Les notions de racisme systémique et de suprématie blanche s’appuient sur une pseudoscience qui n’a jamais fait ses preuves: celles des « préjugés inconscients » ou « implicites ». Anatomie d’une imposture.


L’histoire nous l’a appris, quand on rapproche les concepts de science et de race, cela finit mal : l’objectivité scientifique est toujours trahie et l’humanité livrée à ses pires démons. Cette leçon n’a pas empêché la création d’une nouvelle science raciale, celle des préjugés inconscients ou implicites (en anglais « unconscious » ou « implicit bias »). Cette prétendue science, qui fait fureur depuis vingt ans dans le monde anglophone, est l’une des pierres angulaires des notions de « racisme systémique » et « suprématie blanche » qui, aujourd’hui, justifient à leur tour les revendications les plus exorbitantes des militants #BLM ou des partisans de la famille Traoré – ou encore ces accusations que les Blancs bien-pensants lancent à l’encontre d’autres Blancs par pur pharisaïsme. Car cette science prétend montrer que le racisme anti-Noirs est présent chez presque tous les Blancs, à leur insu, et que c’est ce racisme infiniment subtil qui, plus que tout facteur purement économique ou social, ferait des Noirs des citoyens de deuxième classe. La puissance des préjugés en question serait proportionnelle à leur quasi-invisibilité et leur influence apparemment néfaste resterait presque indétectable si, miraculeusement, un test psychologique n’avait été inventé pour la révéler au grand jour.

La science (raciale) pour tous

En 1998, deux psychologues américains, Mahzarin Banaji et Anthony Greenwald, dévoilent au monde un nouvel outil censé mesurer avec exactitude les préjugés inconscients que nourrit chaque sujet humain à l’égard des différentes catégories de personnes victimes de discrimination. Le « test d’association implicite » ou « TAI » est l’objet d’un matraquage publicitaire avant sa validation scientifique, mais ses inventeurs, se croyant à l’aube d’une révolution, ne peuvent pas se contenir. Banaji va jusqu’à comparer l’invention du TAI à celle du télescope, dans la mesure où il perce l’obscurité nocturne des processus mentaux inconscients. L’emballement des médias est immédiat et le TAI ne tarde pas à devenir un des tests les plus influents en psychologie. S’il peut prendre différentes formes selon le type de discrimination (handicap, poids, âge…), c’est le TAI « race Noir-Blanc » qui est mis en avant. Ce test est disponible en ligne dans une variété de langues sur le site Project Implicit de l’université de Harvard dans. N’importe qui peut le passer et des millions de personnes l’auraient déjà fait. Le texte d’introduction affirme sans ambages qu’il « révèle que la plupart des gens ont une préférence automatique pour les personnes blanches par rapport aux personnes noires. »

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Le test vise à mesurer, à travers une série d’exercices, le temps que prend chaque participant à associer des concepts positifs ou négatifs avec des visages noirs ou blancs. Quand un individu prend plus de temps – mesuré en millisecondes – pour associer des concepts positifs avec des visages noirs qu’avec des visages blancs, il est considéré comme ayant une préférence implicite pour les Blancs. Il a, au fond de son cœur, des préjugés anti-Noirs. La théorie des préjugés implicites souligne un message utilement contradictoire : elle absout l’individu blanc, qui est inconscient de sa préférence, mais elle culpabilise l’ensemble des Blancs qui sont tous des pécheurs. Simultanément, le TAI apporte la rédemption à ses thuriféraires blancs qui sont lavés de leur propre culpabilité en mettant à nu celle des autres. Le succès monstre du TAI et de la notion de préjugés implicites est le résultat d’une conjonction infiniment commode entre une théorie (non validée) et un besoin politique. Si les inégalités sociales entre les Noirs et les Blancs persistent, malgré l’adoption de législation égalitaire, le TAI montrerait que c’est toujours la faute des Blancs racistes. Soyons clairs : que des préjugés mal assumés puissent exister chez certaines personnes et trouver l’occasion de s’exprimer ici et là, c’est sûr. Mais le fond de cette doctrine est que le biais anti-Noirs est constamment présent chez presque tous les Blancs. Dans une vidéo récente qui se regarde comme une autocritique, le prince Harry, sous la coupe de sa femme, la starlette bien-pensante Meghan Markle, déclare du haut de son autorité scientifico-royale que les préjugés inconscients constituent une force réelle et agissante.

Sauf que rien n’est moins certain. En fait, le TAI n’a jamais pu

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Septembre 2020 – Causeur #82

Article extrait du Magazine Causeur

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