pas de près ou de loin à se mêler de la vie politique. L’obligation de réserve s’impose au soldat comme s’impose au médecin le secret médical ou au curé celui de la confession.

Agents électoraux du RN

Pour une fois qu’Agnès Pannier-Runacher, la libérale macroniste, a eu un bon mot, empruntons-lui,  il ne s’agit certes que d’un « quarteron de  généraux en charentaises ». Mais dans le climat actuel qui règne en France, ou comme par hasard, parce qu’on est à quelques mois des élections, la surenchère sécuritaire revient comme à chaque fois, accompagnée de lois de circonstance prises dans la dictature de l’émotion (on en est à la vingtième loi antiterroriste en vingt-cinq ans), ce n’est certainement pas le rôle de l’armée, ou plus exactement d’une infime partie factieuse de l’armée de se transformer en agents électoraux du RN.

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Non, ils n’ont pas le droit de tenir un langage de guerre civile en disant la craindre alors qu’ils l’appellent de leurs vœux avec une joie mauvaise quand ils souhaitent voir leurs « camarades d’active » entrer dans la danse macabre pour rétablir l’ordre. Quel ordre, d’ailleurs ? Celui des bonnes vieilles dictatures militaires qui ont sévi dans le sud de l’Europe jusqu’au mitan des années 70. Inutile de se demander d’ailleurs, pourquoi l’extrême-droite a été inexistante et demeure marginale au Portugal, en Grèce, en Espagne : ils ont déjà donné. Et il y en a encore un grand nombre pour se souvenir de ce que ça voulait dire de vivre sous Salazar et Caetano, sous Franco ou sous les colonels grecs qui avaient même cru bon d’interdire Platon pour homosexualité. La tribune de ces généraux mettant en avant des arguments « civilisationnels » comme ils disent sont les mêmes que ceux des dictateurs cités ci-dessus. Même discours sur la décadence,  même discours contre l’ennemi intérieur (hier le communiste, aujourd’hui l’immigré terroriste, forcément terroriste).

Vite, rétablissons le service militaire !

On va dire que je vois le mal partout, qu’après tout ce n’est pas si grave, que ce n’est pas pour ça qu’il y a une intention clairement putschiste. Il faudrait tout de même éviter de nous prendre pour des billes quand on choisit pour la publication la date anniversaire du putsch d’Alger, soixante ans après jour pour jour. Ce n’est d’ailleurs pas très malin.

Si vraiment ces généraux de papiers aimaient la patrie, ils auraient mieux fait de choisir le 13 mai, comme date anniversaire, comme le 13 mai 1958 qui vit De Gaulle revenir aux affaires sans tirer un coup de feu mais en expliquant tout de même à la Représentation Nationale que c’était lui ou les chars qui entraient dans Paris. Mais non, De Gaulle, c’est encore trop républicain pour cette demi-brigade de préretraités.

Au-delà du scandale que représente cette insulte à la République par quelques éléments qui ont pourtant, plus jeunes, fait le serment de la défendre au prix du sacrifice suprême, on se retrouve confronté à cette immense bêtise qui a été la disparition programmée du service militaire, pour des raisons budgétaires, comme d’habitude.

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L’armée, c’est l’armée de la nation, celle des soldats de l’An II. Une nation coupée de son armée et une armée livrée à l’entre soi, ce n’est pas très sain. Si demain on rétablissait le service national, ce que nous souhaitons, ce genre de chose n’arriverait plus. On rappellera pour mémoire que ce sont les appelés en Algérie, précisément, qui ont fait échouer le putsch d’Alger en refusant de suivre les régiments de paras. On rappellera aussi à tous ceux qui craignent les « banlieues islamisées » que la liste des noms des soldats engagés dans l’opération Barkhane et sur d’autres théâtres d’opération montrent bien que ceux qui meurent sous l’uniforme viennent aussi de ces quartiers que d’autres galonnés rêvent de voir soumis à la loi martiale.

Bref, ne leur demandons pas de rentrer dans leurs casernes, ils n’y sont plus. Mais on peut leur demander de se taire, voire l’exiger. C’est ce que semble avoir compris, après un temps de sidération, ce gouvernement qui a oublié que l’histoire peut être tragique même si pour l’instant, il s’agit encore d’une farce de bien mauvais goût.

Les Turcs en France sont-ils vraiment acquis à Erdogan?

Sous influence, les Turcs en France permettent à Erdogan de s’ingérer dans la politique.


>>> Relire la première partie de l’article <<<

Autarcie linguistique

L’endogamie hors-normes de la diaspora turque s’explique par l’existence d’un cadre culturel propre et étanche, dans lequel évolue la majeure partie de la communauté turque et qui la sépare nettement des autres populations (y compris de celles issues des pays musulmans du Maghreb). Les représentations structurant ce cadre sont fortement marquées par le gurbet, un attachement nostalgique à la terre des ancêtres qui « rappelle à chacun son exil et son extranéité à la société environnante »[1]. Elles se caractérisent aussi par l’importance accordée à la turcité, dont les deux fondements essentiels sont l’Islam et la langue turque. ”

Le refus de l’acculturation diagnostiqué par l’endogamie se retrouve donc logiquement dans des pratiques langagières en rupture avec la société d’accueil. Parmi les différentes catégories d’immigrés, les turcophones ont en effet la particularité d’une faible maîtrise du français et d’une pratique hégémonique de la langue d’origine au sein du foyer.

L’enquête Trajectoires et Origines publiée par l’INED en 2016 révèle ainsi que 74% des turcs immigrés arrivés en France à 17 ans ou plus déclarent n’avoir eu aucune maîtrise orale du français au moment de leur installation (20% avaient un niveau « intermédiaire » et seuls 6% étaient « à l’aise »), soit la proportion la plus élevée parmi toutes les nationalités étudiées[2]. Si leur maîtrise tend à s’améliorer après une certaine période de présence, elle n’en demeure pas moins en net retrait par rapport aux autres immigrés : seuls 31% des femmes et 57% des hommes immigrés turcs se déclarent « à l’aise » à l’oral en français au moment de l’enquête, soit le niveau le plus bas de l’étude[3].

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Ce différentiel de 26 points entre les sexes résulte sans nul doute du rôle traditionnel des femmes turques, essentiellement centré sur le foyer et peu porté au contact avec l’environnement extérieur – ou alors dans le cadre exclusif de la communauté. Or les immigrés turcs sont également ceux qui déclarent le plus souvent transmettre exclusivement leur langue d’origine à leurs enfants[4]. La transmission familiale s’appuie notamment sur l’omniprésence des médias turcophones audiovisuels et écrits : grâce à la diffusion satellitaire, la plupart des grandes chaînes de télévision turque « ont des filiales européennes proposant des émissions, des débats, des films destinés aux Turcs d’Europe », tandis que « les éditions européennes des grands titres de la presse nationale turque sont éditées et distribuées via l’Allemagne »[5].

À cette inculcation privée s’ajoute un recours plus fréquent aux Enseignements de langue et de culture d’origine (ELCO)[6] au sein de l’école publique française. Le Ministère de l’Education nationale estimait qu’environ 13 000 élèves suivaient des ELCO en turc pour l’année scolaire 2018/2019 ; d’après Jérôme Fourquet, « l’on constate que les classes ELCO sont davantage fréquentées par les jeunes d’origine turque que par les jeunes d’origine maghrébine »[7]. Ces cours étant « donnés par des enseignants originaires des pays concernés qui sont mis à disposition par leurs gouvernements respectifs ou recrutés localement par les autorités consulaires »[8], la question de leur politisation au bénéfice du gouvernement d’Ankara se pose régulièrement. Comme le souligne le chercheur Tigrane Yégavian, « les manuels envoyés par le ministère turc aux enseignants des ELCO véhiculent la propagande ultra-nationaliste, négationniste – référence au “soi-disant génocide arménien” – et fondamentaliste du régime d’Erdoğan »[9].

L’aspect ségrégué et politisé de l’Islam turc en France

La diaspora turque cultive également sa singularité dans la pratique religieuse. Musulmane sunnite dans sa grande majorité, elle ne se mêle presque jamais aux autres fidèles musulmans présents sur le sol français – issus pour l’essentiel du Maghreb et de l’Afrique sahélienne. Comme le relève Jérôme Fourquet, « les communautés turques disséminées sur le territoire national se dotent quasi systématiquement de leur propre mosquée, alors que les musulmans issus d’autres origines partagent souvent le même lieu de culte »[10].

La Turquie intègre de longue date ses imams « officiels » au sein de l’administration d’État. Ceux-ci relèvent de la « Présidence des affaires religieuses » (Diyanet), une sorte de puissant Ministère du culte qui opère en Europe sous le paravent de l’Union islamique turque des affaires religieuses (DITIB). Il est lié en France au Comité de coordination des musulmans turcs de France (CCMTF), créé en 2001 et qui gère aujourd’hui un réseau de 280 mosquées dans lesquelles opèrent 151 imams directement détachés par le gouvernement turc[11]. Ces fonctionnaires sont autant de relais potentiels pour la vision politico-religieuse du président Erdogan auprès des Turcs vivant en France.

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À cet Islam d’État s’ajoutent des confréries turques non-gouvernementales, mais néanmoins très proches des autorités d’Ankara. Il en va ainsi de la Confédération islamique Millî Görüs (« Vision nationale »), fondée en 1995 par Necmettin Erbakan – ancien premier ministre et inspirateur de Reycep Erdogan – à destination des populations turques d’Europe occidentale. Cette organisation siégeant à Cologne agit « comme la maison-mère de tous les partis islamistes turcs »[12], dont l’AKP au pouvoir. Elle s’est fait connaître du grand public français en 2021 lorsque la municipalité de Strasbourg a adopté le principe d’une subvention de 2,5 millions d’euros pour la construction de sa grande mosquée dans la ville [13]. Ayant connu un fort développement dans l’Est depuis trente ans, Millî Görüs aurait aujourd’hui la main sur 71 mosquées et 286 associations en France[14]. Elle cible particulièrement l’éducation des plus jeunes à travers l’ouverture d’écoles musulmanes[15], des cours de turc et d’histoire ou encore des programmes d’aide sociale et administrative.

Il est à noter que le CCMTF et Millî Görüs font partie des quatre associations membres du Conseil français du Culte Musulman (CFCM) à avoir refusé de signer la « Charte des principes pour l’Islam de France »[16], censée affirmer la compatibilité entre la religion musulmane et les principes républicains.

Le rôle de la communauté comme relai des pressions d’Ankara

L’ampleur de la communauté turque en France, son degré relativement élevé de cloisonnement et sa structuration très forte en font évidemment un levier majeur d’influence pour le gouvernement turc dans ses relations avec la France.

Ce rôle est grandement facilité par le large soutien dont le président Reycep Tayip Erdogan et son parti l’AKP bénéficient au sein de cette communauté. Lors de l’élection présidentielle de 2018, Erdogan a obtenu 63,9% des suffrages exprimés dans les bureaux de vote ouverts en France (ambassade et consulats), soit 11,4 points de plus que la moyenne nationale turque (52,5%). Lors des élections législatives de 2015, l’AKP a remporté 50,7% des suffrages en France – soit 10 points de plus qu’en Turquie (40,9%) ; à Lyon, ce score est monté à 74,6%. On peut par ailleurs supposer que les minorités kurdes, alévies ou chaldéennes vivant en France étaient surreprésentées parmi les non-votants pour l’AKP.

Outre ce rôle de « réservoir de voix »[17], la diaspora sert aussi de vivier militant pour les ultra-nationalistes turcs qui se structurent à travers l’Europe. C’est particulièrement le cas du mouvement des Loups Gris, groupe néo-fasciste d’inspiration antichrétienne, antisémite et antikurde, étroitement associé au Parti d’action nationaliste (MHP) – soutien du président Erdogan. Les liens des Loups Gris avec l’appareil de renseignement turc amènent à les considérer comme « le bras armé de l’État profond »[18]. Leur implication est notamment évoquée dans les intimidations anti-arméniennes de Décines, Vienne et Dijon à l’automne 2020. Bien qu’ils soient formellement dissous par le gouvernement français en novembre de cette année. l’impact pratique de cette décision est incertain (puisqu’elle visait un « groupement de fait » et non une association structurée). L’idéologie des Loups Gris subsiste d’ailleurs à travers plusieurs organisations-paravents, dont la Fédération turque de France[19].

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Cette pratique du faux-nez est commune aux différents relais d’Ankara. Elle se manifeste par un entrisme marqué à l’échelon politique local, en particulier dans les régions de forte implantation turque ; Tigrane Yégavian a recensé plusieurs de ces situations à l’occasion des municipales de 2020[20]. Une stratégie plus visible est néanmoins tentée avec la création du Parti Égalité et Justice (PEJ), branche officieuse de l’AKP en France. Le PEJ a concouru aux élections départementales de 2015 et aux législatives de 2017, en ciblant là aussi les principaux territoires de la diaspora. Son programme proposait entre autres de faire de l’Aïd un jour férié et d’abolir la loi de 2004 interdisant les signes religieux à l’école publique ;  sa communication électorale mobilisait les thèmes de la « diversité » et du « vivre-ensemble ».

