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Sollers, ou la raison nouvelle


Un projet autobiographique unique en son genre fait de Sollers, au-delà du personnage médiatique désormais en retrait, un écrivain qui restera.


Philippe Sollers publie deux livres, assez différents quant à la forme, mais très semblables quant au fond. Il s’agit comme toujours de partir de lui-même, et de décrire inlassablement, mais non sans subtilité, son univers personnel. Le romancier Sollers revendique cette subjectivité ; acceptons-la d’autant plus qu’il se place ainsi dans la catégorie des plus grands (Montaigne en tête), et nous essaierons de voir si le challenge est maintenu jusqu’au bout. Un tel projet littéraire a, en tout cas, de quoi séduire ceux qui, comme moi, ont la religion des textes.

L’aventure d’une vie

Le premier livre s’intitule Agent secret. Il paraît au Mercure de France, dans la très belle collection « Traits et portraits », dirigée par Colette Fellous. Pierre Guyotat y avait par exemple publié son génial Coma en 2006, œuvre inoubliable. Agent secret est également une autobiographie, dans laquelle Sollers se remémore, comme il l’a déjà fait si souvent, l’aventure de sa vie : son enfance à Bordeaux durant la guerre, son heureuse famille bourgeoise, puis les grandes dates de sa carrière d’écrivain, ponctuée de nombreuses rencontres, dont celles entre autres de Barthes et de Lacan.

Il évoque aussi, bien sûr, pêle-mêle la Chine, le taoïsme, la messe catholique, Hölderlin, les dieux grecs, Aragon et Mauriac, parmi tant d’autres sujets qui lui sont devenus si familiers. Il parle surtout, et ceci a particulièrement retenu mon attention, des trois femmes qu’il a le plus aimées, celles qui ont eu une influence majeure sur lui et qui furent pour lui des héroïnes de l’existence. Le lecteur de Sollers les connaît déjà, car elles ont tenu beaucoup de place dans ses romans : l’Espagnole Eugenia San Miguel, la « juive polonaise, passée par la Hollande » Dominique Rolin et la Bulgare Julia Kristeva. Sollers a beaucoup joué à paraître un libertin notoire, mais il faut remarquer chez lui un besoin de connaître sagement des « passions fixes ».

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Agent secret est un énième fil d’improvisations de Sollers sur tous les thèmes qui sont désormais sa marque de fabrique. Certes, il n’évite pas les redites, dans ce livre, mais cela n’en gêne pour ainsi dire pas la lecture, car il sait varier la narration. On a même l’impression d’un livre dicté au magnétophone (cela n’est précisé nulle part) ‒ mais pourquoi pas ? Je dois dire qu’en général on s’ennuie rarement avec Sollers, et c’est par cet Agent secret que je conseillerais de commencer, si le lecteur n’a jamais rien lu de lui. Ce volume de souvenirs restera, je pense, avec Un vrai roman, ses Mémoires publiés en 2007, une excellente introduction à l’art si spécifique avec lequel il recrée habituellement son monde.

Une expertise acquise au milieu des livres

Avec l’autre volume, Légende, qui paraît parallèlement aux éditions Gallimard, nous retrouvons exactement le même « moi », au milieu d’une thématique fort voisine. Mais le style en est plus affiné, davantage écrit, et l’ensemble organisé de manière plus précise. Légende s’inscrit dans la progression du travail de Sollers, de tous ces brefs « romans » qui, une fois l’an, désormais, viennent faire le point sur l’état de sa réflexion. On peut estimer que Femmes, en 1983, fut la première grosse pierre de ce work in progress  aux allures encyclopédiques. Sollers fait d’ailleurs référence, au début de Légende, à cet ancien livre, qui avait alors ouvert une voie que l’écrivain n’en finira pas de creuser. Car derrière une certaine légèreté de façade, faite peut-être pour amuser la galerie, il y a chez Sollers, plus profondément, l’expérience acquise de toute une existence méditative vécue au milieu des livres.

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D’Homère à Rimbaud, en passant ici par Victor Hugo (référence nouvelle chez lui, notons-le avec curiosité), Sollers peaufine son art de la citation (tout sauf évident) et du commentaire éclairé. Il veut embrasser d’un seul coup d’œil ses auteurs fétiches, non seulement les écrivains, du reste, mais aussi les peintres et les musiciens (en particulier, Mozart à qui il a consacré un ouvrage en 2001).

Tempérament classique

Une précision s’impose : Sollers ne se considère nullement comme un réactionnaire, du moins c’est ce qu’il prend bien soin de clarifier. Il écrit d’ailleurs ceci, véritable profession de foi, en même temps que discours de la méthode : « Il faut traquer l’obscurantisme dans les moindres détails. […] Il faut le démasquer dans toutes ses impostures morales et sentimentales, ses préjugés absurdes, ses sexualités confuses, sa propagande puritaine qui accompagne la dénonciation, d’ailleurs nécessaire, du viol. » À travers ses bonnes fées littéraires, Sollers se veut un tempérament « classique ».

Voilà ce qu’il revendique, condamnant du même coup le modernisme, en prenant par exemple la défense de Bataille contre Blanchot. Évacuant ainsi toute velléité nihiliste, Sollers se verrait bien en parfait renaissant (concept qui intègre sa passion pour les révolutions en général, et celle de 1789 en particulier). Il y a une bonne dose d’illuminisme dans tout cela, et le grand René Guénon est alors convoqué pour donner de la consistance à un tel projet ésotérique. Le résultat vers lequel on tend ? « Une toute nouvelle Raison », comme l’écrit Sollers, à laquelle il faut bien sûr être « initié ».

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Ce qui pourrait réunir Légende et Agent secret, tous deux conçus sur une même période, c’est la silhouette fugitive et fascinante du dieu grec Apollon, qu’un admirable tableau de Poussin au Louvre montre « amoureux de Daphné ». Sollers se sent très inspiré par ce dieu, et par ce tableau de Poussin, peintre emblématique du classicisme français. Avouons que cette évocation apporte un grand rafraîchissement à toute cette prose sollersienne, qui, sans cela, manquerait peut-être un peu de mesure. Mais n’est-ce pas ce qu’on demande d’abord à un roman ? Nous permettre de nous évader ? Nous redonner espoir ? Légende se termine d’ailleurs par cette belle affirmation, qui ressemble à une prophétie : « un nouveau Cycle a déjà commencé ». Pour cette fois, Sollers n’en dira pas plus, nous laissant à notre étonnement, comme si ce nouveau Cycle devait être porteur de lumière ‒ ultime référence faite par Sollers à l’Évangile de saint Jean…

Nicolas Poussin - "Apollon amoureux de Daphné" Wikimedia Commons
Nicolas Poussin – « Apollon amoureux de Daphné » Wikimedia Commons

Philippe Sollers, Agent secret. Éd. Du Mercure de France, collection « Traits et portraits », 2021. Et, du même auteur, Légende. Éd. Gallimard, 2021.

Agent secret

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Légende

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Bruno Bettelheim: tous des imposteurs?

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Le billet du vaurien


C’était le 13 mars 1990, jour anniversaire de l’Anschluss, que le psychanalyste Bruno Bettelheim prenait congé de l’existence. Un médecin hollandais était prêt à l’assister, mais comble de dérision ce dernier mourra quinze jours avant que Bettelheim ne se rende aux Pays-Bas. Il lui avait néanmoins expliqué que pour décupler ses chances de réussite, il conseillait, après avoir absorbé des barbituriques, de s’enfermer la tête dans un sac de plastique, lui précisant que le gaz carbonique exhalé par la respiration était censé avoir un effet euphorisant.

Dommage que nous n’ayons pas son témoignage !

Bettelheim était né à Vienne le 28 août 1903. Son père était un négociant en bois, atteint d’une maladie encore incurable : la syphilis. À la fin de sa vie, lors d’une conférence qu’il donna à Lausanne, il heurta l’assistance en disant: « J’avais quatre ans quand mon père a découvert qu’il avait la syphilis. Pendant les vingt années qui suivirent, il n’a plus jamais touché ma mère. Les malades du sida n’ont qu’à faire la même chose ! » Quand un étudiant lui demanda ce qu’il pensait de la vieillesse, il lui répondit : «  N’y parvenez surtout pas ! »

Un personnage de Thomas Bernhard

D’ailleurs, plus il avançait en âge, plus il devenait un personnage à la Thomas Bernhard, capricieux, geignard, sarcastique et arrogant. Il montrait un goût prononcé pour la provocation, n’hésitant pas à comparer les étudiants contestataires des années soixante aux jeunesses hitlériennes, à fustiger le conformisme des adolescents élevés dans les kibboutzim ce qui lui vaudra de solides inimitiés en Israël, à critiquer  le Journal d’Anne Frank et sa niaise confiance en l’homme, à se gausser de la complaisance des intellectuels français face au communisme – « on en pleurerait si ce n’était pas si ridicule », écrit-il- et à soutenir que ce qui a fait des camps nazis (il a passé six mois à Buchenwald) un phénomène unique « c’est que des millions d’hommes aient ainsi marché, tels des lemmings, vers leur propre mort », ce qui lui vaudra d’être taxé par ses ennemis de « juif antisémite ».

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Comme si, au terme de sa vie, il retrouvait Theodor Lessing et cette « haine de soi », mise en scène avec un brio inquiétant par tant de juifs viennois.

Statue déboulonnée

Son vieux camarade Kurt Eissler, directeur des Archives Freud, disait méchamment de lui qu’il avait toutes les caractéristiques du génie, sans en être un. Peu après sa mort, Bettelheim, auteur de La Forteresse vide, le fondateur de l’École Orthogénique de Chicago, est accusé d’avoir été une brute raciste, un charlatan et un plagiaire: il a, en effet, pillé la thèse d’un professeur de psychiatrie pour en tirer sa célèbre Psychanalyse des contes de fées. Il aurait même trafiqué ses diplômes universitaires. Bref il aurait été un ambitieux sans scrupule, détruisant peu avant son suicide toutes ses archives. Et c’est ainsi que la statue du vieux sage sera déboulonnée par ses admirateurs les plus fervents. Je pense que Bruno Bettelheim avec son « old viennese arrogance » aurait été le premier à en rire: n’estimait-il pas que nous sommes tous des imposteurs et que les psychanalystes dans ce domaine n’avaient rien à envier à personne ?

Il n’aurait pas été surpris que cette profession soit aujourd’hui phagocytée par des femmes qui eussent été au siècle passé des dames d’œuvre. Pour avoir passé quelques heures en sa compagnie et avoir été sous son charme, je porte à son crédit l’effet de vérité qu’il a mis, sans doute malgré lui, en évidence.

Sans hypocrisie et sans bons sentiments.

Psychanalyse des contes de fées

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César 2021: Fanny l’ardente


Pour la deuxième année consécutive, Fanny Ardant sauve l’honneur des César. En 2020, elle a osé dire son amour à Polanski et cette année elle a eu le courage de célébrer les hommes. Coup de chapeau à l’une des rares artistes de cette soirée consternante et militante


« C’est une joie de fêter les acteurs. De célébrer les hommes. Leur dire qu’ils sont beaux, qu’ils sont braves. Qu’on rêve de les connaître. Qu’on désire les revoir. Qu’on n’a jamais oublié les émotions qu’ils nous ont données. Qu’ils nous ont fait rire et pleurer. Qu’ils nous ont énervées, mais qu’ils nous ont séduites. Et que…  on les aime… on les admire. Et que… vivre sans eux, ça ne serait pas tout à fait vivre. » Voici les quelques mots prononcés par Fanny Ardant avant de remettre le César du meilleur acteur.

L’anti Corinne Masiero

Comme il en est maintenant coutume depuis que la culture est grandement remplacée par la lutte féministe et antiraciste, les César 2021 furent une grande tribune politique, dégoulinant parfois de bons sentiments, et parfois montrant férocement les crocs, bave aux lèvres, et réclamant vengeance. Le bal des révolutionnaires en carton-pâte s’est avéré tantôt pathétique, tantôt dur, sombre et lourd. Cela ressemblait au mieux à un comité d’épuration, au pire à une déclaration de guerre, ou l’inverse. Et la guerre, chez les cultureux, est inquiétante car on y voit des fascistes en peau de victimes et des collabos à perte de vue, mais en ce qui concerne la résistance, les rangs sont bien clairsemés ! Qui peut croire que ces gens sont là pour défendre l’art ? Qui peut croire que Corinne Masiero qui, nue, arbore fièrement écrit sur son dos « Rend nous l’art Jean ! », avec cette magnifique faute, défend la culture, elle qui, de manière si ostensible nous expose, pire que son cul, son peu de souci de la langue française ?

Gabin doit se retourner dans sa tombe

Les César ont au moins un mérite, celui de nous montrer chaque année la progression de la gangrène qui ronge le corps chancelant du monde des arts. Imaginez Gabin, Michel Simon, Jouvet, Suzy Delair, Françoise Rosay et Viviane Romance ressuscités une soirée le temps d’assister, dans leur fauteuil de l’Olympia, à cette cérémonie numéro 46 ! Je laisse à Michel Audiard le soin des dialogues. Ça commencerait par un Gabin laissant tomber sa cigarette, les yeux écarquillés : « Non mais dites-moi qu’je rêve … Qui est-ce qui m’a flanqué une bande de dégénérés pareils ? Ma parole, on est chez les maniaques ! Et dire qu’on m’a tiré de mon roupillon pour venir assister à c’te bal de tordus. Je préfère prévenir ! L’premier qui s’approche, j’y file une giroflée ! »

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Mais revenons à la triste réalité ! Voilà qu’après plus de trois heures de moraline double dose en suppo (car la blague pipi-caca était au rendez-vous), une créature divine vint pourfendre ces horribles flots de bêtise et de haine pour remettre l’art, la passion et l’amour au centre de la scène. S’avançant jusqu’au pupitre, Fanny Ardant ne semblait pas marcher, mais plutôt voler, comme dans les rêves, portée par on ne sait quelle force mystérieuse. Sa seule présence, par sa beauté, son chic et sa grâce, était transgressive au sein de la laideur politiquement correcte du cinéma français contemporain.

Clouer le bec au féminisme avec grâce

Lorsque l’on voit Fanny Ardant, on ne croit plus à l’égalité, on se dit qu’il y a des êtres d’exception. Les quelques mots qu’elle osa prononcer, ce cri d’amour et de soutien, furent ce soir-là les seules paroles libérées des lourdes chaînes de notre sinistre époque qui furent prononcées. Les seuls mots insouciants et passionnés. Ce fut une ode aux hommes et plus encore à la liberté. Comme l’année dernière, quand elle avait dit, ou plutôt chanté, car Fanny Ardant ne parle pas mais chante, son amour pour Polanski. Ce faisant, elle nous chantait son amour pour l’art et son mépris de l’ordre moral et de la meute. Cette année, au lendemain de la cérémonie et à ma grande surprise, pas un article de presse n’a été écrit sur son discours et impossible d’en trouver une vidéo, alors que la plupart des interventions militantes de la soirée avaient, elles, bien été relayées par Canal + sur YouTube. L’un des objectifs nouveaux des César est, paraît-il, la diversité : pas celle des paroles et des pensées en tout cas. Fanny Ardant, comme Gérard Depardieu, appartient à la race des grands et libres Monstres Sacrés. Ce soir-là, les baisers de Fanny, ce ne sont pas les rigides bottes de la morale qui les ont reçus, ce sont les hommes. Que peut leur importer la haine d’actrices fascisto-féministes, puisqu’ils reçoivent l’amour salvateur de la belle, de la sublime, de l’ardente Fanny Ardant.

Pauvre Houellebecq!

