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Bensoussan, un accusé expiatoire?

Bensoussan, un accusé expiatoire?
L'historien Georges Bensoussan, photographié en mai 2018. Il publie "Un exil français" le 21 septembre 2021 © Hannah Assouline.

Un exil français de Georges Bensoussan sort en librairie demain


Le moment de sortie du livre de Georges Bensoussan, Un exil français, ne pouvait être plus opportun: procès des tueurs islamistes de novembre 2015, 20e anniversaire du 11 septembre 2001, victoire des talibans en Afghanistan. Incontestablement l’islam et ses variants sont à la une de l’actualité. 

Une accusation infamante

Le récit que Georges Bensoussan fait de son affaire judiciaire dresse le bilan des démissions, abandons, couardises, aveuglements et complicités ayant conduit à sa mise en accusation. Ce bilan, impitoyable, pour notre temps – et on l’imagine bien, ô combien douloureux pour celui qui en fut la victime – raconte les quatre années durant lesquelles il eut à répondre devant la justice de l’accusation infamante de racisme. Assis sur les mêmes bancs que Dieudonné ou Soral, le rédacteur en chef de la Revue d’histoire de la Shoah, le coordinateur du livre Territoires perdus de la République puis auteur de Une France soumise et de Juifs en pays arabes, la question interdite devait être démasqué pour ce qu’il était vraiment : un raciste antiarabe, acharné à détruire l’amitié chaleureuse et bienveillante existant depuis des siècles entre peuples arabes et Juifs. Quelle merveilleuse aubaine pour les salafistes antiracistes que de pouvoir prendre la main dans le sac de ses turpitudes, ce sioniste masqué !

Cette stratégie, inaugurée à Durban en 2001, permettant de clamer sa haine d’Israël et accessoirement des Juifs, au nom de l’antiracisme, fut donc jouée par trois fois au Palais de justice de Paris. Cette farce de mauvais goût, heureusement, n’eut pas le succès escompté. Par trois fois, en première instance, en appel et en cassation, les vertueux plaignants furent déboutés et Georges Bensoussan innocenté de ce dont il était accusé.

Quels comptes devait-il rendre devant la Justice ? Quelle était donc la faute de Georges Bensoussan ? Avoir cité en 2015 (de manière non exacte, et c’est sa seule erreur), au cours de l’émission Répliques d’Alain Finkielkraut, les propos d’un sociologue faisant état de l’antisémitisme trop souvent présent dans les mentalités maghrébines. Voilà que tous les dévots de l’antiracisme borgne y virent une agression intolérable. La place manque ici pour dire le détail des contre-sens produits par les argumentaires de l’antiracisme. La précision du récit de Bensoussan laisse le lecteur partagé entre l’accablement et le rire devant cet étalage de falsifications historiques et de dévoiements du sens des mots. Tout ceci serait dérisoire si le CCIF (Collectif contre l’Islamophobie en France ; aujourd’hui dissous pour ses accointances avec les réseaux islamistes) avait été le seul plaignant. Il était bien dans son rôle. Mais il faut croire que la lucidité ait également fait totalement défaut à d’autres, en particulier à gauche.

Malaise au Mémorial de la Shoah

Plus grave encore fut l’attitude des employeurs de Bensoussan, en l’occurrence le Mémorial de la Shoah. Comment cette instance a-t-elle été incapable de comprendre et de faire sien le travail d’investigation de l’historien ? L’histoire de l’antisémitisme ne s’est pas arrêtée avec le procès de Nuremberg et les ravages de l’antisémitisme sont toujours actifs à travers toutes ses métamorphoses, ses métastases négationnistes, terroristes. Quel déni du réel a inspiré les dirigeants du Mémorial pour se conformer aux vents dominants ? À quelles obscures raisons la mise à l’écart indigne de Bensoussan par sa direction a-t-elle obéi ? Par conformisme social ? Pour plaire au pouvoir ? Pour ne pas faire de vagues au-delà de la seule commémoration de la Shoah ? En refusant de regarder en face les menaces actuelles des divers épigones de l’islamo fascisme ou de l’islamo gauchisme, l’instance majeure de la lutte contre l’antisémitisme fait fausse route. Bensoussan aurait dû être défendu pour sa lucidité et son courage. Au lieu de cela ce fut le silence, et le mot est faible, le non-soutien.

