À chaque élection en France sa polémique sur le voile islamique! À Montpellier, LREM se déchire.
Sara Zemmahi se retrouve au cœur d’une polémique qu’elle n’a peut-être pas souhaité déclencher!
Cette jeune femme défraie la chronique, car elle s’affiche voilée pour la campagne de la liste LREM dont elle est candidate en tant que suppléante à Montpellier. Diplômée en ingénierie de la santé à la faculté de pharmacie de Montpellier, cette jeune cadre est présentée dans le recto de la profession de foi comme « une jeune femme de son temps impliquée dans la vie associative et qui s’assume pleinement ».
Si Mahfoud Benali, tête de liste pour les départementales à Montpellier, reconnait que le choix d’une candidate voilée « peut heurter la sensibilité de certains », il le justifie par la nature des quartiers de Montpellier qu’il souhaite conquérir. « La commune de Grabels est tenue par le meilleur ami de Jean-Luc Mélenchon et les quartiers de Montpellier sont pour la plupart des ghettos de la ville ». Pour M. Benali, qui cite Gambetta, sa liste « ose » la diversité pour construire la République « à partir de couches nouvelles ». Le profil de Sara Zemmahi serait celui d’une « républicaine en marche ». Vérifions cela.
Sur son profil Linkedin, Mme Zemmahi se dit fondatrice et vice-présidente de l’association Tabassam (« Souris ! » En arabe classique). Cette association, créée en 2015, viserait « à promouvoir la réussite des jeunes, à favoriser les échanges et à venir en aide aux plus démunis. Également un soutien humanitaire à l’international (pays de l’Afrique du Nord) ». Pourtant, sur Facebook, on relevait jusqu’à ce matin des publications douteuses. Mais la personne en charge du compte Facebook de l’association a complètement vidé le compte des publications en lien avec des sujets on ne peut plus problématiques.
Tabassam fait régulièrement la promotion du hijab et incite des musulmanes et des non-musulmanes à l’essayer « avant de juger » à l’occasion du fameux World hijab day. Le site Europe-Israël dénonçait déjà l’édition 2015 de cet événement, auquel la candidate LREM prenait part pour sa promotion du niqab… dont le port est interdit depuis 2010 en France [1].
L’association, qui semble bénéficier de locaux par la Caisse d’Allocations Familiales de Montpellier, s’affiche comme un organisme islamique et prosélyte, relayant tour à tour des publications du prédicateur frériste Tariq Ramadan ou de son frère interdit du territoire français, Hani Ramadan. On notera également sa participation et la promotion de l’édition 2016 du RAM-LR, la « Rencontre Annuelle des Musulmans du Languedoc-Roussillon », qui accueillait entre autres les prédicateurs islamistes et frères musulmans Hassan Iquioussen et Hani Ramadan [2].
Tabassam organisait des événements avec l’antenne montpelliéraine du CCIF, organisme islamiste dissous en début d’année par le ministre de l’Intérieur ou encore avec Lallab, association intersectionnelle, féministe / islamiste visant à promouvoir le voile pour toutes. Militantisme contre le racisme d’État ou encore les violences policières, dénonciation du concept raciste et racialiste du « privilège blanc », l’association fondée par Mme Zemmahi semble totalement s’inscrire dans le courant indigéniste, islamiste, décolonial et anti-républicain.
Les valeurs portées par LREM ne sont pas compatibles avec le port ostentatoire de signes religieux sur un document de campagne électorale. Soit ces candidats changent leur photo, soit LREM leur retirera leur soutien. https://t.co/7jBY4sGH2j
On ne parle plus que de séparatisme ces dernières semaines. Tout porte à croire que Stanislas Guérini, député de Paris et délégué général de LREM, a eu raison en menaçant de retirer l’investiture de son parti à la liste de Montpellier qui a recruté Mme Zammahi si le voile qui y figure n’était pas enlevé. Mais le voile est-il vraiment le seul problème que pose la candidature de Sara Zemmahi ? Et quelle était « la grande cause de son quinquennat » d’Emmanuel Macron, déjà ? Ah oui : les femmes.
LREM se déchire
À chaque élection en France sa polémique sur le voile islamique ! C’est à Montpellier que l’on doit cette nouvelle affaire ! Elle refait du réseau social Twitter un champ de bataille électorale. Hier soir, le média dit de « réinformation » Fdesouche annonce que LREM propose une suppléante portant le voile pour les élections départementales. L’affiche de campagne est reprise une heure plus tard par Jordan Bardella, vice-président du Rassemblement National, député européen et candidat aux élections régionales en Île-de-France. L’élu RN interpelle via un tweet la ministre de la citoyenneté : « C’est cela la lutte contre le séparatisme, Marlene Schiappa ? ». Mais c’est Stanislas Guérini, délégué général du parti présidentiel et député de Paris qui se charge de lui répondre en relayant son tweet pour faire savoir que ces candidats doivent changer leur photo sous peine de se voir retirer l’investiture de son parti. Selon lui, cette affiche porte atteinte aux « valeurs portées par LREM » qui « ne sont pas compatibles avec le port ostentatoire de signes religieux sur un document de campagne électorale ». La réponse de Stanislas Guérini déclenche une levée de bouclier de la part de l’aile gauche de LREM qui y voit une discrimination, une atteinte à la liberté religieuse et une abdication devant le « parti d’extrême droite » du Rassemblement national.
Écarter cette candidate serait une discrimination. La loi protège les convictions religieuses et la liberté de les afficher en campagne électorale. La jurisprudence est tout aussi claire. Puis les électeurs décident.
À l’heure où nous écrivons ces lignes, le député de Paris, Stanislas Guérini subit les foudres de journalistes des médias de gauche , de militants d’associations islamistes, d’élus de tous les partis de gauche du parti socialiste à EELV en passant évidemment par la France Insoumise, qui y voient l’opportunité de relever une proximité incontestable entre le Rassemblement National et le parti au pouvoir. Rares sont ceux qui apportent leur soutien à Stanislas Guérini chez LREM. Le silence de la ministre déléguée à la citoyenneté, Marlène Schiappa est assourdissant, alors qu’elle n’hésite généralement pas à se saisir des « bad buzz » qui agitent les réseaux sociaux. La teneur du débat est en réalité toujours la même depuis 40 ans. Pavlovisme, inversion des valeurs, insultes et une très mauvaise maîtrise du principe de laïcité (qui n’empêche effectivement pas une candidate portant le hijab de porter un voile islamique)…
En se réfugiant systématiquement derrière la laïcité qu’ils prétendent défendre, les politiques pro-voile l’affaiblissent. Ils semblent incapables d’assumer la conception française de l’égalité entre les hommes et les femmes prônée par la devise républicaine, ils semblent incapables de dénoncer le caractère misogyne du voilement, alors que c’est la seule manière de sortir par le haut de cet éternel débat piégé par une conception légaliste. Tant que les polémiques autour du voilement se limiteront à des échanges et des invectives autour de la notion du droit sans prendre en compte les us, coutumes et traditions françaises, la France tournera en rond.
[1]Ainsi le 1er février dernier, une quinzaine de femmes voilées se sont retrouvées au parc du Peyrou pour aller « à la rencontre des montpelliérains pour discuter et échanger sur le statut du voile en France ». Elles ont également proposé à plusieurs femmes d’essayer de porter le voile islamique. Les organisatrices espèrent que l’année prochaines elles pourront « participer encore à cette journée avec plus de moyens et avec plus de visibilité.» Source: Europe-Israël
« En Occitanie, je demanderai un moratoire sur l’éolien. » Une tribune libre de Jean-Paul Garraud (RN)
Le 14 janvier 2020, Emmanuel Macron déclarait à Pau au cours d’une table-ronde consacré à « l’écologie dans nos territoires » que le « consensus sur l’éolien » était « nettement en train de s’affaiblir dans notre pays. […] De plus en plus de gens […], qui considèrent que leur paysage est dégradé, ne veulent plus voir de l’éolien près de chez eux. Il ne faut pas l’imposer d’en haut. »
Un bon sens déroutant, ce dernier ayant toujours soutenu cette technologie… sans prendre en compte les légitimes récriminations des populations qui n’en peuvent plus de voir les paysages naturels défigurées par ces immenses pales qui traversent le ciel, tels des moulins à vent sortis de l’imagination fertile d’auteurs de dystopies de science-fiction.
Est donc prévue la construction de 40 éoliennes flottantes au large des côtes languedociennes d’ici 2024, divisées en deux parcs de 20 machines!
Tous nos paysages sont désormais colonisés par ces machines. Aucun n’y échappe. Un trajet en train régional ou en voiture, par les autoroutes ou les départementales, suffit pour s’en convaincre : les éoliennes occupent le moindre centimètre carré de champs, de collines. Elles sont même maintenant au large, « offshore » comme on dit en start-up nation. L’ancien ministre François de Rugy, qui a perdu son poste pour une pathétique histoire de homards, inaugurait ainsi le premier parc éolien en mer de Saint-Nazaire dès sa prise de fonctions, au mépris des habitants et des pêcheurs sommés de s’agenouiller devant ces gigantesques totems contemporains. Dans un excellent ouvrage intitulé Eoliennes : la face noire de la transition écologique, Fabien Bouglé démontre que les éoliennes, en plus de littéralement massacrer nos paysages, ne sont pas si bonnes pour la planète qu’on ne voudrait nous le faire croire.
Nuisances multiples
Ne produisant qu’une électricité intermittente, les éoliennes seront toujours insuffisantes pour alimenter notre pays en électricité. Les partisans l’admettent eux-mêmes, notamment pour ce qui concerne les éoliennes à axe horizontal : elles ne peuvent pas exploiter tous les vents. Elles s’arrêtent lorsqu’il n’y a pas assez de vent, ou, au contraire, lorsqu’il y en a trop. L’énergie éolienne doit donc être utilisée en complément d’une autre source d’énergie. Mais ce n’est pas tout. Leurs nuisances sont multiples. Pour commencer, elles produisent d’importants problèmes sonores : lors du passage de l’air dans les hélices, et par le grincement engendré par la rotation des différents éléments mécaniques.
Les éoliennes causent aussi des interférences avec les ondes électromagnétiques (radio, télévision, téléphonie), obligeant à installer des récepteurs et des transmetteurs pour intensifier les signaux ! Dernier point aujourd’hui connu : les oiseaux ne distinguent pas les pales d’éoliennes lorsqu’elles sont en rotation, et entrent en collision avec ces dernières. Les éoliennes ne doivent donc pas être installées dans les couloirs de migration des oiseaux ni dans les régions où il y a des espèces menacées ou, le cas échéant, un système lumineux doit être mis en place !
Quant aux éoliennes en mer, elles obligent les pêcheurs à déplacer leurs zones de pêche. Depuis 2019, Carole Delga a ainsi lancé un chantier colossal à Port-la-Nouvelle pour tenter de créer une filière dédiée à l’éolien flottant en mer. Chacune des machines que la région compte installer pèsera quelque 8 000 tonnes et mesurera 176 mètres de haut. Elles flotteront à 18 kilomètres de la côte, presque au bord des plages. Plus encore, deux parcs de 20 machines sont prévus entre la frontière espagnole et Fos-sur-Mer, au large des Pyrénées-Orientales, Aude, Hérault, Gard et des Bouches-du-Rhône. Est donc prévue la construction de 40 éoliennes flottantes au large des côtes languedociennes d’ici 2024, divisées en deux parcs de 20 machines… Pour faire accepter cette décision, la région tente de faire penser que l’extension du port de Port-la-Nouvelle, souhaitable et souhaitée, lui est attachée. Non, soutenir l’extension du port ne doit pas amener à soutenir l’installation des éoliennes en mer !
Des installations dont on ne mesure pas encore correctement l’impact sur les écosystèmes côtiers. Directrice de recherche au CNRS, Nathalie Niquil l’écrit dans un article : « En conclusion, il apparaît que la présence des éoliennes a un effet local, lié principalement à l’effet récif, qui se traduit par l’apparition d’un nouvel écosystème, caractéristique des substrats rocheux, au milieu d’un écosystème de substrat meuble. (…) Le développement des énergies marines ne doit pas se faire au détriment d’écosystèmes emblématiques. La planification des espaces marins doit avant tout sanctuariser les habitats essentiels. »
Les éoliennes vivent grâce aux subventions publiques. Elles ont une durée de vie moyenne de 20 ans, ce qui oblige donc à coûteux démantèlements. Le salut du monde ne se fera pas avec ces turbines. Pis, la France possède un immense parc nucléaire qui nous permet d’être l’un des pays les plus décarbonés. Surtout, personne ne semble vouloir se préoccuper des paysages, de la beauté. La France s’enlaidit, c’est un fait, comme l’a noté Alain Finkielkraut dans son plaidoyer pour une écologie poétique sur Le Figaro. Notre époque néglige la beauté du monde. L’aménagement du territoire, notamment par les éoliennes, supprime le vide et le silence des paysages de nature, leur superbe dépouillement. On habille nos campagnes de bâtiments sans âmes, d’éoliennes, blessant nos yeux et notre sensibilité. Van Gogh aurait-il peint des champs d’éoliennes ?
L’extension perpétuelle du domaine de la ville, constatable avec l’horizontalisation des banlieues et l’implantation de centres commerciaux, se poursuit avec les éoliennes en mer et dans les champs. C’est la politique la plus anti-écologiste qui soit, la plus anti-humaniste. On détruit nos habitats pour tenter de sauver le monde. On détruit les derniers espaces de liberté des Français. Il est temps d’arrêter le massacre. En Occitanie, je demanderai un moratoire sur l’éolien. Le plus tôt sera le mieux.
Pour Gérald Darmanin aucun doute, l’islam est compatible avec la République. Il reconnaît cependant que l’islamisme et l’immigration illégale sont un frein à l’intégration des musulmans. D’où sa loi « séparatisme », dont l’une des mesures phares est le retour discret de la double peine. Le ministre de l’Intérieur met aussi en avant le nombre croissant d’expulsions de sans-papiers, et épingle le détournement du droit d’asile. Entretien 2/2.
Depuis quelques années, on observe l’émergence en France d’une « question turque » : cet État et son président présentent-ils une menace particulière pour la France ?
Le peuple turc est un grand peuple que je respecte profondément. Il est aujourd’hui dirigé par un homme qui a choisi de tourner le dos à l’esprit de laïcité qui animait ce pays ou au moins sa société depuis Mustafa Kemal. La religion est même au cœur du programme politique de M. Erdogan, y compris de sa politique régionale qui vise à étendre son influence au sein du monde sunnite. Dans ce contexte, M. Erdogan tient contre la France un discours identitaire qui peut sans doute trouver des explications internes, dans une volonté de consolider sa base politique et d’étendre l’influence internationale de son pays.
Justement, n’essaie-t-il pas de transformer les Franco-Turcs en cinquième colonne ?
Non. Les 500 000 Turcs et Français d’origine turque sont des travailleurs respectables. Ils réussissent dans la cité et s’y impliquent. Mais ils sont également très attachés à leur pays d’origine. Leur participation aux élections turques est supérieure à la moyenne en Turquie et le vote pro-Erdogan supérieur de plusieurs points. Si M. Erdogan organise des meetings à Strasbourg, et finance indirectement des écoles ou des mosquées, ce n’est pas pour le bien-être de cette diaspora, mais pour l’influencer politiquement. La loi « séparatisme » permettra de s’opposer à ce type de projet.
Si je devais choisir quatre dispositions, je citerais d’abord la possibilité de fermer des lieux de culte, quand on y appelle par exemple à considérer les juifs comme des mécréants, qu’on y explique que quiconque écoute de la musique est transformé en porc. Jusqu’à présent, on ne pouvait les fermer que s’ils étaient en lien avec le terrorisme, c’est-à-dire qu’il fallait que les propos tenus soient en lien avec un attentat ou un projet d’attentat. Nous comblons donc ici une importante lacune dans notre droit. Ensuite, plusieurs millions de salariés du privé vont passer sous le régime de la neutralité – chauffeurs de bus, conducteurs de rame de métro, agents de piscine, de crèches… –, ce qui signifie que les signes religieux y seront proscrits. Troisième mesure phare, on ne versera plus un seul euro d’argent public à des associations qui organisent des voyages 100 % halal ou prétendent que les femmes sont inférieures aux hommes. Enfin, désormais, toute école qui bénéficie de financements étrangers ou qui constitue un vecteur d’ingérence étrangère sera soumise à l’autorisation du préfet.
Parce que la formation de leur discernement autonome est au cœur des principes de l’éducation de nos enfants dans notre pays, l’école est un lieu entièrement préservé des influences politiques et religieuses
Pourquoi, en ce cas, ne pas proscrire le port de signes religieux dans les mairies ou les tribunaux ?
La laïcité qui prévaut dans notre pays depuis plus d’un siècle est un principe d’organisation des pouvoirs publics. Il impose aux agents publics un devoir de neutralité. Devoir que la loi « séparatisme » va encore étendre aux entreprises délégataires d’un service public (les entreprises de transport public par exemple). Mais ce devoir ne concerne pas les usagers du service public, et ne les a jamais concernés, car depuis l’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme, l’« expression religieuse » est un droit. À la seule exception des élèves des établissements d’enseignement public : en raison de leur jeune âge, et parce que la formation de leur discernement autonome est au cœur des principes de l’éducation de nos enfants dans notre pays, l’école est un lieu entièrement préservé des influences politiques et religieuses, et elle doit le rester.
Lorsque le président parle à Brut, il flatte la fibre victimaire de la jeunesse des quartiers et encourage l’exhibition identitaire en promettant de donner à des rues des noms de Français noirs, arabes, juifs, asiatiques. La République se fera-t-elle aimer des musulmans tentés par le séparatisme en encourageant leurs reproches ?
Non, le président de la République ne flatte pas la « fibre victimaire de la jeunesse des quartiers » comme vous dites. J’ai entendu le président parler d’identité nationale et reconnaître que Nicolas Sarkozy avait eu raison de mettre le sujet sur la table. Et c’est aussi Emmanuel Macron qui m’a choisi, fils de femme de ménage dont les deux grands-pères sont nés de l’autre côté de la Méditerranée, pour être son ministre de l’Intérieur à 39 ans. Il m’a vu comme un Français absolument assimilé. Quant aux noms de rue, il y a dans l’administration française un conservatisme que le président de la République a raison de vouloir bousculer.
