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[Nos années Causeur] Penser contre soi-même

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À l’occasion de notre numéro 100, Eugénie Bastié se souvient de son stage à Causeur


En farfouillant dans mes courriels, j’ai fini par retrouver ma demande stage adressée à Gil Mihaely le 5 avril 2013 alors que j’étais encore une jeune étudiante de Sciences Po de 21 ans :« Cher monsieur Mihaely, J’ai lu avec attention le nouveau numéro de Causeur, bravo , c’est vraiment très réussi. J’ai particulièrement apprécié l’éditorial d’Élisabeth Lévy qui parlait de “journalisme d’idées”. C’est cette démarche en effet qui m’intéresse dans votre magazine qui est un des rares médias qui donne une place unique au débat d’idées, avec humour et profondeur. (…) J’ignore si vous avez besoin de têtes jeunes et dévouées, mais sachez que je serai très enthousiaste de pouvoir découvrir les arcanes du “journalisme d’idées” aux côtés de l’équipe de Causeur. »

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En relisant ce message j’ai eu trois réactions. L’effroi, d’abord, de songer que presque une décennie déjà m’éloignait de ces premiers pas en journalisme, que j’avais déjà grillé ma vingtaine et que le temps était donc proche où je serai la Michèle Cotta du xxie siècle. La satisfaction, ensuite, de comprendre que la voie où je m’étais engagée à ce printemps 2013, celle du journalisme d’idées, était la bonne puisqu’elle est celle qui m’épanouit encore aujourd’hui. La reconnaissance, enfin, pour Gil et Élisabeth, qui ont su faire confiance à la jeune Rubemprette en minishort et mocassins pleine d’ambitions et de certitudes que j’étais.

À l’époque (et je me rends compte en grinçant que j’atteins l’âge où l’on peut utiliser cette locution de boomer), il faut se rendre compte quel bol d’air apportait Causeur à des gens de ma génération qui avions connu le politiquement correct à la mamelle. Fraîchement débarquée de ma province où l’on était de droite par habitude familiale à Sciences Po où la moitié de ma classe votait Mélenchon et Poutou (ils étaient déjà là), je rasais les murs en m’admettant après trois verres de rhum-coca « gaulliste sociale », ce qui pouvait à la limite être toléré en état d’ébriété.

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Il était presque impossible, après le quinquennat qui avait failli nous replonger dans la France de Vichy, d’admettre un vote Sarkozy. C’est à ce moment que j’ai découvert Causeur (je ne sais plus exactement comment, par Facebook peut-être), et les noms d’Élisabeth Lévy, Alain Finkielkraut et Philippe Muray. Je me souviens avoir acheté l’intégralité de son œuvre après lecture d’un numéro qui lui était dédié. Cette floraison d’intelligence, de largesse d’esprit, d’humour et de distance, au milieu de la morosité moraliste qui m’entourait, a été comme une révélation. Dix ans ont passé, et aujourd’hui le paysage médiatique n’est plus le même. Causeur n’est plus seul à ferrailler contre les bien-pensants. Il fut le premier, et continue à se battre avec un panache, une audace particulière et subtile contre les vertus fausses et les puritanismes tondus de tout bord. Quant à moi, j’emporte comme un viatique dans ma carrière la leçon apprise rue du Faubourg-Poissonnière, celle de toujours penser contre son temps, mais encore plus contre soi-même.

Chasse à la femme

Le débat de ce soir devrait permettre enfin de nous sortir de cette démocratie française « étouffée », la confrontation des projets se fera finalement à armes égales.


Marine Le Pen a été traitée par des minorités violentes, aux antipodes de la démocratie, comme si elle avait volé sa qualification au soir du premier tour et qu’elle était donc illégitime à participer à la campagne pour l’élection du 24 avril ! Emmanuel Macron sera réélu, j’en fais le pari, et il ne me viendra pas à l’esprit de contester sa légitimité, quelle qu’ait été ma décision finale. En revanche, depuis le 10 avril, je ne peux me défaire du sentiment qu’on n’a pas assisté à une compétition républicaine qui sauvegarderait au moins en principe l’égalité politique et médiatique entre les deux candidats mais à une véritable « chasse à la femme », résumée par le contraste entre le populisme qu’elle incarnerait et la démocratie dont Emmanuel Macron serait le dépositaire.

Le vote populaire méprisé

En effet, qu’on fasse le compte et on aura du mal à relever, tant elles ont été nombreuses, variées et péremptoires, les injonctions à faire barrage au RN – responsables européens, politiques de droite comme de gauche, médias prescripteurs et obsessionnels dans le même sens, groupes, associations, syndicats (y compris le Syndicat de la magistrature), avocats, sociologues, artistes, sportifs, animateurs, personnalités réellement ou prétendument influentes (dont l’inénarrable Mourad Boudjellal inventant un racisme génétique chez tous les électeurs du RN !), manifestants, une justice sans excès en France mais opportunément déchaînée en Europe, une multitude composite donnant des leçons de République au moment même où au lieu d’attendre sereinement le résultat du 20 avril, on déséquilibre la joute présidentielle en mettant sur un plateau, au détriment de l’autre avec des soutiens exsangues, une charge exclusive d’hostilité et même de haine. Tout est pardonné à Emmanuel Macron, rien à Marine Le Pen. Les élites viennent au secours du premier et le peuple est méprisé au travers de la seconde.

La victoire comblera Emmanuel Macron qui est, répète-t-on, le plus décent. J’ai toujours été incompris dans ma volonté de distinguer mes choix partisans ou éventuellement mon indécision délibérée des modalités mêmes de la démocratie. Ce n’est pas parce qu’on s’affirme hostile à la cause de Marine Le Pen qu’on doit tolérer toutes ces transgressions par rapport à l’équité civique. On n’est plus dans la liberté de damer le pion, sur un plan politique, à un adversaire qu’on désapprouve mais dans une sorte de partialité omniprésente se constituant tel un immense instrument de pression pour empêcher l’électeur de base d’arbitrer en faveur de ce que paresseusement, absurdement sur le registre historique, on qualifie d’extrême droite, de fascisme ou de dictature à venir. Comme si, faute d’avoir été interdit officiellement, il convenait que le Rassemblement national le fût systématiquement dans la quotidienneté politique et médiatique.

La danse du ventre d’Emmanuel Macron

Pourtant, pour une communauté nationale qui se serait imposée le devoir d’une intelligence mesurée et lucide, il y aurait eu de quoi maintenir, au moins dans la manière de faire campagne pour l’un comme pour l’autre, une balance égale entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Chez cette dernière, confusion, approximations et revirements reliés au pouls de l’opinion. Avec l’envie de réviser certaines positions (voile dans l’espace public, éoliennes notamment) parce que leur caractère impraticable et coûteux est dénoncé.

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Du côté d’Emmanuel Macron, un processus qui avait commencé, à la fin du mandat, avec des opérations désespérées de rattrapage sur le régalien, la police et la justice pour s’enfler, entre les deux tours, en une spoliation cynique et si peu fiable par rapport au bilan, du projet désavoué de peu de Jean-Luc Mélenchon, en particulier pour la planification écologique. Le candidat devient vert, le référendum ne lui fait plus peur, et après avoir copié sur Valérie Pécresse, il a un peu pillé Marine Le Pen avant de n’éprouver aucune honte à faire la danse du ventre devant Jean-Luc Mélenchon.

La majorité des électeurs de Mélenchon n’a pas été dupe puisqu’elle s’oriente vers le vote blanc ou l’abstention. Pour LFI – principe de précaution idéologique ! – on n’avait pas le droit de s’égarer vers Marine Le Pen !

Pas de progrès républicain

On ne peut pas soutenir, déjà en l’état, que la démocratie française a bien fonctionné. Imparfaite, hémiplégique, plus désireuse d’ostraciser que d’intégrer, comme si la division en trois camps politiques de notre pays impliquait nécessairement qu’on portât atteinte à la dignité de TOUS nos compatriotes, si elle a été un zeste moins médiocre qu’en 2017, cela a été dû à un affaiblissement quantitatif du barrage contre Marine Le Pen plus qu’à un réel progrès républicain.

Pourtant, malgré la certitude que j’ai exprimée plus haut, j’attends avec une impatience infinie le débat du 20 avril. D’abord parce qu’il pourra influer favorablement sur tous ceux qui n’auront pas encore tranché en les déterminant pour ce qui leur semblera le meilleur pour notre pays.

Mais surtout parce que cette confrontation sera enfin à armes égales, visage contre visage, personnalité contre personnalité, bilan contre analyse critique, programme contre programme.

Oui, c’en sera terminé avec tous ces défenseurs paradoxaux et pervers de la démocratie : ils s’en servent, contre l’ennemie exclusive, en l’étouffant.

Adidas: tout le macronisme en une image?

Sur les Champs-Elysées, la marque de vêtements de sport Adidas promeut l’inclusion, avec les photos de deux athlètes: l’une transsexuelle, l’autre islamiste! Notre chroniqueur trouve que cet affichage repoussant s’insère en réalité assez bien dans la France macronienne.


L’image est une parfaite synthèse de ce « progressisme » qui n’a rien d’un progrès.

« Convergence des intérêts marchands et communautaristes » résume très justement l’association « Unité Laïque ».

« Adidas met en vitrine un trans qui joue au volley féminin et une femme qui a obtenu pour les intégristes le droit de jouer au basket en hidjab. Où sont les femmes libres ? Invisibilisées ! Cancellisées ! » poursuit « Unité Laïque » qui s’en indigne sur le réseau social Twitter.

« Unité Laïque » a fait le choix de soutenir Emmanuel Macron, portant un regard sévère sur Marine Le Pen et son projet, et ne rejoint donc pas l’analyse exposée ici – le lecteur pourra utilement consulter son site pour connaître ses positions et ses engagements.
PPour autant, d’autres comme l’auteur de cet article estiment que le diagnostic de « convergence des intérêts marchands et communautaristes » fait à propos de la vitrine d’Adidas s’applique aussi à bien des aspects du projet macronien, incarnation politique du progressisme post-moderne dont cette vitrine est la manifestation commerciale, et même la quintessence symbolique.

Tout y est, en effet. C’est une double négation des femmes d’abord, en tant que sexe et dans leur dignité humaine. Ce militantisme trans est l’incarnation caricaturale du triomphe des caprices de la subjectivité sur le réel. On parle ainsi désormais de « personnes qui menstruent », et il est devenu « transphobe » de s’étonner que des prix de natation féminine soient raflés par quelqu’un qui a eu une puberté masculine et dispose d’un génome XY et d’un pénis. Rien n’est vrai, tout est permis.

Multiculturalisme et dangereux relativisme

Ces publicités sont ensuite la banalisation de l’islamisation. L’islamisation est normalisée. On nous présente comme une liberté l’exaltation permanente du symbole du déni de la liberté par un totalitarisme théocratique ! Mais l’UE nous enseignait déjà que « la liberté est dans le hijab », et notre candidat du front républicain en déplacement à Strasbourg le 12 avril trouve que « c’est ça qui est beau », qu’une femme soit en-même-temps féministe et voilée.

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Multiculturalisme et relativisme donc, puisque toutes les cultures ont également droit de cité, qu’importe qu’elles piétinent la dignité humaine. Communautarisme, destruction à la fois de l’universel, de l’identité nationale partagée et de la citoyenneté, archipellisation de la société découpée en segments marketing pour les vêtements comme pour les votes, où chacun ne peut se sentir représenté et concerné que par une personne issue de la micro-minorité opprimée à laquelle il s’identifie. Convergence du tout dans le creuset infernal de la pub, de l’humanité niée de ceux qui ne sont plus que consommateurs du monde, des intérêts marchands qui se drapent dans les marqueurs de « vertu » à la mode pour habiller leur absence totale du moindre sens moral. Cerise sur le gâteau : c’est Adidas, l’entreprise « sauvée » à coups de délocalisations par Bernard Tapie, dont la proximité avec Mitterrand représente à merveille les années fric et cette gauche donneuse de leçons à l’origine d’une très grande partie des problèmes d’aujourd’hui.

Les premiers de cordée s’équipent chez Adidas

Et pendant ce temps, autre incarnation du même « progressisme », dans le quasi-unanimisme d’un parti unique de fait, parade le candidat du multiculturalisme, du « hijab féministe » acclamé par les Frères Musulmans, des « premiers de cordée » – et les autres « n’ont qu’à traverser la rue » ; le candidat qui saborde l’instruction, l’hôpital, la sécurité et tout l’héritage social du Conseil National de la Résistance, pour que le peuple soit le client captif de prestataires privés reprenant le flambeau de services publics en déshérence ; le candidat qui écrase le peuple d’impôts pour financer le « tribut aux barbares » et les cadeaux clientélistes à toutes les « minorités » courtisées ; le candidat de McKinsey et de la vente d’Alstom ; le candidat qui « fait barrage », ses partisans agitant l’épouvantail d’une menace fantasmée pour faire des procès en « complaisance avec le nazisme » à quiconque ne reprend pas servilement leurs éléments de langage.

Emmanuel Macron est Calliclès, l’anti-Socrate, et la vitrine d’Adidas est l’image parfaite de ce qu’il veut faire de la France !

Macron, l’épatant?