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Le billet du vaurien


Michel Houellebecq n’hésite pas à écrire dans Le Figaro du 6 avril qu’une civilisation qui légalise l’euthanasie perd tout droit au respect ! On peut avoir du respect pour ses proches, voire pour soi-même, mais pour une civilisation… Admettons que Houllebecq ait une forme de génie qui lui permet d’embrasser les civilisations les plus diverses et de leur accorder de bons ou de mauvais points. Évidemment, si la civilisation européenne perdait la considération que Michel Houllebecq daigne lui accorder dans ses bons jours, nous en serions terrassés. Déjà que nous n’en menons pas large: l’islam a juré notre perte et même ce cher Tariq Ramadan pousse la chansonnette pour que les damnés de la terre prennent leur revanche sur les innombrables affronts que l’homme blanc leur a infligés.

Un nouveau billet mortel signé Jaccard

Je suppose que Houllebecq devait éprouver un sentiment de honte lorsque le droit à l’avortement a été admis. Et voici maintenant le coup fatal : la légalisation de l’euthanasie. Peut-être pourrions-nous rappeler à notre illustre romancier ce mot de Benjamin Constant : « Le suicide est un moyen d’indépendance et, à cet égard, tous les pouvoirs le haïssent. » Et pourquoi seuls les médecins et les chimistes auraient-ils accès en France à la technologie pharmaceutique du suicide ? Pourquoi chacun n’aurait-il pas le même « droit » de se tuer facilement, sans souffrance et sûrement ? Houllebecq serait-il devenu élitiste ? Ou ne parvient-il pas à comprendre que si certains considèrent le désir de vivre comme une aspiration légitime, d’autres tiennent à abréger la nuit qu’ils ont à passer dans une mauvaise auberge, pour citer sainte Thérèse d’Avila.

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Est- il bien nécessaire d’interner dans des hôpitaux psychiatriques ceux qui ont une prédilection pour la mort, de leur donner des électrochocs et des sédatifs pour leur enlever cette fâcheuse idée que les menus plaisirs de l’existence méritent qu’on en jouisse ad nauseam, comme le préconise Houllebecq, dérobant par là-même à l’être humain la seule valeur spirituelle dont il a besoin pour vivre une vie pleine de sens ou pour mourir d’une mort pleine de sens, elle aussi: le respect de ses propres décisions ?

La soif de vivre paradoxale de Houllebecq

Quant à la légalisation de l’euthanasie qui est plutôt à l’honneur d’une civilisation, il est étrange que des pays aussi divers par leur culture ou leur religion que l’Espagne, la Belgique ou la Suisse l’aient adopté sans s’effondrer aussitôt. Certes, ils ont perdu le respect de Houllebecq et c’est terriblement fâcheux. Notre romancier préfère sans doute que des brigades de gendarmes traquent les trafiquants de Nembutal en France et punissent les contrevenants – des retraités en général – d’amendes salées, voire d’une peine de prison.

Félicitations à Houllebecq de défendre une conception aussi limitée de la liberté et, en dépit de la noirceur de ses romans, d’avoir un appétit de vivre que rien ne semble devoir entamer.

Milli Görüs: toujours plus grand, toujours plus fort

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Après la gigantesque mosquée de Strasbourg, la plus gigantesque encore école coranique d’Albertville…


Mais cette fois-ci, sans les subventions de la mairie. Pour sa mosquée strasbourgeoise, l’association turco-islamiste Milli Görüs avait reçu une subvention de 2,5 millions d’euros de la mairie écologiste de la ville. Le préfet, un peu choqué, a saisi la justice administrative pour s’opposer à cette singulière générosité. On attend de voir.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Strasbourg: la mosquée de la conquête

Cette mosquée « fierté des musulmans » selon Milli Görüs est tout simplement un instrument de conquête. Et la conquête se poursuit avec d’autres moyens. Plus efficaces sans doute, car il s’agit d’une école !

À Albertville, Milli Görüs a vu grand. Un établissement scolaire de 4000 m², seize classes, quatre cents élèves. L’école sera hors contrat et coranique. Elle ne sera donc pas tenue de respecter les programmes de l’Éducation nationale. Des centaines de petits musulmans apprendront donc le Coran et les pensées d’Erdogan. Autant d’enfants qui seront un peu plus étrangers au pays qui les héberge.

Le maire d’Albertville[tooltips content= »Frédéric Burnier-Framboret (divers droite) ndlr »](1)[/tooltips] a tenté de s’opposer à cette honte. Mal lui en a pris. La justice administrative locale a retoqué son recours. En effet, il n’a voix qu’au chapitre de l’urbanisme. Et le projet de l’école coranique respecte scrupuleusement les règles urbanistiques…

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On n’est pas tenu de penser du bien des juges. Mais certains objectent qu’ils ne font qu’appliquer les lois. Quand les lois sont mauvaises, on les change, non ?

Les territoires conquis de l'islamisme: Edition augmentée

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Islamophobie: Intoxication idéologique

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Silence coupable

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Merci les Verts!


Je ne saurais trop remercier les héros de l’Écologie dont les noms suivent…


Je remercie du fond du cœur Pierre Hurmic, maire de Bordeaux, qui a montré à la France entière l’inanité des sapins de Noël, que l’on fait pousser pour les couper, quelle farce ! Les anciens administrés de Montaigne, ce demeuré qui ignorait tout de l’Écologie, se contenteront désormais d’un plug géant de couleur verte, comme celui qui avait été implanté jadis place Vendôme.

Je remercie aussi Eric Piolle, qui a décidé de faire labourer les cours de récréation des écoles de sa bonne ville de Grenoble, afin que les garçons ne puissent plus y jouer au football et gênent ainsi les calmes jeux des filles. Sur ces terres à nouveau arables les enfants planteront des carottes et des tomates, qui viendront à maturité lorsque les vacances commenceront.

Tous mes remerciements aussi à Grégory Doucet, qui impose le véganisme aux petits Lyonnais. Après tout, ce n’est pas parce que la ville s’ouvre sur le Charolais et la Bresse qu’il faut fournir en protéines animales des enfants initiés désormais à la co-responsabilité verte et aux joies du quinoa.

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Je m’en voudrais d’oublier Léonore Moncond’huy (littéralement : mon con d’aujourd’hui) qui vient de suspendre les subventions ordinairement allouées aux aéro-clubs de sa bonne ville de Poitiers, arguant qu’il était temps que « l’aérien ne fasse plus partie des rêves des enfants ». Icare est désormais interdit de séjour dans sa ville.

À propos de subventions, comment ne pas célébrer Jeanne Barseghian, qui oubliant ses ancêtres arméniens, offre 2,5 millions d’euros à une organisation islamiste turque pour qu’elle édifie dans sa ville une mosquée dont le minaret rivalisera avec les flèches de la cathédrale. Peu importe que le Concordat qui régit l’Alsace ignore l’islam, il est temps d’intégrer les Français d’origine turque dans le grand patchwork national. Et quelle importance si la Confédération islamique Millî Görüş, qui a par ailleurs refusé de signer la Charte des principes pour l’islam de France, est une officine de l’AKP, le parti d’Erdogan, l’homme qui ne veut que du bien à l’Europe.

Et j’en profite pour saluer le fait que lors de la même délibération municipale, Jeanne Barseghian ait fait rejeter la définition de l’antisémitisme que proposait l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste, sous prétexte qu’elle interdisait, selon elle, de critiquer la politique d’Israël.

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Quitte à évoquer l’Alsace, je salue la fermeture de la centrale de Fessenheim, l’année dernière, qui fonctionnait parfaitement bien, ce qui nous a obligés à importer de l’électricité allemande issue de centrales au lignite, qui comme chacun sait ne sont absolument pas polluantes. Je déplore que le gouvernement n’en ait pas profité pour fermer toutes les centrales nucléaires, de façon à ce que la décroissance s’installe enfin et que nous utilisions une partie du temps que nous allouent les confinements présents et à venir à recharger nos portables en frottant deux silex l’un contre l’autre.

Pour tous ces exploits accomplis en moins d’un an, merci, merci, merci ! Si en quelques mois les Verts ont su obtenir des résultats si méritoires, que ne feront-ils pas en cinq ans, lorsque Yannick Jadot aura été élu à la magistrature suprême…

J’ai hâte — oh qu’est-ce que j’ai hâte !

La Bande des pédagogues de l’antiracisme

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2e Partie. Où nous découvrons que de faux scientifiques, en faisant subir aux enfants un lavage de cerveau, les transforment en racistes…


Relire la première partie

Nous avons vu précédemment que les militants antiracistes, pour se justifier, ont besoin d’affirmer que nos sociétés occidentales sont ravagées par des discriminations à l’égard des minorités non-blanches, donnant lieu à des injustices flagrantes en termes de réussite scolaire, de rémunération et d’ascension sociale. Idéalement, pour eux, la tendance raciste irait grandissante. Or, la vraie tendance générale est plutôt vers moins de discrimination, comme le montre un rapport publié récemment au Royaume-Uni. Face à la déception que représente cette pénurie de racistes, la solution de nos militants est d’une simplicité des plus élégantes : quand les racistes se font rares, il faut en fabriquer.

Pour en fabriquer, il suffit de lancer une OPA sur tous les Blancs, en les déclarant tous, volontairement ou involontairement, racistes. Bien entendu, il faut étayer de telles assertions sur des bases scientifiques, ou mieux – puisque la science est incertaine – sur des bases pseudoscientifiques.

Que du gaz – à tous les étages

C’est ainsi que, vers le tournant du siècle, une nouvelle science raciale a été développée aux États-Unis, fondée sur le postulat qu’un Blanc est nécessairement raciste, même à son insu. Cette théorie des préjugés inconscients ou implicites (en anglais « unconscious » ou « implicit bias ») s’accompagne d’un test psychologique, dit d’« association implicite », spécialement conçu pour mettre à nu les impulsions discriminatoires qui grouillent au tréfonds de l’âme d’un Blanc. J’ai déjà parlé dans Causeur de cette imposture qui n’a jamais satisfait aux critères de la science objective.

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Pourtant, ce test, malgré l’absence de preuves confirmatoires, continue à être utilisé dans les entreprises, les universités, les institutions politiques et, plus récemment, les écoles. Tout simplement parce que, sans lui, tout un pan central de l’édifice antiraciste s’effondrerait. Afin de convaincre les Blancs qu’ils sont profondément racistes (une technique qui s’appelle « Gaslighting » ou le « détournement cognitif »), il vaut mieux les prendre quand ils sont jeunes et impressionnables. A cette fin, les notions de préjugés inconscients, de privilège blanc et de racisme systémique commencent à être déployées dans les écoles outre-Atlantique et même outre-Manche. Pour illustrer le dévoiement pédagogique que représente cette méthode, il suffit de regarder le documentaire produit par la chaîne britannique, Channel 4, et diffusé en prime time au mois de juin dernier : « The School that Tried to End Racism » (L’école qui essaya de mettre fin au racisme).

Acclamé par tous les médias de la gauche et du centre, le film met en scène une vraie expérience conduite sur de jeunes élèves âgés d’environ 11 ans dans une école multiethnique à Londres. Aucune considération n’est accordée à la dimension éthique de l’exercice: peut-on conduire des expériences psychologiques sur des enfants n’ayant pas encore atteint l’âge de consentement ? Les organisatrices, une professeure de pédagogie et une autre de psychologie, ont la prétention démiurgique de façonner les esprits des jeunes. Selon l’une d’entre elles: « Intervenir à cet âge-là est crucial afin de cibler les attitudes des enfants avant qu’elles ne se cristallisent à l’âge adulte. » La première étape de cette intervention consiste à faire passer à tous les élèves un test d’association implicite. A la fin du processus de rééducation, on leur fait repasser le test pour montrer – chose étonnante ! – que les petits racistes en herbe ont été métamorphosés en antiracistes bien dressés. Depuis la création de la psychologie expérimentale à la fin du XIXe siècle, on sait qu’il ne faut surtout pas que les expérimentateurs suggestionnent leurs sujets en leur indiquant par des gestes ou des paroles indirectes les « bonnes » réponses. Or, les dames qui contrôlent ces expériences ne font que ça. Le manque de respect des protocoles scientifiques de base est à l’image de cette pseudoscience. Ensuite, pour expliquer la notion de privilège blanc, on demande à des élèves, sur le terrain de sport, de prendre place sur une ligne de départ comme pour une course à pied. Selon leurs réponses à des questions portant directement ou indirectement sur leur ethnicité, on leur demande soit d’avancer d’un pas ou deux, soit de reculer. A la fin, ils se trouvent tous dispersés à des marques différentes. On leur annonce que cette différenciation est à l’image du statut plus ou moins privilégié de leur point de départ dans la vie. Sauf que, selon le rapport cité ci-dessus, la réussite professionnelle ou l’ascension sociale d’un individu, quelle que soit son ethnie, est très rarement entravée par des préjugés négatifs à son égard de la part de la majorité blanche des citoyens.

Pour comble, on sépare les enfants dans des groupes de discussion selon leur ethnie, afin qu’ils prennent bien conscience de ce qui les sépare de leurs collègues. Une fille métisse se demande dans quel groupe elle doit aller. Un garçon blanc se fond en larmes et quitte son groupe parce qu’on l’a séparé de certains de ses meilleurs copains qui, en l’occurrence, appartiennent à d’autres ethnies. Peu importe la violence qui est ainsi faite aux jeunes esprits. Tout cela sert les objectifs de l’exercice: il s’agit de diviser les gens, les ranger dans des camps opposés et, là où c’est nécessaire, les forcer à choisir le leur. Le but des antiracistes est clair: à partir d’innocents, créer d’un côté des coupables qui se mettent humblement sur le long chemin de la rédemption et, de l’autre, des victimes dont les griefs inventés, exagérés ou exacerbés préparent le renversement de l’actuel ordre social.

L’antiracisme enseigné à coups de trique

Quittons le Royaume Uni et le domaine expérimental pour les États-Unis et le domaine de la pratique quotidienne. Le système d’éducation de l’Etat de Virginie est très largement la proie de l’idéologie woke, sans doute en partie parce que son gouverneur démocrate, Ralph Northam, a besoin de faire oublier un scandale de blackface survenu en 2019 et auquel il a miraculeusement survécu. L’idéologie « tous racistes ! » domine dans les écoles et les centres de formation des enseignants. Derrière une façade – ô combien superficielle – d’instruction participative, les professeurs inculquent aux élèves la notion de racisme innée par la bonne vieille méthode autoritaire. Une vidéo chargée sur YouTube le 29 mars se présente comme l’enregistrement d’un échange entre un maître et un lycéen dans le comté de Loudoun, les deux participants masculins restant hors caméra.

Affichant sur un écran l’image de deux jeunes femmes, dont l’une est plutôt noire, l’autre blanche de cette blancheur des rousses, le maître interroge l’élève :

– Que voyez-vous ?
– Deux personnes.

Se faisant insistant :

– Rien d’autre ?
– Deux personnes côte à côte.

L’enseignant commence à fustiger l’élève :

– Je ne crois pas que vous croyez ça. Vous vous dérobez à la question délibérément.
– Je ne comprends pas ce que vous voulez que je dise.

Autoritaire :

– Je pense que vous comprenez très bien.
– Vous voulez que je dise qu’il y a deux races différentes dans cette image ?
– Oui !
– N’est-ce pas aggraver le problème au lieu de reconnaître qu’il y a juste deux personnes normales ?

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Très autoritaire :

– Non ! Vous ne pouvez pas regarder ces personnes sans reconnaître qu’il y a des différences raciales.

Autrement dit, l’enseignant commence par inviter l’élève à s’exprimer avant de lui asséner l’interprétation correcte. Il s’agit d’une doctrine fondamentale: la race ne peut pas être « invisible » ; on ne peut pas être « colour blind » (littéralement, daltonien) ; on voit toujours la couleur de peau des autres et – par extension – on est toujours raciste. Toute personne qui oserait nier cette vérité fondamentale est particulièrement raciste et doit le reconnaître de gré ou de force. Paradoxe curieux : un internaute a fait remarquer sur YouTube que l’image utilisée est celle de jumelles. S’il y a deux races ici, elles sont « dans » chacune des deux sœurs ! Le programme des antiracistes militants se fonde sur ce mélange d’autoritarisme et d’absurdité qui, de tout temps, caractérise les dictatures.

pedagogie-antiracismeÀ suivre, la troisième et dernière partie : Les victimes au pouvoir. Où nous découvrirons comment les « groupes de paroles » sur le racisme font partie d’un programme destiné à diviser la société en deux camps : celui des victimes enragées et celui des coupables dociles. La France saura-t-elle y résister ?