Et quand, à Alger, vous vous inclinez devant mémorial aux martyrs du FLN, n’est-ce pas problématique ?
Dans cette même visite, je me suis rendu aussi aux cimetières juif et catholique d’Alger, mais cela n’intéressait personne, à commencer par la presse. Et je n’ai, étant donné l’histoire de ma famille qui a combattu avec la France et choisi la France, aucune leçon à recevoir…
Dans nos relations avec l’Algérie, les concessions sont plutôt à sens unique…
Nous avons des discussions avec ses dirigeants sur les visas, sur le terrorisme et sur l’économie. C’est un pays dont la moitié de la population a moins de 25 ans, qui est sorti de sa décennie noire avec près de 200 000 morts et où les militaires tiennent encore le pouvoir. C’est également un pays avec des frontières très difficiles à tenir, qui connaît lui-même une immigration massive, notamment d’Afrique saharienne. Ceci dit, je peux témoigner que le ministère de l’Intérieur et les services de renseignement algériens sont parmi ceux qui nous aident le plus dans le combat contre l’islamisme : ils ont subi cet islamisme dans leur propre chair. Les informations qu’ils partagent avec nous permettent d’éviter des attentats. L’Algérie n’est pas une ennemie de la France.
La diplomatie, c’est aussi un théâtre, et des centaines de milliers de Français d’origine algérienne voient que l’Algérie nous fait la leçon et que nous avons tendance à nous autoflageller sans exiger de réciprocité en matière de relecture de l’histoire. Cela ne les pousse pas particulièrement à s’assimiler.
J’entends ce que vous dites, et j’ai connu beaucoup de Franco-Algériens qui ont un rapport fantasmé avec leur pays d’origine. Mais lorsqu’ils en reviennent, ils se sentent beaucoup plus français.
Cela nous amène à la question migratoire. Nous avons affaire avec trois phénomènes liés, mais qui ne se recoupent pas : l’immigration (au sens de l’Insee : les gens qui arrivent en France ainsi que leurs descendants sur deux générations), la délinquance et l’islamisation. Quel lien établissez-vous entre ces trois réalités ? La politique migratoire n’est-elle pas le point aveugle de votre lutte contre le séparatisme ?
Non, pas plus que d’autres politiques publiques qui pourraient expliquer des aspects du séparatisme. Comme l’a dit le président de la République au Perthus, un lien peut exister, mais les deux questions ne sont pas identiques. Sur l’immigration, notre politique est claire : nous regardons les étrangers pour ce qu’ils font et non pas pour ce qu’ils sont. Un étranger qui commet un acte de délinquance doit être reconduit à la frontière. Le nouveau délit de séparatisme (mariage forcé, polygamie, mise en danger de la vie d’autrui avec l’« article Samuel Paty ») conduira à une condamnation et une expulsion. Jamais, oui, je l’affirme et les chiffres le démontrent, jamais un gouvernement n’a été aussi limpide ni aussi déterminé sur ces points.
Voulez-vous dire que vous allez expulser tous les détenus étrangers à leur sortie de prison, rétablir ce qu’on appelait autre fois la « double peine » ? Si c’est le cas, vous êtes bien discret sur le sujet…
Regardez par exemple le cas de ce livreur, à Strasbourg, qui refusait de servir des clients parce qu’ils étaient juifs. Une fois que cet individu a purgé sa peine de prison, il a été expulsé vers l’Algérie, conformément à mon engagement. Mais effectivement, là, quasiment personne n’en a parlé…
Vous avez admis que le nombre de musulmans était l’un des facteurs de la communautarisation qui est l’un des facteurs du séparatisme. Il y a donc bien un lien entre immigration et séparatisme…
Je vous renvoie à ma réponse précédente. Mais développons encore un peu. Il faut regarder l’immigration telle qu’elle est aujourd’hui : sous Emmanuel Macron, elle mène 30 % moins souvent à la naturalisation que sous les gouvernements précédents. Et le regroupement familial n’est pas, contrairement à ce qui est souvent écrit, l’essentiel des flux migratoires. Bien loin de là ! Cependant, ne nous racontons pas d’histoires. Il y a incontestablement plus d’immigrés à cause des mouvements de populations, et pas uniquement du Maghreb : une difficulté croissante aujourd’hui concerne les flux venant du Bangladesh, d’Afghanistan et du Pakistan, dont les ressortissants sont souvent éligibles au droit d’asile. Par ailleurs, un problème de communautarisme pakistanais commence à émerger : on a pu le constater avec l’attentat devant les anciens locaux de Charlie Hebdo en septembre.
Le Pakistan, où la France est attaquée aussi violemment qu’en Turquie, constitue-t-il pour notre pays, une nouvelle menace stratégique comparable à celle que représente la Turquie ?
Je ne pense pas qu’on puisse comparer les deux situations. La Turquie est un pays membre de l’OTAN, avec lequel nous avons une coopération importante dans de nombreux domaines, y compris en matière de lutte contre le terrorisme. Nous pouvons avoir des différends marqués sur certains points avec ses dirigeants – c’est la vie des nations –, mais je ne la qualifierais pas de menace « stratégique ». Quant au Pakistan, nous y sommes effectivement violemment attaqués par certains mouvements politiques. Dans un cas comme dans l’autre, il y a sans doute une part de mauvaise compréhension de ce qu’est la culture française, de notre conception de la laïcité et de la liberté d’expression, mais il y a aussi certainement une part importante d’instrumentalisation à laquelle nous répondons.
Tout notre travail vise donc à accroître les reconduites à la frontière, mais c’est difficile pour deux raisons – et prétendre qu’il existe des solutions toutes faites est un mensonge que seuls des responsables politiques au savoir-faire douteux et approximatif peuvent se permettre de proclamer pour se faire plaisir
Mais comment faire si, comme vous le dites, un grand nombre des arrivants est éligible au droit d’asile ?
Je vous accorde volontiers que le droit d’asile représente un défi particulier. Vous n’êtes pas sans savoir qu’en 2015, toute l’Europe a connu une crise migratoire sans précédent, qui a conduit à un changement d’échelle dans les demandes d’asile. Ceci ne signifie pas pour autant que nous acceptons tout le monde. En 2019, 130 000 personnes ont demandé l’asile et seulement 25 000 l’ont obtenu. Cependant, nous n’arrivons pas facilement à expulser les déboutés. Seuls 30 % sont reconduits. En trente ans, cela a créé un « stock » de 500 000 à 600 000 personnes expulsables. C’est trop, mais tous les pays sont confrontés à cette difficulté. En Angleterre, ce chiffre de « clandestins » est deux fois supérieur.
Je n’ai aucun doute : Generation identitaire est incompatible avec les lois de la République
Tout notre travail vise donc à accroître les reconduites à la frontière, mais c’est difficile pour deux raisons – et prétendre qu’il existe des solutions toutes faites est un mensonge que seuls des responsables politiques au savoir-faire douteux et approximatif peuvent se permettre de proclamer pour se faire plaisir. C’est se moquer des Français. La première difficulté pour éloigner, c’est lorsque les pays d’origine de ces personnes sont en guerre (Libye, Syrie), difficile d’y expulser des gens ! La deuxième difficulté est que les demandeurs d’asile ont droit à cinq recours avant d’être définitivement expulsables. Nous essayons d’agir. Le cas de la Tchétchénie illustre parfaitement la complexité de la situation: je pense notamment à cet activiste islamiste qui constituait un risque pour la sécurité de notre pays. Eh bien, nous l’avons expulsé malgré les contestations de quelques-uns. La protection des Français est plus importante !
Finissons par Génération identitaire. Vous ne nous empêcherez pas de penser qu’en prononçant leur dissolution après celle du CCIF, vous avez joué à « une cuillère pour Causeur, une cuillère pour Le Monde ». On peut ne pas aimer leurs idées, mais ils ne se livrent à aucune violence, ils font de l’agit-prop comme les groupuscules gauchistes. Vous avez promis à Éric Zemmour des révélations sur leurs coupables agissements. Nous les attendons toujours.
Tout est dans le décret. Il suffit de le lire pour se convaincre que Génération identitaire n’a rien à faire sur le territoire national. Quand ses militants font irruption dans la permanence d’un parlementaire français de couleur noire, de Seine-Maritime, et déploient des banderoles sur le thème « Dehors les députés africains », quand une note de renseignement pointe des liens compliqués avec la criminalité et la délinquance, je n’ai aucun doute : GI est incompatible avec les lois de la République.
Le Conseil d’Etat confirme la dissolution de l’association Génération identitaire. Son constat est clair : Génération Identitaire promeut une idéologie incitant à la haine et à la violence. pic.twitter.com/loJ8RIAHnM
Quand on enfreint la loi, on peut être condamné plutôt que dissous. Mais sans doute allez-vous également dissoudre la Brigade anti-négrophobie, la Ligue de défense noire africaine (LDNA) qui s’est introduite dans les locaux de Valeurs actuelles, les végans qui attaquent des boucheries (comme Boucherie Abolition)…
On peut être condamné, mais aussi dissous. Ce sont deux choses différentes. Une peine punit ce qui s’est passé. La dissolution est une mesure de police administrative. Elle est très dure : c’est la mesure ultime, très encadrée, qui permet de tirer les conséquences d’actes graves et répétés, mais aussi et surtout d’en prévenir la réitération. La loi « séparatisme » donnera davantage de moyens pour lutter contre bien des ennemis de la République et des Français.
À l’occasion des 40 ans de l’élection de François Mitterrand, Benoît Rayski nous raconte son entrevue avec l’ancien président, au début des années 90. Rencontre qui ne s’est jamais réitérée !
Max Gallo, romancier de gauche à succès, dirigeait le Matin de Paris où je m’occupais de politique étrangère. Il avait été nommé là par Mitterrand : c’était un homme de confiance car ancien porte-parole du gouvernement. Avec un grand sourire un peu moqueur, il vint me trouver : « Benoît, le président veut vous voir ». « Ah, et pourquoi donc ? » « Il reçoit des journalistes pour leur expliquer ses nouvelles idées sur le traité Start 1 ».
Je savais qu’il s’agissait d’un accord négocié entre les États-Unis et l’URSS pour réduire le nombre de missiles stratégiques à ogives nucléaires. Mais c’est tout ce que je savais. Mes connaissances dans ce domaine s’arrêtaient à un film : Docteur Folamour de Stanley Kubrick. D’une voie suppliante, je tentais d’échapper au supplice qui m’était annoncé : « mais Max, je ne comprends rien à ces histoires de fusée. » « Moi non plus, mais vous c’est votre boulot ! ». Il me fallut donc me rendre à l’Élysée avec des crampes à l’estomac.
Mitterrand m’accueillit avec une phrase dont la condescendance frôlait le mépris : « Monsieur Rayski, vous n’avez pas toujours été de notre bord ». Effectivement, avant le Matin de Paris, j’avais travaillé à France Soir, plutôt dévoué à Giscard.
Mitterrand se lança dans un long et savant discours sur les missiles et les ogives nucléaires. Je compris, plus ou moins confusément, que le traité Start 1 était à ses yeux non satisfaisant car il ne mettait pas la France à l’abri des missiles soviétiques à moyenne portée. Mitterrand avait en tête un nouveau projet de traité pour mettre fin à cette anomalie. Moi, j’avais depuis longtemps décroché.
Je me permis de l’interrompre : « Oui, j’ai lu tout ça dans un article de Jacques Amalric du Monde que vous avez dû recevoir ». Le Matin de Paris étant à sa botte, il semblait naturel que Mitterrand voie un de ses employés, des larbins à ses yeux, après un journaliste aussi prestigieux que le chef du service étranger du Monde.
Le regard de Mitterrand se figea. Un masque mortuaire. Il n’avait pas du tout apprécié ma remarque. Il décrocha un de ses téléphones. « Jacques (il s’agissait d’Attali), avons-nous reçu Amalric ? ». Il raccrocha : « Non, monsieur Rayski, vous vous trompez comme souvent ». Il se leva pour me faire comprendre que l’entretien était terminé.
Au journal, Gallo me demanda comment cela s’était passé. « J’ai écouté et je n’ai rien compris ». « Ah, et vous faites bien un papier pour demain ? » « Non, Max car pour cela il faudrait que je recopie l’article du Monde et recopier, pour des raisons de principe, je ne le fais jamais ».
Gallo m’avait à la bonne. Il laissa courir. Pour ma part, je ne fus plus jamais reçu par Mitterrand. Ainsi fonctionnent les grands de ce monde pour faire sentir aux gens de peu qu’ils ne sont pas grand-chose…
A la télévision française, on laisse une activiste pour la protection animale amalgamer abattoirs et génocides pendant plusieurs minutes. La honte!
« Balance Ton Post » a tout piqué à « Ciel mon mardi ! » crée par Christophe Dechavanne et Patrice Carmouze : un même goût pour la polémique, les cris, les débats biaisés où on se débat bien plus qu’on ne débat, la caricature, les personnages hystériques ou truculents, en somme, le bordel télévisuel. Dans cette cacophonie débilitante d’où peinent à se distinguer les quelques esprits raisonnables qui tentent d’y faire entendre leur voix, Cyril Hanouna règne en seigneur tout-puissant, en arbitre des inélégances. Avec Solveig Halloin, militante antispéciste répondant trait pour trait à la description de l’hystérique telle que l’avait définie le fameux docteur Charcot, le présentateur vedette de C8 a trouvé son moment d’exception qui passera, c’est certain, en boucle dans les zappings et les rétrospectives futures d’une époque ; la nôtre, aussi dépressogène que terrifiante.
Elle a diffamé Philippe Caubère
Connue pour avoir été condamnée en diffamation par l’acteur Philippe Caubère – le père de Marcel Pagnol dans les adaptations cinématographiques de « La Gloire de mon père » et du « Château de ma mère » – qu’elle avait auparavant accusé d’agression sexuelle sur sa personne, Solveig Halloin a fait de la cause animale le socle de son existence. Intransigeante, déterminée, elle est « abolitionniste ». Pour Madame Halloin, les animaux ne doivent plus être mangés, ni exploités d’aucune manière que ce soit, encore moins chassés. L’élevage animal devrait donc être interdit, l’animal étant un être sensible comme l’homme. Il est vrai que les animaux peuvent être doués d’une sensibilité, ainsi des cochons filmés dans les abattoirs par L 214, considérés comme étant plus intelligents que nos meilleurs amis les chiens et les chats.
L’élevage industriel cache parfois des abus. C’est une indéniable, une incontestable réalité. Il est d’ailleurs possible, et même souhaitable, d’améliorer les conditions de transport et d’abattage des animaux de ferme, de généraliser l’étourdissement préalable, de mieux surveiller les abattoirs industriels et d’autoriser sous conditions strictes les abattoirs mobiles en France, comme cela se pratique déjà dans certains pays nordiques ou en Allemagne. Comme l’a expliqué – du moins quand on le laissait parler Cyril Hanouna ayant pris un malin plaisir à ne pas jouer son rôle d’animateur donc d’intermédiation journalistique – le sportif et amateur de (bonne) viande Baptiste Marchais : l’élevage animal en vue de consommer de la viande ne doit pas rimer avec mauvais traitements ou tortures.
Tous les épicuriens vous le diront ; la viande bien élevée est meilleure, pour la santé et pour les sens. Les éleveurs ne sont pas des tortionnaires, ils sont majoritairement des passionnés qui dépensent leur temps et leur bien-être pour nous nourrir. Aujourd’hui, ils sont victimes d’une affreuse propagande antispéciste, antinaturelle, niant à l’homme sa dimension propre dans le règne du vivant, remettant en question des milliers d’années de tradition culinaire, agricole. Ils souhaitent retourner au Paradis originel, où l’homme se sustentait exclusivement de végétaux, éthéré, proche de l’esprit pur. Mais l’homme n’a jamais vécu de la sorte. Il a consommé la viande nécessaire à son développement, ce qui lui a permis d’augmenter la taille de sa boite crânienne et de transformer le monde. L’élevage et la culture des céréales ont fait de l’être humain un être de culture(s), un civilisé pouvant transmettre son savoir, ses rêves et son imagination à ses descendants par l’écriture et les œuvres de l’esprit.
La France orange psychiatrique qui naît sous nos yeux ébahis est, c’est tout le paradoxe, étrangère à sa nature profonde. Solveig Halloin et ses amis tournent le dos à ce qu’ils sont, à ce qu’est l’humanité. Comment et pourquoi débattre avec de tels fous furieux ? Quel est même l’intérêt d’inviter une femme qui passe son temps à hurler, à prétendre que nous sommes tous coupables d’un génocide ? Notre société donne trop d’importance à des gens dont la place se trouve dans des instituts spécialisés, destinés à les soigner de leurs troubles psychiatriques. Que des entrepreneurs du spectacle, à l’image de Cyril Hanouna que Marlène Schiappa envisage pour animer le débat d’entre-deux tours de la prochaine élection présidentielle, profitent de ces états de détresse pour nous « divertir » devrait faire bondir toute personne saine d’esprit, attachée à la libre expression et à la rationalité.
BoJo sort grandement renforcé des élections locales qui se sont tenues le 6 mai. En Écosse, Mme Sturgeon se trouve néanmoins renforcée et un long bras de fer devrait s’engager sur la tenue d’un référendum sur l’indépendance, auquel le Premier ministre britannique est opposé.
Avec une victoire écrasante aux élections générales de décembre 2019, Boris Johnson a repris le contrôle du pays pour le parti conservateur après que Theresa May l’avait perdu. Cette dernière l’avait perdu avec son succès plus que mitigé aux élections de 2017 et sa gestion chaotique des négociations du Brexit. Ayant repris le contrôle, Johnson l’a renforcé en négociant l’Accord de retrait, suivi de l’Accord de commerce et de coopération.
Au début de la pandémie, il a partiellement perdu le contrôle, avant de le reprendre de nouveau avec la campagne de vaccination.
