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Le naufrage en commun

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La politique étrangère du candidat Mélenchon, c’est Apocalypse Now ! Du carnaval démagogique au naufrage en commun, une analyse du géopolitologue Loup Viallet.


Illusions, contradictions, vieilles recettes, cynisme électoral et fake-news. Si les piliers de la politique étrangère de Jean-Luc Mélenchon ne sont pas toujours très cohérents ou très clairs, les conséquences que l’on peut attendre de leur combinaison sont quant à elles parfaitement limpides. 

Sur le site de campagne du candidat Mélenchon, il est précisé aux internautes que son programme “L’Avenir en commun” est le fruit d’un travail collaboratif. Si ses auteurs sont anonymes, on peut cependant identifier trois influences majeures à l’œuvre dans le chapitre et les synthèses relatives aux relations internationales : Lénine, Captain America et Merlin l’Enchanteur. Quel autre trio pourrait relever les impossibles défis de l’Avenir en Commun ?

Mission impossible n°1 : arrêter les guerres en jouant à la roulette russe

Le chapitre 5 du programme de Jean-Luc Mélenchon prévoit (dans son point 46) de rompre avec le domaine réservé du chef de l’État en matière de politique de défense : finies les “aventures guerrières d’un seul homme”. Pas une intervention extérieure ne serait décidée sans l’aval de l’ONU si le candidat insoumis est élu ! Si l’objectif général peut paraître louable (“Renforcer le rôle de l’ONU”), la méthode semble aussi peu souhaitable que réalisable, à moins que le but implicite de cette mesure soit de paralyser les capacités de projection de l’armée française.

Dans un contexte où le Conseil de Sécurité des Nations Unies est polarisé par la rivalité grandissante entre les membres de l’OTAN et de l’AUKUS d’une part et le front commun des Russes et des Chinois d’autre part, la France mélenchonienne se couperait les bras en subordonnant une prérogative régalienne à une illusion stratégique (un consensus géopolitique entre la Russie, les États-Unis, la Chine, le Royaume-Unie et la France) ou à l’humiliation des vetos.

Dans le même temps, l’Avenir en commun s’est doté d’un objectif digne d’un refrain des Beatles : “arrêter les guerres” pour “lutter contre les causes des migrations” (point 49). Si l’on tient compte du point précédent, la France ne pourrait plus honorer certains de ses engagements internationaux sans systématiquement recourir au préalable à l’improbable feu vert du Conseil de Sécurité. Avec cette doctrine, la Côte d’Ivoire n’aurait pas connu la décennie de paix obtenue grâce à l’appui de l’opération Licorne. Bamako aurait été quant à elle submergée par la violence djihadiste dès 2013. Que les alliés de la France le comprennent : à l’avenir, le président Mélenchon jouera les clauses de défense mutuelle à la roulette russe.

Mission impossible n°2 : défier seul la plus grande alliance militaire de l’histoire de l’humanité (et triompher)

Trois grandes options se présentent aux membres du commandement intégré de l’OTAN qui se questionnent sur leur avenir au sein de l’alliance atlantique. La première est de chercher, par le débat interne, à en infléchir la structure et les directions. Les accomplissements permis par méthode semblent particulièrement limités, tant l’OTAN représente avant tout un instrument au service de la géopolitique américaine. Symbolique, la deuxième option consiste à se retirer du commandement intégré tout en restant membre de l’alliance atlantique : une manière de mettre sa politique de défense sous pilote automatique et de jeter l’éponge des affaires du monde. La dernière option est la plus radicale : sortir de l’OTAN pour rejoindre ou forger une nouvelle alliance.

Le candidat Insoumis prévoit donc de sortir de la plus puissante alliance militaire contemporaine. Est-ce pour rejoindre l’axe en cours de construction entre la République populaire de Chine et la Fédération de Russie ? Pas du tout. Il s’agit d’”instaurer l’indépendance de la France au service de la paix”. Mais quelle paix (mondiale) et quelle indépendance (nationale) cette décision favoriserait-elle pour la France, si celle-ci ne peut se projeter dans aucune alternative ? 

En Europe, notre pays changerait immédiatement de statut : État cofondateur de l’OTAN, il deviendrait assiégé par l’OTAN. Tous nos voisins sont des membres de l’alliance atlantique et la majorité des clients de notre industrie de défense sont liés à celle-ci par des accords de coopération ou engagés dans des relations bilatérales avec les États-Unis. Inutile de préciser qu’une telle rupture a peu de chances d’être accueillie par un mouvement d’enthousiasme nord-américain de la part de l’Oncle Sam, dont la politique internationale est pourtant claire depuis longtemps : quiconque n’est pas son allié est traité en adversaire. Du point de vue de la politique étrangère on peut résumer l’Avenir en commun par cette formule : Ne rien faire, avec personne. Tout un programme !

Mission impossible n°3 : lutter contre les causes des migrations et casser la meilleure monnaie d’Afrique

Le franc CFA a le dos large, très large. Ancienne monnaie coloniale, elle s’est progressivement transformée en un compromis politique régulièrement reconduit par ses États-membres. Ces derniers ont la possibilité d’en sortir (à l’instar de Madagascar, de la Mauritanie ou du Mali en 1962) et n’importe quel État africain a la possibilité d’y adhérer (comme la Guinée-Bissau et la Guinée-Équatoriale, plus récemment). Mais des rumeurs intéressées ont fait de cette devise le symbole d’un néo-colonialisme à la française. Le franc CFA incarne auprès de nombreux publics le bouc-émissaire de la misère africaine alors que ces économies représentent moins de 1% du commerce extérieur de la France. 

Par ignorance ou électoralisme (la légende noire du franc CFA est particulièrement populaire parmi les diasporas africaines en France), l’Avenir en commun entend rayer de la carte la monnaie commune d’un tiers des États d’Afrique subsaharienne. Les dirigeants africains qui ont souverainement reconduit l’adhésion de leurs pays à cette monnaie seraient-ils plus souverains une fois le franc CFA relégué aux oubliettes de l’histoire ? C’est tout le contraire. ils perdraient un atout inestimable.

La fin du franc CFA peut être actée dès lors que la France refuse de garantir plus longtemps sa convertibilité illimitée en euros et de se porter garant en dernier ressort pour les Trésors africains déficitaires. Ses conséquences seraient immédiates : les deux unions économiques et monétaires d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale éclateraient en 14 micro-marchés où circuleraient 14 monnaies inconvertibles, exposées aux attaques spéculatives et soumises aux fluctuations imprévisibles des matières premières. Les États-membres de la zone franc actuelle connaîtraient alors un phénomène dont ils avaient été épargnés jusqu’alors : l’hyperinflation et son lot de violences. Rien de tel pour susciter de nouvelles migrations que de condamner un pays africain sur trois à l’instabilité financière. Rien de tel pour accroître encore la dépendance extérieure de l’Afrique que de projeter le continent tout entier dans la dollarisation par idéologie.

La fin du franc CFA

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Le “New York Times” alerte sur la “fuite des cerveaux” musulmans de France

Le journal progressiste américain continue son travail de sape contre la France, en collectant complaisamment des témoignages de citoyens – dont Rama Yade – qui avancent que notre laïcité est “islamophobe”.


Certains journalistes du New York Times n’aiment pas la France. Ce n’est pas nouveau. Chef du bureau parisien du quotidien américain jusqu’en 2020, Adam Nossiter n’a jamais manqué de critiquer notre laïcité ne servant, selon lui, que de paravent aux véritables problèmes français, notre prétendue « islamophobie » et notre racisme et, plus particulièrement, le racisme de notre police !

Le 24 novembre 2020, au micro d’Emmanuel Laurentin (France Culture), M. Nossiter n’a eu de cesse de critiquer un « concept de la laïcité » utilisé surtout pour « bastonner la communauté musulmane », et d’accuser ceux qui veulent montrer les caricatures de Mahomet « d’insulter tous les musulmans ». Nous étions seulement un mois après l’assassinat de Samuel Paty. À la fin de cette émission, M. Nossiter déclarera qu’il y a une « histoire peu glorieuse des caricatures dans ce pays » et finira par comparer les caricatures de Mahomet de Charlie-Hebdo à celles des juifs lors de l’exposition antisémite Le Juif et la France organisée par la propagande allemande à Paris en 1941. Difficile de faire plus sale.

Travail de sape

Le New York Times continue son travail de sape ces jours-ci. Le 13 février est paru un énième article sur la France et le sort qu’elle ferait subir aux musulmans. D’après les journalistes, notre problème migratoire n’est pas dû à l’immigration mais à… l’émigration, en particulier celle des Français musulmans. Pour justifier cette affirmation, le journal de la côte Est des États-Unis s’appuie sur quatre témoignages de Français de confession musulmane ayant choisi « l’exil » plutôt que la discrimination, l’ « islamophobie » et le racisme inhérents à notre pays. Des professionnels hautement qualifiés, des chercheurs universitaires, parmi lesquels « on trouve un nombre croissant de Français musulmans », quitteraient cette France qui, osent écrire les journalistes du New York Times, n’assure plus la sécurité de ses concitoyens musulmans.

A lire aussi: Whoopi Goldberg, la Shoah et les méandres de la doxa antiraciste

Les principaux rivaux du président Macron – Pécresse, Le Pen et Zemmour sont visés sans distinguo – mènent des campagnes anti-immigration qui attisent la haine, écrit le journal. Pourtant, assure-t-il, « le nombre d’immigrés en France reste derrière la plupart des autres pays européens ». Outre le fait qu’il faudrait vérifier cette information, la première question qui nous vient à la bouche est : « So what ? » L’état des autres pays européens est-il si reluisant ? L’immigration en Europe est depuis des années composée essentiellement d’individus venant de pays musulmans et qui souvent, arrivés dans les pays d’accueil, rejoignent ou fondent des communautés endogames s’intégrant excessivement mal, soit par mimétisme communautaire, soit par refus pur et simple de respecter les lois françaises et de voir les préceptes de leur religion relégués à la seule sphère privée. La France doit-elle suivre l’exemple de la Belgique, de l’Allemagne, de l’Espagne, de la Suède ou du Royaume-Uni, ces pays rongés par une immigration de plus en plus communautariste et revendicative ? Les villes françaises doivent-elles accepter l’appel à la prière du muezzin relayé par des haut-parleurs comme cela arrive maintenant dans des villes suédoises, hollandaises, allemandes ou espagnoles ? Molenbeek est-il le lieu idéal où rêvent de séjourner nos bienveillants journalistes new-yorkais ? Paris doit-elle accepter que la prière de la fin du ramadan soit diffusée depuis la Tour Eiffel comme elle l’a été cette année à Londres, depuis le Tower Bridge, avec l’autorisation enthousiaste de son maire d’origine pakistanaise ? Ces manifestations religieuses dans l’espace public ne sont pas anecdotiques, comme ne sont pas anecdotiques les prières de rue, les espaces de prière réclamés dans de plus en plus d’entreprises y compris des entreprises publiques, les revendications du port du voile à l’école, dans le sport, du burkini dans les piscines municipales, ainsi que  tous les « accommodements » réclamés par des musulmans manipulés par les idéologues politico-religieux des mouvances salafistes et fréristes. Elles sont les « petits pas » que réclament avec ruse certains musulmans prosélytes afin d’implanter sur le sol français des mœurs nouvelles et rétrogrades issues des pays d’origine des nouveaux arrivants.

Tares françaises

Mais cela n’intéresse pas le New York Times qui préfère relever qu’en 2020 « les actes anti-musulmans étaient en hausse de 52% ». Les journalistes américains ne donneront pas d’autres chiffres, ni ceux, bien plus élevés, concernant les actes anti-chrétiens, ni ceux concernant les actes antisémites touchant une communauté représentant à peine 1 % de la population française et subissant un antisémitisme musulman qui les chasse de certaines villes. Le New York Times préfère énumérer les tares françaises : contrôles aux faciès, discriminations à l’embauche, etc., et évoquer « une place étrangement disproportionnée » des Français musulmans dans la campagne présidentielle – il feint d’ignorer que le sujet de la campagne n’est pas « les Français musulmans » mais l’islamisme, c’est-à-dire une idéologie politique, religieuse et radicale de plus en visible dans certaines villes (le documentaire sur Roubaix en a montré toute la réalité), sur les lieux de travail, dans les associations sportives, les syndicats, etc. C’est cet islam-là qui mine la vie des Français en tentant d’imposer ses diktats religieux et en endoctrinant les jeunes musulmans qui refusent les lois françaises pour se jeter corps et âme dans celles du Coran. Notre crainte légitime est de voir un jour cet islam-là s’imposer en France. Partout où un État est incapable de montrer sa légitimité et sa force, partout où il se montre pusillanime, s’installent d’autres forces, plus déterminées, plus virulentes, plus attirantes. L’islamisme frériste allié à une délinquance en nette augmentation sont, quoi qu’en pensent les journalistes américains, les forces du moment dans de plus en plus de territoires perdus de la république française.

