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“En même temps”: une vaste duperie mentale

Contraint de chasser les voix d’extrême gauche en conservant en même temps les voix de la droite, le président se complait sans complexe dans son “en même temps”. Technique hypnotique qui n’est pas sans rappeler la doublepensée de Big Brother… Explications.


Notre président-philosophe aime à citer les grands auteurs :

Le “quoi qu’il en coûte”, du discours “We shall fight on the beaches” de Churchill. Le 4 mai 1940 en pleine campagne de France, le Premier ministre britannique déclarait à Westminster: « Nous irons jusqu’au bout, nous nous battrons en France, nous nous battrons sur les mers et les océans, nous nous battrons avec toujours plus de confiance ainsi qu’une force grandissante dans les airs, nous défendrons notre Île, quoi qu’il en coûte ».

Comment oublier sa reprise du “qu’ils viennent me chercher !”, lancé en 1814 par Napoléon[1] sur l’île d’Elbe quand on vint lui dire que les Français le regrettaient, et que l’empereur déchu répondit : « S’ils m’aiment tant, qu’ils viennent me chercher » ?

Même son “maître des horloges” est piqué à Bernard Attali, frère jumeau de son mentor, qui écrivait « Le rôle de l’homme politique, maître des horloges, c’est d’éclairer l’horizon, de distinguer l’important de l’urgent, de rappeler les valeurs, de montrer le cap, et de tenir bon »[2].

En revanche, on est en mal de trouver à qui Emmanuel Macron à emprunté son “nous sommes en guerre”. Cette phrase n’a été prononcée ni par De Gaulle ni par Churchill qui avaient, eux, pourtant, beaucoup plus de légitimité à l’employer que le président français en temps de paix. C’est bel et bien dans… 1984, qu’on trouve cette phrase : “Ce que je veux dire, c’est que nous sommes en guerre”.  Il est troublant de noter que le mot “guerre” est présent 139 fois dans le roman d’Orwell. Or il désigne une guerre en Eurasia dont on n’est pas plus sûr qu’elle ait eu plus lieu qu’en France en 2020. La fausse guerre de Macron pour désigner la pandémie s’apparente bel et bien à celle du roman d’Orwell dans lequel « peu importe que la guerre soit réellement déclarée (…). Tout ce qui est nécessaire, c’est que l’état de guerre existe ».

La doublepensée et le “en même temps” d’Emmanuel Macron

Naturellement, d’autres livres et d’autres personnalités se sont déclarés “en guerre”. Mais peu l’ont dit en sachant que c’était faux. Une fois le nez dans le roman d’Orwell, édité l’an dernier dans la Pléiade, on peut aussi y trouver le “en même temps” qui rappelle bel et bien le président français.

En effet, peut-on encore croire à une coïncidence, en découvrant sa parenté avec la doublepensée de Big Brother ? La doublepensée est définie ainsi : “Retenir simultanément deux opinions qui s’annulent alors qu’on les sait contradictoires et croire à toutes deux. Employer la logique contre la logique. Répudier la morale alors qu’on se réclame d’elle…” Cela ne vous rappelle-t-il vraiment personne ? Même dans ces phrases ou l’esbroufe semble prendre le pas sur la complexité ? Citons Emmanuel Macron dans ces phrases dont il a le secret :

  • “Après avoir été en même temps en danger et protégés, les Français doivent regarder en même temps vers le passé et vers l’avenir”;
  • “Le féminisme est un humanisme et (…) défendre la dignité des femmes, les droits des femmes, c’est en même temps défendre la dignité et les droits des hommes”;
  • “Depuis longtemps, je sais qu’ici, on est fier d’être Breton, on est fier d’être Français, en même temps on est aussi fier d’être Européen”. (Quimper 21/06/2018)

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Beaucoup a été dit sur le discours de Macron qu’on a pu qualifier d’attrape tout. On peut aussi, comme l’écrivait le psychanalyste Roland Gori dans Libération, avancer que cet en même temps est une pensée de la « complexité » qui dépasse les anciens clivages. Stratégie qui portait la promesse de réconcilier les Français.

Revenons à notre Mozart. L’efficacité du “en même temps” en tant que “ramasse-tout” idéologique permet de dire tout et, en même temps son contraire, pour rallier les Français et les Françaises du pour et… ceux du contre. Sans se risquer à fâcher les autres.

On note ainsi dans ses saillies une fausse complexité axée sur l’oxymore. Dans 1984, la doublepensée use justement de ces astuces. Big Brother proclame ainsi que “la guerre c’est la paix”, “la liberté est esclavage” ou que “l’ignorance est puissance”. Cette “doublepensée” n’est-elle pas reprise à merveille par Emmanuel Macron dans son “Soyons fiers d’être des amateurs” lors de la campagne de 2017 jusqu’à “l’Europe souveraine” de la présidence française du conseil européen de 2022 ?

Le chef d’œuvre d’Orwell, est de fait truffé d’”en même temps”, synthèse de cette doublepensée :

  • “Croire en même temps que la démocratie est impossible et que le Parti est gardien de la démocratie.”
  • “Le Parti prétendait, naturellement, avoir délivré les prolétaires de l’esclavage. (…) Mais en même temps que ces déclarations, en vertu des principes de la double-pensée, le Parti enseignait que les prolétaires étaient des inférieurs naturels, qui devaient être tenus en état de dépendance, comme les animaux.”
  • “Le Times du 19 décembre avait publié les prévisions officielles (…) au cours du quatrième trimestre 1983 qui était en même temps le sixième trimestre du neuvième plan triennal”
  • “Comme d’habitude, les groupes directeurs des trois puissances sont, et en même temps ne sont pas au courant de ce qu’ils font”

Bref, comme le résume Orwell “les plus subtils praticiens de la doublepensée sont ceux qui l’inventèrent et qui savent qu’elle est un vaste système de duperie mentale.”

Effet de sidération

La dystopie d’Orwell indique que la doublepensée est un acte d’hypnose. “Pour se servir même du mot doublepensée, peut-on lire dans 1984, il est nécessaire d’user de la dualité de la pensée, car employer le mot, c’est admettre que l’on modifie la réalité. (…) C’est par le moyen de la doublepensée que le Parti a pu et (…) pourra, pendant des milliers d’années, arrêter le cours de l’Histoire. (…) L’œuvre du Parti est d’avoir produit un système mental dans lequel les deux états peuvent coexister”.

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Or, si Orwell explique qu’il s’agit de “persuader consciemment l’inconscient, puis devenir ensuite inconscient de l’acte d’hypnose que l’on vient de perpétrer”, on peut émettre l’hypothèse que le “en même temps” fonctionne par la sidération créée par sa complexité factice. Esbroufe augmentée encore par le “celles-et-ceux” qui vient renforcer la confusion du “en même temps”, et permet de saturer l’attention par ses contradictions. L’”en même temps” sature le cerveau et empêche toute réplique par effet de sidération.

Les médecins savent, en effet, que le cerveau peut être rapidement saturé. Ainsi, la neurologie a démontré qu’il était aisé d’encombrer l’esprit d’une tâche très gourmande en capacité de calculs. Ces “mental tricks” sont d’ailleurs repris par les mentalistes dans leurs tours de suggestions. Ainsi, par exemple, le Britannique Derren Brown, dans une célèbre vidéo réussit à payer une bague de 4500$ avec une petite liasse de… papiers blancs ! Le secret : au moment de payer, le mentaliste noie le bijoutier sous une avalanche de questions sur la station de métro la plus proche et son accès. Or ces questions d’orientation, ainsi que le langage, sont des tâches gourmandes en bande passante qui monopolisent le cerveau qui, de fait, néglige les tâches plus simples et routinières. Et ce bijoutier compte les morceaux de papier et les encaisse sans sourciller.  Bref, il s’agit d’obtenir par saturation, sinon le consentement, une adhésion par négligence ou par forfait. Il est essentiel aujourd’hui de se méfier de ces faux-monnayeurs de la pensée politique.

1984

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[1] Jacques Bainville, “Napoléon” – 1936

[2] Bernard Attali, Si nous voulions – 2014

Soignants suspendus, un scandale d’État?

Des milliers de soignants et de pompiers qui refusent le vaccin contre le Covid ont perdu, avec leur capacité d’exercer leur métier, leurs revenus et tous leurs droits. Or, cette règle qui paraissait légitime quand on espérait que le vaccin empêchait la contamination est d’autant plus absurde que les soignants vaccinés et malades peuvent travailler.


Ce sont des milliers de drames à bas bruit. Des vies en miettes qui n’intéressent guère les médias. Ils étaient infirmiers, aides-soignants, psychologues, sages-femmes, médecins, pompiers, agents administratifs. On cite même le cas d’un employé qui lavait des voitures dans l’hôpital d’une petite ville du centre de la France. Fonctionnaires ou salariés de droit privé, la plupart avaient choisi leur métier par vocation, parce qu’ils aiment, disent-ils, s’occuper des autres. Pendant la première vague de l’épidémie, beaucoup sont allés travailler la peur au ventre.

Il est vrai qu’ils ne fuient pas sous les bombes. Et puis, beaucoup de gens se disent qu’ils sont responsables de leur malheur. S’ils ont perdu leur logement, divorcé, s’ils sont frappés d’interdiction bancaire et se nourrissent grâce aux Restos du cœur, ce n’est pas à cause de Poutine mais parce qu’ils refusaient de se faire vacciner.

Des syndicats aux abonnés absents

Le 15 septembre 2021, jour de l’entrée en vigueur de l’obligation vaccinale pour les soignants, inscrite dans la loi du 5 août, leur existence a viré au cauchemar. À entendre leurs récits, on a l’impression qu’il ne s’agissait pas simplement de les emmerder, comme l’a aimablement dit Emmanuel Macron, mais de les humilier, voire de les briser. Ils racontent le harcèlement de leurs supérieurs, le chantage, parfois les insultes et pour finir, des entrevues glaçantes au terme desquelles ils ont été jetés sans un mot de reconnaissance pour le travail accompli. En prime, ils n’ont pas reçu le moindre témoignage de solidarité de leurs collègues et encore moins des syndicats, aux abonnés absents sur ce dossier. « Pestiférés », c’est le mot qui revient le plus souvent dans leur bouche.

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Leur triste sort a ému Maud Marian, qui fait partie d’un collectif de plusieurs dizaines d’avocats officiant dans toute la France. Difficile de savoir combien de personnes ont été suspendues. En septembre, Olivier Véran parlait de 3 000 à 5 000. Dans une tribune réclamant leur réintégration, signée par une trentaine de parlementaires, il est question de 15 000 soignants et de 6 000 pompiers.

L’avocate nous reçoit dans son bureau du centre de Paris, qui évoque plutôt une administration que le luxe feutré qui règne chez certains de ses confrères. Visiblement, Maître Marian fait dans le social. Les quelques soignants suspendus qu’elle a réunis ce jour-là, comme sans doute les 500 autres dont elle s’occupe – gracieusement – lui vouent une gratitude émue : elle est la seule qui semble se soucier de leur détresse, la seule à se battre pour eux. « Normalement, explique-t-elle, en droit français, quand on modifie les conditions d’accès à une profession, on propose un licenciement. Là, on a inventé la suspension qui n’existait jusque-là que dans le domaine disciplinaire. » Or, cette suspension signifie zéro droit : bien sûr, les suspendus ne touchent ni salaire ni traitements. Ce sont des « mois blancs » pour la retraite. Ils ne sont pas éligibles à l’assurance-chômage ni même au RSA, sauf exception due à la compréhension d’un agent (voir les portraits pages suivantes). Ils ont même perdu les heures supplémentaires et les congés payés qu’ils n’ont pas pris à temps – le règlement, c’est le règlement. Certains, qui ont été payés en septembre, ont été sommés de rembourser les quinze jours perçus malgré la suspension. La seule porte de sortie qui leur reste est de démissionner sans le moindre espoir de reprendre le métier qu’ils aiment – et, cela va sans dire, sans la moindre aide financière pour rebondir.

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Ceux qui étaient en arrêt-maladie ne recevaient pas leurs indemnités journalières (versées par l’employeur et non par la Sécu pour les fonctionnaires). Une décision du Conseil d’État du 2 mars 2022 vient cependant de mettre fin à cette injustice supplémentaire : vaccinés ou pas, les soignants (et pompiers) malades seront indemnisés.

La peur n’est pas un crime

En dehors de cette bonne nouvelle, Maud Marian n’a obtenu que de très rares décisions favorables, que ce soit à l’amiable ou au contentieux. Avec ses confrères, elle a mis sur pied une cellule de consultation : « Avec l’AP-HP et l’AP-HM (hôpitaux publics parisiens et marseillais), on se heurte à un mur. Les petits hôpitaux ou Ehpad de campagne où on ne peut pas se permettre de laisser partir les gens, sont plus conciliants. Certains font revenir le personnel suspendu en loucedé. Des directeurs d’hôpitaux ont demandé aux ARS la réintégration de leurs employés. Mais la politique des ARS, c’est “pas de vagues”. »

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Au contentieux, les résultats de ses démarches sont encore plus maigres. Presque toutes les procédures en référé (urgence) introduites devant les tribunaux administratifs pour demander le rétablissement des traitements, notamment pour les mères seules, ont échoué. Il est peu probable qu’elle gagne quand les recours contre les suspensions seront examinés au fond. Certaines juridictions ont même condamné les soignants à payer les frais de justice. Pour les salariés de droit privé, elle a obtenu une seule réintégration aux prud’hommes. Elle cite également le cas d’une infirmière qui avait commencé à travailler en usine et qui a été poursuivie pour cumul d’emplois. On aimerait comprendre en quoi sa nouvelle activité mettait en danger des patients puisque c’est la grande justification invoquée par le gouvernement.

Certes, on peut trouver le refus de la vaccination étrange pour des personnels de santé. On peut au moins entendre leurs raisons : ils ne sont pas antivax, ils avouent simplement avoir peur d’un produit encore en phase expérimentale. Ils ont peut-être tort, mais la peur n’est pas un crime.

