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Et vous? Vous êtes plutôt Ségolène Mélenchon ou Jean-Luc Royal?

Ségolène Royal est persuadée d’être à l’origine de la récente ascension de Jean-Luc Mélenchon dans les sondages…


Le temps a été cruel avec Ségolène Royal – merci de n’y voir aucune allusion à son physique. Il y a 15 ans, elle a atrocement souffert de ne pas avoir été élue présidente de la République. D’avoir été faite cocue par son compagnon lui a infligé des blessures d’amour-propre encore plus meurtrières… Enfin, ce qu’on croyait être le coup de grâce lui est venu quand le Parti socialiste a choisi une autre qu’elle pour être candidate à l’Élysée en 2022.

Ce qui ne l’a tue pas la rend plus forte

Toute autre que Ségolène Royal ne s’en serait pas relevée et aurait plongé dans une profonde et interminable dépression. C’était bien mal la connaître. Ségolène Royal est une femme debout et ses cicatrices n’ont fait que l’endurcir.

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Ainsi, armée de sa « bravitude », elle s’est employée à piétiner l’usurpatrice qui avait eu la place qui lui revenait de droit divin. Elle s’est acharnée sur Anne Hidalgo: moqueries, mépris, quolibets. Elle a savouré en ricanant bruyamment les 2% que la Maire de Paris obtenait dans les sondages.

À première vue Ségolène Royal c’est Ma Dalton: rageuse, dominatrice, dictatoriale. Mais à y regarder de plus près elle serait plutôt une Tata Flingueuse. La Hidalgo, elle l’a éparpillée façon puzzle : écrabouillée, pantelante, un pied dans la tombe. C’est qu’il ne faut pas la chercher la Ségolène !

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Elle vient une nouvelle fois de le prouver en confirmant officiellement son ralliement à Jean-Luc Mélenchon. Oui, à ce traître, à celui qui avait quitté le PS – le parti de Ségolène Royal quand même ! – pour en fonder un autre. Et d’un œil gourmand et satisfait, elle a regardé les débris d’Anne Hidalgo.

L’ingratitude de Mélenchon

Ségolène Royal a finement observé que le patron des Insoumis montait dans les sondages. Dans un premier temps elle a indiqué qu’elle n’avait pas la « prétention » d’y être pour quelque chose. Dans un deuxième temps (c’est toujours le plus intéressant), elle a déclaré qu’elle constatait néanmoins que c’est depuis son ralliement que Mélenchon obtenait ses scores flatteurs.

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Bah voyons ! A la page « vanité » du Livre Guinness des records, le nom de Ségolène Royal s’est inscrit dès la première ligne. Quelques mots encore sur le prince charmant à qui elle a déclaré sa flamme: Jean-Luc Mélenchon n’a pas eu un seul mot pour la remercier de son soutien ! Le Jean-Luc est un affreux goujat. Il faut dire que certains observateurs avisés de la vie politique française ont sagement observé que le ralliement de la Dame du Poitou lui ferait en réalité plutôt perdre des voix…

Pourtant, Ségolène Royal n’était pas venue les mains vides. Dans son sillage elle avait amené des milliers d’ours polaires, de phoques, de manchots et de pingouins qui étaient tombés sous son charme dans l’Antarctique. Mais le Conseil constitutionnel, vendu au grand capital, a refusé de leur accorder le droit de vote.

Ce que je peux enfin vous dire

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Jazz: un retour aux sources des plus prometteurs

Quand on se penche sur l’histoire du jazz, on mesure d’emblée l’importance des avancées techniques sur l’évolution de cette musique. Elles n’expliquent pourtant pas tout.


Ainsi, le passage du vinyle au microsillon a-t-il modifié la longueur et l’architecture des morceaux et des soli. L’électrification des instruments a vu l’émergence du vibraphone. Les progrès de l’électronique ont permis l’utilisation massive des claviers et des boîtes à rythmes. Ce ne sont là que quelques illustrations d’un constat indéniable : le jazz, comme d’autres arts, a toujours été tributaire de la technique.

Le jazz, un état d’esprit

Pourtant, bien au-delà des considérations purement matérielles, économiques, sociétales et politiques qui ont influé sur son cours, l’évolution du jazz se caractérise par un changement d’état d’esprit. La musique de la Nouvelle-Orléans, est, avant tout, joyeuse. Energie, vigueur, allégresse, spontanéité, expression d’une joie de vivre communicative, autant de marqueurs de l’art de Louis Armstrong, jusque dans l’interprétation des thèmes les plus tragiques, souvent transcendés par l’humour. Un état d’esprit qui imprègne le jazz des origines : on le trouve dès le premier disque enregistré en 1917 par l’Original Dixieland Jazz Band. Il perdura durant l’ère des grandes formations Swing, jusqu’ à la « révolution » du Be-Bop, dans les années 40.

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L’intellect vs l’affectif

En schématisant, on pourrait résumer cette mutation par l’influence grandissante de l’intellectualisme sur l’affectivité. Le concept prime désormais sur le sentiment. Miles Davis reste l’archétype de ce changement de climat. Le « Prince des ténèbres », loin d’incarner la joie de vivre et l’insouciance, exprime la mélancolie, voire la désespérance. Sa musique, qui influencera nombre de ses successeurs, est en rupture avec le jazz des débuts. Le second degré l’emporte sur la spontanéité, le swing a cédé sa place de notion fondamentale. Le coup de grâce sera porté dans les années 50-60. Le bruit et la fureur remplacent l’insouciance. L’engagement politique, l’abandon de tous les critères antérieurs, le refus de toute règle formelle, tels sont les fondements du Free Jazz incarné, entre autres, par Cecil Taylor ou Ornette Coleman. Les albums de ce dernier portent, du reste, des titres explicites : Something Else, The Shape of Jazz to Come, The Umprecedented Music of Ornette Coleman, autant de manifestes pour un désir de rupture parfaitement explicite. Cette radicalité n’a, à l’évidence, plus grand-chose à voir avec ce que l’on avait, jusque là, appelé « jazz ». Le voilà Instrumentalisé. La démarche s’inscrit dans le droit fil de l’art conceptuel, l’œuvre elle-même passant au second plan derrière un commentaire souvent logorrhéique. Il n’est, du reste, pas exagéré d’affirmer que le succès rencontré par cette nouvelle musique, succès, au demeurant, temporaire, tenait à des raisons qui n’avaient qu’un lointain rapport avec l’art, au sens traditionnel du terme. Les théories de la déconstruction, que l’on nomme aujourd’hui cancel culture y étaient déjà à l’œuvre. Haine de tout ce qui peut évoquer le passé, culte inconditionnel du présent et, surtout, de la nouveauté, devenue critère essentiel de la valeur d’une œuvre, tels sont désormais les « codes » à respecter.

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Vers une reconquête ?

Ces réflexions sont nées de l’écoute du dernier album d’Evan Christopher, Blues In The Air (Camille Productions/Socadisc, sous-titré The Music of Sidney Bechet. Né en 1969 en Californie, Evan Christopher, virtuose de la clarinette, se situe dans le droit fil des maîtres néo-orléanais, les Johnny Dodds, Barney Bigard, Omer Simeon, qui ont donné ses lettres de noblesse à un instrument quelque peu délaissé par la suite. Le répertoire, emprunté au Néo-Orléanais Sidney Bechet, est on ne peut mieux adapté : y figurent tous les grands succès qui ont jalonné sa carrière, y compris dans sa période française. De Polka Dot Stomp à Si tu vois ma mère en passant par Dans les rues d’Antibes et le titre éponyme, autant de thèmes que se réapproprie avec brio un ensemble particulièrement homogène, composé de musiciens qui ont fait leurs preuves, à l’instar du superbe tandem rythmique Sébastien Girardot-Guillaume Nouaux. Il propulse, avec une sûreté jamais prise en défaut, des solistes talentueux, imaginatifs. Outre le leader lui-même, Malo Mazurié (trompette) et Félix Hunot (guitare)  font preuve d’un enthousiasme réjouissant. Créativité, sens du swing, allégresse, expressivité, toutes les qualités du jazz le plus authentique se retrouvent dans leur musique. Celle-ci, faut-il le préciser, n’est nullement une copie servile. Elle témoigne de la fidélité à une tradition qu’il s’agit de préserver. Mieux, de faire revivre. Comment ne pas souscrire à un tel projet ?


Brighelli: «L’École de la République n’a pas dysfonctionné: elle accomplit ce pour quoi on l’a programmée…»

Dans son nouvel essai La Fabrique du crétin 2: Vers l’apocalypse scolaire, publié aux éditions de l’Archipel, Jean-Paul Brighelli dresse le terrible constat que l’Ecole de la transmission des savoirs est belle et bien morte et enterrée. Les raisons de cette décadence sont toutes minutieusement analysées. Du collège unique au regroupement familial en passant par le rabaissement des enseignants et la sacralisation des élèves, la méthode globale qui supplante la méthode syllabique, la novlangue de l’institution ou Najat Vallaud-Belkacem… Bonnes feuilles.


« Aujourd’hui, l’Ecole est morte. Education nationale décédée, lettre suit », écrivais-je en 2005 en ouverture de la Fabrique du crétin. La parodie du début de l’Etranger se voulait drôle. Je suis obligé aujourd’hui de l’écrire au premier degré. Oui, l’École de la transmission des savoirs, l’École de la formation des citoyens, est morte. Quinze ans plus tard, je n’ai presque plus d’espoir de changer le cours de la déroute scolaire, à moins d’un changement radical de paradigme. J’y reviendrai dans une deuxième partie.

Depuis le succès inattendu de la Fabrique du crétin, j’ai participé à maints débats où revenait sans cesse la même question : « Pourquoi l’Education nationale a-t-elle autorisé les dérives successives qui ont amené à la présente apocalypse scolaire ? » Ce livre tente de répondre de façon cohérente à cette question.

Frappés par un titre qui claquait fort, les lecteurs ont souvent oublié le sous-titre de l’essai de 2005 : « La mort programmée de l’Ecole ». Peut-être parce que le crime était si grand que l’on n’a pas voulu croire qu’il était volontaire, ni en étudier froidement les tenants et aboutissants, ou se demander à qui ou à quoi il profitait.

A lire aussi : Brighelli, dernier avertissement avant l’apocalypse scolaire

(…)

Il n’y a pas eu de complot, n’en déplaise… aux complotistes. Mais les bonnes intentions d’un lot exceptionnel de médiocrités, soucieuses, pour les unes, d’adapter l’enseignement aux nécessités du marché, et pour les autres d’élaborer enfin l’égalité promise par la République en nivelant par le bas, ont suffi à détruire ce que la France avait mis deux cents ans à élaborer. Ce sera l’objet de la première partie.

Chacun a des enfants, des petits-enfants, dont il constate, année après année, le très faible niveau de connaissances. Chacun a entendu ces mêmes enfants répondre, à la question « Qu’as-tu appris en classe aujourd’hui ? », un « Rien » pas même étonné. Comme si aller à l’école était désormais une obligation déconnectée de toute obligation de résultats. Une nécessité formelle, imposée par la loi, mais vidée de toute substance.

Oui, la médiocrité a des avantages indéniables pour un certain ultra-libéralisme européaniste et apatride

J’avoue m’être moi-même bercé d’illusions. La dénonciation des dysfonctionnements massifs, pensais-je, servira d’avertissement. Une réaction s’enclenchera, des voix s’élèveront, une vague de fond obligera les responsables du désastre à reculer…

Illusion d’autant plus forte que je n’étais pas le seul à dénoncer le gâchis. La France avait jadis l’un des meilleurs systèmes scolaires au monde. Elle a plongé dans les profondeurs de tous les classements. Les pays scandinaves d’abord, puis ceux du Sud-Est asiatique l’ont distancée, humiliée, ridiculisée.

Magazine Causeur de septembre 2019

Non, jamais un livre n’a changé une politique, quand ceux qui ont voulu cette politique se félicitent de son succès. Que ce soit pour des raisons cyniquement économiques — oui, la médiocrité a des avantages indéniables pour un certain ultra-libéralisme européaniste et apatride — ou purement idéologiques (le pédagogisme y a trouvé une matière inépuisable pour développer ses théories fumeuses), la baisse de niveau, que plus personne ne conteste sauf ceux qui justement y trouvent leur compte, ne pouvait être enrayée par des protestations, aussi éloquentes ou bruyantes fussent-elles. Nous fûmes nombreux à hurler — mais à hurler dans le désert. Nos adversaires, à force de se coopter sur la base de leurs insuffisances — et cela fait du monde —, avaient confisqué le pouvoir de décision.

Cette décadence de l’école française, parfaitement parallèle à la décadence de la nation, est un crime prémédité, commis en toute impunité et couronné de succès.

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Question subsidiaire, souvent posée elle aussi : « À quel moment l’Ecole a-t-elle commencé à dériver ? » Les lecteurs ont une mémoire longue, qui leur permet de comparer l’enseignement qu’ils ont reçu, il y a parfois soixante ans, et celui que reçoivent aujourd’hui leur progéniture. Ils ont entendu les pédagogues proclamer doctement que « les situations ne sont pas comparables », et que « l’enseignement de masse actuel ne peut fonctionner selon les méthodes élitistes d’autrefois ». Oui — mais autrefois, les élèves quittant le CP savaient lire, écrire, et maîtrisaient les quatre opérations de base, alors que la division s’apprend aujourd’hui, avec une méthode complexe et aberrante, en CM1-CM2. Et qu’elle est rarement maîtrisée à l’entrée en Sixième. Pas plus d’ailleurs que la lecture et l’écriture. Crétins peut-être pas, mais ignares à coup sûr.

Le collège unique est désormais l’une des vaches sacrées des syndicats de gauche

On a voulu ce désastre, justifié a priori et a posteriori avec les meilleures intentions du monde. Non, l’Ecole de la République n’a pas du tout dysfonctionné : elle accomplit aujourd’hui de façon routinière ce pour quoi on l’a programmée dans les années 1960- 1970.

Parce que ce n’est pas la Gauche, chargée de tous les péchés pédagogiques, et qui les a assumés et renforcés dès qu’elle a été au pouvoir, qui a voulu à l’origine cette Ecole déficiente. C’est la Droite, avec la bénédiction des autorités européennes.

Pas n’importe quelle Droite. Disons la Droite giscardienne et européaniste, qui s’est trouvée aux manettes, pour ce qui est de l’Ecole, dès les années 1960.

(…)

L’Ecole détruite au grattage et au tirage : Giscard, l’an 01 de l’apocalypse scolaire

C’est donc cet honnête destructeur de la maison France [René Haby NDLR] que Giscard choisit comme ministre de l’Education à son entrée en fonction. Et Haby ne chôme pas : le 11 juillet 1975 [1], il décrète le « collège unique ». Petit rappel pour ceux qui n’y étaient pas. Dès la fin du Primaire, vous étiez distribués en diverses sections — depuis les CCPN [2] où étaient casés les élèves en grande difficulté, les CPA qui orientaient précocement vers les métiers manuels, les collèges à filière courte et sans latin, les lycées enfin. C’est cette distinction, qui faisait sens, pédagogiquement parlant — d’autant que des passerelles existaient qui permettaient de passer d’une filière ou une autre —, que Haby fait sauter.

A lire aussi : Ecole : réformer ou refuser le collège unique ?

(…)

Au grand dam des syndicats de l’époque. La toute puissante Fédération de l’Education Nationale se dresse sur ses ergots. Il y a dans ses rangs essentiellement des gens de gauche ; mais formés dans les années 1940-1950, ils savent bien qu’un brassage général descendra impitoyablement le niveau, puisque les professeurs seront forcés de s’aligner, en classe, sur les plus faibles. Des penseurs obstinément ancrés à gauche, comme Jacques Derrida, s’opposent à la loi Haby. Selon le philosophe, la loi visait à produire des travailleurs et non des citoyens. « Elle était une réponse à la demande du patronat et un instrument de sujétion sociale » — une clairvoyance qui s’est singulièrement estompée avec le temps, le « collège unique » étant désormais l’une des vaches sacrées des syndicats de gauche.

Mais fabriquer des esclaves taillables et corvéables à merci, incapables de lire les lignes en petits caractères d’un contrat d’embauche, ne suffisait pas à nos mondialistes libéraux. Au mois d’avril suivant, ils décrètent le regroupement familial : les immigrés qui travaillaient en France depuis les années 1960 ont donc le droit de faire entrer en masse leurs familles restées de l’autre côté de la Méditerranée — l’Algérie principalement.

À l’époque, le gouvernement algérien voit d’un très mauvais œil ce regroupement — tant pis pour ceux qui croient en la thèse d’une « invasion » programmée. Il craint une diminution des envois d’argent en Algérie — et de fait…

(…)

La combinaison soudaine de ces deux phénomènes, en irriguant le champ scolaire avec des gosses qui parlaient un français très approximatif, et en les mêlant à des petits Français de niveaux fort hétérogènes, a donné le désastre que l’on sait. Ajoutez qu’au même moment déboule la méthode Foucambert d’apprentissage de la lecture, semiglobale des pieds à la tête, et le tableau est complet.

Les pédagogistes, cantonnés jusqu’alors dans des revues confidentielles, se sont senti pousser des ailes. Ils se sont sentis justifiés. Ils ont imposé peu à peu des méthodes « démocratiques » d’apprentissage du Lire / Ecrire. Fin du B-A-BA, et irruption des méthodes semi-globales : un arbre joliment dessiné, le mot arbre, et le tour est joué. Fin de la discrimination orthographique, des liens syntaxiques et des variétés d’arbres : hêtre ou ne pas être, tout est « arbre »…

A lire aussi: «L’écriture inclusive est annonciatrice d’une tyrannie»

Ce qui donne aujourd’hui de jolies phrases du genre « les arbres, il les plantes ».

Il les plantes vertes, sans doute. Meirieu m’a tuer.

Autant être clair : les immigrés de seconde génération, qui arrivent en France dans les années 1970 n’ont aucune responsabilité dans l’effondrement. Ils ont été instrumentalisés comme les autres. Ils ont été pris comme prétexte à l’insu de leur plein gré. Sans doute ne demandaient-ils pas mieux que de recevoir l’instruction des petits Français. Mais le résultat, c’est que les petits Français ont été instruits en fonction des carences des petits immigrés.

A lire: La Fabrique du crétin 2 : Vers l’apocalypse scolaire, Editions de l’Archipel, mars 2022

La fabrique du crétin: Vers l'apocalypse scolaire

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[1] Les mauvais coups législatifs se portent toujours pendant l’été, Jospin fera de même avec sa loi du 13 juillet 1989.

[2] Classes Préprofessionnelles de niveau : elles accueillaient les élèves de niveau Quatrième / Troisième incapables de suivre dans le cursus traditionnel. Elles ont été dissoutes en 1991, effet secondaire de la loi Jospin, et leurs élèves intégrés dans le parcours général — ce qui a eu pour effet de baisser encore le niveau. Les CPA étaient des Classes Préparatoires à l’apprentissage, susceptibles de former aux Centres de Formation d’Apprentis.

