Avec l’aval de nombreux professeurs, les éditeurs réécrivent les romans pour les mettre en conformité avec la doxa féministe. Une absurdité moderne qui aurait fait rire Philippe Muray.
Dans son très réjouissant roman L’homme surnuméraire, Patrice Jean fait le portrait d’un personnage dont le métier pourrait bien devenir un métier d’avenir. Clément Artois, en effet, réécrit pour une maison d’édition à la pointe du progressisme les grands classiques de la littérature en les « expurgeant » des passages racistes, sexistes ou antihumanistes. Ce toilettage forcené permet de mettre à la disposition des lecteurs modernes, fragiles et susceptibles, des livres ne heurtant aucune sensibilité sexuelle, religieuse, communautaire, politique, etc. Pas de caillou dans la chaussure. Pas de « coup de poing sur le crâne » (Kafka). Du sirop, du sucre, de la crème par petites doses et en peu de pages – Voyage au bout de la nuit est ainsi réduit à une vingtaine de pages.
C’était écrit…
Ce qui était une fiction devient, jour après jour, la triste réalité. Le politiquement correct ronge les œuvres contemporaines comme celles du passé. Il faut nettoyer, raccourcir, remplacer. L’acte « révolutionnaire » et progressiste par excellence consiste aujourd’hui à déboulonner des statues, à débaptiser des rues, à simplifier l’histoire et à aseptiser la littérature, en commençant par la « littérature jeunesse ».
La directrice des Bibliothèques rose et verte (Hachette), après avoir accepté et promu les nouvelles traductions réductrices du Club des cinq d’Enid Blyton, avait expliqué : « Notre propos est de s’adresser aux enfants du moment, d’où un travail non pas de simplification mais de modernisation. » Le travail de « modernisation” en question consiste en ceci : on conjugue tout au présent ; on remplace le « nous » par « on » ; on vire les métaphores et les expressions « désuètes » ; on raccourcit les phrases ; on élimine les mots soi-disant discriminants ou qui “véhiculent des stéréotypes” : Le Club des cinq et les Gitans devient Le Club des Cinq pris au piège ; les mots « saltimbanques » et « roulotte » (sic) disparaissent, etc. En un mot, on javellise les œuvres et on récure les têtes.
Quand des mots tombent en désuétude, Casterman les enterre
Après le stigmatisant Club des Cinq, il était temps de faire un sort à la dévergondée Martine.
Ce n’est pas un hasard si « un ou deux hommes sur trois sont des agresseurs sexuels » (Caroline De Haas). Certaines couvertures de Martine n’y étaient sûrement pas pour rien. Par conséquent, à la faveur d’une réédition de Martine au zoo de 1969, la petite culotte apparente en couverture a été effacée. « Martine, ce n’est pas Lolita », était-il écrit dans le dossier de presse de l’éditeur Casterman qui, plus lubrique que ses lecteurs, voit le vice partout.
Lorsqu’ils ne sont pas raccourcis, les textes et les titres de Martine sont revus à l’aune du politiquement correct contemporain, comme le souligne un des derniers articles de Causeur. Les éditions Casterman ont décidé que « certains expressions, syntaxes, vocabulaires étaient devenus désuets. C’était important que Martine porte quelque chose de l’ordre de cette vision intemporelle plutôt qu’ancrée dans un passé spécifique. » Plutôt que de dépayser les enfants en les confrontant à d’anciens mots « désuets » qui auraient pu à cette occasion retrouver une place dans la conversation ou, pour le moins, éveiller la curiosité, les éditeurs de Martine comme ceux du Club des Cinq préfèrent « réactualiser » les œuvres en les affadissant le plus possible.
Céline Charvet, la directrice de Casterman Jeunesse, estime que le rôle des éditeurs n’est « pas juste de réimprimer des livres qui ont été écrits il y a soixante ans, mais aussi d’essayer de faire en sorte qu’ils puissent parler aujourd’hui ». Tout est malheureusement dit. Ceci explique pourquoi il est proposé maintenant aux jeunes lecteurs des versions (très) abrégées des livres de Balzac, Hugo ou Zola. Virginie Leproust (!), éditrice de la collection Le Livre de Poche Jeunesse, argumentait : « Contrairement à certaines idées reçues, cela répond directement à une demande des enseignants, en conformité avec les Instructions Officielles de l’Education nationale qui peinent à motiver leurs élèves. » Tous unis dans le travail de découpe à l’abattoir littéraire, de destruction de notre langue et de notre culture.
Émergence d’une littérature misandre
Dans L’homme surnuméraire, Patrice Jean imagine des maisons d’éditions appliquant à la lettre les préceptes de Mmes Charvet et Leproust et créant de nouvelles collections « expurgées ». Ces collections portent de jolis noms qui sonnent le triomphe du politiquement correct : « Littérature humaniste », « Belles-lettres égalitaires », « Romances sans racisme » ou « La Gauche littéraire ». Un des personnages du roman résume l’objectif de cette « littérature » nettoyée jusqu’à l’os : « Grâce à nos livres, les gens sont plus heureux, et la société tout entière marche dans le sens du progrès moral. » Patrice Jean, un des plus doués de nos écrivains, n’aura pas manqué de voir émerger cette nouvelle école littéraire inaugurée par Alice Coffin (Le génie lesbien) et Pauline Harmange (Moi, les hommes je les déteste), la « Littérature misandre ». Des livres courts et écrits dans une langue approximative qui annoncent de prochaines collections : « Belles-lettres émasculées », « Romances sans masculinisme » ou « La Gauche sororitaire ».
« Comment rire de tout le comique qui court les rues sans faire rire personne ? Et comment voir tout cela sans en faire un roman ? », questionnait Philippe Muray. Patrice Jean, romancier malicieux et pourfendeur des absurdités modernes, en a déjà fait plusieurs, tous excellents. Nous attendons avec impatience le prochain.
Dans le 93 ou les quartiers nord de Marseille, la décapitation de Samuel Paty par un islamiste ne poussera pas les familles juives à retirer leurs enfants des collèges et lycées publics: elles l’ont déjà fait depuis longtemps. Plus personne n’imagine qu’elles y reviennent un jour.
13 février 2019. Parlant d’intégration et d’islam sur France Info, Éric Ciotti s’exclame : « Est-ce qu’il y a encore un enfant juif dans une école publique de Seine-Saint-Denis ? » Dans les jours qui suivent, plusieurs articles viennent démentir le député LR des Alpes-Maritimes. Il était allé un peu vite en besogne. On en trouve encore quelques-uns. Dans quelques secteurs privilégiés du 93, comme Le Raincy ou Le Pré-Saint-Gervais, l’exercice ambigu consistant à chercher des élèves juifs (pour démonter qu’il n’y a pas de problème) n’est pas totalement vain, ce qui ne change malheureusement rien à la tendance de fond : les juifs ont massivement déserté l’enseignement public dans les banlieues – plus précisément dans celles qu’on appelle « quartiers populaires ». Ils ne fuient pas d’improbables maurassiens en culottes courtes ou l’afflux des élèves chinois (nombreux à Aubervilliers), mais un antisémitisme lié à l’islam. Pour le nier, il faut tout l’angélisme de Radia Bakkouch, présidente de l’association de dialogue interreligieux Coexister. Selon elle, « il peut y avoir de l’antisémitisme dans toutes les écoles, même en milieu rural ». Le propos prêterait à sourire si Coexister n’intervenait pas dans les collèges, avec l’aval du ministère, pour sensibiliser au vivre-ensemble et au dialogue interreligieux. Chez la plupart des interlocuteurs sérieux, l’heure n’est plus au déni de réalité. « Oui, les familles juives ont déserté, entre autres, les lycées des quartiers nord de Marseille », admet sans détour Bernard Beignier, recteur de l’académie d’Aix-Marseille.
Le silence de l’Éducation nationale
Ce n’est pas un scoop. Ancien principal de trois collèges marseillais, Bernard Ravet avait raconté, dans un livre publié en 2017[tooltips content= »Kero, 2017, avec Emmanuel Davidenkoff. »](1)[/tooltips], Principal de collège ou Imam de la République, comment il avait dissuadé des parents arrivant d’Israël d’inscrire leur fils dans un établissement dont il avait la charge, leur expliquant qu’il n’était pas en mesure d’y assurer la sécurité d’un élève juif. Le collège en question était Versailles, dans le 3e arrondissement, un des quartiers les plus pauvres de France. En 2004 déjà, Jean-Pierre Obin, inspecteur général de l’Éducation nationale, évoquait, dans son fameux rapport sur les « signes et manifestations d’appartenance religieuse » à l’école, « des élèves d’origine juive, dont la sécurité n’est plus assurée dans nombre d’établissements publics ».
Directeur de l’action scolaire au Fonds social juif unifié, Patrick Petit-Ohayon fait remonter le mouvement de départs « au début des années 2000, sur fond de seconde intifada ». L’antisionisme, vite teinté d’antisémitisme, a commencé à se manifester ouvertement dans les collèges et lycées, sans susciter une réaction institutionnelle à la hauteur. Fidèle à une tradition solidement établie, l’Éducation nationale ne voulait pas faire de vagues. « Nous avons observé les conséquences désastreuses pour les établissements scolaires d’une telle stratégie de la paix et du silence à tout prix… », écrivait Obin. En novembre 2003, le lycée juif Merkaz Hatorah de Gagny (Seine-Saint-Denis) avait été détruit par un incendie criminel. Venus sur place, les ministres de l’Intérieur et de l’Éducation nationale avaient refusé de nommer les agresseurs et les agressés. « La judéophobie est tout aussi condamnable quel’islamophobie » (Nicolas Sarkozy), « Ces incidents intercommunautaires sont graves, il faut aider les communautés à se réconcilier » (Luc Ferry).
Ma vie rêvée au bled, pour éviter les ennuis
La justice n’a pas toujours été beaucoup plus lucide. En 2004, le ministère de l’Éducation a été condamné à dédommager à hauteur de 1 500 euros la famille d’un élève musulman. Avec un camarade, il avait été exclu de son collège pour avoir fait tomber un élève juif dans un escalier, et pour l’avoir ensuite frappé alors qu’il était à terre. Les motivations antisémites n’étaient pas contestées, mais « aucune pièce du dossier n’établit la répétition » des faits, avaient considéré les juges, estimant en conséquence que l’exclusion était une sanction trop sévère[tooltips content= »Cour administrative de Paris, 1re chambre, 11 août 2004. »](2)[/tooltips].
« Les familles juives ont eu l’impression d’être lâchées par l’État », résume Jérémie Haddad, président des éclaireurs israélites de France. « Elles ne sont pas restées les bras ballants, elles ne se sont pas lamentées. Elles ont organisé l’exfiltration de leurs enfants. » Le mouvement s’est poursuivi à bas bruit pendant plus de 15 ans, sans sursaut de l’État. Il mesurait pourtant le phénomène. Dans sa réponse à une question écrite posée par le député RN Louis Aliot, le gouvernement admettait le 11 décembre 2018 que le nombre d’inscrits dans des écoles juives en Seine-Saint-Denis (3045 élèves) avait progressé de 12 % en un an seulement, de 2016 à 2017, ce qui est considérable.
Au mieux, les enseignants du public qui ont tenté de réagir n’ont reçu aucun soutien de leur hiérarchie, aucun appui syndical. Au pire, ils ont été enfoncés. En 2019, une directrice d’école de Seine-et-Marne affichant 25 ans d’ancienneté a été rétrogradée au rang de remplaçante, avec baisse de traitement, pour avoir écrit sur son compte Twitter que les élèves antisémites devaient être « mis au pas ». La Fédération des conseils de parent d’élève (FCPE) a systématiquement minoré le problème, peut-être par intérêt bien compris. En 2019, au moment des élections de délégués de parents d’élèves, elle a lancé une campagne d’affichage nationale montrant une femme voilée, avec le slogan « Oui, je vais en sortie scolaire, et alors ? ». Un électoralisme particulièrement appuyé qui gêne certains conseils locaux. D’autres applaudissent, comme à Ivry-sur-Seine, où la FCPE compte une célébrité dans ses rangs : Assa Traoré, égérie du comité Justice pour Adama, antisioniste virulente.
Fuir l’antisémitisme et l’effondrement du niveau
Au bout du compte, le tableau d’ensemble est saisissant. Le privé juif sous contrat affiche une forme historique, avec 32 700 élèves à la rentrée 2020, soit 36 % de plus qu’en 2017. « Nous avons enregistré 600 élèves en plus entre 2018 et 2019 alors que la démographie devrait entraîner une stabilité des effectifs », souligne Patrick Petit-Ohayon. Venus du public, ils fuient souvent un climat pesant, sur lequel l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) a recueilli de nombreux témoignages.
« À la fin d’une intervention à Tremblay, une élève est venue me voir, raconte Noémie Madar, présidente de l’organisation étudiante. Elle était musulmane, son père était juif, elle voulait en savoir plus, mais elle n’osait en parler à personne dans son entourage. L’enseignante m’a dit : « On est au courant, on gère… » L’antisémitisme ne déclenche plus de levée de boucliers. C’est un problème qui se gère. L’UEJF intervient dans le secondaire pour faire un peu de pédagogie, mais la tâche est rude, comme en témoigne Noémie Madar. « Je dis à un jeune musulman que Gad Elmaleh est juif. Il est surpris, c’est un comique qui lui plaît. J’ajoute que moi aussi, je suis juive. Le jeune me tourne le dos et s’en va. » Yossef Murciano, secrétaire national de l’UEJF, se rappelle le cas d’un élève séfarade « qui s’inventait des souvenirs de vacances au bled à chaque rentrée pour éviter les ennuis ». Lors d’une rencontre à la faculté de Bordeaux, les délégués de l’UEJF ont fait les comptes : sur 25 étudiants présents, deux seulement avaient atteint le bac en restant dans le public. Les deux tiers avaient fait tout leur parcours dans l’enseignement privé juif ou catholique. Les autres avaient commencé dans le public, mais avaient préféré en partir, à un moment ou à un autre. Le tout pour une sécurité relative. « Quelques-uns des étudiants présents ce jour-là à Bordeaux étaient passés par l’école Ozar Hatorah de Toulouse », où Mohammed Merah a assassiné trois enfants en 2012, souligne Yossef Murciano.
Entre une horreur peu probable et l’assurance d’un climat quotidien fait d’agressivité plus ou moins larvée, les familles juives arbitrent. « Elles n’ont pas quitté l’enseignement public, mais les quartiers nord de Marseille, souligne Bernard Beignier. En termes de tranquillité, les établissements scolaires sont-ils vraiment le point critique du secteur ? Quoi qu’en dise Bernard Ravet, nous veillons sur nos élèves, dans l’enceinte des établissements. » Au-delà, c’est une autre affaire. S’afficher comme juif est délicat, dans la plupart des 72 cités des quartiers nord. Or, il se trouve que l’envie de s’afficher existe et se renforce probablement. Bernard Beignier insiste sur « la dimension positive du choix de l’enseignement privé juif, par des familles qui veulent légitimement perpétuer une histoire et une culture. »« L’attractivité actuelle de l’enseignement juif repose aussi sur une adhésion, bien entendu », confirme Patrick Petit-Ohayon.
Un retour en arrière inenvisageable
Attraction d’un côté, répulsion de l’autre. L’antisémitisme à l’école s’inscrit presque toujours dans une mauvaise ambiance générale, sur fond de niveau désastreux. « Quelle famille juive installée dans le 17e arrondissement de Paris aurait envie aujourd’hui de retourner à Sarcelles ou Aubervilliers, même si la tranquillité de leurs enfants était assurée à l’école ? » pointe Noémie Madar. « Il n’y aura pas de retour en arrière, pronostique Jérémie Haddad. La mixité confessionnelle telle qu’on l’a connue jusqu’aux années 1980 dans les écoles et les HLM de Créteil, Colombes ou Antony ne reviendra pas. »
« Le vrai enjeu aujourd’hui serait plutôt l’université », analyse Noémie Madar. Des élèves ayant passé toute leur scolarité dans un milieu scolaire où l’islamisme et l’antisémitisme étaient banalisés, non sanctionnés, arrivent aujourd’hui dans l’enseignement supérieur. Sous prétexte de manifestations de soutien aux Palestiniens, sur fond d’études décoloniales et de doxa indigéniste, les incidents s’enchaînent à Paris, Toulouse-Le Mirail ou Lyon 2. En mars 2018, les locaux de l’UEJF à Paris-Tolbiac ont été vandalisés et la porte taguée « local sioniste, raciste, anti-gays ». Symétriquement, souligne Yossef Murciano, des élèves qui ont réalisé leur parcours secondaire intégralement dans le privé juif sous contrat « angoissent excessivement à l’idée d’en sortir », comme si l’agression antisémite n’était pas un risque, mais une certitude. À tel point qu’un enseignement supérieur juif post-bac semble sur le point d’émerger, des lycées ouvrant des BTS !
