La société de Moulinsart, détentrice des droits de Tintin, est particulièrement pointilleuse. Un peintre breton qui a osé figurer le reporter à la houppette entouré de filles sexy vient d’en faire les frais…
La vie sexuelle de Tintin fait débat. En cause, un peintre breton, Xavier Marabout qui a voulu lui en imaginer une. La société de Moulinsart, qui détient les droits, lui intente un procès, non pour atteinte aux bonnes mœurs, mais pour contrefaçon. L’audience a eu lieu le 8 mars devant le tribunal de Rennes pour une décision attendue le 10 mai. Les 24 planches de sa série « Hergé Hopper » intègrent le personnage de BD dans l’univers du célèbre peintre américain en prenant beaucoup de libertés. Le jeune reporter y apparaît torse nu, parfois entouré de donzelles plantureuses ou en pleine opération séduction. Ces images trahissent-elles l’œuvre d’Hergé ?
Un jeune homme sans expérience, androgyne
Citée par Ouest-France, l’avocate des plaignants semble plaider la misogynie de l’auteur : « Hergé, interviewé de nombreuses fois, avait expliqué son choix de ne pas impliquer les femmes dans son œuvre, parce qu’elles sont rarement des éléments comiques.» Hergé, il est vrai, n’a jamais caché la réalité de ses sentiments, comme dans une interview en 1943 où il confiait : « Évidemment, j’aime bien voir les “belles madames”, mais pourquoi éprouvent-elles le besoin de parler ? » La seule femme rencontrée dans ses albums reste la peu flatteuse Castafiore. Matthew Parris, ancien député anglais conservateur et journaliste au Times, soutenait dans un article en 2009 la thèse de l’homosexualité de Tintin, solides arguments à l’appui : « Un jeune homme sans expérience, androgyne, avec une houppette blonde, des pantalons bizarres, qui emménage dans le château de son meilleur ami, un marin entre deux âges… »
Ajoutons qu’avec l’anathème jeté sur Tintin au Congo, le seul album politiquement correct d’Hergé restera peut-être le Lotus bleu : résolument anticolonialiste, il fait apparaître une tension affective très forte entre Tintin et le jeune Tchang.
1ère Partie. Où nous découvrons que rien ne fait rager les militants antiracistes comme la découverte que la société devient moins raciste…
Pour les militants antiracistes autoproclamés, leur légitimité, leur existence même, est fondée sur une supposée omniprésence du racisme dans les sociétés occidentales. Leur machine à dénonciations, qui tourne à temps plein pour renverser l’ordre patriarcal et la suprématie blanche, doit être constamment approvisionnée en preuves et témoignages de racisme. Que faire quand cet approvisionnement devient inadéquat ? Ce dilemme a été mis en relief par un rapport officiel sur le racisme publié au Royaume Uni le 31 mars.
Les cancres de la classe: les Blancs
C’est en juillet 2020, suite aux manifestations et émeutes Black Lives Matter, que Boris Johnson crée une Commission on Race and Ethnic Disparities chargée d’étudier la question de la race et des écarts économiques et autres entre les différents groupes ethniques (« ethnic disparities »). Des dix membres de cette commission – pédagogues, scientifiques, entrepreneurs… – neuf appartiennent à des minorités ethniques. Ou, pour le dire plus crument, il n’y a qu’un seul Blanc. Outre sa composition plus qu’inclusive, cette commission, afin de mener à bien son étude, a pu profiter d’une base de données exceptionnelle compilant un nombre impressionnant de statistiques ethniques catégorisées de toutes les façons possibles. C’est dire que les analyses apportées par la Commission ne sont pas fondées sur des appréciations subjectives.
Après plus de six mois de travail, les conclusions du rapport sont claires. Certes, le racisme existe dans la société britannique, et la Commission recommande 24 actions concrètes pour lutter contre les préjugés. Mais le terme de racisme « institutionnel », appelé aussi « systémique », ce racisme qui empêche des groupes spécifiques entiers de progresser sur le plan socioéconomique, ne peut plus décrire le Royaume Uni au niveau national. D’ailleurs, l’acronyme « BAME », qui veut dire « Black and minority ethnic », devrait être abandonné, car les différentes minorités ethniques – noirs caribéens, noirs africains, indiens, pakistanais, chinois, roms… – ne peuvent pas être regroupées dans une seule et même catégorie puisqu’elles connaissent des sorts très divergents. Si on les compare les unes aux autres, les résultats sont très variés et les Blancs sont loin d’être systématiquement favorisés. Par exemple, en moyenne, les Britanniques indiens ont des salaires 16% au-dessus de ceux des Blancs, tandis que les Britanniques pakistanais ont des salaires 16% au-dessous de ceux des Blancs. Les Britanniques chinois sont généralement les mieux payés de tout le monde. Le taux d’exclusion scolaire des enfants noirs d’origine caribéenne est plus élevé que celui des Blancs, mais celui des Noirs d’origine africaine est au même niveau. De telles variations démentent la notion d’un racisme systémique inhérente à la culture britannique. Le rapport montre que la majorité des problèmes d’écart scolaire ou économique ne peut pas être expliquée par la discrimination raciale, les inégalités relevant surtout de facteurs géographiques, culturels, religieux ou familiaux. Par conséquent, la solution ne consiste pas tout simplement à lutter contre une telle discrimination.
Sans surprise, le rapport a déclenché des réactions plus qu’indignées de la part des professionnels du militantisme anti-racial. Certains sont dans le déni pur et simple, de la syndicaliste qui qualifie le rapport d’« immoral » au leader de l’opposition travailliste, Sir Keir Starmer, qui le trouve « décevant. » Lui qui, l’année dernière, s’est fait photographier dans son bureau en position agenouillée, a basé sa stratégie politique sur la réalité d’un prétendu « racisme institutionnel. » Avec la publication du rapport, le sol se dérobe sous ses pieds. D’autres s’adonnent à des hyperboles indignées, de la porte-parole travailliste sur les questions d’égalité qui accuse les rapporteurs de « glorifier la traite des esclaves » à l’activiste qui se scandalise de la publication d’un tel document à l’heure où « nous nous trouvons au milieu d’une pandémie mondiale de Covid-19 et de racisme anti-noir, d’afriphobie. » La plupart des critiques se concentrent sur la question du racisme « institutionnel » en insistant qu’il existe bel et bien pour de vrai. Sauf qu’ils n’ont pas lu le rapport – ou pas très attentivement – puisque celui-ci ne nie pas l’existence du racisme institutionnel. Selon lui, certaines institutions font preuve de racisme, mais aucune discrimination systématique ne fonctionne au niveau national et n’explique les différents écarts au niveau de l’éducation ou de l’emploi.
C’est vrai parce que je le crois
Voilà le grand problème pour ceux qui tablent depuis longtemps sur une forme de racisme généralisée comme explication unique de tous les maux de la société. La Commission est entrée dans la complexité des choses en faisant appel à la dure réalité des statistiques, approche que même de soi-disant spécialistes n’arrivent pas à accepter. Le professeur Kalwant Bhopal, directrice du Centre sur la race et l’éducation à l’université de Birmingham, a exprimé tout simplement son refus de voir des données montrant que, aujourd’hui, les minorités ethniques s’en sortent mieux dans le système d’éducation britannique que les Blancs. La catégorie la moins favorisée sur le plan scolaire est celle des garçons blancs de milieux modestes. Une des catégories qui réussit le mieux actuellement est celle des immigrés récents d’origine africaine. Dans la revue de tendance conservatrice, The Spectator, James Tooley, président de cette même université de Birmingham, pointe le fait que les mêmes statistiques utilisées par le rapport sont citées dans le livre récent de Mme Bhopal, dont le titre prévisible, White Privilege, est tout un programme[tooltips content= »https://www.spectator.co.uk/article/when-white-privilege-doesn-t-count »](1)[/tooltips]. C’est justement ce programme et ses ressorts idéologiques qui empêchent l’auteur de tirer les conclusions qui sautent aux yeux mais qui sont en contradiction avec son récit de discrimination systémique. Dans son livre, l’éminente universitaire fait grand cas du fait qu’elle est elle-même l’enfant d’immigrés indiens, sans voir apparemment que son propre parcours qui passe par Harvard et les collèges les plus prestigieux de l’université de Londres – King’s et University – est aux antipodes du tableau sombre qu’elle ne cesse de brosser. Quand les statistiques ne vont pas dans le sens de l’argument des antiracistes, il leur suffit de les ignorer. Il incombait peut-être inévitablement à un membre du clergé d’incarner cette volonté de ne croire que ce que l’on veut croire. L’évêque de Douvres, une femme noire née en Jamaïque – encore une preuve vivante que le Royaume Uni est plus raciste que jamais – insiste que « le vécu » des gens « raconte une autre histoire que celle proposée par ce rapport. » Le ressenti subjectif doit nécessairement primer sur l’objectivité des données. Le vieil adage, « credo quia absurdum » (je crois parce que c’est absurde), sort de son domaine propre, celui de la théologie, pour entrer dans celui des sciences sociales où il nourrit les délires idéologiques.
Depuis la publication du rapport, les médias traditionnels se sont montrés plus favorables à ses critiques, dont l’aveuglement n’a d’égal que l’acharnement, qu’à ses auteurs. Sur les médias dits « sociaux », ceux-ci se sont fait traiter des pires insultes, se trouvant comparés à Judas ou Joseph Goebbels. La grossièreté la plus fréquente est celle de « coon », l’équivalent du mot tabou en n****, qui a la particularité d’être réservée aux Noirs considérés par les antiracistes comme des traîtres. La violence de ces invectives – qui caractérise également les insultes des vrais racistes à l’égard des militants antiracistes – est finalement moins inquiétante que le refus obstiné d’accepter les réalités mises en lumière par le rapport. On pourrait être tenté de croire que la vérité finira par triompher, mais ce serait bien hâtif. Les militants en question ont des solutions bien rodées pour relever ce type de défis. Car il est possible, en temps de pénurie, de fabriquer des racistes à la demande, afin de continuer la lutte héroïque pour renverser l’ordre patriarcal et la suprématie blanche…
À suivre – 2e Partie : La Bande des pédagogues. Où nous découvrirons que de faux scientifiques, en faisant subir aux enfants un lavage de cerveau, les transforment en racistes démoniaques…
Le concept de « cancel culture », en plein essor dans nos contrées occidentales, s’infiltre un peu partout. Accusé de vouloir gommer, effacer, dissoudre nos cultures, il arrive aussi parfois que le procédé anéantisse des réputations, des carrières, voire des vies. Le triste cas du professeur Mike Adams en est la funeste illustration. Analyse
En ancien français, le verbe canceller indique l’annulation d’une écriture juridique, soit en la croisant par des traits de plume, soit en y donnant un coup de canif. Soulignons que le nom français cancel, signifiant barreaux, partage une racine commune avec le verbe anglais to cancel, les deux étant issus du latin cancellare voulant dire rayer, effacer, annuler… En Français moderne, les occurrences traduisant ce phénomène nouveau surabondent : « culture du bannissement », « de l’annulation », ou encore « de l’ostracisation », « de la négation », « de l’anéantissement », « de l’effacement », « de la suppression », « de la dénonciation »… Selon la définition donnée par le dictionnaire encyclopédique de Cambridge, la « cancel culture » est une « façon de se comporter dans une société ou un groupe, notamment sur les médias sociaux, dans laquelle il est courant de rejeter complètement et de cesser de soutenir quelqu’un parce qu’il a dit ou fait quelque chose qui vous offense. » Excroissance métastasée du politiquement correct, la cancel culture est en l’expression poussée à l’extrême. Dans la culture de l’annulation, il est avant tout question de dénoncer, pour ensuite réclamer la censure d’une personnalité ayant tenu des propos ou agi de manière « problématique. »
Par propos ou actions « problématiques », entendez qui vont à l’encontre de la morale ultra puritaine de l’idéologie progressiste. Quand bien-même il s’agirait d’une personnalité fictive ou disparue depuis des siècles. Quand bien-même cela reviendrait à juger un passé révolu en lui appliquant une grille de lecture actuelle, inflexible et absurde!
Un phénomène en plein essor
À l’instar de la majorité des concepts progressistes sévissant en France, sans grande suprise, nous avons désormais que le concept de « cancel culture » nous arrive d’outre Atlantique. Si l’Office Québecois de la Langue Française a officiellement indexé l’expression en juin 2020, celle-ci serait apparue au début des années 90, dans New Jack City, un film américain, où Nino Brown, le personnage d’un gangster, crie: « Cancel that bitch !»
En 2010, l’occurrence est reprise par le rappeur Lil Wayne dans sa chanson I’m Single. En 2014, suite à une émission de télé-réalité, l’expression commence à se répandre dans les milieux anglophones, et des hashtags « cancel untel » fleurissent alors sur les réseaux sociaux. L’avènement du mouvement Metoo en 2017 popularise davantage l’expression. La triste mort de George Floyd, le 25 mai 2020, suivie par le mouvement Black Lives Matter, impulsent un souffle nouveau au phénomène et le propulsent au-devant de la scène médiatique mondiale. Désormais, absolument tout et n’importe quoi peut ainsi se voir accuser de racisme et d’oppression.
