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La tentation de Robinson


« Mon île était maintenant peuplée, et je me croyais roi et seigneur de tout ce domaine », confiait Robinson, par la plume de Daniel Defoe en 1719. Trois siècles plus tard, bien peu de territoires insulaires attendent encore leur maître solitaire ; les robinsons s’y sont multipliés ; le tourisme grégaire y fait loi. Jusqu’au mot « surtourisme » finit par se faire lui-même envahissant !  Votre serviteur, pour évoquer l’ouvrage collectif intitulé Îles secrètes. En Europe que vient de pondre Gallimard, votre serviteur, notez-le, a résisté à la facilité de la paraphrase houellebecquienne qui l’avait de prime abord inspiré de titrer sa recension « La possibilité d’une île » – mais c’était vraiment trop téléphoné, comme accroche, sans offense à Michel.

Repli

Reste qu’à l’heure où, Airbnb et vols low costaidants, les possibilités d’échapper à l’engeance voyagiste mondialisée se sont réduites à portion congrue, jusque dans la sphère des échappées naguère encore préservées, précisément du fait de leur insularité. Il n’est donc pas vain de suggérer quelque cinquante destinations supposément encore confidentielles au globe-trotteur qui, échaudé par le coût dissuasif des vols longs courriers, ferait choix du repli sur le Vieux Continent. Mais il faut bien admettre que le ver est dans le fruit : le cicérone qui vous dévoile ces pépites se fait du même coup leur fossoyeur.

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Jouons le jeu quand même: illustré de clichés tentateurs, bien cartographié, nourri de textes concis autant qu’apéritifs, assorti d’ « infos pratiques » (quand, comment y aller, se déplacer ; où dormir, boire, se loger), c’est, avouons-le,  un album conçu de main de maître, à l’instar des fameux guides de poche Cartoville. A la différence qu’en l’espèce le volume Îles secrètes, plus de 300 pages cartonnées, reste un viatique qui anticipe et précède le départ, mais qu’on n’emportera pas dans son Samsonite à roulettes. La collection Voyages invitait déjà à des trajets en train (de nuit) en Europe, au Japon, en Italie ou en Italie, ou vous mettait sur les chemins « de Compostelle » ou « de Stevenson », ou encore « au fil de l’eau », etc. : la voilà donc qui s’enrichit de la clef, ou plutôt du trousseau des îles.

île de Bornholm, Danemark.

Terra incognita

Suivons le guide. Certaines sont très attendues : Aix, Groix (en France), Vis (en Croatie), Ponza (en Italie) ; Ithaque (en Grèce). D’autres moins – en particulier dans les zones septentrionales du continent, en Estonie, en Finlande, en Norvège ou en Suède. Il en manque : Kastellórizo (dans le Dodécanèse, en vue du littoral turc, ou Folégandros (dans les Cyclades), ou encore Anticythère, pour ne parler que de la Grèce ; Houat (dans le Morbihan)… Mais le tour d’horizon est assez complet tout de même. Bienvenue à l’Isola Maggiore, en Ombrie ; à Alicudi, en Sicile ; à Heimaey, au sud de l’Islande ; à Sula ou à Moskenesøya, en Norvège ; à El Hierro, aux Canaries ; à Bornholm, à deux heures de Malmö en ferry ; aux îlots germaniques de Föhr, d’Arum, de Hooge, tout de même envahis l’été…

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Car tous les sentiers sont appelés à se voir battus, même les plus lointains. Il y a beau temps que s’est évanoui le rêve d’une terra incognita : la tentation de la robinsonnade ne s’en fait que plus brûlante.  Si, selon Jean Grenier, « une île est un monde en miniature », de nos jours il y a souvent beaucoup de monde sur les terres insulaires. Seuls quelques gens très riches gardent le secret de leurs îles privées.      


A lire : Îles secrètes. En Europe. 320p., textes : sept auteurs + photos. Collection Voyages Gallimard, 2026.

Îles secrètes en Europe

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Pakistan, l’allié du milieu

La diplomatie européenne, dépourvue de cohérence et de force de dissuasion, n’a aucune prise sur le conflit en Iran. Un pays ruiné mais surarmé est aujourd’hui en position de parler à Washington comme à Pékin et de jouer les honnêtes courtiers entre les superpuissances. Cruelle leçon pour le Vieux Continent.


Le 14 février, au milieu du dernier cycle de négociations sur le nucléaire iranien, le ministre des Affaires étrangères de ce pays, Abbas Araghtchi, a publié sur X un post en anglais où il dénonçait l’Europe et son « irrelevance ». Ce mot assassin, dont le sens littéral en français est « non-pertinence », désignait l’absence d’implication des Européens dans les tractations entre Washington et Téhéran où le Sultanat d’Oman jouait le rôle d’intermédiaire. En 2015, la diplomatie européenne était au centre des négociations qui avaient abouti à l’accord de Vienne censé imposer des limites strictes au programme iranien. En réalité, le succès de cet accord dépendait du président américain. Approuvé par Obama, il a été désapprouvé par Trump qui l’a abandonné en 2018. Les Européens ont essayé de relancer les pourparlers sous Biden, mais en vain. Si la question du nucléaire iranien a révélé la « non-pertinence » de l’Europe sur le plan diplomatique, la guerre déclenchée par Trump et Israël le 28 février montre sa « non-pertinence » militaire et économique. Le terme « irrelevance » a été repris depuis pour qualifier les pays de l’UE et du Royaume-Uni, non seulement par la propagande iranienne, mais aussi par des commentateurs déçus par l’incapacité européenne à peser sur le cours des événements. Comment l’Europe a-t-elle perdu sa pertinence et qui profite de cette marginalisation ?

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Les réactions des pays européens à la guerre se sont caractérisées par la prudence, l’ambiguïté et l’absence de véritable consensus. Les avis ont différé sur la légalité de l’action américano-israélienne, sa justification, et le soutien qu’il fallait y apporter. Keir Starmer a souligné la menace iranienne, mais a commencé par prendre ses distances, refusant aux États-Unis l’utilisation des bases britanniques, notamment celle de Diego Garcia dans l’archipel des Chagos. Par la suite, soucieux de la relation avec Trump, il s’est ravisé, accordant sa permission aux Américains pour des besoins défensifs. Emmanuel Macron, fidèle à la tradition gaulliste, a déclaré que l’agression se situait « en dehors du droit international », mais sans condamner Trump et Netanyahou. Le chancelier allemand, Friedrich Merz, pro-américain et pro-israélien, a adopté un ton un peu plus favorable, sans approuver explicitement les hostilités. Il a été suivi dans cette voie par la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, les Pays-Bas et la Belgique. En revanche, la Norvège, la Slovénie et surtout l’Espagne ont dénoncé l’illégalité de la guerre. Pedro Sanchez, sous l’influence d’une idéologie de gauche soi-disant humanitaire mais foncièrement anti-israélienne, a interdit aux Américains d’utiliser les bases en Espagne. Le 1er mars, il condamne l’incursion de Tsahal au Liban, et dix jours plus tard rappelle son ambassadeur en Israël. Ces dissonances sont typiques de la paralysie institutionnelle qui entrave l’action internationale de l’Europe. Toute formulation de politique étrangère doit passer par des négociations internes. Ce n’est que maintenant, après la défaite électorale de Viktor Orban, que l’UE est enfin à même d’accorder à l’Ukraine le prêt de 90 milliards d’euros décidé en décembre 2025.

Où sont passés Churchill et De Gaulle?

Pourtant, les dirigeants européens ont été d’accord sur le message central : « Ce n’est pas notre guerre. » Ce refus de s’impliquer militairement s’est concrétisé le 14 mars, lorsqu’ils ont fait la sourde oreille à l’appel de Trump qui leur demandait d’intervenir pour ouvrir le détroit d’Ormuz. Cette prétendue neutralité semble peu justifiée. L’Iran et ses proxys n’ont pas hésité à lancer des drones contre des bases européennes à Chypre, à Abou Dhabi et en Irak. Le 20 mars, les médias européens se sont émus du lancement par Téhéran de deux missiles balistiques en direction de la base de Diego Garcia dans l’océan Indien. Leur trajectoire a montré que l’Iran était capable, s’il le voulait, d’atteindre l’Europe. En réalité, les responsables occidentaux sont depuis longtemps au courant de cette menace potentielle, qui est d’autant plus grave que, pour se défendre contre les missiles balistiques, l’Europe dépend de systèmes américains et israéliens. Ses propres systèmes ne sont efficaces que contre les missiles de croisière. La menace serait encore plus grave si l’Iran développait l’arme nucléaire. En mars, des proxys iraniens ont préparé, parfois avec succès, des actes terroristes – notamment des attentats à la bombe et des incendies criminels – visant bases militaires, communautés juives et institutions aux États-Unis, en Norvège, en France ou au Royaume-Uni. L’opinion publique en Europe est peu favorable aux guerres, mais où sont les nouveaux de Gaulle ayant le courage de la défier et de prendre à bras-le-corps les menaces extérieures ? Donald Trump a enfoncé le clou en disant de Starmer : « He’s no Churchill ! »

Le véritable avantage du Pakistan, c’est qu’il a su se positionner entre les deux puissances rivales, la Chine et les États-Unis, et se montrer indispensable aux deux

La conséquence principale des atermoiements européens aura été de s’aliéner encore plus un président américain qui doutait déjà de l’OTAN. Il faut dire que, même si les Européens voulaient se battre, ils n’en ont guère les moyens. La France a pu déployer un porte-avions dans la Méditerranée orientale à des fins strictement défensives. En revanche, le destroyer envoyé par les Britanniques a mis trois semaines pour arriver jusqu’à Chypre où il est tombé en panne. C’est encore Trump qui sermonne ses alliés autrefois maîtres des océans : « Vous n’avez même plus de marine. » Macron et Starmer se sont montrés experts dans l’organisation de grands barnums diplomatiques pour discuter de la création éventuelle d’une nouvelle « coalition de volontaires ». Ils l’ont fait pour l’Ukraine au lendemain d’un possible accord avec la Russie. Le 17 avril, le duo a lancé une nouvelle initiative visant à maintenir ouvert le détroit d’Ormuz si le conflit actuel est résolu. Sauf que si le conflit est résolu, le détroit sera ouvert et on n’aura pas besoin de coalition. Et si le conflit se poursuit, la coalition n’interviendra pas. Parfaitement conscients de leur impuissance, les deux leaders européens se contentent de paroles. Les conséquences de cet échec se ressentiront dans le domaine économique, car le continent est très dépendant de sources d’énergie et de matières premières provenant du Moyen-Orient. Il n’a pas les moyens d’assurer ses chaînes d’approvisionnement. L’Europe devient diplomatiquement négligeable, militairement risible et économiquement vulnérable.

D.R.

Un pacificateur improbable

Lorsque, le 8 avril, Trump annonce un cessez-le-feu et le début de pourparlers avec les Iraniens, un pays occupe le devant de la scène et devient « pertinent » à sa manière. C’est le Pakistan, qui joue le rôle d’intermédiaire entre les États-Unis et l’Iran et dont la capitale, Islamabad, accueille les négociateurs des deux parties une première fois le 10 avril. Pourtant, si on tient compte de son instabilité politique et économique, cet État est un pacificateur improbable. Depuis trente ans, le PIB par habitant s’est effondré, comparé à celui de ses voisins indien et bangladais. En 2022, il n’a survécu à une crise économique aiguë que grâce à un 25e prêt du FMI, et il est maintenu à flot, financièrement, par la Chine et les pays du Golfe. Plus de la moitié de sa recette fiscale est consacrée au service de sa dette. En 2025, le Pakistan a mené une guerre aérienne de quatre jours contre l’Inde. En février, il a lancé des frappes aériennes contre des groupes talibans en Afghanistan, accusés d’attentats terroristes sur son territoire. Le poids des institutions militaires et du renseignement empêche les nécessaires réformes économiques. Cependant, si ce pays de 242 millions d’habitants pèse peu en termes financiers, il entretient une armée considérable de 560 000 hommes et possède un arsenal nucléaire de 170 têtes. Certes, situé à l’est de l’Iran, avec qui il partage une frontière de 900 kilomètres, il est mieux positionné que l’Europe pour jouer le rôle d’un intermédiaire, mais la géographie n’est pas son seul atout. Son véritable avantage, c’est qu’il a su se positionner entre les deux puissances rivales, la Chine et les États-Unis, et se montrer indispensable aux deux.

Le Pakistan est un allié de longue date de la Chine. Ils sont unis par un ennemi commun, l’Inde. La Chine apporte aux Pakistanais une aide militaire et économique considérable, surtout par des investissements en infrastructure. Le Corridor économique Chine-Pakistan, lancé en 2015, permet de développer l’industrie et l’agriculture pakistanaises et constitue un élément intégral de la nouvelle route de la soie par laquelle la Chine étend son influence de l’Asie à l’Europe. Le Pakistan donne aux Chinois un accès au monde musulman – et ferme les yeux sur le traitement des Ouïghours par le régime communiste. Si le Pakistan est promu médiateur de la paix, c’est parce que la Chine l’a voulu. Chez cette dernière, la satisfaction de voir le rival américain s’embourber dans la guerre a cédé la priorité à la nécessité de mettre fin à ses propres souffrances économiques et à celles de ses clients. Le Pakistan est un allié de longue date de la Chine. Ils sont unis par un ennemi commun, l’Inde. La Chine apporte aux Pakistanais une aide militaire et économique considérable, surtout par des investissements en infrastructure. Le Corridor économique Chine-Pakistan, lancé en 2015, permet de développer l’industrie et l’agriculture pakistanaises et constitue un élément intégral de la nouvelle route de la soie par laquelle la Chine étend son influence de l’Asie à l’Europe. Le Pakistan donne aux Chinois un accès au monde musulman – et ferme les yeux sur le traitement des Ouïghours par le régime communiste. Si le Pakistan est promu médiateur de la paix, c’est parce que la Chine l’a voulu. Chez cette dernière, la satisfaction de voir le rival américain s’embourber dans la guerre a cédé la priorité à la nécessité de mettre fin à ses propres souffrances économiques et à celles de ses clients.

Entre la Chine et les États-Unis

Cependant, bien que ce soit la Chine qui tire les ficelles, l’intervention du Pakistan arrange les Américains. Les relations entre les États-Unis et le Pakistan à l’époque de la « guerre contre la terreur », après le 11-Septembre, étaient ambiguës. Tout en étant un allié de l’Amérique, le Pakistan soutenait les talibans. En 2018, Trump a dénoncé un pays qui, selon lui, prenait des milliards de dollars en aide sans rien donner en retour. Tout a changé après la guerre avec l’Inde en 2025. Asim Munir, chef des forces armées, le vrai pouvoir au Pakistan, a attribué le cessez-le-feu à Trump et a proposé ce dernier pour le prix Nobel. Il s’est rapproché du cercle intime du président en signant un accord sur les cryptomonnaies avec le fils du négociateur Steve Witkoff. Le Pakistan a signé aussi un partenariat avec les États-Unis pour l’exploitation de ses minéraux critiques. Trump ne tarissait plus d’éloges sur son « maréchal préféré ». Tiraillé entre ses grands parrains, le Pakistan a su trouver un équilibre entre les deux. Mais son succès dépend d’un autre jeu d’équilibre.

Dans la crise actuelle, le Pakistan a acquis une nouvelle importance pour les Chinois et les Américains, parce qu’il s’est positionné habilement entre deux autres rivaux, l’Iran et l’Arabie saoudite. L’amitié pakistano-saoudienne est ancienne, alimentée par une doctrine panislamiste. Forts de leurs atouts militaires, les Pakistanais apportent un soutien aux Saoudiens en matière de sécurité et, l’année dernière, les deux pays ont signé un pacte de défense mutuelle qui comprend l’extension à son allié du parapluie nucléaire pakistanais. Si le Pakistan assure la sécurité du royaume pétrolier, celui-ci renfloue à l’occasion le trésor pakistanais. Plus récemment, Munir a cultivé des relations avec son voisin iranien, malgré la présence au Pakistan d’une minorité chiite qui a souvent été une source de tensions avec le régime de Téhéran. Tous deux sont des alliés de la Chine et luttent contre des séparatistes baloutches qui sévissent de chaque côté de leur frontière commune. C’est en travaillant avec le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) pour régler ce problème que Munir a appris à les connaître. Il était idéalement qualifié pour parler aux dirigeants du CGRI et expliquer leur façon de penser aux Américains. Il ne sert pas d’intermédiaire par bienveillance. À cause de la crise, son pays est au bord d’une catastrophe économique. Et si jamais les tensions entre l’Arabie saoudite et l’Iran tournent à la guerre, le Pakistan sera entraîné dans le conflit.

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Nul ne sait aujourd’hui si le Pakistan obtiendra des résultats durables. Aussi, personne ne prétendra que l’Europe devrait suivre un quelconque « modèle » pakistanais. Néanmoins, cet exemple montre que désormais, pour être influent ou « pertinent » sur la scène internationale, il faut remplir trois critères : pouvoir exploiter ses liens avec les grandes puissances américaine et chinoise ; se libérer du carcan d’une lecture étroitement idéologique du droit international ; et représenter une menace crédible sur le plan militaire. Pour l’instant, les pays européens sont moins à même de cocher ces cases que le Pakistan.

Une Québécoise nauséabonde

On le sait: Céline Dion fera bientôt son grand retour sur scène, à Paris. Mais, en attendant, son dernier clip est accusé de deux terribles maux: l’homophobie et le validisme.


« Si j’entends encore une note de Céline Dion, je vais commettre un meurtre ! » Ces propos choquants, tenus à la radio par la patronne de la présente gazette qui commentait l’annonce des nouveaux concerts parisiens de la chanteuse, ont scandalisé les Français. Des mots de triste mémoire.

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Manque de bol : la Canadienne était de retour dans les bacs le 17 avril avec un titre inédit intitulé Dansons, dont la pochette du CD nous la présentait sous son meilleur profil. La première collaboration de la jolie Québécoise avec Jean-Jacques Goldman depuis 2016, se sont extasiés ses nombreux fans ! Reste que, après le prix des places et le véritable parcours du combattant pour faire partie des élus qui l’entendront à La Défense Arena (40 000 places, la plus grande salle d’Europe, soit deux fois Bercy), certains y sont allés de leur commentaire acerbe.

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Ainsi, Fabien Randanne, journaliste chez 20 Minutes et spécialiste autoproclamé de l’Eurovision sur X, s’est indigné d’un clip invisibilisant les homosexuels et d’un couplet maladroit: « J’ai cligné des yeux au mauvais moment ou bien, dans le clip de Dansons de Céline Dion, il n’y a que des couples homme-femme / hétéros ? Entre ça et le “on ne peut danser que debout”, niveau inclusion, c’est vraiment une chanson de 1995. » Céline Dion a fait la une du Parisien trois fois en quinze jours. C’est vrai, après tout : si c’est pour voir cette honteuse réac nous revenir miraculeusement guérie de sa maladie pour rapporter dans ses bagages les maux terribles que sont l’homophobie et le validisme, à quoi bon ? M. Randanne avait publié en 2025 une vaste enquête de 148 pages, Queerovision, que son éditeur Double Ponctuation / éditeur des diversités présentait ainsi : « D’un chapitre à l’autre, on comprend comment la plus grande compétition musicale est devenue un espace résolument progressiste et précieux, alors que les conservatismes, les populismes et les idées réactionnaires gagnent du terrain. » La question de la visibilité lui est donc particulièrement chère.