Siège du New York Times Photo : DR

Pour conclure leur article, les journalistes du New York Times citent une « exilée » française qui a vécu comme une « micro-agression » le fait de devoir passer devant la statue de Colbert à Paris et qui estime que « la fronde actuelle contre le “wokisme” en France n’est rien d’autre qu’un prétexte pour ne plus s’attaquer aux discriminations ». Cette femme, née au Sénégal dans une famille musulmane, a suivi de très belles études en France lui permettant de devenir Secrétaire d’État des Affaires étrangères et des Droits de l’homme, puis Secrétaire d’État chargée des Sports, puis ambassadrice de la France auprès de l’UNESCO. Mais elle est très déçue par la France. Par conséquent elle est partie à Washington d’où elle dirige le pôle Afrique de l’Atlantic Council – un machin tank américain spécialisé dans les relations internationales avec des postes de direction très rémunérateurs. Chacun aura reconnu Mme Rama Yade, celle-là même qui déclarait sur le site Atlantico en janvier 2015 : « Nos principes, vieux de deux siècles, ont permis de bâtir une nation parmi les plus admirées au monde, il est impératif que nous soyons fidèles à ces principes : la laïcité, l’égalité hommes-femmes. Ceux qui ne veulent pas y souscrire, même en étant français, sont libres de partir et de choisir des pays qui correspondent à leurs principes. » On ne saurait mieux dire.

La macronie à la conquête de TikTok: entre triomphes et flops

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Les prestations d’Emmanuel Macron sur les réseaux sociaux connaissent un certain succès, inspirant des émules au sein de LREM, mais si ça marche pour certains d’entre eux, d’autres font un bide total. Enquête, exemples à l’appui.


Emmanuel Macron est présent sur toutes les plateformes digitales importantes et y rencontre un certain succès auprès des jeunes dont le vote sera potentiellement crucial au mois d’avril. Sa vidéo la plus populaire, celle avec les influenceurs McFly et Carlito sur YouTube, a généré plus de 16 millions de vues. Cette réussite a suscité des émules au sein de la Macronie mais avec des résultats très variés.

Djebbari star de Tik Tok

Celui qui a relevé avec brio le défi de la popularité numérique est le ministre des Transports, Jean-Baptiste Djebbari. Son portefeuille ministériel n’est pas de ceux qui attirent le plus l’attention publique – surtout en l’absence de grèves prolongées – mais depuis qu’il s’est mis sur la plateforme de vidéos TikTok, en juin 2021, il connaît un succès fulgurant. Aujourd’hui, son compte a cumulé presque 900.000 abonnés et près de 22 millions de «J’aime. » Se mettant en scène régulièrement à propos de différentes thématiques liées à son ministère, que ce soit les avantages des trains de nuit ou l’obligation de céder sa place de métro à une personne âgée, il fait preuve d’un sens intuitif de la communication numérique et sait parler aux « djeunes ». Il se montre capable de manier l’humour satirique : lors du débat entre Mélenchon et Zemmour, dans Face à Baba le 27 janvier, il se filme en train de regarder les deux candidats qui s’écharpent et puis en fait un montage vidéo en y accolant une voix d’enfant qui se plaint pour ridiculiser les deux débatteurs. Cette vidéo a généré cinq millions de vues et plus de 900 000 « J’aime ». Ses interventions sont très courtes – la durée se réduit généralement à quelques secondes – et sont accompagnées d’un fond sonore pop. L’autodérision est également au rendez-vous, sa dernière publication jouant sur son nom et son titre, le présentant aussi comme « Jibé le Djeb. » Résultat ? Presque trois millions de vues et un demi-million de « J’aime » supplémentaires.

@jbdjebb

mon nom n’est pas « mv » non plus. #pourtoi #fyp

♬ That’s Not My Name – The Ting Tings

Malheureusement, une telle réussite n’est pas à la portée de tous les Macroniens. La tentative de Marlène Schiappa, la ministre déléguée chargé de la Citoyenneté, pour séduire les jeunes sur TikTok s’est révélée désastreuse.

Schiappa, ancienne étoile des réseaux sociaux, larguée

Sa première vidéo sur la plate-forme, publiée le 25 novembre 2020, n’a récolté qu’une ribambelle de critiques négatives comme « Shiappa ou un accident politique », « elle a fumé ou quoi au juste »… Ce premier échec a été suivi d’un autre, sous la forme d’une seconde vidéo ayant pour but de promouvoir la campagne des régionales en Île-de-France : la publication faisant l’objet de plus de remarques négatives que de « J’aime », la ministre a décidé de désactiver les commentaires. Ne totalisant que moins de 7.000 abonnés, elle met fin à l’expérience en octobre 2021.

@marleneschiappa

Salut à toi jeune entrepreneur (et jeune entrepreneuse), j’ai un message pour toi 😉 #Tiktok #laquestionestviterepondue

♬ Run The World (Girls) – Glee Cast

Depuis début 2022, les jeunes LREM essayent de militer pour leur candidat sur TikTok, comme le jeune Victor qui, dans une de ses vidéos cette semaine, se dit «  pressé d’essuyer les larmes des pros-Zemmour » après un prétendu échec de celui-ci et une réélection de Emmanuel Macron. Mais avec moins de 8 000 abonnés, on ne peut pas vraiment dire que la mobilisation des jeunes autour de Macron sur cette plateforme prenne pour le moment…

Journalistes critiques zélés du zemmourisme, fermez-la!

La politique est une chose trop sérieuse pour la laisser aux journalistes. Surtout lorsqu’ils ne sont que des accusateurs publics.


Depuis le début de ce que les historiens appelleront un jour l’épopée zémmourienne, je remercie Dieu tous les matins de ne pas m’avoir fait journaliste. Non pas parce que je les hais mais parce que je les plains.

Pitié et compassion

Au meeting de Villepinte, du haut de mes 2,20 m quand je suis debout sur une chaise, je les ai observés du coin de l’œil en agitant mon drapeau et en scandant « Zé-mmour pré-si-dent ! ». Je les ai vus avec pitié et compassion, tenus par leur fonction à un devoir de réserve, cloués au sol comme des ballons attachés au piquet de leur profession, empêchés de participer au transport collectif qui emportait les autres, incapables de s’élever avec la foule des cœurs simples, imperméables par nature ou par culture à la grandeur du discours, observateurs à l’abri de toute adhésion, quand nous autres militants ou sympathisants pouvions sourire de bonheur, verser les larmes de l’espérance, et vibrer du sentiment partagé que, par le serment de Villepinte, serment par lequel Zemmour s’engageait à ne pas trahir, pendant qu’ils prenaient des notes, nous entrions dans l’Histoire.

Bêtises et crapuleries

Depuis ce jour, je les retrouve fidèles à eux-mêmes face à Zemmour, tenus par cette pitoyable distance critique qui les oblige à chercher la petite bête, à faire la fine bouche et, quoi qu’il dise, à trouver à redire. On me dira qu’il en faut, comme des avocats pour Salah Abdeslam, et qu’il faut bien que tout le monde vive. Peut-être mais comme le disait le général de Gaulle, je n’en vois pas l’utilité.

A lire aussi, du même auteur: Zemmour pour les nuls

Stanislas Rigault, le chef du mouvement « Génération Z », Nîmes, 15 octobre 2021 © SOPA Images/SIPA Numéro de reportage : 01044253_000002

Ils accumulent les bêtises et les crapuleries, comme Caroline Roux : « Monsieur Zemmour, vous voulez rebaptiser le ministère de l’Éducation nationale ministère de l’Instruction publique, la dernière fois que ça s’est fait, c’était en 1940 », sous-entendu sous Vichy alors que le terme était celui de la IIIe République et de ses hussards noirs ; ou comme Thomas Legrand : « Zemmour veut désincarcérer un courant rejeté par tout le spectre politique et réhabiliter une extrême droite qui s’est vautrée dans la collaboration », alors que la gauche pacifiste et munichoise a tout autant collaboré ; ou comme Dany Cohn-Bendit : « Même Hitler a reculé quand il s’en est pris aux handicapés et qu’il a senti une résistance au sein de la société allemande », alors que Zemmour ne prévoit pas leur inclusion dans des camps mais leur sortie d’une école inadaptée à leurs besoins ; ou encore comme notre ami Jean-Paul Brighelli, pas journaliste, mais pinailleur pour l’occasion« il faudrait préciser quel français on veut apprendre aux enfants (celui du Grand Siècle ? », alors que le projet du candidat est juste de leur apprendre le français du sujet orthographié, du verbe conjugué et du complément accordé.

A lire aussi, Didier Desrimais : Thomas Legrand, historien à la petite semaine

Les exemples de ceux qui cherchent désespérément à se distinguer dans des oppositions feintes ou malhonnêtes sont trop nombreux pour être exposés ici. Au lieu de se ridiculiser en la ramenant à tout propos, ils feraient mieux de prendre des congés le temps de la campagne pour apprendre à reconnaître un homme honnête et courageux quand ils en voient un, comme en 1940. Alors, mesdames et messieurs les enculeurs de mouche, dans l’intérêt supérieur de la nation, jusqu’en avril, de grâce, fermez-la !

Le franglais tel qu’on le parle

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L’Académie française tire la sonnette d’alarme pour la énième fois : notre belle langue française est contaminée par l’anglais au-delà de ce que les Immortels jugent acceptable. Peut-être faut-il expliquer ce qui se joue dans cette invasion du globish — qui est à l’anglais ce qu’une commode est à votre — vous m’avez compris.

En 1964, le très brillant professeur René Etiemble, ordinairement spécialiste de Rimbaud et de Confucius, publiait Parlez-vous franglais ?. Succès immédiat. Rappelons qu’à cette époque où la « pub » s’appelait encore la réclame, les seuls slogans anglais qu’on lisait sur les murs étaient les « US go home ! » peints en rouge par le PCF. 

C’est dans ce contexte d’après-guerre qu’il faut comprendre l’interrogation narquoise d’Etiemble. Le français n’était alors contaminé par l’anglais qu’à la marge, l’utilisation de mots détachés témoignait d’un snobisme (c’est l’époque où « surprise-party » remplace « soirée ») réservé à quelques imbéciles en rupture de bourgeoisie qui croyaient chic de parler la langue des GI. 

La réaction d’Etiemble était drôle parce que personne n’imaginait que le français, que l’on enseignait alors sérieusement à l’école, pût être menacé par l’idiome de l’ennemi héréditaire — qui n’a jamais été l’allemand, mais l’anglais, relisez donc Vingt mille lieues sous les mers, où le capitaine Nemo coule les vaisseaux de la perfide Albion. On disait d’ailleurs « franglais » sans trop réaliser qu’il s’agissait d’américanismes, et que le Plan Marshall avait une contrepartie : la mise en quarantaine des cultures du vieux continent, et à terme leur dissolution dans un flot de dollars.

Nous y sommes — et c’est tout autre chose que les dérives anecdotiques des années 1960. Notre culture tout entière est en train de basculer. Ce ne sont plus quelques mots — dont Sophie de Menthon a dressé la liste dans un article plaisant — qui s’insèrent dans la langue française, c’est une contre-culture qui envahit la nôtre, ou ce qu’il en reste.

L’Académie Française a donc confié à quelques-uns de ses membres les plus éminents, dont Danièle Sallenave ou Florence Delay, la tâche de sonner l’alerte. Mais est-il encore temps ? Et peut-on redresser la langue sans réformer l’éducation, où tant d’enseignants ont baissé les bras devant le jargon de leurs élèves ?
Dans les couloirs de l’Élysée, depuis cinq ans, on s’interpelle dans la langue de Shakespeare — pardon : la langue de Mark Zuckerberg et Jeff Bezos. Ça fait chic, ça fait choc, et ça renvoie dans les oubliettes de l’Histoire ceux qui s’obstinent à parler la langue de Molière — pardon : la langue d’Aya Nakamura, comme nous l’a expliqué récemment le député LREM Rémy Rebeirotte. Pensez donc que Jean-Marie Le Pen fut l’un des derniers à oser en public un imparfait du subjonctif, et que Zemmour passe pour un extraterrestre parce qu’il s’exprime en gros dans un français correct. 

La chanteuse Aya Nakamura, 2019 © LAURENT VU/SIPA Numéro de reportage: 00895088_000034.

La grammaire, pensent certains profs de Français (et si on me cherche, je vais publier des noms) est une lubie réactionnaire. Tout récemment dans un collège marseillais, une titulaire du CAPES de Lettres ignorait ce qu’était un complément du nom. « Ah oui, un prédicat », rectifia-t-elle, reprenant le jargon pseudo-linguistique imposé par Vallaud-Belkacem et les ânes de son ministériat lors de la dernière réécriture des programmes, en 2015. 

Preuve au passage qu’elle ne savait pas non plus ce qu’est un prédicat, qui n’est pas du tout un complément du nom. Mais que savait-elle vraiment ?

J’ai tenté d’expliquer tout cela en 2017 en publiant C’est le français qu’on assassine. Je voulais l’intituler « Encore eût-il fallu que je le susse », l’éditeur n’a pas voulu — tant pis, c’était un bien meilleur titre et l’imparfait du subjonctif, désormais aux abonnés absents, posait la bonne question. Aucune réaction : « Le mal est sans remède, les vices se sont changés en mœurs », disait Laclos en 1784, citant Sénèque. 

« Apprenez qu’on ne sort de l’esclavage que par une grande révolution », ajoutait-il. Et cinq ans plus tard…

Le « franglais » n’est que la masse émergée. Ce qui s’en va avec la langue française, c’est la France. Et c’est une ambition ancienne que de laminer « ce vieux pays », comme disait De Gaulle, jusqu’à ce qu’il n’en reste rien, dans le grand concert mondialisé qui parle globish, cette sous-langue inventée pour qu’un Argentin communique avec un Népalais sur l’aéroport d’Amsterdam. Car parallèlement au français, l’anglais — la langue de Shakespeare — disparaît lui aussi. 