Le phénomène devient exponentiel et commence alors à inquiéter. Un mois après la mort de Floyd, une lettre ouverte publiée par Harpers Magazine, et signée par 150 personnalités internationales, dont Margaret Atwood, Salman Rushdie, J.K Rowling ou encore Noam Chomsky, évoque « une atmosphère étouffante qui va finir par nuire aux causes les plus vitales de notre époque ». La missive dénonce « la radicalisation fulgurante d’un progressisme devenu fou à force d’obsessions identitaires et d’intolérance viscérale au débat contradictoire. »
Qui sont les « cancellés » ordinaires?
Le spectre des personnalités dites « problématiques » ne cesse de s’élargir. Ainsi, à l’aune de cette nouvelle éthique, le dramaturge grec Eschyle, bien qu’ayant vécu cinq siècles avant notre ère, s’est rendu coupable de crime de « black face » ! Dans le même esprit, la joviale Annie Cordy est accusée, par plusieurs associations antiracistes, de « véhiculer des stéréotypes racistes » dans sa chanson « Chaud Cacao. » Cela même alors que le nom de la chanteuse belge avait été initialement sélectionné pour rebaptiser le tunnel Léopold II, roi des Belges, dont le passé colonial était devenu « problématique .»
Pour avoir ironisé dans un tweet sur le fait qu’un site d’information remplace le terme « femme » par « personnes concernées par les menstruations », J. K. Rowling, pourtant connue pour ses idées progressistes, fut taxée de transphobie, devenant ainsi la cible d’une campagne massive de dénigrement qui s’est soldée par un boycott, y compris au sein de la maison d’édition qui la publie.
Certains fans, très déçus, avaient même réclamé qu’elle ne soit plus l’auteur de la série Harry Potter, comme si la réalité objective était modifiable.
La science, construction sociale et expression de la domination blanche!
Et à propos de réalité objective, la culture de l’effacement ne vise pas seulement des personnalités réelles ou fictives, elle cible également des périodes historiques comme l’Antiquité, coupable d’être « historiquement impliquée dans le fascisme et le colonialisme, et qui continue d’être liée à la suprématie blanche et à la misogynie » comme l’analyse Raphaël Doan.
D’autres disciplines scientifiques, comme les mathématiques, attirent l’attention de quelques chantres de la « justice sociale ». À l’été 2020, Laurie Rubel, professeur d’enseignement des mathématiques au Brooklyn College, avait soutenu sur Twitter que l’équation mathématique 2+2=4 « pue le patriarcat suprématiste blanc ». Ce tweet fut repris et promu par plusieurs universitaires défendant l’idée selon laquelle la« vérité objective » est une construction sociale et que les mathématiques devraient être réévaluées, parce qu’elles ont été principalement développées par des hommes blancs.
La machine est désormais tellement bien rodée, la pression telle, que nul besoin de dénonciations ou de tribunal populaire, certaines entreprises et institutions ont pris les devants. La presse anglophone a très récemment révélé qu’un théâtre du Minnesota avait dû annuler une production de Cendrillon, prévue depuis des mois, en raison d’une distribution trop blanche: trop d’acteurs blancs et pas assez issus de la diversité, dans une ville qui en compte justement relativement peu.
Alors qui sont ces « cancelleurs » ?
Il serait sans doute injuste et malhonnête de réduire les adeptes de cette cancel culture à la génération snow flake, ces « flocons de neige », s’estimant uniques au monde et singuliers, si émotifs et si impressionnables. Ces êtres, dont la fragilité exaltée n’a d’égale que leur susceptibilité exacerbée, si prompts à l’indignation sélective, adeptes des safe space et d’inclusivité, ne supportent aucune contradiction, y voyant là une forme de violence.
Ce portait caricatural n’inclut pas les professionnels de la culture et de l’enseignement, tous ceux pour qui cela est plus simple d’être dans le « camp des gentils », ou tétanisés à l’idée de perdre leurs emplois. Ce portrait ne comprend pas non plus les spécialistes des fumeuses études décoloniales, ainsi que toutes les disciplines gravitant autour.
La cancel culture tue
La pratique de l’annulation peut faire penser aux caprices d’enfants gâtés, elle agace, fait sourire, provoque de la colère ou de la moquerie, mais c’est oublier les dégâts irréversibles qu’elle peut engendrer. Le 23 juillet 2020, Mike Adams, professeur de criminologie à l’Université de Caroline du Nord, se suicide à son domicile. La dernière campagne de menace et de harcèlement dont il était la cible l’avait fortement fragilisé. Ce polémiste à l’humour provocateur, ancien athée devenu catholique conservateur, connaissait des différends avec l’université au sujet de ses prises de positions depuis 2005. L’été dernier, dans un tweet visant à interpeller le gouverneur de Caroline du Nord, il compare le confinement à l’esclavage, et emploie la célèbre formule « Let my people go. »
Il n’en fallait pas plus pour que les âmes les plus sensibles se mettent à pousser des cris d’orfraie, qu’on l’accuse de racisme, et qu’on se mobilise pour demander son éviction. L’université où il officie est inondée de messages. Celle-ci abdique et annonce que Mike Adams part en retraite anticipée, contre une indemnité de 500 000 dollars.
Pour le « joyeux guerrier », comme ses proches le surnommaient, cette dernière bataille perdue fut celle de trop. Le pire reste sans doute le traitement médiatique réservé à l’affaire, dénué de toute compassion à l’égard du suicidé. Le journal USA Today titre: « Un professeur de Caroline du Nord qui a démissionné au milieu d’une controverse sur ses tweets « ignobles » est retrouvé mort. » BuzzFeed évoque l’affaire en ces termes: « Un professeur connu pour ses tweets racistes et misogynes a été retrouvé mort à son domicile. » Des internautes sont même allés jusqu’à se réjouir de sa mort, arguant que c’était tout ce que « ce personnage intolérant méritait. »
Tel le fameux tableau de Goya où Chronos dévore un de ses enfants, échevelé, visage déformé, les yeux exorbités et fous, la cancel culture est un ogre cannibale et insatiable. Celle-ci n’anéantit pas seulement les cultures ou les vies, elle peut aussi annihiler notre part d’humanité.
Quelques uns des télégrammes diplomatiques révélés par Julien Assange dressent un portrait accablant de cette organisation turque, dont la ville de Strasbourg veut subventionner une mosquée.
27 mars 2004. Les électeurs turcs s’apprêtent à voter aux municipales. L’AKP devrait engranger les succès, pronostique un diplomate américain en poste à Ankara. Bien vu. Le parti de Recep Tayyip Erdogan confirme à cette occasion son statut de force politique dominante en Turquie. Revenant sur les racines politiques et idéologique de l’AKP, le diplomate livre son analyse du mouvement Millî Görüs (« vision nationale » ou « vision de la communauté », en turc). Celui-ci est en quelque sorte la matrice d’où l’AKP est sorti. C’est « le creuset de l’islam politique turc », écrivait l’enseignant chercheur Jean Marcou.
Outre-Rhin, Millî Görüs est considéré comme un « archétype d’hypocrisie »
Dans la mesure où le télégramme (référencé 04ANKARA1842_a) était classé confidentiel, le diplomate s’exprime sans fard. Fondé par l’ancien premier ministre Necmettin Erbakan, Millî Görüs est selon lui « un cas classique de loge secrète turque à deux visages ». D’un côté, elle se présente comme « le vrai chemin vers l’islam », développant une « rhétorique pleine de références nostalgiques au califat et à la tolérance supposée de l’empire ottoman », tout en « baignant dans la paranoïa et les clichés anti-américains, anti-chrétiens ou anti-alévi », avec une touche de conspirationnisme et d’antisionisme. « D’un autre côté, poursuit le diplomate, son vrai moteur est plutôt un mélange « d’opportunisme exacerbé », de « ruse orientale », et « d’intérêt matériel bien compris ». Vu de l’ambassade américaine, ses actions sont « loin des normes spirituelles et ascétiques que sa rhétorique sur la charia évoque ». En deux mots, Millî Görüs est un « archétype d’hypocrisie ».
Un autre télégramme américain, datant du 26 juillet 2010, analyse la manière dont le ministre de l’Intérieur allemand Thomas de Maizière (à cette fonction de 2009 à 2011, puis de 2013 à 2018) a tenté de liquider le mouvement en Allemagne. Des documents internes de l’Intérieur décrivent Millî Görüs comme une organisation tenue par des « fondamentalistes prétendant agir légalement », explique la note de l’ambassade. Le problème est que le gouvernement allemand ne peut pas le prouver et doit donc agir indirectement. « Tout comme les autorités américaines ont réussi à mettre Al Capone en prison pour fraude fiscale », l’idée est de faire tomber Milli Görüs pour « malversations financières ». Rusé, mais difficile: en septembre 2010, la justice allemande a mis fin aux poursuites pour fraudes engagées deux ans plus tôt contre Milli Görüs en Allemagne. Le diplomate américain l’avait anticipé. Il jugeait « improbable » que les accusations tous azimuts (blanchiment, détournement de fonds, fraudes, travail dissimulé, etc.) lancées par le gouvernement allemand puissent être étayées. Tout en soulignant la présence de « nombreuses personnalités très douteuses au sommet » de Millî Görüs, il rappelle que les experts allemands de l’islam ne classent plus ce mouvement de masse (près de 65 000 adhérents) parmi les organisations extrémistes. Traditionalistes toujours, bigots souvent, les sympathisants allemands de Millî Görüs ne sont pas pour autant des terroristes.
Une impression de déjà vu
Dix années ont passé et la France, à son tour, est confrontée au dilemme Millî Görüs. Créée en 1995, gérant désormais plus de 70 mosquées, la branche française du mouvement n’a jamais trempé dans quelque affaire de terrorisme que ce soit. Elle regroupe une immense majorité des binationaux pacifiques. Elle gère des mosquées, voire des écoles coraniques, à Poissy-Vernouillet, Epinay, Saint-Etienne, Vénissieux, Paris, Annecy, Vierzon, Ambérieux, Villefontaine, Poissy, Lille, Grigny, etc.
Elle apparait dans une association à qui la ville de Metz a concédé un terrain de 1,2 hectare en 2013 pour y construire une grande mosquée ! De nombreuses municipalités lui ont rendu de menus services, à l’image de la ville de Sevran, qui a mis un local de 45m2 à sa disposition en 2014, gracieusement. La même année à Roubaix (juste à côté de Tourcoing, ville de Gérald Darmanin), une mosquée Eyyub Sultan initiée par la Confédération Islamique Millî Görüş France (CIMG) a été mise en chantier. La municipalité n’avait pas versé de subvention, mais dans la Voix du Nord du 30 novembre, elle se flattait d’avoir « aidé les responsables de la mosquée à présenter un projet architectural susceptible d’être validé par l’architecte des bâtiments de France ».
Puis, le 22 mars 2021, la nouvelle équipe EELV en place à la mairie de Strasbourg a acté le principe d’une subvention de 2,5 millions d’euros au projet de mosquée Eyyub Sultan portée par la CIMG. Inadmissible, a tonné Gérald Darmanin.
La mairie et l’organisation turque ne manquent pas d’arguments pour dénoncer un revirement total. Elles ont beau jeu de rappeler que la préfecture a été tenue au courant du projet depuis 2017. De partenaire discret, Millî Görüs serait devenu infréquentable en quelques mois seulement ? Oui. Son tort est évidemment d’afficher sa proximité avec le régime d’Erdogan et son islamisme rétrograde, dans un contexte de fortes tensions avec la France. Tensions qu’a aggravées en février dernier le rejet de la « charte des principes pour l’islam de France » par Millî Görüs.
La préfecture du Bas-Rhin a annoncé le 6 avril qu’elle attaquait devant le tribunal administratif la délibération de la ville de Strasbourg qui accepte le principe de la subvention à la mosquée Eyyub Sultan. Tout comme le dossier du ministre allemand de l’Intérieur Thomas de Maizière, celui-ci semble compliqué à étayer. Le 17 décembre 2020, Millî Görüs avait obtenu une subvention de 2500€…de la préfecture d’Alsace !
Une pétition rassemble 40 000 signataires contre l’utilisation de chênes pour la charpente de Notre-Dame de Paris
L’abattage des chênes nécessaires à la nouvelle charpente de Notre-Dame a débuté. Une pétition a aussitôt été lancée pour s’y opposer. Plus de 40 000 signataires à ce jour y voient un « écocide ». Certes, il aurait été préférable d’utiliser d’autres matériaux pour éviter de futurs incendies. La charte de Venise l’aurait permis, l’important étant la fidélité artistique.
Cependant, parler d’écocide est tout simplement une grossière ânerie : s’il est un argument en faveur d’une charpente en bois, c’est justement l’écologie.
En effet, on peut imaginer que les signataires, de sensibilité écologique, sont les premiers à vouloir contenir la progression du taux de CO2 dans l’atmosphère. Or quelle est la façon principale de retirer du CO2 de l’air, la seule en pratique ? C’est la photosynthèse. Les végétaux absorbent du CO2, le débarrassent de l’oxygène (réduction) et en font de la matière organique. Une population végétale en croissance est donc une sorte de pompe à carbone. Le problème est que dès que l’équilibre est atteint, il n’y a plus de formation de matière organique supplémentaire et il se produit donc un arrêt de l’absorption nette de CO2. Aucune forêt en équilibre, pas même la forêt amazonienne, n’absorbe de CO2. Si on coupe des chênes pour la cathédrale ou pour n’importe quel autre usage dans le bâtiment ou l’ameublement, on séquestre du carbone. Dans le même temps, d’autres arbres ou d’autres végétaux vont recommencer, au même endroit, à pomper du carbone. En résumé, les écolos devraient applaudir. Autre question : manque-t-on de forêts en France ? Non, on en a trop (chose peu connue en ville) ! La forêt ne cesse de progresser depuis des décennies, asphyxiant le milieu rural et préparant des catastrophes (incendies géants, épizooties massives, etc.). Les chênes en question sont-ils « naturels » ? Non plus ! Du semis à l’abattage, ils ont été suivis, éclaircis et entretenus pour produire, non des formations branchues peu utilisables, mais de hauts fûts réguliers. Cela s’appelle la sylviculture.