« Ceux qui imaginent que la mort de Samuel Paty va provoquer une prise de conscience et un sursaut seront déçus, pronostique Catherine, enseignante en banlieue de Lyon passée par l’académie de Créteil. Il est trop tard. Les candidats ne se disputaient déjà pas pour être affectés en Seine-Saint-Denis ou dans la partie paupérisée du Val-d’Oise. Demain, il y en aura encore moins. Les rectorats seront aux abois. Ils prendront n’importe quel vacataire, avec un risque évident, retenir seulement des profs issus de banlieue que l’antisémitisme en classe laissera indifférents, car ils l’auront toujours connu. »
Jonathan Sumption, haut magistrat à la retraite, érudit et distingué, est à la tête de la révolte contre le confinement. Selon lui, les règles imposées aux Britanniques en l’absence d’un contrôle exercé par le Parlement sont une insulte à une tradition libérale séculaire.
De tous les profils de meneurs du mouvement anticonfinement au Royaume-Uni – journalistes et intellos étiquetés à droite, politiciens libertaires et souvent brexiteurs, simples fous complotistes comme le frère de l’ex-leader travailliste, Jeremy Corbyn –, le plus insolite est certainement Jonathan Sumption, l’un des juges les plus éminents du royaume, ancien magistrat à la Cour suprême et, comme tel, porteur du titre de courtoisie de « Lord Sumption ». À la retraite depuis 2018, il s’est fait connaître aussi comme historien de la guerre de Cent Ans, à laquelle il a consacré une énorme étude en quatre volumes avec un cinquième à paraître. L’Université française a rendu hommage à ses travaux en 2013 par un colloque que ce francophile et chevalier du Tastevin a accueilli au château de Berbiguières dont il est lui-même le propriétaire. Bourreau du travail, intellect archipuissant, il est depuis le mois de mars sur tous les fronts : presse, radio, télévision, YouTube, conférences publiques… afin de dénoncer, non seulement l’inefficacité des mesures adoptées par le gouvernement, mais aussi les procédures judiciaires utilisées pour les imposer aux citoyens. Pour Sumption, la tradition séculaire des droits constitutionnels britanniques est en train d’être piétinée sans qu’on lève le petit doigt.
Caprices ministériels
Comme d’autres critiques du grand enfermement, ce retraité de 71 ans en souligne les coûts économiques et psychologiques, surtout pour les jeunes qui, quoique les moins à risque sur le plan médical, auront à payer le tribut le plus lourd en termes de santé, d’emploi, de dette et de qualité de vie à l’avenir. Comme d’autres, il stigmatise l’insuffisance scientifique consistant à traiter tous les citoyens de la même manière, sans égard aux différences d’âge, de santé, de profession ou de région géographique. Mais à l’inverse d’autres rebelles, son érudition et son expérience le rendent à même de mettre en lumière le soubassement juridique des actions mises en œuvre par l’exécutif. Les interventions drastiques du gouvernement de Boris Johnson sont fondées principalement sur une seule loi, datant de 1984, qui permet au gouvernement de prendre des mesures d’urgence en temps de crise sanitaire. Cependant, d’après ce texte, les mesures de contrainte ne peuvent viser que des personnes infectées par une maladie, pas les gens en bonne santé. Au mois de mars, le Parlement a voté en une journée, sans travail préalable, une « Loi sur le coronavirus ». Elle renforce les pouvoirs du gouvernement sur la vie des citoyens malades, mais l’État ne les a pas utilisés. Pas plus que ceux, beaucoup plus larges, d’une « Loi sur les contingences civiles » votée en 2004 et modifiée en 2008.
Si le gouvernement n’a pas voulu fonder son action sur cette dernière, c’est parce qu’elle prévoit un contrôle parlementaire régulier. Une autre loi nouvelle a augmenté massivement la capacité du gouvernement à dépenser de l’argent sans consulter le Parlement. Quant à l’imposition du confinement, des orientations générales publiées par l’administration sont traitées comme si elles avaient toute la force de la loi et les caprices des ministres sont reçus comme des décrets, la police britannique redoublant de zèle dans la recherche et la punition de citoyens fautifs. Pour Sumption, cette absence de fondement légal ouvre la porte à une extension préoccupante des pouvoirs du gouvernement, à une forme de totalitarisme sécuritaire exercé supposément pour le plus grand bien de tous. Ancien ténor du barreau adepte de l’hyperbole, il va jusqu’à évoquer un État espion dans le style de la Stasi de l’ancienne Allemagne de l’Est. Derrière ces effets de manche, on sent combien la docilité de la population est pour lui frustrante.
Allô ! Locke ? Montesquieu ?
Située dans un contexte à plus long terme, la crise du coronavirus – comme le Brexit dans une certaine mesure – participe à une guerre de territoires entre les trois pouvoirs classiques de l’État démocratique. En effet, tout équilibre durable entre ces trois pouvoirs est constamment déstabilisé par leur lutte incessante. Depuis au moins l’époque de Tony Blair, de nombreux changements constitutionnels sont venus affaiblir le pouvoir exécutif, surtout au profit des magistrats : le développement de nouveaux pouvoirs de contrôle juridictionnel, le rôle de la Cour de justice de l’Union européenne, la création d’une Cour suprême dotée de pouvoirs étendus[tooltips content= »En septembre de l’année dernière, au paroxysme de la crise du Brexit, la Cour suprême a obligé Boris Johnson à rouvrir le Parlement qu’il avait prorogé. »](1)[/tooltips], ou le transfert au Parlement du pouvoir d’appeler à des élections, anciennement entre les mains du Premier ministre. Bien que membre de la haute magistrature, Lord Sumption avait déjà pris position dans cette lutte constitutionnelle, critiquant l’accroissement graduel du pouvoir des juges qui, à la différence des politiciens, ne sont pas élus et n’ont pas de comptes à rendre directement au public. Il a développé ces arguments l’année dernière dans une série de conférences pour la BBC, rassemblées ensuite dans un livre[tooltips content= »Trials of the State (2019). »](2)[/tooltips].
Avec la pandémie, c’est maintenant l’exécutif qui prend sa revanche, mais cette fois aux dépens du Parlement, dont le pouvoir a été marginalisé avec une facilité déconcertante. Certes, la Constitution britannique a ses caractéristiques propres, mais l’exemple de Lord Sumption a le mérite de constituer un avertissement aux citoyens de tous les pays où l’État a échoué à contenir la pandémie, mais réussi à enfermer ses citoyens. Comme le dit Sumption : « Si la démocratie cesse d’exister, nous ne remarquerons pas ce fait… La façade restera debout, mais il n’y aura rien derrière… Et la faute sera la nôtre. » Là où il a sans doute raison, c’est que nous courons un grand danger si nous répondons à l’incompétence sanitaire de l’État par notre propre passivité politique.
Si nos dirigeants nous font peur, ce n’est pas pour nous asservir, mais parce qu’eux mêmes sont terrifiés, par l’épidémie et par la menace de procès. Cependant, leur politique brouillonne et tatillonne n’a fait qu’ajouter de l’absurdité à l’insécurité. D’autant plus que l’administration, à la fois omniprésente et impotente, paraît échapper à leur contrôle.
Le 17 novembre, après quelques semaines de diète médiatique, qui lui a été semble-t-il prescrite par l’Élysée, Jérôme Salomon fait son retour sur nos écrans. Ayant expliqué que, malgré quelques signes encourageants, la deuxième vague est massive et meurtrière, le directeur général de la Santé se lance dans une longue digression sur le caractère « stressant et anxiogène » de l’épidémie, qui se traduit, ajoute-t-il, par l’explosion des états dépressifs. Il présente le dispositif mis en place par le gouvernement : le numéro vert spécial Covid vous aiguillera, selon la gravité de votre cas, vers SOS Amitié, une cellule d’aide psychologique ou un vrai psy (si quelqu’un veut tester, 0800 130000). Puis il déroule une liste de « conseils pour prendre soin de soi », tous excellents. En plus d’être gentil avec son entourage et d’y aller mollo sur le tabac et l’alcool, le docteur Salomon nous recommande de « ne pas être connectés à l’information toute la journée ». C’est presque un aveu – ne me regardez pas trop, ça va vous casser le moral. Jérôme Salomon fait peur et pas seulement aux enfants. Normal, depuis le début, son boulot c’est d’annoncer les mauvaises nouvelles, déclinées dans le langage que ce serviteur de l’État maîtrise le mieux : courbes, chiffres et prévisions désespérantes. Quand on le voit apparaître, on se dit qu’une catastrophe va nous tomber dessus. Au final, c’est peut-être injuste car après tout, il n’est que le messager, mais il est devenu le symbole d’une politique jugée à la fois technocratique, pagailleuse et angoissante.
Bien entendu, cela ne signifie nullement que le gouvernement veut nous contrôler par la peur. Ni qu’il entend profiter de l’épidémie pour nous asservir. Nous ne croyons pas que le coronavirus soit une invention des riches pour exterminer les pauvres, comme semble le proférer dans Hold-up l’impayable Pinçon-Charlot – dont les propos, parait-il, ont été manipulés au montage. Dont acte. Ceci étant, lorsque cette prétendue sociologue avait table ouverte sur France Inter, ses diatribes anti-riches ne semblaient pas offusquer grand monde.
Se mettre à la place de celui qu’on critique
Pour autant, on ne cédera pas au chantage implicite qui voudrait renvoyer toute interrogation dans les ténèbres du complotisme. Entre le soupçon et l’approbation, il doit y avoir place pour une critique rationnelle. Alain Finkielkraut rappelle volontiers, et à raison, que pour critiquer, il faut se mettre à la place de celui qu’on critique. Convenons donc que la tâche des dirigeants est extraordinairement délicate : confrontés à un ennemi invisible et imprévisible, assaillis par des réclamations contradictoires et des intérêts divergents, ils entendent les spécialistes en rien qui tiennent le crachoir médiatique (comme votre servante) expliquer à longueur d’émissions ce qu’il aurait fallu faire. Pour eux aussi, il y a de quoi déprimer.
Il est d’autant plus hasardeux de dresser un bilan global de la gestion de l’épidémie qu’il faudrait pour cela comparer des bénéfices virtuels et des coûts futurs. On a sauvé des vies et on en a gâché d’autres, ou plus précisément, on en a prolongé certaines et écourté d’autres. Personne n’est capable de dire aujourd’hui si le solde, exprimé par exemple en mois de vie gagnés ou perdus, sera positif ou négatif. De plus, on ne saurait réduire la vie humaine à des quantités. Il faudrait donc aussi interroger la philosophie qui a présidé aux choix du gouvernement, comme l’ont déjà fait de nombreux intellectuels. À l’instar d’Olivier Rey ou de Chantal Delsol, beaucoup déplorent que l’existence soit considérée dans sa seule dimension biologique.
Un confinement sans doute inévitable
En attendant, on ne se risquera pas, par exemple, à affirmer que le choix du confinement était une erreur. Imposé non pas par la maladie,mais par la contrainte hospitalière, il était sans doute inévitable, au moins pour faire face à la première vague qui nous a pris par surprise. Que nous n’ayons pas été mieux préparés à la deuxième est beaucoup plus inquiétant et devra être expliqué si nous ne voulons pas nous retrouver à chaque crise englués dans les mêmes empêchements.
On peut d’ores et déjà pointer le climat anxiogène engendré par la communication gouvernementale et la pagaille administrative dans laquelle les décisions politiques ont été mises en œuvre – ou pas.
Il n’y a pas eu de réunion à l’Élysée pour décider qu’il fallait effrayer le citoyen pour lui passer l’envie de baguenauder. C’est bien pire. Nos dirigeants nous ont transmis leur propre peur. S’ils nous ont assommés de chiffres terrifiants (comme les 450 000 morts potentiels dont a parlé Emmanuel Macron avant d’annoncer le deuxième confinement), c’est parce qu’ils étaient eux-mêmes terrifiés. Or, ce qu’on attend d’un chef, c’est justement qu’il n’ait pas peur, ou en tout cas qu’il dompte sa peur et soit capable de prendre des risques acceptables pour la collectivité.
Le risque pénal
Quand chacune de leurs décisions peut avoir des conséquences dramatiques, les ministres, les maires, les préfets et tous ceux qui apposent leur signature au bas des textes réglementaires ont d’excellentes raisons d’avoir peur. Surtout qu’au danger de la maladie s’ajoute le fameux risque pénal. On ne dira jamais à quel point les affects justiciers ont une influence délétère sur l’art de gouverner. Quand on peut être amené à répondre de ses choix, non pas devant les électeurs, mais devant un tribunal, on est enclin à la prudence maximale. Pour ne pas être pris en défaut, on raisonne à partir de l’hypothèse la plus pessimiste comme si elle était la plus probable.
On a donc eu l’impression qu’un vent de panique soufflait sur nos gouvernants, du sommet de l’État à la base de l’administration, entraînant une conjonction paradoxale de paralysie et d’hyperactivité. Contraints de montrer qu’ils agissaient sans relâche, les ministres ont fait turbiner la machine à produire de la norme, publié des décrets qui semblaient à peine avoir été relus et devaient être immédiatement amendés. Le tout, en communiquant sans discontinuer. Chacune des huit allocations du chef de l’État a donné lieu au même rituel bavard : une semaine ou dix jours avant, on apprend par une indiscrétion que le président va parler, ce qui lance le petit jeu des pronostics et des hypothèses. Une fois la date officiellement annoncée par l’Élysée, le moulin à rumeurs s’emballe, alimenté par les camps qui s’affrontent en coulisses, les uns jurant qu’il va serrer la vis, les autres assurant qu’au contraire, il résiste à la pression des durs. Les entourages lancent des ballons d’essai pour tester la réaction de l’opinion à telle ou telle mesure, signe que leurs patrons ne sont pas sûrs de leur coup. Du coup, alors que le chef de l’État ne sait pas encore lui-même ce qu’il va dire, les médias ont déjà exposé et commenté les différents scénarios. Ensuite, une fois l’allocution prononcée et les mesures annoncées, le folklore continue avec le service après-vente, assuré par les ministres et les conseillers. Les interprétations et récriminations entraînent de multiples ajustements, amendements et exceptions. Et très vite, on ne comprend plus rien de rien.
Le 25 novembre, Emmanuel Macron dévoile le calendrier et les modalités de sortie du confinement, qui fera donc place à un couvre-feu. Le lendemain, face à la bronca des catholiques, le gouvernement renonce à imposer une limite de 30 personnes dans les églises. Il est bon que le pouvoir entende les demandes de la société. On a tout de même du mal à comprendre que personne, parmi les grands esprits qui peuplent les cabinets ministériels et l’Élysée, ne se soit avisé plus tôt qu’il était parfaitement idiot de prévoir la même jauge pour la cathédrale de Chartres et une petite chapelle de campagne.
Dans ces conditions, ceux qui reprochent au gouvernement son autoritarisme et au président son exercice solitaire du pouvoir sont à côté de la plaque. Le problème ne tient pas à l’opacité dans laquelle les décisions sont prises, mais au processus erratique et aux influences multiples qui les inspirent. D’où l’impression d’improvisation, d’hésitation et parfois de chaos, qui accroît l’incertitude de tous les acteurs.
Une administration devenue un Léviathan obèse
Mais plus encore que les faiblesses de ses dirigeants, la France a découvert à la faveur de l’épidémie que sa merveilleuse administration, supposée être un modèle pour le monde entier, était devenue un Léviathan obèse, à la fois omniprésent et impotent qui se mêle de nos achats comme de nos tables de réveillon : on a pu entendre un responsable de l’APHP affirmer que, le soir de Noël, « Papy et Mamy » devraient manger la bûche dans la cuisine. Ce qui menace de nous étouffer tous, c’est cette imbécillité technocratique enrobée dans un langage infantilisant.
« Les héritiers de Franz Kafka intentent un procès en plagiat à l’administration française » : cette blague du Gorafi en dit plus long que bien des analyses savantes. En vérité, il faudrait un Flaubert ou un Courteline pour raconter comment tant de gens intelligents formés dans les meilleures écoles ont pu fabriquer en quelques mois autant d’interdits ineptes qui paraissent destinés à surveiller les citoyens autant qu’à les protéger. Il est vrai que, pour nombre de technos, qui nous voient comme de grands enfants, c’est la même chose.