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Surtout, l’obligation vaccinale pouvait se comprendre quand on pensait que le vaccin protégeait contre la transmission du virus. On sait maintenant qu’il n’en est rien, ou si peu. Pourtant, le gouvernement ânonne imperturbablement le même mantra : vaccinez-vous pour protéger les autres, ce qui est purement et simplement du foutage de gueule – on me pardonnera d’employer le même langage que le président. Et pour l’heure, aucune suspension des suspensions n’est prévue. La règle ne va pas changer, le président l’a dit clairement à une infirmière en pleurs.

On en arrive donc à des situations ubuesques où des soignants vaccinés mais malades (donc contagieux) peuvent se rendre à l’hôpital, tandis qu’on interdit aux non-vaccinés de travailler, même avec un test négatif. Difficile de ne pas en conclure qu’on veut les punir pour leur rébellion. Il ne s’agit plus seulement d’absurdité administrative mais de sadisme politique.

Mickey et la transidentité

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En Floride, le gouverneur républicain de l’État interdit aux professeurs de relayer la propagande sur la théorie du genre à partir du mois de juillet. Le géant du divertissement Disney est contraint de prendre position.


Signée officiellement le 28 mars par Ron DeSantis, gouverneur républicain de Floride, la « House Bill 1557 » interdit désormais aux enseignants du primaire comme du secondaire d’évoquer l’orientation sexuelle ou l’identité de genre devant leurs élèves. 

Le texte de loi, surnommé Don’t Say Gay (« ne dites pas gay »), a provoqué une vague de protestations aux États-Unis jusque dans le Bureau ovale. Le président Joe Biden s’est dit consterné par ce vote, réaffirmant que son « administration continuerait à se battre pour la dignité de chaque élève, en Floride et dans tout le pays », rappelant que les « jeunes LGBTQI+ méritent d’être acceptés tels qu’ils sont ».

Un jour mon prince viendra…

Parmi les opposants à ce projet de loi, la voix de Charlee Corra, arrière-petit-fils de Walt Disney, fondateur des studios du même nom, se fait remarquer. Le jeune homme de 30 ans a récemment fait son coming-out transgenre. Héritier du créateur de la souris bien connue Mickey, il a vertement critiqué la « House Bill 1557 », soutenu par ses parents qui ont fait don d’un montant de 500 000 dollars à une association de défense des droits LGBTQI + en guise de protestation. C’est d’une même voix qu’ils ont déclaré « avoir le cœur brisé » depuis la signature du texte de loi. D’autant qu’en tant que professeur de biologie et des sciences de l’environnement, Charlee Corra, qui utilise le pronom « Iels » pour se définir, est le premier concerné par la « House Bill 1557 » ! 

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« J’avais très peu de modèles ouvertement homosexuels [à l’école-ndlr] » a confessé Charlee Corra, au Los Angeles Times et, si « sa condition sociale lui a offert de nombreux privilèges, une grande partie de son adolescence et de sa vie de jeune adulte a été jalonnée par la difficulté d’assumer sa transidentité » a-t-il expliqué à nos confrères, craignant que cette loi ne fasse reculer les droits des homosexuels en Amérique du Nord.

La conversion de la Walt Disney Company

Un coming-out qui a reçu un soutien appuyé mais contraint de la Walt Disney Company, acteur économique de poids dans cet État du Sud-Est. 

Fustigée par certains fans et ses propres employés « déçus, blessés, effrayés et en colère » pour ne pas avoir dénoncé ce texte de loi, la société a dû faire amende honorable. Après s’être excusée, elle a annoncé qu’elle ferait tout pour faire annuler la « House Bill 1557 » aux côtés des associations militantes gays et lesbiennes. Bob Chapek, Directeur général de The Walt Disney Company, a même confirmé dans un email adressé au personnel que l’entreprise cessait de faire des dons aux partis politiques. Une décision qui a fait réagir le Parti Démocrate, très amer. Ce dernier a regretté de telles conséquences, générées selon lui par une loi qui « prend le parti de la haine et de la discrimination et utilise la souffrance des enfants et des familles pour marquer des points auprès de sa base électorale ». Depuis plusieurs mois, différents gouverneurs républicains ont effectivement fait voter des lois du même genre ou limitant l’accès à l’avortement, laissant entrevoir derrière cette série de décisions la main et l’influence de l’ancien président Donald Trump…

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Rien qui ne saurait ébranler le gouverneur de Floride, étoile montante de son parti et potentiel candidat à la prochaine élection présidentielle. « Je me fiche de ce que disent les grands médias ! Je me fiche de ce que dit Hollywood. Je me fiche de ce que disent les grandes sociétés. Je fais face. Je ne reculerai pas » a déclaré Ron DeSantis en brandissant le bouclier de l’ordre moral. La loi entrera en vigueur dès juillet 2022. Tout parent qui estimera qu’un enseignant contrevient à la « House Bill 1557 » pourra le dénoncer à sa direction d’établissement.

Dans une vidéo interne évoquant le projet “Reimagine tomorrow”, ayant fuité dans la presse en mars (voir plus bas), Karey Burke, en charge du contenu chez Disney, promettait que 50 % des personnages principaux des productions Disney seraient dorénavant issus de la communauté LGBT et des minorités raciales. « En tant que mère de deux enfants queer, un transgenre et un pansexuel, je me sens responsable de parler pour eux » précisait-elle alors. 

Rendez-nous de Gaulle sur les marchés de France!

À la télévision, les images de nos dirigeants en campagne vilipendés par des badauds derrière des barrières, ont quelque chose d’avilissant.


Dans la foire d’empoigne qui secoue les derniers jours d’une campagne aphasique, j’ai senti un profond malaise m’envahir. Une vague de dégoût pour notre classe politique si prompte à nous faire la leçon, à nous cornaquer, à nous déposséder, peu à peu, de notre liberté déjà largement écornée. J’avais d’autres ambitions intimes pour mon pays. Par naïveté et nostalgie, j’ai toujours pensé que la France méritait mieux que ces échanges infertiles sur les marchés, à la volée, entre le vendeur de poulets rôtis et la maraîchère. Dans ce Clochemerle qui vire au pugilat verbal, cette chasse aux voix qui précède les moissons pascales, j’ai vu des images indécentes qui heurtent notre citoyenneté. Nous en sommes donc arrivés, là. Á un tel point de non-retour. Une République sur cales qui attend sa révision générale. Hébétés et furieux. Fragmentés et réfractaires. Tristes et, à bout de souffle. Sans vision nationale et sans élan salutaire.

De chaque côté des barrières de sécurité, recroquevillés sur nos certitudes, nous sommes incapables de nous contrôler, d’échanger dignement et de faire passer la moindre once de vérité dans notre regard. La fureur nous submerge quand la raison d’un seul isole. Nos faiblesses collectives crèvent alors l’écran. Nous sommes nus devant les caméras avides de nos déballages. Personne ne sortira vainqueur de ces duels dysfonctionnels et infantiles. Comme si le rendez-vous entre un Homme et un peuple était devenu une mission impossible. Comme si la verticalité du pouvoir, au lieu de nous élever et de nous entraîner, laissait le champ libre à nos instincts les plus honteux. Osons sortir des cours de récréation chahuteuses, il en va de notre santé mentale et démocratique.

Aujourd’hui, nous peinons à refreiner nos pulsions destructrices et nos dirigeants ne parviennent plus à se reconnecter à la Patrie. De part et d’autre, les délices de l’émotion guident nos pas. Et puis cette colère venue de très loin, forcément éruptive et foutraque, amère et incontrôlable face à ce candidat-président à la manœuvre, descendant dans l’arène pour montrer sa combativité et son ardent désir d’expliquer son bilan a quelque chose de malsain. Bannissons ces accrochages improductifs, ils n’apporteront que du désarroi et de la rancœur à la confrontation des idées. Ils laisseront des plaies inguérissables à l’avenir.

Quand les filtres de la bienséance et du respect mutuel disparaissent, le chaos est en marche. Tout le monde y perd, le président qui surplombe tentant de garder son sang-froid et l’anonyme dans la foule qui se défoule. Le spectateur devant son poste se sent sali par ces débordements médiatiques. Dans ces altercations qui font le miel des chaînes info jusqu’à l’ivresse, j’y ai vu la dégradation de la fonction, une soumission aux images, aux vieilles ficelles de la communication spectacle et une mise en scène de nos séparatismes intérieurs. Notre pays n’a pas besoin de pédagogie, de chiffrages, de scories technocratiques, de coups de menton ou d’un autoritarisme de façade dans sa relation avec son futur dirigeant, seulement d’y croire. Juste y croire, un peu. Qu’une sincérité naturelle et une puissance de conviction éclatent enfin au grand jour. La foi dans un message dépend beaucoup de la manière dont le personnel politique se comporte au quotidien. Dans le monde frelaté du virtuel et de la fausse promiscuité, le présidentiable est un VRP qui promène sa mallette programmatique au gré des modes et du vent changeant. Il n’a qu’une obsession fatale : séduire à tout prix. Le charisme ne se commande pas sur Internet. Il est inéquitablement réparti dans les ministères, les hémicycles ou les vestiaires. Pourquoi nos anciens présidents jusqu’au début des années 1980 réussissaient, malgré leurs compromissions et leurs « petites » combines, à inspirer la confiance ? Assurément, nous les craignions un peu, leur parcours cabossé était le signe des êtres à part qui ont lutté et chuté tant de fois avant d’accéder à la tête de l’État. Ils étaient secrets et distants, impressionnants et porteurs d’une mission civilisatrice qui les dépassait. Ils emportaient nos rêves et ne bataillaient pas avec l’homme de la rue.

Imaginez-vous le Général ou Pompidou s’avilir aux discussions de bistrot. Ce n’était pas par morgue, plutôt par incarnation absolue de la fonction. Ils se trouvaient juste à bonne distance. Nous n’attendions rien d’autre de leur part. Leur hauteur de vue n’était pas incompatible avec une justesse de ton. En ce temps-là, nous ne voulions pas faire « copain-copain » avec eux. Ceux qui se sont invités à dîner chez les Français l’ont payé chèrement dans les urnes. Jadis, le magistère intellectuel de nos présidents imposait une forme de retenue et d’admiration. Une certaine confiance également, du moins une autorité morale qui ne s’apprend pas sur les bancs des grandes écoles. Je me souviens que Charles Pasqua avait déclaré, un jour, que les politiques actuels, qui n’avaient pas été frappés personnellement et fort heureusement par les tragédies de l’Histoire, n’auraient plus jamais la même ampleur et la même densité. Nous devons nous satisfaire d’une génération qui ne peut s’extraire du jeu télévisuel, par peur de ne plus exister. Un peu d’allure et de hauteur ne nuisent pas à la qualité des débats. Il faut un certain courage pour refuser la démagogie du « Fight Club ».

La colonisation française, une drôle d’idée

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Il y a quelque temps, je me suis mis dans la tête qu’il me fallait écrire une contre-histoire de la colonisation française. Je fonctionne ainsi : toujours à contre-courant de la pensée dominante, d’où mon insuccès ici-bas et mes nombreuses amitiés au sein des milieux les plus divers et qui se détestent parfois les uns les autres. L’adversité est une école de la vie, elle m’a appris qu’il y a des gens valables et admirables à l’extrême-gauche comme à l’extrême-droite, et que les gens qui se détestent au nom d’une idéologie partagent souvent des points de départs communs : la quête de la justice et de la dignité.

Mon manuscrit est prêt. Il attend un éditeur. Je lui promets d’avance que cette publication suscitera l’ire de Mesdames Taubira, Obono et Diallo. Étant de confession musulmane, je suis habitué aux fatwas et elles ne me font pas peur ! 

Terrain miné

Mon livre n’est ni une ode aux pieds noirs ni un réquisitoire contre le FLN, c’est un voyage au bout de la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. C’est donc un périple en un territoire inconnu, un cheminement en terrain miné. 

Pour me documenter, j’ai navigué au milieu d’une cinquantaine d’ouvrages. Parmi les plus marquants, je cite volontiers Trente-deux ans à travers l’Islam de Léon Roches, une histoire vraie qui raconte la désertion d’un Français d’Algérie, tombé fou amoureux d’une jeune musulmane nommée Khadija (belle et mystérieuse, forcément). Cette désertion le conduira à rejoindre les rangs de l’émir Abdelkader, dont il sera un des proches conseillers. Le livre, au-delà de l’aspect lyrique de l’aventure amoureuse, décrit l’état réel de l’Algérie avant la conquête : une terre fracturée entre plusieurs tribus qui n’ont rien en commun à part la religion musulmane et l’habitude d’obéir aux Turcs.

A lire aussi, Jean Sévillia: «Depuis 40 ans, la France se couche devant le pouvoir algérien»

J’ai également été ravi par Auguste Pavie et sa Conquête des cœurs où l’on apprend que la France a évité le grand remplacement du peuple khmer. Que BHL et Léa Salamé me pardonnent le jour du Jugement Dernier ! Je jure que j’ai caché le livre d’Auguste Pavie au fond du tiroir où je garde ma collection de revues érotiques brésiliennes (il fut un temps où je m’intéressais au tropicalisme dans la photo érotique, mais là c’est une autre histoire… d’appropriation culturelle). Juste pour terminer mon propos : les Khmers se sont littéralement donnés aux Français autour des années 1860-1870, car ils étaient sur le point de se faire engloutir par les Vietnamiens (à l’est) et par les Thais (à l’ouest). La colonisation française a donc été une libération au Cambodge et au Laos.