Pour beaucoup de progressistes occidentaux, tous les maux de l’Afrique sont le résultat du colonialisme. Et en même temps, ils s’alarment du peu de tolérance rencontrée par les homosexuels en Afrique. Paradoxe: pour beaucoup de leaders africains, l’homosexualité est bien un mal. Un mal qui aurait été importé par les colons blancs…
En Afrique, il n’est pas toujours facile d’être homosexuel. Souhaitant offrir un « espace sûr et protégé », une association ghanéenne de défense des homosexuel(le)s ne s’attendait certainement pas à provoquer un tel tollé dans ce pays d’Afrique de l’Ouest. En ouvrant un centre dans la banlieue d’Accra, le 31 janvier, la LGBT Rights Ghana a généré une vague d’homophobie sans précédent dans cette ex-colonie britannique, jusqu’au plus haut sommet de l’État et parmi l’épiscopat local. Lorsque la Conférence des évêques catholiques du Ghana a appris l’existence de ce refuge pour gays, bis et transsexuels, elle s’est empressée de rédiger un courrier afin de « condamner tous ceux qui soutiennent la pratique abominable de l’homosexualité (…) » et exiger du gouvernement que le local soit immédiatement fermé.
C’est donc manu militari que les membres de l’association ont été expulsés du bâtiment, pourchassés par les habitants du quartier. « Nous communiquons sur nos activités depuis longtemps, mais cela n’est jamais devenu une question d’intérêt national et encore moins à une si grande échelle » a déploré le directeur des communications de LGBT Rights Ghana Abdul-Wadud Mohammed. Être un africain gay est un sujet encore tabou et, pour beaucoup, un vice importé par les Européens lors de la colonisation.
Trente-deux des 63 pays qui constellent le continent originel de l’homme ont d’ailleurs introduit des lois pénales contre ce qu’ils considèrent comme une dérive sexuelle.
« Les lois de notre pays obéissent à des normes qui sont le condensé de nos valeurs de culture et de civilisation. Cela n’a rien à voir avec l’homophobie » se défendait, encore récemment et devant des journalistes, le président sénégalais, Macky Sall, dont le pays punit d’un à cinq ans d’emprisonnement les actes homosexuels. D’autres se contentent de suivre la Sharia comme au Nigeria ou en Somalie, appliquant simplement la peine de mort pour les « crimes de sodomie. » Certains dirigeants ne cachent pas leur homophobie tel le président ougandais, Yoweri Museveni, qui a affirmé publiquement que « les Blancs venaient satisfaire leurs besoins en Afrique alors que les relations homosexuelles sont contre la volonté de Dieu ».
L’ancien président putschiste de Gambie, Yahya Jammeh, évoquait, quant à lui, une « sexualité diabolique et inhumaine » à l’origine de toutes les maladies sexuellement transmissibles (dans le même temps, il affirmait avoir le pouvoir de guérir du Sida avec une concoction de son cru) et que son pays « lutterait contre ces vermines gays de la même manière qu’il combat les moustiques responsables du paludisme, sinon plus agressivement ». Pas mieux du côté du Zimbabwe où le défunt président Mugabe a utilisé les lois anti-sodomie pour se débarrasser de ses adversaires et n’avait pas hésité à marteler à la tribune de l’ONU en 2015, face à une assistance médusée, que « l’Afrique ne voulait pas de gays sur son sol » car l’homme noir se devait de « perpétuer sa race avec des femmes. » Au Cameroun, on a même publié les noms de 50 personnalités locales soupçonnées d’être des homosexuels. Dans le cas du Ghana, c’est 87% de la population qui rejette ce type de sexualité, dont le président de la république, Nana Akufo-Addo, qui a confirmé qu’il ne dépénaliserait pas l’homosexualité, une loi qui date de 1860. Dans la foulée, un ministre de son gouvernement a fait du zèle en proposant une législation plus stricte pour sanctionner ceux qui prônent et promeuvent les activités LGBT dans cette partie de l’Afrique, pourtant plus ouverte que l’Est ou le Nord du continent.
Mais qu’en est-il des réalités?
Loin d’avoir été importée par les « babtous », les Blancs, l’homosexualité existe évidemment depuis longtemps en Afrique, et remonte même à l’Antiquité sous les règnes des pharaons.
Ainsi chez les Quimbandas d’Angola tout comme les Wawihé, on pratique la sodomie à un tel point que les colons portugais avaient dû légiférer afin d’interdire « ce vice contre nature », en dépit de la coutume. Du temps du royaume du Dahomey (Bénin), les eunuques étaient considérés comme des « épouses royales », avec des pouvoirs importants et avec lesquels on jouait sexuellement. Le roi Mangwa II du Bouganda fut lui-même un homosexuel reconnu, avec un harem de jeunes hommes, au grand dam de l’Église dont il martyrisa les prélats qui avaient tenté de l’empêcher de s’adonner à ses plaisirs masculins. Et que dire des Ovambos namibiens à l’homosexualité proverbiale ou chez d’autres tribus comme les Kivaï de Zambie, où cela relève du rite initiatique afin de rendre les « jeunes hommes plus vigoureux » ? Seul pays où les droits des homosexuels sont pleinement reconnus, l’Afrique du Sud, qui fait figure de pionnier. Cette situation jette un froid parmi nos bien-pensants actuels d’Occident, qui veulent que l’Afrique soit un continent de victimes.
Indignés par les récents événements en Gold Coast (ancien nom du Ghana), l’acteur Idris Elba, la mannequin Naomi Campbell ou encore le designer Virgil Abloh ont signé une lettre ouverte de soutien aux homosexuels africains, dans le but d’attirer l’attention. Ils y expriment leur « profonde inquiétude ». Une mauvaise publicité dont se serait bien passé le Ghana qui tente de persuader la diaspora africaine de venir s’installer dans le pays, vantant un « havre de paix, de tolérance et de démocratie », accessible à tous. À condition que vous soyez un hétérosexuel viril et doté d’une africanité libérée de toutes traces de « maux européens »…
Avant d’aborder, je l’espère avec délicatesse, le fond de mon billet concernant la proposition de loi d’Olivier Falorni sur « le droit à une fin de vie libre et choisie » et la tribune de 343 femmes exigeant que le droit à l’avortement dépasse les douze semaines légales pour aller à quatorze, je voudrais rappeler d’où j’écris, ce qui impose un honnête préambule. Je n’ai jamais considéré, d’abord, que le fil du temps était naturellement et nécessairement progressiste. Il n’y a aucune fatalité dans le changement, mais on a le droit de le choisir lucidement.
On constate une manie française de s’appuyer sur ce qui a été légitimement obtenu pour pousser le bouleversement plus loin
Ensuite, pour être en désaccord avec telle ou telle orientation se qualifiant de progressiste, je ne serai jamais péremptoire sur ces matières humaines et personnelles infiniment sensibles. Je ne tournerai pas en dérision, comme il a pu m’arriver de le faire, ces pétitions d’artistes ou exclusivement de femmes, comme en l’occurrence, aspirant à une autorité indiscutable parce qu’elles sont femmes et connues ; ou mêlant à leur concert une Assa Traoré ayant vanté la polygamie en France.
Enfin, dès lors qu’on adopte cette ligne de conduite précautionneuse, il me semble qu’on n’est pas illégitime à se mêler d’un débat n’ayant pas vocation à être exclusivement féminin. Pourquoi, alors, suis-je réservé à l’égard de cette volonté de maximalisme sur des sujets très douloureux dont on pourrait souhaiter que le consensus fragile les concernant ne soit pas battu en brèche par une surenchère préjudiciable? Précisément à cause de cette manie française de s’appuyer sur ce qui a été légitimement obtenu pour pousser le bouleversement plus loin. Comme s’il ne suffisait pas d’avoir combattu une fois, mais qu’il fallait forcément renouveler l’exercice.
Évolution des lois bioéthiques
La loi Veil avait fixé le délai pour pouvoir avorter à 12 semaines et en 2001 l’Assemblée nationale avait solennellement consacré le caractère intouchable de ce droit. Est-il vraiment opportun et urgent de rouvrir une problématique pour deux semaines de plus sans que nous soyons assurés des effets de cette prolongation? De la même manière, pour la fin de vie, la loi Claeys-Leonetti (alliance de la droite et de la gauche) avait permis une évolution et à la fois posé des limites. Dans ces conditions, la proposition de loi d’Olivier Falorni, qui sera débattue en séance publique le 8 avril – avec la bagatelle de 3 000 amendements dont 2 300 déposés par le groupe LR, ce qui devrait exclure une discussion sur une seule journée – ne devra pas être traitée comme si elle était scandaleuse en elle-même mais avec intelligence et sensibilité. Pas davantage avec une arrogance qui jugerait l’opposition à cette proposition comme passéiste et indigne! J’admets que sur la fin de vie 272 députés veuillent « débattre et voter », qu’un député LREM nous enjoigne: il faut humaniser l’agonie mais qu’un autre du même groupe réplique: appliquons d’abord la loi ! Cette dernière position rejoint celle du professeur Juvin, qui considère qu’il y a encore trop de femmes qui ne bénéficient pas de la loi Veil faute de moyens et que l’urgence se trouve plutôt dans la pleine effectivité de celle-ci. Si j’écarte de la discussion l’intuition intime qui m’incite toujours, par une manière de lâcheté respectueuse de la nature, à laisser faire le cours de ce qu’elle décrète pour la fin de vie, je peux cependant discuter un argument souvent utilisé et exprimer une crainte de plus en plus d’actualité.
Argument souvent utilisé: tout serait permis puisqu’on aurait une absolue liberté sur soi et sur son corps. Il me semble que cette disposition, derrière son humanisme apparent, est contredite par un certain nombre d’exemples. Poussée à bout, elle légitimerait tout ce que la folie, le délire ou l’irresponsabilité seraient capables d’inventer au prétexte qu’il s’agirait d’une autarcie impérieuse et que le scandale serait d’oser la réduire. Il y a des libertés qui sont choquantes et dangereuses pour la société, même quand elles feignent de se donner l’élégance d’une bienveillance totale concédée à chacun.
Repousser le délai pour avorter n’est pas sans risque
Crainte: faire passer au-delà de 12 semaines le droit d’avorter serait un signal très périlleux, de même paradoxalement que cette mort qui serait « libre et choisie », au regard de l’évolution de notre société où de plus en plus on blesse et on tue comme on respire. Il est illusoire de croire qu’une cloison étanche existera toujours et par principe entre nos indépendances, même validés par le Parlement, et l’humus délétère d’un monde qui risque d’être gangrené par toute complaisance à l’égard de la disparition de soi ou de ce qu’on porte au-delà des douze semaines validées, et dans quelle tension et avec quel courage par la ministre d’alors!
Qu’on me comprenne bien. Ce n’est pas parce que j’ai peur d’avancées qui pour moi seraient des reculs que j’ai forcément raison. J’ai droit à la parole comme tant d’autres mais qu’on accepte au moins d’appréhender ces infinies, douloureuses et tragiques complexités avec un esprit et une main tremblants.
Ce jeudi est discuté à l’Assemblée nationale le projet de loi « donnant et garantissant le droit à une fin de vie libre et choisie ». S’inscrivant dans une prétendue volonté d’améliorer la loi Leonetti-Claeys de 2016, ce projet de loi veut établir le droit à l’euthanasie visant à donner la mort. Un texte de Laurence Trochu, présidente du Mouvement Conservateur
Fidèle à la doxa individualiste de notre époque, ce projet de loi traduit notre incapacité collective à penser la mort ; il constitue une rupture anthropologique et médicale majeure. L’élévation de l’euthanasie au rang de droit entrainera nécessairement un accaparement des ressources pour en garantir l’accès. Cela se fera indubitablement au détriment des soins palliatifs qui constituent pourtant une alternative efficace pour accompagner les patients en fin de vie. Il ne peut y avoir de « en même temps » : soit la France s’engage de toutes ses forces dans la culture des soins palliatifs, soit elle liquide le sujet de la fin de vie en validant l’euthanasie.
Une loi du renoncement
Ce projet de loi favorable à l’euthanasie s’inscrit parfaitement dans la zeitgeist du moment : la primauté de la liberté individuelle. Il souffre donc des mêmes travers et des mêmes limites que toute autre loi dite « progressiste » : l’impossibilité de penser le débat hors de l’autonomie de l’individu. C’est donc un projet de loi de renoncement : renoncement à penser « la vie bonne », l’éthique, la morale ou la mort en dehors du prisme de l’individualisme ; il sanctionne l’abandon de toute recherche éthique en la réduisant au critère du choix individuel. Or, la mort doit se penser sur un plan politique et éthique plus large, car ses implications vont au-delà du simple respect de l’autonomie de l’individu et du libre choix de définir sa propre mort.