Quand Abdellatif Kechiche fait jouer Marivaux en passant la langue somptueuse du Jeu de l’amour et du hasard à la moulinette du volapük banlieusard parlé par des racailles dont on fait des héros ; quand un animateur de télévision s’exprime comme un charretier à l’écran — alors même qu’il est fort capable de parler une langue châtiée en privé ; quand des publicitaires lancent des slogans en anglais qu’ils traduisent en tout petit dans un angle de leur publicité — et encore parce qu’ils y sont obligés ; quand les « éveillés » s’appellent entre eux les « woke » — alors en vérité le français n’est plus assassiné, il est mort. En état de putréfaction.

Non seulement il faut imposer à l’école l’étude de la vraie et bonne langue française et virer les enseignants ou les inspecteurs qui s’y refusent, mais il faut, comme les Canadiens, qui vivent assiégés par les Anglo-saxons, interdire la diffusion de tout terme anglais — à commencer par les titres de films. En 1999 on a traduit par Sexe intentions un titre américain, Cruel intentions, parce qu’adopter une inversion anglaise sur des mots français faisait cool, comme disent sans doute ces imbéciles. Et sans doute les diffuseurs français qui ont intitulé Very bad trip (in french in the text) un film qui s’intitulait à l’origine The Hangover — la gueule de bois — avaient abusé des mêmes boissons douteuses que les personnages.

Quoiqu’à bien y penser, ce n’est pas plus grave qu’un gouvernement qui écrit « pass sanitaire » ou impose des cartes d’identité en bilingue. Ou cherche à imposer « la » Covid parce que le « d » de Covid est « disease », et que « maladie » est féminin en français, n’est-ce pas… 

À l’imprimerie nationale de Douai, Marlène Schiappa présente la nouvelle carte d’identité, 16 mars 2021 © FRANCOIS GREUEZ/SIPA Numéro de reportage : 01009527_000001

Il n’est plus temps de se moquer, comme le faisait Etiemble en 1964. Il faut sévir et sanctionner — et interdire d’antenne. Il n’y a plus d’autre solution que la violence d’État face au délitement général — à ceci près que je ne vois guère qui a les épaules assez solides pour imposer au pays le sursaut indispensable avant la mort clinique. Quelqu’un qui ait le verbe et le physique — et la culture.

C'est le français qu'on assassine

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Fabien Roussel ou comment éviter les baisers de la mort

On aime beaucoup les communistes en ce moment. Un peu trop pour que cet enthousiasme soit honnête.


« Fabien Roussel renverse les stigmates. Les gens se sentent méprisés et culpabilisés dans leurs habitudes, lui a inversé le rapport de force. » Ce n’est pas n’importe qui, l’auteur de cette phrase, c’est Nicolas Mathieu, prix Goncourt 2018 pour Leurs enfants après eux et qui vient de sortir Connemara (Actes Sud). C’était lors de C politique, l’émission de la 5.

Il faut toujours se méfier des gens qui disent aimer les communistes quand ils ne sont pas communistes. C’est en général soit parce que les communistes, croient-ils, sont au fond du trou et ne font plus peur, soit parce qu’ils espèrent, par un coup de billard à trois bandes, gêner un autre candidat de gauche.

Fabien Roussel au siège du Parti communiste, Paris, 11 mai 2021 © NICOLAS MESSYASZ/SIPA Numéro de reportage : 01018505_000013

Dans les deux cas, ils se trompent, la candidature de Fabien Roussel n’est ni faite pour faire plaisir à la droite, ni pour compliquer la situation à gauche. Elle est là pour faire entendre la voix séculaire du parti qui est celui du monde du travail et qui n’est pas pour rien historiquement dans la construction de l’Etat providence, comme le rappelle le slogan de la campagne, « Les jours heureux », allusion directe au programme politique né dans la Résistance et qui donnera, notamment, naissance à la Sécurité Sociale. Quand la droite feint d’aimer Fabien Roussel, ne jamais oublier que son idée fixe, c’est de s’efforcer de le démanteler, cet Etat providence, que cette droite ait le visage d’un Macron réélu, d’une Pécresse qui est un clone du susnommé, ou bien pire.

Blanquer ou le baiser de la mort

Dernier exemple en date, dans le genre baiser de la mort, Blanquer qui félicite Fabien Roussel pour son « logiciel républicain. » A cette notable différence que Blanquer se fait une idée de la République qui consiste d’abord à traquer des fantasmes « islamogauchistes » ou « woke » à l’université, à créer de faux syndicats lycéens pour faire passer sa réforme aberrante sur le bac et surtout, surtout à mépriser les profs plutôt que de changer l’école. Dire qu’il a fallu un Ibizagate pour qu’il se décide à consulter les syndicats sur le prochain protocole sanitaire.

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli: Qu’est donc la gauche devenue?

Bref, ce n’est certainement pas à Blanquer de délivrer des brevets de bon républicain du haut de sa morgue technocratique et avec ses clins d’œil appuyés aux thèmes de la droite nationale.

Le peuple qui manque

Mais revenons à l’écrivain Nicolas Mathieu : son analyse de la candidature de Fabien Roussel est aussi fine que sincère. Il ne faut pas laisser le peuple aux populistes (Le Pen, Zemmour.) Pour les populistes, le peuple est une variable d’ajustement dans un projet réactionnaire où il s’agit de jouer sur les pulsions plutôt que la raison. Il ne faut pas non plus laisser la place à certains, à gauche, qui oublient la notion de classe en préférant jouer sur une concurrence victimaire entre des minorités.

Ce peuple oublié, ce peuple qui manque (à tous les sens du terme : il manque du nécessaire et il manque dans la représentation politique), c’est le sujet des romans de Nicolas Mathieu, qu’il faut lire. Il sait de quoi il parle, il se définit lui-même comme « un transfuge de classe », celui qui était de ce peuple-là avant de devenir un écrivain.

J’ignore si Nicolas Mathieu votera communiste, et d’une certaine manière, je m’en moque. L’important est qu’il ait compris, et dit ce qui se jouait à travers la candidature de Fabien Roussel.

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En Vendée, l’étouffe-chrétienté

La statue de Saint-Michel aux Sables-d’Olonne est la victime d’une indignation laïciste bien sélective…


La Vendée est encore une fois condamnée à l’apostasie par les croque-morts de l’histoire, désireux de transformer la France en un cimetière de souvenirs déchus.

Un jugement rendu le 16 décembre 2021 par le tribunal administratif de Nantes a enjoint Yannick Moreau, maire de la commune des Sables-d’Olonne, de procéder au retrait de la statue de Saint-Michel, sise sur une place publique. La requérante, la Fédération de Vendée de la libre pensée, « fondée sur la seule Raison, en dehors de tout dogme », prétend-elle, considère comme attentatoire à la loi de 1905 la présence de la statue litigieuse, initialement installée dans l’enceinte d’une école privée jusqu’à la destruction partielle de celle-ci, et exposée sur le domaine public depuis 2018.

Il convient de préciser que cette association zélée est issue d’un démembrement de la Fédération nationale de la libre pensée, dont l’idéologie n’est que l’ombre suintante d’un laïcisme cacochyme que seule une indignation ultra sélective parvient à ressusciter dès qu’une cloche sonne. Elle s’émeut aujourd’hui contre l’infâme visibilité d’une statue à la symbolique fondamentale pour l’histoire non seulement cultuelle, mais culturelle de la France. Mais en 2016, elle qualifiait de « totalitaires » les responsables politiques qui prétendaient interdire le port du « burkini » en zone balnéaire. L’été dernier, cette courageuse association éblouie par les lumières salvatrices de la Raison, a même eu l’indécence de blâmer pour « contradiction » avec la « liberté de conscience » les hommages du gouvernement témoignés à l’égard du père Maire, mort assassiné à Saint-Laurent-sur-Sèvre. Voici donc des apôtres de la laïcité aveuglés par l’évangile des droits fondamentaux, qui partent en croisade contre le ciment de notre civilisation. Espérons que leur royaume sans racines ne sera jamais de ce monde.

Pourquoi aime-t-on tant critiquer «La Nouvelle Vague»?

Ce soir, à 22 h 35, Arte diffuse «La Nouvelle Vague, une bande à part», un documentaire inédit de Florence Platarets


On y revient toujours, sans enthousiasme, un peu à reculons. Elle a tant de facettes détestables. Une préciosité ridicule, un ennui souverain, une errance technique, un caporalisme estudiantin et ce magistère intellectuel qui ferait sourire, aujourd’hui, dans les cours d’art dramatique. Le prétexte de l’âge n’explique pas tout. L’emphase et la démagogie sont des maladies enfantines à vocation durable. Les jeunes turcs des Cahiers débordaient de mots, à défaut d’images. Ils avaient le stylo plus incisif que la caméra, le goût pour la castagne en salle de montage et l’aplomb des enfants-rois.

Un agaçant ressac

De guingois et toujours patraque, aux abords du Luxembourg, la Nouvelle Vague résiste depuis maintenant plus de soixante ans aux assauts d’un cinéma léché et scénaristiquement plus stable. Cette Nouvelle Vague est instable, par nature ; présomptueuse par destination.

Elle agace par sa volonté de déconstruire le cinéma de papa, par sa geste révolutionnaire en provenance des beaux quartiers et surtout, par son mépris pour l’apprentissage d’un métier. Elle croit au talent inné et aux décors naturels, à l’indépendance artistique et à l’inconfort du public. Elle fustige les institutions pour mieux les détourner à son profit. Comme la mondialisation a gagné la bataille idéologique, la Nouvelle Vague est devenue une religion à l’académisme plombant. Ses errements ont fait florès. L’amateurisme ayant force de loi s’est propagé dans les milieux culturels, c’est pour mieux vous endormir, mes enfants. La cinéphilie a besoin de totems pour alimenter son mal-être et réactiver ses troupes. Ce soir (ou en replay déjà disponible sur le site d’Arte), le documentaire de Florence Platarets revient sur la naissance de ce mouvement esthétique et politique dont le corps bouge encore. Un documentaire très réussi par le choix des archives et la présentation équilibrée des forces en présence. Ils sont tous là. Truffaut, Godard, Varda, Chabrol, Rohmer, Langlois, etc… Et, la vieille garde, droite dans ses bottes, les Autant-Lara et Delannoy, tous les réprouvés du système, passablement agacés qu’on vienne mordiller leur pellicule.

À lire aussi, du même auteur : Rembob’INA, meilleure émission de TV de l’année

Dans un premier temps, Clouzot et Cocteau ont applaudi au génie de cette jeunesse en marche. Plus circonspects, Audiard et Ventura se sont marrés. Martine Carol et Gina Lollobrigida n’apprécièrent guère l’arrivée d’Anna Karina et de Bernadette Lafont sur leur terrain de jeu. Entre grognards et hussards, le match a connu des épisodes plus ou moins houleux, piques dans la presse, campagnes de déstabilisation, insultes radiophoniques, puis, les producteurs ont sonné la fin de la partie. En avançant dans leur carrière, les jeunes loups ont eu le goût pour les gentilhommières et les coupés italiens énergivores. La morale bourgeoise fut saine et sauve. Il faut que tout change pour que rien ne change. Vous connaissez la formule de notre bon prince palermitain.

Un grain si particulier propre aux années 60

La Nouvelle Vague est une marque générique, fourre-tout qui recouvra bien des sensibilités différentes. Dans une période lointaine, elle a constitué une langue étrangère tant sa grammaire vitreuse plongea les spectateurs dans l’incompréhension, voire l’effroi. Oui, il y eut dans cette vague, de la frime, de la peur, de l’arrivisme, de la bricole, de vastes champs d’incohérence comblés par un discours trop alambiqué pour être crédible, d’une certaine façon, nous vivons encore sous l’emprise malsaine d’un intellectualisme déconnant, mais, reconnaissons-le aussi, elle fut à l’origine d’immenses réussites visuelles et surtout sentimentales. C’est pourquoi, on adore la détester et qu’il nous est si difficile d’en réchapper.

Elle aura donné aux années 1960, un grain si particulier, ce faux-rythme qui colle à la peau des héros germanopratins, cette liberté bredouillante qui s’exprime maladroitement dans les corps et les paroles et cette friabilité qui émeut. Qu’on le veuille ou non, notre imaginaire a été perfusé par leur regard. Nous devons à tous ces réalisateurs une part de notre romantisme niais et de nos bégaiements amoureux. Nous sommes nombreux à défaillir à la vue d’un tee-shirt côtelé, d’une jupe plissée à carreaux, d’un trench voltigeant, d’une coupe à la garçonne, d’un Pschitt orange, d’une Austin-Healey, d’un drugstore recouvert de moleskine, du Herald Tribune distribué sur les Champs et de ce parfum entêtant qui s’appelle mélancolie.    

Ce soir sur arte à 22h30 (canal 7)

Des candidats à la chasse aux voix

Le Mouvement de la Ruralité (LMR), anciennement appelé « Chasse, pêche, nature et traditions » (CPNT) organisait hier un grand oral afin d’entendre les propositions des candidats à l’élection présidentielle pour la ruralité. Nous sommes allés écouter ce que Valérie Pécresse et Éric Zemmour avaient à dire aux chasseurs.