Mais, une question n’a cessé de me tarauder. Pourquoi est-ce que les Français ont colonisé ? La question est valide car il n’y avait aucune richesse vraiment exceptionnelle dans les pays qu’ils ont conquis. L’Afrique du Nord, à commencer par l’Algérie, est une terre sèche et stérile. L’Indochine n’a rien à offrir à part un peu de charbon (en abondance à Roubaix et à Tourcoing) et son hévéa (une commodity banale sur le marché international). Et les colonies françaises en Afrique ont eu le « mauvais goût » de ne pas offrir de diamants et d’or, contrairement aux dominions britanniques en Afrique du Sud, au Botswana et en Rhodésie.

Les réponses de l’historien Raoul Girardet

Une chose est de s’amuser en plantant son drapeau sur la kasbah d’Alger ou à Tombouctou, une autre est de conquérir systématiquement douze millions de km2 avec l’assurance de n’y trouver aucune ressource de choix à part des moustiques et des coups de sagaies.

C’est dans le livre de Raoul Girardet (1917-2013) que j’ai trouvé la réponse. Intitulé L’idée coloniale, 1871-1962, ce livre retrace la genèse d’une idée folle dont nous ne cessons de payer les conséquences, à commencer par l’invasion migratoire et la honte ressentie par nos enfants sur les bancs de l’école à chaque fois que le mot France est prononcé. Raoul Girardet restitue la naissance de l’idée coloniale dans les esprits des Français et ce qu’il raconte est fascinant. Par souci de synthèse, je n’en restituerai que quelques traits saillants : (1) Tout s’est joué après la défaite de Sedan en 1870 où la France a été amputée de l’Alsace et de la Lorraine, (2) la gauche républicaine a proposé alors d’effacer l’humiliation en se lançant à la conquête de « l’Afrique ténébreuse » et de « l’Asie silencieuse ». Au passage, il s’agissait de détourner l’armée de toute tentative de revanche contre les Allemands et de donner un surcroît de légitimé à un régime né dans la douleur et la peine : la Troisième République. (3) L’opinion publique n’a pas marché dans le coup, les Français se désintéressant totalement des colonies jusqu’au lendemain de la Première Guerre Mondiale. En réalité, ils ont manifesté une réelle hostilité à l’expansion coloniale à ses débuts, comme lors de la prise du Tonkin en 1883-85, (4) nonobstant l’indifférence de l’opinion publique, le lobby colonial a placé ses pions et a tiré les ficelles pour réaliser son agenda, s’emparant en quelques années de la Tunisie, du Congo, de l’Indochine et d’une partie de Madagascar. Placée devant le fait accompli, la classe politique a dû se résigner et rallier l’idée coloniale. La droite, pourtant hostile à la colonisation à ses débuts, s’est couchée autour de 1905.

A lire ensuite, du même auteur: Le grand remplacement tuera la diversité du monde!

Et maintenant, le ressac !

Ça ne vous rappelle rien tout ça ? On dirait l’histoire de l’invasion migratoire des dernières années où VGE et les socialistes ont fait venir les immigrés avant que le RPR ne finisse par se convertir, lui aussi, au credo de « l’immigration, chance pour la France ». D’ailleurs, le lobby colonial, comme le décrit si bien Raoul Girardet, a présenté la colonisation comme une « chance » pour la France sur les plans économiques, géopolitiques et culturels. Une occasion unique en son genre d’éviter « le repli sur soi ».

L’Histoire se répète donc ! Quoi de plus normal lorsqu’on sait que la nature humaine n’a pas changé et que le citoyen n’a toujours pas appris à se défendre contre la manipulation, l’influence et la propagande. Lisez le livre de Raoul Girardet pour accéder à la véritable pensée française, une pensée d’élite, sophistiquée et accessible au grand public. Girardet a eu la vie que j’aurais aimé avoir, se consacrant à ce qu’il y a de plus beau dans les sciences sociales à mon avis : cartographier les émotions et écrire l’histoire de la sensibilité. En effet, ce sont les sentiments qui mènent le monde, les idées n’étant que des cagoules que nous posons à la va-vite sur nos passions et nos aspirations par excès de pudeur.

[Vos années Causeur] « Causeur », mon docteur

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A l’occasion de notre centième numéro, Serge vous parle de ses années Causeur…


Pour ce qui me concerne, il ne s’agit pas spécifiquement de tel ou tel article qui aurait été un médicament ou un révélateur même si beaucoup l’ont été à leur manière, il s’agit d’un ensemble, d’un état d’esprit, et surtout d’une ligne éditoriale qui, si elle est ouverte aux opinions les plus diverses, met en priorité la sincérité avant la séduction ! Et quand je parle de séduction, si elle n’est pas recherchée pour les lecteurs, plus important encore, elle n’est pas recherchée pour plaire à la doxa !

Pendant de très longues années ante-Causeur, j’avais l’impression d’une berlue chronique. Peu voyaient ce que je voyais et leur nombre était si infime qu’ils étaient forcément atteints de la même pathologie que moi. Le malade en chef pendant des lustres fut Finkielkraut. Je m’accrochai à lui comme à un radeau pour ne pas succomber aux antidépresseurs. Du reste, les grands détenteurs de la bonne santé mentale ne tardèrent pas à le clouer au pilori. Même pour une majorité de son « camp », il était passé dans la « force obscure ». Pire ! Ceux comme lui étaient devenus des salauds.

A lire ensuite, Alain Finkielkraut: Du rire doit naître une réflexion profonde

Je naviguais donc avec une canne de la pensée. Je l’entendais se heurter sans arrêt aux murs de la bonne conscience. Et puis un jour par hasard, je tombai sur une page du net, sans doute en braille de navigateur, et je fus surpris, mieux, je fus soigné. Je vis que je voyais. Je pris comme pseudo « L’Ours » car je m’étais peu à peu enfermé et Causeur me fit sortir de ma caverne !

C’est fou comme on se sent mieux quand on vous montre que ce que vous voyez existe, même si le spectacle est laid et détestable ! Le constat est le seul début du remède. Voilà pourquoi, de Leroy à Bennasar en passant par la patronne Elisabeth et tous les autres je reste fidèle à Causeur, mon docteur.

Qui obtiendra le vote de la France “d’en bas”?

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Énergie, salaires ou retraites… À l’approche du second tour, Marine Le Pen et Emmanuel Macron ont des arguments très différents pour convaincre les citoyens de gauche et les abstentionnistes.


Intéressante lecture que celle du livre de la journaliste Anne Nivat La France de face, en cette période de l’entre-deux tours du scrutin présidentiel. Pour les besoins d’un précédent ouvrage intitulé Un continent derrière Poutine ?, paru à la veille de la réélection de Vladimir Poutine, en mars 2018, l’auteure était partie à la rencontre d’électeurs russes de toutes catégories sociales. Une constante transparaissait de cette galerie des portraits : celui du manque chronique d’argent, de moyens et de perspectives. Au fin fond de la province russe, retraités, enseignants, employés ou petits entrepreneurs étaient désabusés et impécunieux, mais globalement résignés à leur sort. Loin de la vie trépidante des couches aisées et des élites au pouvoir à Moscou et à Saint-Pétersbourg – deux métropoles-vitrines de la Russie, qui concentrent toutes les richesses – en province, le petit peuple vivotait, survivait et tentait au jour le jour de se débrouiller par des expédients. Les Français vont-ils privilégier « la verticale du pouvoir » à l’instar des Russes lors de la réélection de Poutine en 2018 ?

Marine Le Pen obtient 41% des voix à Denain

Les aspirations profondes du peuple russe, ses angoisses et ses fragiles espoirs l’avaient conduit à adhérer à la « verticale du pouvoir ». Cette expression utilisée pour la première fois par Poutine dans son premier discours sur l’état de la nation russe en juillet 2000, désignait avant tout la consolidation du pouvoir entre les mains du Kremlin en dépit des nombreuses divergences existantes au sein de cette société post-soviétique. Les citoyens de la Fédération de Russie avaient fini par plébisciter le maintien au pouvoir de Poutine. « L’élection présidentielle de 2018 est un non-événement pour la plupart des Russes rencontrés » commentait alors Anne Nivat. « Ce qui leur importe le plus : vivre en paix. Les changements incessants des quatre dernières décennies ont marqué ce peuple qui rêve avant tout de stabilité et ils l’ont cette stabilité, depuis le début du nouveau siècle, sous Poutine. Des Russes qui savent que leur Président n’est pas irréprochable mais qui n’étaient pas prêts cette fois-ci à plonger dans l’inconnu»

A lire aussi: Causeur n°100: Et si ce n’était pas lui?

Pour écrire La France de face, la journaliste a tenté la même démarche sociologique en s’immergeant dans la France profonde, en se tenant résolument à bonne distance des feux de la rampe parisiens. À commencer par Denain dans le Nord, l’une des villes les plus pauvres de France. Au premier tour du scrutin, le 10 avril, Marine Le Pen y a recueilli plus de 41% des voix, contre seulement 14% pour Emmanuel Macron. Le 11 avril, ce dernier a décidé de s’y rendre en personne pour tenter d’y défendre son bilan et son projet. Interpellé par des gilets jaunes et par des citoyens témoins directs du déclassement vertigineux des Français, de l’inflation galopante, de l’insécurité, de l’implantation implacable de l’islamisme et des perspectives moroses offertes à une jeunesse française désenchantée, le président sortant a conclu sa visite-éclair par une formule-choc, qui en surprit plus d’un : « Je suis comme vous, je ne suis pas Mimie Mathy », qui rappelle sa réponse sur l’absence d’ « argent magique » lors d’un autre bain de foule bien avant les élections. À ces oubliés de la mondialisation – que l’on avait cru un temps heureuse – Emmanuel Macron propose désormais des chèques alimentaires « pour acheter bio ou local ». Dans le domaine de l’énergie, Emmanuel Macron est favorable aux sanctions contre la Russie. Pour faire face aux hausses de prix, le bouclier tarifaire sur le prix du gaz sera maintenu jusqu’à la fin de l’année. Le président consent jusqu’au 31 juillet, un rabais de 18 centimes par litre d’essence pour les particuliers (si tant est que les Français puissent encore se permettre de posséder un véhicule car, pour certains, entre manger ou rouler, il faut désormais choisir). Pour les professionnels tels que les pêcheurs, il a consenti une aide de 35 centimes par litre de gazole. À noter cependant que le Parlement européen a voté le 7 avril dernier, en faveur d’un embargo total et immédiat sur le pétrole, le gaz, le charbon et le combustible nucléaire russes. Par ailleurs, selon le New York Times, l’Union européenne s’apprêterait à décréter un embargo sur le pétrole russe après le second tour des élections présidentielles françaises, de manière à ne pas entraver la réélection d’Emmanuel Macron.

Incertitudes sur l’âge de la retraite et jeunesse oubliée

Ont été également annoncées la suppression de la redevance sur l’audiovisuel et la rénovation de 700 000 logements par an. En revanche, le pouvoir en place s’entête de manière incompréhensible à ne pas réintégrer les 15 000 soignants suspendus en raison de leur refus de l’obligation vaccinale pour leur profession, et ce, en dépit de la pénurie alarmante de personnels médicaux. L’âge de la retraite sera porté à 64 ou 65 ans, ce qui selon le président, devrait financer le minimum retraite à 1100 €. La réduction de l’indemnisation du chômage continue de poser problème et le RSA (575 € par mois pour une personne seule), conditionné à un minimum d’activité de quinze à vingt heures par semaine, est certainement rédhibitoire pour un électorat en grande difficulté. La baisse des allocations logement a laissé un goût d’amertume. Nulle annonce, par ailleurs, sur la demi-part fiscale dont pouvaient encore bénéficier les veuves et les veufs de France il y a quelques années, avant que celle-ci ne soit supprimée par François Hollande. 

A lire ensuite: Macron favori, mais pour quoi faire?

Concernant la misère estudiantine, l’impossibilité, pendant la crise sanitaire, pour les étudiants en grande précarité dont le passe vaccinal n’était pas à jour, de bénéficier de l’aide alimentaire distribuée par des bénévoles, a marqué les esprits. Le fait que les chambres de certaines cités universitaires du CROUS soient infestées de punaises et que l’hygiène y laisse à désirer, ne manque pas d’entacher les promesses électorales faites à la jeunesse. Dans un tel contexte, certains étudiants français s’interrogent, en outre, sur la pertinence du projet d’Emmanuel Macron annoncé en 2018, qui consiste à augmenter le nombre d’étudiants étrangers à 500 000 personnes d’ici 2027. Ces derniers bénéficient des aides de l’État et les frais de scolarité qui leur sont appliqués sont loin de ceux pratiqués dans tous les autres pays de la planète. Depuis 2018, ce chiffre a augmenté de 40 000 personnes. Actuellement, sur 1,65 millions d’inscrits dans les universités françaises, 367 000 sont des étudiants étrangers. Parmi eux, se trouvent 47 500 étudiants chinois, alors que la Chine n’accueille en contrepartie que 10 000 étudiants français…

Le programme économique surprenant de Marine Le Pen

En matière économique et sociale, Marine Le Pen est opposée aux sanctions contre la Russie dans le domaine de l’énergie. Elle propose, pour sa part, une baisse de la TVA sur les produits énergétiques de 20 % à 5,5 %. Une TVA à 0% pour tous les consommateurs sur les produits de première nécessité augmenterait le pouvoir d’achat sans distinction. Elle souhaite réintégrer les soignants suspendus qui se sont retrouvés aux abois. Avec elle, il y aurait un statu quo sur les retraites avec un système progressif de départ à la retraite en fonction de la date d’entrée dans la vie active et du nombre d’annuités cotisées. Le minimum retraite serait porté à 1 000 euros. Elle a promis de construire chaque année 100 000 logements sociaux et 100 000 logements étudiants pendant son quinquennat. Les moins de 30 ans seraient exonérés d’impôt sur le revenu et les cotisations patronales également pour toute revalorisation salariale de 10 % (pour les salaires jusqu’à trois fois le Smic). La redevance audiovisuelle serait supprimée. Dans une optique nataliste, les familles bénéficieraient d’une part fiscale pleine dès le deuxième enfant. La création d’un impôt sur la fortune financière viserait à réduire les inégalités. Elle n’a pas abandonné le concept de préférence nationale, qui épouvante la gauche depuis plusieurs années et espère financer son programme social par des restrictions visant les allocations sociales perçues par les étrangers. Pour réduire le gouffre qui s’est creusé entre les élites et le peuple, elle défend l’idée du référendum d’initiative citoyenne (RIC), une revendication émanant des gilets jaunes. Car, comme l’a observé Anne Nivat, lors de ce qu’elle appelle son « road-movie » sociologique à travers la France, loin de Paris et au fond de la province oubliée, les gens paraissent de plus en plus liés par un sentiment commun : la défiance. Elle en a conclu que « plus que le traditionnel vote de classe ou le clivage gauche-droite, le niveau de confiance est l‘élément qui éclaire avec le plus de justesse ce que sera le face-à-face du second tour de l’élection présidentielle de 2022 »

A lire aussi: Partis, c’est fini

Dans ces conditions, si l’électorat âgé issu des classes privilégiées s’estime rassuré par le positionnement économique et social du président sortant soutenu par deux anciens présidents de la République (Nicolas Sarkozy et François Hollande), par la droite européiste et par la gauche bobo et écologiste, rien n’est moins sûr en ce qui concerne « l’autre France » farouche et imprévisible. Cette dernière n’a jamais tiré les marrons du feu de la mondialisation et elle est en train de s’enfoncer inexorablement dans un marasme à la fois social et psychologique. Poussée dans ses derniers retranchements, cette « France d’en bas », selon l’expression de l’ex-Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, semble, à l’évidence, de moins en moins susceptible de souscrire à toute idée de « verticale du pouvoir »  à la française, laissant ainsi la porte ouverte à toutes les éventualités, lors de ce 2ème tour fatidique, le 24 avril prochain… et d’autres surprises électorales dans les mois qui vont suivre, à commencer par les législatives. 