Le prince est mort, vive le prince!

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Si les tabloïds d’outre Manche ont souvent la dent dure avec la monarchie britannique, en France c’est Le Monde qui s’est illustré avec un article peu amène le jour du décès du prince Philip.


La famille royale britannique a annoncé ce vendredi le décès de Philip Mountbatten Duc d’Edimbourgh, à l’âge de 99 ans, époux d’Elizabeth II depuis 73 ans. Il avait subi une intervention cardiaque en février. Le président français Emmanuel Macron a salué « une vie exemplaire définie par la bravoure, le sens du devoir et son engagement en faveur de la jeunesse et de l’environnement. »

À mon grand étonnement, les réseaux sociaux ont vu fleurir nombre d’hommages sincèrement émus de la part de nos compatriotes. Les guillotineurs de monarque que nous sommes ont en effet toujours eu une fascination certaine pour la famille royale d’Angleterre, ses frasques et ses malheurs. En témoigne l’énorme succès de la série The Crown sur Netflix où Philip est dépeint comme un homme de caractère, à la fois désabusé et impliqué dans le destin des Windsor.

Ce fut un début de réhabilitation pour cet homme, que nous Français, connaissons seulement dans son rôle de prince consort que le protocole obligeait à marcher deux pas derrière Sa Majesté.

En réalité sa vie, sa naissance, furent terriblement romanesques.

A lire aussi, du même auteur: « The Crown », one more time

Né le 10 juin 1921 en Grèce, il est le petit-fils de Georges 1er de Grèce, issu de la famille royale du Danemark. Suite à un coup d’État lorsqu’il avait l’âge de 18 mois, sa famille dut quitter précipitamment le pays. La légende veut qu’il fut caché dans un cageot d’oranges le temps de la traversée en bateau. Sans le sou, ils vécurent à Paris aux frais de Marie Bonaparte. Philip est envoyé dans une école anglaise en 1928.

Lorsque Elizabeth le rencontre en 1939, elle n’a que 13 ans, lui 18. On dit qu’elle tomba immédiatement amoureuse de ce beau gosse au physique d’acteur hollywoodien. Ils se marient en 1947, malgré la désapprobation des Windsor qui estime ce prince quelque peu déchu.

Picadilly Circus, hier soir © Alberto Pezzali/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22556658_000017
Picadilly Circus, hier soir © Alberto Pezzali/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22556658_000017

La vie de Philip ne fut faite que de renoncements. Il renonça à sa brillante carrière navale qu’il effectua sous la houlette de Lord Mountbatten, son mentor, à qui il emprunta le nom. Il abandonne également ses titres grecs et danois ainsi que la religion orthodoxe. Buckingham vaut bien une messe.

Elizabeth fut rapidement sacrée reine, et commença pour Philip sa longue carrière de prince consort. « Je suis votre obligé pour la vie », lui dit-il. Obligé qui fit preuve pendant la durée de son job de « monsieur Elizabeth II » d’un humour mi british mi douteux, que Le Monde (nous y reviendrons), a qualifié de « raciste et condescendant »… Ce sont des saillies finalement assez drôles et surtout d’un autre siècle, qui paraissent effectivement douteuses à l’aune du monde post colonial « wokiste » que nous connaissons. En effet, il lança au président du Nigeria qui recevait le couple royal en boubou: « On dirait que vous êtes prêt pour aller au lit ! », il demanda à un aborigène s’il se battait à coup de lances, et, ma préférée, à Elton John, adoubé chevalier par Sa Majesté: « Est-ce vous qui êtes venu dans cette voiture ridicule ? »

Bien que le couple qu’il forma avec Elizabeth fût souvent cité en exemple, on le disait coureur. On lui connaît une romance avec une danseuse qu’il ne rencontra que quelquefois mais avec qui il entretiendra, parait-il, une correspondance enflammée. Cela n’empêcha son épouse de le considérer comme son « roc » et même de l’appeler « mon chou » en privé. Les couples royaux sont comme tous les couples.

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Au milieu des hommages quasi unanimes, Le Monde s’est donc distingué en publiant un article, le corps du prince à peine tiède, que je qualifierais d’indigne. Le quotidien de référence, désormais thuriféraire de l’idéologie woke, y évoque la prétendue « condescendance et le racisme impérial » du prince. Racisme. Le mot est encore une fois lâché. Le péché capital de notre temps, selon la gauche qui le voit partout. Elle qui n’aime rien plus que de contextualiser, elle se garde bien de le faire dans certains cas. Car oui, Philip fut un homme de l’ancien monde, un vestige de l’empire britannique, et de la vieille Europe monarchiste, dont les valeurs étaient bien différentes des nôtres. Faut-il s’en offusquer ? Rien n’est moins sûr. D’autant plus que sa mère, Alice Battenberg, sourde et schizophrène, fut reconnue juste parmi les justes pour avoir hébergé une famille juive pendant la guerre.

Mais déjà, comme souvent, les embrouilles familiales des Windsor commencent à agiter la presse.

L’intrigante Meghan, assistera-t-elle aux obsèques ? Les paris sont ouverts.

Quant aux sujets de Sa Majesté, fidèles à tout jamais à leurs « royals », ils sont allés déposer, malgré le covid, des gerbes de fleurs devant les grilles de Buckingham. Des images fort sympathiques. God save the Queen !

Rwanda: partiel et partial, le rapport Duclert

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Après deux années d’analyses d’archives, le rapport de Vincent Duclert estime que la France porte des «responsabilités lourdes et accablantes» dans la tragédie de 1994. Une tribune libre de Jacques Hogard, ancien militaire et fondateur de l’association France-Turquoise, dont la raison d’être est la défense de la vérité sur l’action de la France au Rwanda à la suite des allégations concernant cette dernière.


Le rapport « Duclert », commandé par le président de la République pour tenter de faire la lumière sur la responsabilité supposée de la France dans le génocide rwandais de 1994, fait couler beaucoup d’encre depuis sa remise le 26 mars à Emmanuel Macron par le Pr Vincent Duclert, patron de la commission de 14 historiens réunis depuis deux ans à cette occasion. Ce rapport très fouillé et très volumineux est paradoxalement partiel, et partial.

Très sévère pour la France – qu’il exonère toutefois de « complicité de génocide » -, ce rapport accable le pouvoir en place à l’époque en soulignant ce qui selon lui caractérise sa politique: un « aveuglement continu » dans le soutien au « régime raciste, corrompu et violent » alors au pouvoir au Rwanda, une « lecture ethniciste alignée sur celle du pouvoir rwandais de l’époque héritée d’un schéma colonial ».

Nonobstant les prises de position, dans l’ensemble très favorables, à l’encontre de ce rapport de 1 000 pages, j’ai quant à moi une position dissonante: pour moi, en effet, ce rapport très fouillé et très volumineux est paradoxalement partiel, et partial.

Un manque d’histoire longue

Partiel, car il ne se penche sur les relations franco-rwandaises et sur l’histoire du Rwanda que pour la période de 1990 à 1994.

Partiel parce qu’il marginalise l’importance du contexte historique du début des années 1990: fin de la guerre froide et du monde bipolaire où les rapports de force sont redistribués. Pendant la guerre froide, la France était « le gendarme de l’Afrique » et nos alliés américains la soutenaient alors. La donne a par la suite subitement changé.

Et puis on ne peut faire abstraction de l’histoire contemporaine du Rwanda « moderne », de la chute de la monarchie, de l’avènement de la république en même temps que de l’indépendance (1959/61). De même pour ce qui concerne les relations franco-rwandaises qui se formalisent à partir de 1975 au travers de la signature des accords de coopération signés au nom de la France par Valéry Giscard d’Estaing. De même pour la période dramatique qui s’ouvre fin 1994 et qui dure encore, impliquant toute la région des Grands Lacs. Il me semble que l’on ne peut rien comprendre au génocide des Tutsis de 1994 si l’on occulte tout ce contexte et en particulier:
– les massacres des Tutsis par les Hutus en 1959/60,
– le génocide des Hutus du Burundi par les Tutsis en 1976,
– les massacres des Hutus par les Tutsis du Front patriotique rwandais (FPR) entre 1990 et 1994 qui provoquent l’afflux d’un million de réfugiés devant Kigali durant cette période (des « gueux » qui seront massacrés par la suite par le FPR dans leur fuite éperdue vers et à travers le Zaïre (1995/96/97…). Ces massacres durent encore.

Tout ceci figure dans le Rapport Mapping de l’ONU (du moins dans sa version d’origine, non édulcorée), gardé en réalité sous le coude pour ne pas offenser Kagamé. Partiel aussi, car il n’évoque pratiquement pas les graves responsabilités de l’ONU, des Etats-Unis et autres puissances impliquées (Grande-Bretagne, Israël…). Et pourtant ! Il y aurait tant à dire.

Tandis que là, cette présentation partielle focalise sur la France seule. Qui a peut-être commis des erreurs d’appréciation. Mais pas au point d’être ainsi accablée face à l’opinion publique mondiale, et notamment face au Rwanda de Kagamé, très largement responsable de la situation dramatique des Grands Lacs depuis 25 ans. Alors que la France est la seule puissance à avoir tenté quelque chose pour enrayer ce processus sanglant. Il n’y a qu’à en parler avec le Pr Denis Mukwege, Prix Nobel de la Paix. Privilège qui m’a été donné une fois et que je n’oublierai pas, tant la lucidité, le courage et la haute stature morale de cet homme m’ont impressionné.

Le rapport Duclert est partial, car nonobstant l’abandon du chef de « complicité de génocide », ce qui me parait le minimum, ce rapport accable la France à travers son président de l’époque et certaines de ses personnalités politiques et militaires, soulignant en termes très durs leur cécité, leur aveuglement idéologique (complexe de Fachoda !) face à un régime raciste, totalitaire et in fine génocidaire. Tout n’est pas faux peut-être dans cette vision. Mais elle est aisée après coup quand tout s’éclaire avec le recul du temps.

Et puis surtout, cela procède – comme pour l’Algérie avec le rapport Stora – d’un esprit de repentance aussi obstiné que contre-productif, qui, je dois le dire, ne me fait pas vibrer. C’est la France qui est ainsi humiliée à la face du monde. Depuis quelques jours, beaucoup d’amis africains me demandent quelle mouche a piqué Macron pour s’auto-flageller ainsi ? « Vous êtes vraiment masos, vous les Français ! » me disent un certain nombre de mes correspondants ! Ils n’ont pas tort. Le pire est ce faisant que la France s’humilie devant un régime totalitaire et ethniciste auprès duquel son prédécesseur fait figure d’ « enfant de Marie ». Il faut s’attendre en conséquence à ce qu’un nouveau rapport, dans 20 ou 25 ans au plus tard (cela risque de venir beaucoup plus tôt), fustige à son tour en termes plus sévères encore la cécité, l’aveuglement coupables de ceux qui auront ainsi cherché à plaire et complaire au début des années 2020 au calamiteux régime totalitaire du général-président Kagamé !

Le rapport Duclert est partial, car il ne fait guère preuve de rigueur historique en laissant entendre, par exemple, que l’attentat du 6 avril 1994 a été commis par les extrémistes hutus, thèse à laquelle les gens sérieux ne croient pas, pas même les magistrats français qui ont conclu à un très diplomatique non-lieu, tout en écrivant que tout converge quand même pour imputer au FPR cet événement déclencheur du génocide ! … Et d’ailleurs, c’est intéressant de noter qu’aussitôt que sont évoqués l’attentat et ses responsables, le rapport Duclert dit alors que « de toute façon, ça n’a pas d’importance, le génocide aurait quand même eu lieu, avec ou sans attentat »!! Ce n’est évidemment ni l’avis de Carla Del Ponte l’ancienne procureure du TPIR, ni celui d’historiens ou de chercheurs éminents, mais politiquement incorrects c’est vrai, tels Lugan, Onana ou autres ! Et il y a bien d’autres exemples du même bois.

Un manquement méthodologique

On peut aussi regretter la méthode : si un doctorant avait réalisé sa thèse sur le sujet, son directeur de thèse l’aurait obligé à multiplier les…

>>> Lire la fin de l’article sur le site de la revue Conflits <<<

Éric Zemmour: « Quand la France était grande »


Admirateur de l’Empereur depuis l’enfance, Éric Zemmour voit dans son épopée la dernière chance pour la France de redevenir une puissance mondiale de premier rang. Depuis, elle a perdu sa vocation et son destin. Alors que les élites ont saccagé l’héritage napoléonien, nous ne pouvons avoir qu’un projet défensif : refaire des Français par l’assimilation.


Causeur. Dans les pages autobiographiques de Destin français vous racontez comment, très jeune, vous avez préféré une biographie de Napoléon aux BD et autres lectures des gamins de l’époque. Pourquoi étiez-vous séduit ?

Éric Zemmour. Difficile de se souvenir après tant d’années… Enfant, j’aimais les héros de Dumas, les trois mousquetaires, Monte-Cristo, les personnages de Balzac comme Lucien de Rubempré… Je me suis plongé dans le roman historique et l’histoire romancée. Ma mère m’a offert pour mes 11 ans, le Napoléon d’André Castelot. Je l’ai gardé depuis avec sa belle couverture verte. Pour moi, Napoléon était aux frontières de la fiction et de la réalité, c’était le personnage le plus extraordinaire de notre histoire, le héros par excellence, le mètre étalon de tous les autres héros, ceux qui sont venus après lui mais – ce qui est encore plus extraordinaire – également ceux qui l’ont précédé. Au-delà du personnage et de son épopée, le premier Empire est le moment où la France a été la plus grande dans l’histoire. Jeune, j’étais déjà fasciné à la fois par le petit Corse qui devient empereur et par le moment, celui où la France est au sommet. Pour moi, Napoléon est un empereur romain. J’aurais aimé vivre à cette époque, je ne rêvais pas de pays étrangers et de contrées exotiques, ni d’espace et de science-fiction futuriste, mais de voyager dans le temps.

Y a-t-il eu d’autres moments napoléoniens dans votre vie ?

Depuis ces premiers émois napoléoniens, je ne l’ai plus quitté. Je n’ai pas cessé d’approfondir ma connaissance de ce personnage. Je lis encore régulièrement des livres, des biographies de ses contemporains – notamment de Talleyrand, de Fouché et des maréchaux –, des ouvrages sur les batailles. Je relis régulièrement les Mémoires d’outre-tombe de Chateaubriand, car le livre allie l’élégance du style et le récit de nos grandeurs. Avec le xviie siècle, pour la grandeur littéraire, artistique, Molière, Racine, Versailles, qui constituent la quintessence de la France, le premier Empire est mon moment français préféré. C’est celui où les Français sont vraiment sur le toit du monde. D’ailleurs, Stendhal dit en substance que les Français étaient alors fiers d’eux-mêmes, se sentaient supérieurs au reste de l’humanité, comme les Espagnols au temps de Charles Quint ou les Romains au temps de l’Empire romain. Je souffre beaucoup du déclin, qui a commencé après 1815.

Qui sont pour vous les meilleurs – militaires, ministres, hauts fonctionnaires – dans les équipes mises en place par Napoléon ?

Davout est mon préféré. Il n’a jamais perdu une bataille. S’il avait été présent à Waterloo… Talleyrand est le pire, le vrai traître.

Napoléon veut que la France reste une puissance globale capable de tenir tête à l’Angleterre

Selon vous, nous sommes sur le déclin depuis 1815. Diriez-vous que nous avons atteint le nadir ?