Les résultats des nombreuses élections qui se sont tenues au Royaume Uni le 6 mai montrent que, ayant repris le contrôle une deuxième fois, Johnson le garde toujours.
Travaillistes au pied du mur
La victoire la plus spectaculaire a été celle remportée par la candidate du Parti conservateur (notre photo) dans l’élection partielle qui s’est tenue dans la circonscription de Hartlepool dans le nord-est de l’Angleterre. Cette ville était depuis cinquante ans un fief travailliste, une véritable forteresse imprenable. La ville compte parmi ses anciens députés Peter Mandelson, gourou du New Labour et figure de proue du mondialisme façon Tony Blair. À partir de 2004 et pendant quatre ans, il a exercé les fonctions de Commissaire européen au commerce lors d’une phase cruciale entre l’accession de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce en 2001 et la crise financière de 2008. La défaite travailliste actuelle est la conséquence ultime de l’euphorie globaliste de cette époque qui a consolidé le déclassement de ces populations de régions autrefois industrielles. En décembre 2019, le député travailliste a été réélu sans trop de difficulté, mais il a dû démissionner cette année, suite à des accusations de harcèlement sexuel, rendant nécessaire une élection partielle. Non seulement les Conservateurs ont-ils remporté le scrutin, mais ils l’ont fait avec une très forte majorité de 7000 votes et un gain de 23% aux dépens du Parti travailliste et du Reform Party, anciennement le Brexit Party.
Trois facteurs sont à l’origine de ce raz-de-marée. D’abord, le succès de la campagne de vaccination et le déconfinement qui en résulte. Ensuite, le Brexit : Hartlepool, comme d’autres villes du nord-est, comme Sunderland, a voté majoritairement pour le Brexit. Or, le candidat choisi par les travaillistes était connu pour son opposition au Brexit, tout comme le leader travailliste, Sir Keir Starmer. Finalement, il y a ce qu’on peut appeler la réaction anti-progressiste. Starmer qui, lors des manifestations Black Lives matter au mois de juin dernier, s’est fait photographier dans son bureau un genou à terre, a associé le Parti travailliste à la lutte pour la « justice sociale » et à l’idéologie woke. Les petites gens qui composent l’électorat de Hartlepool se fichent de ces considérations bien pensantes, se préoccupant beaucoup plus de questions d’emploi et de santé.
L’ensemble des autres circonscriptions traditionnellement travaillistes du nord de l’Angleterre qui avaient voté pour les Conservateurs en 2019 ont été baptisées du nom de « The Red Wall. » Le mur rouge vient d’être renforcé par une brique de plus, et une brique de taille !
Les Écossais lecteurs de Saint Augustin ?
Quant aux autres élections se déroulant le même jour, les résultats sont plus mitigés quoique non sans quelques rayons de lumière pour les Conservateurs. Comme prévu, le travailliste, Sadiq Khan, a été réélu maire de Londres, mais sa majorité a rétréci. Sur les 25 sièges de l’Assemblée de Londres, le conseil de la ville, les Travaillistes ont gardé la majorité, avec 11 conseillers, mais ils ont en concédé un aux Conservateurs, qui en disposent désormais de neuf. En Angleterre et au Pays de Galles, 150 municipalités étaient en jeu, représentant quelque 5000 sièges, de même que 39 commissaires de police et à la criminalité. Globalement, les Conservateurs ont fait des gains, un résultat appréciable après 18 mois au pouvoir et plus d’un an de pandémie.
Il y a eu aussi des élections aux parlements dévolus. Celui du Pays de Galles, dominé par les Travaillistes depuis sa création, reste entre leurs mains. Ils ont même gagné un siège, arrivant à 30 sur 60, mais les Conservateurs ont progressé aussi, en ajoutant cinq à leur total. Sans surprise, le Parlement écossais reste entre les mains de Nicola Sturgeon et des nationalistes, mais ces derniers ont échoué à avoir une majorité absolue, gagnant un seul siège de plus, pour passer de 63 à 64 sur un total de 129. Le Parti conservateur a conservé ses 31 sièges, tandis que les Travaillistes en ont perdu deux et les Verts gagné deux. Avec 48% du vote populaire, Mme Sturgeon doit ajouter les votes et les sièges des Verts– qui sont aussi en faveur de l’indépendance – à ceux du SNP pour prétendre qu’une majorité de l’électorat écossais exige un référendum. Tandis que le gouvernement de Boris Johnson martèle que la question de l’indépendance est d’ordre constitutionnel et relève donc de l’autorité de Westminster et non de celle d’Édimbourg, Nicola Sturgeon a déclaré son intention de tenir un référendum dans les premiers 30 mois de son nouveau mandat. Pourtant, selon un sondage récent commandité par la chaîne Sky News, si 50% des Écossais se disent en faveur d’un deuxième référendum sur l’indépendance, seuls 42% sont favorables à la tenue d’un référendum dans les cinq prochaines années, dont 28% dans les deux prochaines années.
Cette réticence est peut-être fondée sur le constat que les Écossais ne s’en sortent pas trop mal sur le plan financier en faisant partie du Royaume Uni, leur gouvernement recevant un niveau de subventions nettement supérieur à ce qui est alloué aux Anglais. La recette fiscale de l’Écosse, comprenant les revenus du pétrole de la Mer du Nord, s’élève à environ 66 milliards de livres par an, auxquels Westminster ajoute 15 milliards pour le financement des services sociaux, de l’éducation… Par conséquent, en 2019-2020, la dépense gouvernementale par habitant en Écosse était de 11 566 livres sterling (environ 13 000 euros), 17% au-dessus de la moyenne du Royaume-Uni, tandis qu’en Angleterre, c’était seulement 9604 livres sterling, 3% au-dessous de la moyenne globale.
Les Écossais ont sûrement médité la prière ironique de Saint Augustin dans ses Confessions (Livre VIII, Ch. 7) : « Da mihi castitatem et continentam, sed noli modo. » En français, ça donne : « Rends-moi chaste et pur – mais pas maintenant. »
En écossais, ça donne : « Ô Seigneur, rends nous indépendants – mais pas tout de suite ! »
Les chrétiens attendent que le Christ règne. Pour le peintre François-Xavier de Boissoudy, il règne déjà. Ses tableaux nous racontent ce royaume étiré dans le temps et situé dans le cœur des hommes.
François-Xavier de Boissoudy revisite depuis plusieurs années l’iconographie chrétienne dont les thèmes, quelques siècles durant et sur plusieurs continents, ont nourri la réflexion de tant d’artistes. Ces sujets étaient tombés en désuétude. On voit le moment où ils seront jugés offensants. En attendant la prochaine crise iconoclaste, Boissoudy peint, inlassablement, ces scènes incroyables, familières, symboliques et réelles d’un Dieu marchant au bord du lac de Tibériade – et parfois dessus – ou naissant à Nazareth, comme n’importe qui, ou guérissant les aveugles, comme peu. Il les peint en ayant écarté tout l’appareil du merveilleux (ni angelots ni archanges), du pittoresque (aucune reconstitution soignée) et du majestueux. Son Christ est celui qui, après sa résurrection, attend les apôtres en faisant griller des poissons sur la plage. Un Christ intense, immédiat, proche.
Pour qu’Il règne
C’est là que le thème de sa dernière exposition prend tout son sens : Que ton règne vienne. Le Christ de Boissoudy règne déjà pourvu qu’on soit attentif à ce qu’est le royaume : une disposition d’esprit. Croire, naître, rencontrer, guérir, recevoir, goûter… Toutes les œuvres se présentent à nous avec un verbe qui incite à comprendre ce qu’est, en fait, la grâce : une manière d’être au monde qui transforme le monde sans lui enlever un atome de sa réalité mais en l’enrichissant d’un regard précis.
Tout l’art du peintre est de suggérer à la fois l’évidence de ce regard et la difficulté de le porter. Étalant à pleines mains des lavis d’encres, où le noir domine encore, ou un pigment terreux allongé d’essence (ce qui donne une palette allant du jaune pâle au brun profond), Boissoudy fait surgir de la surface blanche des univers où la lumière, toujours focalisée, signale l’instant gracieux. Le spectateur, lui, fait partie du dispositif, il appartient à la scène qu’il contemple : comme s’il était au fond de la pièce où le Christ rentre, dans la foule qui le regarde, dans le cercle de ceux à qui le Christ parle. Ce soleil, cette porte par où le jour entre, ce chemin éclatant, cette source, sont autant de points et de ponts qui manifestent une grâce active, un royaume déjà constitué, un règne présent pour ceux qui le désirent.
Une approche contemporaine
C’est une approche contemporaine, qui refuse l’anecdote, installe la répétition, exige presque du spectateur qu’il appréhende d’abord toute la série proposée avant d’interroger chaque tableau. Il faut d’ailleurs replacer l’idée même d’une source d’inspiration unique, les Évangiles, dans une démarche contemporaine : Boissoudy, lancé dans une tentative d’épuisement pictural de l’actualité du message chrétien, explore méthodiquement un univers inépuisable (bien joué !). Il navigue sans cesse entre interprétation du texte, intégration du discours pontifical, mise en scène du croyant : révélation initiale, médiation ecclésiale, actualisation cordiale, les trois pôles permettent d’embrasser toute la temporalité et légitiment toutes les situations. La figure du Christ n’est pas nécessaire, non plus que celles de Marie ou des personnages des évangiles. Elle est mobilisée mais n’est pas le sujet.
Le sujet, c’est cette grâce qui prend possession du réel et s’y installe : miséricorde du bon Samaritain, gestes tendres entre époux, Christ prêchant, morts ressuscitant, père en prière, enfant attentif, Marie accouchant, instants consacrés par l’écriture ou jamais connus, instants glorieux ou discrets, grâce permanente ou fugace, voilà tous les points de ce règne clignotant, intermittent, sporadique et pourtant continu. Le Christ montre à chaque fois le chemin (c’est là qu’il est nécessaire : pour rappeler la méthode, et pour accueillir), libre à chacun de le prendre et de se retrouver dans cet étrange royaume intérieur qui ne nous arrache pas au monde mais nous y fixe avec bonheur – tout le temps de notre adhésion ; et parfois la grâce s’éteint. Que faire ?
Le Christ nous ouvre les yeux
Les tableaux de cette exposition ont presque tous des titres qui sont des verbes : Chercher, Guetter, Naître, Revenir, etc. Si le règne vient, c’est qu’on le cherche, s’il existe, c’est qu’on le bâtit. Marie qui accouche sous les étoiles, couchée sur le sol autour de son enfant, comme la nuit enserrant la terre, c’est la promesse d’une lumière qui va illuminer des milliards de vies. Boissoudy reproduit cette toile plusieurs fois, sans qu’on sache s’il s’agit encore de Marie ou d’une autre femme, qui croit assez à la vie pour la porter et la donner. Cette pièce où des gens attendent devant une porte ouverte verra-t-elle surgir Jésus, un invité ou un passant ? Peu importe, elle est le royaume.
Trois tableaux nous montrent Jésus qui rend la vue à un aveugle. Trois fois la même scène, de plus en plus distincte, comme si ce que nous regardons était la réalité peu à peu révélée à l’aveugle, d’abord ébloui. Face à lui, le Christ, première révélation, premier visage qu’il verra. Nous, au bord de la place, nous voyons ce Christ, que nous avons déjà vu, au gré des expositions, des églises et des musées, et peut-être au gré de nos vies. Le Christ et l’aveugle sont dans un cercle de lumière blanche : c’est le royaume. Celui où nous n’avons pas encore accédé. Les tableaux nous intègrent à leur lisière mais ne sont pas une image magique où nous pourrions pénétrer. Ils nous permettent d’exercer notre regard. Nous avons vu le royaume. C’est à nous qu’il appartient de faire advenir le règne.
« Que ton règne vienne », à la Galerie Guillaume, 32 rue de Penthièvre, 75008 Paris, jusqu’au 29 mai et même au-delà. Il existe un catalogue, avec un texte de Thibault de Montaigu (l’auteur de La Grâce, Plon), publié aux Éditions Conférences. galerieguillaume.com
Pour Gérald Darmanin aucun doute, l’islam est compatible avec la République. Il reconnaît cependant que l’islamisme et l’immigration illégale sont un frein à l’intégration des musulmans. D’où sa loi « séparatisme », dont l’une des mesures phares est le retour discret de la double peine. Le ministre de l’Intérieur met aussi en avant le nombre croissant d’expulsions de sans-papiers, et épingle le détournement du droit d’asile. Entretien 1/2.
Causeur. Le 24 juillet 2020, vous déclariez au Figaro : « Il faut stopper l’ensauvagement de la société. » Un an plus tard, les agressions de policiers sont quotidiennes, les « violences urbaines » ont cours jusqu’en Ardèche. Il serait injuste de dire que vous ne faites rien, alors que vous avez deux lois sur le feu. Et pourtant, entre l’État et ceux qui le défient – délinquants, trafiquants, terroristes, islamistes –, le rapport de forces semble inexorablement évoluer en faveur des seconds. L’État a-t-il les moyens de faire régner l’ordre public partout dans le pays ?
Gérald Darmanin. Chacun le sait : le président de la République a hérité d’une situation très difficile et, depuis le début du quinquennat, il met tout en œuvre pour rétablir l’autorité. En matière de sécurité, en recrutant 10 000 policiers et gendarmes supplémentaires et en faisant de la lutte contre la drogue sa priorité. En matière de lutte contre le terrorisme, en dotant de moyens humains et financiers inédits les services de renseignement (en doublant le budget de la DGSI par exemple), ce qui a permis de déjouer 36 attentats depuis 2017. En matière de lutte contre l’islam radical et politique, avec la loi « séparatisme », la fermeture de lieux de culte et d’écoles islamistes, et l’expulsion des étrangers radicalisés
Commençons par le diagnostic. Toute la politique française, comme votre analyse, s’efforce de séparer le bon grain de l’islam de l’ivraie islamiste. Or, ce qu’on voit, c’est plutôt une forme de continuum de l’un à l’autre.
Je ne partage en aucun cas cette analyse. L’islamisme est soit une vision dévoyée de l’islam, dans les pays qui n’ont pas connu la séparation de l’Église et de l’État, soit une dérive sectaire extrêmement dangereuse. Mais il ne faut jamais confondre la partie avec le tout.
Il y a une porosité entre la partie et le tout. Selon Tarik Yildiz, beaucoup de musulmans, parfaitement paisibles, décrits comme modérés, sont habités par un surmoi islamiste. Quelques jours après les attentats du Bataclan et des terrasses, une femme de Clichy-sous-Bois, amie d’une complice des terroristes, confiait au Monde : « Ici […] les gens sont tranquilles, pas genre djihadistes, encore moins terroristes. Mais à l’intérieur d’eux, une petite voix leur souffle que condamner le voyage en Syrie serait un peu se trahir et qu’une fille portant le voile sera toujours mieux que celle aimant la fête. » Pour paraphraser Gilles Kepel qui évoque un « djihadisme d’atmosphère », n’observez-vous pas un « islamisme d’atmosphère » ?
Il faut aussi faire la part des choses. Dans toutes les religions, il y a des degrés divers de pratique, des débats doctrinaux. Dans toutes les religions, il existe des orthodoxies et des rigoristes. On peut être pour ou contre, mais dans un pays comme la France qui accepte une expression religieuse depuis plusieurs siècles, ça se respecte. En revanche, et je suis très clair sur cette question, je combats ceux qui considèrent que leur loi est supérieure à la loi temporelle, celle de la République.
Cérémonie en l’honneur de Stéphanie M., la policière assassinée dans le commissariat de Rambouillet, 26 avril 2021
Tous les croyants conséquents pensent que la loi de Dieu est supérieure ! Pour sortir de cette contradiction, il faut admettre qu’il y a deux royaumes, celui de Dieu et celui des hommes. Or, l’islam a du mal avec cette distinction.
Toutes les religions ont eu du mal avec le fait que la norme religieuse doit céder, dans le champ temporel j’entends, devant celle de l’État. Les chrétiens l’ont accepté après des siècles de débats doctrinaux doublés parfois de violences. Regardons ce qu’il s’est passé à la fin du XIX e siècle pour les catholiques : après d’intenses polémiques, ils se sont pliés à cette hiérarchie dans un contexte particulièrement houleux, qui a conduit à la querelle des inventaires, la violation des églises par la force publique et l’expulsion des congrégations. Les juifs, quant à eux, ont dû faire face à la fermeté du Premier consul, puis de l’empereur. Fermeté et même excessive dureté : Napoléon voulait surtout que son Code civil s’applique à tout le monde. Cinq ans après l’émancipation, il signait le « décret scélérat » (c’est ainsi qu’il est demeuré dans la mémoire nationale) annulant les dettes contractées auprès des juifs et imposant des prénoms français
Ce n’est pas scélérat d’imposer des prénoms français… Quoi qu’il en soit, aujourd’hui c’est à l’islam d’y passer, et il oppose une forme de résistance d’autant plus efficace que l’État rechigne bien plus à contraindre qu’il y a un siècle.
Si vous considérez que, par nature, l’islam ou les musulmans sont génétiquement incompatibles avec la France, avec la République et avec notre conception de la société, alors c’est un autre débat ! En ce cas, je n’ai plus qu’à démissionner de mon poste de ministre de l’Intérieur et à arrêter la politique. Ce n’est pas ma façon de penser ni mon intention. Je ne crois pas un seul instant que la religion musulmane soit par nature, par essence, contraire à la République et à nos institutions. On ne peut pas demander à l’islam, religion relativement nouvelle en France métropolitaine, de s’adapter plus vite que ne l’ont fait les catholiques, les protestants et les juifs.
En réalité, on ne le lui demande pas vraiment. Quoi qu’il en soit, aujourd’hui, c’est l’islam qui met au défi les sociétés occidentales, peut-être parce qu’il ne sait pas être minoritaire.
