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Maestro!

Que voir cet été au cinéma? Si l’offre ne s’annonce pas pléthorique, elle révèle cependant quelques pépites qui permettront un retour dans les salles obscures: pour que vive le cinéma! Jean Chauvet nous parle ici d’Ennio Morricone, de Dominik Moll ici, et du prix de la mise en scène au Festival de Cannes ici.


Il y a deux ans, le 6 juillet 2020, Ennio Morricone mourait à Rome, sa ville natale, à l’âge de 72 ans. Ennio, le documentaire réalisé par le cinéaste italien Giuseppe Tornatore (l’auteur, entre autres de Cinema Paradiso) lui rend un hommage particulièrement fouillé, en insistant sur la dimension cinématographique de l’œuvre de ce compositeur de génie. Ce qui, soit dit en passant, ne fut pas toujours évident, y compris aux yeux du maestro lui-même : longtemps Morricone a considéré la musique de film comme un sous-genre, mettant plus volontiers l’accent sur ses talents de compositeur de musique symphonique, de pianiste ou bien encore de chef d’orchestre. Cependant, collaborations prestigieuses aidant, il a dû au fil du temps se rendre à l’évidence. Non seulement la B.O., comme on dit, n’est pas un art mineur, mais son apport à lui dépasse largement la moyenne. Au panthéon des musiciens de cinéma, l’Italien occupe depuis des décennies une place à part et même un statut de commandeur tant on s’accorde pour parer sa musique de toutes les vertus. Capables d’ironie raffinée comme de lyrisme débridé, ses compositions pour Leone, Pasolini, De Palma, Bolognini, Bertolucci, Joffé, Verneuil, Enrico, Tarantino et tant d’autres sont souvent devenues des tubes aux mélodies immédiatement identifiables avec leur cortège de voix féminines, de siffleurs, de guimbarde et autres instruments décalés utilisés comme autant de marqueurs.

© Le Pacte

Mêlant très classiquement, sur deux heures et demie, entretiens et extraits de musiques et de films, le documentaire de Tornatore va à l’essentiel en donnant la parole à une pléiade de témoins. De Quincy Jones à Nicolas Piovani, en passant par Tarantino, Eastwood, Springsteen ou Bertolucci notamment, tous apportent leur pierre à l’édification d’un mausolée mérité. Même la réalisatrice italienne Lina Wertmüller quand elle déclare, non sans raison : « Il était fou, c’est certain. » Car il s’agit assurément d’une folie géniale. Tyrannique, exigeant, monomaniaque, colérique… Morricone cumulait ces qualificatifs peu amènes. Mais qu’importe au regard d’une œuvre musicale cinématographique à nulle autre pareille. Comme le dit à Tornatore le compositeur italien Nicolas Piovani, collaborateur inspiré, entre autres, de Nanni Moretti : « Morricone fut la grande exception à toutes les règles. » Autrement dit, un artiste à part, hors norme. Dans le film, Tarantino raconte la façon dont il l’aborda pour la musique de son film Les Huit Salopards. Lui l’abonné à la réutilisation de musiques de film déjà existantes désirait cette fois confier à Morricone l’écriture d’une partition originale. Surprise et incompréhension du maestro qui finit cependant par accepter la commande. Et prenant un malin plaisir à composer une œuvre symphonique en totale rupture avec les compositions dont Tarantino se servait habituellement. Le résultat est aussi déconcertant que réussi.

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C’est le grand mérite du film de Tornatore que de s’effacer devant les musiques de Morricone, en cherchant à mettre en valeur leur singularité extrême. À leur propos, Clint Eastwood affirme : « Elles étaient modernes à l’époque de leur composition, elles le sont toujours. » Le cinéaste américain évoque bien évidemment les B.O. composées par Morricone pour les fameux westerns-spaghettis réalisés par Sergio Leone. Et notamment la musique de Pour une poignée de dollars. Eastwood, qui n’était alors qu’acteur, sait combien ces partitions rythmées et iconoclastes ont participé au succès des films. Peut-on imaginer Il était une fois dans l’Ouest sans les morceaux de Morricone ?  Ils lui donnent une incroyable dimension mélancolique, pulvérisant ce que le scénario peut avoir d’anecdotique. Depuis lors, le succès de Morricone n’a cessé de croître, y compris à travers des concerts dans le monde entier. Des concerts de musique de film, mais sans film. Preuve irréfutable de l’autonomie des compositions du maestro italien. C’est sa musique que l’on vient écouter, même quand il n’est plus de ce monde pour la diriger. Et il n’est pas plus bel hommage.

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Et Dieu créa l’arche de B.B.

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Une mini-série racontant la vie de Brigitte Bardot est en préparation, pour France 2, et devrait sortir en 2023. C’est l’occasion de revenir sur l’épopée de cette déesse adulée du cinéma français, qui, abandonnant tout pour secourir les animaux en détresse, donna un véritable sens à sa vie.


Alors qu’elle s’imagine ballerine, par la grâce d’une beauté tant candide qu’insolente, Brigitte Bardot voit sa destinée basculer. Son regard transperçant l’âme, sa moue boudeuse et sa taille menue lui permettent de devenir très jeune l’égérie du magazine Elle. C’est d’ailleurs sur une de ces unes que Roger Vadim, pour qui elle aura un coup de foudre réciproque, la remarque à l’âge de 16 ans. Après avoir obtenu des petits rôles dans Le Trou normand aux côtés de Bourvil, Manina, la fille sans voiles de Willy Rozier, Si Versailles m’était conté de Sacha Guitry, ou encore Les Grandes manœuvres de René Clair, sa consécration ne tarde pas.

Le mythe de la Vénus de Saint-Tropez

À 22 ans, la jeune lionne à la crinière de feu se prête à une véritable métamorphose dans « Et Dieu créa la femme », réalisé par Roger Vadim en 1956, entre temps devenu son époux. Celui-ci la laisse souvent improviser, et aller au bout d’elle-même. « Je ne joue pas, je suis » aurait-elle ainsi lancé au metteur en scène pendant le tournage. Se baladant pieds nus, en robe légère et seyante dans le petit village de Saint-Tropez, elle irradie de son naturel et sa foudroyante sensualité. La nature a doté BB de l’esprit de liberté qu’affiche son personnage, celui d’«une fille de son temps, affranchie de tout sentiment de culpabilité, de tout tabou imposé par la société », selon les mots de Vadim.

Toutefois, les prêtres de la vertu crient au scandale et attaquent ce film, qu’ils jugent amoral. Il faut dire que c’est la première fois que le désir féminin est porté à l’écran ! Certaines scènes se voient des lors censurées, notamment celle explicite d’un cunnilingus. Les critiques acerbes, pleuvent. Seuls Les Cahiers du cinéma louent BB: « Bardot est magnifique et pour la première fois, totalement elle-même ! ».

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Contre toute attente, aux Etats-Unis, en 1957, Brigitte Bardot enflamme les passions et les foules. Plus de huit millions d’entrées sont réalisées ! Cet impressionnant succès va attiser la curiosité des Français, si bien qu’en 1958, 4 millions d’entrées sont totalisées dans l’Hexagone. Une étoile est née. Poursuivant son ascension, elle va notamment marquer les esprits dans La Vérité (1960) d’Henri-Georges Clouzot et Le Mépris (1963), de Jean-Luc Godard.

Je t’aime… moi non plus

À l’automne 1967, elle devient la muse de Serge Gainsbourg, avec qui elle vit une romance passionnée et cachée. « Écris-moi la plus belle chanson d’amour que tu puisses imaginer » lui demande-t-elle [1]. En une nuit, à l’aide de son piano, il lui écrit la fabuleuse et voluptueuse chanson « Je t’aime… moi non plus ». Peu de temps après, il l’enregistre avec elle, au Studio B des Studios Barclay, avenue Hoche, à Paris. Celle-ci ne verra toutefois pas le jour puisque, Günter Sachs, photographe milliardaire, marié à Brigitte depuis 1966, lui en interdit fermement la diffusion ! Plusieurs de leurs chansons dont « Bonnie and Clyde », la version anglaise de « Comic Strip » et « Je t’aime moi non plus, qui ne sortira qu’en 1986, entre autres, deviennent cultes…

La fée des animaux

Capture France TV

 « Adorable Jacques, cette photo est formidable. La sorcière mangeuse de chèvres et la fée des animaux qui sauve Colinette. C’est symbolique. C’est le tournant de ma vie, et vous étiez là au bon moment. Merci, merci, merci. Je vous embrasse de tout mon cœur ». C’est en ces termes que BB remercie dans une lettre le photographe Jacques Espardier. C’est lui qui a capturé ce moment historique, qui l’a convaincue de quitter le cinéma. En 1973, à la fin du tournage de « L’histoire très bonne et très joyeuse de Colinot Trousse-Chemise », elle croise une figurante qui lui lance « Dépêchez-vous de finir votre film, on prépare un gigantesque méchoui » en lui désignant une chèvre. La comédienne est bouleversée. « Ce n’était pas possible. Je lui ai acheté l’animal et je suis rentrée avec celui-ci dans mon hôtel 4 étoiles. Je ne vous dit pas la tête du personnel… » a-t-elle raconté dans une longue interview accordée à Valeurs Actuelles en mars 2017. C’est ainsi qu’en pleine gloire, le 6 juin 1973, à 38 ans, elle annonce officiellement son départ. Incrédules, certains imaginent un éphémère caprice de star. Mais cet abandon est bel et bien définitif. «Je veux passer mon temps à m’occuper de la défense animale. Et je crois que j’aurais beaucoup de travail. C’est pour ça qu’il vaut mieux que je ne fasse plus de cinéma ».

Brigitte Bardot devient la voix des animaux, celle qui fustige leurs bourreaux et les pourchasse, faisant fi des obstacles et des menaces. Bardot joue ici le plus grand rôle de sa vie : celui d’une avocate hors pair qui réussit à faire bouger les lignes politiques, pour changer le sort de ces êtres. En 1977, en compagnie de l’écologiste suisse Franz Weber, elle suscite un grand intérêt lorsqu’elle défie le gouvernement canadien et les chasseurs de phoques. Déposée en hélicoptère sur la banquise de Blanc-Sablon, elle prend la pause avec un bébé phoque dans ses bras. Elle désire mettre en lumière la barbarie dont sont victimes ces blanchons, abattus pour leur fourrure. De retour en France, elle fait adopter l’interdiction du commerce de produits dérivés de la chasse sur les phoques ayant moins de quatre semaines, grâce au soutien de Valéry Giscard d’Estaing, alors président. La législation européenne s’adapte, elle aussi, pour faire cesser ces massacres d’animaux.

«J’ai donné ma jeunesse et ma beauté aux hommes, je donne ma sagesse et mon expérience aux animaux »

La création de sa propre fondation, en 1986, lui permet de mener plus efficacement ce combat pour les animaux. Lors d’un entretien avec Paris Match, retranscrit dans le livre de Caroline Pigozzi Pourquoi eux : ils ont fait notre époque, BB raconte les difficultés qu’elle a rencontrées pour la lancer. En effet, pour obtenir le statut de fondation, il lui faut réunir 3 millions de francs, alors qu’elle ne le peut pas, ayant dilapidé la majorité de ses gains de star. Elle organise donc une mémorable vente aux enchères de ses biens personnels. « Je me suis installée pendant deux mois sur le marché de Saint-Tropez pour vendre mes souvenirs, des bracelets, des colliers, rapportés du Brésil, du Mexique, des photos que je dédicaçais, mes jupons, mes chapeaux » dévoile-t-elle, avant d’ajouter : « Dans la foulée, j’ai mis aux enchères à Paris, les bijoux précieux que m’avait offerts mon mari Günter Sachs, ma robe de mariage avec Vadim, de l’argenterie, des meubles et même ma guitare ».

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C’est durant cette vente qu’elle prononce la célèbre phrase : « J’ai donné ma jeunesse et ma beauté aux hommes, maintenant je donne ma sagesse et mon expérience aux animaux. » Reconnue d’utilité publique en 1992, la Fondation Brigitte Bardot agit notamment contre la chasse, contre les expérimentations animales, contre le gavage des canards et des oies, contre l’abattage sans étourdissement, l’hippophagie, les spectacles d’animaux et leur captivité, la stérilisation des chiens et des chats…

« En donnant ma vie aux animaux, ce sont eux qui m’ont sauvé » déclare-t-elle à Vogue en 2021. Sa recherche d’absolu et de vérité se voit en effet comblé par ce dur combat. Si elle le mène encore aujourd’hui avec un infatigable et vif esprit, c’est parce que « les animaux ne peuvent pas attendre ». Quant au temple du cinéma, elle se réjouit d’y être entrée un jour, pour l’unique raison qu’il lui a donné une voix forte pour incarner celle des animaux. BB, être insaisissable, traquée un temps comme une bête, a aujourd’hui disparu de nos écrans, pour notre plus grande peine. Sa dernière apparition à la télévision, en 2003, dans une émission spéciale d’ « On ne peut plaire à tout le monde » présentée par Mac-Olivier Fogiel, s’était soldée en lourd procès à son encontre. Sa franchise, son dire vrai, ses excès ont choqué, mais c’est pour cela qu’elle a été, et sera encore tant aimée. Elle ne joue pas, elle est.

[1] Serge Gainsbourg: Making of d’un dandy, Marie-Christine Natta 2022.

Pourquoi eux: Ils ont fait notre époque

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Serge Gainsbourg: Making of d’un dandy

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Mort sans la France

Alban Gervaise est mort dans l’indifférence. La France ne lui a pas rendu l’hommage qu’il méritait. Sa fin cruelle intervient au croisement de deux tragédies : la guerre que nous livrent des terroristes invisibles et le terrifiant déni de celle-ci. Or, on ne peut régler un problème qu’on refuse ou interdit de voir. Ce refus du réel est sûrement le mal français le plus profond.


Alban Gervaise est mort deux fois : égorgé par le couteau de son meurtrier, enseveli par le silence de son pays. Contrairement à Jean-Paul Belmondo ou Jean d’Ormesson, ce médecin militaire tué à 40 ans n’a pas eu droit à un hommage aux Invalides. Personne n’a manifesté avec une pancarte proclamant « Je suis Alban Gervaise ».

Omerta politico-médiatique

C’est qu’Alban Gervaise n’était pas une star de cinéma, ni une personnalité de la République des Lettres. Juste quelqu’un de bien, comme dit la chanson, un homme qui aimait son pays, qu’il servait comme médecin militaire, et sa famille – c’est devant l’école catholique où il allait chercher ses deux gosses, âgés de 3 et 7 ans que, le 10 mai, il a été sauvagement agressé au couteau avant de succomber à ses blessures le 27 mai et d’être inhumé le 7 juin. Toutes nos condoléances à sa famille.

Nos gouvernants et les institutions ont donc fait preuve d’une discrétion de violette. Quelques personnalités politiques comme Valérie Boyer, Éric Ciotti, Marine Le Pen ou, exception notable à gauche, Julien Dray, ont exprimé par voie de tweet leur colère et leur solidarité avec la famille endeuillée. Le ministre de l’Intérieur s’est félicité, par le même truchement, de la réaction des passants qui ont désarmé l’agresseur. L’armée s’est fendue d’un communiqué.

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Enfin, excepté quelques articles dans Le Figaro[1], L’Union de Reims et les médias étiquetés fachosphère, Alban Gervaise n’a pas fait la « une » des journaux. Si nous lui consacrons celle de Causeur, c’est pour réparer une injustice, mais aussi parce que sa mort est survenue au croisement de deux tragédies françaises : la première, c’est la guerre que nous livrent des ennemis invisibles ; la deuxième, c’est le terrifiant déni de la première.