À travers le Comité de coordination des musulmans turcs de France et son important poids démographique, Ankara est également parvenu à placer l’un de ses représentants à la tête du Conseil français du culte musulman. Entre 2017 et 2019, le CFCM a été présidé par Ahmet Ogras, parent par alliance du président Erdogan et animateur de longue date des réseaux de l’AKP en Europe. Cette prise d’influence s’inscrit dans le cadre global d’une stratégie hégémonique de la Turquie sur l’Islam européen.

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De manière générale, la communauté turque se trouve systématiquement « activée à l’occasion des tensions entre Paris et Ankara »[21] pour faire pression sur les décideurs politiques français – et ce bien avant les crises de 2020. En janvier 2012 par exemple, 15 000 manifestants turcs ont défilé à Paris contre une proposition de loi visant à pénaliser la négation du génocide arménien, brandissant des panneaux de forme de carte électorale[22]. Le sens de cette manifestation co-organisée par Ahmet Ogras était net : les Turco-Français sont nombreux, largement fidèles à leur pays d’origine et déterminés à le défendre.

Alors que la France est confrontée à l’hostilité grandissante de la Turquie sur plusieurs théâtres militaires et politiques, un tel constat appelle des réponses politiques courageuses.

> Retrouvez l’intégralité des articles de l’Observatoire sur leur site http://observatoire-immigration.fr <


[1] Mehmet Ali-Kanci, op. cit.

[2] Stéphanie Condon et Corinne Régnard, « Les pratiques linguistiques : langues apportées et langues transmises » in Trajectoires et Origines. Enquête sur la diversité des populations en France, INED éditions, 2016, p. 124

[3] Stéphanie Condon et Corinne Régnard, op. cit., p. 126

[4] Stéphanie Condon et Corinne Régnard, op. cit., p. 130

[5] Mehmet Ali-Kanci, op. cit.

[6] Présentation du dispositif par le Ministère de l’Education nationale

[7] Jérôme Fourquet, op. cit., p. 172

[8] Ministère de l’Education nationale, op.cit.

[9] Tigrane Yégavian, op. cit., p. 20

[10] Jérôme Fourquet, op. cit., p. 172

[11] Tigrane Yégavian, op. cit., p. 18

[12] Tigrane Yégavian, op. cit., p. 17

[13] Résumé de l’affaire par Le Figaro

[14] Tigrane Yégavian, op. cit., p. 17

[15] En témoigne le projet controversé d’ouverture d’une école à Albertville (Savoie)

[16] Voir l’article du Figaro à ce sujet

[17] Tigrane Yégavian, op. cit., p. 22

[18] Tigrane Yégavian, op. cit., p. 15

[19] Voir l’article du Nouvel Obs à ce sujet

[20] Tigrane Yégavian, op. cit., p. 21

[21] Tigrane Yégavian, op. cit., p. 11

[22] Photographies

Rwanda, le débat entravé

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Philippe Prigent reproche aux télévisions françaises d’interdire d’antenne son client Charles Onana.


Causeur. Vous avez déposé deux plaintes, l’une auprès du CSA l’autre auprès du procureur de Paris, contre les chaînes de télévisions publiques françaises et Marie-Christine Saragosse, la patronne de France Médias Monde. En quoi consistent ces plaintes ?  

Philippe Prigent. La plainte auprès du CSA concerne la violation de l’obligation de pluralisme des opinions politiques, pourtant prévue par la loi audiovisuel et les conventions d’émission conclues entre les sociétés du groupe France Medias Monde et le CSA. En droit, les sociétés de France Medias Monde comme les autres médias régulés doivent respecter le pluralisme des opinions politiques. 

Or, le pluralisme suppose d’être au moins deux. Au sujet des massacres de Tutsis perpétrés en 1994 au Rwanda, deux thèses s’opposent. La première est que le génocide résulte d’un plan programmé de longue date par des dirigeants hutus avec la complicité de nazis que seraient les soldats et dirigeants français, et que ce génocide prévu de longue date serait survenu spécifiquement en 1994, pour des raisons incompréhensibles. 

La thèse adverse, soutenue notamment par mon client M. Onana, est que le Rwanda était en proie à une guerre civile à base notamment ethnique et que les massacres ont été largement spontanés, comme c’était le cas en Europe centrale et orientale lors des nombreux pogroms à travers les siècles. L’assassinat des présidents du Rwanda et du Burundi a mis le feu aux poudres, car tous les ingrédients d’une catastrophe étaient malheureusement réunis de longue date, et on peut s’interroger sérieusement sur le rôle de certains dirigeants tutsis actuellement au pouvoir dans cet attentat. C’était d’ailleurs la conclusion du célèbre juge Bruguière. 

Or la direction de France Medias Monde refuse expressément l’accès à l’antenne aux personnes soutenant la seconde thèse. La plainte auprès du Procureur de la République repose sur le délit de discrimination dans l’accès à un service en fonction des opinions politiques. 

Comme vous le devinez, l’accès à la radio et à la télévision est un service précieux pour faire connaître ses idées dans un débat politique et faire connaître ses livres. Or le Code pénal interdit de différencier dans l’accès à un service en fonction des opinions politiques, de l’orientation sexuelle, de l’appartenance raciale supposée, etc. C’est pourquoi un média ne peut refuser l’accès à l’antenne à une personne en raison de ses opinions politiques. C’est toutefois le choix de la direction de France Medias Monde, qui revendique par écrit avoir exclu M. Onana de ses antennes en raison de sa position au sujet du génocide survenu au Rwanda en 1994. 

N’est-ce pas le droit d’une rédaction – d’un média public ou privé – de décider des invités et donc de ne pas inviter et donner la parole à certaines personnes ? Que dit la loi sur le paramètre de discrétion des journalistes sur ce sujet ? Y a-t-il une différence entre le public et le privé ?

Non, ce n’est pas le droit. Il existe deux types de médias : les médias indépendants (comme les journaux et les chaînes de télévision internet) et les media régulés (comme les chaînes de télévision TNT et les radios). La différence fondamentale entre les deux types de médias est que les premiers n’ont pas besoin de l’État, les seconds, si.  Tout le monde peut créer une télévision en ligne ou lancer un nouveau journal sans aide de l’État et sans avoir besoin de son intervention. Par exemple, Causeur s’est lancé tout seul. 

En revanche, il est impossible d’émettre sur une fréquence radio ou sur un canal de télévision TNT sans intervention publique, car si tout le monde émettait comme il le souhaite les fréquences seraient brouillées et inaudibles. Si tout le monde tente d’émettre sur le canal de télévision n° 15, par exemple, il n’y a plus d’émission possible, car les signaux se brouillent. C’est pourquoi la télévision et la radio ne fonctionnent que si l’État réserve les fréquences à certains opérateurs en leur accordant un droit d’émission exclusif. Comme vous le devinez, ces droits d’émission exclusifs sont extrêmement précieux et ils sont la condition sine qua non d’existence de ces médias, privés ou publics. Une entreprise normale ne bénéficie pas d’un tel monopole accordé par l’État. Par exemple, Causeur n’a pas d’emplacement réservé dans tous les kiosques de France. 

La contrepartie de l’intervention de l’État pour accorder un droit exclusif est le respect du pluralisme, car l’État lui-même y est tenu. Quand l’État concède quelque chose à une entité publique ou privée, il transmet les obligations qui vont avec la chose concédée. Par exemple, les sociétés auxquelles des autoroutes ont été concédées doivent laisser tous les clients potentiels y circuler, sans en refuserl  l’accès en raison de leurs opinions politiques, de leur sexe, de leur religion, etc. 

La loi audiovisuel de 1986 et les conventions d’émission conclues entre le CSA et les divers médias régulés leur imposent expressément de respecter le pluralisme des opinions politiques. C’est d’ailleurs la raison d’être du CSA. Une rédaction peut tout à fait décider de ne pas inviter une personne en particulier à condition d’en inviter une autre qui pense la même chose. En revanche, refuser la parole à un camp dans un débat politique viole la loi et la convention qui autorise le média à utiliser sa fréquence d’émission. La règle s’applique aux media privés comme aux médias publics mais elle est encore plus exigeante envers les médias publics, tenus à l’exemplarité car ils sont de surcroit financés par les impôts de tous. En outre les médias ne sont pas au-dessus du Code pénal, qui fort heureusement s’applique à tous. Dès lors qu’un média régulé fournit un service grâce à une concession par l’État, il ne saurait refuser l’accès à l’antenne aux intéressés – de la même manière qu’une société concessionnaire d’autoroutes ne peut pas refuser l’accès aux femmes ou aux personnes qui votent contre la privatisation des autoroutes.

Pourquoi l’accès à ces médias a été refusé à votre client ? 

Le président de France Media Monde a répondu par écrit à des associations exigeant la censure de mon client qu’elle n’inviterait pas mon client dans les médias dépendant de son groupe parce qu’il tiendrait des « propos négationnistes ». Quel dommage qu’il n’y ait pas de juriste chez France Media Monde car un professionnel du droit aurait fait observer à Mme Saragosse que le négationnisme suppose de nier les faits or justement M. Onana expose que de très nombreux Tutsis ont été massacrés. 

Quel est le statut légal du génocide qui a  eu lieu à Rwanda entre avril et juillet 1994 ? Est-il légal en France de le nier au même titre que la Shoah et le génocide arménien ?

En droit, il est illégal de nier les massacres perpétrés sur les Tutsis au Rwanda entre avril et juillet 1994. La négation de ces massacres est une infraction pénale. 

Est-ce que M. Onana est un négationniste ?    

Non. Tout d’abord, la relativisation de l’extermination des juifs d’Europe par l’Allemagne nazie est très problématique. La sauvagerie antisémite allemande est unique dans l’histoire humaine récente et on ne saurait nier sa terrible spécificité. Ensuite, le négationnisme consiste à nier les faits. Or M. Onana ne nie pas les massacres commis au Rwanda au printemps 1994. 

Quand un spécialiste vous dit « oui, la pandémie tue », il faut être d’une rare mauvaise foi pour lui reprocher de nier l’existence d’une pandémie. On peut désapprouver son analyse des causes et des responsabilités, pas lui reprocher de nier ce qu’il affirme. 

Je constate que vous évitez le terme de « génocide » pour qualifier le massacre de Tutsis au Rwanda en 1994. Est-ce cela le fond de l’affaire ? Est-ce que M. Onana est interdit d’antenne en France car il ne pense pas qu’il s’agit d’un génocide ?

Je n’évite pas le terme de génocide, j’employais le terme massacres parce qu’il est concret tandis que génocide est une qualification juridique, largement indépendante du nombre de victimes en droit actuel. M. Onana pense qu’il y a eu un génocide et moi aussi.

Mars : laissez-nous rêver!

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Mars photographiée par la sonde Viking 1 en 1980 © NASA/USGS

L’humanité est en train de conquérir Mars. Une avancée scientifique majeure qui pourrait reléguer la planète rouge au statut de simple province de la Terre. Et aussi, malheureusement, mettre fin aux mythes et aux fantasmes qui, depuis des siècles, stimulaient l’imagination et la soif d’aventures intellectuelles.


La conquête de l’espace aurait-elle cessé de passionner les foules ? Les états d’âme de Meghan et Harry auront en tout cas provoqué une onde de choc planétaire nettement plus spectaculaire que l’arrivée du rover Perseverance sur la planète Mars le 18 février 2021. Il est vrai que quiconque observe l’état de la Terre et des rapports humains qu’on y entretient n’a guère envie de s’extasier, comme on le fit au siècle dernier, sur le génie humain capable d’accrocher un jour la conquête de Mars à son tableau de chasse. Ce récent exploit scientifique – car c’en est un – tombe par ailleurs d’autant plus mal qu’un symbolisme millénaire associe à la « planète rouge » guerres, épidémies et ravages divers. Menacés par le dérèglement climatique et la pandémie, apeurés et appauvris, les Terriens ont autre chose à faire que d’espérer des jours meilleurs dans cet hypothétique « ailleurs » : « On se lasse de tout, même de la planète Mars », écrivait en 1900 déjà le médecin psychologue Théodore Flournoy[1] tandis que certains de ses contemporains, tel Camille Flammarion, spéculaient sur de possibles communications télépathiques avec les Martiens[2].

Mars, alter ego de la Terre

Considérant jadis la planète Mars comme une sorte d’alter ego de leur maison mère, les Terriens ne pouvaient lui donner pour habitants que des créatures qui soient leurs complices potentiels ou leurs adversaires. C’était à qui conquerra, civilisera, de gré ou de force, ou exterminera les autres. Civilisés par les conquistadors terriens dans la fiction de Gustave Le Rouge (Le Prisonnier de la planète Mars, 1908) ou bien envahisseurs aux desseins meurtriers dans La Guerre des mondes de Herbert George Wells (1898), les Martiens jouèrent à merveille le rôle qu’on attendait d’eux et qui n’a guère changé depuis le Micromégas de Voltaire (1752) : incarner l’altérité qui devrait permettre aux Terriens les plus sensés de s’interroger sur leur identité toujours relative et d’apprendre à se tolérer les uns les autres au lieu de s’entretuer. Selon qu’ils étaient des êtres encore primitifs, ou les derniers représentants d’une antique civilisation disparue (Alexis Tolstoï, Aélita, 1923), les Martiens confortaient les Terriens dans leur rôle civilisateur ou les confrontaient à la nécessité de se réapproprier le savoir essentiel qu’ils ont perdu. Mais peut-être est-il déjà trop tard et les nouveaux habitants de Mars apparaissent de plus en plus fréquemment dans les fictions comme des fuyards désertant la planète qu’ils ont saccagée (Ray Bradbury, Chroniques martiennes, 1954). Les pionniers hyper spécialisés qui entreprennent la « terraformation » de Mars dans la trilogie de Kim Stanley Robinson[3] tentent au mieux de réaliser de manière rationnelle la société égalitaire que leurs congénères ont échoué à fonder sur Terre. Définitivement anéantis par le rayon laser de la science, les Martiens aux formes improbables et aux yeux couleur d’or vont décidément beaucoup nous manquer !