Comment en France, dans les années 2000, une telle histoire a-t-elle pu exister ? Comment la Ligue des droits de l’homme, la LICRA ont-elles pu se joindre aux accusations et aux plaintes du CCIF ? Comment Mohamed Sifaoui, grand dénonciateur de la stratégie de l’islamisme, a-t-il pu joindre sa parole aux mots de l’accusation ? Comment la Justice a-t-elle pu déclarer recevable ces plaintes ? Comment, en première instance, l’avocat général, c’est-à-dire la représentante de l’État, dans une plaidoirie aussi inepte sur le fond que pédante dans sa forme, a-t-elle pu prendre le parti des accusateurs avec tant de fougue ? Ce premier moment du procès a rassemblé tous les acteurs et tous les discours qui ravagent aujourd’hui la société française. Comment ne pas faire le lien entre le passage à l’acte de terroristes massacrant aux cris de Allah akbar et des discours qui ont légitimé ces passages à l’acte ? La stratégie de l’islamisme militant est pourtant simple à mettre à jour : d’une part accabler le France de tous les maux, faire d’elle un Etat raciste, toujours colonialiste, possédant une police assassine d’immigrés, et d’autre part utiliser tous les moyens de la justice pour attaquer ceux qui dénoncent cette mise en scène. Le procès fait à Bensoussan s’inscrit dans cette stratégie.

Un récit douloureux

Comment ne pas prendre en compte les convergences idéologiques entre ceux qui tuent et ceux qui leur ont soufflé l’idée que leur lutte avait de bonnes raisons ? Comment ne pas être ébahi par le déni de réalité pratiqué par toutes les âmes indignées des idiots utiles (là aussi, le mot est faible) de l’islamisme ? Ce navrant spectacle, nous en payons aujourd’hui même le prix élevé et c’est l’immense mérite du travail de Bensoussan d’en démêler tous les fils.

Un exil français, le titre de ce livre est terrible. Il dit un drame intime, celui d’un homme, Français juif, ayant cru en la France, ayant travaillé son histoire et ayant cru et célébré ses pages de gloire tout en investiguant, méthodiquement, les parts sombres de l’histoire européenne. Cet historien des idées du sionisme autant que celles du monde arabe contemporain, connaît parallèlement les mouvements d’idées qui ont irrigué le XXe siècle, pour son meilleur et pour le pire. Le récit circonstancié qu’il donne ici à lire fait froid dans le dos. Quel est cet épisode qu’il a vécu ? Sonne-t-il le glas de nos dernières illusions, celles d’une citoyenneté fragilisée ? Est-ce la fin d’un peuple qui ne se reconnaît plus dans son héritage ? Devant les juges, en première instance, Bensoussan devait déclarer que pour la première fois de sa vie, à cause de ce procès et de cette infâme accusation, il avait éprouvé « la tentation de l’exil ».

On sort de ce livre magnifiquement écrit plein d’une tristesse partagée. Car c’est le sort de nombreux Français juifs (et pas seulement de Français juifs) de sentir au plus profond d’eux-mêmes que quelque chose de grave, de mauvais est en train d’arriver dans ce pays, notre pays. Cet exil intérieur dit une défaite, celle d’une France soumise à des tourments inédits, mettant à mal son histoire. Ce livre est perturbant, douloureux mais il possède l’énergie d’un avertissement.

Un exil français: Un historien face à la Justice

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Jacques Tarnero est essayiste et auteur des documentaires "Autopsie d'un mensonge : le négationnisme" (2001) et "Décryptage" (2003).

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