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Quand le militantisme politique s’attaque au sport, les femmes sont toujours en première ligne

Militants woke ou islamistes, sur les terrains ils n’ont pas le même maillot, mais la même passion pour le chantage victimaire! Actuellement, le collectif des “hijabeuses” pousse pour que le port du voile islamique (qui est un instrument politique partout dans le monde) soit autorisé en France pendant les matchs de football – la FIFA l’autorise dans son règlement depuis 2014. Des associations féministes, idiotes utiles, soutiennent les militants islamistes.


Notre contributrice Renée Fregosi est notamment l’auteur de Français encore un effort… pour rester laïques ! (Ed. L’Harmattan 2019), et Comment je n’ai pas fait carrière au PS. La social-démocratie empêchée (Ed. Balland 2021)

Les compétions sportives ont toujours eu partie liée avec la politique. D’Olympie en Grèce ancienne au jeu sacrificiel de la balle des Mayas et des Aztèques, des cours de chars où s’affrontaient les clans de Byzance aux arts martiaux réservés aux Samouraïs de l’époque des Shoguns du Japon médiéval. Et plus près de nous, on se souvient de l’instrumentalisation par Hitler des jeux olympiques de Berlin en 1936, ou pendant la guerre froide, des athlètes du bloc de l’Est traitées aux hormones pour la raison d’État. Aujourd’hui encore, le choix des villes qui accueillent les grandes rencontres internationales dépend au moins en partie de manœuvres géopolitiques. 

Dans le sport comme ailleurs, la banalisation insidieuse du port du voile doit être dénoncée et combattue

Mais ce qui est nouveau, c’est que des acteurs non étatiques s’invitent aujourd’hui dans le jeu. De même que les ONG interagissent de plus en plus avec les États dans les arènes internationales (comme on peut le constater depuis l’Assemblée générale de l’ONU à Durban institutionnalisant en 2001 une stratégie résolue contre Israël), le militantisme politique s’est lancé à l’assaut du sport. Les enjeux y sont alors également d’ordre culturel et civilisationnel, et deux groupes de pression de nature et de poids différents, y sont principalement à l’œuvre : les défenseurs du combat LGBT-Queer et les islamistes.  Dans les deux cas, ce sont les femmes qui sont les premières touchées, de façon perverse, par ces offensives militantes.

Les poids lourds de l’activisme “inclusif”

En septembre 2021, Alana McLaughlin deuxième athlète déclarée transgenre à combattre dans les « arts martiaux mixtes », a remporté facilement la compétition qui l’opposait à la Française Céline Provost. Dans le nom « arts martiaux mixtes » (ou « Mixed Martial Arts » en anglais (MMA)), « mixte » ne signifie pas que les hommes et les femmes participent aux mêmes combats, mais que ce type de lutte à mains nues combine différentes techniques qui en font un sport extrêmement violent. Anciennement appelée combat libre ou free-fight, cette discipline sportive n’a été légalisée en France qu’en 2020 comme elle l’est dans plusieurs autres pays. En 2011, l’Ultimate Fighting Championship (UFC), organisation de combat libre basée aux États-Unis, a commencé à promouvoir les combats de femmes et il existe depuis lors des compétitions internationales féminines officielles. Or, dès 2013, s’est posée la question de la participation à ces combats féminins, de femmes transgenres (des hommes se reconnaissant comme étant des femmes). À l’époque, Ronda Rousey, championne femme « cisgenre » (c’est-à-dire de naissance) avait refusé d’affronter la trans Fallon Fox, considérant le combat inéquitable.

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Certes, lorsqu’on évoque la question de l’équité entre concurrents dans les compétitions sportives, on peut arguer du fait qu’il n’existe pas d’équité naturelle entre individus humains, de tailles et corpulences très diverses, y compris dans chacun des deux sexes. Mais alors pourquoi, notamment dans les sports de combat, existe-t-il des catégories différentes en fonction du poids ? Devrait-on les supprimer au nom de l’inégalité de nature dans les caractéristiques corporelles ? Sans doute pas. Quant à la séparation traditionnelle entre compétitions féminines et masculines, elle peut relever de la même logique d’équité. 

La mixité n’est pas légitime dans toutes les disciplines sportives

Toutefois, il est indéniable qu’à l’origine du sport féminin, longtemps réprouvé au motif que les femmes ne devraient pas exh​​iber leurs corps ni s’adonner aux mêmes plaisirs et activités que les hommes, des considérations « morales » archaïques entraient également en ligne de compte. Lorsqu’on autorisa les femmes à pratiquer le sport, la séparation des sexes était par conséquent sans doute davantage une concession à la pudibonderie qu’elle ne procédait d’un souci d’équité. Mais devrait-on renoncer pour autant à cette distinction au nom de l’égalité hommes/femmes ? Pour certains sports, la mixité des sexes est tout a fait possible et c’est d’ailleurs déjà le cas dans certaines disciplines : par exemple, dans les sports équestres, hommes et femmes peuvent concourir dans les mêmes épreuves aux Jeux olympiques. Il peut en être de même pour le tir au pistolet et au fusil, toutefois l’histoire du tir aux Jeux olympiques est symptomatique de la complexité de la question : la compétition est devenue mixte (hommes/femmes) en  1972. Mais après qu’en 1992 la tireuse chinoise Zhang Shan ait battu le record du monde, la compétition a de nouveau été réservée uniquement aux hommes (les femmes pouvant concourir entre elles à partir de 2000)… 

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Dans d’autres sports, notamment les sports d’équipe (ballons, relais) la mixité des sexes pourrait également être admise en toute équité, en établissant des règles précises notamment quant à l’égalité du nombre de joueurs ou de membres hommes et femmes dans les équipes respectives. En revanche, dans les compétitions individuelles, lorsque la force est déterminante, l’introduction de catégories différentes s’impose, mais en fonction de critères combinés tels que la masse musculaire, la taille et le poids quel que soit le sexe ou le genre de chaque sportif. La distinction entre compétitions féminines et masculines pourrait même en théorie alors être abolie un peu partout, au profit des différents groupes formés sur ces critères physiques mesurables absolument objectifs. Sans cela, ou bien on interdira aux transgenres d’entrer en compétition, ce qui constitue manifestement, une discrimination, ou bien on multipliera les polémiques comme celle qui a rebondi à propos la compétition en MMA de septembre dernier. Car le débat dépasse largement le cadre des sports de combat. Plusieurs sports féminins sont concernés, notamment le rugby : si la World Rugby « recommande » aux athlètes hommes devenus des femmes de ne pas concourir dans les compétitions féminines, la Fédération française de rugby a davantage clarifié sa position en acceptant, en mai 2021, d’ouvrir les compétitions féminines aux personnes trans féminines, « à partir du moment où elle initie son changement d’état civil et suit un traitement hormonal de douze mois ». Cela au nom de « l’inclusion » qui est partout devenu le mot d’ordre.

Or nombre de féministes de toutes obédiences, s’insurgent contre ce qu’elles considèrent à juste titre comme une injustice nouvelle faite aux femmes. La cause transgenre vient ainsi percuter la ligne de défense des intérêts (mal compris) des femmes, par les néoféministes qui ont fait de la victimisation des « faibles femmes » et de la différenciation des « genres » plutôt que de la lutte en faveur de l’égalité des sexes, les armes de leur combat. En effet, si la représentation que l’on se fait de son genre prime sur la différenciation génitale, on doit reconnaître aux « femmes transgenres » l’appartenance à la catégorie « femme » même si elles ne sont pas des « personnes à utérus » (comme une nouvelle facette du politiquement correct imposerait de désigner le genre féminin, autre incongruité). 

Un mélange des genres encore plus sulfureux…

Mais le néoféminisme n’est pas à une contradiction près et il en est une plus grave sans doute : celle qui consiste à soutenir les revendications islamistes et tout particulièrement le port du voile au nom de la liberté des femmes. Depuis plusieurs années déjà, la plupart des néoféministes se retrouvent en effet aux côtés des islamistes pour défendre le port du voile dans tous les lieux publics, tout comme le port du burqini dans les piscines et sur les plages françaises. Elles poussent même la complicité jusqu’à accepter  la notion de «féminisme islamique » en lutte contre « le féminisme occidental » considérant que le voile est bien une protection des femmes victimes de la concupiscence des hommes. « Intersectionnelles », ces néoféministes, alliées au mouvement décolonial et anti-« privilège blanc », rejoignent, elles aussi, l’offensive anti-occidentale des islamistes et se font leurs idiotes utiles.

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Menant leur offensive jusque dans le sport, les islamistes tentent ainsi aujourd’hui de faire plier les fédérations françaises en revendiquant que les milieux associatifs sportifs soient considérés comme un espace privé et donc un espace de « liberté » où le port du voile est permis. Le mouvement des « Hidjabeuses » est emblématique de ce prétendu féminisme islamiste. La nature de la « révolution religieuse » portée tant par les sunnites de la tendance frériste (des Frères musulmans) notamment, que par les chiites alignés sur le régime iranien des mollahs, est en effet un mélange d’archaïsme dans les principes (misogynie, primauté du religieux sur le politique) et de modernité (moyens de communication, innovations vestimentaires). Si elles étaient réellement féministes, plutôt que de chercher à imposer la légitimité du port du voile sur les terrains, les Hidjabeuses devraient s’engager dans la lutte en faveur du droit des femmes dans les pays musulmans qui, pour les plus intégristes d’entre eux, vont jusqu’à interdire aux femmes d’assister depuis les gradins, à des matchs de foot.

On ne rappellera jamais assez que le voile quelle que forme qu’il prenne (« simple foulard », hidjab, niqab, tchador ou burqa) est avant tout le signe et l’instrument de la soumission des femmes aux hommes et non un signe religieux relevant de la liberté du culte. Toutes les religions monothéistes dans leur version fondamentaliste et les sociétés traditionnelles en général, voilent leurs femmes. Ce n’est donc devenu la marque identitaire spécifique de l’islam que depuis que l’offensive islamiste en a fait son étendard politique. Dans le sport comme ailleurs, la banalisation insidieuse du port du voile doit être dénoncée et combattue, au nom de la libération des femmes et de la défense de la culture occidentale, porteuse d’émancipation des individus de tous les sexes et de tous les genres.

Pour Valérie Pécresse, ce n’est pas tous les jours dimanche

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Philippe Bilger revient sur le meeting politique raté de la candidate LR dimanche dernier


Depuis le 13 février, je ne cesse de ressentir ma différence d’avec ceux qui accablent Valérie Pécresse à la suite de son discours médiocre au meeting du Zénith – une mauvaise scansion, un abus des formules « téléphonées » et de surcroît un verbe haché par de multiples et intempestives interruptions militantes : pour ma part, je l’exonère d’une grande part de responsabilité dans ce que certains dans son camp ont qualifié de « naufrage ».

Inquiétudes avant les prochains sondages

Une équipe qu’on nous vante comme expérimentée ne projette pas une candidate dont l’oralité publique et l’éloquence n’ont jamais été le fort devant 7 000 personnes, selon des modalités qui ne pouvaient aboutir qu’à un fiasco. On a le droit d’être intelligent et lucide. Ce n’était pas rendre service à Valérie Pécresse que de la laisser aller inéluctablement vers un échec. N’être pas « une oratrice » n’est pas grave si on ne vous contraint pas à faire croire qu’on l’est et à endosser une posture tribunitienne aussi éloignée de vous que possible. Valérie Pécresse a raison : « si vous voulez des orateurs, il y en a plein dans la campagne », mais il est aberrant qu’on l’ait envoyée délibérément dans un piège politique, technique et intellectuel. Ce n’est pas être « machiste » que de mettre en lumière cette faute dont j’espère qu’elle ne payera pas le prix dans les prochains sondages !

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Il est clair que mon adhésion renouvelée à sa cause a souffert le martyre face à ce qu’elle n’a pas su dire, à ce qu’elle a mal dit, avec un insupportable hiatus entre un fond qui se voulait d’autorité et de volontarisme et une tonalité de voix qui, pour cet exercice, laissait gravement à désirer. Je n’ai cessé de mettre l’accent sur le fait que pour Valérie Pécresse, le problème résidait dans la forme, dans l’expression d’un verbe qui ne devenait convaincant que dans le partage citoyen, dans l’empathie médiatique. Une parole « en chambre » en quelque sorte. Pour pratiquement tous les autres candidats, cette difficulté n’existe pas. On n’est pas conduit à se détourner de la substance de leurs propos à cause de l’agacement face à leur formulation.

Un mauvais dimanche

Il n’aurait pas fallu faire passer ce dimanche à Valérie Pécresse et à ceux qui contre vents et marées continuent à penser que sa vision d’une droite à la fois ferme, opératoire et républicaine, aux antipodes de la pratique d’Emmanuel Macron, est la seule qui mérite d’être défendue, avec la possibilité d’une victoire au second tour. Quel terrible manque, d’ailleurs, dans ce discours du 13 février, que l’absence de dénonciation du péché le plus grave du macronisme, une manière de présider qui a poussé à son comble la monarchie régalienne en faisant fi, même à deux mois de l’issue capitale, des règles de bienséance démocratique, attitude que Valérie Pécresse pourfend ailleurs à juste titre.

À la décharge de Valérie Pécresse, on peut faire valoir un certain nombre d’arguments

D’abord ne pas lui imputer de reprendre le vocabulaire d’Éric Zemmour (le « grand remplacement ») alors que, si elle l’a fait, c’était pour stigmatiser ces notions et leur extrémisme. Quel dommage qu’elle n’en ait pas profité pour répliquer à la charge d’Éric Zemmour selon laquelle elle ne serait pas de droite ! Tant de lacunes, tant de faiblesses dans son argumentation : plus qu’irritant !

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Ensuite ce n’est pas de la faute de Valérie Pécresse si elle a gagné lors du Congrès, tout simplement parce que cette manière de débattre moins impérieuse que de bon aloi lui convenait mieux. J’ai l’impression qu’on lui reproche rétrospectivement une victoire dont elle n’aurait pas été digne. De surcroît, peut-on faire l’impasse sur les étranges et inquiétants atermoiements de Nicolas Sarkozy qui veut bien donner des conseils mais apparemment ne pas apporter explicitement son soutien ! En tant que citoyen conscient de ce que l’ancien président pourrait et devrait offrir à la candidate choisie par son camp en matière de légitimité et de crédibilité, je suis troublé, pour ne pas dire plus, par les bruits émanant des coulisses du pouvoir : tractations entre Nicolas Sarkozy et Emmanuel Macron, recommandations de Christine Lagarde comme Premier ministre (aux oubliettes, l’arbitrage Tapie !), toute une vie officieuse dans les marges de la transparence républicaine. Il y a des éléments qui nous sont cachés et dont on peut estimer qu’ils créent à notre détriment un déficit démocratique.

Petites ambitions

Enfin ces personnalités, de Christian Estrosi à Eric Woerth et d’autres moins connues profitant de leur migration pour se faire mieux identifier, qui ont rejoint Emmanuel Macron après avoir combattu vigoureusement sa politique, en effaçant ce que son mandat avait de blâmable notamment sur le plan régalien… J’ose espérer que toutes les motivations de ces transfuges ne sont pas putrides mais on ne peut tout de même pas béer d’admiration face à ces opportunismes persuadés d’aller au secours de la victoire. Et ce n’est pas l’impayable Christophe Castaner qui nous convaincra du contraire !