Espérons qu’au soir du 12 septembre, on compte au moins un hétérosexuel parmi les danseurs qui accompagneront la star sur scène. Sinon ça va encore barder !

Queerovision: Histoire(s) de la plus grande scène du monde

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Facturation électronique obligatoire à l’automne: la lutte contre la fraude ne doit pas accabler ceux qui ne fraudent pas

Quatre entreprises sur 10 ne seraient pas encore préparées à la facture électronique. Si l’État donne l’impression d’avoir choisi de déléguer la chasse aux fraudeurs, il ne faut pas que l’entrepreneur douille.


Nous voulons tous traiter les fraudes, notamment la fraude à la TVA qui détourne plus de 10 milliards des caisses publiques, bien à la peine. Il s’agit de sécuriser les recettes et, accessoirement, de s’épargner le déferlement de nouvelles taxes dans un contexte où la France s’enferre dans les déficits et la dette. Mais faut-il pour autant que la lutte contre les fraudes pèse sur les honnêtes gens et ceux qui font tourner l’économie vaille que vaille ?

Encore des frais pour les entrepreneurs

L’État n’a jamais été aussi gourmand et coûteux d’une part, tout en déléguant de plus en plus ses tâches à des prestataires privés d’autre part. Le contribuable se voit présenter la note deux fois. On a connu les officines – parfois fictives – qui devaient gérer l’immatriculation des véhicules et qui se sont caractérisées par des dévoiements hors de tout contrôle – la Cour des comptes a évalué le préjudice à 1,5 milliard d’euros. On a décidé de reproduire cette terrible expérience, cette fois avec la facturation électronique, obligatoire avec deux étapes clefs : septembre 2026 et septembre 2027.

Certes, la numérisation via une plateforme dédiée est gage de traçabilité. Les errements seront plus difficiles, les contrôles facilités. Il deviendra plus compliqué d’omettre le reversement de la TVA au Trésor, notamment dans le cas des fraudes transnationales à la TVA – de type carrousel – qui avaient dissimulé des sommes faramineuses. Mais cela, c’est la théorie, dictée par trois directives de 2025 issues du paquet dit « ViDA » – VAT in the Digital Age. Or l’Union européenne se fait une spécialité d’accommoder le vice de mille vertus et c’est toujours en se convainquant de faire le bien qu’elle adresse les pires maux.

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Dans l’impéritie de Bruxelles, la France entend bien faire du zèle. Alors que l’Italie opte pour un modèle centralisé public ou que l’Allemagne se dirige vers une approche standardisée et progressive, l’hexagone privilégie des plateformes privées agréées ; on en compte d’ores et déjà 107. La plupart sont payantes, surajoutant un impôt déguisé, d’autres non mais avec l’inconvénient de prêter le flanc à des défaillances techniques supplémentaires. Ces officines connaîtront le carnet client des entreprises, leur chiffre d’affaires et bien d’autres informations essentielles, toutes susceptibles d’être monnayées et piratées. La Cour des comptes a dénoncé l’externalisation des démarches de cartes grises ; comment ne pas anticiper les dérives liées à cette nouvelle externalisation en chantier ?

Et ces plateformes particulières, comme le dispositif en général, ne sont pas rodées. Pourquoi commencer en septembre alors que la comptabilité des entreprises fonctionne le plus souvent en année calendaire ? Pourquoi des amendes astronomiques de 15.000 euros pour tout manquement quand on connaît la fragilité insigne des petites entreprises aujourd’hui ? Pourquoi l’État serait-il aussi prompt à dresser des procès-verbaux qu’à déléguer ses tâches ?

Le dispositif doit être plus souple

D’aucuns prétendent que la facturation électronique coûtera in fine moins cher aux entreprises que la facturation papier. Mais a-t-on mesuré pour les petites entreprises le coût des logiciels, de la formation, de l’abonnement à la plateforme ? Le processus ne permet aucune souplesse. Alors qu’une facture papier pouvait être corrigée à la main, la facture électronique erronée exigera d’être compensée par un avoir avant édition d’une nouvelle facture. Que penser de toutes les erreurs qui vont être commises ne serait-ce qu’avec les changements permanents de règles de TVA qu’opère l’État ?

Bien sûr, les entreprises vont se soumettre à ces nouveaux processus, injonctions, normes et charges dont on ne discerne jamais la fin. Mais qu’on n’aille pas croire que cela fera disparaître la fraude à la TVA. Pratique bien répandue en Italie et qui se diffuse en France, les prestations sont découpées en une fraction officielle et dument déclarée et une autre fraction acquittée en cash et étrangère à l’ « e-invoicing ». Bref, les inconvénients ne seront pas compensés par les avantages.

Si l’État doit être intraitable avec les fraudeurs, il doit en revanche chérir ceux qui créent de l’activité et de l’emploi, tout en se conformant à la règle, dans un environnement économique particulièrement dégradé par un empilement de crises. Il doit apporter des solutions plutôt qu’une surenchère de problèmes. La France, comme ses voisins, doit à tout le moins fournir une plateforme publique, éprouvée, sécurisée aux entreprises. Une fois de plus, ce n’est pas aux non-fraudeurs de payer le coût de la fraude.

Epic Fury: cette guerre que l’Amérique aurait “perdue”… en la gagnant

Le président américain Donald Trump vient de déclarer avoir renoncé, ce mardi, à une nouvelle opération militaire d’envergure contre l’Iran, qui aurait porté le nom de « Sledgehammer ». Les États-Unis se tiendraient toutefois toujours prêts à lancer « à tout moment une attaque totale et de grande ampleur contre l’Iran si aucun accord acceptable n’était trouvé » avec Téhéran. Le régime iranien, qui a fait depuis cinquante ans du slogan « Mort à l’Amérique » l’un des fondements de son identité politique, s’est révélé incapable, au moment décisif, de tuer plus de six soldats sur une base pourtant peu défendue. Par ailleurs, ce même régime semblerait aujourd’hui incapable d’assurer sa propre défense en cas de reprise des hostilités. Grand récit.


Une chose étrange s’est produite depuis l’arrêt de l’opération Epic Fury, nom donné aux bombardements américains sur l’Iran entre le 28 février et le 7 avril. Il est désormais communément admis que les Etats-Unis auraient perdu et que c’est l’Iran qui serait sorti vainqueur de cette confrontation !

« Trump s’est trompé ! » « Il a sous-estimé la capacité de résistance des Iraniens. » « Il s’est lancé dans une guerre sans stratégie, sans objectif, sans planification. » « Pire : les Américains n’ont même pas détruit l’appareil militaire iranien, et c’est eux qui seraient à court de munitions… » C’est, en substance, ce qu’on peut lire dans le New York Times, ou entendre sur CNN (et ailleurs) tous les jours. Invraisemblable analyse quand on examine la conduite et le bilan militaire comptable de cette guerre, mais analyse dominante et en voie de devenir axiomatique, c’est-à-dire incontestable.

Le TDS : plus contagieux que l’hantavirus!

Cette analyse résulte en partie de l’inévitable « TDS » le « Trump Derangement Syndrome », virus qui infecte une partie du monde politique et l’ensemble du monde médiatique, et qui veut que, quoi qu’il arrive, Trump soit le mauvais et le perdant. Contre ce syndrome on ne peut rien. Aucune justification, aucune explication ne parviendra à faire évoluer l’opinion des personnes atteintes de TDS. C’est une question de principe. Aussi inflexible que l’idéologie.

Cette analyse résulte aussi en partie, et surtout, du fait que le « régime des mollahs » tient toujours à Téhéran. Le seul fait d’avoir survécu aux bombardements américains est considéré comme une victoire pour les Gardiens de la Révolution. C’est oublier que le changement de régime n’était pas dans les buts de guerre américains. Ce que Donald Trump a clairement dit lors du lancement d’Epic Fury et répété maintes fois par la suite. Pour rappel, l’objectif principal d’Epic Fury était l’élimination de la menace nucléaire iranienne et les objectifs secondaires étaient la dégradation des capacités balistiques de l’Iran ainsi que sa capacité à entretenir des « proxys » pour menacer Israël et le Proche-Orient. Or ces objectifs ont été atteints. Dès lors, prétendre que cette opération constituerait une défaite américaine est un mensonge. Mensonge qui tient plus du vœu pieux et de la détestation de Trump que d’une analyse objective. Retour sur le déroulement et le bilan d’Epic Fury pour le démontrer.

Trump déterminé à neutraliser la menace nucléaire

A 1h15 du matin, heure de New York, dans la nuit du 27 au 28 février, le président Trump est apparu à la télévision américaine, le col ouvert, sans cravate, portant une casquette blanche marquée des trois lettres « USA », pour y faire une brève déclaration :

« Il y a peu de temps, l’armée américaine a lancé d’importantes opérations militaires en Iran. Notre objectif est de défendre le peuple américain en éliminant les menaces imminentes que représente le régime iranien….

La politique des États-Unis, et en particulier celle de mon administration, a toujours été que ce régime terroriste ne puisse jamais posséder l’arme nucléaire…

Nous allons détruire leurs missiles et raser leur industrie balistique…

Nous allons anéantir leur flotte. Nous allons faire en sorte que les groupes terroristes agissant par procuration dans la région ne puissent plus déstabiliser la région ni le monde, ni attaquer nos forces…

Et nous ferons en sorte que l’Iran n’obtienne pas l’arme nucléaire…Ils n’auront jamais l’arme nucléaire…

Au grand et fier peuple iranien, je dis ce soir que l’heure de votre liberté est proche… Quand nous aurons terminé, prenez le contrôle de votre gouvernement. Il vous appartiendra. Ce sera probablement votre seule chance pour des générations… »

L’opération militaire en question avait été baptisée « Epic Fury ». Elle faisait suite à « Midnight Hammer » (marteau de minuit), une frappe massive contre les installations nucléaires iraniennes à Natanz, Fordo et Ispahan, conduite par des bombardiers B2 le 22 juin 2025. Epic Fury était menée conjointement avec Israël dont la propre opération s’appelait « Roaring Lion », (lion rugissant) en continuation de « Rising Lion » (lion qui se lève), nom de la brève guerre menée contre l’Iran en juin 2025.

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Les attaques, dont Donald Trump précisait qu’elles allaient durer « quatre à six semaines », n’avaient pas été annoncées à l’avance. Bien entendu. Pour garantir un effet de surprise. Toutefois, depuis plus d’un an, Donald Trump menait une politique dite de « pression maximale » contre l’Iran et sommait ses dirigeants de « faire un deal » sur le nucléaire, faute de quoi les Américains imposeraient ce « deal » par la force. A cette fin, ils avaient massé d’importantes forces armées en Méditerranée et en mer d’Arabie. Deux groupes navals emmenés par les porte-avions USS Abraham Lincoln et USS Gerald Ford étaient déployés. Des dizaines d’avions ravitailleurs Boeing C135 avaient aussi été massés sur les bases militaires américaines en Europe, au Proche Orient et en Afrique pour permettre des missions plus longues grâce au ravitaillement en vol.

En 24 heures, 1000 cibles atteintes et Ali Khamenei éliminé

Les cibles visées cette première nuit incluaient des centres de commandement et de contrôle iraniens, des installations de lancement de missiles, des systèmes de défense aérienne, des infrastructures navales, des installations des Gardiens de la révolution, des complexes de commandement, et des usines de production de drones. Ces cibles étaient disséminées à travers l’Iran.

Beaucoup étaient à Téhéran même, la capitale, comme le quartier général du Corps des Gardiens de la Révolution (IRGC), le ministère de la Défense, le bâtiment du Conseil de sécurité national, le centre de coordination du renseignement, le centre de commandement de la défense aérienne. Et des relais de communication.

D’autres étaient situées dans les grandes villes de province : Ispahan, Shiraz, Tabriz, Kermânchâh. Il s’agissait le plus souvent de QGs opérationnels de l’IRGC. Certains des sites visés étaient enterrés et faisaient partie du réseau de tunnels et d’abris militaires creusés par les Iraniens dans les montagnes de l’ouest et du nord-ouest du pays pour y entreposer leurs missiles, lanceurs, drones et avions de combats, à l’abri des regards et surtout à l’abri (pensaient-ils) des bombes américaines.

En tout plus de mille cibles iraniennes furent touchées durant les premières vingt-quatre heures de l’opération.

Lors de ces premières vingt-quatre heures, une attaque israélienne détruisit le complexe du Guide suprême de la Révolution, en plein cœur du quartier Pasteur de Téhéran, tuant le guide lui-même, Ali Khamenei, et une dizaine des plus hauts dirigeants du régime qui s’étaient réunis en plein jour se croyant intouchables. Le quartier Pasteur de Téhéran est l’équivalent du Kremlin à Moscou et du National Mall à Washington, c’est le centre du pouvoir, l’endroit le plus sécurisé du pays ! L’aviation israélienne l’a pulvérisé dans les premières minutes de l’opération, avec des missiles guidés « pénétrants », sans qu’aucun de ses appareils ne soit touché en retour.

Ainsi dès le début du conflit l’Iran fut décapité et sa chaine de commandement désorganisée. Ces attaques ciblées n’allaient jamais cesser. Dans les jours suivants, d’autres têtes du régime allaient tomber. En tout près de soixante dirigeants iraniens ont été tués durant Epic Fury et Roaring Lion.

En représailles, l’Iran lança des dizaines de missiles balistiques et de croisières contre Israël, contre les bases américaines dans le Golfe arabo-persique, ainsi que contre des infrastructures militaires et civiles dans les monarchies du Golfe, notamment les Emirats Arabes Unis. Un grand hôtel fut touché à Dubaï. Par erreur ou à dessein ? On ne sait pas.

Chantage autour du détroit d’Ormuz

Dès le 28 février également l’IRGC informa les navires de commerce dont d’innombrables tankers, transitant par le détroit d’Ormuz que l’endroit était désormais « une zone de guerre » et le passage non sécurisé. Tout bâtiment s’y aventurant risquait d’être visé par des tirs ou touché par une mine. L’annonce eut l’effet immédiat de « fermer » le détroit, plus aucune compagnie d’assurance n’acceptant de couvrir le risque du passage…

Dans les jours qui suivirent l’Iran continua de tirer tous azimuts à travers la région. Toutefois sa capacité de tir ne cessa de baisser. Les estimations disponibles (compulsées par ChatGPT) indiquent plus de trois cent-cinquante tirs de missiles (tous types et toutes cibles confondus) le 28 février, 110 le 1er mars, 95 le 2 mars, 80 le 3, 65 le 4, 55 le 5, puis une baisse quotidienne jusqu’à moins de 25 à partir du 10 mars.

Dans un premier temps, notamment entre le 5 et le 10 mars, la baisse du nombre de tirs de missiles fut compensée par des attaques de drones. Plusieurs centaines d’appareils sans pilotes, dont les fameux Shahed, furent envoyés, souvent par vagues coordonnées contre des cibles multiples en Israël et dans les pays du Golfe. A partir du 10 mars, toutefois, ces attaques devinrent moins nombreuses, moins coordonnées et régulièrement contrées par les pays visés. Au contraire, le nombre de cibles visées et le nombre d’appareils impliqués dans les frappes côté américain, ne cessa d’augmenter. Après mille cibles atteintes le premier jour, le Pentagone indique 1250 cibles le deuxième, 1700 le troisième, puis cinq mille pour les dix premiers jours.

Un F15 Strike Eagle abattu par les Iraniens

Durant les trois premiers jours d’Epic Fury Israéliens et Américain établirent leur « supériorité aérienne », le contrôle du ciel iranien. Au dixième jour, cette supériorité était devenue « suprématie ». Les bombardiers américains pouvaient mener des raids loin à l’intérieur du pays sans rencontrer la moindre opposition. Et ils n’ont pas manqué de détruire des dizaines de sites de lancement de missiles, des usines de fabrication de drones et des commissariats de Bassijis (la milice de l’IRGC). Le seul incident notable, côté américain, fut la perte d’un avion F 15 Strike Eagle le 3 avril. Les deux officiers à son bord parvinrent à s’éjecter et furent tous les deux secourus et récupérés par les Américains dans les heures qui suivirent. La mission de « search and rescue » pour sauver ces deux soldats devint l’acte d’héroïsme le plus vanté de la guerre. Le 1er mars, six soldats américains étaient tués et des dizaines blessées par un tir de missile iranien sur une base américaine au Koweït. Le tir le plus dévastateur de tout le conflit, et le pire jour pour les Américains en termes de pertes humaines. Au total, les Américains perdront treize combattants dans le conflit. Dès le 9 mars le président Trump déclara la guerre « pratiquement terminée ».  Les bombardements se poursuivirent néanmoins, tandis que des discussions avaient repris par l’intermédiaire du Pakistan.

Au soir du 7 avril, avant la fin de la sixième semaine de combats, l’ébauche d’un cessez-le-feu fut définie et acceptée par les deux camps. Conclu pour deux semaines, ce cessez-le-feu a été reconduit et tient toujours malgré plusieurs violations de la part de l’Iran, que les Etats-Unis ont jugé mineures et insuffisantes pour justifier la reprise des hostilités.

A partir du 13 avril, pour contrer la « fermeture » du détroit d’Ormuz par l’Iran, les Américains ont mis en place un blocus des ports iraniens du Golfe persique. Concrètement, aucun navire en provenance ou à destination de l’Iran n’est autorisé à entrer ou sortir du Golfe. Plus de soixante navires ont ainsi été interceptés et détournés par les forces américaines. L’objectif est « d’étouffer » l’économie iranienne, qui dépend largement des exportations de pétrole via le Golfe persique.

Malgré ces tensions, les négociations ont continué. Sans aboutir. Les Etats-Unis maintiennent leur demande d’un renoncement inconditionnel de l’Iran au nucléaire militaire. L’Iran demande au contraire la levée des sanctions financières en place depuis des années et la levée du récent blocus américain, pour consentir à ouvrir le détroit d’Ormuz et reprendre les discussions tout en repoussant la question nucléaire à plus tard… Bref, une solution négociée semble improbable. Les positions des deux campas sont trop éloignées et les Iraniens ont l’art de renier en public ce que leurs négociateurs ont accepté en privé, rendant tout dialogue stérile. En prise à un face à face tendu qui pourrait se prolonger, le bilan du confit ne peut être établi qu’en examinant l’état des forces en présence.

Les Etats-Unis ont perdu trois avions durant le conflit (deux chasseurs et un ravitailleur), dont l’un fut victime d’un tir ami, et un autre de problèmes techniques. Cela signifie que les défenses anti-aériennes de l’Iran ont abattu un seul avion ennemi en six semaines malgré des milliers de « sorties » de l’adversaire. Les bases et installations militaires américaines dans la région ont été touchées à vingt reprises seulement pour des dégâts insignifiants (sauf à Port Shuaiba au Koweït, le 1er mars).