Dans un entretien paru dans L’Express, Marcel Gauchet parle « d’une méfiance institutionnalisée à l’égard de la population, renforcée par le souci typiquement bureaucratique de “se couvrir”. Tout administré est un suspect qui s’ignore. » Le plus étonnant est que nous ayons accepté sans moufter de remplir d’humiliantes attestations pour aller acheter du pain ou voir notre grand-mère. Bien entendu, il n’y a aucun moyen de vérifier la véracité des motifs allégués, preuve qu’il s’agit d’une vaste mascarade. Pour échapper aux 135 euros, on ne nous demande pas d’être en règle, mais de faire gentiment semblant en remplissant des formulaires. Comme l’a joliment écrit l’hebdomadaire allemand Die Zeit dans un article qui a fait grand bruit, bienvenue en Absurdistan ! Le paroxysme du ridicule a probablement été atteint avec l’épisode des produits essentiels qui a obligé les grandes surfaces à interdire l’accès à certains rayons, comme autant de scènes de crimes. Les raisons de rire étant assez rares, on aurait aimé assister aux réunions au cours desquelles de très sérieux fonctionnaires ont tenté d’établir la liste des produits autorisés à la vente. Dans quel cerveau a germé l’idée d’interdire l’achat de vêtements d’enfants au-dessus de la taille « 3 ans » ? Nos fonctionnaires étant passés maîtres dans l’art d’ouvrir des parapluies et de diluer la décision, on ne le saura sans doute jamais. En conséquence, aucune tête ne tombera. L’impunité dont jouissent des agents qui peuvent se mêler des moindres détails de nos vies ne peut que renforcer les appétits de procès. Faute de sanction politique ou professionnelle, les citoyens n’ont à leur disposition que la menace pénale.
Perte de contrôle des politiques
Le plus grave, c’est que cette machine infernale semble échapper largement au contrôle des politiques. Le président comme les ministres peinent à faire exécuter leurs décisions par des hauts fonctionnaires convaincus de savoir ce qui est bon pour la France.
La cause est entendue : nous les gouvernés, nous ne valons pas mieux que ceux qui nous gouvernent. Nous sommes trouillards, pleurnichards et capricieux, incapables d’héroïsme et d’abnégation. Nous exigeons en même temps la protection et la liberté, l’indépendance et la sécurité. Une bonne table au restaurant et une place garantie en réa.
Reste que l’exercice du pouvoir ne va pas sans responsabilité. Les citoyens, aussi médiocres soient-ils, ont le droit de juger ceux à qui ils ont délégué l’exercice de leur souveraineté. D’accord, on ne ferait pas mieux qu’eux. Mais justement, si on les a choisis, c’est parce qu’ils sont supposés être meilleurs que nous.
Que Donald Trump poursuive ou non ses tentatives pour contester le résultat des élections présidentielles, les interrogations soulevées par ses équipes juridiques pourraient avoir la vie dure.
Le 3 novembre 2020, sur une machine de vote dans le comté d’Antrim de l’Etat du Michigan, 6000 votes en faveur de Trump basculent en un clin d’œil en faveur de Joe Biden. Le problème, attribué à une prétendue erreur humaine dans la gestion du système de dépouillement Dominion, est résolu par les autorités locales qui ré-allouent les 6000 votes au Président Trump. Cet incident a déclenché une polémique concernant le bon déroulement des élections. Citant d’autres incidents apparemment similaires dans d’autres états, le Président Trump accuse le système Dominion d’avoir effacé au total 2,7 millions de votes en sa faveur.
La bataille devient juridique
Les machines à voter et le logiciel électoral de Dominion sont utilisés par 28 Etats, dont la Pennsylvanie, le Michigan, le Wisconsin et la Géorgie, où la plus grande vague de contestation par les supporteurs du candidat républicain a été soulevée. Les avocats de M. Trump citent des faits apparemment de nature à mettre en doute la fiabilité des systèmes de Dominion. Selon certains témoignages sous serment et un contentieux, le logiciel Dominion aurait déjà été impliqué dans des élections frauduleuses aux Philippines et en Amérique du Sud. L’Etat du Texas a refusé d’acquérir des machines à voter Dominion qui ne correspondent pas à ses normes de sécurité. En Pennsylvanie, une commission d’enquête du Sénat d’état a convoqué le président de la société Dominion qui a refusé d’y participer à la dernière minute. Dans les quatre Etats pivots, les équipes juridiques et techniques de Trump maintiennent que les autorités locales et la société Dominion leur auraient refusé tout accès au logiciel électoral.
Quelle que soit enfin la stratégie précise de Donald Trump, lui et ses supporteurs continueront à mettre en doute la légitimité de Joe Biden en tant que Président.
Cependant, le 5 décembre, un juge du Michigan ordonne une expertise indépendante sur 22 tabulateurs Dominion du comté d’Antrim suite au basculement des 6000 votes du 3 novembre. Le 6 décembre, une équipe d’enquêteurs indépendants réalise un audit du système Dominion dont les résultats deviennent finalement disponibles le 14 décembre. Les conclusions de ce rapport prétendent que le basculement des 6000 votes au profit de Biden a bien été provoqué par le logiciel de Dominion et non par une erreur humaine. Il conclut également que l’intégrité du processus électoral dans l’Etat du Michigan aurait été compromise par le système Dominion qui représenterait aussi un risque en termes d’ingérence étrangère dans le scrutin. C’est également le 14 décembre que les 538 grands électeurs nommés par les 50 Etats ont, en majorité, désigné Joe Biden comme Président élu. Il est toujours possible que Donald Trump tente de contester ce résultat lors de la séance du 6 janvier 2021 devant le Congrès américain qui contrôle la régularité des votes des grands électeurs. Le Président Trump pourrait également utiliser des pouvoirs spéciaux qu’il s’est conférés dans un décret du 12 septembre 2018. Pourtant, pour réaliser un tel coup de théâtre, il faudrait que son Directeur du renseignement national, John Ratcliffe, présente prochainement un rapport contenant les preuves d’une ingérence étrangère, probablement chinoise, dans le scrutin présidentiel. Quelle que soit enfin la stratégie précise de Donald Trump, lui et ses supporteurs continueront à mettre en doute la légitimité de Joe Biden en tant que Président.
Une entreprise mystérieuse ?
Bien que sa technologie soit utilisée par 28 Etats pour le scrutin présidentiel, la société Dominion Voting Systems pourrait avoir des liens avec la Chine communiste, bien que l’entreprise le nie formellement. Sa société mère, Staple Street Capital LLC, a, en octobre, perçu 400 millions de dollars de la part d’UBS Securities LLC, selon une déclaration du 8 octobre 2020 déposée auprès de l’autorité boursière américaine. Installée depuis longtemps en Chine, la banque d’investissement suisse UBS possède une filiale chinoise, UBS Securities Co. Ltd., détenue à hauteur de 75% par des banques chinoises contrôlées par le gouvernement communiste. Selon le partenaire « fact-checking » de Facebook, Lead Stories, trois des quatre administrateurs de la filiale américaine, UBS Securities LLC, selon le profil sociétaire présenté en ligne par Bloomberg, auraient été chinois. Leading Stories a précisé le 11 décembre que ces trois personnes auraient été retirées du listing de Bloomberg par la suite sans aucune forme d’annonce.
Trump essaiera-t-il d’exploiter ces éléments pour montrer une ingérence chinoise dans les élections ? Comme les médias ont utilisé des accusations d’ingérence russe en 2016 pour discréditer la victoire de Donald Trump, Joe Biden pourra bien avoir à essuyer des accusations symétriques au sujet de sa victoire en 2020. C’est ainsi que, pour beaucoup de ses électeurs, Trump restera « le vrai Président. »
Dans son dernier ouvrage, Immigration : ces réalités qu’on nous cache, l’ancien préfet de la Gironde et conseiller d’État, Patrick Stefanini, dresse un constat inquiétant de la gestion de l’immigration en France depuis 20 ans.
« Le risque que l’immigration ne soit synonyme d’un échec français est désormais très grand » postule Patrick Stefanini dans son livre Immigration : ces réalités qu’on nous cache. Pourtant, « ça n’a jamais été le dossier au-dessus de la pile pour les gouvernants, mis à part sous Sarkozy entre 2007 et 2010 ! », a déploré l’ancien conseiller d’État lors d’une visioconférence (Covid oblige…) organisée le mardi 15 décembre par l’Institut Thomas More[tooltips content= »L’institut Thomas More est un club de réflexion européen et indépendant basé à Bruxelles et Paris fondé en 2004, influent dans les domaines concernant les enjeux européens. »](1)[/tooltips].
La mansuétude sur la période 2007-2010 est certainement due au fait que Patrick Stefanini fût secrétaire général de l’éphémère ministère de l’immigration pendant cette période. Mais son livre délivre quant à lui une analyse objective et chiffrée de l’ampleur du phénomène migratoire. Un travail difficile, car l’auteur nous informe que « la France ne tient pas de registre de population comme les pays d’Europe du Nord comme la Norvège ou le Danemark », ce qui complexifie considérablement la tâche.
Un flux migratoire à la hausse en France depuis 2000
L’immigration explose depuis les années 2000. Le nombre de titres de séjours accordés s’élève à 274 000 en 2019, contre 149 000 en 2000. Pour les demandes d’asile et le nombre de mineurs isolés, même explosion : moins de 40 000 demandes d’asile en 2000, contre plus de 140 000 en 2019, et 5 000 mineurs isolés recensés en 2014 contre 40 000 fin 2018. La France a perdu le contrôle, alors que la Suède, le Danemark, l’Italie ou l’Allemagne ont eux connu « une baisse spectaculaire des demandes d’asile (depuis la fin de la crise migratoire de 2015) », a rappelé Patrick Stefanini lors de la visioconférence.
Plus difficile encore à quantifier : le nombre de clandestins sur le territoire. « Traditionnellement on estime le nombre de clandestins avec le nombre de bénéficiaires de l’AME (Aide Médicale d’État), qui est passé d’un peu moins de 180 000 en 2005, à plus de 330 000 en 2019 », explique Patrick Stefanini lors de son intervention à l’institut Thomas More. Il faut de plus savoir qu’une part conséquente des clandestins ne demande pas l’AME pour ne pas être repéré par l’administration. En Seine-Saint-Denis, un rapport parlementaire déposé le 31 mai 2018, écrit par les députés François Cornut-Gentille (LR) et Rodrigue Kokouendo (LREM), a avancé qu’il fallait multiplier par trois le nombre de bénéficiaires de l’AME pour connaître le nombre réel de clandestins présents sur le territoire. Résultat, Patrick Stefanini estime dans son livre que le nombre de clandestins en France « se situe entre 600 et 900 000 ».
De nombreux démographes nient l’ampleur du phénomène migratoire et mettent en avant le solde migratoire très faible de la France, « autour de 50 000 par an » précise Patrick Stefanini à l’institut Thomas More. Mais l’ancien directeur de campagne de Jacques Chirac en 1995 rappelle « qu’il faut distinguer le solde migratoire des immigrés avec le solde migratoire global. » En 2006 le solde migratoire des immigrés était de 164 000, contre 191 000 en 2017.Une forte progression qui montre bien que le nombre d’immigrés présents sur le territoire français augmente. Stefanini ajoute : « Compte tenu des chiffres des titres de séjours accordés depuis 2017, ce chiffre a encore progressé. »
Un plan d’action en quatre volets
Lors de la conférence , Patrick Stefani a livré son plan d’action pour freiner le phénomène. Il est divisé en quatre parties : le renforcement du contrôle des frontières de l’Union européenne, une limitation du nombre de titres de séjour délivrés chaque année en France, une réorientation complète de notre aide au développement et une politique d’intégration plus exigeante.
Pour réduire de façon importante le nombre de visas, Patrick Stefanini préconise l’instauration d’un système annuel de quotas à l’image du Canada ou de l’Australie, « pour adapter notre flux migratoire à notre marché du travail et nos capacités d’intégration ». Il a rappelé la « mutation profonde de l’immigration familiale », alors que le regroupement familial stricto sensu est devenu minoritaire. « Ce qui fait aujourd’hui l’essentiel de l’immigration familiale ce sont des Français qui épousent des étrangers et les font venir en France, nous privant de moyens de contrôle car le droit au mariage est constitutionnel. » Pour parvenir à une limitation drastique de ce phénomène, il propose d’introduire un contrôle sur le degré d’assimilation de ces candidats à la carte d’identité française, rappelant que pour le moment leur assimilation est « présumée » et leur permet d’obtenir le précieux sésame.
Chaque année la France régularise environ 30 000 clandestins
Réguler l’immigration légale est un sujet, faire baisser l’immigration illégale en est un autre. « Chaque année la France régularise environ 30 000 clandestins » rappelle l’ancien proche d’Alain Juppé, soit plus de 10% des titres de séjour accordés. Pour mettre fin à notre impuissance, au-delà de la mise en place d’un processus d’éloignement des déboutés plus efficace, Patrick Stefanini propose d’obliger les demandeurs d’asile à faire leurs demandes depuis nos consulats à l’étranger, ou à la frontière française. Pour faire appliquer ces prérogatives, l’Europe comme la France doivent contrôler les entrées sur le territoire. « Bien protéger les frontières extérieures de l’Europe est la priorité », affirme-t-il. « Environ 20% des étrangers qui pénètrent dans le territoire de l’UE ne sont pas connus par les autorités européennes (…) La seule réponse réside dans l’interconnexion des fichiers de police des États membres et dans l’utilisation des techniques d’identification numérique et biométrique », conclut-il.
Enfin, la situation de certains pays de l’Afrique subsaharienne et du Maghreb, en proie à l’instabilité et à la pauvreté, fait craindre une explosion de l’immigration dans les prochaines années, qui toucherait fortement la France. En conséquence, la France devrait axer ses aides au développements vers ces pays, et les faire dépendre de leur gestion des flux des ressortissants candidats à l’exil. La France doit également remettre en cause les accords bilatéraux qui « privent le législateur d’influence sur la moitié des immigrés » et encouragent les flux, notamment ceux des pays du Maghreb. Les Algériens peuvent par exemple bénéficier de mesures dérogatoires concernant les lois sur les titres de séjour.
Seule cette remise en cause globale permettrait de sortir de l’ornière. Car l’immigration, comme bien d’autres choses, est « à consommer avec modération. »
À Conflans-Saint-Honorine, un jeune islamiste a décapité un enseignant pour avoir montré une caricature du prophète Mahomet à ses élèves. À Molenbeek, les mêmes faits ont valu à un enseignant d’être écarté par l’autorité dite compétente. Aujourd’hui, alors qu’il avait introduit une demande en annulation de cette décision au Conseil d’État, il est réintégré dans ses fonctions. Tout est bien qui finit bien ? Peut-être pas.
Suite à la décapitation de Samuel Paty, ce professeur de philosophie et de citoyenneté à l’école primaire communale Aux sources du Gai Savoir, située à Molenbeek[tooltips content= »Ça ne s’invente pas… https://www.marianne.net/agora/les-signatures-de-marianne/nietzsche-a-molenbeek »](1)[/tooltips], avait préparé pour le 22 octobre une leçon sur la liberté d’expression. Cette leçon, destinée aux élèves de 5è et 6è années primaire – équivalents respectifs du CM2 et de la 6è françaises – a suscité bien des questions, et les élèves de 5è ont demandé à voir le dessin à l’origine du drame, que leur enseignant leur a alors montré. Mal lui en a pris.
Dès le lendemain, le directeur de l’école fait savoir à A.D., le professeur en question, qu’il est attendu le lundi 26 à l’administration communale, où la directrice du département Éducation lui signifie son écartement, qui est confirmé dès le lendemain par la bourgmestre socialiste Catherine Moureaux, en charge notamment de l’instruction publique.
Une décision excessive
Voilà donc A.D. écarté sur-le-champ de ses fonctions. Or, légalement, une telle mesure de suspension préventive ne peut être prise que si le membre du personnel s’est rendu coupable d’une « faute grave pour laquelle il y a flagrant délit ou lorsque les griefs qui lui sont reprochés revêtent un caractère de gravité tel qu’il est souhaitable, dans l’intérêt de l’enseignement, que le membre du personnel ne soit plus présent à l’école.»[tooltips content= »Décret du 6 avril 1998 portant modification du régime de la suspension préventive dans l’enseignement organisé et subventionné par la Communauté française. »](2)[/tooltips]Et elle constitue dès lors nécessairement une première étape avant sanction !