Laëtitia Strauch-Bonart rêve d’une France émancipée d’un Etat obèse et impotent

Dans son nouvel essai De la France (Perrin/Presses de la cité, 2022), Laëtitia Strauch-Bonart renvoie dos à dos progressistes et réactionnaires…


« L’État prend davantage au citoyen qu’il ne lui donne, mais ce qu’il lui octroie en échange est plus éphémère encore car il n’offre qu’une illusion de protection et de maîtrise. » L’accusation est lourde, le regard sans concession.

Dans un essai dense et savant, émaillé de références aux penseurs libéraux, de Tocqueville à Bastiat en passant par le philosophe britannique conservateur Roger Scruton, Laëtitia Strauch-Bonart instruit le procès de cet étatisme centralisateur pléthorique, dispendieux et inefficace qui ne fait qu’asphyxier la France. Le programme de chèques électoralistes distribués à quelques semaines de l’élection présidentielle pour répondre à l’inflation des prix du gaz et des matières premières en sont les preuves flagrantes.

Wokisme et crise identitaire, des épiphénomènes

Crise des gilets jaunes, crise sanitaire, effondrement des partis traditionnels, abstention record, déficit des corps intermédiaires… Au fil des pages, cette ex-plume de François Baroin, viscéralement libérale, devenue essayiste et éditorialiste au Point, analyse la succession de ces maux mais en se gardant bien de verser dans le déclinisme. Reconnaître que la France est en crise est une chose, poser le bon diagnostic en est une autre.

A lire aussi, Jean Nouailhac: Macron: une réélection «quoi qu’il en coûte»

Car pour Laëtitia Strauch-Bonart, les racines de la crise sont moins identitaires que politiques. Si elle évoque les attaques du wokisme et de l’identitarisme en France, c’est pour mieux les minimiser en les renvoyant à des épiphénomènes comparés à ce qui se passe aux Etats-Unis où une tyrannie identitaire s’exerce à tous les niveaux de la société sans qu’une résistance conséquente s’y oppose. « Plus la politique identitaire, dans un pays, est installée, moins la réaction y est vive, et vice versa. » La France, elle, a suffisamment de ressources culturelles pour pouvoir s’opposer à l’invasion de ce progressisme éradicateur de l’identité d’une nation, pense-t-elle. Son optimisme l’honore mais son relativisme l’égare. Pas un mot sur les réunions non mixtes du syndicat étudiant de l’Unef, et encore moins du séparatisme islamiste et des charia suspendues au-dessus de la tête de Mila ou de celle de Didier Lemaire.

Pas une séparatologue

Le propos de Laëtitia Strauch-Bonart se situe ailleurs. Trop libérale pour céder aux sirènes du « c’était mieux avant », trop conservatrice pour fantasmer sur le monde d’après, Laëtitia Strauch-Bonart renvoie dos à dos les progressistes et les réactionnaires, tous deux idéalisant l’avenir ou le passé d’une France qu’ils ne voient pas réellement. Contre « cette alternative stérile entre progrès et réaction », elle propose une voie intermédiaire, celle du libéralisme anti-étatique à l’aune duquel elle analyse les dernières crises qui ont secoué le pays. 

Ainsi, ce n’est pas à cause du retrait de l’Etat mais de son omniprésence que la France périphérique des gilets jaunes s’est embrasée, explique l’essayiste, en rappelant qu’à l’origine de la vague jaune il y avait une révolte fiscale et pas du tout une demande de plus d’aides de la part de l’État. Si Laëtitia Strauch-Bonart rejoint le constat de Christophe Guilly sur la fracture entre la France des métropoles mondialisées et la France périphérique des ronds points et des hypermarchés, c’est pour mieux s’en séparer ensuite et pointer la faille du raisonnement du géographe préféré d’Éric Zemmour ou de Jérôme Fourquet. Ceux qu’elle qualifie de « séparatologues » ne feraient qu’exagérer la fragmentation sociale en plaquant une vision moralisatrice sur une élite méprisante par nature et un peuple intrinsèquement victime. « On ne peut pas à la fois estimer qu’une catégorie entière de la population est néfaste et regretter qu’elle prenne ses distances » se moque-t-elle.

A lire ensuite: Brighelli, dernier avertissement avant l’apocalypse scolaire

De la fermeture des urgences à la disparition des bureaux de poste, le démantèlement des services publics – notamment dans les zones rurales – ne résulte pas selon l’essayiste du retrait de l’État. C’est « la centralisation politique (qui) a contribué à la dévitalisation du tissu local » explique-t-elle.

Résistance!

Le centralisme, voilà le véritable mal français qui subsiste, quoi qu’il en coûte, en dépit de la politique de décentralisation mise en place avec les lois Defferre en 1982 dont on fête d’ailleurs les 40 ans. « La décentralisation à la française fut un blanc-seing donné à la folie des grandeurs administrative ». Au lieu de dégrossir le mammouth, il a été engraissé avec son lot d’échelons supplémentaires. Laëtitia Strauch-Bonart en profite également pour dézinguer le parti de la droite classique, incapable de défendre un libéralisme débarrassé de la mainmise de l’État. Si la gauche a trahi sa mission historique en se détournant de l’amélioration des conditions matérielles de vie pour adopter le logiciel du gauchisme culturel et de la défense des minorités, la droite, elle, n’a jamais été un parti de « résistance à l’étatisme » et de promotion du localisme démocratique. Laëtitia Strauch-Bonart explique ce refus d’endosser ce combat par la crainte d’être associé à l’extrême droite historique, maurassienne, qui défendait également l’alliance entre le nationalisme et le localisme.

L’ouvrage se clôt sur une projection dans une France de 2060 qui serait débarrassée de ses pesanteurs administratives et de ses politiques irresponsables. La France rêvée de Laëtitia Strauch-Bonart, c’est une France qui reprend en main son destin, une France où la démocratie fonctionne mieux, de manière plus locale et directe, avec l’organisation de rééférendums d’initiative citoyenne réguliers.

« L’État a fait la France, mais rien n’empêche aujourd’hui la France de pouvoir refaire l’État. » Tout un programme, comme dirait l’autre.

Inflation législative: en finir avec la paperasse

L’inflation législative et administrative en vigueur dans notre pays est désolante. Philippe Bilger en appelle à davantage de pragmatisme, à l’application des lois existantes plutôt qu’à la promulgation de nouvelles et à un retour du courage politique pour mettre un terme à notre étouffante bureaucratie.


En considérant l’ensemble des programmes des candidats à l’élection présidentielle, on a le droit de se demander si cette échéance capitale n’est pas un prétexte démocratique pour satisfaire ce prurit français : la multiplication des lois, l’illusion que la loi serait une action. Pourquoi la France est-elle, plus que d’autres pays, créatrice et à la fois victime de cette dérive caractérisée pour le quinquennat d’Emmanuel Macron, notamment par « l’inflation des peines » ?

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D’abord parce qu’elle n’est pas sensible au pragmatisme qui infléchit, amende, nuance, rectifie à la marge mais préfère l’airain apparent de la généralité et de la prescription. Ensuite, elle ne voit pas d’autre moyen efficace que le recours à la loi pour agir sur le réel et éventuellement le transformer. La loi offre cette facilité d’apparaître immédiatement comme une audace ou une espérance, mais hélas, tardivement, pour un leurre. « Les lois se succédant sur un même sujet compliquent terriblement l’action de la Justice et multiplient les risques d’erreur ». Rien n’est plus révélateur de cette fuite en avant que l’obsession d’augmenter les sanctions pour certains délits ou crimes alors que dans la réalité, les peines sont très rarement édictées dans leur plénitude. On aboutit ainsi à cette aberration du changement avant même la preuve de l’impuissance de ce qui existait déjà ! Je rejoins la Commission des lois du Sénat présidée par le sénateur du Rhône François-Noël Buffet (LR) qui souligne que « l’arsenal disponible est déjà considérable » et que « beaucoup de situations pourraient se gérer à droit constant ».

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Pourquoi ces évidences ne sont-elles pas admises alors que les citoyens se plaignent de l’abus des lois ? Et les pouvoirs continuent à les multiplier tout en (schizophrénie !) rêvant de les réduire…

Pour comprendre cette absurdité qui ne serait que risible si elle n’affectait pas gravement la démocratie et ne rendait pas impossible le « nul n’est censé ignorer la loi », il convient de s’arrêter une nouvelle fois sur la disparition du courage politique. L’expérience démontre qu’il est beaucoup moins fatigant de proposer de nouvelles lois que de faire respecter celles qui existent. En effet, à l’usage on relève que dans le meilleur des cas, une courte phase de rigueur est inéluctablement suivie par un laxisme, un relâchement. Les autorités, toutes tendances confondues, ne sont pas prêtes à assumer la dure et honorable tâche de maintenir leur niveau d’exigence au plus haut.

La loi devient ainsi un simulacre, un havre de tranquillité publique. Une fuite. Comme on ne se sent plus l’envie ni l’énergie d’un authentique changement avec ce qu’il impliquerait de concertation, de technique et de nécessité, on s’abandonne à la pente républicaine la plus commode : on donne le change, on favorise la surabondance. Qu’importe que la France étouffe sous les réglementations et les lois et ait trop peu d’espace pour sa liberté ! L’essentiel n’est pas là mais que la bureaucratie du pouvoir et le pouvoir de la bureaucratie tournent à plein régime. J’attends vraiment qu’on nous mette à la diète.

Libres propos d'un inclassable

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Le Mur des cons

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«L’écriture inclusive est annonciatrice d’une tyrannie»

Le genre grammatical, ce n’est pas le sexe ! Danièle Manesse, professeure émérite de sciences du langage à l’université Paris-3 Sorbonne nouvelle, combat de toutes ses forces l’écriture inclusive. Elle répond ici, argument par argument, aux tenants de cette typographie militante. Et en féministe convaincue, elle nous livre ses réflexions sur ce qu’est devenue une bonne partie de son camp et du monde académique.


Le Regard Libre. Les défenseurs de l’écriture inclusive avancent que la langue française est inégalitaire à l’égard des hommes et des femmes. En tant que linguiste, vous validez cette idée ?

Danièle Manesse. Ces personnes se trompent. Ce qui est au cœur de cette affaire, c’est la non-compréhension de ce qu’est le masculin. J’entends: le masculin grammatical. La question fondamentale est la suivante: est-ce que le masculin de la langue est la même chose que le masculin du monde, le sexe des humains? La réponse est non. Le masculin a pris les fonctions de deux genres latins: le masculin et le neutre. Il se trouve simplement qu’en général, les humains sont désignés par des termes qui correspondent à leur sexe. Quelques mots y échappent, on dit par exemple «une» sentinelle pour un homme, mais dans l’immense majorité des cas, genre grammatical et sexe coïncident. Ce n’est pas le cas avec les autres entités du monde: le fait qu’on dise «une  chaise» (et non «un» chaise) ou «un astre» (et non «une astre») est arbitraire. Ensuite, il y a généralement un mot au masculin et un mot au féminin pour les noms qui désignent des hommes et des femmes: «un livreur, une livreuse», «un Français, une Française», etc. Mais il existe aussi des mots épicènes, qui ne changent pas au masculin et au féminin: «un artiste, une artiste». Bref, grammaire et genre sexué, ce n’est pas la même chose.

L’écriture inclusive n’est pas inclusive, pour la simple et bonne raison qu’elle complexifie à outrance l’écriture, et notamment le rapport entre l’écrit et l’oral. C’est un calvaire en plus pour les dyslexiques

Outre les déterminants et les noms, il y a les adjectifs. On tombe là aussi sur cette forme de neutre, qui a la même forme que le masculin: «Pierre et Anne sont beaux». N’est-ce pas du pain bénit pour ceux qui y voient du machisme partout, y compris dans la langue ?

Le langage, qu’on le veuille ou non, est économique: on ne dit pas «les hommes sont beaux, les femmes sont belles». On dit: «Les hommes et les femmes sont beaux». Ce qui permet cette économie, c’est ce qu’on appelle le «genre non marqué». En français, le masculin est le genre non marqué, de même que le présent est un temps non marqué. Je peux vous dire: «Je vais en Suisse dans trois mois», ou «Hier, je sors de chez moi». Ce temps est si neutre qu’en russe, le verbe « être » ne se dit pas au présent de l’indicatif.

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Peu de francophones en sont hélas conscients. L’école ne devrait-elle pas accentuer la pédagogie sur ce sujet, au lieu de seulement faire apprendre par cœur des règles de grammaire ?

Je suis d’accord avec vous. La contrepartie de la dimension économique du langage, c’est en effet son ambigüité. A fortiori le français, avec ses innombrables monosyllabes. Il n’y a pas de différence à l’oreille entre: «C’est lui qui l’a amené» et «C’est lui qu’il a amené». Or, si je parle d’une femme, alors je vais le préciser: «C’est lui qui l’a amenée, Catherine.» Le langage donne des solutions pour que nous puissions nous comprendre les uns les autres. Prenons un autre exemple. «Les parents sont venus avec leur fille et leur fils muets». A l’oral, impossible de faire la différence entre «muet» et «muets». Alors, si je ne veux parler que du fils, je vais dire: «Les parents sont venus avec leur fille et leur fils, qui est muet». C’est du moins ainsi que nous procédons comme locuteurs. On a beau essayer de contraindre la langue, elle se dirigera toujours là où elle veut. Les changements dans la langue se font d’abord à l’oral.

Au-delà de cette réalité grammaticale, il y a l’histoire, invoquée par les pro-écriture inclusive. Selon eux, et notamment le Romand Pascal Gygax, la langue française aurait subi une entreprise de masculinisation au XVIIe siècle. Vrai ou faux?

Faux. Ce sont toujours les mêmes personnes qui sont citées, à commencer par l’abbé Bouhours, en 1675, qui écrit: «Lorsque les deux genres se rencontrent, il faut que le plus noble l’emporte.» Bien sûr que les gens de l’époque étaient machistes et qu’ils jouaient avec les mots, mais le mot «noble» a une pertinence grammaticale. Quant à l’accord de proximité, consistant à écrire «Les hommes et les femmes sont contentes» en accordant l’adjectif au nom le plus proche, il n’a jamais été longtemps généralisé, ni même en latin, et il a flotté jusqu’à la fin du XIXsiècle au moins. Bernard Colombat et André Chervel ont écrit de façon très éclairante sur la question. En fait, au cœur de cette histoire d’écriture inclusive, il y a beaucoup d’ignorance. N’en déplaise aux avocats du point médian, les grammairiens ne décident pas de la langue: ils l’observent et débattent entre eux sur la règle qu’il faut retenir. Ce qui fait le changement de la langue, c’est l’usage. On verra dans dix ans ce que sera devenue l’écriture inclusive.

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Il n’empêche, il est vrai qu’il y a eu des allers-retours sur la question de la visibilité des femmes dans la langue française, non?

Oui, et cela s’est fait dans la langue orale. C’est absolument vrai que la féminisation de la langue a été freinée au XIXe siècle. C’est d’abord parce qu’on a interdit aux femmes de faire certains métiers. Cela s’est donc retrouvé dans le lexique, le vocabulaire. La société a évolué. On a besoin de mots pour exprimer les choses. On crée donc les mots dont on a besoin. Le lexique est en rapport avec le monde, le genre non. La grammaire, ce sont des concepts. Or, avec l’écriture inclusive, la grammaire n’est plus la bienvenue, en somme. On est passé du genre grammatical au genre sexué: tout le monde réclame donc ses droits.

J’imagine qu’on doit vous traiter de réac.

C’est le propre de l’entourloupe intellectuelle. Moi-même, je ne suis ni sexiste, ni conservatrice, je suis de tout temps une militante féministe. Simplement, j’ai des arguments rationnels à opposer à Pascal Gygax. Simone de Beauvoir et George Sand réclamaient la féminisation des mots, mais aucune ne parlait d’écriture inclusive! En revanche, il y a des luttes fondamentales où il n’y a pas assez de gens mobilisés: le viol, la jeune Mila… Il y a tant de lieux où placer son féminisme.

Imaginons maintenant que l’écriture inclusive soit une bonne idée sur le plan théorique. Est-elle pour autant praticable?

L’écriture inclusive n’est pas inclusive, pour la simple et bonne raison qu’elle complexifie à outrance l’écriture, et notamment le rapport entre l’écrit et l’oral. C’est un calvaire en plus pour les dyslexiques. Ceux qui pratiquent l’écriture inclusive l’abandonnent au bout de trois lignes. Ils n’en peuvent plus. La seule chose qui résiste parfois jusqu’à la fin de leur texte, c’est le point médian. Or, selon moi, ce point n’obéit pas à la conversion de l’oral à l’écrit. Songez au fait qu’il y a 17% de lettres silencieuses dans le français: il est donc déjà difficile d’apprendre à lire le français. Le point, lui, a une fonction fondamentale dans la lecture. Chaque fois qu’on tombe sur un point, on réorganise la signification d’un texte. On sait bien qu’en lisant de la poésie sans ponctuation, on n’arrête pas de revenir en arrière pour bien comprendre.

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Pour quelle raison pensez-vous que l’écriture inclusive, malgré tout, «prend», du moins dans certains milieux intellectuels et militants?

Outre l’inculture, la raison doit être de l’ordre de la stratégie politique. En faisant un amalgame entre l’écriture inclusive et la féminisation, on crée une certaine opinion politique favorable à l’écriture inclusive.

En plus, nous parlons de l’écriture, mais il y a aussi le langage.

Eh oui. Il y a la langue, représentée par une écriture, mais il y a aussi le langage, qui est l’usage de la langue. Je milite pour un usage sain de la langue, pas seulement sur cette question précise de l’écriture inclusive. On devrait se surveiller avec des mots comme «putain»: dans nos familles, on dit tous à nos enfants «Arrête!». L’usage de la langue, c’est notamment parler respectueusement aux femmes y compris aux femmes adversaires de l’écriture inclusive. Actuellement, on divise. C’est sur des confusions qu’on crée des querelles imaginaires. Et je suis stupéfaite de l’ignorance des gens – notamment des politiques – qui prennent des décisions allant dans le sens de l’écriture inclusive.

Pourquoi êtes-vous si impliquée dans le combat contre l’écriture inclusive?

Avant tout, je suis une observatrice de la langue. Mais si je me bagarre tellement pour elle, c’est parce que la langue est à tout le monde! Il n’y a pas beaucoup de choses que nous avons tous, absolument tous, en commun: la vie, l’air et, dans une large mesure, l’eau. Cela étant dit, pourquoi est-ce que je me bats contre l’écriture inclusive spécifiquement? Parce qu’elle est annonciatrice d’une tyrannie. Toucher au bien commun, cela fait partie de la tyrannie, qui pourtant prétend défendre la population – ou certains groupes de la société.

Vous êtes une universitaire. Or, c’est avant tout dans le milieu académique justement qu’ont lieu la théorisation et la mise en pratique de l’écriture inclusive. Qu’est-ce que cela dit de l’université?

