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Tariq Ramadan se relance avec… un slam indigéniste

Grand esprit malade

Tariq Ramadan se relance avec… un slam indigéniste
Tariq Ramadan, Lille, 2016 © Michel Spingler/AP/SIPA Numéro de reportage : AP21855092_000006

L’islamologue se dévoile enfin sans fard dans un slam sans âme, pour nous dire que le mal c’est l’occident…


« Cela fait des siècles que vous volez et mentez
Vous seriez venus dites-vous pour nous civiliser
Vous avez méprisé nos langues, nos cultures, nos religions
Humilié nos mémoires, souillé nos traditions »
(…)
Attendez ! attendez ! qu’est-ce que vous croyez?
Que l’on va rester là assis à vous regarder
Piller nos terres, nos richesses, nos minerais,
Vous laisser tranquillement écrire l’histoire et la coloniser,
Comme vous avez colonisé nos cultures, nos pays
Nos continents, nos paysages autant que nos esprits ? »

Voilà ce que chante Tariq Ramadan. L’ancien prédicateur star, mis en examen pour viols en France et en Suisse, n’a pas oublié ses classiques : pour semer la haine, il faut d’abord commencer par réécrire l’histoire, désigner un coupable, des victimes et lancer le grand mercato de la haine et de la vengeance. Avec un tel cocktail, on sème la violence politique en espérant obtenir en retour la guerre civile, tout en faisant semblant de tenir un discours de justice sociale. L’idée est de faire passer la haine pour de la saine révolte afin de culpabiliser ceux que l’on veut détruire, et de trouver des alliés jusqu’au cœur de la cible que l’on vise. Tariq Ramadan n’a jamais fait que cela en France, il y a même trouvé des compagnons prestigieux, Edwy Plenel, Michel Tubiana et la Ligue des Droits de l’Homme, Alain Gresh…


Sans aucun complexe

Aujourd’hui, le voilà donc qui se dévoile enfin sans fard dans un slam sans âme pour nous dire que le mal c’est l’occident, responsable de tout, en tout lieu, et en tout temps. Le degré zéro de la complexité et de la justesse, mais un positionnement efficace quand on veut transformer une jeunesse peu éduquée en chair à canon de l’idéologie des frères musulmans. D’ailleurs, en bon connaisseur des débats qui ont agité notre pays, Tariq Ramadan rameute tous les termes susceptibles de mettre le feu. Cela donne « Vous allez perdre vos privilèges et votre identité, la mixité serait donc votre perte et bientôt vous serez sauvagement remplacé ». Sauvagement, autrement dit dans le sang ?

À écouter en entier la chanson, on comprend vite qu’il ne s’agit pas d’un slam mais d’une marche nuptiale, qui révèle la profondeur des alliances nouées entre islamistes et racialistes sur l’autel de la culture « woke ». D’ailleurs notre nouveau barde n’a de cesse de parler de « Sud éveillé ». On est ici dans l’expression la plus frustre de l’organisation politique, celle qui ne peut se passer du sacrifice du bouc émissaire et qui demande que, régulièrement, un groupe social ou ethnique tienne le rôle du bouc. C’est ce que tente de faire Tariq Ramadan avec nous. Car dans ce texte, le mal personnifié c’est la culture occidentale, la France, l’Europe, les Blancs, nous finalement. En revanche, l’opprimé, celui que l’on noie, méprise, humilie, dépouille et vole, c’est lui, Tariq Ramadan soi-même, érigé en représentant de tous les persécutés. Sa situation personnelle est le miroir de celle de l’Afrique, le décalque de celle de toutes les victimes de racisme. La chanson est une pièce à verser au procès, elle rejoint la défense mise en place face aux accusations de viol : il n’aurait pas été inquiété s’il avait été Blanc… Ce texte a néanmoins un mérite, il expose crûment la logique de vengeance que charrie le projet d’islamisation des frères musulmans : justifier la conquête de l’occident au nom de la réparation de la colonisation.

Une provocation arrogante

En attendant, le discours de l’ancienne star des islamistes puise abondamment dans les éléments de langage du Parti des Indigènes de la République. À écouter la chanson de Tariq Ramadan, on entend les chœurs d’Houria Bouteldja. Colonisation, accusation de pillage, de spoliation, l’histoire du monde selon Tariq Ramadan se résume ainsi : Occident = Grand Satan. On se croirait revenu au temps de la révolution iranienne et de Khomeyni. En tout cas voilà l’expression qui résume la vision que l’ancien prédicateur se fait du monde et le degré de complexité de sa pensée.

Mais s’il manque de souffle, notre homme ne manque pas d’air : c’est en effet à un deuxième come-back que nous assistons. Sa première tentative de retrouver un peu d’influence en 2020 avait fait flop. Il faut dire qu’ouvrir un centre de formation sur l’éthique et le féminisme quand on est accusé de viol était pour le moins audacieux, on n’ose écrire « couillu ». Du coup, le fait de recruter dans la foulée, un autre théologien, Yacob Mahi reconnu coupable en novembre 2019, en Belgique, d’attentat à la pudeur, d’incitation à la débauche et de harcèlement à l’égard d’un mineur de moins de 16 ans, ainsi que de coups et blessures à l’égard d’un autre élève, n’a pas aidé. La tentative de rédemption a été vue pour ce qu’elle était, une énième provocation mâtinée d’arrogance. 

Autre provocation et travestissement de la réalité, se présenter comme le porte-parole des damnés de la terre quand on a su fructueusement se faire entretenir par le Qatar. Parce que si notre futur crooner ne recule jamais devant le pathos, invoquant les migrants, les êtres déracinés, les bateaux de la honte et du désespoir, la mort au quotidien, la misère… Lui, en revanche, ne s’est jamais oublié. Il a su servir sa cause sans jamais oublier ses intérêts. D’après les « Qatar Papers », de Christian Chesnot et Georges Malbrunot l’homme touchait 35 000 euros par mois en tant que consultant à la Qatar Fondation au temps où prédicateur ne rimait pas avec fornicateur !

Alors, en attendant que cette tentative de retour sur le devant de la scène se solde par un nouvel échec, je vais réécouter les paroles du « Chanteur » de Balavoine, j’aime particulièrement ce passage: « Et partout dans la rue, J’veux qu’on parle de moi, Que les filles soient nues, Qu’elles se jettent sur moi, Qu’elles m’admirent qu’elles me tuent, Qu’elles s’arrachent ma vertu ». Allez savoir si de telles strophes n’auraient pas nourri la vocation du Frank Sinatra islamiste ? Devant tant de ridicule et d’outrance de la part du frère musulman déchu, on aimerait éclater d’un rire franc et joyeux, si la profondeur des liens entre les islamistes, racialistes, décoloniaux et islamogauchistes ne nous promettait pas des aubes tristes et des matins chagrins.

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Ancienne conseillère régionale PS d'Île de France et cofondatrice, avec Fatiha Boudjahlat, du mouvement citoyen Viv(r)e la République, Céline Pina est essayiste et chroniqueuse. Dernier essai: "Ces biens essentiels" (Bouquins, 2021)

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