La mesure prise par l’administration communale de Molenbeek est donc non seulement excessive, mais encore contraire aux procédures légales. En effet, c’est normalement le collège communal qui aurait dû décider de l’écartement de l’enseignant, préalablement à l’engagement d’une procédure disciplinaire qui aurait justifié la suspension préventive.
La bourgmestre a justifié la mesure par le caractère obscène de la caricature incriminée, assurant que le fait que ce soit le prophète Mahomet qui soit représenté n’est pour rien dans sa décision. Ce dont il est évidemment permis de douter…
C’est sur cette base que l’avocat de l’enseignant a annoncé récemment introduire une requête en annulation devant le Conseil d’État, arguant que le Collège aurait dû non seulement décider lui-même de l’écartement de l’enseignant, mais aussi, et par conséquent, refuser de ratifier, lors de sa séance du 29 octobre, une décision prise par une autorité incompétente, faute de quoi il s’approprie en quelque sorte l’illégalité de cet acte. Toujours selon l’avocat, il y a dans la mesure prise à l’encontre de A.D. une « erreur manifeste d’appréciation » et un « abus de pouvoir ».
La bourgmestre, quant à elle, a justifié la mesure prise à l’encontre de l’enseignant par le caractère obscène de la caricature incriminée, assurant que le fait que ce soit le prophète Mahomet qui soit représenté n’est pour rien dans sa décision. Ce dont il est évidemment permis de douter, dès lors que c’est bien le caractère « blasphématoire » de la caricature qui a poussé des parents à protester. Le papa d’un des élèves, par ailleurs conseiller communal socialiste molenbeekois, ne s’en est pas caché dans la presse : « S’il voulait parler du prophète ou de la religion musulmane, pas de souci. Mais pas de cette façon. (…) J’estime tout simplement que cela ne sert à rien de ramener cette haine vers les enfants. Nous ne sommes pas là pour enfoncer le professeur ni qui que ce soit mais que l’on respecte notre religion. Vivons ensemble dans le respect, la dignité et la fraternité quelle que soit la religion de chacun. »
Ce 17 décembre cependant, après avoir été auditionné par le Collège communal molenbeekois devant lequel il a reconnu une « erreur », A.D. a été réintégré dans ses fonctions. À la condition toutefois d’« un accompagnement avec la cellule pédagogique de la commune et les équipes mobiles de la Fédération Wallonie-Bruxelles. ».
Les bigots et les islamistes ont gagné
Tout est donc bien qui finit bien ? Évidemment non. D’abord parce qu’il y a les inévitables séquelles psychologiques. Dans la presse, le conseiller juridique de l’enseignant témoigne de ce que ce dernier a été démoli : « Vous n’imaginez pas la violence… Cet enseignant faisait son métier avec cœur et passion, et du jour au lendemain, on lui dit qu’il ne peut plus enseigner, qu’il est écarté sur le champ ».
Ensuite parce que c’est bien le message qui restera dans les mémoires : à Molenbeek comme à Conflans ou ailleurs, mieux vaut y réfléchir à deux fois avant de montrer une caricature du prophète, sous peine d’être recadré et pris en charge par une cellule pédagogique qui veillera à ce que ce genre d’« erreur » ne se reproduise pas.
Et la vraie victoire est là, dans ce travail de sape orchestré par des tenants d’un fondamentalisme religieux qui n’admet pas que l’enseignement puisse être dégagé de toute emprise confessionnelle. Travail de sape malheureusement relayé complaisamment par ces belles âmes qui, plutôt que de calmer les esprits chagrins un peu trop portés aux échauffements intempestifs, préfèrent trop souvent inviter les enseignants – ou les journalistes, ou les artistes, ou tout acteur de la société pouvant contribuer à l’émancipation des esprits – à un peu plus de modération.
« De froisser la sensibilité religieuse des bigots tu t’abstiendras », tel est le onzième commandement de nos sociétés du vivre-ensemble.
Une énième affaire de menaces proférées sur les réseaux sociaux contre une personne ayant manqué de respect à l’islam remet sur le devant de la scène une décision de la Cour européenne des droits de l’homme redoutablement ambiguë en ce qui concerne le statut de la charia dans nos États de droit.
27 octobre 2020. Un professeur de droit formule quelques remarques acerbes sur l’islam, lors d’un cours en ligne, à propos d’un arrêt de la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) relatif à la compatibilité de la charia avec les principes démocratiques. Sortis de leur contexte, ses propos circulent sur Twitter et lui valent des menaces de mort, assortis d’une plainte de la Ligue des droits de l’Homme.
Mais de quel arrêt traitait le cours, au juste ? La question peut sembler anecdotique. En réalité, elle ne l’est pas du tout. Il s’agit d’une décision rendue le 19 décembre 2018, « Molla Sali contre Grèce ». Passée relativement inaperçue, elle a marqué un inflexion de jurisprudence potentiellement lourde de conséquences. Depuis 2003, la CEDH considérait que la charia était incompatible avec les principes démocratiques[tooltips content= »arrêt Refah Partisi et autres c. Turquie du 13 février 2003″](1)[/tooltips]. Elle avait tranché en ce sens alors qu’elle était saisie par le parti de la Prospérité, le Refah, que la Turquie venait d’interdire. « Le projet politique à long terme du Refah visant à instaurer un régime fondé sur la charia », disait la Cour, est « en contradiction avec la conception de la société démocratique ». Fin de la discussion pour quinze ans.
Dans sa décision de 2018, la CEDH ne fait pas marche arrière, mais elle prend un virage très net[tooltips content= »arrêt Molla Sali c. Grèce, req. 20452-14. »](2)[/tooltips]. Elle devait se prononcer sur le sort de Molla Sali, une ressortissante grecque de la minorité musulmane de Thrace. Forte de quelques dizaines de milliers de membres, cette minorité applique la charia à ses affaires familiales, en vertu d’une clause particulière du traité de Lausanne de 1920. Droit musulman oblige, les femmes sont désavantagées dans les affaires de succession. Bien que musulmane, Molla Sali avait saisi la Cour européenne afin de bénéficier du droit commun grec. Déboutée par la justice de son pays, elle a eu gain de cause au niveau européen. La Grèce s’y attendait. Elle avait modifié son droit national sans attendre le verdict, afin de rendre la charia optionnelle pour ses citoyens musulmans. Autant dire que la CEDH avait un boulevard devant elle pour redire que la charia n’est pas compatible avec la démocratie.
La charia, impossible à imposer comme à interdire…
Mais elle a choisi une position beaucoup moins tranchée. « La liberté de religion n’astreint pas les États contractants à créer un cadre juridique déterminé pour accorder aux communautés religieuses un statut spécial », mais rien ne leur interdit non plus de le faire. Les croyants pourront choisir ce cadre. « Le choix en question est parfaitement libre, pourvu qu’il soit éclairé », dit la Cour, et pourvu qu’il ne soit pas contraire à un « intérêt public important ». L’égalité des sexes faisant partie de ces « intérêts publics importants », selon la jurisprudence de la CEDH, la fenêtre pour appliquer la charia dans les pays européens se réduit singulièrement, mais elle ne disparait pas !
Au Royaume-Uni, il existe des « shariah courts » arbitrales compétentes en affaires familiales. Elles sont saisies seulement lorsque toutes les parties sont d’accord. Le problème, pointé par l’ONG britannique Civitas (aucun lien avec le mouvement français catholique traditionaliste éponyme), est que le volontariat est parfois ambigu. Dans les affaires de divorces, beaucoup de femmes se résignent à passer par la sharia court de guerre lasse.
La charia et le blasphème avancent à petits pas
Question à ce stade sans réponse, l’enseignant actuellement pris à partie est-il ciblé parce qu’il a tenu des propos désobligeants sur l’islam, ou parce qu’il s’est insurgé contre la logique de la CEDH ? Il s’est écoulé plus d’un mois entre son cours et le moment où l’affaire est sortie.
La mouvance islamiste n’a pas du tout commenté l’arrêt Molla Sali, mais il ne fait aucun doute que ses juristes surveillent attentivement les jurisprudences de la CEDH. En 2018 encore, ils ont obtenu une autre belle victoire devant elle: la Cour avait confirmé la validité de la condamnation d’une Autrichienne poursuivie pour avoir dit que Mahomet était pédophile (au motif que son épouse Aïcha avait une dizaine d’années quand son mariage avec le prophète fut consommé). [tooltips content= »Affaire E.S. c. Autriche, req. 38450/12. »](3)[/tooltips]
En France, aucune formation politique, aucune ONG n’a jamais proposé de créer des tribunaux arbitraux islamiques compétents en matière familiale. Si la charia devait se ménager une niche juridique dans notre pays, ce serait sans doute en commençant par un domaine moins sensible. La finance, par exemple. Une filiale du Crédit du Nord, La Française, commercialise depuis 2018 un produit de placement immobilier Charia, « compatible avec les préceptes de la finance islamique ». La réalité de la demande se confirme. Selon un sondage Ifop pour le Comité Laïcité République publié en novembre 2020, 57% des musulmans de 18 à 24 ans considèrent que la charia est plus importante que la loi de la République. Dix points de plus qu’en 2016.
Plus de trois semaines après la fête américaine de Thanksgiving, un article du New York Times s’appuie sur des données téléphoniques et scientifiques pour mettre à mal « l’effet Thanksgiving » et infirme ainsi les discours des experts et politiques brandissant la menace des fêtes de Noël en France. Explications.
Le 7 décembre 2020, Valérie Pécresse affirmait sur France Inter: « Pour éviter une troisième vague, on aura besoin que tous les Franciliens aillent se faire tester massivement après les fêtes » afin d’éviter « un effet Thanksgiving ».
« On aura besoin que tous les Franciliens aillent se faire tester au lendemain des fêtes », estime @VPecresse. « Il faut éviter à tout prix une troisième vague, l’effet ‘Thanksgiving’. » #le79Interpic.twitter.com/5kekzodfPE
Autrement dit, les rassemblements publics et privés pour la fête de Thanksgiving auraient participé au rebond de l’épidémie aux États-Unis. Ne s’appuyant sur aucune source scientifique, Valérie Pécresse aurait pu s’abstenir mais à sa décharge, elle n’est pas la seule à avoir évoqué « l’effet Thanksgiving ». Le Conseil scientifique l’a également mentionné. Par ailleurs, bon nombre de médias ont suivi le fameux Conseil scientifique et ont relayé cette information douteuse.
Or, les données scientifiques américaines ne vont pas dans le sens des autorités françaises. De manière générale, dans les États où la situation sanitaire empirait avant Thanksgiving, celle-ci a continué de s’aggraver. Et dans les États où la situation sanitaire s’améliorait avant que les Américains ne s’attablent autour de leur dinde traditionnelle, on n’a pas connu d’inversion de la tendance. Ce graphique ci-dessous est à cet égard assez parlant :
Il faut toutefois nuancer l’hypothèse d’un risque quasi nul de contamination pour les fêtes de fin d’année. En effet, grâce aux données de géolocalisation[tooltips content= »Ces données sont produites par Cuebiq, une société d’analyse de localisation, et reprises par le New York Times. »](1)[/tooltips], le New York Times constate que les Américains ont considérablement réduit leurs interactions durant Thanksgiving par rapport à l’année dernière (-66% au nord-est et dans la moitié ouest ; -55% dans le sud des États-Unis). Les comtés où les Américains ont eu plus d’interactions que l’année dernière ne représentaient que 0,5% de la population américaine. Les Américains ont ainsi fait preuve de civisme et d’intelligence lors de Thanksgiving. Auront-ils le même comportement lors des fêtes de fin d’année ?
Il n’est donc pas illégitime d’appeler les Français à « redoubler de vigilance » pendant les fêtes comme le fait l’exécutif en France, mais il est inexact d’affirmer que les États-Unis connaissent une nouvelle période de hausse des cas de Covid-19 à cause de Thanksgiving. Les fake news ne font qu’apporter de l’eau au moulin des complotistes…
Brasseur laissait filtrer comme personne les sentiments, avec une retenue et une élégance qui nous élevaient…
Les professions libérales sont tristes ce soir. Elles viennent de perdre leur meilleur représentant au cinéma. Combien de futurs dentistes, vétérinaires ou pharmaciens ont entamé d’ennuyeuses études scientifiques dans l’espoir fou et réconfortant de ressembler à Claude Brasseur, à la quarantaine venue ? Ces bons élèves n’avaient pas le souhait de faire plaisir à leurs parents et de ramener des diplômes dorés sur tranches à la maison, seulement de conduire une imposante Jeep Cherokee Chief achetée chez le concessionnaire Jean Charles, entre Alma et Trocadéro, avec comme passagères d’un jour, Brigitte Fossey, Valérie Kaprisky, Mireille Darc ou Agostina Belli. Avec un chèche ou un stéthoscope autour du cou, Brasseur était le coup de sirocco de la décennie 1975-1985. Un peu gouailleur, un peu dragueur, avec cet air tendre qui pouvait virer à la colère noire, la voix grillée par des nuits trop courtes, il incarnait le quadra triomphant, cette forme d’assurance bourgeoise à la papa, un brin décorsetée et terriblement attachante. Un après-Mai 68 qui ne se vautre pas dans le héros souillon et sentencieux. Il était à cheval entre deux mondes, celui de son père, monstre hirsute et flamboyant, commandeur cabotin, figure un peu trop lourde à porter pour un fils qui avait choisi le même métier que lui et puis cette modernité ravageuse veule et transparente que nous subissons depuis près de trente ans. Entre ces deux bornes temporelles, nous n’avons pas vécu une parenthèse enchantée, nous avons seulement goûté à une certaine liberté d’aimer, de jouir, de rouler, d’embrasser et de bambocher. Sans honte et fausse pudeur. De jouer avec les limites, parfois. De ne rien prendre au tragique tout en conservant le sens des valeurs. Ce « en même temps-là » avait une sacrée gueule, classieux aurait dit Gainsbourg. Je me rends compte que cet étroit chemin est incompréhensible pour de nouvelles générations avides de liquider le passé et de juger.
Nous, les enfants nés dans les années 1970, en recherche d’un modèle qui a du chien et du cran, rêvions de devenir, à l’âge adulte, la copie conforme de l’acteur. Un Brasseur épanoui qui s’autorise la cavalerie et la fantaisie, les pistes du Dakar et les bars de palaces, qui aime confusément les garces et les bêcheuses, les beaux garçons et les vieilles dames. Il y a des images qui marquent durablement une jeunesse provinciale, qui restent figées dans notre mémoire d’adolescent. Je revois l’acteur dans « Signes extérieurs de richesse » en proie à un délicat contrôle fiscal mené par une Josiane Balasko sensible au romantisme animalier et accompagné d’un expert en comptabilité guignolesque interprété par un Jean-Pierre Marielle d’anthologie. Et je suis heureux. Profondément heureux d’avoir été élevé, oui éduqué, par des hommes de ce calibre-là, qui refusaient le sérieux et le plombant, qui faisaient de la comédie populaire, un art de vivre, notre identité disparue. Ils avaient ce rire taquin en partage, ce magnétisme qui s’appelle le talent et surtout cette faculté à nous nourrir l’esprit sans affèterie et pesanteur. Ils étaient nos tuteurs, tellement légers et brillants à l’écran, que jamais le sentiment d’abandon n’a été aussi fort ce soir. La disparition de Brasseur, après celle de Noiret, Rochefort, Rich, Cremer et tant d’autres, nous laisse groggy. Même si nous nous estimons incroyablement chanceux d’avoir croisé leur route.
Nous pleurons avec Vic Beretton, une époque pas si lointaine où les hommes roulaient en Matra Rancho, portaient des polo Lacoste durant tout l’été, s’engageaient dans des relations amoureuses acrobatiques avec des filles dont ils n’avaient même pas envie et puis, à la faveur d’un déménagement, s’apercevaient qu’ils étaient amoureux de leur femme comme dans le tube de Richard Anthony. Entre nous, il suffit de revoir la bande d’« Un éléphant » ou de « Nous irons tous au paradis » pour que l’émotion nous étreigne. Nous avons aimé le tennis, les AMC Pacer et les jupes qui virevoltent grâce à eux. C’étaient nos copains, c’était notre France. Brasseur laissait filtrer comme personne les sentiments, avec une retenue et une élégance qui nous élevaient. J’ai de nouveau envie d’avoir quarante ans.