Votre question est essentielle. Je fais partie du groupe «Vigilance Universités», où nous relevons toutes les atteintes au droit qui sont faites à l’université. Nous avons reçu des témoignages de jeunes enseignants qui veulent publier des articles, mais qui n’ont pas pu le faire parce que ce n’était pas rédigé en écriture inclusive. Certains étudiants n’osent même pas s’opposer à cette tendance. Il commence à y avoir un flicage de la part des institutions, parce qu’elles-mêmes ont la trouille. Ces institutions ne sont pas représentatives, beaucoup de gens ne voulant plus s’y investir, du fait qu’elles se sont énormément bureaucratisées.

N’est-ce pas un phénomène plus général?

Si, vous avez raison. Il y a partout un désengagement des gens sérieux, hors idéologie. Le même diagnostic vaut pour la disparition des partis et des syndicats. Aujourd’hui, un étudiant qui se met à hurler peut vous détruire un cours. La violence, c’est quelque chose dont on ne sait pas se défendre, en fait. La violence existe, elle est là. Elle engendre de la peur. Et puis, il faut bien le reconnaître, du conformisme. Nous sommes en plein dedans.

Source Le Regard Libre

Qui était Shirel Aboukrat, franco-israélienne tuée en Israël?

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Note de la rédaction.
Alors que nous finalisions hier soir la préparation de cet article de Liliane Messika pour publication, nous apprenions qu’au moins cinq personnes étaient mortes dans la banlieue de Tel-Aviv dans une nouvelle attaque. L’assaillant, un Palestinien ayant passé quatre ans dans les prisons israéliennes, a été tué par les forces de l’ordre. Il a ouvert le feu sur les passants. Il s’agit là de la troisième attaque terroriste dans le pays en une semaine •

Une Française juive et un Druze israélien tués sous l’uniforme de Tsahal le 27 mars


Shirel Aboukrat ne serait certainement jamais devenue célèbre en France si elle n’avait pas été tuée à l’âge de 19 ans, dans l’État juif, par l’État islamique. Elle était née à Marseille et avait trois ans, en 2006, quand elle est arrivée en Israël. Ses parents avaient choisi d’émigrer pour se sentir plus en sécurité qu’en France, où les Juifs marchaient tête baissée. Shirel avait la double nationalité française et israélienne.

La famille a choisi Ramat Poleg, une petite ville proche de Natanya. La communauté française y est tellement nombreuse que les affiches dans les rues et les menus des restaurants sont en trois langues : hébreu, arabe et français.

Une bonne élève qui avait rejoint l’armée avec enthousiasme

Shirel était très bonne élève. Le directeur de son école se souvient de ses excellentes notes, mais aussi de son envie d’aider les autres. Pendant deux années scolaires d’affilée, elle a apporté des sandwiches, qu’elle confectionnait chez elle, pour les élèves des familles pauvres.

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Shirel rêvait de faire son service militaire dans la police des frontières. Elle voulait l’active, surtout pas une planque dans un bureau. Elle était en poste à Hadera, dans le nord du pays, le 27 mars, quand elle a été abattue au cours d’une attaque terroriste revendiquée par l’État islamique. Son bataillon avait suivi une session de formation à la suite de laquelle un petit groupe avait mangé au troquet du coin. Elle se dirigeait, avec un autre appelé de son âge, vers l’arrêt de bus, quand le terroriste leur a tiré dessus. Ils n’ont eu aucune chance. Son camarade d’armes et de mort s’appelait Yazam Falah. Il appartenait à une grande famille druze, qui compte des juges et des avocats. Les Druzes pratiquent une version dissidente de l’islam, qui n’est pas reconnue halal par les islamistes.

Les Israéliens juifs font trois ans de service militaire obligatoire, les Israéliennes deux ans ; pour les Arabes israéliens, c’est facultatif. Yazam avait choisi Israël.

Un officier de la marine israélienne à la retraite, Shlomo Offer, m’a expliqué que le tueur était un Palestinien de Cisjordanie « sans papier, mais pas sans emploi », qui travaillait dans le bâtiment. « Ceux qui viennent de Gaza ne peuvent pas entrer sans permis, mais entre la Judée Samarie et Israël, il n’y a que la clôture de sécurité. Les Palestiniens arrivent en masse, ils sectionnent la clôture et on ne peut pas les arrêter. On ne cherche pas vraiment, d’ailleurs: à force d’entendre dire qu’ils perpètrent des attentats à cause de la misère, on tolère cette clandestinité. Si le terrorisme était le résultat de la misère, pourquoi celui-ci a-t-il tué ceux qui lui ont donné du travail ? »

Craintes redoublées à l’approche du ramadan

Shlomo est très discret sur son activité depuis qu’il a pris sa retraite, mais on sait qu’il a participé à des pourparlers de paix qui ont abouti. Il est tout sauf un va-t-en-guerre. C’est lui qui fait remarquer que le 30 mars, trois jours après l’attentat contre Shirel et Yazam, les Arabes israéliens célèbrent la « journée de la Terre », en souvenir de la confiscation par les Juifs, en 1976, de 2500 hectares en Galilée. Cette journée de manifestations est habituellement pacifique, mais elle tombe, cette année, à la veille du Ramadan, qui commence samedi 2 avril. « C’est une période où la sécurité est en alerte parce que les Juifs tués pendant cette période comptent double », explique Shlomo.

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Shirel a été enterrée au cimetière militaire de Netanya, en présence d’une foule : amis, famille, soldats et même l’ambassadeur de France… On a vu des soldates pleurer. Des soldats aussi.

Emmanuel Macron, le plus petit commun multiple

Un second mandat ouvre-t-il grand ses portes devant l’actuel président de la République ?


D’aucuns en sont convaincus, arguant du fait que tous les sondages actuels le donnent favori. On ne saurait toutefois l’affirmer sans réserve – sauf à interroger, comme les haruspices, les entrailles fumantes des victimes sacrifiées. À scruter les conjonctions astrales chères à Nostradamus et à ses épigones. Ou encore, à l’instar de Madame Irma, à lire dans les cartes, la boule de cristal ou le marc de café.

Le Plus Grand Commun Diviseur

Une seule certitude : Emmanuel Macron, grand rhétoricien s’il en est, s’est révélé, au cours de son premier quinquennat, illusionniste virtuose. Champion du grand écart. Spécialiste sans rival du « en même temps ». Habitué à manier tour à tour le chaud et le froid. La carotte et le bâton. Les promesses verbales et l’inaction totale. Le résultat le plus patent, c’est que la société française n’a jamais été aussi divisée. Le « président des riches » a suscité l’ire des Gilets jaunes, celle des soignants, celle des retraités, des enseignants, des camionneurs, des policiers, et la liste n’est pas exhaustive. Pis encore, alors que la pandémie actuelle balayait toutes les certitudes scientifiques et eût dû l’inciter à la réserve, il a tenté de dresser l’une contre l’autre deux parties de notre société, celle des sceptiques  et celle des adeptes de la vaccination. Un opprobre prononcé en des termes orduriers, infâmants, qui en disent long sur l’inconscient et la morgue de celui qui pense détenir en tous domaines la Vérité.

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Le Plus Petit Commun Multiple

Cette situation incite à se poser une question : qui donc s’apprête à reconduire l’actuel président ? Une action politique perçue comme néfaste par des catégories sociales aussi différentes ne saurait susciter un enthousiasme tel que celui le voit, à l’heure actuelle, caracoler en tête des sondages. Alors ? La vérité, c’est qu’il apparaît comme le plus petit commun multiple de ses partisans. De ceux qui, par routine, conformisme, résignation, dépit né des faiblesses respectives des oppositions, ou bien encore peur de l’inconnu, voire lassitude , sont prêts à lui apporter leurs suffrages. Parmi eux, ceux que les médias ont réussi à convaincre du caractère diabolique des partis de droite. Lesquels, au demeurant, se révèlent incapables d’une union qui ferait leur force. Ceux qui ne se reconnaissent plus dans une gauche en lambeaux, mais ne sont pas prêts, pour autant, à sauter le pas qui les ferait tomber dans les bras des Insoumis ou des écolos ultragauchistes. Sans compter ceux qui louent une habileté diplomatique que rien, sinon des mots, ne vient concrétiser.

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Autant de raisons qui, fussent-elles contradictoires, s’additionnent et même se multiplient pour maintenir Jupiter sur son trône. Y parviendront-elles ?  Si c’est le cas, et quel que soit le score final, cette alliance singulière du PGCD et du PPCM aurait un côté aussi énigmatique que le demeure encore aujourd’hui le théorème de Fermat !

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Zemmour: le 14e arrondissement en campagne

Récit d’une réunion de militants zemmouriens à Paris où d’anciens fillonistes se mêlent à des marinistes déçus. Unis à droite et emballés par le candidat nouveau, les gens se causent et fraternisent sans regrets pour leurs ex.


Après le meeting de Villepinte, ma femme et moi avons pris la décision conjointe qu’il était interdit de désespérer et qu’il était temps d’agir. Nous avons donc contacté l’équipe de militants du parti d’Éric Zemmour, Reconquête, dans le 14e arrondissement de Paris et un soir de semaine, nous avons laissé le petit regarder Le Mystère de la chambre jaune à la télévision avec son grand-père et nous nous sommes rendus à une réunion dans l’arrière-salle d’un restaurant de l’avenue du général Leclerc.

Quatre-vingts zémmouriens convaincus qu’ils seraient plus utiles s’ils étaient convaincants étaient là. On s’assoit. Je regarde les gens, curieux, comme la première fois que je suis allé en Israël, quand je matais les gens et que je m’habituais à ces rues où tout le monde est juif. Tous juifs, même le grand blond avec les cheveux en brosse à l’arrêt de bus, même la jeune fille noire en uniforme sur le trottoir d’en face. Ici, tous zémmouriens. Des prolos, des bourgeois, des diplômés, des commerçants, plus d’hommes que de femmes, plus de vieux que de jeunes mais de tous les genres dont certains que je n’aurais jamais crus encartés à Reconquête en les croisant dans le quartier. Il n’y a donc pas de zémmourien type contrairement à ce qu’on pourrait penser en regardant la télé où tous ses « amis » ont l’air bien nés, bien coiffés et sortis d’Assas.

Une réunion pour galvaniser les troupes

L’organisateur prend le micro et la parole. Il nous présente son équipe, fidèle depuis le début de son action politique, depuis sa campagne pour Fillon en 2017, depuis sa candidature à la mairie du 14e et sa défaite face à une candidate écolo et à Hidalgo. Un type sympa, chaleureux, qui inspire confiance, que l’on sent dévoué et investi pour le bien public, du genre qui sacrifie une vie de famille le soir ou le dimanche pour des ingrats qui houspillent les politiques sur les marchés en les traitant de vendus ou de profiteurs, du genre qui se met au service de son quartier, de sa ville, de son pays et que des antipass menacent, insultent et violentent, du genre qui s’expose, qui prend des risques, qui prend des coups, et que ceux qui ont la critique facile et qui ne font jamais rien gratuitement ne remercieront jamais assez : un élu.

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Il parle de la campagne et se veut rassurant sur les sondages qui cantonnent Zemmour à 12 % (nous sommes le 19 janvier). « Ne soyez pas inquiets, ils vont faire ça jusqu’à deux semaines de l’élection et le feront remonter pour ne pas avoir l’air de s’être trop trompés. » Pas le moment de demander qui est ce « ils », mais c’est aussi l’avis de l’ami d’un ami qui travaille à la DGSI et qui affirme que les instituts de sondage sont tenus par des amis de Macron et qu’en réalité, notre candidat est à 18 %. Puis il s’en prend aux autres partis dans la course à l’élection. On se connaît à peine et il a déjà la dent dure pour Marine Le Pen et la « retraite à soixante ans ». D’abord, c’est quarante annuités, ensuite je veux bien  entendre toutes sortes de critiques sur la présidente du RN mais pas d’un type qui a soutenu Fillon. La ligne sociale de Marine m’allait plutôt bien et si je l’ai quittée pour Eric, c’est parce que j’ai fini par me rendre à l’idée qu’elle ne pouvait pas être élue. En dix ans, je n’ai réussi à convaincre personne de voter pour elle alors qu’en dix semaines, j’ai vu des proches totalement fermés à la possibilité d’un vote RN être éventuellement tentés par un vote Reconquête. Mais je n’aime pas trop que l’ancien militant du parti des notables centristes critique mon ancien choix. Sauf le respect que j’ai pour le bonhomme, s’il s’imagine que l’union des droites va se faire par l’allégeance de la droite populaire à la droite bourgeoise, il va falloir qu’on en cause. Je n’aurai pas le réflexe et la désobligeance de lui dire que si mon ex-candidate a raté son débat d’entre-deux-tours, le sien, après avoir été le premier ministre de l’abolition du mot « mademoiselle » et de la suppression de la culture générale au concours d’entrée à sciences-po, a appelé à voter Macron deux minutes après l’annonce de sa défaite et a disparu dans la finance. Il y a cinq ans, monsieur 20h02, c’était Fillon. Ce n’est ni le temps ni le lieu pour un règlement de comptes mais le moment venu, je lui rappellerai qu’avant Reconquête, le Rassemblement national était le seul parti qui n’était pas immigrationniste.

Militer, militer, militer… il en restera toujours quelque chose

Puis vient le temps des questions. Le premier à lever la main est un type d’une soixantaine d’années qui a l’air de sortir de La vérité si je mens ! Il ne demande pas ce que le candidat peut faire pour lui, il s’inquiète pour la sécurité de Zemmour. « À Villepinte, on lui a sauté dessus. Est-il bien protégé ? » On le rassure. Un autre, plus jeune et l’air plus catholique s’interroge sur l’utilité de distribuer des tracts et sur les risques courus par les militants dans la rue. Un type qui semble aguerri lui explique qu’un parti se doit d’occuper le terrain avec de vraies gens. L’animateur ajoute que lors des premiers tractages, ils ont été mieux reçus que lorsqu’ils s’affichaient pour Fillon il y a cinq ans. Qui l’eût cru ?

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Une dame de 72 ans témoigne. Quand elle évoque Zemmour dans sa famille, avec ses amis, elle se heurte à des murs. Personne ne veut l’entendre. Elle aussi s’interroge sur l’opportunité du militantisme. Un jeune lui explique en substance que personne ne tombera à genou en s’écriant « Alléluia, j’ai vu la lumière ! », mais que son effort n’est pas vain, il s’agit de planter une graine. Un autre ajoute qu’il est important que ses proches entendent le discours de Zemmour dans sa bouche à elle, porté par quelqu’un comme eux, quelqu’un qu’ils connaissent, quelqu’un de bien, quelqu’un qu’on ne calomnie pas tous les jours dans les médias en répétant qu’il porte un discours de haine, de racisme et de rejet de l’autre.

Famille politique et famille tout court

Enfin arrivent les galettes et les verres de cidre. À ma table, un étudiant de 19 ans salue ses amis de Génération Z, la dame de 72 ans avoue qu’elle déteste les vieux qui ne pensent qu’à leur retraite et à leur patrimoine et qui s’apprêtent tous à voter Macresse pour les uns, Pécron pour les autres. Elle nous demande si nous avons reçu nos cartes d’adhérent. Non, personne n’a rien reçu. J’espère qu’ils n’ont pas dématérialisé ça aussi. J’aimerais penser que l’un de mes descendants trouvera un jour dans de vieux papiers ma tête sur une carte de membre actif du Z et me dise merci Pépé, pour le pays laissé en héritage, débarrassé de ses mosquées cathédrales, de ses racailles et de ses femmes voilées. La conversation s’engage avec deux gars d’une quarantaine d’années. On évoque les violences au meeting. La dame se souvient de l’activiste qui tenait à rester sanguinolente pour la caméra. L’un des deux, qui travaille dans la culture et qui vient du Nord, nous dit que c’est de la broutille. Dans sa jeunesse, il a assuré la sécurité pour les meetings de Jean-Marie Le Pen quand les ouvriers de la CGT et du parti communiste chargeaient en masse et en force pour entrer dans les salles. Il évoque certains de ses amis qui ont fait de la prison pour avoir cogné un peu trop fort sur des perturbateurs. Il avoue avoir quitté le FN à l’arrivée de Marine en continuant à voter pour le parti faute de mieux tout en craignant qu’elle passe et que son incompétence décrédibilise la cause nationale pour cinquante ans. Je rappelle qu’au lieu de travailler après son débat piteux, la présidente du RN a obtenu un diplôme d’éleveuse de chats. « Si ce n’est pas un acte manqué ? » Ma thèse est qu’elle serait soulagée si un autre la déchargeait de son fardeau, de sa mission héritée de sauver la patrie et lui permettait de se consacrer à ses enfants, à son foyer et à ses chats. On boit, on rit, on sympathise, on communie. On a pu enfin parler politique sans que les insultes volent et que les portes claquent. On se quitte en se disant qu’on se verra bientôt sur un tractage, dans un meeting ou dans le quartier. On n’était pas venus pour ça, mais on se dit qu’on pourrait bien avoir trouvé des amis. Ça tombe bien, à défendre Zemmour dans les dîners, on en perd toutes les semaines. Sans regrets.

L'arnaque antiraciste expliquée à ma soeur

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Alexandre Douguine: « Ce n’est pas une guerre contre l’Ukraine, mais contre BHL et le globalisme»

Présenté par les uns comme un idéologue proche du Kremlin, par les autres comme un intellectuel ésotérique et marginal dont on a exagéré l’importance, Alexandre Douguine suscite l’intérêt des médias occidentaux, plus encore depuis le début de la guerre déclenchée par la Russie en Ukraine. Depuis trois décennies, il est le chantre de l’eurasisme, doctrine comptant faire de la Russie et des anciennes Républiques soviétiques un bloc continental cohérent capable de tenir tête aux États-Unis et à ses alliés. Certains ont vu dans l’agression russe l’indice des progrès de son influence auprès de Vladimir Poutine. Entretien exclusif.


Causeur. Vous êtes assez connu ici, à la fois dans nos médias conservateurs (la revue Conflits s’est intéressée à vous dans cet article de 2020) mais aussi chez des intellectuels éclairés et « raisonnables » comme Bernard-Henri Lévy, qui vous a qualifié de « fasciste sophistiqué ». Je ne sais pas si c’est un compliment…

Alexandre Douguine. À propos de cette qualification, Bernard-Henri Lévy s’est affiché le 15 mars, à Odessa, auprès de Maxim Marchenko, qui est nazi, porteur de la croix de fer nazie, ex-chef du bataillon d’Aidar. Avec Bernard-Henri Lévy, et la presse libérale occidentale en général, il y a de l’hypocrisie. Si jamais l’on est en désaccord avec le libéralisme outrancier de Bernard-Henri Lévy, on est qualifié de fasciste. Même Eric Zemmour, qui est juif d’Afrique du Nord, est qualifié de fasciste. Trump est fasciste, Poutine est fasciste, tous ceux qui ne sont pas de leur côté sont fascistes. Mais en même temps, on voit de vrais nazis, fascistes, racistes, qui portent la swastika, ou comme Maxim Marchenko, qui est reconnu néo-nazi et qui se proclame comme tel. Or, BHL n’a aucun problème à se promener avec lui à Odessa. Il y a des gens qui se déclarent fascistes, on doit tenir compte de leur propre qualification et les qualifier ensuite comme tels. A l’inverse, si quelconque refuse d’être qualifié comme fasciste, on ne doit pas le qualifier de fasciste.