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En comparaison plus de treize mille cibles iraniennes ont été anéanties ou endommagées. Plus de dix mille soldats, du Corps des gardiens de la révolution islamique, seraient morts. C’est une estimation invérifiable, de même que le nombre de victimes civiles. Le gouvernement iranien a perdu ses plus hauts dirigeants. Personne ne sait qui dirige le pays aujourd’hui et parle vraiment au nom du gouvernement. Le stock d’uranium enrichi de l’Iran (440 kilogrammes enrichis à 60% qu’ils ont reconnu posséder) est toujours enterré profondément dans le site détruit d’Ispahan. Leurs centrifugeuses seraient détruites et leur capacité à enrichir l’uranium actuellement nulle. L’appareil militaire iranien est à terre. Les défenses anti-aériennes sont quasi nulles. L’aviation est inopérante. Les cent-soixante navires de sa flotte ont été coulés. Seules restent les petites embarcations rapides qui agissent dans le Golfe et peuvent effrayer des navires marchands, mais pas des bâtiments militaires.

Les moyens de l’IRGC ont été considérablement amoindris, et ses capacités de fonctionnement dégradées. Avant le conflit, l’Iran disposait d’entre 2 500 et 6 000 missiles balistiques (l’écart entre l’estimation la plus basse et l’estimation la plus haute illustre le flou des connaissances sur les moyens « réels » de l’Iran). Quelques-uns à très longue portée (4 000 km), la plupart de courte portée (de 300 à 1000 km). Aujourd’hui ce stock est estimé entre 1 500 et 1 800 missiles. Avec près de 50% des lanceurs hors d’usage. L’Iran possédait aussi des dizaines de milliers de drones Shahed, et des usines capables de les produire à la chaine. Ces usines ont été détruites. Quant au stock de drones encore utilisables, il est en vérité inconnu.

Une économie à terre

Les capacités de Défense aérienne du pays incluaient des missiles S 300 et S 400 d’origine russe, parmi les plus sophistiqués du marché. Ils ont été clairement submergés par les frappes américaines et israéliennes. Aujourd’hui l’Iran est incapable de protéger son espace aérien.

Militairement le régime de Téhéran n’a pas été simplement battu, il a été écrasé. Ce qui frappe dans cette confrontation est la disproportion des forces en présence. Ce régime qui a fait depuis cinquante de « mort à l’Amérique », son slogan et sa raison d’être, a été capable le moment venu de tuer seulement six malheureux soldats sur une base mal défendue… Ce même régime serait aujourd’hui incapable de se défendre en cas d’une reprise des hostilités.

De plus, écrasé militairement, l’Iran est en passe d’être étouffé économiquement. Le blocus américain, qui entre dans sa sixième semaine, a un impact indéniable sur l’économie de l’Iran. Les exportations de pétrole de l’Iran qui était de 2 millions de barils par jour avant le conflit ont chuté de 80%. Le rial, la monnaie iranienne, ne vaut plus son poids en papier et l’inflation dépasse 100% par an. Les fonctionnaires et les militaires sont payés en monnaie de singe. Les circuits d’alimentation ont été perturbés, même s’il n’y pas encore de pénurie. Les composants industriels n’arrivent plus, obligeant de nombreuses usines et de nombreux commerces à fermer. Jusqu’à quand ces difficultés seront-elle tolérées par la population ? Alors que celle-ci s’était déjà soulevée en janvier, bien avant qu’Epic Fury ne rende la vie quotidienne encore plus difficile… Pour l’heure, les (nouveaux) dirigeants de l’Iran refusent de céder aux demandes américaines et se montrent mêmes plus arrogants et défiants que jamais. Cela tient de la posture et du besoin de projeter une image de force à sa propre population, précisément pour la décourager de se soulever. En réalité, ce régime est affaibli et vulnérable. Mais le seul fait que les mollahs soient toujours là, suffit pour que certains voient dans l’affaire une « défaite » américaine. Voici leur raisonnement.

Cette image fournie par le Commandement central des États-Unis montre un F/A-18E Super Hornet se préparant à effectuer un appontage avec brin d’arrêt sur le USS Gerald R. Ford après une mission de soutien à l’opération Epic Fury, le samedi 28 février 2026 © AP/SIPA

Entre l’avant « Epic Fury » et l’après, le régime de Téhéran s’est endurci. Les nouveaux dirigeants sont des cadres issus de l’IRGC, encore plus fanatisés et jusqu’au-boutistes que leurs prédécesseurs. C’est une mauvaise chose. Le prix du pétrole est passé de 60 à 100 dollars le baril, créant un « choc énergétique » dans le monde et une poussée inflationniste sur le carburant, y compris aux Etats-Unis. Comme quoi le conflit pénalise les Américains, et le reste des pays développés. C’est une seconde mauvaise chose. Enfin, les frappes iraniennes contre les monarchies du Golfe et la fermeture du détroit d’Ormuz constituent une menace sur l’économie mondiale qui pourrait entrainer des pénuries, et même des famines, écrivent certains, car le gaz naturel nécessaire à la production de certains engrais n’est plus disponible ni acheminable… Ces mêmes observateurs se flattent de la ténacité et de la résilience du régime iranien. Ils sourient de ce que la puissance américaine et la manière forte de Donald Trump s’avèrent incapables d’obtenir des concessions de la part des Mollahs. Mais ces analyses sont aussi partiales que partielles.

Un, le régime de Téhéran s’est peut-être endurci mais ses capacités de nuisance ont été réduites. Le lien avec ses « proxys » a été coupé. Le Hezbollah au Liban est en mode survie. Le Hamas tente de se relever, mais son contrôle sur Gaza s’est amoindri. Les Houthis du Yémen n’ont pas bougé de tout le conflit. Quant au prix du pétrole, c’est une poussée de fièvre temporaire, et ce prix retombera instantanément à la conclusion du conflit. Le monde regorge de pétrole et de gaz, le Vénézuéla et les Etats-Unis eux-mêmes pouvant substituer leur production à celle de l’Iran. Pour le détroit d’Ormuz il existe des voix de contournement terrestre, notamment des oléoducs et gazoducs vers la Mer Rouge et des voies routières vers la mer d’Arabie, évitant le détroit.

Par ailleurs, il ne faut pas se tromper de cible. Ce ne sont pas les Américains qui ont fermé le détroit, ce sont les Iraniens. Cet acte constitue une violation flagrante du droit international (dont se réclame, entre autres, le président français Emmanuel Macron), de même que la volonté iranienne d’imposer un « péage » au passage des navires, et c’est à la communauté internationale, si celle-ci a encore la moindre réalité et autorité, de rétablir la liberté du commerce et de remettre l’Iran à sa place. Mais, il est plus facile de parler que d’agir et pour l’heure force est de constater que cette « communauté internationale » brille par sa totale invisibilité dans ce conflit.

Reste le régime de Téhéran. On ne change pas un régime sans envoyer des troupes au sol, rappellent les défaitistes. Or les Américains s’y refusent (et vont continuer à s’y refuser, à juste titre). Mais tant que le régime ne sera pas tombé, Epic Fury aura un goût d’inachevé. C’est inévitable. La victoire militaire indéniable des Américains et Israéliens sur l’Iran n’a pas débouché sur un nouveau Moyen Orient libéré de la menace que le régime des Mollah fait peser sur lui depuis près d’un demi-siècle. Cette menace a été amoindrie mais pas éliminée. Dès lors, le blocus des ports iraniens va se poursuivre, et il n’est pas exclu que des combats reprennent. Selon certains, une nouvelle opération est même déjà planifiée et s’appellera « Sledgehammer » (marteau-pilon). Ensuite, et seulement ensuite, le peuple iranien pourra jouer le rôle que Donald Trump a évoqué le 28 février. Reprendre son destin en main et recouvrer sa liberté. C’est seulement du peuple iranien que peut venir la victoire finale. S’il en a l’envie, et s’il est prêt à en accepter le coût. Il faut le souhaiter car grâce à Epic Fury, le régime en place depuis 1979 n’a jamais été autant malmené et autant fragilisé.


Cet article a d’abord été publié sur le blog de Gerald Olivier.

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La diplomatie de la joue tendue

En visite discrète en Algérie, Gérald Darmanin espérait obtenir des informations sur les dirigeants de la DZ Mafia cachés dans le pays. Par ailleurs, le garde des Sceaux s’est dit «très rassuré par la façon dont Christophe Gleizes est traité» à l’issue de sa rencontre avec le président Tebboune. De son côté, Laurent Nuñez, le ministre de l’Intérieur, espère recevoir son homologue à Paris dans les prochains jours. Dans ses relations avec ce singulier pays «ami», la France donne en permanence l’impression de devoir ravaler sa fierté.


Il y a quelque chose de profondément humiliant dans la relation entre Paris et Alger. Quelque chose qui dépasse la diplomatie classique, les querelles mémorielles et les postures médiatiques. Une sorte de rituel de soumission molle.

La menace fantôme

On s’engueule officiellement. On rappelle un ambassadeur. On fait mine d’être offensé. Puis on retourne discrètement à Alger avec le dossier sous le bras, le regard bas et la voix conciliante. Et cette fois encore, derrière la visite de Gérald Darmanin, derrière les sourires crispés et les communiqués prudents, tout le monde comprend le véritable sujet : la France a besoin de l’Algérie. Pas l’inverse. Besoin d’elle pour reprendre certains de ses ressortissants. Besoin d’elle pour quelques coopérations sécuritaires. Besoin d’elle pour tenter de contenir une partie du narcotrafic lié à la DZ Mafia. Et surtout besoin d’elle pour obtenir, peut-être, un geste concernant Christophe Gleizes.  

Le reste n’est qu’habillage diplomatique. Car enfin, soyons sérieux deux minutes. Depuis des décennies, le pouvoir algérien applique une doctrine extrêmement simple : les siens restent les siens. On ne livre pas ses ressortissants. Ou le moins possible. Encore moins lorsqu’ils disposent d’argent, de réseaux ou de connexions utiles. Et dans le même temps, Alger refuse régulièrement de récupérer certains de ses nationaux condamnés ou expulsables depuis la France. Résultat : Paris expulse peu, menace beaucoup et recule souvent.

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Tout cela est connu depuis longtemps. Mais comme toujours dans ce pays, on découvre les évidences avec quinze ans de retard et une commission parlementaire.

Le plus ironique, c’est que la France officielle continue de parler à l’Algérie comme un professeur fatigué parlant à un ancien élève turbulent, alors que le rapport de force réel raconte exactement l’inverse. Car Alger a compris quelque chose que Paris refuse toujours d’admettre : la culpabilité française est devenue une ressource diplomatique exploitable. Une rente mémorielle. À chaque tension, la mécanique est la même : la colonisation revient sur la table, les humiliations historiques sont rappelées, la repentance française est discrètement réactivée et Paris finit toujours par rechercher “l’apaisement”. L’apaisement : ce mot magnifique des puissances fatiguées.

Et pendant ce temps-là, la réalité continue. Des narcotrafiquants français ou franco-algériens trouvent refuge de l’autre côté de la Méditerranée. Les réseaux prospèrent. Les morts s’accumulent à Marseille. Des adolescents se font exécuter pour quelques kilos de cocaïne ou des points de deal mal partagés.

Christophe Gleizes, le symbole de notre faiblesse

Mais la France avance à pas comptés. Parce qu’il y a toujours quelque chose à négocier. Toujours une susceptibilité à ménager. Toujours un otage diplomatique potentiel. Dans cette affaire, Christophe Gleizes devient malgré lui le symbole parfait de la faiblesse française contemporaine. Non pas parce que sa situation serait secondaire — elle est évidemment dramatique — mais parce qu’elle place l’État français dans une position de dépendance morale et médiatique. Et tout le monde sait ce que cela signifie. Quand un pays démocratique veut récupérer l’un des siens détenu à l’étranger, il devient vulnérable. Il cherche le compromis. Il adoucit le ton. Il évite les sujets qui fâchent. Il ravale sa fierté.

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Autrement dit : il baisse le pantalon diplomatiquement en espérant obtenir une petite concession humanitaire qui permettra ensuite aux ministres de revenir sur les plateaux télé expliquer que “le dialogue a porté ses fruits”. Le problème, c’est qu’à force de vouloir préserver le dialogue, la France donne parfois l’impression de ne plus défendre autre chose que sa propre peur du conflit. Et c’est précisément ce que beaucoup de puissances étrangères ont désormais compris : la France contemporaine redoute plus la tension diplomatique que l’humiliation elle-même.

Alors elle absorbe les gifles. Poliment. Républicainement. Avec communiqué officiel et sourire crispé. Puis elle appelle cela “la coopération”.

Des tracteurs et des croix

Ce que les villes ont abandonné, les campagnes le chérissent: la foi et l’attachement aux traditions. Quand le rouleau compresseur de l’administration les mène au bord du gouffre, les paysans se tournent vers la religion. Un front commun des curés et des agriculteurs contre la sécheresse des tableaux Excel.


Un instant de grâce au milieu de la colère paysanne. Le 21 décembre dernier, au plus fort de la crise de la dermatose nodulaire, pas moins de cinquante tracteurs convergent vers Lourdes. À leur bord, une délégation d’éleveurs des Hautes-Pyrénées, venus, à l’appel de la Coordination rurale, se recueillir dans la grotte mariale, devant la statue de la Sainte Vierge. Des hommes et des femmes qui, quand la machine administrative les broie, se tournent vers ce qu’ils ont de plus solide : leur terre, leurs bêtes, leurs racines chrétiennes et ce sanctuaire qui, depuis 1858, accueille les accablés.

Ces images, aussi singulières qu’émouvantes, ne relèvent pas seulement du folklore nostalgique. Elles témoignent d’un réveil spirituel discret, mais bien réel, dans le monde rural français. Un céréalier du Gers le résume ainsi : « On a tout essayé : manifestations, blocages, négociations avec les syndicats. Mais quand on rentre chez soi le soir, seul face aux dettes, il ne reste que la prière. Ce n’est pas de la résignation, c’est une force qu’on redécouvre. » Dans des campagnes en détresse, de plus en plus de paysans trouvent dans la foi un dernier refuge.

Dans L’Archipel français (Seuil, 2019), Jérôme Fourquet montre que, loin des grandes villes déchristianisées, la France périphérique est restée fidèle à certaines traditions. Tandis qu’une vague de sécularisation a submergé la France urbaine depuis les années 1960, le village reste un bastion, avec ses processions, ses fêtes patronales et ses messes dominicales qui rythment encore la vie locale. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 45 % des ruraux font baptiser leurs enfants, contre 20 % dans les métropoles.

Pourtant un certain fossé s’est creusé entre les paysans et l’Église, du moins son haut clergé. En 2015, l’encyclique Laudato si’ du pape François a été mal reçue par le monde agricole français. Loin d’un simple appel à contempler la Création, le texte, qui dénonce une « exploitation inconsidérée de la nature », a sonné pour beaucoup comme une condamnation de leur mode de vie reposant sur la mécanisation, les intrants chimiques et l’intensification productive. La FNSEA et les Jeunes Agriculteurs ont vite tenté de désamorcer la bombe, en préférant parler d’un « appel » plutôt que d’une « critique ». Peine perdue : pour de nombreux éleveurs et céréaliers déjà au bord du gouffre, le souverain pontife a accentué le sentiment d’être incompris, voire injustement accusés par un magistère éloigné des réalités.

Une main secourable

Mais sur le terrain, les curés de campagne, souvent plus courageux que leur hiérarchie engoncée dans des prudences de chancellerie, tiennent la digue au côté des (vrais) damnés de la terre. Dans La Vie, le père Peter Breton, un prêtre finistérien, raconte qu’il lui arrive de recevoir à 2 h 30 du matin des coups de fil d’agriculteurs au bord du suicide. Par l’écoute, il parvient à les éloigner de la corde.

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L’abbé Vincent Morandi s’est quant à lui fait connaître en célébrant la dernière messe de Noël pour les paysans en colère qui bloquaient l’A64 cet hiver. De son côté, dans une tribune à La Croix, le père Arnaud Favart, aumônier de la mission rurale de France, a proposé, en geste de communion avec les éleveurs en détresse, de nouer un ruban violet autour du cou de l’âne et du bœuf dans les crèches paroissiales. Tandis que le très médiatique abbé Matthieu Raffray (que l’on voit régulièrement sur CNews) s’est récemment déplacé dans le Tarn-et-Garonne pour bénir le cheptel de cochons de Pierre-Guillaume Mercadal, figure emblématique de la Coordination rurale.

Au niveau épiscopal, Mgr Didier Noblot, évêque de Saint-Flour, se rend chaque année au Salon de l’agriculture de Paris, où il rencontre des agriculteurs asphyxiés et dialogue avec les syndicats. Sans oublier les initiatives nationales, comme Solidarité paysanne, fondée par le diacre Jean-Marie Careil et le père Guy Ollagnier, qui accompagnent concrètement les exploitants en difficulté.

Foi retrouvée

Résultat, ici et là dans les campagnes, les cortèges traditionnels reviennent en force. Fin 2025 à Cambrai, Mgr Vincent Dollmann (archevêque et fils de paysan) a célébré en plein air une messe de soutien aux agriculteurs devant mille personnes et des rangées de tracteurs (« Bénissons ces machines comme nos ancêtres les charrues »). Même renouveau pour les rogations – ces prières collectives pour la sauvegarde des récoltes, apparues en Gaule au ve siècle. Une agricultrice du Nord témoigne : « Les rogations, on les avait oubliées. Mais avec la sécheresse et les crises, on se dit : pourquoi pas demander la bénédiction du Ciel ? Ça unit le village, ça rappelle qu’on n’est pas seuls face aux éléments. »

Et puis on célèbre aussi davantage les saints patrons des campagnes. Tels saint Vincent, protecteur des vignerons (fêté le 22 janvier) ou saint Éloi, figure tutélaire des artisans et agriculteurs (le 1er décembre), sans oublier bien sûr saint Hubert, honoré chaque 3 novembre par les chasseurs. Processions, messes et bénédictions ont chaque année plus de succès.

Parallèlement, un mouvement, plus discret mais non moins vigoureux, se développe au bord des routes de campagne : le sauvetage des croix de chemin. Fondée en 1987, l’association SOS Calvaires recense et restaure ces monuments qui ponctuent les paysages bretons, normands et vendéens. Rien que ces trois dernières années, plus de mille d’entre eux ont été réhabilités par près de 4 000 bénévoles, ravivant un patrimoine délaissé et une foi populaire enracinée.

Dans une société tertiarisée jusqu’à l’os, où tout se virtualise et se dissout en « slides » PowerPoint, l’agriculteur ne veut plus se définir comme un technicien interchangeable, simple rouage d’une machine agroindustrielle pilotée depuis Bruxelles. Il sait qu’il est le dernier témoin du vivant : celui qui, les mains dans la glaise, affronte les caprices des saisons et la loi têtue du réel, indifférente aux courbes de CO2.

À côté de la grande déconnexion des villes – cette France qui prône la « sobriété heureuse » sans jamais salir ses mocassins –, le travailleur de la terre ne se bat pas seulement pour sauver son outil de travail, mais pour raviver une France qui n’a pas renoncé à son identité. N’en déplaise aux écolos bobos, voilà sans doute où se trouve la vraie résilience : dans le refus des illusions de ce progrès qui nous laisse crever de faim, aussi bien dans nos assiettes que dans nos cœurs.