« C’est un peu court, jeune homme. » Bien entendu, il y a un ferment de prosélytisme dans toute religion (à l’exception notable du judaïsme). C’est normal et c’est logique. Que des musulmans, convaincus de détenir la « vraie » croyance, essaient de convertir les autres, c’est un fait. C’est également ce qu’ont fait les chrétiens, et ce que les missionnaires ont pratiqué des siècles durant. Contrairement à ce que vous pensez, l’islam possède une grande souplesse, particulièrement chez les sunnites où la pratique religieuse est extrêmement « décentralisée », sans clergé ni chef. Du reste, l’islam prescrit aux croyants de s’adapter à la société dans laquelle ils vivent. Par exemple, quand l’islam est minoritaire, il ne pratique pas d’appels à la prière. Les plus grands pays musulmans sont des pays asiatiques, ne l’oubliez pas, et ceux-là sont loin d’être dominés par la seule culture musulmane.
La Malaisie n’est pas un exemple très encourageant. Passons. Il y a un malentendu. Nous vous parlons culture, imprégnation des esprits, vous répondez règles, institutions. La compatibilité de l’islam avec la France et la République n’est pas une question théologique, mais culturelle, voire anthropologique : codes d’honneur incompatibles avec l’État de droit, inadaptation à la famille nucléaire, comportements endogames, rapports inégaux entre hommes et femmes…
Vous essentialisez avec les mêmes arguments que les intersectionnalistes ou les racialistes ! Je suis profondément français et profondément dans l’esprit révolutionnaire de 1789. À mes yeux, la grandeur de la République, et avant elle de la France, c’est de croire en l’individu, en sa liberté exprimée par le fait qu’il n’est pas seulement le produit de ses parents, de son éducation et de sa culture d’origine.
Le sujet, ce n’est pas la religion, et même pas seulement la culture, c’est le communautarisme
Y croire ne suffit pas, encore faut-il le faire, et transformer des gens issus de sphères culturelles et de structures familiales très différentes des nôtres en Français comme vous et moi. Or, nous n’y arrivons plus.
Ce constat est faux. La France est un creuset. Elle a toujours réussi à intégrer, puis à assimiler. Le désir d’endogamie n’est pas un phénomène exclusivement musulman. Le sujet, ce n’est pas la religion, et même pas seulement la culture, c’est le communautarisme. Depuis au moins cinquante ans, nous avons accepté l’existence du quartier communautaire qui, de la naissance à la mort en passant par le mariage, l’éducation, les sorties, n’offre que des repères religieux, donc islamiques. En quinze ans de vie d’élu local, j’ai pu constater les ravages de cette communautarisation qui va avec le refus de la norme générale et de la mixité.
La mixité ne se décrète pas. Personne n’a décidé de « parquer » les immigrés dans des « ghettos ». Si les classes populaires « blanches » (« non racisées », dit-on aujourd’hui) ont quitté les banlieues pour la France périphérique, c’est parce que ces gens ne se sentaient plus « chez eux ». Et en prime, ils se font traiter de fachos parce qu’ils votent Le Pen.
Vous vous trompez d’interlocuteur. Je n’ai jamais insulté les électeurs du RN ni ceux qui votent avec leurs pieds en déménageant. Il faut au contraire se demander pourquoi ils sont partis. Certains acceptent la différence, mais ne veulent pas être minoritaires culturellement dans leur pays, et je le comprends. Comme cela touche souvent les classes populaires travailleuses, qui ont plus peur encore pour leurs enfants que pour elles-mêmes, alors ils s’en vont.
Le problème, c’est que ce que vous appeliez capacité d’adaptation consiste très souvent à demander aux sociétés d’accueil de changer ! À Montpellier, une dame a déploré devant le président qu’il n’y ait pas de Pierre dans l’école de son fils. Mais pourquoi n’a-t-elle pas appelé son fils Pierre ?
Chacun est libre d’appeler ses enfants comme il le souhaite. Quand la mixité existe, les prénoms se diversifient et la pratique religieuse faiblit. Et, comme tout le monde, on adopte la famille nucléaire, on rêve de devenir propriétaire, on veut que ses enfants réussissent, on sécularise ses habitudes de vie. A Rome, on apprend à vivre comme des Romains. Cela prend du temps.
Sans doute y a-t-il un effet de loupe médiatique sur les trains qui n’arrivent pas à l’heure, mais nous ne vivons pas dans le même monde. En fait de sécularisation et de pratique religieuse, on voit de plus en plus de jeunes filles qui se voilent et qui jeûnent : le mimétisme aidant, dans certains établissements, cela concerne une majorité d’élèves.
Encore une fois, c’est justement car il n’y a pas de mixité. Je le répète, notre problème, ce n’est pas la pratique religieuse en soi. Dès ses origines, la République a eu affaire avec des identités particulières : songez, dans l’histoire de France, au combat pour la francisation et au combat contre les langues régionales. Aujourd’hui, c’est plus difficile, parce qu’on parle de groupes plus nombreux. C’est aussi difficile à cause de notre histoire et de la manière dont elle est interprétée, du contexte international, notamment le conflit israélo-palestinien et la lutte pour le leadership du monde sunnite. Ajoutez dans ce contexte difficile l’amplification médiatique réalisée par les réseaux sociaux et vous obtenez une situation préoccupante, oui, assez grave, indéniablement. Cependant, et c’est là tout le sens de l’action politique et de la détermination, pour peu que nous soyons fermes, il y a une solution et un espoir.
Les problèmes d’acculturation ne viennent pas de l’islam en tant que tel, mais de cultures étrangères
Votre aveuglement volontaire et même volontariste aux différences culturelles – ce dont parlait le sociologue Hugues Lagrange dans Le Déni des cultures – est saisissant. Pour vous, il suffit d’avoir un passeport. Du coup, le fait que beaucoup de jeunes Français se sentent moins français que leurs parents ou grands-parents est en dehors de votre champ de vision, donc d’action.
Encore une fois, je ne suis aveugle à rien, mais « passons », comme vous dites. L’idée qu’il y aurait des « Français de papier » et des « vrais » Français, relève de l’essentialisme. C’est tout le contraire de la République française, de l’histoire politique à laquelle j’ai toujours été fidèle, celle de Séguin et Chevènement. Je n’ai aucun problème avec l’assimilation, ma famille en est issue et j’en suis même bien heureux. Je pense que la nationalité française veut dire quelque chose et qu’on doit être exigeant avec ceux qui l’acquièrent. Les problèmes d’acculturation ne viennent pas de l’islam en tant que tel, mais de cultures étrangères. Le réflexe communautaire n’est d’ailleurs pas propre à une culture particulière ; chacun peut le constater dans la sociologie de nos villes, où des habitants d’origine asiatique, par exemple, ou même ceux de certains pays européens, ont pu développer un mode de vie qualifié de communautaire.
Sauf que ce n’est pas avec eux que nous avons des problèmes…
Une part importante des islamistes radicalisés sont des convertis, nés en France dans des familles non musulmanes et non immigrées. Arrêtons d’essentialiser ! Si l’homme est libre, il n’est pas seulement le produit de sa classe, de son origine ou de sa religion. L’individu doit pouvoir échapper à son groupe, on doit lui offrir les possibilités de le faire – mais il peut aussi faire le choix d’y rester. Cependant, dans notre pays, cette « communauté » n’est pas reconnue. Il y a ici une ligne rouge. Nous sommes une seule communauté : la « communauté des citoyens », comme l’appelle Dominique Schnapper.
Seulement, depuis plusieurs années, on a assisté, au contraire, à la reprise en main des individus par le groupe.
Oui, en effet. Les islamistes essaient d’enfermer les gens, de la naissance à la mort, dans leurs normes et leur système de « haram / halal », illicite / licite, qui ne concernent pas que des pratiques alimentaires. Notre travail à nous, c’est de contrer cette emprise en imposant des moments et des lieux de neutralité, où les normes religieuses n’ont pas droit de cité : l’école laïque, les services publics neutres, des rites neutres, comme le mariage civil qui a lieu avant le mariage religieux et des activités – notamment sportives et associatives non prosélytes. Ces lieux, ces moments et ces activités permettent à chaque enfant d’échapper à son groupe. C’est tout l’objet de la loi « séparatisme » : elle renforce le rôle de la République.
La loi marche sur deux jambes : bloquer les ingérences étrangères et lutter contre l’islam politique. Les Algériens, les Marocains, les Turcs et d’autres peuvent être tentés d’exercer une influence sur leur diaspora en France par la religion, par le biais des imams détachés et des financements de projets et d’opérations. Si certaines fédérations musulmanes subissent, dans l’exercice du culte et dans leurs rapports avec les pouvoirs publics français, des pressions extérieures, c’est un enjeu différent de l’islamisme, mais il s’agit ici d’un séparatisme malgré tout. C’est aussi contraire à une longue tradition française qui date de Philippe Le Bel, en vertu de laquelle les affaires religieuses en France sont des affaires françaises. Quant à l’islamisme, il est plus pernicieux car il mène soit à la séparation, soit au terrorisme.
La suite demain: dans la deuxième partie, Gérald Darmanin revient sur nos relations avec la Turquie et l’Algérie, sur la nouvelle loi et son délit de « séparatisme », sur les liens entre immigration et séparatisme, sur le droit d’asile et la dissolution de Génération identitaire.
Les craintes de l’Élysée et du gouvernement étaient justifiées. Une deuxième tribune de militaires, anonyme cette fois, a été publiée.
Depuis la publication en avril d’un texte signé par 20 généraux intitulé « Pour un retour de l’honneur de nos gouvernants », l’exécutif n’avait qu’une peur : que le texte initial connaisse une suite, et que des militaires d’active se joignent aux récriminations de leurs aînés. Le premier texte avait provoqué une violente polémique, d’autant que la candidate Marine Le Pen s’était empressée de soutenir la démarche…
L’exécutif embarrassé
Toujours relayé par le site de Valeurs actuelles, et émanant de militaires d’active, un nouveau texte virulent est publié. Il prend la défense des militaires de la première tribune. À l’heure où Causeur écrit ces lignes, il a déjà été signé par plus de 160 000 personnes sur le site de l’hebdomadaire. Le cauchemar de l’exécutif !
Il faut bien dire que le gouvernement n’a pas été particulièrement habile. Florence Parly, ministre des Armées, avait annoncé des sanctions contre les militaires en retraite signataires du premier texte, tenus selon elle à l’obligation de réserve. À la radio, la secrétaire d’État Agnès Panier-Runacher avait de son côté détourné les propos du Général de Gaulle et fustigé un quarteron de généraux « en charentaises » ! Il n’est pas certain que la tactique du gouvernement ait été particulièrement judicieuse, alors qu’un sondage Harris démontrait rapidement que six Français sur 10 soutenaient l’initiative des militaires.
Visible déchéance
La tribune de soutien publiée ce jour prend la défense des lanceurs d’alerte initiaux, et évoque pour cela notre devise nationale la Marseillaise. Les militaires signataires postulent que le gouvernement a fustigé des messagers, pour ne pas entendre le message, et que leurs aînés ont ainsi été « salis ». Dans ce texte adressé au président de la République, aux membres du gouvernement et aux parlementaires, on peut lire: « Nos aînés, ce sont des combattants qui ont mérité qu’on les respecte. Ce sont par exemple les vieux soldats dont vous avez piétiné l’honneur ces dernières semaines (…) » Avant d’ajouter : « Ces gens qui ont lutté contre tous les ennemis de la France, vous les avez traités de factieux, alors que leur seul tort est d’aimer leur pays et de pleurer sa visible déchéance. Dans ces conditions, c’est à nous qui sommes récemment entrés dans la carrière, d’entrer dans l’arène pour avoir simplement l’honneur d’y dire la vérité. »
Le constat de la première tribune sur le délitement du pays est repris et le nouveau texte confirme la crainte d’affrontements à venir sur le sol français si rien n’était fait pour régler les problèmes civils. Les signataires, anonymes, disent voir eux aussi,une inquiétante flambée de la violence en France qui, si elle n’était pas enrayée, pourrait déboucher sur une guerre civile. Laquelle « couve » dans le pays, selon eux. Ils affirment: « Oui, nos aînés ont raison sur le fond de leur texte, dans sa totalité. Nous voyons la violence dans nos villes et villages. Nous voyons le communautarisme s’installer dans l’espace public, dans le débat public. Nous voyons la haine de la France et de son histoire devenir la norme. »
Personne ne peut vouloir d’une situation aussi terrible
Le gouvernement a estimé que les signataires de la première pétition étaient des factieux d’extrème-droite ? La nouvelle tribune s’inscrit en faux : « Oui, si une guerre civile éclate, l’armée maintiendra l’ordre sur son propre sol, parce qu’on le lui demandera. C’est même la définition de la guerre civile. Personne ne peut vouloir une situation aussi terrible, nos aînés pas plus que nous, mais oui, de nouveau, la guerre civile couve en France et vous le savez parfaitement. » Le texte conclut sur un ton un peu sentencieux : « Agissez, Mesdames et Messieurs. Il ne s’agit pas, cette fois, d’émotion sur commande, de formules toutes faites ou de médiatisation. Il ne s’agit pas de prolonger vos mandats ou d’en conquérir d’autres. Il s’agit de la survie de notre pays, de votre pays. »
Fustigeant cette nouvelle incartade de la troupe au micro de RMC ce matin, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a minimisé l’événement et a fustigé les réseaux sociaux et les emballements qui leur seraient propres : « Quelle drôle de société courageuse que celle qui donne la parole à des anonymes, on se croirait sur les réseaux sociaux ! C’est ça le courage ? » Agacé, le ministre a ajouté que quand on voulait faire de la politique, on se présentait aux élections. Devant les journalistes, lundi soir, Florence Parly a dénoncé une machination politique, une « rhétorique d’extrême droite » et une tribune anonyme qui « enfonce des portes ouvertes ».
Le thème de la sécurité au cœur de la future campagne électorale
Cette tribune est publiée alors que certains militaires n’ont toujours pas digéré l’éviction de Pierre de Villiers en 2017. On pourrait y voir un certain ressentiment.
Les militaires dénoncent les désordres propres à la société française, mais s’il y a bien un domaine où le désordre n’est pas permis, c’est l’armée.
Aussi, après la crise du coronavirus, alors que la campagne électorale va débuter et que le thème de la sécurité pourrait en constituer un des éléments majeurs, Emmanuel Macron pourrait avoir besoin d’un petit remaniement pour disposer d’un gouvernement plus martial. Si cette situation de crise tout à fait inédite n’est pas rapidement aplanie, comment ne pas envisager dès lors le départ de Florence Parly du gouvernement, fusible évident si la troupe n’est plus tenue ?
Une tribune libre de Jean-Frédéric Poisson, candidat à la présidentielle
Alors qu’une première tribune de militaires, signée principalement par des généraux en deuxième section avait fait office de pavé dans la mare en évoquant l’insécurité grandissante du pays, une seconde tribune vient de paraître, émanant cette fois exclusivement de militaires d’active. Que leur est-il reproché ? Tout simplement d’avoir constaté un délitement de la France, délitement provoqué, selon eux, par une violence quotidienne qui touche des Français partout sur le territoire national. Ce constat est d’ailleurs largement partagé par une grande majorité de nos compatriotes comme le prouve un sondage d’Harris Interactive réalisé pour LCI [1]. Ces militaires en appellent donc aux responsables politiques pour qu’ils prennent enfin des mesures courageuses et mettent fin à cet état de fait insupportable. Enfin, ils avertissent du risque de guerre civile qui s’ensuivrait si aucune décision énergique n’était appliquée, et qui provoquerait infailliblement et selon les dispositions prévues par la Constitution, une intervention des forces armées pour rétablir la paix civile. Il faut noter qu’une lettre ouverte à Emmanuel Macron a également été publiée par le syndicat France Police – Policiers en colère, appelant à une réaction déterminée pour agir efficacement contre la criminalité [2].
Si certains pourraient déplorer une rhétorique parfois imprudente, il faut pourtant admettre la justesse du constat dressé et vécu au quotidien par de plus en plus de Français : un état d’insécurité grandissant et inquiétant, fractionnant le territoire dans une mesure rarement éprouvée dans le pays. Par ailleurs, beaucoup blâment ces militaires d’avoir contrevenu à leur devoir de réserve. Il faut pourtant rappeler qu’aucune définition précise n’existe de ce fameux « devoir de réserve ». Il n’existe qu’une tradition expliquant que ces corps doivent entretenir un devoir de loyauté et de neutralité à l’égard de l’État. Or, on ne trouve dans aucune de ces tribunes, une volonté officielle de ces fonctionnaires de se détourner de leur mission ou de s’attacher à une formation politique particulière qui les éloignerait de leur neutralité. Il faut donc admettre que si ces militaires n’ont pas dérogé à leur devoir, si le constat qu’ils dressent est juste et partagé par une majorité de Français, la cause de l’émotion provoquée par leur prise de position est à chercher autre part. En effet, pourquoi attaque-t-on des messagers qui ne sont coupables que d’affirmer la vérité ? Tout simplement parce que le message dérange : il met en lumière l’incapacité flagrante de ce gouvernement à protéger ses citoyens, et jusqu’à ses propres forces de l’ordre. Plutôt que d’attaquer ceux qui tirent au mortier contre les commissariats, au contraire, les membres du gouvernement préfèrent attaquer ceux qui prennent la plume et les mettent au pilori en les affublant de qualificatifs indignes et diabolisants : « putschistes, fascistes, violents, factieux, séditieux » et j’en passe. Quand on ne les traite pas de lâches comme l’a fait Gérald Darmanin sur RMC, déplorant que les militaires d’active de la deuxième tribune n’aient pas révélé leur nom : les mêmes qui invoquent le devoir de réserve lorsque les militaires prennent position à visage découvert, les insultent lorsque ces derniers restent anonymes [3].
Au-delà de cette théâtralisation mettant en scène un affrontement manichéen entre un gouvernement agent de pacification de la société française, et une supposée menace émanant de policiers et de militaires d’active, nous devons soutenir ceux qui prennent de véritables risques pour alerter l’opinion publique. VIA | La Voie du Peuple manifeste donc son soutien à ces citoyens courageux qui n’ont d’ailleurs fait que poser un constat que nous déplorons, nous-même, depuis longtemps déjà et qui s’est amplifié avec le temps. À nous autres, politiques, de trouver ensuite des solutions viables et de les appliquer fermement pour que cette guerre civile n’ait pas lieu.