L’impensé de la mort
L’euthanasie est une volonté d’évacuer la mort et le caractère profondément mystérieux qu’elle implique. Contrôler sa mort, c’est chercher à esquiver le tragique et l’inconnu qu’elle implique. Cette approche est caractéristique de nos sociétés modernes où la mort ne doit plus faire partie du réel ; elle doit être cachée, évacuée et pour cela maîtrisée et décidée. Choisir le moment de sa mort, c’est accorder la préséance à la peur qu’elle nous inspire plutôt que d’embrasser et assumer l’incertitude qui l’entoure.
Or, l’être humain est le seul animal qui doive vivre avec la conscience de sa propre mort. Accepter pleinement son incertitude, la fin naturelle de la vie, est donc un gage de notre humanité. Y renoncer en programmant sa mort revient à renier une part de ce qui nous caractérise comme humain. C’est ce qu’explique le philosophe Louis-André Richard : « L’être humain n’est jamais aussi humain que lorsqu’il assume ce questionnement sur sa condition de mortel (…) à commencer par l’acceptation de l’impossibilité qui nous est faite de savoir quand nous allons mourir. Or, l’euthanasie, en tant qu’acte qui porte le risque d’une posture égocentrée, occulte en partie ce qui fait la condition humaine (…) et atténue par la même occasion toute possibilité de réflexion sur le sens de la vie. »
Une négation de notre anthropologie
Une société se fonde sur des interdits. La nôtre repose, entre autres, sur l’interdit de donner la mort. L’euthanasie nie notre rapport à cette limite qui nous caractérise comme civilisation. Il devient donc urgent de repenser notre société au regard des fondements sur lesquels elle s’est édifiée. A la lumière de cet héritage, c’est aujourd’hui le rôle de la médecine qui doit être contemplé. Il n’a jamais été de donner la mort, mais de soigner dans le cadre de ce que le philosophe Jacques Ricot nomme « le pacte de soin ». Le soignant fait la promesse d’apporter un soin à la mesure de ses compétences, et le patient s’engage à suivre le traitement. Le soignant n’est pas souverain dans son choix et doit obtenir l’approbation du patient ; ce dernier conserve son autonomie sans toutefois la faire valoir de manière absolue puisqu’il s’en remet à son médecin. Ainsi, le devoir de respecter l’autonomie du patient se trouve tempéré par l’obligation de lui procurer un bienfait par un soin. Or, contrairement à ce que la tyrannie des bons sentiments veut nous faire croire, l’euthanasie n’est pas un soin : « Faire mourir délibérément une personne n’est pas la même chose qu’en prendre soin jusqu’à son terme ».
Cette précieuse distinction, qui a inspiré les précédentes lois sur la fin de vie, est aujourd’hui balayée par le nouveau texte en discussion. Sous couvert de respect de la dignité humaine, il vient armer de la faux la main du médecin. L’expérience des pays ayant travesti le rôle de la médecine est éloquente. En Belgique, le nombre d’euthanasies a décuplé en quinze ans, il a quintuplé au Canada en seulement trois ans, et triplé aux Pays-Bas depuis 2002.
Progressisme contre progrès
Le progressisme de l’euthanasie n’est en rien synonyme de progrès. Les défenseurs du texte tiennent sur ce point un raisonnement fallacieux : s’opposer à l’euthanasie est contraire à la dignité humaine, car c’est condamner les patients à un acharnement thérapeutique qui les plonge dans d’atroces souffrances. Nous lui opposons le formidable progrès des soins palliatifs : la médecine n’a jamais été aussi performante pour contrôler et soulager la douleur physique. Reste la terrible détresse psychologique de se savoir et de se voir diminué et dépendant. C’est précisément là que l’humanité se révèle. L’humanité mise à nu du patient affaibli appelle un surcroît d’humanité des soignants et des proches en bonne santé. C’est dans leurs regards et la douceur de leurs gestes que le malade perçoit sa propre dignité et la valeur inconditionnelle de sa vie. Dans cette rencontre, l’un et les autres se découvrent plus hommes que jamais.
Assumés et affrontés, les questionnements qui rôdent autour de la mort sont paradoxalement sources d’une paix profonde. Lorsqu’on a aimé jusqu’à l’impensé, on a tout donné. Et tout reçu. Ce sont ces dernières étapes de la vie que les soins palliatifs permettent de vivre pour que la mort ne nous soit pas volée.
Les dangers d’une euthanasie érigée en droit
En revanche, un système de santé où coexisteraient une offre de soins palliatifs et l’euthanasie comme droit est la certitude de voir toutes les ressources financières et matérielles orientées vers l’euthanasie au détriment des soins palliatifs. Puisque seul un droit doit voir son accès garanti, point de « en même temps » possible ici. Cette analyse est d’autant plus vraie dans un contexte où les finances publiques sont limitées et que les soins palliatifs ont un coût. Quel vrai choix aurait alors un patient en fin de vie quand les soins palliatifs deviennent inéluctablement parents pauvres du système de santé ? Comment être certains que des pressions ne s’exerceront pas sur lui afin qu’il choisisse une euthanasie rentable? Les lieux où se pratique la médecine palliative deviendront plus que jamais des lieux de résistance politique.
Le regard libre d’Élisabeth Lévy
« L’euthanasie : panoplie progressiste, refus de la condition humaine »
Dans le golfe de Riga, l’île de Kihnu est un Disneyland pour féministes
En dépit de notre histoire sombre de domination patriarcale, vous serez heureux d’apprendre que l’Europe a quelque raison de relever la tête. Elle compte en effet, dans une petite île au large de l’Estonie, un matriarcat !
Le « dernier matriarcat d’Europe » – car nous savons qu’« avant », aux temps bienheureux de l’égalité primitive, il en existait beaucoup – subsiste à Kihnu, dans le golfe de Riga, sous la forme d’une société de vieilles dames pauvres arborant des jupes colorées et jouant du violon.
C’est la photographe norvégienne, Anne Helene Gjelstad, qui a remis au goût du jour l’intérêt pour Kihnu, classée en 2008 au patrimoine immatériel de l’Unesco, en publiant un bel album sur la vie de l’île. L’originalité de la communauté de 600 habitants est que les hommes sont très souvent absents pour des périodes relativement longues, puisqu’ils consacrent la majeure partie de leur temps à la pêche et à la chasse au phoque sur la banquise. Résultat : les femmes s’occupent de la vie quotidienne. Entre agriculture, tissage traditionnel, chants folkloriques et cérémonies d’enterrement, de petites dames vieillissantes sont photographiées avec leur vache ou en train de danser. Point d’orgue de la démonstration allègre de Gjelstad, interrogée par la BBC : « Si le tracteur tombe en panne, les hommes ne sont pas là, donc les femmes doivent apprendre par elles-mêmes à réparer le tracteur. » Une femme qui répare un tracteur : une preuve imparable de matriarcat, non ? Hélas, cet enthousiasme politique nous semble quelque peu usurpé. Kihnu est une société où la répartition des tâches est très sexuée – et où, assez classiquement, oserions-nous dire, les femmes tiennent le village alors que les hommes partent à l’extérieur. Le décor folklorique, les broderies et la graisse de phoque, sur fond de « préservation de la culture locale », font toute la différence.
Qu’importe à nos militants : le matriarcat est désormais à portée de ferry.
L’islamologue se dévoile enfin sans fard dans un slam sans âme, pour nous dire que le mal c’est l’occident…
« Cela fait des siècles que vous volez et mentez Vous seriez venus dites-vous pour nous civiliser Vous avez méprisé nos langues, nos cultures, nos religions Humilié nos mémoires, souillé nos traditions » (…) Attendez ! attendez ! qu’est-ce que vous croyez? Que l’on va rester là assis à vous regarder Piller nos terres, nos richesses, nos minerais, Vous laisser tranquillement écrire l’histoire et la coloniser, Comme vous avez colonisé nos cultures, nos pays Nos continents, nos paysages autant que nos esprits ? »
Voilà ce que chante Tariq Ramadan. L’ancien prédicateur star, mis en examen pour viols en France et en Suisse, n’a pas oublié ses classiques : pour semer la haine, il faut d’abord commencer par réécrire l’histoire, désigner un coupable, des victimes et lancer le grand mercato de la haine et de la vengeance. Avec un tel cocktail, on sème la violence politique en espérant obtenir en retour la guerre civile, tout en faisant semblant de tenir un discours de justice sociale. L’idée est de faire passer la haine pour de la saine révolte afin de culpabiliser ceux que l’on veut détruire, et de trouver des alliés jusqu’au cœur de la cible que l’on vise. Tariq Ramadan n’a jamais fait que cela en France, il y a même trouvé des compagnons prestigieux, Edwy Plenel, Michel Tubiana et la Ligue des Droits de l’Homme, Alain Gresh…
Aujourd’hui, le voilà donc qui se dévoile enfin sans fard dans un slam sans âme pour nous dire que le mal c’est l’occident, responsable de tout, en tout lieu, et en tout temps. Le degré zéro de la complexité et de la justesse, mais un positionnement efficace quand on veut transformer une jeunesse peu éduquée en chair à canon de l’idéologie des frères musulmans. D’ailleurs, en bon connaisseur des débats qui ont agité notre pays, Tariq Ramadan rameute tous les termes susceptibles de mettre le feu. Cela donne « Vous allez perdre vos privilèges et votre identité, la mixité serait donc votre perte et bientôt vous serez sauvagement remplacé ». Sauvagement, autrement dit dans le sang ?
À écouter en entier la chanson, on comprend vite qu’il ne s’agit pas d’un slam mais d’une marche nuptiale, qui révèle la profondeur des alliances nouées entre islamistes et racialistes sur l’autel de la culture « woke ». D’ailleurs notre nouveau barde n’a de cesse de parler de « Sud éveillé ». On est ici dans l’expression la plus frustre de l’organisation politique, celle qui ne peut se passer du sacrifice du bouc émissaire et qui demande que, régulièrement, un groupe social ou ethnique tienne le rôle du bouc. C’est ce que tente de faire Tariq Ramadan avec nous. Car dans ce texte, le mal personnifié c’est la culture occidentale, la France, l’Europe, les Blancs, nous finalement. En revanche, l’opprimé, celui que l’on noie, méprise, humilie, dépouille et vole, c’est lui, Tariq Ramadan soi-même, érigé en représentant de tous les persécutés. Sa situation personnelle est le miroir de celle de l’Afrique, le décalque de celle de toutes les victimes de racisme. La chanson est une pièce à verser au procès, elle rejoint la défense mise en place face aux accusations de viol : il n’aurait pas été inquiété s’il avait été Blanc… Ce texte a néanmoins un mérite, il expose crûment la logique de vengeance que charrie le projet d’islamisation des frères musulmans : justifier la conquête de l’occident au nom de la réparation de la colonisation.
Une provocation arrogante
En attendant, le discours de l’ancienne star des islamistes puise abondamment dans les éléments de langage du Parti des Indigènes de la République. À écouter la chanson de Tariq Ramadan, on entend les chœurs d’Houria Bouteldja. Colonisation, accusation de pillage, de spoliation, l’histoire du monde selon Tariq Ramadan se résume ainsi : Occident = Grand Satan. On se croirait revenu au temps de la révolution iranienne et de Khomeyni. En tout cas voilà l’expression qui résume la vision que l’ancien prédicateur se fait du monde et le degré de complexité de sa pensée.
Mais s’il manque de souffle, notre homme ne manque pas d’air : c’est en effet à un deuxième come-back que nous assistons. Sa première tentative de retrouver un peu d’influence en 2020 avait fait flop. Il faut dire qu’ouvrir un centre de formation sur l’éthique et le féminisme quand on est accusé de viol était pour le moins audacieux, on n’ose écrire « couillu ». Du coup, le fait de recruter dans la foulée, un autre théologien, Yacob Mahi reconnu coupable en novembre 2019, en Belgique, d’attentat à la pudeur, d’incitation à la débauche et de harcèlement à l’égard d’un mineur de moins de 16 ans, ainsi que de coups et blessures à l’égard d’un autre élève, n’a pas aidé. La tentative de rédemption a été vue pour ce qu’elle était, une énième provocation mâtinée d’arrogance.
Autre provocation et travestissement de la réalité, se présenter comme le porte-parole des damnés de la terre quand on a su fructueusement se faire entretenir par le Qatar. Parce que si notre futur crooner ne recule jamais devant le pathos, invoquant les migrants, les êtres déracinés, les bateaux de la honte et du désespoir, la mort au quotidien, la misère… Lui, en revanche, ne s’est jamais oublié. Il a su servir sa cause sans jamais oublier ses intérêts. D’après les « Qatar Papers », de Christian Chesnot et Georges Malbrunot l’homme touchait 35 000 euros par mois en tant que consultant à la Qatar Fondation au temps où prédicateur ne rimait pas avec fornicateur !
Alors, en attendant que cette tentative de retour sur le devant de la scène se solde par un nouvel échec, je vais réécouter les paroles du « Chanteur » de Balavoine, j’aime particulièrement ce passage: « Et partout dans la rue, J’veux qu’on parle de moi, Que les filles soient nues, Qu’elles se jettent sur moi, Qu’elles m’admirent qu’elles me tuent, Qu’elles s’arrachent ma vertu ». Allez savoir si de telles strophes n’auraient pas nourri la vocation du Frank Sinatra islamiste ? Devant tant de ridicule et d’outrance de la part du frère musulman déchu, on aimerait éclater d’un rire franc et joyeux, si la profondeur des liens entre les islamistes, racialistes, décoloniaux et islamogauchistes ne nous promettait pas des aubes tristes et des matins chagrins.