La gueule ouverte mais la main tendue

Le petit monde du cinéma français s’émeut que le boss de Canal + ose répondre, après que 600 professionnels du secteur ont signé la fameuse pétition contre leur principal argentier la peur au ventre mais avec le souvenir de Jean Moulin…


Six cents professionnels venaient de signer, en une de Libération, le jour d’ouverture du 79e Festival, un texte du collectif « Zapper Bolloré » dénonçant une supposée prise de contrôle fasciste sur l’imaginaire collectif menée par le propriétaire de Canal+. Parmi les signataires : Juliette Binoche, Adèle Haenel, Swann Arlaud, Blanche Gardin, Raymond Depardon, Arthur Harari… Du beau monde1. La réponse est tombée quarante-huit heures plus tard : dimanche 17 mai 2026, en marge du Festival de Cannes, Maxime Saada a dégoupillé une grenade dans la salle feutrée du brunch des producteurs. Le président du directoire de Canal+ a lâché la phrase qui va résonner longtemps dans les couloirs du 7e Art : « Je ne travaillerai plus, je ne souhaite plus que Canal travaille avec les gens qui ont signé cette pétition. »

Le chiffre que les signataires avaient préféré oublier

Pour comprendre ce qui vient de se passer, il faut d’abord regarder un seul chiffre en face. Sur la période 2025-2027, Canal+ s’est engagé à investir au minimum 480 millions d’euros dans le cinéma français. Ce n’est pas une aumône. Ce n’est pas un geste de mécénat. C’est l’oxygène d’une industrie entière. En 2023, Canal+ représentait à lui seul plus de 40 % des apports totaux des diffuseurs au cinéma français, avec 154 millions d’euros engagés. Aucun autre acteur — ni les chaînes publiques, ni Netflix, ni Amazon — n’approche ce niveau d’exposition. France 2, deuxième du classement, ne pesait que 48 millions d’euros la même année. Les plateformes étrangères, ensemble, n’atteignaient pas la moitié. Ce monopole de fait, les signataires le savaient. Mieux : ils l’ont écrit. Dans leur propre tribune, en toutes lettres, ils reconnaissent sans ciller : « Nous dépendons aujourd’hui, à des degrés divers, pour nos projets autant que nos salaires, de l’argent de Vincent Bolloré. » Relisez cette phrase. Savourez-la. Ces gens ont publié, en une de Libération, le jour même où ils montaient les marches en smoking, que leur financement vient de l’homme qu’ils traitent de fasciste. Et ils s’étonnent du boomerang.


Mais si moi je traitais Juliette Binoche d’endive ennuyeuse ou Jean-Pascal Zadi de comique pas drôle (ce que je ne pense pas) en une de Libé, je ne m’étonnerais pas qu’ils refusent ensuite de jouer dans l’un de mes films.

Ce que dit la tribune, et ce qu’elle oublie de dire

La pétition dénonce une concentration inquiétante. Elle n’a pas entièrement tort sur le diagnostic économique. En octobre 2025, le groupe Canal+ a acquis 34 % d’UGC, le troisième réseau de salles de cinéma français, avec l’objectif d’en prendre le contrôle total d’ici 2028. Vincent Bolloré contrôle déjà Canal+, StudioCanal et plusieurs médias d’influence comme CNews ou Europe 1. La question de la concentration mérite débat. Elle mérite même un débat vigoureux, devant les autorités de régulation compétentes — l’Autorité de la concurrence, l’Arcom, le Parlement. Des institutions qui existent précisément pour ça. Mais ce n’est pas ce chemin qu’a choisi le collectif « Zapper Bolloré ». Il a préféré qualifier Canal+ de structure « crypto-fasciste ». Et il a choisi Cannes — festival dont Canal+ est l’un des piliers financiers — pour lancer l’offensive. Ce n’est même plus cracher dans la soupe. C’est pisser dans le potage.

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Gaëtan Bruel, président du CNC, a réagi en défenseur sourcilleux de la liberté d’expression. « Sur le plan de la liberté d’expression, ça pose question. Parce que le droit à la critique, ça fait partie de ce principe fondamental », a-t-il déclaré sur France Inter. Très bien. Personne ne conteste ce principe. Juliette Binoche a parfaitement le droit de signer ce qu’elle veut, de dénoncer qui elle veut, de descendre dans la rue si bon lui semble. Mais la liberté d’expression n’a jamais inclus le droit d’être financé par ceux que l’on injurie. Ce droit-là n’existe nulle part — ni dans la Constitution, ni dans la Convention européenne des droits de l’homme, ni dans aucun texte produit par l’humanité depuis qu’elle sait écrire. Maxime Saada a été parfaitement clair sur ce point : « Eh bien moi je n’ai pas envie de travailler avec des gens qui me traitent de crypto-fasciste. Je suis désolé, la limite, pour moi elle est là. » C’est une décision privée, prise par un acteur privé, dans le cadre d’un marché privé. On peut la trouver dure. On peut la trouver disproportionnée. Ce qu’on ne peut pas faire, c’est la qualifier d’atteinte à la liberté d’expression — à moins de considérer que tout refus de financement constitue une censure, ce qui serait une définition assez révolutionnaire du concept.

L’équation insoluble du cinéma militant subventionné

Il y a une schizophrénie historique dans le milieu du cinéma français qu’il faudra bien finir par nommer. Pendant des décennies, une fraction de ce secteur a cultivé une posture de résistance au capital — dans les films, dans les tribunes, dans les discours de cérémonie — tout en reposant intégralement sur des dispositifs de financement qu’aucun autre pays au monde ne s’est offert à cette échelle. Depuis le décret du 9 mai 1995, Canal+ est légalement tenu de consacrer au moins 20 % de ses ressources totales à l’acquisition de droits cinématographiques. Ce n’est pas la générosité de M. Bolloré. C’est une obligation réglementaire. Une rente structurelle.

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Des générations de cinéastes ont fait des films sur la lutte des classes avec l’argent des abonnés de Canal+. Des réalisateurs ont dénoncé le capitalisme financier dans des œuvres préachetées par StudioCanal. Des acteurs ont fait la morale au JT de 20h en touchant des cachets négociés par des agents qui connaissent par cœur les grilles tarifaires de Ciné+. Le tout avec l’onction culturelle du CNC et la bénédiction des pouvoirs publics successifs, de gauche comme de droite. Ce modèle a une vertu: il a permis à la France de produire une quantité et une diversité cinématographiques sans équivalent en Europe. Il a aussi un vice : il a créé une classe de créateurs convaincus que leur indépendance intellectuelle était compatible avec leur dépendance financière. C’est une erreur de raisonnement. Une erreur confortable, mais une erreur.

Le vrai sujet que personne ne veut nommer

Le vrai sujet n’est pas Vincent Bolloré. Le vrai sujet est la fragilité d’un système de financement du cinéma français qui repose sur un pilier unique, obligatoire par décret, et détenu depuis peu par un actionnaire dont les convictions politiques heurtent une partie du milieu. L’accord signé en janvier 2025 engage Canal+ à allouer jusqu’à 170 millions d’euros par an au cinéma français, contre 220 millions auparavant — une baisse déjà significative que de nombreux professionnels déplorent. Si Canal+ réduit encore ses engagements — que ce soit pour des raisons idéologiques, économiques ou les deux — c’est toute la chaîne de production qui vacille. Ce risque de concentration mérite une réponse institutionnelle. Une réforme du système de financement. Un débat sérieux sur la diversification des sources. Le cinéma français n’a pas besoin de s’émanciper de M. Bolloré. Il a besoin de ne plus dépendre structurellement d’un seul acteur, quel qu’il soit. Mais pour mener ce combat-là, il faut des arguments. Pas des anathèmes. Il faut des propositions. Pas des pétitions.

La morale de l’histoire

Tu veux être militant ? Sois-le. Vraiment. Fonde ta maison de production coopérative. Monte ton festival alternatif. Cherche des financements publics, européens, participatifs. Fais des films avec ton argent, tes convictions, tes réseaux. L’histoire du cinéma est pleine de gens qui ont su créer hors des structures dominantes. Ce n’est pas plus simple. C’est simplement cohérent. Mais tu ne peux pas passer ta carrière à mordre la main qui te nourrit et t’indigner qu’elle retire ton assiette. Et puis si tu veux zapper Bolloré, ne te plains pas que Bolloré veuille te zapper. T’es pas content qu’il te simplifie la tâche ?



  1. https://www.liberation.fr/culture/depardon-binoche-haenel-600-professionnels-du-cinema-denoncent-lemprise-de-bollore-sur-le-septieme-art-20260511_FZW7WRBEXNDPVK5MAUTSFF6EHE ↩︎

Comment le réel enraye la fabrique du mensonge

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Un peu partout dans le monde, le progressisme et les élites bien-pensantes sont en pleine crise de panique face à une « Révolution du réel » qui fait bugger tous leurs récits, observe Ivan Rioufol


Le progressisme n’a pas fini d’être contrarié par les faits. La révolution du réel, qui oblige à admettre des évidences, contredit les idéologues aux yeux grands fermés. Les deux mille invités du Festival de Cannes, sensibles à l’air du temps, ont applaudi debout, le 13 mai, le film de Vincent Garenq (L’abandon[1]) sur les derniers jours du professeur Samuel Paty. Les spectateurs ont exprimé une solidarité venant rompre avec le conformisme politique du public à nœuds pap.

Mais cette empathie pour la victime, décapitée par un terroriste islamiste, reste suspecte pour la gauche halal : le film, dans sa description factuelle de la machination djihadiste et de l’isolement de l’enseignant menacé, ne cache rien en effet des intimidations salafistes auprès des esprits faibles. Pour autant, les procès en islamophobie et en récupération par « l’extrême droite » n’ont plus leurs effets tétanisants, même sur la Croisette anti-Bolloré. Dans un autre ordre d’idée, les partisans du « droit à mourir dans la dignité » se heurtent pareillement au réveil des somnambules. Les adeptes de la mort choisie n’arrivent plus à convaincre de leur « humanité », en dépit des pressions des lobbies sur les parlementaires pour imposer dans l’urgence au corps médical la pratique du suicide assisté et de l’euthanasie. L’opinion se montre de plus en plus sensible au sort des pauvres et des vulnérables, vouées prioritairement à la piqure létale à cause de leur inutilité sociale et de leur coût. Les mutuelles sont d’ailleurs les ardents défenseurs de ces dégoûtantes pratiques eugénistes.

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Partout, les peuples maltraités se réveillent. Les partis souverainistes sont aux portes de la Grande-Bretagne, de l’Allemagne, de la France. Les institutions mondialistes sont rattrapées par leurs déconnections. Le GIEC a revu à la baisse ses prévisions catastrophiques sur le réchauffement climatique. L’Organisation mondiale de la santé s’est ridiculisée en lançant une fausse panique planétaire sur l’hantavirus en croyant démontrer son utilité contestée. Le pacte de Marrakech (2018) sur les migrations est remis en question par les Etats-Unis. Le département américain, qui accuse l’ONU de promouvoir une immigration de remplacement, prône même la remigration chère à Renaud Camus. Hier, à Londres, une foule importante a répondu à l’activiste Tommy Robinson pour protester à nouveau contre l’immigration islamique (notre photo). Pour sa part, le procureur de la Cour pénale internationale, Karim Khan, a admis n’avoir pas de preuves pour parler de « génocide » à Gaza, où un marathon (13.000 participants) a été organisé le 8 mai[2].

En riposte, les falsificateurs peinent à maintenir leurs récits. L’Observatoire de l’immigration et de la démographie, dirigé par Nicolas Pouvreau-Monti, est ainsi accusé (Le Monde, 11 mai) de « manipuler l’opinion » par un collectif d’universitaires immigrationnistes. Dans Le Figaro du 12 mars, Louis Laugier, directeur général de la police, explique : « Il n’y a pas de zones de non droit en France » tandis qu’un adolescent de 15 ans était tué à Nantes dans la guerre des gangs. Dans La Tribune, hier, le ministre de l’économie, Roland Lescure, assure : « L’économie française résiste » alors qu’elle s’effondre. Partout, la fabrique du mensonge s’enraye. La gauche panique et pétitionne. Jusque-ici, tout va bien.

La révolution des oubliés

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[1] Lire ici l’article de Philippe Bilger consacré au film

[2] Lire ici l’analyse de Charles Rojzman sur cet évènement

Nantes: les gosses perdus de la République

À Nantes, une fusillade liée au narcotrafic dans le quartier de Port-Boyer a coûté la vie à un adolescent de 15 ans et fait deux blessés. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, s’est rendu sur place le lendemain afin de rencontrer des habitants de plus en plus excédés et inquiets pour leur sécurité. Ce drame intervient alors que le ministre s’apprête à défendre au Sénat le projet de loi « Ripost », visant à durcir sévèrement les sanctions et les amendes contre les consommateurs de drogue.


Un enfant de quinze ans tué par balles au pied d’un immeuble au 3 rue de Pornichet du quartier réputé relativement paisible de Port-Boyer ce vendredi 15 mai. Il s’était arrêté là pour discuter. Rien d’autre, rien à voir dans un trafic quelconque. Deux autres ados blessés. Toujours par balles. Deux types à deux roues, cagoulés, vêtus de noir ont déboulé et fait feu à l’arme automatique. À croire qu’en France aujourd’hui, ce genre de flingue se procure aussi facilement qu’une canette de limonade au distributeur. Comme la drogue d’ailleurs. Le bas de l’immeuble en question serait, comme on dit dans le jargon du métier, « un point de deal ». Convoité, le point de deal, d’où la tuerie pour se l’approprier. Cela ne se passe pas au creux de la nuit, à une heure où des gamins n’ont rien à faire dehors, non à 19h30, une fin d’après-midi de printemps.

Une situation hors de contrôle ?

« On est sur des reprises de point de drogue », commentent les autorités avec une belle assurance. On a affaire à « un règlement de compte en lien avec des infractions à la législation sur des stupéfiants. » Qu’en termes choisis ces choses-là sont dites.

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La maire de Nantes, Johanna Rolland, réélue en mars puisque les Nantais qu’on nous dit aujourd’hui exaspérés, horrifiés, n’ont pas cru devoir faire un autre choix, davantage sécuritaire, en se rendant aux urnes, y va de son couplet mouillé de larmes : « C’est un drame absolu. Nantes est endeuillée par la mort d’un adolescent. Tous les moyens doivent être mis en œuvre… et blablabla et blablabla ». Sa ville a connu « cinquante-quatre séquences de tir (sic) entre janvier et novembre 2025 ». Et vingt-sept depuis seulement le début de l’année. Autant dire que le drame de Port-Boyer était en germe dans cette situation manifestement très largement hors de contrôle. Qu’a fait Madame la maire à l’époque ? Elle a fait campagne et, je l’ai dit, a été réélue.

Nuñez, le ministre de l’Intérieur débarque sur place. Un gamin mort, deux autres blessés, ça justifie qu’on fasse mine de se bouger, comprenez-vous. Il nous sert le couplet éculé, désormais inaudible de « la détermination intacte et totale. » Et promet de muscler la répression avec sa loi « Ripost ». En attendant, il annonce l’arrivée de sept cents policiers supplémentaires dont trois cents dédiés à la criminalité organisée. C’est déjà ça.

La France est-elle le prochain narco-Etat ?

Il y a Nantes mais il y a aussi Nice et ses deux tués également par balles dans le quartier des Moulins, il y a par ailleurs la banlieue lyonnaise et ses trois morts dans un incendie criminel sur fond, là aussi, de lutte pour un point de deal.

L’âge des victimes bien sûr nous bouleverse. Plus sidérant encore, celui des tueurs qui, dans certains de ces cas, ne sont guère plus âgés. Des mômes meurent au coin des rues de France, des mômes tuent comme dans leurs jeux vidéo. Les uns et les autres sont les gosses perdus de la République. La mort ou des séquelles sans fin pour les premiers, la vie flinguée pour les seconds. La case prison si on les attrape, l’engrenage de la criminalité sanglante si, cette fois-ci, ils passent à travers les mailles. Le gâchis intégral. La honte suprême d’une société.

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Une vérité. C’est bien le dealer, le bandit à deux roues qui tire et tue. Pas de doute là-dessus. Mais c’est aussi bel et bien le consommateur, quel qu’il soit, qui enclenche la balle dans le canon de l’arme. Le consommateur, complice de mort. Voilà la vérité cruelle. On nous dit que la loi « Ripost » prévoit de passer l’amende pour consommation de quelque chose comme 350 euros à 500. Avec, éventuellement confiscation temporaire du permis de conduire. Bref, une petite tape sur la minime. Le drame du Port-Boyer, après tant d’autres, nous montre l’urgence qu’il y a à cogner et à cogner fort. Quand le cadre sémillant, amateur de coke pour ses performances au bureau et au pieu, se sera retrouvé sans un rond et tenu de se pointer à son job avec un élégant bracelet électronique à la cheville, il y regardera à deux fois avant de s’offrir un nouveau trip. Ses collègues et petits copains aussi, d’ailleurs. On nous serine aussi qu’il convient de soigner ces gens. Qui dit le contraire ? Mais avant de devenir dépendants au point d’être effectivement malades, ils ont commencé par être des délinquants, tout simplement. Des délinquants récidivistes puisqu’il sont arrivés à un point d’addiction à force de prises. Dans ce registre du trafic de drogue, en fait la source est au bout de la chaîne, non à son commencement. La cause est la demande bien plus que l’offre. Le ministre de l’Intérieur précédent Bruno Retailleau avait initié une campagne, un clip allant dans ce sens. Les belles âmes se sont immédiatement élevées contre, considérant que le message était trop culpabilisant. Foutaise ! Justement, c’est ce qu’il faut absolument faire : culpabiliser encore et encore le client. Sans faiblir.

Parmi les témoignages de Port-Boyer relevés par les confrères du Parisien, une femme raconte qu’on voit passer par là toutes les catégories sociales, les cols blancs, les résidents des beaux quartiers de la ville comme les autres. Ils ne viennent pas là pour les charmes du lieu qui, pourtant n’en manque pas totalement. Ceux-là ont leur part – part terrifiante – dans la mort de cet enfant, dans la conversion en criminels barbares de ces autres enfants que d’immondes salauds recrutent pour la sale besogne en leur agitant sous le nez une carotte de trois francs six sous. Il faut leur rappeler la responsabilité qui est la leur matin, midi et soir. La culpabilisation aussi peut parfois relever de l’intérêt public…

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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La tentation de Robinson

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île de Sercq, Royaume-Uni © Sark Boat Trips

« Mon île était maintenant peuplée, et je me croyais roi et seigneur de tout ce domaine », confiait Robinson, par la plume de Daniel Defoe en 1719. Trois siècles plus tard, bien peu de territoires insulaires attendent encore leur maître solitaire ; les robinsons s’y sont multipliés ; le tourisme grégaire y fait loi. Jusqu’au mot « surtourisme » finit par se faire lui-même envahissant !  Votre serviteur, pour évoquer l’ouvrage collectif intitulé Îles secrètes. En Europe que vient de pondre Gallimard, votre serviteur, notez-le, a résisté à la facilité de la paraphrase houellebecquienne qui l’avait de prime abord inspiré de titrer sa recension « La possibilité d’une île » – mais c’était vraiment trop téléphoné, comme accroche, sans offense à Michel.