L’essor du « jihadisme d’atmosphère »

Depuis le 11 mars 2004, jour où des bombes ont tué 192 personnes à Madrid, l’Europe vit à nouveau sous la menace du terrorisme islamiste. Après le périple sanglant de Mohammed Merah qui s’est achevé par l’assassinat d’enfants juifs et de leur père et professeur, en mars 2012, l’année 2015 a été celle des assassinats de masse planifiés et organisés depuis le « califat-voyou » de Daech (13-Novembre à Paris, aéroport de Bruxelles) ou au moins partiellement inspiré par lui (Charlie Hebdo). Cependant comme l’a brillamment démontré Gilles Kepel, à partir de 2019 et de l’affaire Mickaël Harpon, on assiste à une mutation du terrorisme (qui n’exclut pas la coexistence de plusieurs modèles). Le 3 octobre 2019, cet Antillais sourd-muet converti à l’islamisme et informaticien massacre quatre de ses collègues de la Préfecture de police de Paris à coups de couteau et en blesse grièvement un cinquième. Or, dans son cas il n’y a pas de donneur d’ordre extérieur, ni de logistique sophistiquée. Il a acheté un couteau pendant sa pause-déjeuner. Comme l’analyse alors Gilles Kepel, il appartient à un nouveau type de terroristes qui « contractent le virus par la “voie atmosphérique” du web et développent leur pathologie meurtrière jusqu’au passage à l’acte ».

Dans Le Prophète et la Pandémie, Kepel définit ce nouveau terrorisme à portée de tous comme le « jihadisme d’atmosphère », brillante formule qui a le mérite de pointer la forêt où poussent ces arbre tordus. Maurice Berger, Béatrice Brugère, Hala Oukili et Tarik Yildiz explorent dans les pages qui suivent différentes facettes de ce djihadisme low cost et individuel, presque impossible à prévenir pour les services de sécurité. Comment saurait-on à l’avance qu’un homme que ses voisins décriront généralement comme « sans histoires » va passer à l’acte ? Certes, on découvre ensuite qu’il se farcissait le cerveau de vidéos de décapitation et autres appels à tuer des kouffars, mais on comprend bien qu’il est impossible de surveiller l’ensemble des pratiques numériques de la population – sans parler des questions non négligeables de libertés publiques que cela pose.

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La Justice n’est guère mieux armée face à ces assassins dont beaucoup n’ont pas prémédité leur forfait. Cependant, on a aussi l’impression que le Parquet national antiterroriste répugne à se saisir de ce genre d’affaires. Ce à quoi il faut ajouter la question du déséquilibre psychique trop souvent invoqué pour éluder les motivations religieuses. Comme si l’un excluait l’autre ! Imagine-t-on une personne parfaitement équilibrée prenant le volant d’un camion pour rouler sur une foule ? On finit pas penser qu’il s’agit surtout de cacher au public la réalité de la menace et de la haine que nous vouent ces ennemis qui sont souvent des ennemis de l’intérieur – soit qu’ils soient français, soit que, par humanitarisme béat et impuissance à contrôler nos frontières, nous les ayons laissés entrer sur notre territoire.

Résultat, chacun d’entre nous peut être la prochaine victime de ces meurtres d’opportunité ritualisés par l’égorgement. Il suffit d’être au mauvais endroit au mauvais moment – même si certains facteurs aggravent le risque, comme le fait d’être juif ou catholique (voir l’article de Lionel Mayer, pages 56-59 de notre magazine).

Ce qui est aussi et peut-être plus insupportable, c’est le silence de plomb qui recouvre ces morts. Dans le cas d’Alban Gervaise, on peut même parler d’omerta : ainsi ses collègues hospitaliers ont été, semble-t-il, fermement invités à ne pas parler à la presse.

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On comprend trop bien les raisons de ce silence : il ne faut pas stigmatiser les musulmans – mais refuser de parler du djihadisme comme s’ils étaient tous concernés, n’est-ce pas la meilleure manière de les stigmatiser ? Sont-ils des enfants à qui il faut cacher la vérité pour ne pas les peiner ? Doit-on les dispenser de s’interroger sur un phénomène qui, sans se confondre avec lui, vient bien de l’intérieur de l’islam ? Quand l’attentat intervient à la veille d’élections, il s’agit aussi de ne pas « agiter les peurs ». Il ne faudrait pas que les électeurs puissent faire un choix éclairé, des fois que ça ferait le jeu de qui vous savez.

Ce déni, qui concerne bien d’autres aspects de la vie sociale, du niveau scolaire à la délinquance urbaine et à ses liens avec l’immigration, est peut-être le mal français le plus profond pour la bonne raison qu’on ne peut pas régler des problèmes qu’on refuse et même qu’on interdit de voir. La responsabilité d’une grande partie des élites politiques et médiatiques, qui préfèrent insulter les lanceurs d’alerte qu’affronter le réel, est écrasante. Les Français enragent et ironisent – salauds de « supporters anglais » ! Contre toutes les injonctions, ils persistent à voir ce qu’ils voient. Ils savent bien que, comme l’a montré Orwell, le pire ennemi de la liberté, c’est le mensonge.


[1] Lire notamment les excellents textes de Judith Waintraub et de Maxime Tandonnet.

Fin de vacances

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Dans « Sundown » de Michel Franco, Acapulco et sa folie révèlent, à travers une étrange famille anglaise, les névroses de l’hyperclasse.


Une petite famille british en vacances au soleil dans un resort haut de gamme. L’homme a l’air un peu absent (Neil, campé par un Tim Roth tatoué, chenu, mal rasé, vieillissant – il tenait déjà le rôle principal dans « Chronic », un précédent film du réalisateur mexicain Michel Franco). Alice, sa femme (?) – une Charlotte Gainsbourg nimbée de sa beauté sans âge, avec des traits toujours plus secs de film en film – semble beaucoup moins à la dérive que lui.  Les accompagnent une fille et un garçon, tous deux dans l’adolescence –  leurs enfants ? Farniente, cocktails : hype life sous le soleil ; service haut de gamme, sur le littoral idyllique de quelque pays latino, de prime abord insituable.

Tim Roth est Neil Bennett dans « Sundown » de Michel Franco (2022) (c) Ad Vitam

Soudain, un coup de fil sur le portable d’Alice précipite leur départ à tous, en catastrophe : rappelés à Londres par un décès soudain. Au moment d’embarquer par le premier avion (hôtesses aux petits soins), le « mari » s’avise qu’il a « oublié » son passeport. Mais au lieu d’aller le récupérer dans leur résidence de luxe, Neil laisse au chauffeur de taxi le choix d’une pension quelconque, et échoue dans un quartier infiniment moins huppé, à l’autre bout de cette station balnéaire qu’on ne tardera pas à identifier : Acapulco. Eludant les questions embarrassantes de sa famille, persévérant dans le mensonge, le type, décidément en rupture de ban, s’engage dans une liaison torride avec une jeune métisse autochtone, abandonnant les siens à leur deuil, à leur inquiétude et à leurs affaires, au loin.  

Elliptique et acéré

C’est avec un art consommé que l’intrigue égrène, tout à la fois elliptique et acérée, les éléments dont le spectateur fait son miel, à mesure. De proche en proche, celui-ci comprend qu’en fait de couple, Neil et Alice Benett sont frère et sœur. Et qu’elle, multimilliardaire, dirige une multinationale d’élevage porcins dont lui-même est gros actionnaire…

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Les rebondissements les plus inattendus vont ainsi s’enchaîner jusqu’au terme de cette tragédie au dénouement abrupt et insolite. On aurait tort d’en déflorer ici le suspense, admirablement bâti autour du personnage énigmatique incarné par Tim Roth, suspense qui fait à tout instant bifurquer le film dans des directions inattendues – passant du drame familial au thriller, de la romance amoureuse à l’imbroglio sociétal et diplomatique. Selon l’économie d’un récit savamment orchestré, tout entier traversé par la violence de la mort, et par la violence tout court.

Car, sous l’éblouissement solaire et l’atmosphère festive de sa baie au bord du Pacifique, la mythique cité mexicaine d’Acapulco, aujourd’hui minée par la corruption et gangrénée par les gangs armés, respire une euphorie trompeuse. Le danger, qui peut surgir à tout instant, n’épargnera pas les protagonistes.

Pathologie urbaine

Puissant champ magnétique aspirant cet intense « coucher de soleil » vers la nuit la plus sombre, Acapulco, dont le réalisateur est originaire, est ici bel et bien le personnage principal de « Sundown ». Epicentre de toutes les dérives du libéralisme mondialisé où se coudoient, dans une étanchéité vertigineuse, l’enclosure stratosphérique des ultra-riches, et un monde extérieur gros de périls (plages surpeuplées, lieux interlopes, insécurité palpable), cette monstrueuse, irrémédiable pathologie urbaine trouve un écho métaphorique dans les maux hallucinants qui s’abattent sur la tribu Benett.        

« Sundown », de Michel Franco. Mexique, France, Suède, 2021.  Avec Tim Roth et Charlotte Gainsbourg.   Durée : 1h33 En salles le 27 juillet 2022.

Mangez-les tous!

Lorsqu’on n’est pas végétarien, on a le devoir de manger des animaux d’élevage. C’est la thèse du philosophe Nick Zangwill qui estime que ces espèces modifiées par l’homme sont incapables de vivre sans lui. Leur destin est de finir dans nos assiettes.


Avons-nous le droit de tuer et de manger des animaux ? En posant cette question, on peut s’attendre à être enseveli sous une avalanche, non seulement de réponses négatives stridentes, mais aussi de réprobations haineuses pour avoir osé la poser. Car, en dépit du fait que la vaste majorité des êtres humains reste carnivore, la scène médiatique est occupée par des idéologues pour lesquels avaler un steak constitue un vice faisant partie d’un ensemble de péchés cardinaux dont les carnivores seraient coupables : la cruauté envers les animaux, la destruction de la planète, la promotion du capitalisme néolibéral et le maintien du patriarcat.

Un philosophe britannique, Nick Zangwill, vient de jeter un pavé dans la mare en publiant deux articles qui soutiennent que nous devons manger de la viande. Notez bien que c’est une question non de permission mais de devoir : nous avons une obligation envers certains animaux de les manger. L’accueil réservé à ces publications n’a pas été des plus chaleureux.

Des animaux bien élevés

Chercheur à l’University College London, Zangwill présente son argument dans deux articles publiés en 2021, l’un dans une revue universitaire et l’autre dans Aeon, un magazine culturel qui connaît un succès considérable dans le monde anglophone[1]. La thèse qu’il y défend est que les êtres humains héritent d’une obligation qui leur est imposée par le fait que leurs ancêtres ont passé des millénaires à élever certaines espèces animales expressément pour la consommation. Nous devons perpétuer ce système car si vaches, porcs, moutons et poulets existent aujourd’hui en si grand nombre, c’est uniquement grâce à l’homme. Certes, la motivation d’origine était égoïste, puisqu’il s’agissait de s’en nourrir, mais il y a une contrepartie : l’homme les a protégés des dangers de la vie sauvage et, la plupart du temps, leur a garanti une vie relativement confortable. Aujourd’hui, ces animaux ne pourraient pas survivre si on les relâchait dans la nature. D’où notre devoir de prolonger cette relation symbiotique qui est mutuellement bénéfique.

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Une première objection est que l’élevage industriel impose aux animaux des souffrances qui violent ce pacte implicite entre l’homme et la bête. Du reste, Zangwill est critique à l’égard de l’agriculture industrialisée qui ne nous libère pas de notre obligation envers ces espèces, pas plus qu’il ne nous empêche de les manger, mais nous force à améliorer leurs conditions de vie. Il cite l’exemple des millions de moutons en Nouvelle-Zélande qui paissent tranquillement dans un véritable sanctuaire à l’abri du stress et du carnage que connaissent les gazelles en Afrique. Regardez quelques heures une de ces chaînes télévisées consacrées à la vie des animaux et vous verrez une véritable boucherie de bêtes trucidées, déchiquetées et dévorées par des lions. Le cinéma gore y prendrait quelques leçons.

Une autre objection est que la mise à mort des animaux ne peut pas justifier leur élevage même dans des conditions de confort relatif. Certes, notre devoir est d’abattre nos bêtes de la manière la plus indolore possible, mais ceux qui ne parlent que de la souffrance des animaux ignorent le fait que ces derniers peuvent connaître aussi le plaisir. Les êtres humains connaissent et la douleur et le bonheur, mais on ne dirait pas que leur vie n’a pas de sens parce qu’ils ont souffert. Un animal, bien que destiné à être abattu un jour, peut connaître entre-temps une vie épanouie.

La doxa végane

Si les bêtes peuvent connaître le bonheur, ne sont-elles pas comme nous et ne devons-nous pas leur accorder les mêmes droits que ceux que nous accordons à l’homme ? Les thuriféraires de la doxa végane, comme Aymeric Caron ou Hugo Clément, n’hésitent pas à attribuer le même statut à tous les êtres vivants, en restant assez vagues sur des distinctions à faire entre eux. Pour Zangwill, la continuité évidente dans le vivant, des bactéries à l’homme, n’empêche nullement d’y voir différentes catégories selon les capacités des espèces à sentir, à penser et à raisonner. Ces différences nous imposent des obligations variables. Les animaux domestiqués sont suffisamment doués d’une certaine conscience pour apprécier leur qualité de vie, mais ils n’ont pas la capacité humaine de raisonner sur leur destinée et nous pouvons les abattre. En revanche, les singes supérieurs peuvent raisonner et nous devrons les laisser vivre. Pour Zangwill, il y a un point d’interrogation sur les porcs, que seule la recherche scientifique pourra résoudre. Dommage peut-être pour le petit-déjeuner anglais.

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C’est précisément cet effort pour faire des distinctions qui scandalise les zélateurs des droits des animaux comme Caron, qui y voit une forme de « discrimination ». Dans son livre de 2016, Antispéciste, il s’indigne de l’incohérence entre les traitements que nous réservons aux vaches, que nous dévorons avec plaisir, et aux chiens que les Occidentaux ne mettraient jamais dans une casserole. Zangwill a une réponse. Les chiens ont été élevés par l’homme pour servir à d’autres fonctions, notamment celle d’animal de compagnie. Il n’y a donc pas le même contrat implicite entre nous et eux. Selon d’autres objections, si on peut élever des animaux pour les manger, on pourrait faire la même chose avec des esclaves humains ou des handicapés mentaux, mais Zangwill répond que tous les êtres humains possèdent des droits que n’ont pas tous les animaux.

Le philosophe australien Peter Singer © Alain Le BOT/Opale.photo

Les diatribes des végans s’alimentent à deux sources. La première, c’est le philosophe australien, Peter Singer, un spécialiste de l’éthique respecté pour la cohérence de ses raisonnements et son absence de fanatisme. C’est son livre de 1975, La Libération animale, traduit en français en 1993, qui a vulgarisé le terme « spécisme », inventé cinq ans auparavant par un psychologue, Richard Ryder, sur le modèle de « racisme » et de « sexisme », afin de désigner le refus de traiter toutes les espèces de la même manière. Mais Singer, qui a exercé une influence sur Zangwill, fait des distinctions entre les êtres vivants et, bien que végan, mange parfois certains fruits de mer et produits laitiers.

L’autre source est Carol J. Adams, américaine, pionnière de l’écoféminisme et militante de la cause animale. En 1990, elle publie un livre très remarqué, traduit en français en 2016 sous le titre, La Politique sexuelle de la viande. Selon elle, il y a une symétrie entre la façon dont les hommes objectivent les femmes pour les exploiter sexuellement et la façon dont ils objectivent les animaux pour les consommer. La viande incarne la domination masculine. Une seule et même révolte doit mettre fin à la consommation de la chair animale, au sexisme et au viol de la nature par le capitalisme. C’est Adams qui est largement responsable de l’assimilation de la lutte contre la viande à ces autres luttes et de la confusion qui existe aujourd’hui entre leurs justifications. C’est dans cette fourmilière-là que Zangwill a mis un sacré coup de pied.