La société de Moulinsart, détentrice des droits de Tintin, est particulièrement pointilleuse. Un peintre breton qui a osé figurer le reporter à la houppette entouré de filles sexy vient d’en faire les frais…
La vie sexuelle de Tintin fait débat. En cause, un peintre breton, Xavier Marabout qui a voulu lui en imaginer une. La société de Moulinsart, qui détient les droits, lui intente un procès, non pour atteinte aux bonnes mœurs, mais pour contrefaçon. L’audience a eu lieu le 8 mars devant le tribunal de Rennes pour une décision attendue le 10 mai. Les 24 planches de sa série « Hergé Hopper » intègrent le personnage de BD dans l’univers du célèbre peintre américain en prenant beaucoup de libertés. Le jeune reporter y apparaît torse nu, parfois entouré de donzelles plantureuses ou en pleine opération séduction. Ces images trahissent-elles l’œuvre d’Hergé ?
Un jeune homme sans expérience, androgyne
Citée par Ouest-France, l’avocate des plaignants semble plaider la misogynie de l’auteur : « Hergé, interviewé de nombreuses fois, avait expliqué son choix de ne pas impliquer les femmes dans son œuvre, parce qu’elles sont rarement des éléments comiques.» Hergé, il est vrai, n’a jamais caché la réalité de ses sentiments, comme dans une interview en 1943 où il confiait : « Évidemment, j’aime bien voir les “belles madames”, mais pourquoi éprouvent-elles le besoin de parler ? » La seule femme rencontrée dans ses albums reste la peu flatteuse Castafiore. Matthew Parris, ancien député anglais conservateur et journaliste au Times, soutenait dans un article en 2009 la thèse de l’homosexualité de Tintin, solides arguments à l’appui : « Un jeune homme sans expérience, androgyne, avec une houppette blonde, des pantalons bizarres, qui emménage dans le château de son meilleur ami, un marin entre deux âges… »
Ajoutons qu’avec l’anathème jeté sur Tintin au Congo, le seul album politiquement correct d’Hergé restera peut-être le Lotus bleu : résolument anticolonialiste, il fait apparaître une tension affective très forte entre Tintin et le jeune Tchang.
1ère Partie. Où nous découvrons que rien ne fait rager les militants antiracistes comme la découverte que la société devient moins raciste…
Pour les militants antiracistes autoproclamés, leur légitimité, leur existence même, est fondée sur une supposée omniprésence du racisme dans les sociétés occidentales. Leur machine à dénonciations, qui tourne à temps plein pour renverser l’ordre patriarcal et la suprématie blanche, doit être constamment approvisionnée en preuves et témoignages de racisme. Que faire quand cet approvisionnement devient inadéquat ? Ce dilemme a été mis en relief par un rapport officiel sur le racisme publié au Royaume Uni le 31 mars.
Les cancres de la classe: les Blancs
C’est en juillet 2020, suite aux manifestations et émeutes Black Lives Matter, que Boris Johnson crée une Commission on Race and Ethnic Disparities chargée d’étudier la question de la race et des écarts économiques et autres entre les différents groupes ethniques (« ethnic disparities »). Des dix membres de cette commission – pédagogues, scientifiques, entrepreneurs… – neuf appartiennent à des minorités ethniques. Ou, pour le dire plus crument, il n’y a qu’un seul Blanc. Outre sa composition plus qu’inclusive, cette commission, afin de mener à bien son étude, a pu profiter d’une base de données exceptionnelle compilant un nombre impressionnant de statistiques ethniques catégorisées de toutes les façons possibles. C’est dire que les analyses apportées par la Commission ne sont pas fondées sur des appréciations subjectives.
Après plus de six mois de travail, les conclusions du rapport sont claires. Certes, le racisme existe dans la société britannique, et la Commission recommande 24 actions concrètes pour lutter contre les préjugés. Mais le terme de racisme « institutionnel », appelé aussi « systémique », ce racisme qui empêche des groupes spécifiques entiers de progresser sur le plan socioéconomique, ne peut plus décrire le Royaume Uni au niveau national. D’ailleurs, l’acronyme « BAME », qui veut dire « Black and minority ethnic », devrait être abandonné, car les différentes minorités ethniques – noirs caribéens, noirs africains, indiens, pakistanais, chinois, roms… – ne peuvent pas être regroupées dans une seule et même catégorie puisqu’elles connaissent des sorts très divergents. Si on les compare les unes aux autres, les résultats sont très variés et les Blancs sont loin d’être systématiquement favorisés. Par exemple, en moyenne, les Britanniques indiens ont des salaires 16% au-dessus de ceux des Blancs, tandis que les Britanniques pakistanais ont des salaires 16% au-dessous de ceux des Blancs. Les Britanniques chinois sont généralement les mieux payés de tout le monde. Le taux d’exclusion scolaire des enfants noirs d’origine caribéenne est plus élevé que celui des Blancs, mais celui des Noirs d’origine africaine est au même niveau. De telles variations démentent la notion d’un racisme systémique inhérente à la culture britannique. Le rapport montre que la majorité des problèmes d’écart scolaire ou économique ne peut pas être expliquée par la discrimination raciale, les inégalités relevant surtout de facteurs géographiques, culturels, religieux ou familiaux. Par conséquent, la solution ne consiste pas tout simplement à lutter contre une telle discrimination.
Sans surprise, le rapport a déclenché des réactions plus qu’indignées de la part des professionnels du militantisme anti-racial. Certains sont dans le déni pur et simple, de la syndicaliste qui qualifie le rapport d’« immoral » au leader de l’opposition travailliste, Sir Keir Starmer, qui le trouve « décevant. » Lui qui, l’année dernière, s’est fait photographier dans son bureau en position agenouillée, a basé sa stratégie politique sur la réalité d’un prétendu « racisme institutionnel. » Avec la publication du rapport, le sol se dérobe sous ses pieds. D’autres s’adonnent à des hyperboles indignées, de la porte-parole travailliste sur les questions d’égalité qui accuse les rapporteurs de « glorifier la traite des esclaves » à l’activiste qui se scandalise de la publication d’un tel document à l’heure où « nous nous trouvons au milieu d’une pandémie mondiale de Covid-19 et de racisme anti-noir, d’afriphobie. » La plupart des critiques se concentrent sur la question du racisme « institutionnel » en insistant qu’il existe bel et bien pour de vrai. Sauf qu’ils n’ont pas lu le rapport – ou pas très attentivement – puisque celui-ci ne nie pas l’existence du racisme institutionnel. Selon lui, certaines institutions font preuve de racisme, mais aucune discrimination systématique ne fonctionne au niveau national et n’explique les différents écarts au niveau de l’éducation ou de l’emploi.
C’est vrai parce que je le crois
Voilà le grand problème pour ceux qui tablent depuis longtemps sur une forme de racisme généralisée comme explication unique de tous les maux de la société. La Commission est entrée dans la complexité des choses en faisant appel à la dure réalité des statistiques, approche que même de soi-disant spécialistes n’arrivent pas à accepter. Le professeur Kalwant Bhopal, directrice du Centre sur la race et l’éducation à l’université de Birmingham, a exprimé tout simplement son refus de voir des données montrant que, aujourd’hui, les minorités ethniques s’en sortent mieux dans le système d’éducation britannique que les Blancs. La catégorie la moins favorisée sur le plan scolaire est celle des garçons blancs de milieux modestes. Une des catégories qui réussit le mieux actuellement est celle des immigrés récents d’origine africaine. Dans la revue de tendance conservatrice, The Spectator, James Tooley, président de cette même université de Birmingham, pointe le fait que les mêmes statistiques utilisées par le rapport sont citées dans le livre récent de Mme Bhopal, dont le titre prévisible, White Privilege, est tout un programme[tooltips content= »https://www.spectator.co.uk/article/when-white-privilege-doesn-t-count »](1)[/tooltips]. C’est justement ce programme et ses ressorts idéologiques qui empêchent l’auteur de tirer les conclusions qui sautent aux yeux mais qui sont en contradiction avec son récit de discrimination systémique. Dans son livre, l’éminente universitaire fait grand cas du fait qu’elle est elle-même l’enfant d’immigrés indiens, sans voir apparemment que son propre parcours qui passe par Harvard et les collèges les plus prestigieux de l’université de Londres – King’s et University – est aux antipodes du tableau sombre qu’elle ne cesse de brosser. Quand les statistiques ne vont pas dans le sens de l’argument des antiracistes, il leur suffit de les ignorer. Il incombait peut-être inévitablement à un membre du clergé d’incarner cette volonté de ne croire que ce que l’on veut croire. L’évêque de Douvres, une femme noire née en Jamaïque – encore une preuve vivante que le Royaume Uni est plus raciste que jamais – insiste que « le vécu » des gens « raconte une autre histoire que celle proposée par ce rapport. » Le ressenti subjectif doit nécessairement primer sur l’objectivité des données. Le vieil adage, « credo quia absurdum » (je crois parce que c’est absurde), sort de son domaine propre, celui de la théologie, pour entrer dans celui des sciences sociales où il nourrit les délires idéologiques.
Depuis la publication du rapport, les médias traditionnels se sont montrés plus favorables à ses critiques, dont l’aveuglement n’a d’égal que l’acharnement, qu’à ses auteurs. Sur les médias dits « sociaux », ceux-ci se sont fait traiter des pires insultes, se trouvant comparés à Judas ou Joseph Goebbels. La grossièreté la plus fréquente est celle de « coon », l’équivalent du mot tabou en n****, qui a la particularité d’être réservée aux Noirs considérés par les antiracistes comme des traîtres. La violence de ces invectives – qui caractérise également les insultes des vrais racistes à l’égard des militants antiracistes – est finalement moins inquiétante que le refus obstiné d’accepter les réalités mises en lumière par le rapport. On pourrait être tenté de croire que la vérité finira par triompher, mais ce serait bien hâtif. Les militants en question ont des solutions bien rodées pour relever ce type de défis. Car il est possible, en temps de pénurie, de fabriquer des racistes à la demande, afin de continuer la lutte héroïque pour renverser l’ordre patriarcal et la suprématie blanche…
À suivre – 2e Partie : La Bande des pédagogues. Où nous découvrirons que de faux scientifiques, en faisant subir aux enfants un lavage de cerveau, les transforment en racistes démoniaques…
Le concept de « cancel culture », en plein essor dans nos contrées occidentales, s’infiltre un peu partout. Accusé de vouloir gommer, effacer, dissoudre nos cultures, il arrive aussi parfois que le procédé anéantisse des réputations, des carrières, voire des vies. Le triste cas du professeur Mike Adams en est la funeste illustration. Analyse
En ancien français, le verbe canceller indique l’annulation d’une écriture juridique, soit en la croisant par des traits de plume, soit en y donnant un coup de canif. Soulignons que le nom français cancel, signifiant barreaux, partage une racine commune avec le verbe anglais to cancel, les deux étant issus du latin cancellare voulant dire rayer, effacer, annuler… En Français moderne, les occurrences traduisant ce phénomène nouveau surabondent : « culture du bannissement », « de l’annulation », ou encore « de l’ostracisation », « de la négation », « de l’anéantissement », « de l’effacement », « de la suppression », « de la dénonciation »… Selon la définition donnée par le dictionnaire encyclopédique de Cambridge, la « cancel culture » est une « façon de se comporter dans une société ou un groupe, notamment sur les médias sociaux, dans laquelle il est courant de rejeter complètement et de cesser de soutenir quelqu’un parce qu’il a dit ou fait quelque chose qui vous offense. » Excroissance métastasée du politiquement correct, la cancel culture est en l’expression poussée à l’extrême. Dans la culture de l’annulation, il est avant tout question de dénoncer, pour ensuite réclamer la censure d’une personnalité ayant tenu des propos ou agi de manière « problématique. »
Par propos ou actions « problématiques », entendez qui vont à l’encontre de la morale ultra puritaine de l’idéologie progressiste. Quand bien-même il s’agirait d’une personnalité fictive ou disparue depuis des siècles. Quand bien-même cela reviendrait à juger un passé révolu en lui appliquant une grille de lecture actuelle, inflexible et absurde!
Un phénomène en plein essor
À l’instar de la majorité des concepts progressistes sévissant en France, sans grande suprise, nous avons désormais que le concept de « cancel culture » nous arrive d’outre Atlantique. Si l’Office Québecois de la Langue Française a officiellement indexé l’expression en juin 2020, celle-ci serait apparue au début des années 90, dans New Jack City, un film américain, où Nino Brown, le personnage d’un gangster, crie: « Cancel that bitch !»
En 2010, l’occurrence est reprise par le rappeur Lil Wayne dans sa chanson I’m Single. En 2014, suite à une émission de télé-réalité, l’expression commence à se répandre dans les milieux anglophones, et des hashtags « cancel untel » fleurissent alors sur les réseaux sociaux. L’avènement du mouvement Metoo en 2017 popularise davantage l’expression. La triste mort de George Floyd, le 25 mai 2020, suivie par le mouvement Black Lives Matter, impulsent un souffle nouveau au phénomène et le propulsent au-devant de la scène médiatique mondiale. Désormais, absolument tout et n’importe quoi peut ainsi se voir accuser de racisme et d’oppression.
Le phénomène devient exponentiel et commence alors à inquiéter. Un mois après la mort de Floyd, une lettre ouverte publiée par Harpers Magazine, et signée par 150 personnalités internationales, dont Margaret Atwood, Salman Rushdie, J.K Rowling ou encore Noam Chomsky, évoque « une atmosphère étouffante qui va finir par nuire aux causes les plus vitales de notre époque ». La missive dénonce « la radicalisation fulgurante d’un progressisme devenu fou à force d’obsessions identitaires et d’intolérance viscérale au débat contradictoire. »
Qui sont les « cancellés » ordinaires?
