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L’oligarque russe et le vignoble français

Les sanctions occidentales contre la Russie affectent également l’économie française. En effet, un oligarque russe, Dmitri Aleksandrovitch Pumpyanskiy, visé par les sanctions et possédant un vignoble à Pézenas en Occitanie, voit l’avenir de son domaine viticole et les emplois qu’il a créés en péril.


Envie d’investir dans le secteur du vin, à un prix défiant toute concurrence ? Le Prieuré de Saint Jean de Bébian, un véritable bijou appartenant à un oligarque russe qui a fait l’objet de sanctions, est situé au milieu de 32 hectares de vignes astucieusement entretenues, nichées dans un magnifique coin du sud de la France.

Un tout nouvel atelier de production climatisé est équipé des technologies du dernier cri. Il y a même un restaurant étoilé Michelin où l’on peut accueillir des clients. Dans un village voisin, un château dans un parc clos peut être réservé. Et le tout se trouve à seulement 20 minutes de l’aéroport de Béziers où l’on peut faire atterrir son jet privé.

La France, lieu d’investissement pour de nombreux Russes

Aux abords de Pézenas, commune située dans le département de l’Hérault, le site est depuis 2009 la propriété de l’oligarque russe, Dmitri Aleksandrovitch Pumpyanskiy, bien que plus récemment, il s’est avéré que c’est son fils, Alexandre, 35 ans, qui en serait le véritable propriétaire. Mais l’est-il vraiment ? C’est compliqué.

Beaucoup d’actifs en France appartenant à des oligarques sont en jeu, et certains investisseurs se demandent si ce n’est pas le moment d’en profiter. En théorie, la France a l’air d’être un terrain de chasse propice où trouver des actifs russes ayant fait l’objet de sanctions. Pour un grand nombre d’oligarques – il y en a des centaines – qui sont maintenant sur la liste des sanctions, un appartement chic à Paris et une luxueuse villa sur la Côte d’Azur ont longtemps été des éléments incontournables pour affirmer leur statut social. Pour les plus riches de tous, la terre d’élection est Saint-Barthélemy. Mais qui sont les vrais propriétaires de ces actifs, et sera-t-il possible de les saisir ? Ici également, les réponses ne sont pas évidentes.

Business As Usual

N’est-ce pas plutôt vulgaire ou même immoral de profiter de l’horrible tragédie en Ukraine ? Telle est la question qu’on pourrait raisonnablement poser aux requins qui tournent autour de leur proie éventuelle. Pas du tout ! répondent les requins : c’est au contraire une méthode expéditive qui permet de faire rendre gorge, sur le plan financier, à des gens dont les gains sont au mieux inexpliqués et souvent mal acquis. Mais la situation compliquée du Prieuré de Saint Jean de Bébian est sans aucun doute le reflet d’un problème plus large, car il faut des efforts extraordinaires pour pénétrer les structures de propriété opaques qui entourent ces actifs. Et ce problème n’est pas propre à la France.

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Les cyniques suggèrent que le Prieuré de Saint Jean de Bébian a tout d’une machine à blanchir de l’argent, c’est comme si elle avait une enseigne lumineuse qui l’annonçait ! Ce qui est certain, c’est que c’était avant tout un bon outil pour transformer les tuyaux en acier – ayant fait la fortune de Pumpyanskiy – en une gamme attrayante de vins vendus entre 10 et 40 euros. De plus, l’arrivée de Pumpyanskiy a été un gigantesque coup de pouce économique pour Pézenas. Il s’est montré un investisseur enthousiaste et confiant, faisant construire de nouveaux bâtiments, installant les derniers équipements de vinification à commande numérique, embauchant des vignerons, tout en continuant à diriger son entreprise principale, OAO TMK, un fabricant de tuyaux en acier pour l’industrie pétrolière et gazière.

Patron humain et philanthrope

Pumpyanskiy est loin d’être à la rue, mais ce n’est pas un oligarque de la catégorie supérieure. La valeur de ses avoirs nets a été estimée à deux modestes milliards de dollars. Il possède l’un des yachts transocéaniques les plus compacts, l’Axioma, valant 75 millions de dollars. Le vin semble avoir été sa passion, au point qu’il a investi plusieurs millions dans l’Hérault, sans en avoir retiré le moindre bénéfice, selon des sources crédibles. Il est, d’après tous les témoins sur place, un patron humain qui paie bien, est reconnaissant et prévenant envers son personnel. De plus, c’est un véritable passionné de viticulture.

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Fervent chrétien, il a effectué une magnifique restauration de la chapelle du domaine, vieille de 1 000 ans. Dans le nouveau pavillon, il a installé le chef étoilé Matthieu de Lauzun et créé un petit hôtel de dix chambres, décoré par l’architecte de Marrakech, Raymond Morel. L’ambiance est de bon goût, le restaurant et l’hôtel ont créé encore plus d’emplois, ce n’est rien de moins qu’un splendide effort pour améliorer le tourisme viti-vinicole dans une région qui est loin d’être riche. Que ce soit complètement non rentable est une autre affaire. 

Quel avenir pour l’entreprise de l’oligarque et ses employés ?

Récemment, son fils de 35 ans, Alexander, s’est davantage impliqué dans l’entreprise. Lorsque les Pumpyanskiy sont arrivés, il a acquis une réputation locale de playboy. Il a même réussi à écraser un petit avion en manquant de carburant à l’approche de la piste d’atterrissage de l’aérodrome local, ce qui jette un certain doute sur son bon jugement. Mais malgré tous les ragots sur cette famille, qui faisait leurs visites dans le convoi composé de Mercedes G-Wagons qui caractérise tous les oligarques, l’argent ne manquait jamais pour garder Bébian à flot. Maintenant, son avenir est incertain. La douzaine d’employés est inquiète, leur avenir n’est pas scellé. On m’a dit que Pumpyanskiy, vers le début du mois, avait peut-être utilisé des sociétés offshore pour transférer à la hâte le contrôle du domaine à son gestionnaire français de longue date, en tant que « fiduciaire ». Mais on ne sait pas si ce transfert est juridiquement solide. Ces mesures sont très récentes et on ne sait pas encore quelle va être l’attitude adoptée par les autorités françaises. Un vigneron local me dit qu’il est tout simplement impossible de vendre un domaine aussi rapidement. Selon certains, ce n’est qu’une question de temps avant l’arrivée des inspecteurs. 

L’oligarque et son fils dans le viseur de l’Union européenne

Un pavé a été jeté dans la mare le mercredi 9 mars lorsque l’Union européenne a ajouté le fils, Alexander Pumpyanskiy, à la longue liste des oligarques sanctionnés. La famille est accusée d’avoir « fourni un soutien matériel ou financier au gouvernement de la Fédération de Russie et d’avoir été récompensé par ce gouvernement, responsable de l’annexion de la Crimée et de la déstabilisation de l’Ukraine ».

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Mais les Russes ont leurs défenseurs. Interrogé par France 3, Benoit Pontenier, directeur français du site, déclare : « Alexander Pumpyanskiy a cédé tous ses actifs pour ne pas nuire à l’entreprise. » En l’absence de plus de précisions, sa déclaration soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. Il ajoute que son ancien propriétaire « est un grand homme ». Alexander Pumpyanskiy aura de la chance si, en vendant son domaine, il obtient une fraction de ce qu’il y a investi.

Des sanctions qui feront tache d’huile

Les actifs mobiliers, comme les cinq jets privés et les deux yachts de Roman Abramovitch, sont plus faciles à mettre à l’abri des sanctions occidentales que l’immobilier. Le cas du site de Bébian est la démonstration de ce que les prédateurs sont en train de découvrir : il n’est peut-être pas si simple de mettre la main sur ces avoirs. Et il n’est pas nécessairement vrai non plus que tous les habitants se réjouissent de la mise à mort de la poule aux œufs d’or.

Beaucoup en Europe ont bénéficié du ruissellement de l’argent russe. Encore plus à Londres qu’en France. Ayons une pensée pour les banquiers, les avocats, les agents immobiliers, les vendeurs de yachts et les journalistes qui se sont gavés de tout cet or en provenance de Moscou. Sans oublier l’humble Piscenois pour qui le renouveau du Prieuré de Saint Jean de Bébian a été tout simplement la manne tombée du ciel.


[1]. Cet article est paru en anglais sur le site de The Spectator, le 19 mars 2022

La preuve par Fabien Roussel

L’édito politique de Jérôme Leroy


Dans un débat avec Fabien Roussel, Sandrine Rousseau a donné la preuve éclatante qu’il n’y a pas deux gauches irréconciliables… puisqu’elle n’est plus de gauche.

Je me demande pourquoi France 2, le 24 mars, a jugé bon de faire débattre Fabien Roussel avec Sandrine Rousseau dans l’émission politique “Elysée 2022”. Après tout, le candidat des “Jours Heureux” a été le seul ce soir-là à avoir le droit à ce traitement sur son temps de parole et, que je sache, non seulement Sandrine Rousseau n’est pas la candidate verte, mais elle n’est même plus présente dans l’équipe de campagne de Yannick Jadot ! 

Sandrine Rousseau la harceleuse

Le candidat écolo a fini par être lassé du harcèlement permanent de celle qu’il avait battue de justesse aux primaires et qui se croyait autorisée avec son score, à contredire le vainqueur, voire à lui savonner la planche.

Sandrine Rousseau. Capture d’écran France 2

Mais voilà, Sandrine Rousseau dit de telles énormités qu’elle est, pour les médias, une bonne cliente qui a l’avantage, derrière un vernis de modernité, de ringardiser la gauche, en la réduisant à des combats sociétaux qui oublient la logique de classes et qui s’enferme dans des logiques identitaires ou communautaires, de manière étrangement symétrique à Éric Zemmour, à ceci près que ce ne sont évidemment pas les mêmes qu’on érige en victimes. 

Le problème, c’est que la seule façon, à gauche, de défendre les dominés, c’est de les prendre en bloc et de leur montrer où est leur place dans les rapports de production, plutôt du très mauvais côté, surtout avec le programme que prépare Emmanuel Macron pour un second quinquennat. Bref, de faire retrouver une conscience de classe à ceux qui auraient tendance, quand le doigt montre les hyperprofits du CAC 40 en temps de Covid, à regarder le RSA du voisin d’en dessous.

Deux gauches aux priorités différentes

Bref, et cela s’est vu dans ce débat, alors que Sandrine Rousseau estime que la priorité  c’est le partage des tâches ménagères, (au point de créer un délit en cas de non-partage !), Fabien Roussel, lui, se bat pour le partage de la valeur, c’est-à-dire, selon sa formule, « pour que les gros payent gros et que les petits payent petit ». Et en matière d’égalité homme femme, il estime que la priorité, avant toute chose, est l’égalité salariale toujours pas réalisée.

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Plus généralement, on a le droit de s’interroger sur la conception de la « sororité » vue par Sandrine Rousseau. Cette Lilloise n’hésite pas en effet à se faire parachuter dans une circonscription parisienne pour les élections législatives comme nous l’indique Libération, en évinçant la candidate présente depuis de nombreuses années contre l’avis des militants.

Heureux Lillois qui voient Rousseau s’éloigner !

À la question qu’on lui pose sur cette opération, Sandrine Rousseau utilise un argument décisif : « Je n’ai pas envie de répondre à cette question ». C’est sûr que ça clôt le débat assez vite et indique surtout la gêne palpable d’appliquer la bonne vieille politique à la papa, très patriarcale (!) pour le coup… Elle daigne lâcher que c’est surtout parce que son mari et ses enfants travaillent à Paris. On pourra souligner que Madame qui suit Monsieur pour le boulot, c’est une démarche assez peu « déconstruite », et puis ce n’est pas comme si elle était vice-présidente de l’Université de Lille, chargée de la précarité, où par ailleurs, des syndicats pourtant peu enclins à la critique de l’intersectionnalité, comme Sud, ont marqué leur énervement devant son absentéisme. 

Bref, opposer Roussel et Rousseau, ce n’est pas opposer deux gauches irréconciliables, c’est opposer une gauche populaire, laïque et sociale à un courant de pensée qui a fait son deuil du peuple et dont le principal souci est d’imposer de manière plutôt rigide des ajustements comportementaux privés dans une bourgeoisie aisée et progressiste, qui ne souffrirait pas, ou si peu, d’une « sobriété » décroissante. Bref, le contraire du programme des “Jours Heureux”, qui envisage des solutions réalistes, notamment grâce au nucléaire, pour lutter contre les défis qui nous attendent tous et les rendre moins brutaux pour les plus fragiles.

Adieu Poutine!

Si la Russie se sentait menacée, que dire de l’Ukraine !… Poutine croit avoir signé un CDI avec le diable. Et si c’était un CDD ?


Que va devenir l’Ukraine ? Poutine va-t-il reculer devant les ripostes européennes ou bien ne peut-on qu’aggraver sa paranoïa ? A-t-il perdu la confiance des Russes ? Ne fait-il pas courir un risque mortel à l’économie mondiale – ce que ses « amis » chinois ne toléreront pas longtemps ? Je n’ai que des pressentiments – et des questions.

En France ou en Allemagne, Poutine aurait fini en prison, mais la Russie est-elle en Occident ? Dans un pays où le despotisme, de Pierre le Grand à Lénine, a été le suprême outil de la réforme, un petit voyou devenu tsar a réussi à faire croire qu’il était le seul en Russie à avoir une vision de l’avenir et à garantir la stabilité de l’État. À moins d’être un scélérat, personne ne le croit désormais. Sauf peut-être Cyrille de Moscou, le patriarche de l’Église orthodoxe russe, un saint homme, qui bénit les tanks et les avions de chasse avec des larmes – de crocodile !

Connaissez-vous l’Ukraine ? L’air qu’on respire à Kiev n’est pas celui de Moscou : on y parle aussi le russe, on aime Pouchkine et Lermontov, le « poète du Caucase », mais on est déjà en Europe. Oui, au-delà de la propagande, la « Rus’ de Kiev », berceau historique et spirituel de la Russie, est en Europe et elle souhaite y rester – sous une forme qui reste à définir. Poutine n’y peut rien. Ce qui se joue là-bas, comme jadis dans l’Espagne républicaine, c’est l’avenir de l’Europe.

Un autocrate? Un tyran?

Le tyran est un aventurier chanceux plutôt qu’un stratège, et puis un jour la chance le quitte. Il finit mal – étranglé comme Néron ou pendu à un croc de boucher comme Mussolini… Car à force de spéculer sur la peur, à force de devoir sans fin inventer un ennemi pour exister, le tyran devient un ennemi pour lui-même, un fléau pour son peuple – et un danger pour la planète. Quel que soit le dénouement, l’Ukraine sera le tombeau de Poutine – s’il se sent acculé, cela sera aussi le nôtre ! Est-il aussi froid et rationnel qu’on le dit ?

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Dans son pays jusqu’ici, Poutine restait populaire malgré tout. C’est fini, ça va finir, ça va peut-être finir. Car cette fois, Poutine est tombé sur un bec. Forcément, il est fâché. Magicien malgré lui, le maître du Kremlin, en envahissant l’Ukraine, a provoqué le réveil de la conscience européenne. En France, les étourdis qui lui baisaient les pieds baissent les yeux en se tortillant comme des séminaristes surpris dans un bordel : bon d’accord ! Grozny rasée, Alep anéantie, Boris Nemtsov assassiné, c’est mal !