Libération a proposé un portrait nuancé de Maxim Marchenko, sans gommer les aspects problématiques de ses camarades. Concernant Alexandre Douguine, le média australien progressiste Independent Australia rappelait un article de 1997 dans lequel l’écrivain russe proposait des visions étonnantes du fascisme et du national-socialisme, indiquant « qu’en aucun cas les aspects racistes et chauvins du national-socialisme ont déterminé la nature de son idéologie » et que « les excès de cette idéologie en Allemagne (…) concernent exclusivement les Allemands (…) tandis que le fascisme russe est une combinaison de conservatisme national naturel avec un désir passionné de vrais changements ».

Ici en France, tandis que les médias conservateurs qui voyaient Poutine plutôt comme un élément stabilisateur du monde (on se souvient qu’il était aux côtés de Chirac contre la guerre en Irak), les médias traditionnellement hostiles à la Russie s’en donnent à cœur-joie, sur le ton du « on vous l’avait bien dit ».

Les mass médias occidentaux font évidemment bien plus de bruit que la presse assez limitée de la Russie. Face à cette guerre médiatique menée par les Occidentaux, il faut mener la guerre véritable. C’est en quelque sorte une guerre contre l’Occident. Non pas contre l’Ukraine, mais contre l’hégémonie libérale mondialiste.

C’est une guerre contre Fukuyama et non pas contre l’Europe

Si je vous suis bien, Poutine a déclaré la guerre non pas à l’Ukraine, mais à l’Occident.

Oui. C’est pourquoi l’on n’utilise pas le nom « guerre » à l’intérieur de la Russie concernant l’intervention en Ukraine ; on parle d’opération militaire spéciale. Pourquoi ? Parce que ce n’est pas une guerre contre l’Ukraine, c’est une guerre contre le globalisme, contre Bernard-Henri Lévy, contre George Soros, contre Joe Biden, contre l’atlantisme. Finalement, c’est Francis Fukuyama qui a vu juste, quand il a appelé son dernier article « la guerre de Poutine contre l’ordre libéral » [en anglais, ici]. C’est tout à fait juste ; c’est la guerre de Poutine et de la Russie contre l’ordre libéral mondial, contre la fin de l’histoire et contre l’Empire américain.

Qui souffre des expropriations faites en ce moment par l’Occident ? Les pires des nôtres, les oligarques. Nous les détestons plus encore que vous ne les détestez

Mais alors, quelles pourraient être les prochaines étapes de Poutine, après la guerre d’Ukraine ? Où est-ce qu’il pourrait encore avancer ses pions dans sa guerre contre l’Occident ?

Je crois que pour l’instant, l’objectif, c’est l’Ukraine. Zbigniew Brzeziński a dit dans le Grand Echiquier [1] que sans l’Ukraine, jamais la Russie ne pourra redevenir un Empire. Avec l’Ukraine, la Russie redeviendrait automatiquement un Empire parmi les autres, ou plutôt un pôle indépendant du monde multipolaire. Il n’est pas du tout question d’attaquer des pays membres de l’OTAN en Europe parce qu’avec l’établissement de l’indépendance de la Russie dans un grand espace eurasiatique, le monde multipolaire sera pleinement établi. Selon moi, les conséquences directes de cette révolution géopolitique seront réjouissantes, parce qu’avec ce bloc qui comprendrait la Russie, la Grande Russie (la Russie avec l’Ukraine) et la Chine (et j’espère avec Taïwan), l’hégémonie occidentale sera détruite. Ça sera « la fin de la fin de l’histoire ». C’est une guerre contre Fukuyama et non pas contre l’Europe. Dans cette multipolarité assurée, l’Europe pourra choisir son camp : ou elle continue d’être le prolongement de l’atlantisme et du monde anglo-saxon, ou l’Europe redevient un pôle indépendant et souverain. C’est une chance pour l’Europe, non pas de s’unir à la Russie, mais de s’affirmer comme un pôle indépendant, autant des Etats-Unis que de la Russie. L’Europe peut devenir un bloc véritable, capable de se défendre, même contre les Russes. L’Europe doit se réaffirmer comme un pôle, non pas avec nous, non pas dans une relation nécessairement amicale avec la Russie, mais d’une manière réaliste.

Mais justement, les opinions publiques européennes ont peur ! En France, encore, on est loin de la frontière russe, mais nous nous mettons à la place des Polonais, des Suédois. C’est un rejet massif de la Russie qui a lieu en ce moment, pas seulement chez les élites, mais aussi dans les opinions publiques de ces pays.

Beaucoup de choses changent. Pour nous, ce qui est très important, c’est de réaffirmer la Russie comme bloc indépendant, le reste est secondaire. Quand l’Europe comprendra les choses de manière réaliste, quand l’Europe s’accommodera de la nouvelle situation et réalisera que les Etats-Unis n’ont pas fait grand-chose pour venir en aide à l’Ukraine, elle changera. Il n’y a pour l’instant aucun danger pour l’Europe mais finalement, tout dépend d’elle. Si l’Europe est agressive, si l’Europe continue d’être la base militaire des Etats-Unis, l’Europe se trouvera dans une situation fragile.

Vous m’avez dit quand même qu’il s’agissait d’une guerre contre les valeurs occidentales, tandis que Poutine semble régler ça comme une opération de gendarmerie, en réglant un « problème » dans un pays voisin turbulent. Je ne crois pas que Poutine soit dans une approche si globale…

Non, non, non, Poutine a tenu [le mardi 16 mars] un discours historique. Il a dit [en substance] : « la civilisation occidentale, nous la refusons. Aucune dépendance de l’Occident, aucune valeur commune avec l’Occident, nous sommes une civilisation totalement auto-suffisante, donc allez-vous en [2] ». Finalement, c’est une rupture finale avec la communauté de valeurs, de destin ; il a dit adieu à l’Occident. Il a dit aussi : « il y aussi beaucoup de gens qui sont des Européens occidentalistes à l’intérieur de la Russie » [dans son discours, Poutine s’en est pris notamment à ses compatriotes « qui ont une villa à Miami ou sur la French Riviera » ou « qui ne peuvent pas vivre sans foie gras, huîtres ou les prétendues libertés de genres. », ndlr]. Il a déclaré la guerre contre eux. C’est donc une lutte contre l’Occident libéral à l’extérieur des frontières russes mais aussi à l’intérieur de la Russie.

Vous avez aussi des Russes qui sont hostiles à Poutine, et à l’Ouest, il y a des gens qui jusque-là, étaient pro-russes, comme Marine Le Pen ou Eric Zemmour. Ils voyaient en Poutine presque un modèle politique. Vous avez perdu ces alliés.

Quand la Russie vaincra, quand seront établis sur l’Ukraine la puissance et le contrôle suffisants aux yeux de Moscou (c’est à Poutine de juger quand ça sera suffisant et pas à moi), il y aura un autre ordre mondial. Et je crois que le choix ne se fera plus entre la Russie et les Etats-Unis mais entre uni-polarité (ou disons le système occidental-centriste proposé par Biden) et multipolarité. Tous les pays pourront faire leur choix. Dans ce cas, même les Américains, avec Trump et les conservateurs, pourront choisir la multipolarité ; parce que les ennemis de Trump sont les ennemis de Poutine. Les populistes de droite ou de gauche, tous ceux qui sont opposés à l’uni-polarité libérale peuvent alors se retrouver du côté de la Russie. Mais aujourd’hui, le moment est critique, c’est trop tôt. Aujourd’hui, tout le monde reproche à la Russie d’être l’agresseur. Mais avec le temps et surtout après la victoire russe, ça sera différent. Ce qui compte vraiment pour nous, c’est l’appui de la Chine (de l’Iran également, mais surtout de la Chine). Si nous avons la Chine derrière nous, nous n’avons peur de rien ni de personne.

Au lendemain de la Guerre froide, la Russie et même Poutine dans les premières années de son règne ont voulu jouer la carte de l’Occident. Un certain nombre de « maladresses » occidentales l’ont peut-être amené dans le camp chinois. Mais est-ce que Poutine était programmé au départ pour devenir le grand rebelle international ?

Ce n’est pas l’analyse correcte. Poutine, selon moi, est un dirigeant absolument réaliste et pragmatique. Il n’est pas eurasiste convaincu, il n’est pas libéral convaincu non plus. Il est le chef d’Etat d’une Russie qui est tellement sous pression du libéralisme global qu’il est obligé de faire ça. Aucun autre dirigeant russe à sa place ne pourrait faire autrement. S’il veut garder le pouvoir, défendre le pays, il doit se comporter comme ça. Quand il dit qu’il est obligé d’attaquer l’Ukraine, il dit la vérité. Poutine n’est pas comme moi. Je suis eurasiste convaincu. Il finit par mener l’action que je recommande en arrivant par d’autres chemins. Le « racisme » culturel de l’Occident et les gifles données par de petits personnages hautains ont transformé Poutine d’ami de l’Occident en ennemi.

Comment voulez-vous intégrer de force l’Ukraine à la Russie si l’Ukraine n’en a pas envie ?

Dans l’histoire russe, l’intégration et la réintégration de l’Ukraine a souvent été un défi et finalement on arrive par reconquérir cette terre d’origine. L’Ukraine n’a jamais existé. La moitié de la population était mentalement russe et l’autre moitié était partagée entre la Pologne et l’Autriche. Jamais l’Ukraine n’a eu d’Etat national. C’est pourquoi on a dû utiliser le nazisme, le nationalisme extrême pour forcer la création de cet Etat-nation. Cela s’est répété plusieurs fois dans l’histoire. A chaque fois, cela se termine de la même façon : les troupes russes interviennent.

Vous avez fait tout à l’heure une critique acerbe de l’Empire occidental et maintenant vous défendez l’Empire russe. Est-ce qu’il n’y a pas un paradoxe ?

Non, non. L’Empire libéral est mauvais non parce que c’est un Empire mais parce que il est libéral…

Ce qui vous choque dans « Empire libéral », c’est donc l’adjectif libéral…

Oui. Cet Empire libéral anglo-saxon, matérialiste, capitaliste, individualiste, basé sur la perversion de toutes les valeurs, sur la destruction de toutes les traditions, c’est l’Empire de l’Antéchrist.

Frédéric Magellan et Alexandre Douguine. D.R.

La société russe de Poutine est pourtant à peu près aussi matérialiste que la nôtre, elle s’est largement convertie au capitalisme.

Non. Il faut distinguer le peuple de la société. Le peuple se cache derrière la société. La société, c’est la surface du peuple seulement. Quand on veut mesurer certaines conclusions au sujet de la société, c’est toujours très superficiel. La Russie et le peuple russe suivent presque totalement Poutine (à quelques exceptions), même la partie de la population occidentalisée et acquise à la modernité et au capitalisme. Le peuple se réveille presque immédiatement quand il entend un certain appel, une certaine voix, que les autres n’entendent pas mais que les Russes entendent. En quelque sorte, ils perçoivent que c’est une guerre sainte contre l’ordre libéral et hédoniste.

Ça me rappelle finalement le discours qu’avait George Bush en 2003 au moment de la guerre d’Irak. Il était parti en guerre au nom de valeurs occidentales… Est-ce qu’il n’y a pas une similitude ?

Peut-être, oui. Mais pas de similitudes au niveau des valeurs, car les valeurs occidentales, c’est précisément ce contre quoi nous luttons. Les valeurs occidentales pour nous sont des valeurs de dégradation, de perversion des mœurs, c’est le nihilisme pur contre lequel la Russie a lutté au moment des Tsars, au moment de la défense de l’orthodoxie, au moment de l’Union soviétique, car elle a lutté contre l’individualisme capitaliste. Les régimes ont changé mais c’est bien une guerre des valeurs qui se poursuit, la guerre contre les valeurs de George Bush.

Poutine avait fait un investissement en soft power en organisant les Jeux olympiques, la Coupe du monde de football. Aujourd’hui, tout cet investissement est perdu.

Oui, et tant mieux. Je suis très heureux de toutes les sanctions. Moi, je suis proudhonien, je ne crois en rien dans le capitalisme. La propriété, c’est le vol. Poutine a eu confiance dans l’Occident, il a investi dans la globalisation et maintenant, tout est perdu, tout est coupé, tout est totalement détruit et je suis absolument heureux de tout cet adieu à la globalisation. Car cela a bénéficié chez nous aux pires des nôtres, les oligarques, que l’on déteste ici. Qui souffre des expropriations faites en ce moment par l’Occident ? Les pires des nôtres. Nous les détestons plus encore que vous ne les détestez.

Alors j’ai une question de petit Français. On se souvient que Poutine avait lancé l’opération en Géorgie en 2008 au moment des Jeux olympiques de Pékin ; en 2014, l’annexion de la Crimée a eu lieu aussi au moment des JO de Sotchi. On peut avoir l’impression qu’il profite d’événements majeurs pour avancer ses pions. Aujourd’hui, est-ce que Poutine a lancé cette opération en ce moment parce qu’il y a l’élection française ? Laissez-moi m’imaginer que la France a encore un rôle dans les choix des grands de ce monde !

Je crois que la dernière chose que Poutine a eu à l’esprit, ce sont les élections présidentielles françaises. Mais objectivement, la situation en Ukraine a fait grand dommage à Zemmour, à Marine Le Pen, car ils étaient absolument sûrs que la Russie n’attaquerait pas l’Ukraine, et ils ne peuvent plus donc tenir leur ligne. Je serais heureux que l’opposition à Macron l’emporte, mais finalement ça ne changera pas grand-chose à l’histoire mondiale. Pour le moment, la France est sortie de l’histoire. Je suis absolument sûr qu’il arrivera et je souhaite que ce moment arrive où la France sera sortie de ces années de plomb de Sarkozy, de Hollande, de Macron, séquence déplorable…

Je reviens sur un point. Pour vous, l’objectif de l’intervention russe, c’est l’annexion de l’Ukraine. Est-ce que c’est l’objectif déclaré de Poutine ?

Je n’ai pas utilisé le mot « annexer ». Poutine a déclaré deux objectifs. Premier : démilitarisation. Deuxième : dénazification. Ces objectifs ne sont pas réalisables sans contrôle total de l’Ukraine. On ne peut pas démilitariser le pays sans contrôle stratégique total. On ne pas dénazifier sans contrôle absolu sur le système politique. Poutine a déclaré ces deux points de manière très sérieuse.

Mais ça serait un contrôle temporaire ou définitif de l’Ukraine ?

On verra bien.

Imaginons que Poutine renverse dans quelques jours le gouvernement ukrainien. A partir de quand les Européens vont se décider selon vous à entrer en guerre. Est-ce que vous pensez que la France ou l’Angleterre peuvent en arriver là ?

Je pense que rien ne se décide à Londres ou à Paris…

Disons Washington…

Washington, c’est autre chose. Washington peut déclencher la guerre nucléaire, mais ne la finira pas. Le potentiel nucléaire russe est tout à fait suffisant pour détruite Washington, l’Europe, le monde, l’humanité et Poutine a déjà dit : « Si Washington osait utiliser l’arme nucléaire, la Russie répondra avec l’attaque symétrique et ça sera la fin du monde ». On peut déclencher la guerre nucléaire mais on n’a aucune chance de s’en sauver. Trois dirigeants décident du sort du monde : Biden, Poutine et Xi Jinping, mais sûrement pas Macron. Tous les autres sont des observateurs impuissants qui peuvent être sacrifiés par ces Grands Trois. Si l’Europe était un pôle souverain, il y aurait quatre personnages qui décideraient du sort du monde. Je crois que l’opération spéciale en Ukraine n’aurait pas eu lieu sous Trump car Trump était réaliste, Poutine est un réaliste, ils se comprennent très bien. Trump a abandonné Kiev durant sa présidence et il n’y avait pas de nécessité pressente d’intervenir en Ukraine. La situation actuelle avec Trump ne serait pas possible, non parce que Poutine aurait peur de lui, mais seulement parce que deux réalistes peuvent se sortir d’une situation en évitant la guerre. Si Trump gagne la prochaine élection, on retrouvera sans doute…

… une entente cordiale. Justement. En Europe, aux Etats-Unis, on change de président tous les quatre ans, tous les cinq ans. En Russie, l’exécutif ne change pas souvent. Poutine était déjà là il y a vingt ans.

Parce que c’est notre culture ! Nous aimons les tsars, nous aimons les empereurs. En quelque sorte c’est un monarchisme qui vient d’en bas. La demande d’autorité vient d’en bas. Nous n’aimons pas tellement la démocratie. La démocratie n’est pas une religion, c’est un régime politique qui peut être, ou ne pas être. Vous choisissez la démocratie, nous choisissons autre chose. Vous ne pouvez pas dire : « vous êtes mauvais parce que vous ne choisissez pas la démocratie ». On pourrait dire à l’inverse : « vous êtes idiots parce que vous choisissez la démocratie ». C’est une forme politique qui donne tout le pouvoir aux oligarques, à quelques familles, à quelques groupes d’influence. A mes yeux, les Occidentaux sont idiots et ne savent pas qu’ils sont manipulés par un système dictatorial sous couvert de démocratie.

En France aussi on a une petite nostalgie de la monarchie. On cherche un de Gaulle tous les dix ans et on n’y arrive pas… on est un peu malheureux.

De Gaulle était un grand personnage de l’histoire de France. Il était assez démocrate, il était assez indépendant, il a fait de la France un pays souverain, presque souverain. Il était très proche d’avoir totalement libéré la France de l’influence et du contrôle atlantiste et de redevenir le centre de l’Europe continentale.

Une dernière petite chose : en France et ailleurs, on se demande quel est votre rôle auprès de Poutine. Est-ce que vous mangez avec Poutine ? Est-ce que vous faites des réunions Skype avec Poutine ?

Jamais je ne réponds à cette question. On me demande toujours ça. No comment.


[1] Dans Le Grand Echiquier (1997), Zbigniew Brzeziński a écrit : « L’indépendance de l’Ukraine modifie la nature même de l’État russe. De ce seul fait, cette nouvelle case importante sur l’échiquier eurasien devient un pivot géopolitique. Sans l’Ukraine, la Russie cesse d’être un Empire en Eurasie. Et quand bien même elle s’efforcerait de recouvrer un tel statut, le centre de gravité en serait alors déplacé, et cet empire pour l’essentiel asiatique serait voué à la faiblesse, entraîné dans des conflits permanents avec ses vassaux agités d’Asie centrale ». In Le Grand Echiquier. L’Amérique et le reste du monde, Hachette, 2010, p. 74-75.

[2] https://www.franceinter.fr/emissions/geopolitique/geopolitique-du-vendredi-18-mars-2022

Et vous? Vous êtes plutôt Ségolène Mélenchon ou Jean-Luc Royal?

