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Les Français ne se sont pas assez chamaillés sur la loi bioéthique

Il y a une rupture fondamentale de confiance entre « gouvernants » et « gouvernés »

Les Français ne se sont pas assez chamaillés sur la loi bioéthique
Agnès Thill à l'Assemblée nationale, mai 2020 © Romain GAILLARD-POOL/SIPA Numéro de reportage: 00960333_000047

Alors que tous les éditorialistes nous décrivent un climat politique délétère depuis la gifle d’Emmanuel Macron, la loi bioéthique est votée à l’Assemblée dans une grande indifférence. Une tribune libre d’Agnès Thill, députée de l’Oise.


Dans la nuit du 9 au 10 juin 2021 a été tristement votée pour la 3ème fois le projet de loi relatif à la bioéthique en présence d’une petite centaine de députés.

Peu avant, j’avais osé rappeler que l’IMG jusqu’à neuf mois pour détresse psychosociale, disposition introduite par amendements, n’était ni plus ni moins qu’un infanticide d’un côté du col de l’utérus, et un acte légal de l’autre côté. Ci-git le col de l’utérus comme seule frontière entre le légal et l’infanticide. Ainsi, un enfant viable et en bonne santé pourrait « être tué dans l’œuf » jusqu’au terme de la grossesse si sa mère est en détresse psychosociale, disposition heureusement refusée mais de justesse. Toutefois, cette brève intervention donna lieu à de graves invectives et vociférations de mes collègues, obligeant la présidente de séance, Annie Genevard, à demander le calme pour que je puisse achever mon propos.

Cet épisode, bien qu’accessoire dans les nombreux déboires de la vie parlementaire, est cependant révélateur sous deux aspects : le premier est qu’il est frappant de constater à quel point rappeler une vérité d’évidence est quasiment catalogué au rang des scandales publics ; le second est que la majorité parlementaire et les bonnes consciences, qui n’hésitent pas à clamer la démocratie, sentent grandir en eux une conscience de policier de la bonne pensée et de la juste morale, en veillant à ce que les débats parlementaires ne puissent donner lieu à d’autres voix que la leur, usant pour ce faire des plus belles huées que leurs cordes vocales sont capables de produire…

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Quelle étrange façon que cette majorité qui devait être celle du nouveau monde, qui se gausse de respect, d’écoute et de bienveillance, a de concevoir et pratiquer la démocratie parlementaire. Dans un climat apaisé, prétend-elle !

Il semble que ce soit cette logique qui anime globalement les tenants de cette majorité, au premier rang de laquelle le président de la République : malgré les crises et les oppositions, il faut poursuivre un agenda idéologique à respecter « coûte que coûte », agenda dont les premières victimes constitueront, dans le cadre du vote de la loi « bioéthique », les plus fragiles et les enfants. D’autant que sa place n’était pas dans une loi bioéthique révisée tous les sept ans pour cause d’évolutions scientifiques : aucune évolution scientifique en matière de PMA.

Car évidemment, tout le monde sait qu’en pleine crise sanitaire, la priorité du gouvernement reste de créer des enfants sans père par la Procréation Médicalement Assistée (PMA) (technique qui consiste à permettre à des femmes seules ou des couples de femmes de bénéficier de gamètes masculins) et de favoriser la création d’embryons chimériques.

Mais peu importe, pour cette majorité l’essentiel est de faire passer ses « réformes » comme un rouleau compresseur sans considération ni pour les dizaines de milliers de Français venus défendre la filiation, ni pour les parlementaires de l’opposition qui ont jour et nuit défendu leurs convictions.

Finalement, au-delà de ce vote, le président de la République avait bien raison en jouant de la métaphore de l’ancien monde et du nouveau monde : en quatre ans de mandat et de législature, nous avons assisté à la confrontation manifeste entre ce que l’ancien monde avait de meilleur à offrir et ce que le nouveau avait de pire à proposer.

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De cette confrontation est née une rupture fondamentale de confiance entre « gouvernants » et « gouvernés » dont les derniers symptômes ont été la défiance croissante lors de la crise sanitaire jusqu’à la gifle reçue par le Président de la République lors de son passage dans la Drôme le 8 juin 2021, agression que je condamne. Aujourd’hui, on ne sait même plus « ce qui se fait » et « ce qui ne se fait pas » tant on a rejeté le « ce qui se fait ». Même si au plus haut sommet de l’État, l’on tente de relativiser cet événement, le chemin du retour au respect sera long. Il s’agit en réalité d’un divorce désormais consommé entre le peuple et la classe dirigeante qui n’a su ni prendre en compte la colère croissante, ni faire le travail d’introspection nécessaire pour prendre conscience de l’hubris liée au pouvoir, du décalage que cette dernière a créé avec la réalité de la vie quotidienne de nos concitoyens, ni du simple bon sens qui a tenu debout nos ainés.

Quelles perspectives et quel avenir pour la France dans ces conditions ?

Nul n’est prophète en son pays mais il ne fait aucun doute que les prochaines échéances électorales donneront lieu à un désaveu massif de La République En Marche et de ses alliés. Mais finalement, peu importe, car les représentants du parti présidentiel continueront à pavoiser sur les plateaux télés des soirées spéciales, presse et médias du service public et autres chaînes d’informations en continu, en expliquant que le problème, finalement, ce n’est peut-être pas eux mais le peuple qui vote mal ou qui n’a pas compris.

Aussi, l’abstention croissante ne peut qu’être endiguée par le ré-enracinement intellectuel des élites politiques qui se doivent d’abandonner leur logique partisane et autres logiciels idéologiques pour, enfin, se reposer les bonnes questions et, par le contact avec le réel et avec le peuple, apporter les réponses adéquates, acceptant de l’entendre. C’est seulement de cela que pourra alors renaître une confiance durable et réparer sur le long terme la fracture profonde que vit notre pays.

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Députée de la deuxième circonscription de l'Oise

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