Union européenne: on est là!

Qui l’eût cru ? L’UE qui s’est construite sur le refus de la guerre se met à exister autrement grâce à la guerre. Kiev n’est pas en Tchétchénie, Macron n’est pas Daladier. D’un coup d’un seul, Poutine a fait de la Russie une nouvelle Corée du Nord bornée par l’Amour et le Dniepr ! Déjà la majorité silencieuse, le petit peuple, murmure, la jeunesse des villes défie le pouvoir dans la rue tandis que les oligarques, déjà prêts à déserter, pleurent leurs yachts et leurs villas. Poutine enrage. En un sens, et il est tragique, l’idiot utile, c’est lui.

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Car aujourd’hui qui est le pire ennemi de la Russie ?

Est-ce l’Occident ? Est-ce Joe Biden, ce « vieux gâteux » ? L’Union européenne, l’OTAN ou bien la Suisse qui – on croit rêver – sort de sa neutralité bancaire en appuyant les sanctions de Bruxelles contre les Russes ? Et si c’étaient les instances du foot mondial, si complaisantes hier avec les dictateurs, qui privent les supporters d’une finale de la Champions League à Saint-Pétersbourg et du Mondial au Qatar ? Ou encore ce « repaire de drogués et de nazis » qui à l’ouest de l’Ukraine s’emparent de leur destin et s’autorisent à rêver de démocratie ?

Non, le pire ennemi de la Russie, c’est Poutine.

Une histoire de fous

Ce qui grâce à lui nous est révélé, c’est je ne sais quoi de vil, inhérent au Pouvoir quand il s’arroge le droit de choisir qui doit vivre et qui doit mourir. De quel droit ? Qu’est-ce que la force ? Ce qui fait de l’autre une chose. Nihilisme ? Fascisme ? Comment dit-on : « Viva la muerte ! » en russe ? L’histoire s’écrit comme ça, il n’y en a pas d’autre.

Muré dans son palais, devant les caméras, Poutine dicte des ordres à des collaborateurs balbutiants comme à une bande de volailles à qui il jetterait du pain. Les Russes adorent l’absurde et les fantômes mais quand même, n’est-il pas un peu ridicule ? À sa façon, le président Zelensky, tantôt grave, tantôt hilare, semble dire à Poutine que si un ancien pitre peut devenir un chef de guerre, un chef d’État peut aussi perdre les pédales.

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Little Big Man contre Ivan le Terrible – lequel des deux est le plus seul et le plus fou ?

Il dit ce qu’il fait, il fait ce qu’il dit

J’aime les Russes parce qu’ils ne sont pas comme nous. Plus ils ont mal, plus ils sont forts. Hitler et Napoléon l’ont compris trop tard. Plus ils souffrent, plus ils se ressemblent. Ils ont des idées étranges sur la foi, le mal, Dieu, la Russie. Avec cela, brutaux et mélancoliques, un peu dépressifs, ils semblent veufs de leur destinée, comme Ivan Karamazov et oncle Vania. On a dit qu’en envahissant l’Ukraine, Poutine se trompait d’époque. Eux aussi depuis toujours. Nous aussi peut-être.

Dans une interview réalisée en 2007 en marge du sommet du G8 en Allemagne, Poutine déclarait : « La tragédie, c’est que je suis le seul pur démocrate au monde ! Voyez ce qui se passe en Amérique du Nord, c’est l’horreur !… Voyez ce qui se passe en Europe : les violences contre les manifestants, l’utilisation de balles en caoutchouc, de gaz lacrymogènes. » On dirait du Mélenchon !

Poutine concluait en pouffant de rire : « Depuis la mort du Mahatma Gandhi, je n’ai plus personne à qui parler » ! Il faut oser – il ose. D’ailleurs, en gros, il dit ce qu’il fait, et il fait ce qu’il dit. On ne le croit pas. On devrait. Hitler non plus ne cachait pas ses intentions dans Mein Kampf.

Biodiversité: pour une juste rétribution des forestiers

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Les forestiers forment la cheville ouvrière sans laquelle la biodiversité en forêt ne pourrait être préservée. Cette mobilisation en faveur du bien commun mérite d’être encouragée et récompensée.


Après la récente clôture des Assises du Bois et de la Forêt, la multifonctionnalité de la forêt a été réaffirmée. Il s’agit d’une des spécificités du modèle français où la gestion forestière a été façonnée de telle sorte que les forêts remplissent trois fonctions : une fonction environnementale, une fonction de production de ressource durable et une fonction sociétale.

Cette notion n’a pas toujours fait l’objet d’un consensus, et aujourd’hui encore, plusieurs visions de ce à quoi nos forêts doivent être dévolues s’affrontent : certains activistes plaident pour une sanctuarisation de la forêt, alors même que la capacité des industries françaises à être présentes sur le marché du bois – décliné en une myriade de variations propres aux différents massifs forestiers et typicités locales – est une question de souveraineté. Le changement climatique, dont les ravages sont visibles en forêts, a imposé une prise de conscience collective des services environnementaux rendus par les forêts et de leurs richesses en matière de biodiversité.

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Diversité des paysages ou des écosystèmes, diversité des espèces et diversité génétique : la biodiversité s’apprécie à différents niveaux et les forestiers privés et publics y contribuent quotidiennement. La hausse du nombre de formations, de circulaires, de nouvelles publications dans la littérature forestière, et de recommandations institutionnelles à ce sujet dans le milieu des sylviculteurs depuis plus de dix ans témoigne de la mobilisation collective. Elle est motivée par le simple bon sens : les pratiques en forêts se doivent d’être respectueuses, car le maintien des équilibres, auxquels la biodiversité participe largement, est essentiel pour la préservation du patrimoine naturel et la production de bois.

Améliorer la résilience des forêts françaises face au changement climatique

La prise en compte de la biodiversité nécessite une réflexion dans laquelle on se projette vers l’avenir. La réalisation d’un document de gestion permet d’encadrer les interventions en forêts. Il est aussi nécessaire de rappeler que les forestiers ont depuis plus de 30 ans drastiquement limité, sur leur propre initiative, l’utilisation d’intrants nocifs (désherbant, insecticide, fongicide…) en forêts. Au quotidien, il s’agit aussi bien souvent d’une question de bon sens. Par exemple, en préservant les tourbières, ces zones humides à la biodiversité remarquable, car elles ne sont pas adaptées pour accueillir des plantations. Il en va de même avec le choix des essences à planter : la diversification des essences est largement appliquée par les sylviculteurs, a fortiori parce qu’elle constitue un levier éprouvé de résilience des forêts face au changement climatique. 

Ces actions portent leurs fruits : les populations d’ongulés sauvages n’ont jamais été aussi fortes et aucune espèce animale ou végétale au biotope strictement forestier n’est menacée en France métropolitaine. En dépit de ce que certains militants veulent faire croire, on ne peut pas comparer la destruction de forêts tropicales liée à la production d’huile de palme, qui menace des populations animales emblématiques comme l’orang outan, et l’exploitation de quelques hectares de résineux pour produire du bois utile à la société en forêt régulière dans le Morvan.

Récompenser les bons élèves en matière de biodiversité

C’est pour cela qu’il serait vivement souhaitable de faire émerger un outil de contrôle qualitatif et quantitatif national de la biodiversité. Ainsi, il sera possible d’encourager et de récompenser les forestiers qui mènent des actions en faveur de la biodiversité. Jusqu’à présent, ce travail au service du bien commun est bien mené “gratuitement”.

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Alors, l’idée de rémunérer, même symboliquement, des zones forestières ou des aménagements forestiers à faible intérêt sylvicole mais précieux pour la biodiversité, serait une juste rétribution rendue aux forestiers par la société. Cette démarche permettrait de passer d’une écologie punitive à une écologie incitative, bien plus efficace qu’un arsenal d’obligations et de sanctions.

Sans compter qu’avec ce système, au vu de la distribution du foncier forestier français, on favorisera une multitude de placettes dédiées à la biodiversité au milieu de parcelles dédiées à la productivité sylvicole, dans tous les massifs forestiers de France et de Navarre. Ainsi, on évitera l’écueil des solutions radicales du « tout sanctuarisé » ou « tout industrialisé ».

Nicolas Mathieu: France, état des lieux

Connemara, le dernier roman du prix Goncourt 2018, brosse dans la grande tradition du roman réaliste le portrait d’une société qui voudrait espérer mais qui ne le peut pas.


C’est la période qui veut ça : on ne cesse de radiographier la France. On voudrait la comprendre, anticiper ses humeurs, recenser ses métamorphoses. Les observateurs s’épuisent. On appelle à la rescousse les historiens, les géographes, les sociologues, les philosophes, les psychologues pour nous expliquer ce pays qui envoie tellement de messages contradictoires. On pense trop rarement aux écrivains pour effectuer ce travail, c’est dommage. Que saurions-nous exactement de la condition ouvrière au xixe siècle sans le Zola de Germinal ou de L’Assommoir, de la France de 1848 sans le Flaubert de L’Éducation sentimentale, de la société des années 1880 sans le Maupassant de Bel-Ami ? Pas grand-chose, sauf si nous étions des spécialistes de ces périodes. C’est là la force du roman : il renseigne, bien sûr, mais surtout, il incarne. Les statistiques, les graphiques, les cartes deviennent des personnages. Bien sûr, il faut être un bon romancier pour réussir ce qu’on pourrait appeler le paradoxe du voisin. À la fin de votre lecture, vous connaissez mieux des personnages fictifs que votre voisin de palier.

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Prenons le dernier roman de Nicolas Mathieu, Connemara, comme la chanson de Michel Sardou qu’un des personnages écoute dans sa voiture – alors qu’il est en train de se demander s’il ne rate pas sa vie. Une chanson qui le renvoie à l’enfance, quand sa mère l’écoutait sur un transistor le dimanche matin en écossant des petits pois pendant que lui dessinait un château fort sur la toile cirée. On mésestime la variété et on a tort, elle dit beaucoup de notre sensibilité et de notre société. Fanny Ardant, dans La Femme d’à côté de Truffaut, l’avait bien compris : les romances disent toujours la vérité.

Prix Goncourt 2018

Nicolas Mathieu est un écrivain qui réussit à donner corps à ses personnages, à montrer comment ils se débattent face aux déterminismes de classe et d’époque. En 2018, on s’était réjouis que le prix Goncourt couronne Leurs enfants après eux, un roman social qui explore les effets dévastateurs de la désindustrialisation lorraine sur deux générations, mesure ses effets sur les lieux et sur les corps, les désirs, les espérances et les désillusions de toute une population. On ne transforme pas impunément le monde de la fierté ouvrière en celui du chômage de masse sans provoquer quelques réactions. Elles se traduisent dans les résultats électoraux ou dans des manifestations sociales parfois violentes comme celles des Gilets jaunes. De quoi paniquer les observateurs et provoquer chez eux une incompréhension teintée de mépris.

Flaubert, Zola ou Maupassant avaient inventé une méthode : ils se documentaient puis oubliaient leur documentation. Le lecteur ignorait ce travail colossal et ne voyait que l’extraordinaire épaisseur des personnages et la justesse des situations. Il en est de même avec Nicolas Mathieu. Il nous plonge dans le milieu du consulting, celui de ces gens très diplômés et très bien payés pour expliquer à des entreprises ou des collectivités locales comment « se réorganiser » – ce qui signifie généralement licencier. Il est tout aussi à l’aise pour nous parler de la « common decency » des classes populaires dont il est issu que d’une équipe locale de hockey sur glace où se joue beaucoup plus que les matchs disputés. Preuve que l’on touche ici au grand art, celui qui ne connaît rien au hockey se prendra à se passionner pour des circonvolutions avec crosses et palet.

Un romancier de la France des « Grandes régions »

Pourquoi avons-nous l’impression de connaître aussi bien Hélène et Christophe, les deux héros de Connemara ? Parce qu’ils sont les fruits d’une histoire, d’un milieu, d’un territoire que l’auteur autopsie avec minutie. Connemara est un roman où il ne se passe rien de romanesque et où, pourtant, la vie affleure à chaque page. Nicolas Mathieu a renouvelé pour la France d’aujourd’hui la méthode naturaliste du xixe siècle, celle que Maupassant exposait dans la préface de son roman Pierre et Jean : « Le romancier qui prétend nous donner une image exacte de la vie, doit éviter avec soin tout enchaînement d’événements qui paraîtrait exceptionnel. Il montrera de cette façon, tantôt comment les esprits se modifient sous l’influence des circonstances environnantes, tantôt comment se développent les sentiments et les passions, comment on s’aime, comment on se hait, comment on se combat dans tous les milieux sociaux, comment luttent les intérêts bourgeois, les intérêts d’argent, les intérêts de famille, les intérêts politiques. »

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Hélène et Christophe vont avoir 40 ans. On ne s’interroge pas assez sur la polysémie de la quarantaine, un âge mais aussi un isolement forcé entre la jeunesse et la maturité. Nous sommes à l’époque où le quinquennat Hollande prépare la création des « Grandes Régions ». Nicolas Mathieu montre au passage, notamment pour la région Grand Est où se déroule son histoire, l’aberration technocratique de la chose. Une réorganisation autoritaire du territoire sous prétexte d’économies budgétaires, qui va coûter une fortune, se révéler inefficace et, surtout, achever de désorienter des habitants qui n’avaient pas besoin de ça.

Hélène et Christophe sont originaires de Cornécourt, ville moyenne fictive sise à une encablure d’Épinal. 15 000 habitants, un maire sans étiquette qui est là depuis toujours et qui élève des chiens en espérant que l’usine de papeterie tenue par des Norvégiens ne ferme pas, car c’est le dernier gisement d’emplois, comme on dit. Christophe, divorcé, habite chez son père. Il vend des croquettes pour animaux domestiques. Il est plutôt bon dans sa partie malgré les « objectifs » de plus en plus inatteignables. La part de poésie dans sa vie ? Son fils Gabriel, 7 ans, dont il a la garde alternée avec sa mère qui va bientôt quitter la région. Il y a aussi les copains, célibataires, francs buveurs, qui tirent avec des carabines à plomb sur des pinces à linge. Les hommes restent toujours des mômes qui s’affolent d’avoir grandi trop vite. Et puis il y a surtout le hockey. Il a été un champion dans sa jeunesse et songe à remonter sur la glace parce que l’équipe va vraiment mal. À moins qu’il accepte de rejoindre le maire qui le verrait bien sur sa liste électorale.

Hélène, c’est la transfuge, passée des classes populaires à la classe moyenne supérieure malgré des parents qui auraient bien voulu que « la petite bêcheuse » reste à sa place. Elle est devenue consultante à Paris, s’est mariée, a eu deux filles. Évidemment, serait-on tentés de dire, elle est dépressive. Elle a réussi à convaincre son mari de retourner à Nancy, mais ne trouve pas la sérénité dans sa Lorraine natale : les open spaces sont les mêmes partout.

