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Boris garde le contrôle

Boris garde le contrôle
Boris Johnson et Jill Mortimer, à Hartlepool le 7 mai 2021 © Scott Heppell/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22565478_000009

BoJo sort grandement renforcé des élections locales qui se sont tenues le 6 mai. En Écosse, Mme Sturgeon se trouve néanmoins renforcée et un long bras de fer devrait s’engager sur la tenue d’un référendum sur l’indépendance, auquel le Premier ministre britannique est opposé.


Avec une victoire écrasante aux élections générales de décembre 2019, Boris Johnson a repris le contrôle du pays pour le parti conservateur après que Theresa May l’avait perdu. Cette dernière l’avait perdu avec son succès plus que mitigé aux élections de 2017 et sa gestion chaotique des négociations du Brexit. Ayant repris le contrôle, Johnson l’a renforcé en négociant l’Accord de retrait, suivi de l’Accord de commerce et de coopération.

Au début de la pandémie, il a partiellement perdu le contrôle, avant de le reprendre de nouveau avec la campagne de vaccination.

Les résultats des nombreuses élections qui se sont tenues au Royaume Uni le 6 mai montrent que, ayant repris le contrôle une deuxième fois, Johnson le garde toujours.

Travaillistes au pied du mur

La victoire la plus spectaculaire a été celle remportée par la candidate du Parti conservateur (notre photo) dans l’élection partielle qui s’est tenue dans la circonscription de Hartlepool dans le nord-est de l’Angleterre. Cette ville était depuis cinquante ans un fief travailliste, une véritable forteresse imprenable. La ville compte parmi ses anciens députés Peter Mandelson, gourou du New Labour et figure de proue du mondialisme façon Tony Blair. À partir de 2004 et pendant quatre ans, il a exercé les fonctions de Commissaire européen au commerce lors d’une phase cruciale entre l’accession de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce en 2001 et la crise financière de 2008. La défaite travailliste actuelle est la conséquence ultime de l’euphorie globaliste de cette époque qui a consolidé le déclassement de ces populations de régions autrefois industrielles. En décembre 2019, le député travailliste a été réélu sans trop de difficulté, mais il a dû démissionner cette année, suite à des accusations de harcèlement sexuel, rendant nécessaire une élection partielle. Non seulement les Conservateurs ont-ils remporté le scrutin, mais ils l’ont fait avec une très forte majorité de 7000 votes et un gain de 23% aux dépens du Parti travailliste et du Reform Party, anciennement le Brexit Party.

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Trois facteurs sont à l’origine de ce raz-de-marée. D’abord, le succès de la campagne de vaccination et le déconfinement qui en résulte. Ensuite, le Brexit : Hartlepool, comme d’autres villes du nord-est, comme Sunderland, a voté majoritairement pour le Brexit. Or, le candidat choisi par les travaillistes était connu pour son opposition au Brexit, tout comme le leader travailliste, Sir Keir Starmer. Finalement, il y a ce qu’on peut appeler la réaction anti-progressiste. Starmer qui, lors des manifestations Black Lives matter au mois de juin dernier, s’est fait photographier dans son bureau un genou à terre, a associé le Parti travailliste à la lutte pour la « justice sociale » et à l’idéologie woke. Les petites gens qui composent l’électorat de Hartlepool se fichent de ces considérations bien pensantes, se préoccupant beaucoup plus de questions d’emploi et de santé.

L’ensemble des autres circonscriptions traditionnellement travaillistes du nord de l’Angleterre qui avaient voté pour les Conservateurs en 2019 ont été baptisées du nom de « The Red Wall. » Le mur rouge vient d’être renforcé par une brique de plus, et une brique de taille !

Les Écossais lecteurs de Saint Augustin ?

Quant aux autres élections se déroulant le même jour, les résultats sont plus mitigés quoique non sans quelques rayons de lumière pour les Conservateurs. Comme prévu, le travailliste, Sadiq Khan, a été réélu maire de Londres, mais sa majorité a rétréci. Sur les 25 sièges de l’Assemblée de Londres, le conseil de la ville, les Travaillistes ont gardé la majorité, avec 11 conseillers, mais ils ont en concédé un aux Conservateurs, qui en disposent désormais de neuf. En Angleterre et au Pays de Galles, 150 municipalités étaient en jeu, représentant quelque 5000 sièges, de même que 39 commissaires de police et à la criminalité. Globalement, les Conservateurs ont fait des gains, un résultat appréciable après 18 mois au pouvoir et plus d’un an de pandémie.

Il y a eu aussi des élections aux parlements dévolus. Celui du Pays de Galles, dominé par les Travaillistes depuis sa création, reste entre leurs mains. Ils ont même gagné un siège, arrivant à 30 sur 60, mais les Conservateurs ont progressé aussi, en ajoutant cinq à leur total. Sans surprise, le Parlement écossais reste entre les mains de Nicola Sturgeon et des nationalistes, mais ces derniers ont échoué à avoir une majorité absolue, gagnant un seul siège de plus, pour passer de 63 à 64 sur un total de 129. Le Parti conservateur a conservé ses 31 sièges, tandis que les Travaillistes en ont perdu deux et les Verts gagné deux. Avec 48% du vote populaire, Mme Sturgeon doit ajouter les votes et les sièges des Verts– qui sont aussi en faveur de l’indépendance – à ceux du SNP pour prétendre qu’une majorité de l’électorat écossais exige un référendum. Tandis que le gouvernement de Boris Johnson martèle que la question de l’indépendance est d’ordre constitutionnel et relève donc de l’autorité de Westminster et non de celle d’Édimbourg, Nicola Sturgeon a déclaré son intention de tenir un référendum dans les premiers 30 mois de son nouveau mandat. Pourtant, selon un sondage récent commandité par la chaîne Sky News, si 50% des Écossais se disent en faveur d’un deuxième référendum sur l’indépendance, seuls 42% sont favorables à la tenue d’un référendum dans les cinq prochaines années, dont 28% dans les deux prochaines années.

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Cette réticence est peut-être fondée sur le constat que les Écossais ne s’en sortent pas trop mal sur le plan financier en faisant partie du Royaume Uni, leur gouvernement recevant un niveau de subventions nettement supérieur à ce qui est alloué aux Anglais. La recette fiscale de l’Écosse, comprenant les revenus du pétrole de la Mer du Nord, s’élève à environ 66 milliards de livres par an, auxquels Westminster ajoute 15 milliards pour le financement des services sociaux, de l’éducation… Par conséquent, en 2019-2020, la dépense gouvernementale par habitant en Écosse était de 11 566 livres sterling (environ 13 000 euros), 17% au-dessus de la moyenne du Royaume-Uni, tandis qu’en Angleterre, c’était seulement 9604 livres sterling, 3% au-dessous de la moyenne globale.

Les Écossais ont sûrement médité la prière ironique de Saint Augustin dans ses Confessions (Livre VIII, Ch. 7) : « Da mihi castitatem et continentam, sed noli modo. » En français, ça donne : « Rends-moi chaste et pur – mais pas maintenant. »

En écossais, ça donne : « Ô Seigneur, rends nous indépendants – mais pas tout de suite ! »


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est directeur adjoint de la rédaction de Causeur.

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