Cela fait beaucoup de pierres jetées dans le jardin de Valérie Pécresse mais rien n’est perdu, en tout cas pas l’honneur. Il est essentiel chez LR de ne demander à notre candidate que ce qu’elle peut donner. Elle a des qualités, des faiblesses émouvantes qui sont des chances. Ceux qui la méprisent, la traitent de haut ont bien tort : je ne le ferai jamais même si je trouve souvent sa dialectique maladroite, ou son autocélébration artificielle. Il faut vite qu’elle retrouve son second souffle. En tirant les leçons de ce qu’elle ne sait pas faire ni être.

Petit traité sur le retournement de veste

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Ça bouge décidément beaucoup en politique


Pour notre plus grand plaisir et peut- être, nous osons l’espérer, parce qu’elle nous a fait l’honneur de prendre en compte notre suggestion, Christiane Taubira a convoqué Jean Ferrat lors de son meeting de Créteil samedi dernier. Oubliant Aimé Césaire, c’est en effet “Ma France” qu’elle a entonnée, suivie par tous ses sympathisants pris aux tripes. C’est pourquoi nous nous permettons une nouvelle suggestion musicale, destinée cette fois-ci à l’ensemble des candidats et à leurs soutiens. Ralliés d’hier, de demain et d’aujourd’hui, hérauts de toutes les causes perdues ou à gagner, si vous voulez, vous aussi, pousser la chansonnette, envoyez Jacques Dutronc. On reprendra en chœur “l’Opportuniste”, tous avec vous et sans vous railler, promis !

Je suis de tous les partis
Je suis de toutes les party
Je suis de toutes les coteries
Je suis le roi des convertis (…)

Cette pratique de la palinodie en politique n’est pas nouvelle. Du grec palin « en arrière » et ôdê « chant », dans l’antiquité, le mot désignait une pièce de vers dans laquelle le poète déclarait rétracter ses sentiments antérieurs. Par extension, se livrer à une palinodie a voulu dire se contredire, lieu commun s’il en est, en politique. Et pourtant, on se fait immanquablement avoir comme des bleus ! Et cette fois encore, c’est « tournez manège » : on en a le tournis ! 

À droite, à gauche, au centre : c’est un vrai festival. Les scénaristes des “Feux de l’amour” n’auraient jamais imaginé pareils rebondissements. On rallie des camps ; les idées et les projets, démonétisés, sont sans importance : ils passent de main en main.

C’est Guillaume Peltier qui a ouvert le bal, quittant les Républicains pour rejoindre “Reconquête” et, tout s’est enchaîné.

Stéphane Ravier a lâché Marine Le Pen pour Éric Zemmour à cause de Franck Allisio (un de ses confrères du Rassemblement national) qu’il a qualifié « d’élément perturbateur et saccageur ».

Éric Woerth, depuis, assume pleinement sa rupture avec Valérie Pécresse pour soutenir la cause d’Emmanuel Macron. Après avoir en son temps qualifié le président « d’incantatoire », Éric Woerth assure avoir « évolué » avant d’ajouter que « la présidence d’Emmanuel Macron l’a fait aussi ».  

Il se murmure également que notre président fait de l’œil au maire socialiste de Dijon, François Rebsamen. 

Ségolène Royal, jamais en reste quand il s’agit de piétiner une rivale, se tâte pour abandonner Anne Hidalgo au profit de Valérie Pécresse. 

Ségolène Royal à Courbevoie, octobre 2018. SIPA. 00880127_000007

À gauche, on note le précieux ralliement à la France insoumise d’Aymeric Caron, le fondateur du parti Révolution écologique pour le vivant. Avant de tourner casaque, notre valeureux défenseur des drosophiles et des moustiques a en effet affirmé dans un entretien au Journal du Dimanche : « Le camp de la gauche et des écologistes est un champ de ruines. »

Quant aux « catholiques traditionalistes, aux païens et aux nazis », ils ont d’après Marine Le Pen, déserté le Rassemblement national pour aller grossir les troupes d’Éric Zemmour ! Cerise sur le gâteau, dans la série : « tous les coups sont permis », on vient d’annoncer que Nicolas Bay, porte-parole de la campagne du Rassemblement national et député européen, était accusé par son parti d’avoir profité traîtreusement depuis des mois de sa position privilégiée pour transmettre à l’adversaire Eric Zemmour des éléments stratégiques et confidentiels ! Il vient d’être suspendu de son parte-parolat de campagne et de toutes ses autres responsabilités. Le bureau exécutif du Rassemblement national évoque « un véritable sabotage ». Ce n’est plus un bazar, c’est un bordel, mes amis !

Nicolas Bay (Rassemblement national) © Michel Stoupak / NurPhoto / NurPhoto via AFP.

Mais cessons de jouer les naïfs pour revenir à la nature humaine et à nos bons vieux écrivains, qui, depuis toujours, pointent les travers humains : 

La Bruyère avait déjà tout dit en son temps dans ses Caractères (livre VIII. De la Cour)

L’on remarque dans les cours des hommes avides, qui se revêtent de toutes les conditions pour en avoir les avantages ; gouvernement, charge, bénéfice, tout leur convient ; ils sont si bien ajustés, que par leur état ils deviennent capables de toutes les grâces ; ils sont amphibies ; ils vivent de l’Église et de l’épée, et auront le secret d’y joindre la robe : si vous demandez que font ces gens à la Cour ; ils reçoivent, et envient tous ceux à qui l’on donne.

Autrement dit, il s’agit de bouffer à tous les râteliers et une fois de plus, il convient avec Musset, cette fois-ci, de déclamer : Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivraie, pardon, l’ivresse. Allez, tous en chœur, on est avec vous et avec “l’Opportuniste” :

Je crie vive la révolution
Je crie vive les institutions
Je crie vive les manifestations
Je crie vive la collaboration 
Non jamais je ne conteste
Ni revendique ni ne proteste
Je ne sais faire qu’un seul geste
Celui de retourner ma veste
Toujours du bon côté
Je l’ai tellement retournée 
Qu’elle craque de tous côtés
À la prochaine révolution
Je retourne mon pantalon

«La surprise reste l’arme majeure des terroristes»

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Entretien avec Daniel Dory et Marie-Danielle Demélas, auteurs de Terrorisme et contre insurrection, texte inédit de Roger Trinquier


Au début des années 60, un officier tout juste à la retraite se consacre à la théorisation des méthodes de contre guérilla. Le Colonel Trinquier, engagé en Indochine puis en Algérie, s’appuie sur son expérience du feu pour penser les nouvelles pratiques de la guerre moderne.

Toujours enseignées dans les académies militaires américaines, son ouvrage De la Guerre moderne reste encore trop peu connu en France.

Cette étude critique de l’œuvre de Roger Trinquier par Daniel Dory et Marie-Danielle Demélas, nous fait découvrir une pensée militaire aujourd’hui abandonné par les armées françaises.

Terrorisme et Contre-Insurrection : Un texte inédit de Roger Trinquier, Marie-Danielle Demélas ; Daniel Dory, VA Éditions, Collection TerrorismeS, Versailles, 2021.

Cette édition critique de La Guerre moderne de Roger Trinquier apporte quelques nouveautés. Longtemps resté en retrait derrière David Galula, celui-ci est revenu en grâce après avoir été redécouvert par le général américain Petraeus empêtré en Irak au début des années 2000. Loin d’être un soldat expéditif, Trinquier est un auteur qui avait alors tiré les meilleures leçons de son expérience et qui défrichait en solitaire un terrain jusqu’alors déserté. C’est ce que nous racontent les auteurs de Terrorisme et Contre-Insurrection, dans une biographie accompagnée d’une remise en contexte historique.


Causeur. Une des conditions de l’existence d’une guérilla est le soutien de la population à celle-ci. Quels sont les facteurs qui peuvent conduire une population civile à apporter son soutien à une guérilla ?

Marie-Danielle Demélas. Trinquier part toujours d’un problème concret à résoudre. Durant la guerre d’Indochine, la guerre menée par le Vietminh a pris la forme de guérilla en Cochinchine ; au Tonkin, le Viêt-minh a rapidement obtenu les moyens de passer à un autre niveau et former un véritable corps d’armée, avec l’aide de la Chine. La fin de la guerre (Diên Biên Phu…) est un combat classique gagné par l’artillerie. 

En Algérie, le FLN n’a jamais eu les moyens de développer une guérilla de grande ampleur permettant de passer à la phase suivante.

Sinon, on peut répondre de façon très classique : une guérilla existe, se développe et se maintient quand elle est chez elle, en prise avec les intérêts et les conflits locaux. C’est là sa force et sa faiblesse. Loin de son territoire, elle est peu efficace.

Daniel Dory. La guérilla, lorsqu’elle s’inscrit dans le cadre d’une insurrection, a un besoin vital du soutien d’au moins une partie significative de la population. Sans cela elle est privée de ravitaillement, de renseignement, de caches et de futures recrues. Cette symbiose entre combattants et populations se réalise sous la forme d’un gradient qui va depuis la complicité minimale (la non-dénonciation) jusqu’à la participation aux actions armées. Dans ce cadre, le terrorisme, qui est avant tout un moyen de communication violente, vise à intimider la population indécise et à neutraliser les agents locaux de l’ennemi. Trinquier montre bien la logique qui opère dans ce type de situations.

Lorsque ce soutien n’est pas spontané, Roger Trinquier émet la possibilité pour un gouvernement de l’obtenir par la peur (terrorisme). D’autres moyens ont-ils déjà été mis en place par les armées pour recueillir le soutien d’une population ? Si oui quelle a été leur efficacité ?

DD. Une armée affrontant une insurrection en terrain hostile se trouve dans la nécessité de traquer et combattre les ennemis armés (action offensive) ; se protéger des attaques (action défensive) et de s’assurer, au mieux, la neutralité de la population. Concernant ce dernier point, lorsque le conflit met sur le terrain des acteurs dont les identités nationales, ethniques, religieuses, etc. sont différentes, souvent l’intimidation (voire la « terrorisation ») des populations semble la seule option. Avec le risque, comme d’innombrables exemples le prouvent, de s’engager dans une spirale sans fin de la violence, et de motiver encore davantage les populations à s’engager dans la lutte « du mauvais côté ». A cet égard le texte de Trinquier permet opportunément d’approfondir cette question, depuis le cas algérien jusqu’à l’échec de « la conquête des esprits et des cœurs » en Irak et en Afghanistan.

Trinquier recommande la mise en place d’un cadre légal au contre-terrorisme. Ce cadre exceptionnel ne serait appliqué que lorsque plusieurs attentats terroristes auraient été commis sur un territoire. A-t-il pensé à un cadre légal général au contre-terrorisme s’appliquant en continu ?

DD. Au moment où Trinquier écrit, la réflexion théorique sur le terrorisme, et sur sa spécificité, est pratiquement inexistante. Il faudra attendre une décennie pour que, vers la fin des années 1960, surgissent les tout premiers travaux précurseurs de ce qui deviendra progressivement le champ disciplinaire des terrorism studies. Ce à quoi Trinquier fait référence c’est à la nécessité d’inscrire la contre-insurrection (dont participe le contreterrorisme) dans un cadre légal fournissant aux forces engagées sur le terrain des outils légaux différents de ceux qui prévalent en temps de paix. Par la suite, et jusqu’à aujourd’hui, le débat concernant les législations d’exception demeure d’actualité.

Les travaux de Roger Trinquier ont-ils entrainé un changement de doctrine au sein de l’armée française ?

MDD. Non. Quand il a mis en pratique ce qu’il a théorisé, que ce soit à Alger en 1957 ou dans le secteur de El-Milia, en 1959-1960, il a été unanimement reconnu qu’il avait trouvé les bonnes solutions. Mais quand il publie La Guerre moderne, l’armée française est priée d’oublier tout ce qui a été produit à propos de guerre révolutionnaire et de contre-insurrection pour se consacrer à ce que de Gaulle et ses ministres des Armées (Guillaumat puis Messmer) considèrent comme étant LA guerre moderne : la dissuasion nucléaire. 

Quelle a été la portée de ses écrits à l’étranger ?

MDD. Elle a été importante aux Etats-Unis, où La Guerre Moderne est traduite l’année suivant sa publication en français, et précédée d’une intelligente introduction de Bernard Fall. Sa lecture est de nouveau recommandée aux officiers américains œuvrant en Irak et en Afghanistan à partir de 2004.

DD. Les textes de Trinquier ont exercé une influence certaine, mais qui reste à évaluer, sur l’émergence des terrorism studies et les recherches concernant la contre-insurrection. Puis, tout comme pour l’armée française à la fin de la Guerre d’Algérie, la défaite des États-Unis au Vietnam a favorisé leur « oubli ». Il y a donc fort à parier qu’après l’échec en Afghanistan et le désastre irakien, notre auteur connaisse un nouveau « purgatoire » au sein des institutions de formation militaires. Ce qui serait, bien entendu, injuste et absurde. Car en matière de pensée stratégique on (re)découvre souvent moins ce qui relève de la nouveauté, que ce que l’on a plus ou moins volontairement oublié des expériences antérieures.

Trinquier place au centre de sa doctrine, le contrôle de la population par une hiérarchie stricte, qui permet de lui conférer des missions de police : détection, surveillance et transmission. Dans une société aujourd’hui très individualiste, comment faire accepter cette hiérarchie de contrôle et de surveillance ?

MDD. Il s’agit ici d’un contrôle social institutionnalisé. Ce qui existe dans tous les villages et univers paysans (chacun sait ce que fait le voisin, qui vit chez lui, qui il reçoit). Contrôler serait plus difficile dans une société très individualiste ? C’est à voir : il suffit de consulter internet pour savoir ce que fait Pierre, Paul ou Jacques qui poussent la complaisance jusqu’à en offrir un film…

DD. La technologie actuelle, en effet, est incomparable avec celle dont disposaient les forces dites « de l’ordre » au temps de Trinquier. Actuellement la surveillance des idées et des comportements des populations est possible (et effective) en temps réel. Tant les régimes ouvertement répressifs comme post-démocratiques (qui pratiquent la vigilance « bienveillante ») y recourent constamment.

La surprise est un des facteurs essentiels de la guérilla, a-t-il encore un sens aujourd’hui à l’heure d’internet et autres nouvelles technologies (caméra, satellite) ? 

MDD. Qu’il s’agisse de l’arc à Azincourt ou du drone aujourd’hui, la surprise est créée par la façon de se servir de la technique…

DD. La surprise est un élément essentiel dans la tactique de la guérilla et dans la réalisation de l’acte terroriste. Les technologies de surveillance de masse ont pourtant toutes des failles plus ou moins évidentes : la base du métier de terroriste consiste à les identifier et à en tirer profit.

La guerre moderne

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Renée Greusard, victime du “régime de l’hétérosexualité”, milite pour un consentement à la maternité

L’essayiste part en lutte contre l’injonction sociétale à la maternité qui pèse sur les femmes. Choisir d’être mère est un bijou brut, un rubis, un diamant qui brille des mille feux de la sottise!


