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La preuve par Fabien Roussel

Petite chérie des médias, l’écoféministe furieuse Sandrine Rousseau nuit à la gauche française

La preuve par Fabien Roussel
Le candidat communiste Fabien Roussel sur France 2, 24 mars 2022 © ISA HARSIN/SIPA

L’édito politique de Jérôme Leroy


Dans un débat avec Fabien Roussel, Sandrine Rousseau a donné la preuve éclatante qu’il n’y a pas deux gauches irréconciliables… puisqu’elle n’est plus de gauche.

Je me demande pourquoi France 2, le 24 mars, a jugé bon de faire débattre Fabien Roussel avec Sandrine Rousseau dans l’émission politique “Elysée 2022”. Après tout, le candidat des “Jours Heureux” a été le seul ce soir-là à avoir le droit à ce traitement sur son temps de parole et, que je sache, non seulement Sandrine Rousseau n’est pas la candidate verte, mais elle n’est même plus présente dans l’équipe de campagne de Yannick Jadot ! 

Sandrine Rousseau la harceleuse

Le candidat écolo a fini par être lassé du harcèlement permanent de celle qu’il avait battue de justesse aux primaires et qui se croyait autorisée avec son score, à contredire le vainqueur, voire à lui savonner la planche.

Sandrine Rousseau. Capture d’écran France 2

Mais voilà, Sandrine Rousseau dit de telles énormités qu’elle est, pour les médias, une bonne cliente qui a l’avantage, derrière un vernis de modernité, de ringardiser la gauche, en la réduisant à des combats sociétaux qui oublient la logique de classes et qui s’enferme dans des logiques identitaires ou communautaires, de manière étrangement symétrique à Éric Zemmour, à ceci près que ce ne sont évidemment pas les mêmes qu’on érige en victimes. 

Le problème, c’est que la seule façon, à gauche, de défendre les dominés, c’est de les prendre en bloc et de leur montrer où est leur place dans les rapports de production, plutôt du très mauvais côté, surtout avec le programme que prépare Emmanuel Macron pour un second quinquennat. Bref, de faire retrouver une conscience de classe à ceux qui auraient tendance, quand le doigt montre les hyperprofits du CAC 40 en temps de Covid, à regarder le RSA du voisin d’en dessous.

Deux gauches aux priorités différentes

Bref, et cela s’est vu dans ce débat, alors que Sandrine Rousseau estime que la priorité  c’est le partage des tâches ménagères, (au point de créer un délit en cas de non-partage !), Fabien Roussel, lui, se bat pour le partage de la valeur, c’est-à-dire, selon sa formule, « pour que les gros payent gros et que les petits payent petit ». Et en matière d’égalité homme femme, il estime que la priorité, avant toute chose, est l’égalité salariale toujours pas réalisée.

A lire aussi, reportage: Dans les travées du meeting parisien de Zemmour, qui entend encore créer la “surprise”

Plus généralement, on a le droit de s’interroger sur la conception de la « sororité » vue par Sandrine Rousseau. Cette Lilloise n’hésite pas en effet à se faire parachuter dans une circonscription parisienne pour les élections législatives comme nous l’indique Libération, en évinçant la candidate présente depuis de nombreuses années contre l’avis des militants.

Heureux Lillois qui voient Rousseau s’éloigner !

À la question qu’on lui pose sur cette opération, Sandrine Rousseau utilise un argument décisif : « Je n’ai pas envie de répondre à cette question ». C’est sûr que ça clôt le débat assez vite et indique surtout la gêne palpable d’appliquer la bonne vieille politique à la papa, très patriarcale (!) pour le coup… Elle daigne lâcher que c’est surtout parce que son mari et ses enfants travaillent à Paris. On pourra souligner que Madame qui suit Monsieur pour le boulot, c’est une démarche assez peu « déconstruite », et puis ce n’est pas comme si elle était vice-présidente de l’Université de Lille, chargée de la précarité, où par ailleurs, des syndicats pourtant peu enclins à la critique de l’intersectionnalité, comme Sud, ont marqué leur énervement devant son absentéisme. 

Bref, opposer Roussel et Rousseau, ce n’est pas opposer deux gauches irréconciliables, c’est opposer une gauche populaire, laïque et sociale à un courant de pensée qui a fait son deuil du peuple et dont le principal souci est d’imposer de manière plutôt rigide des ajustements comportementaux privés dans une bourgeoisie aisée et progressiste, qui ne souffrirait pas, ou si peu, d’une « sobriété » décroissante. Bref, le contraire du programme des “Jours Heureux”, qui envisage des solutions réalistes, notamment grâce au nucléaire, pour lutter contre les défis qui nous attendent tous et les rendre moins brutaux pour les plus fragiles.


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Jérôme Leroy est écrivain et membre de la rédaction de Causeur. Dernier roman publié: Vivonne (La Table Ronde, 2021)

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