Désertique et inhabitée, glaciale et inhospitalière, la planète Mars semble avoir devancé par son refroidissement le dépérissement prévisible de la Terre

On sait en effet aujourd’hui que la tête de la fusée « Science » n’atteint Mars qu’en se séparant de la fiction et en larguant un imaginaire devenu incompatible avec ses propres observations. Est-ce une raison pour ne pas regretter le temps où l’imaginaire, inventif et aventureux plus que conquérant, était le fer de lance des grandes explorations ? L’emploi spontané de termes devenus suspects lorsqu’il s’agit de la Terre – exploitation, colonisation – révèle que les prédateurs humains s’apprêtent à renouveler leurs exploits ailleurs, très loin, fût-ce au détriment des Martiens si leur existence était avérée.

Les financiers d’ailleurs déjà s’affairent, pressés d’acquérir des parts du grand marché interplanétaire désormais ouvert. La pureté morale des scientifiques d’aujourd’hui n’arrêtera pas davantage les ardeurs spéculatives et guerrières qu’elle n’a pu s’opposer hier aux applications dévastatrices de la fission de l’atome.

Mars, reflet de notre futur

Mais avant de devenir la base stratégique à partir de laquelle les nouveaux maîtres du monde pourraient contrôler la Terre, ou l’Eden où de rares privilégiés pourraient un jour trouver refuge, Mars est le miroir dans lequel les Terriens sont invités à contempler ce qui les attend collectivement, à très long terme évidemment. Désertique et inhabitée, glaciale et inhospitalière, la planète Mars semble avoir devancé par son refroidissement le dépérissement prévisible de la Terre, aggravant ainsi l’angoisse des humains de se savoir seuls dans le système solaire et d’être, en dépit des quelques sauts de puce effectués dans l’espace, assignés à résidence sur une planète en voie de perdition. La curiosité intellectuelle mise à part, on se demande même quelle motivation masochiste pousse les hommes à s’en aller si loin chercher les traces éventuelles d’une vie microscopique aujourd’hui disparue, si tant est qu’elle fût. La fiction était plus stimulante quand elle dotait la planète rouge des vertiges d’une antique civilisation déchue. Du moins cette vision mélancolique, cette poétique des ruines à l’échelle cosmique pouvait-elle redonner aux Terriens l’envie de préserver à tout prix leur culture !

À lire aussi : La vie d’un chauffeur de bus compte (aussi)!

Si le désir de s’arracher à la pesanteur terrestre est très ancien, les réponses apportées par les avancées scientifiques ne font que repousser les murs de la prison cosmique dont le démantèlement requiert d’autres moyens. Le prophète Élie emporté au ciel sur un char de feu, Mithra rejoignant le Soleil dans sa course autour de la Terre ne préfigurent pas la conquête de l’espace ; pas plus que Giordano Bruno se libérant en pensée de l’attraction terrestre et s’en allant à la recherche d’un lien perdu avec l’univers (De l’infini, de l’univers et des mondes, 1584). La science-fiction en a parfois dit à ce sujet plus long que la conquête spatiale, antichambre du tourisme du même nom. L’astrophysique en révèle encore davantage, et qui veut quitter mentalement le système solaire devrait apprendre à en déchiffrer les arcanes afin que « le silence éternel de ces espaces infinis » lui paraisse moins effrayant qu’il le fut pour Pascal.


[1]. Auteur de Des Indes à la planète Mars (1900).

[2]. Ami de Zola et de Nadar, Camille Flammarion (1842-1925) est l’auteur (entre autres essais) de La Pluralité des mondes habités (1862), La Planète Mars et ses conditions d’habitabilité (1892). 

[3]. Mars la rouge (1992), Mars la verte (1993), Mars la bleue (1996).

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EELV fait le tri parmi les électeurs: urne verte pour les verts, poubelle noire pour les autres

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Julien Bayou et Eva Joly, 2011 © CHESNOT/SIPA Numéro de reportage : 00628202_000016

Julien Bayou, le secrétaire national d’EELV, a lancé sa campagne pour les élections régionales d’une bien étrange manière, en stigmatisant par avance les électeurs connus et inconnus qui ne voteront pas pour lui mais aussi une potentielle partie de son électorat, à savoir ces « seniors » ou « boomers » qui ne l’ont pas attendu pour être écolos.

« Les boomers, eux, ont prévu d’aller voter » 

Eric Zemmour, Alain Finkielkraut et Gérald Darmanin iront voter lors de ces élections, prévient sombrement une affiche de campagne EELV sur les réseaux sociaux – sous-entendu, si tu ne vas pas voter pour nous, blaireau, t’auras laissé le champ libre aux fachos et au chef de notre police toute pourrie. Les autres “fachos” et “les chasseurs” iront voter, prévient une autre affiche – sous-entendu, ces gros beaufs racistes et avinés vont te bouffer la laine bio sur le dos si tu ne vas pas voter pour les Verts. Plus surprenant encore, une derrière affiche représente des couples sexagénaires souriants et se promenant sur la plage : « Les boomers, eux, ont prévu d’aller voter » – sous-entendu, les “boomers”, qui ont tous bien profité des trente glorieuses et se sont gobergés sur le dos de leurs enfants et petits-enfants, ne voteront pas pour EELV le gentil parti qui dénonce la croissance, l’automobile, le sapin de Noël, les avions à hélices et les bateaux à voile, toutes ces abominations adorées par cette génération de dégénérés qui a abîmé notre “mère-planète” et qui refuse les champs d’éoliennes et les transports de troupeaux en commun.

Pour cette écologie collectiviste et punitive, l’individu propriétaire de sa maison, le solitaire au volant de sa voiture, les “boomers” censés ne rien comprendre aux “enjeux environnementaux”, sont au mieux des égoïstes, au pire des fachos. Ils doivent être clairement identifiés, désignés et punis

Les affiches à peine apparues sur les écrans, nombre de ces “boomers” ont tenu à répondre vertement à Julien Bayou. Parmi eux, une prénommée Odile lui a écrit une lettre (relayée sur son compte twitter par Eugénie Bastié) pour lui dire ses quatre vérités dont celles-ci : 1) née en 1951 elle ne l’a pas attendu pour être à sa manière et sans ostentation “écolo” ; 2) elle a commencé de travailler à l’âge de 23 ans avec un enfant de six mois sur les bras, sans pleurnicher et avec des moyens autrement plus rustiques qu’aujourd’hui (les couches en tissus, entre autres) ; 3) les vêtements étaient achetés « avec parcimonie » ou confectionnés par la « belle-mère avec sa machine à coudre », « pas de gâchis » ; 4) on apprenait aux enfants à ne pas gaspiller, à ne pas jeter les déchets par terre, à conserver leurs jouets, etc. 5) conclusion en forme de baffe : « À l’époque il n’y avait pas de parti écologiste… je n’ai pas eu besoin de vous pour être respectueuse de la nature. Cessez de nous traiter avec tant de mépris, cessez de jeter l’opprobre sur nous et cessez de nous mettre dans la catégorie des pollueurs et des profiteurs… ce qui est loin d’être la réalité… que vous ne semblez pas bien connaître. » Dans la foulée de cette lettre, des centaines de sexagénaires et septuagénaires se sont défoulés sur la toile pour confirmer les propos d’Odile, botter les fesses d’EELV, et rappeler ce qu’était la vie réelle des Français dans les années 50 et 60, bien différente de celle d’aujourd’hui et de celle qu’imaginent les jeunes militants écologistes. En soixante ans, une grande partie des ouvriers, des employés de petites entreprises et des paysans, a été remplacée par une nouvelle classe de cadres moyens, de fonctionnaires, d’employés dans le tertiaire, de diplômés du supérieur qui ont élu domicile, bon gré mal gré, dans les villes.

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En 1950, la population urbaine représentait 55% de la population totale, en 2019 le chiffre approche 80%. Nos campagnes et nos villages n’offrant guère d’autres attraits que la vie paisible au milieu des champs, et d’autres voisinages que ceux des troupeaux de vaches ou d’étranges oiseaux nocturnes, ils se désertifient. Les écologistes imaginent les solutions les plus mortelles pour les “revitaliser”, et d’abord la “transition écologique” via l’installation démesurée d’éoliennes. Un type de Français les insupporte parce qu’il fait encore obstacle : celui du monde d’avant, le “boomer”, le chasseur, le bouffeur de viande, le pilier de bistrot, l’automobiliste, le facho qui aime l’histoire de son pays, le réac qui se plaint de voir ses paysages dévastés par les éoliennes.

La nature est devenue la bio-diversité, la campagne une “zone rurale à revitaliser”

Les écolos d’EELV ne savent pas grand-chose de l’histoire de leur propre pays et de ses habitants. Pour les militants moins que quarantenaires, le Français modeste d’avant leur naissance est un peu celui de Cabu : un beauf qui pollue, qui est grossier et un peu raciste sur les bords, qui picole et se fout comme de sa première bouteille de Ricard de la nature, laquelle est tombée en désuétude pour devenir la “biodiversité” du techno-monde écologique, tandis que la campagne se transformait en “zone rurale à revitaliser”. Au simple désir de ne pas souiller la nature a succédé l’ardente prétention de protéger un “écosystème” qui évoque moins la vie des papillons que l’embourgeoisement technocratique de l’écologie politique. D’une certaine façon l’écologiste politicien combat depuis toujours le même adversaire que l’ogre davosien : le Français d’avant qui avait de si mauvaises manières, qui élevait ses enfants (et non l’inverse), qui achetait avec mesure et selon ses moyens, qui savait réparer les appareils ménagers ou le moteur de sa mobylette, qui ne savait rien de son empreinte carbone et, surtout, qui était français de ce peuple français et pas encore ce “citoyen du monde” sans attaches, gros consommateur de toute la quincaillerie numérique et écologique, dressé par ses propres enfants à remplir son cahier de devoirs écologiques et à adorer Sainte Greta.

L’écologie politique est idéologiquement collectiviste. Elle se veut la gardienne des troupeaux de post-humains égarés dans les “coulées vertes” artificielles ou les faméliques “forêts urbaines” des futures villes éco-responsables, durables, “dégenrées” et “décarbonées”. Pour cette écologie collectiviste et punitive, l’individu propriétaire de sa maison, le solitaire au volant de sa voiture, les “boomers” censés ne rien comprendre aux “enjeux environnementaux”, sont au mieux des égoïstes, au pire des fachos ; ils doivent être clairement identifiés, désignés et punis, ne serait-ce que par un placardage politique et vindicatif – en attendant le “délit d’écocide” individuel.

Bayou a adopté l’écriture inclusive

Sur les mêmes réseaux sociaux, Julien Bayou a quand même reconnu que le « visuel “boomer” était maladroit et blessant ». En revanche, les visuels sur les fachos et les chasseurs sont apparemment demeurés en l’état et ne sont donc ni maladroits ni blessants. En outre, le message d’excuses du secrétaire national d’EELV est écrit en écriture dite inclusive, ce charabia que ne peuvent comprendre que les authentiques progressistes écolos, libertaires, féministes, ou sympathisant.e.s des mouvements Génération.s et autres Engagé.e.s. Pour une grande majorité de Français cette bouillie de lettres est incompréhensible, et dans sa forme et dans son intention.

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Vu d’EELV, ce constat – d’indécrottables Français restent, linguistiquement parlant, des réactionnaires et des fachos – sera peut-être l’occasion d’une prochaine campagne d’affichage : 

« Les ceux et ceusses, fachos et fachottes, qui refusent chacun.cune d’écrire inclusivement, ont prévu d’aller voter eux, elles, iels, uls et ols, pour défendre leurs intérêts. Et vou.e.s ? »

Boomers: Julien Bayou (EELV) démarre sa campagne avec un gros couac

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Julien Bayou, Bretigny sur Orge, 22 avril 2021 © ISA HARSIN/SIPA Numéro de reportage : 01015479_000069

Les Verts n’en sont certes pas à leur coup d’essai en termes de polémiques stupides! Leur dernier exploit en date? La campagne d’affichage discriminante pour les régionales. Tête de liste en Ile-de-France, Julien Bayou s’en est excusé.


Une campagne d’EELV destinée à mobiliser les jeunes pour les élections régionales a fait grand bruit cette semaine. La légende en est : « Les boomers, eux, iront voter ! ». Ce qui signifie évidemment « Bougez-vous, vous les jeunes ! »

L’image n’est pas dégradante. On y voit des retraités heureux et en pleine forme. Mais pourtant, cette affiche a suscité une indignation générale contre cette nouvelle discrimination, cette stigmatisation des personnes âgées. C’est de l’âgisme, dit-on !