Les néo-féministes cherchent toutes leur filon. Après Rose Lamy (cf. papier de Frédéric Magellan dans ces colonnes), je vous présente Renée Greusard. Elle aussi cherche depuis un bon moment de quoi elle a bien pu être victime. Après avoir compulsé les « essais » dénonçant, au choix, la charge mentale, la charge maternelle, une sournoise injonction patriarcale et/ou hétérosexuelle (au maquillage, au soutien-gorge, à l’épilation ou au désir), l’absence de consentement (ou le consentement non explicite, ou l’emprise), un tabou (celui des règles, des seins qui tombent ou de la masturbation féminine), cette journaliste a compris que l’inspiration ne pourrait venir qu’à la suite d’une introspection intime et totale.

Une grossesse et quelques années de réflexion plus tard, se sentant « habilitée à parler de ce vécu », Renée Greusard a donc écrit un « livre libérateur » dans lequel elle « milite pour le consentement à la maternité ». Choisir d’être mère (JC Lattès) est un livre dénonçant le “tabou de la maternité” et s’adressant « plutôt à des femmes cisgenres parce qu’elles subissent, notamment dans le régime de l’hétérosexualité, des oppressions spécifiques ». Comme nous pouvions nous y attendre, ce livre est un bijou brut, un rubis, un diamant qui brille des mille feux de la sottise.

Consentement éclairé

« Je ne crois pas qu’on puisse consentir à quoi que ce soit sans être informée. Si je me sens prête à vous parler, c’est que mon propre consentement à la maternité n’a pas été éclairé. J’aurais aimé qu’on me prévienne plus et qu’on me dise la vérité », écrit Renée Greusard en introduction de son ouvrage. 

Si elle ignore tout de la maternité qui remonte pourtant à la plus haute Antiquité, elle connaît en revanche les toutes dernières âneries butlériennes gobées dans les universités les plus progressistes : elle est « pansexuelle » et c’est « cela qui [la] constitue ». Si elle a mis cinq ans à écrire son livre, ce n’est pas parce qu’elle est plus cruche que ma tata Simone mais parce qu’elle avait « un enfant à gérer ». De plus, elle se demandait « dans quelle mesure un cerveau humain pouvait enregistrer de telles informations ». Bref, elle s’est « beaucoup perdue à essayer de [se] retrouver ». Après avoir récupéré ses morceaux de vide, elle a décidé d’écrire pour les innocentes qui veulent enfanter sans réfléchir et qu’elle imagine encore plus demeurées qu’elle : « Je ne vous connais pas, vous qui lisez ces mots. […] Peut-être souhaitez-vous vous conforter dans l’idée que jamais, au grand jamais, un enfant ne passera par votre utérus. » 

Julia Tissier, journaliste féministe co-fondatrice de ChEEk Magazine, a interviewé Renée Greusard. Fou rire assuré et confirmation que le néo-féminisme est un crétinisme. Meilleurs extraits de l’entretien en question :

« J’ai beaucoup douillé en devenant mère et j’ai été scandalisée de découvrir qu’on envoie  les femmes en enfer sans les prévenir en amont de ce qui les attend ! » dit Renée Greusard. Elle a eu bien du mérite de se lancer dans cette aventure « la fleur au fusil comme ça », sans être « briefée ». Mais cela n’aura pas servi à rien : forte de son « vécu », elle a décidé de partager son expérience avec toutes les futures mères afin de leur « permettre de ne pas partir en trek au Népal avec des escarpins ». 

Une démonstration puissante

Pour expliquer à la journaliste ce qu’elle entend par « n’avoir pas consenti à être mère », Renée Greusard se livre à un exercice intellectuel que je n’hésite pas à qualifier de thuramien [1] : « Pour consentir, il faut choisir, et pour choisir, il faut être éclairée. Je vais prendre un exemple très simple : on propose à une personne deux verres, dans l’un, il y a du jus de pomme et dans l’autre un jus dont on ne connaît pas la saveur. Peut-on vraiment choisir si on ne sait pas ce qu’il y a dans l’un des deux verres ? J’ai désiré être mère, mais je n’ai pas consenti à l’être dans le sens où je ne savais pas ce qui m’attendait réellement. » Puissant, non ?

Il y a des moments terrifiants auxquels les mères ne sont pas préparées. Une photo glaçante extraite du compte Instagram de Renée Greusard montre cette dernière assise sur la cuvette de ses toilettes tandis qu’un dessin est glissé sous la porte par le mioche qui trépigne de l’autre côté. Sous ce cliché déchirant, un commentaire déchiré : « Six ans après sa naissance, je n’en reviens toujours pas de constater à quel point quand on est parents, on n’est JAMAIS tranquilles : même aux toilettes qui devraient pourtant être un sanctuaire. […] Les toilettes sont en réalité un iceberg : celui de la disponibilité des parents. » 

« Quel message as-tu envie de faire passer aux femmes qui sont en passe de basculer (sic) dans la parentalité ? », questionne Julie Tissier. Réponse : « Si elles ne sont pas enceintes, je leur dirais de s’assurer qu’elles désirent prendre cette voie, de questionner leur désir pour être certaines de ne pas céder à une injonction sociétale. » Tout cela est bien beau, mais Renée Greusard peut d’ores et déjà prévoir une réédition augmentée de son livre : la société Apple vient d’ajouter à ses émoticônes une figure emblématique des délires du moment, « l’homme enceint ». Je n’ose imaginer le prochain chapitre du livre de Renée Greusard consacré à Robert, homme transgenre « assigné » fille à la naissance ayant conservé son utérus et portant l’enfant de sa compagne Isabelle (alias Jérôme au départ), se demandant si son consentement à la maternité était suffisamment « éclairé » et s’il n’a pas cédé un peu trop rapidement, sans réfléchir aux conséquences, à une « injonction sociétale ». On n’a pas fini de rire.


[1] En référence au philosophe à crampons Lilian Thuram dont j’ai déjà rapporté quelques unes des plus stupéfiantes expériences dans un article paru sur ce site le 3 juin 2021.

Que Jadot dénonce l’antisémitisme là où il grandit plutôt que de le fantasmer là où il s’éteint!

Invité dimanche de Radio J, le candidat écologiste à l’élection présidentielle Yannick Jadot s’en est pris à Éric Zemmour, en le qualifiant de « Juif de service pour les antisémites ». Élisabeth Lévy réagit. Elle n’a vu dans la déclaration de Jadot qu’un propos nigaud et benêt.


« Juif de service pour les antisémites » ! Dit comme ça, c’est presque drôle. D’ailleurs, il est inutile d’en rajouter, on en a fait un peu trop dans l’air grave depuis 48 heures. Le nazisme n’est pas à nos portes. 

Pour ceux qui ne vivent pas collés devant leur poste, petit rappel 

Dimanche, Yannick Jadot s’est exprimé sur Radio J. Voilà ce qu’il a dit : « Zemmour essaie de réconcilier une partie de la France avec l’Algérie française, avec Pétain, avec l’antisémitisme. Ce que le père Le Pen n’avait pas réussi à faire. Mais la différence la plus perverse, c’est que Zemmour est juif, il fait le juif de service pour les antisémites. » Rappelons en outre que pour Zemmour, Pétain a sauvé des juifs, ce qui est contestable, mais on ne voit pas bien en quoi ce propos serait antisémite.

A lire aussi, Marine Le Pen: «Eric Zemmour reproduit toutes les erreurs du FN de Jean-Marie Le Pen»

Indignation générale

Concernant les propos de Jadot, évidemment ça a buzzé ferme : étranglement à droite, embarras à gauche, Olivier Faure est gêné, Mélenchon a regardé ses pieds.

Hier, Yannick Jadot a enfoncé le clou. Il a expliqué que Zemmour se servait de sa religion pour excuser l’extrême droite, qu’il était l’idiot utile de l’antisémitisme. Réponse du clan Zemmour : « C’est la preuve que l’antisémitisme est à l’extrême gauche. »

Est-ce à dire que c’est à présent Yannick Jadot qu’on accuse d’antisémitisme ?

Non ! Yannick Jadot n’est pas antisémite. Gilbert Collard a fait cette blague pas mauvaise : « Yannick Jadot n’est pas l’antisémite de service, plutôt le nigaud de service qui ne sait pas ce qu’il fait. » Selon Alice Coffin, proche de Sandrine Rousseau, c’est une stratégie. Peut-être, mais alors pardon, c’est une stratégie foireuse. Yannick Jadot s’exprimait sur Radio J, il croit peut-être que pour plaire aux juifs, il suffit de dire « antisémite » ? Oui l’antisémitisme, en tout cas celui qui agresse ou tue est plutôt islamo-gauchiste que d’extrême droite. Sur ce sujet, les Verts ne sont pas blanc-bleu.

Si quelqu’un traitait Taubira de noire de service, ce serait un scandale justifié. Mais à gauche, l’obsession des origines est permise, on a le droit d’avoir une vision raciale du monde. Cette assignation identitaire – le fait de voir Zemmour d’abord comme un juif –  est évidemment contraire à l’idée zemmourienne de l’assimilation. Contrairement à ce qu’a dit Jadot, le candidat de « Reconquête » ne se sert nullement de sa religion. Il ne défend pas la France en tant que juif. Il se trouve qu’il est juif, c’est son histoire. Il ne la cache pas, il ne ne la brandit pas.

Dans l’isoloir, on est tous Français

À entendre Yannick Jadot, Alain Minc ou Bernard-Henri Lévy, Zemmour est juif, donc il n’a pas le droit d’avoir ses idées. C’est presqu’un mauvais juif.

A lire aussi, Cyril Bennasar: Zemmour pour les nuls

Alors ils m’enverront la liste de ce que les juifs doivent penser et voter ! Il y a quelques semaines déjà, le CRIF et le grand rabbin avaient dit : pas une voix juive pour Zemmour. Pardon, mais qu’ils commencent par dénoncer l’antisémitisme là où il grandit plutôt que de le fantasmer là où il s’éteint. Et que ces gens cessent de se mêler de mon bulletin de vote !


Élisabeth Lévy : « L’antisémitisme est plutôt islamo-gauchiste que d’extrême droite ! »

Cette chronique a intialement été diffusée sur Sud Radio.

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de Sud Radio, chaque matin à 8h10.

Doit-on lire la critique littéraire?

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Pourquoi ce genre journalistique ne répond plus aux attentes des « nouveaux lecteurs » et aux exigences du monde de l’édition ?


Qui lit encore la critique pour se faire une opinion sur un livre ? Quelques papivores égarés dans la jungle digitalisée, quelques professeurs précieux se targuant de faire la différence entre Montherlant et Giraudoux, quelques confrères velléitaires se lamentant du niveau général, mais surtout, essentiellement, des auteurs qui relèvent les compteurs, à chacune de leurs parutions. La critique n’est lue que par des écrivains obsédés par les retombées : leur poids, leur fréquence et leur qualité. A défaut de percevoir des droits d’auteur, ne leur retirez pas cette dernière raison ou illusion d’exister ! Critiques et auteurs dont les rôles sont interchangeables selon la saison se nourrissent d’ingratitudes et de caresses réciproques, dans un va-et-vient qui laisse les lecteurs indifférents aux enjeux éditoriaux et aux luttes de pouvoir en place.

Ménage à trois

Dans cette relation à trois, le lecteur est souvent de trop. Comme la vieille copine qui tient la chandelle, il gêne la rencontre. Car, en France, terre de culture, seule une poignée d’écrivains vit confortablement de sa plume. Il est si difficile de vivre de sa propre production littéraire ou agricole dans notre beau pays. La majorité des « écrivants » cumule donc plusieurs emplois et se partage les miettes de la recette, à la volée. Dans un secteur économiquement faible, où l’argent est concentré sur quelques têtes, j’ai toujours été frappé par le nombre croissant d’intervenants et d’impétrants à mesure que la profession se paupérisait. Comme si rien ne pouvait arrêter ce cercle infernal. Les professions oisives et non rémunératrices sont certainement plus attractives que les emplois stables. À un jeune auteur, je conseillerai toujours la voie de la raison, c’est-à-dire abandonner l’écriture au profit d’un engagement plus citoyen : la Police, les services à la personne ou la téléphonie mobile. La critique officielle, celle qui est encartée dans les médias, n’a pas bonne presse. Elle serait forcément vendue aux forces obscures et coupable de toutes les compromissions. Elle serait soumise aux influences néfastes, aux copinages intempestifs et aux règlements de compte. C’est pourquoi les acheteurs n’auraient plus confiance en elle, comme ils ne l’ont plus dans la profession de foi des candidats en campagne électorale. Elle puerait le délit d’initiés et la rouerie de l’entre-soi. Les métiers à vocation « artistique » activent généralement les imaginaires complotistes et suscitent plus qu’ailleurs des délires psychotiques.

À lire aussi, du même auteur: Michel Deville à l’Elysée!

La critique littéraire n’est pas plus inféodée aux puissants cordages du système que l’essai automobile, le commentaire footballistique, le comparatif beauté ou l’analyse sondagière. Plus qu’une autre rubrique, par contre, elle tente de résister avec des moyens toujours en baisse. La rétractation des pages « culture » dans les magazines ressemble à l’érosion côtière en Normandie. Les éditeurs eux-mêmes ne font confiance qu’aux courbes des ventes et préfèrent miser, aujourd’hui, sur de dociles non-professionnels et leurs très rentables communautés.

Une profession grand-remplacée par les amateurs ?

Une prime de crédibilité irait naturellement à l’amateur, au passionné, à l’altruiste des réseaux sociaux ou au néophyte, ce serait la garantie d’une information plus transparente et objective. La fable est jolie ; la crédulité a des limites à la décence.

La critique littéraire comme nous l’avons connue, il y a trente ans, ne correspond plus aux attentes actuelles du lecteur pressé. On ne dépiaute plus un texte à l’usage de quelques savants disséqueurs, on se contente d’en résumer les grandes lignes et de s’attacher plus au thème (si possible dans l’air du temps) qu’au ramage du style. Je crois sincèrement qu’un malentendu de fond perdure depuis de nombreuses années. Quand, fougueux journaliste, je dévorais les papiers de Renaud Matignon (1935-1998) dans Le Figaro et louais sa maestria imagière, je me foutais éperdument du nom de sa victime ou de son héros du jour. Je lisais, avant tout, du Matignon et perforais mon système cognitif au charme de sa formule carnassière. Je faisais en quelque sorte mes humanités, j’apprenais mon futur métier. Désolé, je ne crois pas à l’objectivité-reine et au fact-checking obsessionnel, aux gentils blogueurs et aux méchants journalistes, je conteste vivement les catégories infamantes qui déconsidèrent l’écriture dite journalistique avec celle, plus littéraire et hautaine, réservée aux romans. Je crois à la critique incarnée comme une forme d’expression personnelle. Dans cette histoire, le livre ou l’écrivain sont finalement accessoire. Je crois au retour des signatures, les seules susceptibles de nous faire lire, à nouveau, la critique.