Repli

Reste qu’à l’heure où, Airbnb et vols low costaidants, les possibilités d’échapper à l’engeance voyagiste mondialisée se sont réduites à portion congrue, jusque dans la sphère des échappées naguère encore préservées, précisément du fait de leur insularité. Il n’est donc pas vain de suggérer quelque cinquante destinations supposément encore confidentielles au globe-trotteur qui, échaudé par le coût dissuasif des vols longs courriers, ferait choix du repli sur le Vieux Continent. Mais il faut bien admettre que le ver est dans le fruit : le cicérone qui vous dévoile ces pépites se fait du même coup leur fossoyeur.

A lire aussi, Thomas Morales: Le pianiste derrière la vedette

Jouons le jeu quand même: illustré de clichés tentateurs, bien cartographié, nourri de textes concis autant qu’apéritifs, assorti d’ « infos pratiques » (quand, comment y aller, se déplacer ; où dormir, boire, se loger), c’est, avouons-le,  un album conçu de main de maître, à l’instar des fameux guides de poche Cartoville. A la différence qu’en l’espèce le volume Îles secrètes, plus de 300 pages cartonnées, reste un viatique qui anticipe et précède le départ, mais qu’on n’emportera pas dans son Samsonite à roulettes. La collection Voyages invitait déjà à des trajets en train (de nuit) en Europe, au Japon, en Italie ou en Italie, ou vous mettait sur les chemins « de Compostelle » ou « de Stevenson », ou encore « au fil de l’eau », etc. : la voilà donc qui s’enrichit de la clef, ou plutôt du trousseau des îles.

île de Bornholm, Danemark.

Terra incognita

Suivons le guide. Certaines sont très attendues : Aix, Groix (en France), Vis (en Croatie), Ponza (en Italie) ; Ithaque (en Grèce). D’autres moins – en particulier dans les zones septentrionales du continent, en Estonie, en Finlande, en Norvège ou en Suède. Il en manque : Kastellórizo (dans le Dodécanèse, en vue du littoral turc, ou Folégandros (dans les Cyclades), ou encore Anticythère, pour ne parler que de la Grèce ; Houat (dans le Morbihan)… Mais le tour d’horizon est assez complet tout de même. Bienvenue à l’Isola Maggiore, en Ombrie ; à Alicudi, en Sicile ; à Heimaey, au sud de l’Islande ; à Sula ou à Moskenesøya, en Norvège ; à El Hierro, aux Canaries ; à Bornholm, à deux heures de Malmö en ferry ; aux îlots germaniques de Föhr, d’Arum, de Hooge, tout de même envahis l’été…

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Car tous les sentiers sont appelés à se voir battus, même les plus lointains. Il y a beau temps que s’est évanoui le rêve d’une terra incognita : la tentation de la robinsonnade ne s’en fait que plus brûlante.  Si, selon Jean Grenier, « une île est un monde en miniature », de nos jours il y a souvent beaucoup de monde sur les terres insulaires. Seuls quelques gens très riches gardent le secret de leurs îles privées.      


A lire : Îles secrètes. En Europe. 320p., textes : sept auteurs + photos. Collection Voyages Gallimard, 2026.

Îles secrètes en Europe

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Pakistan, l’allié du milieu

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J. D. Vance, vice-président des États-Unis, aux côtés d’Asim Munir, chef de l’armée pakistanaise, et de Mohammad Ishaq Dar, ministre des Affaires étrangères, Islamabad, 11 avril 2026. © AP Photo/Jacquelyn Martin/SIPA

La diplomatie européenne, dépourvue de cohérence et de force de dissuasion, n’a aucune prise sur le conflit en Iran. Un pays ruiné mais surarmé est aujourd’hui en position de parler à Washington comme à Pékin et de jouer les honnêtes courtiers entre les superpuissances. Cruelle leçon pour le Vieux Continent.


Le 14 février, au milieu du dernier cycle de négociations sur le nucléaire iranien, le ministre des Affaires étrangères de ce pays, Abbas Araghtchi, a publié sur X un post en anglais où il dénonçait l’Europe et son « irrelevance ». Ce mot assassin, dont le sens littéral en français est « non-pertinence », désignait l’absence d’implication des Européens dans les tractations entre Washington et Téhéran où le Sultanat d’Oman jouait le rôle d’intermédiaire. En 2015, la diplomatie européenne était au centre des négociations qui avaient abouti à l’accord de Vienne censé imposer des limites strictes au programme iranien. En réalité, le succès de cet accord dépendait du président américain. Approuvé par Obama, il a été désapprouvé par Trump qui l’a abandonné en 2018. Les Européens ont essayé de relancer les pourparlers sous Biden, mais en vain. Si la question du nucléaire iranien a révélé la « non-pertinence » de l’Europe sur le plan diplomatique, la guerre déclenchée par Trump et Israël le 28 février montre sa « non-pertinence » militaire et économique. Le terme « irrelevance » a été repris depuis pour qualifier les pays de l’UE et du Royaume-Uni, non seulement par la propagande iranienne, mais aussi par des commentateurs déçus par l’incapacité européenne à peser sur le cours des événements. Comment l’Europe a-t-elle perdu sa pertinence et qui profite de cette marginalisation ?

A lire aussi: Le soft-power japonais au cœur d’une solidarité identitaire internationale

Les réactions des pays européens à la guerre se sont caractérisées par la prudence, l’ambiguïté et l’absence de véritable consensus. Les avis ont différé sur la légalité de l’action américano-israélienne, sa justification, et le soutien qu’il fallait y apporter. Keir Starmer a souligné la menace iranienne, mais a commencé par prendre ses distances, refusant aux États-Unis l’utilisation des bases britanniques, notamment celle de Diego Garcia dans l’archipel des Chagos. Par la suite, soucieux de la relation avec Trump, il s’est ravisé, accordant sa permission aux Américains pour des besoins défensifs. Emmanuel Macron, fidèle à la tradition gaulliste, a déclaré que l’agression se situait « en dehors du droit international », mais sans condamner Trump et Netanyahou. Le chancelier allemand, Friedrich Merz, pro-américain et pro-israélien, a adopté un ton un peu plus favorable, sans approuver explicitement les hostilités. Il a été suivi dans cette voie par la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, les Pays-Bas et la Belgique. En revanche, la Norvège, la Slovénie et surtout l’Espagne ont dénoncé l’illégalité de la guerre. Pedro Sanchez, sous l’influence d’une idéologie de gauche soi-disant humanitaire mais foncièrement anti-israélienne, a interdit aux Américains d’utiliser les bases en Espagne. Le 1er mars, il condamne l’incursion de Tsahal au Liban, et dix jours plus tard rappelle son ambassadeur en Israël. Ces dissonances sont typiques de la paralysie institutionnelle qui entrave l’action internationale de l’Europe. Toute formulation de politique étrangère doit passer par des négociations internes. Ce n’est que maintenant, après la défaite électorale de Viktor Orban, que l’UE est enfin à même d’accorder à l’Ukraine le prêt de 90 milliards d’euros décidé en décembre 2025.

Où sont passés Churchill et De Gaulle?

Pourtant, les dirigeants européens ont été d’accord sur le message central : « Ce n’est pas notre guerre. » Ce refus de s’impliquer militairement s’est concrétisé le 14 mars, lorsqu’ils ont fait la sourde oreille à l’appel de Trump qui leur demandait d’intervenir pour ouvrir le détroit d’Ormuz. Cette prétendue neutralité semble peu justifiée. L’Iran et ses proxys n’ont pas hésité à lancer des drones contre des bases européennes à Chypre, à Abou Dhabi et en Irak. Le 20 mars, les médias européens se sont émus du lancement par Téhéran de deux missiles balistiques en direction de la base de Diego Garcia dans l’océan Indien. Leur trajectoire a montré que l’Iran était capable, s’il le voulait, d’atteindre l’Europe. En réalité, les responsables occidentaux sont depuis longtemps au courant de cette menace potentielle, qui est d’autant plus grave que, pour se défendre contre les missiles balistiques, l’Europe dépend de systèmes américains et israéliens. Ses propres systèmes ne sont efficaces que contre les missiles de croisière. La menace serait encore plus grave si l’Iran développait l’arme nucléaire. En mars, des proxys iraniens ont préparé, parfois avec succès, des actes terroristes – notamment des attentats à la bombe et des incendies criminels – visant bases militaires, communautés juives et institutions aux États-Unis, en Norvège, en France ou au Royaume-Uni. L’opinion publique en Europe est peu favorable aux guerres, mais où sont les nouveaux de Gaulle ayant le courage de la défier et de prendre à bras-le-corps les menaces extérieures ? Donald Trump a enfoncé le clou en disant de Starmer : « He’s no Churchill ! »

Le véritable avantage du Pakistan, c’est qu’il a su se positionner entre les deux puissances rivales, la Chine et les États-Unis, et se montrer indispensable aux deux

La conséquence principale des atermoiements européens aura été de s’aliéner encore plus un président américain qui doutait déjà de l’OTAN. Il faut dire que, même si les Européens voulaient se battre, ils n’en ont guère les moyens. La France a pu déployer un porte-avions dans la Méditerranée orientale à des fins strictement défensives. En revanche, le destroyer envoyé par les Britanniques a mis trois semaines pour arriver jusqu’à Chypre où il est tombé en panne. C’est encore Trump qui sermonne ses alliés autrefois maîtres des océans : « Vous n’avez même plus de marine. » Macron et Starmer se sont montrés experts dans l’organisation de grands barnums diplomatiques pour discuter de la création éventuelle d’une nouvelle « coalition de volontaires ». Ils l’ont fait pour l’Ukraine au lendemain d’un possible accord avec la Russie. Le 17 avril, le duo a lancé une nouvelle initiative visant à maintenir ouvert le détroit d’Ormuz si le conflit actuel est résolu. Sauf que si le conflit est résolu, le détroit sera ouvert et on n’aura pas besoin de coalition. Et si le conflit se poursuit, la coalition n’interviendra pas. Parfaitement conscients de leur impuissance, les deux leaders européens se contentent de paroles. Les conséquences de cet échec se ressentiront dans le domaine économique, car le continent est très dépendant de sources d’énergie et de matières premières provenant du Moyen-Orient. Il n’a pas les moyens d’assurer ses chaînes d’approvisionnement. L’Europe devient diplomatiquement négligeable, militairement risible et économiquement vulnérable.

D.R.

Un pacificateur improbable

Lorsque, le 8 avril, Trump annonce un cessez-le-feu et le début de pourparlers avec les Iraniens, un pays occupe le devant de la scène et devient « pertinent » à sa manière. C’est le Pakistan, qui joue le rôle d’intermédiaire entre les États-Unis et l’Iran et dont la capitale, Islamabad, accueille les négociateurs des deux parties une première fois le 10 avril. Pourtant, si on tient compte de son instabilité politique et économique, cet État est un pacificateur improbable. Depuis trente ans, le PIB par habitant s’est effondré, comparé à celui de ses voisins indien et bangladais. En 2022, il n’a survécu à une crise économique aiguë que grâce à un 25e prêt du FMI, et il est maintenu à flot, financièrement, par la Chine et les pays du Golfe. Plus de la moitié de sa recette fiscale est consacrée au service de sa dette. En 2025, le Pakistan a mené une guerre aérienne de quatre jours contre l’Inde. En février, il a lancé des frappes aériennes contre des groupes talibans en Afghanistan, accusés d’attentats terroristes sur son territoire. Le poids des institutions militaires et du renseignement empêche les nécessaires réformes économiques. Cependant, si ce pays de 242 millions d’habitants pèse peu en termes financiers, il entretient une armée considérable de 560 000 hommes et possède un arsenal nucléaire de 170 têtes. Certes, situé à l’est de l’Iran, avec qui il partage une frontière de 900 kilomètres, il est mieux positionné que l’Europe pour jouer le rôle d’un intermédiaire, mais la géographie n’est pas son seul atout. Son véritable avantage, c’est qu’il a su se positionner entre les deux puissances rivales, la Chine et les États-Unis, et se montrer indispensable aux deux.

Le Pakistan est un allié de longue date de la Chine. Ils sont unis par un ennemi commun, l’Inde. La Chine apporte aux Pakistanais une aide militaire et économique considérable, surtout par des investissements en infrastructure. Le Corridor économique Chine-Pakistan, lancé en 2015, permet de développer l’industrie et l’agriculture pakistanaises et constitue un élément intégral de la nouvelle route de la soie par laquelle la Chine étend son influence de l’Asie à l’Europe. Le Pakistan donne aux Chinois un accès au monde musulman – et ferme les yeux sur le traitement des Ouïghours par le régime communiste. Si le Pakistan est promu médiateur de la paix, c’est parce que la Chine l’a voulu. Chez cette dernière, la satisfaction de voir le rival américain s’embourber dans la guerre a cédé la priorité à la nécessité de mettre fin à ses propres souffrances économiques et à celles de ses clients. Le Pakistan est un allié de longue date de la Chine. Ils sont unis par un ennemi commun, l’Inde. La Chine apporte aux Pakistanais une aide militaire et économique considérable, surtout par des investissements en infrastructure. Le Corridor économique Chine-Pakistan, lancé en 2015, permet de développer l’industrie et l’agriculture pakistanaises et constitue un élément intégral de la nouvelle route de la soie par laquelle la Chine étend son influence de l’Asie à l’Europe. Le Pakistan donne aux Chinois un accès au monde musulman – et ferme les yeux sur le traitement des Ouïghours par le régime communiste. Si le Pakistan est promu médiateur de la paix, c’est parce que la Chine l’a voulu. Chez cette dernière, la satisfaction de voir le rival américain s’embourber dans la guerre a cédé la priorité à la nécessité de mettre fin à ses propres souffrances économiques et à celles de ses clients.

Entre la Chine et les États-Unis

Cependant, bien que ce soit la Chine qui tire les ficelles, l’intervention du Pakistan arrange les Américains. Les relations entre les États-Unis et le Pakistan à l’époque de la « guerre contre la terreur », après le 11-Septembre, étaient ambiguës. Tout en étant un allié de l’Amérique, le Pakistan soutenait les talibans. En 2018, Trump a dénoncé un pays qui, selon lui, prenait des milliards de dollars en aide sans rien donner en retour. Tout a changé après la guerre avec l’Inde en 2025. Asim Munir, chef des forces armées, le vrai pouvoir au Pakistan, a attribué le cessez-le-feu à Trump et a proposé ce dernier pour le prix Nobel. Il s’est rapproché du cercle intime du président en signant un accord sur les cryptomonnaies avec le fils du négociateur Steve Witkoff. Le Pakistan a signé aussi un partenariat avec les États-Unis pour l’exploitation de ses minéraux critiques. Trump ne tarissait plus d’éloges sur son « maréchal préféré ». Tiraillé entre ses grands parrains, le Pakistan a su trouver un équilibre entre les deux. Mais son succès dépend d’un autre jeu d’équilibre.

Dans la crise actuelle, le Pakistan a acquis une nouvelle importance pour les Chinois et les Américains, parce qu’il s’est positionné habilement entre deux autres rivaux, l’Iran et l’Arabie saoudite. L’amitié pakistano-saoudienne est ancienne, alimentée par une doctrine panislamiste. Forts de leurs atouts militaires, les Pakistanais apportent un soutien aux Saoudiens en matière de sécurité et, l’année dernière, les deux pays ont signé un pacte de défense mutuelle qui comprend l’extension à son allié du parapluie nucléaire pakistanais. Si le Pakistan assure la sécurité du royaume pétrolier, celui-ci renfloue à l’occasion le trésor pakistanais. Plus récemment, Munir a cultivé des relations avec son voisin iranien, malgré la présence au Pakistan d’une minorité chiite qui a souvent été une source de tensions avec le régime de Téhéran. Tous deux sont des alliés de la Chine et luttent contre des séparatistes baloutches qui sévissent de chaque côté de leur frontière commune. C’est en travaillant avec le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) pour régler ce problème que Munir a appris à les connaître. Il était idéalement qualifié pour parler aux dirigeants du CGRI et expliquer leur façon de penser aux Américains. Il ne sert pas d’intermédiaire par bienveillance. À cause de la crise, son pays est au bord d’une catastrophe économique. Et si jamais les tensions entre l’Arabie saoudite et l’Iran tournent à la guerre, le Pakistan sera entraîné dans le conflit.

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Nul ne sait aujourd’hui si le Pakistan obtiendra des résultats durables. Aussi, personne ne prétendra que l’Europe devrait suivre un quelconque « modèle » pakistanais. Néanmoins, cet exemple montre que désormais, pour être influent ou « pertinent » sur la scène internationale, il faut remplir trois critères : pouvoir exploiter ses liens avec les grandes puissances américaine et chinoise ; se libérer du carcan d’une lecture étroitement idéologique du droit international ; et représenter une menace crédible sur le plan militaire. Pour l’instant, les pays européens sont moins à même de cocher ces cases que le Pakistan.

Une Québécoise nauséabonde

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D.R.

On le sait: Céline Dion fera bientôt son grand retour sur scène, à Paris. Mais, en attendant, son dernier clip est accusé de deux terribles maux: l’homophobie et le validisme.


« Si j’entends encore une note de Céline Dion, je vais commettre un meurtre ! » Ces propos choquants, tenus à la radio par la patronne de la présente gazette qui commentait l’annonce des nouveaux concerts parisiens de la chanteuse, ont scandalisé les Français. Des mots de triste mémoire.

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Manque de bol : la Canadienne était de retour dans les bacs le 17 avril avec un titre inédit intitulé Dansons, dont la pochette du CD nous la présentait sous son meilleur profil. La première collaboration de la jolie Québécoise avec Jean-Jacques Goldman depuis 2016, se sont extasiés ses nombreux fans ! Reste que, après le prix des places et le véritable parcours du combattant pour faire partie des élus qui l’entendront à La Défense Arena (40 000 places, la plus grande salle d’Europe, soit deux fois Bercy), certains y sont allés de leur commentaire acerbe.

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Ainsi, Fabien Randanne, journaliste chez 20 Minutes et spécialiste autoproclamé de l’Eurovision sur X, s’est indigné d’un clip invisibilisant les homosexuels et d’un couplet maladroit: « J’ai cligné des yeux au mauvais moment ou bien, dans le clip de Dansons de Céline Dion, il n’y a que des couples homme-femme / hétéros ? Entre ça et le “on ne peut danser que debout”, niveau inclusion, c’est vraiment une chanson de 1995. » Céline Dion a fait la une du Parisien trois fois en quinze jours. C’est vrai, après tout : si c’est pour voir cette honteuse réac nous revenir miraculeusement guérie de sa maladie pour rapporter dans ses bagages les maux terribles que sont l’homophobie et le validisme, à quoi bon ? M. Randanne avait publié en 2025 une vaste enquête de 148 pages, Queerovision, que son éditeur Double Ponctuation / éditeur des diversités présentait ainsi : « D’un chapitre à l’autre, on comprend comment la plus grande compétition musicale est devenue un espace résolument progressiste et précieux, alors que les conservatismes, les populismes et les idées réactionnaires gagnent du terrain. » La question de la visibilité lui est donc particulièrement chère.