Tous victimes

Le pire service qu’on pourrait rendre aux personnes âgées – il ne faut pas dire vieux – ce serait d’en faire le nouveau groupe discriminé ou offensé, de les traiter elles aussi comme des victimes dont il ne faudrait parler qu’en termes choisis… S’il y a bien une classe d’âge que les sondeurs scrutent attentivement c’est pourtant elles : même si elles ne votent pas en bloc, elles seraient la clé de l’élection présidentielle. Et il est vrai que cette classe d’âge n’a pas les mêmes intérêts que les jeunes. C’était là le message des Verts.

Cependant, là où l’affiche est contestable c’est que le mot « boomer » a une connotation idéologique, et bien sûr négative. Le boomer, c’est le baby-boomer, le jouisseur. « Vous avez saccagé la planète » reprochent les jeunes fans de Greta Thunberg. Lorsque la Suédoise à couettes nous sermonnait à l’ONU, tout le monde applaudissait. Mais chez les Verts, cette détestation du boomer est devenue une grille de lecture du monde : le boomer, c’est le macho, le pollueur, le monde d’avant dont il faut faire table rase. Pour ce parti, ce sont des résidus de l’histoire. Julien Bayou a finalement retiré la campagne, et s’est excusé pour cette affiche.

Ce n’est pas parce qu’il a changé d’idéologie, mais plutôt parce qu’il a eu peur que le « bad buzz » devienne incontrôlable.

Même à gauche, cette initiative a gêné. La tête de liste PS Audrey Pulvar n’a pas non plus apprécié l’affiche sur les boomers, elle s’est étonnée « qu’on désigne une catégorie de population » ainsi. « Je ne connais pas un seul grand-parent boomer qui ne s’inquiète pas du sort des générations futures » a-t-elle déclaré. Le baiser du diable.

Julien Bayou n’a pas regretté les autres affiches de cette campagne. En somme, chez EELV, le mal a trois visages : Eric Zemmour, Alain Finkielkraut et Gérald Darmanin. Pas besoin d’expliquer, c’est une évidence. C’est la minute de la haine.

Et là, curieusement, personne ou pas grand monde n’a tiqué, parce que s’en prendre aux anciens c’est très grave, mais désigner nommément trois personnes à la vindicte populaire, ça, pas de problème…

« Les fachos, eux, ont prévu d’aller voter ». Faut-il le traduire par : « soit vous votez écolo, soit vous êtes un facho » ?

Quoi qu’il en soit, c’est une très mauvaise séquence pour Julien Bayou. En communication politique, qui s’excuse s’accuse. Et même si on a la fibre écolo ou une sensibilité politique favorable pour ce parti, il n’est jamais plaisant de se rendre aux urnes pour y donner son suffrage à une tête de liste qui fait de telles erreurs.

Connaissez-vous le « racisme environnemental »?

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Personnage de Bob l'éponge, lors d'une parade de rue, New York, 2011 © INB/WENN COM/SIPA Numéro de reportage : SIPAUSA31206852_000026

La chaîne pour enfants Nickelodeon s’est encore illustrée. Aux États-Unis, des parents dénoncent un inquiétant lavage de cerveau.


Vous avez peut-être déjà entendu parler des concepts – plus ou moins pertinents – de racisme systémique, de racisme d’État, ou encore du racisme intériorisé. Vous allez bientôt entendre dénoncer un tout nouveau racisme : le racisme environnemental. De quoi s’agit-il ?

Pour le Earth Day, la Journée de la Terre, célébrée aux États-Unis le 22 avril, Nickelodeon, la chaîne de télévision américaine destinée aux enfants, a diffusé une émission spéciale d’une heure intitulée : Nick News : Kids and the Impact of Climate Change. Pouvant se traduire par « les enfants et les effets du changement climatique », le programme présenté par Jamie Yuccas, correspondante de CBS News, comptait la participation de John Kerry, ancien candidat présidentiel en 2004, et envoyé spécial du président Joe Biden pour le climat. Sur le compte Twitter de la chaîne, comptabilisant près de 4 millions d’abonnés,  un extrait de cette émission spéciale a été publié avec la légende suivante : « Apprenez la signification du racisme environnemental »…

Un nouveau concept fumeux de la justice sociale

La vidéo de sept minutes commence par citer des exemples de pollutions en Amérique : la multiplication des cas de cancers en Louisiane à cause de la proximité d’une raffinerie, la mauvaise qualité de l’air respiré par les habitants du Bronx, où 20% des enfants auraient développé de l’asthme.

« Qu’est-ce que ces villes ont en commun ? » demande l’animatrice. Pardi, « elles sont toutes des exemples de racisme environnemental », répond-elle, avant d’expliquer que cela était une « forme de racisme systémique où les communautés minoritaires et celles à faible revenu sont entourées de dangers pour la santé parce qu’elles vivent près des égouts, des mines, des décharges, des centrales électriques et des grandes routes. »

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L’extrait est ponctué de témoignages de femmes issues de la diversité qui affirment subir le racisme environnemental. Fiona, l’une d’elles, ancienne habitante de la ville de Duplin, en Caroline du nord, région connue pour être l’une des plus importantes dans la production de porc, raconte l’enfer d’avoir vécu dans une zone spécialisée dans l’élevage porcin ; « l’air était certains jours si irrespirable que nous devions rester calfeutrés à l’intérieur de la maison », confie la jeune femme. En fin de vidéo, la militante Greta Thunberg apparaît brièvement proclamant : « Le changement arrive que vous le souhaitiez ou non. » Sur son compte Instagram officiel, Nickelodeon a publié une définition de ce fameux racisme environnemental. La voici : « une forme de racisme systémique lorsque de grandes entreprises s’installent dans des communautés à faibles revenus et minoritaires et que leurs eaux usées, décharges, mines, centrales électriques ou autoroutes entourent ces quartiers défavorisés. »

Se pourrait-il donc, que les entreprises, à l’instar des gens à faibles revenus, s’installent là où les loyers sont les moins chers ? Quelle grande découverte !

Des réactions vives

L’émission est très vite fustigée en ligne. De nombreux parents ont commenté et condamné cette démarche, la qualifiant de « propagande » destinée à « endoctriner » les enfants. Parmi ces commentaires, sur Twitter, une internaute incrimine les démocrates : « Parlons du racisme environnemental qui touche le sud du Bronx, d’accord ? Saviez-vous que les démocrates de New-York sont ceux qui ont fermé Indian Point, qui a fourni de l’énergie sans carbone et sans pollution à NYC pendant 60 ans ? Pour être remplacé par des combustibles fossiles. »

Un autre internaute a souligné que cela n’avait rien à voir avec le racisme, rappelant que « la plupart des infrastructures peu attrayantes étaient entourées de logements moins chers qui attirent les personnes à faibles revenus. Et dans certains cas, ces personnes sont des minorités. Mais pour info, 14 millions de blancs américains vivent dans la pauvreté contre 8 millions de noirs. » Les réactions furent si massivement négatives que Nickelodeon a dû désactiver les commentaires sur Twitter, ainsi que sur sa chaîne YouTube qui compte plus de neuf millions d’abonnés. 

L’origine du concept

Si Nickelodeon a évoqué le concept de « racisme environnemental », elle n’en est pas à l’origine. Celui-ci puiserait ses racines dans le domaine des sciences de l’environnement, plus exactement le champ de la « justice environnementale », qui s’affaire à démontrer que les minorités raciales sont disproportionnellement exposées aux risques climatiques. 

En 1987, une étude considérée comme fondatrice a expliqué comment les communautés avec un fort pourcentage de Noirs ou d’hispaniques avaient plus de risques d’avoir sur leur territoire un ou plusieurs sites de déchets toxiques. Les travaux sur le sujet se sont succédé depuis. Et les études sur l’environnement et le climat ont peu à peu été noyautées par ce filtre racialiste…

Nickelodéon, une chaîne très très woke

Ce n’est pas la première fois que la chaîne est ciblée par ce genre de critiques. En juin 2020, en pleines manifestations Black Lives Matter, pour rendre hommage à George Floyd, Nickelodeon avait interrompu tous les programmes, laissant un fond noir et des bruits de respiration pendant huit minutes et 46 secondes. L’initiative visait à montrer le soutien de la chaîne pour « la justice, l’égalité et les droits de l’homme. » L’initiative fut critiquée et jugée impropre pour les enfants, certains n’hésitant pas à la qualifier « d’anxiogène. » 

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Le mois dernier, la chaîne avait encore fait parler d’elle ;  trois épisodes de Bob l’éponge, jugés inappropriés pour les enfants, ont été retirés des plateformes de streaming. La raison avancée est que ceux-ci  seraient inadaptés à un public enfant, avec des thématiques anxiogènes ou jugées trop mature par le diffuseur. Et pour cause, dans l’un des épisodes, les personnages  impliqués dans un raid de culottes, entrent par effraction dans la maison d’une femme pour lui voler ses sous-vêtements. Pour certains, cela frôlerait et encouragerait la « culture du viol ». Dans un autre épisode, un inspecteur de santé découvre un cas de grippe des mollusques dans le restaurant de M. Krab, provoquant la mise en quarantaine du restaurant, des clients et des employés. L’épisode rappellerait trop la situation actuelle selon les responsables de la chaîne. Pour revenir à la notion de « racisme environnemental », puisque fatalement tous concepts progressistes traversent l’Atlantique avec un léger décalage chronologique, attendez-vous à ce que celui-ci débarque bientôt en France. D’ailleurs, plus belle la vie: Nickelodeon propose déjà une déclinaison française sur le câble.

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58% des citoyens approuvent la démarche des militaires

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Emmanuel Macron passe en revue des troupes pendant une cérémonie militaire avant la présentation de ses vœux aux militaires, Brest, janvier 2021 © ELIOT BLONDET-POOL/SIPA Numéro de reportage : 01000638_000037

La tribune des militaires publiée le 21 avril continue à faire parler d’elle. Philippe Bilger livre son analyse.


La France entre apocalypse et ridicule ? Il n’est pas interdit en effet de formuler cette interrogation à considérer la tonalité générale de ces dernières semaines et en particulier l’épisode de la lettre ouverte au président de la République de la part de plus d’une centaine de militaires en activité ou à la retraite, rédigée le 13 avril et publiée le 21 avril dans Valeurs actuelles (qui n’est pas un hebdomadaire d’extrême droite, mais d’inspiration conservatrice). D’abord l’apocalypse ou au moins l’étrange et amère volupté avec laquelle on la prévoit, on la décrit et ou même on la constaterait déjà dans notre réalité présente. En gros, ce pessimisme extrême pourrait se résumer par cette expression familière que « tout est foutu » et qu’il n’y a plus aucun espoir si ce pouvoir garde la main. Rien ne trouve grâce aux yeux de ses contempteurs paroxystiques dont les analyses sont d’autant plus impressionnantes qu’elles émanent de personnalités fulgurantes parfois et talentueuses, ou d’une candidate dont plus personne ne nie les chances sérieuses de victoire en 2022 – ce n’est pas mon point de vue – et qui devrait donc être combattue de manière politique et non avec ridicule : j’y reviendrai.

Résister à un naufrage programmé

Ces personnalités auxquelles je fais allusion sont notamment Philippe de Villiers, Eric Zemmour, Robert Ménard et sur un autre registre Michel Onfray. Je les écoute et je les lis et pour être franc, face à l’état de la France au quotidien, du délitement de l’autorité et d’une insécurité s’amplifiant gravement et se renforçant avec sa relative impunité, j’ai la conviction que ces Cassandre peuvent n’avoir pas totalement tort mais en même temps l’intuition qu’ils vont trop loin, que le désastre n’est pas encore sûr et qu’une France à la fois restaurée et apaisée n’est pas inconcevable.

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Je veux croire que l’apocalypse est la facilité indignée que s’octroient certains esprits brillants persuadés qu’une globalité absolument négative pour aujourd’hui sera forcément la possibilité du salut pour demain. J’ai conscience qu’il y a du volontarisme dans ma résolution de résister à la programmation d’un naufrage qui, à bien y réfléchir, rendrait vaine toute action politique, sociale, judiciaire, culturelle et, au sens large, démocratique. Prenons l’exemple du projet de loi sur la sécurité intérieure et contre le terrorisme. Il va s’articuler sur les lois de 2015 et de 2017 mais en ajoutant des dispositions pour repérer, grâce aux algorithmes, des signaux précoces de dangerosité et de radicalisation sur les réseaux sociaux. Ce ne sera sans doute pas l’arme décisive mais je préfère ne pas la juger négligeable contrairement à Philippe de Villiers qui y voit la mise en place de moins en moins insidieuse d’une société totalitaire.

Le ridicule peut tuer

Pourtant, si l’apocalypse est rien moins que certaine, ce pouvoir semble tout faire pour la rendre plausible et faciliter la tâche de ses adversaires, et le premier d’entre eux, le Rassemblement national. Et c’est le ridicule dont manifestement il n’a pas le sens. Je n’ai pas envie de ressasser tel un mantra ce que l’esprit public a fini par accepter comme une évidence. Cette présidence et ce gouvernement sont trop faibles sur le plan régalien, trop empêtrés dans le « en même temps » – valable pour la pensée, il est nul pour l’action – pour susciter l’adhésion, autre chose qu’une révolte lassée à force de devoir se manifester chaque jour. La démonstration la plus forte, sans paradoxe, de cette inertie, de cette impuissance réside non seulement dans la surabondance du verbe mais dans la multiplication des lois ayant peu ou prou le même objet. C’est le signe éclatant d’un pouvoir dont la vigueur et l’autorité sont trop infirmes pour se suffire à elles-mêmes. Mais qui, par compensation, hypertrophie ses réactions face aux critiques, militaires ou autres, qui le mettent en cause et incriminent, avec une raideur sans nuance, ce qui crève les yeux de chaque citoyen dans notre République : il y a des parties de France qui cherchent à échapper à la France et à sa légitime emprise et qui parfois y parviennent.