Le spectre des personnalités dites « problématiques » ne cesse de s’élargir. Ainsi, à l’aune de cette nouvelle éthique, le dramaturge grec Eschyle, bien qu’ayant vécu cinq siècles avant notre ère, s’est rendu coupable de crime de « black face » ! Dans le même esprit, la joviale Annie Cordy est accusée, par plusieurs associations antiracistes, de « véhiculer des stéréotypes racistes » dans sa chanson « Chaud Cacao. » Cela même alors que le nom de la chanteuse belge avait été initialement sélectionné pour rebaptiser le tunnel Léopold II, roi des Belges, dont le passé colonial était devenu « problématique .»
Pour avoir ironisé dans un tweet sur le fait qu’un site d’information remplace le terme « femme » par « personnes concernées par les menstruations », J. K. Rowling, pourtant connue pour ses idées progressistes, fut taxée de transphobie, devenant ainsi la cible d’une campagne massive de dénigrement qui s’est soldée par un boycott, y compris au sein de la maison d’édition qui la publie.
Certains fans, très déçus, avaient même réclamé qu’elle ne soit plus l’auteur de la série Harry Potter, comme si la réalité objective était modifiable.
La science, construction sociale et expression de la domination blanche!
Et à propos de réalité objective, la culture de l’effacement ne vise pas seulement des personnalités réelles ou fictives, elle cible également des périodes historiques comme l’Antiquité, coupable d’être « historiquement impliquée dans le fascisme et le colonialisme, et qui continue d’être liée à la suprématie blanche et à la misogynie » comme l’analyse Raphaël Doan.
D’autres disciplines scientifiques, comme les mathématiques, attirent l’attention de quelques chantres de la « justice sociale ». À l’été 2020, Laurie Rubel, professeur d’enseignement des mathématiques au Brooklyn College, avait soutenu sur Twitter que l’équation mathématique 2+2=4 « pue le patriarcat suprématiste blanc ». Ce tweet fut repris et promu par plusieurs universitaires défendant l’idée selon laquelle la« vérité objective » est une construction sociale et que les mathématiques devraient être réévaluées, parce qu’elles ont été principalement développées par des hommes blancs.
La machine est désormais tellement bien rodée, la pression telle, que nul besoin de dénonciations ou de tribunal populaire, certaines entreprises et institutions ont pris les devants. La presse anglophone a très récemment révélé qu’un théâtre du Minnesota avait dû annuler une production de Cendrillon, prévue depuis des mois, en raison d’une distribution trop blanche: trop d’acteurs blancs et pas assez issus de la diversité, dans une ville qui en compte justement relativement peu.
Alors qui sont ces « cancelleurs » ?
Il serait sans doute injuste et malhonnête de réduire les adeptes de cette cancel culture à la génération snow flake, ces « flocons de neige », s’estimant uniques au monde et singuliers, si émotifs et si impressionnables. Ces êtres, dont la fragilité exaltée n’a d’égale que leur susceptibilité exacerbée, si prompts à l’indignation sélective, adeptes des safe space et d’inclusivité, ne supportent aucune contradiction, y voyant là une forme de violence.
Ce portait caricatural n’inclut pas les professionnels de la culture et de l’enseignement, tous ceux pour qui cela est plus simple d’être dans le « camp des gentils », ou tétanisés à l’idée de perdre leurs emplois. Ce portrait ne comprend pas non plus les spécialistes des fumeuses études décoloniales, ainsi que toutes les disciplines gravitant autour.
La cancel culture tue
La pratique de l’annulation peut faire penser aux caprices d’enfants gâtés, elle agace, fait sourire, provoque de la colère ou de la moquerie, mais c’est oublier les dégâts irréversibles qu’elle peut engendrer. Le 23 juillet 2020, Mike Adams, professeur de criminologie à l’Université de Caroline du Nord, se suicide à son domicile. La dernière campagne de menace et de harcèlement dont il était la cible l’avait fortement fragilisé. Ce polémiste à l’humour provocateur, ancien athée devenu catholique conservateur, connaissait des différends avec l’université au sujet de ses prises de positions depuis 2005. L’été dernier, dans un tweet visant à interpeller le gouverneur de Caroline du Nord, il compare le confinement à l’esclavage, et emploie la célèbre formule « Let my people go. »
Il n’en fallait pas plus pour que les âmes les plus sensibles se mettent à pousser des cris d’orfraie, qu’on l’accuse de racisme, et qu’on se mobilise pour demander son éviction. L’université où il officie est inondée de messages. Celle-ci abdique et annonce que Mike Adams part en retraite anticipée, contre une indemnité de 500 000 dollars.
Pour le « joyeux guerrier », comme ses proches le surnommaient, cette dernière bataille perdue fut celle de trop. Le pire reste sans doute le traitement médiatique réservé à l’affaire, dénué de toute compassion à l’égard du suicidé. Le journal USA Today titre: « Un professeur de Caroline du Nord qui a démissionné au milieu d’une controverse sur ses tweets « ignobles » est retrouvé mort. » BuzzFeed évoque l’affaire en ces termes: « Un professeur connu pour ses tweets racistes et misogynes a été retrouvé mort à son domicile. » Des internautes sont même allés jusqu’à se réjouir de sa mort, arguant que c’était tout ce que « ce personnage intolérant méritait. »
Tel le fameux tableau de Goya où Chronos dévore un de ses enfants, échevelé, visage déformé, les yeux exorbités et fous, la cancel culture est un ogre cannibale et insatiable. Celle-ci n’anéantit pas seulement les cultures ou les vies, elle peut aussi annihiler notre part d’humanité.
Quelques uns des télégrammes diplomatiques révélés par Julien Assange dressent un portrait accablant de cette organisation turque, dont la ville de Strasbourg veut subventionner une mosquée.
27 mars 2004. Les électeurs turcs s’apprêtent à voter aux municipales. L’AKP devrait engranger les succès, pronostique un diplomate américain en poste à Ankara. Bien vu. Le parti de Recep Tayyip Erdogan confirme à cette occasion son statut de force politique dominante en Turquie. Revenant sur les racines politiques et idéologique de l’AKP, le diplomate livre son analyse du mouvement Millî Görüs (« vision nationale » ou « vision de la communauté », en turc). Celui-ci est en quelque sorte la matrice d’où l’AKP est sorti. C’est « le creuset de l’islam politique turc », écrivait l’enseignant chercheur Jean Marcou.
Outre-Rhin, Millî Görüs est considéré comme un « archétype d’hypocrisie »
Dans la mesure où le télégramme (référencé 04ANKARA1842_a) était classé confidentiel, le diplomate s’exprime sans fard. Fondé par l’ancien premier ministre Necmettin Erbakan, Millî Görüs est selon lui « un cas classique de loge secrète turque à deux visages ». D’un côté, elle se présente comme « le vrai chemin vers l’islam », développant une « rhétorique pleine de références nostalgiques au califat et à la tolérance supposée de l’empire ottoman », tout en « baignant dans la paranoïa et les clichés anti-américains, anti-chrétiens ou anti-alévi », avec une touche de conspirationnisme et d’antisionisme. « D’un autre côté, poursuit le diplomate, son vrai moteur est plutôt un mélange « d’opportunisme exacerbé », de « ruse orientale », et « d’intérêt matériel bien compris ». Vu de l’ambassade américaine, ses actions sont « loin des normes spirituelles et ascétiques que sa rhétorique sur la charia évoque ». En deux mots, Millî Görüs est un « archétype d’hypocrisie ».
Un autre télégramme américain, datant du 26 juillet 2010, analyse la manière dont le ministre de l’Intérieur allemand Thomas de Maizière (à cette fonction de 2009 à 2011, puis de 2013 à 2018) a tenté de liquider le mouvement en Allemagne. Des documents internes de l’Intérieur décrivent Millî Görüs comme une organisation tenue par des « fondamentalistes prétendant agir légalement », explique la note de l’ambassade. Le problème est que le gouvernement allemand ne peut pas le prouver et doit donc agir indirectement. « Tout comme les autorités américaines ont réussi à mettre Al Capone en prison pour fraude fiscale », l’idée est de faire tomber Milli Görüs pour « malversations financières ». Rusé, mais difficile: en septembre 2010, la justice allemande a mis fin aux poursuites pour fraudes engagées deux ans plus tôt contre Milli Görüs en Allemagne. Le diplomate américain l’avait anticipé. Il jugeait « improbable » que les accusations tous azimuts (blanchiment, détournement de fonds, fraudes, travail dissimulé, etc.) lancées par le gouvernement allemand puissent être étayées. Tout en soulignant la présence de « nombreuses personnalités très douteuses au sommet » de Millî Görüs, il rappelle que les experts allemands de l’islam ne classent plus ce mouvement de masse (près de 65 000 adhérents) parmi les organisations extrémistes. Traditionalistes toujours, bigots souvent, les sympathisants allemands de Millî Görüs ne sont pas pour autant des terroristes.
Une impression de déjà vu
Dix années ont passé et la France, à son tour, est confrontée au dilemme Millî Görüs. Créée en 1995, gérant désormais plus de 70 mosquées, la branche française du mouvement n’a jamais trempé dans quelque affaire de terrorisme que ce soit. Elle regroupe une immense majorité des binationaux pacifiques. Elle gère des mosquées, voire des écoles coraniques, à Poissy-Vernouillet, Epinay, Saint-Etienne, Vénissieux, Paris, Annecy, Vierzon, Ambérieux, Villefontaine, Poissy, Lille, Grigny, etc.
Elle apparait dans une association à qui la ville de Metz a concédé un terrain de 1,2 hectare en 2013 pour y construire une grande mosquée ! De nombreuses municipalités lui ont rendu de menus services, à l’image de la ville de Sevran, qui a mis un local de 45m2 à sa disposition en 2014, gracieusement. La même année à Roubaix (juste à côté de Tourcoing, ville de Gérald Darmanin), une mosquée Eyyub Sultan initiée par la Confédération Islamique Millî Görüş France (CIMG) a été mise en chantier. La municipalité n’avait pas versé de subvention, mais dans la Voix du Nord du 30 novembre, elle se flattait d’avoir « aidé les responsables de la mosquée à présenter un projet architectural susceptible d’être validé par l’architecte des bâtiments de France ».
Puis, le 22 mars 2021, la nouvelle équipe EELV en place à la mairie de Strasbourg a acté le principe d’une subvention de 2,5 millions d’euros au projet de mosquée Eyyub Sultan portée par la CIMG. Inadmissible, a tonné Gérald Darmanin.
La mairie et l’organisation turque ne manquent pas d’arguments pour dénoncer un revirement total. Elles ont beau jeu de rappeler que la préfecture a été tenue au courant du projet depuis 2017. De partenaire discret, Millî Görüs serait devenu infréquentable en quelques mois seulement ? Oui. Son tort est évidemment d’afficher sa proximité avec le régime d’Erdogan et son islamisme rétrograde, dans un contexte de fortes tensions avec la France. Tensions qu’a aggravées en février dernier le rejet de la « charte des principes pour l’islam de France » par Millî Görüs.
La préfecture du Bas-Rhin a annoncé le 6 avril qu’elle attaquait devant le tribunal administratif la délibération de la ville de Strasbourg qui accepte le principe de la subvention à la mosquée Eyyub Sultan. Tout comme le dossier du ministre allemand de l’Intérieur Thomas de Maizière, celui-ci semble compliqué à étayer. Le 17 décembre 2020, Millî Görüs avait obtenu une subvention de 2500€…de la préfecture d’Alsace !
Une pétition rassemble 40 000 signataires contre l’utilisation de chênes pour la charpente de Notre-Dame de Paris
L’abattage des chênes nécessaires à la nouvelle charpente de Notre-Dame a débuté. Une pétition a aussitôt été lancée pour s’y opposer. Plus de 40 000 signataires à ce jour y voient un « écocide ». Certes, il aurait été préférable d’utiliser d’autres matériaux pour éviter de futurs incendies. La charte de Venise l’aurait permis, l’important étant la fidélité artistique.
Cependant, parler d’écocide est tout simplement une grossière ânerie : s’il est un argument en faveur d’une charpente en bois, c’est justement l’écologie.
En effet, on peut imaginer que les signataires, de sensibilité écologique, sont les premiers à vouloir contenir la progression du taux de CO2 dans l’atmosphère. Or quelle est la façon principale de retirer du CO2 de l’air, la seule en pratique ? C’est la photosynthèse. Les végétaux absorbent du CO2, le débarrassent de l’oxygène (réduction) et en font de la matière organique. Une population végétale en croissance est donc une sorte de pompe à carbone. Le problème est que dès que l’équilibre est atteint, il n’y a plus de formation de matière organique supplémentaire et il se produit donc un arrêt de l’absorption nette de CO2. Aucune forêt en équilibre, pas même la forêt amazonienne, n’absorbe de CO2. Si on coupe des chênes pour la cathédrale ou pour n’importe quel autre usage dans le bâtiment ou l’ameublement, on séquestre du carbone. Dans le même temps, d’autres arbres ou d’autres végétaux vont recommencer, au même endroit, à pomper du carbone. En résumé, les écolos devraient applaudir. Autre question : manque-t-on de forêts en France ? Non, on en a trop (chose peu connue en ville) ! La forêt ne cesse de progresser depuis des décennies, asphyxiant le milieu rural et préparant des catastrophes (incendies géants, épizooties massives, etc.). Les chênes en question sont-ils « naturels » ? Non plus ! Du semis à l’abattage, ils ont été suivis, éclaircis et entretenus pour produire, non des formations branchues peu utilisables, mais de hauts fûts réguliers. Cela s’appelle la sylviculture.