N’en déplaise aux stratèges en chambre, il faut saluer la campagne de Zemmour : son audace et sa bravoure. Cette campagne fut épique. Sa conception, romantique, du pouvoir, face à celle, technocratique et dépourvue d’âme, de ceux qui nous gouvernent, devrait servir d’exemple à tous. Personne n’avait parlé comme lui. Osé dire ce qu’on voyait. A cinq siècles de distance, il pouvait reprendre les vers de l’auteur des Tragiques, Agrippa d’Aubigné : « Je veux peindre la France une mère affligée. »


Ils ont donc une oublieuse mémoire, les Français ? Après tout ce qu’ils ont vécu et ce qui reste du quinquennat— une France fracturée comme jamais, un hôpital au plus mal, une école analphabète et une dette abyssale—, ce qui les tourmente serait la peur et le pouvoir d’achat, et le climat ? Si c’est le cas, cela tombe bien : le virus s’éloigne avec la menace atomique, et les beaux jours sont là. Et il est de nouveau parmi nous, le président. Strasbourg, Mulhouse, Le Havre, bientôt Marseille. Il multiplie les déplacements, donne des meetings. Et puis, il échange beaucoup. Avec une dame voilée—l’audace tranquille —, il parle du féminisme « bâché. » En Alsace, il reçoit, de la bouche d’un somewhere, l’hommage cash de son quinquennat. Partout, se rattrapant de son silence, en parlant haut et fort, de tout et de rien, et surtout de l’Europe, il touche les mains, distribue son sourire, si proche des vraies gens, si charmeur. Et pourtant, ces meetings ne rencontrent guère d’échos sur les réseaux sociaux. Même dit avec l’accent de Jean d’O, l’adjectif « épatant » convient-il encore au président sortant ? Macron, l’épatant ? Rien n’est moins sûr. N’ont-ils pas justement quitté leur savane, les éléphants, pour venir, du Levant au Couchant, à la queue leu-leu, trompe contre trompe, faire allégeance au président ? Lui porter secours ? Même le « miraculé de la République » lui a dit sa préférence. Mais pour quelle France ?

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Alors, oui, merci, cher Eric Zemmour ! Vous avez déminé le terrain de jeu des politiques. Vous avez imposé les questions qu’aucun charmeur de serpents ne pourra esquiver. Vous avez soulevé un vent d’espérance qui ne faiblira pas. Cette France en morceaux, cette France en danger, comment l’oublier ? Tous, ils reprennent vos thèmes, les politiques, les philosophes, les penseurs à la Rodin, tout en disant : il aurait dû faire ceci, il aurait dû faire cela. Quant au président sortant, en veine d’inspiration, il vient d’appeler à « faire barrage à l’extrême droite. » Barrage contre le Pacifique ! Les années 30 sont de retour ! Sus aux « pulsions identitaires ! » Sauf que sa montre est détraquée, au maître des horloges. Il a beau sauter, micro en main, d’un podium dans la foule, qui croit qu’il va redresser une France à genoux ? A l’émission C à vous, hier, Emmanuel Macron, candidat et président, est venu, devant un public riant à gorge déployée, sortir le grand jeu auquel se prêtent les candidats, à certaines antennes matinales. Son message était clair : face au Z tragique, il montrait ce qu’était un candidat décontracté, joueur, drôle, distancié comme c’est pas possible, parce qu’il fallait être un tâcheron pour créer un climat anxiogène dans une France heureuse. Lui, à la différence des autres candidats, il se laissait aller —sourires charmeurs, complices, attitudes relaxes et maîtrisées— parce qu’il est au-dessus de sa tâche comme un élève normal c’est-à-dire doué. Sauf qu’en forçant la note, le candidat président en a trop fait. Son intention trop visible, son jeu calculé l’a surtout fait déchoir de sa fonction présidentielle en rappelant la séquence de McFly et Carlito.

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 « La nature d’une civilisation, c’est ce qui s’agrège autour d’une religion. » Ainsi disait Malraux. Un choix de civilisation est au coeur, répète-t-on, de l’élection présidentielle. Dit simplement : le salut de la France est au coeur de l’élection. Zemmour l’a dit : le seul qui ait eu un discours performatif. Marine Le Pen a occulté l’idée dans sa campagne. Or, peut-on dissocier société, —son progressisme effréné—et religion ? Aucun des deux candidats ne peut, après Zemmour, esquiver la question centrale de l’islamisation de la société française devenue si matérialiste, donc désarmée, qu’elle oublie que les droits de l’homme, nés en Occident, sont la version laïcisée du christianisme, qu’un nouveau quinquennat macroniste achèvera de dépecer. Non que le christianisme disparaisse— hypothèse absurde— mais la France, telle que nous la connaissons et l’aimons.

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Reine des neiges mais pas trop

Enfin, une princesse Disney LGBT!


Comme le rapporte le site d’actualités high-tech, Tom’s Guide, Disney serait sur le point de confirmer « l’identité LGBT d’Elsa », le personnage principal du film d’animation « La Reine des neiges », dans un troisième opus en préparation. Enfin, plutôt LGBTQIA+, parce qu’elle se révélerait être en réalité « asexuelle ». Un « énorme pas en avant pour la communauté LGBT » qui « donnerait une meilleure visibilité » aux « 1 % » de la population mondiale se déclarant asexuels, soit « tout de même 78 millions de personnes ».

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Depuis la sortie du premier opus en 2013, figurant une princesse sans prince charmant – « brisant les préjugés » de la femme niaise et dépendante des hommes, s’était-on extasié à l’époque –, beaucoup avaient réclamé qu’on trouve une petite amie à Elsa. Un hashtag #GiveElsaAGirlfriend avait même circulé sur Twitter en 2016. Cela montrerait aux petites filles qu’il y a une autre voie que l’ « hétéronormativité ».

Las, « La Reine des neiges 2 », quoique laissant Elsa célibataire, ne s’était avérée woke que sur un autre terrain, celui de l’idéologie décoloniale : le film mettait en scène un conflit entre le royaume de la princesse et un peuple indigène vivant dans la forêt. Au cours du film, la princesse apprend que ce gentil peuple indigène avait été trahi par son grand-père, roi raciste et colonisateur.

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Il se peut que Disney n’adopte cette position finalement timorée que pour des raisons commerciales : une héroïne lesbienne ne serait pas facile à vendre dans certains pays du globe. Mais rassurons-nous, car dans les pays inclusifs comme le nôtre, on n’hésite pas à exploiter le filon : Disneyland organisera le 11 juin la « Disneyland Paris Pride », avec les chanteurs Mika et Bilal Hassani, pour « célébrer la diversité ». Il vous faudra seulement débourser la modique somme de 89 euros par personne.

Héros et paria, Georges Bidault de la Résistance à l’Algérie française

Une biographie doit parfois rendre compte de destins contradictoires. Après avoir connu la gloire, un homme est mis à l’index. On l’a hissé au premier rang, puis on a caviardé son nom. Les compagnons de sa jeunesse sont morts, ce sont des héros. Lui a poursuivi son chemin, et c’est un réprouvé.


Laquelle de ses deux vies faudra-t-il retracer, laquelle donnera plus de sens à toute son existence ? Confronté à ce dilemme, Maxime Tandonnet a cherché une cohérence aux deux vies de Georges Bidault (1899-1983).

Celui qui fut un personnage de premier plan dans la Résistance et au début de la IVe République a suscité peu d’études. Après des années d’oubli, cet ouvrage tient compte des archives désormais accessibles de Georges Bidault et de celles de sa femme, Suzanne Botrel [1]

Originaire de Moulins, fils d’une famille nombreuse « de petite bourgeoisie rurale », orphelin de mère dès sa petite enfance, Georges Bidault a passé sa jeunesse en val d’Aoste, dans un internat de jésuites, où il s’est révélé fort en thème. Puis il s’est orienté vers des études d’histoire à la Sorbonne. La licence en poche, en 1918, il est mobilisé, soldat de 1re classe au 92e régiment d’infanterie, il fait partie des troupes d’occupation en Allemagne, puis il revient à la vie civile. Il a connu l’armée, un peu, il n’a pas vu le feu.

Professeur, journaliste, militant

En 1925, il est reçu premier à l’agrégation d’histoire (Pierre Brossolette étant deuxième et Louis Joxe douzième) et commence une carrière de professeur. Il fait connaissance de Marc Sangnier, le créateur du mouvement Le Sillon et il adhère à l’Association catholique de la jeunesse française où il se lie à des hommes dont il va longtemps partager les convictions et l’itinéraire — François de Menthon, Pierre-Henri Teitgen, René Pleven, Robert Schuman [2]. Au début des années 1930, il devient l’éditorialiste du quotidien L’Aube, de Francisque Gay. Petite diffusion et survie précaire, mais le journal est la tribune d’un courant politique à la fois proche de l’Église et de courants réformateurs, il représente une voix qui peut se faire entendre. Bidault s’élève contre la passivité des démocraties face aux appétits de l’Italie et de l’Allemagne ; il prend partie pour les républicains contre les nationalistes en Espagne.

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Son journal emploie les services de la même imprimerie, rue Montmartre, que les organes d’autres partis, y compris L’Humanité. Et c’est là que se nouent d’autres liens, de ces camaraderies sans doute peu durables, qui facilitent les échanges au cours d’une carrière politique. Georges Bidault ressemble alors davantage à un journaliste qu’à un fonctionnaire. Horaires fantaisistes, tenue négligée, mangeant peu et n’importe quoi. La bohème [3].

Successeur de Jean Moulin

La guerre survient. Bidault est mobilisé, fait prisonnier en juin 1940, libéré un an plus tard. Il rejoint Combat et devient le bras droit de Jean Moulin, passe bientôt dans la clandestinité. C’est lui qui rédige cette motion essentielle du Conseil de la Résistance qui, en mai 1943, reconnaît de Gaulle comme « l’âme de la résistance aux jours les plus sombres » et lui apporte la légitimité qu’il ne possédait pas en métropole. Moulin disparaît le mois suivant et Bidault lui succède à la tête du Conseil.

A lire aussi : Hommage républicain à la Résistance royaliste

Alors que le rôle de Jean Moulin a suscité des milliers de pages, celui de son successeur, en une période aussi longue et pas moins périlleuse, est toujours vite expédié et l’on ne comprend pas comment le « dilettante » sans discipline des années 1930 a pu assurer un pareil héritage sans y laisser sa peau, ni mettre en péril celle de ses camarades. L’anti-conformiste paresseux s’est révélé plus solide, ordonné et courageux qu’il n’y paraissait.

Un pilier de la IVe République

Depuis son retour de captivité, Bidault n’a pas quitté le territoire national. En août 1944, il découvre de Gaulle, qui ne partage pas les lauriers de la victoire mais le nomme ministre des Affaires étrangères. « Comme le rappelle Jean Chauvel, ‘mon ministre, sorti des caves de la Résistance, était encore effaré de la lumière du jour… Rien ne le préparait à cet emploi [4] » Peut-être a-t-il été désigné à cause de son inexpérience ; la politique étrangère relève déjà du domaine réservé du président, il n’y veut pas de concurrent. Mais de Gaulle s’en va en janvier 1946 et Bidault devient enfin maître de la place.

On le découvre « habile négociateur [5]». Maurice Vaïsse, qui porte ce jugement, lui accorde la première place parmi les hommes qui ont fait la politique extérieure de la France, plus pour la longévité de ses fonctions que pour l’inflexion qu’il leur aurait imprimée. En ces premières années d’après-guerre, sa tâche est…

>>> Lire la fin de l’article sur le site de la revue Conflits <<<

Georges Bidault: De la résistance à l'Algérie française

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[1] Une hagiographie par Barthélémy Ott (imprimerie du Vivarais, 1975), une biographie par Jean-Claude Demory (Julliard, 1995), une recherche consacrée à son rôle dans la politique extérieure de la France par Jean-Rémy Bézias (L’Harmattan, 2006), les souvenirs de Suzanne Bidault (Ouest-France, 1987), une thèse de Jacques Dalloz (Biographie politique, L’Harmattan, 1993), et des articles de Maurice Vaïsse et de Georges-Henri Soutou.

[2] Yves-Marie Hilaire, « L’Association catholique de la Jeunesse française : les étapes d’une histoire (1886-1956) », Revue du Nord, 1984, n°s 261-262, pp. 903-916.

[3] Ce qui permet des descriptions cocasses : « Il grignotait à tout moment de la journée des radis noirs — son met favori —, des cornichons, des fromages de chèvre secs, des cacahuètes salées ainsi que des fraises à la bonne saison… » (p. 143).

[4] M. Vaïsse, « Georges Bidault », Politique étrangère, vol. 51, n° 1, 1986, p. 79.

[5] Ibid., p. 78.

Ne votez pas pour Mme Le Pen!

Causeur se joint à l’ensemble de la presse française et apporte sa modeste contribution à la quinzaine anti-fasciste.


Parfois, j’essaie d’imaginer ce qui pourrait arriver si Mme Le Pen était élue présidente.

D’abord, n’ayant pas grand monde autour d’elle, son gouvernement serait composé en partie d’incapables plus ou moins guignolesques. Un peu comme le sont ou le furent, par exemple, Mme Ndiaye, Mme Schiappa, M. Véran ou Mme Buzyn.

Il y aurait aussi quelques ralliés de la dernière heure, comme le fut M. Le Maire qui, quelques jours avant la victoire de M. Macron, expliquait que ledit M. Macron était « une coquille vide ».

Un entourage suspect

Et puis bien sûr, il y aurait des gens, vieux politiciens ou dirigeants de la société civile, qui traîneraient derrière eux des bouquets de casseroles. Un peu comme, par exemple, M. Bayrou, Mme de Sarnez ou M. Ferrand, le roi de l’acrobatie immobilière.

A lire ensuite: Blocages anti-RN dans les facs: «À Rennes ou Nantes, il est périlleux pour un jeune de droite de s’assumer»

Peut-être même trouverait-on dans l’entourage de Mme Le Pen des personnages au passé et à la fonction troubles, des espèces d’hommes de main que l’Elysée protègerait contre vents et marées, allant pour cela jusqu’à demander à des hauts fonctionnaires de mentir et de se parjurer devant une commission sénatoriale. Comme qui dirait, des profils à la Benalla.

Ensuite, la gouvernance de Mme Le Pen serait évidemment marquée par la violence antidémocratique. On pourrait, par exemple, voir des manifestants se faire éborgner par les forces de l’ordre, sous les ordres d’un préfet de police hargneux qui considèrerait que les manifestants et lui « ne sont pas dans le même camp ». Peut-être même que, pour justifier ces violences, le ministre de l’Intérieur irait jusqu’à inventer une prétendue prise d’assaut d’un hôpital par les manifestants, pourquoi pas ?

Un programme antisocial

Cette gouvernance multiplierait évidemment les mesures antisociales. Par exemple, les APL pourraient être réduites, le RSA octroyé à condition de travailler bénévolement 15 ou 18 heures par semaine, et l’âge de la retraite reculé.