L’échec de la guerre de Sept Ans (1756-1763) est une véritable catastrophe qui en réalité explique la suite : nous avons perdu l’Amérique, nous avons laissé le monde nous échapper. Cela explique les guerres de la Révolution et de l’Empire. Les Français tentent de prendre leur revanche sur les Anglais pour l’hégémonie mondiale.

On fait de Napoléon un belliqueux alors qu’il ne fait qu’essayer de corriger la défaite subie par Louis XV en 1763 et de rattraper le coup terrible porté à la France par l’Angleterre. Celle-ci nous a déclaré une guerre pour l’hégémonie mondiale, à la fin du règne de Louis XIV, une seconde guerre de cent ans, de 1680 à 1815. Les guerres napoléoniennes ne sont qu’un épisode de ce conflit séculaire. En 1815, nous étions si puissants que l’Europe entière devait se mobiliser pour nous battre. Moins de soixante ans plus tard, en 1870, un pays tout seul, la Prusse, nous bat à plate couture en quelques mois. Encore sept décennies et en 1940, on se fait écraser par les Allemands en trois semaines. Huit décennies sont encore passées et aujourd’hui nous ne pouvons maîtriser ni notre population ni nos frontières et notre pays subit une islamisation d’une partie de notre territoire. Et en plus, nous nous sommes piégés dans un système européen dirigé par l’Allemagne.

Eric Zemmour ©Soleil
Eric Zemmour © Soleil

Pourquoi situez-vous le point de départ de ce déclin en 1815 et non en 1808, le moment où l’Empire français est à son apogée ? Après trois ans de retraite quasi ininterrompue, Napoléon laisse après Waterloo un territoire plus petit que celui dont il a pris le contrôle fin 1799…

C’est l’argument de Bainville, mais malgré cette illustre origine intellectuelle, il est fallacieux, car l’important n’est pas là. Le problème de fond – et c’est le seul point de désaccord que j’ai avec Bainville –, c’est qu’au départ, à la fin du xviiie siècle, la France est un mastodonte, elle est surnommée la Chine de l’Europe ! En 1789, la France compte 28 millions d’habitants, c’est-à-dire autant que la Russie. La Grande-Bretagne : 8 millions.

Sauf que l’Europe se transforme à grande allure : déploiement de l’empire anglais, accès de la Russie aux mers chaudes, arrivée timide de l’Amérique dans le jeu, partage de la Pologne, sans oublier la Prusse qui commence à grossir. Le résultat, c’est que la France de Louis XV n’est plus le seul géant. Napoléon veut qu’elle redevienne un géant et donc qu’elle prenne l’Italie du Nord, la Belgique, les Pays-Bas et la rive gauche du Rhin. Autrement dit qu’elle conserve ce qu’on appelle aujourd’hui la taille critique d’une puissance globale capable de tenir tête à l’Angleterre et son empire maritime. Il veut aussi concurrencer l’Angleterre sur les mers, dans le monde entier. D’où le si critiqué rétablissement de l’esclavage à Saint-Domingue. Dans Le Grand Échiquier, Zbigniew Brzezinski, le conseiller de la sécurité nationale de Jimmy Carter, livre une analyse historique très intéressante : si la France de Napoléon avait gagné, la France serait une puissance globale de notre époque. À la sienne, Napoléon est le seul à l’avoir compris. Même Talleyrand, pourtant très intelligent et bien informé ne l’a pas vu. Et c’est seulement un siècle plus tard, après la Première Guerre mondiale, que Paul Valéry le comprend à son tour. Aujourd’hui, tout le monde le sait : la France n’est plus un géant à l’échelle du monde.

Chateaubriand, avec son admiration réservée pour Napoléon, constate que les guerres d’Ancien Régime changeaient les frontières de l’Europe au prix de quelques milliers de morts, souvent mercenaires. Les guerres napoléoniennes ont coûté 3 millions de vies pour les mêmes résultats. Ces millions de morts, militaires et civils, n’expliquent-ils pas que la dynamique démographique française se soit cassée entre 1789 et 1815 ?

Pas 3 millions de morts français, loin de là. Et je répète que ce n’est pas Napoléon qui déclare la guerre. Il aura quand même sept coalitions contre lui. Quant à la chute démographique, elle commence à la fin du xviiie siècle, et la déchristianisation en est, je pense, la raison fondamentale.

Parlons de notre rapport à Napoléon. Alors que le bicentenaire de sa naissance (1969) et le 150e anniversaire de sa mort (1971) ont été célébrés avec faste, aujourd’hui, on sent bien qu’il gêne. En 2004, on fête le bicentenaire du Code, mais un an plus tard, on passe totalement sous silence les deux cents ans de la victoire d’Austerlitz. Et il y a quelques semaines, Jean-Louis Debré déclarait : « Sur Napoléon, n’en faisons pas trop, car cela risque d’être perçu comme une provocation. » Alors, Napoléon, pourquoi tant de haine ?

Tout simplement parce qu’il incarne la quintessence de tout ce que notre époque déteste et veut abattre : un homme d’abord, un combattant ensuite et enfin la puissance de la France. Et pour l’abattre, il faut détruire tout ce qu’il avait fait. Tout ce qui a trait au Code civil, au mariage est systématiquement démantelé aujourd’hui avec le mariage homosexuel ; on a également supprimé tout ce qui concernait la nationalité, notamment la loi sur les prénoms ; son organisation administrative (État-département-commune) a été complexifiée avec le millefeuille territorial au point de perdre toute son efficacité. Et n’oublions pas la justice administrative avec le Conseil d’État qui, initialement chargé de protéger l’État, considère aujourd’hui qu’il doit protéger l’individu contre l’État. La liste est longue… Tout l’héritage napoléonien a été saccagé parce que notre époque ne veut plus de sa vision de la France comme organisation hiérarchique autour de son État. On veut la société des individus autonomes, pas l’unité et la grandeur de la France. L’État ne doit plus surplomber la société, il doit être son objet soumis, le serviteur des individus et de leurs caprices. Et ne parlons pas des idées de puissance, d’autorité et de domination, qui sont presque criminalisées. Napoléon, leur incarnation pure et unique, est donc l’icône à abattre.

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À l’approche du bicentenaire de sa mort, la résistance au souvenir napoléonien vient surtout des associations et militants décoloniaux qui voient en lui l’homme du rétablissement de l’esclavage. Comment analysez-vous cette décision ?

Je crois avoir répondu : ces associations, au fond, détestent la France.

Pourquoi cette haine n’est-elle pas dirigée contre Louis XIV qui est l’initiateur du Code noir ?

Vous savez, Louis XIV n’est pas non plus particulièrement apprécié, il suffit de voir la chasse aux statues de Colbert… Au demeurant, Napoléon admire Louis XIV. Napoléon est simplement le Français le plus admiré à l’étranger, y compris par ses ennemis et adversaires. Qu’on lui rende hommage dans l’hymne national polonais, c’est compréhensible. Mais – c’est le grand paradoxe de cet homme d’exception ainsi qu’un indice de plus de son statut unique – qu’on l’admire en Russie, en Angleterre, en Allemagne et même en Chine, c’est tout de même extraordinaire ! Les Coréens se battent à coups de millions de dollars pour acheter ses bicornes aux enchères. Partout dans le monde on lui voue un véritable culte, sans parler des militaires, tous éduqués depuis deux siècles à la lumière de son génie.

Quelle est sa réalisation la plus importante et la plus durable ? Que reste-t-il de Napoléon aujourd’hui ?

Paul Valéry parlait des « édifices qui ne sont pas solides mais qui sont éternels ». Pour moi, les plus importantes réalisations de Napoléon sont ses victoires militaires. Paradoxalement – et Valéry l’avait parfaitement compris –, elles sont aussi les plus durables. Tout le monde pense au Code civil, mais pas moi. Souvent, les gens disent aimer Bonaparte davantage que Napoléon. Pour moi, c’est le contraire. Je préfère Napoléon à Bonaparte, pour le grand Empire de 1810. C’est cela qui aujourd’hui fascine et fait rêver les Chinois et les Russes. Il a laissé aussi un mode de direction du pays : un pouvoir centralisé, rapide, efficace. Bref, le bonapartisme.

Quelle est la possibilité d’un Empire aujourd’hui ? Est-ce qu’un État puissant et conquérant représente une option réelle pour la France du xxie siècle ?

Non. Nous avons perdu définitivement et depuis longtemps cette bataille-là. La dernière chance, c’était la stratégie gaullienne. L’Europe des Six, c’est la France de Napoléon. De Gaulle dit à Peyrefitte : « À six, on est capable de faire aussi bien que les USA et l’URSS, et comme la France va diriger les Six, on retrouvera notre Europe qu’on a perdue en 1815. » Je vous signale que de Gaulle dit bien « 1815 » et non pas « 1763 » ou « 1812 ». La stratégie gaullienne échoue très vite, car les Allemands refusent la tutelle française, lui préférant celle des États-Unis d’Amérique. Ce choix rend furieux le général et explique sa politique étrangère maurassienne ensuite (sortie de l’OTAN, discours de Mexico, « Vive le Québec libre ! », le discours de Phnom Penh). Le problème, c’est qu’aujourd’hui, ceux qui dirigent la France croient retrouver la stratégie gaullienne du levier d’Archimède tandis qu’en réalité ils se soumettent à l’Allemagne. Avec l’Europe des Vingt-Sept, on est sorti de l’Europe napoléonienne pour entrer dans l’Europe du Saint-Empire romain germanique, que Napoléon a détruite en 1806 à Iéna.

Si la France n’a plus de rêve impérial, qu’en reste-t-il ?

C’est tout le problème. Il y a dix ans, j’ai écrit Mélancolie française pour expliquer que le projet secret, le destin de la France, était de refaire l’Empire romain, que Napoléon l’avait assumé, et qu’à partir du moment où ce rêve d’empire n’existe plus, la France se délite. Le problème français, c’est de retrouver un objectif, un destin, une vocation. Les élites françaises, imprégnées d’européisme, pensent qu’elles vont rétablir leur hégémonie sur l’Europe à travers l’UE. Et tant pis si, pour qu’elles se maintiennent, il faut sacrifier la France.

La Ve République est faite pour gouverner l’Europe et pas seulement la France

Franchement, vous nous voyez avec un empereur ?

Mais la Ve République, c’est ça ! Peter Sloterdijk dit très justement que la Ve République, c’est l’élection du président de la République au suffrage universel plus la bombe atomique. C’est, dit-il, l’équivalent de la Grande Armée de Napoléon et du sacre de Notre-Dame. Je trouve cette observation magnifique, et c’est pour cela que l’Europe nous pose un problème : la Ve République est faite pour gouverner l’Europe et pas seulement la France. C’est pour cela aussi que les institutions françaises sont autant détestées par les européistes, parce qu’elles placent le président de la République, élu directement au suffrage universel, au-dessus du chancelier allemand, et qu’il détient l’arme atomique – caractéristiques du président américain. Et ça fabrique de la légitimité. Si la France est écoutée encore en Europe, c’est grâce à cette légitimité-là. Je suis toujours frappé par l’aura du président de la République française en Europe six mois après son élection. Après, cela s’effiloche très vite, parce que la mécanique européenne est faite de telle manière qu’elle détruit la puissance française en la soumettant à des négociations sans fin et au droit européen. C’est tout simplement incompatible avec l’esprit et les institutions de la Ve République.

Rencontre entre Konrad Adenauer et Charles de Gaulle à Cologne (Allemagne), septembre 1962. "L'Europe des Six voulue par de Gaulle, c'est la France de Napoléon." ©DPA/Picture Alliance/Leemage
Rencontre entre Konrad Adenauer et Charles de Gaulle à Cologne (Allemagne), septembre 1962. « L’Europe des Six voulue par de Gaulle, c’est la France de Napoléon. » ©DPA/Picture Alliance/Leemage

On peut vous objecter que, bien avant le quinquennat, la Ve République n’arrivait plus à fabriquer de la légitimité même à l’intérieur du système politique français, à cause de son manque de représentativité du corps électoral.

Je ne trouve pas. Certes, il y avait des dérèglements avec la cohabitation, parce que le président Mitterrand n’a pas respecté l’esprit de la Ve République ; il aurait dû démissionner et refaire une campagne présidentielle. Mais c’est le quinquennat qui a vraiment abîmé, dénaturé même, la Ve République, permettant en conséquence le développement du droit européen. Il ne doit pas y avoir de droit au-dessus de celui du président de la République car, comme disait de Gaulle, « la cour suprême en France, c’est le peuple ». Et maintenant, tout cela est fini : la cour suprême en France, ce sont tout à la fois le Conseil constitutionnel, la Cour de cassation, le Conseil d’État, la CJUE et la CEDH. Résultat, il n’y a plus de pouvoir réel et les présidents sont élus sur des projets auxquels ils renoncent au bout de six mois ou un an à cause des contraintes européennes et mondiales.

 Si la réforme des retraites poussée par Macron a échoué, ce n’est pas à cause du droit européen.

Vous avez raison, mais si on a démantelé EDF, c’est à cause de l’UE. L’absence de légitimité du pouvoir français a pour cause l’Europe et la décentralisation.

Autrement dit, pour poursuivre votre logique, l’abandon de l’héritage napoléonien.

Exactement ! Son abandon et sa destruction.

À lire aussi: Exposition pour le bicentenaire de la disparition de Napoléon: aura-t-elle lieu?

De Gaulle et Napoléon sont issus de l’armée. La marginalisation de l’armée française a-t-elle abîmé notre génie particulier ?

Peut-être. Cependant, notre armée n’est pas marginale : nous sommes le dernier pays d’Europe à utiliser son armée pour des expéditions à l’étranger. C’est la spécificité française. L’aura, certes éphémère, du général de Villiers en témoigne. Il y a une nostalgie. Je continue de penser que c’est notre atout majeur.

Quel projet peut donc avoir la France à partir de votre conception de son histoire et de son génie particulier ?

Notre principal problème aujourd’hui est la désagrégation du pays et la guerre de civilisation qui se déroule sur notre sol. En conséquence, tout projet pour la France doit d’abord être défensif : il s’agit de refaire des Français et de refaire la France. Cela passe par l’assimilation, par l’École, par notre indépendance et le retour de la puissance militaire et du régalien. Surtout, il faut régler cette question intérieure par un changement des lois, par une politique de blocage de l’immigration et, je le répète, par l’assimilation. C’est une position défensive, on retrouvera une position offensive après, car nous ne sommes plus crédibles aujourd’hui.

Vous n’avez pas évoqué l’économie, la richesse nationale. C’était aussi l’une des faiblesses du système continental de Napoléon.

Napoléon était très soucieux de développement économique et obsédé par celui de la marine. Il avait une vision économique et mondiale. Son blocus continental a permis l’émergence de l’industrie allemande, l’économiste List le reconnaît. Or aujourd’hui, on aurait justement besoin de cela : un protectionnisme continental, pour favoriser notre réindustrialisation.

Avouez-le, vous vous prenez un peu pour Napoléon. Rêvez-vous de poursuivre son projet ?

Je vous assure que je ne vais pas envahir l’Italie !

Destin français

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Sollers, ou la raison nouvelle

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L'écrivain Philippe Sollers © Photo Hannah Assouline

Un projet autobiographique unique en son genre fait de Sollers, au-delà du personnage médiatique désormais en retrait, un écrivain qui restera.


Philippe Sollers publie deux livres, assez différents quant à la forme, mais très semblables quant au fond. Il s’agit comme toujours de partir de lui-même, et de décrire inlassablement, mais non sans subtilité, son univers personnel. Le romancier Sollers revendique cette subjectivité ; acceptons-la d’autant plus qu’il se place ainsi dans la catégorie des plus grands (Montaigne en tête), et nous essaierons de voir si le challenge est maintenu jusqu’au bout. Un tel projet littéraire a, en tout cas, de quoi séduire ceux qui, comme moi, ont la religion des textes.

