Accueil Tendances Retraites : plus de 400 milliards par an, 14 % du PIB… le poids vertigineux des pensions dans les comptes de la France

Retraites : plus de 400 milliards par an, 14 % du PIB… le poids vertigineux des pensions dans les comptes de la France


Retraites : plus de 400 milliards par an, 14 % du PIB… le poids vertigineux des pensions dans les comptes de la France
Photo illustration retraite ARRCO et AGIRC//07ALLILIMAGES_DSC_6138/Credit:Mourad Allili/SIPA/2605061309

Plus de 400 milliards d’euros par an, autour de 14 % de la richesse nationale et près d’un quart de la dépense publique : au moment où le budget remet les retraités au centre du débat, les chiffres de Bercy permettent de mesurer le poids du système de pensions. Le rapport publié cet été avec l’appui de l’Inspection générale des finances montre en parallèle qu’à politique inchangée le déficit public pourrait atteindre 6,8 % du PIB en 2030.

La bataille politique sur les retraites porte souvent sur quelques milliards d’économies ou de recettes. L’ordre de grandeur du système lui-même est tout autre. Les dépenses brutes de retraite dépassent désormais 400 milliards d’euros par an et représentent autour de 14 % du PIB. Une analyse citant les données du Sénat évalue leur poids à 24,4 % de l’ensemble des dépenses publiques en 2024, contre 21,8 % en 2002. Autrement dit, près d’un euro de dépense publique sur quatre est lié aux retraites lorsque l’on considère l’ensemble des régimes légalement obligatoires.

Le rapport rendu en juillet par Xavier Jaravel, Xavier Ragot, Jean-Luc Tavernier et Natacha Valla, avec l’appui de l’Inspection générale des finances, permet de replacer ce poids dans une trajectoire beaucoup plus large. À politique inchangée, le déficit public atteindrait 5,9 % du PIB dès 2027 puis 6,8 % en 2030. L’IGF identifie plusieurs moteurs : la charge de la dette, qui passerait de 78 milliards d’euros en 2026 à près de 125 milliards en 2030, la montée en puissance des crédits militaires, mais aussi le dynamisme tendanciel des dépenses de retraites et de santé. Les quatre économistes évaluent à environ 125 milliards d’euros l’effort nécessaire pour stabiliser le ratio de dette sur PIB à l’horizon 2032.

Ces ordres de grandeur ont immédiatement une traduction politique et alimentent les échanges sur les réseaux sociaux. Parmi les réactions partagées autour du poids des retraites et de la répartition de l’effort budgétaire figurent notamment celles de Rayan Nezzar et du compte Pulp Liberal. Leur circulation illustre un débat devenu central : faut-il considérer les retraites comme l’un des premiers postes sur lesquels agir pour redresser les comptes, ou rappeler qu’elles correspondent à des droits financés par les cotisations et que le déséquilibre des finances publiques ne peut être imputé aux seuls retraités ?

A lire aussi : Dépenses publiques: le crépuscule des magiciens

Dépenses publiques et poids des retraites dans le PIB : un problème avant tout démographique ?

Une étude de la Direction générale du Trésor publiée le 8 octobre ajoute surtout un problème démographique difficile à contourner. La France comptait plus de quatre cotisants pour un retraité en 1990. Le ratio n’est plus que d’environ 2,5 en 2025 et atteindrait 1,6 en 2070. Le déficit du système de retraite était déjà de 5,1 milliards d’euros en 2025 et, selon le Trésor, continuerait à se creuser jusqu’en 2070 en l’absence de nouvelles mesures. La France fait en outre partie des pays de l’Union européenne consacrant la plus forte part de leur richesse au financement des retraites publiques.

Bercy rappelle trois familles de solutions déjà identifiées par le Conseil d’orientation des retraites : modérer les pensions, augmenter les cotisations sociales ou relever l’âge effectif de départ. L’étude du Trésor estime que seule la troisième option permettrait à la fois d’améliorer le solde du système et de stimuler l’activité économique. Elle précise toutefois qu’un départ plus tardif doit s’accompagner de mesures rendant le travail soutenable pour les salariés âgés. Le constat est d’autant plus sensible politiquement que la France combine un âge de sortie du marché du travail relativement précoce par rapport aux autres pays de l’OCDE et un niveau de vie des retraités proche de celui des actifs.

Poids des retraites dans le PIB : les autres raisons du dérapage des comptes français

Le rapport de l’IGF ne dit donc pas que les retraites expliquent à elles seules le dérapage des comptes français. La première pression qu’il identifie est même l’explosion de la charge d’intérêts. Mais il montre que le pays doit absorber simultanément la dette, la défense, la santé et une dépense de retraites structurellement poussée par le vieillissement. C’est ce cumul qui rend les arbitrages budgétaires si difficiles : chercher quelques milliards dans les agences de l’État ou dans de nouvelles taxes ne change pas l’échelle d’un système de pensions supérieur à 400 milliards d’euros par an.

Le débat devrait donc continuer à se concentrer sur une question politiquement explosive : comment répartir l’effort ? Le rapport appuyé par l’IGF souligne lui-même qu’un ajustement de 125 milliards d’euros ne peut reposer sur un levier unique. Avec une dette qui continuerait de progresser, une charge d’intérêts proche de 125 milliards en 2030 et un ratio démographique qui se dégrade, les retraites reviendront inévitablement dans chaque discussion sérieuse sur les finances publiques françaises.



Vous venez de lire un article en accès libre.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !

Article précédent Mehmet et autres malheurs de l’ombre
Article suivant « Le Crépuscule des dieux » à l’Opéra de Paris: la musique à la rescousse d’une mise en scène en déroute

RÉAGISSEZ À CET ARTICLE

Pour laisser un commentaire sur un article, nous vous invitons à créer un compte Disqus ci-dessous (bouton S'identifier) ou à vous connecter avec votre compte existant.
Une tenue correcte est exigée. Soyez courtois et évitez le hors sujet.
Notre charte de modération