À lire. La liberté de blâmer – Quarante ans de critique littéraire – Renaud Matignon – Préface Jacques Laurent -Introduction Etienne de Montéty – Bartillat

LA LIBERTE DE BLAMER

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L’accélération foudroyante de la gentrification de Paris

La gentrification de la capitale s’est accélérée sous Anne Hidalgo, le nombre de ménages déclarant plus de 100 000 euros de revenu annuel ayant bondi de 24 % en six ans. La majorité en place ne fait rien pour freiner le mouvement, au contraire. L’explosion des loyers chasse la classe moyenne et la construction de logements sociaux se poursuit. Autrement dit, Paris est devenue une ville pour les très riches et les très pauvres.


>> Retrouvez un dossier de 10 pages sur les « saccages de Madame 3% » à Paris dans notre nouveau magazine <<

Anne Hidalgo l’a maintes fois répété, elle entend faire de Paris une ville « inclusive », où toutes les populations trouveront leur place. En ce qui concerne les plus riches, l’objectif est atteint. La boboïsation de la capitale est souvent relevée, mais rarement chiffrée. L’exercice n’est pourtant pas difficile, car beaucoup de statistiques du fisc sont désormais en accès libre. Elles montrent que la part des ménages parisiens déclarant plus de 100 000 euros de revenu par an a très nettement augmenté depuis les municipales de 2014. Ils étaient 97 700 lorsqu’Anne Hidalgo a été élue, et 121 300 en 2020, soit une hausse de 24 % en six ans seulement. Et ce n’est pas tout. En 2014, ces ménages déclarant plus de 100 000 euros par an pesaient collectivement 38,4 % du total des revenus des Parisiens. En 2020, leur part est montée à 50 %. Autrement dit, dans une ville « inclusive » de 2,2 millions d’habitants, 120 000 ménages raflent la moitié des salaires distribués chaque année ! Parmi eux, plus de 32 000 sont retraités.

La gentrification avait commencé avant Anne Hidalgo, mais elle s’est accélérée durant sa mandature, en particulier dans les bastions électoraux de gauche. Entre 2014 et 2020, la proportion de riches a augmenté de 50 % à 75 % dans les arrondissements présumés populaires comme le 18e, le 19e et le 20e : il y avait 2 440 contribuables à la tranche maximale de l’impôt dans le 20e en 2014. Ils étaient 3 510 six ans plus tard. Autrement dit, tous les deux jours, depuis des années, une famille riche ou très riche s’installe dans le 20e, qui compte par ailleurs plus de 36 % de logements sociaux. L’effet d’éviction sur la classe moyenne est terrible : Paris devient une ville pour les très aidés et les très aisés.

Anne Hidalgo et son équipe y sont pour quelque chose. Leur décision la plus grave a été d’acheter massivement des logements privés pour en faire des logements sociaux. La ville a ainsi atteint à bon compte ses objectifs de construction HLM. En retirant des biens d’un marché déjà en surchauffe, elle a aussi contribué à rendre le logement inaccessible. En 2007 et 2019, Paris crée respectivement 6 165 et 5 723 logements sociaux, mais avec plus de 4 500 constructions sous Delanoë, contre moins de 1 500 sous Hidalgo… Le diable est dans les détails.

A lire aussi: Paris à la tronçonneuse

À la décharge d’Anne Hidalgo, le Premier ministre socialiste Manuel Valls n’a pas fait mieux. En 2016, il annonçait officiellement son intention de faire de Paris l’endroit « le plus favorable d’Europe » sur le plan fiscal pour les traders ! C’était lors du forum de Paris Europlace, l’organisme chargé de promouvoir la place financière française. Il y a une « union sacrée entre l’industrie financière, les collectivités locales et les pouvoirs publics », se félicitait Arnaud de Bresson, délégué général d’Europlace. L’objectif était d’attirer des milliers de gros salaires qui, pensait-on, allaient quitter la City pour cause de Brexit. Ils ne l’ont pas fait, faut-il vraiment le regretter ?

Parlez-vous franglais?

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Dans un rapport publié ce matin, l’Académie française s’inquiète de la montée d’une « insécurité linguistique » pour tout un public de Français peu au fait du numérique et peu familiers de la langue anglaise. Mais comme plus personne n’écoute l’Académie française, il va bien falloir vous mettre au franglais. Sophie de Menthon vous explique.


Avant que vous ne fassiez un burn-out parce que vous êtes bientôt speaker dans un meeting VIP et que c’est un challenge pour vous, soyez up to date. Il faut que vous maitrisiez votre listing de punchlines pour rendre vos propos percutants. Vous ne pouvez pas avoir l’air d’un looser. Business is business ! Essayez de trouver des scoops, tentez le buzz, c’est le moment de faire votre coming out.

A lire aussi, du même auteur: J’aime les hommes…

Auparavant, il va falloir motiver votre équipe en live, le team building il n’y a que cela de vrai : training avec ou sans coach, de façon à booster tout le monde. C’est le moment de faire la preuve que vous êtes un pseudo bilingue. Commencez par un best of de vos arguments pour prouver que vous êtes un winner. Il n’y a que les loosers qui utilisent un vocabulaire franchouillard. Oubliez aussi la syntaxe et l’orthographe. Même si cela peut avoir son côté vintage, c’est out. Même si vous êtes overbooké, intégrez les basiques, riez des petites jokes à gorge déployée, c’est LOL (laughing out loud). Au fait, BTW (by the way) un smiley pourra avantageusement remplacer la ponctuation dans un mail. Ready ? Go !

Choose France…

Vous madame, travaillerez sur votre glow up (votre niveau supérieur de beauté) et ASAP (as soon as possible) sur des startingblocks, les rides n’attendent pas. Si problem, faites-vous un call avec une girl friend et adoptez l’esprit de Nike en toutes circonstances : Just do it !

Sachez que l’exemple vient de haut, on « choose France », ce serait trop nul de choisir la France… surtout au moment où il faut la choisir. On est une start up nation ou on ne l’est pas. D’ailleurs le slogan de l’offre d’actionnariat salarié de notre opérateur national Orange n’est-il pas « together 2021 » ? On se demande si dans cette affaire ce ne sont pas les States qui ont fait le lobbying ?

A lire aussi: Discours de réception de Thomas Morales à l’Académie française

Si vous n’en pouvez plus de bosser à cause d’un geek qui est borderline, keep cool ! Un after-work entre collègues, un drink et vous envisagez tous ensemble de lui faire faire un check-up. En attendant wait and see

Dimanche un bon brunch, un film mais attention pas de spoil : si vous connaissez l’histoire ne racontez pas the end. Si bouquiner c’est mieux, un bon best-seller avant la deadline du reporting de lundi qui vous stress à mort.

Positive attitude

La woke attitude est de plus en plus incontournable. Ne pensez pas alone, pensez worldwilde, ainsi ne dites plus jamais noir, préférez black. Et puis black au moins, ce n’est pas raciste !


Tour Eiffel, 2017. Patrick KOVARIK / AFP

Acceptez que l’on essaie de vous faire croire que le plat typically french c’est le couscous, et qu’il est proscrit de penser à ce qui faisait toute la renommée de notre french cooking. A moins d’être communiste, un fromage et un bon verre de vin à la main, c’est has been !

A lire aussi: Michel Fau: “On ne peut pas jouer Molière sans être excessif”

Allez ! Reprenons nos esprits, tout bien considéré, avec toutes ces dérives de langage, nous sommes embrigadés dans une permanente fashion week où l’anglicisme est hype, cool, c’est un must. À pitcher nos idées sous forme de slogans, en quête sempiternelle de nivellement par le bas et de reconnaissance par la branchitude. L’art de bien parler français consiste au contraire à de ne pas réduire une pensée à un mot, sous prétexte que l’on n’a pas de vocabulaire ! Un avis par une locution, une pensée par un emoji, non ! La langue française est un trésor caché. Parler et pratiquer une belle langue, c’est la faire vivre au quotidien avec raffinement, euphémismes, didascalies, syntaxe, figures de style, oxymores, anaphores, parallélismes, litotes, antiphrases, hyperboles… Yes, we can !

La France sens dessus dessous !: Les caprices de Marianne

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Message doux-amer au ministre Darmanin…

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Après son erreur de communication face à une journaliste de BFM TV la semaine passée, Philippe Bilger charge le ministre de l’Intérieur, dénonçant une certaine aigreur du ministre face à ceux qui osent nuancer la qualité de son bilan sur la sécurité.


Vous étiez un espoir de la droite républicaine, vous êtes devenu un inconditionnel d’Emmanuel Macron. Chacun ses goûts, à chacun son évolution ! Ce qui me navre ne relève pas de vos fluctuations puisque vous avez le droit de vous adapter à l’aune de vos ambitions qui sont légitimes et plausibles car votre talent ne vous a pas quitté, malheureusement avec de l’arrogance en plus. Votre entretien avec Apolline de Malherbe sur BFM TV a été une honte dont vous auriez dû immédiatement vous repentir. Vous avez été contraint de le faire -mais à peine- à cause de l’émoi que que vous avez suscité (voir vidéo LCI ci-dessous).

Un ministre en guerre contre le « populisme »

La voix du président, sur le plan médiatique, sait être rude mais n’a jamais atteint ce niveau de grossièreté sexiste et condescendante. Je vais vous avouer quelque chose. J’ai suivi toutes vos péripéties judiciaires et bien évidemment je ne discute pas ce dont vous avez bénéficié mais prenez garde à ceci : vous écoutant aussi vulgairement dominateur il y a peu, je me suis demandé comment vous aviez pu vous comporter avec d’autres jeunes femmes auparavant.

Vous êtes également trop fin pour continuer à nous servir la même « soupe » destinée à ménager la chèvre et le chou, votre adhésion un zeste flagorneuse à Emmanuel Macron et vos amitiés maintenues à droite, à l’égard de Xavier Bertrand notamment, pour ne pas parler de votre admiration ressassée pour Nicolas Sarkozy : on ne sait jamais, avoir une double admiration dans des camps différents ne peut pas nuire !

A lire aussi: Paris à la tronçonneuse

Est-ce pour compenser ces dilections qui demeurent, qu’en revanche vous êtes si dur, si vindicatif à l’encontre de votre ancienne famille politique, de Marine Le Pen et d’Eric Zemmour (qui ne disent pas que des bêtises sur l’insécurité au quotidien) en qualifiant avec mépris de populistes les idées qu’hier vous cultiviez parce qu’elles relevaient des attentes du peuple ? Vous avez changé pour complaire à Emmanuel Macron mais vous avez du mal à occulter vos convictions d’avant le prétendu « nouveau monde ».

Antifas et identitaires : deux poids deux mesures

Pourtant on ne peut pas nier que vous ayez ménagé vos efforts pour manifester à quel point vous étiez plus sévère avec les Identitaires, les violences de l’extrême droite, au point d’en oublier toute rigueur et toute équité, qu’avec les antifas dont on peut dire que, plus ils frappent et troublent la République, plus vous les laissez tranquilles ! Le deux poids deux mesures vous est devenu tellement familier que l’exercice d’une autorité impartiale et sollicitée par la seule sauvegarde publique devient quasiment un événement miraculeux ! Ce peuple qui n’est pas favorable à votre cause, qui en majorité considère « que l’immigration a fortement progressé en France en 2021 », qui déplore que « les forces de l’ordre soient toujours plus ciblées » et qui est très critique, voire fortement négatif à votre encontre, sur la lutte contre l’insécurité (sauf pour le terrorisme), comme tout à coup vous le détestez, lui qui n’a pas été ébloui par vos résultats et la faiblesse de votre action régalienne inspirée par un président longtemps indifférent aux angoisses populaires, malgré sa tentative cynique et ostentatoire de rattrapage en fin de parcours (Le FigaroJDD) ! Comme cette majorité de citoyens, dont vous n’avez pas voulu entendre parler sur BFM TV, vous importune dans votre vision hyperbolique d’un mandat dont à l’évidence vous regrettez qu’elle ne soit pas partagée par tous puisque vous allez même jusqu’à prêter à tous les Français, contre l’évidence, la certitude qu’un grand président les a accompagnés durant cinq ans !

Je ne voudrais pas tomber dans votre travers et dénier les quelques avancées dont vous pouvez être fier d’avoir été le responsable. La baisse des atteintes aux biens, un combat modeste mais cohérent et organisé contre le fléau de la drogue, à la source principale de la délinquance et poison qui détruit beaucoup de cités, par la dictature d’une minorité sûre de son impunité, obsédée par ses bénéfices et en marge des valeurs de la démocratie.

Une méchante aigreur

Ce n’est pas rien mais vous me pardonnerez, comme le peuple français, d’attacher plus de gravité aux infractions graves contre les personnes et leur intégrité, contre la police, la multitude des élus, contre tous ceux qui représentent, à quelque niveau que ce soit, la France officielle, une France dont la parole est moquée, méprisée. Mon indignation est d’autant plus vive que votre impuissance est totale malgré vos tweets et votre bonne volonté affichée. Il n’y aurait rien de honteux à défendre avec bonne foi votre bilan – après Christophe Castaner, vous ne pouviez que faire mieux – mais pourquoi, encore une fois, cette arrogance, cette domestication politique de votre liberté, cet oubli de ce que vous étiez en cherchant à nous faire croire qu’Emmanuel Macron était comme le Nicolas Sarkozy de la grande époque, pourquoi, pour en revenir à BFM TV, cette méchante aigreur qui fait qu’on admire moins votre talent et votre dialectique indéniables qu’on n’est effaré par votre manque de tenue médiatique et démocratique ?

A lire aussi: Cinq ans plus tard, les Français ne savent toujours pas ce que pense Macron

Quelle que soit l’issue de la prochaine joute présidentielle, vous ne serez pas perdu. Vos ambitions seront encore davantage satisfaites ou vous patienterez pour un futur dont vous êtes persuadé qu’il sera, un jour, le vôtre. Sinon, quelle tristesse ce serait de vous être ainsi mis au service de causes différentes, voire contradictoires, avec tant de contorsions qui vous ont conduit à occulter tout le bien que vous pensiez de vous-même, pour presque rien ! Il faut que vous soyez payé pour votre migration de la droite vers je ne sais quoi. Je ne quitterai pas des yeux ni de l’esprit la suite de votre carrière mais puis-je vous faire un aveu : j’aimais beaucoup le Gérald Darmanin de la droite républicaine. De grâce ne faites plus semblant de l’avoir oublié pour vous donner bonne conscience auprès d’Emmanuel Macron depuis 2017. Songez, pour une fois, un peu à vous : vous gagneriez à mettre vos capacités, votre allant et votre intelligence au service de plus de modestie et de moins de révérence présidentielle.

Ce message doux-amer pour vous, entre vague nostalgie et fragile espérance.

Libres propos d'un inclassable

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Quand le militantisme politique s’attaque au sport, les femmes sont toujours en première ligne

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Paris, 2022 Image: Capture YouTube / LeParisien.

Militants woke ou islamistes, sur les terrains ils n’ont pas le même maillot, mais la même passion pour le chantage victimaire! Actuellement, le collectif des “hijabeuses” pousse pour que le port du voile islamique (qui est un instrument politique partout dans le monde) soit autorisé en France pendant les matchs de football – la FIFA l’autorise dans son règlement depuis 2014. Des associations féministes, idiotes utiles, soutiennent les militants islamistes.