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Ségolène Royal lors de la cérémonie d'hommage du 25e anniversaire de la mort de François Mitterrand au cimetière de Jarnac, le 8 janvier 2021 © Sebastien ORTOLA-POOL/SIPA

Ségolène Royal est persuadée d’être à l’origine de la récente ascension de Jean-Luc Mélenchon dans les sondages…


Le temps a été cruel avec Ségolène Royal – merci de n’y voir aucune allusion à son physique. Il y a 15 ans, elle a atrocement souffert de ne pas avoir été élue présidente de la République. D’avoir été faite cocue par son compagnon lui a infligé des blessures d’amour-propre encore plus meurtrières… Enfin, ce qu’on croyait être le coup de grâce lui est venu quand le Parti socialiste a choisi une autre qu’elle pour être candidate à l’Élysée en 2022.

Ce qui ne l’a tue pas la rend plus forte

Toute autre que Ségolène Royal ne s’en serait pas relevée et aurait plongé dans une profonde et interminable dépression. C’était bien mal la connaître. Ségolène Royal est une femme debout et ses cicatrices n’ont fait que l’endurcir.

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Ainsi, armée de sa « bravitude », elle s’est employée à piétiner l’usurpatrice qui avait eu la place qui lui revenait de droit divin. Elle s’est acharnée sur Anne Hidalgo: moqueries, mépris, quolibets. Elle a savouré en ricanant bruyamment les 2% que la Maire de Paris obtenait dans les sondages.

À première vue Ségolène Royal c’est Ma Dalton: rageuse, dominatrice, dictatoriale. Mais à y regarder de plus près elle serait plutôt une Tata Flingueuse. La Hidalgo, elle l’a éparpillée façon puzzle : écrabouillée, pantelante, un pied dans la tombe. C’est qu’il ne faut pas la chercher la Ségolène !

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Elle vient une nouvelle fois de le prouver en confirmant officiellement son ralliement à Jean-Luc Mélenchon. Oui, à ce traître, à celui qui avait quitté le PS – le parti de Ségolène Royal quand même ! – pour en fonder un autre. Et d’un œil gourmand et satisfait, elle a regardé les débris d’Anne Hidalgo.

L’ingratitude de Mélenchon

Ségolène Royal a finement observé que le patron des Insoumis montait dans les sondages. Dans un premier temps elle a indiqué qu’elle n’avait pas la « prétention » d’y être pour quelque chose. Dans un deuxième temps (c’est toujours le plus intéressant), elle a déclaré qu’elle constatait néanmoins que c’est depuis son ralliement que Mélenchon obtenait ses scores flatteurs.

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Bah voyons ! A la page « vanité » du Livre Guinness des records, le nom de Ségolène Royal s’est inscrit dès la première ligne. Quelques mots encore sur le prince charmant à qui elle a déclaré sa flamme: Jean-Luc Mélenchon n’a pas eu un seul mot pour la remercier de son soutien ! Le Jean-Luc est un affreux goujat. Il faut dire que certains observateurs avisés de la vie politique française ont sagement observé que le ralliement de la Dame du Poitou lui ferait en réalité plutôt perdre des voix…

Pourtant, Ségolène Royal n’était pas venue les mains vides. Dans son sillage elle avait amené des milliers d’ours polaires, de phoques, de manchots et de pingouins qui étaient tombés sous son charme dans l’Antarctique. Mais le Conseil constitutionnel, vendu au grand capital, a refusé de leur accorder le droit de vote.

Ce que je peux enfin vous dire

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Jazz: un retour aux sources des plus prometteurs

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Le clarinettiste de jazz américain Evan Christopher © Ima Garmendia (2014)

Quand on se penche sur l’histoire du jazz, on mesure d’emblée l’importance des avancées techniques sur l’évolution de cette musique. Elles n’expliquent pourtant pas tout.


Ainsi, le passage du vinyle au microsillon a-t-il modifié la longueur et l’architecture des morceaux et des soli. L’électrification des instruments a vu l’émergence du vibraphone. Les progrès de l’électronique ont permis l’utilisation massive des claviers et des boîtes à rythmes. Ce ne sont là que quelques illustrations d’un constat indéniable : le jazz, comme d’autres arts, a toujours été tributaire de la technique.

Le jazz, un état d’esprit

Pourtant, bien au-delà des considérations purement matérielles, économiques, sociétales et politiques qui ont influé sur son cours, l’évolution du jazz se caractérise par un changement d’état d’esprit. La musique de la Nouvelle-Orléans, est, avant tout, joyeuse. Energie, vigueur, allégresse, spontanéité, expression d’une joie de vivre communicative, autant de marqueurs de l’art de Louis Armstrong, jusque dans l’interprétation des thèmes les plus tragiques, souvent transcendés par l’humour. Un état d’esprit qui imprègne le jazz des origines : on le trouve dès le premier disque enregistré en 1917 par l’Original Dixieland Jazz Band. Il perdura durant l’ère des grandes formations Swing, jusqu’ à la « révolution » du Be-Bop, dans les années 40.

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L’intellect vs l’affectif

En schématisant, on pourrait résumer cette mutation par l’influence grandissante de l’intellectualisme sur l’affectivité. Le concept prime désormais sur le sentiment. Miles Davis reste l’archétype de ce changement de climat. Le « Prince des ténèbres », loin d’incarner la joie de vivre et l’insouciance, exprime la mélancolie, voire la désespérance. Sa musique, qui influencera nombre de ses successeurs, est en rupture avec le jazz des débuts. Le second degré l’emporte sur la spontanéité, le swing a cédé sa place de notion fondamentale. Le coup de grâce sera porté dans les années 50-60. Le bruit et la fureur remplacent l’insouciance. L’engagement politique, l’abandon de tous les critères antérieurs, le refus de toute règle formelle, tels sont les fondements du Free Jazz incarné, entre autres, par Cecil Taylor ou Ornette Coleman. Les albums de ce dernier portent, du reste, des titres explicites : Something Else, The Shape of Jazz to Come, The Umprecedented Music of Ornette Coleman, autant de manifestes pour un désir de rupture parfaitement explicite. Cette radicalité n’a, à l’évidence, plus grand-chose à voir avec ce que l’on avait, jusque là, appelé « jazz ». Le voilà Instrumentalisé. La démarche s’inscrit dans le droit fil de l’art conceptuel, l’œuvre elle-même passant au second plan derrière un commentaire souvent logorrhéique. Il n’est, du reste, pas exagéré d’affirmer que le succès rencontré par cette nouvelle musique, succès, au demeurant, temporaire, tenait à des raisons qui n’avaient qu’un lointain rapport avec l’art, au sens traditionnel du terme. Les théories de la déconstruction, que l’on nomme aujourd’hui cancel culture y étaient déjà à l’œuvre. Haine de tout ce qui peut évoquer le passé, culte inconditionnel du présent et, surtout, de la nouveauté, devenue critère essentiel de la valeur d’une œuvre, tels sont désormais les « codes » à respecter.

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Vers une reconquête ?

Ces réflexions sont nées de l’écoute du dernier album d’Evan Christopher, Blues In The Air (Camille Productions/Socadisc, sous-titré The Music of Sidney Bechet. Né en 1969 en Californie, Evan Christopher, virtuose de la clarinette, se situe dans le droit fil des maîtres néo-orléanais, les Johnny Dodds, Barney Bigard, Omer Simeon, qui ont donné ses lettres de noblesse à un instrument quelque peu délaissé par la suite. Le répertoire, emprunté au Néo-Orléanais Sidney Bechet, est on ne peut mieux adapté : y figurent tous les grands succès qui ont jalonné sa carrière, y compris dans sa période française. De Polka Dot Stomp à Si tu vois ma mère en passant par Dans les rues d’Antibes et le titre éponyme, autant de thèmes que se réapproprie avec brio un ensemble particulièrement homogène, composé de musiciens qui ont fait leurs preuves, à l’instar du superbe tandem rythmique Sébastien Girardot-Guillaume Nouaux. Il propulse, avec une sûreté jamais prise en défaut, des solistes talentueux, imaginatifs. Outre le leader lui-même, Malo Mazurié (trompette) et Félix Hunot (guitare)  font preuve d’un enthousiasme réjouissant. Créativité, sens du swing, allégresse, expressivité, toutes les qualités du jazz le plus authentique se retrouvent dans leur musique. Celle-ci, faut-il le préciser, n’est nullement une copie servile. Elle témoigne de la fidélité à une tradition qu’il s’agit de préserver. Mieux, de faire revivre. Comment ne pas souscrire à un tel projet ?


Brighelli: «L’École de la République n’a pas dysfonctionné: elle accomplit ce pour quoi on l’a programmée…»

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Jean-Paul Brighelli. © Hannah ASSOULINE

Dans son nouvel essai La Fabrique du crétin 2: Vers l’apocalypse scolaire, publié aux éditions de l’Archipel, Jean-Paul Brighelli dresse le terrible constat que l’Ecole de la transmission des savoirs est belle et bien morte et enterrée. Les raisons de cette décadence sont toutes minutieusement analysées. Du collège unique au regroupement familial en passant par le rabaissement des enseignants et la sacralisation des élèves, la méthode globale qui supplante la méthode syllabique, la novlangue de l’institution ou Najat Vallaud-Belkacem… Bonnes feuilles.


« Aujourd’hui, l’Ecole est morte. Education nationale décédée, lettre suit », écrivais-je en 2005 en ouverture de la Fabrique du crétin. La parodie du début de l’Etranger se voulait drôle. Je suis obligé aujourd’hui de l’écrire au premier degré. Oui, l’École de la transmission des savoirs, l’École de la formation des citoyens, est morte. Quinze ans plus tard, je n’ai presque plus d’espoir de changer le cours de la déroute scolaire, à moins d’un changement radical de paradigme. J’y reviendrai dans une deuxième partie.

Depuis le succès inattendu de la Fabrique du crétin, j’ai participé à maints débats où revenait sans cesse la même question : « Pourquoi l’Education nationale a-t-elle autorisé les dérives successives qui ont amené à la présente apocalypse scolaire ? » Ce livre tente de répondre de façon cohérente à cette question.

Frappés par un titre qui claquait fort, les lecteurs ont souvent oublié le sous-titre de l’essai de 2005 : « La mort programmée de l’Ecole ». Peut-être parce que le crime était si grand que l’on n’a pas voulu croire qu’il était volontaire, ni en étudier froidement les tenants et aboutissants, ou se demander à qui ou à quoi il profitait.

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(…)

Il n’y a pas eu de complot, n’en déplaise… aux complotistes. Mais les bonnes intentions d’un lot exceptionnel de médiocrités, soucieuses, pour les unes, d’adapter l’enseignement aux nécessités du marché, et pour les autres d’élaborer enfin l’égalité promise par la République en nivelant par le bas, ont suffi à détruire ce que la France avait mis deux cents ans à élaborer. Ce sera l’objet de la première partie.

Chacun a des enfants, des petits-enfants, dont il constate, année après année, le très faible niveau de connaissances. Chacun a entendu ces mêmes enfants répondre, à la question « Qu’as-tu appris en classe aujourd’hui ? », un « Rien » pas même étonné. Comme si aller à l’école était désormais une obligation déconnectée de toute obligation de résultats. Une nécessité formelle, imposée par la loi, mais vidée de toute substance.

Oui, la médiocrité a des avantages indéniables pour un certain ultra-libéralisme européaniste et apatride

J’avoue m’être moi-même bercé d’illusions. La dénonciation des dysfonctionnements massifs, pensais-je, servira d’avertissement. Une réaction s’enclenchera, des voix s’élèveront, une vague de fond obligera les responsables du désastre à reculer…

Illusion d’autant plus forte que je n’étais pas le seul à dénoncer le gâchis. La France avait jadis l’un des meilleurs systèmes scolaires au monde. Elle a plongé dans les profondeurs de tous les classements. Les pays scandinaves d’abord, puis ceux du Sud-Est asiatique l’ont distancée, humiliée, ridiculisée.

Magazine Causeur de septembre 2019

Non, jamais un livre n’a changé une politique, quand ceux qui ont voulu cette politique se félicitent de son succès. Que ce soit pour des raisons cyniquement économiques — oui, la médiocrité a des avantages indéniables pour un certain ultra-libéralisme européaniste et apatride — ou purement idéologiques (le pédagogisme y a trouvé une matière inépuisable pour développer ses théories fumeuses), la baisse de niveau, que plus personne ne conteste sauf ceux qui justement y trouvent leur compte, ne pouvait être enrayée par des protestations, aussi éloquentes ou bruyantes fussent-elles. Nous fûmes nombreux à hurler — mais à hurler dans le désert. Nos adversaires, à force de se coopter sur la base de leurs insuffisances — et cela fait du monde —, avaient confisqué le pouvoir de décision.

Cette décadence de l’école française, parfaitement parallèle à la décadence de la nation, est un crime prémédité, commis en toute impunité et couronné de succès.

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Question subsidiaire, souvent posée elle aussi : « À quel moment l’Ecole a-t-elle commencé à dériver ? » Les lecteurs ont une mémoire longue, qui leur permet de comparer l’enseignement qu’ils ont reçu, il y a parfois soixante ans, et celui que reçoivent aujourd’hui leur progéniture. Ils ont entendu les pédagogues proclamer doctement que « les situations ne sont pas comparables », et que « l’enseignement de masse actuel ne peut fonctionner selon les méthodes élitistes d’autrefois ». Oui — mais autrefois, les élèves quittant le CP savaient lire, écrire, et maîtrisaient les quatre opérations de base, alors que la division s’apprend aujourd’hui, avec une méthode complexe et aberrante, en CM1-CM2. Et qu’elle est rarement maîtrisée à l’entrée en Sixième. Pas plus d’ailleurs que la lecture et l’écriture. Crétins peut-être pas, mais ignares à coup sûr.

Le collège unique est désormais l’une des vaches sacrées des syndicats de gauche

On a voulu ce désastre, justifié a priori et a posteriori avec les meilleures intentions du monde. Non, l’Ecole de la République n’a pas du tout dysfonctionné : elle accomplit aujourd’hui de façon routinière ce pour quoi on l’a programmée dans les années 1960- 1970.

Parce que ce n’est pas la Gauche, chargée de tous les péchés pédagogiques, et qui les a assumés et renforcés dès qu’elle a été au pouvoir, qui a voulu à l’origine cette Ecole déficiente. C’est la Droite, avec la bénédiction des autorités européennes.

Pas n’importe quelle Droite. Disons la Droite giscardienne et européaniste, qui s’est trouvée aux manettes, pour ce qui est de l’Ecole, dès les années 1960.

(…)

L’Ecole détruite au grattage et au tirage : Giscard, l’an 01 de l’apocalypse scolaire

C’est donc cet honnête destructeur de la maison France [René Haby NDLR] que Giscard choisit comme ministre de l’Education à son entrée en fonction. Et Haby ne chôme pas : le 11 juillet 1975 [1], il décrète le « collège unique ». Petit rappel pour ceux qui n’y étaient pas. Dès la fin du Primaire, vous étiez distribués en diverses sections — depuis les CCPN [2] où étaient casés les élèves en grande difficulté, les CPA qui orientaient précocement vers les métiers manuels, les collèges à filière courte et sans latin, les lycées enfin. C’est cette distinction, qui faisait sens, pédagogiquement parlant — d’autant que des passerelles existaient qui permettaient de passer d’une filière ou une autre —, que Haby fait sauter.

A lire aussi : Ecole : réformer ou refuser le collège unique ?

(…)

Au grand dam des syndicats de l’époque. La toute puissante Fédération de l’Education Nationale se dresse sur ses ergots. Il y a dans ses rangs essentiellement des gens de gauche ; mais formés dans les années 1940-1950, ils savent bien qu’un brassage général descendra impitoyablement le niveau, puisque les professeurs seront forcés de s’aligner, en classe, sur les plus faibles. Des penseurs obstinément ancrés à gauche, comme Jacques Derrida, s’opposent à la loi Haby. Selon le philosophe, la loi visait à produire des travailleurs et non des citoyens. « Elle était une réponse à la demande du patronat et un instrument de sujétion sociale » — une clairvoyance qui s’est singulièrement estompée avec le temps, le « collège unique » étant désormais l’une des vaches sacrées des syndicats de gauche.

Mais fabriquer des esclaves taillables et corvéables à merci, incapables de lire les lignes en petits caractères d’un contrat d’embauche, ne suffisait pas à nos mondialistes libéraux. Au mois d’avril suivant, ils décrètent le regroupement familial : les immigrés qui travaillaient en France depuis les années 1960 ont donc le droit de faire entrer en masse leurs familles restées de l’autre côté de la Méditerranée — l’Algérie principalement.

À l’époque, le gouvernement algérien voit d’un très mauvais œil ce regroupement — tant pis pour ceux qui croient en la thèse d’une « invasion » programmée. Il craint une diminution des envois d’argent en Algérie — et de fait…

(…)

La combinaison soudaine de ces deux phénomènes, en irriguant le champ scolaire avec des gosses qui parlaient un français très approximatif, et en les mêlant à des petits Français de niveaux fort hétérogènes, a donné le désastre que l’on sait. Ajoutez qu’au même moment déboule la méthode Foucambert d’apprentissage de la lecture, semiglobale des pieds à la tête, et le tableau est complet.

Les pédagogistes, cantonnés jusqu’alors dans des revues confidentielles, se sont senti pousser des ailes. Ils se sont sentis justifiés. Ils ont imposé peu à peu des méthodes « démocratiques » d’apprentissage du Lire / Ecrire. Fin du B-A-BA, et irruption des méthodes semi-globales : un arbre joliment dessiné, le mot arbre, et le tour est joué. Fin de la discrimination orthographique, des liens syntaxiques et des variétés d’arbres : hêtre ou ne pas être, tout est « arbre »…

A lire aussi: «L’écriture inclusive est annonciatrice d’une tyrannie»

Ce qui donne aujourd’hui de jolies phrases du genre « les arbres, il les plantes ».

Il les plantes vertes, sans doute. Meirieu m’a tuer.

Autant être clair : les immigrés de seconde génération, qui arrivent en France dans les années 1970 n’ont aucune responsabilité dans l’effondrement. Ils ont été instrumentalisés comme les autres. Ils ont été pris comme prétexte à l’insu de leur plein gré. Sans doute ne demandaient-ils pas mieux que de recevoir l’instruction des petits Français. Mais le résultat, c’est que les petits Français ont été instruits en fonction des carences des petits immigrés.

A lire: La Fabrique du crétin 2 : Vers l’apocalypse scolaire, Editions de l’Archipel, mars 2022

La fabrique du crétin: Vers l'apocalypse scolaire

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[1] Les mauvais coups législatifs se portent toujours pendant l’été, Jospin fera de même avec sa loi du 13 juillet 1989.

[2] Classes Préprofessionnelles de niveau : elles accueillaient les élèves de niveau Quatrième / Troisième incapables de suivre dans le cursus traditionnel. Elles ont été dissoutes en 1991, effet secondaire de la loi Jospin, et leurs élèves intégrés dans le parcours général — ce qui a eu pour effet de baisser encore le niveau. Les CPA étaient des Classes Préparatoires à l’apprentissage, susceptibles de former aux Centres de Formation d’Apprentis.