L’aventure d’une vie

Le premier livre s’intitule Agent secret. Il paraît au Mercure de France, dans la très belle collection « Traits et portraits », dirigée par Colette Fellous. Pierre Guyotat y avait par exemple publié son génial Coma en 2006, œuvre inoubliable. Agent secret est également une autobiographie, dans laquelle Sollers se remémore, comme il l’a déjà fait si souvent, l’aventure de sa vie : son enfance à Bordeaux durant la guerre, son heureuse famille bourgeoise, puis les grandes dates de sa carrière d’écrivain, ponctuée de nombreuses rencontres, dont celles entre autres de Barthes et de Lacan.

Il évoque aussi, bien sûr, pêle-mêle la Chine, le taoïsme, la messe catholique, Hölderlin, les dieux grecs, Aragon et Mauriac, parmi tant d’autres sujets qui lui sont devenus si familiers. Il parle surtout, et ceci a particulièrement retenu mon attention, des trois femmes qu’il a le plus aimées, celles qui ont eu une influence majeure sur lui et qui furent pour lui des héroïnes de l’existence. Le lecteur de Sollers les connaît déjà, car elles ont tenu beaucoup de place dans ses romans : l’Espagnole Eugenia San Miguel, la « juive polonaise, passée par la Hollande » Dominique Rolin et la Bulgare Julia Kristeva. Sollers a beaucoup joué à paraître un libertin notoire, mais il faut remarquer chez lui un besoin de connaître sagement des « passions fixes ».

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Agent secret est un énième fil d’improvisations de Sollers sur tous les thèmes qui sont désormais sa marque de fabrique. Certes, il n’évite pas les redites, dans ce livre, mais cela n’en gêne pour ainsi dire pas la lecture, car il sait varier la narration. On a même l’impression d’un livre dicté au magnétophone (cela n’est précisé nulle part) ‒ mais pourquoi pas ? Je dois dire qu’en général on s’ennuie rarement avec Sollers, et c’est par cet Agent secret que je conseillerais de commencer, si le lecteur n’a jamais rien lu de lui. Ce volume de souvenirs restera, je pense, avec Un vrai roman, ses Mémoires publiés en 2007, une excellente introduction à l’art si spécifique avec lequel il recrée habituellement son monde.

Une expertise acquise au milieu des livres

Avec l’autre volume, Légende, qui paraît parallèlement aux éditions Gallimard, nous retrouvons exactement le même « moi », au milieu d’une thématique fort voisine. Mais le style en est plus affiné, davantage écrit, et l’ensemble organisé de manière plus précise. Légende s’inscrit dans la progression du travail de Sollers, de tous ces brefs « romans » qui, une fois l’an, désormais, viennent faire le point sur l’état de sa réflexion. On peut estimer que Femmes, en 1983, fut la première grosse pierre de ce work in progress  aux allures encyclopédiques. Sollers fait d’ailleurs référence, au début de Légende, à cet ancien livre, qui avait alors ouvert une voie que l’écrivain n’en finira pas de creuser. Car derrière une certaine légèreté de façade, faite peut-être pour amuser la galerie, il y a chez Sollers, plus profondément, l’expérience acquise de toute une existence méditative vécue au milieu des livres.

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D’Homère à Rimbaud, en passant ici par Victor Hugo (référence nouvelle chez lui, notons-le avec curiosité), Sollers peaufine son art de la citation (tout sauf évident) et du commentaire éclairé. Il veut embrasser d’un seul coup d’œil ses auteurs fétiches, non seulement les écrivains, du reste, mais aussi les peintres et les musiciens (en particulier, Mozart à qui il a consacré un ouvrage en 2001).

Tempérament classique

Une précision s’impose : Sollers ne se considère nullement comme un réactionnaire, du moins c’est ce qu’il prend bien soin de clarifier. Il écrit d’ailleurs ceci, véritable profession de foi, en même temps que discours de la méthode : « Il faut traquer l’obscurantisme dans les moindres détails. […] Il faut le démasquer dans toutes ses impostures morales et sentimentales, ses préjugés absurdes, ses sexualités confuses, sa propagande puritaine qui accompagne la dénonciation, d’ailleurs nécessaire, du viol. » À travers ses bonnes fées littéraires, Sollers se veut un tempérament « classique ».

Voilà ce qu’il revendique, condamnant du même coup le modernisme, en prenant par exemple la défense de Bataille contre Blanchot. Évacuant ainsi toute velléité nihiliste, Sollers se verrait bien en parfait renaissant (concept qui intègre sa passion pour les révolutions en général, et celle de 1789 en particulier). Il y a une bonne dose d’illuminisme dans tout cela, et le grand René Guénon est alors convoqué pour donner de la consistance à un tel projet ésotérique. Le résultat vers lequel on tend ? « Une toute nouvelle Raison », comme l’écrit Sollers, à laquelle il faut bien sûr être « initié ».

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Ce qui pourrait réunir Légende et Agent secret, tous deux conçus sur une même période, c’est la silhouette fugitive et fascinante du dieu grec Apollon, qu’un admirable tableau de Poussin au Louvre montre « amoureux de Daphné ». Sollers se sent très inspiré par ce dieu, et par ce tableau de Poussin, peintre emblématique du classicisme français. Avouons que cette évocation apporte un grand rafraîchissement à toute cette prose sollersienne, qui, sans cela, manquerait peut-être un peu de mesure. Mais n’est-ce pas ce qu’on demande d’abord à un roman ? Nous permettre de nous évader ? Nous redonner espoir ? Légende se termine d’ailleurs par cette belle affirmation, qui ressemble à une prophétie : « un nouveau Cycle a déjà commencé ». Pour cette fois, Sollers n’en dira pas plus, nous laissant à notre étonnement, comme si ce nouveau Cycle devait être porteur de lumière ‒ ultime référence faite par Sollers à l’Évangile de saint Jean…

Nicolas Poussin - "Apollon amoureux de Daphné" Wikimedia Commons
Nicolas Poussin – « Apollon amoureux de Daphné » Wikimedia Commons

Philippe Sollers, Agent secret. Éd. Du Mercure de France, collection « Traits et portraits », 2021. Et, du même auteur, Légende. Éd. Gallimard, 2021.

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Bruno Bettelheim: tous des imposteurs?

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Bruno Bettelheim en 1990 aux Etats-unis © BARON JEAN/SIPA Numéro de reportage : 00184608_000001

Le billet du vaurien


C’était le 13 mars 1990, jour anniversaire de l’Anschluss, que le psychanalyste Bruno Bettelheim prenait congé de l’existence. Un médecin hollandais était prêt à l’assister, mais comble de dérision ce dernier mourra quinze jours avant que Bettelheim ne se rende aux Pays-Bas. Il lui avait néanmoins expliqué que pour décupler ses chances de réussite, il conseillait, après avoir absorbé des barbituriques, de s’enfermer la tête dans un sac de plastique, lui précisant que le gaz carbonique exhalé par la respiration était censé avoir un effet euphorisant.

Dommage que nous n’ayons pas son témoignage !

Bettelheim était né à Vienne le 28 août 1903. Son père était un négociant en bois, atteint d’une maladie encore incurable : la syphilis. À la fin de sa vie, lors d’une conférence qu’il donna à Lausanne, il heurta l’assistance en disant: « J’avais quatre ans quand mon père a découvert qu’il avait la syphilis. Pendant les vingt années qui suivirent, il n’a plus jamais touché ma mère. Les malades du sida n’ont qu’à faire la même chose ! » Quand un étudiant lui demanda ce qu’il pensait de la vieillesse, il lui répondit : «  N’y parvenez surtout pas ! »

Un personnage de Thomas Bernhard

D’ailleurs, plus il avançait en âge, plus il devenait un personnage à la Thomas Bernhard, capricieux, geignard, sarcastique et arrogant. Il montrait un goût prononcé pour la provocation, n’hésitant pas à comparer les étudiants contestataires des années soixante aux jeunesses hitlériennes, à fustiger le conformisme des adolescents élevés dans les kibboutzim ce qui lui vaudra de solides inimitiés en Israël, à critiquer  le Journal d’Anne Frank et sa niaise confiance en l’homme, à se gausser de la complaisance des intellectuels français face au communisme – « on en pleurerait si ce n’était pas si ridicule », écrit-il- et à soutenir que ce qui a fait des camps nazis (il a passé six mois à Buchenwald) un phénomène unique « c’est que des millions d’hommes aient ainsi marché, tels des lemmings, vers leur propre mort », ce qui lui vaudra d’être taxé par ses ennemis de « juif antisémite ».

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Comme si, au terme de sa vie, il retrouvait Theodor Lessing et cette « haine de soi », mise en scène avec un brio inquiétant par tant de juifs viennois.

Statue déboulonnée

Son vieux camarade Kurt Eissler, directeur des Archives Freud, disait méchamment de lui qu’il avait toutes les caractéristiques du génie, sans en être un. Peu après sa mort, Bettelheim, auteur de La Forteresse vide, le fondateur de l’École Orthogénique de Chicago, est accusé d’avoir été une brute raciste, un charlatan et un plagiaire: il a, en effet, pillé la thèse d’un professeur de psychiatrie pour en tirer sa célèbre Psychanalyse des contes de fées. Il aurait même trafiqué ses diplômes universitaires. Bref il aurait été un ambitieux sans scrupule, détruisant peu avant son suicide toutes ses archives. Et c’est ainsi que la statue du vieux sage sera déboulonnée par ses admirateurs les plus fervents. Je pense que Bruno Bettelheim avec son « old viennese arrogance » aurait été le premier à en rire: n’estimait-il pas que nous sommes tous des imposteurs et que les psychanalystes dans ce domaine n’avaient rien à envier à personne ?

Il n’aurait pas été surpris que cette profession soit aujourd’hui phagocytée par des femmes qui eussent été au siècle passé des dames d’œuvre. Pour avoir passé quelques heures en sa compagnie et avoir été sous son charme, je porte à son crédit l’effet de vérité qu’il a mis, sans doute malgré lui, en évidence.

Sans hypocrisie et sans bons sentiments.

Psychanalyse des contes de fées

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César 2021: Fanny l’ardente

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Fanny Ardant aux César 2021. © Dominique Charriau / Getty Images via AFP

Pour la deuxième année consécutive, Fanny Ardant sauve l’honneur des César. En 2020, elle a osé dire son amour à Polanski et cette année elle a eu le courage de célébrer les hommes. Coup de chapeau à l’une des rares artistes de cette soirée consternante et militante


« C’est une joie de fêter les acteurs. De célébrer les hommes. Leur dire qu’ils sont beaux, qu’ils sont braves. Qu’on rêve de les connaître. Qu’on désire les revoir. Qu’on n’a jamais oublié les émotions qu’ils nous ont données. Qu’ils nous ont fait rire et pleurer. Qu’ils nous ont énervées, mais qu’ils nous ont séduites. Et que…  on les aime… on les admire. Et que… vivre sans eux, ça ne serait pas tout à fait vivre. » Voici les quelques mots prononcés par Fanny Ardant avant de remettre le César du meilleur acteur.

L’anti Corinne Masiero

Comme il en est maintenant coutume depuis que la culture est grandement remplacée par la lutte féministe et antiraciste, les César 2021 furent une grande tribune politique, dégoulinant parfois de bons sentiments, et parfois montrant férocement les crocs, bave aux lèvres, et réclamant vengeance. Le bal des révolutionnaires en carton-pâte s’est avéré tantôt pathétique, tantôt dur, sombre et lourd. Cela ressemblait au mieux à un comité d’épuration, au pire à une déclaration de guerre, ou l’inverse. Et la guerre, chez les cultureux, est inquiétante car on y voit des fascistes en peau de victimes et des collabos à perte de vue, mais en ce qui concerne la résistance, les rangs sont bien clairsemés ! Qui peut croire que ces gens sont là pour défendre l’art ? Qui peut croire que Corinne Masiero qui, nue, arbore fièrement écrit sur son dos « Rend nous l’art Jean ! », avec cette magnifique faute, défend la culture, elle qui, de manière si ostensible nous expose, pire que son cul, son peu de souci de la langue française ?

Gabin doit se retourner dans sa tombe

Les César ont au moins un mérite, celui de nous montrer chaque année la progression de la gangrène qui ronge le corps chancelant du monde des arts. Imaginez Gabin, Michel Simon, Jouvet, Suzy Delair, Françoise Rosay et Viviane Romance ressuscités une soirée le temps d’assister, dans leur fauteuil de l’Olympia, à cette cérémonie numéro 46 ! Je laisse à Michel Audiard le soin des dialogues. Ça commencerait par un Gabin laissant tomber sa cigarette, les yeux écarquillés : « Non mais dites-moi qu’je rêve … Qui est-ce qui m’a flanqué une bande de dégénérés pareils ? Ma parole, on est chez les maniaques ! Et dire qu’on m’a tiré de mon roupillon pour venir assister à c’te bal de tordus. Je préfère prévenir ! L’premier qui s’approche, j’y file une giroflée ! »

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Mais revenons à la triste réalité ! Voilà qu’après plus de trois heures de moraline double dose en suppo (car la blague pipi-caca était au rendez-vous), une créature divine vint pourfendre ces horribles flots de bêtise et de haine pour remettre l’art, la passion et l’amour au centre de la scène. S’avançant jusqu’au pupitre, Fanny Ardant ne semblait pas marcher, mais plutôt voler, comme dans les rêves, portée par on ne sait quelle force mystérieuse. Sa seule présence, par sa beauté, son chic et sa grâce, était transgressive au sein de la laideur politiquement correcte du cinéma français contemporain.

Clouer le bec au féminisme avec grâce

Lorsque l’on voit Fanny Ardant, on ne croit plus à l’égalité, on se dit qu’il y a des êtres d’exception. Les quelques mots qu’elle osa prononcer, ce cri d’amour et de soutien, furent ce soir-là les seules paroles libérées des lourdes chaînes de notre sinistre époque qui furent prononcées. Les seuls mots insouciants et passionnés. Ce fut une ode aux hommes et plus encore à la liberté. Comme l’année dernière, quand elle avait dit, ou plutôt chanté, car Fanny Ardant ne parle pas mais chante, son amour pour Polanski. Ce faisant, elle nous chantait son amour pour l’art et son mépris de l’ordre moral et de la meute. Cette année, au lendemain de la cérémonie et à ma grande surprise, pas un article de presse n’a été écrit sur son discours et impossible d’en trouver une vidéo, alors que la plupart des interventions militantes de la soirée avaient, elles, bien été relayées par Canal + sur YouTube. L’un des objectifs nouveaux des César est, paraît-il, la diversité : pas celle des paroles et des pensées en tout cas. Fanny Ardant, comme Gérard Depardieu, appartient à la race des grands et libres Monstres Sacrés. Ce soir-là, les baisers de Fanny, ce ne sont pas les rigides bottes de la morale qui les ont reçus, ce sont les hommes. Que peut leur importer la haine d’actrices fascisto-féministes, puisqu’ils reçoivent l’amour salvateur de la belle, de la sublime, de l’ardente Fanny Ardant.

Pauvre Houellebecq!

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© Martin Meissner/AP/SIPA Numéro de reportage : AP21680542_000002

Le billet du vaurien


Michel Houellebecq n’hésite pas à écrire dans Le Figaro du 6 avril qu’une civilisation qui légalise l’euthanasie perd tout droit au respect ! On peut avoir du respect pour ses proches, voire pour soi-même, mais pour une civilisation… Admettons que Houllebecq ait une forme de génie qui lui permet d’embrasser les civilisations les plus diverses et de leur accorder de bons ou de mauvais points. Évidemment, si la civilisation européenne perdait la considération que Michel Houllebecq daigne lui accorder dans ses bons jours, nous en serions terrassés. Déjà que nous n’en menons pas large: l’islam a juré notre perte et même ce cher Tariq Ramadan pousse la chansonnette pour que les damnés de la terre prennent leur revanche sur les innombrables affronts que l’homme blanc leur a infligés.