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Impasse mélancolique

Nicolas Mathieu excelle dans les portraits de femmes, comme l’a prouvé notamment une novela noire (Mathieu vient du polar), Rose Royal, publiée en 2019, comme pour se ménager une pause après le Goncourt. Pour un peu, avec Hélène, dont il rend parfaitement les sensations les plus intimes, on l’accuserait – c’est à la mode – d’appropriation culturelle, voire de genre. C’est oublier que les vrais écrivains, quand ils écrivent, n’ont plus de sexe, d’origine, d’âge. Il faut souligner aussi, dans Connemara, la finesse de l’observation de ces rivalités minuscules qui signent les différences de milieu social, même si on va à la même école. L’émancipation d’Hélène se fait par une amie, une fille de cadre qui lui apprend à se tenir différemment, à comprendre une série de codes aussi imperceptibles qu’impitoyables. Hélène n’est pas Madame Bovary : quand elle va rejoindre Christophe et qu’ils vont devenir amants alors qu’ils ne faisaient, ados, que se côtoyer, elle ne recherche pas une vie de rêve. Comme Christophe, dans ces chambres d’hôtel de zones commerciales, ce qu’elle retrouve, au moins pour un moment, c’est la jeunesse.

En déployant une ample narration dans le temps et dans l’espace, tout en apportant un soin particulier à ses personnages secondaires, Nicolas Mathieu brosse le portrait d’un « aujourd’hui français ». Un pays inquiet et résigné malgré ses bouffées de colère, un pays désenchanté avec des gens de bonne volonté qui cherchent à trouver une raison de vivre à travers leurs enfants, dans l’amour mais certainement pas dans des métiers dépourvus de sens, ni même dans la politique. Un pays dans une impasse mélancolique qui n’attend plus grand-chose ou qui ne sait peut-être même plus au juste ce qu’il attend, ce qui est encore pire.

Connemara

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Leurs enfants après eux - Prix Goncourt 2018

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Rose royal

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Cendrillon, sous l’éclairage de la Fée-Electricité

Tonnerre d’applaudissements au tomber de rideau de la première de « Cendrillon », samedi 26 mars.


L’immortel Jules Massenet est décidément mis à l’honneur cette année, la même salle de l’Opéra-Bastille ayant accueilli, il y a un mois à peine, Manon, l’autre opéra-comique archi connu du compositeur inspiré de Thaïs, d’Hérodiade ou de Werther, aux mélodies si délicatement chatoyantes. Tant mieux.

Monika Rittershaus / Opéra national de Paris

Sous la baguette de Carlo Rizzi, cette nouvelle production mise en scène par Marianne Clément (décors et costumes signés Julia Hansen) tire intelligemment l’adaptation lyrique du célèbre conte de Perrault vers l’époque exacte de sa création, à l’aube naissante de la Belle Epoque : tableautins animés en noir en blanc qui, renvoyant au premier Septième art, accompagnent les préludes de chacun des quatre actes ; usine textile tarabiscotée par quoi s’ouvre le spectacle, allusion évidente aux inventions de l’âge industriel telles que visitées par le génie de Méliès ; verrière de fer qui, pour figurer la salle des fêtes du palais où le livret de Henri Cain inscrit le deuxième acte, prend modèle sur l’esthétique des Grand et Petit Palais parisiens, quitte à  transformer le plateau tout entier en édifice de l’Exposition universelle 1900… Sous les auspices du grand compositeur dans sa maturité tardive (en 1899, date de la création de « Cendrillon », Massenet est âgé de 57 ans –  il mourra en 1912),

Cendrillon (dans le rôle, la soprano d’origine irlandaise Tarra Errgaught, légende vivante du Bayerische Staatsoper de Munich)n’a plus rien d’un conte pour enfants : Madame de La Haltière, génitrice de Lucette (car Cendrillon est ici pourvue d’un prénom) y figure une marâtre bourgeoise, antipathique mère-maquerelle tenaillée par une unique obsession :  choper le parti le plus rentable en faveur de ses filles, Noémie et Dorothée. Choisissant avec tact de pasticher les opéras du XVIIIème siècle, ainsi que le fera un peu plus tard Richard Strauss pour le jeune Octavian du Chevalier à la Rose, Massenet travestit en femme le Prince charmant (chanté, au reste, avec une grâce absolue par la mezzo- soprano britannique Anna Stephany), tandis que la Fée, quant à elle, dans cette mise en scène 100% d’époque , pourrait-on dire, crépite d’ampoules à fort voltage, telle une authentique Fée-Electricité ;  et que Pandolfe, le bonasse chef de famille rivé à son canapé anglais en cuir, semble bien souscrire à la tentation néo-rurale, avant la lettre: « Viens, entonne-t-il en effet, à l’adresse de sa petite Lucette/ Cendrillon dans le premier tableau du troisième acte, nous quitterons cette ville/où j’ai vu s’envoler ta gaîté d’autrefois/Et nous retournerons au fond de nos grands bois, / Dans notre ferme si tranquille, / et nous serons heureux, / Bien heureux, tous les deux… ».  

Cendrillon. Conte de fées en quatre actes et six tableaux, opéra-comique de Jules Massenet (1899), d’après Charles Perrault. Direction musicale : Carlo Rizzi. Mise en scène : Marianne Clément. Avec Tarra Erraught, Daniela Barcellona, Anna Stephany, Kathleen Kim…

Du 29 mars au 28 avril. Durée du spectacle : 2h40. Opéra-Bastille. Paris.  

Dans les travées du meeting parisien de Zemmour, qui entend encore créer la « surprise »

Éric Zemmour a réalisé le plus grand rassemblement de la présidentielle, à Paris place du Trocadéro, hier. Mais la plupart des commentateurs préfèrent s’attarder sur l’incident des “Macron assassin” scandés par la foule. Causeur était dans les travées.


La météo était avantageuse. Une hirondelle ne fait pas le printemps, mais Éric Zemmour semble bien avoir réussi son pari. 100 000 citoyens se sont réunis au Trocadéro pour écouter le candidat de « Reconquête ». 100 000, du moins… selon les dires du candidat ! Assurément plusieurs dizaines de milliers en tout cas, la place étant largement pleine. Les sondeurs disaient sa campagne au crépuscule depuis plusieurs semaines, elle attendait une nouvelle aurore…

Éric Zemmour était précédé derrière le pupitre par ses soutiens Marion Maréchal, Nicolas Bay, Philippe de Villiers, Jacline Mouraud, Guillaume Peltier, Laurence Trochu et beaucoup d’autres. Une polémique médiatique est née après que quelques “Macron assassin!” aient été repris un instant par une partie de la foule. Nous allons bien sûr y revenir.

Une bonne droite

Nicolas Sarkozy avait réussi un rassemblement similaire au même endroit en 2012, et la droite s’y était également réunie autour de François Fillon en 2017. Le candidat de « Reconquête » a avant tout promis à ses supporters une « surprise à venir ». « Nous allons déjouer les pronostics », leur a-t-il assuré. « J’ai choisi le Trocadéro pour venir laver les affronts de la droite, les affronts du peuple qui a le sentiment légitime qu’on lui a trop longtemps volé son vote » promettait-il hier. « Nous sommes les seuls à être de droite dans cette campagne. Nous sommes les seuls héritiers d’une droite qui aime la France, le peuple, le travail, l’ordre et l’identité. » Pour réussir son pari, le candidat a renouvelé ses appels à l’aide à des figures politiques de droite qui pourraient se reconnaitre naturellement dans son discours, et les a fait applaudir par la foule : Eric Ciotti, François-Xavier Bellamy, Laurent Wauquiez, Nadine Morano et même Jordan Bardella.

À deux semaines du premier tour, le candidat s’est dit lassé de tous ceux qui trouvent son discours trop dur, trop martial : « certains s’indignent de ma fermeté. Ce qui m’indigne, moi, ce ne sont pas les mots, ce sont les drames quotidiens que vous subissez » s’est-il justifié, ajoutant : « la crainte de la fin de la France, c’est le malheur indéfinissable de se sentir étranger dans son propre pays, l’horreur devant les victimes qui se multiplient, le désespoir devant une classe politique si lâche. »

Catherine et Armelle, militantes issues de LR, se disent déçues par l’abandon des « valeurs sociétales par leur parti ».

A lire ensuite: Éric Zemmour: «J’arracherai la culture aux griffes de la gauche»

Les générations se rencontrent. Antoine, 18 ans, lycéen venu de Dijon, et Michel, ancien dirigeant de société vivant en banlieue parisienne échangent sur les raisons de leur vote. Le premier incrimine l’insécurité et l’immigration ; le second la perdition morale de la société. 

Dans les allées, personne n’est encore prêt à le lâcher. « J’y crois, je suis plutôt confiant. Cela faisait une décennie que je ne votais plus, la dernière fois c’était pour Sarkozy en 2007 » témoigne Alfred, ancien cadre d’Air France venu du Val d’Oise. Il ne se laisse pas décourager par la morosité des sondages : « Vous avez vu les sondages libres sur Twitter ? Les élections se font sur les réseaux sociaux désormais. Les grands médias ne sont plus aussi prescripteurs qu’autrefois » croit-il savoir. Un peu plus loin, le président du comité Trump France, Georges Clément  – lequel regroupe une centaine de supporters français de l’ancien président américain – veut croire à un coup de théâtre le 10 avril : « la situation de Zemmour me fait penser à celle de Trump en 2016, à l’observation notamment de deux éléments : les sondages ridicules qui le donnent balayé et l’ampleur des foules qui viennent l’applaudir. On pourrait revivre la même grande surprise »

On retrouve un peu partout ce mélange de confiance et d’assertivité. Un agrégé d’anglais et ancien directeur de lycée parisien nous détaille sa perception de la confection des sondages par le menu : « quatre électeurs sur 10 peuvent changer d’avis au dernier moment. Nous n’en sommes pas du tout au moment de la cristallisation électorale. Tout peut encore arriver ». Après avoir voté Mitterrand en 1981, Chirac en 1995 et Chevènement en 2002, son choix ne fait en tout cas pas de doute : pour 2022, ce sera Zemmour.

Macron assassin

Quand le candidat évoque les victimes de l’ensauvagement de la société dans son discours, nous avons effectivement bien entendu jaillir des cris « Macron assassin! » quelques instants depuis l’assistance. Comme bien d’autres observateurs présents, nous nous sommes alors retournés vers notre voisin (en l’occurrence, nous, vers Yannis Ezziadi) : « voilà qui est vraiment très con ! »

Plus tard, les journalistes repasseront la séquence en boucle. Sur BFMTV, Philippe Corbé dira : “Vous vous rendez compte de ce que cela veut dire, assassin ? (…) Cela signifie que la foule accuse le président français d’avoir prémédité la mort de Français ?” Derrière l’insulte malheureuse au monarque républicain, les commentateurs n’ont apparemment pas entendu le cri d’une foule excédée par la montée de la violence dans la société française, foule par ailleurs chauffée à blanc par les écrans géants du meeting où étaient diffusés des témoignages de proches de victimes soutenant Zemmour. 

Le candidat assure ne pas avoir entendu ces insultes depuis la tribune. Il écrit aujourd’hui : « Je n’ai pas entendu ce mot dont la presse parle et que je ne cautionne pas. Mais j’ai vu ce dont la presse ne parle pas : j’ai vu 100 000 Français enthousiastes, patriotes et fiers. J’ai vu des Français qui n’en peuvent plus des politiciens et de l’idéologie de gauche ! »

Trop dur sur l’assimilation ?

Il l’avait dit dans le numéro de novembre de Causeur, Zemmour tend toujours la main aux « musulmans qui s’assimilent ». Il a reprécisé dimanche pendant un long moment ce qu’il attendait exactement, et a procédé à un habile renversement accusatoire, rappelant que lui voulait un État qui ne distingue plus les citoyens selon leurs origines, leurs couleurs de peau ou leur religion, contrairement aux autres “politiciens”, notamment de gauche.

Alfred, ancien cadre chez Air France, doute de la valeur des sondages officiels : « J’y crois encore, l’élection se fait de plus en plus sur les réseaux, et de moins en moins sur les grands médias ».

Solennellement, il annonce : “On a souvent joué sur les peurs avec mes propos, alors aujourd’hui au Trocadéro je veux parler directement à nos compatriotes de confession musulmane. Car les journalistes et politiciens vous désinforment et vous mentent. Ils vous font croire que je veux vous empêcher de pratiquer votre religion, c’est faux. Je connais l’islam mieux qu’aucun de mes concurrents. Je connais l’islam comme vous. Vous êtes issus d’une culture que je connais bien (…) car mes ancêtres sont nés en Algérie. Vous venez d’une culture dans laquelle la franchise compte autant que la parole donnée. Alors je sais que vous attendez qu’on vous parle sincèrement, pas comme tous les autres hypocrites qui n’osent jamais vous dire vraiment ce qu’ils pensent. Alors je ne me cache pas et je vous le dis : il y a un problème avec l’expansion de l’islam aujourd’hui en France. Il y a un problème car nos politiciens ont reculé, car ils ont voulu que la France fasse des accommodements raisonnables avec l’islam au lieu de demander aux musulmans de faire des accommodements raisonnables avec la France !” De quoi parle Zemmour ? Pas d’abandonner la pratique de la religion, donc : “Rien ne vous empêche d’être de vrais Français et de vivre votre religion dans le respect des lois et dans la discrétion. Le choix que je vous propose, c’est d’embrasser la culture française, une langue, notre histoire, nos mœurs et notre art de vivre. Je veux croire que c’est possible. Beaucoup de nos compatriotes musulmans ont déjà fait le choix de l’assimilation, et, ceux-là, je le répète, sont nos frères.” En revanche, pour ceux qui n’aiment pas la France et sa culture, le candidat reste cassant : “Si vous ne souhaitez pas être Français, eh bien c’est votre droit. Mais assumez-le ! Je suis honnête avec vous, soyez le avec la France. Ce n’est pas à la France de s’adapter à votre culture, mais à vous de faire vôtre la culture française”.

Beaucoup de jeunes

Parmi ceux venus écouter Éric Zemmour au Trocadéro, certains ne sont même pas encore des électeurs potentiels, il s’agit des nombreux lycéens parisiens de 16 ou 17 ans venus entendre ce « mec » « qu’ils adorent ».

Un public plutôt jeune devant les sculptures de soldats morts pour la France, Trocadéro, 27 mars 2022.

Ou Amine, « de nationalité algérienne », qui se retrouve simplement dans une partie de son discours: « beaucoup de Français ou résidents d’origine maghrébine ne veulent pas être confondus avec l’islamisme ou l’attitude de certaines étrangers ». Le scepticisme n’est jamais avoué même si beaucoup de militants admettent rencontrer quelques difficultés à convaincre leur entourage, notamment chez les sympathisants de la droite conservatrice pur sucre – celle qui devait déjà figurer au Trocadéro pour soutenir François Fillon en 2017. Armelle et Catherine, sympathisantes LR retraitées ayant consenti à nous donner leur âge vénérable, 80 et 79 ans, se disent contrariées « que les LR abandonnent toutes leurs valeurs sociétales ». Leur adhésion est franche : « Zemmour croit en ce qu’il dit et appelle les choses par leur nom ». Incrimineraient-elles certaines convenances bourgeoises, une prudence de la bonne société à rejoindre cet homme par qui le scandale arrive ? « Beaucoup de gens ne disent pas pour qui ils votent. Il y a une grande prudence voire une certaine timidité chez nos amis. Il faut toujours faire « comme il faut ». Ils font de savants calculs électoraux et intellectuels pour justifier un vote raisonnable et ont peur de quitter les sentiers battus… » N’en demeure pas moins qu’on croise moult polos Ralph Lauren et pantalons rouges dans le meeting et dans les artères du XVIe arrondissement autour du Trocadéro, que l’on devine tout juste sortis du diner en famille.