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Le délitement, la déliquescence de l’ordre, l’allégresse sûre de son fait avec laquelle on offense, on attaque, on brûle, on blesse ou on tue tous ceux qui de près ou de loin relèvent de la France officielle et sont censés la protéger, le sentiment qu’il n’est pas de jours et de lieux qui ne sollicitent notre indignation citoyenne (Viry-Châtillon, Tourcoing, Rambouillet, Lille, Bagnolet par exemple) constituent autant de déplorables données qui auraient dû imposer un autre regard moins offusqué, moins condescendant sur la lettre ouverte des généraux et des militaires. Ils ne fomentent pas un coup d’État, mais font référence à l’article 36 de la Constitution sur l’état de siège. Ils ont dénoncé ce que le gouvernement connaît mais qu’il ne peut pas valider sans se condamner lui-même.

58% des Français soutiennent les militaires

Alors, comme on pouvait s’y attendre, 58% des Français approuvent cette lettre ouverte (Harris Interactive/ LCI), davantage encore la réalité d’un délitement, mais la ministre des Armées a décidé de faire traduire devant un conseil militaire 18 militaires d’active signataires qui vont risquer la radiation ou la mise à la retraite d’office. C’est le signe non pas d’une force mais d’une peur. Les messagers paieront le caractère dévastateur de leur message. Le tocsin sera puni.

Le ministre de la Défense Florence Parly, 20 avril 2021 © NICOLAS MESSYASZ/SIPA Numéro de reportage : 01015237_000028

Il est vrai que le pouvoir militaire (de Pierre de Villiers à tous les signataires de cette lettre, le chef d’Etat-Major Lecointre ne pouvant évidemment que le nier) n’a jamais eu en haute estime le président de la République alors que ses prédécesseurs sur ce plan n’en ont jamais manqué. Comme si Emmanuel Macron n’avait pas assez de densité et de crédibilité pour s’imposer et lui en imposer. Le RN, comme il est de bonne guerre – que l’on juge son exploitation immédiate de la lettre maladroite ou non – s’est engouffré dans cette brèche. Le comble est que je suis persuadé que la manière d’attaquer Marine Le Pen et de pourfendre les militaires en les méprisant comme s’ils ne représentaient rien – aujourd’hui, 15 000 signataires – a fait inéluctablement monter le RN et sa candidate. À se demander si le pouvoir a conscience de ce qu’il dit et fait, de sa communication absurde, du décalage absolu entre ses ridicules dénonciations et la vérité rude et argumentée qu’il devrait opposer au projet du RN. Il n’y a vraiment pas de quoi rire, même si Jean-Luc Mélenchon saisissant le procureur de la République pour que les « factieux » soient sanctionnés, mérite un peu d’ironie si on se souvient de sa prestation si peu républicaine lors de la perquisition à LFI.

Mépriser l’électorat de Marine Le Pen ne sera pas sans conséquences

Mais tout le reste est effarant : milice, putsch, sédition, etc. de la part du président de la République (selon Le Canard enchaîné) et de certains de ses ministres si mal inspirés sur cette lettre et sur le RN : d’abord Florence Parly, Gérald Darmanin, Marlène Schiappa et l’inévitable Éric Dupond-Moretti entre autres. La sociologie de l’électorat lepéniste rend totalement stériles les dénonciations outrancières à l’encontre d’un parti solidement installé dans l’espace républicain et qui se caractérise par le poids des catégories populaires et peu diplômées (avec en particulier un vote dominant dans les âges intermédiaires 25-64 ans et un retard comblé dans l’électorat féminin). Peut-on croire que cette adhésion au RN sera éradiquée par ces stigmatisations ? Bien sûr que non. Ces dérives de la communication gouvernementale sont d’autant plus malfaisantes qu’elles s’attachent à une cause qui sera renforcée dans son espérance de victoire. Mépriser Marine Le Pen et la part importante du peuple qui la soutient est une faute démocratique dont les effets seront à imputer au débit de ce pouvoir qui s’obstine à être de plus en plus faible dans le domaine d’où son opposant principal tire sa constante avancée. J’ose espérer qu’entre les déclinistes sans nuance et sans espoir d’aujourd’hui et les idiots utiles du RN, une autre voie existe, une embellie est possible.

Rambouillet: après la colère, la réflexion et la résolution

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Jean Messiha prononce un discours à Paris, 20 février 2021 © ISA HARSIN/SIPA

Une tribune libre de Jean Messiha


Stéphanie Monferme sera-t-elle la goutte, que dis-je, le flot de sang qui fera déborder le vase ?

Elle tombée, comme tant d’autres, sous les coups de racailles issues de certaines immigrations et elles seules. Maghreb principalement mais aussi Moyen-Orient, Afghanistan, Pakistan, Tchétchénie et Afrique subsaharienne. 

Ne nous y trompons pas. Les crimes abjects commis au nom d’Allah ne sont que la pointe sanglante d’un iceberg de haine anti-française, anti-occidentale, anti-blanche et anti-chrétienne qui gangrène toute une partie de notre société. Le « djihadisme » n’est qu’un élément de la guerre qui nous est menée. S’y ajoute la guérilla urbaine des jeunes immigrés arabes et noirs contre l’Etat, les crimes atroces commis contre les Français pour un mauvais regard, un mot de travers ou une cigarette refusée. Et ne parlons même pas de ce harcèlement des femmes, blanches ou simplement libres, par des « relous », certes autrefois « gaulois », mais aujourd’hui majoritairement « reubeus » et « renois ».        

Face à cette réalité, il faut impérativement se garder de sombrer dans une rancœur raciste qui ne correspond pas à nos valeurs et ne résoudra en rien cette problématique existentielle qui nous assaille.

Mais nous ne pouvons pas non plus nous laisser endormir plus longtemps par la fable du « tout finira par s’arranger ».

Car on connait la rengaine. « Plus de milliards déversées sur les cités, moins d’élèves par classe dans les territoires de non-France ou d’après France, plus de contrition sur notre passé colonial, plus de mixité sociale (traduisez ethnique), plus de flics, plus de laïcité etc. finiront bien par résoudre cette adversité profonde ». Mais en « même temps, pour reprendre le grand écart macronien, on garde ouvertes les vannes de ces immigrations qui non seulement altèrent profondément notre identité profonde mais nous amènent pauvreté, communautarisme, extrémisme religieux, antisémitisme, sexisme, homophobie, surcoût social, sur-délinquance, terrorisme, mais aussi, et de plus en plus, une insurrection urbaine quotidienne. Guerre larvée qu’on nous oblige a subir au motif que la France reste ouverte, humaniste, fidèle à ses traditions d’accueil bla-bla-bla… quitte à en crever !

Eh bien non.

« On va s’arrêter là », répond calmement Marianne, magnifique incarnation féminine de la nation française.

Le viol du pays c’est fini.

Nous allons progressivement reprendre en main notre destin civilisationnel.

Progressivement, oui. Mais ça sera très long !

Regardons, en effet, les choses en face, chers compatriotes. Le mal s’est tellement enkysté qu’il faudra une génération pour en venir à bout. Une génération c’est une éternité, oui, et nous avons à la fois envie et besoin d’aller plus vite. Mais certainement pas au prix de la démocratie et de l’Etat de droit. Car s’affranchir de l’un et/ou de l’autre au nom de l’exaspération et de l’urgence, c’est précisément ce qui distingue les extrémistes de gauche ou de droite, les cocos ou les fachos, des républicains. 

Nous devons baser notre stratégie de reconquête nationale sur la préparation, la méthode, la détermination et les lois.

Ce n’est pas parce que les textes actuels sont insatisfaisants que l’on doit s’en passer ou les dépasser. Quand les lois et leur chapiteau ultime, la constitution, ne correspondent plus aux besoins de la nation, alors on en change. Mais pour en changer il y a des règles. Et ces règles nous les respecterons. Inspirons-nous de la patience et de l’opiniâtreté de nos amis britanniques.

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Entre le lancement du processus du Brexit, qui peut être daté du Discours du Trône de mai 2015 prononcé par Sa Majesté posant le principe d’un référendum, et la sortie effective de l’Union européenne, il s’est écoulé cinq ans et demi durant lesquels tout fut fait pour empêcher la réalisation du vœu populaire.

Des millions de britanniques ont trouvé ça très long, trop long. Mais pour rien au monde et certainement pas pour aller plus vite, ce grand peuple n’aurait piétiné les règles de leur vieille et belle démocratie.

Pour mettre hors d’état de nuire les ennemis de la France, il faudra gagner deux élections clés. Celle qui conduit une femme ou un homme à l’Elysée d’une part, et celle qui porte une majorité de près de 300 députés à l’Assemblée nationale, d’autre part. Mais ce n’est pas tout. L’Etat de droit ce sont aussi cinq institutions fondamentales : le Conseil Constitutionnel, le Conseil d’Etat, la Cour de Cassation, la Cour Européenne des Droits de l’Homme et la Cour de Justice de l’Union Européenne, largement aux mains d’adversaires résolus de la France.

Nous vivons aujourd’hui dans une « République de juges » idéologisés qui se moquent comme d’une guigne des aspirations du peuple. Bien entendu, il n’est pas question de les chasser comme les marchands du temple même si l’envie nous dévore. Il faudra combattre ces félons avec l’arme suprême de la démocratie : le référendum, les révisions des traités voire au pire notre retrait. Il n’y a que devant cette arme atomique qu’ils s’inclineront. Et nous leur infligerons autant d’Hiroshima démocratiques que nécessaires jusqu’à leur capitulation devant la volonté populaire.  

Rien ne peut se faire sans la sanction du scrutin populaire.

Il n’est en effet pas question de laisser des militaires, aussi bien intentionnés et patriotes soient-ils, s’imposer ou s’interposer comme recours. En retraite, ils ont parfaitement le droit de s’exprimer pour défendre notre pays, comme d’ailleurs certains d’entre eux viennent de le faire dans une récente tribune publiée dans Valeurs Actuelles. Régulièrement d’autres professions publiques prennent la plume dans les journaux, à l’instar des magistrats en poste, sans que cela ne suscite d’ailleurs la moindre polémique. Mais les militaires, furent-ils en retraite, ne doivent pas laisser penser, même en creux et sans doute maladroitement, que l’armée interviendrait. Il est tout aussi inopportun qu’un chef de parti politique invite cette institution, par essence neutre, à prendre parti. L’armée doit protéger le pays mais doit également obéir aux ordres que le pouvoir politique légitimement élu lui donne. Et si ce dernier lui demande de l’aider à rétablir l’ordre là où il le faut, elle doit se mettre en marche. Mais ni avant ni sans cet ordre.

Nous savons que pour nous voir confier la mission de redressement du pays il nous faut convaincre avec un programme qui trace le chemin d’une reconquête totale : économique, sociale, nationale, sécuritaire et identitaire. 

J’ai déjà abordé la partie économique et j’y reviendrais dans les semaines à venir. Je vais aborder dans le détail ce que nous devons proposer aux Français en matière migratoire, sécuritaire et identitaire qui est, à juste titre et au vu de l’actualité aussi régulière que sanglante, leur priorité.

L’immigration zéro est illusoire. Mais l’établissement de quotas annuels est à la fois possible et souhaitable, même si ceux-ci doivent être pour longtemps réduits à leur portion congrue.

  • Quotas pour le regroupement familial ;
  • Quotas pour les visas de travail ;
  • Quotas pour les étudiants ;
  • Quotas pour l’asile y compris celui des mineurs isolés qui devra être demandé dans l’ambassade ou le consulat de France du premier pays d’exil ou de transit après la fuite ;
  • Zéro régularisation pour les clandestins. Ils doivent d’abord quitter le territoire et demander un visa de travail depuis leur pays d’origine.

Pour les étrangers en situation régulière présents sur notre sol, nous devons réviser la loi de façon à pouvoir supprimer le droit au séjour en cas de délits sérieux, de chômage chronique ou de menace à l’ordre public. 

Les clandestins c’est-à-dire ceux qui se sont introduits ou se maintiennent illégalement en France doivent être pourchassés – oui j’ose le terme – et internés dans les Centres de Rétention Administratif, non plus pour 90 jours maximum mais jusqu’à leur expulsion, peu importe le temps que cela prend. On réglera ainsi la question de la coopération ou non-coopération des pays d’origine.   

Cela suppose d’augmenter massivement et rapidement la capacité de ces centres, quoi qu’il en coûte et, de préférence, sur des terrains militaires abandonnés afin de ne pas être butte aux chicaneries des maires des communes hôtes.

Mais cela suppose surtout de sortir les juges trop souvent « roses » ou « rouges » y compris dans la justice administrative de la gestion migratoire.

La délivrance et le renouvellement des titres de séjour doit redevenir un acte administratif qui relève d’un choix politique porté par le Ministère de l’Intérieur en liaison avec le Ministère du Travail et basé sur des critères objectifs. Les recours doivent exister car un premier niveau de décision peut se tromper ou se montrer abusif ou inéquitable. Mais ces recours doivent demeurer au sein de l’appareil d’Etat.  Les étrangers qui ne foutent rien ou foutent le bordel et parfois les deux seront virés par décision administrative. 