Laëtitia Strauch-Bonart rêve d’une France émancipée d’un Etat obèse et impotent

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Laetitia Staruch-Bonart © Bruno Klein

Dans son nouvel essai De la France (Perrin/Presses de la cité, 2022), Laëtitia Strauch-Bonart renvoie dos à dos progressistes et réactionnaires…


« L’État prend davantage au citoyen qu’il ne lui donne, mais ce qu’il lui octroie en échange est plus éphémère encore car il n’offre qu’une illusion de protection et de maîtrise. » L’accusation est lourde, le regard sans concession.

Dans un essai dense et savant, émaillé de références aux penseurs libéraux, de Tocqueville à Bastiat en passant par le philosophe britannique conservateur Roger Scruton, Laëtitia Strauch-Bonart instruit le procès de cet étatisme centralisateur pléthorique, dispendieux et inefficace qui ne fait qu’asphyxier la France. Le programme de chèques électoralistes distribués à quelques semaines de l’élection présidentielle pour répondre à l’inflation des prix du gaz et des matières premières en sont les preuves flagrantes.

Wokisme et crise identitaire, des épiphénomènes

Crise des gilets jaunes, crise sanitaire, effondrement des partis traditionnels, abstention record, déficit des corps intermédiaires… Au fil des pages, cette ex-plume de François Baroin, viscéralement libérale, devenue essayiste et éditorialiste au Point, analyse la succession de ces maux mais en se gardant bien de verser dans le déclinisme. Reconnaître que la France est en crise est une chose, poser le bon diagnostic en est une autre.

A lire aussi, Jean Nouailhac: Macron: une réélection «quoi qu’il en coûte»

Car pour Laëtitia Strauch-Bonart, les racines de la crise sont moins identitaires que politiques. Si elle évoque les attaques du wokisme et de l’identitarisme en France, c’est pour mieux les minimiser en les renvoyant à des épiphénomènes comparés à ce qui se passe aux Etats-Unis où une tyrannie identitaire s’exerce à tous les niveaux de la société sans qu’une résistance conséquente s’y oppose. « Plus la politique identitaire, dans un pays, est installée, moins la réaction y est vive, et vice versa. » La France, elle, a suffisamment de ressources culturelles pour pouvoir s’opposer à l’invasion de ce progressisme éradicateur de l’identité d’une nation, pense-t-elle. Son optimisme l’honore mais son relativisme l’égare. Pas un mot sur les réunions non mixtes du syndicat étudiant de l’Unef, et encore moins du séparatisme islamiste et des charia suspendues au-dessus de la tête de Mila ou de celle de Didier Lemaire.

Pas une séparatologue

Le propos de Laëtitia Strauch-Bonart se situe ailleurs. Trop libérale pour céder aux sirènes du « c’était mieux avant », trop conservatrice pour fantasmer sur le monde d’après, Laëtitia Strauch-Bonart renvoie dos à dos les progressistes et les réactionnaires, tous deux idéalisant l’avenir ou le passé d’une France qu’ils ne voient pas réellement. Contre « cette alternative stérile entre progrès et réaction », elle propose une voie intermédiaire, celle du libéralisme anti-étatique à l’aune duquel elle analyse les dernières crises qui ont secoué le pays. 

Ainsi, ce n’est pas à cause du retrait de l’Etat mais de son omniprésence que la France périphérique des gilets jaunes s’est embrasée, explique l’essayiste, en rappelant qu’à l’origine de la vague jaune il y avait une révolte fiscale et pas du tout une demande de plus d’aides de la part de l’État. Si Laëtitia Strauch-Bonart rejoint le constat de Christophe Guilly sur la fracture entre la France des métropoles mondialisées et la France périphérique des ronds points et des hypermarchés, c’est pour mieux s’en séparer ensuite et pointer la faille du raisonnement du géographe préféré d’Éric Zemmour ou de Jérôme Fourquet. Ceux qu’elle qualifie de « séparatologues » ne feraient qu’exagérer la fragmentation sociale en plaquant une vision moralisatrice sur une élite méprisante par nature et un peuple intrinsèquement victime. « On ne peut pas à la fois estimer qu’une catégorie entière de la population est néfaste et regretter qu’elle prenne ses distances » se moque-t-elle.

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De la fermeture des urgences à la disparition des bureaux de poste, le démantèlement des services publics – notamment dans les zones rurales – ne résulte pas selon l’essayiste du retrait de l’État. C’est « la centralisation politique (qui) a contribué à la dévitalisation du tissu local » explique-t-elle.

Résistance!

Le centralisme, voilà le véritable mal français qui subsiste, quoi qu’il en coûte, en dépit de la politique de décentralisation mise en place avec les lois Defferre en 1982 dont on fête d’ailleurs les 40 ans. « La décentralisation à la française fut un blanc-seing donné à la folie des grandeurs administrative ». Au lieu de dégrossir le mammouth, il a été engraissé avec son lot d’échelons supplémentaires. Laëtitia Strauch-Bonart en profite également pour dézinguer le parti de la droite classique, incapable de défendre un libéralisme débarrassé de la mainmise de l’État. Si la gauche a trahi sa mission historique en se détournant de l’amélioration des conditions matérielles de vie pour adopter le logiciel du gauchisme culturel et de la défense des minorités, la droite, elle, n’a jamais été un parti de « résistance à l’étatisme » et de promotion du localisme démocratique. Laëtitia Strauch-Bonart explique ce refus d’endosser ce combat par la crainte d’être associé à l’extrême droite historique, maurassienne, qui défendait également l’alliance entre le nationalisme et le localisme.

L’ouvrage se clôt sur une projection dans une France de 2060 qui serait débarrassée de ses pesanteurs administratives et de ses politiques irresponsables. La France rêvée de Laëtitia Strauch-Bonart, c’est une France qui reprend en main son destin, une France où la démocratie fonctionne mieux, de manière plus locale et directe, avec l’organisation de rééférendums d’initiative citoyenne réguliers.

« L’État a fait la France, mais rien n’empêche aujourd’hui la France de pouvoir refaire l’État. » Tout un programme, comme dirait l’autre.

Inflation législative: en finir avec la paperasse

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Illustration , le nouveau Palais de justice de Paris © CHAMUSSY/SIPA

L’inflation législative et administrative en vigueur dans notre pays est désolante. Philippe Bilger en appelle à davantage de pragmatisme, à l’application des lois existantes plutôt qu’à la promulgation de nouvelles et à un retour du courage politique pour mettre un terme à notre étouffante bureaucratie.


En considérant l’ensemble des programmes des candidats à l’élection présidentielle, on a le droit de se demander si cette échéance capitale n’est pas un prétexte démocratique pour satisfaire ce prurit français : la multiplication des lois, l’illusion que la loi serait une action. Pourquoi la France est-elle, plus que d’autres pays, créatrice et à la fois victime de cette dérive caractérisée pour le quinquennat d’Emmanuel Macron, notamment par « l’inflation des peines » ?

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D’abord parce qu’elle n’est pas sensible au pragmatisme qui infléchit, amende, nuance, rectifie à la marge mais préfère l’airain apparent de la généralité et de la prescription. Ensuite, elle ne voit pas d’autre moyen efficace que le recours à la loi pour agir sur le réel et éventuellement le transformer. La loi offre cette facilité d’apparaître immédiatement comme une audace ou une espérance, mais hélas, tardivement, pour un leurre. « Les lois se succédant sur un même sujet compliquent terriblement l’action de la Justice et multiplient les risques d’erreur ». Rien n’est plus révélateur de cette fuite en avant que l’obsession d’augmenter les sanctions pour certains délits ou crimes alors que dans la réalité, les peines sont très rarement édictées dans leur plénitude. On aboutit ainsi à cette aberration du changement avant même la preuve de l’impuissance de ce qui existait déjà ! Je rejoins la Commission des lois du Sénat présidée par le sénateur du Rhône François-Noël Buffet (LR) qui souligne que « l’arsenal disponible est déjà considérable » et que « beaucoup de situations pourraient se gérer à droit constant ».

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Pourquoi ces évidences ne sont-elles pas admises alors que les citoyens se plaignent de l’abus des lois ? Et les pouvoirs continuent à les multiplier tout en (schizophrénie !) rêvant de les réduire…

Pour comprendre cette absurdité qui ne serait que risible si elle n’affectait pas gravement la démocratie et ne rendait pas impossible le « nul n’est censé ignorer la loi », il convient de s’arrêter une nouvelle fois sur la disparition du courage politique. L’expérience démontre qu’il est beaucoup moins fatigant de proposer de nouvelles lois que de faire respecter celles qui existent. En effet, à l’usage on relève que dans le meilleur des cas, une courte phase de rigueur est inéluctablement suivie par un laxisme, un relâchement. Les autorités, toutes tendances confondues, ne sont pas prêtes à assumer la dure et honorable tâche de maintenir leur niveau d’exigence au plus haut.

La loi devient ainsi un simulacre, un havre de tranquillité publique. Une fuite. Comme on ne se sent plus l’envie ni l’énergie d’un authentique changement avec ce qu’il impliquerait de concertation, de technique et de nécessité, on s’abandonne à la pente républicaine la plus commode : on donne le change, on favorise la surabondance. Qu’importe que la France étouffe sous les réglementations et les lois et ait trop peu d’espace pour sa liberté ! L’essentiel n’est pas là mais que la bureaucratie du pouvoir et le pouvoir de la bureaucratie tournent à plein régime. J’attends vraiment qu’on nous mette à la diète.

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Le Mur des cons

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«L’écriture inclusive est annonciatrice d’une tyrannie»

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Danièle Manesse © DR

Le genre grammatical, ce n’est pas le sexe ! Danièle Manesse, professeure émérite de sciences du langage à l’université Paris-3 Sorbonne nouvelle, combat de toutes ses forces l’écriture inclusive. Elle répond ici, argument par argument, aux tenants de cette typographie militante. Et en féministe convaincue, elle nous livre ses réflexions sur ce qu’est devenue une bonne partie de son camp et du monde académique.


Le Regard Libre. Les défenseurs de l’écriture inclusive avancent que la langue française est inégalitaire à l’égard des hommes et des femmes. En tant que linguiste, vous validez cette idée ?

Danièle Manesse. Ces personnes se trompent. Ce qui est au cœur de cette affaire, c’est la non-compréhension de ce qu’est le masculin. J’entends: le masculin grammatical. La question fondamentale est la suivante: est-ce que le masculin de la langue est la même chose que le masculin du monde, le sexe des humains? La réponse est non. Le masculin a pris les fonctions de deux genres latins: le masculin et le neutre. Il se trouve simplement qu’en général, les humains sont désignés par des termes qui correspondent à leur sexe. Quelques mots y échappent, on dit par exemple «une» sentinelle pour un homme, mais dans l’immense majorité des cas, genre grammatical et sexe coïncident. Ce n’est pas le cas avec les autres entités du monde: le fait qu’on dise «une  chaise» (et non «un» chaise) ou «un astre» (et non «une astre») est arbitraire. Ensuite, il y a généralement un mot au masculin et un mot au féminin pour les noms qui désignent des hommes et des femmes: «un livreur, une livreuse», «un Français, une Française», etc. Mais il existe aussi des mots épicènes, qui ne changent pas au masculin et au féminin: «un artiste, une artiste». Bref, grammaire et genre sexué, ce n’est pas la même chose.

L’écriture inclusive n’est pas inclusive, pour la simple et bonne raison qu’elle complexifie à outrance l’écriture, et notamment le rapport entre l’écrit et l’oral. C’est un calvaire en plus pour les dyslexiques

Outre les déterminants et les noms, il y a les adjectifs. On tombe là aussi sur cette forme de neutre, qui a la même forme que le masculin: «Pierre et Anne sont beaux». N’est-ce pas du pain bénit pour ceux qui y voient du machisme partout, y compris dans la langue ?

Le langage, qu’on le veuille ou non, est économique: on ne dit pas «les hommes sont beaux, les femmes sont belles». On dit: «Les hommes et les femmes sont beaux». Ce qui permet cette économie, c’est ce qu’on appelle le «genre non marqué». En français, le masculin est le genre non marqué, de même que le présent est un temps non marqué. Je peux vous dire: «Je vais en Suisse dans trois mois», ou «Hier, je sors de chez moi». Ce temps est si neutre qu’en russe, le verbe « être » ne se dit pas au présent de l’indicatif.

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Peu de francophones en sont hélas conscients. L’école ne devrait-elle pas accentuer la pédagogie sur ce sujet, au lieu de seulement faire apprendre par cœur des règles de grammaire ?

Je suis d’accord avec vous. La contrepartie de la dimension économique du langage, c’est en effet son ambigüité. A fortiori le français, avec ses innombrables monosyllabes. Il n’y a pas de différence à l’oreille entre: «C’est lui qui l’a amené» et «C’est lui qu’il a amené». Or, si je parle d’une femme, alors je vais le préciser: «C’est lui qui l’a amenée, Catherine.» Le langage donne des solutions pour que nous puissions nous comprendre les uns les autres. Prenons un autre exemple. «Les parents sont venus avec leur fille et leur fils muets». A l’oral, impossible de faire la différence entre «muet» et «muets». Alors, si je ne veux parler que du fils, je vais dire: «Les parents sont venus avec leur fille et leur fils, qui est muet». C’est du moins ainsi que nous procédons comme locuteurs. On a beau essayer de contraindre la langue, elle se dirigera toujours là où elle veut. Les changements dans la langue se font d’abord à l’oral.

Au-delà de cette réalité grammaticale, il y a l’histoire, invoquée par les pro-écriture inclusive. Selon eux, et notamment le Romand Pascal Gygax, la langue française aurait subi une entreprise de masculinisation au XVIIe siècle. Vrai ou faux?

Faux. Ce sont toujours les mêmes personnes qui sont citées, à commencer par l’abbé Bouhours, en 1675, qui écrit: «Lorsque les deux genres se rencontrent, il faut que le plus noble l’emporte.» Bien sûr que les gens de l’époque étaient machistes et qu’ils jouaient avec les mots, mais le mot «noble» a une pertinence grammaticale. Quant à l’accord de proximité, consistant à écrire «Les hommes et les femmes sont contentes» en accordant l’adjectif au nom le plus proche, il n’a jamais été longtemps généralisé, ni même en latin, et il a flotté jusqu’à la fin du XIXsiècle au moins. Bernard Colombat et André Chervel ont écrit de façon très éclairante sur la question. En fait, au cœur de cette histoire d’écriture inclusive, il y a beaucoup d’ignorance. N’en déplaise aux avocats du point médian, les grammairiens ne décident pas de la langue: ils l’observent et débattent entre eux sur la règle qu’il faut retenir. Ce qui fait le changement de la langue, c’est l’usage. On verra dans dix ans ce que sera devenue l’écriture inclusive.

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Il n’empêche, il est vrai qu’il y a eu des allers-retours sur la question de la visibilité des femmes dans la langue française, non?

Oui, et cela s’est fait dans la langue orale. C’est absolument vrai que la féminisation de la langue a été freinée au XIXe siècle. C’est d’abord parce qu’on a interdit aux femmes de faire certains métiers. Cela s’est donc retrouvé dans le lexique, le vocabulaire. La société a évolué. On a besoin de mots pour exprimer les choses. On crée donc les mots dont on a besoin. Le lexique est en rapport avec le monde, le genre non. La grammaire, ce sont des concepts. Or, avec l’écriture inclusive, la grammaire n’est plus la bienvenue, en somme. On est passé du genre grammatical au genre sexué: tout le monde réclame donc ses droits.

J’imagine qu’on doit vous traiter de réac.

C’est le propre de l’entourloupe intellectuelle. Moi-même, je ne suis ni sexiste, ni conservatrice, je suis de tout temps une militante féministe. Simplement, j’ai des arguments rationnels à opposer à Pascal Gygax. Simone de Beauvoir et George Sand réclamaient la féminisation des mots, mais aucune ne parlait d’écriture inclusive! En revanche, il y a des luttes fondamentales où il n’y a pas assez de gens mobilisés: le viol, la jeune Mila… Il y a tant de lieux où placer son féminisme.

Imaginons maintenant que l’écriture inclusive soit une bonne idée sur le plan théorique. Est-elle pour autant praticable?

L’écriture inclusive n’est pas inclusive, pour la simple et bonne raison qu’elle complexifie à outrance l’écriture, et notamment le rapport entre l’écrit et l’oral. C’est un calvaire en plus pour les dyslexiques. Ceux qui pratiquent l’écriture inclusive l’abandonnent au bout de trois lignes. Ils n’en peuvent plus. La seule chose qui résiste parfois jusqu’à la fin de leur texte, c’est le point médian. Or, selon moi, ce point n’obéit pas à la conversion de l’oral à l’écrit. Songez au fait qu’il y a 17% de lettres silencieuses dans le français: il est donc déjà difficile d’apprendre à lire le français. Le point, lui, a une fonction fondamentale dans la lecture. Chaque fois qu’on tombe sur un point, on réorganise la signification d’un texte. On sait bien qu’en lisant de la poésie sans ponctuation, on n’arrête pas de revenir en arrière pour bien comprendre.

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Pour quelle raison pensez-vous que l’écriture inclusive, malgré tout, «prend», du moins dans certains milieux intellectuels et militants?

Outre l’inculture, la raison doit être de l’ordre de la stratégie politique. En faisant un amalgame entre l’écriture inclusive et la féminisation, on crée une certaine opinion politique favorable à l’écriture inclusive.

En plus, nous parlons de l’écriture, mais il y a aussi le langage.

Eh oui. Il y a la langue, représentée par une écriture, mais il y a aussi le langage, qui est l’usage de la langue. Je milite pour un usage sain de la langue, pas seulement sur cette question précise de l’écriture inclusive. On devrait se surveiller avec des mots comme «putain»: dans nos familles, on dit tous à nos enfants «Arrête!». L’usage de la langue, c’est notamment parler respectueusement aux femmes y compris aux femmes adversaires de l’écriture inclusive. Actuellement, on divise. C’est sur des confusions qu’on crée des querelles imaginaires. Et je suis stupéfaite de l’ignorance des gens – notamment des politiques – qui prennent des décisions allant dans le sens de l’écriture inclusive.

Pourquoi êtes-vous si impliquée dans le combat contre l’écriture inclusive?

Avant tout, je suis une observatrice de la langue. Mais si je me bagarre tellement pour elle, c’est parce que la langue est à tout le monde! Il n’y a pas beaucoup de choses que nous avons tous, absolument tous, en commun: la vie, l’air et, dans une large mesure, l’eau. Cela étant dit, pourquoi est-ce que je me bats contre l’écriture inclusive spécifiquement? Parce qu’elle est annonciatrice d’une tyrannie. Toucher au bien commun, cela fait partie de la tyrannie, qui pourtant prétend défendre la population – ou certains groupes de la société.

Vous êtes une universitaire. Or, c’est avant tout dans le milieu académique justement qu’ont lieu la théorisation et la mise en pratique de l’écriture inclusive. Qu’est-ce que cela dit de l’université?