En effet, sans majorité pour LREM à l’Assemblée, il serait difficile pour Emmanuel Macron, s’il est réélu, de mener la politique qu’il souhaite comme ce fut le cas lors de ce quinquennat.

La France de face

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[Nos années Causeur] Sur ma tablette d’écolière, j’écris ton nom, « Causeur »!

Nos années Causeur par Marie-Hélène Verdier


Pendant longtemps, j’achetai en kiosque Causeur pour entendre la blague rituelle de mon marchand, le temps qu’il farfouille derrière des magazines. Causette, vous avez dit ? Non, Causeur ! Un jour, j’envoyai un article au seul journal en ligne éveillé qui avait le souci de la langue française, dans la guerre qu’on lui menait. Alors commença ma Vita Nuova. C’est à Causeur que je dois mon coming-out — j’étais de droite ultra— et ma plume de polémiste. C’est grave, docteur ? L’âge, répondit-il. Le mal ne fit qu’empirer : je m’abonnai. Formule intégrale.

Je préfère le dire tout de suite. Causeur ne me fait pas des amis. Mais pas de confidences. Causeur, c’est le professionnalisme d’un magazine « intellectuel de droite », stimulant, drôle, pas mondain comme… j’allais dire un nom ! C’est l’humour et l’ironie qui évitent l’écueil de l’insignifiance et de la dérision. Ce sont ses plumes. C’est un esprit français, vif, provocateur, mûr, qui rend le lecteur, forcément, plus intelligent.

A ne pas manquer, notre numéro 100: Causeur n°100: Et si ce n’était pas lui?

Sans parler des unes souvent formidables, petits bijoux de réflexion à eux seuls, le lecteur trouve en tête des rubriques attendues du magazine, la surprise stimulante des titres. Les articles écrits par des gens costauds donnent aussi la parole à ceux qui ne sont pas d’accord. Quant aux interviews avec Jean-Michel, Marlène, Z., Jean-François, Marcel, Alain, Eugénie, et les autres, ils valent désormais au magazine sa respectabilité. Le tout dans une mise en page soignée —que l’on aime humer et toucher — moins sophistiquée que… j’allais encore écrire un nom ! Avec de très belles photos de paysages et de visages.

Causeur, c’est aussi, pour celle qui brette sans arrêt, le repos de la guerrière, dans son journal en ligne. Moi qui n’aime rien tant que les Provinciales de Pascal, je ne me sens jamais censurée. Alors, liberté et qualité d’expression, que demander de plus à un magazine ? La fraternité ? Elle y est ! Si donc j’avais à résumer, j’écrirais en lettres d’or : « Sur ma tablette écolière, j’écris ton nom Causeur ! » (J’allais écrire… Causette !) Et surtout : Abonnez-vous !

Des messies pour des lanternes

Un président de la République légitime, c’est un président élu, non ? En Russie peut-être mais pas en France ! Faut-il recruter Braudel, Baudrillard et Mitterrand pour comprendre ?…


Est légitime ce qui est juste, fondé en droit, en équité. Une femme légitime, c’est une épouse. Un enfant légitime, c’est le vôtre. Un président légitime, c’est un président élu. D’accord ?… Non, pas chez nous.

Pour le parti légitimiste, favorable au retour des Bourbons, Louis-Philippe n’était pas le souverain légitime bien qu’il ait été élu roi des Français, en 1830. Sous De Gaulle, élu en 1958, réélu en 1965, son principal opposant, François Mitterrand, publia un ouvrage intitulé Le Coup d’État permanent – un brûlot. On sait déjà que pour beaucoup, le 24 avril, le président Macron sera d’autant moins légitime qu’il est majoritaire.

A lire aussi : Emmanuel Macron: pas de débat, pas de mandat?

Pas de débat, pas de mandat ! Macron, voleur ! Macron dégage ! Élections, piège à cons ! À bas la Ve République ! On connaît l’antienne. Depuis la Révolution, les Français s’efforcent de combler un abîme – le vide symbolique ouvert par la mort d’un roi ? On a beau être républicain, on est devenu minoritaire – un comble ! On n’y peut que dalle – celle d’un tombeau peut-être.

Car la France est ce pays où tout conflit s’éternise avant de requérir les institutions les plus hautes à la fois pour les contester et réclamer leur arbitrage. En gros, on accepte du chef élu qu’il règne – « un chef, c’est fait pour cheffer » (Jacques Chirac) – mais on ne lui permet pas de gouverner. Notre idée du pouvoir : absolu – mais faible ! Ce qu’on a retenu de Voltaire et Jean-Jacques : ils étaient contre – ce qui nous donne le droit permanent de proférer des insanités dans la rue.

Ce qui nous a quittés ? L’idée même d’un bien commun qui, au-delà de leurs intérêts particuliers, fédère tous les citoyens. Ce qui en reste ? Le parfum rance. La radicalité« un privilège de fin de carrière », disait Baudrillard. Et la rage – celle des candidats qui ne seront pas choisis. Mélenchon, Zemmour, Le Pen… on les entend déjà protester et solder leurs ambitions déçues : « On a perdu ? Chérie, ma pipe et mon gilet jaune ! » Variante : « Retenez-moi ou je fais un malheur ! »

A lire aussi : Chez Zemmour, hier soir: “cela ne va pas assez mal pour que ça aille mieux”

On a le droit d’être déçu – c’est même essentiellement ça, la démocratie. Une démocratie peut être libérale (ou pas), autoritaire, participative, délibérative, etc. On en doit la définition la plus belle (et la plus obscure) à Abraham Lincoln : « Gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple. » Et après ?… « Comment gouverner ? » Pas simple. « Qui est le peuple ? » Pas clair. Car dèmos (le peuple) et cratos (le pouvoir) alias Mytho et Mégalo forment un étrange attelage.

Quand on parle de la France au risque de sombrer dans la déploration et dans le ridicule – mais après tout, le ridicule est une forme de courage –, on oscille avec emphase entre deux postures, deux discours : l’un amoureux, l’autre acerbe. Plus que jamais, on est tiraillé. On voudrait servir mais on refuse d’obéir. On voudrait hurler mais avec le temps, on devient ici plus raide, et là plus mou – la France est un si vieux pays ! Le jeu moisit. On se lasse de l’esclandre. Les bravades perdent de leur attrait. On est fatigué des mensonges, des promesses, des fake news – on s’indigne puis on s’endort devant la télé.

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La fin de l’Histoire, ha ! ha !… tandis que la guerre en Ukraine nous arrache à nos vertueuses somnolences en contrariant le business plan programmé de l’Europe, on feint de découvrir que la patrie n’existe qu’à travers le combat et les sacrifices qu’elle exige. Français, encore un effort !… Il va falloir choisir entre la famine ou Gazprom, les moulins à vent ou le nucléaire, « Erasmus » ou la Grande Muraille ! « Ah les cons ! », comme disait Daladier de retour de Munich en 1938.

Et la France dans tout ça ?

« La France, je la vis. J’ai une conscience instinctive, profonde de la France… J’ai la passion de sa géographie », se vantait François Mitterrand dans L’Abeille et l’Architecte (1978). On n’exige plus de notre président qu’il soit un peu druide et qu’il parle aux arbres. Pour fêter sa réélection, Macron songe-t-il à se recueillir sur le mont Beuvray avec ses ministres et à célébrer l’union sacrée des tribus gauloises en souvenir de Vercingétorix ? Ça m’étonnerait.

« Je le dis une fois pour toutes : j’aime la France avec la même passion, exigeante et compliquée, que Jules Michelet », avouait Braudel à l’orée de son livre-testament L’Identité de la France (1986), mais il s’efforçait subtilement, en historien, d’en parler « comme d’un autre pays ».

A lire aussi : Campagne présidentielle 2022: l’interminable lever de rideau

Regarder la France comme si on n’en était pas, sans s’émouvoir, sans se morfondre, est-ce possible ? Il faudrait pour cela, à rebours des dévotions qu’on nous inflige, convoquer une subjectivité de haut rang. Ce qui nous manque, c’est un vieux chameau transcendantal qui nous sonnerait les cloches. Un Péguy. Un Bernanos. Un Philippe Muray pestant contre les mutins de Panurge que nous sommes et endossant sa robe de Grand Inquisiteur devant nos absurdes doléances.

Comment rompre avec ces simagrées ? Que faire quand l’exercice de l’intelligence – est-ce le bon mot ? – se traduit par une montée aux extrêmes, quand le rêve d’égalité devient une fureur de repentance, quand l’idéal de justice devient un système de persécution, quand le ressentiment des minorités adopte le langage de la libération, quand la haine devient virale, et le mensonge plus convaincant que la vérité ? Se battre mais contre qui ? contre quoi ?

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Pendant ce temps-là, dans leur petit coin d’Europe, chut ! les Français votent. Pas tous, pas assez, je sais, on ne vote plus en France comme jadis on allait à la messe le dimanche ! Avez-vous regardé les clips de la « campagne officielle » ? Tous les candidats se targuent de nous rendre plus heureux – de quoi je me mêle ! Tous providentiels, tous prêts à se damner pour sauver la France. Des messies pour des lanternes !

Poutine avec sa face de carême est infiniment plus crédible quand il promet : adieu Grozny ! bonjour Marioupol ! lui il ne rase pas gratis.

« C’est prodigieux tout ce que ne peuvent pas ceux qui peuvent tout », ironisait Talleyrand. Une alliance bancale entre le possible et le réel, c’est ça, la politique. Vous avez mieux ? Non, il faut faire avec.

« … A voté ! »

Punaises de lit: une guerre, une vraie

Les punaises de lit sont des espèces d’insectes hétéroptères de la famille des Cimicidae. L’espèce la plus répandue n’est autre que la Cimex lectularius. Elles viennent jusque dans vos draps pour mordre vos fils et vos compagnes…


Le gouvernement part en guerre. Le 10 mars, le ministère de la Transition écologique a dévoilé sur son site internet son « plan d’action interministériel de lutte contre les punaises de lit ». Un accord a été signé avec le Syndicat des experts en détection canine des punaises de lit (SEDCPL). Tandis que médecins, infirmières et pharmaciens seront réquisitionnés pour « diagnostiquer la présence de punaises de lit à domicile », nos enseignants auront à cœur de « relayer la campagne d’information grand public » durant leurs heures de classe et sur l’application de gestion de la vie scolaire, Pronote.

Hébergement, hôtellerie, transport, santé, mais aussi salles de spectacle ou cinéma, tous debout face à l’assaillant ! Chacun de ces secteurs est appelé à « élaborer des outils spécifiques de sensibilisation et d’information sur les moyens de détection et de lutte » contre les punaises de lit. Bientôt renforcées, les formations des professionnels de cette lutte vont être listées sur le site stop-punaises.gouv.fr. Les caisses d’allocations familiales seront sollicitées pour alléger les coûts de désinfection des ménages les plus modestes, et les baux de location vont devoir intégrer la responsabilité des bailleurs en cas d’offensive de punaises de lit.

La petite bête va être « installée dans le droit sanitaire et celui du logement au titre de la décence et de l’indignité ». Enfin, la « recherche sur la détection » de la punaise va être développée. Dès la fin de l’année, un « état des connaissances sur la punaise de lit » va être publié. Afin de coordonner cette grande union nationale, un « comité directeur de la lutte contre les punaises de lit » va bientôt voir le jour.

D’ici là, ouvrez l’œil, patrouillez et surveillez vos matelas. À l’heure actuelle, le chef de l’État parle sur un ton martial, mais la seule mobilisation générale en cours est celle qui vise les punaises.

“En même temps”: une vaste duperie mentale

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Emmanuel Macron à Marseille, 16 avril 2022 © Jacques Witt/SIPA

Contraint de chasser les voix d’extrême gauche en conservant en même temps les voix de la droite, le président se complait sans complexe dans son “en même temps”. Technique hypnotique qui n’est pas sans rappeler la doublepensée de Big Brother… Explications.