L’homme, être rationnel parfois

Les premiers commentaires postés sur le site d’Aeon, en réponse à la publication de Zangwill, refusent péremptoirement les arguments du philosophe et expriment détresse et colère devant la publication d’un tel texte. Un grand nombre de posts sont censurés par le site, l’émotivité des auteurs dépassant sans doute les bornes de la décence. Certains traitent Zangwill de troll agissant par pure méchanceté. D’autres sont d’avis qu’il s’agit d’une parodie pour faire rire ou d’une satire dans le style de Swift, l’auteur de la Modeste proposition de 1729 qui, de manière ironique, suggérait de réduire la misère des familles irlandaises en les encourageant à manger leurs enfants.

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Quand des objections sont formulées, elles se fondent sur une confusion typiquement écoféministe entre la légitimité de la consommation de viande en tant que telle et les conséquences de sa production pour l’environnement. Zangwill maintient que nous avons une obligation morale de manger des bêtes tout en acceptant que nous devons pallier les effets écologiques de l’élevage. Si un jour les progrès de l’agriculture cellulaire permettent à tous de manger de la viande cultivée in vitro, notre devoir envers ces animaux – consistant à les élever et à les manger – restera inchangé.

À la différence des idéologues, le philosophe cherche à raisonner en termes de droits et de devoirs. C’est ainsi qu’à la différence de Roger Scruton – une autre influence importante – , il tient la chasse pour  problématique, car nous ne partageons pas la même co-évolution historique avec le gibier qu’avec vaches et moutons. Zangwill est-il aussi intolérant que ses adversaires végans ? Non, car nous ne sommes pas tous obligés de manger de la viande : il suffit qu’une minorité endosse ce lourd devoir. C’est la raison qui nous distingue de la majorité des bêtes, mais l’homme se montre rarement raisonnable.


[1] « Our Moral Duty to Eat Meat », Journal of the American Philosophical Association ; « Why You Should Eat Meat », Aeon.

Modeste proposition et autres textes

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La souris Mickey est devenue complètement folle

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Disney ne se contente plus de proposer de nouvelles productions woke. Le géant du divertissement pour les petits entend redessiner ses anciens personnages pour les rendre compatibles avec les nouvelles idéologies progressistes… En France, quand ils ne seront pas devant leur écran à regarder les dessins animés de la firme, nos enfants devraient être de plus en plus soumis à ces doctrines à l’Éducation nationale, où Pap Ndiaye, professeur de culture américaine, a été confirmé.


Il y a quelques semaines, les dirigeants de Disney ont soutenu que la compagnie devait être beaucoup plus ouverte aux idées « progressistes » ou « woke » selon le terme anglais de ce mouvement gauchisant. Mickey a-t-il des oreilles trop grandes ? Le roi Lion est-il trop mâle ? Dumbo, l’éléphant est-il trop gros ? Les aristochats trop caricaturaux ? Quant à Blanche Neige, n’est-elle pas trop blanche ? Qu’à cela ne tienne. Il faut changer et il ne suffit pas de mettre en route des films qui reflètent et célèbrent nos mœurs sexuelles modernes. Il faut corriger d’urgence tous ces personnages qui ne reflètent plus notre époque.

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Fini de vous amuser les enfants, il faut passer aux choses sérieuses. Un film Disney se doit maintenant de vous éduquer. Et ne gambadez plus dans Disneyworld juste pour le plaisir et l’émerveillement : la vie n’est pas comme ça, il faut que vous l’appreniez. On ne plaisante pas avec les clichés, ils pourraient vous mordre et vous laisser des cicatrices pour la vie. Ne vous laissez plus embobiner par les princes, les princesses, les chevaliers courageux, les héros invincibles, ils avaient tout faux. « Peter Pansexual », ou la « chevalière sans crainte », voilà ceux que vous rencontrerez dans la vraie vie, qui est beaucoup plus juste et moralement correcte que la vie rêvée. Et les parents auxquels ça ne plaît pas, tant pis pour eux.

Blanquer grand-remplacé!

Dans la vie réelle, nous avons aussi, maintenant, Pap Ndiaye, qui est chargé de l’Éducation nationale. Il n’a pas fait ses études chez Disney. Si Mickey est devenu un peu dingue, le nouveau ministre est-il plus raisonnable ? Emmanuel Macron, lors de son discours de victoire à la présidentielle, a affirmé que s’ouvrait un nouveau mandat pour “un nouveau peuple ». Un mandat pour un changement radical. Un mandat qui commence, ceux qui ont des enfants l’auront évidemment remarqué, par le remplacement de Jean-Michel Blanquer par un homme que personne ou presque ne connaissait. Blanquer, assez conservateur, a essayé pendant cinq ans de combattre l’enseignement de gauche, faisant assez bravement face à des revendications nombreuses. Pap Ndiaye, c’est l’opposé : un socialiste engagé qui envisage ouvertement de satisfaire toutes les demandes des fonctionnaires de l’Éducation nationale – ou quasiment toutes, semble-t-il. À commencer par l’augmentation des salaires, probablement la plus justifiée. Mais il y en a d’autres, beaucoup plus dans le style du Mickey nouveau, qui ne laissent pas d’inquiéter…

Pourquoi Macron l’a-t-il nommé ? Il y a deux ans à peine, notre chef suprême fustigeait « certaines théories des sciences sociales entièrement importées des États-Unis ». Qu’il fasse maintenant une volte-face complète sur quelque chose d’aussi fondamental que ce qui est enseigné à nos enfants, prouve que le président de la France n’a pas de principes très solidement amarrés et qu’il agit surtout en fonction des intérêts politiques : dans ce cas, il s’agit de séduire la gauche progressiste.

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Nommer cet ancien professeur d’université et fils de professeur de lycée est incontestablement un signe fort. Un feu vert accordé aux grosses dépenses, à la complicité avec les syndicats d’enseignants et à une éducation revue et corrigée des enfants. Plus encore : historien franco-sénégalais et, plus récemment, directeur du Musée national d’histoire de l’immigration, Ndiaye est pro-BLM, pro-transgenre, pro-woke, pro-Disney, il est pro-tous les nouvelles formes de progressisme. D’ailleurs, il ne s’en cache pas. Dans sa récente lettre aux enseignants, il a révélé cinq priorités, dont la première est la lutte contre les inégalités sociales. Ndiaye déclare qu’il est de sa responsabilité de « prendre en charge le drame de l’injustice » alimenté par le système scolaire.

Macron a-t-il changé d’avis sur la question même de l’identité française?

L’ancien ministre de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer, avait mis un point d’honneur à défendre le modèle universaliste de la France, où la citoyenneté et le sentiment d’appartenance à la nation française transcendent la race, le sexe et la religion. Il avait même créé un groupe de réflexion pour combattre les excès importés des États-Unis. Pap Ndiaye, lui, est favorable à la discrimination positive, à l’autorisation d’espaces sûrs pour les personnes de couleur, à la protection des étudiants contre les « discours dégradants » et a déclaré que la France souffrait de « racisme structurel ». Pap Ndiaye est professeur de culture américaine, et cela se voit. Le monde de Disney n’est pas du tout le monde enchanté d’autrefois, celui des valeurs familiales et des aventures merveilleuses, mais le monde moderne, éveillé et transgenre de « Woke Disney ». « Le mouvement BLM a été porté par des femmes. C’est aussi un mouvement qui intègre les enjeux de la lutte contre le sexisme et les enjeux LGBT. Aux États-Unis comme en France, il y a une convergence de ces luttes, et c’est gratifiant » dit le ministre. « Nous réalisons également que maintenant plus que jamais, il est temps pour nous tous de renforcer notre engagement en faveur de la diversité et de l’inclusion partout », a déclaré Bob Chapek, le PDG de Walt Disney, qui vient d’être reconduit à son poste, malgré les pires résultats financiers de l’histoire de l’entreprise. Mais peu importe, une ère responsable va commencer, il va révéler aux enfants la nouvelle doctrine et, grâce au Mickey éveillé, le monde sera meilleur.

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Pourtant, les recettes au box-office douchent un peu cet enthousiasme ruisselant. Le film avec le personnage Buzz l’Éclair a non seulement été un flop de Disney en 2022, mais nombreux sont les parents qui ont protesté contre l’ambiguïté du héros et contre une scène qui montre un baiser entre deux personnages féminins. À trop vouloir faire passer des messages, les réalisateurs en ont oublié qu’il s’agit d’un film pour enfants… et que l’image de Disney est encore solidement ancrée, pour la plupart, dans ce monde merveilleux que l’on veut faire disparaître.

Va-t-on s’inspirer de la méthode Disney pour nos enfants ? Je l’ai dit, la nomination de Ndiaye semble en être une preuve éclatante. Ndiaye cherche à redéfinir l’universalisme pour « prendre en compte les différences ». Il veut un nouvel universalisme qui accorde autant d’attention aux femmes qu’aux hommes, aux homosexuels qu’aux hétéros, aux non-blancs qu’aux blancs. En tant que partisan du multiculturalisme, Ndiaye souhaite introduire cette culture Disney à l’école. C’est prendre des risques inconsidérés, dont le moindre n’est pas de conduire à une société plus divisée et intolérante. Une société où la liberté d’expression et la libre-pensée s’étioleront, où les citoyens s’autocensureront, où les enfants seront les prisonniers d’un système prétendument progressiste mais surtout déconnecté de toute réalité. La nomination de Ndiaye « légitime » cette éducation. Le bon sens serait d’organiser la résistance à cette colonisation idéologique de la pédagogie française. Notre président lui déroule au contraire un tapis rouge. Mais nous ne sommes pas à Cannes et, en haut de ces marches-là, il n’y a pas de palmes d’or. Juste des palmes en plomb qui nous aideront à couler plus vite dans les classements internationaux…

La condition noire: Essai sur une minorité française

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À Odessa, Catherine II menacée par le mariage pour tous

Une pétition pour la destruction du monument dédié à Catherine II, à Odessa, a atterri sur la table du président Volodymyr Zelensky. Selon son auteur, qui réclame son remplacement par une statue de l’acteur porno américain Billy Herrington, ce nouveau mémorial sera le «signal clair» d’un soutien de l’Ukraine envers la communauté LGBT. En parallèle de cette demande, une autre pétition a été remise au dirigeant ukrainien pour la légalisation du mariage pour tous. Deux propositions qui ne font toutefois pas l’unanimité en Ukraine.


La statue de plain-pied de l’impératrice Catherine II trône fièrement dans le centre d’Odessa, capitale de l’oblast du même nom, située dans le sud de l’Ukraine. Entourée du vice-amiral de Ribas (1751-1800), de l’architecte François de Wollant (1752-1813), de Grigori Potemkine (1739-1791) et du prince Zoubov (1767-1822), elle est depuis le déclenchement de la guerre russo-ukrainienne, l’objet d’un vaste débat qui divise la population de cette ville reconnue pour ses plages et son architecture. Faut-il déboulonner cette statue, symbole de la puissance russe dans cette partie de l’Europe de l’Est ? Pour Aleksey Yuryevich Matveev, qui est un activiste politique, il ne fait aucun doute que la tsarine n’a pas sa place dans une Ukraine indépendante qui prétend entrer dans la communauté européenne.

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Deux pétitions remises à Zelensky

Profitant de l’occasion, après avoir atteint le quorum obligatoire de 25000 signatures, il a remis deux pétitions au président Volodymyr Zelensky. La première préconise la destruction de la statue au nom de la « dé-russification » de l’Ukraine. « Le fait même d’ériger ce monument a été une terrible erreur, et chaque jour de son existence montre qu’Odessa se trouve toujours dans la zone d’influence culturelle russe » déplore Aleksey Yuryevich Matveev dans son texte. Le conflit avec le voisin russe a amené les Ukrainiens à repenser et à réévaluer l’histoire de l’existence et des relations entre les deux États. Une guerre culturelle qui n’est pas nouvelle et qui s’est intensifiée avec le rattachement de la Crimée à la Russie en 2014 où Moscou s’est empressé de restaurer tous les monuments à la gloire des Romanov. Le quotidien en ligne « La vie d’Odessa » est parti à la rencontre des Ukrainiens afin de recueillir leurs témoignages sur cette demande de destruction, que d’autres pourraient comparer à la vague de wokisme qui frappe certains pays d’Europe de l’Ouest. Leurs réactions sont à l’image du pays, divisées. « Pétition très intéressante. Je pense que c’est mieux que Catherine II » dit l’une des personnes interrogées. « En ce qui concerne la pétition elle-même, c’est drôle mais pas illogique, elle ne sera certainement pas votée » affirme un autre quidam. « Je pense que c’est aussi stupide que possible » déplore une troisième personne. Ce n’est pas la première fois que la statue de Catherine II est l’objet de tensions. Déjà enlevée par les communistes en 1920, sa réinstallation en 2007 n’a pas été du goût des nationalistes ukrainiens qui ont vivement protesté et tenté vainement de perturber la cérémonie d’inauguration. 

Dans le but de développer le tourisme, Aleksey Yuryevich Matveev propose de remplacer la statue impériale par une représentation de l’acteur Billy Herrington, acteur porno gay américain, décédé en 2018 dans un accident de voiture. Selon l’activiste, « la figure de Billy Herrington reste une grande influence culturelle sur Internet et l’apparition d’un tel monument deviendra une attraction touristique très populaire » qui permettra à Odessa de renoncer « à son héritage infâme ». « Ce serait un signal clair que l’Ukraine soutient la communauté LGBT » ajoute également l’activiste qui n’a pas hésité à lier étrangement ce combat avec un autre qui lui est cher, celui de la reconnaissance du mariage pour tous présente dans une seconde pétition également remise au dirigeant ukrainien.

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42% des Ukrainiens opposés au mariage homosexuel

Si les homosexuel(le)s bénéficient d’un régime de tolérance dans le pays, la Gay pride ne fait pas recette en Ukraine. Elle réunit chaque année, quand elle n’est pas interdite pour des raisons de sécurité, moins de 500 personnes. Dépénalisée depuis l’indépendance en 1991, les couples homosexuel(le)s ukrainiens peuvent adopter des enfants s’ils le souhaitent ou changer de sexe (uniquement à partir de 25 ans). Protégé contre les discriminations, les homosexuel(le)s de l’Ukraine ne peuvent cependant pas recourir à la GPA ni se marier sous quelle forme que ce soit. Une incongruité pour Viktor Pylypenko, qui estime également que cette pétition doit servir au président ukrainien pour légaliser le mariage homosexuel dans le pays. « Depuis 1991, 2014 et février 2022, nous avons été dans les rangs de tous les bataillons de volontaires, nous défendons la patrie de la menace de la tyrannie russe, de l’impérialisme qui souhaite nous emprisonner et dénie nos droits à la liberté d’exister » explique le patron de l’association des militaires ukrainiens LGBT au micro de la chaîne d’information ukrainienne 24TV. Pour autant, cette seconde pétition ne fait pas l’unanimité en Ukraine. Bien que l’image des homosexuel(le)s s’est largement améliorée en Ukraine, selon une récente étude parue en juin dernier sur le sujet, seuls 24% des Ukrainiens soutiennent l’idée du mariage pour tous contre 42% qui s’y opposent fermement.

Le gouvernement ukrainien a bien reconnu avoir reçu les deux pétitions et s’est contenté de déclarer qu’elles « étaient à l’étude ».

Perpignan: voulez-vous savoir pourquoi Younes «n’a pas pu serrer la gorge d’un policier»?

Au tribunal, la répartie lumineuse d’un ex-taulard faisant l’objet d’une obligation de quitter le territoire ayant été interpellé par la police alors qu’il venait de s’acheter du cannabis.


La scène se déroule au tribunal correctionnel de Perpignan. Pas au Tribunal des flagrants délires du regretté Pierre Desproges, alors que ça aurait pu… La pièce est courte: un seul acte. Mais on sait que les meilleures comédies de boulevard sont les plus courtes. Deux acteurs principaux: le président du tribunal et Younes, 26 ans.