À chaque élection en France sa polémique sur le voile islamique! À Montpellier, LREM se déchire.
Sara Zemmahi se retrouve au cœur d’une polémique qu’elle n’a peut-être pas souhaité déclencher!
Cette jeune femme défraie la chronique, car elle s’affiche voilée pour la campagne de la liste LREM dont elle est candidate en tant que suppléante à Montpellier. Diplômée en ingénierie de la santé à la faculté de pharmacie de Montpellier, cette jeune cadre est présentée dans le recto de la profession de foi comme « une jeune femme de son temps impliquée dans la vie associative et qui s’assume pleinement ».
Si Mahfoud Benali, tête de liste pour les départementales à Montpellier, reconnait que le choix d’une candidate voilée « peut heurter la sensibilité de certains », il le justifie par la nature des quartiers de Montpellier qu’il souhaite conquérir. « La commune de Grabels est tenue par le meilleur ami de Jean-Luc Mélenchon et les quartiers de Montpellier sont pour la plupart des ghettos de la ville ». Pour M. Benali, qui cite Gambetta, sa liste « ose » la diversité pour construire la République « à partir de couches nouvelles ». Le profil de Sara Zemmahi serait celui d’une « républicaine en marche ». Vérifions cela.
Sur son profil Linkedin, Mme Zemmahi se dit fondatrice et vice-présidente de l’association Tabassam (« Souris ! » En arabe classique). Cette association, créée en 2015, viserait « à promouvoir la réussite des jeunes, à favoriser les échanges et à venir en aide aux plus démunis. Également un soutien humanitaire à l’international (pays de l’Afrique du Nord) ». Pourtant, sur Facebook, on relevait jusqu’à ce matin des publications douteuses. Mais la personne en charge du compte Facebook de l’association a complètement vidé le compte des publications en lien avec des sujets on ne peut plus problématiques.
Tabassam fait régulièrement la promotion du hijab et incite des musulmanes et des non-musulmanes à l’essayer « avant de juger » à l’occasion du fameux World hijab day. Le site Europe-Israël dénonçait déjà l’édition 2015 de cet événement, auquel la candidate LREM prenait part pour sa promotion du niqab… dont le port est interdit depuis 2010 en France [1].
L’association, qui semble bénéficier de locaux par la Caisse d’Allocations Familiales de Montpellier, s’affiche comme un organisme islamique et prosélyte, relayant tour à tour des publications du prédicateur frériste Tariq Ramadan ou de son frère interdit du territoire français, Hani Ramadan. On notera également sa participation et la promotion de l’édition 2016 du RAM-LR, la « Rencontre Annuelle des Musulmans du Languedoc-Roussillon », qui accueillait entre autres les prédicateurs islamistes et frères musulmans Hassan Iquioussen et Hani Ramadan [2].
Tabassam organisait des événements avec l’antenne montpelliéraine du CCIF, organisme islamiste dissous en début d’année par le ministre de l’Intérieur ou encore avec Lallab, association intersectionnelle, féministe / islamiste visant à promouvoir le voile pour toutes. Militantisme contre le racisme d’État ou encore les violences policières, dénonciation du concept raciste et racialiste du « privilège blanc », l’association fondée par Mme Zemmahi semble totalement s’inscrire dans le courant indigéniste, islamiste, décolonial et anti-républicain.
Les valeurs portées par LREM ne sont pas compatibles avec le port ostentatoire de signes religieux sur un document de campagne électorale. Soit ces candidats changent leur photo, soit LREM leur retirera leur soutien. https://t.co/7jBY4sGH2j
On ne parle plus que de séparatisme ces dernières semaines. Tout porte à croire que Stanislas Guérini, député de Paris et délégué général de LREM, a eu raison en menaçant de retirer l’investiture de son parti à la liste de Montpellier qui a recruté Mme Zammahi si le voile qui y figure n’était pas enlevé. Mais le voile est-il vraiment le seul problème que pose la candidature de Sara Zemmahi ? Et quelle était « la grande cause de son quinquennat » d’Emmanuel Macron, déjà ? Ah oui : les femmes.
LREM se déchire
À chaque élection en France sa polémique sur le voile islamique ! C’est à Montpellier que l’on doit cette nouvelle affaire ! Elle refait du réseau social Twitter un champ de bataille électorale. Hier soir, le média dit de « réinformation » Fdesouche annonce que LREM propose une suppléante portant le voile pour les élections départementales. L’affiche de campagne est reprise une heure plus tard par Jordan Bardella, vice-président du Rassemblement National, député européen et candidat aux élections régionales en Île-de-France. L’élu RN interpelle via un tweet la ministre de la citoyenneté : « C’est cela la lutte contre le séparatisme, Marlene Schiappa ? ». Mais c’est Stanislas Guérini, délégué général du parti présidentiel et député de Paris qui se charge de lui répondre en relayant son tweet pour faire savoir que ces candidats doivent changer leur photo sous peine de se voir retirer l’investiture de son parti. Selon lui, cette affiche porte atteinte aux « valeurs portées par LREM » qui « ne sont pas compatibles avec le port ostentatoire de signes religieux sur un document de campagne électorale ». La réponse de Stanislas Guérini déclenche une levée de bouclier de la part de l’aile gauche de LREM qui y voit une discrimination, une atteinte à la liberté religieuse et une abdication devant le « parti d’extrême droite » du Rassemblement national.
Écarter cette candidate serait une discrimination. La loi protège les convictions religieuses et la liberté de les afficher en campagne électorale. La jurisprudence est tout aussi claire. Puis les électeurs décident.
À l’heure où nous écrivons ces lignes, le député de Paris, Stanislas Guérini subit les foudres de journalistes des médias de gauche , de militants d’associations islamistes, d’élus de tous les partis de gauche du parti socialiste à EELV en passant évidemment par la France Insoumise, qui y voient l’opportunité de relever une proximité incontestable entre le Rassemblement National et le parti au pouvoir. Rares sont ceux qui apportent leur soutien à Stanislas Guérini chez LREM. Le silence de la ministre déléguée à la citoyenneté, Marlène Schiappa est assourdissant, alors qu’elle n’hésite généralement pas à se saisir des « bad buzz » qui agitent les réseaux sociaux. La teneur du débat est en réalité toujours la même depuis 40 ans. Pavlovisme, inversion des valeurs, insultes et une très mauvaise maîtrise du principe de laïcité (qui n’empêche effectivement pas une candidate portant le hijab de porter un voile islamique)…
En se réfugiant systématiquement derrière la laïcité qu’ils prétendent défendre, les politiques pro-voile l’affaiblissent. Ils semblent incapables d’assumer la conception française de l’égalité entre les hommes et les femmes prônée par la devise républicaine, ils semblent incapables de dénoncer le caractère misogyne du voilement, alors que c’est la seule manière de sortir par le haut de cet éternel débat piégé par une conception légaliste. Tant que les polémiques autour du voilement se limiteront à des échanges et des invectives autour de la notion du droit sans prendre en compte les us, coutumes et traditions françaises, la France tournera en rond.
[1]Ainsi le 1er février dernier, une quinzaine de femmes voilées se sont retrouvées au parc du Peyrou pour aller « à la rencontre des montpelliérains pour discuter et échanger sur le statut du voile en France ». Elles ont également proposé à plusieurs femmes d’essayer de porter le voile islamique. Les organisatrices espèrent que l’année prochaines elles pourront « participer encore à cette journée avec plus de moyens et avec plus de visibilité.» Source: Europe-Israël
« En Occitanie, je demanderai un moratoire sur l’éolien. » Une tribune libre de Jean-Paul Garraud (RN)
Le 14 janvier 2020, Emmanuel Macron déclarait à Pau au cours d’une table-ronde consacré à « l’écologie dans nos territoires » que le « consensus sur l’éolien » était « nettement en train de s’affaiblir dans notre pays. […] De plus en plus de gens […], qui considèrent que leur paysage est dégradé, ne veulent plus voir de l’éolien près de chez eux. Il ne faut pas l’imposer d’en haut. »
Un bon sens déroutant, ce dernier ayant toujours soutenu cette technologie… sans prendre en compte les légitimes récriminations des populations qui n’en peuvent plus de voir les paysages naturels défigurées par ces immenses pales qui traversent le ciel, tels des moulins à vent sortis de l’imagination fertile d’auteurs de dystopies de science-fiction.
Est donc prévue la construction de 40 éoliennes flottantes au large des côtes languedociennes d’ici 2024, divisées en deux parcs de 20 machines!
Tous nos paysages sont désormais colonisés par ces machines. Aucun n’y échappe. Un trajet en train régional ou en voiture, par les autoroutes ou les départementales, suffit pour s’en convaincre : les éoliennes occupent le moindre centimètre carré de champs, de collines. Elles sont même maintenant au large, « offshore » comme on dit en start-up nation. L’ancien ministre François de Rugy, qui a perdu son poste pour une pathétique histoire de homards, inaugurait ainsi le premier parc éolien en mer de Saint-Nazaire dès sa prise de fonctions, au mépris des habitants et des pêcheurs sommés de s’agenouiller devant ces gigantesques totems contemporains. Dans un excellent ouvrage intitulé Eoliennes : la face noire de la transition écologique, Fabien Bouglé démontre que les éoliennes, en plus de littéralement massacrer nos paysages, ne sont pas si bonnes pour la planète qu’on ne voudrait nous le faire croire.
Nuisances multiples
Ne produisant qu’une électricité intermittente, les éoliennes seront toujours insuffisantes pour alimenter notre pays en électricité. Les partisans l’admettent eux-mêmes, notamment pour ce qui concerne les éoliennes à axe horizontal : elles ne peuvent pas exploiter tous les vents. Elles s’arrêtent lorsqu’il n’y a pas assez de vent, ou, au contraire, lorsqu’il y en a trop. L’énergie éolienne doit donc être utilisée en complément d’une autre source d’énergie. Mais ce n’est pas tout. Leurs nuisances sont multiples. Pour commencer, elles produisent d’importants problèmes sonores : lors du passage de l’air dans les hélices, et par le grincement engendré par la rotation des différents éléments mécaniques.
Les éoliennes causent aussi des interférences avec les ondes électromagnétiques (radio, télévision, téléphonie), obligeant à installer des récepteurs et des transmetteurs pour intensifier les signaux ! Dernier point aujourd’hui connu : les oiseaux ne distinguent pas les pales d’éoliennes lorsqu’elles sont en rotation, et entrent en collision avec ces dernières. Les éoliennes ne doivent donc pas être installées dans les couloirs de migration des oiseaux ni dans les régions où il y a des espèces menacées ou, le cas échéant, un système lumineux doit être mis en place !
Quant aux éoliennes en mer, elles obligent les pêcheurs à déplacer leurs zones de pêche. Depuis 2019, Carole Delga a ainsi lancé un chantier colossal à Port-la-Nouvelle pour tenter de créer une filière dédiée à l’éolien flottant en mer. Chacune des machines que la région compte installer pèsera quelque 8 000 tonnes et mesurera 176 mètres de haut. Elles flotteront à 18 kilomètres de la côte, presque au bord des plages. Plus encore, deux parcs de 20 machines sont prévus entre la frontière espagnole et Fos-sur-Mer, au large des Pyrénées-Orientales, Aude, Hérault, Gard et des Bouches-du-Rhône. Est donc prévue la construction de 40 éoliennes flottantes au large des côtes languedociennes d’ici 2024, divisées en deux parcs de 20 machines… Pour faire accepter cette décision, la région tente de faire penser que l’extension du port de Port-la-Nouvelle, souhaitable et souhaitée, lui est attachée. Non, soutenir l’extension du port ne doit pas amener à soutenir l’installation des éoliennes en mer !
Des installations dont on ne mesure pas encore correctement l’impact sur les écosystèmes côtiers. Directrice de recherche au CNRS, Nathalie Niquil l’écrit dans un article : « En conclusion, il apparaît que la présence des éoliennes a un effet local, lié principalement à l’effet récif, qui se traduit par l’apparition d’un nouvel écosystème, caractéristique des substrats rocheux, au milieu d’un écosystème de substrat meuble. (…) Le développement des énergies marines ne doit pas se faire au détriment d’écosystèmes emblématiques. La planification des espaces marins doit avant tout sanctuariser les habitats essentiels. »
Les éoliennes vivent grâce aux subventions publiques. Elles ont une durée de vie moyenne de 20 ans, ce qui oblige donc à coûteux démantèlements. Le salut du monde ne se fera pas avec ces turbines. Pis, la France possède un immense parc nucléaire qui nous permet d’être l’un des pays les plus décarbonés. Surtout, personne ne semble vouloir se préoccuper des paysages, de la beauté. La France s’enlaidit, c’est un fait, comme l’a noté Alain Finkielkraut dans son plaidoyer pour une écologie poétique sur Le Figaro. Notre époque néglige la beauté du monde. L’aménagement du territoire, notamment par les éoliennes, supprime le vide et le silence des paysages de nature, leur superbe dépouillement. On habille nos campagnes de bâtiments sans âmes, d’éoliennes, blessant nos yeux et notre sensibilité. Van Gogh aurait-il peint des champs d’éoliennes ?
L’extension perpétuelle du domaine de la ville, constatable avec l’horizontalisation des banlieues et l’implantation de centres commerciaux, se poursuit avec les éoliennes en mer et dans les champs. C’est la politique la plus anti-écologiste qui soit, la plus anti-humaniste. On détruit nos habitats pour tenter de sauver le monde. On détruit les derniers espaces de liberté des Français. Il est temps d’arrêter le massacre. En Occitanie, je demanderai un moratoire sur l’éolien. Le plus tôt sera le mieux.
Pour Gérald Darmanin aucun doute, l’islam est compatible avec la République. Il reconnaît cependant que l’islamisme et l’immigration illégale sont un frein à l’intégration des musulmans. D’où sa loi « séparatisme », dont l’une des mesures phares est le retour discret de la double peine. Le ministre de l’Intérieur met aussi en avant le nombre croissant d’expulsions de sans-papiers, et épingle le détournement du droit d’asile. Entretien 2/2.
Depuis quelques années, on observe l’émergence en France d’une « question turque » : cet État et son président présentent-ils une menace particulière pour la France ?
Le peuple turc est un grand peuple que je respecte profondément. Il est aujourd’hui dirigé par un homme qui a choisi de tourner le dos à l’esprit de laïcité qui animait ce pays ou au moins sa société depuis Mustafa Kemal. La religion est même au cœur du programme politique de M. Erdogan, y compris de sa politique régionale qui vise à étendre son influence au sein du monde sunnite. Dans ce contexte, M. Erdogan tient contre la France un discours identitaire qui peut sans doute trouver des explications internes, dans une volonté de consolider sa base politique et d’étendre l’influence internationale de son pays.
Justement, n’essaie-t-il pas de transformer les Franco-Turcs en cinquième colonne ?
Non. Les 500 000 Turcs et Français d’origine turque sont des travailleurs respectables. Ils réussissent dans la cité et s’y impliquent. Mais ils sont également très attachés à leur pays d’origine. Leur participation aux élections turques est supérieure à la moyenne en Turquie et le vote pro-Erdogan supérieur de plusieurs points. Si M. Erdogan organise des meetings à Strasbourg, et finance indirectement des écoles ou des mosquées, ce n’est pas pour le bien-être de cette diaspora, mais pour l’influencer politiquement. La loi « séparatisme » permettra de s’opposer à ce type de projet.
Si je devais choisir quatre dispositions, je citerais d’abord la possibilité de fermer des lieux de culte, quand on y appelle par exemple à considérer les juifs comme des mécréants, qu’on y explique que quiconque écoute de la musique est transformé en porc. Jusqu’à présent, on ne pouvait les fermer que s’ils étaient en lien avec le terrorisme, c’est-à-dire qu’il fallait que les propos tenus soient en lien avec un attentat ou un projet d’attentat. Nous comblons donc ici une importante lacune dans notre droit. Ensuite, plusieurs millions de salariés du privé vont passer sous le régime de la neutralité – chauffeurs de bus, conducteurs de rame de métro, agents de piscine, de crèches… –, ce qui signifie que les signes religieux y seront proscrits. Troisième mesure phare, on ne versera plus un seul euro d’argent public à des associations qui organisent des voyages 100 % halal ou prétendent que les femmes sont inférieures aux hommes. Enfin, désormais, toute école qui bénéficie de financements étrangers ou qui constitue un vecteur d’ingérence étrangère sera soumise à l’autorisation du préfet.
Parce que la formation de leur discernement autonome est au cœur des principes de l’éducation de nos enfants dans notre pays, l’école est un lieu entièrement préservé des influences politiques et religieuses
Pourquoi, en ce cas, ne pas proscrire le port de signes religieux dans les mairies ou les tribunaux ?
La laïcité qui prévaut dans notre pays depuis plus d’un siècle est un principe d’organisation des pouvoirs publics. Il impose aux agents publics un devoir de neutralité. Devoir que la loi « séparatisme » va encore étendre aux entreprises délégataires d’un service public (les entreprises de transport public par exemple). Mais ce devoir ne concerne pas les usagers du service public, et ne les a jamais concernés, car depuis l’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme, l’« expression religieuse » est un droit. À la seule exception des élèves des établissements d’enseignement public : en raison de leur jeune âge, et parce que la formation de leur discernement autonome est au cœur des principes de l’éducation de nos enfants dans notre pays, l’école est un lieu entièrement préservé des influences politiques et religieuses, et elle doit le rester.
Lorsque le président parle à Brut, il flatte la fibre victimaire de la jeunesse des quartiers et encourage l’exhibition identitaire en promettant de donner à des rues des noms de Français noirs, arabes, juifs, asiatiques. La République se fera-t-elle aimer des musulmans tentés par le séparatisme en encourageant leurs reproches ?
Non, le président de la République ne flatte pas la « fibre victimaire de la jeunesse des quartiers » comme vous dites. J’ai entendu le président parler d’identité nationale et reconnaître que Nicolas Sarkozy avait eu raison de mettre le sujet sur la table. Et c’est aussi Emmanuel Macron qui m’a choisi, fils de femme de ménage dont les deux grands-pères sont nés de l’autre côté de la Méditerranée, pour être son ministre de l’Intérieur à 39 ans. Il m’a vu comme un Français absolument assimilé. Quant aux noms de rue, il y a dans l’administration française un conservatisme que le président de la République a raison de vouloir bousculer.