Avec l’aval de nombreux professeurs, les éditeurs réécrivent les romans pour les mettre en conformité avec la doxa féministe. Une absurdité moderne qui aurait fait rire Philippe Muray.
Dans son très réjouissant roman L’homme surnuméraire, Patrice Jean fait le portrait d’un personnage dont le métier pourrait bien devenir un métier d’avenir. Clément Artois, en effet, réécrit pour une maison d’édition à la pointe du progressisme les grands classiques de la littérature en les « expurgeant » des passages racistes, sexistes ou antihumanistes. Ce toilettage forcené permet de mettre à la disposition des lecteurs modernes, fragiles et susceptibles, des livres ne heurtant aucune sensibilité sexuelle, religieuse, communautaire, politique, etc. Pas de caillou dans la chaussure. Pas de « coup de poing sur le crâne » (Kafka). Du sirop, du sucre, de la crème par petites doses et en peu de pages – Voyage au bout de la nuit est ainsi réduit à une vingtaine de pages.
C’était écrit…
Ce qui était une fiction devient, jour après jour, la triste réalité. Le politiquement correct ronge les œuvres contemporaines comme celles du passé. Il faut nettoyer, raccourcir, remplacer. L’acte « révolutionnaire » et progressiste par excellence consiste aujourd’hui à déboulonner des statues, à débaptiser des rues, à simplifier l’histoire et à aseptiser la littérature, en commençant par la « littérature jeunesse ».
La directrice des Bibliothèques rose et verte (Hachette), après avoir accepté et promu les nouvelles traductions réductrices du Club des cinq d’Enid Blyton, avait expliqué : « Notre propos est de s’adresser aux enfants du moment, d’où un travail non pas de simplification mais de modernisation. » Le travail de « modernisation” en question consiste en ceci : on conjugue tout au présent ; on remplace le « nous » par « on » ; on vire les métaphores et les expressions « désuètes » ; on raccourcit les phrases ; on élimine les mots soi-disant discriminants ou qui “véhiculent des stéréotypes” : Le Club des cinq et les Gitans devient Le Club des Cinq pris au piège ; les mots « saltimbanques » et « roulotte » (sic) disparaissent, etc. En un mot, on javellise les œuvres et on récure les têtes.
Quand des mots tombent en désuétude, Casterman les enterre
Après le stigmatisant Club des Cinq, il était temps de faire un sort à la dévergondée Martine.
Ce n’est pas un hasard si « un ou deux hommes sur trois sont des agresseurs sexuels » (Caroline De Haas). Certaines couvertures de Martine n’y étaient sûrement pas pour rien. Par conséquent, à la faveur d’une réédition de Martine au zoo de 1969, la petite culotte apparente en couverture a été effacée. « Martine, ce n’est pas Lolita », était-il écrit dans le dossier de presse de l’éditeur Casterman qui, plus lubrique que ses lecteurs, voit le vice partout.
Lorsqu’ils ne sont pas raccourcis, les textes et les titres de Martine sont revus à l’aune du politiquement correct contemporain, comme le souligne un des derniers articles de Causeur. Les éditions Casterman ont décidé que « certains expressions, syntaxes, vocabulaires étaient devenus désuets. C’était important que Martine porte quelque chose de l’ordre de cette vision intemporelle plutôt qu’ancrée dans un passé spécifique. » Plutôt que de dépayser les enfants en les confrontant à d’anciens mots « désuets » qui auraient pu à cette occasion retrouver une place dans la conversation ou, pour le moins, éveiller la curiosité, les éditeurs de Martine comme ceux du Club des Cinq préfèrent « réactualiser » les œuvres en les affadissant le plus possible.
Céline Charvet, la directrice de Casterman Jeunesse, estime que le rôle des éditeurs n’est « pas juste de réimprimer des livres qui ont été écrits il y a soixante ans, mais aussi d’essayer de faire en sorte qu’ils puissent parler aujourd’hui ». Tout est malheureusement dit. Ceci explique pourquoi il est proposé maintenant aux jeunes lecteurs des versions (très) abrégées des livres de Balzac, Hugo ou Zola. Virginie Leproust (!), éditrice de la collection Le Livre de Poche Jeunesse, argumentait : « Contrairement à certaines idées reçues, cela répond directement à une demande des enseignants, en conformité avec les Instructions Officielles de l’Education nationale qui peinent à motiver leurs élèves. » Tous unis dans le travail de découpe à l’abattoir littéraire, de destruction de notre langue et de notre culture.
Émergence d’une littérature misandre
Dans L’homme surnuméraire, Patrice Jean imagine des maisons d’éditions appliquant à la lettre les préceptes de Mmes Charvet et Leproust et créant de nouvelles collections « expurgées ». Ces collections portent de jolis noms qui sonnent le triomphe du politiquement correct : « Littérature humaniste », « Belles-lettres égalitaires », « Romances sans racisme » ou « La Gauche littéraire ». Un des personnages du roman résume l’objectif de cette « littérature » nettoyée jusqu’à l’os : « Grâce à nos livres, les gens sont plus heureux, et la société tout entière marche dans le sens du progrès moral. » Patrice Jean, un des plus doués de nos écrivains, n’aura pas manqué de voir émerger cette nouvelle école littéraire inaugurée par Alice Coffin (Le génie lesbien) et Pauline Harmange (Moi, les hommes je les déteste), la « Littérature misandre ». Des livres courts et écrits dans une langue approximative qui annoncent de prochaines collections : « Belles-lettres émasculées », « Romances sans masculinisme » ou « La Gauche sororitaire ».
« Comment rire de tout le comique qui court les rues sans faire rire personne ? Et comment voir tout cela sans en faire un roman ? », questionnait Philippe Muray. Patrice Jean, romancier malicieux et pourfendeur des absurdités modernes, en a déjà fait plusieurs, tous excellents. Nous attendons avec impatience le prochain.
Dans le 93 ou les quartiers nord de Marseille, la décapitation de Samuel Paty par un islamiste ne poussera pas les familles juives à retirer leurs enfants des collèges et lycées publics: elles l’ont déjà fait depuis longtemps. Plus personne n’imagine qu’elles y reviennent un jour.
13 février 2019. Parlant d’intégration et d’islam sur France Info, Éric Ciotti s’exclame : « Est-ce qu’il y a encore un enfant juif dans une école publique de Seine-Saint-Denis ? » Dans les jours qui suivent, plusieurs articles viennent démentir le député LR des Alpes-Maritimes. Il était allé un peu vite en besogne. On en trouve encore quelques-uns. Dans quelques secteurs privilégiés du 93, comme Le Raincy ou Le Pré-Saint-Gervais, l’exercice ambigu consistant à chercher des élèves juifs (pour démonter qu’il n’y a pas de problème) n’est pas totalement vain, ce qui ne change malheureusement rien à la tendance de fond : les juifs ont massivement déserté l’enseignement public dans les banlieues – plus précisément dans celles qu’on appelle « quartiers populaires ». Ils ne fuient pas d’improbables maurassiens en culottes courtes ou l’afflux des élèves chinois (nombreux à Aubervilliers), mais un antisémitisme lié à l’islam. Pour le nier, il faut tout l’angélisme de Radia Bakkouch, présidente de l’association de dialogue interreligieux Coexister. Selon elle, « il peut y avoir de l’antisémitisme dans toutes les écoles, même en milieu rural ». Le propos prêterait à sourire si Coexister n’intervenait pas dans les collèges, avec l’aval du ministère, pour sensibiliser au vivre-ensemble et au dialogue interreligieux. Chez la plupart des interlocuteurs sérieux, l’heure n’est plus au déni de réalité. « Oui, les familles juives ont déserté, entre autres, les lycées des quartiers nord de Marseille », admet sans détour Bernard Beignier, recteur de l’académie d’Aix-Marseille.
Le silence de l’Éducation nationale
Ce n’est pas un scoop. Ancien principal de trois collèges marseillais, Bernard Ravet avait raconté, dans un livre publié en 2017[tooltips content= »Kero, 2017, avec Emmanuel Davidenkoff. »](1)[/tooltips], Principal de collège ou Imam de la République, comment il avait dissuadé des parents arrivant d’Israël d’inscrire leur fils dans un établissement dont il avait la charge, leur expliquant qu’il n’était pas en mesure d’y assurer la sécurité d’un élève juif. Le collège en question était Versailles, dans le 3e arrondissement, un des quartiers les plus pauvres de France. En 2004 déjà, Jean-Pierre Obin, inspecteur général de l’Éducation nationale, évoquait, dans son fameux rapport sur les « signes et manifestations d’appartenance religieuse » à l’école, « des élèves d’origine juive, dont la sécurité n’est plus assurée dans nombre d’établissements publics ».
Directeur de l’action scolaire au Fonds social juif unifié, Patrick Petit-Ohayon fait remonter le mouvement de départs « au début des années 2000, sur fond de seconde intifada ». L’antisionisme, vite teinté d’antisémitisme, a commencé à se manifester ouvertement dans les collèges et lycées, sans susciter une réaction institutionnelle à la hauteur. Fidèle à une tradition solidement établie, l’Éducation nationale ne voulait pas faire de vagues. « Nous avons observé les conséquences désastreuses pour les établissements scolaires d’une telle stratégie de la paix et du silence à tout prix… », écrivait Obin. En novembre 2003, le lycée juif Merkaz Hatorah de Gagny (Seine-Saint-Denis) avait été détruit par un incendie criminel. Venus sur place, les ministres de l’Intérieur et de l’Éducation nationale avaient refusé de nommer les agresseurs et les agressés. « La judéophobie est tout aussi condamnable quel’islamophobie » (Nicolas Sarkozy), « Ces incidents intercommunautaires sont graves, il faut aider les communautés à se réconcilier » (Luc Ferry).
Ma vie rêvée au bled, pour éviter les ennuis
La justice n’a pas toujours été beaucoup plus lucide. En 2004, le ministère de l’Éducation a été condamné à dédommager à hauteur de 1 500 euros la famille d’un élève musulman. Avec un camarade, il avait été exclu de son collège pour avoir fait tomber un élève juif dans un escalier, et pour l’avoir ensuite frappé alors qu’il était à terre. Les motivations antisémites n’étaient pas contestées, mais « aucune pièce du dossier n’établit la répétition » des faits, avaient considéré les juges, estimant en conséquence que l’exclusion était une sanction trop sévère[tooltips content= »Cour administrative de Paris, 1re chambre, 11 août 2004. »](2)[/tooltips].
« Les familles juives ont eu l’impression d’être lâchées par l’État », résume Jérémie Haddad, président des éclaireurs israélites de France. « Elles ne sont pas restées les bras ballants, elles ne se sont pas lamentées. Elles ont organisé l’exfiltration de leurs enfants. » Le mouvement s’est poursuivi à bas bruit pendant plus de 15 ans, sans sursaut de l’État. Il mesurait pourtant le phénomène. Dans sa réponse à une question écrite posée par le député RN Louis Aliot, le gouvernement admettait le 11 décembre 2018 que le nombre d’inscrits dans des écoles juives en Seine-Saint-Denis (3045 élèves) avait progressé de 12 % en un an seulement, de 2016 à 2017, ce qui est considérable.
Au mieux, les enseignants du public qui ont tenté de réagir n’ont reçu aucun soutien de leur hiérarchie, aucun appui syndical. Au pire, ils ont été enfoncés. En 2019, une directrice d’école de Seine-et-Marne affichant 25 ans d’ancienneté a été rétrogradée au rang de remplaçante, avec baisse de traitement, pour avoir écrit sur son compte Twitter que les élèves antisémites devaient être « mis au pas ». La Fédération des conseils de parent d’élève (FCPE) a systématiquement minoré le problème, peut-être par intérêt bien compris. En 2019, au moment des élections de délégués de parents d’élèves, elle a lancé une campagne d’affichage nationale montrant une femme voilée, avec le slogan « Oui, je vais en sortie scolaire, et alors ? ». Un électoralisme particulièrement appuyé qui gêne certains conseils locaux. D’autres applaudissent, comme à Ivry-sur-Seine, où la FCPE compte une célébrité dans ses rangs : Assa Traoré, égérie du comité Justice pour Adama, antisioniste virulente.
Fuir l’antisémitisme et l’effondrement du niveau
Au bout du compte, le tableau d’ensemble est saisissant. Le privé juif sous contrat affiche une forme historique, avec 32 700 élèves à la rentrée 2020, soit 36 % de plus qu’en 2017. « Nous avons enregistré 600 élèves en plus entre 2018 et 2019 alors que la démographie devrait entraîner une stabilité des effectifs », souligne Patrick Petit-Ohayon. Venus du public, ils fuient souvent un climat pesant, sur lequel l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) a recueilli de nombreux témoignages.
« À la fin d’une intervention à Tremblay, une élève est venue me voir, raconte Noémie Madar, présidente de l’organisation étudiante. Elle était musulmane, son père était juif, elle voulait en savoir plus, mais elle n’osait en parler à personne dans son entourage. L’enseignante m’a dit : « On est au courant, on gère… » L’antisémitisme ne déclenche plus de levée de boucliers. C’est un problème qui se gère. L’UEJF intervient dans le secondaire pour faire un peu de pédagogie, mais la tâche est rude, comme en témoigne Noémie Madar. « Je dis à un jeune musulman que Gad Elmaleh est juif. Il est surpris, c’est un comique qui lui plaît. J’ajoute que moi aussi, je suis juive. Le jeune me tourne le dos et s’en va. » Yossef Murciano, secrétaire national de l’UEJF, se rappelle le cas d’un élève séfarade « qui s’inventait des souvenirs de vacances au bled à chaque rentrée pour éviter les ennuis ». Lors d’une rencontre à la faculté de Bordeaux, les délégués de l’UEJF ont fait les comptes : sur 25 étudiants présents, deux seulement avaient atteint le bac en restant dans le public. Les deux tiers avaient fait tout leur parcours dans l’enseignement privé juif ou catholique. Les autres avaient commencé dans le public, mais avaient préféré en partir, à un moment ou à un autre. Le tout pour une sécurité relative. « Quelques-uns des étudiants présents ce jour-là à Bordeaux étaient passés par l’école Ozar Hatorah de Toulouse », où Mohammed Merah a assassiné trois enfants en 2012, souligne Yossef Murciano.
Entre une horreur peu probable et l’assurance d’un climat quotidien fait d’agressivité plus ou moins larvée, les familles juives arbitrent. « Elles n’ont pas quitté l’enseignement public, mais les quartiers nord de Marseille, souligne Bernard Beignier. En termes de tranquillité, les établissements scolaires sont-ils vraiment le point critique du secteur ? Quoi qu’en dise Bernard Ravet, nous veillons sur nos élèves, dans l’enceinte des établissements. » Au-delà, c’est une autre affaire. S’afficher comme juif est délicat, dans la plupart des 72 cités des quartiers nord. Or, il se trouve que l’envie de s’afficher existe et se renforce probablement. Bernard Beignier insiste sur « la dimension positive du choix de l’enseignement privé juif, par des familles qui veulent légitimement perpétuer une histoire et une culture. »« L’attractivité actuelle de l’enseignement juif repose aussi sur une adhésion, bien entendu », confirme Patrick Petit-Ohayon.
Un retour en arrière inenvisageable
Attraction d’un côté, répulsion de l’autre. L’antisémitisme à l’école s’inscrit presque toujours dans une mauvaise ambiance générale, sur fond de niveau désastreux. « Quelle famille juive installée dans le 17e arrondissement de Paris aurait envie aujourd’hui de retourner à Sarcelles ou Aubervilliers, même si la tranquillité de leurs enfants était assurée à l’école ? » pointe Noémie Madar. « Il n’y aura pas de retour en arrière, pronostique Jérémie Haddad. La mixité confessionnelle telle qu’on l’a connue jusqu’aux années 1980 dans les écoles et les HLM de Créteil, Colombes ou Antony ne reviendra pas. »
« Le vrai enjeu aujourd’hui serait plutôt l’université », analyse Noémie Madar. Des élèves ayant passé toute leur scolarité dans un milieu scolaire où l’islamisme et l’antisémitisme étaient banalisés, non sanctionnés, arrivent aujourd’hui dans l’enseignement supérieur. Sous prétexte de manifestations de soutien aux Palestiniens, sur fond d’études décoloniales et de doxa indigéniste, les incidents s’enchaînent à Paris, Toulouse-Le Mirail ou Lyon 2. En mars 2018, les locaux de l’UEJF à Paris-Tolbiac ont été vandalisés et la porte taguée « local sioniste, raciste, anti-gays ». Symétriquement, souligne Yossef Murciano, des élèves qui ont réalisé leur parcours secondaire intégralement dans le privé juif sous contrat « angoissent excessivement à l’idée d’en sortir », comme si l’agression antisémite n’était pas un risque, mais une certitude. À tel point qu’un enseignement supérieur juif post-bac semble sur le point d’émerger, des lycées ouvrant des BTS !