Gaucher des deux mains

Sur ces 26 ans, il en a passé cinq derrière les barreaux. Il était en liberté probatoire et faisait l’objet d’une demande d’expulsion du territoire français car il est étranger. Une jeunesse un peu fougueuse, diront les aigris. Mais une jeunesse vivante et bien remplie. Et dans son cas particulier, nous avons la conviction intime qu’il s’agit d’une grave erreur judiciaire. Younes faisait tranquillement ses courses à Perpignan. Il lui fallait acheter un produit de première nécessité : du cannabis… Des policiers de la Bac, obtus et méchants, ont voulu l’interpeller. Quand vous faites des courses, aucun flic ne vous importune, sans doute parce que vous n’êtes pas arabe…

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Confronté à cette inqualifiable agression, Younes s’est défendu. Et il a mis ses mains (ou une seule main) autour de la gorge d’une de ces brutes policières. Ce qui lui a valu de se retrouver au tribunal pour violences à l’endroit d’une personne dépositaire de l’autorité publique. Voici le dialogue de la pièce:
Younes : « J’ai eu peur en voyant la bac, mais je n’ai pas serré le policier à la gorge ». Il lève sa main : « Je ne peux pas l’utiliser, j’ai été opéré » 
Le président : « Vous avez deux mains »
Younes, superbe et magnifique : «Oui mais c’est la bonne et je suis gaucher des deux mains! »
Sublime Younes ! Nous allons te dire « tu », car nous disons « tu » à tous ceux que nous aimons. Younes, tu as été grandiose et ta réponse restera dans les annales. Avec toi, un grand comique nous est né !

Il est des nôtres !

Balayé Courteline et Feydeau, terrassé Alphonse Allais, enfoncé Coluche ! Tu les surpasses et tu les écrases. Sans toi, Younes, sans ta répartie lumineuse, la vie ne serait que ce qu’elle est : une morne vallée de larmes. Oui, tu as apporté un peu de sourire dans un monde de brutes.

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Le président du tribunal bête, méchant et certainement islamophobe, t’a condamné à six mois de prison. Il est à craindre qu’à l’expiration de cette peine, tu sois contraint de quitter la France. Et de cela, nous ne voulons absolument pas. Reste avec nous, et nous lancerons une pétition pour que « je suis gaucher des deux mains » soit inscrit au fronton de la Comédie française qui préfère célébrer un auteur très surfait du nom de Molière. Oui, Younes, reste avec nous : tu es des nôtres. Nous entendons déjà les ricanements des réacs très nombreux sur ce site : « Des Younes, il y en a des milliers en France et c’est beaucoup trop ». Certes, mais tous les Younes n’ont pas l’humour de notre Younes à nous.

Source : L’indépendant.

Le rôle sulfureux du demi-frère de MBZ, le Sheikh Tahnoun, dans la radicalisation des Émirats arabes unis

Si les Émirats arabes unis ont réussi à étendre leur influence du Moyen-Orient aux États-Unis, jusque dans la Maison Blanche de Donald Trump, c’est grâce aux efforts entrepris par le Sheikh Tahnoun, conseiller émirati à la sécurité nationale…


On n’a de cesse de parler de Mohamed Ben Zayed, fils du fondateur des Emirats arabes unis en 1971 et désormais nouveau président de la confédération depuis la mort de son père en mai dernier. On parle bien moins de son demi-frère, Tahnoun Ben Zayed, de la même dynastie, celle des Al Nahyane, l’actuel conseiller à la sécurité nationale des Émirats, et qui avait été nommé vice conseiller au même poste par feu son père en 2013. Et peut-être le prochain boss du pays ? 

Cheikh Zayed avait une vision de développement moderne et ouverte pour son pays. En revanche, son fils, prince héritier dès 2014, transformera et accélérera ce développement tous azimuts en radicalisant le pays, et ce jusqu’à influencer le destin du Moyen-Orient tout entier pour ses propres intérêts. Cette vision repose à la fois sur la nécessité de faire d’Abu Dhabi une forteresse imprenable, avec des capacités militaires importantes et la présence de forces étrangères comme assurance-vie, mais également sur l’urgence de mettre un terme à tous les mouvements démocratisants issus des Printemps arabes et qui ont pour lui bien trop fait la part belle aux mouvements des Frères musulmans. 

Le ju-jitsu, levier de la stratégie d’influence émiratie?

Dans la même veine, et non étranger à ce glissement géostratégique des Emirats, Sheikh Tahnoun, prend à cœur ce poste politique stratégique de conseiller à la sécurité pour le compte désormais de son propre frère. Fait moins connu : il joue depuis des années un rôle majeur dans le ju-jitsu mondial, ce sport de combattant asiatique tiré de l’art des samouraïs au Japon. Une façade ? Lui pratique en tout cas assidûment la version brésilienne de celui-ci. Il a ainsi créé la fameuse compétition ADCC World Submission Fighting Championships et a rôdé dans les rings américains dès 1995. S’étant fait passer pour un modeste élève, il ne révélera que bien plus tard à ses professeurs sa véritable identité. Il reviendra aux Émirats arabes unis dès 1998 pour développer ce sport de combat dans le pays. Aujourd’hui, son centre est un des meilleurs du monde arabe. 

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Son frère, Mohamed Ben Zayed, s’est pris de passion aussi apparemment pour le sport de combat de son frère. Enseigner le ju-jitsu à l’école, dans les entreprises, dans les administrations, voilà un de ses projets d’ampleur nationale. Cela conditionne une vision tout à fait guerrière de la société, à l’image de ses dirigeants. Il aide même des jeunes talents à percer. Voilà pour la version officielle. 

L’interventionnisme d’Abu Dabi envers les mouvements de révolte populaire arabes

Mohamed Ben Zayed et Sheikh Tahnoun, c’est une vision très autoritaire du futur du pays et de la région qu’ils rêvent d’orienter voire diriger. Des Printemps arabes survenus en 2010, il ne reste quasiment plus rien. Tous ont été étouffés ou se sont éteints d’eux-mêmes. Mais pour beaucoup, de l’Algérie au Yémen en passant par le Soudan, l’Egypte, Abu Dhabi porte la responsabilité en ayant soutenu par tous les moyens les pouvoirs autoritaires afin d’étouffer toute contestation démocratique dans le monde musulman. La paranoïa de Mohamed Ben Zayed, comme celle de son frère, de voir les Frères musulmans prendre le pouvoir dans leur propre pays, alors qu’ils ne sont même pas plusieurs centaines, a stimulé chez eux un vent de contre-révolution pour tout le monde arabe. Quid des processus de démocratisation ? Ils sont morts, même en Tunisie. Le Washington Post décrivait Tahnoun ainsi en octobre 2021 : « Si vous êtes intéressé par la géopolitique du Moyen-Orient, il y a de fortes chances que vous connaissiez le cheikh Tahnoun bin Zayed Al Nahyan en tant que conseiller à la sécurité nationale des Émirats arabes unis. Dans ce rôle, il a joué un rôle central dans les opérations militaires du pays au Yémen et en Libye, et dans ses récents efforts pour réparer les dégâts causés avec des rivaux régionaux comme la Turquie, le Qatar et l’Iran. » [1]

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Le cas litigieux de la Syrie concerne les deux hommes : MBZ est le premier et longtemps le seul dirigeant de la région et du monde à avoir appelé à la normalisation du régime de Bachar Al Assad, alors que dès 2012, des hommes d’affaires émiratis se pressaient à Damas pour envisager la reconstruction du pays à venir. Sheikh Tahnoun n’est pas vierge dans tout cela : alors que Washington impose des sanctions contre le régime de Damas, visant les réseaux de soutien à Bachar al Assad à l’étranger, le Washington Post révélait le 16 août 2020, que Tahnoun avait déposé près de 200 000 dollars sur les comptes bancaires de la nièce du président syrien, Aniseh Shawkat, en qualité de « parrain ». Depuis, les comptes ont été saisis, mais Tahnoun jamais poursuivi alors qu’il a clairement enfreint le droit international et le régime des sanctions imposé à Damas… Depuis des années, il semble y avoir un régime de faveur pour Abu Dhabi à Washington. De plus, en sa qualité de conseiller à la sécurité du pays, Tahnoon, a forcément un lien avec le projet Raven, ce grand projet de surveillance généralisé de cibles politiques bien déterminées, où l’on retrouvait d’anciens agents de la CIA, en charge de surveiller notamment des… Américains ! Tout cela, bien sûr, au nom de la guerre contre le terrorisme.

Ingérence durant le mandat Trump

En 2021, un businessman du nom de Thomas Joseph Barrack avait été arrêté aux Etats-Unis pour ses liens troubles avec les Émirats arabes unis et ses activités d’influence [2]. À l’époque, proche de Trump, il était un de ses principaux soutiens financiers lors de la campagne de 2016. Devenu conseiller informel pour le Moyen-Orient de l’administration Trump ensuite, il aurait intrigué en faveur d’Abu Dhabi pour influencer les politiques proches de la Maison Blanche. Lors de son procès qui a démarré en juillet 2021, et où il était accusé d’être un agent pour le compte d’un État étranger et d’avoir menti à maintes reprises au FBI, il cita plusieurs noms dont celui de MBZ, celui de Youssef Al Otaiba, l’ambassadeur émirati aux États-Unis, mais également celui de Sheikh Tahnoon en sa qualité de conseiller à la sécurité des EAU !

Derrière le ju-jitsu et cette volonté de démocratiser ce sport de combat, se cache manifestement un ardent combattant de réseaux, d’influence, et ce pour le compte de son autoritaire et combattant politique de frère. Beaucoup pensent déjà que le prochain big boss du pays, ce sera Tahnoon… L’autorité et le soufre, c’est de famille !


[1] https://www.washingtonpost.com/business/energy/meet-the-uaes-royal-troubleshooter-and-maybe-next-big-boss/2021/10/21/f33ea4e8-3234-11ec-8036-7db255bff176_story.html

[2] https://www.reuters.com/world/us/trump-fundraiser-barrack-loses-bid-dismiss-uae-lobbying-charges-2022-06-22/

Infantilisation et culpabilisation sont en bateau, Olivier Véran tombe à l’eau

À la sortie du Conseil des ministres du mercredi 20 juillet, Olivier Véran nous a repris par la main pour nous indiquer à nouveau les « bons gestes » — non plus ceux qui empêchent le Covid de passer par nous, mais ceux qui nous permettront bientôt de compenser l’absence de gaz russe. L’infantilisation générale continue, affirme notre chroniqueur.


« Quand on part en week-end ou en vacances, on débranche un maximum de prises électriques, parce que sinon ça continue de consommer de l’énergie », a recommandé Olivier Véran au sortir du Conseil des ministres. Et d’appeler également à « débrancher son wifi », à « baisser un peu la clim » et à « éteindre les lumières lorsqu’on n’utilise pas les pièces ». La « chasse au gaspi », instaurée après le second choc pétrolier en 1979, est de retour.

Ces conseils, les parents avisés les donnent journellement à leurs enfants, petits et grands. Tout comme ils leur demandent de se laver les mains avant de passer à table et en sortant des toilettes, de ne pas éternuer à la face de leur voisin, et d’aérer leur chambre, lorsqu’elle commence à sentir les pieds sales et la libido rance.

En 2020, le docteur Véran, promu ministre de la Santé, nous a expliqué comment juguler le virus qui courait la ville et les champs. Désormais, il fait mieux, il est le père universel d’une nation de mioches.

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Comme l’a remarqué Nathan Devers sur CNews ce matin, nous sommes nombreux à avoir assez mal pris, ces deux dernières années, cette infantilisation généralisée des adultes, menacés d’une amende lorsqu’ils ne suivaient pas les consignes et oubliaient de mettre un masque sur les plages. D’autant que cette infantilisation s’est doublée d’une culpabilisation tout aussi implacable des enfants, accusés par avance de porter sur eux les germes qui tueraient infailliblement leurs grands-parents.

C’était l’époque, souvenez-vous, où Papy et Mamie, à Noël, devaient manger à la cuisine, de crainte qu’un bambin leur apporte une mort certaine. Et quand ils étaient morts, il était interdit d’aller à leurs obsèques — de crainte de les tuer une seconde fois. Le gouvernement d’Emmanuel Macron restera dans les mémoires comme celui qui a supprimé le rite le plus ancien des sociétés humaines, sous prétexte de nous épargner un gros rhume: je viens d’avoir le Covid — et ce fut un gros rhume sur trois jours, qui ne m’a empêché ni d’aller me baigner, ni de boire et manger, ni d’embrasser ma fille qui me l’avait passé. Ni d’écrire sur Causeur.

On parlera de géopolitique plus tard

Il fut un temps — au siècle dernier — où les patrons jouaient la carte du paternalisme avec leurs ouvriers, considérés comme éternellement mineurs — surtout chez Zola. Schneider construisait Le Creusot pour ses employés, on prélevait à la source le prix des loyers et de divers services, on versait le reliquat aux épouses afin que leurs maris n’en profitent pas pour tout dépenser en une soirée à l’estaminet du coin.

Puis les instituteurs de la IIIe République (et des suivantes) ont enseigné à leurs élèves les règles élémentaires d’hygiène. Ainsi progressent les civilisations — jusqu’à ce que d’autres, avec des règles plus laxistes, prennent le dessus…

Mais il est tout à fait nouveau qu’un gouvernement se mêle de la façon dont nous disons bonjour (se serrer la main ? Quelle horreur — désormais on se tend le poing, comme des racailles), dont nous expectorons nos humeurs et les pollens qui nous chatouillent la narine, dont nous avons plus ou moins chaud, ou froid, dont nous réglons nos appareils ménagers — le frigo sur 2, pas sur 4, dépensiers que vous êtes ! —, dont nous gérons le deux-pièces dans lequel vivotent la plupart des Français, ou dont nous nous déplaçons dans des voitures qu’on exige pourtant électriques.

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Les médias servent désormais à relayer les consignes de base. Faute de parler aux Français des sujets brûlants (non, pas la canicule, qui est de saison, mais le pouvoir d’achat, qui est bien autrement en berne qu’on ne l’avoue à Bercy, ou l’insécurité — entendez-vous le bruit des couteaux qu’on aiguise ?), ils nous bercent de rengaines catastrophées : les pins brûlent dans les Landes, le nombre d’hospitalisations monte en flèche, il y a du monde dans les gares… Même la guerre en Ukraine ne fait plus recette — sinon sous la forme d’une menace sur les pâtes alimentaires, l’huile de tournesol et la moutarde. On parlera de géopolitique l’année prochaine…

Bourg-en-Bresse: les commerces climatisés interdits

Les journalistes multiplient les micro-trottoirs, pour demander à des Français consternés un avis dont ils se fichent pas mal, étant les seuls à détenir la vérité. Certains enseignants font de même en classe — « quel est votre avis sur le théorème de D’Alembert, la Guerre des Six jours ou les romans de Sylvie Germain », tous sujets sur lesquels les élèves sont bien incapables d’avoir le commencement d’une idée, mais sur lesquels ils ont sans doute des avis.

Mais ce qui à la rigueur peut se comprendre en classe est inexcusable à l’échelle d’une société de citoyens majeurs, capables de distinguer un écran de fumée lorsqu’ils en voient un. Et cette triade infernale, infantilisation / culpabilisation / répression, qui promet comme à Bourg-en-Bresse des amendes de 38€ aux commerçants qui climatiseraient leurs boutiques tout en ouvrant la porte, est le signe d’un reflux évident de la démocratie, qui repose à l’origine sur la certitude que les citoyens sont assez adultes pour élire leurs représentants, mais qui désormais ne le sont plus assez pour se déplacer, éternuer ou prendre l’air. Le dernier représentant de cette démocratie moribonde voudra bien, en sortant pour entrer dans une ère totalitaire, penser à éteindre la lumière — même si pour l’essentiel, c’est déjà fait.

La fabrique du crétin: Vers l'apocalypse scolaire

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Maestro!

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Ennio Morricone © Piano B Productions/Le Pacte

Que voir cet été au cinéma? Si l’offre ne s’annonce pas pléthorique, elle révèle cependant quelques pépites qui permettront un retour dans les salles obscures: pour que vive le cinéma! Jean Chauvet nous parle ici d’Ennio Morricone, de Dominik Moll ici, et du prix de la mise en scène au Festival de Cannes ici.