Le nouveau rôle du juge devra être strictement limité à la constatation de l’existence ou du défaut de titre de séjour pour éviter les méprises et le « zèle » excessif de certains fonctionnaires.

Rien de tout cela ne se fera sans de grandes batailles médiatiques, législatives, constitutionnelles contre la mobilisation du camp des malsains qui manifestera partout pour défendre la colonisation et l’invasion.  

Dernier point à traiter, la question de ceux qui sont de nationalité française.

La réponse est largement dans la question. Quand on est Français, on est Français, quelle que soit la manière dont on a acquis notre nationalité et la date à laquelle on l’a acquise. Il existe naturellement la possibilité de sa déchéance. Mais ne nous leurrons pas cela restera nécessairement un procédé tout à fait exceptionnel et concernera ceux qui se sont rendus coupables d’actes de guerre contre la France (terrorisme).

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Nous abrogerons le droit du sol pour lui substituer un droit de la naturalisation beaucoup plus exigeant selon le principe « la nationalité française s’hérite ou se mérite ». Pour ceux qui sont devenus Français, et malgré ce que l’on pense de la folie du droit du sol, s’appliquera la loi, comme pour nous tous, et ce que nous tracions notre « francité » depuis un siècle ou depuis un an. Et cette nouvelle loi sera dure pour les prédateurs de toute nature et toutes origines.

Notre contrat social est exceptionnel. Nous sommes un des pays les plus généreux du monde à l’égard de ses citoyens et nous entendons le rester. La contrepartie que je propose est la sévérité absolue à l’égard de ceux qui rompent ce pacte national. Depuis le moment où ta maman te porte dans son ventre jusqu’à ton dernier souffle, la société est à tes cotés. Elle t’éduque gratuitement, t’aide à te loger, te paie à ne rien faire quand tu ne peux (ou ne veux pas) travailler, te soigne gratuitement ou presque, t’offre mille occasions de te cultiver, te distraire ou faire du sport à un prix dérisoire (maison de la culture, clubs subventionnés, etc.), t’offre des transports en commun à une fraction de son coût réel et j’en passe. Ce que l’on exige de toi, c’est que tu respectes la collectivité qui t’accueille. Et si tu ne le fais pas, tu vas le payer et le payer d’autant plus cher que ce que tu as commis est grave.                

Il reste la question de l’islam. Que devons-nous faire de cette religion qui est la seule qui engendre menaces et attaques insupportables ?

L’islam restera en France. Il ne s’en ira pas. Il n’y a pas à lutter contre l’islam en tant que foi, car, sur le plan terrestre, cette foi en vaut bien une autre. Mais il faut lutter contre tout ce qu’elle contient de contraire et d’adverse à notre idéal républicain.  Et cela ne manque pas.

Cette religion doit être sous surveillance et il faudra prendre des mesures supplémentaires pour lui montrer que notre civilisation prévaudra sur sa part d’obscurantisme.

Nous la soumettrons aussi par les symboles, et le premier d’entre eux est celui du voile islamique qui ne devra plus avoir droit de cité dans aucun bâtiment sur lequel flotte le drapeau tricolore. Plus d’étendard féminin de l’islamo-fascisme dans nos écoles, nos universités, nos mairies, nos préfectures, nos hôpitaux publics, nos assemblées nationales et locales et autres. Pour émerger, la République a dû mater le catholicisme, alors religion de la majorité et pilier de notre civilisation. Alors nous saurons faire plier la religion de Mahomet qui n’est ni majoritaire ni historique. Encore faut-il que nous ayons le courage de nous préparer un combat long et éprouvant, combat auquel se joindront nombre de Français musulmans qui ont choisi d’être et de vivre Français.

La joie du deuil

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© Pixabay

Driss Ghali raconte une soirée sur les toits, au Brésil


Il faisait bon. Vraiment bon. Le soleil se couchait, noyé derrière les buildings gris et blancs, l’air était propre et légèrement humide, de cette humidité qui effleure la peau et ouvre les pores. Je respirais à plein poumons, un acte jouissif car illicite par les temps qui courent où suffoquer derrière un masque est un symbole de respectabilité.

Ici, sur le toit de l’immeuble, pas de caméras, pas de contrôle : la respiration est libre. La définition du luxe.

Fabio, mon voisin de palier, a monté les bières. Une dizaine de cannettes plongées dans un banal sac en plastique noir. Au fond du sac, Fabio a mis une compresse d’eau glacée, couleur vermeille, comme celle que les sportifs appliquent sur leurs lésions.

Souvenirs du Maroc

Au Maroc aussi, mes amis et moi dissimulions l’alcool dans des sacs noirs pour passer inaperçus. Combien d’imprudents ont été cueillis par la police à la sortie du supermarché pour « port d’alcool par un musulman » ! Souvent, je faisais porter le sac par Mathieu, un copain du lycée, lui il ne risquait rien, il n’était pas musulman.

Je craignais moins la police que la réaction de mon père qui ne supportait pas que des hommes en uniforme posent la main sur ses fils. « Je les ai bien élevés mes enfants, j’en suis garant, occupez-vous plutôt des voyous et des rodeurs ».

Un jour, je l’ai vu se porter volontaire pour se faire coffrer à ma place après qu’un motard de la police ait voulu m’emmener au poste. C’était un malentendu. Au beau milieu d’un rond-point, j’ai vu un motard foncer sur moi par la droite, alors j’ai pris peur et j’ai klaxonné en levant la main en guise de protestation. Il y a vu un outrage. « Emmène-moi à sa place, lui a encore besoin d’un casier vierge pour travailler, moi à mon âge je m’en fous, j’ai survécu à Oufkir, je survivrais bien à une nuit au poste ».  L’affaire s’est réglée sur place à la marocaine, le flic ayant embrassé mon père sur le front en signe de respect. Depuis, je ne lève plus la main, je me contente de sourire en toutes circonstances.

« Dis, on l’a bien niqué le syndic » me glisse Fabio en se frottant les mains. Il me fait : « avance ton verre que je te serve ».  Oui, on s’est bien moqué du syndic car il est strictement interdit d’accéder au toit de l’immeuble.

« Bon, dis-moi tu les as eues comment les clefs ? »

Fabio a une dent contre le syndic, un jeune écolo qui roule à vélo (en contre-sens et sur le trottoir) mais qui porte son masque avec le soin d’un chirurgien dans un bloc opératoire.

« J’ai fait du charme à la concierge, c’est tout, faut pas chercher plus loin ».

Exil volontaire au Brésil

Les vieilles dames ont toujours eu un faible pour moi, elles n’ont pas besoin d’une carte de visite pour savoir qui je suis : un gentil garçon, relativement inoffensif, largué en Amérique du Sud. Un bagnard volontaire qui a préféré le bagne de Cayenne à une vie comme il se doit à Paris. Un fugitif.

Perchés au-dessus de douze étages, nous avions une vue directe sur les appartements aux alentours.

« Tiens regarde la brune aux fesses rebondies…là-bas au quatrième…celle qui fait du vélo d’appartement ».

Oui, Fabio, je l’ai vu. Elle va décoller incessamment sous peu. Elle se lève et s’assoit de manière compulsive comme si le sol sous ses pieds était en train de se dérober.  C’est peut-être ça le secret pour avoir des fesses harmonieuses que les hommes détectent à cent mètres de distance.

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Nous sommes restés quelques minutes dans cet état de contemplation, calculant au cm3 près le volume de chaque fesse et de chaque cuisse. Du temps de Cro-Magnon, cette compétence était cruciale, le chasseur devant évaluer en un clin d’œil l’intérêt et le risque d’attaquer une proie. De nos jours et avec l’avènement des surgelés, ce talent est devenu inutile. Nous sommes comme des nains dotés du bouton nucléaire.

Fabio a la cinquantaine, un bel homme aux yeux bleus et aux cheveux grisonnants. Il descend (comme la plupart des habitants de São Paulo) d’ancêtres espagnols et italiens. Il bosse dans une banque, au service sécurité. Il collectionne les armes : il a un revolver Taurus, un fusil de chasse et un fusil d’assaut AR-15. Le tout dans son appartement deux étages en-dessous.  Il vote Bolsonaro bien sûr. Il estime qu’un homme est un homme quand il protège sa femme, sa famille et sa propriété. Je trouve qu’il a raison. Mon seul désaccord avec lui est que je ne suis pas né pour porter un revolver à la ceinture. Il m’est déjà arrivé de tirer au Beretta (en compagnie de policiers français qui m’ont fait une fleur, il y a très longtemps…je n’en dirais pas plus). J’ai tiré une dizaine de balles : toutes ont atterri sur le mur en bois loin, très loin de la cible. Depuis, je me suis convaincu qu’il valait mieux sous-traiter le monopole de la violence à des professionnels et laisser les rêveurs imaginer un monde où le loup caresse les agneaux au lieu de les dévorer.

Le vent se lève. Une brise embrasse nos joues pâles. Je lève les yeux au ciel où je vois la trainée de fumée d’un avion. Jadis, je me demandais si l’avion avait mis le cap sur une destination exotique. Désormais, je remercie Dieu de ne pas mettre les pieds dans un aéroport pour me faire palper par un inconnu et me faire enfoncer un coton-tige dans les narines.

La brune continue à manœuvrer en bout de piste. Et nous de la regarder, une cannette de bière fraiche et mouillée à la main. Un bonheur simple.

L’appel des origines

Je me sens bien. Avant de monter, j’ai passé quelques minutes à méditer, à ma manière dans un syncrétisme qui mêle respiration ralentie et musique relaxante. Aujourd’hui, j’ai répondu à l’appel de mes origines et écouté les yeux fermés les psalmodies des tijanis, des musulmans du Sénégal. A contre-courant de la gravité ambiante, les tijanis prient avec le sourire. Ils ont vraiment l’air heureux d’être ensemble et de scander des louanges interminables à leur maître, un certain Tijani, un Algérien né au XVIII° siècle.  

Les tijanis sont comme moi, ils ont besoin d’amour et non de morale. Mes parents ont déjà fait le travail : ils m’ont appris le sens du Bien et du Mal.

Je ne vous en dirai pas plus car je ne veux pas en savoir plus. En matière de religion comme de femmes, plus on s’approfondit dans le sujet plus on risque d’avoir de mauvaises surprises.

Un jour peut-être, j’irai au Sénégal pour entendre chanter ces jeunes hommes au visage d’ébène. Vous me verriez alors flottant dans un boubou rose et blanc, posé sur un sofa, les jambes croisées, la tête qui va et vient au rythme de la musique. De son vivant, mon père me disait que j’avais une vocation de prêtre. Il n’avait pas tout à fait tort.

« Tiens, regarde qui vient ».

Histoire de femmes

La femme de Fabio a trouvé notre cachette. Elle ramène des amuse-gueules en plus de sa chevelure châtain clair. Elle glisse sur le béton poli, toutes voiles dehors. Menue mais svelte, ni moche ni belle, elle est une pure création du yoga et de la diète végane.  Sa mère est perse, son père est un Brésilien de souche, un amérindien tupinamba. Ce pays assimile tout ce qu’il touche car il est intransigeant : soit tu te mélanges, soit tu meurs. Trop de contradictions, trop de paradoxes ici, au lieu de les combattre, il vaut mieux se les injecter dans le sang comme on s’injecte un vaccin.

Deisy m’aime bien et c’est réciproque. Je suis un des rares à ne pas la draguer. Elle croit que je suis intelligent (les gens confondent souvent culture et intelligence) et me demande constamment ce que je pense de l’avenir du régime iranien, si les ayatollahs vont partir un jour etc. « Ma mère est née à Ispahan et elle veut revoir la maison de son enfance avant de mourir. »

Ce n’est pas gagné…

« Tu sais Deisy, tu as de la chance de ne pas avoir de connexion charnelle avec le Moyen-Orient. Tu ne souffriras pas comme ta mère. Il vaut mieux penser à préserver l’Amazonie que de sauver des peuples qui prennent la politique trop au sérieux »

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Ses yeux brillent : elle doit croire que je suis intelligent, je suis juste tragique.

Deisy a les pupilles jaune-marron, elle est déjà sauvée : c’est une panthère de la savane brésilienne, une panthère végane mais un animal tropical quand même. Comme quoi un certain métissage guérit contre les malheurs et les dettes inacquittables de la vie.

Ça y est. Fabio et moi sommes en train d’arriver à bout du stock de bières. Il est temps de prendre une décision essentielle : on reste sur la bière ou on monte une bouteille de vin ? Fabio décide pour nous : il préfère la Heineken.

Deisy se retire, elle craint la bière comme on craint un danger imminent. « Le houblon, ça fait enfler. »

Enfin à deux, je peux titiller Fabio.

« Tu en es où avec la nana de la banque ? »

J’adore entendre les histoires sentimentales des autres, c’est une école de l’humain, une œuvre édificatrice.

Il jette un dernier coup d’œil en direction de la brune au vélo d’appartement et me répond :

– Ah la stagiaire, tu veux dire ? C’est fini, elle s’est trouvé un petit copain de son âge.
– Et l’étudiante en médecine ?
– Je l’ai vue ce matin.
– T’as pas peur d’attraper le corona ?
– Tu sais du moment qu’elle ne tombe pas enceinte… Le corona, ça se soigne. Une grossesse, non.