« Ceux qui imaginent que la mort de Samuel Paty va provoquer une prise de conscience et un sursaut seront déçus, pronostique Catherine, enseignante en banlieue de Lyon passée par l’académie de Créteil. Il est trop tard. Les candidats ne se disputaient déjà pas pour être affectés en Seine-Saint-Denis ou dans la partie paupérisée du Val-d’Oise. Demain, il y en aura encore moins. Les rectorats seront aux abois. Ils prendront n’importe quel vacataire, avec un risque évident, retenir seulement des profs issus de banlieue que l’antisémitisme en classe laissera indifférents, car ils l’auront toujours connu. »
Jonathan Sumption, haut magistrat à la retraite, érudit et distingué, est à la tête de la révolte contre le confinement. Selon lui, les règles imposées aux Britanniques en l’absence d’un contrôle exercé par le Parlement sont une insulte à une tradition libérale séculaire.
De tous les profils de meneurs du mouvement anticonfinement au Royaume-Uni – journalistes et intellos étiquetés à droite, politiciens libertaires et souvent brexiteurs, simples fous complotistes comme le frère de l’ex-leader travailliste, Jeremy Corbyn –, le plus insolite est certainement Jonathan Sumption, l’un des juges les plus éminents du royaume, ancien magistrat à la Cour suprême et, comme tel, porteur du titre de courtoisie de « Lord Sumption ». À la retraite depuis 2018, il s’est fait connaître aussi comme historien de la guerre de Cent Ans, à laquelle il a consacré une énorme étude en quatre volumes avec un cinquième à paraître. L’Université française a rendu hommage à ses travaux en 2013 par un colloque que ce francophile et chevalier du Tastevin a accueilli au château de Berbiguières dont il est lui-même le propriétaire. Bourreau du travail, intellect archipuissant, il est depuis le mois de mars sur tous les fronts : presse, radio, télévision, YouTube, conférences publiques… afin de dénoncer, non seulement l’inefficacité des mesures adoptées par le gouvernement, mais aussi les procédures judiciaires utilisées pour les imposer aux citoyens. Pour Sumption, la tradition séculaire des droits constitutionnels britanniques est en train d’être piétinée sans qu’on lève le petit doigt.
Caprices ministériels
Comme d’autres critiques du grand enfermement, ce retraité de 71 ans en souligne les coûts économiques et psychologiques, surtout pour les jeunes qui, quoique les moins à risque sur le plan médical, auront à payer le tribut le plus lourd en termes de santé, d’emploi, de dette et de qualité de vie à l’avenir. Comme d’autres, il stigmatise l’insuffisance scientifique consistant à traiter tous les citoyens de la même manière, sans égard aux différences d’âge, de santé, de profession ou de région géographique. Mais à l’inverse d’autres rebelles, son érudition et son expérience le rendent à même de mettre en lumière le soubassement juridique des actions mises en œuvre par l’exécutif. Les interventions drastiques du gouvernement de Boris Johnson sont fondées principalement sur une seule loi, datant de 1984, qui permet au gouvernement de prendre des mesures d’urgence en temps de crise sanitaire. Cependant, d’après ce texte, les mesures de contrainte ne peuvent viser que des personnes infectées par une maladie, pas les gens en bonne santé. Au mois de mars, le Parlement a voté en une journée, sans travail préalable, une « Loi sur le coronavirus ». Elle renforce les pouvoirs du gouvernement sur la vie des citoyens malades, mais l’État ne les a pas utilisés. Pas plus que ceux, beaucoup plus larges, d’une « Loi sur les contingences civiles » votée en 2004 et modifiée en 2008.
Si le gouvernement n’a pas voulu fonder son action sur cette dernière, c’est parce qu’elle prévoit un contrôle parlementaire régulier. Une autre loi nouvelle a augmenté massivement la capacité du gouvernement à dépenser de l’argent sans consulter le Parlement. Quant à l’imposition du confinement, des orientations générales publiées par l’administration sont traitées comme si elles avaient toute la force de la loi et les caprices des ministres sont reçus comme des décrets, la police britannique redoublant de zèle dans la recherche et la punition de citoyens fautifs. Pour Sumption, cette absence de fondement légal ouvre la porte à une extension préoccupante des pouvoirs du gouvernement, à une forme de totalitarisme sécuritaire exercé supposément pour le plus grand bien de tous. Ancien ténor du barreau adepte de l’hyperbole, il va jusqu’à évoquer un État espion dans le style de la Stasi de l’ancienne Allemagne de l’Est. Derrière ces effets de manche, on sent combien la docilité de la population est pour lui frustrante.
Allô ! Locke ? Montesquieu ?
Située dans un contexte à plus long terme, la crise du coronavirus – comme le Brexit dans une certaine mesure – participe à une guerre de territoires entre les trois pouvoirs classiques de l’État démocratique. En effet, tout équilibre durable entre ces trois pouvoirs est constamment déstabilisé par leur lutte incessante. Depuis au moins l’époque de Tony Blair, de nombreux changements constitutionnels sont venus affaiblir le pouvoir exécutif, surtout au profit des magistrats : le développement de nouveaux pouvoirs de contrôle juridictionnel, le rôle de la Cour de justice de l’Union européenne, la création d’une Cour suprême dotée de pouvoirs étendus[tooltips content= »En septembre de l’année dernière, au paroxysme de la crise du Brexit, la Cour suprême a obligé Boris Johnson à rouvrir le Parlement qu’il avait prorogé. »](1)[/tooltips], ou le transfert au Parlement du pouvoir d’appeler à des élections, anciennement entre les mains du Premier ministre. Bien que membre de la haute magistrature, Lord Sumption avait déjà pris position dans cette lutte constitutionnelle, critiquant l’accroissement graduel du pouvoir des juges qui, à la différence des politiciens, ne sont pas élus et n’ont pas de comptes à rendre directement au public. Il a développé ces arguments l’année dernière dans une série de conférences pour la BBC, rassemblées ensuite dans un livre[tooltips content= »Trials of the State (2019). »](2)[/tooltips].
Avec la pandémie, c’est maintenant l’exécutif qui prend sa revanche, mais cette fois aux dépens du Parlement, dont le pouvoir a été marginalisé avec une facilité déconcertante. Certes, la Constitution britannique a ses caractéristiques propres, mais l’exemple de Lord Sumption a le mérite de constituer un avertissement aux citoyens de tous les pays où l’État a échoué à contenir la pandémie, mais réussi à enfermer ses citoyens. Comme le dit Sumption : « Si la démocratie cesse d’exister, nous ne remarquerons pas ce fait… La façade restera debout, mais il n’y aura rien derrière… Et la faute sera la nôtre. » Là où il a sans doute raison, c’est que nous courons un grand danger si nous répondons à l’incompétence sanitaire de l’État par notre propre passivité politique.
Si nos dirigeants nous font peur, ce n’est pas pour nous asservir, mais parce qu’eux mêmes sont terrifiés, par l’épidémie et par la menace de procès. Cependant, leur politique brouillonne et tatillonne n’a fait qu’ajouter de l’absurdité à l’insécurité. D’autant plus que l’administration, à la fois omniprésente et impotente, paraît échapper à leur contrôle.
Le 17 novembre, après quelques semaines de diète médiatique, qui lui a été semble-t-il prescrite par l’Élysée, Jérôme Salomon fait son retour sur nos écrans. Ayant expliqué que, malgré quelques signes encourageants, la deuxième vague est massive et meurtrière, le directeur général de la Santé se lance dans une longue digression sur le caractère « stressant et anxiogène » de l’épidémie, qui se traduit, ajoute-t-il, par l’explosion des états dépressifs. Il présente le dispositif mis en place par le gouvernement : le numéro vert spécial Covid vous aiguillera, selon la gravité de votre cas, vers SOS Amitié, une cellule d’aide psychologique ou un vrai psy (si quelqu’un veut tester, 0800 130000). Puis il déroule une liste de « conseils pour prendre soin de soi », tous excellents. En plus d’être gentil avec son entourage et d’y aller mollo sur le tabac et l’alcool, le docteur Salomon nous recommande de « ne pas être connectés à l’information toute la journée ». C’est presque un aveu – ne me regardez pas trop, ça va vous casser le moral. Jérôme Salomon fait peur et pas seulement aux enfants. Normal, depuis le début, son boulot c’est d’annoncer les mauvaises nouvelles, déclinées dans le langage que ce serviteur de l’État maîtrise le mieux : courbes, chiffres et prévisions désespérantes. Quand on le voit apparaître, on se dit qu’une catastrophe va nous tomber dessus. Au final, c’est peut-être injuste car après tout, il n’est que le messager, mais il est devenu le symbole d’une politique jugée à la fois technocratique, pagailleuse et angoissante.
Bien entendu, cela ne signifie nullement que le gouvernement veut nous contrôler par la peur. Ni qu’il entend profiter de l’épidémie pour nous asservir. Nous ne croyons pas que le coronavirus soit une invention des riches pour exterminer les pauvres, comme semble le proférer dans Hold-up l’impayable Pinçon-Charlot – dont les propos, parait-il, ont été manipulés au montage. Dont acte. Ceci étant, lorsque cette prétendue sociologue avait table ouverte sur France Inter, ses diatribes anti-riches ne semblaient pas offusquer grand monde.
Se mettre à la place de celui qu’on critique
Pour autant, on ne cédera pas au chantage implicite qui voudrait renvoyer toute interrogation dans les ténèbres du complotisme. Entre le soupçon et l’approbation, il doit y avoir place pour une critique rationnelle. Alain Finkielkraut rappelle volontiers, et à raison, que pour critiquer, il faut se mettre à la place de celui qu’on critique. Convenons donc que la tâche des dirigeants est extraordinairement délicate : confrontés à un ennemi invisible et imprévisible, assaillis par des réclamations contradictoires et des intérêts divergents, ils entendent les spécialistes en rien qui tiennent le crachoir médiatique (comme votre servante) expliquer à longueur d’émissions ce qu’il aurait fallu faire. Pour eux aussi, il y a de quoi déprimer.
Il est d’autant plus hasardeux de dresser un bilan global de la gestion de l’épidémie qu’il faudrait pour cela comparer des bénéfices virtuels et des coûts futurs. On a sauvé des vies et on en a gâché d’autres, ou plus précisément, on en a prolongé certaines et écourté d’autres. Personne n’est capable de dire aujourd’hui si le solde, exprimé par exemple en mois de vie gagnés ou perdus, sera positif ou négatif. De plus, on ne saurait réduire la vie humaine à des quantités. Il faudrait donc aussi interroger la philosophie qui a présidé aux choix du gouvernement, comme l’ont déjà fait de nombreux intellectuels. À l’instar d’Olivier Rey ou de Chantal Delsol, beaucoup déplorent que l’existence soit considérée dans sa seule dimension biologique.
Un confinement sans doute inévitable
En attendant, on ne se risquera pas, par exemple, à affirmer que le choix du confinement était une erreur. Imposé non pas par la maladie,mais par la contrainte hospitalière, il était sans doute inévitable, au moins pour faire face à la première vague qui nous a pris par surprise. Que nous n’ayons pas été mieux préparés à la deuxième est beaucoup plus inquiétant et devra être expliqué si nous ne voulons pas nous retrouver à chaque crise englués dans les mêmes empêchements.
On peut d’ores et déjà pointer le climat anxiogène engendré par la communication gouvernementale et la pagaille administrative dans laquelle les décisions politiques ont été mises en œuvre – ou pas.
Il n’y a pas eu de réunion à l’Élysée pour décider qu’il fallait effrayer le citoyen pour lui passer l’envie de baguenauder. C’est bien pire. Nos dirigeants nous ont transmis leur propre peur. S’ils nous ont assommés de chiffres terrifiants (comme les 450 000 morts potentiels dont a parlé Emmanuel Macron avant d’annoncer le deuxième confinement), c’est parce qu’ils étaient eux-mêmes terrifiés. Or, ce qu’on attend d’un chef, c’est justement qu’il n’ait pas peur, ou en tout cas qu’il dompte sa peur et soit capable de prendre des risques acceptables pour la collectivité.
Le risque pénal
Quand chacune de leurs décisions peut avoir des conséquences dramatiques, les ministres, les maires, les préfets et tous ceux qui apposent leur signature au bas des textes réglementaires ont d’excellentes raisons d’avoir peur. Surtout qu’au danger de la maladie s’ajoute le fameux risque pénal. On ne dira jamais à quel point les affects justiciers ont une influence délétère sur l’art de gouverner. Quand on peut être amené à répondre de ses choix, non pas devant les électeurs, mais devant un tribunal, on est enclin à la prudence maximale. Pour ne pas être pris en défaut, on raisonne à partir de l’hypothèse la plus pessimiste comme si elle était la plus probable.
On a donc eu l’impression qu’un vent de panique soufflait sur nos gouvernants, du sommet de l’État à la base de l’administration, entraînant une conjonction paradoxale de paralysie et d’hyperactivité. Contraints de montrer qu’ils agissaient sans relâche, les ministres ont fait turbiner la machine à produire de la norme, publié des décrets qui semblaient à peine avoir été relus et devaient être immédiatement amendés. Le tout, en communiquant sans discontinuer. Chacune des huit allocations du chef de l’État a donné lieu au même rituel bavard : une semaine ou dix jours avant, on apprend par une indiscrétion que le président va parler, ce qui lance le petit jeu des pronostics et des hypothèses. Une fois la date officiellement annoncée par l’Élysée, le moulin à rumeurs s’emballe, alimenté par les camps qui s’affrontent en coulisses, les uns jurant qu’il va serrer la vis, les autres assurant qu’au contraire, il résiste à la pression des durs. Les entourages lancent des ballons d’essai pour tester la réaction de l’opinion à telle ou telle mesure, signe que leurs patrons ne sont pas sûrs de leur coup. Du coup, alors que le chef de l’État ne sait pas encore lui-même ce qu’il va dire, les médias ont déjà exposé et commenté les différents scénarios. Ensuite, une fois l’allocution prononcée et les mesures annoncées, le folklore continue avec le service après-vente, assuré par les ministres et les conseillers. Les interprétations et récriminations entraînent de multiples ajustements, amendements et exceptions. Et très vite, on ne comprend plus rien de rien.
Le 25 novembre, Emmanuel Macron dévoile le calendrier et les modalités de sortie du confinement, qui fera donc place à un couvre-feu. Le lendemain, face à la bronca des catholiques, le gouvernement renonce à imposer une limite de 30 personnes dans les églises. Il est bon que le pouvoir entende les demandes de la société. On a tout de même du mal à comprendre que personne, parmi les grands esprits qui peuplent les cabinets ministériels et l’Élysée, ne se soit avisé plus tôt qu’il était parfaitement idiot de prévoir la même jauge pour la cathédrale de Chartres et une petite chapelle de campagne.
Dans ces conditions, ceux qui reprochent au gouvernement son autoritarisme et au président son exercice solitaire du pouvoir sont à côté de la plaque. Le problème ne tient pas à l’opacité dans laquelle les décisions sont prises, mais au processus erratique et aux influences multiples qui les inspirent. D’où l’impression d’improvisation, d’hésitation et parfois de chaos, qui accroît l’incertitude de tous les acteurs.
Une administration devenue un Léviathan obèse
Mais plus encore que les faiblesses de ses dirigeants, la France a découvert à la faveur de l’épidémie que sa merveilleuse administration, supposée être un modèle pour le monde entier, était devenue un Léviathan obèse, à la fois omniprésent et impotent qui se mêle de nos achats comme de nos tables de réveillon : on a pu entendre un responsable de l’APHP affirmer que, le soir de Noël, « Papy et Mamy » devraient manger la bûche dans la cuisine. Ce qui menace de nous étouffer tous, c’est cette imbécillité technocratique enrobée dans un langage infantilisant.
« Les héritiers de Franz Kafka intentent un procès en plagiat à l’administration française » : cette blague du Gorafi en dit plus long que bien des analyses savantes. En vérité, il faudrait un Flaubert ou un Courteline pour raconter comment tant de gens intelligents formés dans les meilleures écoles ont pu fabriquer en quelques mois autant d’interdits ineptes qui paraissent destinés à surveiller les citoyens autant qu’à les protéger. Il est vrai que, pour nombre de technos, qui nous voient comme de grands enfants, c’est la même chose.