Et quand, à Alger, vous vous inclinez devant mémorial aux martyrs du FLN, n’est-ce pas problématique ?
Dans cette même visite, je me suis rendu aussi aux cimetières juif et catholique d’Alger, mais cela n’intéressait personne, à commencer par la presse. Et je n’ai, étant donné l’histoire de ma famille qui a combattu avec la France et choisi la France, aucune leçon à recevoir…
Dans nos relations avec l’Algérie, les concessions sont plutôt à sens unique…
Nous avons des discussions avec ses dirigeants sur les visas, sur le terrorisme et sur l’économie. C’est un pays dont la moitié de la population a moins de 25 ans, qui est sorti de sa décennie noire avec près de 200 000 morts et où les militaires tiennent encore le pouvoir. C’est également un pays avec des frontières très difficiles à tenir, qui connaît lui-même une immigration massive, notamment d’Afrique saharienne. Ceci dit, je peux témoigner que le ministère de l’Intérieur et les services de renseignement algériens sont parmi ceux qui nous aident le plus dans le combat contre l’islamisme : ils ont subi cet islamisme dans leur propre chair. Les informations qu’ils partagent avec nous permettent d’éviter des attentats. L’Algérie n’est pas une ennemie de la France.
La diplomatie, c’est aussi un théâtre, et des centaines de milliers de Français d’origine algérienne voient que l’Algérie nous fait la leçon et que nous avons tendance à nous autoflageller sans exiger de réciprocité en matière de relecture de l’histoire. Cela ne les pousse pas particulièrement à s’assimiler.
J’entends ce que vous dites, et j’ai connu beaucoup de Franco-Algériens qui ont un rapport fantasmé avec leur pays d’origine. Mais lorsqu’ils en reviennent, ils se sentent beaucoup plus français.
Cela nous amène à la question migratoire. Nous avons affaire avec trois phénomènes liés, mais qui ne se recoupent pas : l’immigration (au sens de l’Insee : les gens qui arrivent en France ainsi que leurs descendants sur deux générations), la délinquance et l’islamisation. Quel lien établissez-vous entre ces trois réalités ? La politique migratoire n’est-elle pas le point aveugle de votre lutte contre le séparatisme ?
Non, pas plus que d’autres politiques publiques qui pourraient expliquer des aspects du séparatisme. Comme l’a dit le président de la République au Perthus, un lien peut exister, mais les deux questions ne sont pas identiques. Sur l’immigration, notre politique est claire : nous regardons les étrangers pour ce qu’ils font et non pas pour ce qu’ils sont. Un étranger qui commet un acte de délinquance doit être reconduit à la frontière. Le nouveau délit de séparatisme (mariage forcé, polygamie, mise en danger de la vie d’autrui avec l’« article Samuel Paty ») conduira à une condamnation et une expulsion. Jamais, oui, je l’affirme et les chiffres le démontrent, jamais un gouvernement n’a été aussi limpide ni aussi déterminé sur ces points.
Voulez-vous dire que vous allez expulser tous les détenus étrangers à leur sortie de prison, rétablir ce qu’on appelait autre fois la « double peine » ? Si c’est le cas, vous êtes bien discret sur le sujet…
Regardez par exemple le cas de ce livreur, à Strasbourg, qui refusait de servir des clients parce qu’ils étaient juifs. Une fois que cet individu a purgé sa peine de prison, il a été expulsé vers l’Algérie, conformément à mon engagement. Mais effectivement, là, quasiment personne n’en a parlé…
Vous avez admis que le nombre de musulmans était l’un des facteurs de la communautarisation qui est l’un des facteurs du séparatisme. Il y a donc bien un lien entre immigration et séparatisme…
Je vous renvoie à ma réponse précédente. Mais développons encore un peu. Il faut regarder l’immigration telle qu’elle est aujourd’hui : sous Emmanuel Macron, elle mène 30 % moins souvent à la naturalisation que sous les gouvernements précédents. Et le regroupement familial n’est pas, contrairement à ce qui est souvent écrit, l’essentiel des flux migratoires. Bien loin de là ! Cependant, ne nous racontons pas d’histoires. Il y a incontestablement plus d’immigrés à cause des mouvements de populations, et pas uniquement du Maghreb : une difficulté croissante aujourd’hui concerne les flux venant du Bangladesh, d’Afghanistan et du Pakistan, dont les ressortissants sont souvent éligibles au droit d’asile. Par ailleurs, un problème de communautarisme pakistanais commence à émerger : on a pu le constater avec l’attentat devant les anciens locaux de Charlie Hebdo en septembre.
Le Pakistan, où la France est attaquée aussi violemment qu’en Turquie, constitue-t-il pour notre pays, une nouvelle menace stratégique comparable à celle que représente la Turquie ?
Je ne pense pas qu’on puisse comparer les deux situations. La Turquie est un pays membre de l’OTAN, avec lequel nous avons une coopération importante dans de nombreux domaines, y compris en matière de lutte contre le terrorisme. Nous pouvons avoir des différends marqués sur certains points avec ses dirigeants – c’est la vie des nations –, mais je ne la qualifierais pas de menace « stratégique ». Quant au Pakistan, nous y sommes effectivement violemment attaqués par certains mouvements politiques. Dans un cas comme dans l’autre, il y a sans doute une part de mauvaise compréhension de ce qu’est la culture française, de notre conception de la laïcité et de la liberté d’expression, mais il y a aussi certainement une part importante d’instrumentalisation à laquelle nous répondons.
Tout notre travail vise donc à accroître les reconduites à la frontière, mais c’est difficile pour deux raisons – et prétendre qu’il existe des solutions toutes faites est un mensonge que seuls des responsables politiques au savoir-faire douteux et approximatif peuvent se permettre de proclamer pour se faire plaisir
Mais comment faire si, comme vous le dites, un grand nombre des arrivants est éligible au droit d’asile ?
Je vous accorde volontiers que le droit d’asile représente un défi particulier. Vous n’êtes pas sans savoir qu’en 2015, toute l’Europe a connu une crise migratoire sans précédent, qui a conduit à un changement d’échelle dans les demandes d’asile. Ceci ne signifie pas pour autant que nous acceptons tout le monde. En 2019, 130 000 personnes ont demandé l’asile et seulement 25 000 l’ont obtenu. Cependant, nous n’arrivons pas facilement à expulser les déboutés. Seuls 30 % sont reconduits. En trente ans, cela a créé un « stock » de 500 000 à 600 000 personnes expulsables. C’est trop, mais tous les pays sont confrontés à cette difficulté. En Angleterre, ce chiffre de « clandestins » est deux fois supérieur.
Je n’ai aucun doute : Generation identitaire est incompatible avec les lois de la République
Tout notre travail vise donc à accroître les reconduites à la frontière, mais c’est difficile pour deux raisons – et prétendre qu’il existe des solutions toutes faites est un mensonge que seuls des responsables politiques au savoir-faire douteux et approximatif peuvent se permettre de proclamer pour se faire plaisir. C’est se moquer des Français. La première difficulté pour éloigner, c’est lorsque les pays d’origine de ces personnes sont en guerre (Libye, Syrie), difficile d’y expulser des gens ! La deuxième difficulté est que les demandeurs d’asile ont droit à cinq recours avant d’être définitivement expulsables. Nous essayons d’agir. Le cas de la Tchétchénie illustre parfaitement la complexité de la situation: je pense notamment à cet activiste islamiste qui constituait un risque pour la sécurité de notre pays. Eh bien, nous l’avons expulsé malgré les contestations de quelques-uns. La protection des Français est plus importante !
Finissons par Génération identitaire. Vous ne nous empêcherez pas de penser qu’en prononçant leur dissolution après celle du CCIF, vous avez joué à « une cuillère pour Causeur, une cuillère pour Le Monde ». On peut ne pas aimer leurs idées, mais ils ne se livrent à aucune violence, ils font de l’agit-prop comme les groupuscules gauchistes. Vous avez promis à Éric Zemmour des révélations sur leurs coupables agissements. Nous les attendons toujours.
Tout est dans le décret. Il suffit de le lire pour se convaincre que Génération identitaire n’a rien à faire sur le territoire national. Quand ses militants font irruption dans la permanence d’un parlementaire français de couleur noire, de Seine-Maritime, et déploient des banderoles sur le thème « Dehors les députés africains », quand une note de renseignement pointe des liens compliqués avec la criminalité et la délinquance, je n’ai aucun doute : GI est incompatible avec les lois de la République.
Le Conseil d’Etat confirme la dissolution de l’association Génération identitaire. Son constat est clair : Génération Identitaire promeut une idéologie incitant à la haine et à la violence. pic.twitter.com/loJ8RIAHnM
Quand on enfreint la loi, on peut être condamné plutôt que dissous. Mais sans doute allez-vous également dissoudre la Brigade anti-négrophobie, la Ligue de défense noire africaine (LDNA) qui s’est introduite dans les locaux de Valeurs actuelles, les végans qui attaquent des boucheries (comme Boucherie Abolition)…
On peut être condamné, mais aussi dissous. Ce sont deux choses différentes. Une peine punit ce qui s’est passé. La dissolution est une mesure de police administrative. Elle est très dure : c’est la mesure ultime, très encadrée, qui permet de tirer les conséquences d’actes graves et répétés, mais aussi et surtout d’en prévenir la réitération. La loi « séparatisme » donnera davantage de moyens pour lutter contre bien des ennemis de la République et des Français.
À l’occasion des 40 ans de l’élection de François Mitterrand, Benoît Rayski nous raconte son entrevue avec l’ancien président, au début des années 90. Rencontre qui ne s’est jamais réitérée !
Max Gallo, romancier de gauche à succès, dirigeait le Matin de Paris où je m’occupais de politique étrangère. Il avait été nommé là par Mitterrand : c’était un homme de confiance car ancien porte-parole du gouvernement. Avec un grand sourire un peu moqueur, il vint me trouver : « Benoît, le président veut vous voir ». « Ah, et pourquoi donc ? » « Il reçoit des journalistes pour leur expliquer ses nouvelles idées sur le traité Start 1 ».
Je savais qu’il s’agissait d’un accord négocié entre les États-Unis et l’URSS pour réduire le nombre de missiles stratégiques à ogives nucléaires. Mais c’est tout ce que je savais. Mes connaissances dans ce domaine s’arrêtaient à un film : Docteur Folamour de Stanley Kubrick. D’une voie suppliante, je tentais d’échapper au supplice qui m’était annoncé : « mais Max, je ne comprends rien à ces histoires de fusée. » « Moi non plus, mais vous c’est votre boulot ! ». Il me fallut donc me rendre à l’Élysée avec des crampes à l’estomac.
Mitterrand m’accueillit avec une phrase dont la condescendance frôlait le mépris : « Monsieur Rayski, vous n’avez pas toujours été de notre bord ». Effectivement, avant le Matin de Paris, j’avais travaillé à France Soir, plutôt dévoué à Giscard.
Mitterrand se lança dans un long et savant discours sur les missiles et les ogives nucléaires. Je compris, plus ou moins confusément, que le traité Start 1 était à ses yeux non satisfaisant car il ne mettait pas la France à l’abri des missiles soviétiques à moyenne portée. Mitterrand avait en tête un nouveau projet de traité pour mettre fin à cette anomalie. Moi, j’avais depuis longtemps décroché.
Je me permis de l’interrompre : « Oui, j’ai lu tout ça dans un article de Jacques Amalric du Monde que vous avez dû recevoir ». Le Matin de Paris étant à sa botte, il semblait naturel que Mitterrand voie un de ses employés, des larbins à ses yeux, après un journaliste aussi prestigieux que le chef du service étranger du Monde.
Le regard de Mitterrand se figea. Un masque mortuaire. Il n’avait pas du tout apprécié ma remarque. Il décrocha un de ses téléphones. « Jacques (il s’agissait d’Attali), avons-nous reçu Amalric ? ». Il raccrocha : « Non, monsieur Rayski, vous vous trompez comme souvent ». Il se leva pour me faire comprendre que l’entretien était terminé.
Au journal, Gallo me demanda comment cela s’était passé. « J’ai écouté et je n’ai rien compris ». « Ah, et vous faites bien un papier pour demain ? » « Non, Max car pour cela il faudrait que je recopie l’article du Monde et recopier, pour des raisons de principe, je ne le fais jamais ».
Gallo m’avait à la bonne. Il laissa courir. Pour ma part, je ne fus plus jamais reçu par Mitterrand. Ainsi fonctionnent les grands de ce monde pour faire sentir aux gens de peu qu’ils ne sont pas grand-chose…
A la télévision française, on laisse une activiste pour la protection animale amalgamer abattoirs et génocides pendant plusieurs minutes. La honte!
« Balance Ton Post » a tout piqué à « Ciel mon mardi ! » crée par Christophe Dechavanne et Patrice Carmouze : un même goût pour la polémique, les cris, les débats biaisés où on se débat bien plus qu’on ne débat, la caricature, les personnages hystériques ou truculents, en somme, le bordel télévisuel. Dans cette cacophonie débilitante d’où peinent à se distinguer les quelques esprits raisonnables qui tentent d’y faire entendre leur voix, Cyril Hanouna règne en seigneur tout-puissant, en arbitre des inélégances. Avec Solveig Halloin, militante antispéciste répondant trait pour trait à la description de l’hystérique telle que l’avait définie le fameux docteur Charcot, le présentateur vedette de C8 a trouvé son moment d’exception qui passera, c’est certain, en boucle dans les zappings et les rétrospectives futures d’une époque ; la nôtre, aussi dépressogène que terrifiante.
Elle a diffamé Philippe Caubère
Connue pour avoir été condamnée en diffamation par l’acteur Philippe Caubère – le père de Marcel Pagnol dans les adaptations cinématographiques de « La Gloire de mon père » et du « Château de ma mère » – qu’elle avait auparavant accusé d’agression sexuelle sur sa personne, Solveig Halloin a fait de la cause animale le socle de son existence. Intransigeante, déterminée, elle est « abolitionniste ». Pour Madame Halloin, les animaux ne doivent plus être mangés, ni exploités d’aucune manière que ce soit, encore moins chassés. L’élevage animal devrait donc être interdit, l’animal étant un être sensible comme l’homme. Il est vrai que les animaux peuvent être doués d’une sensibilité, ainsi des cochons filmés dans les abattoirs par L 214, considérés comme étant plus intelligents que nos meilleurs amis les chiens et les chats.
L’élevage industriel cache parfois des abus. C’est une indéniable, une incontestable réalité. Il est d’ailleurs possible, et même souhaitable, d’améliorer les conditions de transport et d’abattage des animaux de ferme, de généraliser l’étourdissement préalable, de mieux surveiller les abattoirs industriels et d’autoriser sous conditions strictes les abattoirs mobiles en France, comme cela se pratique déjà dans certains pays nordiques ou en Allemagne. Comme l’a expliqué – du moins quand on le laissait parler Cyril Hanouna ayant pris un malin plaisir à ne pas jouer son rôle d’animateur donc d’intermédiation journalistique – le sportif et amateur de (bonne) viande Baptiste Marchais : l’élevage animal en vue de consommer de la viande ne doit pas rimer avec mauvais traitements ou tortures.
Tous les épicuriens vous le diront ; la viande bien élevée est meilleure, pour la santé et pour les sens. Les éleveurs ne sont pas des tortionnaires, ils sont majoritairement des passionnés qui dépensent leur temps et leur bien-être pour nous nourrir. Aujourd’hui, ils sont victimes d’une affreuse propagande antispéciste, antinaturelle, niant à l’homme sa dimension propre dans le règne du vivant, remettant en question des milliers d’années de tradition culinaire, agricole. Ils souhaitent retourner au Paradis originel, où l’homme se sustentait exclusivement de végétaux, éthéré, proche de l’esprit pur. Mais l’homme n’a jamais vécu de la sorte. Il a consommé la viande nécessaire à son développement, ce qui lui a permis d’augmenter la taille de sa boite crânienne et de transformer le monde. L’élevage et la culture des céréales ont fait de l’être humain un être de culture(s), un civilisé pouvant transmettre son savoir, ses rêves et son imagination à ses descendants par l’écriture et les œuvres de l’esprit.
La France orange psychiatrique qui naît sous nos yeux ébahis est, c’est tout le paradoxe, étrangère à sa nature profonde. Solveig Halloin et ses amis tournent le dos à ce qu’ils sont, à ce qu’est l’humanité. Comment et pourquoi débattre avec de tels fous furieux ? Quel est même l’intérêt d’inviter une femme qui passe son temps à hurler, à prétendre que nous sommes tous coupables d’un génocide ? Notre société donne trop d’importance à des gens dont la place se trouve dans des instituts spécialisés, destinés à les soigner de leurs troubles psychiatriques. Que des entrepreneurs du spectacle, à l’image de Cyril Hanouna que Marlène Schiappa envisage pour animer le débat d’entre-deux tours de la prochaine élection présidentielle, profitent de ces états de détresse pour nous « divertir » devrait faire bondir toute personne saine d’esprit, attachée à la libre expression et à la rationalité.
BoJo sort grandement renforcé des élections locales qui se sont tenues le 6 mai. En Écosse, Mme Sturgeon se trouve néanmoins renforcée et un long bras de fer devrait s’engager sur la tenue d’un référendum sur l’indépendance, auquel le Premier ministre britannique est opposé.
Avec une victoire écrasante aux élections générales de décembre 2019, Boris Johnson a repris le contrôle du pays pour le parti conservateur après que Theresa May l’avait perdu. Cette dernière l’avait perdu avec son succès plus que mitigé aux élections de 2017 et sa gestion chaotique des négociations du Brexit. Ayant repris le contrôle, Johnson l’a renforcé en négociant l’Accord de retrait, suivi de l’Accord de commerce et de coopération.
Au début de la pandémie, il a partiellement perdu le contrôle, avant de le reprendre de nouveau avec la campagne de vaccination.