Il y a deux ans, le 6 juillet 2020, Ennio Morricone mourait à Rome, sa ville natale, à l’âge de 72 ans. Ennio, le documentaire réalisé par le cinéaste italien Giuseppe Tornatore (l’auteur, entre autres de Cinema Paradiso) lui rend un hommage particulièrement fouillé, en insistant sur la dimension cinématographique de l’œuvre de ce compositeur de génie. Ce qui, soit dit en passant, ne fut pas toujours évident, y compris aux yeux du maestro lui-même : longtemps Morricone a considéré la musique de film comme un sous-genre, mettant plus volontiers l’accent sur ses talents de compositeur de musique symphonique, de pianiste ou bien encore de chef d’orchestre. Cependant, collaborations prestigieuses aidant, il a dû au fil du temps se rendre à l’évidence. Non seulement la B.O., comme on dit, n’est pas un art mineur, mais son apport à lui dépasse largement la moyenne. Au panthéon des musiciens de cinéma, l’Italien occupe depuis des décennies une place à part et même un statut de commandeur tant on s’accorde pour parer sa musique de toutes les vertus. Capables d’ironie raffinée comme de lyrisme débridé, ses compositions pour Leone, Pasolini, De Palma, Bolognini, Bertolucci, Joffé, Verneuil, Enrico, Tarantino et tant d’autres sont souvent devenues des tubes aux mélodies immédiatement identifiables avec leur cortège de voix féminines, de siffleurs, de guimbarde et autres instruments décalés utilisés comme autant de marqueurs.

© Le Pacte

Mêlant très classiquement, sur deux heures et demie, entretiens et extraits de musiques et de films, le documentaire de Tornatore va à l’essentiel en donnant la parole à une pléiade de témoins. De Quincy Jones à Nicolas Piovani, en passant par Tarantino, Eastwood, Springsteen ou Bertolucci notamment, tous apportent leur pierre à l’édification d’un mausolée mérité. Même la réalisatrice italienne Lina Wertmüller quand elle déclare, non sans raison : « Il était fou, c’est certain. » Car il s’agit assurément d’une folie géniale. Tyrannique, exigeant, monomaniaque, colérique… Morricone cumulait ces qualificatifs peu amènes. Mais qu’importe au regard d’une œuvre musicale cinématographique à nulle autre pareille. Comme le dit à Tornatore le compositeur italien Nicolas Piovani, collaborateur inspiré, entre autres, de Nanni Moretti : « Morricone fut la grande exception à toutes les règles. » Autrement dit, un artiste à part, hors norme. Dans le film, Tarantino raconte la façon dont il l’aborda pour la musique de son film Les Huit Salopards. Lui l’abonné à la réutilisation de musiques de film déjà existantes désirait cette fois confier à Morricone l’écriture d’une partition originale. Surprise et incompréhension du maestro qui finit cependant par accepter la commande. Et prenant un malin plaisir à composer une œuvre symphonique en totale rupture avec les compositions dont Tarantino se servait habituellement. Le résultat est aussi déconcertant que réussi.

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C’est le grand mérite du film de Tornatore que de s’effacer devant les musiques de Morricone, en cherchant à mettre en valeur leur singularité extrême. À leur propos, Clint Eastwood affirme : « Elles étaient modernes à l’époque de leur composition, elles le sont toujours. » Le cinéaste américain évoque bien évidemment les B.O. composées par Morricone pour les fameux westerns-spaghettis réalisés par Sergio Leone. Et notamment la musique de Pour une poignée de dollars. Eastwood, qui n’était alors qu’acteur, sait combien ces partitions rythmées et iconoclastes ont participé au succès des films. Peut-on imaginer Il était une fois dans l’Ouest sans les morceaux de Morricone ?  Ils lui donnent une incroyable dimension mélancolique, pulvérisant ce que le scénario peut avoir d’anecdotique. Depuis lors, le succès de Morricone n’a cessé de croître, y compris à travers des concerts dans le monde entier. Des concerts de musique de film, mais sans film. Preuve irréfutable de l’autonomie des compositions du maestro italien. C’est sa musique que l’on vient écouter, même quand il n’est plus de ce monde pour la diriger. Et il n’est pas plus bel hommage.

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Et Dieu créa l’arche de B.B.

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La superstar avec l'animateur de télévision Allain Bougrain-Dubourg, à Nantes, en 1987 © BERTRAND SOUBEYRAND / AFP

Une mini-série racontant la vie de Brigitte Bardot est en préparation, pour France 2, et devrait sortir en 2023. C’est l’occasion de revenir sur l’épopée de cette déesse adulée du cinéma français, qui, abandonnant tout pour secourir les animaux en détresse, donna un véritable sens à sa vie.


Alors qu’elle s’imagine ballerine, par la grâce d’une beauté tant candide qu’insolente, Brigitte Bardot voit sa destinée basculer. Son regard transperçant l’âme, sa moue boudeuse et sa taille menue lui permettent de devenir très jeune l’égérie du magazine Elle. C’est d’ailleurs sur une de ces unes que Roger Vadim, pour qui elle aura un coup de foudre réciproque, la remarque à l’âge de 16 ans. Après avoir obtenu des petits rôles dans Le Trou normand aux côtés de Bourvil, Manina, la fille sans voiles de Willy Rozier, Si Versailles m’était conté de Sacha Guitry, ou encore Les Grandes manœuvres de René Clair, sa consécration ne tarde pas.

Le mythe de la Vénus de Saint-Tropez

À 22 ans, la jeune lionne à la crinière de feu se prête à une véritable métamorphose dans « Et Dieu créa la femme », réalisé par Roger Vadim en 1956, entre temps devenu son époux. Celui-ci la laisse souvent improviser, et aller au bout d’elle-même. « Je ne joue pas, je suis » aurait-elle ainsi lancé au metteur en scène pendant le tournage. Se baladant pieds nus, en robe légère et seyante dans le petit village de Saint-Tropez, elle irradie de son naturel et sa foudroyante sensualité. La nature a doté BB de l’esprit de liberté qu’affiche son personnage, celui d’«une fille de son temps, affranchie de tout sentiment de culpabilité, de tout tabou imposé par la société », selon les mots de Vadim.

Toutefois, les prêtres de la vertu crient au scandale et attaquent ce film, qu’ils jugent amoral. Il faut dire que c’est la première fois que le désir féminin est porté à l’écran ! Certaines scènes se voient des lors censurées, notamment celle explicite d’un cunnilingus. Les critiques acerbes, pleuvent. Seuls Les Cahiers du cinéma louent BB: « Bardot est magnifique et pour la première fois, totalement elle-même ! ».

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Contre toute attente, aux Etats-Unis, en 1957, Brigitte Bardot enflamme les passions et les foules. Plus de huit millions d’entrées sont réalisées ! Cet impressionnant succès va attiser la curiosité des Français, si bien qu’en 1958, 4 millions d’entrées sont totalisées dans l’Hexagone. Une étoile est née. Poursuivant son ascension, elle va notamment marquer les esprits dans La Vérité (1960) d’Henri-Georges Clouzot et Le Mépris (1963), de Jean-Luc Godard.

Je t’aime… moi non plus

À l’automne 1967, elle devient la muse de Serge Gainsbourg, avec qui elle vit une romance passionnée et cachée. « Écris-moi la plus belle chanson d’amour que tu puisses imaginer » lui demande-t-elle [1]. En une nuit, à l’aide de son piano, il lui écrit la fabuleuse et voluptueuse chanson « Je t’aime… moi non plus ». Peu de temps après, il l’enregistre avec elle, au Studio B des Studios Barclay, avenue Hoche, à Paris. Celle-ci ne verra toutefois pas le jour puisque, Günter Sachs, photographe milliardaire, marié à Brigitte depuis 1966, lui en interdit fermement la diffusion ! Plusieurs de leurs chansons dont « Bonnie and Clyde », la version anglaise de « Comic Strip » et « Je t’aime moi non plus, qui ne sortira qu’en 1986, entre autres, deviennent cultes…

La fée des animaux

Capture France TV

 « Adorable Jacques, cette photo est formidable. La sorcière mangeuse de chèvres et la fée des animaux qui sauve Colinette. C’est symbolique. C’est le tournant de ma vie, et vous étiez là au bon moment. Merci, merci, merci. Je vous embrasse de tout mon cœur ». C’est en ces termes que BB remercie dans une lettre le photographe Jacques Espardier. C’est lui qui a capturé ce moment historique, qui l’a convaincue de quitter le cinéma. En 1973, à la fin du tournage de « L’histoire très bonne et très joyeuse de Colinot Trousse-Chemise », elle croise une figurante qui lui lance « Dépêchez-vous de finir votre film, on prépare un gigantesque méchoui » en lui désignant une chèvre. La comédienne est bouleversée. « Ce n’était pas possible. Je lui ai acheté l’animal et je suis rentrée avec celui-ci dans mon hôtel 4 étoiles. Je ne vous dit pas la tête du personnel… » a-t-elle raconté dans une longue interview accordée à Valeurs Actuelles en mars 2017. C’est ainsi qu’en pleine gloire, le 6 juin 1973, à 38 ans, elle annonce officiellement son départ. Incrédules, certains imaginent un éphémère caprice de star. Mais cet abandon est bel et bien définitif. «Je veux passer mon temps à m’occuper de la défense animale. Et je crois que j’aurais beaucoup de travail. C’est pour ça qu’il vaut mieux que je ne fasse plus de cinéma ».

Brigitte Bardot devient la voix des animaux, celle qui fustige leurs bourreaux et les pourchasse, faisant fi des obstacles et des menaces. Bardot joue ici le plus grand rôle de sa vie : celui d’une avocate hors pair qui réussit à faire bouger les lignes politiques, pour changer le sort de ces êtres. En 1977, en compagnie de l’écologiste suisse Franz Weber, elle suscite un grand intérêt lorsqu’elle défie le gouvernement canadien et les chasseurs de phoques. Déposée en hélicoptère sur la banquise de Blanc-Sablon, elle prend la pause avec un bébé phoque dans ses bras. Elle désire mettre en lumière la barbarie dont sont victimes ces blanchons, abattus pour leur fourrure. De retour en France, elle fait adopter l’interdiction du commerce de produits dérivés de la chasse sur les phoques ayant moins de quatre semaines, grâce au soutien de Valéry Giscard d’Estaing, alors président. La législation européenne s’adapte, elle aussi, pour faire cesser ces massacres d’animaux.

«J’ai donné ma jeunesse et ma beauté aux hommes, je donne ma sagesse et mon expérience aux animaux »

La création de sa propre fondation, en 1986, lui permet de mener plus efficacement ce combat pour les animaux. Lors d’un entretien avec Paris Match, retranscrit dans le livre de Caroline Pigozzi Pourquoi eux : ils ont fait notre époque, BB raconte les difficultés qu’elle a rencontrées pour la lancer. En effet, pour obtenir le statut de fondation, il lui faut réunir 3 millions de francs, alors qu’elle ne le peut pas, ayant dilapidé la majorité de ses gains de star. Elle organise donc une mémorable vente aux enchères de ses biens personnels. « Je me suis installée pendant deux mois sur le marché de Saint-Tropez pour vendre mes souvenirs, des bracelets, des colliers, rapportés du Brésil, du Mexique, des photos que je dédicaçais, mes jupons, mes chapeaux » dévoile-t-elle, avant d’ajouter : « Dans la foulée, j’ai mis aux enchères à Paris, les bijoux précieux que m’avait offerts mon mari Günter Sachs, ma robe de mariage avec Vadim, de l’argenterie, des meubles et même ma guitare ».

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C’est durant cette vente qu’elle prononce la célèbre phrase : « J’ai donné ma jeunesse et ma beauté aux hommes, maintenant je donne ma sagesse et mon expérience aux animaux. » Reconnue d’utilité publique en 1992, la Fondation Brigitte Bardot agit notamment contre la chasse, contre les expérimentations animales, contre le gavage des canards et des oies, contre l’abattage sans étourdissement, l’hippophagie, les spectacles d’animaux et leur captivité, la stérilisation des chiens et des chats…

« En donnant ma vie aux animaux, ce sont eux qui m’ont sauvé » déclare-t-elle à Vogue en 2021. Sa recherche d’absolu et de vérité se voit en effet comblé par ce dur combat. Si elle le mène encore aujourd’hui avec un infatigable et vif esprit, c’est parce que « les animaux ne peuvent pas attendre ». Quant au temple du cinéma, elle se réjouit d’y être entrée un jour, pour l’unique raison qu’il lui a donné une voix forte pour incarner celle des animaux. BB, être insaisissable, traquée un temps comme une bête, a aujourd’hui disparu de nos écrans, pour notre plus grande peine. Sa dernière apparition à la télévision, en 2003, dans une émission spéciale d’ « On ne peut plaire à tout le monde » présentée par Mac-Olivier Fogiel, s’était soldée en lourd procès à son encontre. Sa franchise, son dire vrai, ses excès ont choqué, mais c’est pour cela qu’elle a été, et sera encore tant aimée. Elle ne joue pas, elle est.

[1] Serge Gainsbourg: Making of d’un dandy, Marie-Christine Natta 2022.

Pourquoi eux: Ils ont fait notre époque

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Serge Gainsbourg: Making of d’un dandy

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Mort sans la France

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Alban Gervaise © D.R.

Alban Gervaise est mort dans l’indifférence. La France ne lui a pas rendu l’hommage qu’il méritait. Sa fin cruelle intervient au croisement de deux tragédies : la guerre que nous livrent des terroristes invisibles et le terrifiant déni de celle-ci. Or, on ne peut régler un problème qu’on refuse ou interdit de voir. Ce refus du réel est sûrement le mal français le plus profond.


Alban Gervaise est mort deux fois : égorgé par le couteau de son meurtrier, enseveli par le silence de son pays. Contrairement à Jean-Paul Belmondo ou Jean d’Ormesson, ce médecin militaire tué à 40 ans n’a pas eu droit à un hommage aux Invalides. Personne n’a manifesté avec une pancarte proclamant « Je suis Alban Gervaise ».

Omerta politico-médiatique

C’est qu’Alban Gervaise n’était pas une star de cinéma, ni une personnalité de la République des Lettres. Juste quelqu’un de bien, comme dit la chanson, un homme qui aimait son pays, qu’il servait comme médecin militaire, et sa famille – c’est devant l’école catholique où il allait chercher ses deux gosses, âgés de 3 et 7 ans que, le 10 mai, il a été sauvagement agressé au couteau avant de succomber à ses blessures le 27 mai et d’être inhumé le 7 juin. Toutes nos condoléances à sa famille.

Nos gouvernants et les institutions ont donc fait preuve d’une discrétion de violette. Quelques personnalités politiques comme Valérie Boyer, Éric Ciotti, Marine Le Pen ou, exception notable à gauche, Julien Dray, ont exprimé par voie de tweet leur colère et leur solidarité avec la famille endeuillée. Le ministre de l’Intérieur s’est félicité, par le même truchement, de la réaction des passants qui ont désarmé l’agresseur. L’armée s’est fendue d’un communiqué.

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Enfin, excepté quelques articles dans Le Figaro[1], L’Union de Reims et les médias étiquetés fachosphère, Alban Gervaise n’a pas fait la « une » des journaux. Si nous lui consacrons celle de Causeur, c’est pour réparer une injustice, mais aussi parce que sa mort est survenue au croisement de deux tragédies françaises : la première, c’est la guerre que nous livrent des ennemis invisibles ; la deuxième, c’est le terrifiant déni de la première.