Dans un entretien paru dans L’Express, Marcel Gauchet parle « d’une méfiance institutionnalisée à l’égard de la population, renforcée par le souci typiquement bureaucratique de “se couvrir”. Tout administré est un suspect qui s’ignore. » Le plus étonnant est que nous ayons accepté sans moufter de remplir d’humiliantes attestations pour aller acheter du pain ou voir notre grand-mère. Bien entendu, il n’y a aucun moyen de vérifier la véracité des motifs allégués, preuve qu’il s’agit d’une vaste mascarade. Pour échapper aux 135 euros, on ne nous demande pas d’être en règle, mais de faire gentiment semblant en remplissant des formulaires. Comme l’a joliment écrit l’hebdomadaire allemand Die Zeit dans un article qui a fait grand bruit, bienvenue en Absurdistan ! Le paroxysme du ridicule a probablement été atteint avec l’épisode des produits essentiels qui a obligé les grandes surfaces à interdire l’accès à certains rayons, comme autant de scènes de crimes. Les raisons de rire étant assez rares, on aurait aimé assister aux réunions au cours desquelles de très sérieux fonctionnaires ont tenté d’établir la liste des produits autorisés à la vente. Dans quel cerveau a germé l’idée d’interdire l’achat de vêtements d’enfants au-dessus de la taille « 3 ans » ? Nos fonctionnaires étant passés maîtres dans l’art d’ouvrir des parapluies et de diluer la décision, on ne le saura sans doute jamais. En conséquence, aucune tête ne tombera. L’impunité dont jouissent des agents qui peuvent se mêler des moindres détails de nos vies ne peut que renforcer les appétits de procès. Faute de sanction politique ou professionnelle, les citoyens n’ont à leur disposition que la menace pénale.
Perte de contrôle des politiques
Le plus grave, c’est que cette machine infernale semble échapper largement au contrôle des politiques. Le président comme les ministres peinent à faire exécuter leurs décisions par des hauts fonctionnaires convaincus de savoir ce qui est bon pour la France.
La cause est entendue : nous les gouvernés, nous ne valons pas mieux que ceux qui nous gouvernent. Nous sommes trouillards, pleurnichards et capricieux, incapables d’héroïsme et d’abnégation. Nous exigeons en même temps la protection et la liberté, l’indépendance et la sécurité. Une bonne table au restaurant et une place garantie en réa.
Reste que l’exercice du pouvoir ne va pas sans responsabilité. Les citoyens, aussi médiocres soient-ils, ont le droit de juger ceux à qui ils ont délégué l’exercice de leur souveraineté. D’accord, on ne ferait pas mieux qu’eux. Mais justement, si on les a choisis, c’est parce qu’ils sont supposés être meilleurs que nous.
Que Donald Trump poursuive ou non ses tentatives pour contester le résultat des élections présidentielles, les interrogations soulevées par ses équipes juridiques pourraient avoir la vie dure.
Le 3 novembre 2020, sur une machine de vote dans le comté d’Antrim de l’Etat du Michigan, 6000 votes en faveur de Trump basculent en un clin d’œil en faveur de Joe Biden. Le problème, attribué à une prétendue erreur humaine dans la gestion du système de dépouillement Dominion, est résolu par les autorités locales qui ré-allouent les 6000 votes au Président Trump. Cet incident a déclenché une polémique concernant le bon déroulement des élections. Citant d’autres incidents apparemment similaires dans d’autres états, le Président Trump accuse le système Dominion d’avoir effacé au total 2,7 millions de votes en sa faveur.
La bataille devient juridique
Les machines à voter et le logiciel électoral de Dominion sont utilisés par 28 Etats, dont la Pennsylvanie, le Michigan, le Wisconsin et la Géorgie, où la plus grande vague de contestation par les supporteurs du candidat républicain a été soulevée. Les avocats de M. Trump citent des faits apparemment de nature à mettre en doute la fiabilité des systèmes de Dominion. Selon certains témoignages sous serment et un contentieux, le logiciel Dominion aurait déjà été impliqué dans des élections frauduleuses aux Philippines et en Amérique du Sud. L’Etat du Texas a refusé d’acquérir des machines à voter Dominion qui ne correspondent pas à ses normes de sécurité. En Pennsylvanie, une commission d’enquête du Sénat d’état a convoqué le président de la société Dominion qui a refusé d’y participer à la dernière minute. Dans les quatre Etats pivots, les équipes juridiques et techniques de Trump maintiennent que les autorités locales et la société Dominion leur auraient refusé tout accès au logiciel électoral.
Quelle que soit enfin la stratégie précise de Donald Trump, lui et ses supporteurs continueront à mettre en doute la légitimité de Joe Biden en tant que Président.
Cependant, le 5 décembre, un juge du Michigan ordonne une expertise indépendante sur 22 tabulateurs Dominion du comté d’Antrim suite au basculement des 6000 votes du 3 novembre. Le 6 décembre, une équipe d’enquêteurs indépendants réalise un audit du système Dominion dont les résultats deviennent finalement disponibles le 14 décembre. Les conclusions de ce rapport prétendent que le basculement des 6000 votes au profit de Biden a bien été provoqué par le logiciel de Dominion et non par une erreur humaine. Il conclut également que l’intégrité du processus électoral dans l’Etat du Michigan aurait été compromise par le système Dominion qui représenterait aussi un risque en termes d’ingérence étrangère dans le scrutin. C’est également le 14 décembre que les 538 grands électeurs nommés par les 50 Etats ont, en majorité, désigné Joe Biden comme Président élu. Il est toujours possible que Donald Trump tente de contester ce résultat lors de la séance du 6 janvier 2021 devant le Congrès américain qui contrôle la régularité des votes des grands électeurs. Le Président Trump pourrait également utiliser des pouvoirs spéciaux qu’il s’est conférés dans un décret du 12 septembre 2018. Pourtant, pour réaliser un tel coup de théâtre, il faudrait que son Directeur du renseignement national, John Ratcliffe, présente prochainement un rapport contenant les preuves d’une ingérence étrangère, probablement chinoise, dans le scrutin présidentiel. Quelle que soit enfin la stratégie précise de Donald Trump, lui et ses supporteurs continueront à mettre en doute la légitimité de Joe Biden en tant que Président.
Une entreprise mystérieuse ?
Bien que sa technologie soit utilisée par 28 Etats pour le scrutin présidentiel, la société Dominion Voting Systems pourrait avoir des liens avec la Chine communiste, bien que l’entreprise le nie formellement. Sa société mère, Staple Street Capital LLC, a, en octobre, perçu 400 millions de dollars de la part d’UBS Securities LLC, selon une déclaration du 8 octobre 2020 déposée auprès de l’autorité boursière américaine. Installée depuis longtemps en Chine, la banque d’investissement suisse UBS possède une filiale chinoise, UBS Securities Co. Ltd., détenue à hauteur de 75% par des banques chinoises contrôlées par le gouvernement communiste. Selon le partenaire « fact-checking » de Facebook, Lead Stories, trois des quatre administrateurs de la filiale américaine, UBS Securities LLC, selon le profil sociétaire présenté en ligne par Bloomberg, auraient été chinois. Leading Stories a précisé le 11 décembre que ces trois personnes auraient été retirées du listing de Bloomberg par la suite sans aucune forme d’annonce.
Trump essaiera-t-il d’exploiter ces éléments pour montrer une ingérence chinoise dans les élections ? Comme les médias ont utilisé des accusations d’ingérence russe en 2016 pour discréditer la victoire de Donald Trump, Joe Biden pourra bien avoir à essuyer des accusations symétriques au sujet de sa victoire en 2020. C’est ainsi que, pour beaucoup de ses électeurs, Trump restera « le vrai Président. »
Dans son dernier ouvrage, Immigration : ces réalités qu’on nous cache, l’ancien préfet de la Gironde et conseiller d’État, Patrick Stefanini, dresse un constat inquiétant de la gestion de l’immigration en France depuis 20 ans.
« Le risque que l’immigration ne soit synonyme d’un échec français est désormais très grand » postule Patrick Stefanini dans son livre Immigration : ces réalités qu’on nous cache. Pourtant, « ça n’a jamais été le dossier au-dessus de la pile pour les gouvernants, mis à part sous Sarkozy entre 2007 et 2010 ! », a déploré l’ancien conseiller d’État lors d’une visioconférence (Covid oblige…) organisée le mardi 15 décembre par l’Institut Thomas More[tooltips content= »L’institut Thomas More est un club de réflexion européen et indépendant basé à Bruxelles et Paris fondé en 2004, influent dans les domaines concernant les enjeux européens. »](1)[/tooltips].
La mansuétude sur la période 2007-2010 est certainement due au fait que Patrick Stefanini fût secrétaire général de l’éphémère ministère de l’immigration pendant cette période. Mais son livre délivre quant à lui une analyse objective et chiffrée de l’ampleur du phénomène migratoire. Un travail difficile, car l’auteur nous informe que « la France ne tient pas de registre de population comme les pays d’Europe du Nord comme la Norvège ou le Danemark », ce qui complexifie considérablement la tâche.
Un flux migratoire à la hausse en France depuis 2000
L’immigration explose depuis les années 2000. Le nombre de titres de séjours accordés s’élève à 274 000 en 2019, contre 149 000 en 2000. Pour les demandes d’asile et le nombre de mineurs isolés, même explosion : moins de 40 000 demandes d’asile en 2000, contre plus de 140 000 en 2019, et 5 000 mineurs isolés recensés en 2014 contre 40 000 fin 2018. La France a perdu le contrôle, alors que la Suède, le Danemark, l’Italie ou l’Allemagne ont eux connu « une baisse spectaculaire des demandes d’asile (depuis la fin de la crise migratoire de 2015) », a rappelé Patrick Stefanini lors de la visioconférence.
Plus difficile encore à quantifier : le nombre de clandestins sur le territoire. « Traditionnellement on estime le nombre de clandestins avec le nombre de bénéficiaires de l’AME (Aide Médicale d’État), qui est passé d’un peu moins de 180 000 en 2005, à plus de 330 000 en 2019 », explique Patrick Stefanini lors de son intervention à l’institut Thomas More. Il faut de plus savoir qu’une part conséquente des clandestins ne demande pas l’AME pour ne pas être repéré par l’administration. En Seine-Saint-Denis, un rapport parlementaire déposé le 31 mai 2018, écrit par les députés François Cornut-Gentille (LR) et Rodrigue Kokouendo (LREM), a avancé qu’il fallait multiplier par trois le nombre de bénéficiaires de l’AME pour connaître le nombre réel de clandestins présents sur le territoire. Résultat, Patrick Stefanini estime dans son livre que le nombre de clandestins en France « se situe entre 600 et 900 000 ».
De nombreux démographes nient l’ampleur du phénomène migratoire et mettent en avant le solde migratoire très faible de la France, « autour de 50 000 par an » précise Patrick Stefanini à l’institut Thomas More. Mais l’ancien directeur de campagne de Jacques Chirac en 1995 rappelle « qu’il faut distinguer le solde migratoire des immigrés avec le solde migratoire global. » En 2006 le solde migratoire des immigrés était de 164 000, contre 191 000 en 2017.Une forte progression qui montre bien que le nombre d’immigrés présents sur le territoire français augmente. Stefanini ajoute : « Compte tenu des chiffres des titres de séjours accordés depuis 2017, ce chiffre a encore progressé. »
Un plan d’action en quatre volets
Lors de la conférence , Patrick Stefani a livré son plan d’action pour freiner le phénomène. Il est divisé en quatre parties : le renforcement du contrôle des frontières de l’Union européenne, une limitation du nombre de titres de séjour délivrés chaque année en France, une réorientation complète de notre aide au développement et une politique d’intégration plus exigeante.
Pour réduire de façon importante le nombre de visas, Patrick Stefanini préconise l’instauration d’un système annuel de quotas à l’image du Canada ou de l’Australie, « pour adapter notre flux migratoire à notre marché du travail et nos capacités d’intégration ». Il a rappelé la « mutation profonde de l’immigration familiale », alors que le regroupement familial stricto sensu est devenu minoritaire. « Ce qui fait aujourd’hui l’essentiel de l’immigration familiale ce sont des Français qui épousent des étrangers et les font venir en France, nous privant de moyens de contrôle car le droit au mariage est constitutionnel. » Pour parvenir à une limitation drastique de ce phénomène, il propose d’introduire un contrôle sur le degré d’assimilation de ces candidats à la carte d’identité française, rappelant que pour le moment leur assimilation est « présumée » et leur permet d’obtenir le précieux sésame.
Chaque année la France régularise environ 30 000 clandestins
Réguler l’immigration légale est un sujet, faire baisser l’immigration illégale en est un autre. « Chaque année la France régularise environ 30 000 clandestins » rappelle l’ancien proche d’Alain Juppé, soit plus de 10% des titres de séjour accordés. Pour mettre fin à notre impuissance, au-delà de la mise en place d’un processus d’éloignement des déboutés plus efficace, Patrick Stefanini propose d’obliger les demandeurs d’asile à faire leurs demandes depuis nos consulats à l’étranger, ou à la frontière française. Pour faire appliquer ces prérogatives, l’Europe comme la France doivent contrôler les entrées sur le territoire. « Bien protéger les frontières extérieures de l’Europe est la priorité », affirme-t-il. « Environ 20% des étrangers qui pénètrent dans le territoire de l’UE ne sont pas connus par les autorités européennes (…) La seule réponse réside dans l’interconnexion des fichiers de police des États membres et dans l’utilisation des techniques d’identification numérique et biométrique », conclut-il.
Enfin, la situation de certains pays de l’Afrique subsaharienne et du Maghreb, en proie à l’instabilité et à la pauvreté, fait craindre une explosion de l’immigration dans les prochaines années, qui toucherait fortement la France. En conséquence, la France devrait axer ses aides au développements vers ces pays, et les faire dépendre de leur gestion des flux des ressortissants candidats à l’exil. La France doit également remettre en cause les accords bilatéraux qui « privent le législateur d’influence sur la moitié des immigrés » et encouragent les flux, notamment ceux des pays du Maghreb. Les Algériens peuvent par exemple bénéficier de mesures dérogatoires concernant les lois sur les titres de séjour.
Seule cette remise en cause globale permettrait de sortir de l’ornière. Car l’immigration, comme bien d’autres choses, est « à consommer avec modération. »
À Conflans-Saint-Honorine, un jeune islamiste a décapité un enseignant pour avoir montré une caricature du prophète Mahomet à ses élèves. À Molenbeek, les mêmes faits ont valu à un enseignant d’être écarté par l’autorité dite compétente. Aujourd’hui, alors qu’il avait introduit une demande en annulation de cette décision au Conseil d’État, il est réintégré dans ses fonctions. Tout est bien qui finit bien ? Peut-être pas.
Suite à la décapitation de Samuel Paty, ce professeur de philosophie et de citoyenneté à l’école primaire communale Aux sources du Gai Savoir, située à Molenbeek[tooltips content= »Ça ne s’invente pas… https://www.marianne.net/agora/les-signatures-de-marianne/nietzsche-a-molenbeek »](1)[/tooltips], avait préparé pour le 22 octobre une leçon sur la liberté d’expression. Cette leçon, destinée aux élèves de 5è et 6è années primaire – équivalents respectifs du CM2 et de la 6è françaises – a suscité bien des questions, et les élèves de 5è ont demandé à voir le dessin à l’origine du drame, que leur enseignant leur a alors montré. Mal lui en a pris.
Dès le lendemain, le directeur de l’école fait savoir à A.D., le professeur en question, qu’il est attendu le lundi 26 à l’administration communale, où la directrice du département Éducation lui signifie son écartement, qui est confirmé dès le lendemain par la bourgmestre socialiste Catherine Moureaux, en charge notamment de l’instruction publique.
Une décision excessive
Voilà donc A.D. écarté sur-le-champ de ses fonctions. Or, légalement, une telle mesure de suspension préventive ne peut être prise que si le membre du personnel s’est rendu coupable d’une « faute grave pour laquelle il y a flagrant délit ou lorsque les griefs qui lui sont reprochés revêtent un caractère de gravité tel qu’il est souhaitable, dans l’intérêt de l’enseignement, que le membre du personnel ne soit plus présent à l’école.»[tooltips content= »Décret du 6 avril 1998 portant modification du régime de la suspension préventive dans l’enseignement organisé et subventionné par la Communauté française. »](2)[/tooltips]Et elle constitue dès lors nécessairement une première étape avant sanction !
