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À Ajaccio, la repentance autour du bicentenaire de la mort de Napoléon agace

Le Comité central bonapartiste s’en va-t’en guerre…

À Ajaccio, la repentance autour du bicentenaire de la mort de Napoléon agace
Monument commémoratif de Napoléon Ier, place d'Austerlitz, Ajaccio, Corse du Sud. © Richard Sowersby/Shutte/SIPA Numéro de reportage : Shutterstock40660495_000004.

Le Comité central bonapartiste s’en va-t’en guerre…


Réplique de celle qui trône fièrement à l’Hôtel des Invalides, la statue de l’empereur Napoléon Ier jette son ombre tutélaire sur Ajaccio, cité impériale. A la veille des festivités prévues pour le bicentenaire de sa mort, la commémoration de l’enfant du pays divise l’île de Beauté. Face aux polémiques nées autour de l’idée d’un «  napoléon esclavagiste » et « pourfendeur de la République », aux anachronismes manichéens distillés par les indigénistes de la République, des personnalités de droite comme de gauche et au mépris de toute re-contextualisation historique, le Comité central bonapartiste (CCB) a vivement réagi et fait part de son agacement.

À Ajaccio, célébrer la mort de Napoléon, c’est un grand oui!

On ne badine avec l’image de Napoleone Buonaparte en Corse. Les déclarations de l’ancien Président constitutionnel Jean-Louis Debré ou du député de la France insoumise Alexis Corbière sur le troisième personnage préféré des Français ont mis hors de lui André Villanova, le président du Comité central bonapartiste (CCB). Sur sa page officielle Facebook, l’un des plus vieux mouvements politiques qui a fait la pluie et le beau temps durant un siècle sur cette île bercée par des eaux d’un cristallin étourdissant et qui a largement contribué à la réussite du coup d’État gaulliste de 1958, s’est fendu d’un communiqué assassin face à ces « irréductibles anti-Napoléon issus de la gauche, de l’extrême gauche et autres mouvances du même acabit » qui ne voient qu’en Napoléon, un « esclavagiste et un fossoyeur de la révolution française ». Sans prendre la peine de re-contextualiser les faits historiques, « juger un homme du début du 19ème siècle au 21ème siècle doit être dès plus circonspect d’autant que cet homme est Napoléon Premier, personnage dont je ne sais plus combien d’ouvrages lui sont consacrés chaque année, quantité d’ouvrages arrivant juste après le Christ ! » rappelle le CCB qui a détenu l’exécutif du département de la Corse–Sud (2015-2018) et qui jouit du soutien actif de Laurent Marcangeli, maire d’Ajaccio. Une ville que les bonapartistes ont tenu sans discontinuité, entre 1947 et 2001, avant que le prince Charles Bonaparte ne trucide le parti, en désaccord avec celui-ci.

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« Depuis quelques années, on rappelle à l’envie qu’il a rétabli l’esclavage en France – c’était le 20 mai 1802 – lorsqu’il était premier Consul. Certes, c’est indiscutable, ce n’est pas ce qu’il a fait de mieux et aujourd’hui dans un contexte de repentance de réécriture de l’histoire, de la promotion et reconnaissance des minorités qui s’imposent à la majorité, d’une France multi-ethnique, de la remise en cause de la colonisation, il est tentant et de bon ton de s’attaquer à un tel personnage surtout si on laisse dire et faire » poursuit André Villanova. « Ce n’est pas une tâche ni une faute, c’est un crime et même un double crime. Le commémorer, c’est en faire l’apologie» se justifie Louis-Georges Tin, ancien président du Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN) qui a fait du communautarisme afro-identitaire son cheval de bataille. Le débat sur ce sujet fait rage sur le « continent », mettant dans l’embarras  le palais de l’Élysée qui pourrait réduire sa participation aux commémorations à son minimum de représentants. On évoque même les deux premiers personnages de l’Etat à deux endroits différents le 5 mai prochain afin de ne pas donner trop de caractère officiel aux célébrations qui coïncident aussi avec l’inhumation en grandes pompes des restes du général Charles-Etienne Gudin, tombé au champ d’honneur durant la campagne de Russie (1812).

Les indigénistes de la République renvoyés à leurs propres démons

« Je rappelle que si notre bonne république de l’époque avait aboli l’esclavage au nom des droits de l’homme le 4 février 1794, la même s’était bien permis de couper des milliers de têtes sans trop respecter ces principes. Il faut quand même ne pas oublier qu’à cette époque il n’y avait pas que la France qui pratiquait l’esclavage je pense en particulier à l’Angleterre parlementaire qui abolira l’esclavage en 1833 (…) » poursuit Villanova qui évoque les réelles raisons qui ont poussé Napoléon à autoriser de nouveau cette « pratique commerciale » sans pour autant les excuser. « Pour l’esclavage, comme pour les guerres, ce sont aussi et surtout des considérations économiques » explique le président du CCB. « Les planteurs Français se plaignaient d’être en difficulté depuis cette abolition. Révolte d’esclaves, occupation de la Martinique par les Anglais, concurrence « déloyale » (car) les planteurs anglais avaient des esclaves. Et on oublie aussi que pour avoir des esclaves il y avait ce qu’on appelle la traite, c’est-à-dire que des marchands d’esclaves vont chercher cette main-d’œuvre plus que bon marché en Afrique en ayant recours souvent à des complicités locales » renchérit Villanova qui renvoie les indigénistes de la République à leurs propres démons. Une vérité qu’ils éludent trop souvent face caméra, jouant sur la méconnaissance des Français sur l’histoire de l’Afrique et qu’ils manipulent régulièrement à leurs propres fins. « On oublie vite que Napoléon pendant les cent jours en 1815 avait pris un décret pour interdire cette ignominieuse pratique » rappelle encore Villanova qui réfute toute sensibilité raciste chez Napoléon. « Je comprends qu’il y ait une facette plus sombre dans le parcours exceptionnel chez un homme qui est connu dans le monde entier mais je trouverais anormal que l’on ne célèbre pas [Napoléon] » a déclaré le maire d’Ajaccio, président d’honneur du CCB, sur la chaîne d’information LCI.

« Contester l’idée même de célébrer le bicentenaire napoléonien reviendrait à remettre en cause l’ensemble de ses créations que notre république, qui se veut si parfaite, en profite encore et mieux encore les valorise » affirme André Villanova qui rappelle tout l’héritage napoléonien dont nous profitons encore. Une réalité que certains leaders politiques entendent délibérément ignorer, lui préférant les ornières en vogue de notre siècle (faisant ainsi le jeu d’un communautarisme inquisiteur) à la vision de grandeur d’un homme qui n’en demeure pas moins un immortel révéré dans le subconscient des Français.


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