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Epic Fury: cette guerre que l’Amérique aurait “perdue”… en la gagnant


Epic Fury: cette guerre que l’Amérique aurait “perdue”… en la gagnant
Le président américain Donald Trump de retour de Chine, Washington, 15 mai 2026 © CNP/NEWSCOM/SIPA

Le président américain Donald Trump vient de déclarer avoir renoncé, ce mardi, à une nouvelle opération militaire d’envergure contre l’Iran, qui aurait porté le nom de « Sledgehammer ». Les États-Unis se tiendraient toutefois toujours prêts à lancer « à tout moment une attaque totale et de grande ampleur contre l’Iran si aucun accord acceptable n’était trouvé » avec Téhéran. Le régime iranien, qui a fait depuis cinquante ans du slogan « Mort à l’Amérique » l’un des fondements de son identité politique, s’est révélé incapable, au moment décisif, de tuer plus de six soldats sur une base pourtant peu défendue. Par ailleurs, ce même régime semblerait aujourd’hui incapable d’assurer sa propre défense en cas de reprise des hostilités. Grand récit.


Une chose étrange s’est produite depuis l’arrêt de l’opération Epic Fury, nom donné aux bombardements américains sur l’Iran entre le 28 février et le 7 avril. Il est désormais communément admis que les Etats-Unis auraient perdu et que c’est l’Iran qui serait sorti vainqueur de cette confrontation !

« Trump s’est trompé ! » « Il a sous-estimé la capacité de résistance des Iraniens. » « Il s’est lancé dans une guerre sans stratégie, sans objectif, sans planification. » « Pire : les Américains n’ont même pas détruit l’appareil militaire iranien, et c’est eux qui seraient à court de munitions… » C’est, en substance, ce qu’on peut lire dans le New York Times, ou entendre sur CNN (et ailleurs) tous les jours. Invraisemblable analyse quand on examine la conduite et le bilan militaire comptable de cette guerre, mais analyse dominante et en voie de devenir axiomatique, c’est-à-dire incontestable.

Le TDS : plus contagieux que l’hantavirus!

Cette analyse résulte en partie de l’inévitable « TDS » le « Trump Derangement Syndrome », virus qui infecte une partie du monde politique et l’ensemble du monde médiatique, et qui veut que, quoi qu’il arrive, Trump soit le mauvais et le perdant. Contre ce syndrome on ne peut rien. Aucune justification, aucune explication ne parviendra à faire évoluer l’opinion des personnes atteintes de TDS. C’est une question de principe. Aussi inflexible que l’idéologie.

Cette analyse résulte aussi en partie, et surtout, du fait que le « régime des mollahs » tient toujours à Téhéran. Le seul fait d’avoir survécu aux bombardements américains est considéré comme une victoire pour les Gardiens de la Révolution. C’est oublier que le changement de régime n’était pas dans les buts de guerre américains. Ce que Donald Trump a clairement dit lors du lancement d’Epic Fury et répété maintes fois par la suite. Pour rappel, l’objectif principal d’Epic Fury était l’élimination de la menace nucléaire iranienne et les objectifs secondaires étaient la dégradation des capacités balistiques de l’Iran ainsi que sa capacité à entretenir des « proxys » pour menacer Israël et le Proche-Orient. Or ces objectifs ont été atteints. Dès lors, prétendre que cette opération constituerait une défaite américaine est un mensonge. Mensonge qui tient plus du vœu pieux et de la détestation de Trump que d’une analyse objective. Retour sur le déroulement et le bilan d’Epic Fury pour le démontrer.

Trump déterminé à neutraliser la menace nucléaire

A 1h15 du matin, heure de New York, dans la nuit du 27 au 28 février, le président Trump est apparu à la télévision américaine, le col ouvert, sans cravate, portant une casquette blanche marquée des trois lettres « USA », pour y faire une brève déclaration :

« Il y a peu de temps, l’armée américaine a lancé d’importantes opérations militaires en Iran. Notre objectif est de défendre le peuple américain en éliminant les menaces imminentes que représente le régime iranien….