La mesure prise par l’administration communale de Molenbeek est donc non seulement excessive, mais encore contraire aux procédures légales. En effet, c’est normalement le collège communal qui aurait dû décider de l’écartement de l’enseignant, préalablement à l’engagement d’une procédure disciplinaire qui aurait justifié la suspension préventive.
La bourgmestre a justifié la mesure par le caractère obscène de la caricature incriminée, assurant que le fait que ce soit le prophète Mahomet qui soit représenté n’est pour rien dans sa décision. Ce dont il est évidemment permis de douter…
C’est sur cette base que l’avocat de l’enseignant a annoncé récemment introduire une requête en annulation devant le Conseil d’État, arguant que le Collège aurait dû non seulement décider lui-même de l’écartement de l’enseignant, mais aussi, et par conséquent, refuser de ratifier, lors de sa séance du 29 octobre, une décision prise par une autorité incompétente, faute de quoi il s’approprie en quelque sorte l’illégalité de cet acte. Toujours selon l’avocat, il y a dans la mesure prise à l’encontre de A.D. une « erreur manifeste d’appréciation » et un « abus de pouvoir ».
La bourgmestre, quant à elle, a justifié la mesure prise à l’encontre de l’enseignant par le caractère obscène de la caricature incriminée, assurant que le fait que ce soit le prophète Mahomet qui soit représenté n’est pour rien dans sa décision. Ce dont il est évidemment permis de douter, dès lors que c’est bien le caractère « blasphématoire » de la caricature qui a poussé des parents à protester. Le papa d’un des élèves, par ailleurs conseiller communal socialiste molenbeekois, ne s’en est pas caché dans la presse : « S’il voulait parler du prophète ou de la religion musulmane, pas de souci. Mais pas de cette façon. (…) J’estime tout simplement que cela ne sert à rien de ramener cette haine vers les enfants. Nous ne sommes pas là pour enfoncer le professeur ni qui que ce soit mais que l’on respecte notre religion. Vivons ensemble dans le respect, la dignité et la fraternité quelle que soit la religion de chacun. »
Ce 17 décembre cependant, après avoir été auditionné par le Collège communal molenbeekois devant lequel il a reconnu une « erreur », A.D. a été réintégré dans ses fonctions. À la condition toutefois d’« un accompagnement avec la cellule pédagogique de la commune et les équipes mobiles de la Fédération Wallonie-Bruxelles. ».
Les bigots et les islamistes ont gagné
Tout est donc bien qui finit bien ? Évidemment non. D’abord parce qu’il y a les inévitables séquelles psychologiques. Dans la presse, le conseiller juridique de l’enseignant témoigne de ce que ce dernier a été démoli : « Vous n’imaginez pas la violence… Cet enseignant faisait son métier avec cœur et passion, et du jour au lendemain, on lui dit qu’il ne peut plus enseigner, qu’il est écarté sur le champ ».
Ensuite parce que c’est bien le message qui restera dans les mémoires : à Molenbeek comme à Conflans ou ailleurs, mieux vaut y réfléchir à deux fois avant de montrer une caricature du prophète, sous peine d’être recadré et pris en charge par une cellule pédagogique qui veillera à ce que ce genre d’« erreur » ne se reproduise pas.
Et la vraie victoire est là, dans ce travail de sape orchestré par des tenants d’un fondamentalisme religieux qui n’admet pas que l’enseignement puisse être dégagé de toute emprise confessionnelle. Travail de sape malheureusement relayé complaisamment par ces belles âmes qui, plutôt que de calmer les esprits chagrins un peu trop portés aux échauffements intempestifs, préfèrent trop souvent inviter les enseignants – ou les journalistes, ou les artistes, ou tout acteur de la société pouvant contribuer à l’émancipation des esprits – à un peu plus de modération.
« De froisser la sensibilité religieuse des bigots tu t’abstiendras », tel est le onzième commandement de nos sociétés du vivre-ensemble.
Une énième affaire de menaces proférées sur les réseaux sociaux contre une personne ayant manqué de respect à l’islam remet sur le devant de la scène une décision de la Cour européenne des droits de l’homme redoutablement ambiguë en ce qui concerne le statut de la charia dans nos États de droit.
27 octobre 2020. Un professeur de droit formule quelques remarques acerbes sur l’islam, lors d’un cours en ligne, à propos d’un arrêt de la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) relatif à la compatibilité de la charia avec les principes démocratiques. Sortis de leur contexte, ses propos circulent sur Twitter et lui valent des menaces de mort, assortis d’une plainte de la Ligue des droits de l’Homme.
Mais de quel arrêt traitait le cours, au juste ? La question peut sembler anecdotique. En réalité, elle ne l’est pas du tout. Il s’agit d’une décision rendue le 19 décembre 2018, « Molla Sali contre Grèce ». Passée relativement inaperçue, elle a marqué un inflexion de jurisprudence potentiellement lourde de conséquences. Depuis 2003, la CEDH considérait que la charia était incompatible avec les principes démocratiques[tooltips content= »arrêt Refah Partisi et autres c. Turquie du 13 février 2003″](1)[/tooltips]. Elle avait tranché en ce sens alors qu’elle était saisie par le parti de la Prospérité, le Refah, que la Turquie venait d’interdire. « Le projet politique à long terme du Refah visant à instaurer un régime fondé sur la charia », disait la Cour, est « en contradiction avec la conception de la société démocratique ». Fin de la discussion pour quinze ans.
Dans sa décision de 2018, la CEDH ne fait pas marche arrière, mais elle prend un virage très net[tooltips content= »arrêt Molla Sali c. Grèce, req. 20452-14. »](2)[/tooltips]. Elle devait se prononcer sur le sort de Molla Sali, une ressortissante grecque de la minorité musulmane de Thrace. Forte de quelques dizaines de milliers de membres, cette minorité applique la charia à ses affaires familiales, en vertu d’une clause particulière du traité de Lausanne de 1920. Droit musulman oblige, les femmes sont désavantagées dans les affaires de succession. Bien que musulmane, Molla Sali avait saisi la Cour européenne afin de bénéficier du droit commun grec. Déboutée par la justice de son pays, elle a eu gain de cause au niveau européen. La Grèce s’y attendait. Elle avait modifié son droit national sans attendre le verdict, afin de rendre la charia optionnelle pour ses citoyens musulmans. Autant dire que la CEDH avait un boulevard devant elle pour redire que la charia n’est pas compatible avec la démocratie.
La charia, impossible à imposer comme à interdire…
Mais elle a choisi une position beaucoup moins tranchée. « La liberté de religion n’astreint pas les États contractants à créer un cadre juridique déterminé pour accorder aux communautés religieuses un statut spécial », mais rien ne leur interdit non plus de le faire. Les croyants pourront choisir ce cadre. « Le choix en question est parfaitement libre, pourvu qu’il soit éclairé », dit la Cour, et pourvu qu’il ne soit pas contraire à un « intérêt public important ». L’égalité des sexes faisant partie de ces « intérêts publics importants », selon la jurisprudence de la CEDH, la fenêtre pour appliquer la charia dans les pays européens se réduit singulièrement, mais elle ne disparait pas !
Au Royaume-Uni, il existe des « shariah courts » arbitrales compétentes en affaires familiales. Elles sont saisies seulement lorsque toutes les parties sont d’accord. Le problème, pointé par l’ONG britannique Civitas (aucun lien avec le mouvement français catholique traditionaliste éponyme), est que le volontariat est parfois ambigu. Dans les affaires de divorces, beaucoup de femmes se résignent à passer par la sharia court de guerre lasse.
La charia et le blasphème avancent à petits pas
Question à ce stade sans réponse, l’enseignant actuellement pris à partie est-il ciblé parce qu’il a tenu des propos désobligeants sur l’islam, ou parce qu’il s’est insurgé contre la logique de la CEDH ? Il s’est écoulé plus d’un mois entre son cours et le moment où l’affaire est sortie.
La mouvance islamiste n’a pas du tout commenté l’arrêt Molla Sali, mais il ne fait aucun doute que ses juristes surveillent attentivement les jurisprudences de la CEDH. En 2018 encore, ils ont obtenu une autre belle victoire devant elle: la Cour avait confirmé la validité de la condamnation d’une Autrichienne poursuivie pour avoir dit que Mahomet était pédophile (au motif que son épouse Aïcha avait une dizaine d’années quand son mariage avec le prophète fut consommé). [tooltips content= »Affaire E.S. c. Autriche, req. 38450/12. »](3)[/tooltips]
En France, aucune formation politique, aucune ONG n’a jamais proposé de créer des tribunaux arbitraux islamiques compétents en matière familiale. Si la charia devait se ménager une niche juridique dans notre pays, ce serait sans doute en commençant par un domaine moins sensible. La finance, par exemple. Une filiale du Crédit du Nord, La Française, commercialise depuis 2018 un produit de placement immobilier Charia, « compatible avec les préceptes de la finance islamique ». La réalité de la demande se confirme. Selon un sondage Ifop pour le Comité Laïcité République publié en novembre 2020, 57% des musulmans de 18 à 24 ans considèrent que la charia est plus importante que la loi de la République. Dix points de plus qu’en 2016.
Plus de trois semaines après la fête américaine de Thanksgiving, un article du New York Times s’appuie sur des données téléphoniques et scientifiques pour mettre à mal « l’effet Thanksgiving » et infirme ainsi les discours des experts et politiques brandissant la menace des fêtes de Noël en France. Explications.
Le 7 décembre 2020, Valérie Pécresse affirmait sur France Inter: « Pour éviter une troisième vague, on aura besoin que tous les Franciliens aillent se faire tester massivement après les fêtes » afin d’éviter « un effet Thanksgiving ».
« On aura besoin que tous les Franciliens aillent se faire tester au lendemain des fêtes », estime @VPecresse. « Il faut éviter à tout prix une troisième vague, l’effet ‘Thanksgiving’. » #le79Interpic.twitter.com/5kekzodfPE
Autrement dit, les rassemblements publics et privés pour la fête de Thanksgiving auraient participé au rebond de l’épidémie aux États-Unis. Ne s’appuyant sur aucune source scientifique, Valérie Pécresse aurait pu s’abstenir mais à sa décharge, elle n’est pas la seule à avoir évoqué « l’effet Thanksgiving ». Le Conseil scientifique l’a également mentionné. Par ailleurs, bon nombre de médias ont suivi le fameux Conseil scientifique et ont relayé cette information douteuse.
Or, les données scientifiques américaines ne vont pas dans le sens des autorités françaises. De manière générale, dans les États où la situation sanitaire empirait avant Thanksgiving, celle-ci a continué de s’aggraver. Et dans les États où la situation sanitaire s’améliorait avant que les Américains ne s’attablent autour de leur dinde traditionnelle, on n’a pas connu d’inversion de la tendance. Ce graphique ci-dessous est à cet égard assez parlant :
Il faut toutefois nuancer l’hypothèse d’un risque quasi nul de contamination pour les fêtes de fin d’année. En effet, grâce aux données de géolocalisation[tooltips content= »Ces données sont produites par Cuebiq, une société d’analyse de localisation, et reprises par le New York Times. »](1)[/tooltips], le New York Times constate que les Américains ont considérablement réduit leurs interactions durant Thanksgiving par rapport à l’année dernière (-66% au nord-est et dans la moitié ouest ; -55% dans le sud des États-Unis). Les comtés où les Américains ont eu plus d’interactions que l’année dernière ne représentaient que 0,5% de la population américaine. Les Américains ont ainsi fait preuve de civisme et d’intelligence lors de Thanksgiving. Auront-ils le même comportement lors des fêtes de fin d’année ?
Il n’est donc pas illégitime d’appeler les Français à « redoubler de vigilance » pendant les fêtes comme le fait l’exécutif en France, mais il est inexact d’affirmer que les États-Unis connaissent une nouvelle période de hausse des cas de Covid-19 à cause de Thanksgiving. Les fake news ne font qu’apporter de l’eau au moulin des complotistes…
Brasseur laissait filtrer comme personne les sentiments, avec une retenue et une élégance qui nous élevaient…
Les professions libérales sont tristes ce soir. Elles viennent de perdre leur meilleur représentant au cinéma. Combien de futurs dentistes, vétérinaires ou pharmaciens ont entamé d’ennuyeuses études scientifiques dans l’espoir fou et réconfortant de ressembler à Claude Brasseur, à la quarantaine venue ? Ces bons élèves n’avaient pas le souhait de faire plaisir à leurs parents et de ramener des diplômes dorés sur tranches à la maison, seulement de conduire une imposante Jeep Cherokee Chief achetée chez le concessionnaire Jean Charles, entre Alma et Trocadéro, avec comme passagères d’un jour, Brigitte Fossey, Valérie Kaprisky, Mireille Darc ou Agostina Belli. Avec un chèche ou un stéthoscope autour du cou, Brasseur était le coup de sirocco de la décennie 1975-1985. Un peu gouailleur, un peu dragueur, avec cet air tendre qui pouvait virer à la colère noire, la voix grillée par des nuits trop courtes, il incarnait le quadra triomphant, cette forme d’assurance bourgeoise à la papa, un brin décorsetée et terriblement attachante. Un après-Mai 68 qui ne se vautre pas dans le héros souillon et sentencieux. Il était à cheval entre deux mondes, celui de son père, monstre hirsute et flamboyant, commandeur cabotin, figure un peu trop lourde à porter pour un fils qui avait choisi le même métier que lui et puis cette modernité ravageuse veule et transparente que nous subissons depuis près de trente ans. Entre ces deux bornes temporelles, nous n’avons pas vécu une parenthèse enchantée, nous avons seulement goûté à une certaine liberté d’aimer, de jouir, de rouler, d’embrasser et de bambocher. Sans honte et fausse pudeur. De jouer avec les limites, parfois. De ne rien prendre au tragique tout en conservant le sens des valeurs. Ce « en même temps-là » avait une sacrée gueule, classieux aurait dit Gainsbourg. Je me rends compte que cet étroit chemin est incompréhensible pour de nouvelles générations avides de liquider le passé et de juger.
Nous, les enfants nés dans les années 1970, en recherche d’un modèle qui a du chien et du cran, rêvions de devenir, à l’âge adulte, la copie conforme de l’acteur. Un Brasseur épanoui qui s’autorise la cavalerie et la fantaisie, les pistes du Dakar et les bars de palaces, qui aime confusément les garces et les bêcheuses, les beaux garçons et les vieilles dames. Il y a des images qui marquent durablement une jeunesse provinciale, qui restent figées dans notre mémoire d’adolescent. Je revois l’acteur dans « Signes extérieurs de richesse » en proie à un délicat contrôle fiscal mené par une Josiane Balasko sensible au romantisme animalier et accompagné d’un expert en comptabilité guignolesque interprété par un Jean-Pierre Marielle d’anthologie. Et je suis heureux. Profondément heureux d’avoir été élevé, oui éduqué, par des hommes de ce calibre-là, qui refusaient le sérieux et le plombant, qui faisaient de la comédie populaire, un art de vivre, notre identité disparue. Ils avaient ce rire taquin en partage, ce magnétisme qui s’appelle le talent et surtout cette faculté à nous nourrir l’esprit sans affèterie et pesanteur. Ils étaient nos tuteurs, tellement légers et brillants à l’écran, que jamais le sentiment d’abandon n’a été aussi fort ce soir. La disparition de Brasseur, après celle de Noiret, Rochefort, Rich, Cremer et tant d’autres, nous laisse groggy. Même si nous nous estimons incroyablement chanceux d’avoir croisé leur route.
Nous pleurons avec Vic Beretton, une époque pas si lointaine où les hommes roulaient en Matra Rancho, portaient des polo Lacoste durant tout l’été, s’engageaient dans des relations amoureuses acrobatiques avec des filles dont ils n’avaient même pas envie et puis, à la faveur d’un déménagement, s’apercevaient qu’ils étaient amoureux de leur femme comme dans le tube de Richard Anthony. Entre nous, il suffit de revoir la bande d’« Un éléphant » ou de « Nous irons tous au paradis » pour que l’émotion nous étreigne. Nous avons aimé le tennis, les AMC Pacer et les jupes qui virevoltent grâce à eux. C’étaient nos copains, c’était notre France. Brasseur laissait filtrer comme personne les sentiments, avec une retenue et une élégance qui nous élevaient. J’ai de nouveau envie d’avoir quarante ans.