L’hebdomadaire culturel propose des numéros de plus en plus riches, de plus en plus savants et progressistes.


Le magazine Télérama n’est pas un simple hebdomadaire télé. Il est aussi, selon Fabienne Pascaud, sa directrice de la rédaction, un magazine culturel. Et il est de plus en plus un magazine culturel à la pointe de tous les progressismes qui progressent.

Un très récent numéro (n° 3697) semblait avoir atteint le sommet en matière de contenus progressistes. La page de couverture et un dossier complet étaient consacrés au philosophe humaniste Lilian Thuram et à son concept de « pensée blanche » reposant sur trois anecdotes de cour de récréation et de vestiaires.

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Plus loin, un article présentait « l’alphabet du genre inclusif-ve » inventé par un étudiant de la Haute école d’art et de design de Genève et censé simplifier l’apprentissage et l’utilisation de l’écriture dite inclusive, laquelle était utilisée par le journaliste pour vanter ce nouveau charabia. Plus loin encore, dans le même numéro, deux pages étaient consacrés à l’égérie de l’antiracisme racialo-raciste à la mode des campus américains, Rokhaya Diallo. Les témoignages poignants de Maboula Soumahoro et d’Alice Coffin contrebalancèrent facilement celui du journaliste de Médiapart Jérôme Confavreux qui n’en revenait pas d’avoir dû passer par « l’agente américaine » de Mme Diallo pour pouvoir travailler avec elle.

Une du magazine Télérama du 21 novembre 2020.©D.R
Une du magazine Télérama du 21 novembre 2020.©D.R

Rééducation féministe avec Caroline De Haas

Mais Télérama n’avait pas l’intention d’en rester là. Le magazine a profité pendant de nombreux mois du concours d’une société promouvant l’égalité entre les femmes et les hommes. Egaé, la société en question, a été co-créée et est co-dirigée par Caroline De Haas. Elle a pour ambition de « percuter l’illusion de l’égalité », cette illusion bien française qui nuit au recul « des stéréotypes, des préjugés et des idées reçues. » Grâce à un carnet d’adresses construit pendant ses riches années d’activité syndicale, politique et ministérielle, Caroline De Haas rééduque essentiellement les agents de services publics – ministères, fédérations sportives, mairies ou préfectures. Mais elle redresse aussi, à l’occasion, les employés d’organes de presse, Médiapart, Le Monde et… Télérama.

Après quelques séances de sensibilisation à l’égalité, à la déconstruction des stéréotypes et à l’éducation non-sexiste, les journalistes de Télérama rendent en ce moment même leur mémoire de fin d’études égalitaires et déconstructivistes. C’est le dernier numéro du magazine (n° 3700). Cela commence par l’entretien d’un spécialiste québécois du féminisme, Francis Dupuis-Déri. En gros : il y a eu des progrès mais pour ce qui est de « la répartition des tâches parentales, des tâches domestiques ou du temps libre au sein d’un couple hétérosexuel », c’est pas encore ça. La « crise de la masculinité » – dont Télérama souligne qu’il n’y a plus « besoin d’aller la chercher à l’extrême-droite » (sic) – est « une stratégie de résistance d’un patriarcat bien ancré » que M. Dupuis-Déri confesse utiliser parfois pour échapper aux tâches domestiques. « Je suis loin d’être parfait », reconnaît-il. Il avoue avoir « examiné [ses] comportements passés » et en avoir tiré de très sévères conclusions. Ce laborieux travail de sociologie déconstructiviste auto-analytique l’a conduit à la réflexion supersonique suivante : « Les hommes ne sont pas en crise, ils font des crises. »

Une du magazine Télérama du 9 décembre 2020.©D.R
Une du magazine Télérama du 9 décembre 2020.©D.R

Déboulonner les codes de la masculinité

Quelques pages plus loin, un article est intitulé « Regarde les hommes changer. » Il s’agit des portraits de différents jeunes hommes qui « déboulonnent les codes d’une masculinité virile et dominatrice. Et inventent de nouvelles façons d’être des hommes. » Les « hommes » en question sont « des garçons différents » qui modifient leur « rapport à la séduction ou aux tâches ménagères. » Un de ces déboulonneurs anime des ateliers dans les collèges, les maisons d’enfants (sic) ou les prisons : « Les gens de banlieue ou de la campagne ne sont pas idiots. » Et ils n’ont pas l’intention de le devenir, donc : au large, jeune « homme » !

La page 45 du même numéro ouvre un nouveau chapitre : « La misandrie s’affirme dans les milieux féministes. Un rejet masculin revendiqué comme une étape radicale mais nécessaire pour la libération des femmes. » Un enseignant à Paris 8 dénonce le « sexisme systémique subi par les femmes ». Alice Coffin et Pauline Harmange sont soutenues par l’historienne Christine Bard qui voit dans cette misandrie un juste combat contre le… patriarcat. Il est promis un « outil de pensée et de déconstruction » pour se « construire contre les hommes ». Page 47, un dessin représentant une femme dégustant un pénis qu’elle porte en collier révèle idéalement l’esprit dans lequel a été écrit l’ensemble de ce numéro spécial de Télérama.

Illustration et commentaire de la page 47 du numéro du 9 décembre de Télérama. © D.R
Illustration et commentaire de la page 47 du numéro du 9 décembre de Télérama. © D.R

Homme viril = fasciste 

Enfin, le dernier dossier s’intitule « Virilité et imagerie fasciste ». Les journalistes ont choisi Julien Rochedy, ex-cadre du FN ( il fallait le préciser !), pour illustrer les dérives « viriles » d’un club masculiniste dont l’ensemble des adhérents tient dans une cabine téléphonique. Au moins cela aura-t-il permis de conclure en établissant ce que dans certains milieux féministes haassiens on appelle un beau continuum : homme, patriarcat, domination, fascisme. CQFD.

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« Le progrès remonte à la plus haute Antiquité, disent certains. D’autres affirment que l’avenir lui appartient. Rares sont ceux qui doutent de son existence. Il est convenu que rien ne l’arrête. Et même qu’il sait où il va. Il est apparemment le seul. » (Alisandre Violette)

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