A la mi-juillet, un nouvel hashtag #JewishPrivilege (« privilège juif »), est apparu sur Twitter, repris par plus de 122 000 messages antisémites en 24 heures. Cette thématique des Juifs qui seraient des privilégiés, des profiteurs, des exploiteurs, des suppôts du capitalisme,  n’est pas nouvelle. Elle est la matrice de l’antisémitisme « de gauche », ce qu’August Bebel appelait « le socialisme des imbéciles », mais on la retrouve aussi dans une partie de l’extrême droite, celle que l’on qualifie parfois de fascisme social-révolutionnaire (présente notamment au sein des SA en Allemagne dans les années 20-30-40).


L’hostilité envers les Juifs peut apparaître en effet sous différentes formes à toutes les époques et en tout lieu, de la plus haute antiquité à nos jours, de l’Orient à l’Occident, et de gauche à droite dans le spectre politique.  A son origine, l’antisémitisme est à la fois religieux, antijudaïsme chrétien puis musulman, et « national », c’est-à-dire antagoniste à la nation juive enracinée dans sa terre. La pax romana a ainsi effacé le nom du territoire des vaincus, la Judée. Plus tard face à la permanence du yichow (persistance et retours récurrents des Juifs sur leur terre), les empires musulmans (califal et ottoman), on réinvesti, par l’instauration de la dhimma, l’interdiction faite aux Juifs d’avoir un territoire national.

« Pureté du sang » espagnol

D’autres formes d’antisémitisme viendront ensuite s’ajouter à ces deux versions originelles, en fonction des époques et des groupes qui s’en nourrissent et le diffusent. L’antisémitisme raciste apparaît ainsi avec la ley de pureza de sangre espagnole (« loi de la pureté du sang ») dès 1449 pour interdire l’accès à certaines fonctions rémunératrices et postes de prestige aux « nouveaux chrétiens » (les Juifs convertis sincèrement au catholicisme, contrairement aux « marranes », terme péjoratif désignant les Juifs formellement convertis mais qui judaïsent en secret). Cet antisémitisme prendra bien sûr toute son ampleur avec les théories racistes du 19ème siècle, et sa forme la plus terrible avec la doctrine nazie et son passage à l’acte génocidaire.  Au XIXme sièclen, se formalise également un autre type d’antisémitisme : anticapitaliste, dans ses versions marxistes et proudhoniennes.

Aujourd’hui, c’est essentiellement l’articulation entre un antisémitisme anticapitaliste et plus largement anti-élites, et un antisémitisme de la nation, dit « antisionisme » (de fait opposé à l’existence de l’Etat d’Israël) qui est le plus répandu et le plus pernicieux. La diffusion du slogan « privilège Juif » sou

Article réservé aux abonnés

60 % de l’article reste à lire…

Pour poursuivre la lecture de cet article Abonnez-vous dès maintenant.

ABONNEMENT 100% NUMERIQUE
  • Tout Causeur.fr en illimité
  • Le magazine disponible la veille de la sortie kiosque
  • Tous les anciens numéros
3 €80par mois
Lire la suite