Il est déjà 20h. Il est temps de descendre. On partage la dernière canette et on remballe le matériel.

On prend les escaliers en faisant attention, l’alcool a fait son effet. Pendant que Fabio me raconte sa dernière consultation médicale, je me demande si nous serons sauvés un jour, si nous serons appelés pour la vie d’après, ou bien si notre existence va se résumer à soudoyer la concierge pour boire des bières sur le toit.

– Dis Fabio, pourquoi tu fais ce que tu fais ? Pourquoi pas avoir une seule femme ?
– Parce qu’il y a trop de bonnes femmes disponibles !
– Comment ça ?
– Les mecs ont la trouille du corona, ils veulent plus entendre parler de gonzesses, ils veulent même plus mettre le nez dehors, alors baiser tu parles ! J’en profite comme je peux avant…
– Avant que ta femme ne découvre…
– Avant que ça pète, bon sang ! Tu crois que ça va continuer comme ça cette plaisanterie ? Personne ne bosse, les boîtes font faillite, y en a que pour les vaccins, c’est pas tenable ! La machine finira par s’arrêter et on commencera à se bouffer les uns les autres. D’ici là, je me tape tout ce qui bouge et m’entraîne au tir. Tu devrais faire pareil, c’est moi qui te le dis.
– Je sais pas tirer…
– Prends des cours tant que c’est encore possible. Je te débrouille la licence de tir sportif, j’ai des contacts.

Si j’étais sage, je sauverais ma peau et laisserais sombrer le navire. Qu’ils aillent au diable les idiots et les myopes qui nous ont lancé à pleine vapeur contre l’iceberg. Qu’ils crèvent ! Plus tard, quand tout sera fini, les survivants reconstruiront une nouvelle civilisation, meilleure et plus belle que la précédente. L’essentiel est de survivre à la grande débâcle pour participer à la Renaissance.

Quelques instants plus tard, je rentrai chez moi, le sourire au visage, transporté par la joie émancipatrice du deuil.

Oui, les militaires ont un perpétuel devoir de réserve!

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Dans "le Parisien", le chef d’Etat major François Lecointre, promet des sanctions à venir pour les généraux et pour les soldats d’active signataires de la tribune. © Image d'archive, février 2021 WITT/SIPA Numéro de reportage : 01002551_000005

La tribune d’une poignée de militaires à la retraite exposant au grand jour le programme du Rassemblement national, à défaut d’être un réel danger, est un très mauvais signe pour la République, selon Jérôme Leroy. Selon lui les militaires doivent rester silencieux même lorsqu’ils ne sont plus en activité.


Des militaires ont-ils le droit de dire qu’il s’inquiètent pour la France, demande Aurélien Marq. Eh bien, la réponse est claire. Non, ils n’en ont pas le droit. Le préfet Prouteau, ce gauchiste ancien chef du GIGN, rappelait sur CNews, que non seulement ils ont un devoir de réserve mais aussi une obligation de réserve. La Grand Muette, comme son nom l’indique, n’a pas de près ou de loin à se mêler de la vie politique. L’obligation de réserve s’impose au soldat comme s’impose au médecin le secret médical ou au curé celui de la confession.

Agents électoraux du RN

Pour une fois qu’Agnès Pannier-Runacher, la libérale macroniste, a eu un bon mot, empruntons-lui,  il ne s’agit certes que d’un « quarteron de  généraux en charentaises ». Mais dans le climat actuel qui règne en France, ou comme par hasard, parce qu’on est à quelques mois des élections, la surenchère sécuritaire revient comme à chaque fois, accompagnée de lois de circonstance prises dans la dictature de l’émotion (on en est à la vingtième loi antiterroriste en vingt-cinq ans), ce n’est certainement pas le rôle de l’armée, ou plus exactement d’une infime partie factieuse de l’armée de se transformer en agents électoraux du RN.

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Non, ils n’ont pas le droit de tenir un langage de guerre civile en disant la craindre alors qu’ils l’appellent de leurs vœux avec une joie mauvaise quand ils souhaitent voir leurs « camarades d’active » entrer dans la danse macabre pour rétablir l’ordre. Quel ordre, d’ailleurs ? Celui des bonnes vieilles dictatures militaires qui ont sévi dans le sud de l’Europe jusqu’au mitan des années 70. Inutile de se demander d’ailleurs, pourquoi l’extrême-droite a été inexistante et demeure marginale au Portugal, en Grèce, en Espagne : ils ont déjà donné. Et il y en a encore un grand nombre pour se souvenir de ce que ça voulait dire de vivre sous Salazar et Caetano, sous Franco ou sous les colonels grecs qui avaient même cru bon d’interdire Platon pour homosexualité. La tribune de ces généraux mettant en avant des arguments « civilisationnels » comme ils disent sont les mêmes que ceux des dictateurs cités ci-dessus. Même discours sur la décadence,  même discours contre l’ennemi intérieur (hier le communiste, aujourd’hui l’immigré terroriste, forcément terroriste).

Vite, rétablissons le service militaire !

On va dire que je vois le mal partout, qu’après tout ce n’est pas si grave, que ce n’est pas pour ça qu’il y a une intention clairement putschiste. Il faudrait tout de même éviter de nous prendre pour des billes quand on choisit pour la publication la date anniversaire du putsch d’Alger, soixante ans après jour pour jour. Ce n’est d’ailleurs pas très malin.

Si vraiment ces généraux de papiers aimaient la patrie, ils auraient mieux fait de choisir le 13 mai, comme date anniversaire, comme le 13 mai 1958 qui vit De Gaulle revenir aux affaires sans tirer un coup de feu mais en expliquant tout de même à la Représentation Nationale que c’était lui ou les chars qui entraient dans Paris. Mais non, De Gaulle, c’est encore trop républicain pour cette demi-brigade de préretraités.

Au-delà du scandale que représente cette insulte à la République par quelques éléments qui ont pourtant, plus jeunes, fait le serment de la défendre au prix du sacrifice suprême, on se retrouve confronté à cette immense bêtise qui a été la disparition programmée du service militaire, pour des raisons budgétaires, comme d’habitude.

À lire aussi, l’article d’Aurélien Marq : Des militaires ont-ils le droit de dire qu’ils s’inquiètent pour la France?

L’armée, c’est l’armée de la nation, celle des soldats de l’An II. Une nation coupée de son armée et une armée livrée à l’entre soi, ce n’est pas très sain. Si demain on rétablissait le service national, ce que nous souhaitons, ce genre de chose n’arriverait plus. On rappellera pour mémoire que ce sont les appelés en Algérie, précisément, qui ont fait échouer le putsch d’Alger en refusant de suivre les régiments de paras. On rappellera aussi à tous ceux qui craignent les « banlieues islamisées » que la liste des noms des soldats engagés dans l’opération Barkhane et sur d’autres théâtres d’opération montrent bien que ceux qui meurent sous l’uniforme viennent aussi de ces quartiers que d’autres galonnés rêvent de voir soumis à la loi martiale.

Bref, ne leur demandons pas de rentrer dans leurs casernes, ils n’y sont plus. Mais on peut leur demander de se taire, voire l’exiger. C’est ce que semble avoir compris, après un temps de sidération, ce gouvernement qui a oublié que l’histoire peut être tragique même si pour l’instant, il s’agit encore d’une farce de bien mauvais goût.

Les Turcs en France sont-ils vraiment acquis à Erdogan?

Sous influence, les Turcs en France permettent à Erdogan de s’ingérer dans la politique.


>>> Relire la première partie de l’article <<<

Autarcie linguistique

L’endogamie hors-normes de la diaspora turque s’explique par l’existence d’un cadre culturel propre et étanche, dans lequel évolue la majeure partie de la communauté turque et qui la sépare nettement des autres populations (y compris de celles issues des pays musulmans du Maghreb). Les représentations structurant ce cadre sont fortement marquées par le gurbet, un attachement nostalgique à la terre des ancêtres qui « rappelle à chacun son exil et son extranéité à la société environnante »[1]. Elles se caractérisent aussi par l’importance accordée à la turcité, dont les deux fondements essentiels sont l’Islam et la langue turque. ”

Le refus de l’acculturation diagnostiqué par l’endogamie se retrouve donc logiquement dans des pratiques langagières en rupture avec la société d’accueil. Parmi les différentes catégories d’immigrés, les turcophones ont en effet la particularité d’une faible maîtrise du français et d’une pratique hégémonique de la langue d’origine au sein du foyer.

L’enquête Trajectoires et Origines publiée par l’INED en 2016 révèle ainsi que 74% des turcs immigrés arrivés en France à 17 ans ou plus déclarent n’avoir eu aucune maîtrise orale du français au moment de leur installation (20% avaient un niveau « intermédiaire » et seuls 6% étaient « à l’aise »), soit la proportion la plus élevée parmi toutes les nationalités étudiées[2]. Si leur maîtrise tend à s’améliorer après une certaine période de présence, elle n’en demeure pas moins en net retrait par rapport aux autres immigrés : seuls 31% des femmes et 57% des hommes immigrés turcs se déclarent « à l’aise » à l’oral en français au moment de l’enquête, soit le niveau le plus bas de l’étude[3].

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Ce différentiel de 26 points entre les sexes résulte sans nul doute du rôle traditionnel des femmes turques, essentiellement centré sur le foyer et peu porté au contact avec l’environnement extérieur – ou alors dans le cadre exclusif de la communauté. Or les immigrés turcs sont également ceux qui déclarent le plus souvent transmettre exclusivement leur langue d’origine à leurs enfants[4]. La transmission familiale s’appuie notamment sur l’omniprésence des médias turcophones audiovisuels et écrits : grâce à la diffusion satellitaire, la plupart des grandes chaînes de télévision turque « ont des filiales européennes proposant des émissions, des débats, des films destinés aux Turcs d’Europe », tandis que « les éditions européennes des grands titres de la presse nationale turque sont éditées et distribuées via l’Allemagne »[5].

À cette inculcation privée s’ajoute un recours plus fréquent aux Enseignements de langue et de culture d’origine (ELCO)[6] au sein de l’école publique française. Le Ministère de l’Education nationale estimait qu’environ 13 000 élèves suivaient des ELCO en turc pour l’année scolaire 2018/2019 ; d’après Jérôme Fourquet, « l’on constate que les classes ELCO sont davantage fréquentées par les jeunes d’origine turque que par les jeunes d’origine maghrébine »[7]. Ces cours étant « donnés par des enseignants originaires des pays concernés qui sont mis à disposition par leurs gouvernements respectifs ou recrutés localement par les autorités consulaires »[8], la question de leur politisation au bénéfice du gouvernement d’Ankara se pose régulièrement. Comme le souligne le chercheur Tigrane Yégavian, « les manuels envoyés par le ministère turc aux enseignants des ELCO véhiculent la propagande ultra-nationaliste, négationniste – référence au “soi-disant génocide arménien” – et fondamentaliste du régime d’Erdoğan »[9].

L’aspect ségrégué et politisé de l’Islam turc en France

La diaspora turque cultive également sa singularité dans la pratique religieuse. Musulmane sunnite dans sa grande majorité, elle ne se mêle presque jamais aux autres fidèles musulmans présents sur le sol français – issus pour l’essentiel du Maghreb et de l’Afrique sahélienne. Comme le relève Jérôme Fourquet, « les communautés turques disséminées sur le territoire national se dotent quasi systématiquement de leur propre mosquée, alors que les musulmans issus d’autres origines partagent souvent le même lieu de culte »[10].

La Turquie intègre de longue date ses imams « officiels » au sein de l’administration d’État. Ceux-ci relèvent de la « Présidence des affaires religieuses » (Diyanet), une sorte de puissant Ministère du culte qui opère en Europe sous le paravent de l’Union islamique turque des affaires religieuses (DITIB). Il est lié en France au Comité de coordination des musulmans turcs de France (CCMTF), créé en 2001 et qui gère aujourd’hui un réseau de 280 mosquées dans lesquelles opèrent 151 imams directement détachés par le gouvernement turc[11]. Ces fonctionnaires sont autant de relais potentiels pour la vision politico-religieuse du président Erdogan auprès des Turcs vivant en France.

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À cet Islam d’État s’ajoutent des confréries turques non-gouvernementales, mais néanmoins très proches des autorités d’Ankara. Il en va ainsi de la Confédération islamique Millî Görüs (« Vision nationale »), fondée en 1995 par Necmettin Erbakan – ancien premier ministre et inspirateur de Reycep Erdogan – à destination des populations turques d’Europe occidentale. Cette organisation siégeant à Cologne agit « comme la maison-mère de tous les partis islamistes turcs »[12], dont l’AKP au pouvoir. Elle s’est fait connaître du grand public français en 2021 lorsque la municipalité de Strasbourg a adopté le principe d’une subvention de 2,5 millions d’euros pour la construction de sa grande mosquée dans la ville [13]. Ayant connu un fort développement dans l’Est depuis trente ans, Millî Görüs aurait aujourd’hui la main sur 71 mosquées et 286 associations en France[14]. Elle cible particulièrement l’éducation des plus jeunes à travers l’ouverture d’écoles musulmanes[15], des cours de turc et d’histoire ou encore des programmes d’aide sociale et administrative.

Il est à noter que le CCMTF et Millî Görüs font partie des quatre associations membres du Conseil français du Culte Musulman (CFCM) à avoir refusé de signer la « Charte des principes pour l’Islam de France »[16], censée affirmer la compatibilité entre la religion musulmane et les principes républicains.

