Quantcast
Home Édition Abonné Mohammed ben Salmane, le triomphe de la realpolitik saoudienne


Mohammed ben Salmane, le triomphe de la realpolitik saoudienne

Le contexte géopolitique est favorable au prince héritier islamiste

Mohammed ben Salmane, le triomphe de la realpolitik saoudienne
Le Turc Recep Tayyip Erdogan et le Saoudien Mohammed ben Salmane, Ankara, 22 juin 2022 © Burhan Ozbilici/AP/SIPA

Le prince Mohammed ben Salmane s’est rendu en Turquie, le 22 juin. Au menu de cette rencontre avec le président Recep Tayyip Erdogan, la normalisation des relations diplomatiques entachées par le meurtre brutal du journaliste Jamal Khashoggi. Une visite qui signe le grand retour sur la scène politique internationale de l’héritier au trône saoudien. Même Joe Biden devrait aller se réconcilier avec le prince héritier, courant juillet.


C’est une sérénade de bağlama qui s’est discrètement jouée entre le prince saoudien Mohammed ben Salmane (MBS) et le président turc Recep Tayyip Erdogan. Après une mini-tournée orientale qui a mené l’héritier au trône saoudien en Égypte et en Jordanie, le fils du roi Salmane a été reçu en grande pompe à Ankara, quatre ans après l’assassinat en 2018 du journaliste dissident Jamal Khashoggi. Un meurtre qui avait été durement condamné à l’époque par le dirigeant néo-ottoman. Erdogan avait alors directement pointé du doigt la responsabilité du prince dans la disparition de ce correspondant du Washington Post, dont le corps a été démembré à la scie au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul. La Turquie avait lancé, par la suite, une campagne contre MBS afin de l’isoler internationalement. La Turquie reprochait également à l’Arabie saoudite son soutien apporté à l’Égyptien Al-Sissi lors de son coup d’État de 2013 contre le président élu, issu des rangs des Frères musulmans (un mouvement islamiste soutenu par Ankara), et la mise en place d’un boycott de l’émirat du Qatar, un allié de la Turquie. 

Tout est pardonné

Tapis rouge et garde d’honneur, rien n’a été oublié pour cette visite officielle. Un réchauffement et un revierement qui ne sont pas dénués d’intérêts, pour Recep Tayyip Erdogan. Faisant face à une crise économique, une flambée de l’inflation et la dépréciation constante de la monnaie locale, la réélection à la tête de l’État est loin d’être acquise pour le dirigeant islamo-conservateur de l’AKP, devancé par l’opposition dans les sondages. Pour MBS, il s’agit avant tout de « signer des traités de coopération dans les domaines du commerce, du tourisme, des soins de santé et de la sécurité » précise le Washington Post. Une nouvelle normalisation entre les deux pays qui permet de créer discrètement un front sunnite contre l’Iran (l’Arabie saoudite y finançant l’opposition) et d’enterrer définitivement l’affaire Khashoggi. En reprenant la main sur le dossier, l’Arabie Saoudite s’est empressée de le classer sans suite au grand dam des associations de défense de droits de l’Homme. « La légitimité politique qu’il acquiert grâce aux visites qu’il effectue chaque jour dans un pays différent ne change rien au fait qu’il est un meurtrier » s’est indignée sur Twitter, Hatice Cengiz, la fiancée du journaliste assassiné. Sans que cela n’émeuve le monde.

Un échec aussi pour le président américain Joe Biden qui souhaitait ostraciser le prince Mohammed ben Salmane. 

Joe Biden attendu à Ryad ce mois

Avec la guerre russo-ukrainienne, l’Arabie saoudite est devenue incontournable pour l’Occident, pris au piège des sanctions que les États-Unis et l’Union européenne ont eux-mêmes imposées à Moscou. Désormais, cette pétromonarchie impose ses prix à la pompe au détriment des populations qui trinquent, contraignant le dirigeant américain à faire profil bas et l’obliger à rendre visite au prince héritier lors d’un déplacement prévu à Ryad, le 13 et 16 juillet prochains. 

Un conflit dans lequel, d’ailleurs, les Saoudiens se sont abstenus de critiquer la Russie, un partenaire important qui pourrait se substituer à la présence américaine au Moyen-Orient et dans le Golfe. Lors d’une récente conversation avec le Kremlin, MBS a proposé d’être le médiateur privilégié des deux belligérants, en lieu et place de Bruxelles dont le chiffon rouge constamment agité, est loin de faire l’unanimité. En posant le pied en Turquie, Mohammed ben Salmane a définitivement signé le triomphe et le renouveau de la realpolitik saoudienne.


Previous article Le 4 juillet 1916, un Américain est mort pour la France
Next article «Je suis toujours l’épouse du mari de Diam’s»!
Journaliste , conférencier et historien.

RÉAGISSEZ À CET ARTICLE

Le système de commentaires sur Causeur.fr évolue : nous vous invitons à créer ci-dessous un nouveau compte Disqus si vous n'en avez pas encore.
Une tenue correcte est exigée. Soyez courtois et évitez le hors sujet.
Notre charte de modération