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«Je suis choqué de voir à quel point les jeunes de ma génération se sont habitués à vivre en insécurité»

Entretien avec Guilhem Carayon, président des Jeunes Républicains

«Je suis choqué de voir à quel point les jeunes de ma génération se sont habitués à vivre en insécurité»
Guilhem Carayon. Photo: D.R.

Guilhem Carayon, 22 ans, est le nouveau président des Jeunes Républicains. Fils d’un ancien député UMP du Tarn, ce jeune homme au physique de rugbyman ne pratique ni la langue de bois, ni la flagornerie avec les barons LR. À la veille du congrès des Républicains, interview d’un militant en rupture avec « les politiciens véreux de tous bords, qui récitent des éléments de langage, et qui dégoutent les jeunes d’aller voter »…


Causeur. En 2016, la droite de gouvernement avait pléthore de présidentiables. Cinq ans après, comme au PS, aucun candidat ne s’impose… 

Guilhem Carayon. Aujourd’hui, il n’y a pas de leader naturel chez LR, c’est un fait. Il faut donc un système pour départager les candidats. On se dirige a priori vers une primaire ouverte aux sympathisants de droite. La crainte des organisateurs c’est de réunir moins de monde qu’en 2016, soit quatre millions de votants. Compte tenu de la plus faible notoriété des candidats, ce sera sans doute le cas. Mais je pense qu’une dynamique va se créer autour du candidat qui sortira gagnant du processus de désignation, à condition que son projet soit à la hauteur des enjeux. 

Je fais partie de la génération qui a commencé à s’intéresser à la politique avec Zemmour

Les électeurs peuvent-ils croire à un projet de droite assumé de la part de Pécresse et Bertrand, eux qui ont quitté LR en critiquant sa dérive droitière ? 

Je regrette de départ de Bertrand et Pécresse en 2017. Aujourd’hui, les deux ont compris qu’il fallait se rapprocher de notre famille politique. Dans un match, il faut respecter les règles de l’arbitre. Aujourd’hui, l’arbitre, c’est les Républicains. Et la règle qui a été fixée, c’est celle de l’unité pour battre Emmanuel Macron et relever la France. Que chacun prenne conscience qu’on doit jouer collectif pour gagner cette élection car deux candidats de droite à l’élection présidentielle, c’est la défaite assurée. Est-ce qu’on fait le choix de la victoire ou le choix de la défaite ? C’est ça la question. 

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La France n’a jamais autant penché à droite, et pourtant aucun candidat LR ou ex-LR ne semble en mesure d’atteindre le deuxième tour. Pourquoi ? 

La vérité de septembre n’est jamais celle du printemps. La campagne n’a pas démarré, et je pense que la droite peut gagner si elle assume ses valeurs. Je note que les candidats tiennent aujourd’hui un discours très ferme, très à droite, en parlant d’identité, de fierté française, avec des mots qu’on n’utilisait plus depuis longtemps dans notre camp. La droite parlait d’intégration, presque tout le monde parle maintenant d’assimilation sans sourciller, car c’est la tradition française. Il n’y a plus de tabou. 

La popularité soudaine d’Eric Zemmour, sur une ligne politique proche du RPR, profite-t-elle de l’incapacité de LR à parler du réel aux Français? 

Je fais partie de la génération qui a commencé à s’intéresser à la politique avec Zemmour. Nous sommes nombreux à l’avoir vu défier les idéologues de gauche sur les plateaux télé et à la radio, souvent avec brio. Je trouve qu’il s’est radicalisé assez récemment. Son constat général sur les problèmes de la société française reste à mon sens pertinent, mais je lui reproche de le dire de manière trop caricaturale. Et parfois insupportable, comme lorsqu’il parle des femmes. Ou pire, quand il place sur le même plan la haine de la France de Mohamed Merrah, et ses victimes juives de l’école Ozar Hatorah de Toulouse, inhumées en Israël…  Comme si ce choix des familles des victimes était un affront à la France ! C’est d’une stupidité et d’une violence inouïe. Chacun sait que les juifs ne sont pas en sécurité dans notre pays à cause de l’antisémitisme, et que les cimetières juifs sont régulièrement profanés. Comment peut-on dire une chose pareille et vouloir devenir président ? 

Quels sont les enjeux principaux de la présidentielle pour les militants de votre génération ? 

