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César 2022: fini le cinéma “woke”?

La 47e cérémonie du cinéma a évité de verser dans la propagande ultra-progressiste des précédentes éditions

César 2022: fini le cinéma “woke”?
L'acteur Vincent Lacoste reçoit le prix du meilleur acteur dans un second rôle, 25 février 2022 © Laurent VU/SIPA

Après deux anni horribiles ​​- 2020 et 2021 – les César ont retrouvé leur dignité cette année. Sophie Bachat commente le palmarès, qui a vu “Illusions perdues” remporter sept prix et “Annette” cinq – le film préféré des flics, “Bac Nord”, illustrant le séparatisme dans le nord de Marseille, est lui reparti bredouille, faut pas pousser non plus NDLR.


Souvenez-vous. Il y deux ans, nous avions assisté à la mise à mort de Polanski, à une cérémonie prise en otage par les féministes, Adèle Haenel en tête, le visage presque défiguré par la haine, qui s’était levée et s’était « cassée » à l’annonce de la victoire du condamné. Cerise sur le gâteau, Jean-Pierre Darroussin, croyant être drôle, avait volontairement estropié le nom du réalisateur franco-polonais. Chacun sait pourtant que dans les camps, on retirait aux juifs leurs patronymes, que l’on remplaçait par un matricule. Un homme privé de son nom n’est plus un homme… Quant à l’an dernier, la cérémonie des César tenait davantage de la performance de rue politisée que d’une fête censée récompenser les meilleurs artistes et techniciens du cinéma français. Ne nous y attardons plus. 

Il faudrait mettre De Caunes à la présentation chaque année !

Certes, en faisant fi du contexte des années passées, la remise de prix de vendredi aurait été banale. Ce fut long, avec les éternels remerciements et les sketchs un peu ratés. 

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Cependant, ce fut comme un retour à la maison, une douce madeleine. La présence d’Antoine de Caunes en maître de cérémonie, vieux briscard des César, a fait appel, une fois de plus, à notre nostalgie. D’autant plus qu’avant la cérémonie, Canal + avait eu la bonne idée de rediffuser la rétrospective « Les années de Caunes » – je me suis aperçue à cette occasion que notre mémoire cinématographique n’était désormais qu’un vaste cimetière. C’est la gorge serrée par l’émotion que j’ai regardé défiler à l’écran nos monstres sacrés : Serrault en robe de chambre, Rochefort, Johnny remettant un César d’honneur à Godard… Cette dernière séquence, en particulier, semble extraordinaire avec le recul : c’était l’alliance de l’instinct et de l’intellect, toute la force du cinéma français encapsulée en une image. 

La soirée toute entière fut en fait pour moi un retour au jardin du souvenir, avec notamment l’hommage à Belmondo, bien entendu, où on montra simplement un montage d’images tirées de ses plus grands films. Et Dieu sait s’il y en eut ! Nous l’avons revu, goguenard et fragile chez Godard, virevoltant dans les comédies des années 70, fragile chez Truffaut… Un génie, finalement ! Fini, les génies ? “La vie est dégueulasse”.

Illusions perdues

La présidente de cette 47ème édition était la scénariste Danielle Thompson, fille de Gérard Oury. Et encore une fois, ma gorge se serra ! Toute mon enfance et ma jeunesse défilèrent devant mes yeux lorsque furent diffusés les extraits des grands films qu’elle a scénarisés, dont “La Boum”, évidemment, le film « doudou » de ma génération. J’ai ressenti également l’envie pressante de revoir “Cousin, cousine” de Jean-Charles Tacchella, film délicieux et oublié. Et comme je ne rate pas une occasion de parler de moi, j’ai alors revécu mon éducation sentimentale et cinématographique, de même que la perte de mes illusions… 

