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Infantilisation et culpabilisation sont en bateau, Olivier Véran tombe à l’eau

Couper le wifi, éteindre les lumières: les gestes qui saoulent...

Infantilisation et culpabilisation sont en bateau, Olivier Véran tombe à l’eau
Olivier Véran demande "un effort citoyen" aux Français sur leur consommation d'énergie, à l'issue du Conseil des ministres, 19 juillet 2022 © Capture BFMTV

À la sortie du Conseil des ministres du mercredi 20 juillet, Olivier Véran nous a repris par la main pour nous indiquer à nouveau les « bons gestes » — non plus ceux qui empêchent le Covid de passer par nous, mais ceux qui nous permettront bientôt de compenser l’absence de gaz russe. L’infantilisation générale continue, affirme notre chroniqueur.


« Quand on part en week-end ou en vacances, on débranche un maximum de prises électriques, parce que sinon ça continue de consommer de l’énergie », a recommandé Olivier Véran au sortir du Conseil des ministres. Et d’appeler également à « débrancher son wifi », à « baisser un peu la clim » et à « éteindre les lumières lorsqu’on n’utilise pas les pièces ». La « chasse au gaspi », instaurée après le second choc pétrolier en 1979, est de retour.

Ces conseils, les parents avisés les donnent journellement à leurs enfants, petits et grands. Tout comme ils leur demandent de se laver les mains avant de passer à table et en sortant des toilettes, de ne pas éternuer à la face de leur voisin, et d’aérer leur chambre, lorsqu’elle commence à sentir les pieds sales et la libido rance.

En 2020, le docteur Véran, promu ministre de la Santé, nous a expliqué comment juguler le virus qui courait la ville et les champs. Désormais, il fait mieux, il est le père universel d’une nation de mioches.

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Comme l’a remarqué Nathan Devers sur CNews ce matin, nous sommes nombreux à avoir assez mal pris, ces deux dernières années, cette infantilisation généralisée des adultes, menacés d’une amende lorsqu’ils ne suivaient pas les consignes et oubliaient de mettre un masque sur les plages. D’autant que cette infantilisation s’est doublée d’une culpabilisation tout aussi implacable des enfants, accusés par avance de porter sur eux les germes qui tueraient infailliblement leurs grands-parents.

C’était l’époque, souvenez-vous, où Papy et Mamie, à Noël, devaient manger à la cuisine, de crainte qu’un bambin leur apporte une mort certaine. Et quand ils étaient morts, il était interdit d’aller à leurs obsèques — de crainte de les tuer une seconde fois. Le gouvernement d’Emmanuel Macron restera dans les mémoires comme celui qui a supprimé le rite le plus ancien des sociétés humaines, sous prétexte de nous épargner un gros rhume: je viens d’avoir le Covid — et ce fut un gros rhume sur trois jours, qui ne m’a empêché ni d’aller me baigner, ni de boire et manger, ni d’embrasser ma fille qui me l’avait passé. Ni d’écrire sur Causeur.

On parlera de géopolitique plus tard

Il fut un temps — au siècle dernier — où les patrons jouaient la carte du paternalisme avec leurs ouvriers, considérés comme éternellement mineurs — surtout chez Zola. Schneider construisait Le Creusot pour ses employés, on prélevait à la source le prix des loyers et de divers services, on versait le reliquat aux épouses afin que leurs maris n’en profitent pas pour tout dépenser en une soirée à l’estaminet du coin.

Puis les instituteurs de la IIIe République (et des suivantes) ont enseigné à leurs élèves les règles élémentaires d’hygiène. Ainsi progressent les civilisations — jusqu’à ce que d’autres, avec des règles plus laxistes, prennent le dessus…

Mais il est tout à fait nouveau qu’un gouvernement se mêle de la façon dont nous disons bonjour (se serrer la main ? Quelle horreur — désormais on se tend le poing, comme des racailles), dont nous expectorons nos humeurs et les pollens qui nous chatouillent la narine, dont nous avons plus ou moins chaud, ou froid, dont nous réglons nos appareils ménagers — le frigo sur 2, pas sur 4, dépensiers que vous êtes ! —, dont nous gérons le deux-pièces dans lequel vivotent la plupart des Français, ou dont nous nous déplaçons dans des voitures qu’on exige pourtant électriques.

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Les médias servent désormais à relayer les consignes de base. Faute de parler aux Français des sujets brûlants (non, pas la canicule, qui est de saison, mais le pouvoir d’achat, qui est bien autrement en berne qu’on ne l’avoue à Bercy, ou l’insécurité — entendez-vous le bruit des couteaux qu’on aiguise ?), ils nous bercent de rengaines catastrophées : les pins brûlent dans les Landes, le nombre d’hospitalisations monte en flèche, il y a du monde dans les gares… Même la guerre en Ukraine ne fait plus recette — sinon sous la forme d’une menace sur les pâtes alimentaires, l’huile de tournesol et la moutarde. On parlera de géopolitique l’année prochaine…

Bourg-en-Bresse: les commerces climatisés interdits

Les journalistes multiplient les micro-trottoirs, pour demander à des Français consternés un avis dont ils se fichent pas mal, étant les seuls à détenir la vérité. Certains enseignants font de même en classe — « quel est votre avis sur le théorème de D’Alembert, la Guerre des Six jours ou les romans de Sylvie Germain », tous sujets sur lesquels les élèves sont bien incapables d’avoir le commencement d’une idée, mais sur lesquels ils ont sans doute des avis.

Mais ce qui à la rigueur peut se comprendre en classe est inexcusable à l’échelle d’une société de citoyens majeurs, capables de distinguer un écran de fumée lorsqu’ils en voient un. Et cette triade infernale, infantilisation / culpabilisation / répression, qui promet comme à Bourg-en-Bresse des amendes de 38€ aux commerçants qui climatiseraient leurs boutiques tout en ouvrant la porte, est le signe d’un reflux évident de la démocratie, qui repose à l’origine sur la certitude que les citoyens sont assez adultes pour élire leurs représentants, mais qui désormais ne le sont plus assez pour se déplacer, éternuer ou prendre l’air. Le dernier représentant de cette démocratie moribonde voudra bien, en sortant pour entrer dans une ère totalitaire, penser à éteindre la lumière — même si pour l’essentiel, c’est déjà fait.

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Normalien et agrégé de lettres, Jean-Paul Brighelli a parcouru l'essentiel du paysage éducatif français, du collège à l'université. Il anime le blog "Bonnet d'âne" hébergé par Causeur.

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