Espérons qu’au soir du 12 septembre, on compte au moins un hétérosexuel parmi les danseurs qui accompagneront la star sur scène. Sinon ça va encore barder !

Queerovision: Histoire(s) de la plus grande scène du monde

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Facturation électronique obligatoire à l’automne: la lutte contre la fraude ne doit pas accabler ceux qui ne fraudent pas

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Gouvernement français

Quatre entreprises sur 10 ne seraient pas encore préparées à la facture électronique. Si l’État donne l’impression d’avoir choisi de déléguer la chasse aux fraudeurs, il ne faut pas que l’entrepreneur douille.


Nous voulons tous traiter les fraudes, notamment la fraude à la TVA qui détourne plus de 10 milliards des caisses publiques, bien à la peine. Il s’agit de sécuriser les recettes et, accessoirement, de s’épargner le déferlement de nouvelles taxes dans un contexte où la France s’enferre dans les déficits et la dette. Mais faut-il pour autant que la lutte contre les fraudes pèse sur les honnêtes gens et ceux qui font tourner l’économie vaille que vaille ?

Encore des frais pour les entrepreneurs

L’État n’a jamais été aussi gourmand et coûteux d’une part, tout en déléguant de plus en plus ses tâches à des prestataires privés d’autre part. Le contribuable se voit présenter la note deux fois. On a connu les officines – parfois fictives – qui devaient gérer l’immatriculation des véhicules et qui se sont caractérisées par des dévoiements hors de tout contrôle – la Cour des comptes a évalué le préjudice à 1,5 milliard d’euros. On a décidé de reproduire cette terrible expérience, cette fois avec la facturation électronique, obligatoire avec deux étapes clefs : septembre 2026 et septembre 2027.

Certes, la numérisation via une plateforme dédiée est gage de traçabilité. Les errements seront plus difficiles, les contrôles facilités. Il deviendra plus compliqué d’omettre le reversement de la TVA au Trésor, notamment dans le cas des fraudes transnationales à la TVA – de type carrousel – qui avaient dissimulé des sommes faramineuses. Mais cela, c’est la théorie, dictée par trois directives de 2025 issues du paquet dit « ViDA » – VAT in the Digital Age. Or l’Union européenne se fait une spécialité d’accommoder le vice de mille vertus et c’est toujours en se convainquant de faire le bien qu’elle adresse les pires maux.

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Dans l’impéritie de Bruxelles, la France entend bien faire du zèle. Alors que l’Italie opte pour un modèle centralisé public ou que l’Allemagne se dirige vers une approche standardisée et progressive, l’hexagone privilégie des plateformes privées agréées ; on en compte d’ores et déjà 107. La plupart sont payantes, surajoutant un impôt déguisé, d’autres non mais avec l’inconvénient de prêter le flanc à des défaillances techniques supplémentaires. Ces officines connaîtront le carnet client des entreprises, leur chiffre d’affaires et bien d’autres informations essentielles, toutes susceptibles d’être monnayées et piratées. La Cour des comptes a dénoncé l’externalisation des démarches de cartes grises ; comment ne pas anticiper les dérives liées à cette nouvelle externalisation en chantier ?

Et ces plateformes particulières, comme le dispositif en général, ne sont pas rodées. Pourquoi commencer en septembre alors que la comptabilité des entreprises fonctionne le plus souvent en année calendaire ? Pourquoi des amendes astronomiques de 15.000 euros pour tout manquement quand on connaît la fragilité insigne des petites entreprises aujourd’hui ? Pourquoi l’État serait-il aussi prompt à dresser des procès-verbaux qu’à déléguer ses tâches ?

Le dispositif doit être plus souple

D’aucuns prétendent que la facturation électronique coûtera in fine moins cher aux entreprises que la facturation papier. Mais a-t-on mesuré pour les petites entreprises le coût des logiciels, de la formation, de l’abonnement à la plateforme ? Le processus ne permet aucune souplesse. Alors qu’une facture papier pouvait être corrigée à la main, la facture électronique erronée exigera d’être compensée par un avoir avant édition d’une nouvelle facture. Que penser de toutes les erreurs qui vont être commises ne serait-ce qu’avec les changements permanents de règles de TVA qu’opère l’État ?

Bien sûr, les entreprises vont se soumettre à ces nouveaux processus, injonctions, normes et charges dont on ne discerne jamais la fin. Mais qu’on n’aille pas croire que cela fera disparaître la fraude à la TVA. Pratique bien répandue en Italie et qui se diffuse en France, les prestations sont découpées en une fraction officielle et dument déclarée et une autre fraction acquittée en cash et étrangère à l’ « e-invoicing ». Bref, les inconvénients ne seront pas compensés par les avantages.

Si l’État doit être intraitable avec les fraudeurs, il doit en revanche chérir ceux qui créent de l’activité et de l’emploi, tout en se conformant à la règle, dans un environnement économique particulièrement dégradé par un empilement de crises. Il doit apporter des solutions plutôt qu’une surenchère de problèmes. La France, comme ses voisins, doit à tout le moins fournir une plateforme publique, éprouvée, sécurisée aux entreprises. Une fois de plus, ce n’est pas aux non-fraudeurs de payer le coût de la fraude.

Epic Fury: cette guerre que l’Amérique aurait “perdue”… en la gagnant

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Le président américain Donald Trump de retour de Chine, Washington, 15 mai 2026 © CNP/NEWSCOM/SIPA

Le président américain Donald Trump vient de déclarer avoir renoncé, ce mardi, à une nouvelle opération militaire d’envergure contre l’Iran, qui aurait porté le nom de « Sledgehammer ». Les États-Unis se tiendraient toutefois toujours prêts à lancer « à tout moment une attaque totale et de grande ampleur contre l’Iran si aucun accord acceptable n’était trouvé » avec Téhéran. Le régime iranien, qui a fait depuis cinquante ans du slogan « Mort à l’Amérique » l’un des fondements de son identité politique, s’est révélé incapable, au moment décisif, de tuer plus de six soldats sur une base pourtant peu défendue. Par ailleurs, ce même régime semblerait aujourd’hui incapable d’assurer sa propre défense en cas de reprise des hostilités. Grand récit.


Une chose étrange s’est produite depuis l’arrêt de l’opération Epic Fury, nom donné aux bombardements américains sur l’Iran entre le 28 février et le 7 avril. Il est désormais communément admis que les Etats-Unis auraient perdu et que c’est l’Iran qui serait sorti vainqueur de cette confrontation !

« Trump s’est trompé ! » « Il a sous-estimé la capacité de résistance des Iraniens. » « Il s’est lancé dans une guerre sans stratégie, sans objectif, sans planification. » « Pire : les Américains n’ont même pas détruit l’appareil militaire iranien, et c’est eux qui seraient à court de munitions… » C’est, en substance, ce qu’on peut lire dans le New York Times, ou entendre sur CNN (et ailleurs) tous les jours. Invraisemblable analyse quand on examine la conduite et le bilan militaire comptable de cette guerre, mais analyse dominante et en voie de devenir axiomatique, c’est-à-dire incontestable.

Le TDS : plus contagieux que l’hantavirus!

Cette analyse résulte en partie de l’inévitable « TDS » le « Trump Derangement Syndrome », virus qui infecte une partie du monde politique et l’ensemble du monde médiatique, et qui veut que, quoi qu’il arrive, Trump soit le mauvais et le perdant. Contre ce syndrome on ne peut rien. Aucune justification, aucune explication ne parviendra à faire évoluer l’opinion des personnes atteintes de TDS. C’est une question de principe. Aussi inflexible que l’idéologie.

Cette analyse résulte aussi en partie, et surtout, du fait que le « régime des mollahs » tient toujours à Téhéran. Le seul fait d’avoir survécu aux bombardements américains est considéré comme une victoire pour les Gardiens de la Révolution. C’est oublier que le changement de régime n’était pas dans les buts de guerre américains. Ce que Donald Trump a clairement dit lors du lancement d’Epic Fury et répété maintes fois par la suite. Pour rappel, l’objectif principal d’Epic Fury était l’élimination de la menace nucléaire iranienne et les objectifs secondaires étaient la dégradation des capacités balistiques de l’Iran ainsi que sa capacité à entretenir des « proxys » pour menacer Israël et le Proche-Orient. Or ces objectifs ont été atteints. Dès lors, prétendre que cette opération constituerait une défaite américaine est un mensonge. Mensonge qui tient plus du vœu pieux et de la détestation de Trump que d’une analyse objective. Retour sur le déroulement et le bilan d’Epic Fury pour le démontrer.

Trump déterminé à neutraliser la menace nucléaire

A 1h15 du matin, heure de New York, dans la nuit du 27 au 28 février, le président Trump est apparu à la télévision américaine, le col ouvert, sans cravate, portant une casquette blanche marquée des trois lettres « USA », pour y faire une brève déclaration :

« Il y a peu de temps, l’armée américaine a lancé d’importantes opérations militaires en Iran. Notre objectif est de défendre le peuple américain en éliminant les menaces imminentes que représente le régime iranien….

La politique des États-Unis, et en particulier celle de mon administration, a toujours été que ce régime terroriste ne puisse jamais posséder l’arme nucléaire…

Nous allons détruire leurs missiles et raser leur industrie balistique…

Nous allons anéantir leur flotte. Nous allons faire en sorte que les groupes terroristes agissant par procuration dans la région ne puissent plus déstabiliser la région ni le monde, ni attaquer nos forces…

Et nous ferons en sorte que l’Iran n’obtienne pas l’arme nucléaire…Ils n’auront jamais l’arme nucléaire…

Au grand et fier peuple iranien, je dis ce soir que l’heure de votre liberté est proche… Quand nous aurons terminé, prenez le contrôle de votre gouvernement. Il vous appartiendra. Ce sera probablement votre seule chance pour des générations… »

L’opération militaire en question avait été baptisée « Epic Fury ». Elle faisait suite à « Midnight Hammer » (marteau de minuit), une frappe massive contre les installations nucléaires iraniennes à Natanz, Fordo et Ispahan, conduite par des bombardiers B2 le 22 juin 2025. Epic Fury était menée conjointement avec Israël dont la propre opération s’appelait « Roaring Lion », (lion rugissant) en continuation de « Rising Lion » (lion qui se lève), nom de la brève guerre menée contre l’Iran en juin 2025.

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Les attaques, dont Donald Trump précisait qu’elles allaient durer « quatre à six semaines », n’avaient pas été annoncées à l’avance. Bien entendu. Pour garantir un effet de surprise. Toutefois, depuis plus d’un an, Donald Trump menait une politique dite de « pression maximale » contre l’Iran et sommait ses dirigeants de « faire un deal » sur le nucléaire, faute de quoi les Américains imposeraient ce « deal » par la force. A cette fin, ils avaient massé d’importantes forces armées en Méditerranée et en mer d’Arabie. Deux groupes navals emmenés par les porte-avions USS Abraham Lincoln et USS Gerald Ford étaient déployés. Des dizaines d’avions ravitailleurs Boeing C135 avaient aussi été massés sur les bases militaires américaines en Europe, au Proche Orient et en Afrique pour permettre des missions plus longues grâce au ravitaillement en vol.

En 24 heures, 1000 cibles atteintes et Ali Khamenei éliminé

Les cibles visées cette première nuit incluaient des centres de commandement et de contrôle iraniens, des installations de lancement de missiles, des systèmes de défense aérienne, des infrastructures navales, des installations des Gardiens de la révolution, des complexes de commandement, et des usines de production de drones. Ces cibles étaient disséminées à travers l’Iran.

Beaucoup étaient à Téhéran même, la capitale, comme le quartier général du Corps des Gardiens de la Révolution (IRGC), le ministère de la Défense, le bâtiment du Conseil de sécurité national, le centre de coordination du renseignement, le centre de commandement de la défense aérienne. Et des relais de communication.

D’autres étaient situées dans les grandes villes de province : Ispahan, Shiraz, Tabriz, Kermânchâh. Il s’agissait le plus souvent de QGs opérationnels de l’IRGC. Certains des sites visés étaient enterrés et faisaient partie du réseau de tunnels et d’abris militaires creusés par les Iraniens dans les montagnes de l’ouest et du nord-ouest du pays pour y entreposer leurs missiles, lanceurs, drones et avions de combats, à l’abri des regards et surtout à l’abri (pensaient-ils) des bombes américaines.

En tout plus de mille cibles iraniennes furent touchées durant les premières vingt-quatre heures de l’opération.

Lors de ces premières vingt-quatre heures, une attaque israélienne détruisit le complexe du Guide suprême de la Révolution, en plein cœur du quartier Pasteur de Téhéran, tuant le guide lui-même, Ali Khamenei, et une dizaine des plus hauts dirigeants du régime qui s’étaient réunis en plein jour se croyant intouchables. Le quartier Pasteur de Téhéran est l’équivalent du Kremlin à Moscou et du National Mall à Washington, c’est le centre du pouvoir, l’endroit le plus sécurisé du pays ! L’aviation israélienne l’a pulvérisé dans les premières minutes de l’opération, avec des missiles guidés « pénétrants », sans qu’aucun de ses appareils ne soit touché en retour.

Ainsi dès le début du conflit l’Iran fut décapité et sa chaine de commandement désorganisée. Ces attaques ciblées n’allaient jamais cesser. Dans les jours suivants, d’autres têtes du régime allaient tomber. En tout près de soixante dirigeants iraniens ont été tués durant Epic Fury et Roaring Lion.

En représailles, l’Iran lança des dizaines de missiles balistiques et de croisières contre Israël, contre les bases américaines dans le Golfe arabo-persique, ainsi que contre des infrastructures militaires et civiles dans les monarchies du Golfe, notamment les Emirats Arabes Unis. Un grand hôtel fut touché à Dubaï. Par erreur ou à dessein ? On ne sait pas.

Chantage autour du détroit d’Ormuz

Dès le 28 février également l’IRGC informa les navires de commerce dont d’innombrables tankers, transitant par le détroit d’Ormuz que l’endroit était désormais « une zone de guerre » et le passage non sécurisé. Tout bâtiment s’y aventurant risquait d’être visé par des tirs ou touché par une mine. L’annonce eut l’effet immédiat de « fermer » le détroit, plus aucune compagnie d’assurance n’acceptant de couvrir le risque du passage…

Dans les jours qui suivirent l’Iran continua de tirer tous azimuts à travers la région. Toutefois sa capacité de tir ne cessa de baisser. Les estimations disponibles (compulsées par ChatGPT) indiquent plus de trois cent-cinquante tirs de missiles (tous types et toutes cibles confondus) le 28 février, 110 le 1er mars, 95 le 2 mars, 80 le 3, 65 le 4, 55 le 5, puis une baisse quotidienne jusqu’à moins de 25 à partir du 10 mars.

Dans un premier temps, notamment entre le 5 et le 10 mars, la baisse du nombre de tirs de missiles fut compensée par des attaques de drones. Plusieurs centaines d’appareils sans pilotes, dont les fameux Shahed, furent envoyés, souvent par vagues coordonnées contre des cibles multiples en Israël et dans les pays du Golfe. A partir du 10 mars, toutefois, ces attaques devinrent moins nombreuses, moins coordonnées et régulièrement contrées par les pays visés. Au contraire, le nombre de cibles visées et le nombre d’appareils impliqués dans les frappes côté américain, ne cessa d’augmenter. Après mille cibles atteintes le premier jour, le Pentagone indique 1250 cibles le deuxième, 1700 le troisième, puis cinq mille pour les dix premiers jours.

Un F15 Strike Eagle abattu par les Iraniens

Durant les trois premiers jours d’Epic Fury Israéliens et Américain établirent leur « supériorité aérienne », le contrôle du ciel iranien. Au dixième jour, cette supériorité était devenue « suprématie ». Les bombardiers américains pouvaient mener des raids loin à l’intérieur du pays sans rencontrer la moindre opposition. Et ils n’ont pas manqué de détruire des dizaines de sites de lancement de missiles, des usines de fabrication de drones et des commissariats de Bassijis (la milice de l’IRGC). Le seul incident notable, côté américain, fut la perte d’un avion F 15 Strike Eagle le 3 avril. Les deux officiers à son bord parvinrent à s’éjecter et furent tous les deux secourus et récupérés par les Américains dans les heures qui suivirent. La mission de « search and rescue » pour sauver ces deux soldats devint l’acte d’héroïsme le plus vanté de la guerre. Le 1er mars, six soldats américains étaient tués et des dizaines blessées par un tir de missile iranien sur une base américaine au Koweït. Le tir le plus dévastateur de tout le conflit, et le pire jour pour les Américains en termes de pertes humaines. Au total, les Américains perdront treize combattants dans le conflit. Dès le 9 mars le président Trump déclara la guerre « pratiquement terminée ».  Les bombardements se poursuivirent néanmoins, tandis que des discussions avaient repris par l’intermédiaire du Pakistan.

Au soir du 7 avril, avant la fin de la sixième semaine de combats, l’ébauche d’un cessez-le-feu fut définie et acceptée par les deux camps. Conclu pour deux semaines, ce cessez-le-feu a été reconduit et tient toujours malgré plusieurs violations de la part de l’Iran, que les Etats-Unis ont jugé mineures et insuffisantes pour justifier la reprise des hostilités.

A partir du 13 avril, pour contrer la « fermeture » du détroit d’Ormuz par l’Iran, les Américains ont mis en place un blocus des ports iraniens du Golfe persique. Concrètement, aucun navire en provenance ou à destination de l’Iran n’est autorisé à entrer ou sortir du Golfe. Plus de soixante navires ont ainsi été interceptés et détournés par les forces américaines. L’objectif est « d’étouffer » l’économie iranienne, qui dépend largement des exportations de pétrole via le Golfe persique.

Malgré ces tensions, les négociations ont continué. Sans aboutir. Les Etats-Unis maintiennent leur demande d’un renoncement inconditionnel de l’Iran au nucléaire militaire. L’Iran demande au contraire la levée des sanctions financières en place depuis des années et la levée du récent blocus américain, pour consentir à ouvrir le détroit d’Ormuz et reprendre les discussions tout en repoussant la question nucléaire à plus tard… Bref, une solution négociée semble improbable. Les positions des deux campas sont trop éloignées et les Iraniens ont l’art de renier en public ce que leurs négociateurs ont accepté en privé, rendant tout dialogue stérile. En prise à un face à face tendu qui pourrait se prolonger, le bilan du confit ne peut être établi qu’en examinant l’état des forces en présence.

Les Etats-Unis ont perdu trois avions durant le conflit (deux chasseurs et un ravitailleur), dont l’un fut victime d’un tir ami, et un autre de problèmes techniques. Cela signifie que les défenses anti-aériennes de l’Iran ont abattu un seul avion ennemi en six semaines malgré des milliers de « sorties » de l’adversaire. Les bases et installations militaires américaines dans la région ont été touchées à vingt reprises seulement pour des dégâts insignifiants (sauf à Port Shuaiba au Koweït, le 1er mars).