Éric Zemmour, Valérie Pécresse, Jean Lassalle et Nicolas Dupont-Aignan étaient présents hier à l’ambassade d’Auvergne, dans le 3ème arrondissement de Paris, à l’invitation du mouvement « Chasse, pêche, nature et traditions », désormais renommé « Mouvement de la Ruralité » (LMR). Les adhérents du LMR nous ont confié regretter les absences d’autres candidats, qui témoignent selon eux d’un manque de considération pour les populations rurales, déjà abandonnées depuis de nombreuses années. Eddie Puyjalon, dirigeant du mouvement, indiquait aux journalistes que les enjeux du monde rural étaient selon lui « l’angle mort de la campagne », et qu’il souhaitait obliger les prétendants à la fonction suprême à se positionner sur les sujets clivants, autrement qu’« en caressant une vache au salon de l’agriculture » !

Malheureusement pour lui, Marine Le Pen et Emmanuel Macron ont donc fait abstraction de l’évènement.

Des constats communs, mais une vision différente

Le LMR est un parti politique sous forme d’association qui défend des valeurs traditionnelles, chères au monde rural. Aussi, l’objectif pour les candidats présents à l’évènement était clair : prouver qu’ils ne sont pas déconnectés des territoires ruraux.

A lire aussi: Zemmour au chevet de la France silencieuse

Éric Zemmour l’a rappelé, il n’est pas un enfant de la campagne : « J’ai grandi dans les banlieues, à l’époque où elles étaient des campagnes urbanisées. Mes grands-parents vivaient en Algérie dans des petits villages organisés à la française, j’ai découvert la ruralité dans la littérature. » Après avoir évoqué son histoire, le candidat « Reconquête » a dressé un constat sur l’état des campagnes françaises : manque d’hôpitaux, chute de la natalité, chômage constant, fermetures des écoles, manque d’aides de l’État… Ces constats sont à peu près les mêmes que ceux dressés ensuite par Valérie Pécresse. La candidate des Républicains a expliqué que la ruralité était selon elle «  l’alliance de l’identité et de la modernité », mais elle ne s’est pas livrée à des confidences personnelles comme Zemmour. Selon elle, la ruralité est « une chance » et «  un rempart contre le réchauffement climatique et les famines qui arrivent à nos portes et touchent déjà l’Afrique ». L’analyse est surprenante, mais la suite de son discours dressait des constats plus convenus : la crise sanitaire a permis à beaucoup de Français de redécouvrir les bienfaits de la campagne, et a également mis en lumière le manque de moyens des hôpitaux en milieu rural, la politique de décroissance agricole menée depuis des années et le manque de petits commerces de proximité. Si des constats communs sont donc partagés par les deux candidats de droite, ils posent cependant un regard bien différent sur l’avenir des territoires ruraux : là où Valérie Pécresse y voit une opportunité de développement et l’emplacement idéal pour de futures cités dortoirs qui s’agiteraient le week-end pour aller chasser et profiter d’un grand jardin (!), Eric Zemmour veut retrouver la France d’antan. La ruralité rêvée d’Eric Zemmour est faite de vestes Barbour, de brebis, de petits commerçants et de bistrots face aux clochers…

La question de la chasse et de la pêche 

Pécresse comme Zemmour entendent évidemment chacun défendre la chasse et la pêche, témoins, selon eux, de la tradition française. Deux pratiques particulièrement chères au Mouvement de la Ruralité. Pécresse a dénoncé la situation tendue entre l’Angleterre et la France qui freine une grande partie de notre activité halieutique. Elle a déclaré que « la chasse fait partie de nos traditions », et que «  c’est un acquis de la Révolution Française ». Elle a ajouté que les chasseurs étaient selon elle « les premiers amoureux de la nature. » Interpellée par un journaliste lui demandant si les chasseurs étaient vraiment des écolos, elle a esquivé la réponse et répété qu’elle était convaincue de l’amour qu’ils portent à la nature.

A lire aussi: Pour Valérie Pécresse, ce n’est pas tous les jours dimanche

De son côté, Eric Zemmour s’est montré plus ferme sur la question : « Je refuse qu’on interdise la chasse et la pêche. Les bobos attaquent et assiègent votre monde, je les ferai reculer. Les vrais écologistes, c’est vous ! »

Des solutions différentes

S’ils poursuivent des objectifs assez similaires pour la ruralité, les deux poids lourds présents au grand oral des chasseurs proposent des solutions différentes pour y parvenir.

© Gilles Bassignac/ Divergence

Par exemple, lorsqu’Eric Zemmour veut tout simplement interdire les nouvelles constructions d’éoliennes, Valérie Pécresse propose de soumettre ces installations au vote local. Lorsque Valérie Pécresse veut préserver les familles rurales, elle propose d’améliorer le service public de la petite enfance en milieu rural pour aider les femmes à continuer de travailler. Eric Zemmour propose, lui, une prime de 10 000 euros pour toute nouvelle naissance dans une famille rurale. Une solution est cependant commune aux deux candidats : favoriser les produits locaux dans les cantines et privilégier ainsi les circuits courts.

Pour pallier aux déserts médicaux, Eric Zemmour propose de réinstaurer les gardes des médecins, tandis que Valérie Pécresse promet d’embaucher plus de personnels. Concernant les actions des militants vegans ou antispécistes contre les boucheries et les abattoirs, Valérie Pécresse a regretté la violence des actes perpétrés par ces derniers et appelé à ce que chacun respecte le mode de vie des autres. Éric Zemmour, lui, a dénoncé une « idéologie » à combattre. La candidate des Républicains à enfin défendu la culture comme facteur de cohésion en zone rurale, tandis que le candidat « Reconquête » n’a pas évoqué le sujet.

Eric Zemmour et Valérie Pécresse à l’épreuve de la ruralité, ce sont donc deux projets qui s’opposent mais qui revendiquent pourtant un même attachement à la culture française et aux traditions. Eric Zemmour a cependant marqué des points face à sa rivale en signant la charte et les 30 propositions de LMR, alors que Valérie Pécresse a refusé de le faire, estimant qu’elle émettait des réserves sur certains points. Alors que la réunion se terminait, un adhérent de mouvement ne me cachait pas ses doutes sur la sincérité de Valérie Pécresse: « Elle semblait fausse, c’était décevant, franchement moyen. De toute façon, on savait en venant ici que les seuls candidats qui sauraient nous parler sont Eric Zemmour et Jean Lassalle ». C’est un peu dur : Valérie Pécresse a au moins fait le déplacement, elle !

Minuit moins le quart dans le siècle?

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Où que l’on regarde les rapports de force entre puissances mondiales, on ne peut qu’observer une inquiétante fuite en avant vers le pire. Analyses.


Serait-il déjà minuit moins le quart dans le siècle qui vient à peine de commencer ? Le siècle précédent avait déjà joué en 1956 à Budapest puis en 1968 à Prague ce que Vladimir Poutine tente de rejouer en Ukraine. C’était au temps de l’URSS. Comment peut-on imaginer de nouveau un scénario pareil aujourd’hui ? Faut-il retourner plus loin en arrière pour prendre la mesure des projets de reconquête au nom du passé impérial, de la parenté de langue, de culture, de religion ?

Les marches de l’Empire, une approche anachronique ?

Du règne des tsars à celui des soviets, l’Ukraine s’est toujours située aux marches de l’Empire. Comment un homme aussi roué que Poutine peut-il considérer que l’ordre géopolitique la Russie des tsars puis celui de l’URSS serait toujours d’actualité, près de trente ans après la chute du mur de Berlin et la dislocation de l’empire soviétique, alors que, mondialisation oblige, l’internet, les gazoducs, les flux financiers électroniques et autres merveilles contemporaines, il y a désormais sur la planète des royaumes sans frontières bien plus riches que ceux qu’un nationalisme borné a su engendrer ? Qu’est-ce que la possession des Sudètes ou le couloir de Dantzig ont apporté comme plaisirs supplémentaires à l’Allemagne ? Qu’est-ce que le projet d’élimination des ennemis supposés de la germanité a apporté de plus au supposé génie aryen? On connaît la suite.

À lire aussi, Gil Mihaely : L’Ukraine n’est plus la “Petite Russie”…

En contrepoint la volonté américaine d’inscrire l’Ukraine dans l’OTAN, c’est à dire dans une alliance militaire pensée au temps de la guerre froide avec l’URSS, peut symétriquement être ressentie par les Russes comme un dispositif agressif semblable à celui que les soviétiques avaient eux-mêmes imaginé en installant des missiles à Cuba en 1962. L’OTAN n’est pas une organisation caritative, mais une machine de guerre contre un ennemi potentiel situé sur son flanc Est. Avec la disparition de l’URSS, a-t-elle toujours la même pertinence ?

Les meilleurs ennemis du monde

Tandis que deux régimes autocratiques majeurs, la Russie et la Chine, se trouvaient rivaux, voilà que la crise actuelle entre Russie et Occident, vient de les rapprocher. La Chine lorgne sur Taïwan, a déjà fait main basse sur le Tibet, sur Hong-Kong, rééduque ses opposants. Poutine fait enfermer ou éliminer ses opposants, les journalistes critiques comme Anna Politkovskaïa ou Alexeï Navalny. Xi Jinping met en cage les Ouighours et il y a désormais à Lhassa davantage de Chinois que de Tibétains. Commerce international oblige, l’Occident s’est parfaitement accommodé de cet ethnocide et nombreux sont les ex-leaders européens à être salariés ou actionnaires des entreprises russes. On le sait, l’argent n’a pas d’odeur…

Le tempo politique des démocrates n’est pas celui des régimes autoritaires. En cinquante ans de règne la dynastie des Kim a su doter la Corée du Nord d’une puissance militaire qui la sanctuarise. Missiles balistiques et bombes atomiques obligent les démocraties à la prudence dans leurs relations. La course à la bombe atomique, tant désirée par les mollahs iraniens, présente des périls aussi grands sinon plus grands, tant la part d’irrationnel religieux nourrit les choix politiques. Négliger l’offensive planétaire de l’islam radical serait une erreur d’appréciation considérable, tant les règles du jeu du jihad sont autres que celles qui opposent Etats-Unis et Russie. Une guerre en Europe ne ferait que donner des ailes à cet autre impérialisme.

Qui est l’ennemi principal ? Qui est l’ennemi secondaire ?

Aujourd’hui la temporalité politique des démocraties est de l’ordre de cinq ou dix ans entre deux passages de relais grâce à au respect partagé des mécaniques électorales tandis que chez les autocrates la durée minimum dépasse les dix ans avant qu’ils ne daignent profiter d’une retraite bien méritée. Dans les pays du sud, dans les ex colonies de l’Occident, seuls  Gandhi ou Mandela avaient réussi à proposer à leurs peuples une sortie de la domination coloniale sans leur imposer une violence symétrique.

L’ONU, un théâtre de farceurs

En Birmanie, en Algérie, en Syrie, dans la plupart des pays arabes, en Turquie, en Corée du Nord, en Iran et dans d’autres endroits de la terre, seuls comptent les rapports de force. Les castes, les mafias, les tribus, méprisent les désirs de liberté, les volontés populaires d’émancipation. Les printemps arabes ne furent qu’une illusion passagère, très vite écrasée par des pouvoirs d’abord soucieux d’assurer la pérennité de leurs rentes. De rares et fragiles éclaircies, comme les accords d’Abraham entre Israël et quelques pétromonarchies corrigent l’appréciation qui précède.

À lire aussi, Harold Hyman: Poutine est-il encore un grand stratège?

L’ONU, dont la mission essentielle consiste à réguler les rapports entre les Etats, n’est plus qu’un théâtre de farceurs dont son Conseil des droits de l’homme est la plus parfaite caricature : seul Israël serait responsable et coupable du malheur arabe, et c’est Amnesty International qui vient cautionner cette sinistre forfaiture. La Syrie, grande alliée de la Russie, et responsable du gazage de milliers de Syriens n’a jamais été inquiétée par les Etats-Unis sous la gouvernance d’Obama. Les Kurdes, seuls alliés de l’Occident contre l’Etat islamique, ont été abandonnés à leur sort sous la présidence de Trump. Les bonzes tibétains peuvent toujours s’immoler par le feu, cela n’empêchera pas la fiction de l’innocence sportive aux Jeux olympiques à Pékin.

Dans l’affaire ukrainienne, les démocraties de l’Ouest semblent défavorisées par cette montée en puissance des autocrates tant elles dépendent elles-mêmes des produits chinois ou du gaz russe. En Afrique, Poutine agit par mercenaires interposés pour mieux en chasser la France, l’Iran fait de même au Yémen, au Liban, au Vénézuela. Si le chaos généralisé devient la nouvelle donne des relations internationales, ce n’est même plus le « choc des civilisations » qui en serait le moteur, mais plutôt les ambitions folles de quelques-uns ou les délires fanatiques de quelques autres.

Seul l’énoncé clair du prix à payer des tentatives d’agression peut ralentir cette fuite en avant vers le pire. Si le mot civilisation a encore un minimum de sens il devrait caractériser la primauté absolue du droit sur la force et que l’usage de la force obéisse au droit. Comment les Russes peuvent-ils oublier ce qui les a unis aux Américains, aux Européens, contre le nazisme ? Mettre de la raison et de la fermeté là où le bon sens semble aujourd’hui faire singulièrement défaut à certains est la seule politique possible. S’il n’est pas encore minuit dans le siècle, le temps presse.

Le naufrage en commun

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Montpellier, 13 février 2022 © Alain ROBERT/SIPA

La politique étrangère du candidat Mélenchon, c’est Apocalypse Now ! Du carnaval démagogique au naufrage en commun, une analyse du géopolitologue Loup Viallet.