Les résultats des nombreuses élections qui se sont tenues au Royaume Uni le 6 mai montrent que, ayant repris le contrôle une deuxième fois, Johnson le garde toujours.
Travaillistes au pied du mur
La victoire la plus spectaculaire a été celle remportée par la candidate du Parti conservateur (notre photo) dans l’élection partielle qui s’est tenue dans la circonscription de Hartlepool dans le nord-est de l’Angleterre. Cette ville était depuis cinquante ans un fief travailliste, une véritable forteresse imprenable. La ville compte parmi ses anciens députés Peter Mandelson, gourou du New Labour et figure de proue du mondialisme façon Tony Blair. À partir de 2004 et pendant quatre ans, il a exercé les fonctions de Commissaire européen au commerce lors d’une phase cruciale entre l’accession de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce en 2001 et la crise financière de 2008. La défaite travailliste actuelle est la conséquence ultime de l’euphorie globaliste de cette époque qui a consolidé le déclassement de ces populations de régions autrefois industrielles. En décembre 2019, le député travailliste a été réélu sans trop de difficulté, mais il a dû démissionner cette année, suite à des accusations de harcèlement sexuel, rendant nécessaire une élection partielle. Non seulement les Conservateurs ont-ils remporté le scrutin, mais ils l’ont fait avec une très forte majorité de 7000 votes et un gain de 23% aux dépens du Parti travailliste et du Reform Party, anciennement le Brexit Party.
Trois facteurs sont à l’origine de ce raz-de-marée. D’abord, le succès de la campagne de vaccination et le déconfinement qui en résulte. Ensuite, le Brexit : Hartlepool, comme d’autres villes du nord-est, comme Sunderland, a voté majoritairement pour le Brexit. Or, le candidat choisi par les travaillistes était connu pour son opposition au Brexit, tout comme le leader travailliste, Sir Keir Starmer. Finalement, il y a ce qu’on peut appeler la réaction anti-progressiste. Starmer qui, lors des manifestations Black Lives matter au mois de juin dernier, s’est fait photographier dans son bureau un genou à terre, a associé le Parti travailliste à la lutte pour la « justice sociale » et à l’idéologie woke. Les petites gens qui composent l’électorat de Hartlepool se fichent de ces considérations bien pensantes, se préoccupant beaucoup plus de questions d’emploi et de santé.
L’ensemble des autres circonscriptions traditionnellement travaillistes du nord de l’Angleterre qui avaient voté pour les Conservateurs en 2019 ont été baptisées du nom de « The Red Wall. » Le mur rouge vient d’être renforcé par une brique de plus, et une brique de taille !
Les Écossais lecteurs de Saint Augustin ?
Quant aux autres élections se déroulant le même jour, les résultats sont plus mitigés quoique non sans quelques rayons de lumière pour les Conservateurs. Comme prévu, le travailliste, Sadiq Khan, a été réélu maire de Londres, mais sa majorité a rétréci. Sur les 25 sièges de l’Assemblée de Londres, le conseil de la ville, les Travaillistes ont gardé la majorité, avec 11 conseillers, mais ils ont en concédé un aux Conservateurs, qui en disposent désormais de neuf. En Angleterre et au Pays de Galles, 150 municipalités étaient en jeu, représentant quelque 5000 sièges, de même que 39 commissaires de police et à la criminalité. Globalement, les Conservateurs ont fait des gains, un résultat appréciable après 18 mois au pouvoir et plus d’un an de pandémie.
Il y a eu aussi des élections aux parlements dévolus. Celui du Pays de Galles, dominé par les Travaillistes depuis sa création, reste entre leurs mains. Ils ont même gagné un siège, arrivant à 30 sur 60, mais les Conservateurs ont progressé aussi, en ajoutant cinq à leur total. Sans surprise, le Parlement écossais reste entre les mains de Nicola Sturgeon et des nationalistes, mais ces derniers ont échoué à avoir une majorité absolue, gagnant un seul siège de plus, pour passer de 63 à 64 sur un total de 129. Le Parti conservateur a conservé ses 31 sièges, tandis que les Travaillistes en ont perdu deux et les Verts gagné deux. Avec 48% du vote populaire, Mme Sturgeon doit ajouter les votes et les sièges des Verts– qui sont aussi en faveur de l’indépendance – à ceux du SNP pour prétendre qu’une majorité de l’électorat écossais exige un référendum. Tandis que le gouvernement de Boris Johnson martèle que la question de l’indépendance est d’ordre constitutionnel et relève donc de l’autorité de Westminster et non de celle d’Édimbourg, Nicola Sturgeon a déclaré son intention de tenir un référendum dans les premiers 30 mois de son nouveau mandat. Pourtant, selon un sondage récent commandité par la chaîne Sky News, si 50% des Écossais se disent en faveur d’un deuxième référendum sur l’indépendance, seuls 42% sont favorables à la tenue d’un référendum dans les cinq prochaines années, dont 28% dans les deux prochaines années.
Cette réticence est peut-être fondée sur le constat que les Écossais ne s’en sortent pas trop mal sur le plan financier en faisant partie du Royaume Uni, leur gouvernement recevant un niveau de subventions nettement supérieur à ce qui est alloué aux Anglais. La recette fiscale de l’Écosse, comprenant les revenus du pétrole de la Mer du Nord, s’élève à environ 66 milliards de livres par an, auxquels Westminster ajoute 15 milliards pour le financement des services sociaux, de l’éducation… Par conséquent, en 2019-2020, la dépense gouvernementale par habitant en Écosse était de 11 566 livres sterling (environ 13 000 euros), 17% au-dessus de la moyenne du Royaume-Uni, tandis qu’en Angleterre, c’était seulement 9604 livres sterling, 3% au-dessous de la moyenne globale.
Les Écossais ont sûrement médité la prière ironique de Saint Augustin dans ses Confessions (Livre VIII, Ch. 7) : « Da mihi castitatem et continentam, sed noli modo. » En français, ça donne : « Rends-moi chaste et pur – mais pas maintenant. »
En écossais, ça donne : « Ô Seigneur, rends nous indépendants – mais pas tout de suite ! »
Les chrétiens attendent que le Christ règne. Pour le peintre François-Xavier de Boissoudy, il règne déjà. Ses tableaux nous racontent ce royaume étiré dans le temps et situé dans le cœur des hommes.
François-Xavier de Boissoudy revisite depuis plusieurs années l’iconographie chrétienne dont les thèmes, quelques siècles durant et sur plusieurs continents, ont nourri la réflexion de tant d’artistes. Ces sujets étaient tombés en désuétude. On voit le moment où ils seront jugés offensants. En attendant la prochaine crise iconoclaste, Boissoudy peint, inlassablement, ces scènes incroyables, familières, symboliques et réelles d’un Dieu marchant au bord du lac de Tibériade – et parfois dessus – ou naissant à Nazareth, comme n’importe qui, ou guérissant les aveugles, comme peu. Il les peint en ayant écarté tout l’appareil du merveilleux (ni angelots ni archanges), du pittoresque (aucune reconstitution soignée) et du majestueux. Son Christ est celui qui, après sa résurrection, attend les apôtres en faisant griller des poissons sur la plage. Un Christ intense, immédiat, proche.
Pour qu’Il règne
C’est là que le thème de sa dernière exposition prend tout son sens : Que ton règne vienne. Le Christ de Boissoudy règne déjà pourvu qu’on soit attentif à ce qu’est le royaume : une disposition d’esprit. Croire, naître, rencontrer, guérir, recevoir, goûter… Toutes les œuvres se présentent à nous avec un verbe qui incite à comprendre ce qu’est, en fait, la grâce : une manière d’être au monde qui transforme le monde sans lui enlever un atome de sa réalité mais en l’enrichissant d’un regard précis.
Tout l’art du peintre est de suggérer à la fois l’évidence de ce regard et la difficulté de le porter. Étalant à pleines mains des lavis d’encres, où le noir domine encore, ou un pigment terreux allongé d’essence (ce qui donne une palette allant du jaune pâle au brun profond), Boissoudy fait surgir de la surface blanche des univers où la lumière, toujours focalisée, signale l’instant gracieux. Le spectateur, lui, fait partie du dispositif, il appartient à la scène qu’il contemple : comme s’il était au fond de la pièce où le Christ rentre, dans la foule qui le regarde, dans le cercle de ceux à qui le Christ parle. Ce soleil, cette porte par où le jour entre, ce chemin éclatant, cette source, sont autant de points et de ponts qui manifestent une grâce active, un royaume déjà constitué, un règne présent pour ceux qui le désirent.
Une approche contemporaine
C’est une approche contemporaine, qui refuse l’anecdote, installe la répétition, exige presque du spectateur qu’il appréhende d’abord toute la série proposée avant d’interroger chaque tableau. Il faut d’ailleurs replacer l’idée même d’une source d’inspiration unique, les Évangiles, dans une démarche contemporaine : Boissoudy, lancé dans une tentative d’épuisement pictural de l’actualité du message chrétien, explore méthodiquement un univers inépuisable (bien joué !). Il navigue sans cesse entre interprétation du texte, intégration du discours pontifical, mise en scène du croyant : révélation initiale, médiation ecclésiale, actualisation cordiale, les trois pôles permettent d’embrasser toute la temporalité et légitiment toutes les situations. La figure du Christ n’est pas nécessaire, non plus que celles de Marie ou des personnages des évangiles. Elle est mobilisée mais n’est pas le sujet.
Le sujet, c’est cette grâce qui prend possession du réel et s’y installe : miséricorde du bon Samaritain, gestes tendres entre époux, Christ prêchant, morts ressuscitant, père en prière, enfant attentif, Marie accouchant, instants consacrés par l’écriture ou jamais connus, instants glorieux ou discrets, grâce permanente ou fugace, voilà tous les points de ce règne clignotant, intermittent, sporadique et pourtant continu. Le Christ montre à chaque fois le chemin (c’est là qu’il est nécessaire : pour rappeler la méthode, et pour accueillir), libre à chacun de le prendre et de se retrouver dans cet étrange royaume intérieur qui ne nous arrache pas au monde mais nous y fixe avec bonheur – tout le temps de notre adhésion ; et parfois la grâce s’éteint. Que faire ?
Le Christ nous ouvre les yeux
Les tableaux de cette exposition ont presque tous des titres qui sont des verbes : Chercher, Guetter, Naître, Revenir, etc. Si le règne vient, c’est qu’on le cherche, s’il existe, c’est qu’on le bâtit. Marie qui accouche sous les étoiles, couchée sur le sol autour de son enfant, comme la nuit enserrant la terre, c’est la promesse d’une lumière qui va illuminer des milliards de vies. Boissoudy reproduit cette toile plusieurs fois, sans qu’on sache s’il s’agit encore de Marie ou d’une autre femme, qui croit assez à la vie pour la porter et la donner. Cette pièce où des gens attendent devant une porte ouverte verra-t-elle surgir Jésus, un invité ou un passant ? Peu importe, elle est le royaume.
Trois tableaux nous montrent Jésus qui rend la vue à un aveugle. Trois fois la même scène, de plus en plus distincte, comme si ce que nous regardons était la réalité peu à peu révélée à l’aveugle, d’abord ébloui. Face à lui, le Christ, première révélation, premier visage qu’il verra. Nous, au bord de la place, nous voyons ce Christ, que nous avons déjà vu, au gré des expositions, des églises et des musées, et peut-être au gré de nos vies. Le Christ et l’aveugle sont dans un cercle de lumière blanche : c’est le royaume. Celui où nous n’avons pas encore accédé. Les tableaux nous intègrent à leur lisière mais ne sont pas une image magique où nous pourrions pénétrer. Ils nous permettent d’exercer notre regard. Nous avons vu le royaume. C’est à nous qu’il appartient de faire advenir le règne.
« Que ton règne vienne », à la Galerie Guillaume, 32 rue de Penthièvre, 75008 Paris, jusqu’au 29 mai et même au-delà. Il existe un catalogue, avec un texte de Thibault de Montaigu (l’auteur de La Grâce, Plon), publié aux Éditions Conférences. galerieguillaume.com
Pour Gérald Darmanin aucun doute, l’islam est compatible avec la République. Il reconnaît cependant que l’islamisme et l’immigration illégale sont un frein à l’intégration des musulmans. D’où sa loi « séparatisme », dont l’une des mesures phares est le retour discret de la double peine. Le ministre de l’Intérieur met aussi en avant le nombre croissant d’expulsions de sans-papiers, et épingle le détournement du droit d’asile. Entretien 1/2.
Causeur. Le 24 juillet 2020, vous déclariez au Figaro : « Il faut stopper l’ensauvagement de la société. » Un an plus tard, les agressions de policiers sont quotidiennes, les « violences urbaines » ont cours jusqu’en Ardèche. Il serait injuste de dire que vous ne faites rien, alors que vous avez deux lois sur le feu. Et pourtant, entre l’État et ceux qui le défient – délinquants, trafiquants, terroristes, islamistes –, le rapport de forces semble inexorablement évoluer en faveur des seconds. L’État a-t-il les moyens de faire régner l’ordre public partout dans le pays ?
Gérald Darmanin. Chacun le sait : le président de la République a hérité d’une situation très difficile et, depuis le début du quinquennat, il met tout en œuvre pour rétablir l’autorité. En matière de sécurité, en recrutant 10 000 policiers et gendarmes supplémentaires et en faisant de la lutte contre la drogue sa priorité. En matière de lutte contre le terrorisme, en dotant de moyens humains et financiers inédits les services de renseignement (en doublant le budget de la DGSI par exemple), ce qui a permis de déjouer 36 attentats depuis 2017. En matière de lutte contre l’islam radical et politique, avec la loi « séparatisme », la fermeture de lieux de culte et d’écoles islamistes, et l’expulsion des étrangers radicalisés
Commençons par le diagnostic. Toute la politique française, comme votre analyse, s’efforce de séparer le bon grain de l’islam de l’ivraie islamiste. Or, ce qu’on voit, c’est plutôt une forme de continuum de l’un à l’autre.
Je ne partage en aucun cas cette analyse. L’islamisme est soit une vision dévoyée de l’islam, dans les pays qui n’ont pas connu la séparation de l’Église et de l’État, soit une dérive sectaire extrêmement dangereuse. Mais il ne faut jamais confondre la partie avec le tout.
Il y a une porosité entre la partie et le tout. Selon Tarik Yildiz, beaucoup de musulmans, parfaitement paisibles, décrits comme modérés, sont habités par un surmoi islamiste. Quelques jours après les attentats du Bataclan et des terrasses, une femme de Clichy-sous-Bois, amie d’une complice des terroristes, confiait au Monde : « Ici […] les gens sont tranquilles, pas genre djihadistes, encore moins terroristes. Mais à l’intérieur d’eux, une petite voix leur souffle que condamner le voyage en Syrie serait un peu se trahir et qu’une fille portant le voile sera toujours mieux que celle aimant la fête. » Pour paraphraser Gilles Kepel qui évoque un « djihadisme d’atmosphère », n’observez-vous pas un « islamisme d’atmosphère » ?
Il faut aussi faire la part des choses. Dans toutes les religions, il y a des degrés divers de pratique, des débats doctrinaux. Dans toutes les religions, il existe des orthodoxies et des rigoristes. On peut être pour ou contre, mais dans un pays comme la France qui accepte une expression religieuse depuis plusieurs siècles, ça se respecte. En revanche, et je suis très clair sur cette question, je combats ceux qui considèrent que leur loi est supérieure à la loi temporelle, celle de la République.
Cérémonie en l’honneur de Stéphanie M., la policière assassinée dans le commissariat de Rambouillet, 26 avril 2021
Tous les croyants conséquents pensent que la loi de Dieu est supérieure ! Pour sortir de cette contradiction, il faut admettre qu’il y a deux royaumes, celui de Dieu et celui des hommes. Or, l’islam a du mal avec cette distinction.
Toutes les religions ont eu du mal avec le fait que la norme religieuse doit céder, dans le champ temporel j’entends, devant celle de l’État. Les chrétiens l’ont accepté après des siècles de débats doctrinaux doublés parfois de violences. Regardons ce qu’il s’est passé à la fin du XIX e siècle pour les catholiques : après d’intenses polémiques, ils se sont pliés à cette hiérarchie dans un contexte particulièrement houleux, qui a conduit à la querelle des inventaires, la violation des églises par la force publique et l’expulsion des congrégations. Les juifs, quant à eux, ont dû faire face à la fermeté du Premier consul, puis de l’empereur. Fermeté et même excessive dureté : Napoléon voulait surtout que son Code civil s’applique à tout le monde. Cinq ans après l’émancipation, il signait le « décret scélérat » (c’est ainsi qu’il est demeuré dans la mémoire nationale) annulant les dettes contractées auprès des juifs et imposant des prénoms français
Ce n’est pas scélérat d’imposer des prénoms français… Quoi qu’il en soit, aujourd’hui c’est à l’islam d’y passer, et il oppose une forme de résistance d’autant plus efficace que l’État rechigne bien plus à contraindre qu’il y a un siècle.
Si vous considérez que, par nature, l’islam ou les musulmans sont génétiquement incompatibles avec la France, avec la République et avec notre conception de la société, alors c’est un autre débat ! En ce cas, je n’ai plus qu’à démissionner de mon poste de ministre de l’Intérieur et à arrêter la politique. Ce n’est pas ma façon de penser ni mon intention. Je ne crois pas un seul instant que la religion musulmane soit par nature, par essence, contraire à la République et à nos institutions. On ne peut pas demander à l’islam, religion relativement nouvelle en France métropolitaine, de s’adapter plus vite que ne l’ont fait les catholiques, les protestants et les juifs.
En réalité, on ne le lui demande pas vraiment. Quoi qu’il en soit, aujourd’hui, c’est l’islam qui met au défi les sociétés occidentales, peut-être parce qu’il ne sait pas être minoritaire.