Dans le même temps, les impôts pesant sur les plus riches seraient réduits ou supprimés, ce qui permettrait à ces super-riches d’accroître leur fortune de plus de 80% en moins de deux ans, comme ce fut le cas pendant la pandémie de Covid-19.

Des décisions arbitraires et contradictoires sont à craindre

Il se pourrait aussi que, décidant seule ou en compagnie d’un petit cénacle mal identifié, elle multiplie les décisions arbitraires et contradictoires, imposant par décret un jour le port de quelque chose, le lendemain l’interdiction d’autre chose, sans que personne ne puisse en comprendre les tenants et les aboutissants. Dans cette même veine, elle pourrait carrément décider d’exclure de leur travail certains fonctionnaires trop rétifs, et de les faire molester et humilier par la police s’il leur prenait fantaisie de prétendre s’insurger.

A lire ensuite: Emmanuel Macron voit en Marine Le Pen un rhinocéros…

Et n’oublions pas le mauvais goût de Mme Le Pen, qui l’amènerait à faire redécorer les plus belles salles de l’Elysée avec des meubles, des tapis et des tableaux dans le pire style de parvenu levantin. Ou qui lui ferait inviter dans notre palais national, pour la Fête de la Musique, des groupes bruyants et interlopes à peine dignes de se produire dans le cabaret « Chez Michou ». Sans compter qu’elle pourrait aussi – qui sait ? – se faire photographier avec de beaux corps basanés dans des poses exagérément suggestives.

Enfin, je ne vous parle même pas de la façon dont Mme Le Pen pourrait, se soumettant à la doxa libérale de l’UE, brader à vil prix quelques-uns des fleurons de l’industrie française, privatisant les profits tout en mutualisant les pertes pour le plus grand bénéfice de quelques entreprises privées rapidement reconnaissantes. Ou peut-être aussi que, soucieuse de remercier des vieux copains d’école qui l’auraient aidée à gagner l’élection, elle leur renverrait l’ascenseur en commandant à leurs cabinets de conseil des missions dont le prix serait aussi élevé que la finalité en serait floue ?

Oui, il pourrait bien arriver tout ça si Mme Le Pen était élue.

Il ne faut surtout pas voter pour Mme Le Pen.

Voile: petit cours de marxisme appliqué à l’usage d’un khâgneux sous-doué

« Voilée et féministe » : le « en même temps » a atteint sa cote d’alerte. Il est urgent de ré-expliquer à un certain ex-élève d’Henri-IV, le prétendu lycée de l’élite, les fondamentaux de l’aliénation. Il ne sera pas dit que Causeur, qui est contre tout ce qui est pour et pour tout ce qui est contre, est incapable de faire un petit cours de marxisme appliqué.


« La religion est l’opium du peuple », dit Marx. On connaît la formule (on ne dira jamais assez que Marx est un formidable écrivain, qui manie la métaphore comme personne), mais on ignore souvent qu’elle est tirée d’une analyse très serrée qui se trouve dans la Critique de la philosophie du droit de Hegel, parue en 1843. Voici le texte complet — les grandes fonctions exercées par notre mauvais élève ont pu le lui faire oublier :

« Le fondement de la critique irréligieuse est : c’est l’homme qui fait la religion, ce n’est pas la religion qui fait l’homme. Certes, la religion est la conscience de soi et le sentiment de soi qu’a l’homme qui ne s’est pas encore trouvé lui-même, ou bien s’est déjà reperdu. Mais l’homme, ce n’est pas un être abstrait blotti quelque part hors du monde. L’homme, c’est le monde de l’homme, l’État, la société. Cet État, cette société produisent la religion, conscience inversée du monde, parce qu’ils sont eux-mêmes un monde à l’envers. La religion est la théorie générale de ce monde, sa somme encyclopédique, sa logique sous forme populaire, son point d’honneur spiritualiste, son enthousiasme, sa sanction morale, son complément solennel, sa consolation et sa justification universelles. Elle est la réalisation fantastique de l’être humain, parce que l’être humain ne possède pas de vraie réalité. Lutter contre la religion c’est donc indirectement lutter contre ce monde-là, dont la religion est l’arôme spirituel. La détresse religieuse est, pour une part, l’expression de la détresse réelle et, pour une autre, la protestation contre la détresse réelle. La religion est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans cœur, comme elle est l’esprit de conditions sociales d’où l’esprit est exclu. Elle est l’opium du peuple. L’abolition de la religion en tant que bonheur illusoire du peuple est l’exigence que formule son bonheur réel. Exiger qu’il renonce aux illusions sur sa situation c’est exiger qu’il renonce à une situation qui a besoin d’illusions. La critique de la religion est donc en germe la critique de cette vallée de larmes dont la religion est l’auréole. »

A lire ensuite, Didier Desrimais: Voilée et féministe, bah voyons…

Les Grecs, auxquels il faut toujours revenir parce qu’ils ont tout pensé, avaient compris depuis lurette que les hommes ont fait les dieux à leur image — et non le contraire. Ceux qui ont réalisé cette ingénierie sociale qu’on appelle « religion » avaient un projet : dominer le peuple, qui a toujours été l’objet de manipulations — parce qu’au fond, il fait peur.

C’est ce qu’exprime Marx à la première phrase : « C’est l’homme qui fait la religion, ce n’est pas la religion qui fait l’homme ».

Et cet homme, dirait Aristote, est un « zoon politikon », un animal politique. Il n’existe pas en dehors des interactions qui le relient à ses congénères : « L’homme, ce n’est pas un être abstrait blotti quelque part hors du monde. L’homme, c’est le monde de l’homme, l’État, la société. » Une femme voilée n’est pas un être indépendant de ses coreligionnaires, elle en est l’émanation. Au moment même où elle se croit libre, elle est totalement asservie. « Aliénée », dirait le Marx du Capital, c’est-à-dire « étrangère à elle-même ». La religion vous rend « alien » à vous-même, vous devenez un monstre autophage.

Lorsque Marx explique que la religion est « la réalisation fantastique de l’être humain », il faut, comprendre « fantasmatique » : l’être religieux asservi a le fantasme d’être achevé, complet, au moment même où il est dépossédé. Ce qui exprime le mieux cet objectif de la pensée religieuse, c’est l’expérience mystique, celle de Thérèse d’Avila, de Catherine de Sienne ou de Jean de la Croix — et j’avoue, qu’en dehors de ces formes extrêmes, seules honorables parce qu’elles vont au bout de la dépossession de soi, je ne vois dans la religion qu’un processus politique de mise en esclavage. Et dans le voile le symbole de cet asservissement.

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Qu’une femme voilée prétende être féministe est la cerise sur le gâteau, le pompon sur le béret — et une contradiction dans les termes. Que certaines féministes actuelles, au nom de l’intersectionnalité des luttes, revendiquent pour les musulmanes le droit à l’aliénation la plus abjecte, en ce qu’elle consent à ne voir dans la femme qu’un objet de désir à soustraire à l’avidité du désir masculin, prouve au mieux l’inculture, au pire la jobardise de nos nouvelles chiennes de garde. Qu’un candidat à la présidentielle en fasse ses choux gras, est, sans doute de bonne guerre électorale, mais ne plaide guère en faveur de son intellect. Une femme voilée est une femme dominée, contrainte à l’insu de son plein gré à la « servitude volontaire » dont parle par ailleurs La Boétie.

Evidemment, faisons la part du masochisme. « Voyez un peu cet impertinent, qui veut empêcher les maris de battre leurs femmes », s’exclame Martine, l’épouse de Sganarelle, au début du Médecin malgré lui. Et de préciser : « Il me plaît à moi d’être battue » (acte I, scène 2).

J’attends qu’une femme voilée dise tout haut : « Il me plaît d’être humiliée, dégradée, considérée comme un objet qui doit s’excuser sans cesse d’aiguiser le désir masculin, cacher ses cheveux, dissimuler son visage, gommer ses formes, se taire et accessoirement recevoir un tiers de l’héritage, pas la moitié, car enfin, comme disait à la jeune Agnès ce grand misogyne d’Arnolphe dans l’Ecole des femmes :

« Votre sexe n’est là que pour la dépendance :
Du côté de la barbe est la toute-puissance.
Bien qu’on soit deux moitiés de la société,
Ces deux moitiés pourtant n’ont point d’égalité :
L’une est moitié suprême et l’autre subalterne ;
L’une en tout est soumise à l’autre qui gouverne. »

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Oui — mais Molière écrivait cela, en se moquant, en 1662. Et voici que certains répètent au premier degré que « du côté de la barbe est la toute-puissance » — la barbe, simplement, est devenue elle-même un symbole religieux.

Quant à savoir s’il faut interdire ou non le voile dans l’espace public, c’est une autre histoire. Je ne suis même pas sûr que ce soit au peuple, aliéné par définition, d’en décider. Le recours au référendum n’est pas la panacée que l’on croit, c’est juste la possibilité de faire éclore ce que l’homme a de plus bas et de plus instinctif, et notre vision moderne de la démocratie est juste la capacité de flatter ces bas instincts.

Que l’on prétende, pour draguer les électeurs de Mélenchon, que le port du voile est compatible avec le féminisme — qui n’existe pas s’il n’est pas aspiration à libérer la femme de toutes les tutelles —, est une carabistouille qui ne ferait pas illusion dix secondes dans un devoir de khâgne — pas chez un bon élève en tout cas.

PS. Je supplie mes lecteurs de considérer que Marx est un formidable philosophe, qui post mortem a servi de prétexte à l’idéologie la plus meurtrière du XXe siècle — à son corps défendant. Il n’y a aucun rapport entre marxisme et communisme (ou socialisme), les uns et les autres ignorent la vraie pensée de Marx de la même façon que, nombre de musulmans, parce qu’ils ne lisent pas l’arabe classique, ignorent tout à fait ce qui est écrit dans le Coran. Il a fallu l’Humanisme pour que l’on se soucie de ce qui était réellement écrit dans la Bible. Mais l’islam n’en est pas encore à faire son aggiornamento — sans parler de son Vatican II.

Vous aurez notre compassion

À défaut de combattre par les armes, le camp du Bien a d’ores et déjà remporté la bataille de l’émotion. Interdite de médias sociaux, la Russie ne peut diffuser sa propagande. Résultat, les Gafam font de chacun de nous un acteur et une victime du conflit.


Ouvrez un journal ou un téléviseur, écoutez les politiques ou les experts, allez sur les médias sociaux, parlez autour de vous… Quelle est la probabilité que vous soyez confrontés sinon à une opinion pro-Poutine, du moins à des réserves sur la cause ukrainienne ? Sauf à être sur des réseaux alternatifs, membre de communautés antisystème acharnées, les chances (ou les risques) sont presque nuls. Et si une télévision présente un extrait de discours de Poutine ou de ses généraux, ce sera accompagné de commentaires (souvent justifiés) sur leur air figé soviétomorphe ou sur l’absurdité de présenter l’invasion de l’Ukraine comme une opération antinazie.

Rarement a-t-on rencontré une telle unanimité. Dans la désignation des responsabilités de la guerre, et dans l’émotion provoquée par les morts ou réfugiés. Dans la criminalisation morale des agresseurs, et dans l’affirmation que ce sont « nos » valeurs qui sont en jeu. En France et en Occident au moins, car en Inde, en Afrique, dans le monde arabe… (sans même parler de la Chine) ni les médias ni les réseaux ne partagent cet enthousiasme.

Dix règles de la propagande de guerre

Y a-t-il eu des exemples de pareille communion des esprits ? Sans doute au moment de la guerre de 1914-1918. Quelques années après le conflit, un aristocrate anglais (mais travailliste) lord Ponsonby décrivait les dix règles de la propagande de guerre qui venaient de fonctionner pour les démocraties. Elles consistent à dire et à répéter :

1) que l’ennemi veut la guerre, nous pas ; 2 qu’il en est responsable, nous pas ; 3) que c’est un crime moral et pas seulement politique ; 4) que notre guerre est menée au nom des valeurs universelles, la sienne pour ses intérêts cupides ; 5) qu’il commet des atrocités ; 6) qu’il utilise des armes illicites ; 7) que ses pertes sont énormes ; 8) que notre cause est sacrée ; 9) que les autorités morales et culturelles l’approuvent ; 10) que quiconque doute des neuf points précédents est victime de la propagande adverse (tandis que nous ne pratiquons que la très véridique contre-propagande).

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Les Occidentaux: meilleurs propagandistes que les Russes ?

Il y a certes une énorme différence : aucun membre de nos familles n’étant dans les tranchées, nous vivons par procuration la souffrance des Ukrainiens. Pour le reste, il semble que la rhétorique de guerre n’a pas tant changé en un siècle. Les lois de Ponsonby fonctionnent, pourvu qu’il y ait un adversaire assez repoussant et un accord assez fort sur nos croyances morales et idéologiques. C’est devenu un lieu commun de dire que toute guerre par le fer et par le feu est accompagnée par une guerre de l’information, de l’image et de l’émotion. Or il semble bien que notre camp gagne les trois dernières. Le consensus ne fonctionne que si le discours du dissensus est impuissant. Ce qui était tout sauf évident il y a quelques mois.

Rassemblement pour la paix en Ukraine, Lyon, 6 mars 2022 © KONRAD K./SIPA

En effet, depuis au moins 2016, on prêtait un singulier impact à la guerre de l’information du Kremlin. Elle aurait notamment été responsable de l’élection de Trump, du Brexit, du référendum de Catalogne et des succès des populismes. Il s’est écrit énormément d’études sur les capacités de services de Moscou en matière de cyberstratégie et d’influence. Elles leur attribuaient (à eux ou à des groupes dits « proxys » leur servant de mercenaires) de fabuleuses capacités de sabotage par écrans interposés, voire le plan de paralyser un pays entier dans une cyberguerre. On les créditait aussi d’une influence redoutable sur l’opinion occidentale. À travers des réseaux humains, ses agents d’influence et des partis populistes complices, ils pouvaient favoriser les tendances idéologiques les plus perverses. Sans oublier leurs médias internationaux comme Russia Today (interdits depuis dans l’UE). Plus les dispositifs numériques avec leur terrifiant pouvoir de perturbation : fake news, milliers de trolls ou de faux comptes… Des chercheurs américains expliquaient même que Poutine soutenait, via ces faux comptes sur internet, indifféremment des extrémistes de tous bords (suprémacistes et Black Lives Matter par exemple), dans le but d’exacerber les contradictions des démocraties et de saper la confiance. Et déjà, dans la perspective de l’élection présidentielle de 2022, donc d’une inévitable intrusion de Moscou pour fausser les résultats, notre pays créait des institutions comme Viginum, chargé de nous protéger des ingérences via les réseaux sociaux, et de détecter le trajet suspect de l’infox venue de l’Est.