Notre contributrice Renée Fregosi est notamment l’auteur de Français encore un effort… pour rester laïques ! (Ed. L’Harmattan 2019), et Comment je n’ai pas fait carrière au PS. La social-démocratie empêchée (Ed. Balland 2021)

Les compétions sportives ont toujours eu partie liée avec la politique. D’Olympie en Grèce ancienne au jeu sacrificiel de la balle des Mayas et des Aztèques, des cours de chars où s’affrontaient les clans de Byzance aux arts martiaux réservés aux Samouraïs de l’époque des Shoguns du Japon médiéval. Et plus près de nous, on se souvient de l’instrumentalisation par Hitler des jeux olympiques de Berlin en 1936, ou pendant la guerre froide, des athlètes du bloc de l’Est traitées aux hormones pour la raison d’État. Aujourd’hui encore, le choix des villes qui accueillent les grandes rencontres internationales dépend au moins en partie de manœuvres géopolitiques. 

Dans le sport comme ailleurs, la banalisation insidieuse du port du voile doit être dénoncée et combattue

Mais ce qui est nouveau, c’est que des acteurs non étatiques s’invitent aujourd’hui dans le jeu. De même que les ONG interagissent de plus en plus avec les États dans les arènes internationales (comme on peut le constater depuis l’Assemblée générale de l’ONU à Durban institutionnalisant en 2001 une stratégie résolue contre Israël), le militantisme politique s’est lancé à l’assaut du sport. Les enjeux y sont alors également d’ordre culturel et civilisationnel, et deux groupes de pression de nature et de poids différents, y sont principalement à l’œuvre : les défenseurs du combat LGBT-Queer et les islamistes.  Dans les deux cas, ce sont les femmes qui sont les premières touchées, de façon perverse, par ces offensives militantes.

Les poids lourds de l’activisme “inclusif”

En septembre 2021, Alana McLaughlin deuxième athlète déclarée transgenre à combattre dans les « arts martiaux mixtes », a remporté facilement la compétition qui l’opposait à la Française Céline Provost. Dans le nom « arts martiaux mixtes » (ou « Mixed Martial Arts » en anglais (MMA)), « mixte » ne signifie pas que les hommes et les femmes participent aux mêmes combats, mais que ce type de lutte à mains nues combine différentes techniques qui en font un sport extrêmement violent. Anciennement appelée combat libre ou free-fight, cette discipline sportive n’a été légalisée en France qu’en 2020 comme elle l’est dans plusieurs autres pays. En 2011, l’Ultimate Fighting Championship (UFC), organisation de combat libre basée aux États-Unis, a commencé à promouvoir les combats de femmes et il existe depuis lors des compétitions internationales féminines officielles. Or, dès 2013, s’est posée la question de la participation à ces combats féminins, de femmes transgenres (des hommes se reconnaissant comme étant des femmes). À l’époque, Ronda Rousey, championne femme « cisgenre » (c’est-à-dire de naissance) avait refusé d’affronter la trans Fallon Fox, considérant le combat inéquitable.

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Certes, lorsqu’on évoque la question de l’équité entre concurrents dans les compétitions sportives, on peut arguer du fait qu’il n’existe pas d’équité naturelle entre individus humains, de tailles et corpulences très diverses, y compris dans chacun des deux sexes. Mais alors pourquoi, notamment dans les sports de combat, existe-t-il des catégories différentes en fonction du poids ? Devrait-on les supprimer au nom de l’inégalité de nature dans les caractéristiques corporelles ? Sans doute pas. Quant à la séparation traditionnelle entre compétitions féminines et masculines, elle peut relever de la même logique d’équité. 

La mixité n’est pas légitime dans toutes les disciplines sportives

Toutefois, il est indéniable qu’à l’origine du sport féminin, longtemps réprouvé au motif que les femmes ne devraient pas exh​​iber leurs corps ni s’adonner aux mêmes plaisirs et activités que les hommes, des considérations « morales » archaïques entraient également en ligne de compte. Lorsqu’on autorisa les femmes à pratiquer le sport, la séparation des sexes était par conséquent sans doute davantage une concession à la pudibonderie qu’elle ne procédait d’un souci d’équité. Mais devrait-on renoncer pour autant à cette distinction au nom de l’égalité hommes/femmes ? Pour certains sports, la mixité des sexes est tout a fait possible et c’est d’ailleurs déjà le cas dans certaines disciplines : par exemple, dans les sports équestres, hommes et femmes peuvent concourir dans les mêmes épreuves aux Jeux olympiques. Il peut en être de même pour le tir au pistolet et au fusil, toutefois l’histoire du tir aux Jeux olympiques est symptomatique de la complexité de la question : la compétition est devenue mixte (hommes/femmes) en  1972. Mais après qu’en 1992 la tireuse chinoise Zhang Shan ait battu le record du monde, la compétition a de nouveau été réservée uniquement aux hommes (les femmes pouvant concourir entre elles à partir de 2000)… 

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Dans d’autres sports, notamment les sports d’équipe (ballons, relais) la mixité des sexes pourrait également être admise en toute équité, en établissant des règles précises notamment quant à l’égalité du nombre de joueurs ou de membres hommes et femmes dans les équipes respectives. En revanche, dans les compétitions individuelles, lorsque la force est déterminante, l’introduction de catégories différentes s’impose, mais en fonction de critères combinés tels que la masse musculaire, la taille et le poids quel que soit le sexe ou le genre de chaque sportif. La distinction entre compétitions féminines et masculines pourrait même en théorie alors être abolie un peu partout, au profit des différents groupes formés sur ces critères physiques mesurables absolument objectifs. Sans cela, ou bien on interdira aux transgenres d’entrer en compétition, ce qui constitue manifestement, une discrimination, ou bien on multipliera les polémiques comme celle qui a rebondi à propos la compétition en MMA de septembre dernier. Car le débat dépasse largement le cadre des sports de combat. Plusieurs sports féminins sont concernés, notamment le rugby : si la World Rugby « recommande » aux athlètes hommes devenus des femmes de ne pas concourir dans les compétitions féminines, la Fédération française de rugby a davantage clarifié sa position en acceptant, en mai 2021, d’ouvrir les compétitions féminines aux personnes trans féminines, « à partir du moment où elle initie son changement d’état civil et suit un traitement hormonal de douze mois ». Cela au nom de « l’inclusion » qui est partout devenu le mot d’ordre.

Or nombre de féministes de toutes obédiences, s’insurgent contre ce qu’elles considèrent à juste titre comme une injustice nouvelle faite aux femmes. La cause transgenre vient ainsi percuter la ligne de défense des intérêts (mal compris) des femmes, par les néoféministes qui ont fait de la victimisation des « faibles femmes » et de la différenciation des « genres » plutôt que de la lutte en faveur de l’égalité des sexes, les armes de leur combat. En effet, si la représentation que l’on se fait de son genre prime sur la différenciation génitale, on doit reconnaître aux « femmes transgenres » l’appartenance à la catégorie « femme » même si elles ne sont pas des « personnes à utérus » (comme une nouvelle facette du politiquement correct imposerait de désigner le genre féminin, autre incongruité). 

Un mélange des genres encore plus sulfureux…

Mais le néoféminisme n’est pas à une contradiction près et il en est une plus grave sans doute : celle qui consiste à soutenir les revendications islamistes et tout particulièrement le port du voile au nom de la liberté des femmes. Depuis plusieurs années déjà, la plupart des néoféministes se retrouvent en effet aux côtés des islamistes pour défendre le port du voile dans tous les lieux publics, tout comme le port du burqini dans les piscines et sur les plages françaises. Elles poussent même la complicité jusqu’à accepter  la notion de «féminisme islamique » en lutte contre « le féminisme occidental » considérant que le voile est bien une protection des femmes victimes de la concupiscence des hommes. « Intersectionnelles », ces néoféministes, alliées au mouvement décolonial et anti-« privilège blanc », rejoignent, elles aussi, l’offensive anti-occidentale des islamistes et se font leurs idiotes utiles.

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Menant leur offensive jusque dans le sport, les islamistes tentent ainsi aujourd’hui de faire plier les fédérations françaises en revendiquant que les milieux associatifs sportifs soient considérés comme un espace privé et donc un espace de « liberté » où le port du voile est permis. Le mouvement des « Hidjabeuses » est emblématique de ce prétendu féminisme islamiste. La nature de la « révolution religieuse » portée tant par les sunnites de la tendance frériste (des Frères musulmans) notamment, que par les chiites alignés sur le régime iranien des mollahs, est en effet un mélange d’archaïsme dans les principes (misogynie, primauté du religieux sur le politique) et de modernité (moyens de communication, innovations vestimentaires). Si elles étaient réellement féministes, plutôt que de chercher à imposer la légitimité du port du voile sur les terrains, les Hidjabeuses devraient s’engager dans la lutte en faveur du droit des femmes dans les pays musulmans qui, pour les plus intégristes d’entre eux, vont jusqu’à interdire aux femmes d’assister depuis les gradins, à des matchs de foot.

On ne rappellera jamais assez que le voile quelle que forme qu’il prenne (« simple foulard », hidjab, niqab, tchador ou burqa) est avant tout le signe et l’instrument de la soumission des femmes aux hommes et non un signe religieux relevant de la liberté du culte. Toutes les religions monothéistes dans leur version fondamentaliste et les sociétés traditionnelles en général, voilent leurs femmes. Ce n’est donc devenu la marque identitaire spécifique de l’islam que depuis que l’offensive islamiste en a fait son étendard politique. Dans le sport comme ailleurs, la banalisation insidieuse du port du voile doit être dénoncée et combattue, au nom de la libération des femmes et de la défense de la culture occidentale, porteuse d’émancipation des individus de tous les sexes et de tous les genres.

Pour Valérie Pécresse, ce n’est pas tous les jours dimanche

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Patrick Stefanini et Valerie Pécresse à Boissy-Mauvoisin (78), 13 mai 2021 © Jacques Witt/SIPA

Philippe Bilger revient sur le meeting politique raté de la candidate LR dimanche dernier


Depuis le 13 février, je ne cesse de ressentir ma différence d’avec ceux qui accablent Valérie Pécresse à la suite de son discours médiocre au meeting du Zénith – une mauvaise scansion, un abus des formules « téléphonées » et de surcroît un verbe haché par de multiples et intempestives interruptions militantes : pour ma part, je l’exonère d’une grande part de responsabilité dans ce que certains dans son camp ont qualifié de « naufrage ».

Inquiétudes avant les prochains sondages

Une équipe qu’on nous vante comme expérimentée ne projette pas une candidate dont l’oralité publique et l’éloquence n’ont jamais été le fort devant 7 000 personnes, selon des modalités qui ne pouvaient aboutir qu’à un fiasco. On a le droit d’être intelligent et lucide. Ce n’était pas rendre service à Valérie Pécresse que de la laisser aller inéluctablement vers un échec. N’être pas « une oratrice » n’est pas grave si on ne vous contraint pas à faire croire qu’on l’est et à endosser une posture tribunitienne aussi éloignée de vous que possible. Valérie Pécresse a raison : « si vous voulez des orateurs, il y en a plein dans la campagne », mais il est aberrant qu’on l’ait envoyée délibérément dans un piège politique, technique et intellectuel. Ce n’est pas être « machiste » que de mettre en lumière cette faute dont j’espère qu’elle ne payera pas le prix dans les prochains sondages !

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Il est clair que mon adhésion renouvelée à sa cause a souffert le martyre face à ce qu’elle n’a pas su dire, à ce qu’elle a mal dit, avec un insupportable hiatus entre un fond qui se voulait d’autorité et de volontarisme et une tonalité de voix qui, pour cet exercice, laissait gravement à désirer. Je n’ai cessé de mettre l’accent sur le fait que pour Valérie Pécresse, le problème résidait dans la forme, dans l’expression d’un verbe qui ne devenait convaincant que dans le partage citoyen, dans l’empathie médiatique. Une parole « en chambre » en quelque sorte. Pour pratiquement tous les autres candidats, cette difficulté n’existe pas. On n’est pas conduit à se détourner de la substance de leurs propos à cause de l’agacement face à leur formulation.

Un mauvais dimanche

Il n’aurait pas fallu faire passer ce dimanche à Valérie Pécresse et à ceux qui contre vents et marées continuent à penser que sa vision d’une droite à la fois ferme, opératoire et républicaine, aux antipodes de la pratique d’Emmanuel Macron, est la seule qui mérite d’être défendue, avec la possibilité d’une victoire au second tour. Quel terrible manque, d’ailleurs, dans ce discours du 13 février, que l’absence de dénonciation du péché le plus grave du macronisme, une manière de présider qui a poussé à son comble la monarchie régalienne en faisant fi, même à deux mois de l’issue capitale, des règles de bienséance démocratique, attitude que Valérie Pécresse pourfend ailleurs à juste titre.

À la décharge de Valérie Pécresse, on peut faire valoir un certain nombre d’arguments

D’abord ne pas lui imputer de reprendre le vocabulaire d’Éric Zemmour (le « grand remplacement ») alors que, si elle l’a fait, c’était pour stigmatiser ces notions et leur extrémisme. Quel dommage qu’elle n’en ait pas profité pour répliquer à la charge d’Éric Zemmour selon laquelle elle ne serait pas de droite ! Tant de lacunes, tant de faiblesses dans son argumentation : plus qu’irritant !

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Ensuite ce n’est pas de la faute de Valérie Pécresse si elle a gagné lors du Congrès, tout simplement parce que cette manière de débattre moins impérieuse que de bon aloi lui convenait mieux. J’ai l’impression qu’on lui reproche rétrospectivement une victoire dont elle n’aurait pas été digne. De surcroît, peut-on faire l’impasse sur les étranges et inquiétants atermoiements de Nicolas Sarkozy qui veut bien donner des conseils mais apparemment ne pas apporter explicitement son soutien ! En tant que citoyen conscient de ce que l’ancien président pourrait et devrait offrir à la candidate choisie par son camp en matière de légitimité et de crédibilité, je suis troublé, pour ne pas dire plus, par les bruits émanant des coulisses du pouvoir : tractations entre Nicolas Sarkozy et Emmanuel Macron, recommandations de Christine Lagarde comme Premier ministre (aux oubliettes, l’arbitrage Tapie !), toute une vie officieuse dans les marges de la transparence républicaine. Il y a des éléments qui nous sont cachés et dont on peut estimer qu’ils créent à notre détriment un déficit démocratique.

Petites ambitions

Enfin ces personnalités, de Christian Estrosi à Eric Woerth et d’autres moins connues profitant de leur migration pour se faire mieux identifier, qui ont rejoint Emmanuel Macron après avoir combattu vigoureusement sa politique, en effaçant ce que son mandat avait de blâmable notamment sur le plan régalien… J’ose espérer que toutes les motivations de ces transfuges ne sont pas putrides mais on ne peut tout de même pas béer d’admiration face à ces opportunismes persuadés d’aller au secours de la victoire. Et ce n’est pas l’impayable Christophe Castaner qui nous convaincra du contraire !