« Dans mon milieu, on pense encore beaucoup aux situations acquises, à la conservation des affaires – un peu plus qu’à la France » regrette Michel, ancien patron de société qui a fait le déplacement depuis les Hauts-de-Seine.

A lire aussi: Zemmour bienvenu chez les chtis

Un groupe de jeunes étudiants en BTS, venu de Lyon, tout en se disant convaincu par les propositions du candidat et excédé par l’insécurité dans leur ville – qu’ils attribuent à l’immigration et au laxisme de la municipalité – regrette que leur candidat se soit aventuré sur « le sujet des prénoms, du ministère de la remigration ou du refus d’accueillir les réfugiés ukrainiens » – propositions qui seraient à l’origine de son tassement dans les sondages. 

“Rien ni personne” n’arrête la “puissance française”

C’est déjà la conclusion du discours. Zemmour offre au public venu l’applaudir une dernière et belle envolée faisant vibrer les cœurs. Les sympathisants sont en plein soleil depuis plus de deux heures. Rappelant qu’”impossible n’est pas français” et annonçant qu’il va “tout donner dans les 14 jours qui le séparent du premier tour”, car 2022 est selon lui la dernière chance, le candidat s’égosille:

“Quelle belle et grande aventure, quelle énergie nous allons déployer dans les deux semaines à venir, quelle détermination je sens chez vous aujourd’hui. Français, nous avons fait en trois mois ce qu’aucun politicien n’avait jamais réussi à faire en quinze ans. (…) Allons-nous décider de notre avenir, allons-nous donner tout à la France ? Oui (…) parce que rien ni personne ne nous empêchera d’écrire le destin de notre pays. Rien ni personne ne nous volera cette élection, rien ni personne ne nous empêchera de nous battre (…) rien ni personne ne nous fera reculer ou baisser les yeux, parce qu’il faudrait nous arracher le cœur, et ils n’y arriveront pas. Le peuple qui décide de se lever et la surprise de cette campagne, c’est nous !“ La foule est ravie. En quelques mois, le polémiste, plutôt gracile et malicieux, s’est transformé en redoutable tribun en se servant de sa grosse voix. 

Le candidat de droite est désormais à la reconquête… de l’opinion !

Pour TF1, Jacquouille vaut bien une élection

En programmant « les Visiteurs » en prime time le soir du premier tour des élections présidentielles et en privant ses téléspectateurs d’une soirée électorale intégrale, TF1 envoie un message subliminal qui ne peut que renforcer l’abstention. Pour la première chaîne, les élections sont finalement des pièges à cons et comme celle-là est pliée d’avance, alors autant laisser la place au rire. Votez, oubliez et allez-vous marrer!


Les politologues, les sondeurs médiatiques, les propagandistes de la macronie et les seconds couteaux des partis politiques concurrents seront priés de quitter le plateau de TF1 à 21h30 le 10 avril !

Autant donner aux téléspectateurs une vraie comédie qui remplace la mascarade politique. Voilà ce que dit en vérité la chaîne.

La première chaîne de France et d’Europe a donc annoncé que sa soirée électorale aura une durée limitée de trois heures et se déroulera de 18h30 à 21h30 seulement. Après, place au divertissement avec la diffusion de la comédie culte des années 90 signée Jean-Marie Poiré, « les Visiteurs ». Ce sont les gamins qui vont être contents !

Un film que tout le monde a déjà vu plusieurs fois

Ainsi, dans des millions de foyers, le soir du premier tour, au lieu d’assister aux habituelles passes d’armes entre adversaires politiques, on entendra hurler Jacquouille La Fripouille « Messire, messire, pouah ça puire ! », « Okayyyy ! », ou encore « merci la gueuse, tu es un laideron mais tu es bien bonne », toutes ces répliques que tout le monde connaît par cœur. Il faut dire que le film a été diffusé plus de 27 fois. Alors une de plus, ça ne peut pas faire de mal – sauf peut-être pour l’originalité des programmes. Peu importe, ce qui compte c’est que les rires fassent oublier les résultats et que le puéril amusement détrône l’importance du moment.

A lire aussi : Macron sur TF1, c’était de la télé-réalité!

« En tant que chaîne leader, nous considérons que dans la partie chaude d’une heure et demie on peut avoir donné l’intégralité des faits, des résultats, des réactions, des commentaires », a expliqué cette semaine Thierry Thuillier, le directeur général adjoint du pôle information de TF1 en guise de défense pour désamorcer les éventuelles critiques. Autrement dit, pour Thierry Thuillier, le choix du destin d’une nation ne mérite pas de passer toute la nuit à analyser les résultats et à débattre des futurs ralliements stratégiques, du niveau de l’abstention (annoncé comme historique) et des reports de voix décisifs. Exit, la tradition des soirées électorales qui s’éternisent jusqu’à pas d’heure et qui rendent palpable une certaine identité française pour la passion du débat politique.

Evolution des usages et des attentes

Thierry Thuillier pratiquerait la culture de l’effacement ? Peut-être, en tout cas, l’élève ne fait que dépasser le maître puisqu’il ne fait que s’inscrire dans la droite ligne de son illustre prédécesseur, Patrick Le Lay connu pour sa déclaration à la véracité aussi fracassante que déconcertante selon laquelle TF1 vendait du « temps de cerveau disponible » à Coca-Cola et autres annonceurs multinationaux.

Pour Thuillier, le temps de cerveau disponible du citoyen téléspectateur après les résultats de 20 heures est de 1h 30 minutes et l’agora est un show de courte durée où il s’agit de bombarder les scores des candidats, d’enchainer deux ou trois punchlines et un fact checking à la vitesse d’une story sur Instagram.  

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 « La chaîne de télévision justifie cette décision par une évolution des usages et des attentes, face à la multiplication de l’offre notamment sur les chaînes d’information. Les aficionados de la politique pourront d’ailleurs continuer de voir la suite de la soirée électorale à partir de 21 h 30 sur LCI » écrivent les Echos. Ceux qui ne sont pas contents n’auront qu’à zapper sur LCI, c’est l’autre bonne excuse donnée à la tour TF1 de Boulogne-Billancourt. Mais derrière ce discours marketing bien rodé se cache peut-être une autre raison qui motive la chaine à écourter la soirée électorale : « Il y a moins de suspense qu’en 2017 » murmure-t-on dans les couloirs de TF1. Cet aveu déconcertant envoie un message subliminal terrible aux électeurs.

Pour TF1, les dés sont pipés : le duel annoncé depuis des mois aura bien lieu, Macron vs Le Pen et Macron sera automatiquement réélu. Alors, pourquoi subir une comédie surjouée où les éléments de langage habituels seront déversés, ponctués d’invectives, où les reductio ad hitelrum pleuvront et le cordon sanitaire face à un péril fasciste fantasmé sera encore une fois agité ? Autant donner aux téléspectateurs une vraie comédie qui remplace la mascarade politique. Voilà ce que dit en vérité la chaîne. Alors si votre cerveau souhaite un véritable débat au soir du premier tour, prenez votre télécommande et zappez, ou rendez-vous sur les réseaux sociaux ! Okayy ?

Marine Le Pen en Guadeloupe: ah, les lâches!

La candidate du Rassemblement national a vu son déplacement dans l’île chahuté par quelques opposants indépendantistes d’extrême gauche… Une vingtaine de militants ont fait irruption pendant un entretien avec des journalistes, samedi soir, et l’ont interrompu sous les cris de « Raciste ! »


Ce qui s’est passé en Guadeloupe est une honte démocratique. Une vingtaine de militants d’extrême gauche s’en sont pris à Marine Le Pen. Elle a été violemment bousculée et a dû être évacuée. Il convient de rapprocher cet épisode choquant des agressions, intimidations, jets de projectiles, dont Eric Zemmour, ses soutiens et ses militants ont été régulièrement victimes ces derniers temps. La violence est donc partagée à l’encontre de ces deux personnalités et amèrement on constate que la parité est respectée.

Il faut dénoncer toutes les violences dans cette campagne!

Ne votant demain ni pour l’une ni pour l’autre, on ne peut me suspecter de m’indigner seulement de manière intéressée. Dès que j’ai pris connaissance de cette déplorable péripétie à l’encontre de Marine Le Pen, je l’ai dénoncée sur mon compte Twitter et sur TikTok en ajoutant qu’évidemment la macronie se taisait et qu’Emmanuel Macron ne réagissait pas, ligoté par sa posture de candidat. Mais je fais amende honorable, j’ai eu totalement tort.

Ce qui montre bien la validité d’un précédent article où je soutenais que le président-candidat n’offrait pas à ses opposants le grand avantage d’être médiocre. En effet, avec un certain retard – j’admets qu’il a aussi d’autres sujets de préoccupation -, il est intervenu sur France 3 pour condamner « toute forme de violence en politique », ajoutant « je combats les idées de Marine Le Pen, mais avec respect » et qu’il faudra « des clarifications et que la justice passe ». Il a sauvé l’honneur de la classe politique dont il fait partie car je n’ai entendu personne d’autre sur ce même registre. Ce propos qu’il a tenu et donne sur ce plan une belle image de lui rend d’autant plus odieux les cris de « Macron assassin » proférés au meeting du Trocadéro par des soutiens d’Eric Zemmour. Il devrait y avoir des limites à l’esprit partisan !

L’autre abstention

Chacun des autres candidats, enkysté, englué dans sa seule cause, s’est montré incapable, sans doute secrètement réjoui, de dire ce qui convenait et de dépasser l’intérêt immédiat de sa campagne au profit d’une attitude républicaine. Face à ces abstentions, je ne peux m’empêcher de penser que pour certains il y a presque une forme de normalité dans les violences commises au détriment d’un camp qu’ils qualifient paresseusement d’extrême droite. En effet, ce n’est pas d’aujourd’hui que l’ultradroite, dans ses débordements, est stigmatisée et condamnée sur-le-champ quand l’ultragauche est souvent comprise, traitée en tout cas avec une infinie indulgence. Comme si l’esprit révolutionnaire et les pulsions affichées progressistes bénéficiaient par principe d’une sorte de complaisance aussi bien politique que médiatique.

La lâcheté de cette minorité d’extrême gauche guadeloupéenne paraissant fière d’elle pour des procédés qui devraient la disqualifier, me remet en mémoire un fait divers en 1997 à Mantes-la-Jolie, où Jean-Marie Le Pen, à la suite d’une bousculade mal éclaircie avec la député-maire Annette Peulvast-Bergeal, s’était vu unanimement honni entre autres parce que sa victime était une femme. Les temps ont changé et la courtoisie républicaine s’est délitée.

Nouveau monde

On va me répliquer que je suis naïf, qu’il est vain de croire qu’on pourra revenir en arrière, dans ces temps où la vigueur des mots suffisait et où l’affrontement se contentait des antagonismes des esprits et des argumentations.

J’assume cet espoir, qui n’est peut-être pas qu’une illusion, d’un monde politique qui saura faire revenir les citoyens vers lui parce qu’il leur aura donné, fond et forme compris, promesses tenues, sincérités acquises, la certitude d’une authentique nouvelle ère. Et je rends grâce à Emmanuel Macron qui, fuyant pourtant le débat, a su proférer ce qu’on attendait de sa haute fonction avant le premier tour de l’élection présidentielle. Mais quels lâches en Guadeloupe !

Libres propos d'un inclassable

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Aux Oscars Will Smith a frappé Chris Rock

La 94e cérémonie des Oscars s’est tenue le dimanche 27 mars au théâtre Dolby de Los Angeles. Will Smith a reçu l’Oscar du meilleur acteur pour le rôle de Richard Williams dans La Méthode Williams. Mais l’acteur a fait parler de lui d’une autre manière plus tôt dans la soirée. En effet, il n’a pas apprécié que l’humoriste Chris Rock se moque de l’alopécie de sa femme. Pour exprimer son indignation, il est monté sur scène et a giflé l’humoriste devant tout le monde. On savait déjà que Jada Pinkett-Smith perdait ses cheveux, on sait désormais que son mari perd son calme tout aussi vite…


Ça s’est passé en direct lors de la cérémonie. L’un a donné une gifle à l’autre. Et on le comprend : Chris Rock s’était moqué de la coiffure de la femme de Will Smith. La malheureuse souffre de calvitie.

Des dizaines de millions d’Américains ont vu la scène. Des Américains blancs, des Américains noirs. Et ils ont manifesté de la compréhension pour la gifle de Will Smith.

A lire ensuite: César 2022: fini le cinéma “woke”?

Les progressistes n’ont aucun sens de l’humour

Les deux protagonistes de cette scène, qui restera dans les annales du cinéma, sont noirs. Will Smith est producteur, scénariste, réalisateur, acteur, il pèse des millions de dollars. Chris Rock est un humoriste presque aussi riche que celui qui l’a frappé.

Cet épisode jette une lumière intéressante sur le racisme supposé qui sévirait aux États-Unis. Des Noirs peuvent brillamment réussir à Hollywood. Tous ne sont pas relégués dans des ghettos, contrairement à ce qu’on nous avait raconté. Tous ne meurent pas sous les coups de policiers brutaux, contrairement à ce qu’affirment les militants « Black Lives Matter ».

A lire aussi : L’académie des Oscars impose plus de noirs, d’homosexuels ou de femmes pour la catégorie du meilleur film

On imagine avec effroi ce qui serait advenu si Will Smith avait été blanc. Des milliers de manifestants seraient descendus dans la rue en criant « Black Lives Matter ». C’est ainsi que l’Amérique est grande dans sa complexité. Le soi-disant « privilège blanc » n’est à l’évidence qu’un leurre et une imposture. Autre événement aux Oscars qui montre que la charité bien-pensante n’a pas dit son dernier mot. Le film « CODA » a été récompensé. Il met en scène des personnes sourdes. Les médias que nous avons consultés ne précisent pas si le film est muet…

Il y avait enfin, parmi les postulants, un western montrant un cowboy refoulant son homosexualité. Scandale : il n’a pas été primé ! Les associations LGBTQIA+ américaines vont assurément rapidement protester.

L’oligarque russe et le vignoble français

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Pézenas vue générale depuis le Sud-Est en 2013 © Wikimedia Commons

Les sanctions occidentales contre la Russie affectent également l’économie française. En effet, un oligarque russe, Dmitri Aleksandrovitch Pumpyanskiy, visé par les sanctions et possédant un vignoble à Pézenas en Occitanie, voit l’avenir de son domaine viticole et les emplois qu’il a créés en péril.