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Pour dire le moins, rien ne démontre le moindre succès poutinien pour nous persuader que c’est l’impérialisme otanien qui est la cause de tout et que l’opération militaire (ne dites pas la guerre) se déroule comme prévu. Mieux, les autorités russes, menacées sur leur propre territoire informationnel, adoptent des lois hyper-répressives quant à l’emploi de certains mots, assimilés à la puissante propagande de l’Ouest. Elles finissent par y interdire Facebook et Instagram pour extrémisme : or les plateformes signalaient comme mensongers des contenus officiels russes et censuraient les médias russes chez eux. Moscou crée même ses propres sites pour dénoncer les fausses informations occidentales en ligne (waronfakes.com), mais c’est sans effet sur la masse immense des images d’atrocités qui circulent. Certaines sont véridiques, certaines truquées : il en est de favorables aux deux camps, mais vite repérées par les dispositifs internationaux de « fact-checking ». Quand les pro-Russes font circuler quelques vidéos de nazis du bataillon Azov ou de pro-Russes attachés et fouettés, tout cela est noyé par le flot des images qui s’accumulent heure par heure et qui nourrissent notre compassion. La surabondance des images et des messages n’est pas le facteur le moins déterminant pour gagner les cœurs et les esprits.

Les GAFAM, l’adversaire le plus redoutable de Poutine ?

Parmi les facteurs qui expliquent cette asymétrie, certains relèvent de la technologie numérique.

Le premier est l’intervention des Gafam. Après avoir interdit le compte de Trump, les grands du Net se sont engagés – moitié par conviction sincère, moitié pour ne pas apparaître comme les fourriers du mensonge et de la violence – contre le trio infernal : fausses nouvelles ou désinformation, discours de haine, complotisme… En particulier, Facebook qui censure la propagande poutinienne, retire les comptes pro-Kremlin, décide quelles images et nouvelles participent de la désinformation, mais assume une certaine indulgence – très en retrait par rapport aux principes sur les discours de haine – pour les appels à la violence envers les soldats russes…

Quoi que l’on pense moralement de cette attitude, elle confirme que les grands du Net possèdent un pouvoir jusque-là inconnu : décider ce qui atteindra nos écrans donc nos cerveaux, conférer au message le statut de véritable ou de pensable. Quand les médias classiques sont unanimement rangés dans le camp du bien et quand les moteurs de recherche retirent ou déclassent la présumée désinformation de Moscou (il y a un néologisme pour cela : « déplateformer »), cette dernière devient inefficace parce qu’inaccessible. L’engagement des Gafam traduit un droit de fait : contrôler l’attention. Et ce via la circulation, la sélection et la réception des messages, en s’appuyant sur leurs conditions générales d’utilisation qui sont la loi des internautes, plus leurs algorithmes, leurs modérateurs, leur intelligence artificielle, etc. Ce pouvoir l’emporte sur le vieux pouvoir politique d’interdire et de faire croire. Ou sur les vieux médias. Du coup, les médias d’influence internationale soutenus par l’État, comme Russia Today, fuient le bannissement sur des plateformes alternatives, comme de vulgaires activistes ou contestataires, où ils rencontrent de vrais antisystèmes, plus ou moins antivax ou complotistes.

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Tous Ukrainiens par identification

L’autre grande innovation est que – sur les plateaux de télévision ou sur les réseaux – nous vivons la guerre « vue du sol » par le témoignage des bombardés, non du point de vue des bombardiers comme pendant la guerre du Golfe (effet CNN). Les internautes ukrainiens, souvent francophones et sympathiques, coincés dans leur cave mais connectés au web, ont maintenant le quasi-monopole de l’expression. L’image de la souffrance interpelle et force à adopter le point de vue dont nous ne pouvons douter, celui de la victime (ce qui ne fut pas le cas des Houthis ou des Arméniens du Karabagh). Le principe du réseau – tous émetteurs, tous témoins, chacun pouvant s’informer auprès de gens qui lui ressemblent et non verticalement dans la sélection qu’imposent les médias de masse – fonctionne à plein. Il est intrinsèquement favorable à la victimocratie qui parle le langage universel de la souffrance. L’indignation – le fait de souffrir de l’injustice faite à un autre – est sans doute le sentiment le plus contagieux par de telles voies. Surtout quand il est facile de s’identifier à un camp et de rejeter l’autre, et que compassion et médiatisation coïncident.

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Noyer d’images, c’est bien, avoir une icône planétaire, c’est mieux. Le facteur Zelensky joue aussi à plein. Pour la scénarisation – ambiances nocturnes dramatiques, T-shirt de combattant, barbe de héros ; pour le format – des vidéos courtes destinées à devenir virales ; par le choix des registres : peuple martyr et citoyens combattants, valeurs de l’Occident et risque de génocide, refus de la barbarie et force de la démocratie ; par sa capacité de s’adresser (magie des télétransmissions) aujourd’hui aux assemblées de tous les pays ou à des manifestants solidaires, demain à vous, les yeux dans les yeux, sur l’écran de votre portable. Implicatif (nous sommes comme vous, vous êtes concernés) et performatif (il incarne un peuple auquel s’identifier, même si notre héroïsme doit se manifester depuis notre salon)… Rhétorique parfaite et logistique impeccable, message percutant et relation humaine font du président ukrainien l’homme le plus influent de la planète au moment où nous écrivons.

Quand l’idéologie et la technologie se combinent, quand le choix des médias et celui du politique s’accordent, quand les forces spirituelles et les conditions matérielles sont favorables, et surtout quand l’ennemi semble plus repoussant que l’URSS de la guerre froide, tout rassemble. Mais il est vrai que c’est à distance, par écrans interposés et dans une phase où l’opinion occidentale est encore loin d’éprouver les conséquences de la guerre sur ses intérêts et sa vie.

Fake news: Manip, infox et infodémie en 2021

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L'art de la guerre idéologique

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Paroles de parias

Leur courage et leur dévouement ont été applaudis pendant les grandes vagues de Covid : les soignants étaient en première ligne dans des hôpitaux sous-équipés. Parmi ces hommes et ces femmes, certains ont refusé, par peur ou conviction, de se faire vacciner. Ils le paient au prix fort.


Licenciée car non-vaccinée

Sonia, 42 ans. Mère célibataire de trois enfants, elle ne touche pas de pension alimentaire et ne pouvait compter, jusqu’au mois dernier, que sur son salaire de 1 850 euros. Aujourd’hui aidée financièrement par des amis et des parents, cette ex-aide-soignante aux urgences du centre hospitalier intercommunal Meulan-Les Mureaux (CHIMM) assume son choix. Elle a préféré être suspendue (comme 80 autres personnes de l’établissement), puis licenciée plutôt que d’être vaccinée. « Je ne suis pas complotiste mais réaliste, j’ai les pieds sur terre. Pas besoin de tutelle du gouvernement. On n’est pas sous-développé du bulbe, on est des professionnels de santé ! D’ailleurs, mon carnet vaccinal est à jour. Je ne suis pas une antivax, je suis une anti-injection expérimentale ! ».

Sonia, aide-soignante © Hannah Assouline

Sonia a de nombreux collègues qui, pour ces raisons, se sont fait faire de faux passes afin de poursuivre leur activité. D’autres, comme elle, « ont choisi d’assumer leur décision sans faux-semblants pour ne pas entrer dans les statistiques. Je ne veux pas être une statistique ! J’ai eu deux fois le Covid, en mars 2020 et en décembre 2021, mais je n’ai même pas téléchargé le passe de la SI-DEP. Je ne veux pas brandir un passe, tel un sésame, pour aller où bon me semble. Le passe ne prouve pas qu’on est en bonne santé. Il y a dans nos services des patients en stade terminal qui ont un passe valide. »

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Sa hiérarchie n’a pas apprécié son côté grande gueule et ses prises de position publique. Dès le début de la pandémie, Sonia a organisé des rassemblements devant son hôpital pour dénoncer des conditions de travail indignes. « Ça n’a pas plu. Après un arrêt pour maladie professionnelle, mon syndicat [CGT] m’a dénoncée auprès de la direction pour des vacations faites en 2020. J’ai été licenciée pour “accumulation d’emplois”. Pour payer mon loyer et élever mes enfants, j’étais obligée de travailler plus. J’étais inscrite au sein de mon établissement sur la liste des volontaires qui veulent effectuer des heures supplémentaires, mais ils préfèrent appeler des vacataires plutôt que des membres de l’hôpital ! J’ai donc dû faire des vacations dans d’autres structures médicalisées. » Son syndicat n’a pas assisté à la commission disciplinaire qui l’a licenciée fin novembre. Elle cherche, depuis, un emploi en phase avec sa vocation de soignant mais, même en travailleur indépendant, lorsqu’on n’est pas vacciné, c’est mission impossible.

Vacciné contre son gré

Rachid est aide médico-psychologique dans un hôpital des Yvelines. Seul avec sa mère handicapée à charge, il s’est résigné à se faire « injecter », mais milite toujours contre cette obligation en manifestant, chaque semaine, avec le collectif Soignants unis. Il en est devenu le « visage ».

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L’indifférence médiatique et politique qui entoure leur mouvement alimente une amertume doublée de colère : « Personne n’a conscience de la peur que nous avions lors de la première vague, lorsqu’on nous demandait d’aller travailler sans matériel ni protection et que les télés diffusaient en boucle les images de milliers de morts en Chine et en Italie. Chaque jour, j’avais la chair de poule en mettant ma blouse. » Pour lui, c’est cette cicatrice qui explique leur détermination. « Face à notre dévouement total à la nation en échange de notre santé, on pensait vraiment qu’on ne nous laisserait pas tomber. D’autant que nous avons aussi été les premiers à dire que la vaccination n’empêchait ni la contamination ni la transmission ! »

Rachid, aide médico-psychologique © Hannah Assouline

La récente annulation par le Conseil d’État des rares ordonnances de tribunaux administratifs prononcées en faveur des salariés suspendus est pour lui « un nouveau coup de poignard ». Il est aussi choqué qu’on bafoue les valeurs qui sous-tendent sa vocation. « Lors de nos études, nous suivons des formations sur le “consentement libre et éclairé” de nos patients [loi Kouchner], sur le secret médical, etc. Mais depuis deux ans, on nous dit d’oublier tout ça. C’est dégueulasse. »

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Ce qu’il craint également, c’est que l’hôpital retourne la situation et explique que ce sont ces soignants suspendus qui empêchent le système de fonctionner. « On ne demande qu’à travailler ! » martèle Rachid avant de rappeler qu’au plus haut de l’épidémie, « le gouvernement a fermé 5 700 lits, soit 17 600 depuis le début du quinquennat. En trente ans, nous avons perdu 100 000 lits : c’est la fin du service public. »

Comme souvent, des collègues et des syndicats aux abonnés absents

Virginie était auxiliaire de puériculture en crèche hospitalière à l’hôpital de Poissy. Elle a été suspendue à l’issue de sa journée de travail le 16 septembre 2021. « L’entretien avec la DRH a été particulièrement désagréable parce que j’ai refusé de signer cette suspension. Je l’ai donc reçue par courrier recommandé. Avant d’en arriver là, j’ai passé un mois d’août horrible, continuellement humiliée par mes collègues qui me disaient : “Garde ton masque, tu vas nous contaminer” ou encore “Tu vas faire quoi en septembre, parce que tu n’auras plus de salaire, ça va être dur pour toi !”. Aucune solidarité : j’ai vraiment été traitée comme une pestiférée alors que pendant cinq ans j’ai toujours travaillé correctement, on ne m’a jamais rien reproché, je n’ai jamais eu d’arrêt maladie… »

Virginie, auxiliaire de puériculture © Hannah Assouline

L’hôpital de Poissy aurait suspendu 135 personnes dans la même situation que Virginie. Aujourd’hui, elle vit avec le RSA. « Mon interlocutrice à la CAF [Caisse d’allocations familiales] n’a pas compris ma situation, elle n’avait jamais vu ça. Et malgré sa bonne volonté, je n’ai commencé à le toucher qu’en janvier 2022. »

Sans l’aide financière de quelques amis, sa vie serait impossible : son loyer s’élève à 1 000 euros et elle ne perçoit que 400 euros d’APL. Depuis le 16 septembre, elle est en arrêt maladie non indemnisé, la médiation lancée par son avocate n’ayant abouti à rien. Même dans cette situation, elle n’a reçu aucun soutien de ses ex-collègues et des syndicats. « Sans les bénévoles des collectifs locaux, comme les Blouses blanches 78, j’aurais été seule au monde. » À 40 ans, dégoûté du système, elle souhaite entamer une reconversion pour devenir directrice de micro-crèche.

