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Nantes: les gosses perdus de la République

Un petit a été tué… Des renforts de police déployés


Nantes: les gosses perdus de la République
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez s'est rendu à Nantes le 15 mai 2026 après une fusillade ayant entrainé le décès d'un jeune. RS

À Nantes, une fusillade liée au narcotrafic dans le quartier de Port-Boyer a coûté la vie à un adolescent de 15 ans et fait deux blessés. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, s’est rendu sur place le lendemain afin de rencontrer des habitants de plus en plus excédés et inquiets pour leur sécurité. Ce drame intervient alors que le ministre s’apprête à défendre au Sénat le projet de loi « Ripost », visant à durcir sévèrement les sanctions et les amendes contre les consommateurs de drogue.


Un enfant de quinze ans tué par balles au pied d’un immeuble au 3 rue de Pornichet du quartier réputé relativement paisible de Port-Boyer ce vendredi 15 mai. Il s’était arrêté là pour discuter. Rien d’autre, rien à voir dans un trafic quelconque. Deux autres ados blessés. Toujours par balles. Deux types à deux roues, cagoulés, vêtus de noir ont déboulé et fait feu à l’arme automatique. À croire qu’en France aujourd’hui, ce genre de flingue se procure aussi facilement qu’une canette de limonade au distributeur. Comme la drogue d’ailleurs. Le bas de l’immeuble en question serait, comme on dit dans le jargon du métier, « un point de deal ». Convoité, le point de deal, d’où la tuerie pour se l’approprier. Cela ne se passe pas au creux de la nuit, à une heure où des gamins n’ont rien à faire dehors, non à 19h30, une fin d’après-midi de printemps.

Une situation hors de contrôle ?

« On est sur des reprises de point de drogue », commentent les autorités avec une belle assurance. On a affaire à « un règlement de compte en lien avec des infractions à la législation sur des stupéfiants. » Qu’en termes choisis ces choses-là sont dites.

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La maire de Nantes, Johanna Rolland, réélue en mars puisque les Nantais qu’on nous dit aujourd’hui exaspérés, horrifiés, n’ont pas cru devoir faire un autre choix, davantage sécuritaire, en se rendant aux urnes, y va de son couplet mouillé de larmes : « C’est un drame absolu. Nantes est endeuillée par la mort d’un adolescent. Tous les moyens doivent être mis en œuvre… et blablabla et blablabla ». Sa ville a connu « cinquante-quatre séquences de tir (sic) entre janvier et novembre 2025 ». Et vingt-sept depuis seulement le début de l’année. Autant dire que le drame de Port-Boyer était en germe dans cette situation manifestement très largement hors de contrôle. Qu’a fait Madame la maire à l’époque ? Elle a fait campagne et, je l’ai dit, a été réélue.

Nuñez, le ministre de l’Intérieur débarque sur place. Un gamin mort, deux autres blessés, ça justifie qu’on fasse mine de se bouger, comprenez-vous. Il nous sert le couplet éculé, désormais inaudible de « la détermination intacte et totale. » Et promet de muscler la répression avec sa loi « Ripost ». En attendant, il annonce l’arrivée de sept cents policiers supplémentaires dont trois cents dédiés à la criminalité organisée. C’est déjà ça.

La France est-elle le prochain narco-Etat ?

Il y a Nantes mais il y a aussi Nice et ses deux tués également par balles dans le quartier des Moulins, il y a par ailleurs la banlieue lyonnaise et ses trois morts dans un incendie criminel sur fond, là aussi, de lutte pour un point de deal.

L’âge des victimes bien sûr nous bouleverse. Plus sidérant encore, celui des tueurs qui, dans certains de ces cas, ne sont guère plus âgés. Des mômes meurent au coin des rues de France, des mômes tuent comme dans leurs jeux vidéo. Les uns et les autres sont les gosses perdus de la République. La mort ou des séquelles sans fin pour les premiers, la vie flinguée pour les seconds. La case prison si on les attrape, l’engrenage de la criminalité sanglante si, cette fois-ci, ils passent à travers les mailles. Le gâchis intégral. La honte suprême d’une société.

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Une vérité. C’est bien le dealer, le bandit à deux roues qui tire et tue. Pas de doute là-dessus. Mais c’est aussi bel et bien le consommateur, quel qu’il soit, qui enclenche la balle dans le canon de l’arme. Le consommateur, complice de mort. Voilà la vérité cruelle. On nous dit que la loi « Ripost » prévoit de passer l’amende pour consommation de quelque chose comme 350 euros à 500. Avec, éventuellement confiscation temporaire du permis de conduire. Bref, une petite tape sur la minime. Le drame du Port-Boyer, après tant d’autres, nous montre l’urgence qu’il y a à cogner et à cogner fort. Quand le cadre sémillant, amateur de coke pour ses performances au bureau et au pieu, se sera retrouvé sans un rond et tenu de se pointer à son job avec un élégant bracelet électronique à la cheville, il y regardera à deux fois avant de s’offrir un nouveau trip. Ses collègues et petits copains aussi, d’ailleurs. On nous serine aussi qu’il convient de soigner ces gens. Qui dit le contraire ? Mais avant de devenir dépendants au point d’être effectivement malades, ils ont commencé par être des délinquants, tout simplement. Des délinquants récidivistes puisqu’il sont arrivés à un point d’addiction à force de prises. Dans ce registre du trafic de drogue, en fait la source est au bout de la chaîne, non à son commencement. La cause est la demande bien plus que l’offre. Le ministre de l’Intérieur précédent Bruno Retailleau avait initié une campagne, un clip allant dans ce sens. Les belles âmes se sont immédiatement élevées contre, considérant que le message était trop culpabilisant. Foutaise ! Justement, c’est ce qu’il faut absolument faire : culpabiliser encore et encore le client. Sans faiblir.

Parmi les témoignages de Port-Boyer relevés par les confrères du Parisien, une femme raconte qu’on voit passer par là toutes les catégories sociales, les cols blancs, les résidents des beaux quartiers de la ville comme les autres. Ils ne viennent pas là pour les charmes du lieu qui, pourtant n’en manque pas totalement. Ceux-là ont leur part – part terrifiante – dans la mort de cet enfant, dans la conversion en criminels barbares de ces autres enfants que d’immondes salauds recrutent pour la sale besogne en leur agitant sous le nez une carotte de trois francs six sous. Il faut leur rappeler la responsabilité qui est la leur matin, midi et soir. La culpabilisation aussi peut parfois relever de l’intérêt public…

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Ex-prof de philo, auteur, conférencier, chroniqueur. Dernière parution : « Je suis Solognot mais je me soigne » éditions Héliopoles, 2025

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