Envie d’investir dans le secteur du vin, à un prix défiant toute concurrence ? Le Prieuré de Saint Jean de Bébian, un véritable bijou appartenant à un oligarque russe qui a fait l’objet de sanctions, est situé au milieu de 32 hectares de vignes astucieusement entretenues, nichées dans un magnifique coin du sud de la France.

Un tout nouvel atelier de production climatisé est équipé des technologies du dernier cri. Il y a même un restaurant étoilé Michelin où l’on peut accueillir des clients. Dans un village voisin, un château dans un parc clos peut être réservé. Et le tout se trouve à seulement 20 minutes de l’aéroport de Béziers où l’on peut faire atterrir son jet privé.

La France, lieu d’investissement pour de nombreux Russes

Aux abords de Pézenas, commune située dans le département de l’Hérault, le site est depuis 2009 la propriété de l’oligarque russe, Dmitri Aleksandrovitch Pumpyanskiy, bien que plus récemment, il s’est avéré que c’est son fils, Alexandre, 35 ans, qui en serait le véritable propriétaire. Mais l’est-il vraiment ? C’est compliqué.

Beaucoup d’actifs en France appartenant à des oligarques sont en jeu, et certains investisseurs se demandent si ce n’est pas le moment d’en profiter. En théorie, la France a l’air d’être un terrain de chasse propice où trouver des actifs russes ayant fait l’objet de sanctions. Pour un grand nombre d’oligarques – il y en a des centaines – qui sont maintenant sur la liste des sanctions, un appartement chic à Paris et une luxueuse villa sur la Côte d’Azur ont longtemps été des éléments incontournables pour affirmer leur statut social. Pour les plus riches de tous, la terre d’élection est Saint-Barthélemy. Mais qui sont les vrais propriétaires de ces actifs, et sera-t-il possible de les saisir ? Ici également, les réponses ne sont pas évidentes.

Business As Usual

N’est-ce pas plutôt vulgaire ou même immoral de profiter de l’horrible tragédie en Ukraine ? Telle est la question qu’on pourrait raisonnablement poser aux requins qui tournent autour de leur proie éventuelle. Pas du tout ! répondent les requins : c’est au contraire une méthode expéditive qui permet de faire rendre gorge, sur le plan financier, à des gens dont les gains sont au mieux inexpliqués et souvent mal acquis. Mais la situation compliquée du Prieuré de Saint Jean de Bébian est sans aucun doute le reflet d’un problème plus large, car il faut des efforts extraordinaires pour pénétrer les structures de propriété opaques qui entourent ces actifs. Et ce problème n’est pas propre à la France.

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Les cyniques suggèrent que le Prieuré de Saint Jean de Bébian a tout d’une machine à blanchir de l’argent, c’est comme si elle avait une enseigne lumineuse qui l’annonçait ! Ce qui est certain, c’est que c’était avant tout un bon outil pour transformer les tuyaux en acier – ayant fait la fortune de Pumpyanskiy – en une gamme attrayante de vins vendus entre 10 et 40 euros. De plus, l’arrivée de Pumpyanskiy a été un gigantesque coup de pouce économique pour Pézenas. Il s’est montré un investisseur enthousiaste et confiant, faisant construire de nouveaux bâtiments, installant les derniers équipements de vinification à commande numérique, embauchant des vignerons, tout en continuant à diriger son entreprise principale, OAO TMK, un fabricant de tuyaux en acier pour l’industrie pétrolière et gazière.

Patron humain et philanthrope

Pumpyanskiy est loin d’être à la rue, mais ce n’est pas un oligarque de la catégorie supérieure. La valeur de ses avoirs nets a été estimée à deux modestes milliards de dollars. Il possède l’un des yachts transocéaniques les plus compacts, l’Axioma, valant 75 millions de dollars. Le vin semble avoir été sa passion, au point qu’il a investi plusieurs millions dans l’Hérault, sans en avoir retiré le moindre bénéfice, selon des sources crédibles. Il est, d’après tous les témoins sur place, un patron humain qui paie bien, est reconnaissant et prévenant envers son personnel. De plus, c’est un véritable passionné de viticulture.

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Fervent chrétien, il a effectué une magnifique restauration de la chapelle du domaine, vieille de 1 000 ans. Dans le nouveau pavillon, il a installé le chef étoilé Matthieu de Lauzun et créé un petit hôtel de dix chambres, décoré par l’architecte de Marrakech, Raymond Morel. L’ambiance est de bon goût, le restaurant et l’hôtel ont créé encore plus d’emplois, ce n’est rien de moins qu’un splendide effort pour améliorer le tourisme viti-vinicole dans une région qui est loin d’être riche. Que ce soit complètement non rentable est une autre affaire. 

Quel avenir pour l’entreprise de l’oligarque et ses employés ?

Récemment, son fils de 35 ans, Alexander, s’est davantage impliqué dans l’entreprise. Lorsque les Pumpyanskiy sont arrivés, il a acquis une réputation locale de playboy. Il a même réussi à écraser un petit avion en manquant de carburant à l’approche de la piste d’atterrissage de l’aérodrome local, ce qui jette un certain doute sur son bon jugement. Mais malgré tous les ragots sur cette famille, qui faisait leurs visites dans le convoi composé de Mercedes G-Wagons qui caractérise tous les oligarques, l’argent ne manquait jamais pour garder Bébian à flot. Maintenant, son avenir est incertain. La douzaine d’employés est inquiète, leur avenir n’est pas scellé. On m’a dit que Pumpyanskiy, vers le début du mois, avait peut-être utilisé des sociétés offshore pour transférer à la hâte le contrôle du domaine à son gestionnaire français de longue date, en tant que « fiduciaire ». Mais on ne sait pas si ce transfert est juridiquement solide. Ces mesures sont très récentes et on ne sait pas encore quelle va être l’attitude adoptée par les autorités françaises. Un vigneron local me dit qu’il est tout simplement impossible de vendre un domaine aussi rapidement. Selon certains, ce n’est qu’une question de temps avant l’arrivée des inspecteurs. 

L’oligarque et son fils dans le viseur de l’Union européenne

Un pavé a été jeté dans la mare le mercredi 9 mars lorsque l’Union européenne a ajouté le fils, Alexander Pumpyanskiy, à la longue liste des oligarques sanctionnés. La famille est accusée d’avoir « fourni un soutien matériel ou financier au gouvernement de la Fédération de Russie et d’avoir été récompensé par ce gouvernement, responsable de l’annexion de la Crimée et de la déstabilisation de l’Ukraine ».

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Mais les Russes ont leurs défenseurs. Interrogé par France 3, Benoit Pontenier, directeur français du site, déclare : « Alexander Pumpyanskiy a cédé tous ses actifs pour ne pas nuire à l’entreprise. » En l’absence de plus de précisions, sa déclaration soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. Il ajoute que son ancien propriétaire « est un grand homme ». Alexander Pumpyanskiy aura de la chance si, en vendant son domaine, il obtient une fraction de ce qu’il y a investi.

Des sanctions qui feront tache d’huile

Les actifs mobiliers, comme les cinq jets privés et les deux yachts de Roman Abramovitch, sont plus faciles à mettre à l’abri des sanctions occidentales que l’immobilier. Le cas du site de Bébian est la démonstration de ce que les prédateurs sont en train de découvrir : il n’est peut-être pas si simple de mettre la main sur ces avoirs. Et il n’est pas nécessairement vrai non plus que tous les habitants se réjouissent de la mise à mort de la poule aux œufs d’or.

Beaucoup en Europe ont bénéficié du ruissellement de l’argent russe. Encore plus à Londres qu’en France. Ayons une pensée pour les banquiers, les avocats, les agents immobiliers, les vendeurs de yachts et les journalistes qui se sont gavés de tout cet or en provenance de Moscou. Sans oublier l’humble Piscenois pour qui le renouveau du Prieuré de Saint Jean de Bébian a été tout simplement la manne tombée du ciel.


[1]. Cet article est paru en anglais sur le site de The Spectator, le 19 mars 2022

La preuve par Fabien Roussel

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Le candidat communiste Fabien Roussel sur France 2, 24 mars 2022 © ISA HARSIN/SIPA

L’édito politique de Jérôme Leroy


Dans un débat avec Fabien Roussel, Sandrine Rousseau a donné la preuve éclatante qu’il n’y a pas deux gauches irréconciliables… puisqu’elle n’est plus de gauche.

Je me demande pourquoi France 2, le 24 mars, a jugé bon de faire débattre Fabien Roussel avec Sandrine Rousseau dans l’émission politique “Elysée 2022”. Après tout, le candidat des “Jours Heureux” a été le seul ce soir-là à avoir le droit à ce traitement sur son temps de parole et, que je sache, non seulement Sandrine Rousseau n’est pas la candidate verte, mais elle n’est même plus présente dans l’équipe de campagne de Yannick Jadot ! 

Sandrine Rousseau la harceleuse

Le candidat écolo a fini par être lassé du harcèlement permanent de celle qu’il avait battue de justesse aux primaires et qui se croyait autorisée avec son score, à contredire le vainqueur, voire à lui savonner la planche.

Sandrine Rousseau. Capture d’écran France 2

Mais voilà, Sandrine Rousseau dit de telles énormités qu’elle est, pour les médias, une bonne cliente qui a l’avantage, derrière un vernis de modernité, de ringardiser la gauche, en la réduisant à des combats sociétaux qui oublient la logique de classes et qui s’enferme dans des logiques identitaires ou communautaires, de manière étrangement symétrique à Éric Zemmour, à ceci près que ce ne sont évidemment pas les mêmes qu’on érige en victimes. 

Le problème, c’est que la seule façon, à gauche, de défendre les dominés, c’est de les prendre en bloc et de leur montrer où est leur place dans les rapports de production, plutôt du très mauvais côté, surtout avec le programme que prépare Emmanuel Macron pour un second quinquennat. Bref, de faire retrouver une conscience de classe à ceux qui auraient tendance, quand le doigt montre les hyperprofits du CAC 40 en temps de Covid, à regarder le RSA du voisin d’en dessous.

Deux gauches aux priorités différentes

Bref, et cela s’est vu dans ce débat, alors que Sandrine Rousseau estime que la priorité  c’est le partage des tâches ménagères, (au point de créer un délit en cas de non-partage !), Fabien Roussel, lui, se bat pour le partage de la valeur, c’est-à-dire, selon sa formule, « pour que les gros payent gros et que les petits payent petit ». Et en matière d’égalité homme femme, il estime que la priorité, avant toute chose, est l’égalité salariale toujours pas réalisée.

A lire aussi, reportage: Dans les travées du meeting parisien de Zemmour, qui entend encore créer la “surprise”

Plus généralement, on a le droit de s’interroger sur la conception de la « sororité » vue par Sandrine Rousseau. Cette Lilloise n’hésite pas en effet à se faire parachuter dans une circonscription parisienne pour les élections législatives comme nous l’indique Libération, en évinçant la candidate présente depuis de nombreuses années contre l’avis des militants.

Heureux Lillois qui voient Rousseau s’éloigner !

À la question qu’on lui pose sur cette opération, Sandrine Rousseau utilise un argument décisif : « Je n’ai pas envie de répondre à cette question ». C’est sûr que ça clôt le débat assez vite et indique surtout la gêne palpable d’appliquer la bonne vieille politique à la papa, très patriarcale (!) pour le coup… Elle daigne lâcher que c’est surtout parce que son mari et ses enfants travaillent à Paris. On pourra souligner que Madame qui suit Monsieur pour le boulot, c’est une démarche assez peu « déconstruite », et puis ce n’est pas comme si elle était vice-présidente de l’Université de Lille, chargée de la précarité, où par ailleurs, des syndicats pourtant peu enclins à la critique de l’intersectionnalité, comme Sud, ont marqué leur énervement devant son absentéisme. 

Bref, opposer Roussel et Rousseau, ce n’est pas opposer deux gauches irréconciliables, c’est opposer une gauche populaire, laïque et sociale à un courant de pensée qui a fait son deuil du peuple et dont le principal souci est d’imposer de manière plutôt rigide des ajustements comportementaux privés dans une bourgeoisie aisée et progressiste, qui ne souffrirait pas, ou si peu, d’une « sobriété » décroissante. Bref, le contraire du programme des “Jours Heureux”, qui envisage des solutions réalistes, notamment grâce au nucléaire, pour lutter contre les défis qui nous attendent tous et les rendre moins brutaux pour les plus fragiles.

Adieu Poutine!

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Le président russe Vladimir Poutine répond aux questions des lecteurs du journal Komsomolskaia Pravda, 2000 © Vladimir Rodionov / Sputnik via AFP

Si la Russie se sentait menacée, que dire de l’Ukraine !… Poutine croit avoir signé un CDI avec le diable. Et si c’était un CDD ?


Que va devenir l’Ukraine ? Poutine va-t-il reculer devant les ripostes européennes ou bien ne peut-on qu’aggraver sa paranoïa ? A-t-il perdu la confiance des Russes ? Ne fait-il pas courir un risque mortel à l’économie mondiale – ce que ses « amis » chinois ne toléreront pas longtemps ? Je n’ai que des pressentiments – et des questions.

En France ou en Allemagne, Poutine aurait fini en prison, mais la Russie est-elle en Occident ? Dans un pays où le despotisme, de Pierre le Grand à Lénine, a été le suprême outil de la réforme, un petit voyou devenu tsar a réussi à faire croire qu’il était le seul en Russie à avoir une vision de l’avenir et à garantir la stabilité de l’État. À moins d’être un scélérat, personne ne le croit désormais. Sauf peut-être Cyrille de Moscou, le patriarche de l’Église orthodoxe russe, un saint homme, qui bénit les tanks et les avions de chasse avec des larmes – de crocodile !

Connaissez-vous l’Ukraine ? L’air qu’on respire à Kiev n’est pas celui de Moscou : on y parle aussi le russe, on aime Pouchkine et Lermontov, le « poète du Caucase », mais on est déjà en Europe. Oui, au-delà de la propagande, la « Rus’ de Kiev », berceau historique et spirituel de la Russie, est en Europe et elle souhaite y rester – sous une forme qui reste à définir. Poutine n’y peut rien. Ce qui se joue là-bas, comme jadis dans l’Espagne républicaine, c’est l’avenir de l’Europe.

Un autocrate? Un tyran?

Le tyran est un aventurier chanceux plutôt qu’un stratège, et puis un jour la chance le quitte. Il finit mal – étranglé comme Néron ou pendu à un croc de boucher comme Mussolini… Car à force de spéculer sur la peur, à force de devoir sans fin inventer un ennemi pour exister, le tyran devient un ennemi pour lui-même, un fléau pour son peuple – et un danger pour la planète. Quel que soit le dénouement, l’Ukraine sera le tombeau de Poutine – s’il se sent acculé, cela sera aussi le nôtre ! Est-il aussi froid et rationnel qu’on le dit ?

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Dans son pays jusqu’ici, Poutine restait populaire malgré tout. C’est fini, ça va finir, ça va peut-être finir. Car cette fois, Poutine est tombé sur un bec. Forcément, il est fâché. Magicien malgré lui, le maître du Kremlin, en envahissant l’Ukraine, a provoqué le réveil de la conscience européenne. En France, les étourdis qui lui baisaient les pieds baissent les yeux en se tortillant comme des séminaristes surpris dans un bordel : bon d’accord ! Grozny rasée, Alep anéantie, Boris Nemtsov assassiné, c’est mal !