L’essor du « jihadisme d’atmosphère »

Depuis le 11 mars 2004, jour où des bombes ont tué 192 personnes à Madrid, l’Europe vit à nouveau sous la menace du terrorisme islamiste. Après le périple sanglant de Mohammed Merah qui s’est achevé par l’assassinat d’enfants juifs et de leur père et professeur, en mars 2012, l’année 2015 a été celle des assassinats de masse planifiés et organisés depuis le « califat-voyou » de Daech (13-Novembre à Paris, aéroport de Bruxelles) ou au moins partiellement inspiré par lui (Charlie Hebdo). Cependant comme l’a brillamment démontré Gilles Kepel, à partir de 2019 et de l’affaire Mickaël Harpon, on assiste à une mutation du terrorisme (qui n’exclut pas la coexistence de plusieurs modèles). Le 3 octobre 2019, cet Antillais sourd-muet converti à l’islamisme et informaticien massacre quatre de ses collègues de la Préfecture de police de Paris à coups de couteau et en blesse grièvement un cinquième. Or, dans son cas il n’y a pas de donneur d’ordre extérieur, ni de logistique sophistiquée. Il a acheté un couteau pendant sa pause-déjeuner. Comme l’analyse alors Gilles Kepel, il appartient à un nouveau type de terroristes qui « contractent le virus par la “voie atmosphérique” du web et développent leur pathologie meurtrière jusqu’au passage à l’acte ».

Dans Le Prophète et la Pandémie, Kepel définit ce nouveau terrorisme à portée de tous comme le « jihadisme d’atmosphère », brillante formule qui a le mérite de pointer la forêt où poussent ces arbre tordus. Maurice Berger, Béatrice Brugère, Hala Oukili et Tarik Yildiz explorent dans les pages qui suivent différentes facettes de ce djihadisme low cost et individuel, presque impossible à prévenir pour les services de sécurité. Comment saurait-on à l’avance qu’un homme que ses voisins décriront généralement comme « sans histoires » va passer à l’acte ? Certes, on découvre ensuite qu’il se farcissait le cerveau de vidéos de décapitation et autres appels à tuer des kouffars, mais on comprend bien qu’il est impossible de surveiller l’ensemble des pratiques numériques de la population – sans parler des questions non négligeables de libertés publiques que cela pose.

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La Justice n’est guère mieux armée face à ces assassins dont beaucoup n’ont pas prémédité leur forfait. Cependant, on a aussi l’impression que le Parquet national antiterroriste répugne à se saisir de ce genre d’affaires. Ce à quoi il faut ajouter la question du déséquilibre psychique trop souvent invoqué pour éluder les motivations religieuses. Comme si l’un excluait l’autre ! Imagine-t-on une personne parfaitement équilibrée prenant le volant d’un camion pour rouler sur une foule ? On finit pas penser qu’il s’agit surtout de cacher au public la réalité de la menace et de la haine que nous vouent ces ennemis qui sont souvent des ennemis de l’intérieur – soit qu’ils soient français, soit que, par humanitarisme béat et impuissance à contrôler nos frontières, nous les ayons laissés entrer sur notre territoire.

Résultat, chacun d’entre nous peut être la prochaine victime de ces meurtres d’opportunité ritualisés par l’égorgement. Il suffit d’être au mauvais endroit au mauvais moment – même si certains facteurs aggravent le risque, comme le fait d’être juif ou catholique (voir l’article de Lionel Mayer, pages 56-59 de notre magazine).

Ce qui est aussi et peut-être plus insupportable, c’est le silence de plomb qui recouvre ces morts. Dans le cas d’Alban Gervaise, on peut même parler d’omerta : ainsi ses collègues hospitaliers ont été, semble-t-il, fermement invités à ne pas parler à la presse.

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On comprend trop bien les raisons de ce silence : il ne faut pas stigmatiser les musulmans – mais refuser de parler du djihadisme comme s’ils étaient tous concernés, n’est-ce pas la meilleure manière de les stigmatiser ? Sont-ils des enfants à qui il faut cacher la vérité pour ne pas les peiner ? Doit-on les dispenser de s’interroger sur un phénomène qui, sans se confondre avec lui, vient bien de l’intérieur de l’islam ? Quand l’attentat intervient à la veille d’élections, il s’agit aussi de ne pas « agiter les peurs ». Il ne faudrait pas que les électeurs puissent faire un choix éclairé, des fois que ça ferait le jeu de qui vous savez.

Ce déni, qui concerne bien d’autres aspects de la vie sociale, du niveau scolaire à la délinquance urbaine et à ses liens avec l’immigration, est peut-être le mal français le plus profond pour la bonne raison qu’on ne peut pas régler des problèmes qu’on refuse et même qu’on interdit de voir. La responsabilité d’une grande partie des élites politiques et médiatiques, qui préfèrent insulter les lanceurs d’alerte qu’affronter le réel, est écrasante. Les Français enragent et ironisent – salauds de « supporters anglais » ! Contre toutes les injonctions, ils persistent à voir ce qu’ils voient. Ils savent bien que, comme l’a montré Orwell, le pire ennemi de la liberté, c’est le mensonge.


[1] Lire notamment les excellents textes de Judith Waintraub et de Maxime Tandonnet.

Fin de vacances

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"Sundown" de Michel Franco (2021) © Ad Vitam

Dans « Sundown » de Michel Franco, Acapulco et sa folie révèlent, à travers une étrange famille anglaise, les névroses de l’hyperclasse.


Une petite famille british en vacances au soleil dans un resort haut de gamme. L’homme a l’air un peu absent (Neil, campé par un Tim Roth tatoué, chenu, mal rasé, vieillissant – il tenait déjà le rôle principal dans « Chronic », un précédent film du réalisateur mexicain Michel Franco). Alice, sa femme (?) – une Charlotte Gainsbourg nimbée de sa beauté sans âge, avec des traits toujours plus secs de film en film – semble beaucoup moins à la dérive que lui.  Les accompagnent une fille et un garçon, tous deux dans l’adolescence –  leurs enfants ? Farniente, cocktails : hype life sous le soleil ; service haut de gamme, sur le littoral idyllique de quelque pays latino, de prime abord insituable.

Tim Roth est Neil Bennett dans « Sundown » de Michel Franco (2022) (c) Ad Vitam

Soudain, un coup de fil sur le portable d’Alice précipite leur départ à tous, en catastrophe : rappelés à Londres par un décès soudain. Au moment d’embarquer par le premier avion (hôtesses aux petits soins), le « mari » s’avise qu’il a « oublié » son passeport. Mais au lieu d’aller le récupérer dans leur résidence de luxe, Neil laisse au chauffeur de taxi le choix d’une pension quelconque, et échoue dans un quartier infiniment moins huppé, à l’autre bout de cette station balnéaire qu’on ne tardera pas à identifier : Acapulco. Eludant les questions embarrassantes de sa famille, persévérant dans le mensonge, le type, décidément en rupture de ban, s’engage dans une liaison torride avec une jeune métisse autochtone, abandonnant les siens à leur deuil, à leur inquiétude et à leurs affaires, au loin.  

Elliptique et acéré

C’est avec un art consommé que l’intrigue égrène, tout à la fois elliptique et acérée, les éléments dont le spectateur fait son miel, à mesure. De proche en proche, celui-ci comprend qu’en fait de couple, Neil et Alice Benett sont frère et sœur. Et qu’elle, multimilliardaire, dirige une multinationale d’élevage porcins dont lui-même est gros actionnaire…

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Les rebondissements les plus inattendus vont ainsi s’enchaîner jusqu’au terme de cette tragédie au dénouement abrupt et insolite. On aurait tort d’en déflorer ici le suspense, admirablement bâti autour du personnage énigmatique incarné par Tim Roth, suspense qui fait à tout instant bifurquer le film dans des directions inattendues – passant du drame familial au thriller, de la romance amoureuse à l’imbroglio sociétal et diplomatique. Selon l’économie d’un récit savamment orchestré, tout entier traversé par la violence de la mort, et par la violence tout court.

Car, sous l’éblouissement solaire et l’atmosphère festive de sa baie au bord du Pacifique, la mythique cité mexicaine d’Acapulco, aujourd’hui minée par la corruption et gangrénée par les gangs armés, respire une euphorie trompeuse. Le danger, qui peut surgir à tout instant, n’épargnera pas les protagonistes.

Pathologie urbaine

Puissant champ magnétique aspirant cet intense « coucher de soleil » vers la nuit la plus sombre, Acapulco, dont le réalisateur est originaire, est ici bel et bien le personnage principal de « Sundown ». Epicentre de toutes les dérives du libéralisme mondialisé où se coudoient, dans une étanchéité vertigineuse, l’enclosure stratosphérique des ultra-riches, et un monde extérieur gros de périls (plages surpeuplées, lieux interlopes, insécurité palpable), cette monstrueuse, irrémédiable pathologie urbaine trouve un écho métaphorique dans les maux hallucinants qui s’abattent sur la tribu Benett.        

« Sundown », de Michel Franco. Mexique, France, Suède, 2021.  Avec Tim Roth et Charlotte Gainsbourg.   Durée : 1h33 En salles le 27 juillet 2022.

Mangez-les tous!

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Troupeau de moutons dans le village de Montejaque (province de Malaga), Espagne, 11 mars 2022 © JORGE GUERRERO / AFP

Lorsqu’on n’est pas végétarien, on a le devoir de manger des animaux d’élevage. C’est la thèse du philosophe Nick Zangwill qui estime que ces espèces modifiées par l’homme sont incapables de vivre sans lui. Leur destin est de finir dans nos assiettes.


Avons-nous le droit de tuer et de manger des animaux ? En posant cette question, on peut s’attendre à être enseveli sous une avalanche, non seulement de réponses négatives stridentes, mais aussi de réprobations haineuses pour avoir osé la poser. Car, en dépit du fait que la vaste majorité des êtres humains reste carnivore, la scène médiatique est occupée par des idéologues pour lesquels avaler un steak constitue un vice faisant partie d’un ensemble de péchés cardinaux dont les carnivores seraient coupables : la cruauté envers les animaux, la destruction de la planète, la promotion du capitalisme néolibéral et le maintien du patriarcat.

Un philosophe britannique, Nick Zangwill, vient de jeter un pavé dans la mare en publiant deux articles qui soutiennent que nous devons manger de la viande. Notez bien que c’est une question non de permission mais de devoir : nous avons une obligation envers certains animaux de les manger. L’accueil réservé à ces publications n’a pas été des plus chaleureux.

Des animaux bien élevés

Chercheur à l’University College London, Zangwill présente son argument dans deux articles publiés en 2021, l’un dans une revue universitaire et l’autre dans Aeon, un magazine culturel qui connaît un succès considérable dans le monde anglophone[1]. La thèse qu’il y défend est que les êtres humains héritent d’une obligation qui leur est imposée par le fait que leurs ancêtres ont passé des millénaires à élever certaines espèces animales expressément pour la consommation. Nous devons perpétuer ce système car si vaches, porcs, moutons et poulets existent aujourd’hui en si grand nombre, c’est uniquement grâce à l’homme. Certes, la motivation d’origine était égoïste, puisqu’il s’agissait de s’en nourrir, mais il y a une contrepartie : l’homme les a protégés des dangers de la vie sauvage et, la plupart du temps, leur a garanti une vie relativement confortable. Aujourd’hui, ces animaux ne pourraient pas survivre si on les relâchait dans la nature. D’où notre devoir de prolonger cette relation symbiotique qui est mutuellement bénéfique.

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Une première objection est que l’élevage industriel impose aux animaux des souffrances qui violent ce pacte implicite entre l’homme et la bête. Du reste, Zangwill est critique à l’égard de l’agriculture industrialisée qui ne nous libère pas de notre obligation envers ces espèces, pas plus qu’il ne nous empêche de les manger, mais nous force à améliorer leurs conditions de vie. Il cite l’exemple des millions de moutons en Nouvelle-Zélande qui paissent tranquillement dans un véritable sanctuaire à l’abri du stress et du carnage que connaissent les gazelles en Afrique. Regardez quelques heures une de ces chaînes télévisées consacrées à la vie des animaux et vous verrez une véritable boucherie de bêtes trucidées, déchiquetées et dévorées par des lions. Le cinéma gore y prendrait quelques leçons.

Une autre objection est que la mise à mort des animaux ne peut pas justifier leur élevage même dans des conditions de confort relatif. Certes, notre devoir est d’abattre nos bêtes de la manière la plus indolore possible, mais ceux qui ne parlent que de la souffrance des animaux ignorent le fait que ces derniers peuvent connaître aussi le plaisir. Les êtres humains connaissent et la douleur et le bonheur, mais on ne dirait pas que leur vie n’a pas de sens parce qu’ils ont souffert. Un animal, bien que destiné à être abattu un jour, peut connaître entre-temps une vie épanouie.

La doxa végane

Si les bêtes peuvent connaître le bonheur, ne sont-elles pas comme nous et ne devons-nous pas leur accorder les mêmes droits que ceux que nous accordons à l’homme ? Les thuriféraires de la doxa végane, comme Aymeric Caron ou Hugo Clément, n’hésitent pas à attribuer le même statut à tous les êtres vivants, en restant assez vagues sur des distinctions à faire entre eux. Pour Zangwill, la continuité évidente dans le vivant, des bactéries à l’homme, n’empêche nullement d’y voir différentes catégories selon les capacités des espèces à sentir, à penser et à raisonner. Ces différences nous imposent des obligations variables. Les animaux domestiqués sont suffisamment doués d’une certaine conscience pour apprécier leur qualité de vie, mais ils n’ont pas la capacité humaine de raisonner sur leur destinée et nous pouvons les abattre. En revanche, les singes supérieurs peuvent raisonner et nous devrons les laisser vivre. Pour Zangwill, il y a un point d’interrogation sur les porcs, que seule la recherche scientifique pourra résoudre. Dommage peut-être pour le petit-déjeuner anglais.

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C’est précisément cet effort pour faire des distinctions qui scandalise les zélateurs des droits des animaux comme Caron, qui y voit une forme de « discrimination ». Dans son livre de 2016, Antispéciste, il s’indigne de l’incohérence entre les traitements que nous réservons aux vaches, que nous dévorons avec plaisir, et aux chiens que les Occidentaux ne mettraient jamais dans une casserole. Zangwill a une réponse. Les chiens ont été élevés par l’homme pour servir à d’autres fonctions, notamment celle d’animal de compagnie. Il n’y a donc pas le même contrat implicite entre nous et eux. Selon d’autres objections, si on peut élever des animaux pour les manger, on pourrait faire la même chose avec des esclaves humains ou des handicapés mentaux, mais Zangwill répond que tous les êtres humains possèdent des droits que n’ont pas tous les animaux.

Le philosophe australien Peter Singer © Alain Le BOT/Opale.photo

Les diatribes des végans s’alimentent à deux sources. La première, c’est le philosophe australien, Peter Singer, un spécialiste de l’éthique respecté pour la cohérence de ses raisonnements et son absence de fanatisme. C’est son livre de 1975, La Libération animale, traduit en français en 1993, qui a vulgarisé le terme « spécisme », inventé cinq ans auparavant par un psychologue, Richard Ryder, sur le modèle de « racisme » et de « sexisme », afin de désigner le refus de traiter toutes les espèces de la même manière. Mais Singer, qui a exercé une influence sur Zangwill, fait des distinctions entre les êtres vivants et, bien que végan, mange parfois certains fruits de mer et produits laitiers.

L’autre source est Carol J. Adams, américaine, pionnière de l’écoféminisme et militante de la cause animale. En 1990, elle publie un livre très remarqué, traduit en français en 2016 sous le titre, La Politique sexuelle de la viande. Selon elle, il y a une symétrie entre la façon dont les hommes objectivent les femmes pour les exploiter sexuellement et la façon dont ils objectivent les animaux pour les consommer. La viande incarne la domination masculine. Une seule et même révolte doit mettre fin à la consommation de la chair animale, au sexisme et au viol de la nature par le capitalisme. C’est Adams qui est largement responsable de l’assimilation de la lutte contre la viande à ces autres luttes et de la confusion qui existe aujourd’hui entre leurs justifications. C’est dans cette fourmilière-là que Zangwill a mis un sacré coup de pied.

L’homme, être rationnel parfois

Les premiers commentaires postés sur le site d’Aeon, en réponse à la publication de Zangwill, refusent péremptoirement les arguments du philosophe et expriment détresse et colère devant la publication d’un tel texte. Un grand nombre de posts sont censurés par le site, l’émotivité des auteurs dépassant sans doute les bornes de la décence. Certains traitent Zangwill de troll agissant par pure méchanceté. D’autres sont d’avis qu’il s’agit d’une parodie pour faire rire ou d’une satire dans le style de Swift, l’auteur de la Modeste proposition de 1729 qui, de manière ironique, suggérait de réduire la misère des familles irlandaises en les encourageant à manger leurs enfants.