Cela fait beaucoup de pierres jetées dans le jardin de Valérie Pécresse mais rien n’est perdu, en tout cas pas l’honneur. Il est essentiel chez LR de ne demander à notre candidate que ce qu’elle peut donner. Elle a des qualités, des faiblesses émouvantes qui sont des chances. Ceux qui la méprisent, la traitent de haut ont bien tort : je ne le ferai jamais même si je trouve souvent sa dialectique maladroite, ou son autocélébration artificielle. Il faut vite qu’elle retrouve son second souffle. En tirant les leçons de ce qu’elle ne sait pas faire ni être.

Petit traité sur le retournement de veste

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Ancien numéro 2 des Républicains, Guillaume Peltier est désormais Vice-Président de "Reconquête", le parti d'Eric Zemmour. Chaumont-sur-Tharonne (41), 28 janvier 2022 © Jacques Witt/SIPA

Ça bouge décidément beaucoup en politique


Pour notre plus grand plaisir et peut- être, nous osons l’espérer, parce qu’elle nous a fait l’honneur de prendre en compte notre suggestion, Christiane Taubira a convoqué Jean Ferrat lors de son meeting de Créteil samedi dernier. Oubliant Aimé Césaire, c’est en effet “Ma France” qu’elle a entonnée, suivie par tous ses sympathisants pris aux tripes. C’est pourquoi nous nous permettons une nouvelle suggestion musicale, destinée cette fois-ci à l’ensemble des candidats et à leurs soutiens. Ralliés d’hier, de demain et d’aujourd’hui, hérauts de toutes les causes perdues ou à gagner, si vous voulez, vous aussi, pousser la chansonnette, envoyez Jacques Dutronc. On reprendra en chœur “l’Opportuniste”, tous avec vous et sans vous railler, promis !

Je suis de tous les partis
Je suis de toutes les party
Je suis de toutes les coteries
Je suis le roi des convertis (…)

Cette pratique de la palinodie en politique n’est pas nouvelle. Du grec palin « en arrière » et ôdê « chant », dans l’antiquité, le mot désignait une pièce de vers dans laquelle le poète déclarait rétracter ses sentiments antérieurs. Par extension, se livrer à une palinodie a voulu dire se contredire, lieu commun s’il en est, en politique. Et pourtant, on se fait immanquablement avoir comme des bleus ! Et cette fois encore, c’est « tournez manège » : on en a le tournis ! 

À droite, à gauche, au centre : c’est un vrai festival. Les scénaristes des “Feux de l’amour” n’auraient jamais imaginé pareils rebondissements. On rallie des camps ; les idées et les projets, démonétisés, sont sans importance : ils passent de main en main.

C’est Guillaume Peltier qui a ouvert le bal, quittant les Républicains pour rejoindre “Reconquête” et, tout s’est enchaîné.

Stéphane Ravier a lâché Marine Le Pen pour Éric Zemmour à cause de Franck Allisio (un de ses confrères du Rassemblement national) qu’il a qualifié « d’élément perturbateur et saccageur ».

Éric Woerth, depuis, assume pleinement sa rupture avec Valérie Pécresse pour soutenir la cause d’Emmanuel Macron. Après avoir en son temps qualifié le président « d’incantatoire », Éric Woerth assure avoir « évolué » avant d’ajouter que « la présidence d’Emmanuel Macron l’a fait aussi ».  

Il se murmure également que notre président fait de l’œil au maire socialiste de Dijon, François Rebsamen. 

Ségolène Royal, jamais en reste quand il s’agit de piétiner une rivale, se tâte pour abandonner Anne Hidalgo au profit de Valérie Pécresse. 

Ségolène Royal à Courbevoie, octobre 2018. SIPA. 00880127_000007

À gauche, on note le précieux ralliement à la France insoumise d’Aymeric Caron, le fondateur du parti Révolution écologique pour le vivant. Avant de tourner casaque, notre valeureux défenseur des drosophiles et des moustiques a en effet affirmé dans un entretien au Journal du Dimanche : « Le camp de la gauche et des écologistes est un champ de ruines. »

Quant aux « catholiques traditionalistes, aux païens et aux nazis », ils ont d’après Marine Le Pen, déserté le Rassemblement national pour aller grossir les troupes d’Éric Zemmour ! Cerise sur le gâteau, dans la série : « tous les coups sont permis », on vient d’annoncer que Nicolas Bay, porte-parole de la campagne du Rassemblement national et député européen, était accusé par son parti d’avoir profité traîtreusement depuis des mois de sa position privilégiée pour transmettre à l’adversaire Eric Zemmour des éléments stratégiques et confidentiels ! Il vient d’être suspendu de son parte-parolat de campagne et de toutes ses autres responsabilités. Le bureau exécutif du Rassemblement national évoque « un véritable sabotage ». Ce n’est plus un bazar, c’est un bordel, mes amis !

Nicolas Bay (Rassemblement national) © Michel Stoupak / NurPhoto / NurPhoto via AFP.

Mais cessons de jouer les naïfs pour revenir à la nature humaine et à nos bons vieux écrivains, qui, depuis toujours, pointent les travers humains : 

La Bruyère avait déjà tout dit en son temps dans ses Caractères (livre VIII. De la Cour)

L’on remarque dans les cours des hommes avides, qui se revêtent de toutes les conditions pour en avoir les avantages ; gouvernement, charge, bénéfice, tout leur convient ; ils sont si bien ajustés, que par leur état ils deviennent capables de toutes les grâces ; ils sont amphibies ; ils vivent de l’Église et de l’épée, et auront le secret d’y joindre la robe : si vous demandez que font ces gens à la Cour ; ils reçoivent, et envient tous ceux à qui l’on donne.

Autrement dit, il s’agit de bouffer à tous les râteliers et une fois de plus, il convient avec Musset, cette fois-ci, de déclamer : Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivraie, pardon, l’ivresse. Allez, tous en chœur, on est avec vous et avec “l’Opportuniste” :

Je crie vive la révolution
Je crie vive les institutions
Je crie vive les manifestations
Je crie vive la collaboration 
Non jamais je ne conteste
Ni revendique ni ne proteste
Je ne sais faire qu’un seul geste
Celui de retourner ma veste
Toujours du bon côté
Je l’ai tellement retournée 
Qu’elle craque de tous côtés
À la prochaine révolution
Je retourne mon pantalon

«La surprise reste l’arme majeure des terroristes»

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Opération sentinelle de l'armée de terre à Nice le 3 décembre 2020© SYSPEO/SIPA

Entretien avec Daniel Dory et Marie-Danielle Demélas, auteurs de Terrorisme et contre insurrection, texte inédit de Roger Trinquier


Au début des années 60, un officier tout juste à la retraite se consacre à la théorisation des méthodes de contre guérilla. Le Colonel Trinquier, engagé en Indochine puis en Algérie, s’appuie sur son expérience du feu pour penser les nouvelles pratiques de la guerre moderne.

Toujours enseignées dans les académies militaires américaines, son ouvrage De la Guerre moderne reste encore trop peu connu en France.

Cette étude critique de l’œuvre de Roger Trinquier par Daniel Dory et Marie-Danielle Demélas, nous fait découvrir une pensée militaire aujourd’hui abandonné par les armées françaises.

Terrorisme et Contre-Insurrection : Un texte inédit de Roger Trinquier, Marie-Danielle Demélas ; Daniel Dory, VA Éditions, Collection TerrorismeS, Versailles, 2021.

Cette édition critique de La Guerre moderne de Roger Trinquier apporte quelques nouveautés. Longtemps resté en retrait derrière David Galula, celui-ci est revenu en grâce après avoir été redécouvert par le général américain Petraeus empêtré en Irak au début des années 2000. Loin d’être un soldat expéditif, Trinquier est un auteur qui avait alors tiré les meilleures leçons de son expérience et qui défrichait en solitaire un terrain jusqu’alors déserté. C’est ce que nous racontent les auteurs de Terrorisme et Contre-Insurrection, dans une biographie accompagnée d’une remise en contexte historique.


Causeur. Une des conditions de l’existence d’une guérilla est le soutien de la population à celle-ci. Quels sont les facteurs qui peuvent conduire une population civile à apporter son soutien à une guérilla ?

Marie-Danielle Demélas. Trinquier part toujours d’un problème concret à résoudre. Durant la guerre d’Indochine, la guerre menée par le Vietminh a pris la forme de guérilla en Cochinchine ; au Tonkin, le Viêt-minh a rapidement obtenu les moyens de passer à un autre niveau et former un véritable corps d’armée, avec l’aide de la Chine. La fin de la guerre (Diên Biên Phu…) est un combat classique gagné par l’artillerie. 

En Algérie, le FLN n’a jamais eu les moyens de développer une guérilla de grande ampleur permettant de passer à la phase suivante.

Sinon, on peut répondre de façon très classique : une guérilla existe, se développe et se maintient quand elle est chez elle, en prise avec les intérêts et les conflits locaux. C’est là sa force et sa faiblesse. Loin de son territoire, elle est peu efficace.

Daniel Dory. La guérilla, lorsqu’elle s’inscrit dans le cadre d’une insurrection, a un besoin vital du soutien d’au moins une partie significative de la population. Sans cela elle est privée de ravitaillement, de renseignement, de caches et de futures recrues. Cette symbiose entre combattants et populations se réalise sous la forme d’un gradient qui va depuis la complicité minimale (la non-dénonciation) jusqu’à la participation aux actions armées. Dans ce cadre, le terrorisme, qui est avant tout un moyen de communication violente, vise à intimider la population indécise et à neutraliser les agents locaux de l’ennemi. Trinquier montre bien la logique qui opère dans ce type de situations.

Lorsque ce soutien n’est pas spontané, Roger Trinquier émet la possibilité pour un gouvernement de l’obtenir par la peur (terrorisme). D’autres moyens ont-ils déjà été mis en place par les armées pour recueillir le soutien d’une population ? Si oui quelle a été leur efficacité ?

DD. Une armée affrontant une insurrection en terrain hostile se trouve dans la nécessité de traquer et combattre les ennemis armés (action offensive) ; se protéger des attaques (action défensive) et de s’assurer, au mieux, la neutralité de la population. Concernant ce dernier point, lorsque le conflit met sur le terrain des acteurs dont les identités nationales, ethniques, religieuses, etc. sont différentes, souvent l’intimidation (voire la « terrorisation ») des populations semble la seule option. Avec le risque, comme d’innombrables exemples le prouvent, de s’engager dans une spirale sans fin de la violence, et de motiver encore davantage les populations à s’engager dans la lutte « du mauvais côté ». A cet égard le texte de Trinquier permet opportunément d’approfondir cette question, depuis le cas algérien jusqu’à l’échec de « la conquête des esprits et des cœurs » en Irak et en Afghanistan.

Trinquier recommande la mise en place d’un cadre légal au contre-terrorisme. Ce cadre exceptionnel ne serait appliqué que lorsque plusieurs attentats terroristes auraient été commis sur un territoire. A-t-il pensé à un cadre légal général au contre-terrorisme s’appliquant en continu ?

DD. Au moment où Trinquier écrit, la réflexion théorique sur le terrorisme, et sur sa spécificité, est pratiquement inexistante. Il faudra attendre une décennie pour que, vers la fin des années 1960, surgissent les tout premiers travaux précurseurs de ce qui deviendra progressivement le champ disciplinaire des terrorism studies. Ce à quoi Trinquier fait référence c’est à la nécessité d’inscrire la contre-insurrection (dont participe le contreterrorisme) dans un cadre légal fournissant aux forces engagées sur le terrain des outils légaux différents de ceux qui prévalent en temps de paix. Par la suite, et jusqu’à aujourd’hui, le débat concernant les législations d’exception demeure d’actualité.

Les travaux de Roger Trinquier ont-ils entrainé un changement de doctrine au sein de l’armée française ?

MDD. Non. Quand il a mis en pratique ce qu’il a théorisé, que ce soit à Alger en 1957 ou dans le secteur de El-Milia, en 1959-1960, il a été unanimement reconnu qu’il avait trouvé les bonnes solutions. Mais quand il publie La Guerre moderne, l’armée française est priée d’oublier tout ce qui a été produit à propos de guerre révolutionnaire et de contre-insurrection pour se consacrer à ce que de Gaulle et ses ministres des Armées (Guillaumat puis Messmer) considèrent comme étant LA guerre moderne : la dissuasion nucléaire. 

Quelle a été la portée de ses écrits à l’étranger ?

MDD. Elle a été importante aux Etats-Unis, où La Guerre Moderne est traduite l’année suivant sa publication en français, et précédée d’une intelligente introduction de Bernard Fall. Sa lecture est de nouveau recommandée aux officiers américains œuvrant en Irak et en Afghanistan à partir de 2004.

DD. Les textes de Trinquier ont exercé une influence certaine, mais qui reste à évaluer, sur l’émergence des terrorism studies et les recherches concernant la contre-insurrection. Puis, tout comme pour l’armée française à la fin de la Guerre d’Algérie, la défaite des États-Unis au Vietnam a favorisé leur « oubli ». Il y a donc fort à parier qu’après l’échec en Afghanistan et le désastre irakien, notre auteur connaisse un nouveau « purgatoire » au sein des institutions de formation militaires. Ce qui serait, bien entendu, injuste et absurde. Car en matière de pensée stratégique on (re)découvre souvent moins ce qui relève de la nouveauté, que ce que l’on a plus ou moins volontairement oublié des expériences antérieures.

Trinquier place au centre de sa doctrine, le contrôle de la population par une hiérarchie stricte, qui permet de lui conférer des missions de police : détection, surveillance et transmission. Dans une société aujourd’hui très individualiste, comment faire accepter cette hiérarchie de contrôle et de surveillance ?

MDD. Il s’agit ici d’un contrôle social institutionnalisé. Ce qui existe dans tous les villages et univers paysans (chacun sait ce que fait le voisin, qui vit chez lui, qui il reçoit). Contrôler serait plus difficile dans une société très individualiste ? C’est à voir : il suffit de consulter internet pour savoir ce que fait Pierre, Paul ou Jacques qui poussent la complaisance jusqu’à en offrir un film…

DD. La technologie actuelle, en effet, est incomparable avec celle dont disposaient les forces dites « de l’ordre » au temps de Trinquier. Actuellement la surveillance des idées et des comportements des populations est possible (et effective) en temps réel. Tant les régimes ouvertement répressifs comme post-démocratiques (qui pratiquent la vigilance « bienveillante ») y recourent constamment.

La surprise est un des facteurs essentiels de la guérilla, a-t-il encore un sens aujourd’hui à l’heure d’internet et autres nouvelles technologies (caméra, satellite) ? 

MDD. Qu’il s’agisse de l’arc à Azincourt ou du drone aujourd’hui, la surprise est créée par la façon de se servir de la technique…

DD. La surprise est un élément essentiel dans la tactique de la guérilla et dans la réalisation de l’acte terroriste. Les technologies de surveillance de masse ont pourtant toutes des failles plus ou moins évidentes : la base du métier de terroriste consiste à les identifier et à en tirer profit.