Votre question est essentielle. Je fais partie du groupe «Vigilance Universités», où nous relevons toutes les atteintes au droit qui sont faites à l’université. Nous avons reçu des témoignages de jeunes enseignants qui veulent publier des articles, mais qui n’ont pas pu le faire parce que ce n’était pas rédigé en écriture inclusive. Certains étudiants n’osent même pas s’opposer à cette tendance. Il commence à y avoir un flicage de la part des institutions, parce qu’elles-mêmes ont la trouille. Ces institutions ne sont pas représentatives, beaucoup de gens ne voulant plus s’y investir, du fait qu’elles se sont énormément bureaucratisées.

N’est-ce pas un phénomène plus général?

Si, vous avez raison. Il y a partout un désengagement des gens sérieux, hors idéologie. Le même diagnostic vaut pour la disparition des partis et des syndicats. Aujourd’hui, un étudiant qui se met à hurler peut vous détruire un cours. La violence, c’est quelque chose dont on ne sait pas se défendre, en fait. La violence existe, elle est là. Elle engendre de la peur. Et puis, il faut bien le reconnaître, du conformisme. Nous sommes en plein dedans.

Source Le Regard Libre

Qui était Shirel Aboukrat, franco-israélienne tuée en Israël?

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Note de la rédaction.
Alors que nous finalisions hier soir la préparation de cet article de Liliane Messika pour publication, nous apprenions qu’au moins cinq personnes étaient mortes dans la banlieue de Tel-Aviv dans une nouvelle attaque. L’assaillant, un Palestinien ayant passé quatre ans dans les prisons israéliennes, a été tué par les forces de l’ordre. Il a ouvert le feu sur les passants. Il s’agit là de la troisième attaque terroriste dans le pays en une semaine •

Une Française juive et un Druze israélien tués sous l’uniforme de Tsahal le 27 mars


Shirel Aboukrat ne serait certainement jamais devenue célèbre en France si elle n’avait pas été tuée à l’âge de 19 ans, dans l’État juif, par l’État islamique. Elle était née à Marseille et avait trois ans, en 2006, quand elle est arrivée en Israël. Ses parents avaient choisi d’émigrer pour se sentir plus en sécurité qu’en France, où les Juifs marchaient tête baissée. Shirel avait la double nationalité française et israélienne.

La famille a choisi Ramat Poleg, une petite ville proche de Natanya. La communauté française y est tellement nombreuse que les affiches dans les rues et les menus des restaurants sont en trois langues : hébreu, arabe et français.

Une bonne élève qui avait rejoint l’armée avec enthousiasme

Shirel était très bonne élève. Le directeur de son école se souvient de ses excellentes notes, mais aussi de son envie d’aider les autres. Pendant deux années scolaires d’affilée, elle a apporté des sandwiches, qu’elle confectionnait chez elle, pour les élèves des familles pauvres.

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Shirel rêvait de faire son service militaire dans la police des frontières. Elle voulait l’active, surtout pas une planque dans un bureau. Elle était en poste à Hadera, dans le nord du pays, le 27 mars, quand elle a été abattue au cours d’une attaque terroriste revendiquée par l’État islamique. Son bataillon avait suivi une session de formation à la suite de laquelle un petit groupe avait mangé au troquet du coin. Elle se dirigeait, avec un autre appelé de son âge, vers l’arrêt de bus, quand le terroriste leur a tiré dessus. Ils n’ont eu aucune chance. Son camarade d’armes et de mort s’appelait Yazam Falah. Il appartenait à une grande famille druze, qui compte des juges et des avocats. Les Druzes pratiquent une version dissidente de l’islam, qui n’est pas reconnue halal par les islamistes.

Les Israéliens juifs font trois ans de service militaire obligatoire, les Israéliennes deux ans ; pour les Arabes israéliens, c’est facultatif. Yazam avait choisi Israël.

Un officier de la marine israélienne à la retraite, Shlomo Offer, m’a expliqué que le tueur était un Palestinien de Cisjordanie « sans papier, mais pas sans emploi », qui travaillait dans le bâtiment. « Ceux qui viennent de Gaza ne peuvent pas entrer sans permis, mais entre la Judée Samarie et Israël, il n’y a que la clôture de sécurité. Les Palestiniens arrivent en masse, ils sectionnent la clôture et on ne peut pas les arrêter. On ne cherche pas vraiment, d’ailleurs: à force d’entendre dire qu’ils perpètrent des attentats à cause de la misère, on tolère cette clandestinité. Si le terrorisme était le résultat de la misère, pourquoi celui-ci a-t-il tué ceux qui lui ont donné du travail ? »

Craintes redoublées à l’approche du ramadan

Shlomo est très discret sur son activité depuis qu’il a pris sa retraite, mais on sait qu’il a participé à des pourparlers de paix qui ont abouti. Il est tout sauf un va-t-en-guerre. C’est lui qui fait remarquer que le 30 mars, trois jours après l’attentat contre Shirel et Yazam, les Arabes israéliens célèbrent la « journée de la Terre », en souvenir de la confiscation par les Juifs, en 1976, de 2500 hectares en Galilée. Cette journée de manifestations est habituellement pacifique, mais elle tombe, cette année, à la veille du Ramadan, qui commence samedi 2 avril. « C’est une période où la sécurité est en alerte parce que les Juifs tués pendant cette période comptent double », explique Shlomo.

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Shirel a été enterrée au cimetière militaire de Netanya, en présence d’une foule : amis, famille, soldats et même l’ambassadeur de France… On a vu des soldates pleurer. Des soldats aussi.

Emmanuel Macron, le plus petit commun multiple

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Emmanuel Macron en campagne électorale à Dijon, 28 mars 2022 © Jacques Witt/SIPA

Un second mandat ouvre-t-il grand ses portes devant l’actuel président de la République ?


D’aucuns en sont convaincus, arguant du fait que tous les sondages actuels le donnent favori. On ne saurait toutefois l’affirmer sans réserve – sauf à interroger, comme les haruspices, les entrailles fumantes des victimes sacrifiées. À scruter les conjonctions astrales chères à Nostradamus et à ses épigones. Ou encore, à l’instar de Madame Irma, à lire dans les cartes, la boule de cristal ou le marc de café.

Le Plus Grand Commun Diviseur

Une seule certitude : Emmanuel Macron, grand rhétoricien s’il en est, s’est révélé, au cours de son premier quinquennat, illusionniste virtuose. Champion du grand écart. Spécialiste sans rival du « en même temps ». Habitué à manier tour à tour le chaud et le froid. La carotte et le bâton. Les promesses verbales et l’inaction totale. Le résultat le plus patent, c’est que la société française n’a jamais été aussi divisée. Le « président des riches » a suscité l’ire des Gilets jaunes, celle des soignants, celle des retraités, des enseignants, des camionneurs, des policiers, et la liste n’est pas exhaustive. Pis encore, alors que la pandémie actuelle balayait toutes les certitudes scientifiques et eût dû l’inciter à la réserve, il a tenté de dresser l’une contre l’autre deux parties de notre société, celle des sceptiques  et celle des adeptes de la vaccination. Un opprobre prononcé en des termes orduriers, infâmants, qui en disent long sur l’inconscient et la morgue de celui qui pense détenir en tous domaines la Vérité.

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Le Plus Petit Commun Multiple

Cette situation incite à se poser une question : qui donc s’apprête à reconduire l’actuel président ? Une action politique perçue comme néfaste par des catégories sociales aussi différentes ne saurait susciter un enthousiasme tel que celui le voit, à l’heure actuelle, caracoler en tête des sondages. Alors ? La vérité, c’est qu’il apparaît comme le plus petit commun multiple de ses partisans. De ceux qui, par routine, conformisme, résignation, dépit né des faiblesses respectives des oppositions, ou bien encore peur de l’inconnu, voire lassitude , sont prêts à lui apporter leurs suffrages. Parmi eux, ceux que les médias ont réussi à convaincre du caractère diabolique des partis de droite. Lesquels, au demeurant, se révèlent incapables d’une union qui ferait leur force. Ceux qui ne se reconnaissent plus dans une gauche en lambeaux, mais ne sont pas prêts, pour autant, à sauter le pas qui les ferait tomber dans les bras des Insoumis ou des écolos ultragauchistes. Sans compter ceux qui louent une habileté diplomatique que rien, sinon des mots, ne vient concrétiser.

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Autant de raisons qui, fussent-elles contradictoires, s’additionnent et même se multiplient pour maintenir Jupiter sur son trône. Y parviendront-elles ?  Si c’est le cas, et quel que soit le score final, cette alliance singulière du PGCD et du PPCM aurait un côté aussi énigmatique que le demeure encore aujourd’hui le théorème de Fermat !

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Zemmour: le 14e arrondissement en campagne

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Meeting d'Eric Zemmour à Chambéry, 25 février 2022 © Jean-Philippe Ksiazek/AFP

Récit d’une réunion de militants zemmouriens à Paris où d’anciens fillonistes se mêlent à des marinistes déçus. Unis à droite et emballés par le candidat nouveau, les gens se causent et fraternisent sans regrets pour leurs ex.


Après le meeting de Villepinte, ma femme et moi avons pris la décision conjointe qu’il était interdit de désespérer et qu’il était temps d’agir. Nous avons donc contacté l’équipe de militants du parti d’Éric Zemmour, Reconquête, dans le 14e arrondissement de Paris et un soir de semaine, nous avons laissé le petit regarder Le Mystère de la chambre jaune à la télévision avec son grand-père et nous nous sommes rendus à une réunion dans l’arrière-salle d’un restaurant de l’avenue du général Leclerc.

Quatre-vingts zémmouriens convaincus qu’ils seraient plus utiles s’ils étaient convaincants étaient là. On s’assoit. Je regarde les gens, curieux, comme la première fois que je suis allé en Israël, quand je matais les gens et que je m’habituais à ces rues où tout le monde est juif. Tous juifs, même le grand blond avec les cheveux en brosse à l’arrêt de bus, même la jeune fille noire en uniforme sur le trottoir d’en face. Ici, tous zémmouriens. Des prolos, des bourgeois, des diplômés, des commerçants, plus d’hommes que de femmes, plus de vieux que de jeunes mais de tous les genres dont certains que je n’aurais jamais crus encartés à Reconquête en les croisant dans le quartier. Il n’y a donc pas de zémmourien type contrairement à ce qu’on pourrait penser en regardant la télé où tous ses « amis » ont l’air bien nés, bien coiffés et sortis d’Assas.

Une réunion pour galvaniser les troupes

L’organisateur prend le micro et la parole. Il nous présente son équipe, fidèle depuis le début de son action politique, depuis sa campagne pour Fillon en 2017, depuis sa candidature à la mairie du 14e et sa défaite face à une candidate écolo et à Hidalgo. Un type sympa, chaleureux, qui inspire confiance, que l’on sent dévoué et investi pour le bien public, du genre qui sacrifie une vie de famille le soir ou le dimanche pour des ingrats qui houspillent les politiques sur les marchés en les traitant de vendus ou de profiteurs, du genre qui se met au service de son quartier, de sa ville, de son pays et que des antipass menacent, insultent et violentent, du genre qui s’expose, qui prend des risques, qui prend des coups, et que ceux qui ont la critique facile et qui ne font jamais rien gratuitement ne remercieront jamais assez : un élu.

A lire aussi : Journalistes critiques zélés du zemmourisme, fermez-la!

Il parle de la campagne et se veut rassurant sur les sondages qui cantonnent Zemmour à 12 % (nous sommes le 19 janvier). « Ne soyez pas inquiets, ils vont faire ça jusqu’à deux semaines de l’élection et le feront remonter pour ne pas avoir l’air de s’être trop trompés. » Pas le moment de demander qui est ce « ils », mais c’est aussi l’avis de l’ami d’un ami qui travaille à la DGSI et qui affirme que les instituts de sondage sont tenus par des amis de Macron et qu’en réalité, notre candidat est à 18 %. Puis il s’en prend aux autres partis dans la course à l’élection. On se connaît à peine et il a déjà la dent dure pour Marine Le Pen et la « retraite à soixante ans ». D’abord, c’est quarante annuités, ensuite je veux bien  entendre toutes sortes de critiques sur la présidente du RN mais pas d’un type qui a soutenu Fillon. La ligne sociale de Marine m’allait plutôt bien et si je l’ai quittée pour Eric, c’est parce que j’ai fini par me rendre à l’idée qu’elle ne pouvait pas être élue. En dix ans, je n’ai réussi à convaincre personne de voter pour elle alors qu’en dix semaines, j’ai vu des proches totalement fermés à la possibilité d’un vote RN être éventuellement tentés par un vote Reconquête. Mais je n’aime pas trop que l’ancien militant du parti des notables centristes critique mon ancien choix. Sauf le respect que j’ai pour le bonhomme, s’il s’imagine que l’union des droites va se faire par l’allégeance de la droite populaire à la droite bourgeoise, il va falloir qu’on en cause. Je n’aurai pas le réflexe et la désobligeance de lui dire que si mon ex-candidate a raté son débat d’entre-deux-tours, le sien, après avoir été le premier ministre de l’abolition du mot « mademoiselle » et de la suppression de la culture générale au concours d’entrée à sciences-po, a appelé à voter Macron deux minutes après l’annonce de sa défaite et a disparu dans la finance. Il y a cinq ans, monsieur 20h02, c’était Fillon. Ce n’est ni le temps ni le lieu pour un règlement de comptes mais le moment venu, je lui rappellerai qu’avant Reconquête, le Rassemblement national était le seul parti qui n’était pas immigrationniste.

Militer, militer, militer… il en restera toujours quelque chose

Puis vient le temps des questions. Le premier à lever la main est un type d’une soixantaine d’années qui a l’air de sortir de La vérité si je mens ! Il ne demande pas ce que le candidat peut faire pour lui, il s’inquiète pour la sécurité de Zemmour. « À Villepinte, on lui a sauté dessus. Est-il bien protégé ? » On le rassure. Un autre, plus jeune et l’air plus catholique s’interroge sur l’utilité de distribuer des tracts et sur les risques courus par les militants dans la rue. Un type qui semble aguerri lui explique qu’un parti se doit d’occuper le terrain avec de vraies gens. L’animateur ajoute que lors des premiers tractages, ils ont été mieux reçus que lorsqu’ils s’affichaient pour Fillon il y a cinq ans. Qui l’eût cru ?

A lire aussi : Zemmour pour les nuls

Une dame de 72 ans témoigne. Quand elle évoque Zemmour dans sa famille, avec ses amis, elle se heurte à des murs. Personne ne veut l’entendre. Elle aussi s’interroge sur l’opportunité du militantisme. Un jeune lui explique en substance que personne ne tombera à genou en s’écriant « Alléluia, j’ai vu la lumière ! », mais que son effort n’est pas vain, il s’agit de planter une graine. Un autre ajoute qu’il est important que ses proches entendent le discours de Zemmour dans sa bouche à elle, porté par quelqu’un comme eux, quelqu’un qu’ils connaissent, quelqu’un de bien, quelqu’un qu’on ne calomnie pas tous les jours dans les médias en répétant qu’il porte un discours de haine, de racisme et de rejet de l’autre.

Famille politique et famille tout court

Enfin arrivent les galettes et les verres de cidre. À ma table, un étudiant de 19 ans salue ses amis de Génération Z, la dame de 72 ans avoue qu’elle déteste les vieux qui ne pensent qu’à leur retraite et à leur patrimoine et qui s’apprêtent tous à voter Macresse pour les uns, Pécron pour les autres. Elle nous demande si nous avons reçu nos cartes d’adhérent. Non, personne n’a rien reçu. J’espère qu’ils n’ont pas dématérialisé ça aussi. J’aimerais penser que l’un de mes descendants trouvera un jour dans de vieux papiers ma tête sur une carte de membre actif du Z et me dise merci Pépé, pour le pays laissé en héritage, débarrassé de ses mosquées cathédrales, de ses racailles et de ses femmes voilées. La conversation s’engage avec deux gars d’une quarantaine d’années. On évoque les violences au meeting. La dame se souvient de l’activiste qui tenait à rester sanguinolente pour la caméra. L’un des deux, qui travaille dans la culture et qui vient du Nord, nous dit que c’est de la broutille. Dans sa jeunesse, il a assuré la sécurité pour les meetings de Jean-Marie Le Pen quand les ouvriers de la CGT et du parti communiste chargeaient en masse et en force pour entrer dans les salles. Il évoque certains de ses amis qui ont fait de la prison pour avoir cogné un peu trop fort sur des perturbateurs. Il avoue avoir quitté le FN à l’arrivée de Marine en continuant à voter pour le parti faute de mieux tout en craignant qu’elle passe et que son incompétence décrédibilise la cause nationale pour cinquante ans. Je rappelle qu’au lieu de travailler après son débat piteux, la présidente du RN a obtenu un diplôme d’éleveuse de chats. « Si ce n’est pas un acte manqué ? » Ma thèse est qu’elle serait soulagée si un autre la déchargeait de son fardeau, de sa mission héritée de sauver la patrie et lui permettait de se consacrer à ses enfants, à son foyer et à ses chats. On boit, on rit, on sympathise, on communie. On a pu enfin parler politique sans que les insultes volent et que les portes claquent. On se quitte en se disant qu’on se verra bientôt sur un tractage, dans un meeting ou dans le quartier. On n’était pas venus pour ça, mais on se dit qu’on pourrait bien avoir trouvé des amis. Ça tombe bien, à défendre Zemmour dans les dîners, on en perd toutes les semaines. Sans regrets.

L'arnaque antiraciste expliquée à ma soeur

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Alexandre Douguine: « Ce n’est pas une guerre contre l’Ukraine, mais contre BHL et le globalisme»

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Présenté par les uns comme un idéologue proche du Kremlin, par les autres comme un intellectuel ésotérique et marginal dont on a exagéré l’importance, Alexandre Douguine suscite l’intérêt des médias occidentaux, plus encore depuis le début de la guerre déclenchée par la Russie en Ukraine. Depuis trois décennies, il est le chantre de l’eurasisme, doctrine comptant faire de la Russie et des anciennes Républiques soviétiques un bloc continental cohérent capable de tenir tête aux États-Unis et à ses alliés. Certains ont vu dans l’agression russe l’indice des progrès de son influence auprès de Vladimir Poutine. Entretien exclusif.


Causeur. Vous êtes assez connu ici, à la fois dans nos médias conservateurs (la revue Conflits s’est intéressée à vous dans cet article de 2020) mais aussi chez des intellectuels éclairés et « raisonnables » comme Bernard-Henri Lévy, qui vous a qualifié de « fasciste sophistiqué ». Je ne sais pas si c’est un compliment…

Alexandre Douguine. À propos de cette qualification, Bernard-Henri Lévy s’est affiché le 15 mars, à Odessa, auprès de Maxim Marchenko, qui est nazi, porteur de la croix de fer nazie, ex-chef du bataillon d’Aidar. Avec Bernard-Henri Lévy, et la presse libérale occidentale en général, il y a de l’hypocrisie. Si jamais l’on est en désaccord avec le libéralisme outrancier de Bernard-Henri Lévy, on est qualifié de fasciste. Même Eric Zemmour, qui est juif d’Afrique du Nord, est qualifié de fasciste. Trump est fasciste, Poutine est fasciste, tous ceux qui ne sont pas de leur côté sont fascistes. Mais en même temps, on voit de vrais nazis, fascistes, racistes, qui portent la swastika, ou comme Maxim Marchenko, qui est reconnu néo-nazi et qui se proclame comme tel. Or, BHL n’a aucun problème à se promener avec lui à Odessa. Il y a des gens qui se déclarent fascistes, on doit tenir compte de leur propre qualification et les qualifier ensuite comme tels. A l’inverse, si quelconque refuse d’être qualifié comme fasciste, on ne doit pas le qualifier de fasciste.