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Quand des objections sont formulées, elles se fondent sur une confusion typiquement écoféministe entre la légitimité de la consommation de viande en tant que telle et les conséquences de sa production pour l’environnement. Zangwill maintient que nous avons une obligation morale de manger des bêtes tout en acceptant que nous devons pallier les effets écologiques de l’élevage. Si un jour les progrès de l’agriculture cellulaire permettent à tous de manger de la viande cultivée in vitro, notre devoir envers ces animaux – consistant à les élever et à les manger – restera inchangé.

À la différence des idéologues, le philosophe cherche à raisonner en termes de droits et de devoirs. C’est ainsi qu’à la différence de Roger Scruton – une autre influence importante – , il tient la chasse pour  problématique, car nous ne partageons pas la même co-évolution historique avec le gibier qu’avec vaches et moutons. Zangwill est-il aussi intolérant que ses adversaires végans ? Non, car nous ne sommes pas tous obligés de manger de la viande : il suffit qu’une minorité endosse ce lourd devoir. C’est la raison qui nous distingue de la majorité des bêtes, mais l’homme se montre rarement raisonnable.


[1] « Our Moral Duty to Eat Meat », Journal of the American Philosophical Association ; « Why You Should Eat Meat », Aeon.

Modeste proposition et autres textes

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La souris Mickey est devenue complètement folle

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Le personnel de la Walt Disney Company participe à la parade annuelle de la pride à Los Angeles, Californie, le 9 juin 2019 © DAVID MCNEW / AFP

Disney ne se contente plus de proposer de nouvelles productions woke. Le géant du divertissement pour les petits entend redessiner ses anciens personnages pour les rendre compatibles avec les nouvelles idéologies progressistes… En France, quand ils ne seront pas devant leur écran à regarder les dessins animés de la firme, nos enfants devraient être de plus en plus soumis à ces doctrines à l’Éducation nationale, où Pap Ndiaye, professeur de culture américaine, a été confirmé.


Il y a quelques semaines, les dirigeants de Disney ont soutenu que la compagnie devait être beaucoup plus ouverte aux idées « progressistes » ou « woke » selon le terme anglais de ce mouvement gauchisant. Mickey a-t-il des oreilles trop grandes ? Le roi Lion est-il trop mâle ? Dumbo, l’éléphant est-il trop gros ? Les aristochats trop caricaturaux ? Quant à Blanche Neige, n’est-elle pas trop blanche ? Qu’à cela ne tienne. Il faut changer et il ne suffit pas de mettre en route des films qui reflètent et célèbrent nos mœurs sexuelles modernes. Il faut corriger d’urgence tous ces personnages qui ne reflètent plus notre époque.

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Fini de vous amuser les enfants, il faut passer aux choses sérieuses. Un film Disney se doit maintenant de vous éduquer. Et ne gambadez plus dans Disneyworld juste pour le plaisir et l’émerveillement : la vie n’est pas comme ça, il faut que vous l’appreniez. On ne plaisante pas avec les clichés, ils pourraient vous mordre et vous laisser des cicatrices pour la vie. Ne vous laissez plus embobiner par les princes, les princesses, les chevaliers courageux, les héros invincibles, ils avaient tout faux. « Peter Pansexual », ou la « chevalière sans crainte », voilà ceux que vous rencontrerez dans la vraie vie, qui est beaucoup plus juste et moralement correcte que la vie rêvée. Et les parents auxquels ça ne plaît pas, tant pis pour eux.

Blanquer grand-remplacé!

Dans la vie réelle, nous avons aussi, maintenant, Pap Ndiaye, qui est chargé de l’Éducation nationale. Il n’a pas fait ses études chez Disney. Si Mickey est devenu un peu dingue, le nouveau ministre est-il plus raisonnable ? Emmanuel Macron, lors de son discours de victoire à la présidentielle, a affirmé que s’ouvrait un nouveau mandat pour “un nouveau peuple ». Un mandat pour un changement radical. Un mandat qui commence, ceux qui ont des enfants l’auront évidemment remarqué, par le remplacement de Jean-Michel Blanquer par un homme que personne ou presque ne connaissait. Blanquer, assez conservateur, a essayé pendant cinq ans de combattre l’enseignement de gauche, faisant assez bravement face à des revendications nombreuses. Pap Ndiaye, c’est l’opposé : un socialiste engagé qui envisage ouvertement de satisfaire toutes les demandes des fonctionnaires de l’Éducation nationale – ou quasiment toutes, semble-t-il. À commencer par l’augmentation des salaires, probablement la plus justifiée. Mais il y en a d’autres, beaucoup plus dans le style du Mickey nouveau, qui ne laissent pas d’inquiéter…

Pourquoi Macron l’a-t-il nommé ? Il y a deux ans à peine, notre chef suprême fustigeait « certaines théories des sciences sociales entièrement importées des États-Unis ». Qu’il fasse maintenant une volte-face complète sur quelque chose d’aussi fondamental que ce qui est enseigné à nos enfants, prouve que le président de la France n’a pas de principes très solidement amarrés et qu’il agit surtout en fonction des intérêts politiques : dans ce cas, il s’agit de séduire la gauche progressiste.

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Nommer cet ancien professeur d’université et fils de professeur de lycée est incontestablement un signe fort. Un feu vert accordé aux grosses dépenses, à la complicité avec les syndicats d’enseignants et à une éducation revue et corrigée des enfants. Plus encore : historien franco-sénégalais et, plus récemment, directeur du Musée national d’histoire de l’immigration, Ndiaye est pro-BLM, pro-transgenre, pro-woke, pro-Disney, il est pro-tous les nouvelles formes de progressisme. D’ailleurs, il ne s’en cache pas. Dans sa récente lettre aux enseignants, il a révélé cinq priorités, dont la première est la lutte contre les inégalités sociales. Ndiaye déclare qu’il est de sa responsabilité de « prendre en charge le drame de l’injustice » alimenté par le système scolaire.

Macron a-t-il changé d’avis sur la question même de l’identité française?

L’ancien ministre de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer, avait mis un point d’honneur à défendre le modèle universaliste de la France, où la citoyenneté et le sentiment d’appartenance à la nation française transcendent la race, le sexe et la religion. Il avait même créé un groupe de réflexion pour combattre les excès importés des États-Unis. Pap Ndiaye, lui, est favorable à la discrimination positive, à l’autorisation d’espaces sûrs pour les personnes de couleur, à la protection des étudiants contre les « discours dégradants » et a déclaré que la France souffrait de « racisme structurel ». Pap Ndiaye est professeur de culture américaine, et cela se voit. Le monde de Disney n’est pas du tout le monde enchanté d’autrefois, celui des valeurs familiales et des aventures merveilleuses, mais le monde moderne, éveillé et transgenre de « Woke Disney ». « Le mouvement BLM a été porté par des femmes. C’est aussi un mouvement qui intègre les enjeux de la lutte contre le sexisme et les enjeux LGBT. Aux États-Unis comme en France, il y a une convergence de ces luttes, et c’est gratifiant » dit le ministre. « Nous réalisons également que maintenant plus que jamais, il est temps pour nous tous de renforcer notre engagement en faveur de la diversité et de l’inclusion partout », a déclaré Bob Chapek, le PDG de Walt Disney, qui vient d’être reconduit à son poste, malgré les pires résultats financiers de l’histoire de l’entreprise. Mais peu importe, une ère responsable va commencer, il va révéler aux enfants la nouvelle doctrine et, grâce au Mickey éveillé, le monde sera meilleur.

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Pourtant, les recettes au box-office douchent un peu cet enthousiasme ruisselant. Le film avec le personnage Buzz l’Éclair a non seulement été un flop de Disney en 2022, mais nombreux sont les parents qui ont protesté contre l’ambiguïté du héros et contre une scène qui montre un baiser entre deux personnages féminins. À trop vouloir faire passer des messages, les réalisateurs en ont oublié qu’il s’agit d’un film pour enfants… et que l’image de Disney est encore solidement ancrée, pour la plupart, dans ce monde merveilleux que l’on veut faire disparaître.

Va-t-on s’inspirer de la méthode Disney pour nos enfants ? Je l’ai dit, la nomination de Ndiaye semble en être une preuve éclatante. Ndiaye cherche à redéfinir l’universalisme pour « prendre en compte les différences ». Il veut un nouvel universalisme qui accorde autant d’attention aux femmes qu’aux hommes, aux homosexuels qu’aux hétéros, aux non-blancs qu’aux blancs. En tant que partisan du multiculturalisme, Ndiaye souhaite introduire cette culture Disney à l’école. C’est prendre des risques inconsidérés, dont le moindre n’est pas de conduire à une société plus divisée et intolérante. Une société où la liberté d’expression et la libre-pensée s’étioleront, où les citoyens s’autocensureront, où les enfants seront les prisonniers d’un système prétendument progressiste mais surtout déconnecté de toute réalité. La nomination de Ndiaye « légitime » cette éducation. Le bon sens serait d’organiser la résistance à cette colonisation idéologique de la pédagogie française. Notre président lui déroule au contraire un tapis rouge. Mais nous ne sommes pas à Cannes et, en haut de ces marches-là, il n’y a pas de palmes d’or. Juste des palmes en plomb qui nous aideront à couler plus vite dans les classements internationaux…

La condition noire: Essai sur une minorité française

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À Odessa, Catherine II menacée par le mariage pour tous

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La statue de Catherine II et des fondateurs d'Odessa est au cœur d'une âpre bataille... © Wikimedia commons

Une pétition pour la destruction du monument dédié à Catherine II, à Odessa, a atterri sur la table du président Volodymyr Zelensky. Selon son auteur, qui réclame son remplacement par une statue de l’acteur porno américain Billy Herrington, ce nouveau mémorial sera le «signal clair» d’un soutien de l’Ukraine envers la communauté LGBT. En parallèle de cette demande, une autre pétition a été remise au dirigeant ukrainien pour la légalisation du mariage pour tous. Deux propositions qui ne font toutefois pas l’unanimité en Ukraine.


La statue de plain-pied de l’impératrice Catherine II trône fièrement dans le centre d’Odessa, capitale de l’oblast du même nom, située dans le sud de l’Ukraine. Entourée du vice-amiral de Ribas (1751-1800), de l’architecte François de Wollant (1752-1813), de Grigori Potemkine (1739-1791) et du prince Zoubov (1767-1822), elle est depuis le déclenchement de la guerre russo-ukrainienne, l’objet d’un vaste débat qui divise la population de cette ville reconnue pour ses plages et son architecture. Faut-il déboulonner cette statue, symbole de la puissance russe dans cette partie de l’Europe de l’Est ? Pour Aleksey Yuryevich Matveev, qui est un activiste politique, il ne fait aucun doute que la tsarine n’a pas sa place dans une Ukraine indépendante qui prétend entrer dans la communauté européenne.

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Deux pétitions remises à Zelensky

Profitant de l’occasion, après avoir atteint le quorum obligatoire de 25000 signatures, il a remis deux pétitions au président Volodymyr Zelensky. La première préconise la destruction de la statue au nom de la « dé-russification » de l’Ukraine. « Le fait même d’ériger ce monument a été une terrible erreur, et chaque jour de son existence montre qu’Odessa se trouve toujours dans la zone d’influence culturelle russe » déplore Aleksey Yuryevich Matveev dans son texte. Le conflit avec le voisin russe a amené les Ukrainiens à repenser et à réévaluer l’histoire de l’existence et des relations entre les deux États. Une guerre culturelle qui n’est pas nouvelle et qui s’est intensifiée avec le rattachement de la Crimée à la Russie en 2014 où Moscou s’est empressé de restaurer tous les monuments à la gloire des Romanov. Le quotidien en ligne « La vie d’Odessa » est parti à la rencontre des Ukrainiens afin de recueillir leurs témoignages sur cette demande de destruction, que d’autres pourraient comparer à la vague de wokisme qui frappe certains pays d’Europe de l’Ouest. Leurs réactions sont à l’image du pays, divisées. « Pétition très intéressante. Je pense que c’est mieux que Catherine II » dit l’une des personnes interrogées. « En ce qui concerne la pétition elle-même, c’est drôle mais pas illogique, elle ne sera certainement pas votée » affirme un autre quidam. « Je pense que c’est aussi stupide que possible » déplore une troisième personne. Ce n’est pas la première fois que la statue de Catherine II est l’objet de tensions. Déjà enlevée par les communistes en 1920, sa réinstallation en 2007 n’a pas été du goût des nationalistes ukrainiens qui ont vivement protesté et tenté vainement de perturber la cérémonie d’inauguration. 

Dans le but de développer le tourisme, Aleksey Yuryevich Matveev propose de remplacer la statue impériale par une représentation de l’acteur Billy Herrington, acteur porno gay américain, décédé en 2018 dans un accident de voiture. Selon l’activiste, « la figure de Billy Herrington reste une grande influence culturelle sur Internet et l’apparition d’un tel monument deviendra une attraction touristique très populaire » qui permettra à Odessa de renoncer « à son héritage infâme ». « Ce serait un signal clair que l’Ukraine soutient la communauté LGBT » ajoute également l’activiste qui n’a pas hésité à lier étrangement ce combat avec un autre qui lui est cher, celui de la reconnaissance du mariage pour tous présente dans une seconde pétition également remise au dirigeant ukrainien.

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42% des Ukrainiens opposés au mariage homosexuel

Si les homosexuel(le)s bénéficient d’un régime de tolérance dans le pays, la Gay pride ne fait pas recette en Ukraine. Elle réunit chaque année, quand elle n’est pas interdite pour des raisons de sécurité, moins de 500 personnes. Dépénalisée depuis l’indépendance en 1991, les couples homosexuel(le)s ukrainiens peuvent adopter des enfants s’ils le souhaitent ou changer de sexe (uniquement à partir de 25 ans). Protégé contre les discriminations, les homosexuel(le)s de l’Ukraine ne peuvent cependant pas recourir à la GPA ni se marier sous quelle forme que ce soit. Une incongruité pour Viktor Pylypenko, qui estime également que cette pétition doit servir au président ukrainien pour légaliser le mariage homosexuel dans le pays. « Depuis 1991, 2014 et février 2022, nous avons été dans les rangs de tous les bataillons de volontaires, nous défendons la patrie de la menace de la tyrannie russe, de l’impérialisme qui souhaite nous emprisonner et dénie nos droits à la liberté d’exister » explique le patron de l’association des militaires ukrainiens LGBT au micro de la chaîne d’information ukrainienne 24TV. Pour autant, cette seconde pétition ne fait pas l’unanimité en Ukraine. Bien que l’image des homosexuel(le)s s’est largement améliorée en Ukraine, selon une récente étude parue en juin dernier sur le sujet, seuls 24% des Ukrainiens soutiennent l’idée du mariage pour tous contre 42% qui s’y opposent fermement.

Le gouvernement ukrainien a bien reconnu avoir reçu les deux pétitions et s’est contenté de déclarer qu’elles « étaient à l’étude ».

Perpignan: voulez-vous savoir pourquoi Younes «n’a pas pu serrer la gorge d’un policier»?

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Xose Bouzas / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Au tribunal, la répartie lumineuse d’un ex-taulard faisant l’objet d’une obligation de quitter le territoire ayant été interpellé par la police alors qu’il venait de s’acheter du cannabis.


La scène se déroule au tribunal correctionnel de Perpignan. Pas au Tribunal des flagrants délires du regretté Pierre Desproges, alors que ça aurait pu… La pièce est courte: un seul acte. Mais on sait que les meilleures comédies de boulevard sont les plus courtes. Deux acteurs principaux: le président du tribunal et Younes, 26 ans.