Robert Mugabe, devant l'ONU en 2015
Frank Franklin II/AP/SIPA
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Pour beaucoup de progressistes occidentaux, tous les maux de l’Afrique sont le résultat du colonialisme. Et en même temps, ils s’alarment du peu de tolérance rencontrée par les homosexuels en Afrique. Paradoxe: pour beaucoup de leaders africains, l’homosexualité est bien un mal. Un mal qui aurait été importé par les colons blancs…
En Afrique, il n’est pas toujours facile d’être homosexuel. Souhaitant offrir un « espace sûr et protégé », une association ghanéenne de défense des homosexuel(le)s ne s’attendait certainement pas à provoquer un tel tollé dans ce pays d’Afrique de l’Ouest. En ouvrant un centre dans la banlieue d’Accra, le 31 janvier, la LGBT Rights Ghana a généré une vague d’homophobie sans précédent dans cette ex-colonie britannique, jusqu’au plus haut sommet de l’État et parmi l’épiscopat local. Lorsque la Conférence des évêques catholiques du Ghana a appris l’existence de ce refuge pour gays, bis et transsexuels, elle s’est empressée de rédiger un courrier afin de « condamner tous ceux qui soutiennent la pratique abominable de l’homosexualité (…) » et exiger du gouvernement que le local soit immédiatement fermé.
C’est donc manu militari que les membres de l’association ont été expulsés du bâtiment, pourchassés par les habitants du quartier. « Nous communiquons sur nos activités depuis longtemps, mais cela n’est jamais devenu une question d’intérêt national et encore moins à une si grande échelle » a déploré le directeur des communications de LGBT Rights Ghana Abdul-Wadud Mohammed. Être un africain gay est un sujet encore tabou et, pour beaucoup, un vice importé par les Européens lors de la colonisation.
Trente-deux des 63 pays qui constellent le continent originel de l’homme ont d’ailleurs introduit des lois pénales contre ce qu’ils considèrent comme une dérive sexuelle.
« Les lois de notre pays obéissent à des normes qui sont le condensé de nos valeurs de culture et de civilisation. Cela n’a rien à voir avec l’homophobie » se défendait, encore récemment et devant des journalistes, le président sénégalais, Macky Sall, dont le pays punit d’un à cinq ans d’emprisonnement les actes homosexuels. D’autres se contentent de suivre la Sharia comme au Nigeria ou en Somalie, appliquant simplement la peine de mort pour les « crimes de sodomie. » Certains dirigeants ne cachent pas leur homophobie tel le président ougandais, Yoweri Museveni, qui a affirmé publiquement que « les Blancs venaient satisfaire leurs besoins en Afrique alors que les relations homosexuelles sont contre la volonté de Dieu ».
L’ancien président putschiste de Gambie, Yahya Jammeh, évoquait, quant à lui, une « sexualité diabolique et inhumaine » à l’origine de toutes les maladies sexuellement transmissibles (dans le même temps, il affirmait avoir le pouvoir de guérir du Sida avec une concoction de son cru) et que son pays « lutterait contre ces vermines gays de la même manière qu’il combat les moustiques responsables du paludisme, sinon plus agressivement ». Pas mieux du côté du Zimbabwe où le défunt président Mugabe a utilisé les lois anti-sodomie pour se débarrasser de ses adversaires et n’avait pas hésité à marteler à la tribune de l’ONU en 2015, face à une assistance médusée, que « l’Afrique ne voulait pas de gays sur son sol » car l’homme noir se devait de « perpétuer sa race avec des femmes. » Au Cameroun, on a même publié les noms de 50 personnalités locales soupçonnées d’être des homosexuels. Dans le cas du Ghana, c’est 87% de la population qui rejette ce type de sexualité, dont le président de la république, Nana Akufo-Addo, qui a confirmé qu’il ne dépénaliserait pas l’homosexualité, une loi qui date de 1860. Dans la foulée, un ministre de son gouvernement a fait du zèle en proposant une législation plus stricte pour sanctionner ceux qui prônent et promeuvent les activités LGBT dans cette partie de l’Afrique, pourtant plus ouverte que l’Est ou le Nord du continent.
Mais qu’en est-il des réalités?
Loin d’avoir été importée par les « babtous », les Blancs, l’homosexualité existe évidemment depuis longtemps en Afrique, et remonte même à l’Antiquité sous les règnes des pharaons.
Ainsi chez les Quimbandas d’Angola tout comme les Wawihé, on pratique la sodomie à un tel point que les colons portugais avaient dû légiférer afin d’interdire « ce vice contre nature », en dépit de la coutume. Du temps du royaume du Dahomey (Bénin), les eunuques étaient considérés comme des « épouses royales », avec des pouvoirs importants et avec lesquels on jouait sexuellement. Le roi Mangwa II du Bouganda fut lui-même un homosexuel reconnu, avec un harem de jeunes hommes, au grand dam de l’Église dont il martyrisa les prélats qui avaient tenté de l’empêcher de s’adonner à ses plaisirs masculins. Et que dire des Ovambos namibiens à l’homosexualité proverbiale ou chez d’autres tribus comme les Kivaï de Zambie, où cela relève du rite initiatique afin de rendre les « jeunes hommes plus vigoureux » ? Seul pays où les droits des homosexuels sont pleinement reconnus, l’Afrique du Sud, qui fait figure de pionnier. Cette situation jette un froid parmi nos bien-pensants actuels d’Occident, qui veulent que l’Afrique soit un continent de victimes.
Indignés par les récents événements en Gold Coast (ancien nom du Ghana), l’acteur Idris Elba, la mannequin Naomi Campbell ou encore le designer Virgil Abloh ont signé une lettre ouverte de soutien aux homosexuels africains, dans le but d’attirer l’attention. Ils y expriment leur « profonde inquiétude ». Une mauvaise publicité dont se serait bien passé le Ghana qui tente de persuader la diaspora africaine de venir s’installer dans le pays, vantant un « havre de paix, de tolérance et de démocratie », accessible à tous. À condition que vous soyez un hétérosexuel viril et doté d’une africanité libérée de toutes traces de « maux européens »…
Avant d’aborder, je l’espère avec délicatesse, le fond de mon billet concernant la proposition de loi d’Olivier Falorni sur « le droit à une fin de vie libre et choisie » et la tribune de 343 femmes exigeant que le droit à l’avortement dépasse les douze semaines légales pour aller à quatorze, je voudrais rappeler d’où j’écris, ce qui impose un honnête préambule. Je n’ai jamais considéré, d’abord, que le fil du temps était naturellement et nécessairement progressiste. Il n’y a aucune fatalité dans le changement, mais on a le droit de le choisir lucidement.
On constate une manie française de s’appuyer sur ce qui a été légitimement obtenu pour pousser le bouleversement plus loin
Ensuite, pour être en désaccord avec telle ou telle orientation se qualifiant de progressiste, je ne serai jamais péremptoire sur ces matières humaines et personnelles infiniment sensibles. Je ne tournerai pas en dérision, comme il a pu m’arriver de le faire, ces pétitions d’artistes ou exclusivement de femmes, comme en l’occurrence, aspirant à une autorité indiscutable parce qu’elles sont femmes et connues ; ou mêlant à leur concert une Assa Traoré ayant vanté la polygamie en France.
Enfin, dès lors qu’on adopte cette ligne de conduite précautionneuse, il me semble qu’on n’est pas illégitime à se mêler d’un débat n’ayant pas vocation à être exclusivement féminin. Pourquoi, alors, suis-je réservé à l’égard de cette volonté de maximalisme sur des sujets très douloureux dont on pourrait souhaiter que le consensus fragile les concernant ne soit pas battu en brèche par une surenchère préjudiciable? Précisément à cause de cette manie française de s’appuyer sur ce qui a été légitimement obtenu pour pousser le bouleversement plus loin. Comme s’il ne suffisait pas d’avoir combattu une fois, mais qu’il fallait forcément renouveler l’exercice.
Évolution des lois bioéthiques
La loi Veil avait fixé le délai pour pouvoir avorter à 12 semaines et en 2001 l’Assemblée nationale avait solennellement consacré le caractère intouchable de ce droit. Est-il vraiment opportun et urgent de rouvrir une problématique pour deux semaines de plus sans que nous soyons assurés des effets de cette prolongation? De la même manière, pour la fin de vie, la loi Claeys-Leonetti (alliance de la droite et de la gauche) avait permis une évolution et à la fois posé des limites. Dans ces conditions, la proposition de loi d’Olivier Falorni, qui sera débattue en séance publique le 8 avril – avec la bagatelle de 3 000 amendements dont 2 300 déposés par le groupe LR, ce qui devrait exclure une discussion sur une seule journée – ne devra pas être traitée comme si elle était scandaleuse en elle-même mais avec intelligence et sensibilité. Pas davantage avec une arrogance qui jugerait l’opposition à cette proposition comme passéiste et indigne! J’admets que sur la fin de vie 272 députés veuillent « débattre et voter », qu’un député LREM nous enjoigne: il faut humaniser l’agonie mais qu’un autre du même groupe réplique: appliquons d’abord la loi ! Cette dernière position rejoint celle du professeur Juvin, qui considère qu’il y a encore trop de femmes qui ne bénéficient pas de la loi Veil faute de moyens et que l’urgence se trouve plutôt dans la pleine effectivité de celle-ci. Si j’écarte de la discussion l’intuition intime qui m’incite toujours, par une manière de lâcheté respectueuse de la nature, à laisser faire le cours de ce qu’elle décrète pour la fin de vie, je peux cependant discuter un argument souvent utilisé et exprimer une crainte de plus en plus d’actualité.
Argument souvent utilisé: tout serait permis puisqu’on aurait une absolue liberté sur soi et sur son corps. Il me semble que cette disposition, derrière son humanisme apparent, est contredite par un certain nombre d’exemples. Poussée à bout, elle légitimerait tout ce que la folie, le délire ou l’irresponsabilité seraient capables d’inventer au prétexte qu’il s’agirait d’une autarcie impérieuse et que le scandale serait d’oser la réduire. Il y a des libertés qui sont choquantes et dangereuses pour la société, même quand elles feignent de se donner l’élégance d’une bienveillance totale concédée à chacun.
Repousser le délai pour avorter n’est pas sans risque
Crainte: faire passer au-delà de 12 semaines le droit d’avorter serait un signal très périlleux, de même paradoxalement que cette mort qui serait « libre et choisie », au regard de l’évolution de notre société où de plus en plus on blesse et on tue comme on respire. Il est illusoire de croire qu’une cloison étanche existera toujours et par principe entre nos indépendances, même validés par le Parlement, et l’humus délétère d’un monde qui risque d’être gangrené par toute complaisance à l’égard de la disparition de soi ou de ce qu’on porte au-delà des douze semaines validées, et dans quelle tension et avec quel courage par la ministre d’alors!
Qu’on me comprenne bien. Ce n’est pas parce que j’ai peur d’avancées qui pour moi seraient des reculs que j’ai forcément raison. J’ai droit à la parole comme tant d’autres mais qu’on accepte au moins d’appréhender ces infinies, douloureuses et tragiques complexités avec un esprit et une main tremblants.
Ce jeudi est discuté à l’Assemblée nationale le projet de loi « donnant et garantissant le droit à une fin de vie libre et choisie ». S’inscrivant dans une prétendue volonté d’améliorer la loi Leonetti-Claeys de 2016, ce projet de loi veut établir le droit à l’euthanasie visant à donner la mort. Un texte de Laurence Trochu, présidente du Mouvement Conservateur
Fidèle à la doxa individualiste de notre époque, ce projet de loi traduit notre incapacité collective à penser la mort ; il constitue une rupture anthropologique et médicale majeure. L’élévation de l’euthanasie au rang de droit entrainera nécessairement un accaparement des ressources pour en garantir l’accès. Cela se fera indubitablement au détriment des soins palliatifs qui constituent pourtant une alternative efficace pour accompagner les patients en fin de vie. Il ne peut y avoir de « en même temps » : soit la France s’engage de toutes ses forces dans la culture des soins palliatifs, soit elle liquide le sujet de la fin de vie en validant l’euthanasie.
Une loi du renoncement
Ce projet de loi favorable à l’euthanasie s’inscrit parfaitement dans la zeitgeist du moment : la primauté de la liberté individuelle. Il souffre donc des mêmes travers et des mêmes limites que toute autre loi dite « progressiste » : l’impossibilité de penser le débat hors de l’autonomie de l’individu. C’est donc un projet de loi de renoncement : renoncement à penser « la vie bonne », l’éthique, la morale ou la mort en dehors du prisme de l’individualisme ; il sanctionne l’abandon de toute recherche éthique en la réduisant au critère du choix individuel. Or, la mort doit se penser sur un plan politique et éthique plus large, car ses implications vont au-delà du simple respect de l’autonomie de l’individu et du libre choix de définir sa propre mort.