Rayé de la carte - Sur les traces du Louvre oublié

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[Nos années Causeur] Penser contre soi-même

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La journaliste Eugénie Bastié © Hannah Assouline

À l’occasion de notre numéro 100, Eugénie Bastié se souvient de son stage à Causeur


En farfouillant dans mes courriels, j’ai fini par retrouver ma demande stage adressée à Gil Mihaely le 5 avril 2013 alors que j’étais encore une jeune étudiante de Sciences Po de 21 ans :« Cher monsieur Mihaely, J’ai lu avec attention le nouveau numéro de Causeur, bravo , c’est vraiment très réussi. J’ai particulièrement apprécié l’éditorial d’Élisabeth Lévy qui parlait de “journalisme d’idées”. C’est cette démarche en effet qui m’intéresse dans votre magazine qui est un des rares médias qui donne une place unique au débat d’idées, avec humour et profondeur. (…) J’ignore si vous avez besoin de têtes jeunes et dévouées, mais sachez que je serai très enthousiaste de pouvoir découvrir les arcanes du “journalisme d’idées” aux côtés de l’équipe de Causeur. »

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En relisant ce message j’ai eu trois réactions. L’effroi, d’abord, de songer que presque une décennie déjà m’éloignait de ces premiers pas en journalisme, que j’avais déjà grillé ma vingtaine et que le temps était donc proche où je serai la Michèle Cotta du xxie siècle. La satisfaction, ensuite, de comprendre que la voie où je m’étais engagée à ce printemps 2013, celle du journalisme d’idées, était la bonne puisqu’elle est celle qui m’épanouit encore aujourd’hui. La reconnaissance, enfin, pour Gil et Élisabeth, qui ont su faire confiance à la jeune Rubemprette en minishort et mocassins pleine d’ambitions et de certitudes que j’étais.

À l’époque (et je me rends compte en grinçant que j’atteins l’âge où l’on peut utiliser cette locution de boomer), il faut se rendre compte quel bol d’air apportait Causeur à des gens de ma génération qui avions connu le politiquement correct à la mamelle. Fraîchement débarquée de ma province où l’on était de droite par habitude familiale à Sciences Po où la moitié de ma classe votait Mélenchon et Poutou (ils étaient déjà là), je rasais les murs en m’admettant après trois verres de rhum-coca « gaulliste sociale », ce qui pouvait à la limite être toléré en état d’ébriété.

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Il était presque impossible, après le quinquennat qui avait failli nous replonger dans la France de Vichy, d’admettre un vote Sarkozy. C’est à ce moment que j’ai découvert Causeur (je ne sais plus exactement comment, par Facebook peut-être), et les noms d’Élisabeth Lévy, Alain Finkielkraut et Philippe Muray. Je me souviens avoir acheté l’intégralité de son œuvre après lecture d’un numéro qui lui était dédié. Cette floraison d’intelligence, de largesse d’esprit, d’humour et de distance, au milieu de la morosité moraliste qui m’entourait, a été comme une révélation. Dix ans ont passé, et aujourd’hui le paysage médiatique n’est plus le même. Causeur n’est plus seul à ferrailler contre les bien-pensants. Il fut le premier, et continue à se battre avec un panache, une audace particulière et subtile contre les vertus fausses et les puritanismes tondus de tout bord. Quant à moi, j’emporte comme un viatique dans ma carrière la leçon apprise rue du Faubourg-Poissonnière, celle de toujours penser contre son temps, mais encore plus contre soi-même.

Chasse à la femme

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Le débat de ce soir devrait permettre enfin de nous sortir de cette démocratie française « étouffée », la confrontation des projets se fera finalement à armes égales.


Marine Le Pen a été traitée par des minorités violentes, aux antipodes de la démocratie, comme si elle avait volé sa qualification au soir du premier tour et qu’elle était donc illégitime à participer à la campagne pour l’élection du 24 avril ! Emmanuel Macron sera réélu, j’en fais le pari, et il ne me viendra pas à l’esprit de contester sa légitimité, quelle qu’ait été ma décision finale. En revanche, depuis le 10 avril, je ne peux me défaire du sentiment qu’on n’a pas assisté à une compétition républicaine qui sauvegarderait au moins en principe l’égalité politique et médiatique entre les deux candidats mais à une véritable « chasse à la femme », résumée par le contraste entre le populisme qu’elle incarnerait et la démocratie dont Emmanuel Macron serait le dépositaire.

Le vote populaire méprisé

En effet, qu’on fasse le compte et on aura du mal à relever, tant elles ont été nombreuses, variées et péremptoires, les injonctions à faire barrage au RN – responsables européens, politiques de droite comme de gauche, médias prescripteurs et obsessionnels dans le même sens, groupes, associations, syndicats (y compris le Syndicat de la magistrature), avocats, sociologues, artistes, sportifs, animateurs, personnalités réellement ou prétendument influentes (dont l’inénarrable Mourad Boudjellal inventant un racisme génétique chez tous les électeurs du RN !), manifestants, une justice sans excès en France mais opportunément déchaînée en Europe, une multitude composite donnant des leçons de République au moment même où au lieu d’attendre sereinement le résultat du 20 avril, on déséquilibre la joute présidentielle en mettant sur un plateau, au détriment de l’autre avec des soutiens exsangues, une charge exclusive d’hostilité et même de haine. Tout est pardonné à Emmanuel Macron, rien à Marine Le Pen. Les élites viennent au secours du premier et le peuple est méprisé au travers de la seconde.

La victoire comblera Emmanuel Macron qui est, répète-t-on, le plus décent. J’ai toujours été incompris dans ma volonté de distinguer mes choix partisans ou éventuellement mon indécision délibérée des modalités mêmes de la démocratie. Ce n’est pas parce qu’on s’affirme hostile à la cause de Marine Le Pen qu’on doit tolérer toutes ces transgressions par rapport à l’équité civique. On n’est plus dans la liberté de damer le pion, sur un plan politique, à un adversaire qu’on désapprouve mais dans une sorte de partialité omniprésente se constituant tel un immense instrument de pression pour empêcher l’électeur de base d’arbitrer en faveur de ce que paresseusement, absurdement sur le registre historique, on qualifie d’extrême droite, de fascisme ou de dictature à venir. Comme si, faute d’avoir été interdit officiellement, il convenait que le Rassemblement national le fût systématiquement dans la quotidienneté politique et médiatique.

La danse du ventre d’Emmanuel Macron

Pourtant, pour une communauté nationale qui se serait imposée le devoir d’une intelligence mesurée et lucide, il y aurait eu de quoi maintenir, au moins dans la manière de faire campagne pour l’un comme pour l’autre, une balance égale entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Chez cette dernière, confusion, approximations et revirements reliés au pouls de l’opinion. Avec l’envie de réviser certaines positions (voile dans l’espace public, éoliennes notamment) parce que leur caractère impraticable et coûteux est dénoncé.

A lire aussi: Appel à voter Macron: tous les artistes ont signé. Même Luchini? Même Luchini

Du côté d’Emmanuel Macron, un processus qui avait commencé, à la fin du mandat, avec des opérations désespérées de rattrapage sur le régalien, la police et la justice pour s’enfler, entre les deux tours, en une spoliation cynique et si peu fiable par rapport au bilan, du projet désavoué de peu de Jean-Luc Mélenchon, en particulier pour la planification écologique. Le candidat devient vert, le référendum ne lui fait plus peur, et après avoir copié sur Valérie Pécresse, il a un peu pillé Marine Le Pen avant de n’éprouver aucune honte à faire la danse du ventre devant Jean-Luc Mélenchon.

La majorité des électeurs de Mélenchon n’a pas été dupe puisqu’elle s’oriente vers le vote blanc ou l’abstention. Pour LFI – principe de précaution idéologique ! – on n’avait pas le droit de s’égarer vers Marine Le Pen !

Pas de progrès républicain

On ne peut pas soutenir, déjà en l’état, que la démocratie française a bien fonctionné. Imparfaite, hémiplégique, plus désireuse d’ostraciser que d’intégrer, comme si la division en trois camps politiques de notre pays impliquait nécessairement qu’on portât atteinte à la dignité de TOUS nos compatriotes, si elle a été un zeste moins médiocre qu’en 2017, cela a été dû à un affaiblissement quantitatif du barrage contre Marine Le Pen plus qu’à un réel progrès républicain.

Pourtant, malgré la certitude que j’ai exprimée plus haut, j’attends avec une impatience infinie le débat du 20 avril. D’abord parce qu’il pourra influer favorablement sur tous ceux qui n’auront pas encore tranché en les déterminant pour ce qui leur semblera le meilleur pour notre pays.

Mais surtout parce que cette confrontation sera enfin à armes égales, visage contre visage, personnalité contre personnalité, bilan contre analyse critique, programme contre programme.

Oui, c’en sera terminé avec tous ces défenseurs paradoxaux et pervers de la démocratie : ils s’en servent, contre l’ennemie exclusive, en l’étouffant.

Adidas: tout le macronisme en une image?

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D.R.

Sur les Champs-Elysées, la marque de vêtements de sport Adidas promeut l’inclusion, avec les photos de deux athlètes: l’une transsexuelle, l’autre islamiste! Notre chroniqueur trouve que cet affichage repoussant s’insère en réalité assez bien dans la France macronienne.


L’image est une parfaite synthèse de ce « progressisme » qui n’a rien d’un progrès.

« Convergence des intérêts marchands et communautaristes » résume très justement l’association « Unité Laïque ».

« Adidas met en vitrine un trans qui joue au volley féminin et une femme qui a obtenu pour les intégristes le droit de jouer au basket en hidjab. Où sont les femmes libres ? Invisibilisées ! Cancellisées ! » poursuit « Unité Laïque » qui s’en indigne sur le réseau social Twitter.

« Unité Laïque » a fait le choix de soutenir Emmanuel Macron, portant un regard sévère sur Marine Le Pen et son projet, et ne rejoint donc pas l’analyse exposée ici – le lecteur pourra utilement consulter son site pour connaître ses positions et ses engagements.
PPour autant, d’autres comme l’auteur de cet article estiment que le diagnostic de « convergence des intérêts marchands et communautaristes » fait à propos de la vitrine d’Adidas s’applique aussi à bien des aspects du projet macronien, incarnation politique du progressisme post-moderne dont cette vitrine est la manifestation commerciale, et même la quintessence symbolique.

Tout y est, en effet. C’est une double négation des femmes d’abord, en tant que sexe et dans leur dignité humaine. Ce militantisme trans est l’incarnation caricaturale du triomphe des caprices de la subjectivité sur le réel. On parle ainsi désormais de « personnes qui menstruent », et il est devenu « transphobe » de s’étonner que des prix de natation féminine soient raflés par quelqu’un qui a eu une puberté masculine et dispose d’un génome XY et d’un pénis. Rien n’est vrai, tout est permis.

Multiculturalisme et dangereux relativisme

Ces publicités sont ensuite la banalisation de l’islamisation. L’islamisation est normalisée. On nous présente comme une liberté l’exaltation permanente du symbole du déni de la liberté par un totalitarisme théocratique ! Mais l’UE nous enseignait déjà que « la liberté est dans le hijab », et notre candidat du front républicain en déplacement à Strasbourg le 12 avril trouve que « c’est ça qui est beau », qu’une femme soit en-même-temps féministe et voilée.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: À la déloyale

Multiculturalisme et relativisme donc, puisque toutes les cultures ont également droit de cité, qu’importe qu’elles piétinent la dignité humaine. Communautarisme, destruction à la fois de l’universel, de l’identité nationale partagée et de la citoyenneté, archipellisation de la société découpée en segments marketing pour les vêtements comme pour les votes, où chacun ne peut se sentir représenté et concerné que par une personne issue de la micro-minorité opprimée à laquelle il s’identifie. Convergence du tout dans le creuset infernal de la pub, de l’humanité niée de ceux qui ne sont plus que consommateurs du monde, des intérêts marchands qui se drapent dans les marqueurs de « vertu » à la mode pour habiller leur absence totale du moindre sens moral. Cerise sur le gâteau : c’est Adidas, l’entreprise « sauvée » à coups de délocalisations par Bernard Tapie, dont la proximité avec Mitterrand représente à merveille les années fric et cette gauche donneuse de leçons à l’origine d’une très grande partie des problèmes d’aujourd’hui.

Les premiers de cordée s’équipent chez Adidas

Et pendant ce temps, autre incarnation du même « progressisme », dans le quasi-unanimisme d’un parti unique de fait, parade le candidat du multiculturalisme, du « hijab féministe » acclamé par les Frères Musulmans, des « premiers de cordée » – et les autres « n’ont qu’à traverser la rue » ; le candidat qui saborde l’instruction, l’hôpital, la sécurité et tout l’héritage social du Conseil National de la Résistance, pour que le peuple soit le client captif de prestataires privés reprenant le flambeau de services publics en déshérence ; le candidat qui écrase le peuple d’impôts pour financer le « tribut aux barbares » et les cadeaux clientélistes à toutes les « minorités » courtisées ; le candidat de McKinsey et de la vente d’Alstom ; le candidat qui « fait barrage », ses partisans agitant l’épouvantail d’une menace fantasmée pour faire des procès en « complaisance avec le nazisme » à quiconque ne reprend pas servilement leurs éléments de langage.

Emmanuel Macron est Calliclès, l’anti-Socrate, et la vitrine d’Adidas est l’image parfaite de ce qu’il veut faire de la France !

Macron, l’épatant?

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Le président Emmanuel Macron dans l'émission politique " La France face à la guerre " animée par Anne-Claire Coudray et Gilles Bouleau, le 14 mars 2022 © Laurent VU/SIPA

N’en déplaise aux stratèges en chambre, il faut saluer la campagne de Zemmour : son audace et sa bravoure. Cette campagne fut épique. Sa conception, romantique, du pouvoir, face à celle, technocratique et dépourvue d’âme, de ceux qui nous gouvernent, devrait servir d’exemple à tous. Personne n’avait parlé comme lui. Osé dire ce qu’on voyait. A cinq siècles de distance, il pouvait reprendre les vers de l’auteur des Tragiques, Agrippa d’Aubigné : « Je veux peindre la France une mère affligée. »


Ils ont donc une oublieuse mémoire, les Français ? Après tout ce qu’ils ont vécu et ce qui reste du quinquennat— une France fracturée comme jamais, un hôpital au plus mal, une école analphabète et une dette abyssale—, ce qui les tourmente serait la peur et le pouvoir d’achat, et le climat ? Si c’est le cas, cela tombe bien : le virus s’éloigne avec la menace atomique, et les beaux jours sont là. Et il est de nouveau parmi nous, le président. Strasbourg, Mulhouse, Le Havre, bientôt Marseille. Il multiplie les déplacements, donne des meetings. Et puis, il échange beaucoup. Avec une dame voilée—l’audace tranquille —, il parle du féminisme « bâché. » En Alsace, il reçoit, de la bouche d’un somewhere, l’hommage cash de son quinquennat. Partout, se rattrapant de son silence, en parlant haut et fort, de tout et de rien, et surtout de l’Europe, il touche les mains, distribue son sourire, si proche des vraies gens, si charmeur. Et pourtant, ces meetings ne rencontrent guère d’échos sur les réseaux sociaux. Même dit avec l’accent de Jean d’O, l’adjectif « épatant » convient-il encore au président sortant ? Macron, l’épatant ? Rien n’est moins sûr. N’ont-ils pas justement quitté leur savane, les éléphants, pour venir, du Levant au Couchant, à la queue leu-leu, trompe contre trompe, faire allégeance au président ? Lui porter secours ? Même le « miraculé de la République » lui a dit sa préférence. Mais pour quelle France ?