Illusions, contradictions, vieilles recettes, cynisme électoral et fake-news. Si les piliers de la politique étrangère de Jean-Luc Mélenchon ne sont pas toujours très cohérents ou très clairs, les conséquences que l’on peut attendre de leur combinaison sont quant à elles parfaitement limpides. 

Sur le site de campagne du candidat Mélenchon, il est précisé aux internautes que son programme “L’Avenir en commun” est le fruit d’un travail collaboratif. Si ses auteurs sont anonymes, on peut cependant identifier trois influences majeures à l’œuvre dans le chapitre et les synthèses relatives aux relations internationales : Lénine, Captain America et Merlin l’Enchanteur. Quel autre trio pourrait relever les impossibles défis de l’Avenir en Commun ?

Mission impossible n°1 : arrêter les guerres en jouant à la roulette russe

Le chapitre 5 du programme de Jean-Luc Mélenchon prévoit (dans son point 46) de rompre avec le domaine réservé du chef de l’État en matière de politique de défense : finies les “aventures guerrières d’un seul homme”. Pas une intervention extérieure ne serait décidée sans l’aval de l’ONU si le candidat insoumis est élu ! Si l’objectif général peut paraître louable (“Renforcer le rôle de l’ONU”), la méthode semble aussi peu souhaitable que réalisable, à moins que le but implicite de cette mesure soit de paralyser les capacités de projection de l’armée française.

Dans un contexte où le Conseil de Sécurité des Nations Unies est polarisé par la rivalité grandissante entre les membres de l’OTAN et de l’AUKUS d’une part et le front commun des Russes et des Chinois d’autre part, la France mélenchonienne se couperait les bras en subordonnant une prérogative régalienne à une illusion stratégique (un consensus géopolitique entre la Russie, les États-Unis, la Chine, le Royaume-Unie et la France) ou à l’humiliation des vetos.

Dans le même temps, l’Avenir en commun s’est doté d’un objectif digne d’un refrain des Beatles : “arrêter les guerres” pour “lutter contre les causes des migrations” (point 49). Si l’on tient compte du point précédent, la France ne pourrait plus honorer certains de ses engagements internationaux sans systématiquement recourir au préalable à l’improbable feu vert du Conseil de Sécurité. Avec cette doctrine, la Côte d’Ivoire n’aurait pas connu la décennie de paix obtenue grâce à l’appui de l’opération Licorne. Bamako aurait été quant à elle submergée par la violence djihadiste dès 2013. Que les alliés de la France le comprennent : à l’avenir, le président Mélenchon jouera les clauses de défense mutuelle à la roulette russe.

Mission impossible n°2 : défier seul la plus grande alliance militaire de l’histoire de l’humanité (et triompher)

Trois grandes options se présentent aux membres du commandement intégré de l’OTAN qui se questionnent sur leur avenir au sein de l’alliance atlantique. La première est de chercher, par le débat interne, à en infléchir la structure et les directions. Les accomplissements permis par méthode semblent particulièrement limités, tant l’OTAN représente avant tout un instrument au service de la géopolitique américaine. Symbolique, la deuxième option consiste à se retirer du commandement intégré tout en restant membre de l’alliance atlantique : une manière de mettre sa politique de défense sous pilote automatique et de jeter l’éponge des affaires du monde. La dernière option est la plus radicale : sortir de l’OTAN pour rejoindre ou forger une nouvelle alliance.

Le candidat Insoumis prévoit donc de sortir de la plus puissante alliance militaire contemporaine. Est-ce pour rejoindre l’axe en cours de construction entre la République populaire de Chine et la Fédération de Russie ? Pas du tout. Il s’agit d’”instaurer l’indépendance de la France au service de la paix”. Mais quelle paix (mondiale) et quelle indépendance (nationale) cette décision favoriserait-elle pour la France, si celle-ci ne peut se projeter dans aucune alternative ? 

En Europe, notre pays changerait immédiatement de statut : État cofondateur de l’OTAN, il deviendrait assiégé par l’OTAN. Tous nos voisins sont des membres de l’alliance atlantique et la majorité des clients de notre industrie de défense sont liés à celle-ci par des accords de coopération ou engagés dans des relations bilatérales avec les États-Unis. Inutile de préciser qu’une telle rupture a peu de chances d’être accueillie par un mouvement d’enthousiasme nord-américain de la part de l’Oncle Sam, dont la politique internationale est pourtant claire depuis longtemps : quiconque n’est pas son allié est traité en adversaire. Du point de vue de la politique étrangère on peut résumer l’Avenir en commun par cette formule : Ne rien faire, avec personne. Tout un programme !

Mission impossible n°3 : lutter contre les causes des migrations et casser la meilleure monnaie d’Afrique

Le franc CFA a le dos large, très large. Ancienne monnaie coloniale, elle s’est progressivement transformée en un compromis politique régulièrement reconduit par ses États-membres. Ces derniers ont la possibilité d’en sortir (à l’instar de Madagascar, de la Mauritanie ou du Mali en 1962) et n’importe quel État africain a la possibilité d’y adhérer (comme la Guinée-Bissau et la Guinée-Équatoriale, plus récemment). Mais des rumeurs intéressées ont fait de cette devise le symbole d’un néo-colonialisme à la française. Le franc CFA incarne auprès de nombreux publics le bouc-émissaire de la misère africaine alors que ces économies représentent moins de 1% du commerce extérieur de la France. 

Par ignorance ou électoralisme (la légende noire du franc CFA est particulièrement populaire parmi les diasporas africaines en France), l’Avenir en commun entend rayer de la carte la monnaie commune d’un tiers des États d’Afrique subsaharienne. Les dirigeants africains qui ont souverainement reconduit l’adhésion de leurs pays à cette monnaie seraient-ils plus souverains une fois le franc CFA relégué aux oubliettes de l’histoire ? C’est tout le contraire. ils perdraient un atout inestimable.

La fin du franc CFA peut être actée dès lors que la France refuse de garantir plus longtemps sa convertibilité illimitée en euros et de se porter garant en dernier ressort pour les Trésors africains déficitaires. Ses conséquences seraient immédiates : les deux unions économiques et monétaires d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale éclateraient en 14 micro-marchés où circuleraient 14 monnaies inconvertibles, exposées aux attaques spéculatives et soumises aux fluctuations imprévisibles des matières premières. Les États-membres de la zone franc actuelle connaîtraient alors un phénomène dont ils avaient été épargnés jusqu’alors : l’hyperinflation et son lot de violences. Rien de tel pour susciter de nouvelles migrations que de condamner un pays africain sur trois à l’instabilité financière. Rien de tel pour accroître encore la dépendance extérieure de l’Afrique que de projeter le continent tout entier dans la dollarisation par idéologie.

La fin du franc CFA

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Le “New York Times” alerte sur la “fuite des cerveaux” musulmans de France

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Femmes en hijabs à Londres, devant le palais de Westminster.© Goodman/LNP/Shutterstoc/SIPA Numéro de reportage :REX40498042_000003

Le journal progressiste américain continue son travail de sape contre la France, en collectant complaisamment des témoignages de citoyens – dont Rama Yade – qui avancent que notre laïcité est “islamophobe”.


Certains journalistes du New York Times n’aiment pas la France. Ce n’est pas nouveau. Chef du bureau parisien du quotidien américain jusqu’en 2020, Adam Nossiter n’a jamais manqué de critiquer notre laïcité ne servant, selon lui, que de paravent aux véritables problèmes français, notre prétendue « islamophobie » et notre racisme et, plus particulièrement, le racisme de notre police !

Le 24 novembre 2020, au micro d’Emmanuel Laurentin (France Culture), M. Nossiter n’a eu de cesse de critiquer un « concept de la laïcité » utilisé surtout pour « bastonner la communauté musulmane », et d’accuser ceux qui veulent montrer les caricatures de Mahomet « d’insulter tous les musulmans ». Nous étions seulement un mois après l’assassinat de Samuel Paty. À la fin de cette émission, M. Nossiter déclarera qu’il y a une « histoire peu glorieuse des caricatures dans ce pays » et finira par comparer les caricatures de Mahomet de Charlie-Hebdo à celles des juifs lors de l’exposition antisémite Le Juif et la France organisée par la propagande allemande à Paris en 1941. Difficile de faire plus sale.

Travail de sape

Le New York Times continue son travail de sape ces jours-ci. Le 13 février est paru un énième article sur la France et le sort qu’elle ferait subir aux musulmans. D’après les journalistes, notre problème migratoire n’est pas dû à l’immigration mais à… l’émigration, en particulier celle des Français musulmans. Pour justifier cette affirmation, le journal de la côte Est des États-Unis s’appuie sur quatre témoignages de Français de confession musulmane ayant choisi « l’exil » plutôt que la discrimination, l’ « islamophobie » et le racisme inhérents à notre pays. Des professionnels hautement qualifiés, des chercheurs universitaires, parmi lesquels « on trouve un nombre croissant de Français musulmans », quitteraient cette France qui, osent écrire les journalistes du New York Times, n’assure plus la sécurité de ses concitoyens musulmans.

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Les principaux rivaux du président Macron – Pécresse, Le Pen et Zemmour sont visés sans distinguo – mènent des campagnes anti-immigration qui attisent la haine, écrit le journal. Pourtant, assure-t-il, « le nombre d’immigrés en France reste derrière la plupart des autres pays européens ». Outre le fait qu’il faudrait vérifier cette information, la première question qui nous vient à la bouche est : « So what ? » L’état des autres pays européens est-il si reluisant ? L’immigration en Europe est depuis des années composée essentiellement d’individus venant de pays musulmans et qui souvent, arrivés dans les pays d’accueil, rejoignent ou fondent des communautés endogames s’intégrant excessivement mal, soit par mimétisme communautaire, soit par refus pur et simple de respecter les lois françaises et de voir les préceptes de leur religion relégués à la seule sphère privée. La France doit-elle suivre l’exemple de la Belgique, de l’Allemagne, de l’Espagne, de la Suède ou du Royaume-Uni, ces pays rongés par une immigration de plus en plus communautariste et revendicative ? Les villes françaises doivent-elles accepter l’appel à la prière du muezzin relayé par des haut-parleurs comme cela arrive maintenant dans des villes suédoises, hollandaises, allemandes ou espagnoles ? Molenbeek est-il le lieu idéal où rêvent de séjourner nos bienveillants journalistes new-yorkais ? Paris doit-elle accepter que la prière de la fin du ramadan soit diffusée depuis la Tour Eiffel comme elle l’a été cette année à Londres, depuis le Tower Bridge, avec l’autorisation enthousiaste de son maire d’origine pakistanaise ? Ces manifestations religieuses dans l’espace public ne sont pas anecdotiques, comme ne sont pas anecdotiques les prières de rue, les espaces de prière réclamés dans de plus en plus d’entreprises y compris des entreprises publiques, les revendications du port du voile à l’école, dans le sport, du burkini dans les piscines municipales, ainsi que  tous les « accommodements » réclamés par des musulmans manipulés par les idéologues politico-religieux des mouvances salafistes et fréristes. Elles sont les « petits pas » que réclament avec ruse certains musulmans prosélytes afin d’implanter sur le sol français des mœurs nouvelles et rétrogrades issues des pays d’origine des nouveaux arrivants.

Tares françaises

Mais cela n’intéresse pas le New York Times qui préfère relever qu’en 2020 « les actes anti-musulmans étaient en hausse de 52% ». Les journalistes américains ne donneront pas d’autres chiffres, ni ceux, bien plus élevés, concernant les actes anti-chrétiens, ni ceux concernant les actes antisémites touchant une communauté représentant à peine 1 % de la population française et subissant un antisémitisme musulman qui les chasse de certaines villes. Le New York Times préfère énumérer les tares françaises : contrôles aux faciès, discriminations à l’embauche, etc., et évoquer « une place étrangement disproportionnée » des Français musulmans dans la campagne présidentielle – il feint d’ignorer que le sujet de la campagne n’est pas « les Français musulmans » mais l’islamisme, c’est-à-dire une idéologie politique, religieuse et radicale de plus en visible dans certaines villes (le documentaire sur Roubaix en a montré toute la réalité), sur les lieux de travail, dans les associations sportives, les syndicats, etc. C’est cet islam-là qui mine la vie des Français en tentant d’imposer ses diktats religieux et en endoctrinant les jeunes musulmans qui refusent les lois françaises pour se jeter corps et âme dans celles du Coran. Notre crainte légitime est de voir un jour cet islam-là s’imposer en France. Partout où un État est incapable de montrer sa légitimité et sa force, partout où il se montre pusillanime, s’installent d’autres forces, plus déterminées, plus virulentes, plus attirantes. L’islamisme frériste allié à une délinquance en nette augmentation sont, quoi qu’en pensent les journalistes américains, les forces du moment dans de plus en plus de territoires perdus de la république française.