Notre président-philosophe aime à citer les grands auteurs :

Le “quoi qu’il en coûte”, du discours “We shall fight on the beaches” de Churchill. Le 4 mai 1940 en pleine campagne de France, le Premier ministre britannique déclarait à Westminster: « Nous irons jusqu’au bout, nous nous battrons en France, nous nous battrons sur les mers et les océans, nous nous battrons avec toujours plus de confiance ainsi qu’une force grandissante dans les airs, nous défendrons notre Île, quoi qu’il en coûte ».

Comment oublier sa reprise du “qu’ils viennent me chercher !”, lancé en 1814 par Napoléon[1] sur l’île d’Elbe quand on vint lui dire que les Français le regrettaient, et que l’empereur déchu répondit : « S’ils m’aiment tant, qu’ils viennent me chercher » ?

Même son “maître des horloges” est piqué à Bernard Attali, frère jumeau de son mentor, qui écrivait « Le rôle de l’homme politique, maître des horloges, c’est d’éclairer l’horizon, de distinguer l’important de l’urgent, de rappeler les valeurs, de montrer le cap, et de tenir bon »[2].

En revanche, on est en mal de trouver à qui Emmanuel Macron à emprunté son “nous sommes en guerre”. Cette phrase n’a été prononcée ni par De Gaulle ni par Churchill qui avaient, eux, pourtant, beaucoup plus de légitimité à l’employer que le président français en temps de paix. C’est bel et bien dans… 1984, qu’on trouve cette phrase : “Ce que je veux dire, c’est que nous sommes en guerre”.  Il est troublant de noter que le mot “guerre” est présent 139 fois dans le roman d’Orwell. Or il désigne une guerre en Eurasia dont on n’est pas plus sûr qu’elle ait eu plus lieu qu’en France en 2020. La fausse guerre de Macron pour désigner la pandémie s’apparente bel et bien à celle du roman d’Orwell dans lequel « peu importe que la guerre soit réellement déclarée (…). Tout ce qui est nécessaire, c’est que l’état de guerre existe ».

La doublepensée et le “en même temps” d’Emmanuel Macron

Naturellement, d’autres livres et d’autres personnalités se sont déclarés “en guerre”. Mais peu l’ont dit en sachant que c’était faux. Une fois le nez dans le roman d’Orwell, édité l’an dernier dans la Pléiade, on peut aussi y trouver le “en même temps” qui rappelle bel et bien le président français.

En effet, peut-on encore croire à une coïncidence, en découvrant sa parenté avec la doublepensée de Big Brother ? La doublepensée est définie ainsi : “Retenir simultanément deux opinions qui s’annulent alors qu’on les sait contradictoires et croire à toutes deux. Employer la logique contre la logique. Répudier la morale alors qu’on se réclame d’elle…” Cela ne vous rappelle-t-il vraiment personne ? Même dans ces phrases ou l’esbroufe semble prendre le pas sur la complexité ? Citons Emmanuel Macron dans ces phrases dont il a le secret :

  • “Après avoir été en même temps en danger et protégés, les Français doivent regarder en même temps vers le passé et vers l’avenir”;
  • “Le féminisme est un humanisme et (…) défendre la dignité des femmes, les droits des femmes, c’est en même temps défendre la dignité et les droits des hommes”;
  • “Depuis longtemps, je sais qu’ici, on est fier d’être Breton, on est fier d’être Français, en même temps on est aussi fier d’être Européen”. (Quimper 21/06/2018)

A lire aussi, Ingrid Riocreux: Révisons les figures de style avec Emmanuel Macron

Beaucoup a été dit sur le discours de Macron qu’on a pu qualifier d’attrape tout. On peut aussi, comme l’écrivait le psychanalyste Roland Gori dans Libération, avancer que cet en même temps est une pensée de la « complexité » qui dépasse les anciens clivages. Stratégie qui portait la promesse de réconcilier les Français.

Revenons à notre Mozart. L’efficacité du “en même temps” en tant que “ramasse-tout” idéologique permet de dire tout et, en même temps son contraire, pour rallier les Français et les Françaises du pour et… ceux du contre. Sans se risquer à fâcher les autres.

On note ainsi dans ses saillies une fausse complexité axée sur l’oxymore. Dans 1984, la doublepensée use justement de ces astuces. Big Brother proclame ainsi que “la guerre c’est la paix”, “la liberté est esclavage” ou que “l’ignorance est puissance”. Cette “doublepensée” n’est-elle pas reprise à merveille par Emmanuel Macron dans son “Soyons fiers d’être des amateurs” lors de la campagne de 2017 jusqu’à “l’Europe souveraine” de la présidence française du conseil européen de 2022 ?

Le chef d’œuvre d’Orwell, est de fait truffé d’”en même temps”, synthèse de cette doublepensée :

  • “Croire en même temps que la démocratie est impossible et que le Parti est gardien de la démocratie.”
  • “Le Parti prétendait, naturellement, avoir délivré les prolétaires de l’esclavage. (…) Mais en même temps que ces déclarations, en vertu des principes de la double-pensée, le Parti enseignait que les prolétaires étaient des inférieurs naturels, qui devaient être tenus en état de dépendance, comme les animaux.”
  • “Le Times du 19 décembre avait publié les prévisions officielles (…) au cours du quatrième trimestre 1983 qui était en même temps le sixième trimestre du neuvième plan triennal”
  • “Comme d’habitude, les groupes directeurs des trois puissances sont, et en même temps ne sont pas au courant de ce qu’ils font”

Bref, comme le résume Orwell “les plus subtils praticiens de la doublepensée sont ceux qui l’inventèrent et qui savent qu’elle est un vaste système de duperie mentale.”

Effet de sidération

La dystopie d’Orwell indique que la doublepensée est un acte d’hypnose. “Pour se servir même du mot doublepensée, peut-on lire dans 1984, il est nécessaire d’user de la dualité de la pensée, car employer le mot, c’est admettre que l’on modifie la réalité. (…) C’est par le moyen de la doublepensée que le Parti a pu et (…) pourra, pendant des milliers d’années, arrêter le cours de l’Histoire. (…) L’œuvre du Parti est d’avoir produit un système mental dans lequel les deux états peuvent coexister”.

A lire ensuite, Marion Maréchal: «Macron, c’est la négation de la politique»

Or, si Orwell explique qu’il s’agit de “persuader consciemment l’inconscient, puis devenir ensuite inconscient de l’acte d’hypnose que l’on vient de perpétrer”, on peut émettre l’hypothèse que le “en même temps” fonctionne par la sidération créée par sa complexité factice. Esbroufe augmentée encore par le “celles-et-ceux” qui vient renforcer la confusion du “en même temps”, et permet de saturer l’attention par ses contradictions. L’”en même temps” sature le cerveau et empêche toute réplique par effet de sidération.

Les médecins savent, en effet, que le cerveau peut être rapidement saturé. Ainsi, la neurologie a démontré qu’il était aisé d’encombrer l’esprit d’une tâche très gourmande en capacité de calculs. Ces “mental tricks” sont d’ailleurs repris par les mentalistes dans leurs tours de suggestions. Ainsi, par exemple, le Britannique Derren Brown, dans une célèbre vidéo réussit à payer une bague de 4500$ avec une petite liasse de… papiers blancs ! Le secret : au moment de payer, le mentaliste noie le bijoutier sous une avalanche de questions sur la station de métro la plus proche et son accès. Or ces questions d’orientation, ainsi que le langage, sont des tâches gourmandes en bande passante qui monopolisent le cerveau qui, de fait, néglige les tâches plus simples et routinières. Et ce bijoutier compte les morceaux de papier et les encaisse sans sourciller.  Bref, il s’agit d’obtenir par saturation, sinon le consentement, une adhésion par négligence ou par forfait. Il est essentiel aujourd’hui de se méfier de ces faux-monnayeurs de la pensée politique.

1984

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[1] Jacques Bainville, “Napoléon” – 1936

[2] Bernard Attali, Si nous voulions – 2014

Soignants suspendus, un scandale d’État?

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Emmanuel Macron et Olivier Véran visitent l’hôpital de La Timone à Marseille, 2 septembre 2021 © Sarah Meyssonnier / Pool / AFP

Des milliers de soignants et de pompiers qui refusent le vaccin contre le Covid ont perdu, avec leur capacité d’exercer leur métier, leurs revenus et tous leurs droits. Or, cette règle qui paraissait légitime quand on espérait que le vaccin empêchait la contamination est d’autant plus absurde que les soignants vaccinés et malades peuvent travailler.


Ce sont des milliers de drames à bas bruit. Des vies en miettes qui n’intéressent guère les médias. Ils étaient infirmiers, aides-soignants, psychologues, sages-femmes, médecins, pompiers, agents administratifs. On cite même le cas d’un employé qui lavait des voitures dans l’hôpital d’une petite ville du centre de la France. Fonctionnaires ou salariés de droit privé, la plupart avaient choisi leur métier par vocation, parce qu’ils aiment, disent-ils, s’occuper des autres. Pendant la première vague de l’épidémie, beaucoup sont allés travailler la peur au ventre.

Il est vrai qu’ils ne fuient pas sous les bombes. Et puis, beaucoup de gens se disent qu’ils sont responsables de leur malheur. S’ils ont perdu leur logement, divorcé, s’ils sont frappés d’interdiction bancaire et se nourrissent grâce aux Restos du cœur, ce n’est pas à cause de Poutine mais parce qu’ils refusaient de se faire vacciner.

Des syndicats aux abonnés absents

Le 15 septembre 2021, jour de l’entrée en vigueur de l’obligation vaccinale pour les soignants, inscrite dans la loi du 5 août, leur existence a viré au cauchemar. À entendre leurs récits, on a l’impression qu’il ne s’agissait pas simplement de les emmerder, comme l’a aimablement dit Emmanuel Macron, mais de les humilier, voire de les briser. Ils racontent le harcèlement de leurs supérieurs, le chantage, parfois les insultes et pour finir, des entrevues glaçantes au terme desquelles ils ont été jetés sans un mot de reconnaissance pour le travail accompli. En prime, ils n’ont pas reçu le moindre témoignage de solidarité de leurs collègues et encore moins des syndicats, aux abonnés absents sur ce dossier. « Pestiférés », c’est le mot qui revient le plus souvent dans leur bouche.

A lire aussi : Faut-il rendre obligatoire la vaccination des soignants?

Leur triste sort a ému Maud Marian, qui fait partie d’un collectif de plusieurs dizaines d’avocats officiant dans toute la France. Difficile de savoir combien de personnes ont été suspendues. En septembre, Olivier Véran parlait de 3 000 à 5 000. Dans une tribune réclamant leur réintégration, signée par une trentaine de parlementaires, il est question de 15 000 soignants et de 6 000 pompiers.

L’avocate nous reçoit dans son bureau du centre de Paris, qui évoque plutôt une administration que le luxe feutré qui règne chez certains de ses confrères. Visiblement, Maître Marian fait dans le social. Les quelques soignants suspendus qu’elle a réunis ce jour-là, comme sans doute les 500 autres dont elle s’occupe – gracieusement – lui vouent une gratitude émue : elle est la seule qui semble se soucier de leur détresse, la seule à se battre pour eux. « Normalement, explique-t-elle, en droit français, quand on modifie les conditions d’accès à une profession, on propose un licenciement. Là, on a inventé la suspension qui n’existait jusque-là que dans le domaine disciplinaire. » Or, cette suspension signifie zéro droit : bien sûr, les suspendus ne touchent ni salaire ni traitements. Ce sont des « mois blancs » pour la retraite. Ils ne sont pas éligibles à l’assurance-chômage ni même au RSA, sauf exception due à la compréhension d’un agent (voir les portraits pages suivantes). Ils ont même perdu les heures supplémentaires et les congés payés qu’ils n’ont pas pris à temps – le règlement, c’est le règlement. Certains, qui ont été payés en septembre, ont été sommés de rembourser les quinze jours perçus malgré la suspension. La seule porte de sortie qui leur reste est de démissionner sans le moindre espoir de reprendre le métier qu’ils aiment – et, cela va sans dire, sans la moindre aide financière pour rebondir.

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Ceux qui étaient en arrêt-maladie ne recevaient pas leurs indemnités journalières (versées par l’employeur et non par la Sécu pour les fonctionnaires). Une décision du Conseil d’État du 2 mars 2022 vient cependant de mettre fin à cette injustice supplémentaire : vaccinés ou pas, les soignants (et pompiers) malades seront indemnisés.

La peur n’est pas un crime

En dehors de cette bonne nouvelle, Maud Marian n’a obtenu que de très rares décisions favorables, que ce soit à l’amiable ou au contentieux. Avec ses confrères, elle a mis sur pied une cellule de consultation : « Avec l’AP-HP et l’AP-HM (hôpitaux publics parisiens et marseillais), on se heurte à un mur. Les petits hôpitaux ou Ehpad de campagne où on ne peut pas se permettre de laisser partir les gens, sont plus conciliants. Certains font revenir le personnel suspendu en loucedé. Des directeurs d’hôpitaux ont demandé aux ARS la réintégration de leurs employés. Mais la politique des ARS, c’est “pas de vagues”. »

A lire aussi : Les soignants sur les Champs-Élysées le 14 juillet? Drôle d’idée!

Au contentieux, les résultats de ses démarches sont encore plus maigres. Presque toutes les procédures en référé (urgence) introduites devant les tribunaux administratifs pour demander le rétablissement des traitements, notamment pour les mères seules, ont échoué. Il est peu probable qu’elle gagne quand les recours contre les suspensions seront examinés au fond. Certaines juridictions ont même condamné les soignants à payer les frais de justice. Pour les salariés de droit privé, elle a obtenu une seule réintégration aux prud’hommes. Elle cite également le cas d’une infirmière qui avait commencé à travailler en usine et qui a été poursuivie pour cumul d’emplois. On aimerait comprendre en quoi sa nouvelle activité mettait en danger des patients puisque c’est la grande justification invoquée par le gouvernement.