Un nouveau billet mortel signé Jaccard

Je suppose que Houllebecq devait éprouver un sentiment de honte lorsque le droit à l’avortement a été admis. Et voici maintenant le coup fatal : la légalisation de l’euthanasie. Peut-être pourrions-nous rappeler à notre illustre romancier ce mot de Benjamin Constant : « Le suicide est un moyen d’indépendance et, à cet égard, tous les pouvoirs le haïssent. » Et pourquoi seuls les médecins et les chimistes auraient-ils accès en France à la technologie pharmaceutique du suicide ? Pourquoi chacun n’aurait-il pas le même « droit » de se tuer facilement, sans souffrance et sûrement ? Houllebecq serait-il devenu élitiste ? Ou ne parvient-il pas à comprendre que si certains considèrent le désir de vivre comme une aspiration légitime, d’autres tiennent à abréger la nuit qu’ils ont à passer dans une mauvaise auberge, pour citer sainte Thérèse d’Avila.

A lire aussi, Céline Pina: Tariq Ramadan se relance avec… un slam indigéniste

Est- il bien nécessaire d’interner dans des hôpitaux psychiatriques ceux qui ont une prédilection pour la mort, de leur donner des électrochocs et des sédatifs pour leur enlever cette fâcheuse idée que les menus plaisirs de l’existence méritent qu’on en jouisse ad nauseam, comme le préconise Houllebecq, dérobant par là-même à l’être humain la seule valeur spirituelle dont il a besoin pour vivre une vie pleine de sens ou pour mourir d’une mort pleine de sens, elle aussi: le respect de ses propres décisions ?

La soif de vivre paradoxale de Houllebecq

Quant à la légalisation de l’euthanasie qui est plutôt à l’honneur d’une civilisation, il est étrange que des pays aussi divers par leur culture ou leur religion que l’Espagne, la Belgique ou la Suisse l’aient adopté sans s’effondrer aussitôt. Certes, ils ont perdu le respect de Houllebecq et c’est terriblement fâcheux. Notre romancier préfère sans doute que des brigades de gendarmes traquent les trafiquants de Nembutal en France et punissent les contrevenants – des retraités en général – d’amendes salées, voire d’une peine de prison.

Félicitations à Houllebecq de défendre une conception aussi limitée de la liberté et, en dépit de la noirceur de ses romans, d’avoir un appétit de vivre que rien ne semble devoir entamer.

Milli Görüs: toujours plus grand, toujours plus fort

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Le maire d’Albertville (Savoie) Frédéric Burnier-Framboret a été condamné le 7 avril 2021 par le tribunal administratif de Grenoble à accorder un permis de construire d’une école privée de l’association Confédération islamique Milli Görüs (CIMG) / Image d'archive 2020 © Auteurs : ALLILI MOURAD/SIPA Numéro de reportage : 00995512_000003

Après la gigantesque mosquée de Strasbourg, la plus gigantesque encore école coranique d’Albertville…


Mais cette fois-ci, sans les subventions de la mairie. Pour sa mosquée strasbourgeoise, l’association turco-islamiste Milli Görüs avait reçu une subvention de 2,5 millions d’euros de la mairie écologiste de la ville. Le préfet, un peu choqué, a saisi la justice administrative pour s’opposer à cette singulière générosité. On attend de voir.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Strasbourg: la mosquée de la conquête

Cette mosquée « fierté des musulmans » selon Milli Görüs est tout simplement un instrument de conquête. Et la conquête se poursuit avec d’autres moyens. Plus efficaces sans doute, car il s’agit d’une école !

À Albertville, Milli Görüs a vu grand. Un établissement scolaire de 4000 m², seize classes, quatre cents élèves. L’école sera hors contrat et coranique. Elle ne sera donc pas tenue de respecter les programmes de l’Éducation nationale. Des centaines de petits musulmans apprendront donc le Coran et les pensées d’Erdogan. Autant d’enfants qui seront un peu plus étrangers au pays qui les héberge.

Le maire d’Albertville[tooltips content= »Frédéric Burnier-Framboret (divers droite) ndlr »](1)[/tooltips] a tenté de s’opposer à cette honte. Mal lui en a pris. La justice administrative locale a retoqué son recours. En effet, il n’a voix qu’au chapitre de l’urbanisme. Et le projet de l’école coranique respecte scrupuleusement les règles urbanistiques…

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On n’est pas tenu de penser du bien des juges. Mais certains objectent qu’ils ne font qu’appliquer les lois. Quand les lois sont mauvaises, on les change, non ?

Les territoires conquis de l'islamisme: Edition augmentée

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Islamophobie: Intoxication idéologique

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Silence coupable

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Merci les Verts!

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De gauche à droite, Eric Piolle, Esther Benbassa, Julien Bayou et Yannick Jadot. mars 2021 © ISA HARSIN/SIPA Numéro de reportage : 01011940_000006

Je ne saurais trop remercier les héros de l’Écologie dont les noms suivent…


Je remercie du fond du cœur Pierre Hurmic, maire de Bordeaux, qui a montré à la France entière l’inanité des sapins de Noël, que l’on fait pousser pour les couper, quelle farce ! Les anciens administrés de Montaigne, ce demeuré qui ignorait tout de l’Écologie, se contenteront désormais d’un plug géant de couleur verte, comme celui qui avait été implanté jadis place Vendôme.

Je remercie aussi Eric Piolle, qui a décidé de faire labourer les cours de récréation des écoles de sa bonne ville de Grenoble, afin que les garçons ne puissent plus y jouer au football et gênent ainsi les calmes jeux des filles. Sur ces terres à nouveau arables les enfants planteront des carottes et des tomates, qui viendront à maturité lorsque les vacances commenceront.

Tous mes remerciements aussi à Grégory Doucet, qui impose le véganisme aux petits Lyonnais. Après tout, ce n’est pas parce que la ville s’ouvre sur le Charolais et la Bresse qu’il faut fournir en protéines animales des enfants initiés désormais à la co-responsabilité verte et aux joies du quinoa.

A lire aussi, le coup de gueule de Robert Ménard: Bienvenue dans l’enfer vert

Je m’en voudrais d’oublier Léonore Moncond’huy (littéralement : mon con d’aujourd’hui) qui vient de suspendre les subventions ordinairement allouées aux aéro-clubs de sa bonne ville de Poitiers, arguant qu’il était temps que « l’aérien ne fasse plus partie des rêves des enfants ». Icare est désormais interdit de séjour dans sa ville.

À propos de subventions, comment ne pas célébrer Jeanne Barseghian, qui oubliant ses ancêtres arméniens, offre 2,5 millions d’euros à une organisation islamiste turque pour qu’elle édifie dans sa ville une mosquée dont le minaret rivalisera avec les flèches de la cathédrale. Peu importe que le Concordat qui régit l’Alsace ignore l’islam, il est temps d’intégrer les Français d’origine turque dans le grand patchwork national. Et quelle importance si la Confédération islamique Millî Görüş, qui a par ailleurs refusé de signer la Charte des principes pour l’islam de France, est une officine de l’AKP, le parti d’Erdogan, l’homme qui ne veut que du bien à l’Europe.

Et j’en profite pour saluer le fait que lors de la même délibération municipale, Jeanne Barseghian ait fait rejeter la définition de l’antisémitisme que proposait l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste, sous prétexte qu’elle interdisait, selon elle, de critiquer la politique d’Israël.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Strasbourg: la mosquée de la conquête

Quitte à évoquer l’Alsace, je salue la fermeture de la centrale de Fessenheim, l’année dernière, qui fonctionnait parfaitement bien, ce qui nous a obligés à importer de l’électricité allemande issue de centrales au lignite, qui comme chacun sait ne sont absolument pas polluantes. Je déplore que le gouvernement n’en ait pas profité pour fermer toutes les centrales nucléaires, de façon à ce que la décroissance s’installe enfin et que nous utilisions une partie du temps que nous allouent les confinements présents et à venir à recharger nos portables en frottant deux silex l’un contre l’autre.

Pour tous ces exploits accomplis en moins d’un an, merci, merci, merci ! Si en quelques mois les Verts ont su obtenir des résultats si méritoires, que ne feront-ils pas en cinq ans, lorsque Yannick Jadot aura été élu à la magistrature suprême…

J’ai hâte — oh qu’est-ce que j’ai hâte !

La Bande des pédagogues de l’antiracisme

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Photo: Capture d'écran YouTube / Channel 4 "A British school helps its students uncover and eradicate hidden racial biases".

2e Partie. Où nous découvrons que de faux scientifiques, en faisant subir aux enfants un lavage de cerveau, les transforment en racistes…


Relire la première partie

Nous avons vu précédemment que les militants antiracistes, pour se justifier, ont besoin d’affirmer que nos sociétés occidentales sont ravagées par des discriminations à l’égard des minorités non-blanches, donnant lieu à des injustices flagrantes en termes de réussite scolaire, de rémunération et d’ascension sociale. Idéalement, pour eux, la tendance raciste irait grandissante. Or, la vraie tendance générale est plutôt vers moins de discrimination, comme le montre un rapport publié récemment au Royaume-Uni. Face à la déception que représente cette pénurie de racistes, la solution de nos militants est d’une simplicité des plus élégantes : quand les racistes se font rares, il faut en fabriquer.

Pour en fabriquer, il suffit de lancer une OPA sur tous les Blancs, en les déclarant tous, volontairement ou involontairement, racistes. Bien entendu, il faut étayer de telles assertions sur des bases scientifiques, ou mieux – puisque la science est incertaine – sur des bases pseudoscientifiques.

Que du gaz – à tous les étages

C’est ainsi que, vers le tournant du siècle, une nouvelle science raciale a été développée aux États-Unis, fondée sur le postulat qu’un Blanc est nécessairement raciste, même à son insu. Cette théorie des préjugés inconscients ou implicites (en anglais « unconscious » ou « implicit bias ») s’accompagne d’un test psychologique, dit d’« association implicite », spécialement conçu pour mettre à nu les impulsions discriminatoires qui grouillent au tréfonds de l’âme d’un Blanc. J’ai déjà parlé dans Causeur de cette imposture qui n’a jamais satisfait aux critères de la science objective.

A lire aussi, du même auteur: Parlez-vous woke?

Pourtant, ce test, malgré l’absence de preuves confirmatoires, continue à être utilisé dans les entreprises, les universités, les institutions politiques et, plus récemment, les écoles. Tout simplement parce que, sans lui, tout un pan central de l’édifice antiraciste s’effondrerait. Afin de convaincre les Blancs qu’ils sont profondément racistes (une technique qui s’appelle « Gaslighting » ou le « détournement cognitif »), il vaut mieux les prendre quand ils sont jeunes et impressionnables. A cette fin, les notions de préjugés inconscients, de privilège blanc et de racisme systémique commencent à être déployées dans les écoles outre-Atlantique et même outre-Manche. Pour illustrer le dévoiement pédagogique que représente cette méthode, il suffit de regarder le documentaire produit par la chaîne britannique, Channel 4, et diffusé en prime time au mois de juin dernier : « The School that Tried to End Racism » (L’école qui essaya de mettre fin au racisme).

Acclamé par tous les médias de la gauche et du centre, le film met en scène une vraie expérience conduite sur de jeunes élèves âgés d’environ 11 ans dans une école multiethnique à Londres. Aucune considération n’est accordée à la dimension éthique de l’exercice: peut-on conduire des expériences psychologiques sur des enfants n’ayant pas encore atteint l’âge de consentement ? Les organisatrices, une professeure de pédagogie et une autre de psychologie, ont la prétention démiurgique de façonner les esprits des jeunes. Selon l’une d’entre elles: « Intervenir à cet âge-là est crucial afin de cibler les attitudes des enfants avant qu’elles ne se cristallisent à l’âge adulte. » La première étape de cette intervention consiste à faire passer à tous les élèves un test d’association implicite. A la fin du processus de rééducation, on leur fait repasser le test pour montrer – chose étonnante ! – que les petits racistes en herbe ont été métamorphosés en antiracistes bien dressés. Depuis la création de la psychologie expérimentale à la fin du XIXe siècle, on sait qu’il ne faut surtout pas que les expérimentateurs suggestionnent leurs sujets en leur indiquant par des gestes ou des paroles indirectes les « bonnes » réponses. Or, les dames qui contrôlent ces expériences ne font que ça. Le manque de respect des protocoles scientifiques de base est à l’image de cette pseudoscience. Ensuite, pour expliquer la notion de privilège blanc, on demande à des élèves, sur le terrain de sport, de prendre place sur une ligne de départ comme pour une course à pied. Selon leurs réponses à des questions portant directement ou indirectement sur leur ethnicité, on leur demande soit d’avancer d’un pas ou deux, soit de reculer. A la fin, ils se trouvent tous dispersés à des marques différentes. On leur annonce que cette différenciation est à l’image du statut plus ou moins privilégié de leur point de départ dans la vie. Sauf que, selon le rapport cité ci-dessus, la réussite professionnelle ou l’ascension sociale d’un individu, quelle que soit son ethnie, est très rarement entravée par des préjugés négatifs à son égard de la part de la majorité blanche des citoyens.

Pour comble, on sépare les enfants dans des groupes de discussion selon leur ethnie, afin qu’ils prennent bien conscience de ce qui les sépare de leurs collègues. Une fille métisse se demande dans quel groupe elle doit aller. Un garçon blanc se fond en larmes et quitte son groupe parce qu’on l’a séparé de certains de ses meilleurs copains qui, en l’occurrence, appartiennent à d’autres ethnies. Peu importe la violence qui est ainsi faite aux jeunes esprits. Tout cela sert les objectifs de l’exercice: il s’agit de diviser les gens, les ranger dans des camps opposés et, là où c’est nécessaire, les forcer à choisir le leur. Le but des antiracistes est clair: à partir d’innocents, créer d’un côté des coupables qui se mettent humblement sur le long chemin de la rédemption et, de l’autre, des victimes dont les griefs inventés, exagérés ou exacerbés préparent le renversement de l’actuel ordre social.

L’antiracisme enseigné à coups de trique

Quittons le Royaume Uni et le domaine expérimental pour les États-Unis et le domaine de la pratique quotidienne. Le système d’éducation de l’Etat de Virginie est très largement la proie de l’idéologie woke, sans doute en partie parce que son gouverneur démocrate, Ralph Northam, a besoin de faire oublier un scandale de blackface survenu en 2019 et auquel il a miraculeusement survécu. L’idéologie « tous racistes ! » domine dans les écoles et les centres de formation des enseignants. Derrière une façade – ô combien superficielle – d’instruction participative, les professeurs inculquent aux élèves la notion de racisme innée par la bonne vieille méthode autoritaire. Une vidéo chargée sur YouTube le 29 mars se présente comme l’enregistrement d’un échange entre un maître et un lycéen dans le comté de Loudoun, les deux participants masculins restant hors caméra.

Affichant sur un écran l’image de deux jeunes femmes, dont l’une est plutôt noire, l’autre blanche de cette blancheur des rousses, le maître interroge l’élève :

– Que voyez-vous ?
– Deux personnes.

Se faisant insistant :

– Rien d’autre ?
– Deux personnes côte à côte.

L’enseignant commence à fustiger l’élève :

– Je ne crois pas que vous croyez ça. Vous vous dérobez à la question délibérément.
– Je ne comprends pas ce que vous voulez que je dise.

Autoritaire :

– Je pense que vous comprenez très bien.
– Vous voulez que je dise qu’il y a deux races différentes dans cette image ?
– Oui !
– N’est-ce pas aggraver le problème au lieu de reconnaître qu’il y a juste deux personnes normales ?

A lire aussi: L’homosexualité en Afrique: encore un produit du colonialisme

Très autoritaire :

– Non ! Vous ne pouvez pas regarder ces personnes sans reconnaître qu’il y a des différences raciales.