A lire aussi : Jean d’Ormesson, au plaisir de vous avoir connu

Alors, oui, merci, cher Eric Zemmour ! Vous avez déminé le terrain de jeu des politiques. Vous avez imposé les questions qu’aucun charmeur de serpents ne pourra esquiver. Vous avez soulevé un vent d’espérance qui ne faiblira pas. Cette France en morceaux, cette France en danger, comment l’oublier ? Tous, ils reprennent vos thèmes, les politiques, les philosophes, les penseurs à la Rodin, tout en disant : il aurait dû faire ceci, il aurait dû faire cela. Quant au président sortant, en veine d’inspiration, il vient d’appeler à « faire barrage à l’extrême droite. » Barrage contre le Pacifique ! Les années 30 sont de retour ! Sus aux « pulsions identitaires ! » Sauf que sa montre est détraquée, au maître des horloges. Il a beau sauter, micro en main, d’un podium dans la foule, qui croit qu’il va redresser une France à genoux ? A l’émission C à vous, hier, Emmanuel Macron, candidat et président, est venu, devant un public riant à gorge déployée, sortir le grand jeu auquel se prêtent les candidats, à certaines antennes matinales. Son message était clair : face au Z tragique, il montrait ce qu’était un candidat décontracté, joueur, drôle, distancié comme c’est pas possible, parce qu’il fallait être un tâcheron pour créer un climat anxiogène dans une France heureuse. Lui, à la différence des autres candidats, il se laissait aller —sourires charmeurs, complices, attitudes relaxes et maîtrisées— parce qu’il est au-dessus de sa tâche comme un élève normal c’est-à-dire doué. Sauf qu’en forçant la note, le candidat président en a trop fait. Son intention trop visible, son jeu calculé l’a surtout fait déchoir de sa fonction présidentielle en rappelant la séquence de McFly et Carlito.

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 « La nature d’une civilisation, c’est ce qui s’agrège autour d’une religion. » Ainsi disait Malraux. Un choix de civilisation est au coeur, répète-t-on, de l’élection présidentielle. Dit simplement : le salut de la France est au coeur de l’élection. Zemmour l’a dit : le seul qui ait eu un discours performatif. Marine Le Pen a occulté l’idée dans sa campagne. Or, peut-on dissocier société, —son progressisme effréné—et religion ? Aucun des deux candidats ne peut, après Zemmour, esquiver la question centrale de l’islamisation de la société française devenue si matérialiste, donc désarmée, qu’elle oublie que les droits de l’homme, nés en Occident, sont la version laïcisée du christianisme, qu’un nouveau quinquennat macroniste achèvera de dépecer. Non que le christianisme disparaisse— hypothèse absurde— mais la France, telle que nous la connaissons et l’aimons.

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Reine des neiges mais pas trop

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D.R.

Enfin, une princesse Disney LGBT!


Comme le rapporte le site d’actualités high-tech, Tom’s Guide, Disney serait sur le point de confirmer « l’identité LGBT d’Elsa », le personnage principal du film d’animation « La Reine des neiges », dans un troisième opus en préparation. Enfin, plutôt LGBTQIA+, parce qu’elle se révélerait être en réalité « asexuelle ». Un « énorme pas en avant pour la communauté LGBT » qui « donnerait une meilleure visibilité » aux « 1 % » de la population mondiale se déclarant asexuels, soit « tout de même 78 millions de personnes ».

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Depuis la sortie du premier opus en 2013, figurant une princesse sans prince charmant – « brisant les préjugés » de la femme niaise et dépendante des hommes, s’était-on extasié à l’époque –, beaucoup avaient réclamé qu’on trouve une petite amie à Elsa. Un hashtag #GiveElsaAGirlfriend avait même circulé sur Twitter en 2016. Cela montrerait aux petites filles qu’il y a une autre voie que l’ « hétéronormativité ».

Las, « La Reine des neiges 2 », quoique laissant Elsa célibataire, ne s’était avérée woke que sur un autre terrain, celui de l’idéologie décoloniale : le film mettait en scène un conflit entre le royaume de la princesse et un peuple indigène vivant dans la forêt. Au cours du film, la princesse apprend que ce gentil peuple indigène avait été trahi par son grand-père, roi raciste et colonisateur.

À lire aussi : Vivement la prochaine princesse Disney obèse, trans et handicapée!

Il se peut que Disney n’adopte cette position finalement timorée que pour des raisons commerciales : une héroïne lesbienne ne serait pas facile à vendre dans certains pays du globe. Mais rassurons-nous, car dans les pays inclusifs comme le nôtre, on n’hésite pas à exploiter le filon : Disneyland organisera le 11 juin la « Disneyland Paris Pride », avec les chanteurs Mika et Bilal Hassani, pour « célébrer la diversité ». Il vous faudra seulement débourser la modique somme de 89 euros par personne.

Héros et paria, Georges Bidault de la Résistance à l’Algérie française

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Georges Bidault Photo : Dutch National Archives, The Hague, Fotocollectie Algemeen Nederlands Persbureau (ANEFO)

Une biographie doit parfois rendre compte de destins contradictoires. Après avoir connu la gloire, un homme est mis à l’index. On l’a hissé au premier rang, puis on a caviardé son nom. Les compagnons de sa jeunesse sont morts, ce sont des héros. Lui a poursuivi son chemin, et c’est un réprouvé.


Laquelle de ses deux vies faudra-t-il retracer, laquelle donnera plus de sens à toute son existence ? Confronté à ce dilemme, Maxime Tandonnet a cherché une cohérence aux deux vies de Georges Bidault (1899-1983).

Celui qui fut un personnage de premier plan dans la Résistance et au début de la IVe République a suscité peu d’études. Après des années d’oubli, cet ouvrage tient compte des archives désormais accessibles de Georges Bidault et de celles de sa femme, Suzanne Botrel [1]

Originaire de Moulins, fils d’une famille nombreuse « de petite bourgeoisie rurale », orphelin de mère dès sa petite enfance, Georges Bidault a passé sa jeunesse en val d’Aoste, dans un internat de jésuites, où il s’est révélé fort en thème. Puis il s’est orienté vers des études d’histoire à la Sorbonne. La licence en poche, en 1918, il est mobilisé, soldat de 1re classe au 92e régiment d’infanterie, il fait partie des troupes d’occupation en Allemagne, puis il revient à la vie civile. Il a connu l’armée, un peu, il n’a pas vu le feu.

Professeur, journaliste, militant

En 1925, il est reçu premier à l’agrégation d’histoire (Pierre Brossolette étant deuxième et Louis Joxe douzième) et commence une carrière de professeur. Il fait connaissance de Marc Sangnier, le créateur du mouvement Le Sillon et il adhère à l’Association catholique de la jeunesse française où il se lie à des hommes dont il va longtemps partager les convictions et l’itinéraire — François de Menthon, Pierre-Henri Teitgen, René Pleven, Robert Schuman [2]. Au début des années 1930, il devient l’éditorialiste du quotidien L’Aube, de Francisque Gay. Petite diffusion et survie précaire, mais le journal est la tribune d’un courant politique à la fois proche de l’Église et de courants réformateurs, il représente une voix qui peut se faire entendre. Bidault s’élève contre la passivité des démocraties face aux appétits de l’Italie et de l’Allemagne ; il prend partie pour les républicains contre les nationalistes en Espagne.

A lire aussi : Espagne: les trous de mémoire de la gauche

Son journal emploie les services de la même imprimerie, rue Montmartre, que les organes d’autres partis, y compris L’Humanité. Et c’est là que se nouent d’autres liens, de ces camaraderies sans doute peu durables, qui facilitent les échanges au cours d’une carrière politique. Georges Bidault ressemble alors davantage à un journaliste qu’à un fonctionnaire. Horaires fantaisistes, tenue négligée, mangeant peu et n’importe quoi. La bohème [3].

Successeur de Jean Moulin

La guerre survient. Bidault est mobilisé, fait prisonnier en juin 1940, libéré un an plus tard. Il rejoint Combat et devient le bras droit de Jean Moulin, passe bientôt dans la clandestinité. C’est lui qui rédige cette motion essentielle du Conseil de la Résistance qui, en mai 1943, reconnaît de Gaulle comme « l’âme de la résistance aux jours les plus sombres » et lui apporte la légitimité qu’il ne possédait pas en métropole. Moulin disparaît le mois suivant et Bidault lui succède à la tête du Conseil.

A lire aussi : Hommage républicain à la Résistance royaliste

Alors que le rôle de Jean Moulin a suscité des milliers de pages, celui de son successeur, en une période aussi longue et pas moins périlleuse, est toujours vite expédié et l’on ne comprend pas comment le « dilettante » sans discipline des années 1930 a pu assurer un pareil héritage sans y laisser sa peau, ni mettre en péril celle de ses camarades. L’anti-conformiste paresseux s’est révélé plus solide, ordonné et courageux qu’il n’y paraissait.

Un pilier de la IVe République

Depuis son retour de captivité, Bidault n’a pas quitté le territoire national. En août 1944, il découvre de Gaulle, qui ne partage pas les lauriers de la victoire mais le nomme ministre des Affaires étrangères. « Comme le rappelle Jean Chauvel, ‘mon ministre, sorti des caves de la Résistance, était encore effaré de la lumière du jour… Rien ne le préparait à cet emploi [4] » Peut-être a-t-il été désigné à cause de son inexpérience ; la politique étrangère relève déjà du domaine réservé du président, il n’y veut pas de concurrent. Mais de Gaulle s’en va en janvier 1946 et Bidault devient enfin maître de la place.

On le découvre « habile négociateur [5]». Maurice Vaïsse, qui porte ce jugement, lui accorde la première place parmi les hommes qui ont fait la politique extérieure de la France, plus pour la longévité de ses fonctions que pour l’inflexion qu’il leur aurait imprimée. En ces premières années d’après-guerre, sa tâche est…

>>> Lire la fin de l’article sur le site de la revue Conflits <<<

Georges Bidault: De la résistance à l'Algérie française

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[1] Une hagiographie par Barthélémy Ott (imprimerie du Vivarais, 1975), une biographie par Jean-Claude Demory (Julliard, 1995), une recherche consacrée à son rôle dans la politique extérieure de la France par Jean-Rémy Bézias (L’Harmattan, 2006), les souvenirs de Suzanne Bidault (Ouest-France, 1987), une thèse de Jacques Dalloz (Biographie politique, L’Harmattan, 1993), et des articles de Maurice Vaïsse et de Georges-Henri Soutou.

[2] Yves-Marie Hilaire, « L’Association catholique de la Jeunesse française : les étapes d’une histoire (1886-1956) », Revue du Nord, 1984, n°s 261-262, pp. 903-916.

[3] Ce qui permet des descriptions cocasses : « Il grignotait à tout moment de la journée des radis noirs — son met favori —, des cornichons, des fromages de chèvre secs, des cacahuètes salées ainsi que des fraises à la bonne saison… » (p. 143).

[4] M. Vaïsse, « Georges Bidault », Politique étrangère, vol. 51, n° 1, 1986, p. 79.

[5] Ibid., p. 78.

Ne votez pas pour Mme Le Pen!

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Marine Le Pen à Vernon (27), le 12 avril 2022 © Francois Mori/AP/SIPA

Causeur se joint à l’ensemble de la presse française et apporte sa modeste contribution à la quinzaine anti-fasciste.


Parfois, j’essaie d’imaginer ce qui pourrait arriver si Mme Le Pen était élue présidente.

D’abord, n’ayant pas grand monde autour d’elle, son gouvernement serait composé en partie d’incapables plus ou moins guignolesques. Un peu comme le sont ou le furent, par exemple, Mme Ndiaye, Mme Schiappa, M. Véran ou Mme Buzyn.

Il y aurait aussi quelques ralliés de la dernière heure, comme le fut M. Le Maire qui, quelques jours avant la victoire de M. Macron, expliquait que ledit M. Macron était « une coquille vide ».

Un entourage suspect

Et puis bien sûr, il y aurait des gens, vieux politiciens ou dirigeants de la société civile, qui traîneraient derrière eux des bouquets de casseroles. Un peu comme, par exemple, M. Bayrou, Mme de Sarnez ou M. Ferrand, le roi de l’acrobatie immobilière.

A lire ensuite: Blocages anti-RN dans les facs: «À Rennes ou Nantes, il est périlleux pour un jeune de droite de s’assumer»

Peut-être même trouverait-on dans l’entourage de Mme Le Pen des personnages au passé et à la fonction troubles, des espèces d’hommes de main que l’Elysée protègerait contre vents et marées, allant pour cela jusqu’à demander à des hauts fonctionnaires de mentir et de se parjurer devant une commission sénatoriale. Comme qui dirait, des profils à la Benalla.

Ensuite, la gouvernance de Mme Le Pen serait évidemment marquée par la violence antidémocratique. On pourrait, par exemple, voir des manifestants se faire éborgner par les forces de l’ordre, sous les ordres d’un préfet de police hargneux qui considèrerait que les manifestants et lui « ne sont pas dans le même camp ». Peut-être même que, pour justifier ces violences, le ministre de l’Intérieur irait jusqu’à inventer une prétendue prise d’assaut d’un hôpital par les manifestants, pourquoi pas ?