La politique des États-Unis, et en particulier celle de mon administration, a toujours été que ce régime terroriste ne puisse jamais posséder l’arme nucléaire…

Nous allons détruire leurs missiles et raser leur industrie balistique…

Nous allons anéantir leur flotte. Nous allons faire en sorte que les groupes terroristes agissant par procuration dans la région ne puissent plus déstabiliser la région ni le monde, ni attaquer nos forces…

Et nous ferons en sorte que l’Iran n’obtienne pas l’arme nucléaire…Ils n’auront jamais l’arme nucléaire…

Au grand et fier peuple iranien, je dis ce soir que l’heure de votre liberté est proche… Quand nous aurons terminé, prenez le contrôle de votre gouvernement. Il vous appartiendra. Ce sera probablement votre seule chance pour des générations… »

L’opération militaire en question avait été baptisée « Epic Fury ». Elle faisait suite à « Midnight Hammer » (marteau de minuit), une frappe massive contre les installations nucléaires iraniennes à Natanz, Fordo et Ispahan, conduite par des bombardiers B2 le 22 juin 2025. Epic Fury était menée conjointement avec Israël dont la propre opération s’appelait « Roaring Lion », (lion rugissant) en continuation de « Rising Lion » (lion qui se lève), nom de la brève guerre menée contre l’Iran en juin 2025.

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Les attaques, dont Donald Trump précisait qu’elles allaient durer « quatre à six semaines », n’avaient pas été annoncées à l’avance. Bien entendu. Pour garantir un effet de surprise. Toutefois, depuis plus d’un an, Donald Trump menait une politique dite de « pression maximale » contre l’Iran et sommait ses dirigeants de « faire un deal » sur le nucléaire, faute de quoi les Américains imposeraient ce « deal » par la force. A cette fin, ils avaient massé d’importantes forces armées en Méditerranée et en mer d’Arabie. Deux groupes navals emmenés par les porte-avions USS Abraham Lincoln et USS Gerald Ford étaient déployés. Des dizaines d’avions ravitailleurs Boeing C135 avaient aussi été massés sur les bases militaires américaines en Europe, au Proche Orient et en Afrique pour permettre des missions plus longues grâce au ravitaillement en vol.

En 24 heures, 1000 cibles atteintes et Ali Khamenei éliminé

Les cibles visées cette première nuit incluaient des centres de commandement et de contrôle iraniens, des installations de lancement de missiles, des systèmes de défense aérienne, des infrastructures navales, des installations des Gardiens de la révolution, des complexes de commandement, et des usines de production de drones. Ces cibles étaient disséminées à travers l’Iran.

Beaucoup étaient à Téhéran même, la capitale, comme le quartier général du Corps des Gardiens de la Révolution (IRGC), le ministère de la Défense, le bâtiment du Conseil de sécurité national, le centre de coordination du renseignement, le centre de commandement de la défense aérienne. Et des relais de communication.

D’autres étaient situées dans les grandes villes de province : Ispahan, Shiraz, Tabriz, Kermânchâh. Il s’agissait le plus souvent de QGs opérationnels de l’IRGC. Certains des sites visés étaient enterrés et faisaient partie du réseau de tunnels et d’abris militaires creusés par les Iraniens dans les montagnes de l’ouest et du nord-ouest du pays pour y entreposer leurs missiles, lanceurs, drones et avions de combats, à l’abri des regards et surtout à l’abri (pensaient-ils) des bombes américaines.

En tout plus de mille cibles iraniennes furent touchées durant les premières vingt-quatre heures de l’opération.

Lors de ces premières vingt-quatre heures, une attaque israélienne détruisit le complexe du Guide suprême de la Révolution, en plein cœur du quartier Pasteur de Téhéran, tuant le guide lui-même, Ali Khamenei, et une dizaine des plus hauts dirigeants du régime qui s’étaient réunis en plein jour se croyant intouchables. Le quartier Pasteur de Téhéran est l’équivalent du Kremlin à Moscou et du National Mall à Washington, c’est le centre du pouvoir, l’endroit le plus sécurisé du pays ! L’aviation israélienne l’a pulvérisé dans les premières minutes de l’opération, avec des missiles guidés « pénétrants », sans qu’aucun de ses appareils ne soit touché en retour.

Ainsi dès le début du conflit l’Iran fut décapité et sa chaine de commandement désorganisée. Ces attaques ciblées n’allaient jamais cesser. Dans les jours suivants, d’autres têtes du régime allaient tomber. En tout près de soixante dirigeants iraniens ont été tués durant Epic Fury et Roaring Lion.

En représailles, l’Iran lança des dizaines de missiles balistiques et de croisières contre Israël, contre les bases américaines dans le Golfe arabo-persique, ainsi que contre des infrastructures militaires et civiles dans les monarchies du Golfe, notamment les Emirats Arabes Unis. Un grand hôtel fut touché à Dubaï. Par erreur ou à dessein ? On ne sait pas.