Union européenne: on est là!

Qui l’eût cru ? L’UE qui s’est construite sur le refus de la guerre se met à exister autrement grâce à la guerre. Kiev n’est pas en Tchétchénie, Macron n’est pas Daladier. D’un coup d’un seul, Poutine a fait de la Russie une nouvelle Corée du Nord bornée par l’Amour et le Dniepr ! Déjà la majorité silencieuse, le petit peuple, murmure, la jeunesse des villes défie le pouvoir dans la rue tandis que les oligarques, déjà prêts à déserter, pleurent leurs yachts et leurs villas. Poutine enrage. En un sens, et il est tragique, l’idiot utile, c’est lui.

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Car aujourd’hui qui est le pire ennemi de la Russie ?

Est-ce l’Occident ? Est-ce Joe Biden, ce « vieux gâteux » ? L’Union européenne, l’OTAN ou bien la Suisse qui – on croit rêver – sort de sa neutralité bancaire en appuyant les sanctions de Bruxelles contre les Russes ? Et si c’étaient les instances du foot mondial, si complaisantes hier avec les dictateurs, qui privent les supporters d’une finale de la Champions League à Saint-Pétersbourg et du Mondial au Qatar ? Ou encore ce « repaire de drogués et de nazis » qui à l’ouest de l’Ukraine s’emparent de leur destin et s’autorisent à rêver de démocratie ?

Non, le pire ennemi de la Russie, c’est Poutine.

Une histoire de fous

Ce qui grâce à lui nous est révélé, c’est je ne sais quoi de vil, inhérent au Pouvoir quand il s’arroge le droit de choisir qui doit vivre et qui doit mourir. De quel droit ? Qu’est-ce que la force ? Ce qui fait de l’autre une chose. Nihilisme ? Fascisme ? Comment dit-on : « Viva la muerte ! » en russe ? L’histoire s’écrit comme ça, il n’y en a pas d’autre.

Muré dans son palais, devant les caméras, Poutine dicte des ordres à des collaborateurs balbutiants comme à une bande de volailles à qui il jetterait du pain. Les Russes adorent l’absurde et les fantômes mais quand même, n’est-il pas un peu ridicule ? À sa façon, le président Zelensky, tantôt grave, tantôt hilare, semble dire à Poutine que si un ancien pitre peut devenir un chef de guerre, un chef d’État peut aussi perdre les pédales.

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Little Big Man contre Ivan le Terrible – lequel des deux est le plus seul et le plus fou ?

Il dit ce qu’il fait, il fait ce qu’il dit

J’aime les Russes parce qu’ils ne sont pas comme nous. Plus ils ont mal, plus ils sont forts. Hitler et Napoléon l’ont compris trop tard. Plus ils souffrent, plus ils se ressemblent. Ils ont des idées étranges sur la foi, le mal, Dieu, la Russie. Avec cela, brutaux et mélancoliques, un peu dépressifs, ils semblent veufs de leur destinée, comme Ivan Karamazov et oncle Vania. On a dit qu’en envahissant l’Ukraine, Poutine se trompait d’époque. Eux aussi depuis toujours. Nous aussi peut-être.

Dans une interview réalisée en 2007 en marge du sommet du G8 en Allemagne, Poutine déclarait : « La tragédie, c’est que je suis le seul pur démocrate au monde ! Voyez ce qui se passe en Amérique du Nord, c’est l’horreur !… Voyez ce qui se passe en Europe : les violences contre les manifestants, l’utilisation de balles en caoutchouc, de gaz lacrymogènes. » On dirait du Mélenchon !

Poutine concluait en pouffant de rire : « Depuis la mort du Mahatma Gandhi, je n’ai plus personne à qui parler » ! Il faut oser – il ose. D’ailleurs, en gros, il dit ce qu’il fait, et il fait ce qu’il dit. On ne le croit pas. On devrait. Hitler non plus ne cachait pas ses intentions dans Mein Kampf.

Biodiversité: pour une juste rétribution des forestiers

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Haute-Savoie. Photo:Unsplash

Les forestiers forment la cheville ouvrière sans laquelle la biodiversité en forêt ne pourrait être préservée. Cette mobilisation en faveur du bien commun mérite d’être encouragée et récompensée.


Après la récente clôture des Assises du Bois et de la Forêt, la multifonctionnalité de la forêt a été réaffirmée. Il s’agit d’une des spécificités du modèle français où la gestion forestière a été façonnée de telle sorte que les forêts remplissent trois fonctions : une fonction environnementale, une fonction de production de ressource durable et une fonction sociétale.

Cette notion n’a pas toujours fait l’objet d’un consensus, et aujourd’hui encore, plusieurs visions de ce à quoi nos forêts doivent être dévolues s’affrontent : certains activistes plaident pour une sanctuarisation de la forêt, alors même que la capacité des industries françaises à être présentes sur le marché du bois – décliné en une myriade de variations propres aux différents massifs forestiers et typicités locales – est une question de souveraineté. Le changement climatique, dont les ravages sont visibles en forêts, a imposé une prise de conscience collective des services environnementaux rendus par les forêts et de leurs richesses en matière de biodiversité.

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Diversité des paysages ou des écosystèmes, diversité des espèces et diversité génétique : la biodiversité s’apprécie à différents niveaux et les forestiers privés et publics y contribuent quotidiennement. La hausse du nombre de formations, de circulaires, de nouvelles publications dans la littérature forestière, et de recommandations institutionnelles à ce sujet dans le milieu des sylviculteurs depuis plus de dix ans témoigne de la mobilisation collective. Elle est motivée par le simple bon sens : les pratiques en forêts se doivent d’être respectueuses, car le maintien des équilibres, auxquels la biodiversité participe largement, est essentiel pour la préservation du patrimoine naturel et la production de bois.

Améliorer la résilience des forêts françaises face au changement climatique

La prise en compte de la biodiversité nécessite une réflexion dans laquelle on se projette vers l’avenir. La réalisation d’un document de gestion permet d’encadrer les interventions en forêts. Il est aussi nécessaire de rappeler que les forestiers ont depuis plus de 30 ans drastiquement limité, sur leur propre initiative, l’utilisation d’intrants nocifs (désherbant, insecticide, fongicide…) en forêts. Au quotidien, il s’agit aussi bien souvent d’une question de bon sens. Par exemple, en préservant les tourbières, ces zones humides à la biodiversité remarquable, car elles ne sont pas adaptées pour accueillir des plantations. Il en va de même avec le choix des essences à planter : la diversification des essences est largement appliquée par les sylviculteurs, a fortiori parce qu’elle constitue un levier éprouvé de résilience des forêts face au changement climatique. 

Ces actions portent leurs fruits : les populations d’ongulés sauvages n’ont jamais été aussi fortes et aucune espèce animale ou végétale au biotope strictement forestier n’est menacée en France métropolitaine. En dépit de ce que certains militants veulent faire croire, on ne peut pas comparer la destruction de forêts tropicales liée à la production d’huile de palme, qui menace des populations animales emblématiques comme l’orang outan, et l’exploitation de quelques hectares de résineux pour produire du bois utile à la société en forêt régulière dans le Morvan.

Récompenser les bons élèves en matière de biodiversité

C’est pour cela qu’il serait vivement souhaitable de faire émerger un outil de contrôle qualitatif et quantitatif national de la biodiversité. Ainsi, il sera possible d’encourager et de récompenser les forestiers qui mènent des actions en faveur de la biodiversité. Jusqu’à présent, ce travail au service du bien commun est bien mené “gratuitement”.

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Alors, l’idée de rémunérer, même symboliquement, des zones forestières ou des aménagements forestiers à faible intérêt sylvicole mais précieux pour la biodiversité, serait une juste rétribution rendue aux forestiers par la société. Cette démarche permettrait de passer d’une écologie punitive à une écologie incitative, bien plus efficace qu’un arsenal d’obligations et de sanctions.

Sans compter qu’avec ce système, au vu de la distribution du foncier forestier français, on favorisera une multitude de placettes dédiées à la biodiversité au milieu de parcelles dédiées à la productivité sylvicole, dans tous les massifs forestiers de France et de Navarre. Ainsi, on évitera l’écueil des solutions radicales du « tout sanctuarisé » ou « tout industrialisé ».

Nicolas Mathieu: France, état des lieux

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L'écrivain Nicolas Mathieu © Hannah Assouline

Connemara, le dernier roman du prix Goncourt 2018, brosse dans la grande tradition du roman réaliste le portrait d’une société qui voudrait espérer mais qui ne le peut pas.


C’est la période qui veut ça : on ne cesse de radiographier la France. On voudrait la comprendre, anticiper ses humeurs, recenser ses métamorphoses. Les observateurs s’épuisent. On appelle à la rescousse les historiens, les géographes, les sociologues, les philosophes, les psychologues pour nous expliquer ce pays qui envoie tellement de messages contradictoires. On pense trop rarement aux écrivains pour effectuer ce travail, c’est dommage. Que saurions-nous exactement de la condition ouvrière au xixe siècle sans le Zola de Germinal ou de L’Assommoir, de la France de 1848 sans le Flaubert de L’Éducation sentimentale, de la société des années 1880 sans le Maupassant de Bel-Ami ? Pas grand-chose, sauf si nous étions des spécialistes de ces périodes. C’est là la force du roman : il renseigne, bien sûr, mais surtout, il incarne. Les statistiques, les graphiques, les cartes deviennent des personnages. Bien sûr, il faut être un bon romancier pour réussir ce qu’on pourrait appeler le paradoxe du voisin. À la fin de votre lecture, vous connaissez mieux des personnages fictifs que votre voisin de palier.

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Prenons le dernier roman de Nicolas Mathieu, Connemara, comme la chanson de Michel Sardou qu’un des personnages écoute dans sa voiture – alors qu’il est en train de se demander s’il ne rate pas sa vie. Une chanson qui le renvoie à l’enfance, quand sa mère l’écoutait sur un transistor le dimanche matin en écossant des petits pois pendant que lui dessinait un château fort sur la toile cirée. On mésestime la variété et on a tort, elle dit beaucoup de notre sensibilité et de notre société. Fanny Ardant, dans La Femme d’à côté de Truffaut, l’avait bien compris : les romances disent toujours la vérité.

Prix Goncourt 2018

Nicolas Mathieu est un écrivain qui réussit à donner corps à ses personnages, à montrer comment ils se débattent face aux déterminismes de classe et d’époque. En 2018, on s’était réjouis que le prix Goncourt couronne Leurs enfants après eux, un roman social qui explore les effets dévastateurs de la désindustrialisation lorraine sur deux générations, mesure ses effets sur les lieux et sur les corps, les désirs, les espérances et les désillusions de toute une population. On ne transforme pas impunément le monde de la fierté ouvrière en celui du chômage de masse sans provoquer quelques réactions. Elles se traduisent dans les résultats électoraux ou dans des manifestations sociales parfois violentes comme celles des Gilets jaunes. De quoi paniquer les observateurs et provoquer chez eux une incompréhension teintée de mépris.

Flaubert, Zola ou Maupassant avaient inventé une méthode : ils se documentaient puis oubliaient leur documentation. Le lecteur ignorait ce travail colossal et ne voyait que l’extraordinaire épaisseur des personnages et la justesse des situations. Il en est de même avec Nicolas Mathieu. Il nous plonge dans le milieu du consulting, celui de ces gens très diplômés et très bien payés pour expliquer à des entreprises ou des collectivités locales comment « se réorganiser » – ce qui signifie généralement licencier. Il est tout aussi à l’aise pour nous parler de la « common decency » des classes populaires dont il est issu que d’une équipe locale de hockey sur glace où se joue beaucoup plus que les matchs disputés. Preuve que l’on touche ici au grand art, celui qui ne connaît rien au hockey se prendra à se passionner pour des circonvolutions avec crosses et palet.

Un romancier de la France des « Grandes régions »

Pourquoi avons-nous l’impression de connaître aussi bien Hélène et Christophe, les deux héros de Connemara ? Parce qu’ils sont les fruits d’une histoire, d’un milieu, d’un territoire que l’auteur autopsie avec minutie. Connemara est un roman où il ne se passe rien de romanesque et où, pourtant, la vie affleure à chaque page. Nicolas Mathieu a renouvelé pour la France d’aujourd’hui la méthode naturaliste du xixe siècle, celle que Maupassant exposait dans la préface de son roman Pierre et Jean : « Le romancier qui prétend nous donner une image exacte de la vie, doit éviter avec soin tout enchaînement d’événements qui paraîtrait exceptionnel. Il montrera de cette façon, tantôt comment les esprits se modifient sous l’influence des circonstances environnantes, tantôt comment se développent les sentiments et les passions, comment on s’aime, comment on se hait, comment on se combat dans tous les milieux sociaux, comment luttent les intérêts bourgeois, les intérêts d’argent, les intérêts de famille, les intérêts politiques. »

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Hélène et Christophe vont avoir 40 ans. On ne s’interroge pas assez sur la polysémie de la quarantaine, un âge mais aussi un isolement forcé entre la jeunesse et la maturité. Nous sommes à l’époque où le quinquennat Hollande prépare la création des « Grandes Régions ». Nicolas Mathieu montre au passage, notamment pour la région Grand Est où se déroule son histoire, l’aberration technocratique de la chose. Une réorganisation autoritaire du territoire sous prétexte d’économies budgétaires, qui va coûter une fortune, se révéler inefficace et, surtout, achever de désorienter des habitants qui n’avaient pas besoin de ça.

Hélène et Christophe sont originaires de Cornécourt, ville moyenne fictive sise à une encablure d’Épinal. 15 000 habitants, un maire sans étiquette qui est là depuis toujours et qui élève des chiens en espérant que l’usine de papeterie tenue par des Norvégiens ne ferme pas, car c’est le dernier gisement d’emplois, comme on dit. Christophe, divorcé, habite chez son père. Il vend des croquettes pour animaux domestiques. Il est plutôt bon dans sa partie malgré les « objectifs » de plus en plus inatteignables. La part de poésie dans sa vie ? Son fils Gabriel, 7 ans, dont il a la garde alternée avec sa mère qui va bientôt quitter la région. Il y a aussi les copains, célibataires, francs buveurs, qui tirent avec des carabines à plomb sur des pinces à linge. Les hommes restent toujours des mômes qui s’affolent d’avoir grandi trop vite. Et puis il y a surtout le hockey. Il a été un champion dans sa jeunesse et songe à remonter sur la glace parce que l’équipe va vraiment mal. À moins qu’il accepte de rejoindre le maire qui le verrait bien sur sa liste électorale.

Hélène, c’est la transfuge, passée des classes populaires à la classe moyenne supérieure malgré des parents qui auraient bien voulu que « la petite bêcheuse » reste à sa place. Elle est devenue consultante à Paris, s’est mariée, a eu deux filles. Évidemment, serait-on tentés de dire, elle est dépressive. Elle a réussi à convaincre son mari de retourner à Nancy, mais ne trouve pas la sérénité dans sa Lorraine natale : les open spaces sont les mêmes partout.