La guerre moderne

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Renée Greusard, victime du “régime de l’hétérosexualité”, milite pour un consentement à la maternité

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L’essayiste part en lutte contre l’injonction sociétale à la maternité qui pèse sur les femmes. Choisir d’être mère est un bijou brut, un rubis, un diamant qui brille des mille feux de la sottise!


Les néo-féministes cherchent toutes leur filon. Après Rose Lamy (cf. papier de Frédéric Magellan dans ces colonnes), je vous présente Renée Greusard. Elle aussi cherche depuis un bon moment de quoi elle a bien pu être victime. Après avoir compulsé les « essais » dénonçant, au choix, la charge mentale, la charge maternelle, une sournoise injonction patriarcale et/ou hétérosexuelle (au maquillage, au soutien-gorge, à l’épilation ou au désir), l’absence de consentement (ou le consentement non explicite, ou l’emprise), un tabou (celui des règles, des seins qui tombent ou de la masturbation féminine), cette journaliste a compris que l’inspiration ne pourrait venir qu’à la suite d’une introspection intime et totale.

Une grossesse et quelques années de réflexion plus tard, se sentant « habilitée à parler de ce vécu », Renée Greusard a donc écrit un « livre libérateur » dans lequel elle « milite pour le consentement à la maternité ». Choisir d’être mère (JC Lattès) est un livre dénonçant le “tabou de la maternité” et s’adressant « plutôt à des femmes cisgenres parce qu’elles subissent, notamment dans le régime de l’hétérosexualité, des oppressions spécifiques ». Comme nous pouvions nous y attendre, ce livre est un bijou brut, un rubis, un diamant qui brille des mille feux de la sottise.

Consentement éclairé

« Je ne crois pas qu’on puisse consentir à quoi que ce soit sans être informée. Si je me sens prête à vous parler, c’est que mon propre consentement à la maternité n’a pas été éclairé. J’aurais aimé qu’on me prévienne plus et qu’on me dise la vérité », écrit Renée Greusard en introduction de son ouvrage. 

Si elle ignore tout de la maternité qui remonte pourtant à la plus haute Antiquité, elle connaît en revanche les toutes dernières âneries butlériennes gobées dans les universités les plus progressistes : elle est « pansexuelle » et c’est « cela qui [la] constitue ». Si elle a mis cinq ans à écrire son livre, ce n’est pas parce qu’elle est plus cruche que ma tata Simone mais parce qu’elle avait « un enfant à gérer ». De plus, elle se demandait « dans quelle mesure un cerveau humain pouvait enregistrer de telles informations ». Bref, elle s’est « beaucoup perdue à essayer de [se] retrouver ». Après avoir récupéré ses morceaux de vide, elle a décidé d’écrire pour les innocentes qui veulent enfanter sans réfléchir et qu’elle imagine encore plus demeurées qu’elle : « Je ne vous connais pas, vous qui lisez ces mots. […] Peut-être souhaitez-vous vous conforter dans l’idée que jamais, au grand jamais, un enfant ne passera par votre utérus. » 

Julia Tissier, journaliste féministe co-fondatrice de ChEEk Magazine, a interviewé Renée Greusard. Fou rire assuré et confirmation que le néo-féminisme est un crétinisme. Meilleurs extraits de l’entretien en question :

« J’ai beaucoup douillé en devenant mère et j’ai été scandalisée de découvrir qu’on envoie  les femmes en enfer sans les prévenir en amont de ce qui les attend ! » dit Renée Greusard. Elle a eu bien du mérite de se lancer dans cette aventure « la fleur au fusil comme ça », sans être « briefée ». Mais cela n’aura pas servi à rien : forte de son « vécu », elle a décidé de partager son expérience avec toutes les futures mères afin de leur « permettre de ne pas partir en trek au Népal avec des escarpins ». 

Une démonstration puissante

Pour expliquer à la journaliste ce qu’elle entend par « n’avoir pas consenti à être mère », Renée Greusard se livre à un exercice intellectuel que je n’hésite pas à qualifier de thuramien [1] : « Pour consentir, il faut choisir, et pour choisir, il faut être éclairée. Je vais prendre un exemple très simple : on propose à une personne deux verres, dans l’un, il y a du jus de pomme et dans l’autre un jus dont on ne connaît pas la saveur. Peut-on vraiment choisir si on ne sait pas ce qu’il y a dans l’un des deux verres ? J’ai désiré être mère, mais je n’ai pas consenti à l’être dans le sens où je ne savais pas ce qui m’attendait réellement. » Puissant, non ?

Il y a des moments terrifiants auxquels les mères ne sont pas préparées. Une photo glaçante extraite du compte Instagram de Renée Greusard montre cette dernière assise sur la cuvette de ses toilettes tandis qu’un dessin est glissé sous la porte par le mioche qui trépigne de l’autre côté. Sous ce cliché déchirant, un commentaire déchiré : « Six ans après sa naissance, je n’en reviens toujours pas de constater à quel point quand on est parents, on n’est JAMAIS tranquilles : même aux toilettes qui devraient pourtant être un sanctuaire. […] Les toilettes sont en réalité un iceberg : celui de la disponibilité des parents. » 

« Quel message as-tu envie de faire passer aux femmes qui sont en passe de basculer (sic) dans la parentalité ? », questionne Julie Tissier. Réponse : « Si elles ne sont pas enceintes, je leur dirais de s’assurer qu’elles désirent prendre cette voie, de questionner leur désir pour être certaines de ne pas céder à une injonction sociétale. » Tout cela est bien beau, mais Renée Greusard peut d’ores et déjà prévoir une réédition augmentée de son livre : la société Apple vient d’ajouter à ses émoticônes une figure emblématique des délires du moment, « l’homme enceint ». Je n’ose imaginer le prochain chapitre du livre de Renée Greusard consacré à Robert, homme transgenre « assigné » fille à la naissance ayant conservé son utérus et portant l’enfant de sa compagne Isabelle (alias Jérôme au départ), se demandant si son consentement à la maternité était suffisamment « éclairé » et s’il n’a pas cédé un peu trop rapidement, sans réfléchir aux conséquences, à une « injonction sociétale ». On n’a pas fini de rire.


[1] En référence au philosophe à crampons Lilian Thuram dont j’ai déjà rapporté quelques unes des plus stupéfiantes expériences dans un article paru sur ce site le 3 juin 2021.

Que Jadot dénonce l’antisémitisme là où il grandit plutôt que de le fantasmer là où il s’éteint!

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D.R.

Invité dimanche de Radio J, le candidat écologiste à l’élection présidentielle Yannick Jadot s’en est pris à Éric Zemmour, en le qualifiant de « Juif de service pour les antisémites ». Élisabeth Lévy réagit. Elle n’a vu dans la déclaration de Jadot qu’un propos nigaud et benêt.


« Juif de service pour les antisémites » ! Dit comme ça, c’est presque drôle. D’ailleurs, il est inutile d’en rajouter, on en a fait un peu trop dans l’air grave depuis 48 heures. Le nazisme n’est pas à nos portes. 

Pour ceux qui ne vivent pas collés devant leur poste, petit rappel 

Dimanche, Yannick Jadot s’est exprimé sur Radio J. Voilà ce qu’il a dit : « Zemmour essaie de réconcilier une partie de la France avec l’Algérie française, avec Pétain, avec l’antisémitisme. Ce que le père Le Pen n’avait pas réussi à faire. Mais la différence la plus perverse, c’est que Zemmour est juif, il fait le juif de service pour les antisémites. » Rappelons en outre que pour Zemmour, Pétain a sauvé des juifs, ce qui est contestable, mais on ne voit pas bien en quoi ce propos serait antisémite.

A lire aussi, Marine Le Pen: «Eric Zemmour reproduit toutes les erreurs du FN de Jean-Marie Le Pen»

Indignation générale

Concernant les propos de Jadot, évidemment ça a buzzé ferme : étranglement à droite, embarras à gauche, Olivier Faure est gêné, Mélenchon a regardé ses pieds.

Hier, Yannick Jadot a enfoncé le clou. Il a expliqué que Zemmour se servait de sa religion pour excuser l’extrême droite, qu’il était l’idiot utile de l’antisémitisme. Réponse du clan Zemmour : « C’est la preuve que l’antisémitisme est à l’extrême gauche. »

Est-ce à dire que c’est à présent Yannick Jadot qu’on accuse d’antisémitisme ?

Non ! Yannick Jadot n’est pas antisémite. Gilbert Collard a fait cette blague pas mauvaise : « Yannick Jadot n’est pas l’antisémite de service, plutôt le nigaud de service qui ne sait pas ce qu’il fait. » Selon Alice Coffin, proche de Sandrine Rousseau, c’est une stratégie. Peut-être, mais alors pardon, c’est une stratégie foireuse. Yannick Jadot s’exprimait sur Radio J, il croit peut-être que pour plaire aux juifs, il suffit de dire « antisémite » ? Oui l’antisémitisme, en tout cas celui qui agresse ou tue est plutôt islamo-gauchiste que d’extrême droite. Sur ce sujet, les Verts ne sont pas blanc-bleu.

Si quelqu’un traitait Taubira de noire de service, ce serait un scandale justifié. Mais à gauche, l’obsession des origines est permise, on a le droit d’avoir une vision raciale du monde. Cette assignation identitaire – le fait de voir Zemmour d’abord comme un juif –  est évidemment contraire à l’idée zemmourienne de l’assimilation. Contrairement à ce qu’a dit Jadot, le candidat de « Reconquête » ne se sert nullement de sa religion. Il ne défend pas la France en tant que juif. Il se trouve qu’il est juif, c’est son histoire. Il ne la cache pas, il ne ne la brandit pas.

Dans l’isoloir, on est tous Français

À entendre Yannick Jadot, Alain Minc ou Bernard-Henri Lévy, Zemmour est juif, donc il n’a pas le droit d’avoir ses idées. C’est presqu’un mauvais juif.

A lire aussi, Cyril Bennasar: Zemmour pour les nuls

Alors ils m’enverront la liste de ce que les juifs doivent penser et voter ! Il y a quelques semaines déjà, le CRIF et le grand rabbin avaient dit : pas une voix juive pour Zemmour. Pardon, mais qu’ils commencent par dénoncer l’antisémitisme là où il grandit plutôt que de le fantasmer là où il s’éteint. Et que ces gens cessent de se mêler de mon bulletin de vote !


Élisabeth Lévy : « L’antisémitisme est plutôt islamo-gauchiste que d’extrême droite ! »

Cette chronique a intialement été diffusée sur Sud Radio.

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de Sud Radio, chaque matin à 8h10.

Doit-on lire la critique littéraire?

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Image d'illustration Unsplash

Pourquoi ce genre journalistique ne répond plus aux attentes des « nouveaux lecteurs » et aux exigences du monde de l’édition ?


Qui lit encore la critique pour se faire une opinion sur un livre ? Quelques papivores égarés dans la jungle digitalisée, quelques professeurs précieux se targuant de faire la différence entre Montherlant et Giraudoux, quelques confrères velléitaires se lamentant du niveau général, mais surtout, essentiellement, des auteurs qui relèvent les compteurs, à chacune de leurs parutions. La critique n’est lue que par des écrivains obsédés par les retombées : leur poids, leur fréquence et leur qualité. A défaut de percevoir des droits d’auteur, ne leur retirez pas cette dernière raison ou illusion d’exister ! Critiques et auteurs dont les rôles sont interchangeables selon la saison se nourrissent d’ingratitudes et de caresses réciproques, dans un va-et-vient qui laisse les lecteurs indifférents aux enjeux éditoriaux et aux luttes de pouvoir en place.

Ménage à trois

Dans cette relation à trois, le lecteur est souvent de trop. Comme la vieille copine qui tient la chandelle, il gêne la rencontre. Car, en France, terre de culture, seule une poignée d’écrivains vit confortablement de sa plume. Il est si difficile de vivre de sa propre production littéraire ou agricole dans notre beau pays. La majorité des « écrivants » cumule donc plusieurs emplois et se partage les miettes de la recette, à la volée. Dans un secteur économiquement faible, où l’argent est concentré sur quelques têtes, j’ai toujours été frappé par le nombre croissant d’intervenants et d’impétrants à mesure que la profession se paupérisait. Comme si rien ne pouvait arrêter ce cercle infernal. Les professions oisives et non rémunératrices sont certainement plus attractives que les emplois stables. À un jeune auteur, je conseillerai toujours la voie de la raison, c’est-à-dire abandonner l’écriture au profit d’un engagement plus citoyen : la Police, les services à la personne ou la téléphonie mobile. La critique officielle, celle qui est encartée dans les médias, n’a pas bonne presse. Elle serait forcément vendue aux forces obscures et coupable de toutes les compromissions. Elle serait soumise aux influences néfastes, aux copinages intempestifs et aux règlements de compte. C’est pourquoi les acheteurs n’auraient plus confiance en elle, comme ils ne l’ont plus dans la profession de foi des candidats en campagne électorale. Elle puerait le délit d’initiés et la rouerie de l’entre-soi. Les métiers à vocation « artistique » activent généralement les imaginaires complotistes et suscitent plus qu’ailleurs des délires psychotiques.

À lire aussi, du même auteur: Michel Deville à l’Elysée!

La critique littéraire n’est pas plus inféodée aux puissants cordages du système que l’essai automobile, le commentaire footballistique, le comparatif beauté ou l’analyse sondagière. Plus qu’une autre rubrique, par contre, elle tente de résister avec des moyens toujours en baisse. La rétractation des pages « culture » dans les magazines ressemble à l’érosion côtière en Normandie. Les éditeurs eux-mêmes ne font confiance qu’aux courbes des ventes et préfèrent miser, aujourd’hui, sur de dociles non-professionnels et leurs très rentables communautés.

Une profession grand-remplacée par les amateurs ?

Une prime de crédibilité irait naturellement à l’amateur, au passionné, à l’altruiste des réseaux sociaux ou au néophyte, ce serait la garantie d’une information plus transparente et objective. La fable est jolie ; la crédulité a des limites à la décence.

La critique littéraire comme nous l’avons connue, il y a trente ans, ne correspond plus aux attentes actuelles du lecteur pressé. On ne dépiaute plus un texte à l’usage de quelques savants disséqueurs, on se contente d’en résumer les grandes lignes et de s’attacher plus au thème (si possible dans l’air du temps) qu’au ramage du style. Je crois sincèrement qu’un malentendu de fond perdure depuis de nombreuses années. Quand, fougueux journaliste, je dévorais les papiers de Renaud Matignon (1935-1998) dans Le Figaro et louais sa maestria imagière, je me foutais éperdument du nom de sa victime ou de son héros du jour. Je lisais, avant tout, du Matignon et perforais mon système cognitif au charme de sa formule carnassière. Je faisais en quelque sorte mes humanités, j’apprenais mon futur métier. Désolé, je ne crois pas à l’objectivité-reine et au fact-checking obsessionnel, aux gentils blogueurs et aux méchants journalistes, je conteste vivement les catégories infamantes qui déconsidèrent l’écriture dite journalistique avec celle, plus littéraire et hautaine, réservée aux romans. Je crois à la critique incarnée comme une forme d’expression personnelle. Dans cette histoire, le livre ou l’écrivain sont finalement accessoire. Je crois au retour des signatures, les seules susceptibles de nous faire lire, à nouveau, la critique.