Chantage autour du détroit d’Ormuz

Dès le 28 février également l’IRGC informa les navires de commerce dont d’innombrables tankers, transitant par le détroit d’Ormuz que l’endroit était désormais « une zone de guerre » et le passage non sécurisé. Tout bâtiment s’y aventurant risquait d’être visé par des tirs ou touché par une mine. L’annonce eut l’effet immédiat de « fermer » le détroit, plus aucune compagnie d’assurance n’acceptant de couvrir le risque du passage…

Dans les jours qui suivirent l’Iran continua de tirer tous azimuts à travers la région. Toutefois sa capacité de tir ne cessa de baisser. Les estimations disponibles (compulsées par ChatGPT) indiquent plus de trois cent-cinquante tirs de missiles (tous types et toutes cibles confondus) le 28 février, 110 le 1er mars, 95 le 2 mars, 80 le 3, 65 le 4, 55 le 5, puis une baisse quotidienne jusqu’à moins de 25 à partir du 10 mars.

Dans un premier temps, notamment entre le 5 et le 10 mars, la baisse du nombre de tirs de missiles fut compensée par des attaques de drones. Plusieurs centaines d’appareils sans pilotes, dont les fameux Shahed, furent envoyés, souvent par vagues coordonnées contre des cibles multiples en Israël et dans les pays du Golfe. A partir du 10 mars, toutefois, ces attaques devinrent moins nombreuses, moins coordonnées et régulièrement contrées par les pays visés. Au contraire, le nombre de cibles visées et le nombre d’appareils impliqués dans les frappes côté américain, ne cessa d’augmenter. Après mille cibles atteintes le premier jour, le Pentagone indique 1250 cibles le deuxième, 1700 le troisième, puis cinq mille pour les dix premiers jours.

Un F15 Strike Eagle abattu par les Iraniens

Durant les trois premiers jours d’Epic Fury Israéliens et Américain établirent leur « supériorité aérienne », le contrôle du ciel iranien. Au dixième jour, cette supériorité était devenue « suprématie ». Les bombardiers américains pouvaient mener des raids loin à l’intérieur du pays sans rencontrer la moindre opposition. Et ils n’ont pas manqué de détruire des dizaines de sites de lancement de missiles, des usines de fabrication de drones et des commissariats de Bassijis (la milice de l’IRGC). Le seul incident notable, côté américain, fut la perte d’un avion F 15 Strike Eagle le 3 avril. Les deux officiers à son bord parvinrent à s’éjecter et furent tous les deux secourus et récupérés par les Américains dans les heures qui suivirent. La mission de « search and rescue » pour sauver ces deux soldats devint l’acte d’héroïsme le plus vanté de la guerre. Le 1er mars, six soldats américains étaient tués et des dizaines blessées par un tir de missile iranien sur une base américaine au Koweït. Le tir le plus dévastateur de tout le conflit, et le pire jour pour les Américains en termes de pertes humaines. Au total, les Américains perdront treize combattants dans le conflit. Dès le 9 mars le président Trump déclara la guerre « pratiquement terminée ».  Les bombardements se poursuivirent néanmoins, tandis que des discussions avaient repris par l’intermédiaire du Pakistan.

Au soir du 7 avril, avant la fin de la sixième semaine de combats, l’ébauche d’un cessez-le-feu fut définie et acceptée par les deux camps. Conclu pour deux semaines, ce cessez-le-feu a été reconduit et tient toujours malgré plusieurs violations de la part de l’Iran, que les Etats-Unis ont jugé mineures et insuffisantes pour justifier la reprise des hostilités.

A partir du 13 avril, pour contrer la « fermeture » du détroit d’Ormuz par l’Iran, les Américains ont mis en place un blocus des ports iraniens du Golfe persique. Concrètement, aucun navire en provenance ou à destination de l’Iran n’est autorisé à entrer ou sortir du Golfe. Plus de soixante navires ont ainsi été interceptés et détournés par les forces américaines. L’objectif est « d’étouffer » l’économie iranienne, qui dépend largement des exportations de pétrole via le Golfe persique.

Malgré ces tensions, les négociations ont continué. Sans aboutir. Les Etats-Unis maintiennent leur demande d’un renoncement inconditionnel de l’Iran au nucléaire militaire. L’Iran demande au contraire la levée des sanctions financières en place depuis des années et la levée du récent blocus américain, pour consentir à ouvrir le détroit d’Ormuz et reprendre les discussions tout en repoussant la question nucléaire à plus tard… Bref, une solution négociée semble improbable. Les positions des deux campas sont trop éloignées et les Iraniens ont l’art de renier en public ce que leurs négociateurs ont accepté en privé, rendant tout dialogue stérile. En prise à un face à face tendu qui pourrait se prolonger, le bilan du confit ne peut être établi qu’en examinant l’état des forces en présence.