Certes, on peut trouver le refus de la vaccination étrange pour des personnels de santé. On peut au moins entendre leurs raisons : ils ne sont pas antivax, ils avouent simplement avoir peur d’un produit encore en phase expérimentale. Ils ont peut-être tort, mais la peur n’est pas un crime.

A lire aussi : La journée de Gilbert, fanatique du passe vaccinal et covido-suprémaciste

Surtout, l’obligation vaccinale pouvait se comprendre quand on pensait que le vaccin protégeait contre la transmission du virus. On sait maintenant qu’il n’en est rien, ou si peu. Pourtant, le gouvernement ânonne imperturbablement le même mantra : vaccinez-vous pour protéger les autres, ce qui est purement et simplement du foutage de gueule – on me pardonnera d’employer le même langage que le président. Et pour l’heure, aucune suspension des suspensions n’est prévue. La règle ne va pas changer, le président l’a dit clairement à une infirmière en pleurs.

On en arrive donc à des situations ubuesques où des soignants vaccinés mais malades (donc contagieux) peuvent se rendre à l’hôpital, tandis qu’on interdit aux non-vaccinés de travailler, même avec un test négatif. Difficile de ne pas en conclure qu’on veut les punir pour leur rébellion. Il ne s’agit plus seulement d’absurdité administrative mais de sadisme politique.

Mickey et la transidentité

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En Floride, le gouverneur républicain de l’État interdit aux professeurs de relayer la propagande sur la théorie du genre à partir du mois de juillet. Le géant du divertissement Disney est contraint de prendre position.


Signée officiellement le 28 mars par Ron DeSantis, gouverneur républicain de Floride, la « House Bill 1557 » interdit désormais aux enseignants du primaire comme du secondaire d’évoquer l’orientation sexuelle ou l’identité de genre devant leurs élèves. 

Le texte de loi, surnommé Don’t Say Gay (« ne dites pas gay »), a provoqué une vague de protestations aux États-Unis jusque dans le Bureau ovale. Le président Joe Biden s’est dit consterné par ce vote, réaffirmant que son « administration continuerait à se battre pour la dignité de chaque élève, en Floride et dans tout le pays », rappelant que les « jeunes LGBTQI+ méritent d’être acceptés tels qu’ils sont ».

Un jour mon prince viendra…

Parmi les opposants à ce projet de loi, la voix de Charlee Corra, arrière-petit-fils de Walt Disney, fondateur des studios du même nom, se fait remarquer. Le jeune homme de 30 ans a récemment fait son coming-out transgenre. Héritier du créateur de la souris bien connue Mickey, il a vertement critiqué la « House Bill 1557 », soutenu par ses parents qui ont fait don d’un montant de 500 000 dollars à une association de défense des droits LGBTQI + en guise de protestation. C’est d’une même voix qu’ils ont déclaré « avoir le cœur brisé » depuis la signature du texte de loi. D’autant qu’en tant que professeur de biologie et des sciences de l’environnement, Charlee Corra, qui utilise le pronom « Iels » pour se définir, est le premier concerné par la « House Bill 1557 » ! 

A lire ensuite: Tu seras une femme, mon fils

« J’avais très peu de modèles ouvertement homosexuels [à l’école-ndlr] » a confessé Charlee Corra, au Los Angeles Times et, si « sa condition sociale lui a offert de nombreux privilèges, une grande partie de son adolescence et de sa vie de jeune adulte a été jalonnée par la difficulté d’assumer sa transidentité » a-t-il expliqué à nos confrères, craignant que cette loi ne fasse reculer les droits des homosexuels en Amérique du Nord.

La conversion de la Walt Disney Company

Un coming-out qui a reçu un soutien appuyé mais contraint de la Walt Disney Company, acteur économique de poids dans cet État du Sud-Est. 

Fustigée par certains fans et ses propres employés « déçus, blessés, effrayés et en colère » pour ne pas avoir dénoncé ce texte de loi, la société a dû faire amende honorable. Après s’être excusée, elle a annoncé qu’elle ferait tout pour faire annuler la « House Bill 1557 » aux côtés des associations militantes gays et lesbiennes. Bob Chapek, Directeur général de The Walt Disney Company, a même confirmé dans un email adressé au personnel que l’entreprise cessait de faire des dons aux partis politiques. Une décision qui a fait réagir le Parti Démocrate, très amer. Ce dernier a regretté de telles conséquences, générées selon lui par une loi qui « prend le parti de la haine et de la discrimination et utilise la souffrance des enfants et des familles pour marquer des points auprès de sa base électorale ». Depuis plusieurs mois, différents gouverneurs républicains ont effectivement fait voter des lois du même genre ou limitant l’accès à l’avortement, laissant entrevoir derrière cette série de décisions la main et l’influence de l’ancien président Donald Trump…

A lire aussi: Sabine Prokhoris: “Metoo est une section d’assaut”

Rien qui ne saurait ébranler le gouverneur de Floride, étoile montante de son parti et potentiel candidat à la prochaine élection présidentielle. « Je me fiche de ce que disent les grands médias ! Je me fiche de ce que dit Hollywood. Je me fiche de ce que disent les grandes sociétés. Je fais face. Je ne reculerai pas » a déclaré Ron DeSantis en brandissant le bouclier de l’ordre moral. La loi entrera en vigueur dès juillet 2022. Tout parent qui estimera qu’un enseignant contrevient à la « House Bill 1557 » pourra le dénoncer à sa direction d’établissement.

Dans une vidéo interne évoquant le projet “Reimagine tomorrow”, ayant fuité dans la presse en mars (voir plus bas), Karey Burke, en charge du contenu chez Disney, promettait que 50 % des personnages principaux des productions Disney seraient dorénavant issus de la communauté LGBT et des minorités raciales. « En tant que mère de deux enfants queer, un transgenre et un pansexuel, je me sens responsable de parler pour eux » précisait-elle alors. 

Rendez-nous de Gaulle sur les marchés de France!

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Macron pris à partie par un citoyen à Châtenois en Alsace, 12 avril 2022 Capture d'écran Twitter.

À la télévision, les images de nos dirigeants en campagne vilipendés par des badauds derrière des barrières, ont quelque chose d’avilissant.


Dans la foire d’empoigne qui secoue les derniers jours d’une campagne aphasique, j’ai senti un profond malaise m’envahir. Une vague de dégoût pour notre classe politique si prompte à nous faire la leçon, à nous cornaquer, à nous déposséder, peu à peu, de notre liberté déjà largement écornée. J’avais d’autres ambitions intimes pour mon pays. Par naïveté et nostalgie, j’ai toujours pensé que la France méritait mieux que ces échanges infertiles sur les marchés, à la volée, entre le vendeur de poulets rôtis et la maraîchère. Dans ce Clochemerle qui vire au pugilat verbal, cette chasse aux voix qui précède les moissons pascales, j’ai vu des images indécentes qui heurtent notre citoyenneté. Nous en sommes donc arrivés, là. Á un tel point de non-retour. Une République sur cales qui attend sa révision générale. Hébétés et furieux. Fragmentés et réfractaires. Tristes et, à bout de souffle. Sans vision nationale et sans élan salutaire.

De chaque côté des barrières de sécurité, recroquevillés sur nos certitudes, nous sommes incapables de nous contrôler, d’échanger dignement et de faire passer la moindre once de vérité dans notre regard. La fureur nous submerge quand la raison d’un seul isole. Nos faiblesses collectives crèvent alors l’écran. Nous sommes nus devant les caméras avides de nos déballages. Personne ne sortira vainqueur de ces duels dysfonctionnels et infantiles. Comme si le rendez-vous entre un Homme et un peuple était devenu une mission impossible. Comme si la verticalité du pouvoir, au lieu de nous élever et de nous entraîner, laissait le champ libre à nos instincts les plus honteux. Osons sortir des cours de récréation chahuteuses, il en va de notre santé mentale et démocratique.

Aujourd’hui, nous peinons à refreiner nos pulsions destructrices et nos dirigeants ne parviennent plus à se reconnecter à la Patrie. De part et d’autre, les délices de l’émotion guident nos pas. Et puis cette colère venue de très loin, forcément éruptive et foutraque, amère et incontrôlable face à ce candidat-président à la manœuvre, descendant dans l’arène pour montrer sa combativité et son ardent désir d’expliquer son bilan a quelque chose de malsain. Bannissons ces accrochages improductifs, ils n’apporteront que du désarroi et de la rancœur à la confrontation des idées. Ils laisseront des plaies inguérissables à l’avenir.

Quand les filtres de la bienséance et du respect mutuel disparaissent, le chaos est en marche. Tout le monde y perd, le président qui surplombe tentant de garder son sang-froid et l’anonyme dans la foule qui se défoule. Le spectateur devant son poste se sent sali par ces débordements médiatiques. Dans ces altercations qui font le miel des chaînes info jusqu’à l’ivresse, j’y ai vu la dégradation de la fonction, une soumission aux images, aux vieilles ficelles de la communication spectacle et une mise en scène de nos séparatismes intérieurs. Notre pays n’a pas besoin de pédagogie, de chiffrages, de scories technocratiques, de coups de menton ou d’un autoritarisme de façade dans sa relation avec son futur dirigeant, seulement d’y croire. Juste y croire, un peu. Qu’une sincérité naturelle et une puissance de conviction éclatent enfin au grand jour. La foi dans un message dépend beaucoup de la manière dont le personnel politique se comporte au quotidien. Dans le monde frelaté du virtuel et de la fausse promiscuité, le présidentiable est un VRP qui promène sa mallette programmatique au gré des modes et du vent changeant. Il n’a qu’une obsession fatale : séduire à tout prix. Le charisme ne se commande pas sur Internet. Il est inéquitablement réparti dans les ministères, les hémicycles ou les vestiaires. Pourquoi nos anciens présidents jusqu’au début des années 1980 réussissaient, malgré leurs compromissions et leurs « petites » combines, à inspirer la confiance ? Assurément, nous les craignions un peu, leur parcours cabossé était le signe des êtres à part qui ont lutté et chuté tant de fois avant d’accéder à la tête de l’État. Ils étaient secrets et distants, impressionnants et porteurs d’une mission civilisatrice qui les dépassait. Ils emportaient nos rêves et ne bataillaient pas avec l’homme de la rue.

Imaginez-vous le Général ou Pompidou s’avilir aux discussions de bistrot. Ce n’était pas par morgue, plutôt par incarnation absolue de la fonction. Ils se trouvaient juste à bonne distance. Nous n’attendions rien d’autre de leur part. Leur hauteur de vue n’était pas incompatible avec une justesse de ton. En ce temps-là, nous ne voulions pas faire « copain-copain » avec eux. Ceux qui se sont invités à dîner chez les Français l’ont payé chèrement dans les urnes. Jadis, le magistère intellectuel de nos présidents imposait une forme de retenue et d’admiration. Une certaine confiance également, du moins une autorité morale qui ne s’apprend pas sur les bancs des grandes écoles. Je me souviens que Charles Pasqua avait déclaré, un jour, que les politiques actuels, qui n’avaient pas été frappés personnellement et fort heureusement par les tragédies de l’Histoire, n’auraient plus jamais la même ampleur et la même densité. Nous devons nous satisfaire d’une génération qui ne peut s’extraire du jeu télévisuel, par peur de ne plus exister. Un peu d’allure et de hauteur ne nuisent pas à la qualité des débats. Il faut un certain courage pour refuser la démagogie du « Fight Club ».

La colonisation française, une drôle d’idée

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La rue Paul-Bert à Hanoï avec le théâtre municipal, vers 1905. Wikimedia Commons.

Il y a quelque temps, je me suis mis dans la tête qu’il me fallait écrire une contre-histoire de la colonisation française. Je fonctionne ainsi : toujours à contre-courant de la pensée dominante, d’où mon insuccès ici-bas et mes nombreuses amitiés au sein des milieux les plus divers et qui se détestent parfois les uns les autres. L’adversité est une école de la vie, elle m’a appris qu’il y a des gens valables et admirables à l’extrême-gauche comme à l’extrême-droite, et que les gens qui se détestent au nom d’une idéologie partagent souvent des points de départs communs : la quête de la justice et de la dignité.

Mon manuscrit est prêt. Il attend un éditeur. Je lui promets d’avance que cette publication suscitera l’ire de Mesdames Taubira, Obono et Diallo. Étant de confession musulmane, je suis habitué aux fatwas et elles ne me font pas peur ! 

Terrain miné

Mon livre n’est ni une ode aux pieds noirs ni un réquisitoire contre le FLN, c’est un voyage au bout de la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. C’est donc un périple en un territoire inconnu, un cheminement en terrain miné. 

Pour me documenter, j’ai navigué au milieu d’une cinquantaine d’ouvrages. Parmi les plus marquants, je cite volontiers Trente-deux ans à travers l’Islam de Léon Roches, une histoire vraie qui raconte la désertion d’un Français d’Algérie, tombé fou amoureux d’une jeune musulmane nommée Khadija (belle et mystérieuse, forcément). Cette désertion le conduira à rejoindre les rangs de l’émir Abdelkader, dont il sera un des proches conseillers. Le livre, au-delà de l’aspect lyrique de l’aventure amoureuse, décrit l’état réel de l’Algérie avant la conquête : une terre fracturée entre plusieurs tribus qui n’ont rien en commun à part la religion musulmane et l’habitude d’obéir aux Turcs.

A lire aussi, Jean Sévillia: «Depuis 40 ans, la France se couche devant le pouvoir algérien»

J’ai également été ravi par Auguste Pavie et sa Conquête des cœurs où l’on apprend que la France a évité le grand remplacement du peuple khmer. Que BHL et Léa Salamé me pardonnent le jour du Jugement Dernier ! Je jure que j’ai caché le livre d’Auguste Pavie au fond du tiroir où je garde ma collection de revues érotiques brésiliennes (il fut un temps où je m’intéressais au tropicalisme dans la photo érotique, mais là c’est une autre histoire… d’appropriation culturelle). Juste pour terminer mon propos : les Khmers se sont littéralement donnés aux Français autour des années 1860-1870, car ils étaient sur le point de se faire engloutir par les Vietnamiens (à l’est) et par les Thais (à l’ouest). La colonisation française a donc été une libération au Cambodge et au Laos.