Siège du New York Times Photo : DR

Pour conclure leur article, les journalistes du New York Times citent une « exilée » française qui a vécu comme une « micro-agression » le fait de devoir passer devant la statue de Colbert à Paris et qui estime que « la fronde actuelle contre le “wokisme” en France n’est rien d’autre qu’un prétexte pour ne plus s’attaquer aux discriminations ». Cette femme, née au Sénégal dans une famille musulmane, a suivi de très belles études en France lui permettant de devenir Secrétaire d’État des Affaires étrangères et des Droits de l’homme, puis Secrétaire d’État chargée des Sports, puis ambassadrice de la France auprès de l’UNESCO. Mais elle est très déçue par la France. Par conséquent elle est partie à Washington d’où elle dirige le pôle Afrique de l’Atlantic Council – un machin tank américain spécialisé dans les relations internationales avec des postes de direction très rémunérateurs. Chacun aura reconnu Mme Rama Yade, celle-là même qui déclarait sur le site Atlantico en janvier 2015 : « Nos principes, vieux de deux siècles, ont permis de bâtir une nation parmi les plus admirées au monde, il est impératif que nous soyons fidèles à ces principes : la laïcité, l’égalité hommes-femmes. Ceux qui ne veulent pas y souscrire, même en étant français, sont libres de partir et de choisir des pays qui correspondent à leurs principes. » On ne saurait mieux dire.

La macronie à la conquête de TikTok: entre triomphes et flops

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Captures d'écran de vidéo TikTok de J-P Djebbari du 15 février 2022

Les prestations d’Emmanuel Macron sur les réseaux sociaux connaissent un certain succès, inspirant des émules au sein de LREM, mais si ça marche pour certains d’entre eux, d’autres font un bide total. Enquête, exemples à l’appui.


Emmanuel Macron est présent sur toutes les plateformes digitales importantes et y rencontre un certain succès auprès des jeunes dont le vote sera potentiellement crucial au mois d’avril. Sa vidéo la plus populaire, celle avec les influenceurs McFly et Carlito sur YouTube, a généré plus de 16 millions de vues. Cette réussite a suscité des émules au sein de la Macronie mais avec des résultats très variés.

Djebbari star de Tik Tok

Celui qui a relevé avec brio le défi de la popularité numérique est le ministre des Transports, Jean-Baptiste Djebbari. Son portefeuille ministériel n’est pas de ceux qui attirent le plus l’attention publique – surtout en l’absence de grèves prolongées – mais depuis qu’il s’est mis sur la plateforme de vidéos TikTok, en juin 2021, il connaît un succès fulgurant. Aujourd’hui, son compte a cumulé presque 900.000 abonnés et près de 22 millions de «J’aime. » Se mettant en scène régulièrement à propos de différentes thématiques liées à son ministère, que ce soit les avantages des trains de nuit ou l’obligation de céder sa place de métro à une personne âgée, il fait preuve d’un sens intuitif de la communication numérique et sait parler aux « djeunes ». Il se montre capable de manier l’humour satirique : lors du débat entre Mélenchon et Zemmour, dans Face à Baba le 27 janvier, il se filme en train de regarder les deux candidats qui s’écharpent et puis en fait un montage vidéo en y accolant une voix d’enfant qui se plaint pour ridiculiser les deux débatteurs. Cette vidéo a généré cinq millions de vues et plus de 900 000 « J’aime ». Ses interventions sont très courtes – la durée se réduit généralement à quelques secondes – et sont accompagnées d’un fond sonore pop. L’autodérision est également au rendez-vous, sa dernière publication jouant sur son nom et son titre, le présentant aussi comme « Jibé le Djeb. » Résultat ? Presque trois millions de vues et un demi-million de « J’aime » supplémentaires.

@jbdjebb

mon nom n’est pas « mv » non plus. #pourtoi #fyp

♬ That’s Not My Name – The Ting Tings

Malheureusement, une telle réussite n’est pas à la portée de tous les Macroniens. La tentative de Marlène Schiappa, la ministre déléguée chargé de la Citoyenneté, pour séduire les jeunes sur TikTok s’est révélée désastreuse.

Schiappa, ancienne étoile des réseaux sociaux, larguée

Sa première vidéo sur la plate-forme, publiée le 25 novembre 2020, n’a récolté qu’une ribambelle de critiques négatives comme « Shiappa ou un accident politique », « elle a fumé ou quoi au juste »… Ce premier échec a été suivi d’un autre, sous la forme d’une seconde vidéo ayant pour but de promouvoir la campagne des régionales en Île-de-France : la publication faisant l’objet de plus de remarques négatives que de « J’aime », la ministre a décidé de désactiver les commentaires. Ne totalisant que moins de 7.000 abonnés, elle met fin à l’expérience en octobre 2021.

@marleneschiappa

Salut à toi jeune entrepreneur (et jeune entrepreneuse), j’ai un message pour toi 😉 #Tiktok #laquestionestviterepondue

♬ Run The World (Girls) – Glee Cast

Depuis début 2022, les jeunes LREM essayent de militer pour leur candidat sur TikTok, comme le jeune Victor qui, dans une de ses vidéos cette semaine, se dit «  pressé d’essuyer les larmes des pros-Zemmour » après un prétendu échec de celui-ci et une réélection de Emmanuel Macron. Mais avec moins de 8 000 abonnés, on ne peut pas vraiment dire que la mobilisation des jeunes autour de Macron sur cette plateforme prenne pour le moment…

Journalistes critiques zélés du zemmourisme, fermez-la!

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Meeting d'Eric Zemmour à Saulieu, Côte d'Or, 12 février 2022 © JC Tardivon/SIPA

La politique est une chose trop sérieuse pour la laisser aux journalistes. Surtout lorsqu’ils ne sont que des accusateurs publics.


Depuis le début de ce que les historiens appelleront un jour l’épopée zémmourienne, je remercie Dieu tous les matins de ne pas m’avoir fait journaliste. Non pas parce que je les hais mais parce que je les plains.

Pitié et compassion

Au meeting de Villepinte, du haut de mes 2,20 m quand je suis debout sur une chaise, je les ai observés du coin de l’œil en agitant mon drapeau et en scandant « Zé-mmour pré-si-dent ! ». Je les ai vus avec pitié et compassion, tenus par leur fonction à un devoir de réserve, cloués au sol comme des ballons attachés au piquet de leur profession, empêchés de participer au transport collectif qui emportait les autres, incapables de s’élever avec la foule des cœurs simples, imperméables par nature ou par culture à la grandeur du discours, observateurs à l’abri de toute adhésion, quand nous autres militants ou sympathisants pouvions sourire de bonheur, verser les larmes de l’espérance, et vibrer du sentiment partagé que, par le serment de Villepinte, serment par lequel Zemmour s’engageait à ne pas trahir, pendant qu’ils prenaient des notes, nous entrions dans l’Histoire.

Bêtises et crapuleries

Depuis ce jour, je les retrouve fidèles à eux-mêmes face à Zemmour, tenus par cette pitoyable distance critique qui les oblige à chercher la petite bête, à faire la fine bouche et, quoi qu’il dise, à trouver à redire. On me dira qu’il en faut, comme des avocats pour Salah Abdeslam, et qu’il faut bien que tout le monde vive. Peut-être mais comme le disait le général de Gaulle, je n’en vois pas l’utilité.

A lire aussi, du même auteur: Zemmour pour les nuls

Stanislas Rigault, le chef du mouvement « Génération Z », Nîmes, 15 octobre 2021 © SOPA Images/SIPA Numéro de reportage : 01044253_000002

Ils accumulent les bêtises et les crapuleries, comme Caroline Roux : « Monsieur Zemmour, vous voulez rebaptiser le ministère de l’Éducation nationale ministère de l’Instruction publique, la dernière fois que ça s’est fait, c’était en 1940 », sous-entendu sous Vichy alors que le terme était celui de la IIIe République et de ses hussards noirs ; ou comme Thomas Legrand : « Zemmour veut désincarcérer un courant rejeté par tout le spectre politique et réhabiliter une extrême droite qui s’est vautrée dans la collaboration », alors que la gauche pacifiste et munichoise a tout autant collaboré ; ou comme Dany Cohn-Bendit : « Même Hitler a reculé quand il s’en est pris aux handicapés et qu’il a senti une résistance au sein de la société allemande », alors que Zemmour ne prévoit pas leur inclusion dans des camps mais leur sortie d’une école inadaptée à leurs besoins ; ou encore comme notre ami Jean-Paul Brighelli, pas journaliste, mais pinailleur pour l’occasion« il faudrait préciser quel français on veut apprendre aux enfants (celui du Grand Siècle ? », alors que le projet du candidat est juste de leur apprendre le français du sujet orthographié, du verbe conjugué et du complément accordé.

A lire aussi, Didier Desrimais : Thomas Legrand, historien à la petite semaine

Les exemples de ceux qui cherchent désespérément à se distinguer dans des oppositions feintes ou malhonnêtes sont trop nombreux pour être exposés ici. Au lieu de se ridiculiser en la ramenant à tout propos, ils feraient mieux de prendre des congés le temps de la campagne pour apprendre à reconnaître un homme honnête et courageux quand ils en voient un, comme en 1940. Alors, mesdames et messieurs les enculeurs de mouche, dans l’intérêt supérieur de la nation, jusqu’en avril, de grâce, fermez-la !

Le franglais tel qu’on le parle

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L’Académie française tire la sonnette d’alarme pour la énième fois : notre belle langue française est contaminée par l’anglais au-delà de ce que les Immortels jugent acceptable. Peut-être faut-il expliquer ce qui se joue dans cette invasion du globish — qui est à l’anglais ce qu’une commode est à votre — vous m’avez compris.

En 1964, le très brillant professeur René Etiemble, ordinairement spécialiste de Rimbaud et de Confucius, publiait Parlez-vous franglais ?. Succès immédiat. Rappelons qu’à cette époque où la « pub » s’appelait encore la réclame, les seuls slogans anglais qu’on lisait sur les murs étaient les « US go home ! » peints en rouge par le PCF. 

C’est dans ce contexte d’après-guerre qu’il faut comprendre l’interrogation narquoise d’Etiemble. Le français n’était alors contaminé par l’anglais qu’à la marge, l’utilisation de mots détachés témoignait d’un snobisme (c’est l’époque où « surprise-party » remplace « soirée ») réservé à quelques imbéciles en rupture de bourgeoisie qui croyaient chic de parler la langue des GI. 

La réaction d’Etiemble était drôle parce que personne n’imaginait que le français, que l’on enseignait alors sérieusement à l’école, pût être menacé par l’idiome de l’ennemi héréditaire — qui n’a jamais été l’allemand, mais l’anglais, relisez donc Vingt mille lieues sous les mers, où le capitaine Nemo coule les vaisseaux de la perfide Albion. On disait d’ailleurs « franglais » sans trop réaliser qu’il s’agissait d’américanismes, et que le Plan Marshall avait une contrepartie : la mise en quarantaine des cultures du vieux continent, et à terme leur dissolution dans un flot de dollars.

Nous y sommes — et c’est tout autre chose que les dérives anecdotiques des années 1960. Notre culture tout entière est en train de basculer. Ce ne sont plus quelques mots — dont Sophie de Menthon a dressé la liste dans un article plaisant — qui s’insèrent dans la langue française, c’est une contre-culture qui envahit la nôtre, ou ce qu’il en reste.

L’Académie Française a donc confié à quelques-uns de ses membres les plus éminents, dont Danièle Sallenave ou Florence Delay, la tâche de sonner l’alerte. Mais est-il encore temps ? Et peut-on redresser la langue sans réformer l’éducation, où tant d’enseignants ont baissé les bras devant le jargon de leurs élèves ?
Dans les couloirs de l’Élysée, depuis cinq ans, on s’interpelle dans la langue de Shakespeare — pardon : la langue de Mark Zuckerberg et Jeff Bezos. Ça fait chic, ça fait choc, et ça renvoie dans les oubliettes de l’Histoire ceux qui s’obstinent à parler la langue de Molière — pardon : la langue d’Aya Nakamura, comme nous l’a expliqué récemment le député LREM Rémy Rebeirotte. Pensez donc que Jean-Marie Le Pen fut l’un des derniers à oser en public un imparfait du subjonctif, et que Zemmour passe pour un extraterrestre parce qu’il s’exprime en gros dans un français correct. 

La chanteuse Aya Nakamura, 2019 © LAURENT VU/SIPA Numéro de reportage: 00895088_000034.

La grammaire, pensent certains profs de Français (et si on me cherche, je vais publier des noms) est une lubie réactionnaire. Tout récemment dans un collège marseillais, une titulaire du CAPES de Lettres ignorait ce qu’était un complément du nom. « Ah oui, un prédicat », rectifia-t-elle, reprenant le jargon pseudo-linguistique imposé par Vallaud-Belkacem et les ânes de son ministériat lors de la dernière réécriture des programmes, en 2015. 

Preuve au passage qu’elle ne savait pas non plus ce qu’est un prédicat, qui n’est pas du tout un complément du nom. Mais que savait-elle vraiment ?

J’ai tenté d’expliquer tout cela en 2017 en publiant C’est le français qu’on assassine. Je voulais l’intituler « Encore eût-il fallu que je le susse », l’éditeur n’a pas voulu — tant pis, c’était un bien meilleur titre et l’imparfait du subjonctif, désormais aux abonnés absents, posait la bonne question. Aucune réaction : « Le mal est sans remède, les vices se sont changés en mœurs », disait Laclos en 1784, citant Sénèque. 

« Apprenez qu’on ne sort de l’esclavage que par une grande révolution », ajoutait-il. Et cinq ans plus tard…

Le « franglais » n’est que la masse émergée. Ce qui s’en va avec la langue française, c’est la France. Et c’est une ambition ancienne que de laminer « ce vieux pays », comme disait De Gaulle, jusqu’à ce qu’il n’en reste rien, dans le grand concert mondialisé qui parle globish, cette sous-langue inventée pour qu’un Argentin communique avec un Népalais sur l’aéroport d’Amsterdam. Car parallèlement au français, l’anglais — la langue de Shakespeare — disparaît lui aussi. 