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En comparaison plus de treize mille cibles iraniennes ont été anéanties ou endommagées. Plus de dix mille soldats, du Corps des gardiens de la révolution islamique, seraient morts. C’est une estimation invérifiable, de même que le nombre de victimes civiles. Le gouvernement iranien a perdu ses plus hauts dirigeants. Personne ne sait qui dirige le pays aujourd’hui et parle vraiment au nom du gouvernement. Le stock d’uranium enrichi de l’Iran (440 kilogrammes enrichis à 60% qu’ils ont reconnu posséder) est toujours enterré profondément dans le site détruit d’Ispahan. Leurs centrifugeuses seraient détruites et leur capacité à enrichir l’uranium actuellement nulle. L’appareil militaire iranien est à terre. Les défenses anti-aériennes sont quasi nulles. L’aviation est inopérante. Les cent-soixante navires de sa flotte ont été coulés. Seules restent les petites embarcations rapides qui agissent dans le Golfe et peuvent effrayer des navires marchands, mais pas des bâtiments militaires.

Les moyens de l’IRGC ont été considérablement amoindris, et ses capacités de fonctionnement dégradées. Avant le conflit, l’Iran disposait d’entre 2 500 et 6 000 missiles balistiques (l’écart entre l’estimation la plus basse et l’estimation la plus haute illustre le flou des connaissances sur les moyens « réels » de l’Iran). Quelques-uns à très longue portée (4 000 km), la plupart de courte portée (de 300 à 1000 km). Aujourd’hui ce stock est estimé entre 1 500 et 1 800 missiles. Avec près de 50% des lanceurs hors d’usage. L’Iran possédait aussi des dizaines de milliers de drones Shahed, et des usines capables de les produire à la chaine. Ces usines ont été détruites. Quant au stock de drones encore utilisables, il est en vérité inconnu.

Une économie à terre

Les capacités de Défense aérienne du pays incluaient des missiles S 300 et S 400 d’origine russe, parmi les plus sophistiqués du marché. Ils ont été clairement submergés par les frappes américaines et israéliennes. Aujourd’hui l’Iran est incapable de protéger son espace aérien.

Militairement le régime de Téhéran n’a pas été simplement battu, il a été écrasé. Ce qui frappe dans cette confrontation est la disproportion des forces en présence. Ce régime qui a fait depuis cinquante de « mort à l’Amérique », son slogan et sa raison d’être, a été capable le moment venu de tuer seulement six malheureux soldats sur une base mal défendue… Ce même régime serait aujourd’hui incapable de se défendre en cas d’une reprise des hostilités.

De plus, écrasé militairement, l’Iran est en passe d’être étouffé économiquement. Le blocus américain, qui entre dans sa sixième semaine, a un impact indéniable sur l’économie de l’Iran. Les exportations de pétrole de l’Iran qui était de 2 millions de barils par jour avant le conflit ont chuté de 80%. Le rial, la monnaie iranienne, ne vaut plus son poids en papier et l’inflation dépasse 100% par an. Les fonctionnaires et les militaires sont payés en monnaie de singe. Les circuits d’alimentation ont été perturbés, même s’il n’y pas encore de pénurie. Les composants industriels n’arrivent plus, obligeant de nombreuses usines et de nombreux commerces à fermer. Jusqu’à quand ces difficultés seront-elle tolérées par la population ? Alors que celle-ci s’était déjà soulevée en janvier, bien avant qu’Epic Fury ne rende la vie quotidienne encore plus difficile… Pour l’heure, les (nouveaux) dirigeants de l’Iran refusent de céder aux demandes américaines et se montrent mêmes plus arrogants et défiants que jamais. Cela tient de la posture et du besoin de projeter une image de force à sa propre population, précisément pour la décourager de se soulever. En réalité, ce régime est affaibli et vulnérable. Mais le seul fait que les mollahs soient toujours là, suffit pour que certains voient dans l’affaire une « défaite » américaine. Voici leur raisonnement.

Cette image fournie par le Commandement central des États-Unis montre un F/A-18E Super Hornet se préparant à effectuer un appontage avec brin d’arrêt sur le USS Gerald R. Ford après une mission de soutien à l’opération Epic Fury, le samedi 28 février 2026 © AP/SIPA

Entre l’avant « Epic Fury » et l’après, le régime de Téhéran s’est endurci. Les nouveaux dirigeants sont des cadres issus de l’IRGC, encore plus fanatisés et jusqu’au-boutistes que leurs prédécesseurs. C’est une mauvaise chose. Le prix du pétrole est passé de 60 à 100 dollars le baril, créant un « choc énergétique » dans le monde et une poussée inflationniste sur le carburant, y compris aux Etats-Unis. Comme quoi le conflit pénalise les Américains, et le reste des pays développés. C’est une seconde mauvaise chose. Enfin, les frappes iraniennes contre les monarchies du Golfe et la fermeture du détroit d’Ormuz constituent une menace sur l’économie mondiale qui pourrait entrainer des pénuries, et même des famines, écrivent certains, car le gaz naturel nécessaire à la production de certains engrais n’est plus disponible ni acheminable… Ces mêmes observateurs se flattent de la ténacité et de la résilience du régime iranien. Ils sourient de ce que la puissance américaine et la manière forte de Donald Trump s’avèrent incapables d’obtenir des concessions de la part des Mollahs. Mais ces analyses sont aussi partiales que partielles.

Un, le régime de Téhéran s’est peut-être endurci mais ses capacités de nuisance ont été réduites. Le lien avec ses « proxys » a été coupé. Le Hezbollah au Liban est en mode survie. Le Hamas tente de se relever, mais son contrôle sur Gaza s’est amoindri. Les Houthis du Yémen n’ont pas bougé de tout le conflit. Quant au prix du pétrole, c’est une poussée de fièvre temporaire, et ce prix retombera instantanément à la conclusion du conflit. Le monde regorge de pétrole et de gaz, le Vénézuéla et les Etats-Unis eux-mêmes pouvant substituer leur production à celle de l’Iran. Pour le détroit d’Ormuz il existe des voix de contournement terrestre, notamment des oléoducs et gazoducs vers la Mer Rouge et des voies routières vers la mer d’Arabie, évitant le détroit.

Par ailleurs, il ne faut pas se tromper de cible. Ce ne sont pas les Américains qui ont fermé le détroit, ce sont les Iraniens. Cet acte constitue une violation flagrante du droit international (dont se réclame, entre autres, le président français Emmanuel Macron), de même que la volonté iranienne d’imposer un « péage » au passage des navires, et c’est à la communauté internationale, si celle-ci a encore la moindre réalité et autorité, de rétablir la liberté du commerce et de remettre l’Iran à sa place. Mais, il est plus facile de parler que d’agir et pour l’heure force est de constater que cette « communauté internationale » brille par sa totale invisibilité dans ce conflit.

Reste le régime de Téhéran. On ne change pas un régime sans envoyer des troupes au sol, rappellent les défaitistes. Or les Américains s’y refusent (et vont continuer à s’y refuser, à juste titre). Mais tant que le régime ne sera pas tombé, Epic Fury aura un goût d’inachevé. C’est inévitable. La victoire militaire indéniable des Américains et Israéliens sur l’Iran n’a pas débouché sur un nouveau Moyen Orient libéré de la menace que le régime des Mollah fait peser sur lui depuis près d’un demi-siècle. Cette menace a été amoindrie mais pas éliminée. Dès lors, le blocus des ports iraniens va se poursuivre, et il n’est pas exclu que des combats reprennent. Selon certains, une nouvelle opération est même déjà planifiée et s’appellera « Sledgehammer » (marteau-pilon). Ensuite, et seulement ensuite, le peuple iranien pourra jouer le rôle que Donald Trump a évoqué le 28 février. Reprendre son destin en main et recouvrer sa liberté. C’est seulement du peuple iranien que peut venir la victoire finale. S’il en a l’envie, et s’il est prêt à en accepter le coût. Il faut le souhaiter car grâce à Epic Fury, le régime en place depuis 1979 n’a jamais été autant malmené et autant fragilisé.


Cet article a d’abord été publié sur le blog de Gerald Olivier.

Cover Up : Le clan Biden, l'Amérique et l'Etat profond

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La diplomatie de la joue tendue

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Gérald Darmanin reçu par son homologue Lotfi Boudjemaa, à Alger, le 18 mai 2026 © Fateh Guidoum/PPAgency/SIPA

En visite discrète en Algérie, Gérald Darmanin espérait obtenir des informations sur les dirigeants de la DZ Mafia cachés dans le pays. Par ailleurs, le garde des Sceaux s’est dit «très rassuré par la façon dont Christophe Gleizes est traité» à l’issue de sa rencontre avec le président Tebboune. De son côté, Laurent Nuñez, le ministre de l’Intérieur, espère recevoir son homologue à Paris dans les prochains jours. Dans ses relations avec ce singulier pays «ami», la France donne en permanence l’impression de devoir ravaler sa fierté.


Il y a quelque chose de profondément humiliant dans la relation entre Paris et Alger. Quelque chose qui dépasse la diplomatie classique, les querelles mémorielles et les postures médiatiques. Une sorte de rituel de soumission molle.

La menace fantôme

On s’engueule officiellement. On rappelle un ambassadeur. On fait mine d’être offensé. Puis on retourne discrètement à Alger avec le dossier sous le bras, le regard bas et la voix conciliante. Et cette fois encore, derrière la visite de Gérald Darmanin, derrière les sourires crispés et les communiqués prudents, tout le monde comprend le véritable sujet : la France a besoin de l’Algérie. Pas l’inverse. Besoin d’elle pour reprendre certains de ses ressortissants. Besoin d’elle pour quelques coopérations sécuritaires. Besoin d’elle pour tenter de contenir une partie du narcotrafic lié à la DZ Mafia. Et surtout besoin d’elle pour obtenir, peut-être, un geste concernant Christophe Gleizes.  

Le reste n’est qu’habillage diplomatique. Car enfin, soyons sérieux deux minutes. Depuis des décennies, le pouvoir algérien applique une doctrine extrêmement simple : les siens restent les siens. On ne livre pas ses ressortissants. Ou le moins possible. Encore moins lorsqu’ils disposent d’argent, de réseaux ou de connexions utiles. Et dans le même temps, Alger refuse régulièrement de récupérer certains de ses nationaux condamnés ou expulsables depuis la France. Résultat : Paris expulse peu, menace beaucoup et recule souvent.

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Tout cela est connu depuis longtemps. Mais comme toujours dans ce pays, on découvre les évidences avec quinze ans de retard et une commission parlementaire.

Le plus ironique, c’est que la France officielle continue de parler à l’Algérie comme un professeur fatigué parlant à un ancien élève turbulent, alors que le rapport de force réel raconte exactement l’inverse. Car Alger a compris quelque chose que Paris refuse toujours d’admettre : la culpabilité française est devenue une ressource diplomatique exploitable. Une rente mémorielle. À chaque tension, la mécanique est la même : la colonisation revient sur la table, les humiliations historiques sont rappelées, la repentance française est discrètement réactivée et Paris finit toujours par rechercher “l’apaisement”. L’apaisement : ce mot magnifique des puissances fatiguées.

Et pendant ce temps-là, la réalité continue. Des narcotrafiquants français ou franco-algériens trouvent refuge de l’autre côté de la Méditerranée. Les réseaux prospèrent. Les morts s’accumulent à Marseille. Des adolescents se font exécuter pour quelques kilos de cocaïne ou des points de deal mal partagés.

Christophe Gleizes, le symbole de notre faiblesse

Mais la France avance à pas comptés. Parce qu’il y a toujours quelque chose à négocier. Toujours une susceptibilité à ménager. Toujours un otage diplomatique potentiel. Dans cette affaire, Christophe Gleizes devient malgré lui le symbole parfait de la faiblesse française contemporaine. Non pas parce que sa situation serait secondaire — elle est évidemment dramatique — mais parce qu’elle place l’État français dans une position de dépendance morale et médiatique. Et tout le monde sait ce que cela signifie. Quand un pays démocratique veut récupérer l’un des siens détenu à l’étranger, il devient vulnérable. Il cherche le compromis. Il adoucit le ton. Il évite les sujets qui fâchent. Il ravale sa fierté.

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Autrement dit : il baisse le pantalon diplomatiquement en espérant obtenir une petite concession humanitaire qui permettra ensuite aux ministres de revenir sur les plateaux télé expliquer que “le dialogue a porté ses fruits”. Le problème, c’est qu’à force de vouloir préserver le dialogue, la France donne parfois l’impression de ne plus défendre autre chose que sa propre peur du conflit. Et c’est précisément ce que beaucoup de puissances étrangères ont désormais compris : la France contemporaine redoute plus la tension diplomatique que l’humiliation elle-même.

Alors elle absorbe les gifles. Poliment. Républicainement. Avec communiqué officiel et sourire crispé. Puis elle appelle cela “la coopération”.

Des tracteurs et des croix

Des agriculteurs déposent des croix de bois devant le palais de justice de Toulouse en hommage aux bêtes abattues lors de la crise de la dermatose nodulaire, 3 janvier 2026 © FRED SCHEIBER/SIPA

Ce que les villes ont abandonné, les campagnes le chérissent: la foi et l’attachement aux traditions. Quand le rouleau compresseur de l’administration les mène au bord du gouffre, les paysans se tournent vers la religion. Un front commun des curés et des agriculteurs contre la sécheresse des tableaux Excel.


Un instant de grâce au milieu de la colère paysanne. Le 21 décembre dernier, au plus fort de la crise de la dermatose nodulaire, pas moins de cinquante tracteurs convergent vers Lourdes. À leur bord, une délégation d’éleveurs des Hautes-Pyrénées, venus, à l’appel de la Coordination rurale, se recueillir dans la grotte mariale, devant la statue de la Sainte Vierge. Des hommes et des femmes qui, quand la machine administrative les broie, se tournent vers ce qu’ils ont de plus solide : leur terre, leurs bêtes, leurs racines chrétiennes et ce sanctuaire qui, depuis 1858, accueille les accablés.

Ces images, aussi singulières qu’émouvantes, ne relèvent pas seulement du folklore nostalgique. Elles témoignent d’un réveil spirituel discret, mais bien réel, dans le monde rural français. Un céréalier du Gers le résume ainsi : « On a tout essayé : manifestations, blocages, négociations avec les syndicats. Mais quand on rentre chez soi le soir, seul face aux dettes, il ne reste que la prière. Ce n’est pas de la résignation, c’est une force qu’on redécouvre. » Dans des campagnes en détresse, de plus en plus de paysans trouvent dans la foi un dernier refuge.

Dans L’Archipel français (Seuil, 2019), Jérôme Fourquet montre que, loin des grandes villes déchristianisées, la France périphérique est restée fidèle à certaines traditions. Tandis qu’une vague de sécularisation a submergé la France urbaine depuis les années 1960, le village reste un bastion, avec ses processions, ses fêtes patronales et ses messes dominicales qui rythment encore la vie locale. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 45 % des ruraux font baptiser leurs enfants, contre 20 % dans les métropoles.

Pourtant un certain fossé s’est creusé entre les paysans et l’Église, du moins son haut clergé. En 2015, l’encyclique Laudato si’ du pape François a été mal reçue par le monde agricole français. Loin d’un simple appel à contempler la Création, le texte, qui dénonce une « exploitation inconsidérée de la nature », a sonné pour beaucoup comme une condamnation de leur mode de vie reposant sur la mécanisation, les intrants chimiques et l’intensification productive. La FNSEA et les Jeunes Agriculteurs ont vite tenté de désamorcer la bombe, en préférant parler d’un « appel » plutôt que d’une « critique ». Peine perdue : pour de nombreux éleveurs et céréaliers déjà au bord du gouffre, le souverain pontife a accentué le sentiment d’être incompris, voire injustement accusés par un magistère éloigné des réalités.

Une main secourable

Mais sur le terrain, les curés de campagne, souvent plus courageux que leur hiérarchie engoncée dans des prudences de chancellerie, tiennent la digue au côté des (vrais) damnés de la terre. Dans La Vie, le père Peter Breton, un prêtre finistérien, raconte qu’il lui arrive de recevoir à 2 h 30 du matin des coups de fil d’agriculteurs au bord du suicide. Par l’écoute, il parvient à les éloigner de la corde.

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L’abbé Vincent Morandi s’est quant à lui fait connaître en célébrant la dernière messe de Noël pour les paysans en colère qui bloquaient l’A64 cet hiver. De son côté, dans une tribune à La Croix, le père Arnaud Favart, aumônier de la mission rurale de France, a proposé, en geste de communion avec les éleveurs en détresse, de nouer un ruban violet autour du cou de l’âne et du bœuf dans les crèches paroissiales. Tandis que le très médiatique abbé Matthieu Raffray (que l’on voit régulièrement sur CNews) s’est récemment déplacé dans le Tarn-et-Garonne pour bénir le cheptel de cochons de Pierre-Guillaume Mercadal, figure emblématique de la Coordination rurale.

Au niveau épiscopal, Mgr Didier Noblot, évêque de Saint-Flour, se rend chaque année au Salon de l’agriculture de Paris, où il rencontre des agriculteurs asphyxiés et dialogue avec les syndicats. Sans oublier les initiatives nationales, comme Solidarité paysanne, fondée par le diacre Jean-Marie Careil et le père Guy Ollagnier, qui accompagnent concrètement les exploitants en difficulté.

Foi retrouvée

Résultat, ici et là dans les campagnes, les cortèges traditionnels reviennent en force. Fin 2025 à Cambrai, Mgr Vincent Dollmann (archevêque et fils de paysan) a célébré en plein air une messe de soutien aux agriculteurs devant mille personnes et des rangées de tracteurs (« Bénissons ces machines comme nos ancêtres les charrues »). Même renouveau pour les rogations – ces prières collectives pour la sauvegarde des récoltes, apparues en Gaule au ve siècle. Une agricultrice du Nord témoigne : « Les rogations, on les avait oubliées. Mais avec la sécheresse et les crises, on se dit : pourquoi pas demander la bénédiction du Ciel ? Ça unit le village, ça rappelle qu’on n’est pas seuls face aux éléments. »

Et puis on célèbre aussi davantage les saints patrons des campagnes. Tels saint Vincent, protecteur des vignerons (fêté le 22 janvier) ou saint Éloi, figure tutélaire des artisans et agriculteurs (le 1er décembre), sans oublier bien sûr saint Hubert, honoré chaque 3 novembre par les chasseurs. Processions, messes et bénédictions ont chaque année plus de succès.

Parallèlement, un mouvement, plus discret mais non moins vigoureux, se développe au bord des routes de campagne : le sauvetage des croix de chemin. Fondée en 1987, l’association SOS Calvaires recense et restaure ces monuments qui ponctuent les paysages bretons, normands et vendéens. Rien que ces trois dernières années, plus de mille d’entre eux ont été réhabilités par près de 4 000 bénévoles, ravivant un patrimoine délaissé et une foi populaire enracinée.

Dans une société tertiarisée jusqu’à l’os, où tout se virtualise et se dissout en « slides » PowerPoint, l’agriculteur ne veut plus se définir comme un technicien interchangeable, simple rouage d’une machine agroindustrielle pilotée depuis Bruxelles. Il sait qu’il est le dernier témoin du vivant : celui qui, les mains dans la glaise, affronte les caprices des saisons et la loi têtue du réel, indifférente aux courbes de CO2.