Un programme antisocial

Cette gouvernance multiplierait évidemment les mesures antisociales. Par exemple, les APL pourraient être réduites, le RSA octroyé à condition de travailler bénévolement 15 ou 18 heures par semaine, et l’âge de la retraite reculé.

Dans le même temps, les impôts pesant sur les plus riches seraient réduits ou supprimés, ce qui permettrait à ces super-riches d’accroître leur fortune de plus de 80% en moins de deux ans, comme ce fut le cas pendant la pandémie de Covid-19.

Des décisions arbitraires et contradictoires sont à craindre

Il se pourrait aussi que, décidant seule ou en compagnie d’un petit cénacle mal identifié, elle multiplie les décisions arbitraires et contradictoires, imposant par décret un jour le port de quelque chose, le lendemain l’interdiction d’autre chose, sans que personne ne puisse en comprendre les tenants et les aboutissants. Dans cette même veine, elle pourrait carrément décider d’exclure de leur travail certains fonctionnaires trop rétifs, et de les faire molester et humilier par la police s’il leur prenait fantaisie de prétendre s’insurger.

A lire ensuite: Emmanuel Macron voit en Marine Le Pen un rhinocéros…

Et n’oublions pas le mauvais goût de Mme Le Pen, qui l’amènerait à faire redécorer les plus belles salles de l’Elysée avec des meubles, des tapis et des tableaux dans le pire style de parvenu levantin. Ou qui lui ferait inviter dans notre palais national, pour la Fête de la Musique, des groupes bruyants et interlopes à peine dignes de se produire dans le cabaret « Chez Michou ». Sans compter qu’elle pourrait aussi – qui sait ? – se faire photographier avec de beaux corps basanés dans des poses exagérément suggestives.

Enfin, je ne vous parle même pas de la façon dont Mme Le Pen pourrait, se soumettant à la doxa libérale de l’UE, brader à vil prix quelques-uns des fleurons de l’industrie française, privatisant les profits tout en mutualisant les pertes pour le plus grand bénéfice de quelques entreprises privées rapidement reconnaissantes. Ou peut-être aussi que, soucieuse de remercier des vieux copains d’école qui l’auraient aidée à gagner l’élection, elle leur renverrait l’ascenseur en commandant à leurs cabinets de conseil des missions dont le prix serait aussi élevé que la finalité en serait floue ?

Oui, il pourrait bien arriver tout ça si Mme Le Pen était élue.

Il ne faut surtout pas voter pour Mme Le Pen.

Voile: petit cours de marxisme appliqué à l’usage d’un khâgneux sous-doué

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Emmanuel Macron à Montpellier le 19/04/2021 © Patrick Aventurier-POOL/SIPA Numéro de reportage : 01015121_000106

« Voilée et féministe » : le « en même temps » a atteint sa cote d’alerte. Il est urgent de ré-expliquer à un certain ex-élève d’Henri-IV, le prétendu lycée de l’élite, les fondamentaux de l’aliénation. Il ne sera pas dit que Causeur, qui est contre tout ce qui est pour et pour tout ce qui est contre, est incapable de faire un petit cours de marxisme appliqué.


« La religion est l’opium du peuple », dit Marx. On connaît la formule (on ne dira jamais assez que Marx est un formidable écrivain, qui manie la métaphore comme personne), mais on ignore souvent qu’elle est tirée d’une analyse très serrée qui se trouve dans la Critique de la philosophie du droit de Hegel, parue en 1843. Voici le texte complet — les grandes fonctions exercées par notre mauvais élève ont pu le lui faire oublier :

« Le fondement de la critique irréligieuse est : c’est l’homme qui fait la religion, ce n’est pas la religion qui fait l’homme. Certes, la religion est la conscience de soi et le sentiment de soi qu’a l’homme qui ne s’est pas encore trouvé lui-même, ou bien s’est déjà reperdu. Mais l’homme, ce n’est pas un être abstrait blotti quelque part hors du monde. L’homme, c’est le monde de l’homme, l’État, la société. Cet État, cette société produisent la religion, conscience inversée du monde, parce qu’ils sont eux-mêmes un monde à l’envers. La religion est la théorie générale de ce monde, sa somme encyclopédique, sa logique sous forme populaire, son point d’honneur spiritualiste, son enthousiasme, sa sanction morale, son complément solennel, sa consolation et sa justification universelles. Elle est la réalisation fantastique de l’être humain, parce que l’être humain ne possède pas de vraie réalité. Lutter contre la religion c’est donc indirectement lutter contre ce monde-là, dont la religion est l’arôme spirituel. La détresse religieuse est, pour une part, l’expression de la détresse réelle et, pour une autre, la protestation contre la détresse réelle. La religion est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans cœur, comme elle est l’esprit de conditions sociales d’où l’esprit est exclu. Elle est l’opium du peuple. L’abolition de la religion en tant que bonheur illusoire du peuple est l’exigence que formule son bonheur réel. Exiger qu’il renonce aux illusions sur sa situation c’est exiger qu’il renonce à une situation qui a besoin d’illusions. La critique de la religion est donc en germe la critique de cette vallée de larmes dont la religion est l’auréole. »

A lire ensuite, Didier Desrimais: Voilée et féministe, bah voyons…

Les Grecs, auxquels il faut toujours revenir parce qu’ils ont tout pensé, avaient compris depuis lurette que les hommes ont fait les dieux à leur image — et non le contraire. Ceux qui ont réalisé cette ingénierie sociale qu’on appelle « religion » avaient un projet : dominer le peuple, qui a toujours été l’objet de manipulations — parce qu’au fond, il fait peur.

C’est ce qu’exprime Marx à la première phrase : « C’est l’homme qui fait la religion, ce n’est pas la religion qui fait l’homme ».

Et cet homme, dirait Aristote, est un « zoon politikon », un animal politique. Il n’existe pas en dehors des interactions qui le relient à ses congénères : « L’homme, ce n’est pas un être abstrait blotti quelque part hors du monde. L’homme, c’est le monde de l’homme, l’État, la société. » Une femme voilée n’est pas un être indépendant de ses coreligionnaires, elle en est l’émanation. Au moment même où elle se croit libre, elle est totalement asservie. « Aliénée », dirait le Marx du Capital, c’est-à-dire « étrangère à elle-même ». La religion vous rend « alien » à vous-même, vous devenez un monstre autophage.

Lorsque Marx explique que la religion est « la réalisation fantastique de l’être humain », il faut, comprendre « fantasmatique » : l’être religieux asservi a le fantasme d’être achevé, complet, au moment même où il est dépossédé. Ce qui exprime le mieux cet objectif de la pensée religieuse, c’est l’expérience mystique, celle de Thérèse d’Avila, de Catherine de Sienne ou de Jean de la Croix — et j’avoue, qu’en dehors de ces formes extrêmes, seules honorables parce qu’elles vont au bout de la dépossession de soi, je ne vois dans la religion qu’un processus politique de mise en esclavage. Et dans le voile le symbole de cet asservissement.

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Qu’une femme voilée prétende être féministe est la cerise sur le gâteau, le pompon sur le béret — et une contradiction dans les termes. Que certaines féministes actuelles, au nom de l’intersectionnalité des luttes, revendiquent pour les musulmanes le droit à l’aliénation la plus abjecte, en ce qu’elle consent à ne voir dans la femme qu’un objet de désir à soustraire à l’avidité du désir masculin, prouve au mieux l’inculture, au pire la jobardise de nos nouvelles chiennes de garde. Qu’un candidat à la présidentielle en fasse ses choux gras, est, sans doute de bonne guerre électorale, mais ne plaide guère en faveur de son intellect. Une femme voilée est une femme dominée, contrainte à l’insu de son plein gré à la « servitude volontaire » dont parle par ailleurs La Boétie.

Evidemment, faisons la part du masochisme. « Voyez un peu cet impertinent, qui veut empêcher les maris de battre leurs femmes », s’exclame Martine, l’épouse de Sganarelle, au début du Médecin malgré lui. Et de préciser : « Il me plaît à moi d’être battue » (acte I, scène 2).

J’attends qu’une femme voilée dise tout haut : « Il me plaît d’être humiliée, dégradée, considérée comme un objet qui doit s’excuser sans cesse d’aiguiser le désir masculin, cacher ses cheveux, dissimuler son visage, gommer ses formes, se taire et accessoirement recevoir un tiers de l’héritage, pas la moitié, car enfin, comme disait à la jeune Agnès ce grand misogyne d’Arnolphe dans l’Ecole des femmes :

« Votre sexe n’est là que pour la dépendance :
Du côté de la barbe est la toute-puissance.
Bien qu’on soit deux moitiés de la société,
Ces deux moitiés pourtant n’ont point d’égalité :
L’une est moitié suprême et l’autre subalterne ;
L’une en tout est soumise à l’autre qui gouverne. »

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Oui — mais Molière écrivait cela, en se moquant, en 1662. Et voici que certains répètent au premier degré que « du côté de la barbe est la toute-puissance » — la barbe, simplement, est devenue elle-même un symbole religieux.

Quant à savoir s’il faut interdire ou non le voile dans l’espace public, c’est une autre histoire. Je ne suis même pas sûr que ce soit au peuple, aliéné par définition, d’en décider. Le recours au référendum n’est pas la panacée que l’on croit, c’est juste la possibilité de faire éclore ce que l’homme a de plus bas et de plus instinctif, et notre vision moderne de la démocratie est juste la capacité de flatter ces bas instincts.

Que l’on prétende, pour draguer les électeurs de Mélenchon, que le port du voile est compatible avec le féminisme — qui n’existe pas s’il n’est pas aspiration à libérer la femme de toutes les tutelles —, est une carabistouille qui ne ferait pas illusion dix secondes dans un devoir de khâgne — pas chez un bon élève en tout cas.

PS. Je supplie mes lecteurs de considérer que Marx est un formidable philosophe, qui post mortem a servi de prétexte à l’idéologie la plus meurtrière du XXe siècle — à son corps défendant. Il n’y a aucun rapport entre marxisme et communisme (ou socialisme), les uns et les autres ignorent la vraie pensée de Marx de la même façon que, nombre de musulmans, parce qu’ils ne lisent pas l’arabe classique, ignorent tout à fait ce qui est écrit dans le Coran. Il a fallu l’Humanisme pour que l’on se soucie de ce qui était réellement écrit dans la Bible. Mais l’islam n’en est pas encore à faire son aggiornamento — sans parler de son Vatican II.

Vous aurez notre compassion

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Le président ukrainien Volodymyr Zelensky s'exprime par visioconférence devant le Congrès américain, Washington, 16 mars 2022 © J.Scott Applewhite / POOL / AFP

À défaut de combattre par les armes, le camp du Bien a d’ores et déjà remporté la bataille de l’émotion. Interdite de médias sociaux, la Russie ne peut diffuser sa propagande. Résultat, les Gafam font de chacun de nous un acteur et une victime du conflit.


Ouvrez un journal ou un téléviseur, écoutez les politiques ou les experts, allez sur les médias sociaux, parlez autour de vous… Quelle est la probabilité que vous soyez confrontés sinon à une opinion pro-Poutine, du moins à des réserves sur la cause ukrainienne ? Sauf à être sur des réseaux alternatifs, membre de communautés antisystème acharnées, les chances (ou les risques) sont presque nuls. Et si une télévision présente un extrait de discours de Poutine ou de ses généraux, ce sera accompagné de commentaires (souvent justifiés) sur leur air figé soviétomorphe ou sur l’absurdité de présenter l’invasion de l’Ukraine comme une opération antinazie.

Rarement a-t-on rencontré une telle unanimité. Dans la désignation des responsabilités de la guerre, et dans l’émotion provoquée par les morts ou réfugiés. Dans la criminalisation morale des agresseurs, et dans l’affirmation que ce sont « nos » valeurs qui sont en jeu. En France et en Occident au moins, car en Inde, en Afrique, dans le monde arabe… (sans même parler de la Chine) ni les médias ni les réseaux ne partagent cet enthousiasme.

Dix règles de la propagande de guerre

Y a-t-il eu des exemples de pareille communion des esprits ? Sans doute au moment de la guerre de 1914-1918. Quelques années après le conflit, un aristocrate anglais (mais travailliste) lord Ponsonby décrivait les dix règles de la propagande de guerre qui venaient de fonctionner pour les démocraties. Elles consistent à dire et à répéter :

1) que l’ennemi veut la guerre, nous pas ; 2 qu’il en est responsable, nous pas ; 3) que c’est un crime moral et pas seulement politique ; 4) que notre guerre est menée au nom des valeurs universelles, la sienne pour ses intérêts cupides ; 5) qu’il commet des atrocités ; 6) qu’il utilise des armes illicites ; 7) que ses pertes sont énormes ; 8) que notre cause est sacrée ; 9) que les autorités morales et culturelles l’approuvent ; 10) que quiconque doute des neuf points précédents est victime de la propagande adverse (tandis que nous ne pratiquons que la très véridique contre-propagande).

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Les Occidentaux: meilleurs propagandistes que les Russes ?

Il y a certes une énorme différence : aucun membre de nos familles n’étant dans les tranchées, nous vivons par procuration la souffrance des Ukrainiens. Pour le reste, il semble que la rhétorique de guerre n’a pas tant changé en un siècle. Les lois de Ponsonby fonctionnent, pourvu qu’il y ait un adversaire assez repoussant et un accord assez fort sur nos croyances morales et idéologiques. C’est devenu un lieu commun de dire que toute guerre par le fer et par le feu est accompagnée par une guerre de l’information, de l’image et de l’émotion. Or il semble bien que notre camp gagne les trois dernières. Le consensus ne fonctionne que si le discours du dissensus est impuissant. Ce qui était tout sauf évident il y a quelques mois.