Quand Abdellatif Kechiche fait jouer Marivaux en passant la langue somptueuse du Jeu de l’amour et du hasard à la moulinette du volapük banlieusard parlé par des racailles dont on fait des héros ; quand un animateur de télévision s’exprime comme un charretier à l’écran — alors même qu’il est fort capable de parler une langue châtiée en privé ; quand des publicitaires lancent des slogans en anglais qu’ils traduisent en tout petit dans un angle de leur publicité — et encore parce qu’ils y sont obligés ; quand les « éveillés » s’appellent entre eux les « woke » — alors en vérité le français n’est plus assassiné, il est mort. En état de putréfaction.

Non seulement il faut imposer à l’école l’étude de la vraie et bonne langue française et virer les enseignants ou les inspecteurs qui s’y refusent, mais il faut, comme les Canadiens, qui vivent assiégés par les Anglo-saxons, interdire la diffusion de tout terme anglais — à commencer par les titres de films. En 1999 on a traduit par Sexe intentions un titre américain, Cruel intentions, parce qu’adopter une inversion anglaise sur des mots français faisait cool, comme disent sans doute ces imbéciles. Et sans doute les diffuseurs français qui ont intitulé Very bad trip (in french in the text) un film qui s’intitulait à l’origine The Hangover — la gueule de bois — avaient abusé des mêmes boissons douteuses que les personnages.

Quoiqu’à bien y penser, ce n’est pas plus grave qu’un gouvernement qui écrit « pass sanitaire » ou impose des cartes d’identité en bilingue. Ou cherche à imposer « la » Covid parce que le « d » de Covid est « disease », et que « maladie » est féminin en français, n’est-ce pas… 

À l’imprimerie nationale de Douai, Marlène Schiappa présente la nouvelle carte d’identité, 16 mars 2021 © FRANCOIS GREUEZ/SIPA Numéro de reportage : 01009527_000001

Il n’est plus temps de se moquer, comme le faisait Etiemble en 1964. Il faut sévir et sanctionner — et interdire d’antenne. Il n’y a plus d’autre solution que la violence d’État face au délitement général — à ceci près que je ne vois guère qui a les épaules assez solides pour imposer au pays le sursaut indispensable avant la mort clinique. Quelqu’un qui ait le verbe et le physique — et la culture.

C'est le français qu'on assassine

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Fabien Roussel ou comment éviter les baisers de la mort

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Le candidat du parti communiste à la présidentielle Fabien Roussel, Orly, 3 février 2022 © NICOLAS MESSYASZ/SIPA

On aime beaucoup les communistes en ce moment. Un peu trop pour que cet enthousiasme soit honnête.


« Fabien Roussel renverse les stigmates. Les gens se sentent méprisés et culpabilisés dans leurs habitudes, lui a inversé le rapport de force. » Ce n’est pas n’importe qui, l’auteur de cette phrase, c’est Nicolas Mathieu, prix Goncourt 2018 pour Leurs enfants après eux et qui vient de sortir Connemara (Actes Sud). C’était lors de C politique, l’émission de la 5.

Il faut toujours se méfier des gens qui disent aimer les communistes quand ils ne sont pas communistes. C’est en général soit parce que les communistes, croient-ils, sont au fond du trou et ne font plus peur, soit parce qu’ils espèrent, par un coup de billard à trois bandes, gêner un autre candidat de gauche.

Fabien Roussel au siège du Parti communiste, Paris, 11 mai 2021 © NICOLAS MESSYASZ/SIPA Numéro de reportage : 01018505_000013

Dans les deux cas, ils se trompent, la candidature de Fabien Roussel n’est ni faite pour faire plaisir à la droite, ni pour compliquer la situation à gauche. Elle est là pour faire entendre la voix séculaire du parti qui est celui du monde du travail et qui n’est pas pour rien historiquement dans la construction de l’Etat providence, comme le rappelle le slogan de la campagne, « Les jours heureux », allusion directe au programme politique né dans la Résistance et qui donnera, notamment, naissance à la Sécurité Sociale. Quand la droite feint d’aimer Fabien Roussel, ne jamais oublier que son idée fixe, c’est de s’efforcer de le démanteler, cet Etat providence, que cette droite ait le visage d’un Macron réélu, d’une Pécresse qui est un clone du susnommé, ou bien pire.

Blanquer ou le baiser de la mort

Dernier exemple en date, dans le genre baiser de la mort, Blanquer qui félicite Fabien Roussel pour son « logiciel républicain. » A cette notable différence que Blanquer se fait une idée de la République qui consiste d’abord à traquer des fantasmes « islamogauchistes » ou « woke » à l’université, à créer de faux syndicats lycéens pour faire passer sa réforme aberrante sur le bac et surtout, surtout à mépriser les profs plutôt que de changer l’école. Dire qu’il a fallu un Ibizagate pour qu’il se décide à consulter les syndicats sur le prochain protocole sanitaire.

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli: Qu’est donc la gauche devenue?

Bref, ce n’est certainement pas à Blanquer de délivrer des brevets de bon républicain du haut de sa morgue technocratique et avec ses clins d’œil appuyés aux thèmes de la droite nationale.

Le peuple qui manque

Mais revenons à l’écrivain Nicolas Mathieu : son analyse de la candidature de Fabien Roussel est aussi fine que sincère. Il ne faut pas laisser le peuple aux populistes (Le Pen, Zemmour.) Pour les populistes, le peuple est une variable d’ajustement dans un projet réactionnaire où il s’agit de jouer sur les pulsions plutôt que la raison. Il ne faut pas non plus laisser la place à certains, à gauche, qui oublient la notion de classe en préférant jouer sur une concurrence victimaire entre des minorités.

Ce peuple oublié, ce peuple qui manque (à tous les sens du terme : il manque du nécessaire et il manque dans la représentation politique), c’est le sujet des romans de Nicolas Mathieu, qu’il faut lire. Il sait de quoi il parle, il se définit lui-même comme « un transfuge de classe », celui qui était de ce peuple-là avant de devenir un écrivain.

J’ignore si Nicolas Mathieu votera communiste, et d’une certaine manière, je m’en moque. L’important est qu’il ait compris, et dit ce qui se jouait à travers la candidature de Fabien Roussel.

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En Vendée, l’étouffe-chrétienté

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©D.R.

La statue de Saint-Michel aux Sables-d’Olonne est la victime d’une indignation laïciste bien sélective…


La Vendée est encore une fois condamnée à l’apostasie par les croque-morts de l’histoire, désireux de transformer la France en un cimetière de souvenirs déchus.

Un jugement rendu le 16 décembre 2021 par le tribunal administratif de Nantes a enjoint Yannick Moreau, maire de la commune des Sables-d’Olonne, de procéder au retrait de la statue de Saint-Michel, sise sur une place publique. La requérante, la Fédération de Vendée de la libre pensée, « fondée sur la seule Raison, en dehors de tout dogme », prétend-elle, considère comme attentatoire à la loi de 1905 la présence de la statue litigieuse, initialement installée dans l’enceinte d’une école privée jusqu’à la destruction partielle de celle-ci, et exposée sur le domaine public depuis 2018.

Il convient de préciser que cette association zélée est issue d’un démembrement de la Fédération nationale de la libre pensée, dont l’idéologie n’est que l’ombre suintante d’un laïcisme cacochyme que seule une indignation ultra sélective parvient à ressusciter dès qu’une cloche sonne. Elle s’émeut aujourd’hui contre l’infâme visibilité d’une statue à la symbolique fondamentale pour l’histoire non seulement cultuelle, mais culturelle de la France. Mais en 2016, elle qualifiait de « totalitaires » les responsables politiques qui prétendaient interdire le port du « burkini » en zone balnéaire. L’été dernier, cette courageuse association éblouie par les lumières salvatrices de la Raison, a même eu l’indécence de blâmer pour « contradiction » avec la « liberté de conscience » les hommages du gouvernement témoignés à l’égard du père Maire, mort assassiné à Saint-Laurent-sur-Sèvre. Voici donc des apôtres de la laïcité aveuglés par l’évangile des droits fondamentaux, qui partent en croisade contre le ciment de notre civilisation. Espérons que leur royaume sans racines ne sera jamais de ce monde.

Pourquoi aime-t-on tant critiquer «La Nouvelle Vague»?

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Ce soir, à 22 h 35, Arte diffuse «La Nouvelle Vague, une bande à part», un documentaire inédit de Florence Platarets


On y revient toujours, sans enthousiasme, un peu à reculons. Elle a tant de facettes détestables. Une préciosité ridicule, un ennui souverain, une errance technique, un caporalisme estudiantin et ce magistère intellectuel qui ferait sourire, aujourd’hui, dans les cours d’art dramatique. Le prétexte de l’âge n’explique pas tout. L’emphase et la démagogie sont des maladies enfantines à vocation durable. Les jeunes turcs des Cahiers débordaient de mots, à défaut d’images. Ils avaient le stylo plus incisif que la caméra, le goût pour la castagne en salle de montage et l’aplomb des enfants-rois.

Un agaçant ressac

De guingois et toujours patraque, aux abords du Luxembourg, la Nouvelle Vague résiste depuis maintenant plus de soixante ans aux assauts d’un cinéma léché et scénaristiquement plus stable. Cette Nouvelle Vague est instable, par nature ; présomptueuse par destination.

Elle agace par sa volonté de déconstruire le cinéma de papa, par sa geste révolutionnaire en provenance des beaux quartiers et surtout, par son mépris pour l’apprentissage d’un métier. Elle croit au talent inné et aux décors naturels, à l’indépendance artistique et à l’inconfort du public. Elle fustige les institutions pour mieux les détourner à son profit. Comme la mondialisation a gagné la bataille idéologique, la Nouvelle Vague est devenue une religion à l’académisme plombant. Ses errements ont fait florès. L’amateurisme ayant force de loi s’est propagé dans les milieux culturels, c’est pour mieux vous endormir, mes enfants. La cinéphilie a besoin de totems pour alimenter son mal-être et réactiver ses troupes. Ce soir (ou en replay déjà disponible sur le site d’Arte), le documentaire de Florence Platarets revient sur la naissance de ce mouvement esthétique et politique dont le corps bouge encore. Un documentaire très réussi par le choix des archives et la présentation équilibrée des forces en présence. Ils sont tous là. Truffaut, Godard, Varda, Chabrol, Rohmer, Langlois, etc… Et, la vieille garde, droite dans ses bottes, les Autant-Lara et Delannoy, tous les réprouvés du système, passablement agacés qu’on vienne mordiller leur pellicule.

À lire aussi, du même auteur : Rembob’INA, meilleure émission de TV de l’année

Dans un premier temps, Clouzot et Cocteau ont applaudi au génie de cette jeunesse en marche. Plus circonspects, Audiard et Ventura se sont marrés. Martine Carol et Gina Lollobrigida n’apprécièrent guère l’arrivée d’Anna Karina et de Bernadette Lafont sur leur terrain de jeu. Entre grognards et hussards, le match a connu des épisodes plus ou moins houleux, piques dans la presse, campagnes de déstabilisation, insultes radiophoniques, puis, les producteurs ont sonné la fin de la partie. En avançant dans leur carrière, les jeunes loups ont eu le goût pour les gentilhommières et les coupés italiens énergivores. La morale bourgeoise fut saine et sauve. Il faut que tout change pour que rien ne change. Vous connaissez la formule de notre bon prince palermitain.

Un grain si particulier propre aux années 60

La Nouvelle Vague est une marque générique, fourre-tout qui recouvra bien des sensibilités différentes. Dans une période lointaine, elle a constitué une langue étrangère tant sa grammaire vitreuse plongea les spectateurs dans l’incompréhension, voire l’effroi. Oui, il y eut dans cette vague, de la frime, de la peur, de l’arrivisme, de la bricole, de vastes champs d’incohérence comblés par un discours trop alambiqué pour être crédible, d’une certaine façon, nous vivons encore sous l’emprise malsaine d’un intellectualisme déconnant, mais, reconnaissons-le aussi, elle fut à l’origine d’immenses réussites visuelles et surtout sentimentales. C’est pourquoi, on adore la détester et qu’il nous est si difficile d’en réchapper.

Elle aura donné aux années 1960, un grain si particulier, ce faux-rythme qui colle à la peau des héros germanopratins, cette liberté bredouillante qui s’exprime maladroitement dans les corps et les paroles et cette friabilité qui émeut. Qu’on le veuille ou non, notre imaginaire a été perfusé par leur regard. Nous devons à tous ces réalisateurs une part de notre romantisme niais et de nos bégaiements amoureux. Nous sommes nombreux à défaillir à la vue d’un tee-shirt côtelé, d’une jupe plissée à carreaux, d’un trench voltigeant, d’une coupe à la garçonne, d’un Pschitt orange, d’une Austin-Healey, d’un drugstore recouvert de moleskine, du Herald Tribune distribué sur les Champs et de ce parfum entêtant qui s’appelle mélancolie.    

Ce soir sur arte à 22h30 (canal 7)

Des candidats à la chasse aux voix

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Eric Zemmour avec le Mouvement de la Ruralité, Paris, 15 février 2022 D.R.

Le Mouvement de la Ruralité (LMR), anciennement appelé « Chasse, pêche, nature et traditions » (CPNT) organisait hier un grand oral afin d’entendre les propositions des candidats à l’élection présidentielle pour la ruralité. Nous sommes allés écouter ce que Valérie Pécresse et Éric Zemmour avaient à dire aux chasseurs.