Autrement dit, l’enseignant commence par inviter l’élève à s’exprimer avant de lui asséner l’interprétation correcte. Il s’agit d’une doctrine fondamentale: la race ne peut pas être « invisible » ; on ne peut pas être « colour blind » (littéralement, daltonien) ; on voit toujours la couleur de peau des autres et – par extension – on est toujours raciste. Toute personne qui oserait nier cette vérité fondamentale est particulièrement raciste et doit le reconnaître de gré ou de force. Paradoxe curieux : un internaute a fait remarquer sur YouTube que l’image utilisée est celle de jumelles. S’il y a deux races ici, elles sont « dans » chacune des deux sœurs ! Le programme des antiracistes militants se fonde sur ce mélange d’autoritarisme et d’absurdité qui, de tout temps, caractérise les dictatures.

pedagogie-antiracismeÀ suivre, la troisième et dernière partie : Les victimes au pouvoir. Où nous découvrirons comment les « groupes de paroles » sur le racisme font partie d’un programme destiné à diviser la société en deux camps : celui des victimes enragées et celui des coupables dociles. La France saura-t-elle y résister ?

Le prince est mort, vive le prince!

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La reine Elizabeth II et le prince Philip, novembre 2020 © GEORGE ROGERS/SIPA Numéro de reportage : 00991878_000001

Si les tabloïds d’outre Manche ont souvent la dent dure avec la monarchie britannique, en France c’est Le Monde qui s’est illustré avec un article peu amène le jour du décès du prince Philip.


La famille royale britannique a annoncé ce vendredi le décès de Philip Mountbatten Duc d’Edimbourgh, à l’âge de 99 ans, époux d’Elizabeth II depuis 73 ans. Il avait subi une intervention cardiaque en février. Le président français Emmanuel Macron a salué « une vie exemplaire définie par la bravoure, le sens du devoir et son engagement en faveur de la jeunesse et de l’environnement. »

À mon grand étonnement, les réseaux sociaux ont vu fleurir nombre d’hommages sincèrement émus de la part de nos compatriotes. Les guillotineurs de monarque que nous sommes ont en effet toujours eu une fascination certaine pour la famille royale d’Angleterre, ses frasques et ses malheurs. En témoigne l’énorme succès de la série The Crown sur Netflix où Philip est dépeint comme un homme de caractère, à la fois désabusé et impliqué dans le destin des Windsor.

Ce fut un début de réhabilitation pour cet homme, que nous Français, connaissons seulement dans son rôle de prince consort que le protocole obligeait à marcher deux pas derrière Sa Majesté.

En réalité sa vie, sa naissance, furent terriblement romanesques.

A lire aussi, du même auteur: « The Crown », one more time

Né le 10 juin 1921 en Grèce, il est le petit-fils de Georges 1er de Grèce, issu de la famille royale du Danemark. Suite à un coup d’État lorsqu’il avait l’âge de 18 mois, sa famille dut quitter précipitamment le pays. La légende veut qu’il fut caché dans un cageot d’oranges le temps de la traversée en bateau. Sans le sou, ils vécurent à Paris aux frais de Marie Bonaparte. Philip est envoyé dans une école anglaise en 1928.

Lorsque Elizabeth le rencontre en 1939, elle n’a que 13 ans, lui 18. On dit qu’elle tomba immédiatement amoureuse de ce beau gosse au physique d’acteur hollywoodien. Ils se marient en 1947, malgré la désapprobation des Windsor qui estime ce prince quelque peu déchu.

Picadilly Circus, hier soir © Alberto Pezzali/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22556658_000017
Picadilly Circus, hier soir © Alberto Pezzali/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22556658_000017

La vie de Philip ne fut faite que de renoncements. Il renonça à sa brillante carrière navale qu’il effectua sous la houlette de Lord Mountbatten, son mentor, à qui il emprunta le nom. Il abandonne également ses titres grecs et danois ainsi que la religion orthodoxe. Buckingham vaut bien une messe.

Elizabeth fut rapidement sacrée reine, et commença pour Philip sa longue carrière de prince consort. « Je suis votre obligé pour la vie », lui dit-il. Obligé qui fit preuve pendant la durée de son job de « monsieur Elizabeth II » d’un humour mi british mi douteux, que Le Monde (nous y reviendrons), a qualifié de « raciste et condescendant »… Ce sont des saillies finalement assez drôles et surtout d’un autre siècle, qui paraissent effectivement douteuses à l’aune du monde post colonial « wokiste » que nous connaissons. En effet, il lança au président du Nigeria qui recevait le couple royal en boubou: « On dirait que vous êtes prêt pour aller au lit ! », il demanda à un aborigène s’il se battait à coup de lances, et, ma préférée, à Elton John, adoubé chevalier par Sa Majesté: « Est-ce vous qui êtes venu dans cette voiture ridicule ? »

Bien que le couple qu’il forma avec Elizabeth fût souvent cité en exemple, on le disait coureur. On lui connaît une romance avec une danseuse qu’il ne rencontra que quelquefois mais avec qui il entretiendra, parait-il, une correspondance enflammée. Cela n’empêcha son épouse de le considérer comme son « roc » et même de l’appeler « mon chou » en privé. Les couples royaux sont comme tous les couples.

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Au milieu des hommages quasi unanimes, Le Monde s’est donc distingué en publiant un article, le corps du prince à peine tiède, que je qualifierais d’indigne. Le quotidien de référence, désormais thuriféraire de l’idéologie woke, y évoque la prétendue « condescendance et le racisme impérial » du prince. Racisme. Le mot est encore une fois lâché. Le péché capital de notre temps, selon la gauche qui le voit partout. Elle qui n’aime rien plus que de contextualiser, elle se garde bien de le faire dans certains cas. Car oui, Philip fut un homme de l’ancien monde, un vestige de l’empire britannique, et de la vieille Europe monarchiste, dont les valeurs étaient bien différentes des nôtres. Faut-il s’en offusquer ? Rien n’est moins sûr. D’autant plus que sa mère, Alice Battenberg, sourde et schizophrène, fut reconnue juste parmi les justes pour avoir hébergé une famille juive pendant la guerre.

Mais déjà, comme souvent, les embrouilles familiales des Windsor commencent à agiter la presse.

L’intrigante Meghan, assistera-t-elle aux obsèques ? Les paris sont ouverts.

Quant aux sujets de Sa Majesté, fidèles à tout jamais à leurs « royals », ils sont allés déposer, malgré le covid, des gerbes de fleurs devant les grilles de Buckingham. Des images fort sympathiques. God save the Queen !

Rwanda: partiel et partial, le rapport Duclert

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Emmanuel Macron avec Vincent Duclert, pour la remise du rapport sur les archives françaises relatives au Rwanda et au génocide des Tutsis, Palais de l'Elysee, mars 2021 © Eric TSCHAEN-POOL/SIPA Numéro de reportage : 01011790_000008

Après deux années d’analyses d’archives, le rapport de Vincent Duclert estime que la France porte des «responsabilités lourdes et accablantes» dans la tragédie de 1994. Une tribune libre de Jacques Hogard, ancien militaire et fondateur de l’association France-Turquoise, dont la raison d’être est la défense de la vérité sur l’action de la France au Rwanda à la suite des allégations concernant cette dernière.


Le rapport « Duclert », commandé par le président de la République pour tenter de faire la lumière sur la responsabilité supposée de la France dans le génocide rwandais de 1994, fait couler beaucoup d’encre depuis sa remise le 26 mars à Emmanuel Macron par le Pr Vincent Duclert, patron de la commission de 14 historiens réunis depuis deux ans à cette occasion. Ce rapport très fouillé et très volumineux est paradoxalement partiel, et partial.

Très sévère pour la France – qu’il exonère toutefois de « complicité de génocide » -, ce rapport accable le pouvoir en place à l’époque en soulignant ce qui selon lui caractérise sa politique: un « aveuglement continu » dans le soutien au « régime raciste, corrompu et violent » alors au pouvoir au Rwanda, une « lecture ethniciste alignée sur celle du pouvoir rwandais de l’époque héritée d’un schéma colonial ».

Nonobstant les prises de position, dans l’ensemble très favorables, à l’encontre de ce rapport de 1 000 pages, j’ai quant à moi une position dissonante: pour moi, en effet, ce rapport très fouillé et très volumineux est paradoxalement partiel, et partial.

Un manque d’histoire longue

Partiel, car il ne se penche sur les relations franco-rwandaises et sur l’histoire du Rwanda que pour la période de 1990 à 1994.

Partiel parce qu’il marginalise l’importance du contexte historique du début des années 1990: fin de la guerre froide et du monde bipolaire où les rapports de force sont redistribués. Pendant la guerre froide, la France était « le gendarme de l’Afrique » et nos alliés américains la soutenaient alors. La donne a par la suite subitement changé.

Et puis on ne peut faire abstraction de l’histoire contemporaine du Rwanda « moderne », de la chute de la monarchie, de l’avènement de la république en même temps que de l’indépendance (1959/61). De même pour ce qui concerne les relations franco-rwandaises qui se formalisent à partir de 1975 au travers de la signature des accords de coopération signés au nom de la France par Valéry Giscard d’Estaing. De même pour la période dramatique qui s’ouvre fin 1994 et qui dure encore, impliquant toute la région des Grands Lacs. Il me semble que l’on ne peut rien comprendre au génocide des Tutsis de 1994 si l’on occulte tout ce contexte et en particulier:
– les massacres des Tutsis par les Hutus en 1959/60,
– le génocide des Hutus du Burundi par les Tutsis en 1976,
– les massacres des Hutus par les Tutsis du Front patriotique rwandais (FPR) entre 1990 et 1994 qui provoquent l’afflux d’un million de réfugiés devant Kigali durant cette période (des « gueux » qui seront massacrés par la suite par le FPR dans leur fuite éperdue vers et à travers le Zaïre (1995/96/97…). Ces massacres durent encore.

Tout ceci figure dans le Rapport Mapping de l’ONU (du moins dans sa version d’origine, non édulcorée), gardé en réalité sous le coude pour ne pas offenser Kagamé. Partiel aussi, car il n’évoque pratiquement pas les graves responsabilités de l’ONU, des Etats-Unis et autres puissances impliquées (Grande-Bretagne, Israël…). Et pourtant ! Il y aurait tant à dire.

Tandis que là, cette présentation partielle focalise sur la France seule. Qui a peut-être commis des erreurs d’appréciation. Mais pas au point d’être ainsi accablée face à l’opinion publique mondiale, et notamment face au Rwanda de Kagamé, très largement responsable de la situation dramatique des Grands Lacs depuis 25 ans. Alors que la France est la seule puissance à avoir tenté quelque chose pour enrayer ce processus sanglant. Il n’y a qu’à en parler avec le Pr Denis Mukwege, Prix Nobel de la Paix. Privilège qui m’a été donné une fois et que je n’oublierai pas, tant la lucidité, le courage et la haute stature morale de cet homme m’ont impressionné.

Le rapport Duclert est partial, car nonobstant l’abandon du chef de « complicité de génocide », ce qui me parait le minimum, ce rapport accable la France à travers son président de l’époque et certaines de ses personnalités politiques et militaires, soulignant en termes très durs leur cécité, leur aveuglement idéologique (complexe de Fachoda !) face à un régime raciste, totalitaire et in fine génocidaire. Tout n’est pas faux peut-être dans cette vision. Mais elle est aisée après coup quand tout s’éclaire avec le recul du temps.

Et puis surtout, cela procède – comme pour l’Algérie avec le rapport Stora – d’un esprit de repentance aussi obstiné que contre-productif, qui, je dois le dire, ne me fait pas vibrer. C’est la France qui est ainsi humiliée à la face du monde. Depuis quelques jours, beaucoup d’amis africains me demandent quelle mouche a piqué Macron pour s’auto-flageller ainsi ? « Vous êtes vraiment masos, vous les Français ! » me disent un certain nombre de mes correspondants ! Ils n’ont pas tort. Le pire est ce faisant que la France s’humilie devant un régime totalitaire et ethniciste auprès duquel son prédécesseur fait figure d’ « enfant de Marie ». Il faut s’attendre en conséquence à ce qu’un nouveau rapport, dans 20 ou 25 ans au plus tard (cela risque de venir beaucoup plus tôt), fustige à son tour en termes plus sévères encore la cécité, l’aveuglement coupables de ceux qui auront ainsi cherché à plaire et complaire au début des années 2020 au calamiteux régime totalitaire du général-président Kagamé !

Le rapport Duclert est partial, car il ne fait guère preuve de rigueur historique en laissant entendre, par exemple, que l’attentat du 6 avril 1994 a été commis par les extrémistes hutus, thèse à laquelle les gens sérieux ne croient pas, pas même les magistrats français qui ont conclu à un très diplomatique non-lieu, tout en écrivant que tout converge quand même pour imputer au FPR cet événement déclencheur du génocide ! … Et d’ailleurs, c’est intéressant de noter qu’aussitôt que sont évoqués l’attentat et ses responsables, le rapport Duclert dit alors que « de toute façon, ça n’a pas d’importance, le génocide aurait quand même eu lieu, avec ou sans attentat »!! Ce n’est évidemment ni l’avis de Carla Del Ponte l’ancienne procureure du TPIR, ni celui d’historiens ou de chercheurs éminents, mais politiquement incorrects c’est vrai, tels Lugan, Onana ou autres ! Et il y a bien d’autres exemples du même bois.

Un manquement méthodologique

On peut aussi regretter la méthode : si un doctorant avait réalisé sa thèse sur le sujet, son directeur de thèse l’aurait obligé à multiplier les…

>>> Lire la fin de l’article sur le site de la revue Conflits <<<

Les larmes de l'honneur

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Éric Zemmour: « Quand la France était grande »

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Eric Zemmour ©JOEL SAGET/AFP

Admirateur de l’Empereur depuis l’enfance, Éric Zemmour voit dans son épopée la dernière chance pour la France de redevenir une puissance mondiale de premier rang. Depuis, elle a perdu sa vocation et son destin. Alors que les élites ont saccagé l’héritage napoléonien, nous ne pouvons avoir qu’un projet défensif : refaire des Français par l’assimilation.


Causeur. Dans les pages autobiographiques de Destin français vous racontez comment, très jeune, vous avez préféré une biographie de Napoléon aux BD et autres lectures des gamins de l’époque. Pourquoi étiez-vous séduit ?

Éric Zemmour. Difficile de se souvenir après tant d’années… Enfant, j’aimais les héros de Dumas, les trois mousquetaires, Monte-Cristo, les personnages de Balzac comme Lucien de Rubempré… Je me suis plongé dans le roman historique et l’histoire romancée. Ma mère m’a offert pour mes 11 ans, le Napoléon d’André Castelot. Je l’ai gardé depuis avec sa belle couverture verte. Pour moi, Napoléon était aux frontières de la fiction et de la réalité, c’était le personnage le plus extraordinaire de notre histoire, le héros par excellence, le mètre étalon de tous les autres héros, ceux qui sont venus après lui mais – ce qui est encore plus extraordinaire – également ceux qui l’ont précédé. Au-delà du personnage et de son épopée, le premier Empire est le moment où la France a été la plus grande dans l’histoire. Jeune, j’étais déjà fasciné à la fois par le petit Corse qui devient empereur et par le moment, celui où la France est au sommet. Pour moi, Napoléon est un empereur romain. J’aurais aimé vivre à cette époque, je ne rêvais pas de pays étrangers et de contrées exotiques, ni d’espace et de science-fiction futuriste, mais de voyager dans le temps.

Y a-t-il eu d’autres moments napoléoniens dans votre vie ?

Depuis ces premiers émois napoléoniens, je ne l’ai plus quitté. Je n’ai pas cessé d’approfondir ma connaissance de ce personnage. Je lis encore régulièrement des livres, des biographies de ses contemporains – notamment de Talleyrand, de Fouché et des maréchaux –, des ouvrages sur les batailles. Je relis régulièrement les Mémoires d’outre-tombe de Chateaubriand, car le livre allie l’élégance du style et le récit de nos grandeurs. Avec le xviie siècle, pour la grandeur littéraire, artistique, Molière, Racine, Versailles, qui constituent la quintessence de la France, le premier Empire est mon moment français préféré. C’est celui où les Français sont vraiment sur le toit du monde. D’ailleurs, Stendhal dit en substance que les Français étaient alors fiers d’eux-mêmes, se sentaient supérieurs au reste de l’humanité, comme les Espagnols au temps de Charles Quint ou les Romains au temps de l’Empire romain. Je souffre beaucoup du déclin, qui a commencé après 1815.