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Quant au palmarès, il fut, je crois, tout à fait cohérent. Tout à fait mérité pour “Les illusions perdues” de Xavier Giannoli, qui remporta sept César, dont celui du meilleur film. Gageure que d’adapter un tel chef-d’œuvre, Giannoli, en réussissant ce pari, a rejoint le club de nos grands cinéastes. Leos Carax, notre enfant terrible et mystérieux du cinéma, a remporté le prix du meilleur scénario pour “Annette”, sa comédie musicale baroque, récompense qu’il n’a pas volée. Plus surprenant fut le prix du meilleur acteur remis à Benoît Magimel, pour “De son vivant” d’Emmanuelle Bercot, mais sa force teintée de fragilité le mérite peut-être finalement. Et j’ai été ravie, comme tout le monde, que la géniale Valérie Lemercier soit sacrée meilleure actrice : elle est bluffante dans “Aline”. 

Valérie Lemercier dans “Aline”, film de 2021 © Jean-Marie Leroy / Rectangle Productions, Gaumont.

Un des sommets de la soirée fut la récompense pour le meilleur second rôle féminin de Aissatou Diallo Sagna, pour “Fracture” de Catherine Corsini. Cette aide soignante – qui fut castée par la réalisatrice, qui voulait que son film, qui traite de l’hôpital public, soit ancré dans le réel – prononça des remerciements vrais et émouvants, un antidote au discours halluciné teinté de racialisme que nous avait infligé en 2020 Aïssa Maïga. Deux ans après, les César ont vraiment retrouvé leur dignité. La cérémonie fut dédiée à Gaspard Ulliel, et quoiqu’on en dise, l’hommage que lui rendit le Canadien Xavier Dolan fut bouleversant.

Débarrassée de folies idéologiques et du besoin de vengeance, la soirée de vendredi était authentique. 


Palmarès complet

César d’honneur : Cate Blanchett
Meilleur film : Illusions perdues, réalisé par Xavier Giannoli
Meilleure réalisation : Leos Carax pour Annette
Meilleure actrice : Valérie Lemercier pour son rôle dans Aline
Meilleur acteur : Benoît Magimel pour son rôle dans De son vivant
Meilleur acteur dans un second rôle : Vincent Lacoste dans Illusions perdues
Meilleure actrice dans un second rôle : Aïssatou Diallo Sagna pour La Fracture
Meilleur film étranger : The Father, réalisé par Florian Zeller
Meilleur premier film : Les Magnétiques, réalisé par Vincent Maël Cardona
Meilleur scénario original : Arthur Harari et Vincent Poymiro pour Onoda, 10 000 nuits dans la jungle
Meilleurs décors : Riton Dupire-Clément pour Illusions perdues
Meilleurs costumes : Pierre-Jean Larroque pour Illusions perdues
Meilleur espoir féminin : Anamaria Vartolomei pour son rôle dans L’Evénement
Meilleur espoir masculin : Benjamin Voisin pour son rôle dans Illusions perdues
Meilleur court-métrage d’animation : Folie douce, folie dure, réalisé par Marine Laclotte
Meilleur court-métrage documentaire : Maalbeek, réalisé par Ismaël Joffroy Chandoutis
Meilleur long-métrage d’animation : Patrick Imbert pour Le Sommet des dieux
Meilleur documentaire : La Panthère des neiges, réalisé par Marie Amiguet et Vincent Munier
Meilleur film de court-métrage : Les Mauvais Garçons, réalisé par Elie Girard
Meilleur son : Erwan Kerzanet, Katia Boutin, Maxence Dussère, Paul Heymans et Thomas Gauder pour Annette
Meilleure adaptation : Xavier Giannoli et Jacques Fieschi pour Illusions perdues
Meilleur montage : Nelly Quettier pour Annette
Meilleure photographie : Christophe Beaucarne pour Illusions perdues
Meilleure musique originale : Ron Mael et Russell Mael pour le groupe Sparks pour Annette
Meilleurs effets visuels : Guillaume Pondard pour Annette


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