À côté de la grande déconnexion des villes – cette France qui prône la « sobriété heureuse » sans jamais salir ses mocassins –, le travailleur de la terre ne se bat pas seulement pour sauver son outil de travail, mais pour raviver une France qui n’a pas renoncé à son identité. N’en déplaise aux écolos bobos, voilà sans doute où se trouve la vraie résilience : dans le refus des illusions de ce progrès qui nous laisse crever de faim, aussi bien dans nos assiettes que dans nos cœurs.

La gueule ouverte mais la main tendue

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Le président de Canal+ Maxime Saada, photographié lors de la soirée des César, à Paris, le 27 février dernier © David Niviere/SIPA

Le petit monde du cinéma français s’émeut que le boss de Canal + ose répondre, après que 600 professionnels du secteur ont signé la fameuse pétition contre leur principal argentier la peur au ventre mais avec le souvenir de Jean Moulin…


Six cents professionnels venaient de signer, en une de Libération, le jour d’ouverture du 79e Festival, un texte du collectif « Zapper Bolloré » dénonçant une supposée prise de contrôle fasciste sur l’imaginaire collectif menée par le propriétaire de Canal+. Parmi les signataires : Juliette Binoche, Adèle Haenel, Swann Arlaud, Blanche Gardin, Raymond Depardon, Arthur Harari… Du beau monde1. La réponse est tombée quarante-huit heures plus tard : dimanche 17 mai 2026, en marge du Festival de Cannes, Maxime Saada a dégoupillé une grenade dans la salle feutrée du brunch des producteurs. Le président du directoire de Canal+ a lâché la phrase qui va résonner longtemps dans les couloirs du 7e Art : « Je ne travaillerai plus, je ne souhaite plus que Canal travaille avec les gens qui ont signé cette pétition. »

Le chiffre que les signataires avaient préféré oublier

Pour comprendre ce qui vient de se passer, il faut d’abord regarder un seul chiffre en face. Sur la période 2025-2027, Canal+ s’est engagé à investir au minimum 480 millions d’euros dans le cinéma français. Ce n’est pas une aumône. Ce n’est pas un geste de mécénat. C’est l’oxygène d’une industrie entière. En 2023, Canal+ représentait à lui seul plus de 40 % des apports totaux des diffuseurs au cinéma français, avec 154 millions d’euros engagés. Aucun autre acteur — ni les chaînes publiques, ni Netflix, ni Amazon — n’approche ce niveau d’exposition. France 2, deuxième du classement, ne pesait que 48 millions d’euros la même année. Les plateformes étrangères, ensemble, n’atteignaient pas la moitié. Ce monopole de fait, les signataires le savaient. Mieux : ils l’ont écrit. Dans leur propre tribune, en toutes lettres, ils reconnaissent sans ciller : « Nous dépendons aujourd’hui, à des degrés divers, pour nos projets autant que nos salaires, de l’argent de Vincent Bolloré. » Relisez cette phrase. Savourez-la. Ces gens ont publié, en une de Libération, le jour même où ils montaient les marches en smoking, que leur financement vient de l’homme qu’ils traitent de fasciste. Et ils s’étonnent du boomerang.


Mais si moi je traitais Juliette Binoche d’endive ennuyeuse ou Jean-Pascal Zadi de comique pas drôle (ce que je ne pense pas) en une de Libé, je ne m’étonnerais pas qu’ils refusent ensuite de jouer dans l’un de mes films.

Ce que dit la tribune, et ce qu’elle oublie de dire

La pétition dénonce une concentration inquiétante. Elle n’a pas entièrement tort sur le diagnostic économique. En octobre 2025, le groupe Canal+ a acquis 34 % d’UGC, le troisième réseau de salles de cinéma français, avec l’objectif d’en prendre le contrôle total d’ici 2028. Vincent Bolloré contrôle déjà Canal+, StudioCanal et plusieurs médias d’influence comme CNews ou Europe 1. La question de la concentration mérite débat. Elle mérite même un débat vigoureux, devant les autorités de régulation compétentes — l’Autorité de la concurrence, l’Arcom, le Parlement. Des institutions qui existent précisément pour ça. Mais ce n’est pas ce chemin qu’a choisi le collectif « Zapper Bolloré ». Il a préféré qualifier Canal+ de structure « crypto-fasciste ». Et il a choisi Cannes — festival dont Canal+ est l’un des piliers financiers — pour lancer l’offensive. Ce n’est même plus cracher dans la soupe. C’est pisser dans le potage.

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Gaëtan Bruel, président du CNC, a réagi en défenseur sourcilleux de la liberté d’expression. « Sur le plan de la liberté d’expression, ça pose question. Parce que le droit à la critique, ça fait partie de ce principe fondamental », a-t-il déclaré sur France Inter. Très bien. Personne ne conteste ce principe. Juliette Binoche a parfaitement le droit de signer ce qu’elle veut, de dénoncer qui elle veut, de descendre dans la rue si bon lui semble. Mais la liberté d’expression n’a jamais inclus le droit d’être financé par ceux que l’on injurie. Ce droit-là n’existe nulle part — ni dans la Constitution, ni dans la Convention européenne des droits de l’homme, ni dans aucun texte produit par l’humanité depuis qu’elle sait écrire. Maxime Saada a été parfaitement clair sur ce point : « Eh bien moi je n’ai pas envie de travailler avec des gens qui me traitent de crypto-fasciste. Je suis désolé, la limite, pour moi elle est là. » C’est une décision privée, prise par un acteur privé, dans le cadre d’un marché privé. On peut la trouver dure. On peut la trouver disproportionnée. Ce qu’on ne peut pas faire, c’est la qualifier d’atteinte à la liberté d’expression — à moins de considérer que tout refus de financement constitue une censure, ce qui serait une définition assez révolutionnaire du concept.

L’équation insoluble du cinéma militant subventionné

Il y a une schizophrénie historique dans le milieu du cinéma français qu’il faudra bien finir par nommer. Pendant des décennies, une fraction de ce secteur a cultivé une posture de résistance au capital — dans les films, dans les tribunes, dans les discours de cérémonie — tout en reposant intégralement sur des dispositifs de financement qu’aucun autre pays au monde ne s’est offert à cette échelle. Depuis le décret du 9 mai 1995, Canal+ est légalement tenu de consacrer au moins 20 % de ses ressources totales à l’acquisition de droits cinématographiques. Ce n’est pas la générosité de M. Bolloré. C’est une obligation réglementaire. Une rente structurelle.

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Des générations de cinéastes ont fait des films sur la lutte des classes avec l’argent des abonnés de Canal+. Des réalisateurs ont dénoncé le capitalisme financier dans des œuvres préachetées par StudioCanal. Des acteurs ont fait la morale au JT de 20h en touchant des cachets négociés par des agents qui connaissent par cœur les grilles tarifaires de Ciné+. Le tout avec l’onction culturelle du CNC et la bénédiction des pouvoirs publics successifs, de gauche comme de droite. Ce modèle a une vertu: il a permis à la France de produire une quantité et une diversité cinématographiques sans équivalent en Europe. Il a aussi un vice : il a créé une classe de créateurs convaincus que leur indépendance intellectuelle était compatible avec leur dépendance financière. C’est une erreur de raisonnement. Une erreur confortable, mais une erreur.

Le vrai sujet que personne ne veut nommer

Le vrai sujet n’est pas Vincent Bolloré. Le vrai sujet est la fragilité d’un système de financement du cinéma français qui repose sur un pilier unique, obligatoire par décret, et détenu depuis peu par un actionnaire dont les convictions politiques heurtent une partie du milieu. L’accord signé en janvier 2025 engage Canal+ à allouer jusqu’à 170 millions d’euros par an au cinéma français, contre 220 millions auparavant — une baisse déjà significative que de nombreux professionnels déplorent. Si Canal+ réduit encore ses engagements — que ce soit pour des raisons idéologiques, économiques ou les deux — c’est toute la chaîne de production qui vacille. Ce risque de concentration mérite une réponse institutionnelle. Une réforme du système de financement. Un débat sérieux sur la diversification des sources. Le cinéma français n’a pas besoin de s’émanciper de M. Bolloré. Il a besoin de ne plus dépendre structurellement d’un seul acteur, quel qu’il soit. Mais pour mener ce combat-là, il faut des arguments. Pas des anathèmes. Il faut des propositions. Pas des pétitions.

La morale de l’histoire

Tu veux être militant ? Sois-le. Vraiment. Fonde ta maison de production coopérative. Monte ton festival alternatif. Cherche des financements publics, européens, participatifs. Fais des films avec ton argent, tes convictions, tes réseaux. L’histoire du cinéma est pleine de gens qui ont su créer hors des structures dominantes. Ce n’est pas plus simple. C’est simplement cohérent. Mais tu ne peux pas passer ta carrière à mordre la main qui te nourrit et t’indigner qu’elle retire ton assiette. Et puis si tu veux zapper Bolloré, ne te plains pas que Bolloré veuille te zapper. T’es pas content qu’il te simplifie la tâche ?



  1. https://www.liberation.fr/culture/depardon-binoche-haenel-600-professionnels-du-cinema-denoncent-lemprise-de-bollore-sur-le-septieme-art-20260511_FZW7WRBEXNDPVK5MAUTSFF6EHE ↩︎

Comment le réel enraye la fabrique du mensonge

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Environ 100 000 personnes ont défilé dans le centre de Londres pour exprimer leur mécontentement envers le Premier ministre Keir Starmer, l’immigration de masse non contrôlée et l’influence croissante de l’islam, samedi 16 mai 2026 © Teun Voeten/Sipa USA/SIPA

Un peu partout dans le monde, le progressisme et les élites bien-pensantes sont en pleine crise de panique face à une « Révolution du réel » qui fait bugger tous leurs récits, observe Ivan Rioufol


Le progressisme n’a pas fini d’être contrarié par les faits. La révolution du réel, qui oblige à admettre des évidences, contredit les idéologues aux yeux grands fermés. Les deux mille invités du Festival de Cannes, sensibles à l’air du temps, ont applaudi debout, le 13 mai, le film de Vincent Garenq (L’abandon[1]) sur les derniers jours du professeur Samuel Paty. Les spectateurs ont exprimé une solidarité venant rompre avec le conformisme politique du public à nœuds pap.

Mais cette empathie pour la victime, décapitée par un terroriste islamiste, reste suspecte pour la gauche halal : le film, dans sa description factuelle de la machination djihadiste et de l’isolement de l’enseignant menacé, ne cache rien en effet des intimidations salafistes auprès des esprits faibles. Pour autant, les procès en islamophobie et en récupération par « l’extrême droite » n’ont plus leurs effets tétanisants, même sur la Croisette anti-Bolloré. Dans un autre ordre d’idée, les partisans du « droit à mourir dans la dignité » se heurtent pareillement au réveil des somnambules. Les adeptes de la mort choisie n’arrivent plus à convaincre de leur « humanité », en dépit des pressions des lobbies sur les parlementaires pour imposer dans l’urgence au corps médical la pratique du suicide assisté et de l’euthanasie. L’opinion se montre de plus en plus sensible au sort des pauvres et des vulnérables, vouées prioritairement à la piqure létale à cause de leur inutilité sociale et de leur coût. Les mutuelles sont d’ailleurs les ardents défenseurs de ces dégoûtantes pratiques eugénistes.

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Partout, les peuples maltraités se réveillent. Les partis souverainistes sont aux portes de la Grande-Bretagne, de l’Allemagne, de la France. Les institutions mondialistes sont rattrapées par leurs déconnections. Le GIEC a revu à la baisse ses prévisions catastrophiques sur le réchauffement climatique. L’Organisation mondiale de la santé s’est ridiculisée en lançant une fausse panique planétaire sur l’hantavirus en croyant démontrer son utilité contestée. Le pacte de Marrakech (2018) sur les migrations est remis en question par les Etats-Unis. Le département américain, qui accuse l’ONU de promouvoir une immigration de remplacement, prône même la remigration chère à Renaud Camus. Hier, à Londres, une foule importante a répondu à l’activiste Tommy Robinson pour protester à nouveau contre l’immigration islamique (notre photo). Pour sa part, le procureur de la Cour pénale internationale, Karim Khan, a admis n’avoir pas de preuves pour parler de « génocide » à Gaza, où un marathon (13.000 participants) a été organisé le 8 mai[2].

En riposte, les falsificateurs peinent à maintenir leurs récits. L’Observatoire de l’immigration et de la démographie, dirigé par Nicolas Pouvreau-Monti, est ainsi accusé (Le Monde, 11 mai) de « manipuler l’opinion » par un collectif d’universitaires immigrationnistes. Dans Le Figaro du 12 mars, Louis Laugier, directeur général de la police, explique : « Il n’y a pas de zones de non droit en France » tandis qu’un adolescent de 15 ans était tué à Nantes dans la guerre des gangs. Dans La Tribune, hier, le ministre de l’économie, Roland Lescure, assure : « L’économie française résiste » alors qu’elle s’effondre. Partout, la fabrique du mensonge s’enraye. La gauche panique et pétitionne. Jusque-ici, tout va bien.

La révolution des oubliés

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[1] Lire ici l’article de Philippe Bilger consacré au film

[2] Lire ici l’analyse de Charles Rojzman sur cet évènement

Nantes: les gosses perdus de la République

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Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez s'est rendu à Nantes le 15 mai 2026 après une fusillade ayant entrainé le décès d'un jeune. RS

À Nantes, une fusillade liée au narcotrafic dans le quartier de Port-Boyer a coûté la vie à un adolescent de 15 ans et fait deux blessés. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, s’est rendu sur place le lendemain afin de rencontrer des habitants de plus en plus excédés et inquiets pour leur sécurité. Ce drame intervient alors que le ministre s’apprête à défendre au Sénat le projet de loi « Ripost », visant à durcir sévèrement les sanctions et les amendes contre les consommateurs de drogue.


Un enfant de quinze ans tué par balles au pied d’un immeuble au 3 rue de Pornichet du quartier réputé relativement paisible de Port-Boyer ce vendredi 15 mai. Il s’était arrêté là pour discuter. Rien d’autre, rien à voir dans un trafic quelconque. Deux autres ados blessés. Toujours par balles. Deux types à deux roues, cagoulés, vêtus de noir ont déboulé et fait feu à l’arme automatique. À croire qu’en France aujourd’hui, ce genre de flingue se procure aussi facilement qu’une canette de limonade au distributeur. Comme la drogue d’ailleurs. Le bas de l’immeuble en question serait, comme on dit dans le jargon du métier, « un point de deal ». Convoité, le point de deal, d’où la tuerie pour se l’approprier. Cela ne se passe pas au creux de la nuit, à une heure où des gamins n’ont rien à faire dehors, non à 19h30, une fin d’après-midi de printemps.

Une situation hors de contrôle ?

« On est sur des reprises de point de drogue », commentent les autorités avec une belle assurance. On a affaire à « un règlement de compte en lien avec des infractions à la législation sur des stupéfiants. » Qu’en termes choisis ces choses-là sont dites.

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La maire de Nantes, Johanna Rolland, réélue en mars puisque les Nantais qu’on nous dit aujourd’hui exaspérés, horrifiés, n’ont pas cru devoir faire un autre choix, davantage sécuritaire, en se rendant aux urnes, y va de son couplet mouillé de larmes : « C’est un drame absolu. Nantes est endeuillée par la mort d’un adolescent. Tous les moyens doivent être mis en œuvre… et blablabla et blablabla ». Sa ville a connu « cinquante-quatre séquences de tir (sic) entre janvier et novembre 2025 ». Et vingt-sept depuis seulement le début de l’année. Autant dire que le drame de Port-Boyer était en germe dans cette situation manifestement très largement hors de contrôle. Qu’a fait Madame la maire à l’époque ? Elle a fait campagne et, je l’ai dit, a été réélue.

Nuñez, le ministre de l’Intérieur débarque sur place. Un gamin mort, deux autres blessés, ça justifie qu’on fasse mine de se bouger, comprenez-vous. Il nous sert le couplet éculé, désormais inaudible de « la détermination intacte et totale. » Et promet de muscler la répression avec sa loi « Ripost ». En attendant, il annonce l’arrivée de sept cents policiers supplémentaires dont trois cents dédiés à la criminalité organisée. C’est déjà ça.

La France est-elle le prochain narco-Etat ?

Il y a Nantes mais il y a aussi Nice et ses deux tués également par balles dans le quartier des Moulins, il y a par ailleurs la banlieue lyonnaise et ses trois morts dans un incendie criminel sur fond, là aussi, de lutte pour un point de deal.

L’âge des victimes bien sûr nous bouleverse. Plus sidérant encore, celui des tueurs qui, dans certains de ces cas, ne sont guère plus âgés. Des mômes meurent au coin des rues de France, des mômes tuent comme dans leurs jeux vidéo. Les uns et les autres sont les gosses perdus de la République. La mort ou des séquelles sans fin pour les premiers, la vie flinguée pour les seconds. La case prison si on les attrape, l’engrenage de la criminalité sanglante si, cette fois-ci, ils passent à travers les mailles. Le gâchis intégral. La honte suprême d’une société.

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Une vérité. C’est bien le dealer, le bandit à deux roues qui tire et tue. Pas de doute là-dessus. Mais c’est aussi bel et bien le consommateur, quel qu’il soit, qui enclenche la balle dans le canon de l’arme. Le consommateur, complice de mort. Voilà la vérité cruelle. On nous dit que la loi « Ripost » prévoit de passer l’amende pour consommation de quelque chose comme 350 euros à 500. Avec, éventuellement confiscation temporaire du permis de conduire. Bref, une petite tape sur la minime. Le drame du Port-Boyer, après tant d’autres, nous montre l’urgence qu’il y a à cogner et à cogner fort. Quand le cadre sémillant, amateur de coke pour ses performances au bureau et au pieu, se sera retrouvé sans un rond et tenu de se pointer à son job avec un élégant bracelet électronique à la cheville, il y regardera à deux fois avant de s’offrir un nouveau trip. Ses collègues et petits copains aussi, d’ailleurs. On nous serine aussi qu’il convient de soigner ces gens. Qui dit le contraire ? Mais avant de devenir dépendants au point d’être effectivement malades, ils ont commencé par être des délinquants, tout simplement. Des délinquants récidivistes puisqu’il sont arrivés à un point d’addiction à force de prises. Dans ce registre du trafic de drogue, en fait la source est au bout de la chaîne, non à son commencement. La cause est la demande bien plus que l’offre. Le ministre de l’Intérieur précédent Bruno Retailleau avait initié une campagne, un clip allant dans ce sens. Les belles âmes se sont immédiatement élevées contre, considérant que le message était trop culpabilisant. Foutaise ! Justement, c’est ce qu’il faut absolument faire : culpabiliser encore et encore le client. Sans faiblir.

Parmi les témoignages de Port-Boyer relevés par les confrères du Parisien, une femme raconte qu’on voit passer par là toutes les catégories sociales, les cols blancs, les résidents des beaux quartiers de la ville comme les autres. Ils ne viennent pas là pour les charmes du lieu qui, pourtant n’en manque pas totalement. Ceux-là ont leur part – part terrifiante – dans la mort de cet enfant, dans la conversion en criminels barbares de ces autres enfants que d’immondes salauds recrutent pour la sale besogne en leur agitant sous le nez une carotte de trois francs six sous. Il faut leur rappeler la responsabilité qui est la leur matin, midi et soir. La culpabilisation aussi peut parfois relever de l’intérêt public…

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