Qui sont pour vous les meilleurs – militaires, ministres, hauts fonctionnaires – dans les équipes mises en place par Napoléon ?

Davout est mon préféré. Il n’a jamais perdu une bataille. S’il avait été présent à Waterloo… Talleyrand est le pire, le vrai traître.

Napoléon veut que la France reste une puissance globale capable de tenir tête à l’Angleterre

Selon vous, nous sommes sur le déclin depuis 1815. Diriez-vous que nous avons atteint le nadir ?

L’échec de la guerre de Sept Ans (1756-1763) est une véritable catastrophe qui en réalité explique la suite : nous avons perdu l’Amérique, nous avons laissé le monde nous échapper. Cela explique les guerres de la Révolution et de l’Empire. Les Français tentent de prendre leur revanche sur les Anglais pour l’hégémonie mondiale.

On fait de Napoléon un belliqueux alors qu’il ne fait qu’essayer de corriger la défaite subie par Louis XV en 1763 et de rattraper le coup terrible porté à la France par l’Angleterre. Celle-ci nous a déclaré une guerre pour l’hégémonie mondiale, à la fin du règne de Louis XIV, une seconde guerre de cent ans, de 1680 à 1815. Les guerres napoléoniennes ne sont qu’un épisode de ce conflit séculaire. En 1815, nous étions si puissants que l’Europe entière devait se mobiliser pour nous battre. Moins de soixante ans plus tard, en 1870, un pays tout seul, la Prusse, nous bat à plate couture en quelques mois. Encore sept décennies et en 1940, on se fait écraser par les Allemands en trois semaines. Huit décennies sont encore passées et aujourd’hui nous ne pouvons maîtriser ni notre population ni nos frontières et notre pays subit une islamisation d’une partie de notre territoire. Et en plus, nous nous sommes piégés dans un système européen dirigé par l’Allemagne.

Eric Zemmour ©Soleil
Eric Zemmour © Soleil

Pourquoi situez-vous le point de départ de ce déclin en 1815 et non en 1808, le moment où l’Empire français est à son apogée ? Après trois ans de retraite quasi ininterrompue, Napoléon laisse après Waterloo un territoire plus petit que celui dont il a pris le contrôle fin 1799…

C’est l’argument de Bainville, mais malgré cette illustre origine intellectuelle, il est fallacieux, car l’important n’est pas là. Le problème de fond – et c’est le seul point de désaccord que j’ai avec Bainville –, c’est qu’au départ, à la fin du xviiie siècle, la France est un mastodonte, elle est surnommée la Chine de l’Europe ! En 1789, la France compte 28 millions d’habitants, c’est-à-dire autant que la Russie. La Grande-Bretagne : 8 millions.

Sauf que l’Europe se transforme à grande allure : déploiement de l’empire anglais, accès de la Russie aux mers chaudes, arrivée timide de l’Amérique dans le jeu, partage de la Pologne, sans oublier la Prusse qui commence à grossir. Le résultat, c’est que la France de Louis XV n’est plus le seul géant. Napoléon veut qu’elle redevienne un géant et donc qu’elle prenne l’Italie du Nord, la Belgique, les Pays-Bas et la rive gauche du Rhin. Autrement dit qu’elle conserve ce qu’on appelle aujourd’hui la taille critique d’une puissance globale capable de tenir tête à l’Angleterre et son empire maritime. Il veut aussi concurrencer l’Angleterre sur les mers, dans le monde entier. D’où le si critiqué rétablissement de l’esclavage à Saint-Domingue. Dans Le Grand Échiquier, Zbigniew Brzezinski, le conseiller de la sécurité nationale de Jimmy Carter, livre une analyse historique très intéressante : si la France de Napoléon avait gagné, la France serait une puissance globale de notre époque. À la sienne, Napoléon est le seul à l’avoir compris. Même Talleyrand, pourtant très intelligent et bien informé ne l’a pas vu. Et c’est seulement un siècle plus tard, après la Première Guerre mondiale, que Paul Valéry le comprend à son tour. Aujourd’hui, tout le monde le sait : la France n’est plus un géant à l’échelle du monde.

Chateaubriand, avec son admiration réservée pour Napoléon, constate que les guerres d’Ancien Régime changeaient les frontières de l’Europe au prix de quelques milliers de morts, souvent mercenaires. Les guerres napoléoniennes ont coûté 3 millions de vies pour les mêmes résultats. Ces millions de morts, militaires et civils, n’expliquent-ils pas que la dynamique démographique française se soit cassée entre 1789 et 1815 ?

Pas 3 millions de morts français, loin de là. Et je répète que ce n’est pas Napoléon qui déclare la guerre. Il aura quand même sept coalitions contre lui. Quant à la chute démographique, elle commence à la fin du xviiie siècle, et la déchristianisation en est, je pense, la raison fondamentale.

Parlons de notre rapport à Napoléon. Alors que le bicentenaire de sa naissance (1969) et le 150e anniversaire de sa mort (1971) ont été célébrés avec faste, aujourd’hui, on sent bien qu’il gêne. En 2004, on fête le bicentenaire du Code, mais un an plus tard, on passe totalement sous silence les deux cents ans de la victoire d’Austerlitz. Et il y a quelques semaines, Jean-Louis Debré déclarait : « Sur Napoléon, n’en faisons pas trop, car cela risque d’être perçu comme une provocation. » Alors, Napoléon, pourquoi tant de haine ?

Tout simplement parce qu’il incarne la quintessence de tout ce que notre époque déteste et veut abattre : un homme d’abord, un combattant ensuite et enfin la puissance de la France. Et pour l’abattre, il faut détruire tout ce qu’il avait fait. Tout ce qui a trait au Code civil, au mariage est systématiquement démantelé aujourd’hui avec le mariage homosexuel ; on a également supprimé tout ce qui concernait la nationalité, notamment la loi sur les prénoms ; son organisation administrative (État-département-commune) a été complexifiée avec le millefeuille territorial au point de perdre toute son efficacité. Et n’oublions pas la justice administrative avec le Conseil d’État qui, initialement chargé de protéger l’État, considère aujourd’hui qu’il doit protéger l’individu contre l’État. La liste est longue… Tout l’héritage napoléonien a été saccagé parce que notre époque ne veut plus de sa vision de la France comme organisation hiérarchique autour de son État. On veut la société des individus autonomes, pas l’unité et la grandeur de la France. L’État ne doit plus surplomber la société, il doit être son objet soumis, le serviteur des individus et de leurs caprices. Et ne parlons pas des idées de puissance, d’autorité et de domination, qui sont presque criminalisées. Napoléon, leur incarnation pure et unique, est donc l’icône à abattre.

À lire aussi: Quand Zemmour accuse l’État d’«anarcho-tyrannie»

À l’approche du bicentenaire de sa mort, la résistance au souvenir napoléonien vient surtout des associations et militants décoloniaux qui voient en lui l’homme du rétablissement de l’esclavage. Comment analysez-vous cette décision ?

Je crois avoir répondu : ces associations, au fond, détestent la France.

Pourquoi cette haine n’est-elle pas dirigée contre Louis XIV qui est l’initiateur du Code noir ?

Vous savez, Louis XIV n’est pas non plus particulièrement apprécié, il suffit de voir la chasse aux statues de Colbert… Au demeurant, Napoléon admire Louis XIV. Napoléon est simplement le Français le plus admiré à l’étranger, y compris par ses ennemis et adversaires. Qu’on lui rende hommage dans l’hymne national polonais, c’est compréhensible. Mais – c’est le grand paradoxe de cet homme d’exception ainsi qu’un indice de plus de son statut unique – qu’on l’admire en Russie, en Angleterre, en Allemagne et même en Chine, c’est tout de même extraordinaire ! Les Coréens se battent à coups de millions de dollars pour acheter ses bicornes aux enchères. Partout dans le monde on lui voue un véritable culte, sans parler des militaires, tous éduqués depuis deux siècles à la lumière de son génie.

Quelle est sa réalisation la plus importante et la plus durable ? Que reste-t-il de Napoléon aujourd’hui ?

Paul Valéry parlait des « édifices qui ne sont pas solides mais qui sont éternels ». Pour moi, les plus importantes réalisations de Napoléon sont ses victoires militaires. Paradoxalement – et Valéry l’avait parfaitement compris –, elles sont aussi les plus durables. Tout le monde pense au Code civil, mais pas moi. Souvent, les gens disent aimer Bonaparte davantage que Napoléon. Pour moi, c’est le contraire. Je préfère Napoléon à Bonaparte, pour le grand Empire de 1810. C’est cela qui aujourd’hui fascine et fait rêver les Chinois et les Russes. Il a laissé aussi un mode de direction du pays : un pouvoir centralisé, rapide, efficace. Bref, le bonapartisme.

Quelle est la possibilité d’un Empire aujourd’hui ? Est-ce qu’un État puissant et conquérant représente une option réelle pour la France du xxie siècle ?

Non. Nous avons perdu définitivement et depuis longtemps cette bataille-là. La dernière chance, c’était la stratégie gaullienne. L’Europe des Six, c’est la France de Napoléon. De Gaulle dit à Peyrefitte : « À six, on est capable de faire aussi bien que les USA et l’URSS, et comme la France va diriger les Six, on retrouvera notre Europe qu’on a perdue en 1815. » Je vous signale que de Gaulle dit bien « 1815 » et non pas « 1763 » ou « 1812 ». La stratégie gaullienne échoue très vite, car les Allemands refusent la tutelle française, lui préférant celle des États-Unis d’Amérique. Ce choix rend furieux le général et explique sa politique étrangère maurassienne ensuite (sortie de l’OTAN, discours de Mexico, « Vive le Québec libre ! », le discours de Phnom Penh). Le problème, c’est qu’aujourd’hui, ceux qui dirigent la France croient retrouver la stratégie gaullienne du levier d’Archimède tandis qu’en réalité ils se soumettent à l’Allemagne. Avec l’Europe des Vingt-Sept, on est sorti de l’Europe napoléonienne pour entrer dans l’Europe du Saint-Empire romain germanique, que Napoléon a détruite en 1806 à Iéna.

Si la France n’a plus de rêve impérial, qu’en reste-t-il ?

C’est tout le problème. Il y a dix ans, j’ai écrit Mélancolie française pour expliquer que le projet secret, le destin de la France, était de refaire l’Empire romain, que Napoléon l’avait assumé, et qu’à partir du moment où ce rêve d’empire n’existe plus, la France se délite. Le problème français, c’est de retrouver un objectif, un destin, une vocation. Les élites françaises, imprégnées d’européisme, pensent qu’elles vont rétablir leur hégémonie sur l’Europe à travers l’UE. Et tant pis si, pour qu’elles se maintiennent, il faut sacrifier la France.

La Ve République est faite pour gouverner l’Europe et pas seulement la France

Franchement, vous nous voyez avec un empereur ?

Mais la Ve République, c’est ça ! Peter Sloterdijk dit très justement que la Ve République, c’est l’élection du président de la République au suffrage universel plus la bombe atomique. C’est, dit-il, l’équivalent de la Grande Armée de Napoléon et du sacre de Notre-Dame. Je trouve cette observation magnifique, et c’est pour cela que l’Europe nous pose un problème : la Ve République est faite pour gouverner l’Europe et pas seulement la France. C’est pour cela aussi que les institutions françaises sont autant détestées par les européistes, parce qu’elles placent le président de la République, élu directement au suffrage universel, au-dessus du chancelier allemand, et qu’il détient l’arme atomique – caractéristiques du président américain. Et ça fabrique de la légitimité. Si la France est écoutée encore en Europe, c’est grâce à cette légitimité-là. Je suis toujours frappé par l’aura du président de la République française en Europe six mois après son élection. Après, cela s’effiloche très vite, parce que la mécanique européenne est faite de telle manière qu’elle détruit la puissance française en la soumettant à des négociations sans fin et au droit européen. C’est tout simplement incompatible avec l’esprit et les institutions de la Ve République.

Rencontre entre Konrad Adenauer et Charles de Gaulle à Cologne (Allemagne), septembre 1962. "L'Europe des Six voulue par de Gaulle, c'est la France de Napoléon." ©DPA/Picture Alliance/Leemage
Rencontre entre Konrad Adenauer et Charles de Gaulle à Cologne (Allemagne), septembre 1962. « L’Europe des Six voulue par de Gaulle, c’est la France de Napoléon. » ©DPA/Picture Alliance/Leemage

On peut vous objecter que, bien avant le quinquennat, la Ve République n’arrivait plus à fabriquer de la légitimité même à l’intérieur du système politique français, à cause de son manque de représentativité du corps électoral.

Je ne trouve pas. Certes, il y avait des dérèglements avec la cohabitation, parce que le président Mitterrand n’a pas respecté l’esprit de la Ve République ; il aurait dû démissionner et refaire une campagne présidentielle. Mais c’est le quinquennat qui a vraiment abîmé, dénaturé même, la Ve République, permettant en conséquence le développement du droit européen. Il ne doit pas y avoir de droit au-dessus de celui du président de la République car, comme disait de Gaulle, « la cour suprême en France, c’est le peuple ». Et maintenant, tout cela est fini : la cour suprême en France, ce sont tout à la fois le Conseil constitutionnel, la Cour de cassation, le Conseil d’État, la CJUE et la CEDH. Résultat, il n’y a plus de pouvoir réel et les présidents sont élus sur des projets auxquels ils renoncent au bout de six mois ou un an à cause des contraintes européennes et mondiales.

 Si la réforme des retraites poussée par Macron a échoué, ce n’est pas à cause du droit européen.

Vous avez raison, mais si on a démantelé EDF, c’est à cause de l’UE. L’absence de légitimité du pouvoir français a pour cause l’Europe et la décentralisation.

Autrement dit, pour poursuivre votre logique, l’abandon de l’héritage napoléonien.

Exactement ! Son abandon et sa destruction.

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De Gaulle et Napoléon sont issus de l’armée. La marginalisation de l’armée française a-t-elle abîmé notre génie particulier ?

Peut-être. Cependant, notre armée n’est pas marginale : nous sommes le dernier pays d’Europe à utiliser son armée pour des expéditions à l’étranger. C’est la spécificité française. L’aura, certes éphémère, du général de Villiers en témoigne. Il y a une nostalgie. Je continue de penser que c’est notre atout majeur.

Quel projet peut donc avoir la France à partir de votre conception de son histoire et de son génie particulier ?

Notre principal problème aujourd’hui est la désagrégation du pays et la guerre de civilisation qui se déroule sur notre sol. En conséquence, tout projet pour la France doit d’abord être défensif : il s’agit de refaire des Français et de refaire la France. Cela passe par l’assimilation, par l’École, par notre indépendance et le retour de la puissance militaire et du régalien. Surtout, il faut régler cette question intérieure par un changement des lois, par une politique de blocage de l’immigration et, je le répète, par l’assimilation. C’est une position défensive, on retrouvera une position offensive après, car nous ne sommes plus crédibles aujourd’hui.

Vous n’avez pas évoqué l’économie, la richesse nationale. C’était aussi l’une des faiblesses du système continental de Napoléon.

Napoléon était très soucieux de développement économique et obsédé par celui de la marine. Il avait une vision économique et mondiale. Son blocus continental a permis l’émergence de l’industrie allemande, l’économiste List le reconnaît. Or aujourd’hui, on aurait justement besoin de cela : un protectionnisme continental, pour favoriser notre réindustrialisation.

Avouez-le, vous vous prenez un peu pour Napoléon. Rêvez-vous de poursuivre son projet ?

Je vous assure que je ne vais pas envahir l’Italie !

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