À lire. La liberté de blâmer – Quarante ans de critique littéraire – Renaud Matignon – Préface Jacques Laurent -Introduction Etienne de Montéty – Bartillat

LA LIBERTE DE BLAMER

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L’accélération foudroyante de la gentrification de Paris

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Anne Hidalgo, maire de Paris depuis 2014 © Loic VENANCE / AFP

La gentrification de la capitale s’est accélérée sous Anne Hidalgo, le nombre de ménages déclarant plus de 100 000 euros de revenu annuel ayant bondi de 24 % en six ans. La majorité en place ne fait rien pour freiner le mouvement, au contraire. L’explosion des loyers chasse la classe moyenne et la construction de logements sociaux se poursuit. Autrement dit, Paris est devenue une ville pour les très riches et les très pauvres.


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Anne Hidalgo l’a maintes fois répété, elle entend faire de Paris une ville « inclusive », où toutes les populations trouveront leur place. En ce qui concerne les plus riches, l’objectif est atteint. La boboïsation de la capitale est souvent relevée, mais rarement chiffrée. L’exercice n’est pourtant pas difficile, car beaucoup de statistiques du fisc sont désormais en accès libre. Elles montrent que la part des ménages parisiens déclarant plus de 100 000 euros de revenu par an a très nettement augmenté depuis les municipales de 2014. Ils étaient 97 700 lorsqu’Anne Hidalgo a été élue, et 121 300 en 2020, soit une hausse de 24 % en six ans seulement. Et ce n’est pas tout. En 2014, ces ménages déclarant plus de 100 000 euros par an pesaient collectivement 38,4 % du total des revenus des Parisiens. En 2020, leur part est montée à 50 %. Autrement dit, dans une ville « inclusive » de 2,2 millions d’habitants, 120 000 ménages raflent la moitié des salaires distribués chaque année ! Parmi eux, plus de 32 000 sont retraités.

La gentrification avait commencé avant Anne Hidalgo, mais elle s’est accélérée durant sa mandature, en particulier dans les bastions électoraux de gauche. Entre 2014 et 2020, la proportion de riches a augmenté de 50 % à 75 % dans les arrondissements présumés populaires comme le 18e, le 19e et le 20e : il y avait 2 440 contribuables à la tranche maximale de l’impôt dans le 20e en 2014. Ils étaient 3 510 six ans plus tard. Autrement dit, tous les deux jours, depuis des années, une famille riche ou très riche s’installe dans le 20e, qui compte par ailleurs plus de 36 % de logements sociaux. L’effet d’éviction sur la classe moyenne est terrible : Paris devient une ville pour les très aidés et les très aisés.

Anne Hidalgo et son équipe y sont pour quelque chose. Leur décision la plus grave a été d’acheter massivement des logements privés pour en faire des logements sociaux. La ville a ainsi atteint à bon compte ses objectifs de construction HLM. En retirant des biens d’un marché déjà en surchauffe, elle a aussi contribué à rendre le logement inaccessible. En 2007 et 2019, Paris crée respectivement 6 165 et 5 723 logements sociaux, mais avec plus de 4 500 constructions sous Delanoë, contre moins de 1 500 sous Hidalgo… Le diable est dans les détails.

A lire aussi: Paris à la tronçonneuse

À la décharge d’Anne Hidalgo, le Premier ministre socialiste Manuel Valls n’a pas fait mieux. En 2016, il annonçait officiellement son intention de faire de Paris l’endroit « le plus favorable d’Europe » sur le plan fiscal pour les traders ! C’était lors du forum de Paris Europlace, l’organisme chargé de promouvoir la place financière française. Il y a une « union sacrée entre l’industrie financière, les collectivités locales et les pouvoirs publics », se félicitait Arnaud de Bresson, délégué général d’Europlace. L’objectif était d’attirer des milliers de gros salaires qui, pensait-on, allaient quitter la City pour cause de Brexit. Ils ne l’ont pas fait, faut-il vraiment le regretter ?

Parlez-vous franglais?

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Emmanuel Macron, Pont-à-Mousson (54), 5 novembre 2018 © Ludovic Marin/AP/SIPA

Dans un rapport publié ce matin, l’Académie française s’inquiète de la montée d’une « insécurité linguistique » pour tout un public de Français peu au fait du numérique et peu familiers de la langue anglaise. Mais comme plus personne n’écoute l’Académie française, il va bien falloir vous mettre au franglais. Sophie de Menthon vous explique.


Avant que vous ne fassiez un burn-out parce que vous êtes bientôt speaker dans un meeting VIP et que c’est un challenge pour vous, soyez up to date. Il faut que vous maitrisiez votre listing de punchlines pour rendre vos propos percutants. Vous ne pouvez pas avoir l’air d’un looser. Business is business ! Essayez de trouver des scoops, tentez le buzz, c’est le moment de faire votre coming out.

A lire aussi, du même auteur: J’aime les hommes…

Auparavant, il va falloir motiver votre équipe en live, le team building il n’y a que cela de vrai : training avec ou sans coach, de façon à booster tout le monde. C’est le moment de faire la preuve que vous êtes un pseudo bilingue. Commencez par un best of de vos arguments pour prouver que vous êtes un winner. Il n’y a que les loosers qui utilisent un vocabulaire franchouillard. Oubliez aussi la syntaxe et l’orthographe. Même si cela peut avoir son côté vintage, c’est out. Même si vous êtes overbooké, intégrez les basiques, riez des petites jokes à gorge déployée, c’est LOL (laughing out loud). Au fait, BTW (by the way) un smiley pourra avantageusement remplacer la ponctuation dans un mail. Ready ? Go !

Choose France…

Vous madame, travaillerez sur votre glow up (votre niveau supérieur de beauté) et ASAP (as soon as possible) sur des startingblocks, les rides n’attendent pas. Si problem, faites-vous un call avec une girl friend et adoptez l’esprit de Nike en toutes circonstances : Just do it !

Sachez que l’exemple vient de haut, on « choose France », ce serait trop nul de choisir la France… surtout au moment où il faut la choisir. On est une start up nation ou on ne l’est pas. D’ailleurs le slogan de l’offre d’actionnariat salarié de notre opérateur national Orange n’est-il pas « together 2021 » ? On se demande si dans cette affaire ce ne sont pas les States qui ont fait le lobbying ?

A lire aussi: Discours de réception de Thomas Morales à l’Académie française

Si vous n’en pouvez plus de bosser à cause d’un geek qui est borderline, keep cool ! Un after-work entre collègues, un drink et vous envisagez tous ensemble de lui faire faire un check-up. En attendant wait and see

Dimanche un bon brunch, un film mais attention pas de spoil : si vous connaissez l’histoire ne racontez pas the end. Si bouquiner c’est mieux, un bon best-seller avant la deadline du reporting de lundi qui vous stress à mort.

Positive attitude

La woke attitude est de plus en plus incontournable. Ne pensez pas alone, pensez worldwilde, ainsi ne dites plus jamais noir, préférez black. Et puis black au moins, ce n’est pas raciste !


Tour Eiffel, 2017. Patrick KOVARIK / AFP

Acceptez que l’on essaie de vous faire croire que le plat typically french c’est le couscous, et qu’il est proscrit de penser à ce qui faisait toute la renommée de notre french cooking. A moins d’être communiste, un fromage et un bon verre de vin à la main, c’est has been !

A lire aussi: Michel Fau: “On ne peut pas jouer Molière sans être excessif”

Allez ! Reprenons nos esprits, tout bien considéré, avec toutes ces dérives de langage, nous sommes embrigadés dans une permanente fashion week où l’anglicisme est hype, cool, c’est un must. À pitcher nos idées sous forme de slogans, en quête sempiternelle de nivellement par le bas et de reconnaissance par la branchitude. L’art de bien parler français consiste au contraire à de ne pas réduire une pensée à un mot, sous prétexte que l’on n’a pas de vocabulaire ! Un avis par une locution, une pensée par un emoji, non ! La langue française est un trésor caché. Parler et pratiquer une belle langue, c’est la faire vivre au quotidien avec raffinement, euphémismes, didascalies, syntaxe, figures de style, oxymores, anaphores, parallélismes, litotes, antiphrases, hyperboles… Yes, we can !

La France sens dessus dessous !: Les caprices de Marianne

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Message doux-amer au ministre Darmanin…

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Gérald Darmanin à Paris, 5 février 2022 © Lewis Joly/AP/SIPA

Après son erreur de communication face à une journaliste de BFM TV la semaine passée, Philippe Bilger charge le ministre de l’Intérieur, dénonçant une certaine aigreur du ministre face à ceux qui osent nuancer la qualité de son bilan sur la sécurité.


Vous étiez un espoir de la droite républicaine, vous êtes devenu un inconditionnel d’Emmanuel Macron. Chacun ses goûts, à chacun son évolution ! Ce qui me navre ne relève pas de vos fluctuations puisque vous avez le droit de vous adapter à l’aune de vos ambitions qui sont légitimes et plausibles car votre talent ne vous a pas quitté, malheureusement avec de l’arrogance en plus. Votre entretien avec Apolline de Malherbe sur BFM TV a été une honte dont vous auriez dû immédiatement vous repentir. Vous avez été contraint de le faire -mais à peine- à cause de l’émoi que que vous avez suscité (voir vidéo LCI ci-dessous).

Un ministre en guerre contre le « populisme »

La voix du président, sur le plan médiatique, sait être rude mais n’a jamais atteint ce niveau de grossièreté sexiste et condescendante. Je vais vous avouer quelque chose. J’ai suivi toutes vos péripéties judiciaires et bien évidemment je ne discute pas ce dont vous avez bénéficié mais prenez garde à ceci : vous écoutant aussi vulgairement dominateur il y a peu, je me suis demandé comment vous aviez pu vous comporter avec d’autres jeunes femmes auparavant.

Vous êtes également trop fin pour continuer à nous servir la même « soupe » destinée à ménager la chèvre et le chou, votre adhésion un zeste flagorneuse à Emmanuel Macron et vos amitiés maintenues à droite, à l’égard de Xavier Bertrand notamment, pour ne pas parler de votre admiration ressassée pour Nicolas Sarkozy : on ne sait jamais, avoir une double admiration dans des camps différents ne peut pas nuire !

A lire aussi: Paris à la tronçonneuse

Est-ce pour compenser ces dilections qui demeurent, qu’en revanche vous êtes si dur, si vindicatif à l’encontre de votre ancienne famille politique, de Marine Le Pen et d’Eric Zemmour (qui ne disent pas que des bêtises sur l’insécurité au quotidien) en qualifiant avec mépris de populistes les idées qu’hier vous cultiviez parce qu’elles relevaient des attentes du peuple ? Vous avez changé pour complaire à Emmanuel Macron mais vous avez du mal à occulter vos convictions d’avant le prétendu « nouveau monde ».

Antifas et identitaires : deux poids deux mesures

Pourtant on ne peut pas nier que vous ayez ménagé vos efforts pour manifester à quel point vous étiez plus sévère avec les Identitaires, les violences de l’extrême droite, au point d’en oublier toute rigueur et toute équité, qu’avec les antifas dont on peut dire que, plus ils frappent et troublent la République, plus vous les laissez tranquilles ! Le deux poids deux mesures vous est devenu tellement familier que l’exercice d’une autorité impartiale et sollicitée par la seule sauvegarde publique devient quasiment un événement miraculeux ! Ce peuple qui n’est pas favorable à votre cause, qui en majorité considère « que l’immigration a fortement progressé en France en 2021 », qui déplore que « les forces de l’ordre soient toujours plus ciblées » et qui est très critique, voire fortement négatif à votre encontre, sur la lutte contre l’insécurité (sauf pour le terrorisme), comme tout à coup vous le détestez, lui qui n’a pas été ébloui par vos résultats et la faiblesse de votre action régalienne inspirée par un président longtemps indifférent aux angoisses populaires, malgré sa tentative cynique et ostentatoire de rattrapage en fin de parcours (Le FigaroJDD) ! Comme cette majorité de citoyens, dont vous n’avez pas voulu entendre parler sur BFM TV, vous importune dans votre vision hyperbolique d’un mandat dont à l’évidence vous regrettez qu’elle ne soit pas partagée par tous puisque vous allez même jusqu’à prêter à tous les Français, contre l’évidence, la certitude qu’un grand président les a accompagnés durant cinq ans !

Je ne voudrais pas tomber dans votre travers et dénier les quelques avancées dont vous pouvez être fier d’avoir été le responsable. La baisse des atteintes aux biens, un combat modeste mais cohérent et organisé contre le fléau de la drogue, à la source principale de la délinquance et poison qui détruit beaucoup de cités, par la dictature d’une minorité sûre de son impunité, obsédée par ses bénéfices et en marge des valeurs de la démocratie.

Une méchante aigreur

Ce n’est pas rien mais vous me pardonnerez, comme le peuple français, d’attacher plus de gravité aux infractions graves contre les personnes et leur intégrité, contre la police, la multitude des élus, contre tous ceux qui représentent, à quelque niveau que ce soit, la France officielle, une France dont la parole est moquée, méprisée. Mon indignation est d’autant plus vive que votre impuissance est totale malgré vos tweets et votre bonne volonté affichée. Il n’y aurait rien de honteux à défendre avec bonne foi votre bilan – après Christophe Castaner, vous ne pouviez que faire mieux – mais pourquoi, encore une fois, cette arrogance, cette domestication politique de votre liberté, cet oubli de ce que vous étiez en cherchant à nous faire croire qu’Emmanuel Macron était comme le Nicolas Sarkozy de la grande époque, pourquoi, pour en revenir à BFM TV, cette méchante aigreur qui fait qu’on admire moins votre talent et votre dialectique indéniables qu’on n’est effaré par votre manque de tenue médiatique et démocratique ?

A lire aussi: Cinq ans plus tard, les Français ne savent toujours pas ce que pense Macron

Quelle que soit l’issue de la prochaine joute présidentielle, vous ne serez pas perdu. Vos ambitions seront encore davantage satisfaites ou vous patienterez pour un futur dont vous êtes persuadé qu’il sera, un jour, le vôtre. Sinon, quelle tristesse ce serait de vous être ainsi mis au service de causes différentes, voire contradictoires, avec tant de contorsions qui vous ont conduit à occulter tout le bien que vous pensiez de vous-même, pour presque rien ! Il faut que vous soyez payé pour votre migration de la droite vers je ne sais quoi. Je ne quitterai pas des yeux ni de l’esprit la suite de votre carrière mais puis-je vous faire un aveu : j’aimais beaucoup le Gérald Darmanin de la droite républicaine. De grâce ne faites plus semblant de l’avoir oublié pour vous donner bonne conscience auprès d’Emmanuel Macron depuis 2017. Songez, pour une fois, un peu à vous : vous gagneriez à mettre vos capacités, votre allant et votre intelligence au service de plus de modestie et de moins de révérence présidentielle.

Ce message doux-amer pour vous, entre vague nostalgie et fragile espérance.

Libres propos d'un inclassable

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