Le rôle de la communauté comme relai des pressions d’Ankara

L’ampleur de la communauté turque en France, son degré relativement élevé de cloisonnement et sa structuration très forte en font évidemment un levier majeur d’influence pour le gouvernement turc dans ses relations avec la France.

Ce rôle est grandement facilité par le large soutien dont le président Reycep Tayip Erdogan et son parti l’AKP bénéficient au sein de cette communauté. Lors de l’élection présidentielle de 2018, Erdogan a obtenu 63,9% des suffrages exprimés dans les bureaux de vote ouverts en France (ambassade et consulats), soit 11,4 points de plus que la moyenne nationale turque (52,5%). Lors des élections législatives de 2015, l’AKP a remporté 50,7% des suffrages en France – soit 10 points de plus qu’en Turquie (40,9%) ; à Lyon, ce score est monté à 74,6%. On peut par ailleurs supposer que les minorités kurdes, alévies ou chaldéennes vivant en France étaient surreprésentées parmi les non-votants pour l’AKP.

Outre ce rôle de « réservoir de voix »[17], la diaspora sert aussi de vivier militant pour les ultra-nationalistes turcs qui se structurent à travers l’Europe. C’est particulièrement le cas du mouvement des Loups Gris, groupe néo-fasciste d’inspiration antichrétienne, antisémite et antikurde, étroitement associé au Parti d’action nationaliste (MHP) – soutien du président Erdogan. Les liens des Loups Gris avec l’appareil de renseignement turc amènent à les considérer comme « le bras armé de l’État profond »[18]. Leur implication est notamment évoquée dans les intimidations anti-arméniennes de Décines, Vienne et Dijon à l’automne 2020. Bien qu’ils soient formellement dissous par le gouvernement français en novembre de cette année. l’impact pratique de cette décision est incertain (puisqu’elle visait un « groupement de fait » et non une association structurée). L’idéologie des Loups Gris subsiste d’ailleurs à travers plusieurs organisations-paravents, dont la Fédération turque de France[19].

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Cette pratique du faux-nez est commune aux différents relais d’Ankara. Elle se manifeste par un entrisme marqué à l’échelon politique local, en particulier dans les régions de forte implantation turque ; Tigrane Yégavian a recensé plusieurs de ces situations à l’occasion des municipales de 2020[20]. Une stratégie plus visible est néanmoins tentée avec la création du Parti Égalité et Justice (PEJ), branche officieuse de l’AKP en France. Le PEJ a concouru aux élections départementales de 2015 et aux législatives de 2017, en ciblant là aussi les principaux territoires de la diaspora. Son programme proposait entre autres de faire de l’Aïd un jour férié et d’abolir la loi de 2004 interdisant les signes religieux à l’école publique ;  sa communication électorale mobilisait les thèmes de la « diversité » et du « vivre-ensemble ».

À travers le Comité de coordination des musulmans turcs de France et son important poids démographique, Ankara est également parvenu à placer l’un de ses représentants à la tête du Conseil français du culte musulman. Entre 2017 et 2019, le CFCM a été présidé par Ahmet Ogras, parent par alliance du président Erdogan et animateur de longue date des réseaux de l’AKP en Europe. Cette prise d’influence s’inscrit dans le cadre global d’une stratégie hégémonique de la Turquie sur l’Islam européen.

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De manière générale, la communauté turque se trouve systématiquement « activée à l’occasion des tensions entre Paris et Ankara »[21] pour faire pression sur les décideurs politiques français – et ce bien avant les crises de 2020. En janvier 2012 par exemple, 15 000 manifestants turcs ont défilé à Paris contre une proposition de loi visant à pénaliser la négation du génocide arménien, brandissant des panneaux de forme de carte électorale[22]. Le sens de cette manifestation co-organisée par Ahmet Ogras était net : les Turco-Français sont nombreux, largement fidèles à leur pays d’origine et déterminés à le défendre.

Alors que la France est confrontée à l’hostilité grandissante de la Turquie sur plusieurs théâtres militaires et politiques, un tel constat appelle des réponses politiques courageuses.

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[1] Mehmet Ali-Kanci, op. cit.

[2] Stéphanie Condon et Corinne Régnard, « Les pratiques linguistiques : langues apportées et langues transmises » in Trajectoires et Origines. Enquête sur la diversité des populations en France, INED éditions, 2016, p. 124

[3] Stéphanie Condon et Corinne Régnard, op. cit., p. 126

[4] Stéphanie Condon et Corinne Régnard, op. cit., p. 130

[5] Mehmet Ali-Kanci, op. cit.

[6] Présentation du dispositif par le Ministère de l’Education nationale

[7] Jérôme Fourquet, op. cit., p. 172

[8] Ministère de l’Education nationale, op.cit.

[9] Tigrane Yégavian, op. cit., p. 20

[10] Jérôme Fourquet, op. cit., p. 172

[11] Tigrane Yégavian, op. cit., p. 18

[12] Tigrane Yégavian, op. cit., p. 17

[13] Résumé de l’affaire par Le Figaro

[14] Tigrane Yégavian, op. cit., p. 17

[15] En témoigne le projet controversé d’ouverture d’une école à Albertville (Savoie)

[16] Voir l’article du Figaro à ce sujet

[17] Tigrane Yégavian, op. cit., p. 22

[18] Tigrane Yégavian, op. cit., p. 15

[19] Voir l’article du Nouvel Obs à ce sujet

[20] Tigrane Yégavian, op. cit., p. 21

[21] Tigrane Yégavian, op. cit., p. 11

[22] Photographies

Rwanda, le débat entravé

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Philippe Prigent reproche aux télévisions françaises d’interdire d’antenne son client Charles Onana.


Causeur. Vous avez déposé deux plaintes, l’une auprès du CSA l’autre auprès du procureur de Paris, contre les chaînes de télévisions publiques françaises et Marie-Christine Saragosse, la patronne de France Médias Monde. En quoi consistent ces plaintes ?  

Philippe Prigent. La plainte auprès du CSA concerne la violation de l’obligation de pluralisme des opinions politiques, pourtant prévue par la loi audiovisuel et les conventions d’émission conclues entre les sociétés du groupe France Medias Monde et le CSA. En droit, les sociétés de France Medias Monde comme les autres médias régulés doivent respecter le pluralisme des opinions politiques. 

Or, le pluralisme suppose d’être au moins deux. Au sujet des massacres de Tutsis perpétrés en 1994 au Rwanda, deux thèses s’opposent. La première est que le génocide résulte d’un plan programmé de longue date par des dirigeants hutus avec la complicité de nazis que seraient les soldats et dirigeants français, et que ce génocide prévu de longue date serait survenu spécifiquement en 1994, pour des raisons incompréhensibles. 

La thèse adverse, soutenue notamment par mon client M. Onana, est que le Rwanda était en proie à une guerre civile à base notamment ethnique et que les massacres ont été largement spontanés, comme c’était le cas en Europe centrale et orientale lors des nombreux pogroms à travers les siècles. L’assassinat des présidents du Rwanda et du Burundi a mis le feu aux poudres, car tous les ingrédients d’une catastrophe étaient malheureusement réunis de longue date, et on peut s’interroger sérieusement sur le rôle de certains dirigeants tutsis actuellement au pouvoir dans cet attentat. C’était d’ailleurs la conclusion du célèbre juge Bruguière. 

Or la direction de France Medias Monde refuse expressément l’accès à l’antenne aux personnes soutenant la seconde thèse. La plainte auprès du Procureur de la République repose sur le délit de discrimination dans l’accès à un service en fonction des opinions politiques. 

Comme vous le devinez, l’accès à la radio et à la télévision est un service précieux pour faire connaître ses idées dans un débat politique et faire connaître ses livres. Or le Code pénal interdit de différencier dans l’accès à un service en fonction des opinions politiques, de l’orientation sexuelle, de l’appartenance raciale supposée, etc. C’est pourquoi un média ne peut refuser l’accès à l’antenne à une personne en raison de ses opinions politiques. C’est toutefois le choix de la direction de France Medias Monde, qui revendique par écrit avoir exclu M. Onana de ses antennes en raison de sa position au sujet du génocide survenu au Rwanda en 1994. 

N’est-ce pas le droit d’une rédaction – d’un média public ou privé – de décider des invités et donc de ne pas inviter et donner la parole à certaines personnes ? Que dit la loi sur le paramètre de discrétion des journalistes sur ce sujet ? Y a-t-il une différence entre le public et le privé ?

Non, ce n’est pas le droit. Il existe deux types de médias : les médias indépendants (comme les journaux et les chaînes de télévision internet) et les media régulés (comme les chaînes de télévision TNT et les radios). La différence fondamentale entre les deux types de médias est que les premiers n’ont pas besoin de l’État, les seconds, si.  Tout le monde peut créer une télévision en ligne ou lancer un nouveau journal sans aide de l’État et sans avoir besoin de son intervention. Par exemple, Causeur s’est lancé tout seul. 

En revanche, il est impossible d’émettre sur une fréquence radio ou sur un canal de télévision TNT sans intervention publique, car si tout le monde émettait comme il le souhaite les fréquences seraient brouillées et inaudibles. Si tout le monde tente d’émettre sur le canal de télévision n° 15, par exemple, il n’y a plus d’émission possible, car les signaux se brouillent. C’est pourquoi la télévision et la radio ne fonctionnent que si l’État réserve les fréquences à certains opérateurs en leur accordant un droit d’émission exclusif. Comme vous le devinez, ces droits d’émission exclusifs sont extrêmement précieux et ils sont la condition sine qua non d’existence de ces médias, privés ou publics. Une entreprise normale ne bénéficie pas d’un tel monopole accordé par l’État. Par exemple, Causeur n’a pas d’emplacement réservé dans tous les kiosques de France. 

La contrepartie de l’intervention de l’État pour accorder un droit exclusif est le respect du pluralisme, car l’État lui-même y est tenu. Quand l’État concède quelque chose à une entité publique ou privée, il transmet les obligations qui vont avec la chose concédée. Par exemple, les sociétés auxquelles des autoroutes ont été concédées doivent laisser tous les clients potentiels y circuler, sans en refuserl  l’accès en raison de leurs opinions politiques, de leur sexe, de leur religion, etc. 

La loi audiovisuel de 1986 et les conventions d’émission conclues entre le CSA et les divers médias régulés leur imposent expressément de respecter le pluralisme des opinions politiques. C’est d’ailleurs la raison d’être du CSA. Une rédaction peut tout à fait décider de ne pas inviter une personne en particulier à condition d’en inviter une autre qui pense la même chose. En revanche, refuser la parole à un camp dans un débat politique viole la loi et la convention qui autorise le média à utiliser sa fréquence d’émission. La règle s’applique aux media privés comme aux médias publics mais elle est encore plus exigeante envers les médias publics, tenus à l’exemplarité car ils sont de surcroit financés par les impôts de tous. En outre les médias ne sont pas au-dessus du Code pénal, qui fort heureusement s’applique à tous. Dès lors qu’un média régulé fournit un service grâce à une concession par l’État, il ne saurait refuser l’accès à l’antenne aux intéressés – de la même manière qu’une société concessionnaire d’autoroutes ne peut pas refuser l’accès aux femmes ou aux personnes qui votent contre la privatisation des autoroutes.

Pourquoi l’accès à ces médias a été refusé à votre client ? 

Le président de France Media Monde a répondu par écrit à des associations exigeant la censure de mon client qu’elle n’inviterait pas mon client dans les médias dépendant de son groupe parce qu’il tiendrait des « propos négationnistes ». Quel dommage qu’il n’y ait pas de juriste chez France Media Monde car un professionnel du droit aurait fait observer à Mme Saragosse que le négationnisme suppose de nier les faits or justement M. Onana expose que de très nombreux Tutsis ont été massacrés. 

Quel est le statut légal du génocide qui a  eu lieu à Rwanda entre avril et juillet 1994 ? Est-il légal en France de le nier au même titre que la Shoah et le génocide arménien ?

En droit, il est illégal de nier les massacres perpétrés sur les Tutsis au Rwanda entre avril et juillet 1994. La négation de ces massacres est une infraction pénale. 

Est-ce que M. Onana est un négationniste ?    

Non. Tout d’abord, la relativisation de l’extermination des juifs d’Europe par l’Allemagne nazie est très problématique. La sauvagerie antisémite allemande est unique dans l’histoire humaine récente et on ne saurait nier sa terrible spécificité. Ensuite, le négationnisme consiste à nier les faits. Or M. Onana ne nie pas les massacres commis au Rwanda au printemps 1994. 

Quand un spécialiste vous dit « oui, la pandémie tue », il faut être d’une rare mauvaise foi pour lui reprocher de nier l’existence d’une pandémie. On peut désapprouver son analyse des causes et des responsabilités, pas lui reprocher de nier ce qu’il affirme. 

Je constate que vous évitez le terme de « génocide » pour qualifier le massacre de Tutsis au Rwanda en 1994. Est-ce cela le fond de l’affaire ? Est-ce que M. Onana est interdit d’antenne en France car il ne pense pas qu’il s’agit d’un génocide ?

Je n’évite pas le terme de génocide, j’employais le terme massacres parce qu’il est concret tandis que génocide est une qualification juridique, largement indépendante du nombre de victimes en droit actuel. M. Onana pense qu’il y a eu un génocide et moi aussi.