Rassemblement pour la paix en Ukraine, Lyon, 6 mars 2022 © KONRAD K./SIPA

En effet, depuis au moins 2016, on prêtait un singulier impact à la guerre de l’information du Kremlin. Elle aurait notamment été responsable de l’élection de Trump, du Brexit, du référendum de Catalogne et des succès des populismes. Il s’est écrit énormément d’études sur les capacités de services de Moscou en matière de cyberstratégie et d’influence. Elles leur attribuaient (à eux ou à des groupes dits « proxys » leur servant de mercenaires) de fabuleuses capacités de sabotage par écrans interposés, voire le plan de paralyser un pays entier dans une cyberguerre. On les créditait aussi d’une influence redoutable sur l’opinion occidentale. À travers des réseaux humains, ses agents d’influence et des partis populistes complices, ils pouvaient favoriser les tendances idéologiques les plus perverses. Sans oublier leurs médias internationaux comme Russia Today (interdits depuis dans l’UE). Plus les dispositifs numériques avec leur terrifiant pouvoir de perturbation : fake news, milliers de trolls ou de faux comptes… Des chercheurs américains expliquaient même que Poutine soutenait, via ces faux comptes sur internet, indifféremment des extrémistes de tous bords (suprémacistes et Black Lives Matter par exemple), dans le but d’exacerber les contradictions des démocraties et de saper la confiance. Et déjà, dans la perspective de l’élection présidentielle de 2022, donc d’une inévitable intrusion de Moscou pour fausser les résultats, notre pays créait des institutions comme Viginum, chargé de nous protéger des ingérences via les réseaux sociaux, et de détecter le trajet suspect de l’infox venue de l’Est.

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Pour dire le moins, rien ne démontre le moindre succès poutinien pour nous persuader que c’est l’impérialisme otanien qui est la cause de tout et que l’opération militaire (ne dites pas la guerre) se déroule comme prévu. Mieux, les autorités russes, menacées sur leur propre territoire informationnel, adoptent des lois hyper-répressives quant à l’emploi de certains mots, assimilés à la puissante propagande de l’Ouest. Elles finissent par y interdire Facebook et Instagram pour extrémisme : or les plateformes signalaient comme mensongers des contenus officiels russes et censuraient les médias russes chez eux. Moscou crée même ses propres sites pour dénoncer les fausses informations occidentales en ligne (waronfakes.com), mais c’est sans effet sur la masse immense des images d’atrocités qui circulent. Certaines sont véridiques, certaines truquées : il en est de favorables aux deux camps, mais vite repérées par les dispositifs internationaux de « fact-checking ». Quand les pro-Russes font circuler quelques vidéos de nazis du bataillon Azov ou de pro-Russes attachés et fouettés, tout cela est noyé par le flot des images qui s’accumulent heure par heure et qui nourrissent notre compassion. La surabondance des images et des messages n’est pas le facteur le moins déterminant pour gagner les cœurs et les esprits.

Les GAFAM, l’adversaire le plus redoutable de Poutine ?

Parmi les facteurs qui expliquent cette asymétrie, certains relèvent de la technologie numérique.

Le premier est l’intervention des Gafam. Après avoir interdit le compte de Trump, les grands du Net se sont engagés – moitié par conviction sincère, moitié pour ne pas apparaître comme les fourriers du mensonge et de la violence – contre le trio infernal : fausses nouvelles ou désinformation, discours de haine, complotisme… En particulier, Facebook qui censure la propagande poutinienne, retire les comptes pro-Kremlin, décide quelles images et nouvelles participent de la désinformation, mais assume une certaine indulgence – très en retrait par rapport aux principes sur les discours de haine – pour les appels à la violence envers les soldats russes…

Quoi que l’on pense moralement de cette attitude, elle confirme que les grands du Net possèdent un pouvoir jusque-là inconnu : décider ce qui atteindra nos écrans donc nos cerveaux, conférer au message le statut de véritable ou de pensable. Quand les médias classiques sont unanimement rangés dans le camp du bien et quand les moteurs de recherche retirent ou déclassent la présumée désinformation de Moscou (il y a un néologisme pour cela : « déplateformer »), cette dernière devient inefficace parce qu’inaccessible. L’engagement des Gafam traduit un droit de fait : contrôler l’attention. Et ce via la circulation, la sélection et la réception des messages, en s’appuyant sur leurs conditions générales d’utilisation qui sont la loi des internautes, plus leurs algorithmes, leurs modérateurs, leur intelligence artificielle, etc. Ce pouvoir l’emporte sur le vieux pouvoir politique d’interdire et de faire croire. Ou sur les vieux médias. Du coup, les médias d’influence internationale soutenus par l’État, comme Russia Today, fuient le bannissement sur des plateformes alternatives, comme de vulgaires activistes ou contestataires, où ils rencontrent de vrais antisystèmes, plus ou moins antivax ou complotistes.

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Tous Ukrainiens par identification

L’autre grande innovation est que – sur les plateaux de télévision ou sur les réseaux – nous vivons la guerre « vue du sol » par le témoignage des bombardés, non du point de vue des bombardiers comme pendant la guerre du Golfe (effet CNN). Les internautes ukrainiens, souvent francophones et sympathiques, coincés dans leur cave mais connectés au web, ont maintenant le quasi-monopole de l’expression. L’image de la souffrance interpelle et force à adopter le point de vue dont nous ne pouvons douter, celui de la victime (ce qui ne fut pas le cas des Houthis ou des Arméniens du Karabagh). Le principe du réseau – tous émetteurs, tous témoins, chacun pouvant s’informer auprès de gens qui lui ressemblent et non verticalement dans la sélection qu’imposent les médias de masse – fonctionne à plein. Il est intrinsèquement favorable à la victimocratie qui parle le langage universel de la souffrance. L’indignation – le fait de souffrir de l’injustice faite à un autre – est sans doute le sentiment le plus contagieux par de telles voies. Surtout quand il est facile de s’identifier à un camp et de rejeter l’autre, et que compassion et médiatisation coïncident.

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Noyer d’images, c’est bien, avoir une icône planétaire, c’est mieux. Le facteur Zelensky joue aussi à plein. Pour la scénarisation – ambiances nocturnes dramatiques, T-shirt de combattant, barbe de héros ; pour le format – des vidéos courtes destinées à devenir virales ; par le choix des registres : peuple martyr et citoyens combattants, valeurs de l’Occident et risque de génocide, refus de la barbarie et force de la démocratie ; par sa capacité de s’adresser (magie des télétransmissions) aujourd’hui aux assemblées de tous les pays ou à des manifestants solidaires, demain à vous, les yeux dans les yeux, sur l’écran de votre portable. Implicatif (nous sommes comme vous, vous êtes concernés) et performatif (il incarne un peuple auquel s’identifier, même si notre héroïsme doit se manifester depuis notre salon)… Rhétorique parfaite et logistique impeccable, message percutant et relation humaine font du président ukrainien l’homme le plus influent de la planète au moment où nous écrivons.

Quand l’idéologie et la technologie se combinent, quand le choix des médias et celui du politique s’accordent, quand les forces spirituelles et les conditions matérielles sont favorables, et surtout quand l’ennemi semble plus repoussant que l’URSS de la guerre froide, tout rassemble. Mais il est vrai que c’est à distance, par écrans interposés et dans une phase où l’opinion occidentale est encore loin d’éprouver les conséquences de la guerre sur ses intérêts et sa vie.

Fake news: Manip, infox et infodémie en 2021

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L'art de la guerre idéologique

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Paroles de parias

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Sonia (aide-soignante), Rachid (aide médico-psychologique), Virginie (auxiliaire de puériculture) et Maud Marian (avocate) © Hannah Assouline

Leur courage et leur dévouement ont été applaudis pendant les grandes vagues de Covid : les soignants étaient en première ligne dans des hôpitaux sous-équipés. Parmi ces hommes et ces femmes, certains ont refusé, par peur ou conviction, de se faire vacciner. Ils le paient au prix fort.


Licenciée car non-vaccinée

Sonia, 42 ans. Mère célibataire de trois enfants, elle ne touche pas de pension alimentaire et ne pouvait compter, jusqu’au mois dernier, que sur son salaire de 1 850 euros. Aujourd’hui aidée financièrement par des amis et des parents, cette ex-aide-soignante aux urgences du centre hospitalier intercommunal Meulan-Les Mureaux (CHIMM) assume son choix. Elle a préféré être suspendue (comme 80 autres personnes de l’établissement), puis licenciée plutôt que d’être vaccinée. « Je ne suis pas complotiste mais réaliste, j’ai les pieds sur terre. Pas besoin de tutelle du gouvernement. On n’est pas sous-développé du bulbe, on est des professionnels de santé ! D’ailleurs, mon carnet vaccinal est à jour. Je ne suis pas une antivax, je suis une anti-injection expérimentale ! ».

Sonia, aide-soignante © Hannah Assouline

Sonia a de nombreux collègues qui, pour ces raisons, se sont fait faire de faux passes afin de poursuivre leur activité. D’autres, comme elle, « ont choisi d’assumer leur décision sans faux-semblants pour ne pas entrer dans les statistiques. Je ne veux pas être une statistique ! J’ai eu deux fois le Covid, en mars 2020 et en décembre 2021, mais je n’ai même pas téléchargé le passe de la SI-DEP. Je ne veux pas brandir un passe, tel un sésame, pour aller où bon me semble. Le passe ne prouve pas qu’on est en bonne santé. Il y a dans nos services des patients en stade terminal qui ont un passe valide. »

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Sa hiérarchie n’a pas apprécié son côté grande gueule et ses prises de position publique. Dès le début de la pandémie, Sonia a organisé des rassemblements devant son hôpital pour dénoncer des conditions de travail indignes. « Ça n’a pas plu. Après un arrêt pour maladie professionnelle, mon syndicat [CGT] m’a dénoncée auprès de la direction pour des vacations faites en 2020. J’ai été licenciée pour “accumulation d’emplois”. Pour payer mon loyer et élever mes enfants, j’étais obligée de travailler plus. J’étais inscrite au sein de mon établissement sur la liste des volontaires qui veulent effectuer des heures supplémentaires, mais ils préfèrent appeler des vacataires plutôt que des membres de l’hôpital ! J’ai donc dû faire des vacations dans d’autres structures médicalisées. » Son syndicat n’a pas assisté à la commission disciplinaire qui l’a licenciée fin novembre. Elle cherche, depuis, un emploi en phase avec sa vocation de soignant mais, même en travailleur indépendant, lorsqu’on n’est pas vacciné, c’est mission impossible.

Vacciné contre son gré

Rachid est aide médico-psychologique dans un hôpital des Yvelines. Seul avec sa mère handicapée à charge, il s’est résigné à se faire « injecter », mais milite toujours contre cette obligation en manifestant, chaque semaine, avec le collectif Soignants unis. Il en est devenu le « visage ».

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L’indifférence médiatique et politique qui entoure leur mouvement alimente une amertume doublée de colère : « Personne n’a conscience de la peur que nous avions lors de la première vague, lorsqu’on nous demandait d’aller travailler sans matériel ni protection et que les télés diffusaient en boucle les images de milliers de morts en Chine et en Italie. Chaque jour, j’avais la chair de poule en mettant ma blouse. » Pour lui, c’est cette cicatrice qui explique leur détermination. « Face à notre dévouement total à la nation en échange de notre santé, on pensait vraiment qu’on ne nous laisserait pas tomber. D’autant que nous avons aussi été les premiers à dire que la vaccination n’empêchait ni la contamination ni la transmission ! »

Rachid, aide médico-psychologique © Hannah Assouline

La récente annulation par le Conseil d’État des rares ordonnances de tribunaux administratifs prononcées en faveur des salariés suspendus est pour lui « un nouveau coup de poignard ». Il est aussi choqué qu’on bafoue les valeurs qui sous-tendent sa vocation. « Lors de nos études, nous suivons des formations sur le “consentement libre et éclairé” de nos patients [loi Kouchner], sur le secret médical, etc. Mais depuis deux ans, on nous dit d’oublier tout ça. C’est dégueulasse. »

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Ce qu’il craint également, c’est que l’hôpital retourne la situation et explique que ce sont ces soignants suspendus qui empêchent le système de fonctionner. « On ne demande qu’à travailler ! » martèle Rachid avant de rappeler qu’au plus haut de l’épidémie, « le gouvernement a fermé 5 700 lits, soit 17 600 depuis le début du quinquennat. En trente ans, nous avons perdu 100 000 lits : c’est la fin du service public. »

Comme souvent, des collègues et des syndicats aux abonnés absents

Virginie était auxiliaire de puériculture en crèche hospitalière à l’hôpital de Poissy. Elle a été suspendue à l’issue de sa journée de travail le 16 septembre 2021. « L’entretien avec la DRH a été particulièrement désagréable parce que j’ai refusé de signer cette suspension. Je l’ai donc reçue par courrier recommandé. Avant d’en arriver là, j’ai passé un mois d’août horrible, continuellement humiliée par mes collègues qui me disaient : “Garde ton masque, tu vas nous contaminer” ou encore “Tu vas faire quoi en septembre, parce que tu n’auras plus de salaire, ça va être dur pour toi !”. Aucune solidarité : j’ai vraiment été traitée comme une pestiférée alors que pendant cinq ans j’ai toujours travaillé correctement, on ne m’a jamais rien reproché, je n’ai jamais eu d’arrêt maladie… »

Virginie, auxiliaire de puériculture © Hannah Assouline

L’hôpital de Poissy aurait suspendu 135 personnes dans la même situation que Virginie. Aujourd’hui, elle vit avec le RSA. « Mon interlocutrice à la CAF [Caisse d’allocations familiales] n’a pas compris ma situation, elle n’avait jamais vu ça. Et malgré sa bonne volonté, je n’ai commencé à le toucher qu’en janvier 2022. »

Sans l’aide financière de quelques amis, sa vie serait impossible : son loyer s’élève à 1 000 euros et elle ne perçoit que 400 euros d’APL. Depuis le 16 septembre, elle est en arrêt maladie non indemnisé, la médiation lancée par son avocate n’ayant abouti à rien. Même dans cette situation, elle n’a reçu aucun soutien de ses ex-collègues et des syndicats. « Sans les bénévoles des collectifs locaux, comme les Blouses blanches 78, j’aurais été seule au monde. » À 40 ans, dégoûté du système, elle souhaite entamer une reconversion pour devenir directrice de micro-crèche.

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