L’impensé de la mort
L’euthanasie est une volonté d’évacuer la mort et le caractère profondément mystérieux qu’elle implique. Contrôler sa mort, c’est chercher à esquiver le tragique et l’inconnu qu’elle implique. Cette approche est caractéristique de nos sociétés modernes où la mort ne doit plus faire partie du réel ; elle doit être cachée, évacuée et pour cela maîtrisée et décidée. Choisir le moment de sa mort, c’est accorder la préséance à la peur qu’elle nous inspire plutôt que d’embrasser et assumer l’incertitude qui l’entoure.
Or, l’être humain est le seul animal qui doive vivre avec la conscience de sa propre mort. Accepter pleinement son incertitude, la fin naturelle de la vie, est donc un gage de notre humanité. Y renoncer en programmant sa mort revient à renier une part de ce qui nous caractérise comme humain. C’est ce qu’explique le philosophe Louis-André Richard : « L’être humain n’est jamais aussi humain que lorsqu’il assume ce questionnement sur sa condition de mortel (…) à commencer par l’acceptation de l’impossibilité qui nous est faite de savoir quand nous allons mourir. Or, l’euthanasie, en tant qu’acte qui porte le risque d’une posture égocentrée, occulte en partie ce qui fait la condition humaine (…) et atténue par la même occasion toute possibilité de réflexion sur le sens de la vie. »
Une négation de notre anthropologie
Une société se fonde sur des interdits. La nôtre repose, entre autres, sur l’interdit de donner la mort. L’euthanasie nie notre rapport à cette limite qui nous caractérise comme civilisation. Il devient donc urgent de repenser notre société au regard des fondements sur lesquels elle s’est édifiée. A la lumière de cet héritage, c’est aujourd’hui le rôle de la médecine qui doit être contemplé. Il n’a jamais été de donner la mort, mais de soigner dans le cadre de ce que le philosophe Jacques Ricot nomme « le pacte de soin ». Le soignant fait la promesse d’apporter un soin à la mesure de ses compétences, et le patient s’engage à suivre le traitement. Le soignant n’est pas souverain dans son choix et doit obtenir l’approbation du patient ; ce dernier conserve son autonomie sans toutefois la faire valoir de manière absolue puisqu’il s’en remet à son médecin. Ainsi, le devoir de respecter l’autonomie du patient se trouve tempéré par l’obligation de lui procurer un bienfait par un soin. Or, contrairement à ce que la tyrannie des bons sentiments veut nous faire croire, l’euthanasie n’est pas un soin : « Faire mourir délibérément une personne n’est pas la même chose qu’en prendre soin jusqu’à son terme ».
Cette précieuse distinction, qui a inspiré les précédentes lois sur la fin de vie, est aujourd’hui balayée par le nouveau texte en discussion. Sous couvert de respect de la dignité humaine, il vient armer de la faux la main du médecin. L’expérience des pays ayant travesti le rôle de la médecine est éloquente. En Belgique, le nombre d’euthanasies a décuplé en quinze ans, il a quintuplé au Canada en seulement trois ans, et triplé aux Pays-Bas depuis 2002.
Progressisme contre progrès
Le progressisme de l’euthanasie n’est en rien synonyme de progrès. Les défenseurs du texte tiennent sur ce point un raisonnement fallacieux : s’opposer à l’euthanasie est contraire à la dignité humaine, car c’est condamner les patients à un acharnement thérapeutique qui les plonge dans d’atroces souffrances. Nous lui opposons le formidable progrès des soins palliatifs : la médecine n’a jamais été aussi performante pour contrôler et soulager la douleur physique. Reste la terrible détresse psychologique de se savoir et de se voir diminué et dépendant. C’est précisément là que l’humanité se révèle. L’humanité mise à nu du patient affaibli appelle un surcroît d’humanité des soignants et des proches en bonne santé. C’est dans leurs regards et la douceur de leurs gestes que le malade perçoit sa propre dignité et la valeur inconditionnelle de sa vie. Dans cette rencontre, l’un et les autres se découvrent plus hommes que jamais.
Assumés et affrontés, les questionnements qui rôdent autour de la mort sont paradoxalement sources d’une paix profonde. Lorsqu’on a aimé jusqu’à l’impensé, on a tout donné. Et tout reçu. Ce sont ces dernières étapes de la vie que les soins palliatifs permettent de vivre pour que la mort ne nous soit pas volée.
Les dangers d’une euthanasie érigée en droit
En revanche, un système de santé où coexisteraient une offre de soins palliatifs et l’euthanasie comme droit est la certitude de voir toutes les ressources financières et matérielles orientées vers l’euthanasie au détriment des soins palliatifs. Puisque seul un droit doit voir son accès garanti, point de « en même temps » possible ici. Cette analyse est d’autant plus vraie dans un contexte où les finances publiques sont limitées et que les soins palliatifs ont un coût. Quel vrai choix aurait alors un patient en fin de vie quand les soins palliatifs deviennent inéluctablement parents pauvres du système de santé ? Comment être certains que des pressions ne s’exerceront pas sur lui afin qu’il choisisse une euthanasie rentable? Les lieux où se pratique la médecine palliative deviendront plus que jamais des lieux de résistance politique.
Le regard libre d’Élisabeth Lévy
« L’euthanasie : panoplie progressiste, refus de la condition humaine »
Dans le golfe de Riga, l’île de Kihnu est un Disneyland pour féministes
En dépit de notre histoire sombre de domination patriarcale, vous serez heureux d’apprendre que l’Europe a quelque raison de relever la tête. Elle compte en effet, dans une petite île au large de l’Estonie, un matriarcat !
Le « dernier matriarcat d’Europe » – car nous savons qu’« avant », aux temps bienheureux de l’égalité primitive, il en existait beaucoup – subsiste à Kihnu, dans le golfe de Riga, sous la forme d’une société de vieilles dames pauvres arborant des jupes colorées et jouant du violon.
C’est la photographe norvégienne, Anne Helene Gjelstad, qui a remis au goût du jour l’intérêt pour Kihnu, classée en 2008 au patrimoine immatériel de l’Unesco, en publiant un bel album sur la vie de l’île. L’originalité de la communauté de 600 habitants est que les hommes sont très souvent absents pour des périodes relativement longues, puisqu’ils consacrent la majeure partie de leur temps à la pêche et à la chasse au phoque sur la banquise. Résultat : les femmes s’occupent de la vie quotidienne. Entre agriculture, tissage traditionnel, chants folkloriques et cérémonies d’enterrement, de petites dames vieillissantes sont photographiées avec leur vache ou en train de danser. Point d’orgue de la démonstration allègre de Gjelstad, interrogée par la BBC : « Si le tracteur tombe en panne, les hommes ne sont pas là, donc les femmes doivent apprendre par elles-mêmes à réparer le tracteur. » Une femme qui répare un tracteur : une preuve imparable de matriarcat, non ? Hélas, cet enthousiasme politique nous semble quelque peu usurpé. Kihnu est une société où la répartition des tâches est très sexuée – et où, assez classiquement, oserions-nous dire, les femmes tiennent le village alors que les hommes partent à l’extérieur. Le décor folklorique, les broderies et la graisse de phoque, sur fond de « préservation de la culture locale », font toute la différence.
Qu’importe à nos militants : le matriarcat est désormais à portée de ferry.
L’islamologue se dévoile enfin sans fard dans un slam sans âme, pour nous dire que le mal c’est l’occident…
« Cela fait des siècles que vous volez et mentez Vous seriez venus dites-vous pour nous civiliser Vous avez méprisé nos langues, nos cultures, nos religions Humilié nos mémoires, souillé nos traditions » (…) Attendez ! attendez ! qu’est-ce que vous croyez? Que l’on va rester là assis à vous regarder Piller nos terres, nos richesses, nos minerais, Vous laisser tranquillement écrire l’histoire et la coloniser, Comme vous avez colonisé nos cultures, nos pays Nos continents, nos paysages autant que nos esprits ? »
Voilà ce que chante Tariq Ramadan. L’ancien prédicateur star, mis en examen pour viols en France et en Suisse, n’a pas oublié ses classiques : pour semer la haine, il faut d’abord commencer par réécrire l’histoire, désigner un coupable, des victimes et lancer le grand mercato de la haine et de la vengeance. Avec un tel cocktail, on sème la violence politique en espérant obtenir en retour la guerre civile, tout en faisant semblant de tenir un discours de justice sociale. L’idée est de faire passer la haine pour de la saine révolte afin de culpabiliser ceux que l’on veut détruire, et de trouver des alliés jusqu’au cœur de la cible que l’on vise. Tariq Ramadan n’a jamais fait que cela en France, il y a même trouvé des compagnons prestigieux, Edwy Plenel, Michel Tubiana et la Ligue des Droits de l’Homme, Alain Gresh…
Aujourd’hui, le voilà donc qui se dévoile enfin sans fard dans un slam sans âme pour nous dire que le mal c’est l’occident, responsable de tout, en tout lieu, et en tout temps. Le degré zéro de la complexité et de la justesse, mais un positionnement efficace quand on veut transformer une jeunesse peu éduquée en chair à canon de l’idéologie des frères musulmans. D’ailleurs, en bon connaisseur des débats qui ont agité notre pays, Tariq Ramadan rameute tous les termes susceptibles de mettre le feu. Cela donne « Vous allez perdre vos privilèges et votre identité, la mixité serait donc votre perte et bientôt vous serez sauvagement remplacé ». Sauvagement, autrement dit dans le sang ?
À écouter en entier la chanson, on comprend vite qu’il ne s’agit pas d’un slam mais d’une marche nuptiale, qui révèle la profondeur des alliances nouées entre islamistes et racialistes sur l’autel de la culture « woke ». D’ailleurs notre nouveau barde n’a de cesse de parler de « Sud éveillé ». On est ici dans l’expression la plus frustre de l’organisation politique, celle qui ne peut se passer du sacrifice du bouc émissaire et qui demande que, régulièrement, un groupe social ou ethnique tienne le rôle du bouc. C’est ce que tente de faire Tariq Ramadan avec nous. Car dans ce texte, le mal personnifié c’est la culture occidentale, la France, l’Europe, les Blancs, nous finalement. En revanche, l’opprimé, celui que l’on noie, méprise, humilie, dépouille et vole, c’est lui, Tariq Ramadan soi-même, érigé en représentant de tous les persécutés. Sa situation personnelle est le miroir de celle de l’Afrique, le décalque de celle de toutes les victimes de racisme. La chanson est une pièce à verser au procès, elle rejoint la défense mise en place face aux accusations de viol : il n’aurait pas été inquiété s’il avait été Blanc… Ce texte a néanmoins un mérite, il expose crûment la logique de vengeance que charrie le projet d’islamisation des frères musulmans : justifier la conquête de l’occident au nom de la réparation de la colonisation.
Une provocation arrogante
En attendant, le discours de l’ancienne star des islamistes puise abondamment dans les éléments de langage du Parti des Indigènes de la République. À écouter la chanson de Tariq Ramadan, on entend les chœurs d’Houria Bouteldja. Colonisation, accusation de pillage, de spoliation, l’histoire du monde selon Tariq Ramadan se résume ainsi : Occident = Grand Satan. On se croirait revenu au temps de la révolution iranienne et de Khomeyni. En tout cas voilà l’expression qui résume la vision que l’ancien prédicateur se fait du monde et le degré de complexité de sa pensée.
Mais s’il manque de souffle, notre homme ne manque pas d’air : c’est en effet à un deuxième come-back que nous assistons. Sa première tentative de retrouver un peu d’influence en 2020 avait fait flop. Il faut dire qu’ouvrir un centre de formation sur l’éthique et le féminisme quand on est accusé de viol était pour le moins audacieux, on n’ose écrire « couillu ». Du coup, le fait de recruter dans la foulée, un autre théologien, Yacob Mahi reconnu coupable en novembre 2019, en Belgique, d’attentat à la pudeur, d’incitation à la débauche et de harcèlement à l’égard d’un mineur de moins de 16 ans, ainsi que de coups et blessures à l’égard d’un autre élève, n’a pas aidé. La tentative de rédemption a été vue pour ce qu’elle était, une énième provocation mâtinée d’arrogance.
Autre provocation et travestissement de la réalité, se présenter comme le porte-parole des damnés de la terre quand on a su fructueusement se faire entretenir par le Qatar. Parce que si notre futur crooner ne recule jamais devant le pathos, invoquant les migrants, les êtres déracinés, les bateaux de la honte et du désespoir, la mort au quotidien, la misère… Lui, en revanche, ne s’est jamais oublié. Il a su servir sa cause sans jamais oublier ses intérêts. D’après les « Qatar Papers », de Christian Chesnot et Georges Malbrunot l’homme touchait 35 000 euros par mois en tant que consultant à la Qatar Fondation au temps où prédicateur ne rimait pas avec fornicateur !
Alors, en attendant que cette tentative de retour sur le devant de la scène se solde par un nouvel échec, je vais réécouter les paroles du « Chanteur » de Balavoine, j’aime particulièrement ce passage: « Et partout dans la rue, J’veux qu’on parle de moi, Que les filles soient nues, Qu’elles se jettent sur moi, Qu’elles m’admirent qu’elles me tuent, Qu’elles s’arrachent ma vertu ». Allez savoir si de telles strophes n’auraient pas nourri la vocation du Frank Sinatra islamiste ? Devant tant de ridicule et d’outrance de la part du frère musulman déchu, on aimerait éclater d’un rire franc et joyeux, si la profondeur des liens entre les islamistes, racialistes, décoloniaux et islamogauchistes ne nous promettait pas des aubes tristes et des matins chagrins.