Les Etats-Unis ont perdu trois avions durant le conflit (deux chasseurs et un ravitailleur), dont l’un fut victime d’un tir ami, et un autre de problèmes techniques. Cela signifie que les défenses anti-aériennes de l’Iran ont abattu un seul avion ennemi en six semaines malgré des milliers de « sorties » de l’adversaire. Les bases et installations militaires américaines dans la région ont été touchées à vingt reprises seulement pour des dégâts insignifiants (sauf à Port Shuaiba au Koweït, le 1er mars).

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En comparaison plus de treize mille cibles iraniennes ont été anéanties ou endommagées. Plus de dix mille soldats, du Corps des gardiens de la révolution islamique, seraient morts. C’est une estimation invérifiable, de même que le nombre de victimes civiles. Le gouvernement iranien a perdu ses plus hauts dirigeants. Personne ne sait qui dirige le pays aujourd’hui et parle vraiment au nom du gouvernement. Le stock d’uranium enrichi de l’Iran (440 kilogrammes enrichis à 60% qu’ils ont reconnu posséder) est toujours enterré profondément dans le site détruit d’Ispahan. Leurs centrifugeuses seraient détruites et leur capacité à enrichir l’uranium actuellement nulle. L’appareil militaire iranien est à terre. Les défenses anti-aériennes sont quasi nulles. L’aviation est inopérante. Les cent-soixante navires de sa flotte ont été coulés. Seules restent les petites embarcations rapides qui agissent dans le Golfe et peuvent effrayer des navires marchands, mais pas des bâtiments militaires.

Les moyens de l’IRGC ont été considérablement amoindris, et ses capacités de fonctionnement dégradées. Avant le conflit, l’Iran disposait d’entre 2 500 et 6 000 missiles balistiques (l’écart entre l’estimation la plus basse et l’estimation la plus haute illustre le flou des connaissances sur les moyens « réels » de l’Iran). Quelques-uns à très longue portée (4 000 km), la plupart de courte portée (de 300 à 1000 km). Aujourd’hui ce stock est estimé entre 1 500 et 1 800 missiles. Avec près de 50% des lanceurs hors d’usage. L’Iran possédait aussi des dizaines de milliers de drones Shahed, et des usines capables de les produire à la chaine. Ces usines ont été détruites. Quant au stock de drones encore utilisables, il est en vérité inconnu.

Une économie à terre

Les capacités de Défense aérienne du pays incluaient des missiles S 300 et S 400 d’origine russe, parmi les plus sophistiqués du marché. Ils ont été clairement submergés par les frappes américaines et israéliennes. Aujourd’hui l’Iran est incapable de protéger son espace aérien.

Militairement le régime de Téhéran n’a pas été simplement battu, il a été écrasé. Ce qui frappe dans cette confrontation est la disproportion des forces en présence. Ce régime qui a fait depuis cinquante de « mort à l’Amérique », son slogan et sa raison d’être, a été capable le moment venu de tuer seulement six malheureux soldats sur une base mal défendue… Ce même régime serait aujourd’hui incapable de se défendre en cas d’une reprise des hostilités.

De plus, écrasé militairement, l’Iran est en passe d’être étouffé économiquement. Le blocus américain, qui entre dans sa sixième semaine, a un impact indéniable sur l’économie de l’Iran. Les exportations de pétrole de l’Iran qui était de 2 millions de barils par jour avant le conflit ont chuté de 80%. Le rial, la monnaie iranienne, ne vaut plus son poids en papier et l’inflation dépasse 100% par an. Les fonctionnaires et les militaires sont payés en monnaie de singe. Les circuits d’alimentation ont été perturbés, même s’il n’y pas encore de pénurie. Les composants industriels n’arrivent plus, obligeant de nombreuses usines et de nombreux commerces à fermer. Jusqu’à quand ces difficultés seront-elle tolérées par la population ? Alors que celle-ci s’était déjà soulevée en janvier, bien avant qu’Epic Fury ne rende la vie quotidienne encore plus difficile… Pour l’heure, les (nouveaux) dirigeants de l’Iran refusent de céder aux demandes américaines et se montrent mêmes plus arrogants et défiants que jamais. Cela tient de la posture et du besoin de projeter une image de force à sa propre population, précisément pour la décourager de se soulever. En réalité, ce régime est affaibli et vulnérable. Mais le seul fait que les mollahs soient toujours là, suffit pour que certains voient dans l’affaire une « défaite » américaine. Voici leur raisonnement.

