En visite discrète en Algérie, Gérald Darmanin espérait obtenir des informations sur les dirigeants de la DZ Mafia cachés dans le pays. Par ailleurs, le garde des Sceaux s’est dit «très rassuré par la façon dont Christophe Gleizes est traité» à l’issue de sa rencontre avec le président Tebboune. De son côté, Laurent Nuñez, le ministre de l’Intérieur, espère recevoir son homologue à Paris dans les prochains jours. Dans ses relations avec ce singulier pays «ami», la France donne en permanence l’impression de devoir ravaler sa fierté.
Il y a quelque chose de profondément humiliant dans la relation entre Paris et Alger. Quelque chose qui dépasse la diplomatie classique, les querelles mémorielles et les postures médiatiques. Une sorte de rituel de soumission molle.
La menace fantôme
On s’engueule officiellement. On rappelle un ambassadeur. On fait mine d’être offensé. Puis on retourne discrètement à Alger avec le dossier sous le bras, le regard bas et la voix conciliante. Et cette fois encore, derrière la visite de Gérald Darmanin, derrière les sourires crispés et les communiqués prudents, tout le monde comprend le véritable sujet : la France a besoin de l’Algérie. Pas l’inverse. Besoin d’elle pour reprendre certains de ses ressortissants. Besoin d’elle pour quelques coopérations sécuritaires. Besoin d’elle pour tenter de contenir une partie du narcotrafic lié à la DZ Mafia. Et surtout besoin d’elle pour obtenir, peut-être, un geste concernant Christophe Gleizes.
Le reste n’est qu’habillage diplomatique. Car enfin, soyons sérieux deux minutes. Depuis des décennies, le pouvoir algérien applique une doctrine extrêmement simple : les siens restent les siens. On ne livre pas ses ressortissants. Ou le moins possible. Encore moins lorsqu’ils disposent d’argent, de réseaux ou de connexions utiles. Et dans le même temps, Alger refuse régulièrement de récupérer certains de ses nationaux condamnés ou expulsables depuis la France. Résultat : Paris expulse peu, menace beaucoup et recule souvent.
A lire aussi: «DZ Mafia»: une mafia post-coloniale
Tout cela est connu depuis longtemps. Mais comme toujours dans ce pays, on découvre les évidences avec quinze ans de retard et une commission parlementaire.
Le plus ironique, c’est que la France officielle continue de parler à l’Algérie comme un professeur fatigué parlant à un ancien élève turbulent, alors que le rapport de force réel raconte exactement l’inverse. Car Alger a compris quelque chose que Paris refuse toujours d’admettre : la culpabilité française est devenue une ressource diplomatique exploitable. Une rente mémorielle. À chaque tension, la mécanique est la même : la colonisation revient sur la table, les humiliations historiques sont rappelées, la repentance française est discrètement réactivée et Paris finit toujours par rechercher “l’apaisement”. L’apaisement : ce mot magnifique des puissances fatiguées.
Et pendant ce temps-là, la réalité continue. Des narcotrafiquants français ou franco-algériens trouvent refuge de l’autre côté de la Méditerranée. Les réseaux prospèrent. Les morts s’accumulent à Marseille. Des adolescents se font exécuter pour quelques kilos de cocaïne ou des points de deal mal partagés.
Christophe Gleizes, le symbole de notre faiblesse
Mais la France avance à pas comptés. Parce qu’il y a toujours quelque chose à négocier. Toujours une susceptibilité à ménager. Toujours un otage diplomatique potentiel. Dans cette affaire, Christophe Gleizes devient malgré lui le symbole parfait de la faiblesse française contemporaine. Non pas parce que sa situation serait secondaire — elle est évidemment dramatique — mais parce qu’elle place l’État français dans une position de dépendance morale et médiatique. Et tout le monde sait ce que cela signifie. Quand un pays démocratique veut récupérer l’un des siens détenu à l’étranger, il devient vulnérable. Il cherche le compromis. Il adoucit le ton. Il évite les sujets qui fâchent. Il ravale sa fierté.
A lire aussi: Z comme Zizou…
Autrement dit : il baisse le pantalon diplomatiquement en espérant obtenir une petite concession humanitaire qui permettra ensuite aux ministres de revenir sur les plateaux télé expliquer que “le dialogue a porté ses fruits”. Le problème, c’est qu’à force de vouloir préserver le dialogue, la France donne parfois l’impression de ne plus défendre autre chose que sa propre peur du conflit. Et c’est précisément ce que beaucoup de puissances étrangères ont désormais compris : la France contemporaine redoute plus la tension diplomatique que l’humiliation elle-même.
Alors elle absorbe les gifles. Poliment. Républicainement. Avec communiqué officiel et sourire crispé. Puis elle appelle cela “la coopération”.
Ne fais pas ton Français !: Itinéraire d'un bâtard de la République
Price: ---
0 used & new available from