Libération a proposé un portrait nuancé de Maxim Marchenko, sans gommer les aspects problématiques de ses camarades. Concernant Alexandre Douguine, le média australien progressiste Independent Australia rappelait un article de 1997 dans lequel l’écrivain russe proposait des visions étonnantes du fascisme et du national-socialisme, indiquant « qu’en aucun cas les aspects racistes et chauvins du national-socialisme ont déterminé la nature de son idéologie » et que « les excès de cette idéologie en Allemagne (…) concernent exclusivement les Allemands (…) tandis que le fascisme russe est une combinaison de conservatisme national naturel avec un désir passionné de vrais changements ».

Ici en France, tandis que les médias conservateurs qui voyaient Poutine plutôt comme un élément stabilisateur du monde (on se souvient qu’il était aux côtés de Chirac contre la guerre en Irak), les médias traditionnellement hostiles à la Russie s’en donnent à cœur-joie, sur le ton du « on vous l’avait bien dit ».

Les mass médias occidentaux font évidemment bien plus de bruit que la presse assez limitée de la Russie. Face à cette guerre médiatique menée par les Occidentaux, il faut mener la guerre véritable. C’est en quelque sorte une guerre contre l’Occident. Non pas contre l’Ukraine, mais contre l’hégémonie libérale mondialiste.

C’est une guerre contre Fukuyama et non pas contre l’Europe

Si je vous suis bien, Poutine a déclaré la guerre non pas à l’Ukraine, mais à l’Occident.

Oui. C’est pourquoi l’on n’utilise pas le nom « guerre » à l’intérieur de la Russie concernant l’intervention en Ukraine ; on parle d’opération militaire spéciale. Pourquoi ? Parce que ce n’est pas une guerre contre l’Ukraine, c’est une guerre contre le globalisme, contre Bernard-Henri Lévy, contre George Soros, contre Joe Biden, contre l’atlantisme. Finalement, c’est Francis Fukuyama qui a vu juste, quand il a appelé son dernier article « la guerre de Poutine contre l’ordre libéral » [en anglais, ici]. C’est tout à fait juste ; c’est la guerre de Poutine et de la Russie contre l’ordre libéral mondial, contre la fin de l’histoire et contre l’Empire américain.

Qui souffre des expropriations faites en ce moment par l’Occident ? Les pires des nôtres, les oligarques. Nous les détestons plus encore que vous ne les détestez

Mais alors, quelles pourraient être les prochaines étapes de Poutine, après la guerre d’Ukraine ? Où est-ce qu’il pourrait encore avancer ses pions dans sa guerre contre l’Occident ?

Je crois que pour l’instant, l’objectif, c’est l’Ukraine. Zbigniew Brzeziński a dit dans le Grand Echiquier [1] que sans l’Ukraine, jamais la Russie ne pourra redevenir un Empire. Avec l’Ukraine, la Russie redeviendrait automatiquement un Empire parmi les autres, ou plutôt un pôle indépendant du monde multipolaire. Il n’est pas du tout question d’attaquer des pays membres de l’OTAN en Europe parce qu’avec l’établissement de l’indépendance de la Russie dans un grand espace eurasiatique, le monde multipolaire sera pleinement établi. Selon moi, les conséquences directes de cette révolution géopolitique seront réjouissantes, parce qu’avec ce bloc qui comprendrait la Russie, la Grande Russie (la Russie avec l’Ukraine) et la Chine (et j’espère avec Taïwan), l’hégémonie occidentale sera détruite. Ça sera « la fin de la fin de l’histoire ». C’est une guerre contre Fukuyama et non pas contre l’Europe. Dans cette multipolarité assurée, l’Europe pourra choisir son camp : ou elle continue d’être le prolongement de l’atlantisme et du monde anglo-saxon, ou l’Europe redevient un pôle indépendant et souverain. C’est une chance pour l’Europe, non pas de s’unir à la Russie, mais de s’affirmer comme un pôle indépendant, autant des Etats-Unis que de la Russie. L’Europe peut devenir un bloc véritable, capable de se défendre, même contre les Russes. L’Europe doit se réaffirmer comme un pôle, non pas avec nous, non pas dans une relation nécessairement amicale avec la Russie, mais d’une manière réaliste.

Mais justement, les opinions publiques européennes ont peur ! En France, encore, on est loin de la frontière russe, mais nous nous mettons à la place des Polonais, des Suédois. C’est un rejet massif de la Russie qui a lieu en ce moment, pas seulement chez les élites, mais aussi dans les opinions publiques de ces pays.

Beaucoup de choses changent. Pour nous, ce qui est très important, c’est de réaffirmer la Russie comme bloc indépendant, le reste est secondaire. Quand l’Europe comprendra les choses de manière réaliste, quand l’Europe s’accommodera de la nouvelle situation et réalisera que les Etats-Unis n’ont pas fait grand-chose pour venir en aide à l’Ukraine, elle changera. Il n’y a pour l’instant aucun danger pour l’Europe mais finalement, tout dépend d’elle. Si l’Europe est agressive, si l’Europe continue d’être la base militaire des Etats-Unis, l’Europe se trouvera dans une situation fragile.

Vous m’avez dit quand même qu’il s’agissait d’une guerre contre les valeurs occidentales, tandis que Poutine semble régler ça comme une opération de gendarmerie, en réglant un « problème » dans un pays voisin turbulent. Je ne crois pas que Poutine soit dans une approche si globale…

Non, non, non, Poutine a tenu [le mardi 16 mars] un discours historique. Il a dit [en substance] : « la civilisation occidentale, nous la refusons. Aucune dépendance de l’Occident, aucune valeur commune avec l’Occident, nous sommes une civilisation totalement auto-suffisante, donc allez-vous en [2] ». Finalement, c’est une rupture finale avec la communauté de valeurs, de destin ; il a dit adieu à l’Occident. Il a dit aussi : « il y aussi beaucoup de gens qui sont des Européens occidentalistes à l’intérieur de la Russie » [dans son discours, Poutine s’en est pris notamment à ses compatriotes « qui ont une villa à Miami ou sur la French Riviera » ou « qui ne peuvent pas vivre sans foie gras, huîtres ou les prétendues libertés de genres. », ndlr]. Il a déclaré la guerre contre eux. C’est donc une lutte contre l’Occident libéral à l’extérieur des frontières russes mais aussi à l’intérieur de la Russie.

Vous avez aussi des Russes qui sont hostiles à Poutine, et à l’Ouest, il y a des gens qui jusque-là, étaient pro-russes, comme Marine Le Pen ou Eric Zemmour. Ils voyaient en Poutine presque un modèle politique. Vous avez perdu ces alliés.

Quand la Russie vaincra, quand seront établis sur l’Ukraine la puissance et le contrôle suffisants aux yeux de Moscou (c’est à Poutine de juger quand ça sera suffisant et pas à moi), il y aura un autre ordre mondial. Et je crois que le choix ne se fera plus entre la Russie et les Etats-Unis mais entre uni-polarité (ou disons le système occidental-centriste proposé par Biden) et multipolarité. Tous les pays pourront faire leur choix. Dans ce cas, même les Américains, avec Trump et les conservateurs, pourront choisir la multipolarité ; parce que les ennemis de Trump sont les ennemis de Poutine. Les populistes de droite ou de gauche, tous ceux qui sont opposés à l’uni-polarité libérale peuvent alors se retrouver du côté de la Russie. Mais aujourd’hui, le moment est critique, c’est trop tôt. Aujourd’hui, tout le monde reproche à la Russie d’être l’agresseur. Mais avec le temps et surtout après la victoire russe, ça sera différent. Ce qui compte vraiment pour nous, c’est l’appui de la Chine (de l’Iran également, mais surtout de la Chine). Si nous avons la Chine derrière nous, nous n’avons peur de rien ni de personne.

Au lendemain de la Guerre froide, la Russie et même Poutine dans les premières années de son règne ont voulu jouer la carte de l’Occident. Un certain nombre de « maladresses » occidentales l’ont peut-être amené dans le camp chinois. Mais est-ce que Poutine était programmé au départ pour devenir le grand rebelle international ?

Ce n’est pas l’analyse correcte. Poutine, selon moi, est un dirigeant absolument réaliste et pragmatique. Il n’est pas eurasiste convaincu, il n’est pas libéral convaincu non plus. Il est le chef d’Etat d’une Russie qui est tellement sous pression du libéralisme global qu’il est obligé de faire ça. Aucun autre dirigeant russe à sa place ne pourrait faire autrement. S’il veut garder le pouvoir, défendre le pays, il doit se comporter comme ça. Quand il dit qu’il est obligé d’attaquer l’Ukraine, il dit la vérité. Poutine n’est pas comme moi. Je suis eurasiste convaincu. Il finit par mener l’action que je recommande en arrivant par d’autres chemins. Le « racisme » culturel de l’Occident et les gifles données par de petits personnages hautains ont transformé Poutine d’ami de l’Occident en ennemi.

Comment voulez-vous intégrer de force l’Ukraine à la Russie si l’Ukraine n’en a pas envie ?

Dans l’histoire russe, l’intégration et la réintégration de l’Ukraine a souvent été un défi et finalement on arrive par reconquérir cette terre d’origine. L’Ukraine n’a jamais existé. La moitié de la population était mentalement russe et l’autre moitié était partagée entre la Pologne et l’Autriche. Jamais l’Ukraine n’a eu d’Etat national. C’est pourquoi on a dû utiliser le nazisme, le nationalisme extrême pour forcer la création de cet Etat-nation. Cela s’est répété plusieurs fois dans l’histoire. A chaque fois, cela se termine de la même façon : les troupes russes interviennent.

Vous avez fait tout à l’heure une critique acerbe de l’Empire occidental et maintenant vous défendez l’Empire russe. Est-ce qu’il n’y a pas un paradoxe ?

Non, non. L’Empire libéral est mauvais non parce que c’est un Empire mais parce que il est libéral…

Ce qui vous choque dans « Empire libéral », c’est donc l’adjectif libéral…

Oui. Cet Empire libéral anglo-saxon, matérialiste, capitaliste, individualiste, basé sur la perversion de toutes les valeurs, sur la destruction de toutes les traditions, c’est l’Empire de l’Antéchrist.

Frédéric Magellan et Alexandre Douguine. D.R.

La société russe de Poutine est pourtant à peu près aussi matérialiste que la nôtre, elle s’est largement convertie au capitalisme.

Non. Il faut distinguer le peuple de la société. Le peuple se cache derrière la société. La société, c’est la surface du peuple seulement. Quand on veut mesurer certaines conclusions au sujet de la société, c’est toujours très superficiel. La Russie et le peuple russe suivent presque totalement Poutine (à quelques exceptions), même la partie de la population occidentalisée et acquise à la modernité et au capitalisme. Le peuple se réveille presque immédiatement quand il entend un certain appel, une certaine voix, que les autres n’entendent pas mais que les Russes entendent. En quelque sorte, ils perçoivent que c’est une guerre sainte contre l’ordre libéral et hédoniste.

Ça me rappelle finalement le discours qu’avait George Bush en 2003 au moment de la guerre d’Irak. Il était parti en guerre au nom de valeurs occidentales… Est-ce qu’il n’y a pas une similitude ?

Peut-être, oui. Mais pas de similitudes au niveau des valeurs, car les valeurs occidentales, c’est précisément ce contre quoi nous luttons. Les valeurs occidentales pour nous sont des valeurs de dégradation, de perversion des mœurs, c’est le nihilisme pur contre lequel la Russie a lutté au moment des Tsars, au moment de la défense de l’orthodoxie, au moment de l’Union soviétique, car elle a lutté contre l’individualisme capitaliste. Les régimes ont changé mais c’est bien une guerre des valeurs qui se poursuit, la guerre contre les valeurs de George Bush.

Poutine avait fait un investissement en soft power en organisant les Jeux olympiques, la Coupe du monde de football. Aujourd’hui, tout cet investissement est perdu.

Oui, et tant mieux. Je suis très heureux de toutes les sanctions. Moi, je suis proudhonien, je ne crois en rien dans le capitalisme. La propriété, c’est le vol. Poutine a eu confiance dans l’Occident, il a investi dans la globalisation et maintenant, tout est perdu, tout est coupé, tout est totalement détruit et je suis absolument heureux de tout cet adieu à la globalisation. Car cela a bénéficié chez nous aux pires des nôtres, les oligarques, que l’on déteste ici. Qui souffre des expropriations faites en ce moment par l’Occident ? Les pires des nôtres. Nous les détestons plus encore que vous ne les détestez.

Alors j’ai une question de petit Français. On se souvient que Poutine avait lancé l’opération en Géorgie en 2008 au moment des Jeux olympiques de Pékin ; en 2014, l’annexion de la Crimée a eu lieu aussi au moment des JO de Sotchi. On peut avoir l’impression qu’il profite d’événements majeurs pour avancer ses pions. Aujourd’hui, est-ce que Poutine a lancé cette opération en ce moment parce qu’il y a l’élection française ? Laissez-moi m’imaginer que la France a encore un rôle dans les choix des grands de ce monde !

Je crois que la dernière chose que Poutine a eu à l’esprit, ce sont les élections présidentielles françaises. Mais objectivement, la situation en Ukraine a fait grand dommage à Zemmour, à Marine Le Pen, car ils étaient absolument sûrs que la Russie n’attaquerait pas l’Ukraine, et ils ne peuvent plus donc tenir leur ligne. Je serais heureux que l’opposition à Macron l’emporte, mais finalement ça ne changera pas grand-chose à l’histoire mondiale. Pour le moment, la France est sortie de l’histoire. Je suis absolument sûr qu’il arrivera et je souhaite que ce moment arrive où la France sera sortie de ces années de plomb de Sarkozy, de Hollande, de Macron, séquence déplorable…

Je reviens sur un point. Pour vous, l’objectif de l’intervention russe, c’est l’annexion de l’Ukraine. Est-ce que c’est l’objectif déclaré de Poutine ?

Je n’ai pas utilisé le mot « annexer ». Poutine a déclaré deux objectifs. Premier : démilitarisation. Deuxième : dénazification. Ces objectifs ne sont pas réalisables sans contrôle total de l’Ukraine. On ne peut pas démilitariser le pays sans contrôle stratégique total. On ne pas dénazifier sans contrôle absolu sur le système politique. Poutine a déclaré ces deux points de manière très sérieuse.

Mais ça serait un contrôle temporaire ou définitif de l’Ukraine ?

On verra bien.

Imaginons que Poutine renverse dans quelques jours le gouvernement ukrainien. A partir de quand les Européens vont se décider selon vous à entrer en guerre. Est-ce que vous pensez que la France ou l’Angleterre peuvent en arriver là ?

Je pense que rien ne se décide à Londres ou à Paris…

Disons Washington…

Washington, c’est autre chose. Washington peut déclencher la guerre nucléaire, mais ne la finira pas. Le potentiel nucléaire russe est tout à fait suffisant pour détruite Washington, l’Europe, le monde, l’humanité et Poutine a déjà dit : « Si Washington osait utiliser l’arme nucléaire, la Russie répondra avec l’attaque symétrique et ça sera la fin du monde ». On peut déclencher la guerre nucléaire mais on n’a aucune chance de s’en sauver. Trois dirigeants décident du sort du monde : Biden, Poutine et Xi Jinping, mais sûrement pas Macron. Tous les autres sont des observateurs impuissants qui peuvent être sacrifiés par ces Grands Trois. Si l’Europe était un pôle souverain, il y aurait quatre personnages qui décideraient du sort du monde. Je crois que l’opération spéciale en Ukraine n’aurait pas eu lieu sous Trump car Trump était réaliste, Poutine est un réaliste, ils se comprennent très bien. Trump a abandonné Kiev durant sa présidence et il n’y avait pas de nécessité pressente d’intervenir en Ukraine. La situation actuelle avec Trump ne serait pas possible, non parce que Poutine aurait peur de lui, mais seulement parce que deux réalistes peuvent se sortir d’une situation en évitant la guerre. Si Trump gagne la prochaine élection, on retrouvera sans doute…

… une entente cordiale. Justement. En Europe, aux Etats-Unis, on change de président tous les quatre ans, tous les cinq ans. En Russie, l’exécutif ne change pas souvent. Poutine était déjà là il y a vingt ans.

Parce que c’est notre culture ! Nous aimons les tsars, nous aimons les empereurs. En quelque sorte c’est un monarchisme qui vient d’en bas. La demande d’autorité vient d’en bas. Nous n’aimons pas tellement la démocratie. La démocratie n’est pas une religion, c’est un régime politique qui peut être, ou ne pas être. Vous choisissez la démocratie, nous choisissons autre chose. Vous ne pouvez pas dire : « vous êtes mauvais parce que vous ne choisissez pas la démocratie ». On pourrait dire à l’inverse : « vous êtes idiots parce que vous choisissez la démocratie ». C’est une forme politique qui donne tout le pouvoir aux oligarques, à quelques familles, à quelques groupes d’influence. A mes yeux, les Occidentaux sont idiots et ne savent pas qu’ils sont manipulés par un système dictatorial sous couvert de démocratie.

En France aussi on a une petite nostalgie de la monarchie. On cherche un de Gaulle tous les dix ans et on n’y arrive pas… on est un peu malheureux.

De Gaulle était un grand personnage de l’histoire de France. Il était assez démocrate, il était assez indépendant, il a fait de la France un pays souverain, presque souverain. Il était très proche d’avoir totalement libéré la France de l’influence et du contrôle atlantiste et de redevenir le centre de l’Europe continentale.

Une dernière petite chose : en France et ailleurs, on se demande quel est votre rôle auprès de Poutine. Est-ce que vous mangez avec Poutine ? Est-ce que vous faites des réunions Skype avec Poutine ?

Jamais je ne réponds à cette question. On me demande toujours ça. No comment.


[1] Dans Le Grand Echiquier (1997), Zbigniew Brzeziński a écrit : « L’indépendance de l’Ukraine modifie la nature même de l’État russe. De ce seul fait, cette nouvelle case importante sur l’échiquier eurasien devient un pivot géopolitique. Sans l’Ukraine, la Russie cesse d’être un Empire en Eurasie. Et quand bien même elle s’efforcerait de recouvrer un tel statut, le centre de gravité en serait alors déplacé, et cet empire pour l’essentiel asiatique serait voué à la faiblesse, entraîné dans des conflits permanents avec ses vassaux agités d’Asie centrale ». In Le Grand Echiquier. L’Amérique et le reste du monde, Hachette, 2010, p. 74-75.

[2] https://www.franceinter.fr/emissions/geopolitique/geopolitique-du-vendredi-18-mars-2022