Cette image fournie par le Commandement central des États-Unis montre un F/A-18E Super Hornet se préparant à effectuer un appontage avec brin d’arrêt sur le USS Gerald R. Ford après une mission de soutien à l’opération Epic Fury, le samedi 28 février 2026 © AP/SIPA

Entre l’avant « Epic Fury » et l’après, le régime de Téhéran s’est endurci. Les nouveaux dirigeants sont des cadres issus de l’IRGC, encore plus fanatisés et jusqu’au-boutistes que leurs prédécesseurs. C’est une mauvaise chose. Le prix du pétrole est passé de 60 à 100 dollars le baril, créant un « choc énergétique » dans le monde et une poussée inflationniste sur le carburant, y compris aux Etats-Unis. Comme quoi le conflit pénalise les Américains, et le reste des pays développés. C’est une seconde mauvaise chose. Enfin, les frappes iraniennes contre les monarchies du Golfe et la fermeture du détroit d’Ormuz constituent une menace sur l’économie mondiale qui pourrait entrainer des pénuries, et même des famines, écrivent certains, car le gaz naturel nécessaire à la production de certains engrais n’est plus disponible ni acheminable… Ces mêmes observateurs se flattent de la ténacité et de la résilience du régime iranien. Ils sourient de ce que la puissance américaine et la manière forte de Donald Trump s’avèrent incapables d’obtenir des concessions de la part des Mollahs. Mais ces analyses sont aussi partiales que partielles.

Un, le régime de Téhéran s’est peut-être endurci mais ses capacités de nuisance ont été réduites. Le lien avec ses « proxys » a été coupé. Le Hezbollah au Liban est en mode survie. Le Hamas tente de se relever, mais son contrôle sur Gaza s’est amoindri. Les Houthis du Yémen n’ont pas bougé de tout le conflit. Quant au prix du pétrole, c’est une poussée de fièvre temporaire, et ce prix retombera instantanément à la conclusion du conflit. Le monde regorge de pétrole et de gaz, le Vénézuéla et les Etats-Unis eux-mêmes pouvant substituer leur production à celle de l’Iran. Pour le détroit d’Ormuz il existe des voix de contournement terrestre, notamment des oléoducs et gazoducs vers la Mer Rouge et des voies routières vers la mer d’Arabie, évitant le détroit.

Par ailleurs, il ne faut pas se tromper de cible. Ce ne sont pas les Américains qui ont fermé le détroit, ce sont les Iraniens. Cet acte constitue une violation flagrante du droit international (dont se réclame, entre autres, le président français Emmanuel Macron), de même que la volonté iranienne d’imposer un « péage » au passage des navires, et c’est à la communauté internationale, si celle-ci a encore la moindre réalité et autorité, de rétablir la liberté du commerce et de remettre l’Iran à sa place. Mais, il est plus facile de parler que d’agir et pour l’heure force est de constater que cette « communauté internationale » brille par sa totale invisibilité dans ce conflit.

Reste le régime de Téhéran. On ne change pas un régime sans envoyer des troupes au sol, rappellent les défaitistes. Or les Américains s’y refusent (et vont continuer à s’y refuser, à juste titre). Mais tant que le régime ne sera pas tombé, Epic Fury aura un goût d’inachevé. C’est inévitable. La victoire militaire indéniable des Américains et Israéliens sur l’Iran n’a pas débouché sur un nouveau Moyen Orient libéré de la menace que le régime des Mollah fait peser sur lui depuis près d’un demi-siècle. Cette menace a été amoindrie mais pas éliminée. Dès lors, le blocus des ports iraniens va se poursuivre, et il n’est pas exclu que des combats reprennent. Selon certains, une nouvelle opération est même déjà planifiée et s’appellera « Sledgehammer » (marteau-pilon). Ensuite, et seulement ensuite, le peuple iranien pourra jouer le rôle que Donald Trump a évoqué le 28 février. Reprendre son destin en main et recouvrer sa liberté. C’est seulement du peuple iranien que peut venir la victoire finale. S’il en a l’envie, et s’il est prêt à en accepter le coût. Il faut le souhaiter car grâce à Epic Fury, le régime en place depuis 1979 n’a jamais été autant malmené et autant fragilisé.


Cet article a d’abord été publié sur le blog de Gerald Olivier.

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est un journaliste franco-américain, éditeur du blog "France-Amérique, le blog de Gérald Olivier" et auteur en 2013 de "Kennedy le Temps de l'Amérique" aux éditions Jean Picollec

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