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Impasse mélancolique

Nicolas Mathieu excelle dans les portraits de femmes, comme l’a prouvé notamment une novela noire (Mathieu vient du polar), Rose Royal, publiée en 2019, comme pour se ménager une pause après le Goncourt. Pour un peu, avec Hélène, dont il rend parfaitement les sensations les plus intimes, on l’accuserait – c’est à la mode – d’appropriation culturelle, voire de genre. C’est oublier que les vrais écrivains, quand ils écrivent, n’ont plus de sexe, d’origine, d’âge. Il faut souligner aussi, dans Connemara, la finesse de l’observation de ces rivalités minuscules qui signent les différences de milieu social, même si on va à la même école. L’émancipation d’Hélène se fait par une amie, une fille de cadre qui lui apprend à se tenir différemment, à comprendre une série de codes aussi imperceptibles qu’impitoyables. Hélène n’est pas Madame Bovary : quand elle va rejoindre Christophe et qu’ils vont devenir amants alors qu’ils ne faisaient, ados, que se côtoyer, elle ne recherche pas une vie de rêve. Comme Christophe, dans ces chambres d’hôtel de zones commerciales, ce qu’elle retrouve, au moins pour un moment, c’est la jeunesse.

En déployant une ample narration dans le temps et dans l’espace, tout en apportant un soin particulier à ses personnages secondaires, Nicolas Mathieu brosse le portrait d’un « aujourd’hui français ». Un pays inquiet et résigné malgré ses bouffées de colère, un pays désenchanté avec des gens de bonne volonté qui cherchent à trouver une raison de vivre à travers leurs enfants, dans l’amour mais certainement pas dans des métiers dépourvus de sens, ni même dans la politique. Un pays dans une impasse mélancolique qui n’attend plus grand-chose ou qui ne sait peut-être même plus au juste ce qu’il attend, ce qui est encore pire.

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Cendrillon, sous l’éclairage de la Fée-Electricité

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© Monika Rittershaus / Opéra national de Paris

Tonnerre d’applaudissements au tomber de rideau de la première de « Cendrillon », samedi 26 mars.


L’immortel Jules Massenet est décidément mis à l’honneur cette année, la même salle de l’Opéra-Bastille ayant accueilli, il y a un mois à peine, Manon, l’autre opéra-comique archi connu du compositeur inspiré de Thaïs, d’Hérodiade ou de Werther, aux mélodies si délicatement chatoyantes. Tant mieux.

Monika Rittershaus / Opéra national de Paris

Sous la baguette de Carlo Rizzi, cette nouvelle production mise en scène par Marianne Clément (décors et costumes signés Julia Hansen) tire intelligemment l’adaptation lyrique du célèbre conte de Perrault vers l’époque exacte de sa création, à l’aube naissante de la Belle Epoque : tableautins animés en noir en blanc qui, renvoyant au premier Septième art, accompagnent les préludes de chacun des quatre actes ; usine textile tarabiscotée par quoi s’ouvre le spectacle, allusion évidente aux inventions de l’âge industriel telles que visitées par le génie de Méliès ; verrière de fer qui, pour figurer la salle des fêtes du palais où le livret de Henri Cain inscrit le deuxième acte, prend modèle sur l’esthétique des Grand et Petit Palais parisiens, quitte à  transformer le plateau tout entier en édifice de l’Exposition universelle 1900… Sous les auspices du grand compositeur dans sa maturité tardive (en 1899, date de la création de « Cendrillon », Massenet est âgé de 57 ans –  il mourra en 1912),

Cendrillon (dans le rôle, la soprano d’origine irlandaise Tarra Errgaught, légende vivante du Bayerische Staatsoper de Munich)n’a plus rien d’un conte pour enfants : Madame de La Haltière, génitrice de Lucette (car Cendrillon est ici pourvue d’un prénom) y figure une marâtre bourgeoise, antipathique mère-maquerelle tenaillée par une unique obsession :  choper le parti le plus rentable en faveur de ses filles, Noémie et Dorothée. Choisissant avec tact de pasticher les opéras du XVIIIème siècle, ainsi que le fera un peu plus tard Richard Strauss pour le jeune Octavian du Chevalier à la Rose, Massenet travestit en femme le Prince charmant (chanté, au reste, avec une grâce absolue par la mezzo- soprano britannique Anna Stephany), tandis que la Fée, quant à elle, dans cette mise en scène 100% d’époque , pourrait-on dire, crépite d’ampoules à fort voltage, telle une authentique Fée-Electricité ;  et que Pandolfe, le bonasse chef de famille rivé à son canapé anglais en cuir, semble bien souscrire à la tentation néo-rurale, avant la lettre: « Viens, entonne-t-il en effet, à l’adresse de sa petite Lucette/ Cendrillon dans le premier tableau du troisième acte, nous quitterons cette ville/où j’ai vu s’envoler ta gaîté d’autrefois/Et nous retournerons au fond de nos grands bois, / Dans notre ferme si tranquille, / et nous serons heureux, / Bien heureux, tous les deux… ».  

Cendrillon. Conte de fées en quatre actes et six tableaux, opéra-comique de Jules Massenet (1899), d’après Charles Perrault. Direction musicale : Carlo Rizzi. Mise en scène : Marianne Clément. Avec Tarra Erraught, Daniela Barcellona, Anna Stephany, Kathleen Kim…

Du 29 mars au 28 avril. Durée du spectacle : 2h40. Opéra-Bastille. Paris.  

Dans les travées du meeting parisien de Zemmour, qui entend encore créer la « surprise »

Trocadéro, 27 mars 2022 © Lewis Joly/AP/SIPA

Éric Zemmour a réalisé le plus grand rassemblement de la présidentielle, à Paris place du Trocadéro, hier. Mais la plupart des commentateurs préfèrent s’attarder sur l’incident des “Macron assassin” scandés par la foule. Causeur était dans les travées.


La météo était avantageuse. Une hirondelle ne fait pas le printemps, mais Éric Zemmour semble bien avoir réussi son pari. 100 000 citoyens se sont réunis au Trocadéro pour écouter le candidat de « Reconquête ». 100 000, du moins… selon les dires du candidat ! Assurément plusieurs dizaines de milliers en tout cas, la place étant largement pleine. Les sondeurs disaient sa campagne au crépuscule depuis plusieurs semaines, elle attendait une nouvelle aurore…

Éric Zemmour était précédé derrière le pupitre par ses soutiens Marion Maréchal, Nicolas Bay, Philippe de Villiers, Jacline Mouraud, Guillaume Peltier, Laurence Trochu et beaucoup d’autres. Une polémique médiatique est née après que quelques “Macron assassin!” aient été repris un instant par une partie de la foule. Nous allons bien sûr y revenir.

Une bonne droite

Nicolas Sarkozy avait réussi un rassemblement similaire au même endroit en 2012, et la droite s’y était également réunie autour de François Fillon en 2017. Le candidat de « Reconquête » a avant tout promis à ses supporters une « surprise à venir ». « Nous allons déjouer les pronostics », leur a-t-il assuré. « J’ai choisi le Trocadéro pour venir laver les affronts de la droite, les affronts du peuple qui a le sentiment légitime qu’on lui a trop longtemps volé son vote » promettait-il hier. « Nous sommes les seuls à être de droite dans cette campagne. Nous sommes les seuls héritiers d’une droite qui aime la France, le peuple, le travail, l’ordre et l’identité. » Pour réussir son pari, le candidat a renouvelé ses appels à l’aide à des figures politiques de droite qui pourraient se reconnaitre naturellement dans son discours, et les a fait applaudir par la foule : Eric Ciotti, François-Xavier Bellamy, Laurent Wauquiez, Nadine Morano et même Jordan Bardella.

À deux semaines du premier tour, le candidat s’est dit lassé de tous ceux qui trouvent son discours trop dur, trop martial : « certains s’indignent de ma fermeté. Ce qui m’indigne, moi, ce ne sont pas les mots, ce sont les drames quotidiens que vous subissez » s’est-il justifié, ajoutant : « la crainte de la fin de la France, c’est le malheur indéfinissable de se sentir étranger dans son propre pays, l’horreur devant les victimes qui se multiplient, le désespoir devant une classe politique si lâche. »

Catherine et Armelle, militantes issues de LR, se disent déçues par l’abandon des « valeurs sociétales par leur parti ».

A lire ensuite: Éric Zemmour: «J’arracherai la culture aux griffes de la gauche»

Les générations se rencontrent. Antoine, 18 ans, lycéen venu de Dijon, et Michel, ancien dirigeant de société vivant en banlieue parisienne échangent sur les raisons de leur vote. Le premier incrimine l’insécurité et l’immigration ; le second la perdition morale de la société. 

Dans les allées, personne n’est encore prêt à le lâcher. « J’y crois, je suis plutôt confiant. Cela faisait une décennie que je ne votais plus, la dernière fois c’était pour Sarkozy en 2007 » témoigne Alfred, ancien cadre d’Air France venu du Val d’Oise. Il ne se laisse pas décourager par la morosité des sondages : « Vous avez vu les sondages libres sur Twitter ? Les élections se font sur les réseaux sociaux désormais. Les grands médias ne sont plus aussi prescripteurs qu’autrefois » croit-il savoir. Un peu plus loin, le président du comité Trump France, Georges Clément  – lequel regroupe une centaine de supporters français de l’ancien président américain – veut croire à un coup de théâtre le 10 avril : « la situation de Zemmour me fait penser à celle de Trump en 2016, à l’observation notamment de deux éléments : les sondages ridicules qui le donnent balayé et l’ampleur des foules qui viennent l’applaudir. On pourrait revivre la même grande surprise »

On retrouve un peu partout ce mélange de confiance et d’assertivité. Un agrégé d’anglais et ancien directeur de lycée parisien nous détaille sa perception de la confection des sondages par le menu : « quatre électeurs sur 10 peuvent changer d’avis au dernier moment. Nous n’en sommes pas du tout au moment de la cristallisation électorale. Tout peut encore arriver ». Après avoir voté Mitterrand en 1981, Chirac en 1995 et Chevènement en 2002, son choix ne fait en tout cas pas de doute : pour 2022, ce sera Zemmour.

Macron assassin

Quand le candidat évoque les victimes de l’ensauvagement de la société dans son discours, nous avons effectivement bien entendu jaillir des cris « Macron assassin! » quelques instants depuis l’assistance. Comme bien d’autres observateurs présents, nous nous sommes alors retournés vers notre voisin (en l’occurrence, nous, vers Yannis Ezziadi) : « voilà qui est vraiment très con ! »

Plus tard, les journalistes repasseront la séquence en boucle. Sur BFMTV, Philippe Corbé dira : “Vous vous rendez compte de ce que cela veut dire, assassin ? (…) Cela signifie que la foule accuse le président français d’avoir prémédité la mort de Français ?” Derrière l’insulte malheureuse au monarque républicain, les commentateurs n’ont apparemment pas entendu le cri d’une foule excédée par la montée de la violence dans la société française, foule par ailleurs chauffée à blanc par les écrans géants du meeting où étaient diffusés des témoignages de proches de victimes soutenant Zemmour. 

Le candidat assure ne pas avoir entendu ces insultes depuis la tribune. Il écrit aujourd’hui : « Je n’ai pas entendu ce mot dont la presse parle et que je ne cautionne pas. Mais j’ai vu ce dont la presse ne parle pas : j’ai vu 100 000 Français enthousiastes, patriotes et fiers. J’ai vu des Français qui n’en peuvent plus des politiciens et de l’idéologie de gauche ! »

Trop dur sur l’assimilation ?

Il l’avait dit dans le numéro de novembre de Causeur, Zemmour tend toujours la main aux « musulmans qui s’assimilent ». Il a reprécisé dimanche pendant un long moment ce qu’il attendait exactement, et a procédé à un habile renversement accusatoire, rappelant que lui voulait un État qui ne distingue plus les citoyens selon leurs origines, leurs couleurs de peau ou leur religion, contrairement aux autres “politiciens”, notamment de gauche.

Alfred, ancien cadre chez Air France, doute de la valeur des sondages officiels : « J’y crois encore, l’élection se fait de plus en plus sur les réseaux, et de moins en moins sur les grands médias ».

Solennellement, il annonce : “On a souvent joué sur les peurs avec mes propos, alors aujourd’hui au Trocadéro je veux parler directement à nos compatriotes de confession musulmane. Car les journalistes et politiciens vous désinforment et vous mentent. Ils vous font croire que je veux vous empêcher de pratiquer votre religion, c’est faux. Je connais l’islam mieux qu’aucun de mes concurrents. Je connais l’islam comme vous. Vous êtes issus d’une culture que je connais bien (…) car mes ancêtres sont nés en Algérie. Vous venez d’une culture dans laquelle la franchise compte autant que la parole donnée. Alors je sais que vous attendez qu’on vous parle sincèrement, pas comme tous les autres hypocrites qui n’osent jamais vous dire vraiment ce qu’ils pensent. Alors je ne me cache pas et je vous le dis : il y a un problème avec l’expansion de l’islam aujourd’hui en France. Il y a un problème car nos politiciens ont reculé, car ils ont voulu que la France fasse des accommodements raisonnables avec l’islam au lieu de demander aux musulmans de faire des accommodements raisonnables avec la France !” De quoi parle Zemmour ? Pas d’abandonner la pratique de la religion, donc : “Rien ne vous empêche d’être de vrais Français et de vivre votre religion dans le respect des lois et dans la discrétion. Le choix que je vous propose, c’est d’embrasser la culture française, une langue, notre histoire, nos mœurs et notre art de vivre. Je veux croire que c’est possible. Beaucoup de nos compatriotes musulmans ont déjà fait le choix de l’assimilation, et, ceux-là, je le répète, sont nos frères.” En revanche, pour ceux qui n’aiment pas la France et sa culture, le candidat reste cassant : “Si vous ne souhaitez pas être Français, eh bien c’est votre droit. Mais assumez-le ! Je suis honnête avec vous, soyez le avec la France. Ce n’est pas à la France de s’adapter à votre culture, mais à vous de faire vôtre la culture française”.

Beaucoup de jeunes

Parmi ceux venus écouter Éric Zemmour au Trocadéro, certains ne sont même pas encore des électeurs potentiels, il s’agit des nombreux lycéens parisiens de 16 ou 17 ans venus entendre ce « mec » « qu’ils adorent ».

Un public plutôt jeune devant les sculptures de soldats morts pour la France, Trocadéro, 27 mars 2022.