« C’est un peu court, jeune homme. » Bien entendu, il y a un ferment de prosélytisme dans toute religion (à l’exception notable du judaïsme). C’est normal et c’est logique. Que des musulmans, convaincus de détenir la « vraie » croyance, essaient de convertir les autres, c’est un fait. C’est également ce qu’ont fait les chrétiens, et ce que les missionnaires ont pratiqué des siècles durant. Contrairement à ce que vous pensez, l’islam possède une grande souplesse, particulièrement chez les sunnites où la pratique religieuse est extrêmement « décentralisée », sans clergé ni chef. Du reste, l’islam prescrit aux croyants de s’adapter à la société dans laquelle ils vivent. Par exemple, quand l’islam est minoritaire, il ne pratique pas d’appels à la prière. Les plus grands pays musulmans sont des pays asiatiques, ne l’oubliez pas, et ceux-là sont loin d’être dominés par la seule culture musulmane.
La Malaisie n’est pas un exemple très encourageant. Passons. Il y a un malentendu. Nous vous parlons culture, imprégnation des esprits, vous répondez règles, institutions. La compatibilité de l’islam avec la France et la République n’est pas une question théologique, mais culturelle, voire anthropologique : codes d’honneur incompatibles avec l’État de droit, inadaptation à la famille nucléaire, comportements endogames, rapports inégaux entre hommes et femmes…
Vous essentialisez avec les mêmes arguments que les intersectionnalistes ou les racialistes ! Je suis profondément français et profondément dans l’esprit révolutionnaire de 1789. À mes yeux, la grandeur de la République, et avant elle de la France, c’est de croire en l’individu, en sa liberté exprimée par le fait qu’il n’est pas seulement le produit de ses parents, de son éducation et de sa culture d’origine.
Le sujet, ce n’est pas la religion, et même pas seulement la culture, c’est le communautarisme
Y croire ne suffit pas, encore faut-il le faire, et transformer des gens issus de sphères culturelles et de structures familiales très différentes des nôtres en Français comme vous et moi. Or, nous n’y arrivons plus.
Ce constat est faux. La France est un creuset. Elle a toujours réussi à intégrer, puis à assimiler. Le désir d’endogamie n’est pas un phénomène exclusivement musulman. Le sujet, ce n’est pas la religion, et même pas seulement la culture, c’est le communautarisme. Depuis au moins cinquante ans, nous avons accepté l’existence du quartier communautaire qui, de la naissance à la mort en passant par le mariage, l’éducation, les sorties, n’offre que des repères religieux, donc islamiques. En quinze ans de vie d’élu local, j’ai pu constater les ravages de cette communautarisation qui va avec le refus de la norme générale et de la mixité.
La mixité ne se décrète pas. Personne n’a décidé de « parquer » les immigrés dans des « ghettos ». Si les classes populaires « blanches » (« non racisées », dit-on aujourd’hui) ont quitté les banlieues pour la France périphérique, c’est parce que ces gens ne se sentaient plus « chez eux ». Et en prime, ils se font traiter de fachos parce qu’ils votent Le Pen.
Vous vous trompez d’interlocuteur. Je n’ai jamais insulté les électeurs du RN ni ceux qui votent avec leurs pieds en déménageant. Il faut au contraire se demander pourquoi ils sont partis. Certains acceptent la différence, mais ne veulent pas être minoritaires culturellement dans leur pays, et je le comprends. Comme cela touche souvent les classes populaires travailleuses, qui ont plus peur encore pour leurs enfants que pour elles-mêmes, alors ils s’en vont.
Le problème, c’est que ce que vous appeliez capacité d’adaptation consiste très souvent à demander aux sociétés d’accueil de changer ! À Montpellier, une dame a déploré devant le président qu’il n’y ait pas de Pierre dans l’école de son fils. Mais pourquoi n’a-t-elle pas appelé son fils Pierre ?
Chacun est libre d’appeler ses enfants comme il le souhaite. Quand la mixité existe, les prénoms se diversifient et la pratique religieuse faiblit. Et, comme tout le monde, on adopte la famille nucléaire, on rêve de devenir propriétaire, on veut que ses enfants réussissent, on sécularise ses habitudes de vie. A Rome, on apprend à vivre comme des Romains. Cela prend du temps.
Sans doute y a-t-il un effet de loupe médiatique sur les trains qui n’arrivent pas à l’heure, mais nous ne vivons pas dans le même monde. En fait de sécularisation et de pratique religieuse, on voit de plus en plus de jeunes filles qui se voilent et qui jeûnent : le mimétisme aidant, dans certains établissements, cela concerne une majorité d’élèves.
Encore une fois, c’est justement car il n’y a pas de mixité. Je le répète, notre problème, ce n’est pas la pratique religieuse en soi. Dès ses origines, la République a eu affaire avec des identités particulières : songez, dans l’histoire de France, au combat pour la francisation et au combat contre les langues régionales. Aujourd’hui, c’est plus difficile, parce qu’on parle de groupes plus nombreux. C’est aussi difficile à cause de notre histoire et de la manière dont elle est interprétée, du contexte international, notamment le conflit israélo-palestinien et la lutte pour le leadership du monde sunnite. Ajoutez dans ce contexte difficile l’amplification médiatique réalisée par les réseaux sociaux et vous obtenez une situation préoccupante, oui, assez grave, indéniablement. Cependant, et c’est là tout le sens de l’action politique et de la détermination, pour peu que nous soyons fermes, il y a une solution et un espoir.
Les problèmes d’acculturation ne viennent pas de l’islam en tant que tel, mais de cultures étrangères
Votre aveuglement volontaire et même volontariste aux différences culturelles – ce dont parlait le sociologue Hugues Lagrange dans Le Déni des cultures – est saisissant. Pour vous, il suffit d’avoir un passeport. Du coup, le fait que beaucoup de jeunes Français se sentent moins français que leurs parents ou grands-parents est en dehors de votre champ de vision, donc d’action.
Encore une fois, je ne suis aveugle à rien, mais « passons », comme vous dites. L’idée qu’il y aurait des « Français de papier » et des « vrais » Français, relève de l’essentialisme. C’est tout le contraire de la République française, de l’histoire politique à laquelle j’ai toujours été fidèle, celle de Séguin et Chevènement. Je n’ai aucun problème avec l’assimilation, ma famille en est issue et j’en suis même bien heureux. Je pense que la nationalité française veut dire quelque chose et qu’on doit être exigeant avec ceux qui l’acquièrent. Les problèmes d’acculturation ne viennent pas de l’islam en tant que tel, mais de cultures étrangères. Le réflexe communautaire n’est d’ailleurs pas propre à une culture particulière ; chacun peut le constater dans la sociologie de nos villes, où des habitants d’origine asiatique, par exemple, ou même ceux de certains pays européens, ont pu développer un mode de vie qualifié de communautaire.
Sauf que ce n’est pas avec eux que nous avons des problèmes…
Une part importante des islamistes radicalisés sont des convertis, nés en France dans des familles non musulmanes et non immigrées. Arrêtons d’essentialiser ! Si l’homme est libre, il n’est pas seulement le produit de sa classe, de son origine ou de sa religion. L’individu doit pouvoir échapper à son groupe, on doit lui offrir les possibilités de le faire – mais il peut aussi faire le choix d’y rester. Cependant, dans notre pays, cette « communauté » n’est pas reconnue. Il y a ici une ligne rouge. Nous sommes une seule communauté : la « communauté des citoyens », comme l’appelle Dominique Schnapper.
Seulement, depuis plusieurs années, on a assisté, au contraire, à la reprise en main des individus par le groupe.
Oui, en effet. Les islamistes essaient d’enfermer les gens, de la naissance à la mort, dans leurs normes et leur système de « haram / halal », illicite / licite, qui ne concernent pas que des pratiques alimentaires. Notre travail à nous, c’est de contrer cette emprise en imposant des moments et des lieux de neutralité, où les normes religieuses n’ont pas droit de cité : l’école laïque, les services publics neutres, des rites neutres, comme le mariage civil qui a lieu avant le mariage religieux et des activités – notamment sportives et associatives non prosélytes. Ces lieux, ces moments et ces activités permettent à chaque enfant d’échapper à son groupe. C’est tout l’objet de la loi « séparatisme » : elle renforce le rôle de la République.
La loi marche sur deux jambes : bloquer les ingérences étrangères et lutter contre l’islam politique. Les Algériens, les Marocains, les Turcs et d’autres peuvent être tentés d’exercer une influence sur leur diaspora en France par la religion, par le biais des imams détachés et des financements de projets et d’opérations. Si certaines fédérations musulmanes subissent, dans l’exercice du culte et dans leurs rapports avec les pouvoirs publics français, des pressions extérieures, c’est un enjeu différent de l’islamisme, mais il s’agit ici d’un séparatisme malgré tout. C’est aussi contraire à une longue tradition française qui date de Philippe Le Bel, en vertu de laquelle les affaires religieuses en France sont des affaires françaises. Quant à l’islamisme, il est plus pernicieux car il mène soit à la séparation, soit au terrorisme.
La suite demain: dans la deuxième partie, Gérald Darmanin revient sur nos relations avec la Turquie et l’Algérie, sur la nouvelle loi et son délit de « séparatisme », sur les liens entre immigration et séparatisme, sur le droit d’asile et la dissolution de Génération identitaire.
Les craintes de l’Élysée et du gouvernement étaient justifiées. Une deuxième tribune de militaires, anonyme cette fois, a été publiée.
Depuis la publication en avril d’un texte signé par 20 généraux intitulé « Pour un retour de l’honneur de nos gouvernants », l’exécutif n’avait qu’une peur : que le texte initial connaisse une suite, et que des militaires d’active se joignent aux récriminations de leurs aînés. Le premier texte avait provoqué une violente polémique, d’autant que la candidate Marine Le Pen s’était empressée de soutenir la démarche…
L’exécutif embarrassé
Toujours relayé par le site de Valeurs actuelles, et émanant de militaires d’active, un nouveau texte virulent est publié. Il prend la défense des militaires de la première tribune. À l’heure où Causeur écrit ces lignes, il a déjà été signé par plus de 160 000 personnes sur le site de l’hebdomadaire. Le cauchemar de l’exécutif !
Il faut bien dire que le gouvernement n’a pas été particulièrement habile. Florence Parly, ministre des Armées, avait annoncé des sanctions contre les militaires en retraite signataires du premier texte, tenus selon elle à l’obligation de réserve. À la radio, la secrétaire d’État Agnès Panier-Runacher avait de son côté détourné les propos du Général de Gaulle et fustigé un quarteron de généraux « en charentaises » ! Il n’est pas certain que la tactique du gouvernement ait été particulièrement judicieuse, alors qu’un sondage Harris démontrait rapidement que six Français sur 10 soutenaient l’initiative des militaires.
Visible déchéance
La tribune de soutien publiée ce jour prend la défense des lanceurs d’alerte initiaux, et évoque pour cela notre devise nationale la Marseillaise. Les militaires signataires postulent que le gouvernement a fustigé des messagers, pour ne pas entendre le message, et que leurs aînés ont ainsi été « salis ». Dans ce texte adressé au président de la République, aux membres du gouvernement et aux parlementaires, on peut lire: « Nos aînés, ce sont des combattants qui ont mérité qu’on les respecte. Ce sont par exemple les vieux soldats dont vous avez piétiné l’honneur ces dernières semaines (…) » Avant d’ajouter : « Ces gens qui ont lutté contre tous les ennemis de la France, vous les avez traités de factieux, alors que leur seul tort est d’aimer leur pays et de pleurer sa visible déchéance. Dans ces conditions, c’est à nous qui sommes récemment entrés dans la carrière, d’entrer dans l’arène pour avoir simplement l’honneur d’y dire la vérité. »
Le constat de la première tribune sur le délitement du pays est repris et le nouveau texte confirme la crainte d’affrontements à venir sur le sol français si rien n’était fait pour régler les problèmes civils. Les signataires, anonymes, disent voir eux aussi,une inquiétante flambée de la violence en France qui, si elle n’était pas enrayée, pourrait déboucher sur une guerre civile. Laquelle « couve » dans le pays, selon eux. Ils affirment: « Oui, nos aînés ont raison sur le fond de leur texte, dans sa totalité. Nous voyons la violence dans nos villes et villages. Nous voyons le communautarisme s’installer dans l’espace public, dans le débat public. Nous voyons la haine de la France et de son histoire devenir la norme. »
Personne ne peut vouloir d’une situation aussi terrible
Le gouvernement a estimé que les signataires de la première pétition étaient des factieux d’extrème-droite ? La nouvelle tribune s’inscrit en faux : « Oui, si une guerre civile éclate, l’armée maintiendra l’ordre sur son propre sol, parce qu’on le lui demandera. C’est même la définition de la guerre civile. Personne ne peut vouloir une situation aussi terrible, nos aînés pas plus que nous, mais oui, de nouveau, la guerre civile couve en France et vous le savez parfaitement. » Le texte conclut sur un ton un peu sentencieux : « Agissez, Mesdames et Messieurs. Il ne s’agit pas, cette fois, d’émotion sur commande, de formules toutes faites ou de médiatisation. Il ne s’agit pas de prolonger vos mandats ou d’en conquérir d’autres. Il s’agit de la survie de notre pays, de votre pays. »
Fustigeant cette nouvelle incartade de la troupe au micro de RMC ce matin, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a minimisé l’événement et a fustigé les réseaux sociaux et les emballements qui leur seraient propres : « Quelle drôle de société courageuse que celle qui donne la parole à des anonymes, on se croirait sur les réseaux sociaux ! C’est ça le courage ? » Agacé, le ministre a ajouté que quand on voulait faire de la politique, on se présentait aux élections. Devant les journalistes, lundi soir, Florence Parly a dénoncé une machination politique, une « rhétorique d’extrême droite » et une tribune anonyme qui « enfonce des portes ouvertes ».
Le thème de la sécurité au cœur de la future campagne électorale
Cette tribune est publiée alors que certains militaires n’ont toujours pas digéré l’éviction de Pierre de Villiers en 2017. On pourrait y voir un certain ressentiment.
Les militaires dénoncent les désordres propres à la société française, mais s’il y a bien un domaine où le désordre n’est pas permis, c’est l’armée.
Aussi, après la crise du coronavirus, alors que la campagne électorale va débuter et que le thème de la sécurité pourrait en constituer un des éléments majeurs, Emmanuel Macron pourrait avoir besoin d’un petit remaniement pour disposer d’un gouvernement plus martial. Si cette situation de crise tout à fait inédite n’est pas rapidement aplanie, comment ne pas envisager dès lors le départ de Florence Parly du gouvernement, fusible évident si la troupe n’est plus tenue ?
Une tribune libre de Jean-Frédéric Poisson, candidat à la présidentielle
Alors qu’une première tribune de militaires, signée principalement par des généraux en deuxième section avait fait office de pavé dans la mare en évoquant l’insécurité grandissante du pays, une seconde tribune vient de paraître, émanant cette fois exclusivement de militaires d’active. Que leur est-il reproché ? Tout simplement d’avoir constaté un délitement de la France, délitement provoqué, selon eux, par une violence quotidienne qui touche des Français partout sur le territoire national. Ce constat est d’ailleurs largement partagé par une grande majorité de nos compatriotes comme le prouve un sondage d’Harris Interactive réalisé pour LCI [1]. Ces militaires en appellent donc aux responsables politiques pour qu’ils prennent enfin des mesures courageuses et mettent fin à cet état de fait insupportable. Enfin, ils avertissent du risque de guerre civile qui s’ensuivrait si aucune décision énergique n’était appliquée, et qui provoquerait infailliblement et selon les dispositions prévues par la Constitution, une intervention des forces armées pour rétablir la paix civile. Il faut noter qu’une lettre ouverte à Emmanuel Macron a également été publiée par le syndicat France Police – Policiers en colère, appelant à une réaction déterminée pour agir efficacement contre la criminalité [2].
Si certains pourraient déplorer une rhétorique parfois imprudente, il faut pourtant admettre la justesse du constat dressé et vécu au quotidien par de plus en plus de Français : un état d’insécurité grandissant et inquiétant, fractionnant le territoire dans une mesure rarement éprouvée dans le pays. Par ailleurs, beaucoup blâment ces militaires d’avoir contrevenu à leur devoir de réserve. Il faut pourtant rappeler qu’aucune définition précise n’existe de ce fameux « devoir de réserve ». Il n’existe qu’une tradition expliquant que ces corps doivent entretenir un devoir de loyauté et de neutralité à l’égard de l’État. Or, on ne trouve dans aucune de ces tribunes, une volonté officielle de ces fonctionnaires de se détourner de leur mission ou de s’attacher à une formation politique particulière qui les éloignerait de leur neutralité. Il faut donc admettre que si ces militaires n’ont pas dérogé à leur devoir, si le constat qu’ils dressent est juste et partagé par une majorité de Français, la cause de l’émotion provoquée par leur prise de position est à chercher autre part. En effet, pourquoi attaque-t-on des messagers qui ne sont coupables que d’affirmer la vérité ? Tout simplement parce que le message dérange : il met en lumière l’incapacité flagrante de ce gouvernement à protéger ses citoyens, et jusqu’à ses propres forces de l’ordre. Plutôt que d’attaquer ceux qui tirent au mortier contre les commissariats, au contraire, les membres du gouvernement préfèrent attaquer ceux qui prennent la plume et les mettent au pilori en les affublant de qualificatifs indignes et diabolisants : « putschistes, fascistes, violents, factieux, séditieux » et j’en passe. Quand on ne les traite pas de lâches comme l’a fait Gérald Darmanin sur RMC, déplorant que les militaires d’active de la deuxième tribune n’aient pas révélé leur nom : les mêmes qui invoquent le devoir de réserve lorsque les militaires prennent position à visage découvert, les insultent lorsque ces derniers restent anonymes [3].
Au-delà de cette théâtralisation mettant en scène un affrontement manichéen entre un gouvernement agent de pacification de la société française, et une supposée menace émanant de policiers et de militaires d’active, nous devons soutenir ceux qui prennent de véritables risques pour alerter l’opinion publique. VIA | La Voie du Peuple manifeste donc son soutien à ces citoyens courageux qui n’ont d’ailleurs fait que poser un constat que nous déplorons, nous-même, depuis longtemps déjà et qui s’est amplifié avec le temps. À nous autres, politiques, de trouver ensuite des solutions viables et de les appliquer fermement pour que cette guerre civile n’ait pas lieu.