Mais, une question n’a cessé de me tarauder. Pourquoi est-ce que les Français ont colonisé ? La question est valide car il n’y avait aucune richesse vraiment exceptionnelle dans les pays qu’ils ont conquis. L’Afrique du Nord, à commencer par l’Algérie, est une terre sèche et stérile. L’Indochine n’a rien à offrir à part un peu de charbon (en abondance à Roubaix et à Tourcoing) et son hévéa (une commodity banale sur le marché international). Et les colonies françaises en Afrique ont eu le « mauvais goût » de ne pas offrir de diamants et d’or, contrairement aux dominions britanniques en Afrique du Sud, au Botswana et en Rhodésie.

Les réponses de l’historien Raoul Girardet

Une chose est de s’amuser en plantant son drapeau sur la kasbah d’Alger ou à Tombouctou, une autre est de conquérir systématiquement douze millions de km2 avec l’assurance de n’y trouver aucune ressource de choix à part des moustiques et des coups de sagaies.

C’est dans le livre de Raoul Girardet (1917-2013) que j’ai trouvé la réponse. Intitulé L’idée coloniale, 1871-1962, ce livre retrace la genèse d’une idée folle dont nous ne cessons de payer les conséquences, à commencer par l’invasion migratoire et la honte ressentie par nos enfants sur les bancs de l’école à chaque fois que le mot France est prononcé. Raoul Girardet restitue la naissance de l’idée coloniale dans les esprits des Français et ce qu’il raconte est fascinant. Par souci de synthèse, je n’en restituerai que quelques traits saillants : (1) Tout s’est joué après la défaite de Sedan en 1870 où la France a été amputée de l’Alsace et de la Lorraine, (2) la gauche républicaine a proposé alors d’effacer l’humiliation en se lançant à la conquête de « l’Afrique ténébreuse » et de « l’Asie silencieuse ». Au passage, il s’agissait de détourner l’armée de toute tentative de revanche contre les Allemands et de donner un surcroît de légitimé à un régime né dans la douleur et la peine : la Troisième République. (3) L’opinion publique n’a pas marché dans le coup, les Français se désintéressant totalement des colonies jusqu’au lendemain de la Première Guerre Mondiale. En réalité, ils ont manifesté une réelle hostilité à l’expansion coloniale à ses débuts, comme lors de la prise du Tonkin en 1883-85, (4) nonobstant l’indifférence de l’opinion publique, le lobby colonial a placé ses pions et a tiré les ficelles pour réaliser son agenda, s’emparant en quelques années de la Tunisie, du Congo, de l’Indochine et d’une partie de Madagascar. Placée devant le fait accompli, la classe politique a dû se résigner et rallier l’idée coloniale. La droite, pourtant hostile à la colonisation à ses débuts, s’est couchée autour de 1905.

A lire ensuite, du même auteur: Le grand remplacement tuera la diversité du monde!

Et maintenant, le ressac !

Ça ne vous rappelle rien tout ça ? On dirait l’histoire de l’invasion migratoire des dernières années où VGE et les socialistes ont fait venir les immigrés avant que le RPR ne finisse par se convertir, lui aussi, au credo de « l’immigration, chance pour la France ». D’ailleurs, le lobby colonial, comme le décrit si bien Raoul Girardet, a présenté la colonisation comme une « chance » pour la France sur les plans économiques, géopolitiques et culturels. Une occasion unique en son genre d’éviter « le repli sur soi ».

L’Histoire se répète donc ! Quoi de plus normal lorsqu’on sait que la nature humaine n’a pas changé et que le citoyen n’a toujours pas appris à se défendre contre la manipulation, l’influence et la propagande. Lisez le livre de Raoul Girardet pour accéder à la véritable pensée française, une pensée d’élite, sophistiquée et accessible au grand public. Girardet a eu la vie que j’aurais aimé avoir, se consacrant à ce qu’il y a de plus beau dans les sciences sociales à mon avis : cartographier les émotions et écrire l’histoire de la sensibilité. En effet, ce sont les sentiments qui mènent le monde, les idées n’étant que des cagoules que nous posons à la va-vite sur nos passions et nos aspirations par excès de pudeur.

[Vos années Causeur] « Causeur », mon docteur

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© Causeur

A l’occasion de notre centième numéro, Serge vous parle de ses années Causeur…


Pour ce qui me concerne, il ne s’agit pas spécifiquement de tel ou tel article qui aurait été un médicament ou un révélateur même si beaucoup l’ont été à leur manière, il s’agit d’un ensemble, d’un état d’esprit, et surtout d’une ligne éditoriale qui, si elle est ouverte aux opinions les plus diverses, met en priorité la sincérité avant la séduction ! Et quand je parle de séduction, si elle n’est pas recherchée pour les lecteurs, plus important encore, elle n’est pas recherchée pour plaire à la doxa !

Pendant de très longues années ante-Causeur, j’avais l’impression d’une berlue chronique. Peu voyaient ce que je voyais et leur nombre était si infime qu’ils étaient forcément atteints de la même pathologie que moi. Le malade en chef pendant des lustres fut Finkielkraut. Je m’accrochai à lui comme à un radeau pour ne pas succomber aux antidépresseurs. Du reste, les grands détenteurs de la bonne santé mentale ne tardèrent pas à le clouer au pilori. Même pour une majorité de son « camp », il était passé dans la « force obscure ». Pire ! Ceux comme lui étaient devenus des salauds.

A lire ensuite, Alain Finkielkraut: Du rire doit naître une réflexion profonde

Je naviguais donc avec une canne de la pensée. Je l’entendais se heurter sans arrêt aux murs de la bonne conscience. Et puis un jour par hasard, je tombai sur une page du net, sans doute en braille de navigateur, et je fus surpris, mieux, je fus soigné. Je vis que je voyais. Je pris comme pseudo « L’Ours » car je m’étais peu à peu enfermé et Causeur me fit sortir de ma caverne !

C’est fou comme on se sent mieux quand on vous montre que ce que vous voyez existe, même si le spectacle est laid et détestable ! Le constat est le seul début du remède. Voilà pourquoi, de Leroy à Bennasar en passant par la patronne Elisabeth et tous les autres je reste fidèle à Causeur, mon docteur.

Qui obtiendra le vote de la France “d’en bas”?

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Marine Le Pen en campagne à Denain (59), 5 mars 2022 © Alain ROBERT/SIPA

Énergie, salaires ou retraites… À l’approche du second tour, Marine Le Pen et Emmanuel Macron ont des arguments très différents pour convaincre les citoyens de gauche et les abstentionnistes.


Intéressante lecture que celle du livre de la journaliste Anne Nivat La France de face, en cette période de l’entre-deux tours du scrutin présidentiel. Pour les besoins d’un précédent ouvrage intitulé Un continent derrière Poutine ?, paru à la veille de la réélection de Vladimir Poutine, en mars 2018, l’auteure était partie à la rencontre d’électeurs russes de toutes catégories sociales. Une constante transparaissait de cette galerie des portraits : celui du manque chronique d’argent, de moyens et de perspectives. Au fin fond de la province russe, retraités, enseignants, employés ou petits entrepreneurs étaient désabusés et impécunieux, mais globalement résignés à leur sort. Loin de la vie trépidante des couches aisées et des élites au pouvoir à Moscou et à Saint-Pétersbourg – deux métropoles-vitrines de la Russie, qui concentrent toutes les richesses – en province, le petit peuple vivotait, survivait et tentait au jour le jour de se débrouiller par des expédients. Les Français vont-ils privilégier « la verticale du pouvoir » à l’instar des Russes lors de la réélection de Poutine en 2018 ?

Marine Le Pen obtient 41% des voix à Denain

Les aspirations profondes du peuple russe, ses angoisses et ses fragiles espoirs l’avaient conduit à adhérer à la « verticale du pouvoir ». Cette expression utilisée pour la première fois par Poutine dans son premier discours sur l’état de la nation russe en juillet 2000, désignait avant tout la consolidation du pouvoir entre les mains du Kremlin en dépit des nombreuses divergences existantes au sein de cette société post-soviétique. Les citoyens de la Fédération de Russie avaient fini par plébisciter le maintien au pouvoir de Poutine. « L’élection présidentielle de 2018 est un non-événement pour la plupart des Russes rencontrés » commentait alors Anne Nivat. « Ce qui leur importe le plus : vivre en paix. Les changements incessants des quatre dernières décennies ont marqué ce peuple qui rêve avant tout de stabilité et ils l’ont cette stabilité, depuis le début du nouveau siècle, sous Poutine. Des Russes qui savent que leur Président n’est pas irréprochable mais qui n’étaient pas prêts cette fois-ci à plonger dans l’inconnu»

A lire aussi: Causeur n°100: Et si ce n’était pas lui?

Pour écrire La France de face, la journaliste a tenté la même démarche sociologique en s’immergeant dans la France profonde, en se tenant résolument à bonne distance des feux de la rampe parisiens. À commencer par Denain dans le Nord, l’une des villes les plus pauvres de France. Au premier tour du scrutin, le 10 avril, Marine Le Pen y a recueilli plus de 41% des voix, contre seulement 14% pour Emmanuel Macron. Le 11 avril, ce dernier a décidé de s’y rendre en personne pour tenter d’y défendre son bilan et son projet. Interpellé par des gilets jaunes et par des citoyens témoins directs du déclassement vertigineux des Français, de l’inflation galopante, de l’insécurité, de l’implantation implacable de l’islamisme et des perspectives moroses offertes à une jeunesse française désenchantée, le président sortant a conclu sa visite-éclair par une formule-choc, qui en surprit plus d’un : « Je suis comme vous, je ne suis pas Mimie Mathy », qui rappelle sa réponse sur l’absence d’ « argent magique » lors d’un autre bain de foule bien avant les élections. À ces oubliés de la mondialisation – que l’on avait cru un temps heureuse – Emmanuel Macron propose désormais des chèques alimentaires « pour acheter bio ou local ». Dans le domaine de l’énergie, Emmanuel Macron est favorable aux sanctions contre la Russie. Pour faire face aux hausses de prix, le bouclier tarifaire sur le prix du gaz sera maintenu jusqu’à la fin de l’année. Le président consent jusqu’au 31 juillet, un rabais de 18 centimes par litre d’essence pour les particuliers (si tant est que les Français puissent encore se permettre de posséder un véhicule car, pour certains, entre manger ou rouler, il faut désormais choisir). Pour les professionnels tels que les pêcheurs, il a consenti une aide de 35 centimes par litre de gazole. À noter cependant que le Parlement européen a voté le 7 avril dernier, en faveur d’un embargo total et immédiat sur le pétrole, le gaz, le charbon et le combustible nucléaire russes. Par ailleurs, selon le New York Times, l’Union européenne s’apprêterait à décréter un embargo sur le pétrole russe après le second tour des élections présidentielles françaises, de manière à ne pas entraver la réélection d’Emmanuel Macron.

Incertitudes sur l’âge de la retraite et jeunesse oubliée

Ont été également annoncées la suppression de la redevance sur l’audiovisuel et la rénovation de 700 000 logements par an. En revanche, le pouvoir en place s’entête de manière incompréhensible à ne pas réintégrer les 15 000 soignants suspendus en raison de leur refus de l’obligation vaccinale pour leur profession, et ce, en dépit de la pénurie alarmante de personnels médicaux. L’âge de la retraite sera porté à 64 ou 65 ans, ce qui selon le président, devrait financer le minimum retraite à 1100 €. La réduction de l’indemnisation du chômage continue de poser problème et le RSA (575 € par mois pour une personne seule), conditionné à un minimum d’activité de quinze à vingt heures par semaine, est certainement rédhibitoire pour un électorat en grande difficulté. La baisse des allocations logement a laissé un goût d’amertume. Nulle annonce, par ailleurs, sur la demi-part fiscale dont pouvaient encore bénéficier les veuves et les veufs de France il y a quelques années, avant que celle-ci ne soit supprimée par François Hollande. 