Ou Amine, « de nationalité algérienne », qui se retrouve simplement dans une partie de son discours: « beaucoup de Français ou résidents d’origine maghrébine ne veulent pas être confondus avec l’islamisme ou l’attitude de certaines étrangers ». Le scepticisme n’est jamais avoué même si beaucoup de militants admettent rencontrer quelques difficultés à convaincre leur entourage, notamment chez les sympathisants de la droite conservatrice pur sucre – celle qui devait déjà figurer au Trocadéro pour soutenir François Fillon en 2017. Armelle et Catherine, sympathisantes LR retraitées ayant consenti à nous donner leur âge vénérable, 80 et 79 ans, se disent contrariées « que les LR abandonnent toutes leurs valeurs sociétales ». Leur adhésion est franche : « Zemmour croit en ce qu’il dit et appelle les choses par leur nom ». Incrimineraient-elles certaines convenances bourgeoises, une prudence de la bonne société à rejoindre cet homme par qui le scandale arrive ? « Beaucoup de gens ne disent pas pour qui ils votent. Il y a une grande prudence voire une certaine timidité chez nos amis. Il faut toujours faire « comme il faut ». Ils font de savants calculs électoraux et intellectuels pour justifier un vote raisonnable et ont peur de quitter les sentiers battus… » N’en demeure pas moins qu’on croise moult polos Ralph Lauren et pantalons rouges dans le meeting et dans les artères du XVIe arrondissement autour du Trocadéro, que l’on devine tout juste sortis du diner en famille.

« Dans mon milieu, on pense encore beaucoup aux situations acquises, à la conservation des affaires – un peu plus qu’à la France » regrette Michel, ancien patron de société qui a fait le déplacement depuis les Hauts-de-Seine.

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Un groupe de jeunes étudiants en BTS, venu de Lyon, tout en se disant convaincu par les propositions du candidat et excédé par l’insécurité dans leur ville – qu’ils attribuent à l’immigration et au laxisme de la municipalité – regrette que leur candidat se soit aventuré sur « le sujet des prénoms, du ministère de la remigration ou du refus d’accueillir les réfugiés ukrainiens » – propositions qui seraient à l’origine de son tassement dans les sondages. 

“Rien ni personne” n’arrête la “puissance française”

C’est déjà la conclusion du discours. Zemmour offre au public venu l’applaudir une dernière et belle envolée faisant vibrer les cœurs. Les sympathisants sont en plein soleil depuis plus de deux heures. Rappelant qu’”impossible n’est pas français” et annonçant qu’il va “tout donner dans les 14 jours qui le séparent du premier tour”, car 2022 est selon lui la dernière chance, le candidat s’égosille:

“Quelle belle et grande aventure, quelle énergie nous allons déployer dans les deux semaines à venir, quelle détermination je sens chez vous aujourd’hui. Français, nous avons fait en trois mois ce qu’aucun politicien n’avait jamais réussi à faire en quinze ans. (…) Allons-nous décider de notre avenir, allons-nous donner tout à la France ? Oui (…) parce que rien ni personne ne nous empêchera d’écrire le destin de notre pays. Rien ni personne ne nous volera cette élection, rien ni personne ne nous empêchera de nous battre (…) rien ni personne ne nous fera reculer ou baisser les yeux, parce qu’il faudrait nous arracher le cœur, et ils n’y arriveront pas. Le peuple qui décide de se lever et la surprise de cette campagne, c’est nous !“ La foule est ravie. En quelques mois, le polémiste, plutôt gracile et malicieux, s’est transformé en redoutable tribun en se servant de sa grosse voix. 

Le candidat de droite est désormais à la reconquête… de l’opinion !

Pour TF1, Jacquouille vaut bien une élection

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Christian Clavier dans le film Les Visiteurs en 1993, le premier de la série © REX FEATURES/SIPA

En programmant « les Visiteurs » en prime time le soir du premier tour des élections présidentielles et en privant ses téléspectateurs d’une soirée électorale intégrale, TF1 envoie un message subliminal qui ne peut que renforcer l’abstention. Pour la première chaîne, les élections sont finalement des pièges à cons et comme celle-là est pliée d’avance, alors autant laisser la place au rire. Votez, oubliez et allez-vous marrer!


Les politologues, les sondeurs médiatiques, les propagandistes de la macronie et les seconds couteaux des partis politiques concurrents seront priés de quitter le plateau de TF1 à 21h30 le 10 avril !

Autant donner aux téléspectateurs une vraie comédie qui remplace la mascarade politique. Voilà ce que dit en vérité la chaîne.

La première chaîne de France et d’Europe a donc annoncé que sa soirée électorale aura une durée limitée de trois heures et se déroulera de 18h30 à 21h30 seulement. Après, place au divertissement avec la diffusion de la comédie culte des années 90 signée Jean-Marie Poiré, « les Visiteurs ». Ce sont les gamins qui vont être contents !

Un film que tout le monde a déjà vu plusieurs fois

Ainsi, dans des millions de foyers, le soir du premier tour, au lieu d’assister aux habituelles passes d’armes entre adversaires politiques, on entendra hurler Jacquouille La Fripouille « Messire, messire, pouah ça puire ! », « Okayyyy ! », ou encore « merci la gueuse, tu es un laideron mais tu es bien bonne », toutes ces répliques que tout le monde connaît par cœur. Il faut dire que le film a été diffusé plus de 27 fois. Alors une de plus, ça ne peut pas faire de mal – sauf peut-être pour l’originalité des programmes. Peu importe, ce qui compte c’est que les rires fassent oublier les résultats et que le puéril amusement détrône l’importance du moment.

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« En tant que chaîne leader, nous considérons que dans la partie chaude d’une heure et demie on peut avoir donné l’intégralité des faits, des résultats, des réactions, des commentaires », a expliqué cette semaine Thierry Thuillier, le directeur général adjoint du pôle information de TF1 en guise de défense pour désamorcer les éventuelles critiques. Autrement dit, pour Thierry Thuillier, le choix du destin d’une nation ne mérite pas de passer toute la nuit à analyser les résultats et à débattre des futurs ralliements stratégiques, du niveau de l’abstention (annoncé comme historique) et des reports de voix décisifs. Exit, la tradition des soirées électorales qui s’éternisent jusqu’à pas d’heure et qui rendent palpable une certaine identité française pour la passion du débat politique.

Evolution des usages et des attentes

Thierry Thuillier pratiquerait la culture de l’effacement ? Peut-être, en tout cas, l’élève ne fait que dépasser le maître puisqu’il ne fait que s’inscrire dans la droite ligne de son illustre prédécesseur, Patrick Le Lay connu pour sa déclaration à la véracité aussi fracassante que déconcertante selon laquelle TF1 vendait du « temps de cerveau disponible » à Coca-Cola et autres annonceurs multinationaux.

Pour Thuillier, le temps de cerveau disponible du citoyen téléspectateur après les résultats de 20 heures est de 1h 30 minutes et l’agora est un show de courte durée où il s’agit de bombarder les scores des candidats, d’enchainer deux ou trois punchlines et un fact checking à la vitesse d’une story sur Instagram.  

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 « La chaîne de télévision justifie cette décision par une évolution des usages et des attentes, face à la multiplication de l’offre notamment sur les chaînes d’information. Les aficionados de la politique pourront d’ailleurs continuer de voir la suite de la soirée électorale à partir de 21 h 30 sur LCI » écrivent les Echos. Ceux qui ne sont pas contents n’auront qu’à zapper sur LCI, c’est l’autre bonne excuse donnée à la tour TF1 de Boulogne-Billancourt. Mais derrière ce discours marketing bien rodé se cache peut-être une autre raison qui motive la chaine à écourter la soirée électorale : « Il y a moins de suspense qu’en 2017 » murmure-t-on dans les couloirs de TF1. Cet aveu déconcertant envoie un message subliminal terrible aux électeurs.

Pour TF1, les dés sont pipés : le duel annoncé depuis des mois aura bien lieu, Macron vs Le Pen et Macron sera automatiquement réélu. Alors, pourquoi subir une comédie surjouée où les éléments de langage habituels seront déversés, ponctués d’invectives, où les reductio ad hitelrum pleuvront et le cordon sanitaire face à un péril fasciste fantasmé sera encore une fois agité ? Autant donner aux téléspectateurs une vraie comédie qui remplace la mascarade politique. Voilà ce que dit en vérité la chaîne. Alors si votre cerveau souhaite un véritable débat au soir du premier tour, prenez votre télécommande et zappez, ou rendez-vous sur les réseaux sociaux ! Okayy ?

Marine Le Pen en Guadeloupe: ah, les lâches!

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Deplacement de Marine Le Pen en Guadeloupe, 26 mars 2022 © MOREL.Gilles / SIMAX / SIPA

La candidate du Rassemblement national a vu son déplacement dans l’île chahuté par quelques opposants indépendantistes d’extrême gauche… Une vingtaine de militants ont fait irruption pendant un entretien avec des journalistes, samedi soir, et l’ont interrompu sous les cris de « Raciste ! »


Ce qui s’est passé en Guadeloupe est une honte démocratique. Une vingtaine de militants d’extrême gauche s’en sont pris à Marine Le Pen. Elle a été violemment bousculée et a dû être évacuée. Il convient de rapprocher cet épisode choquant des agressions, intimidations, jets de projectiles, dont Eric Zemmour, ses soutiens et ses militants ont été régulièrement victimes ces derniers temps. La violence est donc partagée à l’encontre de ces deux personnalités et amèrement on constate que la parité est respectée.

Il faut dénoncer toutes les violences dans cette campagne!

Ne votant demain ni pour l’une ni pour l’autre, on ne peut me suspecter de m’indigner seulement de manière intéressée. Dès que j’ai pris connaissance de cette déplorable péripétie à l’encontre de Marine Le Pen, je l’ai dénoncée sur mon compte Twitter et sur TikTok en ajoutant qu’évidemment la macronie se taisait et qu’Emmanuel Macron ne réagissait pas, ligoté par sa posture de candidat. Mais je fais amende honorable, j’ai eu totalement tort.

Ce qui montre bien la validité d’un précédent article où je soutenais que le président-candidat n’offrait pas à ses opposants le grand avantage d’être médiocre. En effet, avec un certain retard – j’admets qu’il a aussi d’autres sujets de préoccupation -, il est intervenu sur France 3 pour condamner « toute forme de violence en politique », ajoutant « je combats les idées de Marine Le Pen, mais avec respect » et qu’il faudra « des clarifications et que la justice passe ». Il a sauvé l’honneur de la classe politique dont il fait partie car je n’ai entendu personne d’autre sur ce même registre. Ce propos qu’il a tenu et donne sur ce plan une belle image de lui rend d’autant plus odieux les cris de « Macron assassin » proférés au meeting du Trocadéro par des soutiens d’Eric Zemmour. Il devrait y avoir des limites à l’esprit partisan !

L’autre abstention

Chacun des autres candidats, enkysté, englué dans sa seule cause, s’est montré incapable, sans doute secrètement réjoui, de dire ce qui convenait et de dépasser l’intérêt immédiat de sa campagne au profit d’une attitude républicaine. Face à ces abstentions, je ne peux m’empêcher de penser que pour certains il y a presque une forme de normalité dans les violences commises au détriment d’un camp qu’ils qualifient paresseusement d’extrême droite. En effet, ce n’est pas d’aujourd’hui que l’ultradroite, dans ses débordements, est stigmatisée et condamnée sur-le-champ quand l’ultragauche est souvent comprise, traitée en tout cas avec une infinie indulgence. Comme si l’esprit révolutionnaire et les pulsions affichées progressistes bénéficiaient par principe d’une sorte de complaisance aussi bien politique que médiatique.

La lâcheté de cette minorité d’extrême gauche guadeloupéenne paraissant fière d’elle pour des procédés qui devraient la disqualifier, me remet en mémoire un fait divers en 1997 à Mantes-la-Jolie, où Jean-Marie Le Pen, à la suite d’une bousculade mal éclaircie avec la député-maire Annette Peulvast-Bergeal, s’était vu unanimement honni entre autres parce que sa victime était une femme. Les temps ont changé et la courtoisie républicaine s’est délitée.

Nouveau monde

On va me répliquer que je suis naïf, qu’il est vain de croire qu’on pourra revenir en arrière, dans ces temps où la vigueur des mots suffisait et où l’affrontement se contentait des antagonismes des esprits et des argumentations.

J’assume cet espoir, qui n’est peut-être pas qu’une illusion, d’un monde politique qui saura faire revenir les citoyens vers lui parce qu’il leur aura donné, fond et forme compris, promesses tenues, sincérités acquises, la certitude d’une authentique nouvelle ère. Et je rends grâce à Emmanuel Macron qui, fuyant pourtant le débat, a su proférer ce qu’on attendait de sa haute fonction avant le premier tour de l’élection présidentielle. Mais quels lâches en Guadeloupe !

Libres propos d'un inclassable

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Aux Oscars Will Smith a frappé Chris Rock

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Will Smith frappe l'humoriste Chris Rock sur scène lors de la cérémonie des Oscars, le 27 mars 2022 © Chris Pizzello/AP/SIPA

La 94e cérémonie des Oscars s’est tenue le dimanche 27 mars au théâtre Dolby de Los Angeles. Will Smith a reçu l’Oscar du meilleur acteur pour le rôle de Richard Williams dans La Méthode Williams. Mais l’acteur a fait parler de lui d’une autre manière plus tôt dans la soirée. En effet, il n’a pas apprécié que l’humoriste Chris Rock se moque de l’alopécie de sa femme. Pour exprimer son indignation, il est monté sur scène et a giflé l’humoriste devant tout le monde. On savait déjà que Jada Pinkett-Smith perdait ses cheveux, on sait désormais que son mari perd son calme tout aussi vite…


Ça s’est passé en direct lors de la cérémonie. L’un a donné une gifle à l’autre. Et on le comprend : Chris Rock s’était moqué de la coiffure de la femme de Will Smith. La malheureuse souffre de calvitie.

Des dizaines de millions d’Américains ont vu la scène. Des Américains blancs, des Américains noirs. Et ils ont manifesté de la compréhension pour la gifle de Will Smith.

A lire ensuite: César 2022: fini le cinéma “woke”?

Les progressistes n’ont aucun sens de l’humour

Les deux protagonistes de cette scène, qui restera dans les annales du cinéma, sont noirs. Will Smith est producteur, scénariste, réalisateur, acteur, il pèse des millions de dollars. Chris Rock est un humoriste presque aussi riche que celui qui l’a frappé.

Cet épisode jette une lumière intéressante sur le racisme supposé qui sévirait aux États-Unis. Des Noirs peuvent brillamment réussir à Hollywood. Tous ne sont pas relégués dans des ghettos, contrairement à ce qu’on nous avait raconté. Tous ne meurent pas sous les coups de policiers brutaux, contrairement à ce qu’affirment les militants « Black Lives Matter ».

A lire aussi : L’académie des Oscars impose plus de noirs, d’homosexuels ou de femmes pour la catégorie du meilleur film

On imagine avec effroi ce qui serait advenu si Will Smith avait été blanc. Des milliers de manifestants seraient descendus dans la rue en criant « Black Lives Matter ». C’est ainsi que l’Amérique est grande dans sa complexité. Le soi-disant « privilège blanc » n’est à l’évidence qu’un leurre et une imposture. Autre événement aux Oscars qui montre que la charité bien-pensante n’a pas dit son dernier mot. Le film « CODA » a été récompensé. Il met en scène des personnes sourdes. Les médias que nous avons consultés ne précisent pas si le film est muet…

Il y avait enfin, parmi les postulants, un western montrant un cowboy refoulant son homosexualité. Scandale : il n’a pas été primé ! Les associations LGBTQIA+ américaines vont assurément rapidement protester.