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À 14 ans, que faisait Gabriel dehors la nuit?

Les indignations sélectives: un scandale...

À 14 ans, que faisait Gabriel dehors la nuit?
Xose Bouzas / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Dans la nuit du 25 mai 2020, à Bondy, Gabriel, âgé de 14 ans, tente de voler un scooter avant d’être interpellé. En avril 2021, une information judiciaire est ouverte pour “violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique”. L’analyse de Philippe Bilger.


L’adolescent dénonce des violences policières. Il a été gravement blessé à l’œil, avec un traumatisme crânien et trois dents cassées. Si la résistance de Gabriel a sans doute existé, elle pèse peu par rapport à ce qu’il a subi et qui dépasse les bornes de la force légitime. Je relève qu’on ne peut plus soutenir que la Justice, à Bobigny ou ailleurs, est inactive à l’égard des fonctionnaires accusés d’avoir perpétré des violences illégitimes. Il me semble même que parfois on souhaiterait la même réactivité et efficacité pour défendre la police et poursuivre ceux qui s’en prennent à elle.

Une police dangereuse pour les jeunes ?

Une fois ce constat fait, j’ai été scandalisé d’entendre les soutiens de Gabriel évoquer la police comme “un danger pour les jeunes”. Ils continuent évidemment à violer la présomption d’innocence des gendarmes dans l’affaire d’Adama Traoré. En particulier l’ancien footballeur Vikash Dhorasoo qui s’est illustré par une déclaration honteuse. Même RT France qui faisait le reportage s’est cru autoriser à “dénoncer une autre victime des violences policières”, ce qui montre à quel point les précisions du réel et des procédures judiciaires sont noyées trop souvent dans un opprobre hémiplégique et approximatif. Je ne cesse d’ailleurs d’être agacé par les avocats des gendarmes qui, à force de se taire, semblent ne plus exister face à Me Yassine Bouzrou omniprésent pour la famille Traoré.

Gabrielbondy
© D.R.

Quid de la responsabilité des parents ?

Pour en revenir à Gabriel, j’avoue être surpris par la bonne conscience de son père qui se campe seulement en pourfendeur de la police en remerciant tous ceux qui ont partagé son émotion, sans s’interroger une seconde sur lui-même et sa responsabilité : laisser Gabriel en pleine nuit, à 14 ans, libre d’accomplir une infraction. Avant les violences policières, il y a pour le moins cette grave incurie éducative et familiale. J’entends bien qu’on ne parvient jamais à tenir la balance parfaitement égale entre les forces de l’ordre et leurs quelques transgressions, et les délinquants et leurs nombreuses atteintes à la police. Mais pour ma part j’ai toujours essayé ; et je n’ai jamais abandonné un bout de la chaîne pour ne me consacrer qu’à l’autre. Contrairement à l’idéologie gauchiste qui sacrifie allègrement une cause (celle du soutien de la police) au bénéfice exclusif de l’autre (celle de sa permanente mise en cause) au point même qu’on peut considérer que les fonctionnaires de police sont présumés coupables et que de l’autre côté il n’y a ni délinquants ni criminels.

Les indignations sélectives, ça suffit !

Ces indignations sélectives sont insupportables qui délibérément refusent l’honnêteté, intentent des procès expéditifs, n’ont qu’une cible et se facilitent l’existence morale et intellectuelle en écartant de leur champ tout ce qui devrait les contraindre à une opinion juste et équilibrée, à la mise en parallèle de l’exceptionnel avec le fréquent, du légitime avec l’illicite, de l’indécence avec la dignité.

Une société qui ne sait pas – ou ne veut pas – départager le bon grain de l’ivraie, est impuissante à éradiquer le mal et à punir ceux qui détruisent le bien, est mûre pour le désastre. D’abord à petit feu puis à grandes enjambées destructrices.


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Magistrat honoraire, président de l'Institut de la parole, chroniqueur à CNews et à Sud Radio.

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