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Concernant la misère estudiantine, l’impossibilité, pendant la crise sanitaire, pour les étudiants en grande précarité dont le passe vaccinal n’était pas à jour, de bénéficier de l’aide alimentaire distribuée par des bénévoles, a marqué les esprits. Le fait que les chambres de certaines cités universitaires du CROUS soient infestées de punaises et que l’hygiène y laisse à désirer, ne manque pas d’entacher les promesses électorales faites à la jeunesse. Dans un tel contexte, certains étudiants français s’interrogent, en outre, sur la pertinence du projet d’Emmanuel Macron annoncé en 2018, qui consiste à augmenter le nombre d’étudiants étrangers à 500 000 personnes d’ici 2027. Ces derniers bénéficient des aides de l’État et les frais de scolarité qui leur sont appliqués sont loin de ceux pratiqués dans tous les autres pays de la planète. Depuis 2018, ce chiffre a augmenté de 40 000 personnes. Actuellement, sur 1,65 millions d’inscrits dans les universités françaises, 367 000 sont des étudiants étrangers. Parmi eux, se trouvent 47 500 étudiants chinois, alors que la Chine n’accueille en contrepartie que 10 000 étudiants français…

Le programme économique surprenant de Marine Le Pen

En matière économique et sociale, Marine Le Pen est opposée aux sanctions contre la Russie dans le domaine de l’énergie. Elle propose, pour sa part, une baisse de la TVA sur les produits énergétiques de 20 % à 5,5 %. Une TVA à 0% pour tous les consommateurs sur les produits de première nécessité augmenterait le pouvoir d’achat sans distinction. Elle souhaite réintégrer les soignants suspendus qui se sont retrouvés aux abois. Avec elle, il y aurait un statu quo sur les retraites avec un système progressif de départ à la retraite en fonction de la date d’entrée dans la vie active et du nombre d’annuités cotisées. Le minimum retraite serait porté à 1 000 euros. Elle a promis de construire chaque année 100 000 logements sociaux et 100 000 logements étudiants pendant son quinquennat. Les moins de 30 ans seraient exonérés d’impôt sur le revenu et les cotisations patronales également pour toute revalorisation salariale de 10 % (pour les salaires jusqu’à trois fois le Smic). La redevance audiovisuelle serait supprimée. Dans une optique nataliste, les familles bénéficieraient d’une part fiscale pleine dès le deuxième enfant. La création d’un impôt sur la fortune financière viserait à réduire les inégalités. Elle n’a pas abandonné le concept de préférence nationale, qui épouvante la gauche depuis plusieurs années et espère financer son programme social par des restrictions visant les allocations sociales perçues par les étrangers. Pour réduire le gouffre qui s’est creusé entre les élites et le peuple, elle défend l’idée du référendum d’initiative citoyenne (RIC), une revendication émanant des gilets jaunes. Car, comme l’a observé Anne Nivat, lors de ce qu’elle appelle son « road-movie » sociologique à travers la France, loin de Paris et au fond de la province oubliée, les gens paraissent de plus en plus liés par un sentiment commun : la défiance. Elle en a conclu que « plus que le traditionnel vote de classe ou le clivage gauche-droite, le niveau de confiance est l‘élément qui éclaire avec le plus de justesse ce que sera le face-à-face du second tour de l’élection présidentielle de 2022 »

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Dans ces conditions, si l’électorat âgé issu des classes privilégiées s’estime rassuré par le positionnement économique et social du président sortant soutenu par deux anciens présidents de la République (Nicolas Sarkozy et François Hollande), par la droite européiste et par la gauche bobo et écologiste, rien n’est moins sûr en ce qui concerne « l’autre France » farouche et imprévisible. Cette dernière n’a jamais tiré les marrons du feu de la mondialisation et elle est en train de s’enfoncer inexorablement dans un marasme à la fois social et psychologique. Poussée dans ses derniers retranchements, cette « France d’en bas », selon l’expression de l’ex-Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, semble, à l’évidence, de moins en moins susceptible de souscrire à toute idée de « verticale du pouvoir »  à la française, laissant ainsi la porte ouverte à toutes les éventualités, lors de ce 2ème tour fatidique, le 24 avril prochain… et d’autres surprises électorales dans les mois qui vont suivre, à commencer par les législatives. 

En effet, sans majorité pour LREM à l’Assemblée, il serait difficile pour Emmanuel Macron, s’il est réélu, de mener la politique qu’il souhaite comme ce fut le cas lors de ce quinquennat.

La France de face

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[Nos années Causeur] Sur ma tablette d’écolière, j’écris ton nom, « Causeur »!

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Marie-Hélène Verdier D.R.

Nos années Causeur par Marie-Hélène Verdier


Pendant longtemps, j’achetai en kiosque Causeur pour entendre la blague rituelle de mon marchand, le temps qu’il farfouille derrière des magazines. Causette, vous avez dit ? Non, Causeur ! Un jour, j’envoyai un article au seul journal en ligne éveillé qui avait le souci de la langue française, dans la guerre qu’on lui menait. Alors commença ma Vita Nuova. C’est à Causeur que je dois mon coming-out — j’étais de droite ultra— et ma plume de polémiste. C’est grave, docteur ? L’âge, répondit-il. Le mal ne fit qu’empirer : je m’abonnai. Formule intégrale.

Je préfère le dire tout de suite. Causeur ne me fait pas des amis. Mais pas de confidences. Causeur, c’est le professionnalisme d’un magazine « intellectuel de droite », stimulant, drôle, pas mondain comme… j’allais dire un nom ! C’est l’humour et l’ironie qui évitent l’écueil de l’insignifiance et de la dérision. Ce sont ses plumes. C’est un esprit français, vif, provocateur, mûr, qui rend le lecteur, forcément, plus intelligent.

A ne pas manquer, notre numéro 100: Causeur n°100: Et si ce n’était pas lui?

Sans parler des unes souvent formidables, petits bijoux de réflexion à eux seuls, le lecteur trouve en tête des rubriques attendues du magazine, la surprise stimulante des titres. Les articles écrits par des gens costauds donnent aussi la parole à ceux qui ne sont pas d’accord. Quant aux interviews avec Jean-Michel, Marlène, Z., Jean-François, Marcel, Alain, Eugénie, et les autres, ils valent désormais au magazine sa respectabilité. Le tout dans une mise en page soignée —que l’on aime humer et toucher — moins sophistiquée que… j’allais encore écrire un nom ! Avec de très belles photos de paysages et de visages.

Causeur, c’est aussi, pour celle qui brette sans arrêt, le repos de la guerrière, dans son journal en ligne. Moi qui n’aime rien tant que les Provinciales de Pascal, je ne me sens jamais censurée. Alors, liberté et qualité d’expression, que demander de plus à un magazine ? La fraternité ? Elle y est ! Si donc j’avais à résumer, j’écrirais en lettres d’or : « Sur ma tablette écolière, j’écris ton nom Causeur ! » (J’allais écrire… Causette !) Et surtout : Abonnez-vous !

Des messies pour des lanternes

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Soleil

Un président de la République légitime, c’est un président élu, non ? En Russie peut-être mais pas en France ! Faut-il recruter Braudel, Baudrillard et Mitterrand pour comprendre ?…


Est légitime ce qui est juste, fondé en droit, en équité. Une femme légitime, c’est une épouse. Un enfant légitime, c’est le vôtre. Un président légitime, c’est un président élu. D’accord ?… Non, pas chez nous.

Pour le parti légitimiste, favorable au retour des Bourbons, Louis-Philippe n’était pas le souverain légitime bien qu’il ait été élu roi des Français, en 1830. Sous De Gaulle, élu en 1958, réélu en 1965, son principal opposant, François Mitterrand, publia un ouvrage intitulé Le Coup d’État permanent – un brûlot. On sait déjà que pour beaucoup, le 24 avril, le président Macron sera d’autant moins légitime qu’il est majoritaire.

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Pas de débat, pas de mandat ! Macron, voleur ! Macron dégage ! Élections, piège à cons ! À bas la Ve République ! On connaît l’antienne. Depuis la Révolution, les Français s’efforcent de combler un abîme – le vide symbolique ouvert par la mort d’un roi ? On a beau être républicain, on est devenu minoritaire – un comble ! On n’y peut que dalle – celle d’un tombeau peut-être.

Car la France est ce pays où tout conflit s’éternise avant de requérir les institutions les plus hautes à la fois pour les contester et réclamer leur arbitrage. En gros, on accepte du chef élu qu’il règne – « un chef, c’est fait pour cheffer » (Jacques Chirac) – mais on ne lui permet pas de gouverner. Notre idée du pouvoir : absolu – mais faible ! Ce qu’on a retenu de Voltaire et Jean-Jacques : ils étaient contre – ce qui nous donne le droit permanent de proférer des insanités dans la rue.

Ce qui nous a quittés ? L’idée même d’un bien commun qui, au-delà de leurs intérêts particuliers, fédère tous les citoyens. Ce qui en reste ? Le parfum rance. La radicalité« un privilège de fin de carrière », disait Baudrillard. Et la rage – celle des candidats qui ne seront pas choisis. Mélenchon, Zemmour, Le Pen… on les entend déjà protester et solder leurs ambitions déçues : « On a perdu ? Chérie, ma pipe et mon gilet jaune ! » Variante : « Retenez-moi ou je fais un malheur ! »

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On a le droit d’être déçu – c’est même essentiellement ça, la démocratie. Une démocratie peut être libérale (ou pas), autoritaire, participative, délibérative, etc. On en doit la définition la plus belle (et la plus obscure) à Abraham Lincoln : « Gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple. » Et après ?… « Comment gouverner ? » Pas simple. « Qui est le peuple ? » Pas clair. Car dèmos (le peuple) et cratos (le pouvoir) alias Mytho et Mégalo forment un étrange attelage.

Quand on parle de la France au risque de sombrer dans la déploration et dans le ridicule – mais après tout, le ridicule est une forme de courage –, on oscille avec emphase entre deux postures, deux discours : l’un amoureux, l’autre acerbe. Plus que jamais, on est tiraillé. On voudrait servir mais on refuse d’obéir. On voudrait hurler mais avec le temps, on devient ici plus raide, et là plus mou – la France est un si vieux pays ! Le jeu moisit. On se lasse de l’esclandre. Les bravades perdent de leur attrait. On est fatigué des mensonges, des promesses, des fake news – on s’indigne puis on s’endort devant la télé.

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La fin de l’Histoire, ha ! ha !… tandis que la guerre en Ukraine nous arrache à nos vertueuses somnolences en contrariant le business plan programmé de l’Europe, on feint de découvrir que la patrie n’existe qu’à travers le combat et les sacrifices qu’elle exige. Français, encore un effort !… Il va falloir choisir entre la famine ou Gazprom, les moulins à vent ou le nucléaire, « Erasmus » ou la Grande Muraille ! « Ah les cons ! », comme disait Daladier de retour de Munich en 1938.

Et la France dans tout ça ?

« La France, je la vis. J’ai une conscience instinctive, profonde de la France… J’ai la passion de sa géographie », se vantait François Mitterrand dans L’Abeille et l’Architecte (1978). On n’exige plus de notre président qu’il soit un peu druide et qu’il parle aux arbres. Pour fêter sa réélection, Macron songe-t-il à se recueillir sur le mont Beuvray avec ses ministres et à célébrer l’union sacrée des tribus gauloises en souvenir de Vercingétorix ? Ça m’étonnerait.

« Je le dis une fois pour toutes : j’aime la France avec la même passion, exigeante et compliquée, que Jules Michelet », avouait Braudel à l’orée de son livre-testament L’Identité de la France (1986), mais il s’efforçait subtilement, en historien, d’en parler « comme d’un autre pays ».

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Regarder la France comme si on n’en était pas, sans s’émouvoir, sans se morfondre, est-ce possible ? Il faudrait pour cela, à rebours des dévotions qu’on nous inflige, convoquer une subjectivité de haut rang. Ce qui nous manque, c’est un vieux chameau transcendantal qui nous sonnerait les cloches. Un Péguy. Un Bernanos. Un Philippe Muray pestant contre les mutins de Panurge que nous sommes et endossant sa robe de Grand Inquisiteur devant nos absurdes doléances.

Comment rompre avec ces simagrées ? Que faire quand l’exercice de l’intelligence – est-ce le bon mot ? – se traduit par une montée aux extrêmes, quand le rêve d’égalité devient une fureur de repentance, quand l’idéal de justice devient un système de persécution, quand le ressentiment des minorités adopte le langage de la libération, quand la haine devient virale, et le mensonge plus convaincant que la vérité ? Se battre mais contre qui ? contre quoi ?

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Pendant ce temps-là, dans leur petit coin d’Europe, chut ! les Français votent. Pas tous, pas assez, je sais, on ne vote plus en France comme jadis on allait à la messe le dimanche ! Avez-vous regardé les clips de la « campagne officielle » ? Tous les candidats se targuent de nous rendre plus heureux – de quoi je me mêle ! Tous providentiels, tous prêts à se damner pour sauver la France. Des messies pour des lanternes !

Poutine avec sa face de carême est infiniment plus crédible quand il promet : adieu Grozny ! bonjour Marioupol ! lui il ne rase pas gratis.

« C’est prodigieux tout ce que ne peuvent pas ceux qui peuvent tout », ironisait Talleyrand. Une alliance bancale entre le possible et le réel, c’est ça, la politique. Vous avez mieux ? Non, il faut faire avec.

« … A voté ! »

Punaises de lit: une guerre, une vraie

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D.R.

Les punaises de lit sont des espèces d’insectes hétéroptères de la famille des Cimicidae. L’espèce la plus répandue n’est autre que la Cimex lectularius. Elles viennent jusque dans vos draps pour mordre vos fils et vos compagnes…


Le gouvernement part en guerre. Le 10 mars, le ministère de la Transition écologique a dévoilé sur son site internet son « plan d’action interministériel de lutte contre les punaises de lit ». Un accord a été signé avec le Syndicat des experts en détection canine des punaises de lit (SEDCPL). Tandis que médecins, infirmières et pharmaciens seront réquisitionnés pour « diagnostiquer la présence de punaises de lit à domicile », nos enseignants auront à cœur de « relayer la campagne d’information grand public » durant leurs heures de classe et sur l’application de gestion de la vie scolaire, Pronote.

Hébergement, hôtellerie, transport, santé, mais aussi salles de spectacle ou cinéma, tous debout face à l’assaillant ! Chacun de ces secteurs est appelé à « élaborer des outils spécifiques de sensibilisation et d’information sur les moyens de détection et de lutte » contre les punaises de lit. Bientôt renforcées, les formations des professionnels de cette lutte vont être listées sur le site stop-punaises.gouv.fr. Les caisses d’allocations familiales seront sollicitées pour alléger les coûts de désinfection des ménages les plus modestes, et les baux de location vont devoir intégrer la responsabilité des bailleurs en cas d’offensive de punaises de lit.

La petite bête va être « installée dans le droit sanitaire et celui du logement au titre de la décence et de l’indignité ». Enfin, la « recherche sur la détection » de la punaise va être développée. Dès la fin de l’année, un « état des connaissances sur la punaise de lit » va être publié. Afin de coordonner cette grande union nationale, un « comité directeur de la lutte contre les punaises de lit » va bientôt voir le jour.

D’ici là, ouvrez l’œil, patrouillez et surveillez vos matelas. À l’heure actuelle, le chef de l’État parle sur un ton martial, mais la seule mobilisation générale en cours est celle qui vise les punaises.