Éric Zemmour, Valérie Pécresse, Jean Lassalle et Nicolas Dupont-Aignan étaient présents hier à l’ambassade d’Auvergne, dans le 3ème arrondissement de Paris, à l’invitation du mouvement « Chasse, pêche, nature et traditions », désormais renommé « Mouvement de la Ruralité » (LMR). Les adhérents du LMR nous ont confié regretter les absences d’autres candidats, qui témoignent selon eux d’un manque de considération pour les populations rurales, déjà abandonnées depuis de nombreuses années. Eddie Puyjalon, dirigeant du mouvement, indiquait aux journalistes que les enjeux du monde rural étaient selon lui « l’angle mort de la campagne », et qu’il souhaitait obliger les prétendants à la fonction suprême à se positionner sur les sujets clivants, autrement qu’« en caressant une vache au salon de l’agriculture » !

Malheureusement pour lui, Marine Le Pen et Emmanuel Macron ont donc fait abstraction de l’évènement.

Des constats communs, mais une vision différente

Le LMR est un parti politique sous forme d’association qui défend des valeurs traditionnelles, chères au monde rural. Aussi, l’objectif pour les candidats présents à l’évènement était clair : prouver qu’ils ne sont pas déconnectés des territoires ruraux.

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Éric Zemmour l’a rappelé, il n’est pas un enfant de la campagne : « J’ai grandi dans les banlieues, à l’époque où elles étaient des campagnes urbanisées. Mes grands-parents vivaient en Algérie dans des petits villages organisés à la française, j’ai découvert la ruralité dans la littérature. » Après avoir évoqué son histoire, le candidat « Reconquête » a dressé un constat sur l’état des campagnes françaises : manque d’hôpitaux, chute de la natalité, chômage constant, fermetures des écoles, manque d’aides de l’État… Ces constats sont à peu près les mêmes que ceux dressés ensuite par Valérie Pécresse. La candidate des Républicains a expliqué que la ruralité était selon elle «  l’alliance de l’identité et de la modernité », mais elle ne s’est pas livrée à des confidences personnelles comme Zemmour. Selon elle, la ruralité est « une chance » et «  un rempart contre le réchauffement climatique et les famines qui arrivent à nos portes et touchent déjà l’Afrique ». L’analyse est surprenante, mais la suite de son discours dressait des constats plus convenus : la crise sanitaire a permis à beaucoup de Français de redécouvrir les bienfaits de la campagne, et a également mis en lumière le manque de moyens des hôpitaux en milieu rural, la politique de décroissance agricole menée depuis des années et le manque de petits commerces de proximité. Si des constats communs sont donc partagés par les deux candidats de droite, ils posent cependant un regard bien différent sur l’avenir des territoires ruraux : là où Valérie Pécresse y voit une opportunité de développement et l’emplacement idéal pour de futures cités dortoirs qui s’agiteraient le week-end pour aller chasser et profiter d’un grand jardin (!), Eric Zemmour veut retrouver la France d’antan. La ruralité rêvée d’Eric Zemmour est faite de vestes Barbour, de brebis, de petits commerçants et de bistrots face aux clochers…

La question de la chasse et de la pêche 

Pécresse comme Zemmour entendent évidemment chacun défendre la chasse et la pêche, témoins, selon eux, de la tradition française. Deux pratiques particulièrement chères au Mouvement de la Ruralité. Pécresse a dénoncé la situation tendue entre l’Angleterre et la France qui freine une grande partie de notre activité halieutique. Elle a déclaré que « la chasse fait partie de nos traditions », et que «  c’est un acquis de la Révolution Française ». Elle a ajouté que les chasseurs étaient selon elle « les premiers amoureux de la nature. » Interpellée par un journaliste lui demandant si les chasseurs étaient vraiment des écolos, elle a esquivé la réponse et répété qu’elle était convaincue de l’amour qu’ils portent à la nature.

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De son côté, Eric Zemmour s’est montré plus ferme sur la question : « Je refuse qu’on interdise la chasse et la pêche. Les bobos attaquent et assiègent votre monde, je les ferai reculer. Les vrais écologistes, c’est vous ! »

Des solutions différentes

S’ils poursuivent des objectifs assez similaires pour la ruralité, les deux poids lourds présents au grand oral des chasseurs proposent des solutions différentes pour y parvenir.

© Gilles Bassignac/ Divergence

Par exemple, lorsqu’Eric Zemmour veut tout simplement interdire les nouvelles constructions d’éoliennes, Valérie Pécresse propose de soumettre ces installations au vote local. Lorsque Valérie Pécresse veut préserver les familles rurales, elle propose d’améliorer le service public de la petite enfance en milieu rural pour aider les femmes à continuer de travailler. Eric Zemmour propose, lui, une prime de 10 000 euros pour toute nouvelle naissance dans une famille rurale. Une solution est cependant commune aux deux candidats : favoriser les produits locaux dans les cantines et privilégier ainsi les circuits courts.

Pour pallier aux déserts médicaux, Eric Zemmour propose de réinstaurer les gardes des médecins, tandis que Valérie Pécresse promet d’embaucher plus de personnels. Concernant les actions des militants vegans ou antispécistes contre les boucheries et les abattoirs, Valérie Pécresse a regretté la violence des actes perpétrés par ces derniers et appelé à ce que chacun respecte le mode de vie des autres. Éric Zemmour, lui, a dénoncé une « idéologie » à combattre. La candidate des Républicains à enfin défendu la culture comme facteur de cohésion en zone rurale, tandis que le candidat « Reconquête » n’a pas évoqué le sujet.

Eric Zemmour et Valérie Pécresse à l’épreuve de la ruralité, ce sont donc deux projets qui s’opposent mais qui revendiquent pourtant un même attachement à la culture française et aux traditions. Eric Zemmour a cependant marqué des points face à sa rivale en signant la charte et les 30 propositions de LMR, alors que Valérie Pécresse a refusé de le faire, estimant qu’elle émettait des réserves sur certains points. Alors que la réunion se terminait, un adhérent de mouvement ne me cachait pas ses doutes sur la sincérité de Valérie Pécresse: « Elle semblait fausse, c’était décevant, franchement moyen. De toute façon, on savait en venant ici que les seuls candidats qui sauraient nous parler sont Eric Zemmour et Jean Lassalle ». C’est un peu dur : Valérie Pécresse a au moins fait le déplacement, elle !

Minuit moins le quart dans le siècle?

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Troupes américaines à la base de Mihail Kogalniceanu, au bord de la mer Noire, Roumanie, 11 février 2022 © Andreea Alexandru/AP/SIPA

Où que l’on regarde les rapports de force entre puissances mondiales, on ne peut qu’observer une inquiétante fuite en avant vers le pire. Analyses.


Serait-il déjà minuit moins le quart dans le siècle qui vient à peine de commencer ? Le siècle précédent avait déjà joué en 1956 à Budapest puis en 1968 à Prague ce que Vladimir Poutine tente de rejouer en Ukraine. C’était au temps de l’URSS. Comment peut-on imaginer de nouveau un scénario pareil aujourd’hui ? Faut-il retourner plus loin en arrière pour prendre la mesure des projets de reconquête au nom du passé impérial, de la parenté de langue, de culture, de religion ?

Les marches de l’Empire, une approche anachronique ?

Du règne des tsars à celui des soviets, l’Ukraine s’est toujours située aux marches de l’Empire. Comment un homme aussi roué que Poutine peut-il considérer que l’ordre géopolitique la Russie des tsars puis celui de l’URSS serait toujours d’actualité, près de trente ans après la chute du mur de Berlin et la dislocation de l’empire soviétique, alors que, mondialisation oblige, l’internet, les gazoducs, les flux financiers électroniques et autres merveilles contemporaines, il y a désormais sur la planète des royaumes sans frontières bien plus riches que ceux qu’un nationalisme borné a su engendrer ? Qu’est-ce que la possession des Sudètes ou le couloir de Dantzig ont apporté comme plaisirs supplémentaires à l’Allemagne ? Qu’est-ce que le projet d’élimination des ennemis supposés de la germanité a apporté de plus au supposé génie aryen? On connaît la suite.

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En contrepoint la volonté américaine d’inscrire l’Ukraine dans l’OTAN, c’est à dire dans une alliance militaire pensée au temps de la guerre froide avec l’URSS, peut symétriquement être ressentie par les Russes comme un dispositif agressif semblable à celui que les soviétiques avaient eux-mêmes imaginé en installant des missiles à Cuba en 1962. L’OTAN n’est pas une organisation caritative, mais une machine de guerre contre un ennemi potentiel situé sur son flanc Est. Avec la disparition de l’URSS, a-t-elle toujours la même pertinence ?

Les meilleurs ennemis du monde

Tandis que deux régimes autocratiques majeurs, la Russie et la Chine, se trouvaient rivaux, voilà que la crise actuelle entre Russie et Occident, vient de les rapprocher. La Chine lorgne sur Taïwan, a déjà fait main basse sur le Tibet, sur Hong-Kong, rééduque ses opposants. Poutine fait enfermer ou éliminer ses opposants, les journalistes critiques comme Anna Politkovskaïa ou Alexeï Navalny. Xi Jinping met en cage les Ouighours et il y a désormais à Lhassa davantage de Chinois que de Tibétains. Commerce international oblige, l’Occident s’est parfaitement accommodé de cet ethnocide et nombreux sont les ex-leaders européens à être salariés ou actionnaires des entreprises russes. On le sait, l’argent n’a pas d’odeur…

Le tempo politique des démocrates n’est pas celui des régimes autoritaires. En cinquante ans de règne la dynastie des Kim a su doter la Corée du Nord d’une puissance militaire qui la sanctuarise. Missiles balistiques et bombes atomiques obligent les démocraties à la prudence dans leurs relations. La course à la bombe atomique, tant désirée par les mollahs iraniens, présente des périls aussi grands sinon plus grands, tant la part d’irrationnel religieux nourrit les choix politiques. Négliger l’offensive planétaire de l’islam radical serait une erreur d’appréciation considérable, tant les règles du jeu du jihad sont autres que celles qui opposent Etats-Unis et Russie. Une guerre en Europe ne ferait que donner des ailes à cet autre impérialisme.

Qui est l’ennemi principal ? Qui est l’ennemi secondaire ?

Aujourd’hui la temporalité politique des démocraties est de l’ordre de cinq ou dix ans entre deux passages de relais grâce à au respect partagé des mécaniques électorales tandis que chez les autocrates la durée minimum dépasse les dix ans avant qu’ils ne daignent profiter d’une retraite bien méritée. Dans les pays du sud, dans les ex colonies de l’Occident, seuls  Gandhi ou Mandela avaient réussi à proposer à leurs peuples une sortie de la domination coloniale sans leur imposer une violence symétrique.

L’ONU, un théâtre de farceurs

En Birmanie, en Algérie, en Syrie, dans la plupart des pays arabes, en Turquie, en Corée du Nord, en Iran et dans d’autres endroits de la terre, seuls comptent les rapports de force. Les castes, les mafias, les tribus, méprisent les désirs de liberté, les volontés populaires d’émancipation. Les printemps arabes ne furent qu’une illusion passagère, très vite écrasée par des pouvoirs d’abord soucieux d’assurer la pérennité de leurs rentes. De rares et fragiles éclaircies, comme les accords d’Abraham entre Israël et quelques pétromonarchies corrigent l’appréciation qui précède.

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L’ONU, dont la mission essentielle consiste à réguler les rapports entre les Etats, n’est plus qu’un théâtre de farceurs dont son Conseil des droits de l’homme est la plus parfaite caricature : seul Israël serait responsable et coupable du malheur arabe, et c’est Amnesty International qui vient cautionner cette sinistre forfaiture. La Syrie, grande alliée de la Russie, et responsable du gazage de milliers de Syriens n’a jamais été inquiétée par les Etats-Unis sous la gouvernance d’Obama. Les Kurdes, seuls alliés de l’Occident contre l’Etat islamique, ont été abandonnés à leur sort sous la présidence de Trump. Les bonzes tibétains peuvent toujours s’immoler par le feu, cela n’empêchera pas la fiction de l’innocence sportive aux Jeux olympiques à Pékin.

Dans l’affaire ukrainienne, les démocraties de l’Ouest semblent défavorisées par cette montée en puissance des autocrates tant elles dépendent elles-mêmes des produits chinois ou du gaz russe. En Afrique, Poutine agit par mercenaires interposés pour mieux en chasser la France, l’Iran fait de même au Yémen, au Liban, au Vénézuela. Si le chaos généralisé devient la nouvelle donne des relations internationales, ce n’est même plus le « choc des civilisations » qui en serait le moteur, mais plutôt les ambitions folles de quelques-uns ou les délires fanatiques de quelques autres.

Seul l’énoncé clair du prix à payer des tentatives d’agression peut ralentir cette fuite en avant vers le pire. Si le mot civilisation a encore un minimum de sens il devrait caractériser la primauté absolue du droit sur la force et que l’usage de la force obéisse au droit. Comment les Russes peuvent-ils oublier ce qui les a unis aux Américains, aux Européens, contre le nazisme ? Mettre de la raison et de la fermeté là où le bon sens semble aujourd’hui faire singulièrement défaut à certains est la seule politique possible. S’il n’est pas encore minuit dans le siècle, le temps presse.