D’une manière générale, l’État doit se concentrer uniquement sur le régalien, avec efficacité, et cesser de vouloir s’occuper de tout, comme le dit très bien David Lisnard. Gagner la présidentielle doit aussi nous permettre de retrouver notre souveraineté juridique sur la question migratoire. Je suis choqué de voir à quel point les jeunes de ma génération se sont habitués à vivre en insécurité. Toutes mes amies trouvent normal d’éviter les jupes et de prendre un Uber pour rentrer de soirée. Elles ont intégré le fait que marcher seule ou prendre les transports en commun le soir n’était plus possible dans la plupart des grandes villes. C’est hallucinant ! Les jeunes hommes ont aussi intégré le fait de baisser les yeux ou de changer de trottoir quand ils croisent une bande de racailles, car ils savent que les gars vont chercher les embrouilles systématiquement. Pour ma génération, l’ensauvagement de la société, c’est le quotidien. Mais peu de jeunes s’en plaignent, comme par « soumission », comme dirait Houellebecq, devant une situation devenue banale en France. 

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Et pourtant, votre génération est majoritairement pour la société multiculturelle, anti-laïcité, sensible au wokisme, au racialisme… 

Le lavage de cerveau de la gauche, des médias et des leaders d’opinion bien-pensants a fonctionné à plein depuis des décennies. Même l’école participe à ce conditionnement. Un sondage montre que 57% des jeunes enseignants soutiennent le port du voile à l’école. Dans ces conditions, comment compter sur eux pour éduquer à la laïcité et à l’universalisme à la française ? Même problème dans les universités ou l’islamo-gauchisme et le wokisme sont très présents. Je connais bien ce phénomène, puisque je suis étudiant à la Sorbonne, un nid woke bien connu. J’ai assisté à l’empêchement par la gauche de la conférence de l’intellectuel algérien Mohamed Sifaoui, qui devait s’exprimer sur la prévention à la radicalisation islamiste. C’était juste après un attentat. Sa conférence a été annulée, car les islamo-gauchistes du « Poing Levé », l’antichambre du NPA, voyait dans sa conférence un instrument de propagande fasciste ! Un comble… On a dépassé le cap du politiquement correct qui régnait jadis dans les facs, nous sommes passés au règne de l’idéologie décoloniale et racialiste. On laisse des profs de facs dire tranquillement en amphi que la police est raciste. Voilà la réalité. C’est une faute que d’avoir laissé cette situation s’enkyster de la sorte depuis 68. Y compris sur le vocabulaire que la droite utilise : on parle de « sans papiers », comme si c’était des victimes, alors qu’il s’agit de clandestins, de personnes en situation illégale. La gauche a imposé sa novlangue et sa politique. C’est bien pour ça qu’on n’expulse pas les  clandestins, car personne n’ose affronter les remontrances de la gauche et des médias. C’est pour cette raison qu’on a 22% d’étrangers dans nos prisons, qui n’ont pourtant rien à faire chez nous puisqu’ils ont commis des crimes. Il est temps que les choses changent. 

Quelle est la légitimité de la droite pour mettre fin à cette situation, quand Barnier, Bertrand et Pécresse ont déjà été au pouvoir ?  

C’est un mauvais procès. La situation du pays est bien pire après Hollande et Macron. Pour que la droite gagne, elle doit convaincre de sa volonté à mener les réformes radicales que les Français attendent. 

Vous avez été élu président des jeunes Républicains. Les 10 000 jeunes que vous représentez sont-ils écoutés par les barons du parti ? 

Clairement oui, précisément parce que nous sommes nombreux. Avant, dans ce parti comme dans les autres, les jeunes servaient à distribuer les tracts et coller les affiches. À la fin on nous remerciait, puis circulez on n’a plus besoin de vous. Les choses ont changé, le mouvement des jeunes LR est indépendant, avec ses propres statuts. Je n’ai donc aucun mal à exposer les idées fortes que nous défendons : stop à l’immigration incontrôlée, expulsion des immigrés illégaux, insécurité, réforme de la justice, fin de l’impunité pénale, libération de l’économie, réforme de l’éducation, soutien au nucléaire. Nous sommes là pour peser sur les débats, pas pour faire de la figuration. Les jeunes comprennent la société, ils ne la découvrent pas dans des fiches ou des notes, ils vivent dedans. Nous sommes d’une génération qui ne se taira pas devant l’effondrement de son pays.



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Romancier, journaliste, conseiller politique, createur de l'Université du Futur

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