Gaucher des deux mains

Sur ces 26 ans, il en a passé cinq derrière les barreaux. Il était en liberté probatoire et faisait l’objet d’une demande d’expulsion du territoire français car il est étranger. Une jeunesse un peu fougueuse, diront les aigris. Mais une jeunesse vivante et bien remplie. Et dans son cas particulier, nous avons la conviction intime qu’il s’agit d’une grave erreur judiciaire. Younes faisait tranquillement ses courses à Perpignan. Il lui fallait acheter un produit de première nécessité : du cannabis… Des policiers de la Bac, obtus et méchants, ont voulu l’interpeller. Quand vous faites des courses, aucun flic ne vous importune, sans doute parce que vous n’êtes pas arabe…

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Confronté à cette inqualifiable agression, Younes s’est défendu. Et il a mis ses mains (ou une seule main) autour de la gorge d’une de ces brutes policières. Ce qui lui a valu de se retrouver au tribunal pour violences à l’endroit d’une personne dépositaire de l’autorité publique. Voici le dialogue de la pièce:
Younes : « J’ai eu peur en voyant la bac, mais je n’ai pas serré le policier à la gorge ». Il lève sa main : « Je ne peux pas l’utiliser, j’ai été opéré » 
Le président : « Vous avez deux mains »
Younes, superbe et magnifique : «Oui mais c’est la bonne et je suis gaucher des deux mains! »
Sublime Younes ! Nous allons te dire « tu », car nous disons « tu » à tous ceux que nous aimons. Younes, tu as été grandiose et ta réponse restera dans les annales. Avec toi, un grand comique nous est né !

Il est des nôtres !

Balayé Courteline et Feydeau, terrassé Alphonse Allais, enfoncé Coluche ! Tu les surpasses et tu les écrases. Sans toi, Younes, sans ta répartie lumineuse, la vie ne serait que ce qu’elle est : une morne vallée de larmes. Oui, tu as apporté un peu de sourire dans un monde de brutes.

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Le président du tribunal bête, méchant et certainement islamophobe, t’a condamné à six mois de prison. Il est à craindre qu’à l’expiration de cette peine, tu sois contraint de quitter la France. Et de cela, nous ne voulons absolument pas. Reste avec nous, et nous lancerons une pétition pour que « je suis gaucher des deux mains » soit inscrit au fronton de la Comédie française qui préfère célébrer un auteur très surfait du nom de Molière. Oui, Younes, reste avec nous : tu es des nôtres. Nous entendons déjà les ricanements des réacs très nombreux sur ce site : « Des Younes, il y en a des milliers en France et c’est beaucoup trop ». Certes, mais tous les Younes n’ont pas l’humour de notre Younes à nous.

Source : L’indépendant.

Le rôle sulfureux du demi-frère de MBZ, le Sheikh Tahnoun, dans la radicalisation des Émirats arabes unis

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Sheik Tahnoon D.R.

Si les Émirats arabes unis ont réussi à étendre leur influence du Moyen-Orient aux États-Unis, jusque dans la Maison Blanche de Donald Trump, c’est grâce aux efforts entrepris par le Sheikh Tahnoun, conseiller émirati à la sécurité nationale…


On n’a de cesse de parler de Mohamed Ben Zayed, fils du fondateur des Emirats arabes unis en 1971 et désormais nouveau président de la confédération depuis la mort de son père en mai dernier. On parle bien moins de son demi-frère, Tahnoun Ben Zayed, de la même dynastie, celle des Al Nahyane, l’actuel conseiller à la sécurité nationale des Émirats, et qui avait été nommé vice conseiller au même poste par feu son père en 2013. Et peut-être le prochain boss du pays ? 

Cheikh Zayed avait une vision de développement moderne et ouverte pour son pays. En revanche, son fils, prince héritier dès 2014, transformera et accélérera ce développement tous azimuts en radicalisant le pays, et ce jusqu’à influencer le destin du Moyen-Orient tout entier pour ses propres intérêts. Cette vision repose à la fois sur la nécessité de faire d’Abu Dhabi une forteresse imprenable, avec des capacités militaires importantes et la présence de forces étrangères comme assurance-vie, mais également sur l’urgence de mettre un terme à tous les mouvements démocratisants issus des Printemps arabes et qui ont pour lui bien trop fait la part belle aux mouvements des Frères musulmans. 

Le ju-jitsu, levier de la stratégie d’influence émiratie?

Dans la même veine, et non étranger à ce glissement géostratégique des Emirats, Sheikh Tahnoun, prend à cœur ce poste politique stratégique de conseiller à la sécurité pour le compte désormais de son propre frère. Fait moins connu : il joue depuis des années un rôle majeur dans le ju-jitsu mondial, ce sport de combattant asiatique tiré de l’art des samouraïs au Japon. Une façade ? Lui pratique en tout cas assidûment la version brésilienne de celui-ci. Il a ainsi créé la fameuse compétition ADCC World Submission Fighting Championships et a rôdé dans les rings américains dès 1995. S’étant fait passer pour un modeste élève, il ne révélera que bien plus tard à ses professeurs sa véritable identité. Il reviendra aux Émirats arabes unis dès 1998 pour développer ce sport de combat dans le pays. Aujourd’hui, son centre est un des meilleurs du monde arabe. 

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Son frère, Mohamed Ben Zayed, s’est pris de passion aussi apparemment pour le sport de combat de son frère. Enseigner le ju-jitsu à l’école, dans les entreprises, dans les administrations, voilà un de ses projets d’ampleur nationale. Cela conditionne une vision tout à fait guerrière de la société, à l’image de ses dirigeants. Il aide même des jeunes talents à percer. Voilà pour la version officielle. 

L’interventionnisme d’Abu Dabi envers les mouvements de révolte populaire arabes

Mohamed Ben Zayed et Sheikh Tahnoun, c’est une vision très autoritaire du futur du pays et de la région qu’ils rêvent d’orienter voire diriger. Des Printemps arabes survenus en 2010, il ne reste quasiment plus rien. Tous ont été étouffés ou se sont éteints d’eux-mêmes. Mais pour beaucoup, de l’Algérie au Yémen en passant par le Soudan, l’Egypte, Abu Dhabi porte la responsabilité en ayant soutenu par tous les moyens les pouvoirs autoritaires afin d’étouffer toute contestation démocratique dans le monde musulman. La paranoïa de Mohamed Ben Zayed, comme celle de son frère, de voir les Frères musulmans prendre le pouvoir dans leur propre pays, alors qu’ils ne sont même pas plusieurs centaines, a stimulé chez eux un vent de contre-révolution pour tout le monde arabe. Quid des processus de démocratisation ? Ils sont morts, même en Tunisie. Le Washington Post décrivait Tahnoun ainsi en octobre 2021 : « Si vous êtes intéressé par la géopolitique du Moyen-Orient, il y a de fortes chances que vous connaissiez le cheikh Tahnoun bin Zayed Al Nahyan en tant que conseiller à la sécurité nationale des Émirats arabes unis. Dans ce rôle, il a joué un rôle central dans les opérations militaires du pays au Yémen et en Libye, et dans ses récents efforts pour réparer les dégâts causés avec des rivaux régionaux comme la Turquie, le Qatar et l’Iran. » [1]

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Le cas litigieux de la Syrie concerne les deux hommes : MBZ est le premier et longtemps le seul dirigeant de la région et du monde à avoir appelé à la normalisation du régime de Bachar Al Assad, alors que dès 2012, des hommes d’affaires émiratis se pressaient à Damas pour envisager la reconstruction du pays à venir. Sheikh Tahnoun n’est pas vierge dans tout cela : alors que Washington impose des sanctions contre le régime de Damas, visant les réseaux de soutien à Bachar al Assad à l’étranger, le Washington Post révélait le 16 août 2020, que Tahnoun avait déposé près de 200 000 dollars sur les comptes bancaires de la nièce du président syrien, Aniseh Shawkat, en qualité de « parrain ». Depuis, les comptes ont été saisis, mais Tahnoun jamais poursuivi alors qu’il a clairement enfreint le droit international et le régime des sanctions imposé à Damas… Depuis des années, il semble y avoir un régime de faveur pour Abu Dhabi à Washington. De plus, en sa qualité de conseiller à la sécurité du pays, Tahnoon, a forcément un lien avec le projet Raven, ce grand projet de surveillance généralisé de cibles politiques bien déterminées, où l’on retrouvait d’anciens agents de la CIA, en charge de surveiller notamment des… Américains ! Tout cela, bien sûr, au nom de la guerre contre le terrorisme.

Ingérence durant le mandat Trump

En 2021, un businessman du nom de Thomas Joseph Barrack avait été arrêté aux Etats-Unis pour ses liens troubles avec les Émirats arabes unis et ses activités d’influence [2]. À l’époque, proche de Trump, il était un de ses principaux soutiens financiers lors de la campagne de 2016. Devenu conseiller informel pour le Moyen-Orient de l’administration Trump ensuite, il aurait intrigué en faveur d’Abu Dhabi pour influencer les politiques proches de la Maison Blanche. Lors de son procès qui a démarré en juillet 2021, et où il était accusé d’être un agent pour le compte d’un État étranger et d’avoir menti à maintes reprises au FBI, il cita plusieurs noms dont celui de MBZ, celui de Youssef Al Otaiba, l’ambassadeur émirati aux États-Unis, mais également celui de Sheikh Tahnoon en sa qualité de conseiller à la sécurité des EAU !

Derrière le ju-jitsu et cette volonté de démocratiser ce sport de combat, se cache manifestement un ardent combattant de réseaux, d’influence, et ce pour le compte de son autoritaire et combattant politique de frère. Beaucoup pensent déjà que le prochain big boss du pays, ce sera Tahnoon… L’autorité et le soufre, c’est de famille !


[1] https://www.washingtonpost.com/business/energy/meet-the-uaes-royal-troubleshooter-and-maybe-next-big-boss/2021/10/21/f33ea4e8-3234-11ec-8036-7db255bff176_story.html

[2] https://www.reuters.com/world/us/trump-fundraiser-barrack-loses-bid-dismiss-uae-lobbying-charges-2022-06-22/

Infantilisation et culpabilisation sont en bateau, Olivier Véran tombe à l’eau

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Olivier Véran demande "un effort citoyen" aux Français sur leur consommation d'énergie, à l'issue du Conseil des ministres, 19 juillet 2022 © Capture BFMTV

À la sortie du Conseil des ministres du mercredi 20 juillet, Olivier Véran nous a repris par la main pour nous indiquer à nouveau les « bons gestes » — non plus ceux qui empêchent le Covid de passer par nous, mais ceux qui nous permettront bientôt de compenser l’absence de gaz russe. L’infantilisation générale continue, affirme notre chroniqueur.


« Quand on part en week-end ou en vacances, on débranche un maximum de prises électriques, parce que sinon ça continue de consommer de l’énergie », a recommandé Olivier Véran au sortir du Conseil des ministres. Et d’appeler également à « débrancher son wifi », à « baisser un peu la clim » et à « éteindre les lumières lorsqu’on n’utilise pas les pièces ». La « chasse au gaspi », instaurée après le second choc pétrolier en 1979, est de retour.

Ces conseils, les parents avisés les donnent journellement à leurs enfants, petits et grands. Tout comme ils leur demandent de se laver les mains avant de passer à table et en sortant des toilettes, de ne pas éternuer à la face de leur voisin, et d’aérer leur chambre, lorsqu’elle commence à sentir les pieds sales et la libido rance.

En 2020, le docteur Véran, promu ministre de la Santé, nous a expliqué comment juguler le virus qui courait la ville et les champs. Désormais, il fait mieux, il est le père universel d’une nation de mioches.

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Comme l’a remarqué Nathan Devers sur CNews ce matin, nous sommes nombreux à avoir assez mal pris, ces deux dernières années, cette infantilisation généralisée des adultes, menacés d’une amende lorsqu’ils ne suivaient pas les consignes et oubliaient de mettre un masque sur les plages. D’autant que cette infantilisation s’est doublée d’une culpabilisation tout aussi implacable des enfants, accusés par avance de porter sur eux les germes qui tueraient infailliblement leurs grands-parents.

C’était l’époque, souvenez-vous, où Papy et Mamie, à Noël, devaient manger à la cuisine, de crainte qu’un bambin leur apporte une mort certaine. Et quand ils étaient morts, il était interdit d’aller à leurs obsèques — de crainte de les tuer une seconde fois. Le gouvernement d’Emmanuel Macron restera dans les mémoires comme celui qui a supprimé le rite le plus ancien des sociétés humaines, sous prétexte de nous épargner un gros rhume: je viens d’avoir le Covid — et ce fut un gros rhume sur trois jours, qui ne m’a empêché ni d’aller me baigner, ni de boire et manger, ni d’embrasser ma fille qui me l’avait passé. Ni d’écrire sur Causeur.

On parlera de géopolitique plus tard

Il fut un temps — au siècle dernier — où les patrons jouaient la carte du paternalisme avec leurs ouvriers, considérés comme éternellement mineurs — surtout chez Zola. Schneider construisait Le Creusot pour ses employés, on prélevait à la source le prix des loyers et de divers services, on versait le reliquat aux épouses afin que leurs maris n’en profitent pas pour tout dépenser en une soirée à l’estaminet du coin.

Puis les instituteurs de la IIIe République (et des suivantes) ont enseigné à leurs élèves les règles élémentaires d’hygiène. Ainsi progressent les civilisations — jusqu’à ce que d’autres, avec des règles plus laxistes, prennent le dessus…

Mais il est tout à fait nouveau qu’un gouvernement se mêle de la façon dont nous disons bonjour (se serrer la main ? Quelle horreur — désormais on se tend le poing, comme des racailles), dont nous expectorons nos humeurs et les pollens qui nous chatouillent la narine, dont nous avons plus ou moins chaud, ou froid, dont nous réglons nos appareils ménagers — le frigo sur 2, pas sur 4, dépensiers que vous êtes ! —, dont nous gérons le deux-pièces dans lequel vivotent la plupart des Français, ou dont nous nous déplaçons dans des voitures qu’on exige pourtant électriques.

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Les médias servent désormais à relayer les consignes de base. Faute de parler aux Français des sujets brûlants (non, pas la canicule, qui est de saison, mais le pouvoir d’achat, qui est bien autrement en berne qu’on ne l’avoue à Bercy, ou l’insécurité — entendez-vous le bruit des couteaux qu’on aiguise ?), ils nous bercent de rengaines catastrophées : les pins brûlent dans les Landes, le nombre d’hospitalisations monte en flèche, il y a du monde dans les gares… Même la guerre en Ukraine ne fait plus recette — sinon sous la forme d’une menace sur les pâtes alimentaires, l’huile de tournesol et la moutarde. On parlera de géopolitique l’année prochaine…

Bourg-en-Bresse: les commerces climatisés interdits

Les journalistes multiplient les micro-trottoirs, pour demander à des Français consternés un avis dont ils se fichent pas mal, étant les seuls à détenir la vérité. Certains enseignants font de même en classe — « quel est votre avis sur le théorème de D’Alembert, la Guerre des Six jours ou les romans de Sylvie Germain », tous sujets sur lesquels les élèves sont bien incapables d’avoir le commencement d’une idée, mais sur lesquels ils ont sans doute des avis.

Mais ce qui à la rigueur peut se comprendre en classe est inexcusable à l’échelle d’une société de citoyens majeurs, capables de distinguer un écran de fumée lorsqu’ils en voient un. Et cette triade infernale, infantilisation / culpabilisation / répression, qui promet comme à Bourg-en-Bresse des amendes de 38€ aux commerçants qui climatiseraient leurs boutiques tout en ouvrant la porte, est le signe d’un reflux évident de la démocratie, qui repose à l’origine sur la certitude que les citoyens sont assez adultes pour élire leurs représentants, mais qui désormais ne le sont plus assez pour se déplacer, éternuer ou prendre l’air. Le dernier représentant de cette démocratie moribonde voudra bien, en sortant pour entrer dans une ère totalitaire, penser à éteindre la lumière — même si pour l’essentiel, c’est déjà fait.

La fabrique du crétin: Vers l'apocalypse scolaire

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