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L’homosexualité en Afrique: encore un produit du colonialisme

L’homosexualité en Afrique: encore un produit du colonialisme
Robert Mugabe, devant l'ONU en 2015 Frank Franklin II/AP/SIPA AP21800246_000245

Pour beaucoup de progressistes occidentaux, tous les maux de l’Afrique sont le résultat du colonialisme. Et en même temps, ils s’alarment du peu de tolérance rencontrée par les homosexuels en Afrique. Paradoxe: pour beaucoup de leaders africains, l’homosexualité est bien un mal. Un mal qui aurait été importé par les colons blancs…


En Afrique, il n’est pas toujours facile d’être homosexuel. Souhaitant offrir un « espace sûr et protégé », une association ghanéenne de défense des homosexuel(le)s ne s’attendait certainement pas à provoquer un tel tollé dans ce pays d’Afrique de l’Ouest. En ouvrant un centre dans la banlieue d’Accra, le 31 janvier, la LGBT Rights Ghana a généré une vague d’homophobie sans précédent dans cette ex-colonie britannique, jusqu’au plus haut sommet de l’État et parmi l’épiscopat local. Lorsque la Conférence des évêques catholiques du Ghana a appris l’existence de ce refuge pour gays, bis et transsexuels, elle s’est empressée de rédiger un courrier afin de « condamner tous ceux qui soutiennent la pratique abominable de l’homosexualité (…) » et exiger du gouvernement que le local soit immédiatement fermé.

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Un vice importé par les Européens?

C’est donc manu militari que les membres de l’association ont été expulsés du bâtiment, pourchassés par les habitants du quartier. « Nous communiquons sur nos activités depuis longtemps, mais cela n’est jamais devenu une question d’intérêt national et encore moins à une si grande échelle » a déploré le directeur des communications de LGBT Rights Ghana Abdul-Wadud Mohammed. Être un africain gay est un sujet encore tabou et, pour beaucoup, un vice importé par les Européens lors de la colonisation.

Trente-deux des 63 pays qui constellent le continent originel de l’homme ont d’ailleurs introduit des lois pénales contre ce qu’ils considèrent comme une dérive sexuelle.

« Les lois de notre pays obéissent à des normes qui sont le condensé de nos valeurs de culture et de civilisation. Cela n’a rien à voir avec l’homophobie » se défendait, encore récemment et devant des journalistes, le président sénégalais, Macky Sall, dont le pays punit d’un à cinq ans d’emprisonnement les actes homosexuels. D’autres se contentent de suivre la Sharia comme au Nigeria ou en Somalie, appliquant simplement la peine de mort pour les « crimes de sodomie. » Certains dirigeants ne cachent pas leur homophobie tel le président ougandais, Yoweri Museveni, qui a affirmé publiquement que « les Blancs venaient satisfaire leurs besoins en Afrique alors que les relations homosexuelles sont contre la volonté de Dieu ».

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L’ancien président putschiste de Gambie, Yahya Jammeh, évoquait, quant à lui, une « sexualité diabolique et inhumaine » à l’origine de toutes les maladies sexuellement transmissibles (dans le même temps, il affirmait avoir le pouvoir de guérir du Sida avec une concoction de son cru) et que son pays « lutterait contre ces vermines gays de la même manière qu’il combat les moustiques responsables du paludisme, sinon plus agressivement ». Pas mieux du côté du Zimbabwe où le défunt président Mugabe a utilisé les lois anti-sodomie pour se débarrasser de ses adversaires et n’avait pas hésité à marteler à la tribune de l’ONU en 2015, face à une assistance médusée, que « l’Afrique ne voulait pas de gays sur son sol » car l’homme noir se devait de « perpétuer sa race avec des femmes. » Au Cameroun, on a même publié les noms de 50 personnalités locales soupçonnées d’être des homosexuels. Dans le cas du Ghana, c’est 87% de la population qui rejette ce type de sexualité, dont le président de la république, Nana Akufo-Addo, qui a confirmé qu’il ne dépénaliserait pas l’homosexualité, une loi qui date de 1860. Dans la foulée, un ministre de son gouvernement a fait du zèle en proposant une législation plus stricte pour sanctionner ceux qui prônent et promeuvent les activités LGBT dans cette partie de l’Afrique, pourtant plus ouverte que l’Est ou le Nord du continent.

Mais qu’en est-il des réalités?

Loin d’avoir été importée par les « babtous », les Blancs, l’homosexualité existe évidemment depuis longtemps en Afrique, et remonte même à l’Antiquité sous les règnes des pharaons.

Ainsi chez les Quimbandas d’Angola tout comme les Wawihé, on pratique la sodomie à un tel point que les colons portugais avaient dû légiférer afin d’interdire « ce vice contre nature », en dépit de la coutume. Du temps du royaume du Dahomey (Bénin), les eunuques étaient considérés comme des « épouses royales », avec des pouvoirs importants et avec lesquels on jouait sexuellement. Le roi Mangwa II du Bouganda fut lui-même un homosexuel reconnu, avec un harem de jeunes hommes, au grand dam de l’Église dont il martyrisa les prélats qui avaient tenté de l’empêcher de s’adonner à ses plaisirs masculins. Et que dire des Ovambos namibiens à l’homosexualité proverbiale ou chez d’autres tribus comme les Kivaï de Zambie, où cela relève du rite initiatique afin de rendre les « jeunes hommes plus vigoureux » ? Seul pays où les droits des homosexuels sont pleinement reconnus, l’Afrique du Sud, qui fait figure de pionnier. Cette situation jette un froid parmi nos bien-pensants actuels d’Occident, qui veulent que l’Afrique soit un continent de victimes.

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Indignés par les récents événements en Gold Coast (ancien nom du Ghana), l’acteur Idris Elba, la mannequin Naomi Campbell ou encore le designer Virgil Abloh ont signé une lettre ouverte de soutien aux homosexuels africains, dans le but d’attirer l’attention. Ils y expriment leur « profonde inquiétude ». Une mauvaise publicité dont se serait bien passé le Ghana qui tente de persuader la diaspora africaine de venir s’installer dans le pays, vantant un « havre de paix, de tolérance et de démocratie », accessible à tous. À condition que vous soyez un hétérosexuel viril et doté d’une africanité libérée de toutes traces de “maux européens”…


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Journaliste , conférencier et historien.

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